Pacifistes contre va-t-en guerre:
analyse du différend franco-américain sur l'Irak

 

Texte mis à jour le 12/08/2003

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Les références documentaires comme (36) permettent d'accéder aux documents correspondants.

L'ensemble de ces références est dans la Table des sources

Liste des armes cachées par l'Irak extraite des rapports d'inspection de l'ONU

Documents officiels sur la stratégie de sécurité des Etats-Unis et traduction française

Analyse de cette stratégie, du phénomène terroriste et du terrorisme musulman

Table des matières

1            Quelles certitudes a-t-on sur l'existence d'armes de destruction massive en Irak?. 3

1.1          Malgré ces certitudes officielles, certains affirment ne pas savoir. 3

2            La guerre préventive est-elle justifiée?. 4

2.1          La stratégie de sécurité des Etats-Unis. 4

2.1.1      Pourquoi imposer la démocratie en Irak. 5

2.2          Guerre préventive et droit international 5

2.2.1      Les Etats-Unis étaient-ils dans un cas de légitime défense face à l'Irak?. 5

2.2.2      Le droit international défini par l'ONU interdit la guerre préventive. 6

2.2.3      Le point de vue des Etats-Unis. 6

2.2.4      Faire évoluer la Charte des Nations unies. 6

2.3          Pourquoi une guerre préventive. 8

2.3.1      L'exemple nord-coréen.. 8

2.3.1.1     Les dangers du plutonium nord-coréen justifient-ils aussi une guerre préventive?. 9

2.3.2      L'exemple irakien à la fin de la guerre du golfe. 10

3            Quels pays Saddam Hussein menaçait-t-il vraiment?. 11

4            Le déroulement des inspections. 13

4.1          En quoi consistent les inspections?.. 13

4.2          Les petits progrès faits cachaient ceux qui restaient à faire. 14

4.3          Conclusion sur le renforcement des équipes d'inspection et la poursuite de celles-ci 14

4.4          Remarque sur l'influence de la taille des armes. 15

5            Refus de la domination américaine contre refus de la passivité européenne  15

5.1          Comprendre la nature profonde des Américains. 15

5.2          Ce que les Européens reprochent aux Américains. 17

5.2.1      Leur domination.. 17

5.2.2      Leur arrogance. 17

5.2.3      L'influence de la religion en politique. 17

5.2.4      Des maladresses répétées. 17

5.2.4.1     Imposer la démocratie. 18

5.2.4.2     Imposer le libéralisme aux pays pauvres. 19

5.2.4.3     Imposer leurs solutions politiques. 19

5.2.5      Les raisons de l'anti-américanisme et le devoir d'explication.. 20

5.2.5.1     Le désir de paix. 20

5.2.5.2     La solidarité musulmane. 20

5.2.5.3     La haine du libéralisme, de la mondialisation et des Etats-Unis qui les incarnent 20

5.2.6      L'aveuglement de nos politiciens. 21

5.2.7      Le devoir d'explication.. 22

5.3          Pacifisme de la vieille Europe ou bellicisme de l'Amérique?.. 22

6            Divergences entre les Etats-Unis et la France au sujet de l'Irak  23

6.1          Liens entre l'Irak et al Qaida. 24

6.1.1      Liens entre l'Irak et al Qaida: des preuves. 24

6.1.2      Fabrication d'armes bactériologiques en Irak jusqu'au début de 2003. 25

6.1.3      Absurdité des convictions des pacifistes européens. 25

6.2          Les preuves de non-coopération de l'Irak avec les inspecteurs des Nations unies  26

6.2.1      Point de vue des Américains. 26

6.2.2      Point de vue des pacifistes, notamment français. 26

6.2.3      La charge de la preuve. 26

6.3          Mission confiée aux inspecteurs des Nations unies. 27

6.4          "Les inspections marchent. Le désarmement pacifique de l'Irak est donc possible"  28

6.5          Faut-il une résolution en plus de la 1441 pour légitimer une intervention armée en Irak?   29

6.5.1      La paix conclue lors de l'acceptation par l'Irak de la résolution 687, en 1991, n'a plus de valeur juridique. 30

6.6          Chasser ou non le régime de Saddam Hussein.. 30

6.7          La volte-face de la France aux Nations unies. 31

6.8          Se préoccuper du sort des Irakiens. 31

6.8.1      Sortir les Irakiens de la misère. 31

6.8.2      Instaurer progressivement une démocratie en Irak. 32

6.9          Le bras de fer à l'OTAN.. 32

7            Quels intérêts les divers pays ont-ils en Irak?. 32

7.1          L'OPEP.. 33

7.2          L'intérêt des pays consommateurs. 33

7.3          La politique américaine. 34

7.4          La France, l'Allemagne et la Russie. 34

8            Les interviews du président Chirac. 35

8.1          L'interview à Time Magazine. 35

8.2          La déclaration de Bruxelles sur une nouvelle résolution du Conseil de sécurité  37

9            Les enjeux pour l'ONU.. 37

10          L'opinion publique internationale. 37

10.1       Les manifestations du week-end du 15/02/2003. 37

10.2       Impact de la télévision-spectacle. 38

10.3       Les pays arabes se soulèveront-ils après une attaque contre l'Irak?.. 39

10.4       Plus de 30 pays soutiennent l'intervention américaine en Irak. 39

 

1                        Quelles certitudes a-t-on sur l'existence d'armes de destruction massive en Irak?

Depuis 1991, les inspections ONU ont mis en évidence le fait que l'Irak possède des armes prohibées, chimiques ou bactériologiques, ainsi que des missiles et des bombes. L'existence de ces armes de destruction massive est donc certaine depuis 12 ans et documentée dans plusieurs rapports officiels des inspecteurs de l'ONU: voir les documents (31) du 29/01/1999, (34) du 27/03/1999 et (49) du 07/03/2003. Une brève récapitulation de ces armes figure dans le rapport (36) du 27/01/2003 de M. Hans Blix, président de la commission d'inspection, appelée UNMOVIC; je l'ai reprise et commentée dans Liste des armes cachées par l'Irak extraite des rapports d'inspection de l'ONU.

 

Dans l'article 1 de la résolution 1441 (42) on lit:

"…Iraq has been and remains in material breach of its obligations under relevant resolutions, including resolution 687 (1991), in particular through Iraq’s failure to cooperate with United Nations inspectors and the IAEA, and to complete the actions required under paragraphs 8 to 13 of resolution 687 (1991);"

Dans cette résolution, adoptée à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, ceux-ci affirment que l'Irak n'a pas encore respecté ses obligations, en ne coopérant pas avec les Nations unies, c'est-à-dire en ne prouvant pas aux inspecteurs la destructions des armes prohibées et en ne leur révélant pas leur cachette.

 

On est donc certain que l'Irak possède des armes de destruction massive prohibées. Et c'est parce que l'Irak refuse depuis 12 ans de révéler leurs cachettes aux inspecteurs qui pourraient les détruire, que les Nations unies leur imposent des sanctions qui affament les Irakiens. Par la poursuite de ces sanctions, les Nations unies affirment donc depuis 12 ans que l'Irak ne désarme pas.

1.1         Malgré ces certitudes officielles, certains affirment ne pas savoir

Dans le rapport (40) du 14/02/2003 de M. Blix on trouve le passage suivant:

"many proscribed weapons and items are not accounted for. To take an example, a document, which Iraq provided, suggested to us that some 1,000 tonnes of chemical agent were “unaccounted for”. One must not jump to the conclusion that they exist. However, that possibility is also not excluded."

M. Blix admet donc la possibilité que 1000 tonnes d'agent chimique se soient évaporées, ainsi qu'une quantité de bacilles du charbon (anthrax) suffisante pour produire environ 5000 litres de solution concentrée, plusieurs milliers de missiles à charge chimique, etc. ! En laissant entendre, contre toute logique, que les nombreuses et très volumineuses armes listées dans la dans Liste des armes cachées par l'Irak extraite des rapports d'inspection de l'ONU pourraient ne plus exister, et qu'il est possible qu'elles aient toutes disparu sans témoin et sans trace écrite, M. Blix permet à des partisans de l'inaction comme la France de douter de leur existence. Il porte là une lourde responsabilité dans la polémique franco-américaine.

 

De toute manière, la découverte en Irak de 3 laboratoires mobiles de production d'armes bactériologiques prouve de manière irréfutable que l'Irak avait bien des armes de destruction massive: voir le rapport (61) du 28/05/2003.

2                        La guerre préventive est-elle justifiée?

2.1         La stratégie de sécurité des Etats-Unis

Voici, en résumé, la partie de la stratégie de sécurité des Etats-Unis qui nous intéresse ici, telle qu'elle est exposée dans le document officiel (3) du 17/09/2002.

§            Du temps de la guerre froide, la dissuasion nucléaire a empêché les puissances atomiques d'attaquer, car un attaquant était certain d'être détruit à son tour. Les puissances nucléaires avaient plus à perdre qu'à gagner en attaquant, il leur suffisait donc d'attendre une improbable première frappe de l'ennemi et de profiter de la paix en attendant.

§            Aujourd'hui, les terroristes internationaux musulmans n'ont pas de pays qu'ils redoutent de voir détruit, ils ne redoutent pas la mort et la recherchent même pour la gloire d'être un martyr: la peur des représailles est sans effet sur eux. Ils attaquent donc les premiers, pour avoir la satisfaction d'avoir massacré ou terrorisé des infidèles et détruit leurs biens. C'est là une nouvelle forme de guerre, une guerre sans ligne de front, et cette guerre concerne tous les pays, avancés ou non. Ils nous font la guerre pour détruire notre société de liberté et de démocratie et la remplacer par une société islamiste, où les femmes n'ont que peu de droits et où la démocratie est remplacée par le gouvernement de religieux, comme en Iran ou dans le régime taliban d'Afghanistan.

§            Aujourd'hui, les grandes puissances ne se menacent plus entre elles, mais chacune est menacée par des états terroristes comme l'Irak, essentiellement par le soutien apporté à des organisations comme al Qaida et les terroristes palestiniens, à qui ils peuvent fournir des armes de destruction massive.

§            La défense contre les terroristes (états ou groupes internationaux) n'est pas une option, elle est incontournable. Une défense insuffisante provoque des milliers de morts, comme les 3100 du 11 septembre 2001, parmi lesquels il y avait 200 musulmans. Notre défense ne peut se contenter d'attendre de nouvelles attaques terroristes, elle doit prendre les devants en détruisant leurs camps d'entraînement, leurs sources d'armement et d'argent, et en utilisant tous les moyens à notre disposition. La nouvelle situation justifie donc une guerre préventive contre les terroristes ou les états terroristes qui peuvent les abriter, les armer ou les financer. Saddam Hussein a déjà attaqué le premier, en occupant le Koweït en 1990, il ne faut pas lui laisser les moyens de le faire de nouveau, surtout avec des armes de destruction massive. Il ne faut pas, non plus, qu'il puisse donner de telles armes à des groupes terroristes.

En résumé: "comme de nos jours on n'a plus le temps de voir venir une attaque pour se protéger, il faut prendre les devants."

 

Les Etats-Unis se sentent menacés par les terroristes, car ils ont été victimes de nombreux attentats meurtriers, qui se multiplient depuis de nombreuses années et tuent des Américains partout dans le monde. Ils ont craint que Saddam Hussein attaque de nouveau ses voisins, déstabilisant ainsi un Moyen-orient dont la production de pétrole est indispensable aux pays consommateurs. Ils ont eu peur que Saddam fournisse des armes ou de l'argent à al Qaida, comme il en a fourni aux terroristes palestiniens.

 

Donc l'ONU ayant tergiversé et/ou refusé son appui, les Etats-Unis ont attaqué l'Irak, avec ceux de leurs alliés qui ont voulu bien se joindre à eux.

2.1.1             Pourquoi imposer la démocratie en Irak

Il n'y a pas d'exemple dans l'Histoire d'une démocratie ayant attaqué une autre démocratie, ni d'exemple d'une démocratie ayant aidé des terroristes à combattre une autre démocratie. Les seules guerres déclenchées par une (ou des) démocratie(s), les seules actions terroristes qu'elles ont aidé, l'ont été contre des régimes dictatoriaux, comme celui de l'URSS. L'Histoire nous enseigne donc que la démocratie c'est la paix.

 

Une victoire militaire en Irak suivie d'un retrait immédiat des militaires alliés y aurait certes éradiqué un régime capable de fournir des armes à des terroristes, mais cette solution aurait été de courte durée, nul ne pouvant prévoir comment se serait comporté le régime suivant. La seule manière d'être certain que l'Irak ne serait plus jamais un pays qui abrite ou aide des terroristes est d'y installer un régime démocratique.

 

Voilà pourquoi les Américains ont toujours déclaré que leur but était la démocratie en Irak et, si possible et dès que possible, dans les autres pays musulmans.

 

Pour plus de détails voir:

§            le "Rapport des Nations unies sur le développement humain des pays arabes 2002" (en français) (63)

§            mon étude "Irak, Afghanistan : la démocratie impossible".

2.2         Guerre préventive et droit international

2.2.1             Les Etats-Unis étaient-ils dans un cas de légitime défense face à l'Irak?

La Charte des Nations unies affirme, dans son article 51 (7), le droit d'un état membre à la légitime défense:

"Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales."

 

L'article 51 se contente d'affirmer que le droit de légitime défense existe jusqu'au moment où le Conseil de sécurité a pris les mesures nécessaires. Cela veut dire, d'abord, que si le Conseil ne réagit pas, le pays agressé a le droit légitime de se défendre, à condition d'en informer immédiatement le Conseil. Si le Conseil prend une décision, le membre agressé doit s'y soumettre.

 

La notion d'agression est elle-même définie dans la résolution 3314 du 14/12/74 (8) comme "l'emploi de la force armée par un Etat (membre ou non des Nations unies, ou un groupe d'Etats) contre la souveraineté, l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un autre Etat, ou de toute autre manière incompatible avec la charte des Nations unies". A cette définition, la résolution ajoute notamment:

§            "[Constitue une agression] l'envoi de bandes armées qui commettent une agression ou la complicité avec de telles bandes";

§            "Aucune considération, de quelque nature que ce soit, qu'elle soit politique, économique, militaire ou autre, ne peut justifier une agression."

2.2.2             Le droit international défini par l'ONU interdit la guerre préventive

Ce dernier point exclut clairement une guerre préventive: avoir peur des armes de destruction massive et des missiles d'un état qui a déjà prouvé qu'il s'en sert (l'Irak ayant déjà utilisé des armes chimiques contre ses propres Kurdes et les Iraniens) ne suffit pas pour justifier une guerre préventive.

En somme, en droit international, il faut avoir été attaqué et, du fait d'armes de destruction massive, avoir eu des milliers de morts, pour qu'une riposte soit justifiée.

2.2.3             Le point de vue des Etats-Unis

Les Etats-Unis considèrent donc que la résolution 3314 ne répond plus au contexte actuel résultant de la disponibilité d'armes de destruction massive aux mains d'états "voyous". Les arguments qu'ils développent dans leur déclaration de stratégie de sécurité (3) se résument ainsi: comme de nos jours on n'a plus le temps de voir venir une attaque pour se protéger, il faut prendre les devants.

 

Au sens du droit international, les Etats-Unis n'auraient pas dû, avant tout débat au Conseil de sécurité, affirmer que si l'ONU n'approuve pas leur attaque, ou pas assez vite, ils attaqueront sans cette approbation.

2.2.4             Faire évoluer la Charte des Nations unies

Nous venons de le voir: la Charte (c'est-à-dire la mission et le mode de fonctionnement) des Nations unies ne sont plus adaptés au XXIème siècle:

§            Parce que toute forme de guerre préventive est exclue.

§            Parce qu'une guerre ne peut être votée par le Conseil de sécurité que dans le cadre d'une résolution qui respecte la Charte actuelle, qui est dépassée.

§            Parce que le Conseil de sécurité est, par nature, inhibé par:

·            Les désaccords entre ses membres, qui bloquent ou retardent les prises de décisions.

·            La possibilité pour les membres permanents de bloquer les décisions d'une majorité avec leur droit de veto.

§            Parce que le Conseil de sécurité est, en général, incapable d'empêcher une guerre d'agression. C'est ainsi que, en 1950, la Corée du nord à envahi la Corée du sud. Le Conseil de sécurité a voté, après, une intervention militaire à laquelle le représentant de l'URSS ne s'est pas opposé par veto… parce qu'il n'assistait pas à la séance, Staline lui ayant ordonné de boycotter les réunions du Conseil de sécurité pendant quelque temps.

§            Parce que le Conseil de sécurité a tendance à imposer des sanctions inefficaces: embargos (qui sont systématiquement contournés), programmes comme "Pétrole contre nourriture" (qui font souffrir une population sans influencer le dictateur responsable).

§            Parce que la démocratie onusienne produit des situations absurdes, comme l'élection récente d'une Libyenne à la présidence de la Commission des droits de l'homme, élection qui confirme la respectabilité de M. Kadhafi (président de la Libye et son "Guide de la révolution") et de son régime.

§            Parce qu'en général, lorsque après une guerre les Nations unies doivent gérer la paix, la situation désastreuse le reste :

·            Les Nations unies sont en Palestine depuis 1948 et le problème palestinien n'a fait qu'empirer.

·            Les Nations unies, à Chypre depuis 1974, n'ont pas à ce jour fait progresser la résolution du conflit gréco-turc et la réunification de l'île.

·            Les Nations unies, en Yougoslavie depuis 1992 pour protéger la paix, n'ont pas pu empêcher les exactions serbes, le massacre de Srebrenica et l'extension de la guerre au Kosovo.

§            Parce que les Nations unies ne peuvent rien faire contre les tortures infligées à leurs peuples par les nombreux dictateurs qui les oppriment: Saddam Hussein, Pol Pot, Pinochet, etc. Comment accorder une légitimité à un organisme impuissant à protéger les Droits de l'homme inscrits dans les textes qu'il doit faire appliquer?

 

Il faut donc modifier la Charte pour permettre la guerre préventive sous contrôle du Conseil de sécurité (on ne peut permettre à un pays de décider seul de lancer une attaque préventive, comme on ne permet pas à un individu de se faire justice tout seul). Il faut pour cela définir des critères permettant à une situation d'être jugée suffisamment préoccupante pour qu'une guerre préventive soit envisageable. Exemple: on pourrait juger que la Corée du nord, dictature stalinienne qui terrorise et affame son peuple, renie ses engagements internationaux et vend des armes épouvantables à n'importe qui, ne devrait pas disposer du temps nécessaire pour se doter d'une industrie nucléaire militaire et fabriquer du plutonium dont il est ensuite impossible de se débarrasser.

 

Voir aussi ci-dessous "Les enjeux pour l'ONU".

2.3         Pourquoi une guerre préventive

2.3.1             L'exemple nord-coréen

La Corée du nord avait signé en 1985 le traité de non-prolifération (TNP) des armes atomiques. Elle s'était donc engagée à ne pas se doter de telles armes et à laisser l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) inspecter ses sites nucléaires pour s'assurer du respect de ces engagements. Mais, devant l'insistance de l'AIEA pour visiter vraiment ses sites nucléaires, elle s'est aujourd'hui retirée du TNP, revenant ainsi sur son engagement international.

 

Selon l'AIEA, la Corée du nord dispose depuis avant 1992 de suffisamment de plutonium militaire pour fabriquer une ou deux bombes atomiques; elle les a donc probablement fabriquées. Elle dispose aussi de missiles de portée intermédiaire capables d'atteindre Tokyo, des essais de tir l'ont montré le 31/08/98. Elle a utilisé ces armes de destruction massive pour faire du chantage: "donnez-moi du pétrole et de la nourriture ou j'en construis d'autres", et ce chantage a réussi avec l'administration Clinton, qui (au titre d'un accord signé le 21/10/94) lui a fourni depuis 500.000 tonnes de fioul par an et de la nourriture en échange de la promesse de cesser de développer ses armes nucléaires.

 

En violation de ces accords, la Corée du nord a continué en secret son programme de développement d'armes nucléaires et avoué ce programme clandestin le 04/10/2002 au sous-secrétaire américain James Kelly. Son but était un nouveau chantage: obtenir encore plus d'aide de la part des occidentaux. La Corée du nord a grand besoin d'aide, car son économie ruinée réduit sa population à la famine. Mais contrairement à M. Clinton, le président G. W. Bush a refusé de céder au chantage et a cessé les livraisons de pétrole. La Corée du nord a alors lancé un nouveau défi à la communauté internationale, en remettant en service le 21/12/2002 la centrale nucléaire de Yongbyon capable de produire du plutonium militaire et en réclamant que les Etats-Unis négocient de nouveau avec elle l'arrêt du programme nucléaire militaire en échange d'une aide économique.

 

Les Etats-Unis ne céderont pas à ce nouveau chantage, mais ils ne peuvent se résoudre à attaquer la Corée du nord à cause des armes de destruction massive de celle-ci: et si, aux abois, le régime nord-coréen lançait des bombes atomiques sur Séoul ou Tokyo en faisant des millions de morts? On voit que la dissuasion nucléaire joue à plein pour éviter au régime stalinien le plus dur de tous les temps d'être attaqué et pour lui permettre, par des chantages, d'essayer d'obtenir de quoi diminuer les souffrances de sa population pour que ses dirigeants puissent rester au pouvoir.

 

La Corée du nord, qui n'a rien d'autre à exporter, vend des missiles à qui veut bien les acheter; exemple: un cargo chargé de missiles SCUD fabriqués en Corée du nord et destinés au Yémen a été arraisonné fin 2002. On ne voit pas pourquoi elle refuserait de vendre des bombes atomiques avec de tels missiles à des terroristes internationaux, qui ont largement les moyens de les payer. Il est facile, alors, d'imaginer les destructions et les pertes de vie humaines que ces terroristes feraient.

 

Il est clair que si Saddam Hussein disposait aussi d'armes de destruction massive, il pourrait se livrer à des chantages du même ordre ou envahir de nouveau le Koweït. Pour ne pas faire la même erreur qu'avec la Corée du nord, où on n'est pas intervenu à temps pour empêcher qu'elle se dote d'armes dangereuses, il faut une guerre préventive, il faut empêcher Saddam Hussein de se doter d'armes de destruction massive avant qu'il ne s'en serve. Et il ne faut pas, non plus, le laisser au pouvoir, car avec l'argent du pétrole, tant qu'il présidera l'Irak il s'armera.

2.3.1.1     Les dangers du plutonium nord-coréen justifient-ils aussi une guerre préventive?

Les Nord-coréens peuvent extraire en quelques mois des barres de réacteur dont ils disposent déjà assez de plutonium 239 pour fabriquer une demi-douzaine de bombes au plutonium. Ils peuvent aussi vendre du plutonium en poudre à des terroristes qui voudraient fabriquer des bombes sales. Il faut savoir que le plutonium 239 a une période de 24.386 ans, c'est-à-dire qu'une quantité de plutonium disponible aujourd'hui n'aura perdu la moitié de sa radioactivité qu'au bout de 24.386 ans. Même s'il n'explose pas dans une bombe, ce plutonium constituerait ainsi une menace pour de nombreuses générations futures, car une quantité microscopique de cet élément tue un homme.

 

Le problème est que le plutonium n'est pas facile à éliminer. A part sa fission dans une bombe atomique, sa transformation en éléments moins dangereux demande un réacteur surgénérateur, technologie qui n'est au point dans aucun pays. La France a renoncé au sien (Superphénix) après des années de travail, sans réussir à rendre son fonctionnement industriellement viable.

 

Par conséquent, le régime nord-coréen étant complètement irresponsable, nous devons décider rapidement si nous lui faisons la guerre avant qu'il ait amassé son plutonium, pour l'empêcher d'en fabriquer, ou trop tard. Si nous ne faisons rien, le Japon se sentira menacé d'une manière insupportable, car les missiles nord-coréens peuvent déjà l'atteindre: il fabriquera aussi ses propres bombes atomiques, pour dissuader les nord-coréens de l'attaquer ou pour répliquer à une attaque. (Le Japon et la Corée du nord se haïssent mortellement depuis la deuxième guerre mondiale.) Si le Japon se dote de bombes atomiques, la Chine accroîtra à son tour sa production, pour maintenir sa supériorité face à un Japon qu'elle déteste et craint aussi depuis la même époque.

 

Il n'y a que deux pays aujourd'hui qui peuvent faire quelque chose: la Chine et les Etats-Unis. La Chine fournit aujourd'hui à la Corée du nord une telle quantité de nourriture et de pétrole que sans cette aide ce pays s'effondrerait très vite, la famine y faisant déjà des ravages. Avant de s'effondrer, il pourrait se lancer dans une aventure militaire, ce qui constitue un risque grave. En s'effondrant, il inondera la Chine et la Corée du sud de millions de réfugiés mourant de faim, qu'il faudra bien accueillir et secourir, perspective redoutable pour ces deux voisins des Nord-coréens. Indécise, la Chine temporise.

 

Les Etats-Unis peuvent à la fois, en un jour ou deux, détruire l'industrie atomique nord-coréenne ou le pays entier (au prix d'un génocide effrayant). Ils ne peuvent envisager de livrer une guerre classique à une armée nord-coréenne d'un million d'hommes disposant d'armes de destruction massive utilisables contre la Corée du sud et le Japon. Ils peuvent aussi nourrir la Corée du nord, si celle-ci accepte en échange de renoncer à son terrifiant arsenal. Mais, pour le moment, ni les Etats-Unis ni la Corée du nord ne veulent faire le premier pas, les Etats-Unis pour engager des négociations avec ce régime qui a violé ses engagements et les menace toutes les semaines, la Corée du nord pour arrêter le programme nucléaire qu'elle vient de relancer.

 

Tôt ou tard, le problème nord-coréen devra être résolu, pour ne pas que ce régime irresponsable vende des armes de destruction massive à des terroristes ou attaque un pays voisin. Si la Chine, qui vient de se doter d'un nouveau gouvernement, n'oblige pas la Corée du nord à désarmer en menaçant de lui couper la nourriture et le pétrole (sans lequel même l'armée nord-coréenne ne peut faire la guerre), les Etats-Unis seront obligés de le faire. C'est conforme à leur logique de la guerre préventive.

2.3.2             L'exemple irakien à la fin de la guerre du golfe

A la fin de la guerre du golfe en 1991, le Koweït étant libéré, les Nations unies ont demandé aux alliés d'arrêter leur offensive en Irak. Le président Bush père, soucieux de respecter la légalité internationale qui exigeait qu'on arrête une offensive ayant atteint ses objectifs, a obtempéré. Saddam Hussein est donc resté au pouvoir. Cela lui a permis, dans les semaines qui ont suivi, de réprimer dans le sang les révoltes des Irakiens chiites et kurdes, faisant des centaines de milliers de morts, de continuer à terroriser son peuple et de perfectionner son arsenal d'armes de destruction massive au mépris des inspections. Et cela oblige, aujourd'hui, à lancer une nouvelle guerre pour le désarmer et en finir avec son régime.

 

En 1991 on aurait dû, connaissant Saddam Hussein, chasser son régime. Une telle action préventive, qui n'aurait coûté que quelques jours de guerre de plus, aurait évité bien des victimes. Dans ce cas aussi, une guerre préventive aurait été justifiée malgré le respect dû à la charte des Nations unies. Et on a aussi perdu, à ce moment-là, une occasion de réformer cette charte sur ce point: la communauté internationale doit pouvoir, sur décision du Conseil de sécurité, intervenir militairement dans un pays dont le gouvernement menace gravement son peuple ou ses voisins. Il s'agit là d'un droit d'ingérence analogue à celui qu'on a conçu ensuite pour l'ex Yougoslavie.

 

A la fin de la guerre de 1991, les Américains ont délibérément sauvé le régime de Saddam Hussein en faisant les calculs suivants:

§            Comme nous l'avons vu, les Nations unies demandaient l'arrêt de l'offensive alliée, le Koweït étant libéré.

§            Pendant des années, les Etats-Unis, le Royaume Uni et la France ont soutenu le régime de Saddam Hussein en tant que rempart contre l'Iran. En laissant survivre le régime de Saddam Hussein on pensait préserver ce rempart, donc l'équilibre de la région.

Ce raisonnement était contestable: si on avait chassé Saddam Hussein et remplacé son régime par une administration militaire, comme celle dont il est question en 2003, l'Iran n'aurait pas osé attaquer les armées occidentales d'occupation, dont la supériorité militaire venait d'être clairement démontrée: elles avaient obtenu en deux mois une victoire militaire sur l'Irak que l'Iran n'avait pas pu obtenir en 8 ans. L'équilibre de la région aurait aussi été préservé.

§            Les Etats-Unis ont craint, en administrant l'Irak après la guerre, d'avoir à payer sa reconstruction. Cette crainte était aussi peu fondée que la précédente: le coût de la guerre proprement dite a été intégralement payé par les alliés des Etats-Unis, qui auraient aussi accepté d'avancer le coût de la reconstruction, gagé par les exportations ultérieures de pétrole irakien.

 

Le caractère délibéré du maintien au pouvoir de Saddam Hussein en 1991 est attesté par l'attitude des Américains vis-à-vis des Kurdes et des Chiites. Après avoir encouragé ceux-ci à se rebeller contre Saddam Hussein, ce qu'ils ont fait dès la fin de l'offensive alliée, ils les ont lâchés. Ils sont même allés jusqu'à détruire les dépôts de munitions dont les Kurdes pouvaient s'emparer et à autoriser les Irakiens à les réprimer dans le sang, ce que ceux-ci ont fait rapidement et sans pitié.

 

Instruits par ces erreurs, qu'ils reconnaissent aujourd'hui, les Américains ont décidé d'éliminer le régime de Saddam Hussein.

3                        Quels pays Saddam Hussein menaçait-t-il vraiment?

Une des raisons de l'attitude pacifiste vis-à-vis de l'Irak est l'absence de perception d'une menace. Cette absence résulte d'abord de l'absence de couverture médiatique:

§            des conséquences de la politique de Saddam Hussein (Irakiens terrorisés, génocides des populations chiite et kurde de l'Irak, voisins attaqués, terroristes subventionnés, chocs pétroliers dus à l'OPEP où l'Irak joue un rôle important);

§            de la stratégie de sécurité des Etats-Unis, qui n'a pas été bien expliquée et commentée à la télévision;

§            des faits exposés dans ce texte, c'est-à-dire de la réalité, qui est fort éloignée des prises de position des politiciens français.

 

La télévision, qui est de loin la principale source d'information du public en France, n'a pratiquement pas couvert les sujets suivants aux heures de grande écoute:

§            Les horreurs des guerres déclenchées par Saddam Hussein contre l'Iran (1,2 million de morts en 8 ans), puis contre le Koweït (plus de 100.000 morts irakiens) sont à peu près oubliées aujourd'hui par les citoyens des pays occidentaux.

§            Les atrocités de la répression de Saddam Hussein contre ses propres citoyens chiites ou kurdes, lorsqu'ils se sont révoltés après la guerre du Golfe (des centaines de milliers de morts civils, dont 5000 par armes chimiques à Halabja) sont oubliées.

§            Les liens nombreux et suivis entre l'Irak et les terroristes palestiniens, permettant à ces derniers de commettre des attentats meurtriers et récompensant ceux qui sont morts "en martyrs".

 

Nos concitoyens pensaient que l'Irak est trop loin pour nous atteindre, parce qu'ils ne pensaient qu'à son potentiel militaire. Ils oubliaient que le maintien au pouvoir de Saddam Hussein faisait peser sur nous des menaces pétrolières et terroristes:

§            Les Français ignorent que lorsqu'une guerre au Moyen-orient fait monter le prix du baril de pétrole de 10 dollars, cela coûte aux pays consommateurs environ 200 milliards de dollars par an. Ils ont oublié que les pays arabes, lors du premier choc pétrolier en 1974, ont quadruplé le prix du pétrole pour punir les pays soutenant Israël, ce qui a provoqué chez nous une récession grave.

Ils ne tiennent pas compte de la décision prise par les membres de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI, regroupant 56 états musulmans) à Kuala Lumpur le 27 février 2003: utiliser l'arme du pétrole dans la crise irakienne de 2003 pour faire pression afin d'empêcher la guerre. Un risque de nouveau choc pétrolier ne peut-il donc nous atteindre?

§            Les Français ignorent la facilité avec laquelle le terrorisme international peut commettre des attentats meurtriers dans n'importe quel pays, en utilisant des armes bactériologiques ou chimiques que l'Irak leur donnerait pour nuire aux occidentaux qu'ils haïssent. La preuve de la réalité et de la gravité de la menace, en France, nous est fournie par les mesures prises pour lutter contre le terrorisme biologique: mises en place d'unités spécialisées dans la gendarmerie, campagne de vaccination de personnels-clés, préparation de stocks de vaccins, renforcement des unités de lutte contre le terrorisme aux ministères de l'intérieur et de la justice, renforcement de la coopération internationale, etc.

 

Les gens ne savaient pas que l'Irak disposait d'une quantité énorme d'armes de destruction massive, comme l'ont prouvé les rapports ONU (31), (34) et (49). Les quantités détruites par les inspecteurs illustrent bien la capacité de l'Irak à se doter de telles armes de mort et permettent de prévoir ce que ferait le régime de Saddam Hussein si on le laissait perdurer.

 

Les gens n'imaginaient pas que, s'il restait au pouvoir, Saddam Hussein aurait pu exercer contre nous le même genre de chantage que la Corée du nord: "Faites ce que je veux ou j'utilise mes armes de destruction massive". Et l'Irak est à portée de missile d'une partie importante des puits de pétrole du monde… Saddam Hussein aurait pu, aussi, si on l'avait laissé mettre au point les drones sur lesquels il travaillait, s'en servir pour répandre des virus ou des toxines sur Israël… Lorsqu'on songe, alors, qu'Israël dispose de missiles à tête nucléaire et que l'histoire a montré qu'ils recourent facilement à la violence, c'est tout le Moyen-orient qui risquait d'être déstabilisé, de se couvrir de victimes et de nous priver de pétrole.

 

Il y a dans le monde plusieurs pays qui attendent avec intérêt de savoir si l'Occident montrera en Irak force et détermination ou, au contraire, faiblesse et impuissance. Les Américains pensent que s'ils se montrent faibles ils seront attaqués, comme cela a déjà commencé en Corée du nord suite à la faiblesse de l'administration Clinton à leur égard. Une démonstration de force et de détermination, au contraire, fera réfléchir les agresseurs en puissance. Et si elle est suivie d'une reconstruction et d'une démocratisation de l'Irak elle sera admirée.

4                        Le déroulement des inspections

4.1         En quoi consistent les inspections?

La mission des inspecteurs de la commission UNMOVIC et de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a été définie par la résolution 1284 du Conseil de sécurité (35) du 17/12/99. Elle tient en deux verbes anglais: "monitoring" (suivi) et "verification" (vérification).

§            Le suivi consiste à surveiller en permanence l'activité d'un certain nombre de sites, pour empêcher qu'ils produisent des armes prohibées. Ce suivi se fait au moyen d'inspections et de caméras vidéo. Ce suivi peut durer indéfiniment, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité décide d'y mettre un terme parce qu'il a confiance que l'Irak ne cherche plus à développer d'armes prohibées.

§            La vérification consiste:

·            à recevoir de l'Irak des rapports détaillant les armes qu'il possède, les procédés de fabrication qu'il utilise et les lieux de production, les noms et qualifications des personnels concernés, etc.

·            à vérifier la cohérence, la complétude et la véracité de ces rapports au moyen d'inspections et d'interrogatoires de personnels.

 

La vérification ne consiste pas, et n'a jamais consisté, à fouiller les 438.000 km carrés de l'Irak (80% de la France), territoire comptant de nombreuses régions désertiques difficiles d'accès. Ce point est capital:

 

à aucun moment les Nations unies n'ont entretenu l'espoir de trouver des armes cachées que l'Irak n'a pas déclarées.

 

C'est ce que confirme la phrase suivante du rapport Blix du 14/02/2003 (40):

Although I can understand that it may not be easy for Iraq in all cases to provide the evidence needed, it is not the task of the inspectors to find it.

Il faut savoir que des armes pas trop volumineuses peuvent être cachées sous des mosquées ou des hôpitaux, chez des particuliers ou dans des trous creusés en plein désert.

 

Il est si difficile de trouver des armes non déclarées par l'Irak que pendant 4 ans, de 1991 à 1995, les Irakiens ont nié posséder des armes bactériologiques et les inspecteurs n'en ont pas trouvé. Ils ont fini par trouver des armes lorsqu'un Irakien de haut rang, le général Hussein Kamel Hassan, gendre de Saddam Hussein, s'est enfui de son pays et a révélé les cachettes. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dans le document ONU (31) du 29/01/99:

Appendix III

"Iraq did not acknowledge its proscribed Biological Warfare (BW) weapons programme until July 1995. From the first UNSCOM inspections in 1991 until 1995 Iraq denied it had a BW programme and has taken active steps to conceal it from the Special Commission. These steps included fraudulent statements, forged documents, misrepresentation of the roles of people and facilities, and other specific acts of deception."

On voit que non seulement les Irakiens mentaient aux inspecteurs pour dissimuler leurs armes de destruction massive, mais en plus ils leur remettaient des documents faux.

4.2         Les petits progrès faits cachaient ceux qui restaient à faire

Dans son interview à Time magazine, publiée dans le numéro du 3 mars 2003, M. Hans Blix a déclaré:

"By the 14th of February, we had been to Baghdad, and there were a number of things that did not bring us close to disarmament but opened up the potential opportunity for progress",

ce qui signifie:

"Au moment du [rapport au Conseil de sécurité (40) du] 14 février, nous étions allés à Bagdad et il y avait plusieurs éléments nouveaux qui, sans nous rapprocher du désarmement, créaient une opportunité potentielle de progrès"

 

Dans son langage diplomatique, M. Blix décrit là parfaitement la manière dont les inspections se déroulent. Les Irakiens permettent aux inspecteurs de découvrir des choses insignifiantes, qui ne font pas progresser le désarmement. Ou alors, ils leur promettent de coopérer davantage, pour entretenir leurs espoirs, ce qui "ouvre des opportunités potentielles" de progrès futurs. On appréciera les trois couches de précautions impliquées par les mots "ouvre", "opportunités" et "potentielles"… et l'absence de désarmement réel qui perdure pendant ce temps-là.

 

Par honnêteté intellectuelle, M. Blix rédigeait donc ses rapports au Conseil de sécurité en indiquant à la fois que les mêmes dissimulations duraient depuis 12 ans et qu'un élément nouveau constituait un petit espoir. Dans ce discours, M. G. W. Bush trouvait le fait qu'en réalité l'Irak ne désarme toujours pas et promène les inspecteurs et M. Chirac trouvait le fait que les inspections "marchent".

 

Dans la même interview, M. Blix a donné son opinion sur la crédibilité des Irakiens comme ceci:

"Of course they have no credibility. If they had any, they certainly lost it in 1991. I don't see that they have acquired any credibility."

Cette phrase est importante: les déclarations des Irakiens ne sont pas crédibles, ils ont perdu toute crédibilité depuis 1991 et n'ont pas retrouvé leur crédibilité depuis. Dans la bouche d'un diplomate, une affirmation aussi peu nuancée est une sanction sans appel. La conséquence est grave: les inspections reposant sur des déclarations irakiennes, comme celles-ci ne sont pas crédibles, les inspections ne peuvent pas progresser sur le fond, c'est-à-dire le désarmement complet.

4.3         Conclusion sur le renforcement des équipes d'inspection et la poursuite de celles-ci

Contrairement à ce que les pacifistes voulaient nous faire croire, pour s'assurer que les Irakiens n'ont pas d'armes de destruction massive il n'était pas nécessaire de renforcer les équipes d'inspecteurs et de leur laisser beaucoup de temps; il fallait seulement forcer les Irakiens à révéler où ils ont caché ces armes, en les menaçant de représailles avec de puissantes armées à leurs frontières. Ces révélations pouvaient provenir du gouvernement irakien ou d'Irakiens qui acceptent de parler.

 

Ce point est confirmé par la phrase finale du rapport Blix du 14/02/2003 (40):

Today, three months after the adoption of resolution 1441 (2002), the period of disarmament through inspection could still be short, if “immediate, active and unconditional cooperation” with UNMOVIC and the IAEA were to be forthcoming.

4.4         Remarque sur l'influence de la taille des armes

Les armes volumineuses ou les sites de production importants ne peuvent être dissimulés. C'est ce qui permettait à M. El Baradei d'affirmer en 2003 une quasi-certitude que l'Irak n'a pas de programme nucléaire. Le stockage secret de grandes quantités de produits chimiques est assez difficile, mais leur production peut se faire dans des usines chimiques capables de fabriquer des produits agricoles, industriels ou pharmaceutiques. Une telle usine "civile" peut être adaptée en quelques semaines pour produire des armes. Enfin, la production d'armes bactériologiques se contente de laboratoires minuscules, d'une taille compatible, par exemple, avec un transport par camion: le plus grand danger est là.

5                        Refus de la domination américaine contre refus de la passivité européenne

5.1         Comprendre la nature profonde des Américains

Les Américains sont les descendants de gens qui ont pris, en émigrant, des risques pour améliorer leur niveau de vie ou fuir les persécutions religieuses. Par tradition, face à un problème ils refusent la passivité et, pour le résoudre, vont jusqu'au combat violent, comme les cow-boys de la conquête de l'Ouest. Comme eux, lorsqu'ils ne peuvent obtenir justice, ils ont tendance à se faire justice eux-mêmes.

 

Les Américains sont un peuple beaucoup plus religieux que les peuples d'Europe de l'Ouest:

§            En proportion, 3 fois plus d'Américains que de Français vont régulièrement à l'église.

§            Dans les lois américaines il y a de nombreuses références à la religion. Sur les billets de 1 dollar figure la mention "IN GOD WE TRUST" (nous avons confiance en Dieu) alors que l'idée ne viendrait pas à un Français d'affirmer sa foi sur ses billets de banque. En fait il est fréquent, qu'en parlant de Dieu, que les Américains entendent les valeurs morales communes à toutes les religions, résumées dans les Dix Commandements, non l'Etre Suprême.

§            Le président George W. Bush a fait référence à Dieu dans de nombreux discours, avant et après son élection. Lorsqu'il a baptisé le trio Irak, Iran, Corée du nord "axe du mal" c'est au sens défini par la morale chrétienne, à laquelle il songe dans toutes ses décisions politiques. Comme leur président, une majorité d'Américains croient être les défenseurs du Bien (c'est-à-dire de leurs valeurs) contre le Mal (dictatures, communisme, terrorisme, protectionnisme…) et croient être soutenus par Dieu dans ce combat. Ils sont d'autant plus sûrs d'avoir raison que chez eux toutes les religions sont respectées et font référence au même Dieu. Pour eux, ce qui est bon pour l'Amérique est donc bon pour tous les pays et dans tous les domaines.

 

Pour une majorité d'Américains, lorsque les Européens acceptent de laisser survivre le régime de Saddam Hussein après l'avoir désarmé, ils ont forcément tort:

§            Saddam Hussein assassine et torture depuis le début de sa dictature, en juillet 1979. Pour les Américains, les Européens ont tort d'accepter la perpétuation du Mal qu'il représente depuis 24 ans et ses 17 violations de résolutions des Nations unies sur l'Irak depuis 1991.

§            Pour les Américains, les pacifistes se comportent en faibles. Et l'Histoire a montré que les peuples faibles sont vaincus:

·            La faiblesse des Français et des Anglais en septembre 1938, à Munich, leur a fait céder à Hitler, ce qui a précipité la guerre de 1939, guerre perdue par les Français et les Anglais et qui n'a été gagnée que parce que les Américains sont intervenus.

A ce propos, certains Américains reprochent à la France son ingratitude: "Puisque des milliers d'Américains sont morts pour libérer la France", pensent-ils, "comment pouvez-vous ne pas nous soutenir lorsque nous avons besoin de vous? Pire même, comment pouvez-vous travailler à torpiller les efforts que nous faisons pour défendre notre civilisation commune?" Leur ressentiment et leur demande de reconnaissance devraient être tempérés par les précisions suivantes:

ü           Lors de leur guerre d'indépendance, entre 1778 et 1781, les colonies américaines n'ont gagné la guerre contre l'Angleterre que parce que la France leur a envoyé le corps expéditionnaire de Rochambeau, les flottes d’Estaing et de De Grasse et quelques patriotes comme Lafayette;

ü           Les Américains n'ont pas débarqué en Normandie pour la seule France, mais dans le cadre d'une guerre mondiale où les enjeux étaient autrement plus importants.

·            En Chine, Mao Zedong a gagné contre le régime de Tchang Kaï-Chek, affaibli par sa corruption.

·            En Palestine, les Israéliens ont gagné contre les Arabes, affaiblis par leur incapacité chronique à s'entendre et à s'organiser, etc.

 

Il se trouve qu'aux Nations unies les peuples pacifistes (faibles aux yeux des Américains) sont largement majoritaires. Les Américains s'en sont donc détournés, puisque l'ONU leur imposait une faiblesse inacceptable en refusant de sanctionner Saddam Hussein. C'est pourquoi le président Bush a menacé cette organisation de devenir "irrelevant", c'est-à-dire non pertinente pour la résolution des problèmes graves. C'est aussi pourquoi les Etats-Unis sont partis en guerre contre l'avis "2003" de l'ONU, celui-ci ne les ayant pas soutenus.

 

Conscients de leur puissance militaire incomparable, les Américains ont tendance à s'en servir, alors que les Européens, faibles, ont tendance à chercher une solution pacifique. Sachant qu'on ne peut discuter avec des dictateurs sanguinaires comme Hitler ou Saddam Hussein, qui ne comprennent que le langage de la force et ne tiennent pas leurs promesses, ils trouvent naturel d'abattre les dictatures.

5.2         Ce que les Européens reprochent aux Américains

5.2.1             Leur domination

L'Amérique est aujourd'hui la seule superpuissance. Pour les Européens, c'est une superpuissance qui écrase les autres peuples, en leur imposant ses choix politiques (Irak, Tribunal Pénal International…), ses choix économiques (libéralisme), sa langue, ses valeurs de civilisation (religion, valeurs de bien ou mal), ses arts (cinéma, télévision, musique), ses choix alimentaires (OGM, viande aux hormones…), ses choix écologiques (Kyoto), etc.

 

Les Européens acceptent le leadership des Etats-Unis dans des domaines comme la science ou la suprématie du Dollar; mais ils refusent la domination des Etats-Unis dans les autres domaines (politique, économie, langue, valeurs de civilisation, etc.)

5.2.2             Leur arrogance

L'arrogance des Américains se manifeste fréquemment de manière insupportable:

§            Le ministre des armées Donald Rumsfeld a traité la France et l'Allemagne de "vieille Europe". Dans son esprit, ces pays vieux et faibles méritent le mépris.

§            Les Européens voient aussi du mépris dans les propos du président Bush:

·            lorsque celui-ci parle "d'axe du mal",

·            lorsqu'il ne laisse aux autres peuples que le choix d'être "avec les Américains ou contre eux", sans droit de discussion des choix américains,

·            lorsqu'il menace l'ONU, qui représente l'ensemble de la communauté internationale, de devenir "non pertinent", c'est-à-dire négligeable.

5.2.3             L'influence de la religion en politique

Beaucoup d'Européens ne comprennent pas que la religion de M. George W. Bush influence sa politique.

Mais M. Bush est loin d'être seul dans ce cas aux Etats-Unis. C'est ainsi - voir (56) page 13 et (57) - que la Chambre des représentants des Etats-Unis (leur "Assemblée nationale") a voté dans la résolution 153 "[que les députés] reconnaissent le besoin de prières et de jeûnes publics pour obtenir la bénédiction et la protection de la Providence pour le peuple des Etats-Unis et nos forces armées pendant le conflit en Irak, et contre les menaces terroristes sur notre sol" (a resolution that recognizes the need for public prayer and fasting in order to secure the blessings and protection of Providence for the people of the United States and our Armed Forces during the conflict in Iraq and under the threat of terrorism at home.)

 

La résolution (57) rappelle plusieurs résolutions qui, dans le passé, ont recommandé aux Américains de prier.

5.2.4             Des maladresses répétées

Les Américains sont persuadés que les valeurs auxquelles ils tiennent sont les meilleures. Cette certitude d'avoir raison leur fait trop souvent, hélas, commettre des erreurs psychologiques qui provoquent la colère d'autres peuples et des réactions anti-américaines. En voici quelques exemples. Je les cite parce que je suis un ami de l'Amérique: qui aime bien châtie bien.

5.2.4.1     Imposer la démocratie

Les Américains pensent que la démocratie est le seul régime politique viable, et que leur devoir de leader mondial est de la promouvoir, voire même de l'imposer, partout où son absence crée une situation défavorable à leurs intérêts.

 

C'est ainsi que, depuis le 11 septembre 2001 et la découverte que la plupart des membres du commando-suicide étaient des Arabes, une vague de soupçons, de conseils et de pressions déferle sur l'Arabie Saoudite pour que ce pays évolue vers plus de démocratie. Or ce pays est encore une fédération moyenâgeuse de tribus, vivant sous la loi islamique stricte du wahhabisme, qui régit aussi bien l'Etat que la justice, les relations sociales et la vie spirituelle. L'enseignement y est dominé par des religieux, la liberté d'expression n'existe pas, une police religieuse veille à la moralité de chacun. Ce pays n'a pas de tradition démocratique parce qu'il n'a jamais connu de démocratie, que les idées correspondantes n'y circulent pas, que les autorités politiques et religieuses ne veulent pas de la démocratie. Le peuple lui-même, très croyant, n'aspire pas à un gouvernement démocratique. Ses souhaits se bornent à une amélioration du niveau de vie, à une baisse du chômage, à une meilleure répartition des richesses issues du pétrole.

 

La classe politique la moins fermée aux idées démocratiques est, paradoxalement, la classe des féodaux qui gouvernent. Formés, pour la plupart, dans les meilleures universités américaines, ces hommes seraient prêts à faire évoluer progressivement le régime vers plus de démocratie. Mais leur peuple ne le leur demande pas et les puissants religieux qui ont l'oreille de ce peuple s'y opposent farouchement. Alors le gouvernement prend peu à peu des mesures "sociales", comme l'obligation pour toute entreprise d'Arabie saoudite de faire travailler un pourcentage élevé d'Arabes à côté des immigrés payés plusieurs fois moins cher (mesure que M. Le Pen ne renierait pas!).

 

En conseillant à ce peuple d'aller vers une démocratie qu'il ne réclame pas, les Américains le vexent et provoquent une réaction de rejet.

 

Autre exemple: lorsqu'un diplomate occidental qui revient de Chine se vente d'avoir abordé avec ses homologues chinois la question des droits de l'homme, il travaille à renforcer la volonté des dirigeants chinois de gouverner d'une main de fer. Pour un Chinois, nous sommes une civilisation moins raffinée que la leur, des barbares qui ont la chance d'être puissants sur le plan économique ou financier. Polis, ces dirigeants laisseront passer notre discours sans réagir, mais après notre départ ils jugeront qu'il faut empêcher le plus longtemps possible leurs compatriotes d'avoir des idées aussi subversives. La Chine a donc mis en œuvre un formidable programme de filtrage du réseau Internet pour empêcher ses dizaines de millions d'internautes d'accéder aux informations et idées pernicieuses qui ont cours chez nous, les médias sont muselés, etc.

 

Plus nous militerons pour qu'ils aillent vers la démocratie, plus la peur qu'elle inspire aux dirigeants en place la fera reculer. Et ces dirigeants ont une justification imparable de leur politique: voilà 20 ans que, en Chine, la croissance économique est de l'ordre de 7 à 8% par an, c'est-à-dire 2 à 3 fois la nôtre. Pourquoi risquer des difficultés politiques, donc une moindre croissance, alors que le régime en place conduit à la richesse plus vite que tout régime démocratique connu?

 

Conclusion: il est maladroit de promouvoir la démocratie auprès de peuples qui n'en veulent pas, comme en Arabie saoudite, ou n'en ont pas encore besoin, comme en Chine. Il faut laisser la démocratie arriver par évolution naturelle, c'est-à-dire par la télévision, les voyages, Internet et le commerce des produits. Pour promouvoir notre démocratie dans ces pays évitons d'en parler.

5.2.4.2     Imposer le libéralisme aux pays pauvres

Les Américains pensent que le libéralisme économique, tempéré éventuellement par une faible ingérence des gouvernements et des organisations internationales, est le seul système permettant le progrès du niveau de vie, même dans les pays les plus pauvres. Ils en sont sûrs parce que, chez eux, en Europe et au Japon, le libéralisme a entraîné un progrès du commerce et de la concurrence, progrès qui à son tour a produit, depuis plus de 50 ans, un formidable accroissement des richesses et un recul de la pauvreté.

 

Ils ont donc tendance, par des accords commerciaux directs ou par FMI, Banque Mondiale et OMC interposés, à imposer aux pays pauvres qui ont besoin de leur aide d'évoluer à marches forcées vers une économie extrêmement ouverte. Cette hâte a déjà produit des résultats économiques désastreux dans de nombreux pays pauvres, comme l'explique avec force détails Joseph STIGLITZ, prix Nobel d'économie 2001, dans son ouvrage "La grande désillusion", publié chez Fayard.

 

S'il est vrai, comme les pays pauvres l'admettent d'ailleurs depuis 2 ou 3 ans, qu'un développement du commerce leur serait plus bénéfique qu'un accroissement de l'aide, en revanche une libéralisation trop rapide de leurs économies et des échanges internationaux crée des déséquilibres redoutables. L'économie d'un pays pauvre a trop de secteurs fragiles qui ne peuvent supporter une libre concurrence, comme c'est souvent le cas en agriculture et dans le domaine des banques de crédit.

 

Il ne faut donc pas profiter de ce que les pays pauvres ne peuvent rien refuser, parce qu'ils ont besoin de notre aide financière, pour leur imposer des recettes économiques valables chez nous mais pas encore chez eux.

5.2.4.3     Imposer leurs solutions politiques

Les Américains pensent que leur performance économique, leur richesse financière, leur puissance militaire, leur rayonnement scientifique suffisent à persuader les autres peuples qu'ils ont forcément raison dans leurs choix. Pour eux, leurs succès prouvent la valeur de leurs opinions et l'absurdité, pour des étrangers, de penser autrement. Ils n'hésitent donc pas à affirmer ces opinions, sûrs qu'en montrant ainsi aux non-américains la voie de la raison, ceux-ci en tireront profit et le monde ira vers le progrès.

 

Un premier exemple est celui de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, qu'ils ont essayé d'imposer aux Européens en 2002 parce que les Turcs sont leurs alliés fidèles de longue date. Depuis leurs diplomates jusqu'à leur président, les Américains ont multiplié les appels à l'intégration des Turcs. Non seulement ils ont échoué, mais ils se sont attiré des réactions du type "De quoi se mêlent-ils?" ou "Et si nous leur disions d'intégrer le Mexique aux Etats-Unis, comment réagiraient-ils?". En insistant maladroitement, ils ont suscité de l'anti-américanisme qui a, en définitive, desservi les Turcs.

 

Autre exemple: en déclarant ouvertement qu'un nouveau gouvernement palestinien devrait se créer sans M. Arafat, ils on rendu un grand service à ce dernier: beaucoup de Palestiniens penseront désormais qu'en soutenant Arafat ils déplaisent aux Américains, qu'ils détestent. En se prononçant maladroitement contre Arafat, les Américains ont obtenu l'effet inverse.

5.2.5             Les raisons de l'anti-américanisme et le devoir d'explication

Le Samedi 18/01/2003 des centaines de milliers de personnes ont manifesté, dans de nombreux pays et notamment aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique et en Asie, contre la guerre que les Américains risquent de déclencher en Irak. Voici les messages des manifestants.

5.2.5.1     Le désir de paix

Aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, les pacifistes se sont élevés contre la guerre parce que c'est une source de souffrances et de misère. On comprend facilement cette attitude, et d'autant plus qu'il y a, de la part du gouvernement des Etats-Unis, un déficit d'explications, comme on le verra ci-dessous.

5.2.5.2     La solidarité musulmane

Tous les musulmans sont frères dans le cadre d'une grande famille, l'umma. Peu importe que les Irakiens de Saddam Hussein se soient comportés en assassins de leurs concitoyens Kurdes, eux-mêmes musulmans, en voleurs des biens et du pétrole des Koweïtiens, eux aussi musulmans, ou en agresseurs des Iraniens musulmans: des millions de musulmans trouvent insupportable que des infidèles attaquent d'autres musulmans.

 

Une autre raison à l'anti-américanisme de la grande majorité des musulmans est la guerre israélo-palestinienne. Les musulmans refusent de tenir compte du terrorisme palestinien, ou le trouvent justifié par la brutalité de la répression israélienne et les innombrables colonies de peuplement. Constatant alors que les Américains soutiennent Israël, ils détestent les Américains.

 

Voir aussi l'excellent article de Renaud Girard dans le Figaro du 11/04/2003. Il fait honneur au Figaro. Je l'ai trouvé si bon que j'en ai reproduit une copie (53) sur mon site, en tant qu'argumentaire complémentaire au mien et exemple de bon journalisme.

5.2.5.3     La haine du libéralisme, de la mondialisation et des Etats-Unis qui les incarnent

Des centaines de millions de personnes détestent les Américains parce qu'ils sont américains, parce qu'ils sont plus riches, plus puissants économiquement et militairement, plus influents en matière de musique et de cinéma et partisans de la mondialisation libérale.

 

De nombreuses personnes qui se sont dites solidaires des Américains le lendemain du 11 septembre 2001, ont oublié aujourd'hui les 3000 morts de cet attentat. Elles ne comprennent plus que les Etats-Unis, las de subir des attaques mortelles de la part d'étrangers criminels, veulent prendre les devants et attaquer le terrorisme partout, qu'il soit le fait de groupuscules ou d'états voyous. Le titre du journal Le Monde du 12 septembre 2001 "Nous sommes tous des Américains" est oublié, et avec lui la solidarité incontournable entre les pays démocratiques et le caractère commun de leur lutte contre les criminels internationaux.

 

L'anti-américanisme n'est pas nouveau. Chez nous, les manifestants contre la guerre en Irak sont souvent ceux qui vocifèrent contre la mondialisation et la libre entreprise. Heureusement, l'idéologie communiste est en chute libre parce que ses résultats, misère et tyrannie, lui ont fait perdre toute crédibilité. La mondialisation se poursuit malgré les manifestations anti-américaines, le développement du commerce mondial amenant l'intensification de la concurrence, qui à son tour entraîne la croissance de la productivité et en définitive l'élévation du niveau de vie, spectaculaire depuis 1945.

5.2.6             L'aveuglement de nos politiciens

Ce qui est plus inquiétant, en revanche, c'est l'attitude de la majorité des politiciens, en France et en Europe. Ils sont opposés à la guerre en Irak parce que cette attitude est celle de la majorité de leurs concitoyens, donc par démagogie et non par raison.

§            Peu importe que l'opinion pacifiste des gens vienne de la mauvaise qualité de l'information qu'ils reçoivent de médias qui font mal leur travail. Exemple: quand un journal télévisé français a-t-il expliqué que la charge de la preuve de la destruction des armes de destruction massive appartenait aux Irakiens, car leur existence était amplement documentée dans les rapports d'inspection de l'ONU de 1998-99? Jamais. En revanche, il y a eu des dizaines de diffusions de l'opinion de nos politiciens qui, comme M. François Bayrou, disent "pas de preuve, pas de guerre", niant ainsi l'existence des preuves de l'ONU.

§            Peu importe que l'histoire ait montré qu'en laissant les pays agresseurs s'armer, comme l'Allemagne de Hitler, on subit ensuite des guerres meurtrières. Peu importe, on refuse la guerre préventive.

§            Peu importe que l'exemple de la Corée du nord montre qu'en laissant les dictateurs fabriquer des armes, ceux-ci s'en servent ensuite pour faire du chantage et les vendent, comme les Coréens du nord ont vendu des missiles SCUD au Yémen, où ils risquent fort de tomber entre des mains terroristes et, de là, sur nos têtes.

§            Peu importe si, restant au pouvoir, Saddam Hussein finit par avoir des bombes atomiques, s'empare de nouveau du Koweït et déstabilise le marché mondial du pétrole, entraînant une grave récession chez nous. Peu importe si, à force de financer les terroristes palestiniens, il finit par déclencher une nouvelle guerre israélo-arabe et que celle-ci entraîne de nouveau un choc pétrolier comme celui de 1974, qui nous a fait tant de mal. Peu importe si Saddam Hussein cède des armes chimiques ou bactériologiques à des terroristes, qui viendront les lancer chez nous parce qu'ils nous haïssent.

§            Peu importe, nous avons toujours survécu aux attentats terroristes sur notre sol, au pétrolier Limburg coulé au Yémen, aux ingénieurs tués au Pakistan, aux avions détruits en vol par des Libyens; ce n'est pas nous qui avons reçu une quarantaine de SCUD en 1991, ce sont Israéliens. Bien peu de Français sont morts dans le World Trade Center, le 11 septembre, et ces morts sont le problème des Américains, pas le nôtre. Peu importe toutes ces victimes, nous Français, nous Européens ne ferons pas la guerre.

5.2.7             Le devoir d'explication

Les Américains ont raison de combattre le terrorisme seuls, si les autres pays sont trop faibles ou trop lâches pour les aider. Pour ma part, je leur dis merci, en regrettant que les politiciens français se soucient plus de leur mettre des bâtons dans les roues que de les rejoindre dans leur combat pour nos démocraties.

 

Mais les Américains seraient soutenus davantage s'ils étaient mieux compris. Leurs documents (3), (10) et (15) ne suffisent pas, parce que trop peu de gens les ont lus et que la presse les a à peu près ignorés. Voici ce qu'ils devraient expliquer, en faisant une campagne d'information assez intense et spectaculaire pour être enfin entendus:

§            La nécessité d'une guerre préventive en Irak et, si les autres efforts échouent et qu'on peut protéger les Sud-coréens, en Corée du nord.

§            C'est aux Irakiens de prouver qu'ils n'ont plus d'armes de destruction massive, pas à l'ONU de prouver qu'ils en ont toujours.

§            On ne peut se contenter de détruire les armes de destruction massive de Saddam Hussein, comme le voudraient la France, l'Allemagne, la Russie, etc. Il faut le chasser, lui et son régime, pour éviter qu'il recommence à s'armer et fasse du chantage ou distribue des armes à des terroristes.

§            Non, la guerre en Irak n'est pas destinée:

·            à voler un pétrole qui appartient aux Irakiens,

·            à dominer l'Irak pour en faire un satellite des Etats-Unis,

·            à livrer l'industrie pétrolière irakienne aux multinationales américaines,

·            à finir le travail inachevé de M. Bush père,

·            à combattre les musulmans dans le cadre d'une nouvelle croisade, etc.

5.3         Pacifisme de la vieille Europe ou bellicisme de l'Amérique?

A force de subir des guerres depuis des milliers d'années, l'Europe a appris à les éviter. La paix est la première raison d'être de l'Union européenne. A force de souffrir, les Européens ont appris à résoudre pacifiquement leurs différends, à négocier des accords commerciaux sans guerre ou blocus et à s'entraider pour surmonter les difficultés. Ils sont devenus pacifiques et même pacifistes, parce que cette attitude leur a permis de mieux résoudre les problèmes internationaux que la guerre… sauf de temps en temps. C'est ainsi que le pacifisme des Français et des Anglais leur a fait accepter l'accord honteux de Munich en septembre 1938, accord qui a entériné les annexions territoriales de l'Allemagne nazie et lui a laissé le temps de finir de préparer son entrée en guerre. Parce que Munich est aujourd'hui oublié, le réflexe pacifique s'impose à une majorité de la population européenne, qui ne se sent pas menacée par l'Irak.

 

Malheureusement, les pacifistes ne se rendent pas compte que la résolution politique des conflits ne marche qu'avec des pays démocratiques. Elle n'a pas marché avec Hitler et ne marche ni avec Saddam Hussein ni avec des terroristes. Les pacifistes ne comprennent pas qu'il est impossible de négocier avec des assassins, dictateurs ou terroristes, que pour mettre un terme à leur menace ces ennemis doivent être éradiqués. Si on laisse Saddam Hussein au pouvoir en admettant qu'il n'a plus d'armes de destruction massive, on devra aussi annuler les sanctions de l'ONU, imposées parce qu'il ne coopérait pas. Sans ces sanctions, Saddam Hussein pourra disposer des milliards du pétrole et s'armer de nouveau. De toute manière, il continuera à terroriser son peuple et à agir de manière malfaisante au sein de l'OPEP. Et il pourra donner aux terroristes internationaux des armes pour commettre des attentats.

 

Bien entendu, les pacifistes rejettent la guerre préventive. Ils ne se rendent pas compte que les circonstances ont changé, que depuis que des tyrans et des terroristes peuvent utiliser des armes de destruction massive, un peuple attaqué aura des milliers de morts s'il ne prend pas les devants. En faisant confiance aux Nations unies pour résoudre pacifiquement les conflits, les pacifistes oublient que la charte de cette organisation lui interdit de se mêler des affaires intérieures d'un pays membre, donc que les Nations unies ne peuvent pas recommander une action tendant à chasser le gouvernement de Saddam Hussein. Les pacifistes soutiennent donc une organisation dont la charte n'est plus adaptée aux menaces du vingt-et-unième siècle.

 

Les pacifistes ne comprennent pas qu'une attitude civilisée de résolution pacifique des différends est, aux yeux des tyrans et des terroristes, une preuve de faiblesse dont ils cherchent à profiter. Aux yeux des Américains, le pacifisme est une faiblesse, d'où leur mépris et l'accusation lancée à la France et à l'Allemagne d'être "la vieille Europe".

 

Les Américains comprennent qu'il faut, selon le cas, adopter une attitude civilisée de résolution pacifique des conflits lorsqu'il s'agit de pays civilisés, ou une attitude de résolution brutale des conflits par annihilation des ennemis lorsque ceux-ci sont des tyrans ou des terroristes, éventuellement en attaquant les premiers. C'est pourquoi, sûrs d'avoir raison après le 11 septembre 2001 et les 12 années de défis de Saddam Hussein au Conseil de sécurité, ils n'admettent pas le pacifisme de la France, qui a pour effet de conserver Saddam Hussein au pouvoir malgré les déclarations des dirigeants français.

 

Je laisse la conclusion de ce paragraphe à Blaise Pascal: "La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste."

6                        Divergences entre les Etats-Unis et la France au sujet de l'Irak

Voir la position de la France sur l'Irak telle que la définit le ministère de la Défense: (44).

Voir la position des Etats-Unis sur l'Irak telle que la définit le Département d'Etat (en français): (45).

6.1         Liens entre l'Irak et al Qaida

Dans son discours du 05/02/2003 au Conseil de sécurité (38), M. Colin Powell a montré qu'il existe en Irak un groupe de terroristes islamistes dirigé par Abu Musab Al-Zarqawi, qui a été en Afghanistan. Ces terroristes ont participé à des attentats à l'étranger, notamment en utilisant un poison d'origine végétale appelé "ricine". Il faut savoir aussi que pratiquement tous les terroristes islamistes se réclament d'al Qaida, qui sert de "label de référence célèbre", même lorsque leurs liens avec Ben Laden sont ténus, voire inexistants.

 

En l'occurrence, ce groupe a un camp d'entraînement dans la région kurde de l'Irak, que Saddam Hussein ne contrôle pas. Bien que l'existence de ces terroristes soit certaine, les pacifistes refusent de croire M. Powell et disent que ses révélations ne les ont pas convaincus d'un lien entre l'Irak et al Qaida.

 

Faut-il croire M. Colin Powell? Bien sûr, ses preuves pourraient avoir été fabriquées de toutes pièces. Mais il est troublant de constater à quel point elles sont cohérentes avec celles des rapports ONU, notamment le rapport Blix (36), qu'elles complètent parfaitement. Le lien entre l'Irak et le terrorisme al Qaida est cohérent avec le soutien au terrorisme palestinien. On ne voit pas pourquoi Saddam Hussein, qui aide les terroristes palestiniens à commettre des attentats contre Israël, s'abstiendrait d'aider al Qaida, qui lutte contre les Etats-Unis, amis d'Israël, et les autres pays démocratiques.

6.1.1             Liens entre l'Irak et al Qaida : des preuves

Une confirmation éclatante des affirmations de M. Powell au Conseil de sécurité est apportée le 01/04/2003 par la correspondante du Figaro dans le nord de l'Irak, Delphine Minoui. Dans l'article "La traque du réseau terroriste Ansar al-Islam", publié ce jour-là, elle écrit ce qui suit (extraits de son interview de Boorhan Saeed, commandant des forces Kurdes de la région d'Halabja, qui combat Ansar al-Islam depuis deux ans):

"Nous avons découvert toute une série de papiers prouvant l'affiliation de ces islamistes avec al Qaida", remarque-t-il, en précisant que les islamistes des montagnes étaient parfaitement équipés en ordinateurs, téléphones satellites et connexions Internet. "On a trouvé, entre autres, des disquettes contenant des comptes-rendus de rencontres entre Ansar et al Qaida, mais aussi des carnets de téléphones comprenant de nombreux numéros de téléphone en Europe et aux Etats-Unis. On a également mis la main sur les discours d'Oussama Ben Laden après le 11 septembre".

Les pacifistes, notamment français, qui avaient implicitement traité M. Powell de menteur en refusant de croire son témoignage parce qu'il dérangeait leur position anti-américaine et pro-Saddam, se trouvent ainsi confondus:

§            Il y a bien des liens entre les islamistes Ansar al-Islam d'Irak et al Qaida ;

§            Ces islamistes irakiens sont liés à des terroristes opérant en Europe et aux Etats-Unis, ce qui prouve que nous sommes menacés par des terroristes irakiens, donc qu'il est important de se débarrasser du régime de Saddam Hussein en même temps que de ces terroristes.

6.1.2             Fabrication d'armes bactériologiques en Irak jusqu'au début de 2003

Autre confirmation des affirmations de M. Powell, concernant cette fois la possession par l'Irak d'armes de destruction massive: en date du 13/05/2003 les forces américaines dans ce pays avaient déjà trouvé deux laboratoires mobiles d'armes bactériologiques. Le premier laboratoire portait une date de fabrication en 2002, le second une date en 2003: Saddam Hussein continuait donc bien à fabriquer des armes de destruction massive pendant les inspections de l'ONU!

6.1.3             Absurdité des convictions des pacifistes européens

En laissant Saddam Hussein au pouvoir (comme le suggérait la France avec sa poursuite des inspections et, après constatation qu'elles ne trouvent pas d'armes, levée des sanctions de l'ONU contre Saddam Hussein), en ne détruisant pas les camps d'entraînement al Qaida d'Irak, le risque de voir les terroristes palestiniens ou ceux d'al Qaida utiliser des armes de destruction massive d'origine ou de technologie irakienne quelque part dans le monde était réel.

 

L'Irak aidait, abritait, armait et finançait les terroristes palestiniens. Il possèdait des armes chimiques et bactériologiques. Saddam Hussein détestait les Américains et leurs amis: pays occidentaux, Israël, Koweït, Arabie saoudite, etc. Al Qaida lutte contre ces mêmes pays. Bien que Ben Laden prétende s'inspirer de la religion musulmane et mépriser le régime laïc de Saddam Hussein, le risque de voir des terroristes bénéficier d'armes de destruction massive d'origine irakienne était réel. Alors, le monde entier était menacé.

(Je répète: le monde entier. C'est ainsi, par exemple, que lors de son séjour à Paris pour la conférence franco-africaine de février 2003, le président égyptien M. Moubarak a déclaré au Figaro que même l'Egypte était menacée par les terroristes islamistes. Et le 12/05/2003 trois attentats-suicides al Qaida ont frappé des étrangers et des Arabes en Arabie Saoudite.)

 

Malheureusement, les pacifistes européens ont refusé de prendre en compte ces arguments, qui ne vont pas dans le sens de leurs efforts pour éviter la guerre: ils prétendaient donc ne pas être convaincus de l'existence de liens entre l'Irak et al Qaida. Ils n'ont pas cru à l'existence de ces camps d'Ansar al-Islam, révélée au Conseil de sécurité par M. Powell. Nous verrons s'ils changent d'avis, maintenant que leur existence est prouvée, ainsi que la menace qu'ils représentent pour les Européens et les Américains.

 

Al Qaida dispose aujourd'hui d'une multitude de tout petits camps, difficiles à trouver, dans des pays à gouvernement faible comme la Somalie. Al Qaida n'a pas besoin des conseils de militaires irakiens ou de soldats irakiens. Al Qaida a besoin de souches bactériennes et de savoir-faire pour fabriquer des bombes bactériologiques ou chimiques, et c'est cela que l'Irak peut lui fournir pour lutter contre leurs ennemis communs. A part les camps d'Ansar al-Islam, les liens entre Al Qaida et l'Irak sont donc des liens occasionnels, limités aux armes de destruction massive et indécelables en l'absence d'une confidence de transfuge ou d'une attaque sur place.

6.2         Les preuves de non-coopération de l'Irak avec les inspecteurs des Nations unies

6.2.1             Point de vue des Américains

Les Américains affirment que l'Irak ne coopère pas avec les inspecteurs des Nations unies, c'est-à-dire qu'ils ne désarment pas. Ils leur reprochent de refuser, depuis 12 ans, d'apporter la preuve de la destruction des armes de destruction massive dont l'existence est amplement documentée par l'ONU. Les inspecteurs ont demandé de nombreuses fois à l'Irak de fournir les justificatifs écrits de leur destruction ou, à défaut, de laisser interviewer les personnes qui ont procédé à ces destructions; il s'agissait, après révélation des lieux de stockage de ces armes, d'y accéder pour les détruire. L'Irak n'a jamais accepté de coopérer sur ce point.

6.2.2             Point de vue des pacifistes, notamment français

Malgré:

§            Tous les rapports des inspecteurs sur l'existence des armes de destruction massive irakiennes;

§            L'acceptation par les Nations unies du fait que les Irakiens ne coopèrent pas, confirmée par la poursuite des sanctions contre l'Irak depuis 12 ans;

§            Les efforts de dissimulation de ce pays, qui prouvent qu'il a des armes à cacher et veut les conserver,

la France et les autres pacifistes affirment qu'il n'est pas prouvé que les Irakiens disposent d'armes de destruction massive, au motif que les inspecteurs ne les ont pas trouvées, ou pas encore! Ce raisonnement absurde revient au même que le suivant:

Un voleur est surpris par la police avec son butin, mais la police le laisse repartir, comme les Nations unies qui ont cessé leurs inspections de 1998 à 2002. N'étant pas dérangé, le voleur cache soigneusement son butin. 4 ans après, la police le reprend, mais ne retrouve pas le butin caché. Au procès, le voleur affirme qu'il n'y a pas de butin, puisqu'on ne l'a pas trouvé. Et le jury de naïfs se range à ces arguments: pas de butin, pas de culpabilité.

6.2.3             La charge de la preuve

C'est donc aux Irakiens qu'il appartient de prouver qu'ils ont détruit leurs armes prohibées, pas aux inspecteurs de trouver où ils les ont cachées. M. Hans Blix, le responsable ONU des inspections, a soutenu le même point de vue le 17/01/2003 lors de sa visite à Paris, dans sa déclaration aux journalistes après rencontre avec le président Chirac: c'est aux Irakiens de prouver qu'ils ont détruit leurs armes de destruction massive et missiles. Cette conclusion est confirmée par la description de la mission confiée aux inspecteurs, que voici.

 

Si on tente de justifier la position des pacifistes (français, allemands, etc.) en invoquant le fait que c'est à l'accusateur (ici la communauté internationale) de prouver la culpabilité de l'accusé (l'Irak) on arrive au raisonnement suivant:

§            La culpabilité de l'Irak a déjà été prouvée par des faits indiscutables, qu'on ne peut balayer aujourd'hui d'un revers de la main:

·            Les rapports (31), (36) et (32) que j'ai résumés dans LES ARMES CACHEES DE L'IRAK.

·            L'opinion des Nations unies elles-mêmes, qui ont reconduit sans interruption depuis 1991 les sanctions infligées à l'Irak parce qu'il ne coopère pas, c'est-à-dire qu'il ne révèle pas où il a caché ses armes prohibées et ne permet pas qu'on interroge ceux qui pourraient le révéler.

·            Le caractère incomplet, d'après les inspecteurs, du rapport de 12.000 pages remis par les Irakiens en réponse à la résolution 1441; ce document est incomplet parce qu'il n'aborde pas le sort des armes prohibées, au sujet desquelles les inspecteurs réclament des informations ou des justificatifs de destruction depuis 12 ans.

·            Les missiles Al Samoud 2, dont l'Irak a révélé l'existence et indiqué la portée testée, supérieure à la limite de 150 km autorisée. L'existence de ces missiles, dont les plans fournis aux inspecteurs montrent que leur portée peut facilement être accrue en augmentant la taille du compartiment de substance propulsive, et le fait que l'Irak a importé jusqu'en décembre 2002 les moteurs nécessaires (de caractéristiques prohibées aussi) montrent que l'Irak continue bien à refuser de coopérer pleinement, comme il s'y est engagé par écrit le11/04/1991 en approuvant la résolution 687 (29).

§            La résolution 1441 est ambiguë. Mais ce n'est pas parce qu'elle prévoit que le Conseil de sécurité se réunira après réception de rapports d'inspection et décidera de suites éventuelles que l'existence des armes de destruction massive de l'Irak, établie dans la section ci-dessus, peut être niée!

 

En résumé, lorsque l'accusateur a déjà prouvé que l'accusé est coupable et qu'aucun élément nouveau (justificatif irakien de destruction des armes) n'est venu infirmer ses preuves, celles-ci restent valables et l'accusé est toujours coupable. Les pacifistes ont donc tort de vouloir reprendre à zéro la recherche de ces armes comme si leur existence n'avait jamais été prouvée.

 

Nous allons maintenant voir (paragraphes suivants) qu'ils ont aussi tort d'espérer en trouver par des inspections, l'Irak ayant disposé de 4 ans pour bien les cacher.

6.3         Mission confiée aux inspecteurs des Nations unies

Comme nous l'avons vu ci-dessus, les Français et leurs amis pacifistes veulent changer le rôle des inspecteurs: de vérificateurs des déclarations irakiennes ils veulent en faire des enquêteurs qui fouillent le territoire irakien, entreprise si gigantesque qu'elle est irréaliste, et sans espoir si on songe que des armes peuvent être cachées sous des mosquées, des hôpitaux, etc. C'est pourquoi ils veulent renforcer les équipes d'inspection et leur donner du temps, sans fixer de délai impératif aux Irakiens pour révéler leurs cachettes.

 

Rappelons ici la phrase suivante du rapport Blix du 14/02/2003 (40):

"Although I can understand that it may not be easy for Iraq in all cases to provide the evidence needed, it is not the task of the inspectors to find it."

Le spécialiste responsable, sur le terrain, affirme que ce n'est pas aux inspecteurs de découvrir des armes cachées, mais la France s'obstine à croire cette entreprise possible.

 

M. Blix indique en outre, dans la phrase finale de son rapport du 14/02/2003 (40):

"Today, three months after the adoption of resolution 1441 (2002), the period of disarmament through inspection could still be short, if “immediate, active and unconditional cooperation” with UNMOVIC and the IAEA were to be forthcoming."

Pour accélérer le désarmement en faisant réussir les inspections, M. Blix ne demande donc pas plus de moyens, mais plus de coopération des Irakiens, c'est-à-dire qu'on les oblige politiquement ou militairement à révéler leurs cachettes.

 

Ici aussi la conclusion s'impose: en réclamant la poursuite des inspections sans fixer de date butoir, le véritable but des pacifistes est la survie du régime de Saddam Hussein, même si, à la rigueur, on n'a pas réussi à le désarmer complètement.

6.4         "Les inspections marchent. Le désarmement pacifique de l'Irak est donc possible"

Ces affirmations de la France sont erronées, car:

§            Les inspections ne trouvent pas d'armes cachées car elles n'en cherchent pas, nous venons de le voir. Les missiles prohibés trouvés en février 2003 ne l'ont été que parce que les Irakiens en ont déclaré l'existence aux inspecteurs; leur portée supérieure à 150 km n'est connue que parce que les Irakiens ont communiqué leurs résultats de tests.

§            Lorsque les inspecteurs trouvent des armes cachées, comme cela s'est produit en 1995 pour des armes bactériologiques, c'est suite à une révélation d'un Irakien de haut rang qui a fui son pays et parlé. De 1991 à 1995 l'Irak a nié leur existence et les inspections ne les ont pas trouvées. Si 4 années d'inspections n'ont pas permis de trouver certaines armes mortelles, pourquoi les 4 mois de plus proposés par la France permettraient-ils de les trouver, sachant que les inspections ne fouillent pas chaque mètre carré de l'Irak?

§            Ce ne sont pas les inspections qui font plier Saddam Hussein, en obtenant des concessions comme le survol d'avions de reconnaissance, la nouvelle "loi" prohibant les armes de destruction massive en Irak ou la déclaration des missiles Al Samoud 2, c'est la pression militaire intense à laquelle il est soumis, comme le reconnaît le président Chirac.

§            Au contraire, les inspections n'ont pas réussi, depuis 1991, à faire révéler par l'Irak où il a caché ses armes les plus dangereuses. Cet échec relatif est dû au fait que les sanctions imposées à l'Irak n'avaient pour effet que d'affamer le peule, ce dont Saddam Hussein se moque. Seule une menace militaire grave l'impressionne, et encore pas assez pour qu'il révèle où il a caché ses armes prohibées ou qu'il fasse vraiment parler ceux qui le savent.

§            Les "petits progrès" dans lesquels les pacifistes (français, allemands, etc.) trouvent des raisons de penser que "les inspections marchent" sont, en réalité, une manière pour les Irakiens de gagner du temps sans céder sur l'essentiel, sans permettre aux inspections de progresser vers un désarmement réel. C'est pourquoi le président Bush les tient pour négligeables, en total désaccord avec les pacifistes.

§            Les inspections reposent sur des rapports fournis par les Irakiens, qui ne sont pas crédibles selon M. Blix. Voir aussi le détail des mensonges et omissions des Irakiens selon l'ONU.

6.5         Faut-il une résolution en plus de la 1441 pour légitimer une intervention armée en Irak ?

La résolution 1441 du 08/11/2002 (42) a été votée à l'unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité. Et sitôt votée, elle est interprétée de manière divergente par les Américains et les Français.

§            Les Américains relèvent le fait qu'elle contient des menaces précises de graves conséquences (ce qui veut dire intervention militaire en langage diplomatique) en cas de coopération insuffisante de l'Irak:

"13. Recalls, in that context, that the Council has repeatedly warned Iraq that it will face serious consequences as a result of its continued violations of its obligations;"

Comme la coopération de l'Irak a été insuffisante jusqu'ici, comme depuis 12 ans et 16 autres résolutions, et pour la même raison (non-révélation de cachettes d'armes prohibées), les Américains considèrent que la résolution 1441 constitue une autorisation suffisante d'intervenir militairement en Irak dès à présent.

§            Les Français relèvent le fait qu'elle prévoit une nouvelle réunion pour faire le point après un rapport des inspecteurs:

"12. Decides to convene immediately upon receipt of a report in accordance with paragraphs 4 or 11 above, in order to consider the situation and the need for full compliance with all of the relevant Council resolutions in order to secure international peace and security;"

et interprètent ce paragraphe comme impliquant qu'une décision de guerre ne peut être prise avant cette réunion et sans l'aval du Conseil de sécurité.

 

De toute manière, un fait est incontestable: la résolution 1441 (42) exige que l'Irak déclare toutes ses armes de destruction massive, sans omission ni erreur avant le 8 décembre 2002. L'Irak a bien remis sa déclaration (12.000 pages) dans les délais, mais cette déclaration est incomplète et fausse sur certains points, nul aujourd'hui ne prétend le contraire. Et, malgré plusieurs demandes depuis le 8 décembre, l'Irak n'a toujours pas complété et rectifié cette déclaration. Le régime de Saddam Hussein se trouve de ce fait dans la situation décrite par la résolution 1441 comme une "violation patente passible de conséquences sérieuses", c'est-à-dire d'intervention armée. Au sens de la résolution 1441, la guerre à l'Irak est donc justifiée sans autre vote du Conseil de sécurité.

 

Notons à ce propos que la résolution 1441 donnait 1 mois à l'Irak pour faire sa déclaration, du 8/11/2002 au 8/12/2002. Le Conseil de sécurité a donc estimé qu'un mois suffisait pour déclarer toutes les armes. Il est donc ahurissant de constater que la France a demandé que ce délai soit prolongé indéfiniment (tant que les inspecteurs ne renoncent pas) sans menace de guerre à l'Irak, ce qui constitue un recul par rapport à la résolution 1441, une preuve de faiblesse vis-à-vis de Saddam Hussein et d'impuissance du Conseil de sécurité. Sachant que les inspections consistent à vérifier les déclarations irakiennes, il s'agit bien du délai pour la même opération: la déclaration "des armes oubliées" ou "comportant des erreurs", prélude à leur "découverte" par les inspecteurs et à leur élimination. En demandant ce délai, la France veut donc laisser passer la période de l'année (l'hiver) où l'intervention militaire est possible, puis profiter de ce que les inspecteurs en trouvent rien pour en déduire qu'il n'existe pas d'armes de destruction massive, donc que Saddam Hussein peut rester au pouvoir et ne plus subir les sanctions de l'ONU "pétrole contre nourriture – et seulement nourriture": la France veut donc, en réalité et malgré ses déclarations, sauver l'assassin qu'est Saddam Hussein et lui permettre d'avoir encore plus d'argent pour s'armer et financer le terrorisme palestinien.

 

Face à l'hostilité de millions de gens à la guerre, les Américains et les Anglais ont compris qu'il était politiquement (c'est-à-dire psychologiquement) préférable qu'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité confirme l'action armée, par exemple après un ultimatum fixant à l'Irak un délai court pour révéler ses caches d'armes ou en constatant une violation manifeste de leurs obligations. Ils ont donc cherché à obtenir cette résolution, en estimant que s'il la refuse, le Conseil de sécurité se déjuge par rapport à la résolution 1441, et que son refus de donner suite aux menaces contenues dans ses diverses résolutions lui fait perdre toute crédibilité. Mais, avec faute de résolution, ils sont intervenus en Irak.

 

De son côté, la France estime qu'aucune nouvelle résolution n'est nécessaire tant que les inspections se poursuivent, et jusqu'à ce qu'elles aient abouti à trouver et détruire les armes cachées, la résolution 1441 suffisant pour ces inspections. Nous comprenons donc pourquoi le président Chirac a déclaré à Bruxelles qu'il s'opposera à toute nouvelle résolution. La France ayant un droit de veto, elle peut effectivement bloquer les résolutions du Conseil de sécurité qu'elle veut.

 

Les Américains se souviendront pendant des années de l'action hostile de la France et chercheront à la lui faire payer.

6.5.1             La paix conclue lors de l'acceptation par l'Irak de la résolution 687, en 1991, n'a plus de valeur juridique

Indépendamment de la résolution 1441, la résolution 687 du 03/04/1991 (29), que l'Irak a acceptée par écrit et sans réserve pour obtenir l'arrêt des opérations militaires alliées de la guerre du Koweït, interdisait à l'Irak de développer, construire ou acheter des armes de destruction massive par le texte suivant:

10 Decides further that Iraq shall unconditionnally undertake not to use, develop, construct or acquire any of the items specified in paragraphs 8 and 9 [chemical and biological weapons and agents, ballistic missiles with a range greater than 150 km...]

Or nous savons aujourd'hui que l'Irak construit des missiles Al Samoud 2, d'une portée supérieure à 150 km (donc prohibés) et que, pour ce faire, elle a importé jusqu'en décembre 2002 380 moteurs de missile. De ce fait, l'Irak est en infraction avec la résolution 687, en plus de ses infractions aux résolutions adoptées de 1991 à 2002. En droit, l'Irak n'ayant pas respecté ses obligations découlant de la résolution 687, les conditions de l'arrêt des hostilités ne sont plus réunies et les Américains peuvent reprendre ces hostilités comme ils veulent et quand ils veulent, sans autre autorisation du Conseil de sécurité que celle qui avait permis la guerre de libération du Koweït en 1991.

6.6         Chasser ou non le régime de Saddam Hussein

Vu l'énorme quantité d'armes dont il s'agit et la diversité de leurs types (31) et (voir LES ARMES CACHEES DE L'IRAK), il est pratiquement impossible que les inspecteurs aient déduit à tort leur existence, à toutes, des rapports fournis par les Irakiens et des constatations sur le terrain.

 

L'affirmation d'absence de preuve concluante des pacifistes est si aberrante qu'elle relève de la mauvaise foi. En fait:

§            Les Américains veulent en finir avec le régime de Saddam Hussein, en plus du désarmement de l'Irak, pour supprimer une des menaces qu'ils redoutent; ils ne l'ont pas expliqué depuis le début de leur action aux Nations unies parce que la Charte de cette organisation interdit d'envisager l'éviction du gouvernement d'un pays membre (l'Irak).

§            Les Français et les autres pacifistes veulent laisser vivre le régime de Saddam, par peur démagogique des réactions populaires dans leurs pays et de la colère de tous les musulmans du monde, par intérêt pour certains, nous le verrons plus loin, ou par simple volonté d'apparaître, sur la scène internationale comme "ceux qui ont osé dire NON aux Américains".

6.7         La volte-face de la France aux Nations unies

La France a fait une volte-face spectaculaire le 20 janvier 2003. Jusqu'à cette date, sa position sur la guerre était très ouverte, n'excluant aucune option. Brusquement, le 20 janvier, M. De Villepin a affirmé que la France s'opposerait à toute résolution autorisant la guerre à l'Irak, en utilisant son droit de veto si nécessaire. Cette volte-face a profondément surpris et choqué M. Colin Powell, qui en a déduit que l'allié traditionnel français ne savait pas ce qu'il voulait et n'était pas digne de confiance. Jusque là modéré, M. Powell a alors rejoint le camp des "faucons", partisans d'une décision américaine unilatérale de faire la guerre. On ne comprend pas que la France, puissance de second ordre, ait voulu intimider les Etats-Unis à l'ONU, où le président Bush avait déclaré solennellement que si les Nations unies n'autorisaient pas son pays à faire la guerre, celui-ci passerait outre. Non seulement l'obstruction française n'a pas arrêté les Etats-Unis, mais elle les a braqués contre la France. Bravo MM. Chirac et De Villepin!

6.8         Se préoccuper du sort des Irakiens

A aucun moment les Français, les Allemands et les autres pacifistes n'ont parlé de libérer les Irakiens du joug de Saddam Hussein, qui  leur enlève toute liberté d'expression et les torture ou les assassine à la moindre opposition au régime. Pire même, les pacifistes considèrent qu'une intervention en Irak produira plus de malheurs pour les Irakiens que la continuation du régime actuel.

6.8.1             Sortir les Irakiens de la misère

L'Irak d'aujourd'hui souffre d'un manque d'eau potable, d'électricité et de soins hospitaliers. Les Américains ont prévu, comme en Afghanistan, d'apporter une aide alimentaire et médicale à la population irakienne dès la chute du régime de Saddam. Il s'agit d'une aide temporaire, le temps que l'économie irakienne redémarre.

 

A aucun moment les Français, les Allemands et les autres pacifistes n'ont tenu compte du fait que la seule manière de fournir aux Irakiens une meilleure existence est de s'en donner les moyens, en utilisant à leur profit l'argent de leur pétrole. L'Irak peut produire 6 millions de barils par jour (au lieu des 2,4 millions actuels, et presque autant que l'Arabie saoudite, qui en produit 7), ce qui rapporterait environ 30 milliards de dollars de plus par an, c'est-à-dire 1300 dollars par habitant, de quoi doubler leur niveau de vie!

 

Mais pour produire autant, l'Irak doit remettre en état son industrie pétrolière, ce qui représente environ 30 milliards de dollars d'investissements sur 5 à 7 ans, d'après le "Bilan [économique] du monde 2003", page 14. Et aucun investisseur ne risquera des capitaux de cet ordre dans un pays dont le régime est aussi criminel que celui de Saddam Hussein, parce que son avenir est incertain. Malgré l'explosion prévue de la demande de pétrole d'ici 5 à 10 ans, du fait de la croissance rapide de l'Inde et de la Chine, donc du besoin de pétrole irakien, les investisseurs pourront placer leurs capitaux ailleurs qu'en Irak si le régime irakien est indigne de confiance.

 

L'avenir économique des Irakiens passe donc par la fin du régime de Saddam Hussein, non par sa survie comme le veulent la France et ses amis.

6.8.2             Instaurer progressivement une démocratie en Irak

Sur le plan politique, les Américains veulent instaurer en Irak un régime démocratique, en s'appuyant au départ sur une administration militaire, comme ils l'ont fait au Japon à partir de 1945.

 

De nos jours, les occidentaux sont en train de réussir à faire vivre une démocratie dans la région de Kaboul, en Afghanistan, en la portant à bout de bras. Cet exemple permet d'espérer que l'Irak d'après Saddam pourra être un pays démocratique, le seul parmi les pays arabes. Si cette démocratie fonctionne et sort les Irakiens de la misère, elle peut devenir le germe de la démocratisation de nombreux pays musulmans, perspective si merveilleuse pour des centaines de millions de gens aujourd'hui tyrannisés qu'elle fait rêver. Et à long terme c'est bien la fin de la misère et de la tyrannie dans les pays musulmans qui constitue la meilleure prévention du terrorisme.

6.9         Le bras de fer à l'OTAN

Fidèle à sa stratégie consistant à empêcher les Etats-Unis de préparer la guerre à l'Irak, la France a opposé son veto à une décision de l'alliance OTAN de fournir à la Turquie des moyens de se défendre contre d'éventuelles attaques irakiennes (avions AWACS, défenses anti-missiles, etc.) Pacifistes elles aussi, la Belgique et l'Allemagne se sont solidarisées avec la France, les Etats-Unis obtenant l'assentiment des 16 autres pays. Ils ont alors convaincu l'Allemagne et la Belgique d'approuver la mesure et fait voter celle-ci dans le cadre de la structure militaire intégrée, comprenant tous les pays sauf la France. L'aide de l'OTAN à la Turquie a donc été adoptée à l'unanimité des 18 pays de cette structure. L'obstruction française à l'OTAN n'a donc produit que la marginalisation de la France et un surcroît d'irritation des Etats-Unis et de leurs amis.

7                        Quels intérêts les divers pays ont-ils en Irak?

Les Américains veulent-ils en réalité faire la guerre pour le pétrole irakien?

Parmi les reproches non fondés faits aux Américains par ceux qui les détestent, il y a celui de vouloir chasser Saddam Hussein pour s'emparer du pétrole irakien, les armes de destruction massive n'étant qu'un prétexte. C'est là un procès d'intention, dont nous allons montrer qu'il est injuste. Du reste, si les Américains s'emparaient du pétrole irakien comme on leur reproche de vouloir le faire, ils deviendraient des voleurs, comme Saddam Hussein l'a été en s'emparant du Koweït.

 

Voici la problématique et les enjeux de la maîtrise du pétrole irakien.

7.1         L'OPEP

L'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est un cartel de producteurs de pétrole comprenant l'Iran, l'Irak, l'Arabie saoudite, le Koweït, le Venezuela, le Qatar, l'Indonésie, la Libye, Abu Dhabi, l'Algérie, le Nigeria, l'Equateur et le Gabon. L'OPEP fournit environ 40% du pétrole mondial.

 

Dans le passé, cette organisation a déjà profité de sa domination du marché mondial pour imposer aux pays consommateurs des hausses de prix brutales, les "chocs pétroliers", qui ont entraîné des baisses de niveau de vie non négligeables.

§            Lors du premier choc pétrolier, en 1974, la raison invoquée par l'OPEP a été la haine d'Israël lors de la guerre du Kippour, qui a servi de prétexte pour prendre plus d'argent aux pays consommateurs: le prix du baril est passé de 2,9 dollars en juin 1973 à 11,6 dollars en janvier 1974, soit une multiplication par 4! Il s'en est suivi une récession dans les pays consommateurs.

§            De 1978 à 1981, deuxième choc pétrolier, dû à la révolution iranienne et au début de la guerre entre l'Iran et l'Irak: cette fois, c'est l'instabilité chronique du Moyen-orient qui a coûté une fortune à l'Occident.

 

Les pacifistes français, allemands, etc. qui ne se sentent pas concernés par l'Irak oublient de tenir compte de la décision prise par les membres de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI, regroupant 56 états musulmans) à Kuala Lumpur le 27 février 2002: utiliser l'arme du pétrole dans la crise irakienne de 2003 pour faire pression afin d'empêcher la guerre.

 

Dominée par les pays arabes et, plus généralement les pays musulmans, l'OPEP est une organisation dangereuse pour le reste du monde, parce que l'intérêt de ses producteurs s'oppose fréquemment à celui des consommateurs, et que les producteurs peuvent souvent imposer leurs prix en créant la pénurie. Sachant que la politique de production et de prix de l'OPEP dépend beaucoup du contexte politique instable du Moyen-orient, il est important pour les pays consommateurs de disposer de sources de pétrole échappant au contrôle de l'OPEP et situées dans des pays politiquement stables et ne soutenant pas le terrorisme.

7.2         L'intérêt des pays consommateurs

Il faut savoir qu'une hausse du prix du pétrole de 10 dollars par baril (environ 40% du prix moyen 2002) représente pour les pays consommateurs un surcoût d'environ 200 milliards de dollars par an, c'est-à-dire plus que le coût total estimé d'une guerre contre l'Irak. Un nouveau quadruplement du prix entraînerait de nouveau une récession mondiale grave.

 

Si la production et le prix du pétrole de l'Irak échappaient aux ententes de l'OPEP, la stabilité des approvisionnements et des prix serait bien mieux assurée que si ces paramètres continuaient à dépendre de la volonté d'un dictateur fou ou de politiciens arabes aux motivations souvent irrationnelles.

 

D'ici 2010, la croissance inévitable des seules économies de l'Inde et de la Chine entraînera une forte croissance de la consommation mondiale de pétrole. Pour éviter que les prix flambent, il est nécessaire de faire croître la production de brut et de stabiliser cette production. Les pays consommateurs ont donc intérêt à ce que le maximum de pétrole provienne de pays politiquement stables et responsables.

7.3         La politique américaine

Les Américains n'ont pas l'intention de prendre possession du pétrole irakien, le gouvernement américain n'étant pas propriétaire de puits, de raffineries ou de navires pétroliers. Ils ne pourraient pas justifier devant l'opinion internationale que des compagnies américaines exploitent, raffinent ou transportent le pétrole irakien au profit de leurs actionnaires comme s'il leur appartenait. Leur intérêt est simplement la stabilité des approvisionnements et des prix mondiaux du pétrole, stabilité indispensable à la santé de l'économie des pays consommateurs.

 

Si les Américains avaient voulu le pétrole irakien, pour eux ou pour que sa présence sur le marché en fasse baisser les prix, ils n'auraient pas voté depuis des années aux Nations unies les sanctions qui limitent la production de pétrole irakien; au contraire, ils auraient favorisé cette production. Il faut savoir qu'aujourd'hui les Etats-Unis n'achètent à l'Irak qu'environ 167.000 barils par jour, c'est-à-dire 1,7% de leurs importations: ils n'ont guère besoin de s'emparer du pétrole irakien.

 

L'argent tiré du pétrole irakien servira donc d'abord à rembourser les investissements de remise en état de l'industrie pétrolière irakienne, puis à payer les dettes accumulées par l'Irak suite aux destructions que Saddam Hussein a infligées pendant la guerre du Koweït. Il servira ensuite à financer les achats dont l'Irak a besoin, pour nourrir sa population et reconstruire ses infrastructures.

 

Dans toute leur histoire, les Etats-Unis n'ont jamais eu de colonie. Ils n'ont jamais colonisé ou exploité un pays vaincu, qu'il soit grand comme l'Allemagne, le Japon ou l'Afghanistan, ou petit comme la Grenade. Bien au contraire, ils l'ont aidé à se relever de ses ruines. Ils ne se sont pas emparés du Koweït ou de son pétrole après leur victoire de 1991. Les Etats-Unis de 2003 ont déjà annoncé qu'ils financeraient la reconstruction de l'Irak, après la guerre qui aura libéré ce pays de la tyrannie sanglante de Saddam Hussein. Loin d'être une menace pour le pétrole irakien, les Etats-Unis sont un espoir pour ce pays.

7.4         La France, l'Allemagne et la Russie

Après des travaux de prospection pétrolière aussi importants que prometteurs, Total a signé avec le régime de Saddam Hussein des contrats qui n'attendent, pour être exécutés, que la levée des sanctions des Nations unies. La France a donc intérêt que Saddam Hussein reste au pouvoir et honore ce contrat. Il est clair qu'après la chute de Saddam l'obstruction actuelle de la France à la politique américaine fera écarter les entreprises françaises des marchés de reconstruction de l'industrie pétrolière et des infrastructures irakiennes tant que les Américains pourront en décider. Le prix payé ainsi par notre pays pour avoir voulu s'affirmer contre les Etats-Unis se chiffrera en milliards. Et la France a prêté 8 milliards de dollars à l'Irak que le régime qui succédera à celui de Saddam n'honorera peut-être pas.

 

L'Irak doit aussi 4 milliards de dollars à l'Allemagne, que M. Schröder aimerait bien récupérer un jour pour son budget qui est bien malade. Pour les mêmes raisons que la France, M. Schröder aurait préféré que Saddam Hussein reste au pouvoir.

 

La Russie, elle, a signé des contrats avec le régime de Saddam Hussein et lui a prêté environ 10 milliards de dollars. N'étant pas certaine qu'un gouvernement après Saddam honorera ces contrats et cette dette, elle aussi avait intérêt à ce que Saddam Hussein reste au pouvoir et que les sanctions de l'ONU contre l'Irak soient levées.

 

En plaidant donc pour la poursuite des inspections, la France, l'Allemagne et la Russie espéraient donc toutes trois que les inspecteurs ne trouvent pas d'armes de destruction massive, et qu'elles pourront ainsi obtenir la levée des sanctions contre l'Irak et la réalisation de leurs espoirs. En pratique, donc, ce ne sont pas les Américains qui veulent profiter du pétrole irakien, mais plutôt les Français, les Allemands et les Russes.

8                        Les interviews du président Chirac

8.1         L'interview à Time Magazine

Le président Chirac a accordé à Time Magazine (hebdomadaire comptant des millions de lecteurs aux Etats-Unis) une interview le 16 février 2003, dont le texte français est (41). Il s'adresse ainsi aux Américains bien plus qu'à leur gouvernement, en tentant de les convaincre que la France n'est pas leur ennemie et en expliquant sa politique. Voici des extraits commentés de ce texte.

"Il y a un problème, c'est la possession probable d'armes de destruction massive par un pays incontrôlable, l'Iraq".

M. Chirac parle de possession probable: il considère donc que les rapports des inspecteurs de l'ONU et les sanctions maintenues par celui-ci depuis 12 ans n'apportent pas de certitude, mais seulement une probabilité. Pourtant, lorsque la probabilité qu'il n'y ait pas d'armes prohibées, avec tout ce que l'on sait de manière certaine, est insignifiante, pourquoi douter? Je ne vois que deux explications: le désir de plaire à des opinions publiques mal informées et celui de sauver le régime de Saddam Hussein, en espérant en tirer ensuite un avantage économique.

"La communauté internationale a raison de s'émouvoir de cette situation. Et elle a eu raison de décider qu'il fallait désarmer l'Iraq.

Alors, les inspections ont commencé. C'est naturellement un travail long et difficile. Il faut laisser aux inspecteurs le temps de le faire".

Dans sa présentation des faits, M. Chirac oublie les 8 années d'inspections qui ont précédé les inspections actuelles, ainsi que les faits que ces 8 années ont établi. Son discours est conçu pour que celui qui le reçoit pense que les inspections ont commencé fin 2002 et qu'il faut donc leur laisser le temps de se terminer, c'est-à-dire que les inspections doivent continuer.

"Et, probablement, cela c'est la position de la France, renforcer leurs moyens, notamment leurs moyens d'observation aérienne. Pour le moment, rien ne permet de dire qu'elle ne marche pas."

Ici, le discours de M. Chirac est fait pour qu'on pense que le travail des inspecteurs consiste à chercher des armes cachées et que, vu l'ampleur de la tâche, il faut renforcer leurs moyens. Nous avons vu ci-dessus qu'une telle recherche n'est pas, et n'a jamais été, à l'ordre du jour. La phrase "rien ne permet de dire qu'elle ne marche pas" peut être interprétée comme l'affirmation que les inspections trouvent des armes cachées, ce qui est faux. Cette réponse a entraîné la question suivante de Time, à laquelle la réponse du président continue à entretenir l'erreur:

"QUESTION - Vous avez l'air de placer davantage la responsabilité sur les inspecteurs, pour qu'ils trouvent les armes, plutôt que sur Saddam HUSSEIN, pour qu'il déclare ce qu'il a ?

LE PRESIDENT - Y-a-t-il en Iraq des armes nucléaires ? Je ne le pense pas. Y-a-t-il d'autres armes de destruction massive ? C'est probable. Il faut donc les trouver et les détruire."

Le président Chirac n'a pas répondu à la question sur la responsabilité de la preuve. Mais il a insisté sur un processus de recherche qui confirme ses propos précédents: "Il faut donc les trouver". Heureusement, la phrase ci-dessous précise ce qui permet de faire réussir les inspections:

"S'il n'y avait pas eu l'armée américaine, il n'est pas du tout évident que Saddam aurait accepté de jouer le jeu."

 

Il est aussi intéressant de noter ce que le président ne dit pas. Il ne cite pas l'objectif de se débarrasser du régime de Saddam Hussein; il se contente de déclarer:

"la France n'a pas pour vocation de soutenir un régime dictatorial, ni en Iraq, ni ailleurs."

La France serait donc d'accord avec un maintien au pouvoir du régime de Saddam Hussein, bien que celui-ci ait donné d'innombrables preuves de sa malfaisance. M. Chirac confirme d'ailleurs qu'il ne veut pas faire d'effort pour chasser Saddam Hussein, en ne citant pas son départ dans les objectifs:

"Nous n'avons pas non plus de divergences de vues sur l'objectif : l'élimination des armes de destruction massive de Saddam HUSSEIN. Et, pour tout dire, si Saddam HUSSEIN pouvait disparaître, ce serait certainement le meilleur service qu'il pourrait rendre à son peuple et au monde. Mais nous pensons que cet objectif peut être atteint sans mettre en oeuvre une guerre."

Il se contenterait de constater son départ; encourant s'il reste le risque qu'il recommence dès que la pression militaire a disparu.

M. Chirac a aussi déclaré:

"Si l'on désarme l'Irak, l'objectif recherché par les Américains sera atteint."

En parlant d'objectif il omet donc, pour la deuxième fois, de citer les autres objectifs des Etats-Unis:

§            en finir avec le régime de Saddam Hussein,

§            libérer le peuple irakien et lui apporter une aide,

§            introduire la démocratie en Irak en espérant qu'à partir de là elle se répande dans les pays musulmans.

8.2         La déclaration de Bruxelles sur une nouvelle résolution du Conseil de sécurité

A la réunion de l'Union européenne sur l'Irak, à Bruxelles, le président Chirac a déclaré que la France s'opposera à toute nouvelle résolution du Conseil de sécurité. Je note que cette opposition est prévue quelle que soit cette résolution, à priori et avant même d'en avoir connaissance. La volonté de M. Chirac de s'opposer aux Etats-Unis sur l'Irak quoi qu'ils fassent est donc très claire.

9                        Les enjeux pour l'ONU

§            Si, après 12 ans de résolutions menaçantes, l'ONU ne sanctionne toujours pas l'Irak de manière efficace, il se déconsidère et devient "un tigre de papier". Les sanctions actuelles (limitations du commerce extérieur) ont prouvé, depuis 12 ans, leur inefficacité. Saddam Hussein a contourné l'embargo sur les ventes de pétrole en exportant massivement à travers la Jordanie et la Syrie. Il a gardé le produit de ces ventes, des milliards de dollars, dans une caisse noire qui lui a permis de financer le terrorisme, l'acquisition d'armes et la construction de palais.

§            L'ONU s'étant avéré incapable de donner une suite militaire à ses menaces, malgré tous les défis que l'Irak lui lance depuis 12 ans, les Etats-Unis ont attaqué sans autorisation autre que la reprise des hostilités de 1991, permise par le fait que l'Irak n'a pas respecté les conditions de leur arrêt, qui l'obligeaient à désarmer en coopérant avec l'ONU. L'ONU perdra donc de son prestige et de son influence. En cas de problème international, beaucoup de pays se tourneront alors vers les Etats-Unis, qui détiennent la vraie puissance, au lieu de l'ONU, désormais réputé faible.

§            La France voudrait que, après l'éviction du régime de Saddam Hussein, l'ONU contribue à la mise en place d'une administration nouvelle, en même temps qu'à la fourniture d'une aide alimentaire et financière à l'Irak. Mais l'histoire montre que l'ONU est terriblement inefficace pour rétablir ou même simplement maintenir l'ordre, cette inefficacité provenant du désaccord permanent entre les membres du Conseil de sécurité et de leur indécision. C'est pourquoi les Américains veulent se passer de l'ONU pour reconstruire l'Irak, malgré le risque évident d'être accusés de colonialisme ou au moins d'unilatéralisme.

 

Voir aussi "Conseil de sécurité : un risque réel de perte de crédibilité".

10                 L'opinion publique internationale

10.1    Les manifestations du week-end du 15/02/2003

Ce week-end-là, une dizaine de millions de personnes ont manifesté contre la guerre en Irak, en Europe, aux Etats-Unis et en Australie. Dans le reste du monde, les manifestations ont brillé par leur insignifiance.

 

Il est remarquable de constater le caractère simultané de ces manifestations, preuve s'il en faut de l'efficacité des communications de nos jours. A notre époque, et sauf dans les pays totalitaires qui bloquent l'expression des médias et l'accès à Internet, un événement est connu dans les minutes qui suivent par tous ceux qui sont à l'écoute des événements, partout.

 

L'ampleur des manifestations et l'absence de répression témoigne aussi du respect du droit d'expression populaire par les divers gouvernements.

 

Il est clair, après ces manifestations, que des millions de citoyens détestent la guerre. Même si on peut affirmer que leur refus d'une guerre en Irak vient en partie d'une mauvaise information du public sur les sujets que je traite dans ce texte, il est certain que les peuples occidentaux détestent la guerre. En soi, le désir de paix est une excellente chose, c'est évident.

 

Je note, d'ailleurs, qu'il s'accompagne d'une bonne dose de tolérance envers un régime dont les crimes sont de notoriété publique depuis des années: on préfère, pour les Irakiens comme pour nous, souffrir la présence d'une dictature plutôt que les blessures d'une guerre. On ferme les yeux sur le fait que cette dictature assassine ses propres citoyens et agresse les pays voisins, parce que tout cela se passe à des milliers de kilomètres de chez nous. Dans cet appel à la paix il y a aussi un peu d'égoïsme: "cela concerne des étrangers, pourquoi envoyer nos soldats mourir là-bas?"

 

Nous avons les pacifistes, alors que l'Irak a des armes de mort. Car il faut bien comprendre que, pour Saddam Hussein, ces manifestations sont une marque de faiblesse de notre part. Notre volonté de paix est, pour lui, une promesse d'impunité dont il profite depuis 12 ans pour préparer la guerre.

10.2    Impact de la télévision-spectacle

Les gouvernements de nos pays démocratiques tiennent compte de ces manifestations, parce qu'elles ont compté des millions de manifestants, dans de nombreux pays, et que la couverture télévisée en a accru fortement la portée. Contrairement au gouvernement irakien, qui se moque des souffrances des gens, nos gouvernements y sont d'autant plus sensibles que l'émotion populaire a été amplifiée par son écho dans les médias.

 

Il y a là, d'ailleurs, un danger, celui de gouverner en fonction de l'émotion générée par un événement. Le gouvernement d'un pays demande réflexion et recul. Il ne doit pas céder aux pressions de l'émotion populaire, qui pousse souvent vers des décisions contraires aux véritables intérêts de ce pays. Les journaux de la télévision française donnent la priorité aux séquences d'une minute qui génèrent de l'émotion, au détriment de l'information objective qui demande des développements plus longs. Nos journaux télévisés font plus de spectacle que d'information, parce que le spectacle et son émotion sont accessibles à plus de gens, ce qui est bon pour l'audience, donc le chiffre d'affaires publicitaire. Le résultat est que le public n'est jamais informé sur les sujets un peu complexes, qui demandent un peu de temps pour expliquer les événements, les enjeux et les solutions proposées. Exemple de sujets ayant souffert récemment d'un manque d'information: la stratégie de sécurité des Etats-Unis, la preuve que l'Irak a des armes de destruction massive, etc.

10.3    Les pays arabes se soulèveront-ils après une attaque contre l'Irak?

Malgré la couverture des événements militaires par leurs médias, je ne pense pas que les peuples arabes se soulèvent. Voici pourquoi.

 

Les gouvernements arabes seraient ravis d'être débarrassés de Saddam Hussein et de son régime. Ils feront donc mine d'être furieux, pour plaire à leurs peuples, mais les mesures concrètes qu'ils prendront seront surtout symboliques. Elles ne dépasseront pas l'interdiction d'utiliser leur territoire ou de le survoler, ou d'autres mesures d'obstruction minimes contre l'action militaire ou le commerce avec les Etats-Unis. Et certains pays ne s'associeront même pas à de telles mesures, les bases américaines actuelles sur leur sol en témoignent.

 

En outre, l'histoire a montré que les pays arabes discutent beaucoup entre eux, mais ne sont pratiquement jamais d'accord pour une action commune. Il y des pays, comme l'Egypte ou la Jordanie, qui ne peuvent se passer des milliards de dollars de l'aide américaine. D'autres, comme le Koweït, ont besoin de la protection de l'Oncle Sam ou du commerce avec lui. Je ne crois pas à des actions spectaculaires comme le blocage du canal de Suez ou une hausse massive du prix du pétrole provoquée par un blocage de la production.

 

Tous les régimes des pays arabes étant dictatoriaux, le moindre mouvement populaire hostile au gouvernement serait réprimé de manière féroce, les citoyens le savent. C'est pourquoi ils ne manifestent jamais bien fort.

 

A mon avis comme à celui que le président égyptien Moubarak a exposé au Figaro en février 2003, une intervention américaine en Irak provoquera beaucoup de vocations terroristes, contre lesquelles nous devrons nous protéger. Mais cela ne changera ni les types de protection que nous devons adopter, ni leur niveau. Tout au plus devrons-nous consacrer plus de moyens à la lutte antiterroriste.

 

Le régime dictatorial à dominance religieuse fondamentaliste de pays comme l'Arabie saoudite favorise le terrorisme, en créant des frustrations et un manque de perspective tels que des jeunes se tournent vers le terrorisme, ainsi qu'en finançant ce terrorisme à partir des dons populaires aux religieux destinés en principe à la charité. C'est pourquoi les Américains essaient de promouvoir une évolution vers la démocratie, bien que les peuples arabes ne la demandent pas, parce qu'ils n'ont jamais connu de démocratie et que leurs besoins immédiats sont surtout économiques.

 

Voir aussi l'excellent article de Renaud Girard dans le Figaro du 11/04/2003. Il fait honneur au Figaro. Je l'ai trouvé si bon que j'en ai reproduit une copie (53) sur mon site, en tant qu'argumentaire complémentaire au mien et exemple de bon journalisme.

10.4    Plus de 30 pays soutiennent l'intervention américaine en Irak

A plusieurs reprises des politiciens français ont prétendu que les Etats-Unis étaient isolés sur la scène internationale. La vérité est toute autre: d'après (50) 30 pays soutiennent ouvertement et officiellement l'intervention militaire en Irak; les voici en ordre alphabétique et en anglais:

Afghanistan, Albania, Australia, Azerbaijan, Colombia, the Czech Republic, Denmark, El Salvador, Eritrea, Estonia, Ethiopia, Georgia, Hungary, Iceland, Italy, Japan, Korea, Latvia, Lithuania, Macedonia, the Netherlands, Nicaragua, the Philippines, Poland, Romania, Slovakia, Spain, Turkey, the United Kingdom, and Uzbekistan.

 

En outre, une quinzaine d'autres pays soutiennent les Etats-Unis de diverses manières (utilisation de bases, traversée de l'espace aérien, etc.) mais sans manifester ce soutien par une déclaration formelle.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

 

Voir aussi : Légitimité de l'ONU: la France en fait trop!

 

 

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