Logique Hezbollah :
trompés, battus mais contents !

09/05/2007

La « victoire » du Hezbollah est un triomphe de leur logique.

 

Avant le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël, le 12/07/2006, le Liban avait à peu près fini de se reconstruire. Après 16 ans de guerre civile (1975-1991), l'économie de ce petit pays grand comme deux départements français repartait, grâce notamment au tourisme. Le pays s'était débarrassé de ses troupes d'occupation, israéliennes en 2000 et syriennes en 2005. L'avenir s'annonçait prometteur.

 

34 jours plus tard, lors du cessez-le-feu, l'infrastructure du pays est en ruine et les bâtiments détruits se comptent par centaines ; d'après [1] il y a eu plus de 1200 morts, 3700 blessés, 974 184 sans abri (25 % de la population) et 3,6 milliards de dollars de dégâts. Du fait de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, le Sud du pays est occupé par 10 000 soldats Onusiens. L'économie, déjà pénalisée par une dette extérieure de 1,8 fois le PIB (3 fois plus que la France), mettra des années à redémarrer… si elle reçoit une forte aide extérieure. Quant au tourisme, avec l'insécurité, 100 km de côte polluée par du pétrole et des ruines partout… A côté des 1200 morts libanais, Israël a eu 160 morts [2]

 

En un mois, le Hezbollah a donc réussi à faire détruire son pays, à faire tuer ou estropier des milliers de Libanais, à faire occuper au Sud du fleuve Litani du territoire précédemment libre, et à réduire la population à la misère économique. Il a fait la guerre pour le compte de l'Iran, qui le trompe. Il a été battu, ayant eu 7 victimes pour chaque victime israélienne et 20 fois plus de bâtiments détruits qu'Israël, sans compter l'infrastructure. Et il est content, il crie victoire !

 

Il n'est pas seul. Les présidents syrien et iranien aussi crient victoire, et toute la population des pays arabes. Ces gens-là considèrent que le seul fait que quelques miliciens du Hezbollah aient échappé à la mort par Tsahal est une immense victoire. Drôle de logique : trompés, battus, mais contents !

 

Ils ne songent pas qu'il est impossible à une armée de tuer tous les terroristes dans un pays où ils se cachent au milieu de la population, parce qu'il faudrait un génocide. Ils considèrent comme victoire le seul fait que quelques-uns des terroristes survivent et pourraient recommencer, même si toute la population est dans le malheur.

 

La commission d'enquête de la Ligue Arabe qui a étudié les événements a des conclusions très sévères sur la stratégie du Hezbollah [2] :

§           Erreurs de jugement graves de Nasrallah, le leader du Hezbollah ;

§           Acte de guerre sans provocation (enlèvement de deux soldats israéliens et assassinat de 8 autres) et sans autorisation du gouvernement ou du parlement libanais, alors que le Hezbollah a des ministres dans ce gouvernement et des députés dans ce parlement.

Cette conduite qui ignore le gouvernement et le parlement, donc la démocratie, montre ce que l'on peut craindre de la participation d'islamistes à un gouvernement : une transformation du pays en agresseur terroriste, avec des conséquences désastreuses pour sa population et son économie.

 

Si les terroristes apprécient cette "victoire", qu'ils se réjouissent, l'avenir leur permettra peut-être d'en avoir encore une : le cessez-le-feu n'ayant rien réglé, tôt ou tard ils devront rendre les armes (autre victoire, sans doute !) ou finir de se faire tuer.

 

Comme le disait un plaisantin, l'autre jour sur Europe 1 : « quand à Beyrouth-Sud un libanais fait le signe V avec deux doigts de sa main devant une caméra de télévision, c'est pour désigner le nombre d'immeubles encore debout. »

 

 

Daniel MARTIN

 

 

[1]   Time Magazine du 11/12/2006 page 32

 

[2]   The New York Times du 09/05/2007, article "The Arab Commission" http://select.nytimes.com/2007/05/09/opinion/09friedman.html?th=&emc=th&pagewanted=print

 

 

 

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