La déplorable politique antiaméricaine de la France

Mise à jour : 12/08/2003

 

Ce texte critique la politique antiaméricaine de la France en dénonçant ses erreurs et les inconvénients pour notre pays.

 

 

Depuis fin 2002, la France a fait le choix de contrer systématiquement les Etats-Unis, de les empêcher de réussir ce qu'ils entreprennent:

§            En Irak, parce que [comme l'affirmait le président Chirac] "la guerre est toujours la plus mauvaise des solutions". Pourtant elle a fait moins de morts en un mois que Saddam Hussein en un an: le régime irakien a assassiné environ 200.000 de ses concitoyens de 1979 à 2003, soit plus de 8000 par an; et les guerres contre l'Iran (8 ans!) et le Koweït ont fait en plus 1 million de morts. Sachant que l'Irak et ses voisins sont désormais débarrassés de ce régime assassin, la guerre a été la meilleure solution, quoi qu'en ait dit notre président.

La France espérait désarmer pacifiquement l'Irak, donc garder Saddam Hussein au pouvoir et le laisser continuer à assassiner et voler son peuple, soutenir le terrorisme palestinien et s'armer pour menacer ses voisins. Mais la France a échoué, la guerre a eu lieu.

La position française face à l'intervention en Irak est pourtant complètement indéfendable lorsqu'on considère les faits objectivement, en s'appuyant sur des preuves officielles et lorsqu'on analyse dans le détail le différend franco-américain.

La conséquence de son choix antiaméricain sera, pour la France, l'exclusion de l'Irak par les Américains: comme l'Allemagne, la Russie et l'ONU, la France ne pourra pas participer à l'administration de l'Irak d'après-guerre; on ne fera appel à elle que lorsqu'il faudra de l'argent pour reconstruire le pays ou nourrir son peuple. Et les sociétés françaises de l'industrie pétrolière auront du mal à travailler en Irak.

§            A l'ONU

·            Dont la France réclame la prépondérance malgré ses innombrables échecs en matière de rétablissement de la paix et sa totale inexpérience en matière de réorganisation administrative d'un pays comme l'Irak.

La France a réussi à empêcher l'approbation par le Conseil de sécurité de l'intervention américaine, mais l'intervention a eu lieu et les Etats-Unis se sont persuadés que l'ONU est inefficace et qu'il leur est hostile. Ils ont donc limité son rôle d'après-guerre en Irak à une action humanitaire, non-politique, l'opposé de ce que veut la France, qui a donc aussi échoué sur ce point.

·            Dont la France affirme qu'elle est la seule à détenir la légitimité internationale, oubliant sa propre intervention au Kosovo sans aval de l'ONU , dans le cadre de l'OTAN. La France présidée par M. Chirac, qui ignorait la légitimité de l'ONU en 1999 au Kosovo, la trouve aujourd'hui incontournable: quelle preuve de cohérence, comme elle doit convaincre les Américains!

·            Où la France a fait une volte-face spectaculaire le 20 janvier 2003. Jusqu'à cette date, sa position était très ouverte, n'excluant aucune option. Brusquement, le 20 janvier, M. De Villepin a affirmé que la France s'opposerait à toute résolution autorisant la guerre à l'Irak, en utilisant son droit de veto si nécessaire. Cette volte-face a profondément surpris et choqué M. Colin Powell, qui en a déduit que l'allié traditionnel français ne savait pas ce qu'il voulait et n'était pas digne de confiance. Jusque là modéré, M. Powell a rejoint le camp des "faucons" partisans d'une décision américaine unilatérale de faire la guerre. On ne comprend pas que la France, puissance de second ordre, ait voulu intimider les Etats-Unis à l'ONU, où le président Bush avait déclaré solennellement que si les Nations unies n'autorisaient pas son pays à faire la guerre, celui-ci passerait outre. Non seulement l'obstruction française n'a pas arrêté les Etats-Unis, mais elle les a braqués contre la France. Bravo MM. Chirac et De Villepin!

§            A l'OTAN, où elle s'est opposée à la fourniture d'armes défensives à la Turquie.

Mais les Etats-Unis ont contourné l'opposition française et les armes ont été livrées. La France a encore perdu.

§            En matière de défense, en réunissant à Bruxelles autour de M. Chirac, lors d'un "sommet" sur la défense européenne, les chefs des exécutifs de l'Allemagne, de la Belgique et du Luxembourg. Cette réunion a accouché d'une déclaration d'intention de mise en place d'une défense commune. Cette initiative de défense à 4:

·            N'a pas de contenu précis, ni de programme de mise en place: il s'agit de mots, d'un effet d'annonce; le but des quatre responsables est de se démarquer des Etats-Unis et de l'OTAN, de monter une structure d'où les Américains et leurs alliés sont exclus.

·            Exclut les pays comme la Grande-Bretagne et l'Espagne, qui ont approuvé l'intervention en Irak: ces pays n'ont même pas été invités. En pratique, il y a peu de chances que d'autres pays, parmi les 25 qui forment l'Union européenne, s'associent à cette alliance antiaméricaine sans contenu concret. Cette initiative aboutira donc à une fracture supplémentaire de l'Europe, dont elle n'a vraiment pas besoin.

·            N'a aucune chance de déboucher sur la mise en place de forces d'intervention opérationnelles communes crédibles, parce que les budgets militaires des 4 pays sont minuscules et le resteront, vu l'état misérable de leurs finances publiques, aujourd'hui et dans l'avenir prévisible.

·            Va monter les Américains encore un peu plus contre la France et l'Allemagne, et risque d'entraîner leur exclusion de l'OTAN et leur isolement international.

§            Face aux nouveaux pays européens, à qui le président a "passé un savon" parce qu'ils avaient osé soutenir l'intervention des Etats-Unis en Irak.

La prise de position menaçante et vexante de M. Chirac a été très mal perçue par ces nouveaux partenaires de l'Union européenne, qui l'ont rejetée au nom de leur souveraineté. Tous ont réagi dans le sens opposé à celui souhaité par la France, qui a donc encore échoué.

Sortant de décennies de communisme, ils ne font aucune confiance à la France et à l'Union européenne (puissances militaires négligeables) pour les défendre militairement, mais souhaitent la protection des Etats-Unis. Sortant de l'hégémonie soviétique, ils perçoivent l'attitude de la France comme une tentative d'établir à son profit une nouvelle hégémonie européenne. Ils refusent cette hégémonie française d'autant plus qu'elle a l'aide de l'Allemagne et l'approbation de la Russie, pays dont la domination leur a fait beaucoup de mal au siècle dernier.

§            Dans le monde, en clamant à tout bout de champ qu'elle s'oppose à l'unilatéralisme américain et veut un monde multipolaire.

Ce discours plaît aux antiaméricains de tout poil et aux musulmans. Il plaît à la majorité des Français parce que ceux-ci n'ont pas compris la situation économique et politique du monde, mal informés qu'ils sont par nos médias infantilisants qui divertissent et génèrent de l'émotion au lieu d'informer.

§            En Israël, en envoyant M. De Villepin rencontrer M. Arafat le 25/05/2003, la France marque encore une fois son opposition aux Etats-Unis, qui refusent désormais de dialoguer avec le président Palestinien.

Le geste français légitime et soutient M. Arafat, qui a mis en place un gouvernement corrompu et soutenu le terrorisme, et qui a refusé la paix offerte par MM. Barak et Clinton dans des conditions si généreuses qu'elles ne se représenteront plus. Las des mensonges et des volte-face de M. Arafat, qui lui retirent toute crédibilité pour négocier la paix, les Etats-Unis et Israël ont décidé de l'ignorer désormais. En allant le voir, M. De Villepin montre la désapprobation de la France pour l'attitude des Etats-Unis et d'Israël. Les Américains sont vexés et considèrent que le geste d'apaisement de Paris lors du vote de la résolution de levée des sanctions contre l'Irak n'est qu'une façade masquant un fond d'hostilité.

Il n'est donc pas surprenant que le Premier ministre d'Israël ait refusé de recevoir M. De Villepin. Du reste, la visite de ce dernier en Israël, destinée à "approfondir les relations bilatérales" avec ce pays et les Palestiniens, est en fait une gesticulation sans conséquence: la France n'a rien à offrir sur le plan matériel, aucun plan de paix à proposer qui ne le soit déjà (la "feuille de route" étant cosignée par l'Union européenne) et ne parle pas au nom de l'Europe. Elle s'agite pour rappeler son existence. En soutenant Arafat après avoir soutenu Saddam Hussein, la France choisit bien mal ses amis; et elle les choisit toujours parmi ceux qui s'opposent aux Etats-Unis.

Pour Israël comme pour les Palestiniens, la visite de M. De Villepin est un événement insignifiant. Il l'est d'autant plus qu'il survient à un moment où toute leur attention est accaparée par la "feuille de route". En choisissant ce moment-là pour cette visite, la France n'atteint même pas l'objectif de rappeler son existence. Ses dirigeants donnent là une preuve de manque de sens politique.

 

Il n'y aura pas de guerre commerciale entre la France et les Etats-Unis, parce que leurs économies sont trop imbriquées. Mais, chaque fois qu'ils le pourront, les Américains choisiront des solutions non-françaises. En plus de l'exclusion de l'administration de l'Irak à reconstruire, les touristes Américains (ceux qui ont de l'argent à dépenser) nous boudent. Et nos grands hôtels se plaignent d'une forte baisse de fréquentation. Il faudra du temps pour refermer les plaies.

Les raisons de la politique antiaméricaine de la France

§            La volonté d'exister et d'être reconnue et admirée sur la scène internationale. La France l'a obtenu de la plupart des pays, qui sont pauvres et/ou musulmans. Mais ces pays ne comptent guère sur le plan international, ils n'influent pas sur la conduite des affaires du monde. Par contre, la France a obtenu l'inimitié vive et durable des Etats-Unis, qui comptent, eux. Et aussi du gouvernement de M. Blair, qui a une armée capable d'envoyer 45.000 hommes en Irak, alors que la nôtre en est incapable.

§            La volonté de construire l'Union européenne en tant que force d'opposition aux Etats-Unis, mais sans lui donner l'unité indispensable en matière de politique étrangère ou de forces armées, c'est-à-dire sans espoir de réussir.

§            La recherche de l'admiration des Français, particulièrement celles des adversaires politiques de M. Chirac que sont la gauche et les Verts, et celle des banlieues qui préfèrent garder au pouvoir un Saddam Hussein assassin de centaines de milliers de musulmans.

§            La volonté de compenser, par une politique étrangère volontariste largement approuvée par les Français, une politique intérieure de faiblesse vis-à-vis des syndicats de fonctionnaires, lorsque ceux-ci s'arc-boutent sur des privilèges archaïques. La volonté aussi de cacher, par un discours d'opposition musclé, un manque flagrant de crédibilité dû à la faiblesse économique, militaire, scientifique et culturelle de l'Union européenne et de la France face aux Etats-Unis.

Des erreurs de jugement politique

Autant j'approuve la politique intérieure du gouvernement Raffarin, autant je trouve que la politique antiaméricaine de notre pays résulte d'une erreur de jugement: hors de l'univers des bandes dessinées, Astérix perd lorsqu'il s'attaque aux Romains.

 

Lorsqu'il a laissé M. Juppé s'attaquer de front aux fonctionnaires, ce qui a valu à la France des grèves très coûteuses en 1995, le président Chirac avait aussi commis une erreur, par manque évident de sens politique.

 

Lorsqu'il a dissout l'Assemblée nationale, alors qu'il y jouissait d'une confortable majorité et que l'économie allait repartir, lui donnant de précieuses marges de manœuvre, M. Chirac s'est encore trompé. Et cette erreur a valu à la France cinq ans de gouvernement socialiste désastreux, qu'elle a désavoué en 2002 mais dont il lui faudra longtemps pour se remettre.

 

Le président Chirac avait prévenu qu'une intervention en Irak "multiplierait les petits Ben Laden". Il n'en a rien été, il n'y a pas eu d'attentat d'al Qaida, ni en France ni dans un autre pays occidental. Et, autre crainte non fondée, le Moyen-Orient n'a pas été déstabilisé. M. Chirac et les politiciens français qui l'avaient suivi sur ce point s'étaient encore trompés. Leur erreur a consisté à croire qu'un événement de 3 semaines, la guerre en Irak, interprété à tort comme une guerre faite par des chrétiens à des musulmans, déclencherait une colère populaire se traduisant par une vague terroriste. Ce qui désespère des millions de musulmans est bien plus simple et plus ancien: c'est le chômage, la misère, le manque de perspectives et l'humiliation, qui durent depuis au moins un demi-siècle. En Arabie, par exemple, la richesse pétrolière n'empêche pas un chômage record (un tiers des moins de 30 ans) et une énorme baisse du niveau de vie depuis 20 ans; avec la puissance financière du wahhabisme, voilà les vraies raisons du terrorisme arabe.

 

Aujourd'hui, al Qaida s'attaque en priorité aux pays les moins avancés, parce qu'ils y trouvent des cibles faciles et que l'émotion créée par chaque attentat perpétré est colportée par les médias dans l'ensemble du monde, y compris chez nous. Mais ce faisant, ces terroristes scient la branche sur laquelle ils sont assis: les gouvernements des pays comme l'Arabie, le Maroc ou l'Indonésie prennent désormais des mesures radicales contre eux. En plus des actions de sécurité, ils commencent à supprimer les sources de financement par "charité religieuse" des terroristes et ferment des écoles coraniques constituant des usines à jusqu'au-boutistes; leurs polices coopèrent avec les nôtres. Mais surtout leurs peuples se détournent du terrorisme, qui fait couler le sang de nombreux musulmans innocents et fait fuir les touristes. Tant qu'il se trouvera quelque part des jeunes gens suffisamment stupides pour embrasser une idéologie de la mort inutile dans des attentats qui tuent et appauvrissent d'abord d'autres musulmans, il y aura des explosions et des cadavres ici ou là. Il y a des dizaines de milliers de sites impossibles à protéger dans le monde. Mais peu à peu, même les gens incultes et ceux qui n'ont pas la télévision réaliseront que le terrorisme ne résout pas leurs problèmes de pauvreté, de liberté et de respect de leur dignité, et ils s'opposeront aux terroristes. Chaque nouvel attentat dans un pays musulman y crée des millions d'ennemis du terrorisme.

Vers une réconciliation?

Le 22/05/2003, la France a voté au Conseil de sécurité la résolution américaine sur la levée des sanctions frappant l'Irak. Ce vote entérine la mainmise des Américains et des Anglais sur le pays jusqu'à l'installation d'un gouvernement irakien reconnu par l'ONU. Et le président Chirac a appelé M. Bush. Après la rencontre De Villepin-Arafat de mai 2003, qui marque une nouvelle opposition à la politique de Washington, voilà des gestes qui vont dans le bon sens. Les Etats-Unis et la Grande Bretagne ayant besoin de la France en tant que futur contributeur aux frais de reconstruction de l'Irak, leurs diplomates feront tout pour normaliser les relations avec nous. Mais pour les Américains rancuniers, le pardon prendra du temps. Les forces armées américaines, dirigées par M. Rumsfeld (qui nous range avec l'Allemagne parmi les décadents de "la vieille Europe") ont réduit leur coopération avec les nôtres. Et le président Bush lui-même ne nous aime guère. Ce n'est que lorsque les dirigeants comme eux auront quitté le pouvoir aux Etats-Unis, et que M. Chirac aura quitté la présidence de la France que les relations entre nos pays pourront repartir sur de nouvelles bases.

 

Voir aussi : Légitimité de l'ONU : la France en fait trop !

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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