Les preuves logiques de l'existence de Dieu

Mise à jour : 21/08/2016

Ce texte présente les trois types d'arguments cités au cours des siècles pour prouver l'existence de Dieu avec un raisonnement logique. Les personnes ayant une culture philosophique n'y trouveront rien de neuf.

Il résume la démonstration de Kant (Critique de la raison pure, 1781) qui a mis un terme au débat sur ce sujet en prouvant qu'une telle preuve n'existe pas.

Ce texte précise aussi quelques détails d'une telle preuve à la lumière des connaissances cosmologiques actuelles.

Les termes philosophiques et scientifiques de ce texte sont expliqués dans le
Dictionnaire des idées de Kant – Vocabulaire de la Critique de la raison pure
http://www.danielmartin.eu/Philo/Vocabulaire.pdf

 

 

Table des matières (cliquer pour accéder à un sous-titre)

1.      Croire en Dieu ou en la science : il faut choisir ! 2

1.1   Définitions : Univers, phénomène, représentation, Monde. 2

1.2   Critique scientifique du concept de créateur de l'Univers. 4

1.3   Critique de Kant de la possibilité de création transcendante. 5

1.4   Conclusion logique : il ne peut exister de Dieu physique. 6

1.5   Théologie proposée par Kant 6

2.      Les 3 preuves possibles de l'existence de Dieu. 7

2.1   Preuve ontologique de l'existence de Dieu.. 8

2.2   Preuve cosmologique de l'existence de Dieu.. 9

2.3   Preuve physico-théologique de l'existence de Dieu.. 10

3.      Raisons de croire en un Dieu transcendantal 12

4.      Références. 13

 


 

1.              Croire en Dieu ou en la science : il faut choisir !

1.1            Définitions : Univers, phénomène, représentation, Monde

Univers

Selon le dictionnaire

§   (Philosophie et langage courant) : ensemble de tout ce qui existe, la totalité des êtres et des choses.

§   (Univers physique, sensible) : ensemble des choses et des phénomènes physiques perçus par l'homme et objets de la science.

§   (Astronomie – Univers avec une majuscule) : ensemble des galaxies, considérées dans leur évolution dans l'espace et dans le temps.

§   (Physique de la Relativité générale) : tout ce qui a existé, existe et existera dans le même espace-temps (continuum quadridimensionnel) que la Terre.

Connaissances scientifiques

§   Naissance : notre Univers est né d'une explosion colossale, le Big Bang, il y a 13.8 milliards d'années.

Nous ne savons pas s'il a existé quelque chose (espace-temps ou matière-énergie) avant ce Big Bang, nous n'avons à ce sujet que des conjectures. Nous ne savons même pas si l'espace-temps n'est pas apparu en même temps que la matière-énergie de l'Univers lors du Big Bang.

§   Structure : La Relativité générale d'Einstein nous apprend que l'Univers est un continuum (espace continu) quadridimensionnel : 3 dimensions d'espace + 1 dimension de temps, le tout formant l'espace-temps. Le temps est une dimension nécessaire de cet espace-temps, dont on ne peut concevoir un espace réel sans temps ou un temps réel sans espace.

§   Dimension : l'Univers observable depuis la Terre est l'intérieur d'une sphère de la surface de laquelle la lumière a mis 13.8 milliards d'années pour nous parvenir depuis le Big Bang : son rayon est défini par un temps de parcours, pas par une distance.

§   Expansion : l'Univers est en expansion depuis le Big Bang : les galaxies lointaines s'éloignent de nous d'autant plus vite qu'elles sont loin.
La vitesse d'expansion de l'Univers a varié depuis le Big Bang, décroissant pendant les 8 à 9 premiers milliards d'années, puis croissant depuis.

Du fait de cette vitesse d'expansion variable, les galaxies les plus lointaines jamais créées depuis le Big Bang sont à une distance de 47 milliards d'années-lumière, à la surface d'une sphère appelée Univers physique actuel. Cet Univers contient environ 1011 galaxies, 1023 étoiles.

On appelle Volume de Hubble l'intérieur de la sphère à la surface de laquelle les galaxies s'éloignent de nous à la vitesse de la lumière. Les galaxies situées au-delà émettent une lumière qui ne nous atteindra jamais, car elle se propage moins vite que l'Univers ne se dilate.

La surface de l'Univers observable s'éloigne de nous environ 6 fois plus vite que la vitesse de la lumière c = 299 792 458 m/s (un peu moins de 300 000 km/s). Une telle vitesse ne contredit pas la Relativité Générale, car celle-ci ne limite à c que les vitesses de ce qui est matière ou rayonnement, pas celle de l'expansion.

Phénomène

§   1er sens (scientifique) : fait objectif, observé, susceptible de se reproduire.
C'est une réalité extérieure perçue par l'homme.

Un type de phénomènes est un concept, classe dont les membres partagent les propriétés.
Exemple : phénomènes de propagation de la lumière, d'attraction universelle.
Les phénomènes physiques sont régis par des lois déterministes ; exemple :
la chute d'une pierre est un phénomène de la classe des effets de la pesanteur.

§   2ème sens (philosophique) : une situation dont on prend conscience, qui peut se reproduire, acquérir une valeur objective et faire l'objet d'une connaissance.

 

En pratique, le mot phénomène désigne :

§   Tantôt une situation (l'état d'un système perçu à un instant donné) ;

§   Tantôt une évolution dans le temps et/ou l'espace, tous deux observables et susceptibles de se reproduire :

Représentation

Le mot représentation a deux significations :

§   Acte par lequel l'esprit du sujet se représente quelque chose (son objet, par exemple un phénomène) tel qu'il est à un instant donné. C'est une mise en relation de l'objet avec l'ensemble de données mentales qui le représentent dans l'esprit du sujet. L'objet peut être externe (empirique) ou interne (a priori).
L'objet qu'un sujet se représente est présent à son esprit.

§   Résultat de cet acte : l'ensemble de données mentales précédent traitées par le sens interne, donc ordonnées, connectées et mises en rapport ; physiquement, c'est un état de certains neurones et de leurs interconnexions. Cet ensemble (état cérébral interprété par les fonctions psychiques) décrit l'objet d'une manière synthétique, schématique.

 

L'esprit de l'homme ne peut accéder à un objet physique lui-même, il n'accède qu'à la représentation qu'il en a construit, dont la signification (description matérielle et sens psychologique) devient celle de l'objet, de l'objet entier et seulement de cet objet. Pour l'esprit, la représentation (et elle seule) EST l'objet réel. Kant écrit :

§   "Nous n'avons affaire, en tout état de cause, qu'à nos représentations ; ce qu'il peut en être de choses en soi (sans égard aux représentations par lesquelles elles nous affectent), cela tombe entièrement en dehors de notre sphère de connaissance."

§   "Si l'on considère les phénomènes extérieurs [à notre esprit] comme des représentations qui sont produites en nous par leurs objets [extérieurs eux aussi], on ne parvient pas à apercevoir comment l'on pourrait connaître leur existence autrement que par le raisonnement inférant, à partir de l'effet, la cause - raisonnement dans lequel il ne peut que rester toujours douteux de savoir si cette dernière est en nous ou hors de nous [c'est-à-dire si les représentations ne sont pas dues à l'imagination]. […]
Les représentations ne sont que des phénomènes, […] qui se trouvent toujours uniquement en nous et dont la réalité repose sur la conscience immédiate, [spontanée, irréfléchie] tout aussi bien que la conscience de mes propres pensées."

Monde

Kant distingue l'Univers défini plus haut, espace réel contenant tous les objets existants, et le Monde, dont voici les définitions.

Le monde sensible

Le monde sensible (celui que perçoit notre sens externe à l'instant présent) est défini comme la totalité des phénomènes (tout ce qui existe sous forme perceptible). Kant écrit :

"Le monde sensible ne contient rien d'autre que des phénomènes, mais ceux-ci sont de simples représentations…"

Différences entre Monde et Nature définis tous deux comme totalité des phénomènes

Monde : totalité des phénomènes de l'Univers, résultant d'une synthèse par réunion de ses parties ou de la décomposition d'un phénomène en ses parties. Kant écrit :

§   "Par monde, se trouve compris l'ensemble global de tous les phénomènes"

§   "Le terme de monde […] signifie l'absolue totalité de l'ensemble global des choses existantes"

 

Nature : totalité des phénomènes dont la succession par causalité a produit l'ensemble unifié de tout ce qui existe aujourd'hui. Nature a deux sens :

§   Un sens déterministe indiquant la succession des déterminations d'une chose due aux évolutions physiques, toujours conformes au principe de causalité.

§   Un sens d'ensemble global des phénomènes "en tant qu'ils forment un ensemble systématique [organisé] complet en vertu d'un principe interne de la causalité."

Résumé de ces définitions

L'Univers physique est perçu par l'homme sous forme de phénomènes, présents à son esprit sous forme de représentations dont l'ensemble constitue, selon le point de vue, le Monde ou la Nature.

1.2            Critique scientifique du concept de créateur de l'Univers

Un dieu qui aurait créé l'Univers aurait été externe à l'Univers, pour ne pas se créer lui-même, et il aurait existé avant sa création de l'Univers. Or chacune de ces deux conditions est contradictoire :

§   D'après la définition de l'Univers il n'y a pas et il n'y a jamais eu d'extérieur de l'Univers : la notion de Dieu extérieur est donc contradictoire.

Nous avons la certitude scientifique que notre Univers est né d'une explosion colossale, le Big Bang, il y a 13.8 milliards d'années [2]. Nous ne savons pas s'il a existé quelque chose (espace-temps ou matière-énergie) avant ce Big Bang, nous n'avons à ce sujet que des conjectures. Nous ne savons même pas si l'espace-temps n'est pas apparu en même temps que la matière-énergie de l'Univers lors du Big Bang.

La Relativité générale d'Einstein nous apprend que le temps est une dimension nécessaire de l'espace-temps quadridimensionnel de l'Univers, dont on ne peut concevoir un espace réel sans temps ou un temps réel sans espace.

§   D'après la définition de l'Univers il n'y a pas et il n'y a jamais eu d'avant l'Univers : la notion de Dieu existant avant l'Univers est donc contradictoire.

Nous n'avons pas la certitude qu'il n'y a pas et qu'il n'y a jamais eu d'espace-temps extérieur et/ou antérieur à notre Univers [2]. Nous savons seulement qu'un tel espace-temps sera toujours hors de portée de nos instruments, et qu'aucune théorie sur ses limites spatio-temporelles ne pourra être confirmée par l'expérience.

C'est pourquoi nous pouvons faire comme si l'Univers est, et a toujours été, tout ce qui existe en tant que matière-énergie, que temps et qu'espace.

1.3            Critique de Kant de la possibilité de création transcendante

Kant ne connaissait pas ces arguments scientifiques modernes de l'impossibilité d'un dieu créateur de l'Univers, mais il en a cité un qui se suffit à lui-même. Le voici.

Les lois de la nature, conçues par l'homme dans l'Univers et pour décrire les phénomènes de l'Univers, excluent la possibilité qu'une action physique franchisse la limite de l'Univers. Aucune création de l'Univers depuis l'extérieur n'est possible, aucune action causée de l'extérieur ne peut atteindre l'intérieur, et aucune action de l'intérieur ne peut atteindre l'extérieur : l'Univers est un système fermé et les lois de la nature excluent la transcendance (action qui franchit les limites de l'Univers).

(Ces règles régissant les lois de la nature sont confirmées par notre science actuelle, et toute action transcendante est pure spéculation.)

La Relativité générale exclut la possibilité d'une interaction transcendante

La Relativité générale exclut la possibilité d'un déplacement de matière-énergie plus vite que la lumière. C'est pourquoi, par exemple, un voyage vers l'étoile la plus proche, Proxima Centauri, située à 4.2 années-lumière du Soleil, prendra toujours plus de 4.2 années, quels que soient les progrès scientifiques futurs.

 

En outre, l'Univers est en expansion, les galaxies lointaines s'éloignant de nous d'autant plus vite qu'elles sont loin : celles situées sur la sphère enveloppant le Volume de Hubble s'éloignent de nous à la vitesse de la lumière, et celles situées plus loin sont à jamais invisibles, leur lumière n'allant pas assez vite pour nous parvenir [2]. Donc aucune interaction entre la Terre et un point extérieur à cette sphère n'est possible, ni partant de la Terre ni arrivant sur elle. Cette remarque précise la notion d'extérieur à notre Univers.

Nos lois physiques sont vérifiables et excluent le hasard

Nos lois de la nature ont été imaginées d'après les phénomènes constatés, et vérifiées sans exception depuis leur acceptation par les scientifiques. Kant affirme qu'il n'y a pas de hasard dans les situations et les évolutions de la nature, nécessairement régies par des lois valables partout et toujours, c'est-à-dire dans tout l'espace-temps. La nature ne fait jamais n'importe quoi et respecte ces lois.

Le hasard (décrit et discuté dans le Vocabulaire) est une notion scientifique précise, dont l'affirmation par une personne résulte en général de son ignorance. Affirmer qu'un phénomène est « dû au hasard » ou « agit selon le hasard » exige une preuve aussi sérieuse qu'affirmer qu'il est régi par telle loi naturelle. Même la Mécanique quantique, avec ses résultats probabilistes décrivant une forme contre-intuitive de réalité et la possibilité de variables indéterminées, n'a que des évolutions régies par l'équation de Schrödinger, parfaitement déterministe donc sans hasard.

1.4            Conclusion logique : il ne peut exister de Dieu physique

Une création transcendante de l'Univers irait donc contre nos lois physiques, qu'il faudrait renier pour croire à une telle création. Chacun de nous doit donc choisir entre croire à l'universalité scientifique vérifiable de nos lois naturelles ou à la création divine dogmatique du monde, chacun des choix excluant l'autre.

Position officielle de l'Eglise catholique sur l'origine du monde

Pour l'Eglise catholique, dont le pape a rappelé en 2007 le dogme théologique [1] :

§   Le monde a été créé par Dieu ;

§   L'existence de chaque homme est précédée par une Idée, conformément à l'idéalisme de Platon. Elle a un sens attribué par Dieu, conformément à la doctrine téléologique de l'Eglise, sens dont les valeurs doivent guider sa vie.

1.5            Théologie proposée par Kant

Puisqu'un Dieu créateur de l'Univers est physiquement impossible, Kant a proposé un Dieu transcendantal, notion décrite dans le Vocabulaire. Cette notion fait de Dieu une abstraction pure, imaginée par l'homme pour que ses connaissances de l'Univers présentent une unité d'attribution et de finalité en tant que système, unité psychologiquement plus satisfaisante que des lois naturelles vraies mais disparates.

 

Tout en affirmant clairement l'impossibilité physique de ce Dieu (qualifié à l'occasion d'Intelligence suprême, d'Etre originaire ou d'Etre suprême) Kant encourage ses lecteurs à lui attribuer des propriétés anthropologiques, c'est-à-dire à « concevoir Dieu à l'image de l'homme qui le conçoit », avec des valeurs et des sentiments – à condition de ne pas oublier que c'est une idée transcendantale régnant seulement sur un système unifié de concepts.

 

L'homme n'a pas accès à la réalité physique, dont il perçoit seulement des phénomènes que son esprit transforme en représentations mentales. Tout se passe comme si ces représentations sont la réalité et leurs lois d'évolution sont celles de l'Univers physique.

        Il n'y a donc pas d'inconvénient à imaginer que toutes ces représentations et toutes les lois naturelles d'évolution proviennent d'un Dieu transcendantal, être parfait. Ce paradigme ne contredit nullement la causalité matérielle de l'Univers réel inaccessible, les lois naturelles déduites par l'homme des phénomènes perçus lui permettant bien d'en prévoir l'évolution.

 

Si on interprète donc la théologie des juifs, chrétiens et musulmans comme affirmant une création divine selon des finalités à découvrir [1], on a un système de concepts cohérent et psychologiquement satisfaisant puisqu'il donne un sens au monde. Mais comme Kant le rappelle à plusieurs reprises, ce n'est là qu'un paradigme, un modèle conçu pour des raisons de cohérence causale et d'apaisement psychologique.

Interaction entre pensée et matière

Un cerveau peut penser des concepts et raisonner sur eux. On peut considérer cela comme une action de la matière (le cerveau pensant) sur une abstraction. Mais réciproquement, une abstraction ne peut agir sur de la matière que par l'intermédiaire du cerveau qui l'héberge et commande au corps d'agir.

 

Aucune action directe de la pensée sur la matière n'est possible : ainsi, la psychokinèse est impossible. C'est là une conséquence de la thermodynamique : toute action physique exige un échange d'énergie, et une abstraction n'a pas d'énergie, ne peut en donner et ne peut en recevoir.

        Si par action de la pensée sur la matière on entend action des ondes cérébrales (enregistrables par électroencéphalographe) sur de la matière, c'est possible et utilisé par exemple pour aider des handicapés moteurs.

 

Un objet transcendantal comme l'Idée de Dieu ne peut donc agir physiquement.

2.              Les 3 preuves possibles de l'existence de Dieu

Dans l'excellente traduction [3] utilisée pour étudier la Critique de la raison pure, Kant écrit (citation de la page 529) :

"Il n'y a, procédant de la raison spéculative, que trois types de preuves possibles de l'existence de Dieu. Toutes les voies que l'on peut tenter de suivre dans ce but partent :

§   [Preuve physico-théologique]
ou bien de l'expérience déterminée et de la nature particulière de notre monde sensible, telle que cette expérience nous la fait connaître, et elles s'élèvent à partir de celle-ci, en suivant les lois de la causalité, jusqu'à la cause suprême située en dehors du monde ;

§   [Preuve cosmologique]
ou bien elles ne prennent empiriquement pour fondement qu'une expérience indéterminée, c'est-à-dire une existence quelconque ;

§   [Preuve ontologique]
ou bien enfin elles font abstraction de toute expérience et concluent entièrement a priori, à partir de simples concepts, à l'existence d'une cause suprême.

 

La première preuve est la preuve physico-théologique, la deuxième la preuve cosmologique, la troisième la preuve ontologique. Il n'y en a pas davantage, et il ne peut pas non plus y en avoir davantage.

 

Je démontrerai que la raison parvient à tout aussi peu de résultats sur l'une de ces voies (la voie empirique) que sur l'autre (la voie transcendantale), et que c'est en vain qu'elle déploie ses ailes pour s'élever au-delà du monde sensible par la seule force de la spéculation."

(Fin de citation)

 

Le premier mérite de Kant est d'avoir ainsi classé les preuves spéculatives (c'est-à-dire purement déductives) possibles en 3 catégories :

§   Une preuve dite physico-théologique basée sur une expérience déterminée, c'est-à-dire une constatation qu'un homme peut faire en considérant un phénomène particulier (une vision de ce qui l'entoure à un instant donné) ;

§   Une preuve dite cosmologique, basée sur ce qu'un homme peut voir en général quand il considère un phénomène comme le précédent (la cosmologie est l'étude de l'ensemble de tous les phénomènes du monde) ;

§   Une preuve dite ontologique, basée sur la logique a priori du raisonnement humain, donc ignorant tout phénomène possible.

(L'ontologie est la partie de la philosophie qui a pour objet l'étude des propriétés les plus générales de l'être, telles que l'existence, la possibilité, la durée, le devenir ; synonyme : philosophie première.

Pour Kant, l'ontologie est une science qui prétend connaître Dieu par son concept, sans passer par l'expérience, et qui tombe sous le coup de la critique de la preuve ontologique. Il écrit :

"…la malheureuse preuve ontologique, qui ne véhicule avec elle rien qui pût satisfaire ni l'entendement naturel et sain ni l'examen méthodique.")

2.1            Preuve ontologique de l'existence de Dieu

Une telle preuve cherche à établir par raisonnement logique que l'existence de Dieu résulte nécessairement de sa définition.

 

Quelle que soit la définition de Dieu, elle ne peut être basée que sur des jugements lui attribuant des qualités, pouvoirs et actes ; mais un tel jugement est une opinion, pas un phénomène constaté. Il n'a donc pas valeur probante, il peut avoir été pensé par erreur. Kant écrit :

"Tous les exemples avancés [pour montrer l'existence d'un être absolument nécessaire] sont, sans exception, tirés uniquement de jugements, et non pas de choses et de leur existence. Mais la nécessité inconditionnée des jugements [simple opinion] n'est pas une nécessité absolue des choses."

 

En outre, ce n'est pas parce qu'un homme a pensé la description de quelque chose qu'elle existe. Une même description (ensemble d'informations) pouvant correspondre à zéro, une ou plusieurs occurrences d'un objet, l'existence éventuelle de cet objet est une information séparée ; elle ne peut donc être déduite de la description. Kant écrit :

"La détermination est un prédicat qui s'ajoute au concept du sujet et l'accroît. Il faut donc qu'elle ne s'y trouve point déjà contenue."

Conclusion

Il n'existe pas de preuve ontologique de l'existence de Dieu. Kant écrit :

"C'était une démarche totalement contre nature, et qui constituait un simple renouvellement de l'esprit scolastique, que de vouloir tirer d'une idée forgée de façon entièrement arbitraire l'existence de l'objet correspondant à cette idée."

Exemple d'erreur ontologique d'un philosophe

Exemple d'erreur par inclusion d'un prédicat d'existence dans une définition :
Dans l'Ethique de Spinoza, la première partie, De Dieu, a une première définition logiquement impossible :

« I. J'entends par cause de soi ce dont l'essence enveloppe [inclut] l'existence, ou ce dont la nature ne peut être conçue que comme existante. »

2.2            Preuve cosmologique de l'existence de Dieu

La contingence du monde, base de la preuve cosmologique

La preuve cosmologique repose sur une hypothèse de contingence du monde, « qui existe, mais aurait pu ne pas exister » ; et puisqu'il existe, c'est qu'il a été créé, donc il y a un Créateur.

§   L'hypothèse de contingence de l'Univers est pure conjecture : la science a seulement la certitude qu'il existe depuis le Big Bang, il y a 13.8 milliards d'années.

Les lois de la physique nous interdisant à jamais de voir ce qu'il y avait avant – s'il y avait quelque chose, car rien ne prouve que le temps et l'espace existaient avant - la création de l'Univers restera toujours un mystère.

§   Du point de vue philosophique, l'hypothèse de contingence de l'Univers contredit le postulat de causalité que nous considérons comme un postulat de la nécessité des choses, et dont résulte le principe de fatalisme. Kant écrit :

(Citation de la page 286 de la Critique de la raison pure)
"La nécessité ne concerne […] que les rapports entre les phénomènes, d'après la loi dynamique de la causalité. [Cette loi permet] de conclure a priori, à partir d'une quelconque existence donnée (à partir d'une cause) à une autre existence (à l'effet).

[Principe de fatalisme : ce qui arrive devait arriver]
Tout ce qui arrive est hypothétiquement nécessaire [devait arriver] : c'est là un principe fondamental qui soumet dans le monde le changement à une loi, c'est-à-dire à une règle s'appliquant à l'existence nécessaire, sans laquelle règle il n'y aurait pas même de nature.

[Soit S une situation d'un objet précédée d'une situation P, qui en est la cause d'après une loi de la nature. Si S était contingente, la situation P aurait pu ne pas avoir pour conséquence S, ce qui contredit l'exigence de causalité qui rend la conséquence S certaine après P pour respecter la loi de la nature. Donc ce qui arrive (ici : S) devait arriver.]

Par conséquent, le principe : rien n'arrive par un hasard aveugle est une loi a priori de la nature ; de même : aucune nécessité intervenant dans la nature n'est une nécessité aveugle…".
(Fin de citation)

§   Du point de vue logique (en ignorant le Big Bang), notre Univers a peut-être toujours existé, sans avoir été créé. Mais du point de vue scientifique, sa création a peut-être eu lieu dans un autre Univers : nous avons des théories possibles mais non prouvées (les théories des Multivers) qui le supposent.

Kant écrit dans la Critique de la raison pure, page 540 :

"Dans cet argument cosmologique, se [tient] dissimulée toute une nichée de prétentions […] que la critique transcendantale peut découvrir et détruire. […]

Se trouvent donc ici, par exemple :

1.    Le principe transcendantal qui consiste à conclure du contingent à une cause, lequel principe n'a de signification que dans le monde sensible, mais en dehors de lui n'a plus du tout de sens. Car le concept purement intellectuel du contingent ne peut produire aucune proposition synthétique telle que celle de causalité, et le principe de cette dernière n'a aucune signification ni aucun critère réglant son usage, si ce n'est uniquement dans le monde sensible ; or, ici, il devrait servir précisément à sortir du monde sensible et à le dépasser.

2.    Le principe qui conduit à conclure de l'impossibilité d'une série infinie de causes données s'étageant les unes au-dessus des autres dans le monde sensible à une cause première - conclusion à laquelle les principes de l'usage de la raison, même dans l'expérience, ne nous autorisent pas, bien loin donc qu'ils nous donnent la capacité d'étendre ce principe au-delà de l'expérience (où cette chaîne ne peut pas du tout être prolongée)."

Conclusion

Il n'existe pas de preuve cosmologique de l'existence de Dieu.

2.3            Preuve physico-théologique de l'existence de Dieu

Problème posé

Dans sa Critique de la raison pure, Kant définit le problème de cette preuve :

"Chercher si une expérience déterminée, par conséquent celle des choses appartenant au monde présent autour de nous, si la façon dont elle est constituée et structurée ne fournissent pas un argument probant qui pût nous procurer avec sûreté la conviction de l'existence d'un être suprême. Une telle preuve, nous l'appellerions physico-théologique.

        Si elle devait elle aussi être impossible, il n'y aurait jamais aucune preuve suffisante qui fût possible, à partir de la raison simplement spéculative, pour démontrer l'existence d'un être correspondant à notre Idée [de Dieu]."

 

Il s'agit donc de trouver un raisonnement qui pourrait déduire d'une éventuelle expérience (un phénomène constatable, indépendamment de son contexte c'est-à-dire du reste du Monde), la présence nécessaire d'un être suffisant pour l'existence du Monde entier.

Solution de Kant

Une expérience déterminée (un phénomène) a nécessairement une cause, d'après le postulat de causalité. Toute conclusion (et notamment une existence nécessaire) qu'on pourrait déduire d'un phénomène donné résulterait d'informations de ce phénomène et/ou de ceux dont il est le résultat, et seulement de ces phénomènes. Or tous ces phénomènes appartiennent à la chaîne de causalité du phénomène de l'expérience (sa cause, la cause de cette cause, etc.)

 

En remontant la chaîne de causalité, on parcourt une série de causes qui sont toutes des phénomènes du Monde. Or nous avons vu à l'occasion de la preuve ontologique qu'aucun phénomène du Monde ne peut avoir créé le Monde, et ce pour deux raisons :

§   Il ne peut être transcendant (situé en dehors du Monde pour éviter l'autocréation) ;

§   Il ne peut préexister au Monde.

 

Conclusion : on ne peut déduire d'une expérience déterminée quoi que ce soit qui soit transcendant et préexistant au Monde ; il n'y a donc pas de preuve physico-théologique de l'existence de Dieu.

Comme on ne trouvera pas de phénomène transcendant, on ne trouvera pas d'être ayant une volonté téléologique

Puisque d'un phénomène déterminé on ne peut aboutir qu'à des phénomènes du Monde, on ne voit pas pourquoi on trouverait la nécessité d'un être muni d'une volonté téléologique. Kant écrit :

 

(Citation de la page 547 de la Critique de la raison pure)

"Comment une expérience peut-elle jamais être donnée qui soit adéquate à une Idée [comme l'Idée de la raison pure qui décrit Dieu] ? C'est justement le propre des Idées que nulle expérience ne puisse jamais leur correspondre.

 

L'Idée transcendantale d'un être originaire qui soit nécessaire et totalement suffisant est si démesurément grande, elle dépasse de si haut tout ce qui est empirique et se trouve toujours conditionné, que

§   d'une part on ne peut jamais dégager de l'expérience assez de matière [d'informations] pour remplir un tel concept,

§   et que d'autre part on tâtonne toujours au milieu du conditionné [des circonstances] en ne cessant de chercher en vain l'inconditionné [les circonstances absolues à l'origine du Monde entier], dont aucune loi de quelque synthèse empirique que ce soit ne nous fournit un exemple ou ne procure le moindre indice."

(Fin de citation)

 

Kant conclut page 549 :

"Je soutiens donc que la preuve physico-théologique ne saurait jamais à elle seule démontrer l'existence d'un être suprême…"

3.              Raisons de croire en un Dieu transcendantal

Après avoir démontré qu'il n'existe pas de preuve déductive d'existence d'un Créateur du Monde, Kant plaide pour qu'on adopte la croyance en un Dieu transcendantal, tout en sachant qu'il n'est qu'un produit de l'imagination humaine. Les arguments qu'il invoque à l'appui de cette proposition sont ceux de toute doctrine téléologique, notamment ceux de l'Eglise catholique [1].

 

(Citation de la Critique de la raison pure pages 549 et 550)

1.    "Dans le monde se découvrent partout des signes transparents d'une mise en ordre conforme à une intention déterminée, opérée avec une grande sagesse et constituant un tout aussi indescriptible dans la diversité de son contenu qu'il peut être illimité quant à la grandeur de son étendue.

2.    Cette mise en ordre finalisée est totalement étrangère aux choses du monde, et elle ne leur est attachée que de façon contingente — autrement dit : la nature de cette diversité de choses n'aurait pas pu d'elle-même, par des moyens convergents de tant de sortes, s'accorder à des intentions finales, si ces moyens n'avaient été choisis tout exprès pour cela et disposés à cette fin par un principe organisateur doué de raison prenant pour fondement des Idées et intervenant d'après elles.

3.    Il existe donc une (ou plusieurs) cause sublime et sage qui doit être la cause du monde, non pas simplement par fécondité, comme une nature toute-puissante agissant de manière aveugle, mais par liberté, comme une intelligence.

4.    On peut conclure à l'unité de cette cause à partir de l'unité de la relation réciproque des parties du monde considérées comme les éléments d'une construction, cela avec certitude pour ce que notre observation atteint, mais pour le reste avec vraisemblance, en suivant tous les principes de l'analogie."

(Fin de citation)

 

 

Daniel MARTIN


 

 

4.              Références

[1]   Position officielle de l'Eglise catholique sur l'origine du monde

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2007/july/documents/hf_ben-xvi_spe_20070724_clero-cadore_fr.html

 

Extrait de la réponse du pape Benoît XVI à une question posée le 24/07/2007 :

"Je vois actuellement en Allemagne, mais aussi aux Etats-Unis, un débat assez vif entre ce qu'on appelle le créationnisme et l'évolutionnisme, présentés comme s'ils étaient des alternatives qui s'excluent : celui qui croit dans le Créateur ne pourrait pas penser à l'évolution et celui qui en revanche affirme l'évolution devrait exclure Dieu. Cette opposition est une absurdité parce que, d'un côté, il existe de nombreuses preuves scientifiques en faveur d'une évolution qui apparaît comme une réalité que nous devons voir et qui enrichit notre connaissance de la vie et de l'être comme tel. Mais la doctrine de l'évolution ne répond pas à toutes les questions et surtout, elle ne répond pas à la grande question philosophique : d'où vient toute chose ? et comment le tout s'engage-t-il sur un chemin qui arrive finalement à l'homme ? Il me semble très important et c'est également cela que je voulais dire à Ratisbonne dans ma Conférence, que la raison s'ouvre davantage, qu'elle considère bien sûr ces éléments, mais qu'elle voit également qu'ils ne sont pas suffisants pour expliquer toute la réalité. Cela n'est pas suffisant, notre raison est plus ample et on peut voir également que notre raison n'est pas en fin de compte quelque chose d'irrationnel, un produit de l'irrationalité, mais que la raison précède toute chose, la raison créatrice, et que nous sommes réellement le reflet de la raison créatrice. Nous sommes pensés et voulus et, donc, il existe une idée qui me précède, un sens qui me précède et que je dois découvrir, suivre et qui donne en fin de compte un sens à ma vie."

 

[2]   Daniel MARTIN - Inflation, Big Bang et Multivers - L'Univers selon nos connaissances début 2014 - http://www.danielmartin.eu/Physique/Inflation.pdf

 

[3]   Emmanuel Kant - Critique de la raison pure (traduction Alain Renaut - Flammarion, 3e édition, 2006 - 749 pages, avec des notes très utiles)