L'opinion des peuples sur la mondialisation en 2007

Mise à jour : 22/10/2007

Ce texte analyse quelques-uns des résultats de l'intéressant sondage [1].

 

Le tableau ci-dessous présente un extrait des résultats du sondage [1].

 

Affirmations sur lesquelles les sondés sont interrogés

Pourcentage des sondés qui approuvent en 2007
(variation en % par rapport à 2002)

France

Royaume-Uni

Etats-Unis

Le développement du commerce international est bénéfique ou très bénéfique pour notre pays

78 % (-10)

78 % (-9)

59 % (-19)

Les sociétés étrangères ont un impact bénéfique

44 % (-6)

49 % (-12)

45 % (-5)

L'économie de marché à concurrence libre favorise le niveau de vie

56 % (-5)

72 % (+6)

70 % (-2)

L'Etat devrait secourir les gens très pauvres

83 %

91 %

70 %

La protection de l'environnement est prioritaire par rapport à la croissance économique et l'emploi

62 %

76 %

66 %

L'Etat intervient trop dans la vie quotidienne des gens

65 % (+10)

64 % (+10)

59 % (+2)

La mondialisation porte atteinte à la culture traditionnelle de notre pays

75 %

77 %

73 %

La culture de notre pays est supérieure à celle des autres

32 %

31 %

55 %

Notre style de vie doit être protégé contre les influences étrangères

52 %

54 %

62 %

Il faut davantage maîtriser et réduire l'immigration

68 % (-7)

75 % (-4)

75 % (-6)

Il est nécessaire d'être croyant pour avoir un comportement moral

17 %

22 %

57 %

L'homosexualité doit être acceptée

83 %

71 %

49 %

Il faut une séparation stricte entre Etat et religion

72 % (-1)

66 % (-4)

55 % (-1)

La réussite sociale d'une personne dépend de facteurs autres qu'elle-même

52 %

42 %

33 %

Une intervention militaire est parfois nécessaire pour maintenir l'ordre dans le monde

67 %

67 %

77 %

 

Proportion de sondés qui approuvaient les diverses affirmations au printemps 2007

 

Opinions face à la mondialisation

Dans tous les pays, riches comme pauvres, les gens pensent que le commerce international est bénéfique ou très bénéfique pour leur pays. Ils sont ainsi 78 % en France et au Royaume-Uni.

Surprise : le pays avec la plus faible proportion de gens qui se réjouissent de la mondialisation est les Etats-Unis, avec 59 %! Cela s'explique par une caractéristique des réponses aux sondages : les gens désirent ce qu'ils n'ont pas ou pas assez, et critiquent ce qu'ils ont. Or aux Etats-Unis les consommateurs achètent depuis des décennies une si forte proportion de produits importés qu'ils trouvent ces importations normales ; ils répondent donc au sondage en se plaignant des emplois américains perdus au profit de la Chine ou des immigrés d'Amérique Latine.

 

Autre constante dans les pays occidentaux concernant la mondialisation : la proportion de gens qui l'approuvent baisse. En 5 ans, elle a baissé de 10 % en France, de 9 % au Royaume-Uni et de 19 % aux Etats-Unis. Cette baisse est due à une montée de la crainte de ses conséquences sur l'environnement et sur la croissance de l'immigration.

 

Dans 41 des 47 pays, les gens considèrent l'impact des sociétés étrangères sur l'économie locale comme positif : elles investissent et créent des emplois. Mais dans les pays occidentaux, de moins en moins de gens apprécient l'impact de ces sociétés : en France celles-ci recueillent 44 % d'approbation (6 % de moins qu'en 2002), au Royaume-Uni c'est 49 % (-12 %) et aux Etats-Unis c'est 45 % (-5 %).

 

La France se singularise par son opinion face à l'intérêt de la concurrence pour favoriser le niveau de vie : 56 % des Français pensent que la concurrence est une bonne chose (-5 % par rapport à 2002), contre 72 % (+6 %) au Royaume-Uni et 70 % (-2 % aux Etats-Unis). Les Français favorables à une économie où les prix sont imposés ou contrôlés par l'Etat sont nombreux (voir [2], section "Peur du marché, réglementation et corruption").

Mondialisation et inégalités

Partout dans le monde la mondialisation accroît les inégalités.

§           Certains pays mieux organisés que les autres pour lutter contre la concurrence en profitent plus qu'eux ; dans l'Union européenne, l'Allemagne est un bon exemple, euro fort ou pas ; en Asie, la Chine profite à la fois de sa main d'œuvre bon marché et de sa monnaie sous-évaluée.

§           Dans un pays donné, certaines professions ou certaines entreprises se développent, alors que d'autres stagnent ou disparaissent.

§           Dans tous les pays, les gens les plus instruits et les plus entreprenants s'enrichissent vite, alors que la majorité de leurs compatriotes ont des revenus qui stagnent ou croissent très lentement.

 

Le sondage reflète cette croissance des inégalités : partout, les gens estiment que L'Etat devrait secourir les gens très pauvres. C'est ainsi que les personnes qui demandent davantage de solidarité et de redistribution des revenus sont 83 % en France, 91 % au Royaume-Uni et 70 % aux Etats-Unis. Dans ce dernier pays, la culture du "débrouille-toi par toi-même" demeure plus forte qu'en Europe.

Mondialisation et environnement

Dans tous les pays, la majorité des gens réclament une meilleure protection de l'environnement, même si celle-ci doit se traduire par une moindre croissance du niveau de vie et une perte d'emplois. Ils sont 62 % en France, 76 % au Royaume-Uni et 66 % aux Etats-Unis.

Rejet d'un Etat interventionniste

Dans 29 pays sur 47 la majorité des gens disent que le gouvernement intervient trop dans leur vie quotidienne : trop de lois, lois trop contraignantes, trop d'impôts, etc. Ils sont 65 % en France (+10 % par rapport à 2002), 64 % au Royaume-Uni (+10 %) et 59 % aux Etats-Unis (+2 %). La proportion plus faible aux Etats-Unis s'explique par le fait que l'Etat fédéral a des pouvoirs nettement distincts de ceux des états, par le fait que les gouvernements locaux et fédéral intervenant moins qu'ailleurs dans la vie des gens ceux-ci ont moins lieu de s'en plaindre et par le fait que la pression fiscale est beaucoup plus faible aux Etats-Unis qu'en Europe.

 

Comme les citoyens des autres pays, les Français veulent à la fois moins d'Etat et plus de protection contre les inégalités et la mondialisation, ce qui n'est pas très cohérent.

Mondialisation, culture et immigration

Dans 46 des 47 pays, une majorité de sondés affirment que la culture traditionnelle de leur pays se perd du fait de la mondialisation. Ils ont 75 % en France, 77 % au Royaume-Uni et (surprise !) 73 % aux Etats-Unis. Une majorité existe aussi pour demander à l'Etat de protéger la culture de leur pays contre les influences étrangères. Il y a même une proportion significative de gens qui estiment que la culture de leur pays est supérieure à celle des autres : 32 % en France, 31 % au Royaume-Uni et 55 % aux Etats-Unis ; voilà qui explique pourquoi beaucoup d'Américains considèrent les autres peuples comme sous-développés et veulent leur imposer leur propre mode de vie.

 

Je fais partie des gens qui pensent qu'on ne protège pas la culture à laquelle on tient avec des barrières. On ne peut pas empêcher l'arrivée de films ou de musique étrangère, surtout depuis qu'il y a Internet. On ne peut ni ne doit empêcher l'arrivée de livres et de magazines étrangers, ni celle de vêtements d'une mode étrangère. La seule manière pour un peuple de défendre sa culture est de la pratiquer, en l'enseignant, en diffusant les œuvres largement et gratuitement, en les faisant connaître partout avec une promotion active. Je ne crois pas aux subventions : les plus grands artistes de l'humanité ont créé leurs œuvres sans subvention, et la plupart des productions télévisuelles et cinématographiques subventionnées en France sont - à mon avis, cela n'engage que moi - des navets basés sur des émotions méprisables et promis à un oubli rapide.

 

Je redoute que la volonté de préserver la culture locale se traduise par de la xénophobie ou au moins par une difficulté d'accès aux œuvres du patrimoine mondial. Occulter Beethoven, Raphaël ou Shakespeare au profit de Lully, Delacroix ou Hugo revient à appauvrir la culture ; ces trois artistes français n'ont rien à redouter de la concurrence des trois étrangers, l'art à ce niveau-là faisant parti du patrimoine culturel mondial. Les textes réglementaires français sur l'audiovisuel défavorisent les œuvres cinématographiques et théâtrales étrangères au profit d'œuvres françaises ; j'ai hâte de pouvoir accéder par Internet aux films à la demande pour exercer librement mon choix.

 

La tendance de chaque peuple à la xénophobie apparaît dans la crainte de l'immigration exprimée partout, et accompagnée par la demande que l'Etat la maîtrise et la réduise. C'est ce que pensent 68 % des Français, 75 % des Anglais et autant d'Américains. L'immigration apparaît comme une menace sur l'emploi et la culture. En France beaucoup de gens estiment aussi que la proportion majoritaire d'immigrés d'Afrique du Nord ou Subsaharienne nous coûte plus cher en allocations familiales, allocations logement, Sécurité sociale, chômage, etc., qu'elle ne rapporte en richesse produite, et qu'elle fait croître le taux de délinquance.

Mondialisation, religion et moralité

Alors qu'aux Etats-Unis 57 % des sondés considèrent qu'il faut être croyant pour avoir un comportement moral (honnête, altruiste, etc.), ils ne sont que 22 % au Royaume-Uni et 17 % en France, pays clairement déchristianisé. Les Etats-Unis font donc partie des pays où la séparation de l'Etat et de la religion ne va pas de soi, et où le peuple veut un Etat moralisateur tout en étant laïc sur le plan législatif et non-discriminatif sur celui de l'emploi.

 

Comme on pouvait s'y attendre du fait de la non-séparation dans le Coran de la religion, de la gouvernance et de la justice, la très grande majorité des citoyens des pays musulmans (80 à 99 % des sondés) estiment qu'il faut être croyant pour avoir un comportement moral.

 

En France où les valeurs morales sont de moins en moins respectées, comme je l'ai expliqué dans [2] et [3], on a en même temps une baisse du nombre de croyants, une perte de confiance des citoyens les uns dans les autres et dans les institutions, c'est-à-dire une société de plus en plus hostile et amorale. Nous sommes d'ailleurs un peuple dont une majorité de citoyens pensent que l'effort personnel et l'honnêteté comptent moins pour réussir que la corruption et le mépris des lois [2]. Heureusement, le refus des contraintes imposées par la société à chaque individu devient parfois de la tolérance : 83 % des Français estiment qu'il faut accepter l'homosexualité, contre 71 % des Anglais et seulement 49 % des Américains.

 

Le sondage [1] fait aussi apparaître une relation entre religiosité et niveau de vie : à l'exception notable des Etats-Unis (où beaucoup de gens ont immigré précisément pour fuir des persécutions religieuses) il y a une corrélation claire entre misère et religiosité : la religiosité est très forte en Afrique et dans les pays les plus pauvres du Moyen-Orient, moyenne en Europe de l'Est et en Amérique Latine (pays où le niveau de vie est modeste mais pas misérable), et faible en Europe de l'Ouest et au Canada. Le graphique ci-dessous illustre ces constatations.

 

 

Relation entre PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat et religiosité

 

 

Daniel MARTIN

 

Références

[1]   Sondage "47-Nation Pew Global Attitudes Survey" (publié le 04 octobre 2007)

http://pewglobal.org/reports/pdf/258.pdf

 

Ce sondage d'opinion a interrogé au printemps 2007 45 000 personnes dans 47 pays monde (par exemple 1004 en France), donnant ainsi des résultats auxquels on peut faire confiance à 95 % et dont la marge d'erreur est de l'ordre de 3 %.

 

[2]   Analyse "La société de défiance - Comment le modèle social français s’autodétruit".

 

[3]   Analyse "Valeurs perdues, bonheur perdu : pourquoi notre société déprime - Sociologie de la sinistrose française"

 

 

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