Les quatre niveaux de lois de l'action

En philosophie, les décisions d'action sont limitées par quatre niveaux de lois, qui complètent les « quatre préceptes de Descartes ». Ce texte pédagogique présente ces niveaux de lois et une manière d'aborder les décisions d'action

 

Mise à jour : 15/07/2009

 

Lorsqu'un homme décide de faire quelque chose, sa possibilité d'agir est limitée par quatre niveaux de lois : les lois de la nature et de l'économie, les lois du pays, les lois morales et (s'il est croyant) les lois de Dieu.

Niveau 1 : les lois de la nature et de l'économie

Les lois de la nature décrivent des situations et leur évolution.

Exemple : la loi fondamentale de la dynamique F = m g prédit le vecteur accélération g d'un corps de masse m soumis à une force de vecteur F.

 

Cette loi est incontournable, l'homme ne peut l'empêcher d'agir : dès qu'un corps libre de se mouvoir subit une force, il accélère, change de vitesse s'il bougeait déjà, ou bouge s'il était immobile.

 

Quoi qu'il ait décidé de faire, l'action d'un homme est limitée par les lois de la nature. Celles-ci s'appliquent toujours et sans délai, avec un déterminisme et des résultats étudiés en détail dans le livre [1] ; elles définissent seulement ce qui est physiquement possible.

 

Il y a d'autres lois sur lesquelles l'homme n'a aucune prise.

Exemple 1 : les lois de l'économie de marché, comme la loi de l'offre et de la demande : « S'il y a pénurie d'un bien, son prix monte ; s'il y a excédent, son prix baisse ». Que cette loi soit parfaitement valable dans une situation donnée ou non n'est pas le sujet ici ; si elle s'applique, un homme ne peut l'empêcher de s'appliquer.

Exemple 2 : la baisse des prix du lait déplaît aux producteurs de lait, mais s'il y a surproduction de lait elle est inévitable dans une économie de marché. Si un gouvernement veut protéger ses producteurs de lait en empêchant les prix de trop baisser, il ne dispose que de deux sortes de moyens : les actions sur l'économie qui limitent la production ou accroissent la demande, et l'action législative autoritaire comme un prix plancher, des subventions ou des avantages fiscaux. Ces deux sortes de moyens passent tous deux par des lois humaines qui se situent nécessairement à un niveau au-dessus des lois économiques. Ces dernières définissent seulement ce qui est économiquement possible.

Comment contourner une loi de possibilité

Lorsqu'une loi de la nature gêne l'homme, comme il ne peut l'obliger à lui obéir (!), il doit s'arranger pour que ce soit une autre loi de la nature qui s'applique, ou que la même loi s'applique avec des paramètres différents.

Si un corps libre de se mouvoir subit, sous l'action d'une force, une accélération qui le déplace, et si je ne veux pas qu'il puisse se déplacer, je fixe solidement le corps à un support qui ne peut bouger. A l'action sur le corps de la force de vecteur F, le support répond alors par une force de réaction de vecteur opposé, ‑F, la force résultante à laquelle le corps est soumis a pour vecteur F + ‑F = 0, et il reste immobile : j'ai résolu mon problème d'immobilisation du corps en créant des conditions qui font agir la loi d'action et réaction avec un support fixe au lieu de la laisser agir sans support fixe ; la loi fondamentale de la dynamique s'applique toujours, mais j'ai changé ses paramètres d'application.

 

J'ai donc résolu un problème humain (la volonté d'immobiliser un corps soumis à une force) dû à une loi de la nature en changeant ses conditions d'application, pas en changeant la loi, ce qui est impossible.

 

De même, si un gouvernement veut empêcher une baisse du prix lait en dessous d'un certain plancher, il ne peut changer la loi de l'offre et de la demande, c'est impossible dans une économie de marché. Mais il peut faire en sorte que d'autres lois de l'économie de marché s'appliquent, ou que la loi de l'offre et de la demande s'applique avec des paramètres différents.

§   Il peut, par exemple, distribuer gratis l'excédent de lait aux enfants des écoles, comme l'avait fait le gouvernement Mendès-France dans les années 1950. La loi de l'offre et de la demande ne s'applique plus, alors, à ce lait-là, et le prix du lait restant sur le marché remonte.

§   Il peut plafonner la production de lait en imposant un quota à chaque producteur.

§   Il peut dédommager les producteurs avec des subventions, ou subventionner l'exportation des excédents de lait, etc.

 

Mais un gouvernement ne peut changer la loi économique de l'offre et de la demande qu'en abandonnant l'économie de marché au profit d'une économie communiste, où la production est planifiée par le gouvernement, qui fixe aussi les prix. Que ce type d'économie ait échoué dans tous les pays qui l'ont pratiquée (comme le montrent les annexes [164] et [166] du livre [1]) est hors sujet ici ; il nous suffit de remarquer qu'une loi de possibilité indifférente aux hommes, comme les lois de la nature ou celles de l'économie, ne peut être changée par l'homme. Il peut seulement créer les conditions pour qu'elle s'applique avec d'autres paramètres, ou que ce soit une autre loi de possibilité qui s'applique.

 

En résumé : à problème économique, solution économique. On ne peut pas, comme le souhaitent des politiciens français, « moraliser l'économie » ou « moraliser le capitalisme », on peut seulement faire des lois limitant les possibilités de décision des agents économiques à des actes conformes aux lois économiques et aux principes de morale de notre société.

Niveau 2 : les lois du pays

Nous venons de voir qu'une loi de niveau 1, loi de possibilité indifférente à l'homme, ne peut être changée. L'homme peut cependant changer la loi qui s'applique ou ses paramètres d'application en agissant à un niveau supérieur, celui des lois du pays : celui-ci peut se doter de textes législatifs ou réglementaires, en modifier ou en supprimer. L'application des textes en vigueur doit être garantie par un contexte d'état de droit, avec une justice et une police. Les textes peuvent alors, par exemple, limiter les possibilités d'action économique des hommes, ou leur fournir des moyens qui évitent des situations physiques pénibles.

 

En résumé : à problème législatif, solution législative.

 

Mais la législation ne définit que ce qui est légal et, hélas, une action peut être légale tout en étant immorale.

§   Le gouvernement d'un pays peut faire voter et appliquer des lois qui favorisent fiscalement la classe sociale qui vote pour lui, au détriment de celles qui soutiennent l'opposition. Les avantages fiscaux votés seront alors légaux, mais aussi immoraux car inéquitables.

§   Un gouvernement peut faire voter démocratiquement une guerre de conquête ou d'extermination, des lois racistes ou totalitaires, etc.

§   Aucune loi ne peut interdire la haine ou l'égoïsme.

 

Les lois d'un pays doivent donc être conformes aux règles morales définies par la culture de ses citoyens, règles situées à un niveau supérieur à celui des lois du pays.

Niveau 3 : les lois morales

Nous venons de voir qu'un homme peut, en toute légalité, agir comme un salaud : les lois du niveau 2 définissent seulement le minimum que le pays considère comme permis, défendu ou obligatoire en matière de relations entre citoyens et entre citoyens et institutions.

 

Comme ce minimum légal ne suffit pas au plan moral, la législation d'un pays doit être rédigée dans le respect des lois morales de ses citoyens. En général celles-ci ne sont pas écrites, elles sont supposées connues de tous et transmises d'une génération à la suivante par l'éducation des enfants et les coutumes de vie en société. Elles sont même supposées intériorisées par tous les individus, censées les considérer comme allant de soi. Et ce qui est moral pour un peuple peut paraître immoral à un autre, qui ne partage pas toutes ses valeurs…

 

Alors que les lois de la nature et de l'économie définissent ce qui est possible, que les lois du pays définissent ce qui est légal, les règles morales définissent pour chacun le devoir. A ce propos, il faut saluer l'initiative de jeunes diplômés de la prestigieuse université américaine Harvard de signer une charte de moralité [12]. Aux termes de cette charte, ils s'engagent à adopter un comportement moral dans leur future vie professionnelle.

 

Et comme précédemment : à problème de morale, solution morale. Inutile de recommander des solutions morales à des problèmes économiques : demander aux investisseurs de ne pas rechercher le profit maximum est puéril ; tenter de moraliser la société comme a voulu le faire Karl Marx en préconisant le communisme a échoué partout. Une société peut seulement se doter de lois conformes à la morale de ses citoyens, lois qui limitent ce qui est possible à ce que ceux-ci estiment souhaitable.

Niveau 4 : les lois de Dieu

Aux trois niveaux de lois ci-dessus les croyants ajoutent les lois de leur religion, les lois de Dieu. Dans les pays qui observent un islam rigoureux comme l'Arabie Saoudite, les lois de la Justice, les lois morales et les lois divines sont inséparables, et ce fut aussi le cas en France pendant des siècles. Saint Augustin a écrit dans [5] :

" Possède ce que tu voudras, si tu n'as pas la charité, le reste ne te sert de rien. Que le reste te fasse défaut, mais que, du moins, tu aies la charité, et tu auras accompli la loi. "

" Quiconque ne pèche point demeure en lui [Jésus-Christ], et quiconque pèche, ne l'a point vu et ne le connaît pas. […] Celui qui fait les œuvres de justice, est juste comme Jésus-Christ est juste "

Une faute de raisonnement fréquente : le mélange de niveaux

Lorsqu'ils proposent une solution à un problème, beaucoup de gens mélangent les niveaux de lois, notamment le niveau économique avec le niveau moral. Voyons des exemples.

La rémunération des PDG

Depuis le déclenchement de la crise financière et économique en 2007, les politiciens et les journalistes français ne cessent de dénoncer le caractère scandaleux et immoral, selon eux, des salaires des PDG des grandes entreprises. Ce faisant, ils mélangent le niveau économique où se situent ces salaires avec le niveau moral où on peut placer d'éventuelles exigences d'équité ou d'égalité. Ce mélange est une faute de raisonnement, voici pourquoi.

 

Au niveau économique, le salaire d'un PDG résulte de la loi (économique et non morale) de l'offre et de la demande. Les actionnaires de son entreprise, soucieux de recruter le meilleur PDG possible, sont en concurrence sur le plan rémunération avec les actionnaires d'autres entreprises comparables, et ils offrent un salaire suffisamment attrayant pour recruter un PDG « assez bon » à leurs yeux. Cela se passe comme dans les grands clubs de football, en concurrence pour recruter les meilleurs joueurs du monde et qui leur offrent des salaires considérables. Ce que paient les grandes entreprises ou les grands clubs de football n'est pas le mérite moral ou le nombre d'heures de travail, c'est la rareté du profil ; cela n'a aucun rapport avec la morale.

 

Réclamer que les très hauts salaires soient « moralisés », c'est-à-dire limités au nom de la morale, implique qu'une solution morale puisse résoudre un problème économique, ce qui est absurde. Un problème économique ne peut être résolu que par une action économique qui change la loi qui s'applique ou ses paramètres. On peut, par exemple, nationaliser les entreprises dont le PDG doit avoir un très haut niveau – donc un salaire en rapport – et nommer à leur tête des hauts fonctionnaires coûtant biens moins cher qu'un PDG de grande entreprise privée ; la loi qui s'applique aux salaires des fonctionnaires (un barème voté par le Parlement) n'est pas la même que celle qui s'applique aux PDG du secteur privé (la concurrence dans le cadre de l'offre et de la demande).

 

Si on triche avec cette incompatibilité entre problème économique et solution morale en limitant d'autorité (par une loi) les salaires des PDG, les actionnaires des grandes entreprises tourneront la loi pour continuer à recruter des PDG de haut niveau : ils leur offriront des bonus payés par une filiale étrangère, par exemple. Si on empêche, en France, les PDG de valeur d'être payés en rapport avec leur performance, ils iront à l'étranger : on ne triche pas plus avec une loi de l'économie qu'avec une loi de la physique.

 

Si, pour plaire aux électeurs envieux tout en prétendant moraliser les rémunérations, notre gouvernement veut punir ceux qui gagnent beaucoup avec des impôts si lourds qu'ils sont confiscatoires, ils feront comme Johnny Halliday, qui s'est domicilié fiscalement en Suisse ; non seulement il y paie moins d'impôts qu'en France, mais il les paie au fisc suisse, pas au fisc français, qui du coup perd tout son impôt. Beaucoup de sportifs français célèbres déclarent leurs hauts salaires à l'étranger, ou jouent dans des équipes étrangères pour échapper au fisc français ; beaucoup de riches Français sont domiciliés à Bruxelles, etc.

Les entreprises qui licencient bien qu'elles fassent des bénéfices

Le court texte [11] montre l'absurdité des gens qui trouvent immoral qu'une entreprise bénéficiaire licencie pour gagner encore plus. En protestant, ces gens demandent que l'entreprise garde des salariés inutiles, c'est-à-dire qu'elle les paie à ne rien faire en prélevant l'argent sur les dividendes versés aux actionnaires, dividendes dont ils vivent lorsque ce sont des retraités modestes. Au nom de quoi ces retraités devraient-ils payer à ne rien faire des salariés dans la force de l'âge ? Et où serait l'équité dans une entreprise où certains salariés devraient travailler pour être payés et d'autres pas ? On voit l'illogisme de la protestation, due en réalité à la jalousie de gens mal payés par rapport à ceux qui gagnent beaucoup plus.

 

Le but d'une entreprise est de gagner de l'argent pour ses actionnaires. Elle n'a pour obligation que le respect des lois du pays et des lois économiques ; elle n'a pas d'obligation morale. La solidarité et la bienfaisance (obligations morales, pas économiques) doivent être prises en charge par l'Etat, les associations et les particuliers, pas les entreprises soumises à la concurrence et à des obligations de rentabilité.

Fixation des prix dans l'intérêt des consommateurs

Dans une économie de marché, les prix sont régulés par la concurrence. Dans l'intérêt des consommateurs, celle-ci doit être la plus parfaite possible (voir définition [7]). Les prix ne sont pas fixés par les désirs de la ménagère ou des gens pauvres. Et lorsque c'est l'Etat qui fixe certains prix (exemples français : l'électricité, le gaz, les transports en train…) il crée automatiquement des rentes de situation au profit de certaines catégories de gens et au détriment d'autres, contraints de subventionner les premiers.

Moraliser le capitalisme

La volonté de moraliser le capitalisme est une absurdité abordée dans [6] au paragraphe "Le mythe de la « moralisation du capitalisme »".

Conclusion : économie et morale

En matière d'économie il n'y a pas de loi morale, désolé pour ceux qui se faisaient des illusions ! Les lois de l'économie sont amorales, elles sont aussi indifférentes aux désirs des hommes que la loi de la pesanteur est indifférente à l'effort physique de celui qui transporte sur son dos un sac de 50 kg.

Remarques sur la séparation des niveaux des lois

§   On ne peut appliquer à un niveau donné une solution d'un niveau inférieur ou supérieur. Exemples :

·          On ne peut résoudre un problème de niveau 1 (le niveau des lois de possibilité) comme celui du chômage - qui est un problème économique - par une solution de niveau 2 (le niveau législatif) comme l'interdiction : on ne peut supprimer le chômage en interdisant les licenciements ou en rendant obligatoire la création d'emplois publics ou privés. Les régimes communistes et le gouvernement Jospin en France ont essayé et n'ont généré que la misère et l'endettement, sans supprimer le chômage. Encore une fois : un problème économique exige une solution économique. La baisse du chômage exige une solution comme la croissance du PIB ou les mesures citées dans [8] ; une loi éventuelle ne peut qu'en être la dimension légale.

·          On ne peut résoudre un problème d'environnement comme la pollution de l'atmosphère par le gaz carbonique (problème de niveau 1) par une solution de niveau 3 (le niveau des lois morales) : ce n'est pas en diabolisant les combustibles fossiles qu'on en fera baisser la consommation de manière significative, c'est en fournissant des solutions techniques de niveau 1 (rendement des moteurs, isolation des bâtiments…) ou économiques (taxes sur les combustibles ou les rejets de CO2…)

Un problème économique comme la pauvreté des agriculteurs du tiers monde ne peut être résolu par une solution altruiste comme le commerce équitable, qui ne représentera jamais plus de quelques pour-cent du chiffre d'affaires ; les consommateurs ne consacreront jamais plus de quelques pour-cent de leur pouvoir d'achat à la bienfaisance. Un consommateur achète un produit équitable surtout pour se donner bonne conscience à un coût abordable.

·          On ne peut résoudre un problème de morale (problème de niveau 3) par une solution légale (de niveau 2). C'est pourtant ce que fait la police des mœurs en Arabie Saoudite, en interdisant qu'un homme et une femme se promènent en se tenant par la main, attitude jugée obscène. Une loi ne peut rendre les gens vertueux dans aucun pays.

Appliquer à un niveau donné une action d'un autre niveau est analogue à l'application des règles de déduction d'une axiomatique à un ensemble d'axiomes auquel elles ne sont pas destinées. C'est la même erreur que l'on fait en raisonnant à partir des lois physiques de notre Univers sur un Dieu créateur défini comme extérieur et antérieur à lui.

§   Il y a deux niveaux d'évaluation d'une solution à un problème de niveau N :

·          Au niveau N lui-même on peut juger de sa validité formelle, c'est-à-dire de sa conformité aux lois de ce niveau.

·          Un jugement de valeur sur ses conséquences exige nécessairement de se placer au-dessus du niveau N.

Exemple : les solutions économiques présentées pour le capitalisme (système économique basé sur la propriété privée des moyens de production et d'échange, la libre entreprise et la libre concurrence) peuvent être évaluées :

·          Au niveau économique (niveau 1) selon des critères de validité économique comme la croissance du PIB ou du niveau de vie ;

·          Au niveau moral (niveau 3) selon les conséquences en matière d'inégalités sociales, compte tenu des lois (niveau 2) de redistribution des revenus et de protection sociale.

On ne peut juger la valeur d'une solution d'un domaine donné sans sortir de ce domaine ; exemple : une solution économique conforme aux lois de l'économie mais qui pollue l'environnement ne peut être jugée que par rapport à des critères non économiques. Ce problème est le même que celui de la cohérence des axiomes d'une axiomatique : le mathématicien Gödel a prouvé qu'on ne pouvait la démontrer ou l'infirmer sans sortir de cette axiomatique, et sans introduire des critères externes de jugement basés sur la sémantique des propositions.

§   L'erreur de raisonnement consistant à mélanger des niveaux de lois est souvent due à une attitude puérile où on voit la réalité objective à travers le filtre subjectif de ses valeurs personnelles. L'homme envieux voit les salaires élevés comme injustes (« Pourquoi gagnent-ils plus que moi, qui suis un homme comme eux ? ») alors qu'ils sont une conséquence incontournable de la concurrence économique ; il veut ensuite que l'économie suive ses exigences morales personnelles d'égalité de revenu, exigences économiquement injustifiables.

Les politiciens exploitent souvent l'envie des électeurs, leur jalousie face à la réussite des autres, leur désir de prendre aux autres une part qu'ils estiment être leur dû. Ils promettent d'utiliser les lois démocratiques pour prendre aux plus riches qu'eux l'argent d'un supplément de rémunération qu'ils ne peuvent obtenir par la valeur économique de leur travail.

Les quatre préceptes de Descartes

Voici ce qu'écrivait Descartes en 1637 dans son "Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences"  (extrait dit des « quatre préceptes ») :

"Le premier [précepte, c'est-à-dire principe de raisonnement] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

[Commentaire sur ce premier précepte : cette approche est erronée sur un point, la certitude personnelle innée : Descartes la pense fiable si elle est prégnante, remplaçant ainsi une preuve factuelle ou démontrée absente par une absence de doute, et excluant la possibilité qu'un homme sérieux puisse se tromper de bonne foi. Cette doctrine de la validité des certitudes personnelles est appelée innéisme ; Locke en 1690, puis Kant en 1781, ont montré à quel point elle est illusoire. Et Sartre a montré en 1943 à quel point l'homme peut être de mauvaise foi quand sa compréhension lui fournit une représentation qu'il n'aime pas, par exemple parce qu'elle l'incite à faire quelque chose qu'il n'aime pas ou parce qu'elle crée une dissonance cognitive [9]. Les erreurs d'intuition, de mémoire ou de raisonnement sont, hélas, fréquentes.]

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre."

 

A part l'illusion de l'innéisme, ces quatre principes de raisonnement de Descartes restent une excellente approche pour analyser une situation ou un problème. Mais ce n'est qu'une première approche, que ce texte s'efforce de compléter un peu.

1.1               Raisonner en tenant compte des niveaux de règles

L'homme ne peut souhaiter quelque chose - donc agir - qu'en fonction de ses valeurs, et celles-ci peuvent varier selon les circonstances dans leur nature comme dans leur ordre d'importance. Il ne faut pas en déduire qu'un homme est complètement impuissant face à ses valeurs, car il peut intervenir sur celles-ci dans une certaine mesure.

Pour intervenir sur ses propres valeurs il faut réfléchir chaque fois que l'on doit prendre une décision importante. Je n'enfonce pas une porte ouverte, j'explique. Une réflexion profonde peut faire prendre conscience des conséquences possibles de la décision envisagée, conséquences qui n'étaient pas évidentes à priori ; une réflexion sérieuse peut amener l'homme à se renseigner davantage avant d'agir, et à découvrir ainsi des possibilités, des contraintes ou des conséquences insoupçonnées ; une discussion avec des personnes de bon conseil peut éclairer un choix avec des points de vue que n'aurait pas envisagés celui qui doit choisir en réfléchissant seul.

 

Descartes propose des préceptes pour conduire sa raison - mais seulement sa raison. Or l'homme écoute aussi son intuition et ses émotions, dominées par son subconscient, qui a ses propres valeurs, parfois au point de préférer les choix irrationnels aux choix rationnels, parfois en faisant plus confiance à son intuition qu'à sa raison.

 

Pour décider d'une action, je propose donc de prendre aussi en compte les niveaux de lois ci-dessus de la manière suivante.

1.       Prendre en compte d'abord les contraintes de possibilité physique (lois déterministes comme celles de la nature et de l'économie, pour déterminer ce qui est possible). On ne peut violer les lois de la nature même si on le désire. Et si on viole les lois de l'économie (par exemple celle de la libre concurrence dans une économie de marché, ou l'obligation pour une entreprise de faire des bénéfices) on aboutit à des résultats regrettables.

C'est pourquoi chaque fois qu'ils adressent des conseils à la France - où l'Etat intervient fortement dans l'économie et où beaucoup de prix, de services et d'activités sont réglementés - les organismes internationaux comme l'Union européenne, l'OCDE, etc. recommandent que la concurrence et la liberté d'entreprendre soient libérées (voir texte sur le libéralisme [10]).

Prendre aussi en compte les contraintes de prédétermination. Celles-ci interviennent pour un décideur chaque fois que ce qu'il se propose de faire est déjà engagé par ailleurs et se fera quoi qu'il fasse.

2.       Prendre en compte ensuite les contraintes légales. Une action peut être possible mais illégale et risquant de conduire à des ennuis judiciaires. Et dans une démocratie violer la loi est souvent considéré comme immoral, car antisocial.

3.       Prendre en compte enfin les contraintes morales, le respect du devoir individuel. Une action peut être possible et légale, mais égoïste ou cruelle. C'est ce qui se passe, par exemple, si on laisse jouer les lois économiques sans empêcher la constitution de monopoles, sans redistribution des revenus, sans protection des travailleurs et de l'environnement, c'est-à-dire si on laisse faire « le capitalisme sauvage ».

4.       Et le curé de ma paroisse ajouterait : « Il y a aussi la charité, l'amour en Dieu et l'amour tout court », en précisant qu'à son avis ces règles-là sont inséparables des règles morales et passent avant celles de la justice des hommes.

 

En pratique l'ordre des niveaux ci-dessus n'est qu'une suggestion. A part le critère de possibilité ou prédétermination - nécessairement prioritaire - l'ordre des autres doit être choisi au cas par cas, selon l'importance relative que chacun attribue à la justice, la morale et la charité ; il relève donc d'une appréciation personnelle.

 

Daniel MARTIN

 

 

Références

 

[1]   "Le déterminisme étendu pour mieux comprendre et prévoir - Un pont entre science et philosophie pour la pensée rationnelle" (Daniel MARTIN, 2009) http://www.danielmartin.eu/Philo/Determinisme.pdf

 

[2]   Valeur, culture et morale

Valeur

C'est la qualité de ce qui est désiré ou estimé, ou au contraire rejeté, redouté.

Exemples de valeurs positives : valeur de la vie humaine ; valeur de l'amour, de la compassion ; valeur de la richesse, de la santé ; valeur du beau, du bien, du juste ; valeur du progrès scientifique ou social ; droits de l'homme ; démocratie ; laïcité ; liberté d'action, d'expression et de conscience ; valeur du goût agréable d'un morceau de chocolat, etc.

Les valeurs négatives correspondent à ce qui est détesté, craint, etc.

 

Toute valeur est en même temps objet d'un désir et objet d'un jugement : le désir est le moteur, le jugement, l'arbitre. Si l'un de ces deux facteurs disparaît, il n'y a plus de valeur. Dans l'esprit humain, chaque valeur est automatiquement associée à un ou plusieurs affects [3] sur lesquels le jugement peut se baser.

Dangers de l'utilisation de jugements de valeur

Un jugement de valeur est toujours influencé par son contexte. Son utilisation par la conscience présente des dangers comme :

§   Le danger de se construire des valeurs secondaires de circonstance.

Exemple 1 : il suffit qu'une chose soit difficile à obtenir ou réservée à une minorité pour être désirable. C'est pourquoi des gens achètent une montre mécanique à 10 000 € bien que sa précision soit moindre que celle d'une montre à quartz à 150 € qui se synchronise tous les jours par radio sur une horloge atomique d'observatoire. En achetant une montre si chère, ils se placent parmi une élite de gens assez riches pour se l'offrir : le prix élevé de la montre la rend désirable, en fait une valeur secondaire de circonstance.

Cet exemple montre aussi qu'il y a des cas où un prix n'est pas fixé par une confrontation rationnelle de l'offre et de la demande, mais par la confrontation des offres d'un catalogue d'objets rares et chers (proposés par un fournisseur) et du désir d'un acheteur qui peut s'en offrir certains.

Exemple 2 : Un objet ou une personne placé(e) dans un contexte particulier acquiert des propriétés de ce contexte.

·          Un dentifrice présenté par une publicité télévisée dans un contexte de laboratoire de recherches médicales (avec ses instruments et son chercheur en blouse blanche qui commente une courbe de résultats) acquiert une dimension de dentifrice « fruit de la science », donc efficace, donc désirable.

·          Un objet proposé à la vente est valorisé lorsqu'il est associé à une personnalité qui s'en sert : les montres Rolex sont portées par de célèbres joueurs de tennis, le parfum Chanel 5 est porté par une célèbre actrice, etc.

·          Pour acquérir une image de personnalité « proche du peuple », un politicien se fait filmer par des journalistes en train de serrer des mains d'habitants d'un quartier pauvre.

§   Le danger de se laisser aller à ses émotions pour appliquer à un niveau des valeurs d'un autre.

 

Les jugements de valeur influencés par le contexte (notamment dans les publicités) sont d'autant plus dangereux qu'il vient rarement à l'idée de quelqu'un de se méfier de l'influence ainsi subie. Chacun devrait pourtant se demander pourquoi il associe intuitivement une certaine qualité à un certain produit ou une certaine personne, et vérifier que cette opinion est justifiée ; mais qui le fait ?

Culture

Au niveau d'un groupe humain, c'est l'ensemble des valeurs, croyances et attitudes partagées par les membres du groupe (peuple, fidèles d'une religion, etc.) depuis suffisamment longtemps pour qu'ils les aient intériorisées (c'est-à-dire que ces valeurs, croyances et attitudes leur paraissent inconsciemment naturelles et indiscutables). Ce partage résulte :

§   De l'histoire commune ;

§   De l'environnement géographique et climatique où le groupe vit depuis des générations ;

§   De la (ou des) religion(s) les plus répandues dans le groupe ;

§   De l'éducation transmise aux enfants par les parents ou l'enseignement ;

§   Des informations diffusées par les medias ;

§   Des formes d'art dominantes depuis des décennies (littérature, danse, architecture, cinéma, etc.) ;

§   Des coutumes sociales, etc.

 

Une culture comprend, par exemple :

§   Des habitudes et préférences dans des domaines comme la manière d'élever des enfants, la nourriture et la cuisine qu'on préfère, les expressions et gestes utilisés pour exprimer son opinion, les relations avec les autres dans la vie familiale ou au travail et la discipline que chacun s'impose – par exemple pour faire des efforts ou aborder un problème complexe ;

§   Des valeurs comme les canons de beauté et les critères d'honnêteté ;

§   Des croyances en matière de cosmologie, de religion et de vie après la mort ;

§   Des idéologies en matière d'économie ou de politique, etc.

 

La culture d'un groupe humain est en rapport avec l'ethnie, définie par son héritage socioculturel (en particulier la langue), l'espace géographique et la conscience de ses membres d'appartenir à un même groupe.

 

Au niveau d'une personne, la culture (l'acquis) résulte de celle de son groupe, qui lui a transmis ses valeurs, croyances et attitudes, ainsi que des connaissances et expériences issues de sa propre vie.

 

Mais la culture d'une personne est sans rapport avec sa couleur de peau ou d'autres caractéristiques provenant de sa naissance : c'est une caractéristique transmise par la vie en société. Il n'y a donc pas de rapport entre culture et race. Du reste, la notion de race est trop vague pour pouvoir être définie d'une manière utilisable : la génétique moderne montre que les différences biologiques entre races n'ont rien d'absolu, tous les hommes ayant un patrimoine héréditaire commun.

Morale

La morale, ensemble des règles de la vie en société - qu'elles soient ou non confirmées par la loi - fait partie de la culture. Voici ce que [4] dit de la morale page 36 :

"… la morale ne relève ni d'une décision ni d'une création. Chacun ne la trouve en lui qu'autant qu'il l'a reçue (et peu importe au fond que ce soit de Dieu, de la nature ou de l'éducation) et ne peut en critiquer tel ou tel aspect qu'au nom de tel ou tel autre (par exemple la morale sexuelle au nom de la liberté individuelle, la liberté au nom de la justice, etc.). Toute morale vient du passé : elle s'enracine dans l'histoire, pour la société, et dans l'enfance, pour l'individu. C'est ce que Freud appelle le « surmoi », qui représente le passé de la société, disait-il, au même titre que le « ça » représente le passé de l'espèce."

 

Les règles de morale doivent guider chacun d'entre nous lorsqu'il se pose la question : « Que dois-je faire ? ». Cette question utilise le verbe devoir parce qu'on peut aussi la formuler sous la forme « En quoi consiste mon devoir ? ». L'immense philosophe Kant faisait du devoir la valeur suprême. Il affirmait que l'homme n'avait de mérite à faire son devoir que s'il le faisait de manière désintéressée, c'est-à-dire sans espoir de récompense ou crainte de châtiment : un comportement moral n'apporte aucun profit, il ne procure que la satisfaction du devoir accompli.

Générosité et solidarité

Il y a une grande différence entre la générosité, vertu morale caractérisant un acte dont on n'attend aucune récompense, et la solidarité, caractérisée par des intérêts communs. Il n'y a pas de générosité dans une relation d'entreprise ou une transaction commerciale, elle n'aurait pas de sens et serait contraire à la raison d'être de l'entreprise et du commerce, qui est le profit de chacun. Mais il y a de la solidarité, en ce sens que l'entreprise cotise à des organismes de solidarité comme l'URSSAF et paie des impôts, qu'elle contribue au comité d'entreprise, et que les membres d'une même équipe commerciale doivent s'entraider par intérêt commun.

Il y a d'autres règles que les règles de morale

La morale ne suffit pas, ses règles ne font que s'ajouter aux lois que la société s'est données (démocratiquement, espérons-le). Avec les seules lois républicaines une action pourrait être légale mais immorale, avec la seule morale une action pourrait être altruiste mais illégale (par exemple en volant un riche pour donner à un pauvre).

 

[3]   Affect : sentiment subjectif conscient résultant d'une émotion, d'une peur, d'un désir, d'une aversion, etc.

 

[4]   "L'esprit de l'athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu" (André Comte-Sponville, 2006), résumé et commenté dans http://www.danielmartin.eu/Textes/EspritAtheisme.htm .

 

[5]   Epitre Jean 500 – Cinquième traité, chapitre 3, 9-18 (Saint Augustin) http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/fr/c3r.htm

 

[6]   "Crise financière, crise économique : causes et relances - Un cours sur la banque, la bourse et la régulation du capitalisme" (Daniel MARTIN, 2009) http://www.danielmartin.eu/Cours/Crise-p.htm

 

[7]   Définition de la concurrence pure et parfaite en économie

Les théories économiques supposent souvent, pour simplifier, que le marché permet une « concurrence pure et parfaite ». Voici les conditions d'une telle concurrence :

§   Atomicité. Sur chaque marché, chacun des offreurs et des demandeurs ne représente qu'une partie insignifiante des ensembles respectifs d'offreurs et de demandeurs. On parle alors « d'atomicité des offres et des demandes ».

Il en résulte une indépendance du prix d'équilibre d'un article du marché par rapport à la modification de la quantité offerte ou demandée par un offreur ou demandeur particulier, puisque cette quantité est négligeable par rapport à l'ensemble du marché. Chaque offreur ou demandeur doit donc considérer le prix du marché comme une donnée qui s'impose à lui, sur laquelle il ne peut agir ; en somme, il doit se dire : « Peu importe ce que je fais, l'avenir n'en dépend pas. »

Bien entendu, le postulat d'atomicité n'est probablement pas respecté lorsque :

·          L'Etat est agent économique [13] sur un marché, ou qu'il y intervient.

Exemple : une intervention de la banque centrale pour racheter des titres peut faire baisser fortement ceux-ci et bouleverser les conditions de financement de l'économie. La Banque centrale européenne et la Réserve fédérale des Etats-Unis l'ont fait en 2008-2009.

·          Le nombre de clients est très réduit (centrales d'achat, par exemple) ;

·          Le nombre de fournisseurs est très réduit (monopole ou oligopole).

Le postulat d'atomicité est valable, en première approximation, en macroéconomie : le PIB de la France (environ 2000 milliards d'euros) ne varie pas de manière mesurable si une PME de 100 personnes accroît sa valeur ajoutée annuelle de 2 millions d'euros. C'est en microéconomie qu'il est parfois contestable, notamment lorsqu'une action d'un agent économique représente une fraction non négligeable des transactions de son secteur d'activité.

§   Libre accès au marché. Cette condition implique l'absence :

·          de barrières excluant certains offreurs ou demandeurs du marché ;

·          de monopoles ;

·          de normes artificielles de qualité excluant indûment certains produits ;

·          de quotas d'importation ;

·          de prix imposés ;

·          de restrictions de publicité ;

·          de restriction de lieu, de durée ou de surface de vente, etc.

Elle implique aussi l'absence d'entente entre fournisseurs ou entre clients comme les centrales de vente ou d'achat ; elle exclut également les multiples interventions dont l'Etat français s'est fait une spécialité (subventions, taxes spéciales…).

§   Homogénéité des produits. Cette condition implique que les divers vendeurs offrent des produits identiques, que leurs clients peuvent comparer. Bien entendu, les offreurs font souvent tout ce qu'ils peuvent pour empêcher cette comparaison : boîtes de lessive contenant des quantités différentes, structures tarifaires différentes (exemples : prix des assurances ou des communications téléphoniques), etc.

§   Transparence du marché. Chaque acteur du marché (offreur ou demandeur) doit être parfaitement informé des articles disponibles, de leurs conditions de vente, des prix et quantités demandés, etc.

§   Mobilité parfaite des produits et des facteurs de production. Chaque offreur doit être libre de modifier ses produits ou d'en introduire de nouveaux. Cela implique la possibilité pour les producteurs de recourir à de la main-d'œuvre étrangère, d'emprunter ou de prêter les fonds à leur guise, d'acheter les matières premières où ils veulent, etc. Elle implique aussi la possibilité pour les travailleurs de choisir leur lieu de travail et de s'expatrier s'ils le désirent.

Les syndicats se sont toujours opposés à la mobilité, empêchant ainsi les prix de revient et de vente d'être les plus bas possibles ; cela revient à faire payer des produits plus cher, donc à faire subventionner par les consommateurs des productions sous-optimales et des travailleurs moins productifs…

 

Ces conditions idéales de concurrence ne sont jamais réalisées, mais les théories économiques traditionnelles font souvent l'hypothèse de concurrence pure et parfaite pour simplifier leurs raisonnements et leurs modèles. Les consommateurs y ont tellement intérêt que tout contexte de concurrence imparfaite est considéré comme préjudiciable à la collectivité.

 

Chaque pays, chaque entreprise et chaque personne qui a quelque chose à vendre a intérêt à avoir le moins de concurrence possible. Pour y parvenir, ils pourront essayer par exemple :

§   De créer de nouveaux produits, qu'ils ont seuls à fabriquer ;

§   D'inventer de nouvelles techniques ou procédés de fabrication, qu'ils pourront breveter ;

§   De changer la présentation d'un produit, pour donner aux consommateurs l'impression que c'est un produit nouveau ;

§   De faire de la publicité pour le produit ou la marque, pour donner aux consommateurs une image qui les distingue des produits concurrents ;

§   D'empêcher les consommateurs et les concurrents de connaître les caractéristiques exactes de leur produit ;

§   De s'entendre avec d'autres fournisseurs du même produit pour éviter de se faire concurrence, ou de s'emparer des entreprises concurrentes pour remplacer cette concurrence par une synergie industrielle ou commerciale ;

§   D'obtenir de l'Etat des lois et règlements qui empêchent leurs concurrents d'accéder au marché, etc.

 

Et il y a toujours des politiciens et des groupes de pression qui réussissent à fausser les conditions de concurrence au profit de leurs amis. C'est ainsi que le président Sarkozy a obtenu le 22/06/2007 de la présidence allemande de l'Union européenne l'abandon de la référence à la "concurrence libre et non faussée" dans le projet de traité institutionnel simplifié pour l'Union européenne. Il veut ainsi pouvoir faire intervenir l'Etat français dans l'économie comme il le fait depuis toujours.

 

[8]   "Création volontariste d'emplois" (Daniel MARTIN, mars 2007) http://www.danielmartin.eu/Cours/Creation-Volontariste-Emplois.htm

 

[9]   Dissonance cognitive

Lorsqu'une personne croit fermement une information, elle a tendance à rejeter toute preuve que cette information est fausse, préférant souvent être de mauvaise foi plutôt que de remettre ses convictions en question ; la contradiction entre ce que l'on croit et ce que l'on vient d'apprendre s'appelle une dissonance cognitive.

 

Cette contradiction produit dans l'esprit de la personne une tension psychologique souvent difficile à supporter, voire insupportable, car la personne se sent rabaissée à ses propres yeux et craint de l'être aussi aux yeux des autres.

 

[10]      "Libéralisme, néolibéralisme, ultralibéralisme - Texte pédagogique" (2009) http://www.danielmartin.eu/Politique/Liberalisme.pdf

 

[11] "Mais il faut licencier ! (même si on fait des bénéfices)
http://www.danielmartin.eu/Politique/FautLicencier.pdf

 

[12] Serment des diplômés MBA de Harvard "The MBA Oath"

http://mbaoath.org/wp-content/uploads/2009/05/mba-oath2.pdf

 

[13] Agent économique

C'est une personne ou un groupe de personnes constituées en entreprise, association, consommateurs, institution de l'Etat, etc. qui possèdent des biens et/ou de l'argent et qui agissent dans l'économie en tant qu'acheteur, vendeur, producteur, investisseur, prestataire ou consommateur de biens ou services, etc. En résume, c'est un acteur de l'économie.

 

 

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