Le coût ahurissant des centres éducatifs fermés

Mise à jour : 24/11/2006

 

 

Certains mineurs délinquants sont placés dans des "Centres éducatifs fermés" (CEF) pendant une durée pouvant atteindre 12 mois [1]. Leur profil inquiétant est résumé en [3]. L'objectif est de leur donner (ou leur redonner) des valeurs morales permettant une vie en société, ainsi qu'un minimum de formation permettant d'apprendre un métier.

 

Le placement de ces jeunes dans un CEF coûte extrêmement cher : environ 700 € par jour et par jeune [4]. Il y a le coût de l'hébergement, souvent dans un château avec parc, et le coût d'encadrement / enseignement correspondant à 3 adultes spécialisés à plein temps par jeune [2]. Comme on peut estimer à 200 jours en moyenne la durée de séjour d'un jeune dans un CEF, ce séjour coûte aux contribuables environ 140 000 € [4]. Et comme la moitié seulement des jeunes se réinsère dans la société, le coût d'un jeune réinséré grâce à un CEF est de 280 000 €.

 

Cette somme colossale peut être rapprochée du coût de reclassement d'un chômeur par la méthode la plus coûteuse mais la plus efficace, le recours à une société privée : 2 300 € [5]. Et puisque 280000 / 2300 = 121.7 :

 

 

Réinsérer un jeune délinquant en recourant à un CEF coûte 121 fois plus cher que reclasser un chômeur

 

 

Malgré ses ressources budgétaires si limitées qu'elle est en déficit ininterrompu depuis 1975, et accumule donc de la dette publique à rembourser par les générations suivantes avec intérêts, la France accepte de dépenser 121 fois plus cher pour réinsérer un délinquant multirécidiviste que pour aider un chômeur non délinquant à retrouver du travail. Je trouve cela choquant, pas vous ?

 

C'est d'autant plus choquant que la prison pour jeunes est loin d'être inefficace en tant que centre fermé où on peut apprendre un métier, sur place ou par correspondance, et bénéficier d'un suivi psychologique (il y a 27.5 postes de psychologues en France et 2 764 personnels d'insertion) [6].Et une journée de prison coûte 100 €, 7 fois moins cher qu'une journée de CEF.

 

Nous sommes donc un pays en déficit chronique qui s'offre le luxe de dépenser 121 fois plus pour des misérables, ennemis de la société, que pour des chômeurs. Quand est-ce qu'un candidat aux élections proposera de mettre un terme à ce gaspillage ?

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Références et citations

 

[1]   Centres éducatifs fermés - La Protection Judiciaire de la Jeunesse - http://www.justice.gouv.fr/justorg/justorg10b.htm

"La décision de placer un mineur dans un centre éducatif fermé est ordonnée par le juge et la durée du placement est limitée (pendant 6 mois renouvelables une fois en cas de contrôle judiciaire ou pendant la durée de la peine d'emprisonnement prononcée en cas de sursis avec mise à l'épreuve).

Les mineurs placés dans ces centres seront surveillés, contrôlés et suivis quotidiennement, avec la possibilité de disposer d'autorisations de sortie. Ils suivront un programme intensif d'activités éducatives et pédagogiques organisées et encadrées par des éducateurs. Un programme d'enseignement adapté à leurs besoins leur sera dispensé par des enseignants de l'éducation nationale.

Si un jeune placé dans un de ces centres ne respecte pas ses obligations, et notamment s'il fugue, il risque d'être incarcéré dans un établissement pénitentiaire pour mineurs ou dans un quartier mineurs d'un établissement pénitentiaire."

 

[2]   Efficacité des CEF

§           Le blog de Patrick DEVEDJIAN (ancien ministre) - Centres éducatifs fermés - 13/10/2006 - http://www.blogdevedjian.com/archive/2006/10/13/centres-educatifs-fermes.html

"A ce jour, le bilan de ce centre est positif à un peu plus de 50 %, c’est-à-dire que la réinsertion paraît réussie et s’accompagner d’un véritable projet d’avenir pour un peu plus d’un jeune sur deux. C’est un système très coûteux : trois personnes pour encadrer chaque mineur."

§           Le Figaro du 21/10/2006 - "Les centres éducatifs fermés ont fait leurs preuves"
http://www.lefigaro.fr/france/20061121.FIG000000049_les_centres_educatifs_fermes_ont_fait_leurs_preuves.html

"…plus de la moitié des jeunes ne récidivent pas » dans l'année qui suit leur sortie. Près d'un jeune sur trois (32 %) retourne ainsi dans un cursus de scolarité classique et un sur quatre opte pour une formation professionnelle (25 %)."

 

[3]   Profil des jeunes accueillis dans un CEF

Sénat - Projet de loi de finances pour 2006 : Justice - Protection judiciaire de la jeunesse - http://senat.fr/rap/a05-104-5/a05-104-53.html

"…le profil des jeunes accueillis correspond au public visé par la loi : des mineurs multirécidivistes ou multiréitérants. 30 % avaient été incarcérés avant leur placement en CEF (45 % des mineurs âgés de 16 à 18 ans). 90 % avaient déjà été condamnés ou poursuivis. 70 % avaient fait l'objet d'une mesure de protection administrative avant leur placement et 76 % d'un placement judiciaire (plus de trois fois pour 33 % d'entre eux). 50 % étaient en rupture scolaire depuis plus de six mois."

 

[4]   Coût d'une journée de jeune dans un CEF :

"En 2004, le prix de journée a été de 684 euros dans le secteur associatif et de 728 euros dans le secteur public." d'après [3].

En 2005, le prix de journée a été de 728 euros dans le secteur public et 684 euros dans le secteur associatif, d'après le Ministère de l'Economie et des Finances http://www.dpa.finances.gouv.fr/performance/performance/politique/2007/TSOBJIND_OBJ506.htm

 

On peut donc considérer, en moyenne, qu'une journée de jeune placé en CEF coûte environ 700€ aux contribuables.

 

[5]   Coût du reclassement des chômeurs

Observatoire de l'ANPE - L'accompagnement renforcé des demandeurs d'emploi (novembre 2006) - http://www.anpe.fr/observatoire/IMG/pdf/essentiel7.pdf

"Le coût moyen de la prise en charge d’un demandeur d’emploi par les opérateurs privés a été de 2 300 euros. Elle s’établissait à 4 000 euros dans le cas d’une reprise d’emploi de plus de six mois et à 5 000 euros pour le reclassement des personnes de 50 ans et plus."

 

[6]   Les chiffres clés de l'administration pénitentiaire 2006

http://www.justice.gouv.fr/minister/DAP/chiffrescles2006.pdf

 

Sur 58 344 personnes écrouées au 1er janvier 2006 :

§           20 657 ont suivi en 2005 une formation professionnelle, dont 93 % était rémunérée ;

§           43 528 détenus ont suivi une formation générale ;

§           2 225 détenus ont obtenu une validation de leurs connaissances :

·            1 501 brevets informatique et Internet ;

·            89 diplômes de compétence en langue ;

·            60 validations d'acquis d'expérience.

§           94.7 % des mineurs détenus étaient scolarisés ;

§           Sur 496 mineurs candidats présentés à un examen scolaire, 365 ont réussi (73.6 %).

§           Le budget total de fonctionnement de l'administration pénitentiaire 2006 est de 2.131 milliards d'euros pour 58 344 détenus, c'est-à-dire en moyenne 36 524 euros par détenu et par an ou 100 € par détenu et par jour.

 

 

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