4 novembre 2004 : le lynchage médiatique de Bush

L'antiaméricanisme stupide a encore frappé

 

Voici (en italique et entre guillemets) des citations relevées dans la presse française le lendemain des élections américaines. A part la première, relevée dans Libération à la page http://www.liberation.fr/page.php?Article=251453 , toutes les autres proviennent de la revue de presse française du Nouvel Observateur, publiée dans http://permanent.nouvelobs.com/etranger/20041104.OBS0689.html .

Je commente ces citations entre crochets [….] à la suite de chacune.

Libération : «Bush 2, ce sera pire» propos de Pierre Hassner, Centre d'études et de recherches internationales, auteur de «La terreur et l'empire»

"Bush, lui, s'est installé dans un grand mensonge, efficace."

" Je suis pessimiste concernant Bush 2. Je pense que ce sera pire".

[A l'évidence, ce n'est pas ce qu'ont pensé les dizaines de millions d'Américains, majoritaires de 3,5 millions de voix, qui ont réélu M. Bush tout en augmentant les majorités absolues des Républicains au Sénat et à la Chambre des représentants, et en décidant dans 11 des 12 référendums d'état qu'ils étaient contre le mariage homosexuel.]

Libération : Patrick Sabatier

"Une nouvelle majorité réactionnaire, rassemblée autour de Bush par un réflexe légitimiste de temps de guerre, a cimenté son emprise sur la démocratie en Amérique."

[D'après le Dictionnaire Flammarion de la langue française, «réactionnaire» signifie «qui s'oppose au progrès et prône un retour à des valeurs du passé».

En affirmant implicitement que la foi religieuse clairement affirmée de 90% des Américains est une valeur du passé, porteuse d'autres valeurs du passé, l'auteur déclare que ces 250 millions d'Américains contemporains croyants sont tournés vers le passé. L'auteur leur trouve même l'excuse du réflexe de peur.

Or tous les actes d'un croyant sont imprégnés par sa culture, elle-même fortement influencée par sa foi. C'est ainsi que tous les billets de banque en dollars portent la devise «In God We Trust» (nous avons foi en Dieu) et que la devise du blason du Royaume-Uni est (en français, oui) "Dieu et mon droit". Ces devises reflètent des choix de ces peuples, les mêmes depuis des siècles, pas le choix de quelques réactionnaires parmi eux.

Journaliste qui devrait observer correctement le monde, M. Sabatier ignore ainsi la réalité : ce sont les peuples majoritairement athées ou peu pratiquants, comme les Français, qui sont une exception de nos jours. La majorité des peuples et de leurs citoyens étant croyants, avoir la foi n'est pas réactionnaire en 2004.

Affirmer qu'avoir la foi est réactionnaire est aussi une preuve d'intolérance, contraire à l'esprit laïc de la République française.

Mais l'erreur de M. Sabatier va plus loin, lorsqu'il écrit que cette nouvelle majorité réactionnaire a cimenté son emprise sur la démocratie en Amérique. Si vraiment la démocratie avait été confisquée ou détournée par l'action des Républicains, les Démocrates auraient dénoncé la validité des élections, ce qu'ils n'ont pas fait : M. Kerry a même reconnu publiquement sa défaite.]

Le Monde

"Quelle image pour une démocratie qui se donne en exemple au monde, avec ces électeurs votant tard dans la nuit dans l'Ohio, ces votes anticipés, conditionnels, ces machines à voter déficientes, ces décomptes sans fin ! Un tel désordre, inimaginable dans la plupart des autres pays démocratiques, n'est pas à l'honneur de l'Amérique. Et il est préoccupant que le sort du monde soit suspendu à un système aussi archaïque."

[L'auteur ne connaît pas le fonctionnement du système électoral américain, qui n'a rien d'archaïque. Voici l'explication des faits qu'il stigmatise :

·            Les votes tard dans la nuit sont dus à la volonté de laisser voter tous les électeurs qui sont arrivés à l'heure, mais n'ont pas encore voté parce que leurs prédécesseurs ont mis du temps pour voter. Même dans les grandes villes de France, à 20 heures, avant de déclarer le scrutin clos, on s'assure que tous les présents ont voté, et si ce n'est pas le cas ils peuvent le faire.

·            Les votes ont pris plus de temps que prévu pour deux raisons : il y a eu plus d'électeurs qui se sont exprimés cette fois-ci qu'à toute autre élection du passé ; et compte tenu des distances à parcourir pour aller voter dans un pays 14 fois plus grand que la France et moins densément peuplé, on regroupe plusieurs votes le même jour, ou on permet des votes anticipés, ce qui relève du simple bon sens.

·            Même si certaines machines à voter ont été déficientes, leur proportion n'a pu être significative nulle part, puisque les démocrates n'ont contesté le scrutin dans aucun état. Et il n'y a pas eu de décompte sans fin et pas de désordre.

En conclusion, l'auteur est un frustré qui accable de reproches sans raison valable un peuple dont il n'aime pas le choix. Son attitude est donc peu républicaine.]

La Croix : Bruno Frappat

"Bush, donc, est là. Plus que jamais. Cela n'interdira pas plus que par le passé de contester sa vision du monde, de l'histoire, et le rôle religieux qu'il s'attribue. De dire et de répéter, quatre ans durant s'il le faut, que le christianisme n'a ni son siège ni son prophète à la Maison-Blanche. Que c'est là, depuis quatre ans, fraude majeure.
Car Dieu n'a chargé aucun président de parler à sa place. Même s'il est bien élu."

[Où M. Frappat a-t-il vu, lu ou entendu que M. Bush s'attribue un rôle religieux ? Il n'a pu le voir parce que c'est tout simplement faux. M. Bush n'a pas donné la communion, dit la messe en public, prêché pour convertir des mécréants, publié de bulle ou mené une croisade antimusulmane. L'accuser d'être un (faux) prophète et d'usurper le pouvoir de Rome en déménageant d'autorité le siège de la chrétienté à Washington est scandaleux, et même ridicule dans La Croix.

Si M. Bush avait eu les torts dont M. Frappat l'accuse, le Saint-Siège l'aurait dénoncé, sa propre église l'aurait renié, les Américains catholiques ou protestants l'auraient rejeté. Mais comme aucun de ses millions de concitoyens n'a proféré de telles accusations contre lui, il faut croire que M. Frappat a découvert seul une vérité qui contredit les constatations de millions de gens, qui eux comprennent bien l'anglais et approuvent M. Bush.]

L'Humanité : Claude Cabanes

"L'impérialisme a atteint là une sorte de nouveau stade suprême."

[Voilà un communiste qui qualifie d'impérialisme la politique américaine. Communiste, il devrait savoir ce qu'est l'impérialisme. Rappelons-le lui grâce de nouveau au Dictionnaire Flammarion de la langue française, qui définit l'impérialisme comme une «politique par laquelle un Etat cherche à étendre sa domination sur d'autres Etats».

Sans doute ce journaliste ne sait-il pas que les Etats-Unis n'ont jamais eu de colonie. Mais passons, un journaliste n'est pas nécessairement bon en histoire.

Sans doute oublie-t-il que la France est si peu aux ordres des Etats-Unis qu'un certain président Chirac les contredit à chaque occasion et oppose le veto français aux Nations unies pour prouver son indépendance. Il oublie aussi que l'Union européenne est si peu aux ordres qu'elle fait condamner les Etats-Unis à l'OMC à payer des amendes pour pratiques commerciales contestables. Des colonisés se comporteraient-ils ainsi ?

Sans doute M. Cabanes objectera-t-il qu'il ne s'agit pas de colonisation politique, mais économique et culturelle ; et il citera la mondialisation qui a sûrement fait des entreprises des autres peuples des filiales des multinationales américaines. Là encore, pas de chance : les entreprises de France ont davantage investi et créé des emplois aux Etats-Unis depuis une dizaine d'années (environ 2 millions d'emplois) que les Etats-Unis en France (où le total des emplois créés par des sociétés étrangères, tous pays confondus, pendant les trois années 2001 à 2004, a été de 41.000(*).

Les Etats-Unis colonisent si peu les autres pays économiquement qu'ils font travailler leurs entreprises plus que ces autres pays ne font travailler d'entreprises américaines. C'est ce qui explique le déficit commercial colossal actuel, plus de 500 milliards de dollars en 2004. Pour nous Français ce sont des clients, pas des propriétaires. Et si le reste du monde investit aux Etats-Unis infiniment plus que les Etats-Unis à l'étranger, en leur prêtant ces 500 milliards de dollars (déficit de la balance des paiements) c'est parce que l'économie américaine est extrêmement performante, avec une croissance de 4% en 2004 contre 2,5% pour la France. Il est vrai que les Américains, eux, n'ont pas de communistes ou de trotskystes pour saboter l'économie par syndicats interposés, que leurs cheminots ne prennent pas les citoyens en otages, que leurs électriciens ne démontent pas de compteurs...

Et pour ce qui est de la colonisation culturelle, dont certains Français tirent argument pour "l'exception culturelle" qui justifie nos subventions à certains artistes, elle n'est que le reflet de la médiocrité de la majeure partie de notre production actuelle de films, que les étrangers refusent de voir. Si nous avions de bons films, ils feraient un malheur aux Etats-Unis, comme «Amélie Poulain». Et que dire de notre littérature populaire moderne, insignifiante !

Enfin, si la victoire électorale nette des Républicains crée un nouveau "stade suprême de l'impérialisme", c'est que M. Cabanes considère qu'elle permet aux Etats-Unis de M. Bush d'étendre encore plus leur empire. Mais comme nous avons vu qu'il n'y a pas d'empire…]

L'Est Républicain : Pierre Taribo

"En se présentant comme le garant de la sûreté de son pays, il a parlé au coeur d'une société qui n'était pas disponible pour un discours autre qu'ultra-conservateur. Mais George Bush a beau pavoiser, il y a aujourd'hui deux Amérique que la guerre en Irak, la situation économique et les grandes valeurs sociétales divisent profondément.

[Dans cette phrase, la seconde partie me paraît contredire la première : si la (notez le singulier dans «la») société américaine n'était pas disponible pour un discours autre qu'ultra-conservateur, alors comment se fait-il qu'il y ait aujourd'hui deux Amérique profondément divisées ? Le discours éventuel ultra-conservateur s'appliquant à l'évidence à tous les sujets mentionnés (Irak, économie et grandes valeurs de la société), si cette société n'était disponible que pour un seul discours, elle ne pouvait être profondément divisée…]

La Provence : Gilles Dauxerre

"… cette Amérique "bushiste" tentée par un nouvel impérialisme".

[Il n'y a jamais eu d'impérialisme, nous l'avons vu. Et en quoi le programme électoral de M. Bush comprenait-il une nouvelle colonisation ? M. Dauxerre écrit n'importe quoi.]

Le Progrès : Jean-Philippe Mestre

"Cette vieille Amérique, rancie dans sa bigoterie et arrogante dans son impérialisme, semble vouloir montrer l'image la plus caricaturale, la plus propre aussi à donner des armes et des arguments à ses ennemis."

[D'après ce journaliste, il y a aux Etats-Unis un ensemble d'électeurs, vieux au moins moralement, majoritaire avec ses dizaines de millions de membres. Ces électeurs vieillis, arrogants dans leur volonté de coloniser le monde (mais où a-t-il vu cette volonté, a-t-il interviewé le millier de personnes nécessaires à un sondage d'opinion représentatif ?) lui semblent se donner du mal pour être ridicules et se faire des ennemis.

Plutôt que de croire de telles stupidités, je crois plutôt à l'antiaméricanisme furieux d'un journaliste dont l'opinion a été contredite par le suffrage populaire.]

Le Télégramme : Hubert Coudurier

"Ce nouveau mandat de George W.Bush sera-t-il l'occasion d'un apaisement des relations transatlantiques? En particulier entre Washington et Paris, chef de file de la contestation du nouvel impérialisme américain?"

[Encore un qui croit à l'impérialisme d'un peuple américain qui lutte contre le terrorisme islamiste sans l'aide de la France, même si la France est aussi menacée par ce même terrorisme. Mais celui-là trouve Paris «chef de file de la contestation au nouvel impérialisme américain». Il ne sait pas que, vue des Etats-Unis, la France est un pays sans influence et détesté parce qu'il a tout faux :

·            Sans influence, car ne disposant pas d'une capacité d'intervention militaire autre que contre des bandes munies d'armes légères comme en Côte d'Ivoire.

·            Sans influence, car la France n'a pas les moyens financiers de faire la guerre où que ce soit.

·            Sans influence, car la France fait partie d'une Europe incapable de s'entendre sur une politique étrangère et une armée commune crédible.

·            Sans influence, car dans ses discours internationaux sur l'aide aux pays pauvres, M. Chirac ne propose que des absurdités comme un impôt international (ex taxe Tobin) ou une loterie, propositions que personne ne suit.

·            Sans influence, car la France est le seul pays occidental à caresser les terroristes palestiniens de M. Arafat dans le sens du poil, en lui rendant visite au niveau Ministre des Affaires étrangères, ce qui ne lui rapporte rien que la colère des Américains et des Israéliens.

·            Sans influence, car la France s'est opposée sans succès à l'intervention en Irak, ce qui montre bien que son opinion ne compte guère.

·            Sans influence, parce que son économie stagne depuis 12 ans avec en moyenne 1,5% de croissance contre 5% pour celle des USA, ce qui lui donnera de moins en moins les moyens d'être entendue dans le monde.

·            Sans influence, parce que le Français perd sans cesse du terrain face à l'Anglais…

·            Sans influence, enfin, parce que ce n'est pas en appelant au multilatéralisme (c'est-à-dire à ce qu'on lui donne une place au soleil) sans avoir les moyens économiques ou militaires de se faire écouter, que le président Chirac sera entendu.]

La Marseillaise : Roland Martinez

"Sa politique [celle de George W. Bush] d'expansionnisme militaire, politique et économique a permis du même coup d'occulter les causes réelles de la crise économique et sociale qui mine le pays, au nom d'une mondialisation sauvage dont le peuple américain est lui-même victime."

[Encore un antiaméricain dont la haine aveugle lui fait apercevoir un expansionnisme militaire là où les Etats-Unis n'ont jamais fait de guerre de conquête de toute leur histoire et jamais eu de colonie, ainsi qu'un expansionnisme politique et économique dont nous avons déjà montré la fausseté . Encore un accusateur de la mondialisation sauvage qui ne voit pas que sous l'administration Bush, les Etats-Unis :

·            Ont surmonté la récession due à la bulle Internet (des surinvestissements, comme la Chine en fait aujourd'hui) ;

·            Ont surmonté la crise économique et financière due au 11 septembre ;

·            Ont surmonté la crise des investissements en actions due aux scandales Enron, etc.

·            Ont une croissance 50% plus forte que la nôtre avec moitié moins de chômage ;

·            Ont un seuil de pauvreté 33% plus élevé que le nôtre à parité de pouvoir d'achat, c'est-à-dire qu'un «pauvre» américain aurait un revenu et un niveau de vie corrects s'il était français. Du reste, aux Etats-Unis la grande majorité des pauvres sont des immigrés (illégalement, en général) depuis moins de quatre ans.

·            Sont mieux classés que la France par les Nations unies, dans leur "Rapport Mondial sur le Développement Humain 2004" : 8ème contre 16ème .

Enfin, si le peuple américain se considérait comme victime de M. Bush, il ne l'aurait pas réélu à la majorité absolue plus 3,5 millions de voix.]

La presse de la Manche : Jean Levallois

"… Ou bien il [M. Bush] maîtrise sa victoire et il s'oblige à écouter les autres, ou bien il bascule dans ses certitudes et accroît sa présidence impériale et barbare qui lui plaît tant."

[Encore un journaliste qui ne voit pas que les faits démentent ses jugements : se peut-il qu'un peuple américain, plutôt plus habile que nous (voyez ses succès économiques, sa puissance financière, son avance en matière de recherche, le niveau de vie moyen 33% plus élevé que le nôtre) ait réélu démocratiquement un homme qui se comporte en empereur barbare ?

Pourquoi M. Bush aurait-il écouté M. Chirac, qui a fait l'impossible pour que l'assassin Saddam Hussein reste au pouvoir, en tentant d'empêcher l'invasion de l'Irak ? Il savait bien que la France, qui avait avec Total des contrats pétroliers que le départ de Saddam aurait rendus caducs, défendait ses profits et pas la légalité internationale.]

Le Nouvel Observateur N° 2087 : Bush 2 pire que Bush 1 ?

[Sans commentaire]

Conclusions

L'antiaméricanisme aveugle certains journalistes français au point que leurs propos désinforment leur public. Le lynchage médiatique qu'ils imposent au président Bush traduit seulement leur rage impuissante devant les faits : le peuple de la première puissance mondiale a fait démocratiquement un choix qui déplaît à leurs esprits étriqués.

 

 

(*)    Rapport du Conseil des impôts "LA CONCURRENCE FISCALE ET L'ENTREPRISE", 362 pages, téléchargé le 29/09/2004 de la page http://www.ccomptes.fr/organismes/conseil-des-impots/rapports/concurrence/rapport.pdf

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Voir aussi

§           Questions sur la France anti-Bush   (un excellent article du Figaro au lendemain de l'élection américaine)

§           Désinformation due à l'opinion politique des journalistes  (étude plus complète)

 

 

 

Retour page d'accueil