Koizumi, un politicien exemplaire

Ce texte résume, complète et commente quelques-unes des informations les plus intéressantes des articles sur le Premier ministre actuel du Japon, publiés par Newsweek du 22/08/2005 dans les pages 38 à 43

 

Mise à jour : 18/09/2005

Qui est M. Koizumi ?

En France, le Premier ministre du Japon n'est guère connu. Né en 1942, il est député sans interruption depuis 1972, après 11 réélections consécutives. C'est un homme de caractère, qui a des principes forts et tient ses engagements contre vents et marées, comme nous le verrons ci-dessous. Voici une de ses maximes :

« Les gouvernants qui n'ont pas la confiance de leur peuple ne peuvent rester au pouvoir »

[A l'évidence, le président Chirac n'est pas d'accord, M. Fidel Castro non plus…]

 

Depuis toujours, les politiciens qu'il admire sont ceux qui, comme Winston Churchill, avaient une vision pour leur pays et ont su l'imposer contre leurs adversaires politiques. Au nom de cette vision, il est partisan de consentir des sacrifices aujourd'hui pour préserver l'avenir. Quelle différence avec l'habitude des politiciens français dont l'horizon se limite à la prochaine élection, qui n'ont que le mot « concertation » à la bouche, et dont chaque décision est évaluée en fonction de son exploitation médiatique immédiate !

 

D'après [2], lors d'un débat télévisé dont dépend le résultat des élections et son propre avenir politique, il a déclaré :

« Je suis furieux quand je constate que, tant le parti au pouvoir que l'opposition, ont toujours obéi aux exigences des fonctionnaires des services postaux. »

Quand on pense aux politiciens français, terrorisés par leurs syndicats de fonctionnaires et pliant devant eux, on croit rêver !

Le pays des subventions absurdes

Depuis des décennies, le Japon est gouverné par un parti, le PLD (Parti Libéral Démocrate) dont les ministres s'arrangent pour que leurs fonctionnaires subventionnent généreusement des politiques inefficaces ou contraires à l'intérêt public.

 

C'est ainsi qu'ils subventionnent des productions agricoles comme le riz, qui coûte infiniment plus cher à produire au Japon qu'à importer. En échange, les agriculteurs votent PLD.

 

Ils subventionnent aussi des entreprises de travaux publics qui construisent de superbes routes et ouvrages d'art totalement inutiles ou disproportionnés. Il y a ainsi un pont ambitieux portant une grande route qui ne mène nulle part parce qu'il n'y a rien d'habité dans la direction où elle va ; il y a aussi des aéroports trop proches les uns des autres. Mais ces travaux font vivre des dizaines de milliers de travailleurs aux frais du contribuable, et amènent beaucoup de votes au PLD.

 

Il y a tant d'exemples de ces subventions inutiles, et celles-ci durent depuis si longtemps, que la dette publique du Japon dépasse 150 % de son PIB, proportion record parmi les pays de l'OCDE et plus de 2 fois supérieure à la dette de l'Etat français, elle-même déjà si élevée qu'elle est jugée inacceptable par nos partenaires de l'Union européenne.

 

Depuis des années, les gouvernements PLD ont donc dépensé beaucoup plus que les impôts qui rentraient, profitant d'une collusion avec leurs fonctionnaires, certaines grandes entreprises et de nombreux citoyens qui bénéficiant, directement ou non, des subventions publiques. Ces dépenses ont servi, entre autres, à faire survivre des emplois non viables. Elles étaient financées par de la dette publique. Celle-ci devra être payée par les générations futures, qui justement seront peu nombreuses, le Japon ayant une des démographies les plus catastrophiques du monde [1].

 

Deux chiffres donnent une idée de l'ampleur des gaspillages de fonds publics au Japon. La productivité du travail y est environ 30 % plus faible qu'aux Etats-Unis, tellement le nombre d'emplois improductifs mais subventionnés est élevé. La productivité du capital est y 40 % plus faible, tellement il y a de capital gaspillé au lieu d'être utilisé de manière rentable.

        Du coup, les Japonais investissent beaucoup à l'étranger quand il s'agit de placer de l'argent : de tous les pays du monde, c'est le Japon qui détient les plus gros investissements aux Etats-Unis, environ 850 milliards de dollars.

La pompe à finances postale

Depuis toujours, les gouvernements japonais successifs ont financé l'essentiel de leurs emprunts avec l'argent que leurs épargnants déposaient à la caisse d'épargne de la Poste. Les Japonais épargnent 4,6 % de leurs revenus disponibles pour leurs vieux jours, moins que les Français, qui épargnent 15,4 % tant ils ont peur de perdre leur emploi. Une grande partie de l'épargne japonaise étant déposée à la Poste, celle-ci est devenue la plus grande banque de dépôts du monde, avec un total de 3000 milliards de dollars, près de 2 fois le PIB de la France.

 

Cette banque étant un service public, le gouvernement en est maître et s'arrange depuis toujours pour y emprunter de quoi financer ses déficits en payant des intérêts très faibles. C'est donc la caisse d'épargne de la Poste qui constitue la principale pompe à finances du gouvernement japonais, une pompe qui alimente beaucoup d'investissements improductifs.

Le coup de poker politique de M. Koizumi

Le Premier ministre s'était fait élire en promettant de réformer le Japon. Pour que ce pays puisse payer les retraites de sa population vieillissante, il faut absolument qu'il améliore la productivité de son travail et la rentabilité de ses capitaux. Cette amélioration n'est possible que si on cesse d'utiliser l'énorme épargne privée des Japonais pour des investissements improductifs, en la redirigeant vers les entreprises rentables de l'économie.

 

M. Koizumi a donc prévu de privatiser la Poste et de la séparer en quatre entités : le courrier, les guichets, la banque et l'assurance. Cela ne met pas en cause le service public du courrier, mais une fois privatisée la banque ex-postale ne sera plus aux ordres du gouvernement. Elle prêtera alors l'argent de ses déposants à des entreprises privées, prêts forcément plus rentables que les emprunts publics. Ces entreprises disposeront alors de plus de capitaux, ce qui leur permettra de se développer. Et de leur côté, les épargnants disposeront pour leur retraite de revenus plus élevés, payés par des investissements mieux rétribués.

 

Comme toute réforme de grande ampleur, le projet de privatisation de M. Koizumi effraie pas mal de monde, à commencer par beaucoup de membres de son propre parti, le PLD, qui bénéficie depuis des décennies du clientélisme financé par les subventions et investissements improductifs qu'il vote. Pour faire passer son projet, le Premier ministre a prévenu les élus que s'ils ne le votaient pas il dissoudrait leur chambre basse, les obligeant à retourner devant les électeurs justifier leur position.

 

La plupart des membres de la classe politique japonaise n'ont pas cru cette menace, sans précédent dans la vie politique de ce pays. Beaucoup pensaient que M. Koizumi ne risquerait pas son avenir politique et celui de son parti en la mettant à exécution. La chambre haute a donc refusé de voter la privatisation de la Poste par 125 voix contre 108, et le Premier ministre a aussitôt dissous la chambre basse. Il a prévu des élections pour le 11 septembre 2005.

Conclusion

M. Koizumi a une vision logique et claire de la politique dont le Japon vieillissant a besoin, et de la nécessité impérieuse de mettre un terme à la collusion entre politiciens, fonctionnaires et entreprises, dont certains citoyens profitent au détriment de la majorité. Il veut remettre en route l'économie du pays, qui stagne depuis une dizaine d'années, en redirigeant l'épargne vers les entreprises rentables et en cessant de subventionner des emplois et investissements qui ne le méritent pas. Il veut aussi réduire le nombre de fonctionnaires et leurs dépenses.

 

Au nom de cette vision, il n'a pas hésité à risquer son avenir politique et celui de son parti, dont beaucoup de membres sont désormais contre lui.

 

En comparant un tel homme avec la majorité des politiciens français, empêtrés dans leurs calculs personnels mesquins, leur idéologie socialisante et leur crainte des syndicats de fonctionnaires, on ne peut s'empêcher de souhaiter que nous aussi nous puissions un jour élire un tel homme, un vrai.

 

Le 11/09/2005 les élections ont donné un raz de marée en faveur de M. Koizumi : son parti, le PLD, a obtenu 296 sièges sur 480, bien plus qu'une majorité absolue. Le courage politique a payé. Et contrairement à la majorité des politiciens, qui s'accrochent au pouvoir même après plusieurs défaites, M. Koizumi a prévu de se retirer dans un an, sans même profiter de la totalité de son nouveau mandat. Il travaille donc pour son pays, non pour lui-même.

 

Référence

[1]   Population BULLETIN, March 2005, Vol. 60, N° 1, téléchargé le 21/08/2005 de http://www.prb.org/pdf05/60.1GlobalAging.pdf .

Selon ce document :

§           En 2004, la proportion de la population âgée de plus de 65 ans était de 19 % au Japon, contre 16,4 % en France et 12,4 % aux Etats-Unis;

§           En 2030, le Japon aura la moitié de sa population âgée de 52 ans ou plus : il sera extrêmement difficile aux actifs de subvenir aux besoins des retraités, et de trouver des travailleurs qui leur fournissent les services indispensables.

 

[2]   Le Figaro économie du 30/08/2005, article "Koizumi s'attaque au lobby des postiers"

 

Daniel MARTIN

 

 

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