Peut-on désarmer des terroristes ?

Mise à jour : 05/10/2006

 

 

Table des matières

1.    Brève introduction. 1

1.1  Où en est le désarmement du Hezbollah fin septembre 2006 ?.. 1

1.2  Classification des groupes terroristes armés. 2

2.    Quels terroristes peut-on désarmer ?. 3

2.1  Les terroristes internationaux. 3

2.2  Les terroristes religieux. 3

2.3  Les faux terroristes qui sont de vrais mafieux. 3

2.4  Les terroristes nationalistes. 4

3.    Peut-on désarmer le Hezbollah ?. 5

3.1  L'impuissance de la FINUL.. 5

4.    Références. 6

 

1.                    Brève introduction

Fin septembre 2006, au moment où j'écris ce texte, il est beaucoup question du désarmement du Hezbollah après le cessez-le-feu au Liban. J'entends beaucoup de journalistes en parler, en posant à des politiciens des questions qui montrent qu'ils n'ont pas réfléchi au sujet. Et j'entends des politiciens faire des déclarations qui montrent la même ignorance du problème.

1.1                 Où en est le désarmement du Hezbollah fin septembre 2006 ?

§           Le désarmement du Hezbollah a été décidé par la résolution du Conseil de sécurité 1599 et confirmé par les résolutions 1680 et 1701 [1] ;

§           Le Premier ministre libanais, M. Siniora, a reconnu le 16/08/2006 que son armée n'était pas en mesure de désarmer le Hezbollah.

§           Le Secrétaire Général des Nations unies Kofi Annan a précisé que la FINUL (Force d'Intervention des Nations unies au Liban) n'avait pas de mandat pour le faire.

§           Des membres du Hezbollah ont affirmé qu'ils ne rendront pas les armes tant qu'un certain nombre de conditions ne sont pas remplies, conditions qui n'ont aucune chance de l'être dans un proche avenir parce qu'elles impliquent la confiance d'Israël dans la volonté de paix du Hezbollah.

Le 22/09/2006, devant des centaines de milliers de supporters enthousiastes, le chef terroriste Nasrallah a affirmé qu'« il ne rendra jamais les 20 000 missiles encore détenus par le Hezbollah ». Aucun de ces chiites n'a suffisamment de réalisme pour se rendre compte qu'en plus des sévères destructions qu'Israël leur a infligées, le sud du pays est désormais occupé par une puissante force de l'ONU, alors qu'il était sous domination Hezbollah avant les hostilités ; malgré ces revers évidents, le Hezbollah crie victoire simplement parce qu'il n'a pas été détruit par Israël.

§           Le gouvernement libanais a affirmé le 28 août pouvoir contrôler sa frontière syrienne sans l'aide de la FINUL, ce qui est son droit selon M. Kofi Annan. Israël doit donc faire confiance à ce gouvernement, dont l'armée comprend énormément de chiites, pour empêcher l'arrivée d'armes en provenance de la Syrie, ce qu'il n'a jamais fait jusqu'à présent.

 

En résumé, fin septembre 2006 nul n'a mandat de désarmer le Hezbollah ni pouvoir de le faire. Et il faut beaucoup d'optimisme pour croire que l'alimentation en armes du Hezbollah à partir de la Syrie va cesser alors qu'elle dure depuis des années.

1.2                 Classification des groupes terroristes armés

Il y a déjà eu, dans le passé récent, des opérations réussies de désarmement de groupes ou milices terroristes ; nous en verrons des exemples. Mais pour comprendre ces exemples, il faut d'abord rappeler quelques caractéristiques des groupes terroristes actuels et en tenter une classification. Il y a :

§           Les terroristes internationaux, qui commettent des attentats dans tous les pays, musulmans ou non. Le groupe le plus connu est al Qaida, mais le Hezbollah en a fait partie lorsqu'il a commis ses nombreux attentats hors du Liban [2]. Il est probable qu'il en fait toujours partie, car dans la tentative manquée d'attentat dans deux trains en Allemagne fin juillet 2006, les terroristes arrêtés étaient deux Libanais et un Syrien, terroristes purs puisque leurs pays n'ont aucune raison de vouloir tuer des Allemands.

§           Les terroristes nationalistes, recourant à des attentats pour obtenir un avantage politique (reconnaissance ou indépendance d'une nation comme les Kurdes, les Corses et les Basques, revendication territoriale comme les Palestiniens, etc.) Le Hezbollah a aussi un caractère nationaliste lorsqu'il prétend défendre le Liban contre Israël.

§           Les terroristes religieux, comme les Talibans et al Qaida, qui veulent imposer un Etat islamique de type califat comme ceux du 7ème siècle, où règne la loi coranique, la charia. Il y a aussi les terroristes religieux irakiens, sunnites qui veulent tuer le maximum de chiites et vice-versa.

§           Les faux terroristes qui sont de vraies milices mafieuses, comme celles à l'origine d'enlèvements pour rançon en Asie du Sud, en Palestine et en Irak, et qui invoquent de temps en temps des prétextes religieux ou politiques très peu crédibles pour leurs actes.

 

Tous ces groupes sont souvent mafieux, les vols, trafics et rackets servant à financer le terrorisme (ou des profits personnels comme parfois en Corse). Une organisation terroriste donnée peut souvent appartenir à plusieurs des catégories ci-dessus à la fois.

2.                    Quels terroristes peut-on désarmer ?

2.1                 Les terroristes internationaux

Les terroristes internationaux sont insaisissables. Lorsqu'on détruit leurs camps comme on l'a fait en Afghanistan pour al Qaida, en allant même jusqu'à chasser du pouvoir le régime des talibans qui les soutenait, ils renaissent spontanément au sein de la population quelques années après. La « génération spontanée » de terroristes s'appuie sur la haine des étrangers et des infidèles, à qui on attribue tous les malheurs et frustrations de populations misérables et incultes. Et ils se multiplient dans de nombreux pays, où des groupuscules terroristes se réclament d'al Qaida et veulent tuer des infidèles ; on l'a vu en Indonésie, par exemple, lors de l'attentat de Bali.

 

Tous ces terroristes internationaux ont en commun la volonté de combattre pour imposer le régime tyrannique et inégalitaire du califat, avec son mode de vie du 7ème siècle, à toute la planète. Ils n'ont pas de territoire à défendre, pas de biens qu'on puisse confisquer, pas d'armée identifiable. On ne peut rien négocier avec eux.

 

Il est impossible de les désarmer, on ne peut que mettre hors d'état de nuire ceux qu'on attrape. Dans certains pays cela implique la prison à vie, dans d'autres la mort.

2.2                 Les terroristes religieux

Les terroristes religieux n'ont qu'une différence avec les terroristes internationaux : le caractère local de leur action. Quand un terroriste sunnite assassine des fidèles chiites dans une mosquée en se faisant sauter, il n'espère que le paradis d'Allah. Quand une milice chiite irakienne barre une route, arrête tous les véhicules et fusille sur place tous les non-chiites, c'est du terrorisme pur.

 

Comme dans le cas des terroristes internationaux, on ne peut rien négocier avec les terroristes religieux, il faut les abattre. Saddam Hussein avait une méthode radicale pour pacifier et neutraliser ses opposants : le génocide. Il a assassiné plus de 100 000 Kurdes, dans plus de 3000 villages, par villages entiers, et encore plus de chiites. Mais nous occidentaux ne recourons pas à ses méthodes, nous l'avons fait dans les siècles passés et nous en avons honte aujourd'hui.

2.3                 Les faux terroristes qui sont de vrais mafieux

Leur cas est très différent : c'est l'argent qui les intéresse. Les trafiquants de drogue et les seigneurs de la guerre afghans en sont des exemples, y compris quand ils disposent de milices. La lutte contre eux relève d'abord de polices, voire de groupes paramilitaires si on peut les maîtriser et les désarmer lorsqu'on n'en a plus besoin. Une armée est toujours mal organisée pour lutter contre des mafias, qu'il faut savoir infiltrer, dont il faut pouvoir acheter des membres, etc. En fait, on ne doit pas parler de désarmement de groupes mafieux, mais d'éradication. On peut s'attaquer à leurs sources d'approvisionnement, à leurs circuits financiers, à leurs moyens de transport…

2.4                 Les terroristes nationalistes

Des terroristes nationalistes peuvent être désarmés en échange d'une reconnaissance politique et d'une participation à la vie politique du pays. C'est peut-être possible au Liban, où le Hezbollah a un groupe parlementaire important et deux ministres au gouvernement.

 

Il y a déjà eu des désarmements réussis :

§           Au Kosovo : après la campagne de bombardement de l'OTAN en 1999 qui a contraint les troupes serbes à se retirer de la province, celle-ci a été occupée par des troupes de l'OTAN. Il a fallu désarmer l'Armée de Libération du Kosovo, milice mafieuse qui avait commis pas mal d'atrocités. On y est parvenu en enrôlant ses membres dans une garde nationale sans armes et en leur permettant de conserver leur structure hiérarchique.

§           En Irlande du Nord : l'IRA a été désarmée en 2005 en échange d'une participation de sa branche politique Sinn Fein au processus démocratique de l'Irlande du Nord. Le rapport de la Commission indépendante d'octobre 2006 a confirmé que l'IRA a abandonné toute activité militaire et s'est engagée dans un processus politique.

§           En Sierra Leone : en 2004, la milice rebelle du Front Révolutionnaire Unifié a déposé les armes en échange d'un pécule de $300 versé à chaque milicien pour qu'il puisse démarrer une exploitation agricole.

 

Tous les désarmements de milices supposent que trois conditions soient remplies :

§           Les terroristes doivent pouvoir sauver la face, avoir la certitude qu'ils n'ont pas combattu pour rien. En acceptant la paix et le désarmement, ils doivent obtenir une reconnaissance du fait qu'ils représentent une partie de la population, représentativité qui doit ensuite être confirmée par des élections démocratiques. Cela implique qu'ils acceptent la démocratie.

Ce fut le cas en Palestine, où les terroristes du Hamas ont accepté de se présenter aux élections et ont formé un gouvernement après les avoir remportées.

On ne sait si le Hezbollah peut se comporter de la même façon au Liban : d'une part, il a des élus au parlement et deux ministres au gouvernement, mais d'autre part il multiplie l'affichage des pancartes proclamant "Voici le résultat de la démocratie" dans les quartiers détruits par les bombardements israéliens. Et la « démocratie » iranienne qui le finance et l'arme est très peu démocratique : les candidats aux élections doivent avoir l'aval des mollahs, le gouvernement ne rend jamais de comptes aux citoyens, la justice et la presse ne sont pas indépendantes, etc.

§           Les terroristes qui déposent leurs armes doivent être démobilisés : ils doivent quitter la structure qui les encadrait et celle-ci doit être démantelée pour ne pas être tentée de se reformer.

§           Les ex-terroristes démobilisés doivent être réintégrés dans une armée nationale ou dans la société civile : ils doivent avoir un emploi et un gagne-pain. L'oubli de cette condition par les Américains lors de leur victoire en Irak, en 2003, a transformé les anciens soldats de Saddam Hussein en crève-la-faim sachant manier des armes, et ceux-ci se sont ensuite transformés en résistants-terroristes.

3.                    Peut-on désarmer le Hezbollah ?

Fin septembre 2006 le Hezbollah libanais doit prendre une grande décision : devenir une force politique et démocratique au Liban - et seulement politique et démocratique - ou continuer à vouloir la guerre pour la guerre contre Israël, attitude pour laquelle il est facile de trouver des prétextes du genre : « Israël maltraite les Palestiniens et occupe leurs terres » ; « Israël ne s'est pas encore retiré des quelques dizaines de kilomètres carrés des fermes de Sheba » ; « Israël détient des prisonniers musulmans », etc.

 

Le Hezbollah ne peut prendre une telle décision seul, dans la mesure où les dizaines de millions de dollars qu'il distribue en ce moment aux gens dont le logement a été détruit par les bombes ($10 000 par famille victime) viennent d'Iran ; or le président de l'Iran a dit un grand nombre de fois qu'il voulait « rayer Israël de la carte ».

 

Il reste à voir si le gouvernement libanais proposera au Hezbollah d'intégrer ses miliciens dans l'armée libanaise et de lui donner leurs armes. Il reste à établir une situation de confiance en la paix, à l'aide de la FINUL, pour que le Hezbollah cesse de redouter une agression israélienne et qu'Israël cesse de recevoir des roquettes et retire ses troupes du Liban. Il faut donc des négociations de paix et le retour des otages israéliens à l'origine du conflit. Sachant qu'au Proche-Orient les négociations peuvent durer des années, il est impossible d'être optimiste pour le court terme.

3.1                 L'impuissance de la FINUL

La FINUL a pour mission d'aider l'armée libanaise à assurer la souveraineté du gouvernement libanais sur son territoire. Il faut donc bien comprendre qu'elle ne peut faire que ce que l'armée libanaise lui demande. C'est ainsi que les Casques bleus n'ont pas le droit d'installer des barrages filtrants, de bloquer des transports d'armes éventuels, de confisquer des armes s'ils en trouvent ; à chaque fois, ils doivent demander la permission de l'armée libanaise et ne rien faire en l'attendant. Cela donne à d'éventuels terroristes porteurs d'armes ou auteurs d'attentats le temps de disparaître.

 

Une fois de plus, la FINUL est une invention impuissante et inefficace des Nations unies. La télévision française, qui nous a montré et remontré les puissants chars Leclerc déployés au Liban, a oublié de nous dire qu'ils ne serviront qu'à la demande d'un gouvernement divisé, souvent dominé par le Hezbollah, et d'une armée comprenant une forte proportion de chiites pro-Hezbollah. A la date du 25/09/2006 l'armée libanaise n'a pas demandé une seule fois à la FINUL d'intervenir, et Israël a annoncé qu'à la moindre preuve d'importation d'armes de Syrie ils interviendraient militairement en bombardant les camions. Toutes les conditions d'une reprise des hostilités par tirs et bombardements par dessus la zone FINUL existent.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

4.                    Références

[1]   Résolutions du Conseil de sécurité concernant le Liban :

§           Résolution 1559 du 02/09/2004 http://daccessdds.un.org/doc/UNDOC/GEN/N04/498/93/PDF/N0449893.pdf?OpenElement  ;

§           Résolution 1680 du 17/05/2006 http://www.un.org/News/fr-press/docs/2006/CS8723.doc.htm  ;

§           Résolution 1701 du 11/08/2006 http://daccess-ods.un.org/TMP/1642211.html.

 

[2]   Actes terroristes du Hezbollah hors du Liban :

§           Décembre 1984 : détournement d'avion koweïtien ; 2 Américains travaillant pour l'Agence Américaine pour le Développement International sont assassinés.

§           1985 :

·            Détournement d'un avion TWA vers Beyrouth. 1 mort.

·            Attentat contre un bureau de la compagnie El-Al à Copenhague ; 1 mort et 26 blessés.

§           13 attentats à Paris entre décembre 1985 et septembre 1986, dont 2 manqués ; ces attentats ont fait au total 13 morts et plusieurs centaines de blessés.

§           1988 : Détournement d'un vol Kuweit Airlines vers Alger où les terroristes s'échappent. 2 Koweïtiens assassinés.

§           1992 : Explosion à l'ambassade d'Israël en Argentine : 29 morts et 242 blessés.

§           1994 : Camion piégé devant un centre juif de Buenos Aires : 85 morts et plus de 200 blessés.

§           20/11/2000 : bombe dans un bus de transport d'enfants en Israël : 2 morts et 11 blessés.

§           Depuis 1983 des milliers de roquettes du Hezbollah sont tombées en Israël…

 

Références :

§           Association SOS attentats http://www.sos-attentats.org/rechercher.asp?texterecherche=Hezbollah&lan_id=fr

§           Middle East Media Research Institute (MEMRI) http://www.memri.org/

§           The Intelligence & Terrorism Information Center http://www.terrorism-info.org.il/engsite/home/default.asp

§           Institute for Counter-Terrorism (ICT) http://www.ict.org.il/

 

 

 

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