L'intégration des musulmans bloquée par la culture

Mise à jour : 31/05/2007

 

Lisant tous les jours The New York Times, j'ai trouvé l'article [1] qui illustre parfaitement, exemples à l'appui, la thèse que je défends dans [2] : la culture issue de la religion musulmane, dont l'archétype est la culture arabe, est incompatible avec la démocratie. (Attention : les Turcs ne sont pas des Arabes ; ils n'ont pas, par exemple, leur attitude d'hostilité systématique à l'égard d'autrui ; donc ne pas pousser trop loin l'analogie entre ces deux cultures). Je résume ci-dessous les faits cités par [1] suite aux nombreuses interviews de l'auteur lors de son enquête en Allemagne sur les immigrés turcs de ce pays. Ce texte-ci complète donc l'étude [3].

 

En juin 2006, Seyran Ates, avocate née en Allemagne de parents immigrés Turcs, attendait son métro à Berlin avec une cliente qu'elle conseillait dans une procédure de divorce. Le mari de sa cliente surgit soudain et se mit à battre celle-ci. Puis il se jeta sur l'avocate, qui avait déjà subi des agressions semblables et tenta de son mieux d'échapper à ses coups. Aucune des nombreuses personnes présentes ne vint au secours des deux femmes.

 

Interviewée par l'auteur de [1], Seyran Ates clama son désespoir devant le manque de courage des spectateurs des diverses agressions. L'auteur lui demanda quelle aurait été l'attitude des témoins de telles attaques de femmes par un homme en Turquie. L'avocate répondit : "Ils l'auraient lynché."

Je peux confirmer ce point : ma fille a fait une partie de ses études d'allemand à Berlin, où elle a rencontré de nombreux jeunes issus de l'immigration turque. Ils lui ont affirmé que la culture turque considère qu'un homme qui ne vient pas au secours d'une femme attaquée est déshonoré.

 

En septembre 1984, Seyran Ates avait déjà subi une attaque semblable en présence d'une de ses clientes. L'agresseur - un nationaliste turc - lui avait tiré une balle de révolver dans le cou, avant de blesser mortellement sa cliente. L'avocate raconte ses malheurs dans son autobiographie "Journey Into the Fire", publiée en 2003 (voir [4], qui cite plusieurs exemples). Elle déplore notamment la difficulté, pour les femmes d'origine turque résidant en Allemagne, de faire valoir les droits que la législation allemande leur reconnaît.

 

On estime que la moitié des jeunes Allemands d'origine turque n'acceptent d'épouser que des Turques, quittes à aller les chercher en Turquie. De leur côté, 53 % des immigrées d'origine turque refuseraient d'épouser un Allemand, selon une enquête réalisée en 2000 par l'Institut allemand de la jeunesse. Lors de l'interview d'un jeune Allemand d'origine turque, l'auteur de [1] s'est vu expliquer cette attitude par l'appréciation "Les Allemandes sont des putes (Schlampen)".

Les musulmans considèrent souvent les Occidentaux comme immoraux (nudité des femmes utilisée dans la publicité et au cinéma, films érotiques, relations pré-maritales, femmes non voilées, homosexualité tolérée, etc.) Leur culture rend impensable l'intégration dans une société qui tolère ces manifestations publiques, quand elle ne les encourage pas et n'en tire pas un profit financier. Il nous faut reconnaître que la culture occidentale ressemblait à la leur il y a quelques décennies, et qu'elle a évolué vers la permissivité…

 

Dans une interview du ministre allemand de l'Intérieur, Wolfgang Schäuble, celui-ci a déclaré à l'auteur que "la tendance des Turcs à importer leurs conjoints de Turquie est la raison principale pour laquelle l'intégration ne s'améliore pas d'une génération à la suivante." Il a fait l'éloge de l'islam pour la survivance de traditions que les Allemands ont un peu perdues : "l'importance de la famille, le respect des aînés, la fierté de la religion, de la culture, des traditions et du respect des valeurs religieuses dans la vie quotidienne." Il a aussi souligné que si une jeune épouse arrive de Turquie sans savoir un mot d'allemand, elle a peu de chances d'échapper à l'emprise tyrannique de sa famille.

 

Or l'influence de la famille dans la culture turque est très importante. Il est rare qu'un mariage turc soit un mariage d'amour ; il est en général conclu par les parents des futurs conjoints. Une enquête 2003 du ministère fédéral allemand de la famille a montré que le quart des femmes d'origine turque vivant en Allemagne n'avaient jamais rencontré leur mari avant le mariage. En outre, il est fréquent que des mariages unissent des cousins au premier degré, comme dans les villages d'Anatolie, d'où des problèmes de consanguinité. Et la culture anatolienne ou kurde produit, dans les ménages turcs vivant en Allemagne, des effets désastreux comme la violence envers les femmes et les meurtres de femmes qui ont déshonoré leur famille par leur inconduite (adultère, relation amoureuse avant le mariage, etc.) C'est cette culture turque qui explique la violence de certains hommes envers les avocats de leur épouse qui a demandé le divorce : pour eux, l'avocat est en train de leur prendre leur femme.

 

La notion de liberté n'est pas la même dans la tradition culturelle turque que dans celle de l'Occident. Dans la culture turque, la liberté s'entend au niveau de la famille, alors que dans la culture occidentale elle est au niveau de l'individu. C'est pourquoi une famille turque peut imposer le choix du conjoint à un de ses membres, et c'est pourquoi ce genre de mariage est considéré en Occident comme un mariage forcé.

 

Il y a des villes allemandes en train d'être colonisées peu à peu par leur communauté turque, comme Duisburg, dont la population de 608 000 habitants en 1970 est tombée à environ 500 000 aujourd'hui, suite à la perte d'emplois industriels. Des dizaines de milliers de Turcs y sont venus pour travailler, et leur population augmente en même temps que celle des Allemands de souche diminue. Les travailleurs turcs font venir des épouses de Turquie et ont environ 2,4 enfants par femme, tandis que les Allemands de souche n'ont que 1,36 enfants par femme. Dans le faubourg de Marxloh, où la moitié des habitants est d'origine immigrée, on termine de construire la plus grande mosquée d'Allemagne, pendant que l'évêque catholique a annoncé la réduction du nombre de paroisses de 32 à 4. Et l'Eglise évangélique d'Allemagne, qui regroupe des Eglises protestantes, vient de publier un document qui donne la marche à suivre pour transformer des lieux de prière chrétiens en lieux de prière musulmans.

 

Dans les villes où la communauté turque constitue une forte proportion de la population, cette communauté forme une société séparée, qui vit selon ses propres habitudes culturelles. C'est le cas, par exemple, à Hochfeld, autre faubourg de Duisburg qui a perdu un tiers de sa population en trente ans. Et la volonté de non-intégration est aussi vive chez les Allemands de souche que chez les personnes d'origine turque : un sondage à la fin des années 1990 a révélé qu'il n'y avait que 15 % des Allemands de l'Ouest et 7 % des Allemands de l'Est qui trouveraient agréable (angenehm) d'avoir un parent turc, l'immense majorité considérant que ce serait désagréable ; comment, alors, espérer une intégration des Turcs en Allemagne par mariage ?

 

La famille issue du mariage est une institution qui présente des différences statistiques importantes lorsqu'on compare familles allemandes et turques. Dans la région la plus peuplée d'Allemagne, la Rhénanie du Nord-Westphalie où est située Duisburg, 80 % des Turcs de 25 à 34 ans sont mariés contre 32 % pour les non turcs. L'âge moyen du mariage chez les Turcs est de 21 ans pour les femmes et 24 ans pour les hommes, contre 29 ans pour les femmes et 32 ans pour les hommes chez les non turcs.

 

Comme je l'explique dans [3], l'évolution de la Turquie vers la laïcité, la démocratie et le modernisme a commencé il y a plus de 80 ans, sous l'influence musclée de l'armée laissée par Atatürk. Mais comme on le voit aux exemples ci-dessus, cette durée ne suffit pas pour que la totalité de la société turque ait adopté une culture comme la nôtre. La force des traditions d'origine musulmane est telle que les immigrés turcs, venus en général des régions les plus pauvres et les plus arriérées de Turquie, s'intègrent mal dans une société occidentale.

 

C'est pourquoi je redoute que les Européens permettent à la Turquie d'intégrer l'Union. Des millions de Turcs auraient alors le droit de venir chez nous pour travailler, puis de s'y installer et d'y vivre sans s'intégrer, mais en nous imposant des choix culturels qui nous sont étrangers. Ils voteraient pour avoir des lois exprimant des préoccupations qui ne seraient pas les nôtres. Ils rejetteraient certains Européens, comme les citoyens de Chypre, pays membre de l'Union européenne que la Turquie ne reconnaît pas. Le problème n'est pas que la Turquie est un pays d'Asie, argument sans valeur utilisé par certains politiciens ; le problème est qu'il ne faut pas s'associer avec des gens avec qui on risque de ne pas s'entendre, mais qui sont si nombreux qu'un vote démocratique peut imposer leurs points de vue.

 

Références

[1]   The New York Times du 27/05/2007, article (de 9 pages A4 !) de Christopher Caldwell "Where Every Generation Is First-Generation". L'auteur, qui contribue fréquemment à des articles pour The Times Magazine, travaille à un livre sur l'immigration, l'islam et l'Europe.

 

[2]   Etude "La culture arabe ennemie de la démocratie".

 

[3]   Etude "Adhésion de la Turquie: le pour et le contre".

 

[4]   Spiegel Online International, article du 19/08/2005 "Europe's Muslim women - Best Selling Books Tell the Horrors of Forced Marriage"

 

 

Daniel MARTIN

 

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