Les chiffres trompeurs de la croissance et du chômage

Mise à jour : 16/03/2006

 

Le gouvernement en est fier : sa conduite avisée de l'économie française a produit de la croissance (l'INSEE estime à 1.4 % la croissance du PIB en 2005) et 9 mois de baisse continue du chômage (9.5 % en décembre 2005). La réalité - que le gouvernement se garde bien de divulguer - est, hélas, moins glorieuse.

 

Le PIB 2005 (richesse produite par le pays en un an) comprend aussi les dépenses ordonnées par le gouvernement à partir d'argent qu'il n'avait pas et qu'il a emprunté. Le montant est connu, c'est le déficit, voisin de 3 % du PIB. Si le gouvernement n'avait pas dépensé cet argent qu'il n'a pas reçu le PIB en aurait été réduit d'autant, il n'y aurait pas eu croissance mais décroissance de l'économie. L'argent du déficit est emprunté, s'ajoute à la dette nationale voisine de 1100 milliards d'euros en 2005 (67 % du PIB) et devra être remboursé avec intérêts par les générations suivantes.

Et si on veut être rigoureux, il faut ajouter au financement des dépenses excédentaires de l'Etat par endettement les déficits des collectivités locales et ceux des entreprises publiques, eux aussi financés par l'emprunt et produisant du PIB artificiel…

 

On sait que c'est la croissance du PIB qui entraîne celle de l'emploi, c'est-à-dire qu'il n'est pas possible à une économie de créer de vrais emplois, rentables et pérennes, sans une croissance suffisante du PIB.

 

On sait aussi que l'économie française a besoin d'une croissance d'au moins 1.6 % à 2 % par an ces temps-ci pour créer des emplois.

 

On sait, enfin, que le chômage structurel français est de l'ordre de 9 %, et que cette valeur est incompressible à court terme, c'est-à-dire sans remédier en profondeur à l'inadaptation des compétences de millions de chômeurs aux emplois disponibles, à leur manque de mobilité et aux nombreuses incitations à l'inactivité.

 

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas qu'avec une croissance de 1.4 % l'économie française ait créé seulement 60 000 emplois marchands non agricoles en 2005 (0.4 % de 15.5 millions). En fait, la baisse du chômage dont le gouvernement se glorifie correspond pour beaucoup à des emplois artificiels, financés au moins en partie par l'Etat, aux frais des contribuables.

 

Il est instructif de comparer les performances de l'économie française à celle d'autres pays avancés. C'est ainsi qu'en 2004, à population comparable, les Etats-Unis ont créé 22 fois plus d'emplois que nous. Leurs chiffres du déficit - environ 2.8 % du PIB - et de la dette fédérale - 67 % du PIB, sont comparables aux nôtres, mais eux ont un niveau de vie 1/3 plus élevé que le nôtre, une croissance 2 fois plus rapide, et 4.7 % de chômeurs fin 2005.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Retour page d'accueil