22 mars 2004 - Libre opinion sur la raison de la sanction infligée au gouvernement par le premier tour des élections régionales

 

Régionales : le gouvernement sanctionné pour non-communication

 

Les Français viennent de sanctionner le gouvernement Raffarin. Entre les 39% qui se sont abstenus de voter, par désintérêt ou découragement vis-à-vis de la classe politique, ceux qui ont voté Front National ou extrême gauche pour marquer leur exaspération, et enfin ceux qui ont voté pour la gauche de gouvernement, une forte majorité d'électeurs a désapprouvé l'action du gouvernement Raffarin en ne votant ni UMP ni UDF.

 

A mon avis, ce n'est pas parce que le gouvernement n'a pas pris en compte les souhaits des Français, c'est parce que ceux-ci n'ont pas compris son action. Et ils ne l'ont pas comprise parce qu'elle ne leur a pas été présentée et expliquée par le média qui domine l'information: la télévision.

 

Ce que la télévision a bien présenté, c'est l'action de M. Sarkozy en matière de sécurité. C'était facile: quelques chiffres suffisaient pour montrer le progrès, et quelques débats avec le médiatique ministre ont rassuré les citoyens sur ce problème, qu'ils considèrent désormais comme en voie de résolution.

 

Mais ni les journalistes de la télévision ni les membres du gouvernement n'ont pris le temps de présenter aux Français l'énorme travail législatif accompli par l'équipe Raffarin. Considérant que les lois techniques et complexes n'étaient pas assez médiatiques pour être expliquées et argumentées, pas même assez pour être préférées à des émissions de divertissement, les chaînes de télévision en ont si peu parlé qu'elles sont passées inaperçues. Faisant comme si leurs concitoyens étaient incapables de comprendre les problèmes économiques et sociaux, les ministres n'ont pas, eux non plus, présenté et défendu leurs mesures.

Le chômage

La première cause du désaveu des Français est le chômage, qui les préoccupe désormais plus que la sécurité. Malgré l'optimisme qu'il affichait fin 2004, le gouvernement a été incapable d'amorcer une baisse du chômage, et les Français sont inquiets.

 

La grande majorité des Français pensent qu'un gouvernement peut lutter efficacement contre le chômage, dans une économie ouverte et libérale comme la nôtre. Ils se trompent lourdement, montrant par là leur manque de culture de base en économie. Le gouvernement d'une économie libérale ne peut agir que de trois façons:

§           En favorisant le développement de l'activité par la mise en place d'infrastructures: routes, chemins de fer, ports et aéroports, télécommunications, zones d'activité, etc. Il peut aussi favoriser l'activité liée à l'émergence de nouveaux produits issus de la recherche, et à la disponibilité de personnes hautement qualifiées issues de l'enseignement.

Mais ce sont là des actions à long terme: à part l'activité de type bâtiment et travaux publics, susceptible de créer des emplois sous quelques mois, et encore pour seulement la durée des travaux et si on trouve le personnel, les améliorations d'infrastructure ne finiront par générer des emplois stables qu'au bout de quelques années, délai trop long pour un gouvernement qui a des échéances électorales.

En outre, le développement de nombreuses infrastructures à l'initiative du gouvernement nécessite des investissements que notre budget n'a guère le moyen de supporter, et que le montant considérable de notre dette nationale ne permet guère de financer par des emprunts.

§           En baissant les impôts ou en distribuant de l'argent aux citoyens, dont la dépense générera de l'activité, donc à terme des embauches... si l'inquiétude des citoyens ne leur fait pas mettre l'argent à la Caisse d'épargne.

Mais avec un budget déjà très déficitaire, la France ne peut s'engager dans cette voie. Il faut savoir que les baisses d'impôts accordées par le gouvernement Raffarin sont entièrement financées par des emprunts, c'est-à-dire une dette que devront rembourser les générations suivantes: le gouvernement achète ainsi de la popularité à crédit. Et de toute manière ces largesses ne peuvent durer qu'un temps, en aucun cas elles ne feront durablement baisser le chômage.

§           En créant directement des emplois, dans le secteur public ou le secteur associatif, par des embauches de fonctionnaires ou des subventions à des associations ou diverses collectivités, et des emplois dans l'économie marchande, par des incitations fiscales diverses en direction des entreprises qui embauchent. De telles mesures sont aussi très coûteuses pour le budget et ne peuvent durer.

 

En résumé, à part des embauches de fonctionnaires, si son budget le lui permet, un gouvernement ne peut créer des emplois durables dans aucune économie libérale. Mais les Français ne le savent pas, parce qu'on ne le leur a pas dit sur le petit écran. Ils ont donc attendu, et attendent encore du gouvernement, qu'il crée des emplois, ce qu'il ne peut faire et ne fera pas. Constatant la poursuite du chômage, les Français ont donc sanctionné le gouvernement Raffarin.

 

La sanction a donc pour cause le silence du gouvernement et de la télévision sur cette réalité économique: seule l'économie marchande peut créer des emplois. Cette réalité n'a pas plus été révélée aux Français que l'absurdité de la notion de partage d'une activité économique réputée incapable de croître, que le gouvernement Jospin avait imposée avec la RTT, à un coût budgétaire incroyable, comme on le verra ci-dessous. Bien au contraire, les discours du président Chirac et du Premier ministre sur le droit au travail et la garantie de reclassement ont contribué à faire croire aux Français que le gouvernement voulait agir sur le chômage et en avait le pouvoir.

 

La seule manière pour un gouvernement de favoriser l'emploi à long terme est de stimuler le développement économique en diminuant ses dépenses improductives, ce qui permet de baisser les impôts et laisse de l'argent aux citoyens. Il faut alors diminuer le poids de la fonction publique et des transferts sociaux, domaines où la France est très mal placée. Mais une telle politique demande un gouvernement courageux et fort, parce que les Français résistent aux changements et descendent dans la rue à la moindre occasion. Et, depuis des décennies, aucun gouvernement français n'a été ni courageux ni fort. Aucun n'a même eu le courage d'expliquer tout cela à la télévision, avec assez de détails et de comparaisons internationales pour que les citoyens comprennent.

 

C'est pourquoi, depuis 1981, toutes les majorités gouvernementales successives apparues lors d'une élection législative ont perdu l'élection suivante. A chaque fois, privés d'explications, les électeurs mécontents ont changé de majorité dans l'espoir de voir leur situation s'améliorer!

Les retraites

Il n'y a pas eu, non plus, de véritable présentation télévisée (en deux heures, par exemple) du problème des retraites, pourtant incontournable et d'une extrême importance. Personne n'a donné aux Français les raisons précises de l'impossibilité du système actuel de financer les retraites des années à venir. Personne n'a osé dénoncer les privilèges exorbitants des fonctionnaires, des cheminots et des électriciens, acquis pourtant aux frais des travailleurs du privé. Personne n'a osé expliquer que le principe même de retraite par répartition, baptisé de façon trompeuse "solidarité entre générations", consiste en fait à financer la retraite à crédit: au lieu d'épargner pour sa retraite, chaque génération de Français compte sur la suivante. Et comme la démographie augmente rapidement le nombre des ayant-droits et diminue celui des payeurs, comme ces derniers travaillent de moins en moins d'années et de moins en moins d'heures chaque année, le système ne peut fonctionner et s'endette de plus en plus.

 

En outre, les Français étant foncièrement anticapitalistes, la majorité rejette un système de retraite par capitalisation qui rendrait chaque travailleur responsable de sa retraite en faisant de lui un épargnant, c'est-à-dire un capitaliste. Bien entendu, les politiciens de gauche et d'extrême gauche, appuyés par les syndicats irresponsables, ont pris position pour continuer à refuser les solutions de bon sens et à réclamer des avantages sociaux impossibles à financer. Et de son côté, le gouvernement a prétendu avoir résolu le problème avec une solution de financement très partiel, qui reporte l'aveu des sacrifices restant à faire sur un futur gouvernement. Aucune chaîne de télévision n'a pris une demie heure pour présenter les solutions des autres pays, confrontés pourtant au même problème, mais qui l'ont résolu avec sagesse.

 

Par manque de communication sur ce sujet, les Français n'ont pu apprécier ce que le gouvernement a eu le courage de faire, et que ses prédécesseurs n'avaient pas fait; ils ne lui en ont donc pas su gré et l'ont sanctionné.

Les lois de modernisation de la justice

La télévision n'a pas expliqué aux Français la notion de chaîne pénale, suite d'étapes allant de l'enquête à l'arrestation, la mise en examen, le jugement et l'emprisonnement. L'existence de cette chaîne fait que si l'on renforce un seul de ses maillons sans renforcer les autres, le système ne marchera pas. C'est pourquoi, en plus des lois Sarkozy sur la sécurité intérieure, le gouvernement a pris des mesures pour adapter notre législation, en donnant plus de protection aux citoyens au détriment des droits des délinquants. C'est aussi pourquoi il a lancé la construction de nombreuses prisons. A aucun moment les Français n'ont eu l'occasion de comprendre l'énorme travail que représente ce renforcement de la chaîne pénale, donc d'en rendre grâce au gouvernement.

 

La télévision n'a abordé ce sujet que pour présenter les objections des gens de gauche qui refusent la répression au profit de la seule prévention, ainsi que celles des avocats qui n'ont pas encore compris que, de nos jours, la protection des droits des citoyens honnêtes exige un peu plus de contrôles, la diminution des droits des délinquants et celle des droits des terroristes. Les Français n'ont donc eu, par la télévision, qu'une image négative des lois de modernisation de la justice, image défavorable au gouvernement. Ce dernier est aussi coupable de n'avoir pas présenté et expliqué son travail aux téléspectateurs.

SMIC et 35 heures : la loi Fillon

Le gouvernement Jospin avait voté des lois qui limitaient le travail, en pénalisant fortement ceux qui voulaient faire plus de 35 heures pour gagner davantage. Sur le plan économique, le premier effet de ces lois a été de limiter la création de richesse, le second étant de coûter une fortune au contribuable: au total environ 10 à 15 milliards d'euros par an pour 400.000 emploi créés, c'est-à-dire entre 25.000 et 37.500 euros par emploi et par an, un gaspillage inouï. Enfin, elle a créé des inégalités scandaleuses, avec un SMIC à 6 niveaux différents.

 

La loi Fillon a permis à ceux qui voulaient travailler davantage, de le faire, donc de gagner plus et de produire plus de richesse. Elle a simplifié les procédures d'embauche et de licenciement, et unifié le SMIC en alignant les bas salaires sur le salaire le plus élevé.

 

En outre, une baisse de la taxe professionnelle, charge sociale pénalisant l'emploi privé, facilitera elle aussi l'emploi. Elle s'ajoute à une baisse des charges des entreprises, qui concourt au même but.

 

Mais la loi Fillon ayant été jugé trop technique, trop peu médiatique, n'a pas été présentée à la télévision. Les Français n'en ont donc pas tenu compte en votant.

Education nationale

A aucun moment M. Luc Ferry n'a eu l'occasion, à la télévision, de présenter en détail et de justifier les mesures qu'il propose pour améliorer notre enseignement, qui en a énormément besoin. Les seules fois où il a pu parler, il a été interrompu sans cesse par les contradicteurs que les journalistes avaient convoqués pour rendre la confrontation plus médiatique. Les Français n'ont donc pas compris l'intérêt de ses mesures. La télévision, par contre, a trouvé le temps de présenter de nombreuses fois les manifestations de mécontentement d'enseignants qui réclament plus de moyens, sans prendre en compte les limitations du budget, plombé par nos énormes transferts sociaux. Au total, les Français n'ont rien retenu du travail de M. Ferry, pourtant remarquable, la télévision n'en ayant donné que peu d'images, la plupart négatives.

Conclusion

Le gouvernement est donc sanctionné pour défaut de communication: il n'a pas assez parlé aux Français à la télévision. A part la sécurité, ceux-ci n'y ont trouvé que des critiques de son action. Mais le perdant est le peuple, qui une fois de plus aura porté au pouvoir régional des politiciens incapables de lui dire la vérité, de prendre les mesures correctes: ils l'ont montré de 1998 à 2004, avec des impôts plus élevés et des résultats inférieurs dans les régions gérées par la Gauche.

 

Notre démocratie est donc malade des médias.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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