Nos mécanismes de choix, de la nourriture au crime

Mise à jour : 27/04/2007

Le contexte

Depuis longtemps je me passionne pour les mécanismes humains de décision. Par goût comme parce que j'ai une formation en sciences exactes, j'ai beaucoup réfléchi à des sujets comme le déterminisme [1], le matérialisme [2] ou l'existence de Dieu [3]. Ce sont des sujets philosophiques que j'ai abordés aussi rationnellement que je pouvais, tout en sachant que l'un des buts de la philosophie est de dépasser la rigueur scientifique, au prix d'un risque de se tromper.

 

Je commence à m'intéresser aux décisions non rationnelles, celles qui font intervenir des valeurs morales et des mécanismes de choix que la raison ne domine pas. C'est ainsi que j'ai réfléchi à la déprime qui affecte de plus en plus les Français [4] et aux raisons qui poussent tant de jeunes à devenir des ennemis de notre société [5].

 

J'aborde ici quelques aspects des mécanismes de perception de désirs et de choix que notre cerveau met en œuvre. Je laisse délibérément de côté, cependant, les processus complètement subconscients, dont le fonctionnement échappe à la réflexion et à la volonté de l'homme.

 

Mécanismes de perception de désirs et de choix

Critères de valeur et d'efficacité

Chez tous les animaux le cerveau s'est doté de mécanismes d'évaluation pour effectuer des choix selon des critères de valeur et d'efficacité à court et long terme. Les individus qui font les meilleurs choix sont les plus aptes à survivre et à profiter de la sélection naturelle.

Exemple : les choix d'un animal concernant sa nourriture impliquent des critères d'énergie : comment être le plus efficace pour se procurer de l'énergie alimentaire, la stocker et la réutiliser. Les individus les plus efficaces selon ce critère ont le plus de chances de survivre, de prospérer et d'assurer leur descendance, éventuellement de préférence à des concurrents.

C'est pourquoi les prédateurs choisissent les proies auxquelles ils vont s'attaquer en fonction du rapport entre dépense énergétique probable pour les capturer et apport énergétique de leur consommation. Un lion mâle, par exemple, est trop lourd (170 à 250 kg) pour courir après des gazelles, forme de chasse qui risque de lui faire dépenser trop de calories par rapport au bénéfice alimentaire escompté. Une lionne, au contraire, poursuivra ce genre de proie : plus légère (120 à 180 kg), elle peut se permettre de risquer plus souvent d'échouer (en moyenne 3 fois sur 4) avant d'attraper une gazelle. Un guépard, enfin, à la fois léger (35 à 70 kg) et rapide, chasse en forçant les gazelles à la course.

Evaluation des conséquences d'un choix

La réponse d'un de ces mécanismes d'évaluation à un choix, envisagé ou effectué, est un affect, une récompense : sensation agréable ou non, peur, fierté ou honte, etc.

 

Les sensations de plaisir, de bien-être, d'euphorie, d'anxiété… sont engendrées dans le cerveau humain par une molécule, la dopamine, dont la libération est régulée par deux systèmes agissant en sens opposés.

Une signalisation permanente dans le cerveau

Notre cerveau reçoit en permanence des signaux de besoin : faim, sommeil, désir sexuel, etc. Pour un homme, le fait même de vivre et d'avoir une conscience engendre un déséquilibre permanent : nous trouvons sans cesse des besoins à satisfaire, même après en avoir satisfait un ou plusieurs. Ces besoins constituent le « manque d'être » dont parle Sartre, manque d'être qui fait de l'homme un perpétuel insatisfait.

Désirs et satisfaction artificiels. Drogues

Les mécanismes physiologiques de besoin, de désir et de choix peuvent être détournés au profit de drogues : une drogue qui crée une dépendance modifie un mécanisme de choix de l'organisme, en créant un besoin de cette drogue et en procurant une récompense agréable si on le satisfait.

 

Le tabac, l'alcool et l'héroïne sont des exemples connus de drogues créant une dépendance. Et d'après les recherches expérimentales [6], une boisson comme le Coca-Cola agit sur la sécrétion de dopamine par l'intermédiaire du noyau accumbens, connecté au cortex préfrontal qui est un centre de décision du cerveau ; elle stimule ainsi le besoin et le plaisir d'en boire, sans pour autant créer une dépendance comme la cocaïne, la drogue extraite du coca.

Des pensées peuvent aussi se comporter comme des drogues

Il est important de comprendre que des pensées ou des affects (émotions, sentiments, désirs, aversions, peurs…) peuvent aussi se comporter comme des drogues en suscitant des désirs et en promettant des récompenses en réponse à certains choix d'action. Du point de vue physiologique, dans le cerveau, le mécanisme de ces désirs et récompenses passe par la dopamine comme pour les perceptions physiques.

 

Ces idées et affects purement psychiques peuvent aller jusqu'à des pulsions de mort, et promettre de récompenser le suicide ou la souffrance infligée à autrui.

 

Les récompenses promises sont la satisfaction de valeurs morales intériorisées, comme l'altruisme, l'équité ou la fierté, valeurs dont nous sommes ou non conscients. Ces valeurs peuvent faire partie de notre culture et nous avoir été transmises par nos parents, notre éducation et notre vie en société. Elles peuvent aussi nous avoir été inculquées par la pression sociale, la culture du groupe auquel nous appartenons. Elles peuvent, enfin, résulter d'une autosuggestion et/ou d'une amplification par l'imagination, amplification qui peut aller jusqu'à l'obsession.

 

C'est ainsi que l'on peut expliquer l'endoctrinement de jeunes hommes et femmes, dont des manipulateurs font des terroristes au nom de principes religieux mal interprétés, de principes d'équité entre peuples obligeant des musulmans à tuer des juifs et des chrétiens pour venger des Palestiniens, etc. C'est ainsi qu'une sous-culture de banlieue produit des casseurs en révolte contre la société française, casseurs qui attaquent des infirmières et des pompiers venus secourir leurs voisins ou brûlent des voitures (voir [5]).

 

 

Daniel MARTIN

 

Références

[1]   "Le déterminisme : une analyse de scientifique".

 

[2]   "Matérialisme ou spiritualisme, réductionnisme ou holisme".

 

[3]   "Où en sont les preuves de l'existence de Dieu ?".

 

[4]   "Valeurs perdues, bonheur perdu : pourquoi notre société déprime - Sociologie de la sinistrose française".

 

[5]   "Pourquoi sont-ils devenus casseurs ou terroristes ?".

 

[6]   "Why Choose This Book? - How We Make Decisions" par le professeur Read Montague, fellow at Princeton's Institute for Advanced Study, publié le 02/11/2006 par Dutton Adult.

 

 

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