L'identification des terroristes islamistes

Mise à jour : 22/02/2005

Tous les arabes et la plupart des musulmans font partie de sociétés claniques ou tribales, dont nous Européens n'avons pas l'habitude. Les conséquences de cette réalité en matière de lutte antiterroriste sont considérables.

Une société clanique ou tribale

Tous les pays arabes, et certains pays non-arabes, ont des sociétés tribales ou claniques. Pour chaque individu, le sentiment d'appartenance à des groupes est très fort.

 

Il y a d'abord la famille, dont les membres doivent présenter aux étrangers une image unie. Les éventuels désaccords ou rivalités entre membres de la famille, même fréquents et graves, doivent absolument rester cachés aux étrangers. Le chef de famille dispose d'un pouvoir et de responsabilités considérables. Il exerce même parfois le droit de tuer une fille ou une femme coupable de relations hors mariage.

        Il y a ensuite le clan, ensemble de plusieurs familles solidaires obéissant à un chef de clan. Il y a aussi la tribu, avec son chef. Une tribu fait partie d'un peuple, dont le dirigeant est presque toujours un tyran, puisqu'à part la Turquie il n'y a pas de pays musulman qui soit une véritable démocratie comme la nôtre.

 

Les membres d'une famille, d'un clan ou d'une tribu font confiance aux autres membres de la famille, ou à défaut du clan ou à défaut de la tribu, et se méfient des étrangers. C'est ainsi qu'en Irak, Saddam Hussein avait distribué l'essentiel des responsabilités à des membres de sa tribu, les al-Tikriti, originaires comme lui de la ville de Tikrit.

 

Le chef de tribu confond souvent ses biens et ceux de sa tribu. Son compte en banque sert aussi à l'ensemble de sa tribu. Les subventions aux Palestiniens transitaient par un compte de Yasser Arafat, de même que certaines taxes qu'il prélevait au nom de son peuple. Disposant des fonds de sa tribu sans rendre compte de leur emploi par une comptabilité accessible au public, le chef pratique le plus souvent le népotisme et le clientélisme. Pour des arabes, ces pratiques ne sont pas de la corruption, mais une tradition admise.

 

Au-delà de la tribu, l'appartenance à un peuple se manifeste par un fort sentiment national. C'est ainsi qu'en Irak les Irakiens détestent les étrangers, par nationalisme. Bien que chiites comme les Iraniens, lors de la guerre Iran-Irak les chiites irakiens se sont battus contre les chiites iraniens. Mais quelle que soit leur religion, les irakiens détestent les Américains.

        Les désaccords et rivalités entre peuples arabes sont la règle. Lors de leurs réunions, ces pays manifestent une solidarité de façade ne débouchant presque jamais sur une action concrète ; ils clament à chaque fois leur haine d'Israël et leur soutien aux Palestiniens, mais sans jamais agir concrètement. C'est ainsi, par exemple, que depuis le déclenchement de la dernière « intifada » aucun pays arabe n'a aidé les insurgés Palestiniens ou combattu les Israéliens de quelque manière que ce soit.

 

Il y a enfin une communauté des musulmans, qui transcende la division en sunnites et chiites et les peuples, l'umma (ou oumma), qui leur impose la solidarité face aux infidèles. C'est au nom de l'umma que les Turcs ont refusé, début 2003, de laisser les Américains, des infidèles, traverser leur territoire pour attaquer Saddam Hussein, un musulman. Bien que les Américains aient offert de payer le droit de passage 26 milliards de dollars (14% du PIB turc !), bien que Saddam Hussein fût un ennemi détesté, la solidarité musulmane fut plus forte.

Conséquences pour la lutte antiterroriste

Par méconnaissance de l'histoire de l'Islam (ensemble des peuples musulmans) et de sa religion l'islam, nos habitudes de pensée et notre législation ne prennent pas en compte la solidarité familiale, tribale, nationale et religieuse des arabes et de certains autres musulmans. C'est cette méconnaissance, ou un aveuglement idéologique équivalent, qui ont fait croire aux Américains que les Turcs les laisseraient traverser leur territoire. C'est cette méconnaissance qui empêche nos différentes forces de police de se communiquer les renseignements nécessaires à la lutte antiterroriste.

Exemple

La Direction de la sécurité du territoire savait que le frère de Hassan Baouchi était un redoutable terroriste. Mais comme nos polices n'ont pas l'habitude de la solidarité familiale, la D.S.T. n'a pas prévenu la société de transport de fonds qui employait Hassan Baouchi de se méfier de celui-ci, ni la Brigade de Répression du Banditisme. Hassan Baouchi a donc pu aider son frère terroriste en dérobant 1 million d'euros pour financer le terrible Groupe Islamique Combattant Marocain, qui préparait des attentats en France et était lié aux terroristes auteurs de l'attentat de Madrid (191 morts et 2000 blessés le 11 mars 2004).

 

Nous n'avons pas l'habitude en France de soupçonner les membres de la famille d'un coupable quelconque simplement parce qu'ils sont de sa famille, car notre peuple n'a pas (ou n'a plus) les habitudes de solidarité familiale des musulmans. Nous trouvons même choquant un tel soupçon. Dans les pays musulmans, par contre, un tel soupçon est la règle parce que la solidarité familiale est la règle. C'est ainsi qu'au Pakistan une loi permet d'emprisonner les membres de la famille d'un homme coupable de certains méfaits, parce qu'ils sont automatiquement considérés comme complices.

L'individu n'est rien, son groupe est tout

Dans l'Union européenne un individu est clairement identifié, par exemple en France par son numéro de Sécurité sociale. Ce n'est pas le cas dans les pays musulmans, où la plupart du temps il n'y a pas de système d'état civil fiable. On ne peut pas savoir si un homme est bien qui il prétend être, si son nom est celui qu'il donne. La difficulté d'identifier un homme est d'autant plus grande que le changement de nom ou l'utilisation de plusieurs noms est pratique courante chez les Arabes. C'est ainsi que « Yasser Arafat » est le nom politique de l'homme qui avait pour nom de guerre « Abou Ammar » et pour nom de naissance « Mohamed Abdel Raouf al-Qudwa al-Husseini », né au Caire.

        Faute d'une identification certaine d'un homme, les services antiterroristes sont donc amenés à utiliser au moins celle de sa famille ou de sa tribu. Dans le cas d'Arafat, sa mère était de la famille du grand mufti de Jérusalem, Amine al-Husseini, un anti-sioniste notoire. Donc, sauf à trahir sa famille, Arafat avait des chances d'être lui-même un ennemi d'Israël.

        Or nos lois ne permettent pas, sauf flagrant délit, de poursuivre un suspect dont l'identité est incertaine. C'est même pour bloquer les poursuites et les expulsions que les « sans papiers » prolifèrent. Et nos fichiers anticriminels ou antiterroristes ne sont pas bien adaptés à des identités multiples et fluctuantes, et encore moins à la gestion des liens familiaux ou tribaux.

Conclusion

Même athées (et utilisant l'islam comme prétexte pour leurs attentats, leurs trafics, leurs vols et leurs enlèvements) les terroristes islamistes ont une culture musulmane, où la solidarité familiale, tribale, etc. joue un rôle considérable. Nous devons par conséquent tenir compte de cette culture, résultant directement de l'histoire de l'Islam, pour comprendre les terroristes et nous défendre contre eux. Cette prise en compte doit aller jusqu'à des pratiques considérées dans les autres cas comme contraires au droit de chacun, au respect de sa vie privée et de sa présomption d'innocence.

 

Il faut être lucide : si la loi donne trop de droits aux terroristes et les protège trop, elle met en danger la population victime du terrorisme, qui a droit à la sécurité. Il faut donc accepter un équilibre entre la protection des terroristes et celle du public, équilibre qui tienne compte de la gravité de la menace terroriste.

 

Du reste, les policiers italiens qui luttent contre les mafias siciliennes savent depuis longtemps tenir compte de la forte solidarité existant au sein des familles et des clans mafieux, du respect qu'a chacun de leurs membres pour l'autorité du chef, etc.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Retour page d'accueil