Neutralité et tolérance politiques

Mise à jour : 26/04/2009

 

Différence entre "être de gauche" et "être de droite"

Tous les hommes acceptent de vivre en société parce que celle-ci leur apporte quelque chose. Sur ce point, gauche et droite sont d'accord.

 

Ceux de gauche définissent la première valeur de la société comme étant la solidarité, l'assistance à ceux qui en ont besoin, la garantie pour tous d'un minimum de ressources pour vivre dignement. Pour ceux de droite, c'est la possibilité de se réaliser et de travailler à son bonheur, une valeur de liberté. Les gens de gauche ne sont pas contre la liberté individuelle, mais pour eux elle passe après la solidarité et l'assistance. Les gens de droite ne sont pas contre l'assistance, mais ils pensent qu'elle doit résulter de choix individuels : "j'aide qui je veux, quand je veux".

 

Du fait de leurs préoccupations sociales, les gens de gauche sont socialistes, au sens philosophique du mot. Avec leur souci de liberté, les gens de droite sont des libéraux.

 

Dans leur vision de la société, les gens de gauche font moins confiance à l'initiative individuelle que les gens de droite : ils préfèrent que la loi impose des taxes et impôts qui financeront solidarité et assistance. Ils ne sont ni contre la générosité individuelle, ni contre l'association d'individus qui veulent aider les autres, mais ils préfèrent la certitude que donne l'intervention de l'Etat. Ceux de droite acceptent aussi que les impôts et taxes redistribuent richesses et secours, mais ils estiment que la loi doit imposer le moins possible de taxes, l'initiative individuelle étant parfaitement capable, selon eux, d'assurer ce secours et cette redistribution.

 

La différence entre gauche et droite est donc une simple question de priorités des valeurs de la société et d'intensité de l'intervention de l'Etat.

Exemple : en matière de secours aux chômeurs, un pays socialiste comme le Danemark ou la France choisit de les secourir longtemps, avec le plus d'argent possible chaque mois ; un pays libéral comme le Royaume-Uni choisit de les secourir six mois au plus, avec moins d'argent chaque mois qu'au Danemark ou en France. Dans notre pays, la solidarité avec les chômeurs passe avant la charge qu'elle impose à ceux qui travaillent ; en Angleterre, elle passe après. En France, la majorité des gens estiment que les chômeurs ont droit à l'assistance tant qu'ils n'ont pas retrouvé du travail près de chez eux, dans leur qualification et avec leur salaire ; ils devraient pouvoir rester chômeurs secourus le temps qu'il faudra. Au Royaume-Uni, on estime qu'un chômeur a droit à 4 propositions d'emploi en six mois, que l'Etat s'engage à lui fournir. Si possible, il s'agira de postes près de chez lui, avec la même qualification et le même salaire. Mais si un tel poste ne peut être trouvé, l'Etat en cherchera un plus loin, moins qualifié, moins payé : le principe est que c'est au chômeur d'adapter ses exigences aux possibilités du marché, pas à l'Etat de payer tant qu'il ne trouve pas exactement ce qu'il cherche. En somme, en France on trouve juste que ceux qui travaillent payent ce qu'il faut, c'est-à-dire adaptent leur niveau de vie aux exigences des chômeurs, alors qu'en Angleterre c'est aux chômeurs de s'adapter au marché, la solidarité publique étant minimale : il n'y a, entre les deux approches, qu'une différence de limite, placée plus ou moins près de ceux qui reçoivent ou de ceux qui donnent.

 

Le problème de choix est le même en matière de retraite par répartition, d'assurance maladie, etc.

Un choix politique, c'est-à-dire subjectif

L'ordre de priorité, entre solidarité et liberté, et les montants choisis pour les seuils d'assistance et de taxation, sont à l'évidence arbitraires. Sur le plan moral, il n'y a pas de choix meilleur qu'un autre. Les choix nécessaires sont donc politiques et doivent résulter de décisions démocratiques, la majorité l'emportant sur la minorité.

 

Un choix démocratique n'est pas forcément sans défaut. C'est ainsi qu'il peut arriver, dans un pays, qu'une majorité fasse démocratiquement voter une loi qui exploite une minorité en la surtaxant ; il y a alors tyrannie de la majorité. Une majorité de citoyens aux revenus modestes peut faire adopter une loi leur permettant de vivre aux frais d'une minorité de gens plus riches.

 

Malgré ses imperfections, la démocratie est le meilleur système connu ; c'est pourquoi il est accepté par l'immense majorité des citoyens. C'est pourquoi aussi, les lois françaises résultant du vote des Français, chacun de nous doit les accepter sans réserve et les appliquer. Ceux qui tentent d'obtenir par la violence ce qu'ils ne peuvent obtenir par la loi se comportent en adversaires de la République : c'est le cas des salariés preneurs de patrons en otage, de gens qui empêchent les autres de travailler, de se déplacer ou d'apprendre, etc.

 

Il reste qu'on ne peut, sur le plan moral, prouver la supériorité de valeurs de gauche sur les valeurs de droite ou vice-versa : ce sont là des choix personnels inattaquables, chaque homme ayant le droit d'avoir ses opinions et de les exprimer.

La tolérance est indispensable

A tout moment, chacun de nous trouve des gens qui ne pensent pas comme lui, dont les choix politiques sont différents, plus à gauche ou plus à droite. Nous avons vu qu'en dernière analyse, tous les démocrates sont d'accord sur l'essentiel : solidarité, liberté, respect des choix résultant d'un vote démocratique et de l'état de droit. Il n'y a entre eux qu'une différence de priorités et de seuils financiers.

 

Non seulement nous devons vivre ensemble, donc nous supporter les uns les autres, mais nous devons aussi travailler ensemble, car la plupart des réalisations exigent la coopération de nombreuses personnes. Chacun de nous est donc obligé de tolérer les prises de position des autres, de tous ceux qui sont d'accord avec lui sur l'essentiel démocratique.

 

Nous savons tous que la confrontation d'idées est indispensable à la démocratie, à la fois pour trouver la meilleure solution à un problème commun et pour que ce soit une solution de consensus. Non seulement il faut tolérer les prises de position des autres, il faut les encourager et les écouter.

 

Cette attitude raisonnable et modérée est pourtant psychologiquement très difficile à adopter pour beaucoup. C'est ainsi qu'un homme, pourtant très instruit, peut refuser tout contact avec une autre personne qui a eu le malheur d'émettre une fois, une seule, une opinion différente sur un sujet politique mineur. C'est aussi pourquoi il y a des pays comme les Etats-Unis où le savoir-vivre veut qu'on ne parle pas de politique en visite chez des amis, pour ne pas risquer de fâcherie.

La neutralité politique est possible

Nous croyons fermement qu'on peut avoir des opinions politiques et tolérer l'expression d'opinions différentes ou même opposées. Cela n'exige aucun mérite particulier, seulement de respecter les autres et leur opinion, comme le veut la démocratie.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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