La démocratie malade des médias

Nous votons sans savoir

 

 

 

 

par Daniel MARTIN




La démocratie malade des médias

Nous votons sans savoir

 

Mise à jour : 14/06/2006

 

Note : les renvois comme [109] indiquent des sources en fin de texte

 

Introduction : but de ce texte

Il est 17 heures, l'autobus est bondé. Une joyeuse bande d'étudiants y monte quand même, bousculant un peu les autres passagers pour se faire une place.

Le conducteur proteste : - "Les jeunes, descendez !"

Un étudiant qu'il ne peut pas voir : - "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes."

Le conducteur : - "Qui c'est qui a dit ça ?"

Un autre étudiant : - "C'est Mirabeau."

Le conducteur : - "Mirabeau, descendez !"

 

Cher lecteur j'espère que vous avez souri, que vous êtes maintenant détendu, parce que je vais vous parler de choses sérieuses. Commençons par trois comparaisons.

§           Parmi les quinze pays de l'Union européenne, deux sont traînés en justice par sa Commission, la France et l'Allemagne. Ils ont trop de déficit, ils risquent de lourdes amendes. (Voir [109]).

§           La comparaison [108] montre que la France utilise une bien plus grande partie de son énergie, c'est-à-dire du travail de son peuple, en administration interne et subventions diverses que d'autres pays avancés.

§           Selon les statistiques officielles [72], [73] et [84] page 1, par rapport à l'Angleterre, l'Irlande, la Finlande ou l'Espagne, le niveau de vie des Français progresse moins vite.

 

La France est donc moins bien gouvernée depuis de longues années. Elle est moins bien gouvernée parce que notre suffrage démocratique a élu trop de gens qui ne sont pas à la hauteur. Les citoyens ont donc mal voté.

 

J'explique dans ce livre que les citoyens votent mal parce qu'ils sont mal informés : la plupart d'entre eux ne comprennent rien à l'économie et à la politique. Ils ne sont donc pas en mesure d'évaluer objectivement les propositions qui leur sont faites, et encore moins la qualité de ceux qui les font.

 

La principale source d'informations des citoyens est un ensemble de médias : télévisions, radios, journaux, magazines et aujourd'hui Internet. Ces médias nous informent mal en matière de politique et d'économie, quand ils ne nous désinforment pas. Je vous en donnerai beaucoup d'exemples.

 

Ce livre décrit des dysfonctionnements des médias, en expliquant leurs causes. Il propose aussi des remèdes, ou parfois plus modestement des pistes de réflexion.

 

Pour que les lecteurs puissent juger mes arguments, j'en livre en annexe les sources, toutes les sources. La plupart de celles-ci étant accessibles gratis sur Internet, il est facile de les vérifier et d'évaluer la pertinence de mes conclusions.

 

Contrairement à la grande majorité des gens au pouvoir (et cela inclut les journalistes, qui savent bien qu'ils sont le quatrième pouvoir du pays, pouvoir qui ne rend des comptes à aucune autorité et n'est pas soumis au verdict des urnes), je réponds à ceux qui m'écrivent. Mon adresse de messagerie est disponible dans la page http://www.danielmartin.eu/adressemail.htm .

 

Bonne lecture.

 

Compléments à ce livre

Un court résumé de ce livre est disponible dans "Le gouvernement prisonnier des médias - Témoignage d'un ministre" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm .

 

Ce livre se plaint que les médias et le gouvernement n'informent pas suffisamment les citoyens en matière d'économie. Pour donner moi-même les informations de base nécessaires, j'ai écrit et mis sur Internet début 2005 les textes suivants :

§           "Cours d'économie pour citoyens qui votent - Ne vous en laissez pas conter !"
Tome 1 : "PIB et emploi" http://www.danielmartin.eu/Cours/Cours-Economie.htm
Tome 2 : "Mondialisation et délocalisations" http://www.danielmartin.eu/Cours/CoursT2.htm

§           "Chômage : savoir et agir" http://www.danielmartin.eu/Cours/Lutte-Chomage.htm

§           "Mondialisation et frustrations" http://www.danielmartin.eu/Cours/Mondialisation-Frustrations.htm

§           "France en panne, entreprises en fête" http://www.danielmartin.eu/Cours/FranceEnPanne.htm

 

 

 

Daniel MARTIN

http://www.danielmartin.eu/adressemail.htm


Avertissement au lecteur :
pas de procès d'intention politique, SVP !

 

En écrivant ce livre j'ai voulu militer pour des médias qui concourent à la démocratie, pas pour faire triompher des opinions politiques.

 

Mais pour faire comprendre certaines explications, j'ai dû utiliser des exemples politiques :

§           Informations non révélées par les médias à propos de la guerre préventive en Irak ;

§           Mauvaise couverture de débats de société dans des domaines comme la mondialisation ou les OGM ;

§           Affirmations de la CGT ou d'ATTAC que je désapprouve ;

§           Promesses du président Chirac ou de M. Raffarin que je trouve utopiques ;

§           Etc.

 

Il est possible et même probable que des lecteurs désapprouvent certaines de ces opinions politiques, mais je les prie d'oublier mes positions sur ces sujets, car :

§           Ce livre n'est pas un livre de politique ou d'économie ; en l'écrivant je n'ai voulu convaincre personne dans ces domaines ;

§           Ces opinions politiques n'impactent nullement mes diagnostics sur les médias et les solutions proposées pour qu'ils aident la démocratie.

 

Comme tout le monde, j'ai des opinions politiques. Mais je respecte et tolère les autres chaque fois qu'elles sont basées sur deux principes simples :

§           Le respect des droits de l'homme, qui tolèrent toutes les opinions et permettent leur libre expression ;

§           La bonne foi, qui refuse de recourir aux mensonges, à la désinformation ou à la violence pour faire triompher un point de vue.

 

En fait je les sollicite, ces opinions contraires aux miennes, car la confrontation des points de vue enrichit et la démocratie ne peut s'en passer. C'est ainsi que je lis aussi des journaux, magazines ou textes Internet écrits par des gens dont je ne partage pas les opinions, parce que si je ne lisais que des gens qui pensent comme moi je n'apprendrais rien.

 

Je prie donc instamment le lecteur d'ignorer mes opinions politiques, exprimées ici seulement à titre d'exemples d'oublis ou de désinformation des médias, pour ne tenir compte que du sujet, les médias et la démocratie.

 

Pour comprendre pourquoi je crois possible d'avoir un comportement politiquement neutre tout en ayant des opinions politiques voir le court texte http://www.danielmartin.eu/Medias/Neutralite.htm .

Daniel MARTIN


Table des matières

1.    Les reproches aux médias. 10

1.1  Exemples de mauvais journalisme. 10

1.1.1      L'«affaire» Dominique Baudis. 10

1.1.2      Exemples de scoops inventés de toutes pièces et de plagiats. 11

1.1.3      Exemples de partialité et d'agressivité. 12

1.1.3.1           Interview d'un ministre américain par un journaliste français. 12

1.1.3.2           Interview d'un ministre français par un journaliste arabe. 17

1.1.4      Désinformation due à l'opinion politique des journalistes. 17

1.1.4.1           La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak  18

1.1.4.2           Désinformation par outrance journalistique dans L'Express. 22

1.1.4.3           Une information à sens unique. 24

1.1.5      Déformation des informations due à la peur des terroristes. 25

1.1.6      Prévisions boursières et économiques. 25

1.1.7      Désinformation économique par manque de rigueur. 25

1.1.8      L'impunité des journalistes et le « quatrième pouvoir ». 26

1.2  Caractéristiques des médias. 27

1.2.1      Définition du mot "médias". 27

1.2.2      Prépondérance de la télévision.. 27

1.2.3      Crédibilité des médias et confiance du public. 28

1.2.4      Indépendance des journalistes. Autolimitation.. 29

1.2.5      Influence et réputation des médias. 30

1.2.6      Le choc des images. 31

1.2.7      Journalisme d'information ou d'investigation.. 32

1.2.8      Agence France-Presse. 32

1.3  Information et communication.. 33

1.3.1      Définitions : information, connaissance, communication, émetteur, cible. 33

1.3.2      Conditions nécessaires à une communication efficace. 34

1.3.2.1           Inspirer la sympathie. 34

1.3.2.2           La raison de l'homme est inséparable de son cœur 34

1.3.2.3           L'abstrait s'appuie toujours sur du concret 35

1.3.2.4           Ce que le public attend des médias. 36

1.3.3      Règles de communication.. 37

1.3.3.1           Conditions de compréhension d'un message. 37

1.3.3.2           Persuasion : respect ou discrédit de l'auteur 38

1.3.3.3           Equilibre du message : argumentation à sens unique ou non.. 38

1.3.4      Les filtres de choix des programmes. 39

1.3.4.1           La taille de l'audience concernée : culture de masse ou culture élitiste. 40

1.3.4.2           La durée. 42

1.3.4.3           Le contenu émotif 43

1.3.4.3.1        L'obligation de divertir 44

1.3.4.3.2        La recherche du sensationnel 45

1.3.4.3.3        Exemples d'omissions entraînant une désinformation  46

1.3.4.3.4        L'émotion doit être immédiate  48

1.3.4.4           Le talent médiatique de l'intervenant 48

1.4  L'information politique et économique à la télévision.. 49

1.4.1      Journaux télévisés : des journaux de faits divers. 49

1.4.2      Autres émissions. 50

1.4.3      Des informations, mais pas assez de connaissances utilisables. 50

1.5  Les médias nous ont désinformés à propos de la guerre en Irak. 51

1.5.1      Existence d'armes de destruction massive en Irak. 52

1.5.1.1           Conclusions. 54

1.5.1.2           L'art de raisonner faux pour convaincre. 56

1.5.1.3           Et en 2004…... 56

1.5.1.4           On a trouvé des programmes de développement d'armes de destruction massive  57

1.5.1.5           On a trouvé des obus chimiques et prouvé l'existence de stocks cachés. 58

1.5.2      Liens entre l'Irak et le terrorisme. 58

1.5.3      Justification de la guerre préventive. 60

1.5.3.1           Justification stratégique. 60

1.5.3.2           Guerre préventive et droit international 61

1.5.3.3           Pourquoi une intervention en Irak et pas en Corée du nord ?. 62

1.5.4      Arguments de droit justifiant l'intervention en Irak. 62

1.5.4.1           Viol de 17 résolutions des Nations unies. 62

1.5.4.2           Non-respect des engagements conditionnant la fin de la guerre de 1991. 63

1.5.5      Conséquences de cette désinformation des médias. 63

1.5.6      En Allemagne aussi, les télévisions désinforment 64

1.6  Médias et démocratie. 64

1.6.1      Faible intérêt du public pour la politique. 64

1.6.1.1           Conséquences sur le choix des programmes par les médias. 66

1.6.2      Les déçus de notre démocratie. 66

1.6.3      Les citoyens qui votent mal sont ceux qui sont mal informés. 67

1.6.3.1           Les carences de l'enseignement 68

1.6.3.2           Les carences des médias. 68

1.6.3.3           Le silence des gouvernements. 70

1.6.3.4           Les électeurs ne s'informent pas vraiment 71

1.6.3.5           Conclusion : la démocratie souffre de carence d'informations. 71

1.6.4      Droits de l'Homme et liberté d'expression.. 71

1.6.4.1           Dans l'Union européenne. 71

1.6.4.2           En France. 72

1.6.4.3           Aux Etats-Unis. 73

1.6.4.4           Le droit à l'information et son pluralisme. 73

1.6.4.5           Messieurs du gouvernement, parlez donc aux Français  ! 74

1.6.5      La responsabilité sociale des médias. 75

1.6.6      Contraintes législatives, réglementaires : limitations de la liberté d'informer  75

1.6.6.1           Loi Léotard : télécommunication, communication audiovisuelle. 76

1.6.6.2           Le cas des données et services accessibles par Internet 76

1.6.6.3           Information limitée par la loi sur la publicité. 77

1.6.6.4           Cahiers des charges de France Télévisions et Radio France. 78

1.6.6.5           Contrôle des chaînes de télévision par le CSA.. 80

1.6.7      Les médias "sonnette d'alarme". 81

1.6.8      Médias, populisme et démagogie. 82

1.6.9      Le gouvernement prisonnier des médias. 85

1.6.9.1           Les crédits budgétaires fonction de l'émotion médiatique. 85

1.6.9.2           Annonces gouvernementales publicitaires et démagogiques. 86

1.6.9.3           Utiliser les médias pour se faire entendre. 87

1.6.9.4           Ne pas aborder à la télévision les sujets qui fâchent 88

1.6.9.4.1        Les intermittents du spectacle  88

1.6.9.4.2        Le pouvoir et les privilèges exorbitants des syndicats  90

1.6.9.4.3        La CGT égoïste, au-dessus des lois et utopiste  91

1.6.9.4.4        Pourquoi la France est moins bien gouvernée  93

1.6.10    Médias et mondialisation.. 93

1.6.10.1         Mondialisation et exception culturelle. 94

1.6.10.2         Les reproches faits à la mondialisation.. 95

1.6.10.3         Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation.. 98

1.6.10.4         Les véritables effets de la mondialisation.. 99

1.6.10.4.1     La France investit plus à l'étranger que les étrangers en France  99

1.6.10.4.2     Délocalisations  100

1.6.10.4.3     Les "cols blancs" et la délocalisation  104

1.6.10.4.4     Principe de la valeur ajoutée  105

1.6.10.4.5     La France résiste à la désindustrialisation  106

1.6.10.4.6     L'Amérique résiste aussi, quoi qu'en disent les antimondialistes  107

1.6.10.4.7     Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches  107

1.6.10.4.8     La Chine et l'Inde n'ont pas d'autre choix que la croissance rapide  108

1.6.10.4.9     Criminalité internationale et contrefaçons  109

1.6.10.5         Le silence coupable des médias sur les sujets économiques majeurs. 109

1.6.10.5.1     La France ne travaille pas assez  109

1.6.10.5.2     Les Français sont de plus en plus un peuple d'assistés  113

1.6.10.5.3     Une dette insupportable pour nos enfants et qui empêche l'investissement 114

1.6.11    Médias et valeurs de notre société. 115

1.6.12    Médias et idéologie. 116

1.6.12.1         Exemple du "droit au travail" réclamé par des politiciens français. 116

1.6.12.2         Exemple des droits de l'Homme selon ATTAC.. 121

1.6.12.3         Comparaison des droits demandés par ATTAC avec les textes officiels. 122

1.6.12.4         Conséquences sur les propositions d'ATTAC et sa nature. 123

1.6.12.5         Une carence d'information qui fausse le jugement des électeurs. 125

1.6.13    Autoroute et société de l'information.. 126

1.6.13.1         Définition : autoroute de l'information ou réseau Internet 126

1.6.13.2         Caractéristiques essentielles. 127

1.6.13.3         Impact sur notre vie quotidienne. 127

1.6.13.4         Impact sur notre société. 128

1.6.13.5         Désinformation par Internet 131

1.6.13.6         L'antagonisme digital 132

1.6.14    Les filtres de l'auditoire. 133

1.6.14.1         On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif 133

1.6.14.2         On n'écoute que ceux qui pensent comme nous. 133

1.6.14.3         Quand et comment les médias influencent-ils les électeurs ?. 133

1.6.14.3.1     L'attente du public  135

1.7  Qualité des informations politiques et économiques. 135

1.7.1      Intérêt 135

1.7.2      Respect du sujet 136

1.7.3      Véracité. 136

1.7.3.1           Preuves de véracité. 137

1.7.3.2           Pas de publicité cachée. 137

1.7.4      Objectivité. 138

1.7.4.1           Proportionnalité. 138

1.7.4.2           Rigueur 139

1.7.4.3           Modération.. 139

1.7.5      Complétude. 140

1.7.6      Indépendance. 140

1.7.7      Impartialité. 142

1.7.8      Origine. 143

1.7.9      Nouveauté et fraîcheur des informations. 143

1.7.10    Synthèse. 144

1.7.10.1         Absence de recul et de synthèse. Exemple "OGM". 144

1.7.10.2         Absence de commentaires politiques. Spécificité des médias. 145

1.7.11    Qualité rédactionnelle. 146

1.7.12    Ethique. 147

1.7.12.1         Ethique d'un média. 147

1.7.12.2         Ethique personnelle d'un journaliste. 148

1.7.12.3         Les codes d'éthique journalistique. 148

1.7.13    La norme internationale de qualité ISAS BC 9001 :2003. 148

1.7.14    Exemples d'information de qualité médiocre. 149

1.7.14.1         Un journal de France Inter 149

1.7.14.2         Le journalisme en Irak à l'été 2003. 149

1.8  Les médias au service des extrémistes et des minorités. 150

1.8.1      Extrémistes violents et terroristes. 150

1.8.2      Nos fréquentes erreurs d'appréciation.. 151

1.8.2.1           Jugement selon celui qui commet l'acte condamnable. 151

1.8.2.2           Jugement selon le but de l'acte condamnable. 152

1.8.2.3           Jugement selon la victime de l'acte condamnable. 152

1.8.3      Médias et groupuscules. 153

1.8.4      Médias, petits partis, associations politiques et courants. 154

1.8.5      Une audience disproportionnée. 155

1.8.5.1           Importance du temps d'antenne, de la place accordée à un événement, un parti ou une personne. 155

1.8.5.2           Audience et représentativité. 156

1.9  Les contraintes du métier de journaliste. 156

2.    Comment les médias peuvent aider la démocratie. 158

2.1  Une tâche difficile. 158

2.2  Actions du gouvernement 159

2.2.1      Parler aux Français. 159

2.2.2      La formation à l'économie. 162

2.2.2.1           Pour les jeunes. 162

2.2.2.2           Pour les adultes. 162

2.2.3      Un électeur = une voix, mais une voix récompensée. 163

2.2.4      Faire respecter les règles par "l'autorité des médias". 165

2.3  Comportement des médias. 167

2.3.1      Respect des règles de qualité de l'information.. 167

2.3.2      Respect par les journalistes de règles de déontologie. 168

2.3.3      Nécessité d'un respect non imposé. 168

2.4  Comportement des citoyens. 168

3.    Sources  170

 

1.     Les reproches aux médias

1.1                 Exemples de mauvais journalisme

1.1.1             L'«affaire» Dominique Baudis

Sources : [51] et [52]. Voici les conclusions du plus grand scandale de presse que la France ait déploré depuis plusieurs années, "l'affaire Dominique Baudis".

 

Pendant plusieurs mois, au printemps 2003, des journalistes de radio, de télévision et de grands quotidiens ont diffusé des "révélations" qui se sont avérées parfaitement mensongères, sur des faits inventés de toutes pièces. Ils ont diffusé ces informations en s'arrangeant pour que le public croie des personnalités connues coupables de méfaits abominables. On peut faire à ces journalistes les reproches suivants :

§           Ils ont propagé des informations provenant de témoins non crédibles : deux prostituées, un tueur en série et un travesti.

§           Ils se sont arrangés pour qu'on devine les noms de personnalités importantes, comme Dominique Baudis, Président de la région Midi-Pyrénées, personnalités accusées par ces témoins de méfaits incroyables :

·            Viols ;

·            Participation à des soirées sadomasochistes ;

·            Consommation de cocaïne ;

·            Couverture de meurtres ;

·            Participation aux bénéfices tirés de la prostitution...

§           Ils ont diffusé ces informations malgré leur manque évident de vraisemblance, dû à leur caractère trop sensationnel pour être crédible sans vérifications approfondies. En diffusant ces informations, ils ont diffamé et sali ces personnalités. Et ils l'ont fait à plusieurs reprises, pendant plusieurs semaines.

§           Certains journalistes ont signé un contrat d'édition avec des prostituées, pour révéler d'autres cochonneries imaginaires dans le cadre de cette affaire.

§           Une chaîne de télévision a même laissé Karl Zéro, un animateur, c'est-à-dire un amuseur public qui fait le journaliste, présenter dans son émission Le Vrai Journal une interview d'une des prostituées, qui avait été payée pour cela. Non seulement ce témoignage n'était pas crédible, car émanant d'une prostituée qui avait déjà fait des déclarations si fracassantes qu'on devait en douter, mais un témoignage payé n'a aucune valeur, dans aucun pays. On voit donc bien que Karl Zéro et sa chaîne étaient prêts à n'importe quel méfait pour diffuser des déclarations sensationnelles.

§           Les journalistes qui ont si mal agi appartenaient à plusieurs chaînes de radio et télévision, et aux journaux Sud-Ouest, La Dépêche du Midi et Le Figaro. Sans reconnaître explicitement avoir mal agi, ce dernier a quand même publié un article [52] quelques semaines après, affirmant que Dominique Baudis a été blanchi de tout soupçon.

Conclusions

§           L'exemple ci-dessus n'étant pas unique, il y a des journalistes et des pseudo-journalistes qui se comportent mal, eux et les médias où ils s'expriment.

§           Si de tels médias et journalistes, agissant de la même façon, fournissent à des citoyens des informations politiques et économiques sur lesquelles ils basent ensuite leurs votes, ces votes pourraient choisir des hommes ou des programmes qui n'auraient pas été retenus par des citoyens bien informés :
des médias qui informent mal impactent donc la démocratie dans un sens regrettable.

Ce livre est écrit pour dénoncer les comportements des médias qui font souffrir la démocratie, en favorisant l'élection de gens qui ne le méritaient pas sur des programmes aberrants.

 

Bien sûr, il ne faut pas faire de généralisation abusive :

§           Tous les journaux ne sont pas mauvais, mais certains peuvent déraper à l'occasion, nous en verrons d'autres exemples.

§           Tous les journalistes ne sont pas si avides de scoops et de sensationnel qu'ils sont prêts à publier n'importe quoi. Beaucoup sont des gens sérieux et responsables, qui font bien leur métier.

 

Lorsque plusieurs médias (radios, chaînes de télévision, journaux...) parlent d'une même affaire, on a une campagne de presse de fait. Lorsque cette campagne diffame des gens connus, elle peut leur faire énormément de tort.

(Exemple : voir "Le gouvernement prisonnier des médias" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm .)

Si, par exemple, des élections ont lieu pendant ou après une telle campagne, les candidats diffamés peuvent en souffrir ; le fonctionnement de la démocratie est alors faussé par la faute de médias sans scrupule.

Proposition

Pour éviter que le public soupçonne de méfaits des personnes qui, n'ayant pas été condamnées, sont réputées innocentes, il n'y a qu'un seul moyen : interdire purement et simplement qu'un média cite le nom d'une personne convoquée par un juge, mise en examen ou citée comme témoin, et sanctionner les contrevenants. Avant un jugement, les médias pourraient citer des "affaires", mais ni des noms ni des qualités de personnes permettant au public de les reconnaître.

 

Les exemples suivants montrent que des journalistes de grands quotidiens peuvent faire de la mauvaise information politique, au détriment de l'information de leurs lecteurs.

1.1.2             Exemples de scoops inventés de toutes pièces et de plagiats

Il n'y a pas qu'en France que des journalistes écrivent n'importe quoi pour faire les gros titres. Le journal américain Insight on the News a publié en mai 2004 sur son site Insight Online http://www.insightmag.com/ une longue liste d'exemples de méfaits scandaleux commis par des journalistes aux USA, voir [135].

1.1.3             Exemples de partialité et d'agressivité

1.1.3.1                        Interview d'un ministre américain par un journaliste français

Voici une interview publiée dans Le Figaro du 04/12/2003 :

Rumsfeld : «En Irak, ce qui compte pour Bush, c'est de faire ce qui est juste»

Ci-dessous :

§           En caractères italiques et en retrait : les extraits successifs de l'article ;

§           En caractères droits alignés à gauche, mes commentaires.

 

"LE FIGARO – Lors des précédentes réunions ministérielles de l'Otan, vous n'aviez pas caché votre irritation quand les Européens parlaient de se doter de forces distinctes et surtout d'un état-major parallèle à celui de l'Otan. Cette année, vous vous êtes montré beaucoup plus modéré. Pourquoi ?"

Dans sa question, le journaliste affirme implicitement que le ministre était ennuyé et qu'il a été obligé de changer d'avis : c'est une manifestation d'hostilité à son égard ou à celui de sa politique.

"Donald RUMSFELD – Je n'ai pas changé d'opinion. Je pense toujours que l'Otan est terriblement importante pour préserver la sécurité du monde. Alors quand nos alliés envisagent de nouvelles initiatives, j'appelle à la prudence. Mon critère est simple : ces nouvelles propositions vont-elles renforcer l'Otan ou l'affaiblir ? Le monde actuel est dangereux. C'est un monde de désordres. Parce que l'Otan a fait la preuve de son efficacité depuis les attentats du 11 septembre, ma priorité est de protéger l'Otan."

Le ministre lui répond qu'il n'a nullement été obligé de changer d'avis.

"LE FIGARO – Certains journaux anglo-saxons affirment que vous avez baissé le ton pour mieux convaincre d'autres pays de l'Alliance atlantique d'envoyer des troupes en Irak. Vous auriez même des espoirs du côté de la France. Est-ce vrai ?"

Le journaliste ignore sa réponse, selon laquelle il n'a pas changé d'avis. Il insiste que le ministre a baissé le ton, pour lui faire avouer qu'il est si ennuyé de la situation désastreuse des Etats-Unis en Irak qu'il essaie d'obtenir des renforts. Il lui prête l'espoir d'une aide de la France, espoir parfaitement absurde parce qu'aucune déclaration, en France ou ailleurs, n'a permis cet espoir. En somme, le journaliste essaie de faire mettre en colère le ministre par son agressivité et ses sous-entendus.

"Donald RUMSFELD – Il ne s'agit pas de marchander. Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de l'Otan pour les décennies à venir. Il s'agit d'un processus. Parallèlement à l'évolution de l'Europe, il y a une évolution de l'Otan. Et, pendant ce mouvement, nous devons nous appliquer à ce que l'Otan reste en bonne santé. Avant même le début des opérations en Afghanistan et en Irak, nous avons dit et répété que nous voulions que tout le monde se joigne à nous. Nous sommes allés le demander à l'Otan, à l'ONU. Et le résultat est plutôt flatteur : vingt-six pays sont engagés en Afghanistan, trente-quatre en Irak. Mais contrairement à ce que vos questions veulent impliquer, ne croyez pas que tout soit négociable. Il est exclu d'échanger la promesse de renforts en Irak contre quelque chose qui risquerait d'avoir un impact négatif sur l'avenir de l'Otan."

Le ministre lui répond qu'il ne s'agit pas de marchander, donc qu'il n'a pas eu à baisser le ton, et que de nombreux pays se sont joints aux Etats-Unis. Il a la politesse de ne pas relever l'absurdité des "espoirs du côté de la France".

"LE FIGARO – Même s'il s'agissait de renforts français ? Ou allemands ?"

Le journaliste insiste encore, avec son hypothèse absurde.

"Donald RUMSFELD – Je vous répète que non. Mais je me demande quand les éditorialistes cesseront d'écrire que les Américains ont choisi de faire cavaliers seuls ? En Irak, nous avons été accompagnés par dix-huit des vingt-six membres de l'Otan. Face aux terroristes, nous pouvons compter sur ce qui est probablement l'une des plus grandes coalitions de l'histoire. Bien sûr que nous aimerions avoir des partenaires supplémentaires. Mais il faut regarder le monde tel qu'il est. Un Etat prend ses décisions en fonction de ses intérêts nationaux. Si certains de nos amis nous disent non, cela ne rendra pas les Etats-Unis plus tristes."

Le ministre balaie son hypothèse et attaque à son tour les éditorialistes.

"LE FIGARO – Mais ne faites-vous pas de nouveaux efforts pour convaincre la France et l'Allemagne ?"

Le journaliste continue à insister avec son hypothèse, en ajoutant l'Allemagne à la France, citant ainsi deux pays que le ministre avait qualifiés de "Vieille Europe".

"Donald RUMSFELD – Ces deux pays connaissent parfaitement nos arguments, ils sont conscients des efforts que nous avons faits pour les convaincre, de nos raisons pour demander de l'aide. Ils savent ce que nous voulons. Mais c'est à eux seuls de décider."

"LE FIGARO – La modération que vous avez montrée à Bruxelles ne s'expliquerait-elle pas aussi par la crainte de perdre la guerre contre le terrorisme ? Si l'on en juge par le récent mémorandum que vous aviez distribué à vos collaborateurs du Pentagone et dont la presse américaine s'est fait l'écho, c'est en effet une question que vous vous posez."

Le journaliste continue à essayer de faire avouer au ministre qu'il craint de perdre la guerre. Il essaie d'exploiter une note de service du ministre à ses collaborateurs, montée en épingle par la presse pour essayer de prouver qu'il est démoralisé et craint une défaite face au terrorisme ; en réalité, cette note était seulement destinée à faire réfléchir ces collaborateurs, et la presse a eu tort d'en parler.

"Donald RUMSFELD – Dites tout de suite que c'est l'âge qui me ramollit. Il y a soixante et onze ans que j'écris ce genre de note. C'est ainsi que je réfléchis et que je fonctionne. Depuis que je suis revenu à Washington en janvier 2001, je me livre à cet exercice à peu près tous les deux mois. Ce jour-là, j'étais au Pentagone, en train de participer à une conférence vidéo avec un certain nombre de chefs militaires qui me parlaient depuis leurs terrains d'opération. En les écoutant, différentes questions me traversaient l'esprit. Dans tel cas avons-nous choisi la bonne tactique ? Et dans tel autre ? Est-ce que les choses ont changé sur le terrain depuis que nous avons pris cette décision ? Je ne suis pas un génie. Je n'ai pas de réponse à tout. Il faut que je pose des questions. Il faut que je trouve les experts qui ajouteront à mes informations des connaissances, des lumières, un diagnostic qui me permettront de trancher."

Devant tant d'agressivité, le ministre se fâche. Sa réponse montre que les journalistes ont essayé d'exploiter, par souci de sensationnel, un court document interne qui ne méritait pas d'être publié.

"LE FIGARO – Les critiques constantes de la presse européenne ne finissent-elles pas par vous décourager ?"

Le journaliste essaie à présent de lui faire avouer un découragement. A l'évidence, il n'interviewe pas le ministre pour lui faire décrire ou analyser sa politique, il veut l'agresser pour qu'il se mette en colère.

"Donald RUMSFELD – J'ai un job qui est dur. Mon rôle, ce n'est pas de jouer au Père Noël et de distribuer des cadeaux pour rendre les gens heureux. Je ne m'attends donc pas à susciter l'unanimité, en Europe ou ailleurs. Lorsque, à Washington, je dois traiter avec le Congrès, c'est la même chose : il peut y avoir 200 voix pour et 300 voix contre."

"LE FIGARO – En Irak, les événements ne vous ont-ils pas donné tort ? En décidant d'accélérer le transfert de pouvoir aux Irakiens, les Etats-Unis n'ont-ils pas dû se résigner à changer de stratégie ?"

Constatant qu'il n'arrive pas à le faire sortir de ses gonds, le journaliste essaie une autre piste d'agression : il veut à présent faire avouer au ministre qu'il s'est trompé de politique.

"Donald RUMSFELD – Absolument pas. Contrairement à toutes les accusations, le but de notre intervention en Irak n'a jamais été de contrôler les gisements de pétrole ou de dominer le Proche-Orient. L'objectif a toujours été de donner au peuple irakien la responsabilité de sa propre sécurité et de lui rendre une souveraineté totale. Les seuls points d'interrogation portaient sur la méthode : comment et quand pouvait-on le faire ? Ce n'est donc pas la stratégie qui a changé, c'est la tactique. Il fallait s'adapter à la situation."

Le ministre répond à côté de la question, qui portait sur la résistance irakienne après le conflit. Il dit la vérité, mais ce n'est pas celle qu'attendait le journaliste.

"LE FIGARO – Si ce n'est pas l'armée américaine qui perd en Irak, n'est-ce pas vous qui avez perdu de l'influence à Washington ?"

Le journaliste essaie de faire choisir le ministre entre avouer que son armée perd la guerre ou que lui-même subit une défaite politique. Son insolence est incroyable. Il continue à transformer son interview en une suite d'agressions verbales dont les réponses (les justifications données par le ministre) ne pourront rien apprendre à ses lecteurs sur la politique des Etats-Unis en Irak. Il fait donc du mauvais journalisme.

"Donald RUMSFELD – Soyons sérieux. C'est le président qui est en charge du dossier. Aujourd'hui, bien sûr, le Pentagone a un rôle spécial à jouer puisque les priorités restent militaires. Mais, de plus en plus, ce sont les considérations politiques et économiques qui vont l'emporter. Le Pentagone devra donc s'effacer devant le département d'Etat. Car le dénouement que nous voulons, c'est l'établissement de relations normales entre l'Irak et les Etats-Unis : avec, de chaque côté, un ambassadeur."

Le ministre fait preuve de patience et lui répond qu'il a toujours la confiance de son président. Il ajoute que la soi-disant perte d'influence de son ministère est normale après la fin d'une guerre, où les militaires doivent s'effacer devant les diplomates.

"LE FIGARO – La question est ouvertement posée au Congrès. L'armée américaine en Irak a-t-elle assez de soldats pour faire face à la guérilla ?"

Autre tentative de critique du journaliste, qui dit implicitement que les Américains risquent de perdre en Irak parce qu'ils n'ont pas les moyens militaires de gagner, ce qui constitue une nouvelle critique de la politique des Etats-Unis.

"Donald RUMSFELD – Le président est tout à fait décidé à envoyer des renforts s'ils se révèlent nécessaires. Et il est tout aussi décidé à maintenir nos troupes sur place aussi longtemps qu'il le faudra. Mais, aujourd'hui, pas un seul de nos chefs militaires n'estime nécessaire d'augmenter nos effectifs. Les accrochages militaires en Irak ne durent généralement pas plus de deux minutes. Au maximum, quinze minutes. Pour faire face à ces incidents, nous alignons, outre nos GI, 140.000 Irakiens et des dizaines de milliers d'hommes fournis par les autres contingents de la coalition. C'est largement suffisant. Les soldats irakiens patrouillent sur les frontières et gardent les sites militaires ou industriels. Les soldats américains, eux, passent le plus clair de leur temps à installer des générateurs électriques, à ouvrir les écoles, à faire tourner les hôpitaux. Si leurs missions militaires ne les mobilisent que peu de temps, c'est pour une raison toute simple. En Irak, nous sommes seulement confrontés qu'à ce que les spécialistes appellent un conflit de basse intensité."

Le ministre explique pourquoi la critique implicite du journaliste ne tient pas.

"LE FIGARO – Selon le dernier sondage de Gallup, les Américains sont maintenant 54% à juger négativement l'action américaine en Irak. A un an de la présidentielle de novembre 2004, n'est-ce pas de mauvais augure pour la réélection du président ?"

Nouvelle marque d'hostilité du journaliste, qui attaque le ministre en disant que le peuple américain désavoue la politique de son gouvernement et que le président peut craindre pour sa réélection.

"Donald RUMSFELD – Moi, je ne fais pas de politique. Tout ce que je puis dire, c'est que le président accomplit un travail extraordinaire et qu'il est parfaitement conscient de l'importance vitale de l'enjeu. Au fil des semaines, les sondages vont monter et descendre. Mais George W. Bush n'abandonnera pas le cap."

Le ministre a suffisamment d'expérience politique pour continuer à rester calme et botter en touche.

"LE FIGARO – Comment le président peut-il gagner l'élection s'il ne gagne pas la guerre ?"

A court d'idées pour mettre le ministre en difficulté, le journaliste revient à son agression précédente.

"Donald RUMSFELD – Vous vous répétez. Ma meilleure explication, la voici. La semaine dernière, j'étais en Corée du Sud et une journaliste, visiblement née bien après la guerre de Corée, m'a demandé pourquoi les Sud-Coréens devraient aller en Irak risquer leur vie pour les Américains. Je lui ai expliqué que je revenais d'une cérémonie à la mémoire des soldats américains tombés en Corée et que, sur le mur du monument, j'avais pu lire le nom d'un camarade de lycée qui avait été tué le dernier jour de cette guerre. Il y a cinquante ans, un journaliste américain aurait donc pu poser la même question : «Pourquoi de jeunes Américains devaient-ils aller risquer leur vie à l'autre bout du monde ?» Eh bien, regardez par la fenêtre et vous aurez la réponse. La Corée du Sud est une société vibrante d'énergie, un miracle économique, une démocratie dynamique. Mais quand, la nuit, les satellites américains survolent la Corée du Nord, la seule lumière visible provient de la capitale Pyongyang. Partout ailleurs, c'est l'obscurité. Au nord, les gens crèvent de faim. Ils sont opprimés, torturés, enfermés dans des camps de concentration. En Irak aussi, ce qui compte pour le président Bush, c'est de faire ce qui est juste."

Le ministre constate que le journaliste ne sait plus comment le déstabiliser et lui dit qu'il se répète. Il reproche au journaliste de ne pas comprendre qu'en combattant le terrorisme, les Etats-Unis combattent pour tous les pays démocratiques, y compris la France. A travers son exemple coréen, il veut que les Français comprennent que des Américains sont venus mourir en France en 1944 pour les libérer des Allemands, donc qu'au lieu de critiquer les Américains, les Français devraient combattre à leur côté en Irak et leur être reconnaissants.

"LE FIGARO – A condition de réussir..."

Le journaliste affirme implicitement de nouveau que les Etats-Unis sont en train de perdre en Irak. Il n'interviewe toujours pas le ministre, il l'agresse. Il n'a donc nullement l'intention d'obtenir des renseignements intéressants pour ses lecteurs, mais seulement de profiter de sa position de journaliste pour manifester le maximum possible d'hostilité et de parti pris à un Américain qu'à l'évidence il déteste.

"Donald RUMSFELD – C'est ce que nous faisons. Le peuple irakien est libéré du joug d'un dictateur qui avait rempli les fosses communes avec des milliers de ses concitoyens. Un dictateur qui avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. Aujourd'hui, les Irakiens ont au moins une chance de vivre mieux."

"LE FIGARO – Le «National Journal», une publication influente de Washington, a récemment titré : «La France avait raison». N'est-ce pas l'annonce d'un retournement d'opinion aux Etats-Unis ?"

N'arrivant pas à prendre l'avantage sur le ministre avec ses propres arguments, le journaliste essaie un argument d'autorité : "il y a même une publication influente..." (en fait, le National Journal est un journal local de la région de Washington, qui a, dans cette région, 5 fois moins de lecteurs que le Washington Post et 3 fois moins que le New York Times) "qui pense que la France avait raison, donc qu'étant Français j'avais raison et vous, tort."

"Donald RUMSFELD – Ah  ! vous croyez  ! Quand, après le 11 septembre 2001, nous avons porté le fer en Afghanistan, les opérations avaient à peine commencé que certains des journaux américains les plus prestigieux prédisaient déjà un enlisement à la vietnamienne. Même réaction au moment de l'intervention contre l'Irak. Nous étions à mi-chemin de Bagdad mais la presse annonçait la défaite. Aujourd'hui aussi, la mode est aux pronostics négatifs. Or je constate que les écoles irakiennes fonctionnent à nouveau. De même que les hôpitaux et les cliniques. La Banque centrale a rouvert ses portes. Une nouvelle monnaie a été mise en circulation. Tout cela en cinq mois et alors que des gens se font tuer tous les jours. En Allemagne et au Japon, après la Seconde Guerre mondiale, pour en arriver au même point, il avait fallu cinq ans."

Le ministre lui montre, exemple à l'appui, que les journaux se sont souvent trompés en prédisant des malheurs qui ne se sont pas produits. Nous vérifierons ci-dessous que c'était particulièrement vrai en France. C'est lui qui a le dernier mot.

Conclusion

Cette interview montre qu'il y a des journalistes, comme celui qui a interviewé M. Rumsfeld, dont l'antiaméricanisme est tel qu'ils perdent toute objectivité. Ils en deviennent incapables de faire correctement leur métier, qui consiste à rapporter des faits et des événements, et à les analyser de manière impartiale. Du coup, les articles comme le précédent (qui occupe 2/3 de la page 2 du Figaro) sont dénués de valeur : ayant obligé la personnalité interviewée à se défendre contre des agressions verbales sans jamais lui faire décrire sa politique, le journaliste n'y apporte strictement rien de nouveau à un lecteur. Pire même, ils déconsidèrent ce journaliste et la rédaction du journal qui publie un tel texte.

1.1.3.2                        Interview d'un ministre français par un journaliste arabe

Le Figaro magazine du 10/01/2004 publie page 8, le court article Muselier, le voile et le Boeing, dont voici un extrait :

"…Renaud Muselier, juste de retour de Charm el Cheikh, a fait part à ses collègues de son indignation au sujet des questions posées par certains journalistes à la conférence de presse qu'il avait donnée en Egypte. Le représentant d'al Jezira, notamment, a demandé au secrétaire d'Etat français s'il confirmait que «l'attentat (sic) contre le Boeing de Flash Airlines était dû à l'interdiction du voile en France…»"

 

Comme quoi l'agressivité verbale envers un ministre, insolente et incapable de produire une réponse utile au public d'un journaliste, n'est pas l'apanage d'un journaliste français !

1.1.4             Désinformation due à l'opinion politique des journalistes

Nous allons voir maintenant que les exemples ci-dessus ne sont pas isolés : le manque d'objectivité sur un sujet donné peut être déploré pendant plusieurs semaines, chez de nombreux journalistes de grands quotidiens.

 

Les exemples ci-dessous, "La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak", etc., ont été rédigés en novembre 2003. Comme ils constituent un grave désaveu pour de nombreux journalistes, on pourrait penser que ceux-ci ont compris la leçon et qu'après cette preuve de leur partialité et de leur manque de sérieux ils abandonneraient leur antiaméricanisme pour plus d'objectivité. Mais hélas, pour nombre d'entre eux, la leçon n'a pas porté et ils ont continué à écrire n'importe quoi, à exprimer leur haine absurde de l'Amérique et de son président G. W. Bush jusqu'en novembre 2004, date où les exemples ci-dessus, particulièrement scandaleux, ont été relevés :

§           Le lynchage médiatique de G. W. Bush par la presse française du 4 novembre 2004 http://www.danielmartin.eu/Politique/Lynchage.htm  (11 exemples d'âneries colossales par antiaméricanisme dans les journaux français du lendemain des élections américaines).

§           Questions sur la France anti-Bush http://www.danielmartin.eu/US/Questions.htm  (un excellent article du Figaro au lendemain de l'élection américaine, qui fait le point sur les nombreuses dérives antiaméricaines des médias français et les explique).

1.1.4.1                        La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak

Le titre de ce paragraphe est celui de l'ouvrage [4], dont je recommande la lecture à ceux qui veulent approfondir les problèmes de pratique journalistique. Il rapporte en détail la manière dont cinq quotidiens français ont couvert la guerre en Irak en mars et avril 2003. Il s'agit de grands quotidiens : Le Monde, Le Figaro, Ouest-France, Libération et La Croix, et de nombreux journalistes ou commentateurs qui y ont publié des textes sur cette guerre.

 

Les fautes professionnelles décrites ci-dessous, commises pendant la guerre d'Irak et devenues patentes par la suite, n'ont pas pour autant modifié l'opinion des journalistes antiaméricains cités, qui le sont restés. Les journalistes n'ayant pas l'habitude de s'excuser et de s'amender après des fautes, mêmes graves, la presse écrite et la télévision continuent trop souvent, longtemps après, à nous fournir une vue biaisée des événements, et à orienter les interviews pour essayer de faire dire aux interviewés ce qu'ils souhaitent entendre.

 

Ci-dessous en italiques et en retrait de courtes citations extraites de [4] et, en caractères droits cadrés à gauche, mes commentaires illustrant des pratiques journalistiques qui désinforment le public.

 

Pages 18 à 20 :

"Entre le 20 mars et le 10 avril 2003, chaque quotidien [ci-dessus] produit 19 éditions, sauf Ouest-France qui, avec son édition dominicale, en publie 22. Cela représente au total 98 [pages] unes."

"Parmi elles, pas moins de 42 - plus de 4 sur 10, une proportion énorme - donnent une image défavorable de l'entreprise américano-britannique à l'égard de l'Irak, que ce soit en critiquant l'administration Bush, en soulignant des problèmes stratégiques ou tactiques, ou en relevant des conséquences néfastes pour les civils irakiens et le reste du monde."

A aucun moment, la presse française n'a souligné la justesse d'une guerre faite à un dictateur qui a causé la mort d'environ 2 millions de personnes pendant les 35 dernières années, par des assassinats, en réprimant des révoltes ou en faisant la guerre. Pas un n'a souligné le fait qu'il s'est moqué, depuis 1991, de 17 résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui pourtant le menaçaient de guerre s'il ne s'amendait pas.

"Parmi ces 42 pages une, 21 insistent sur l'enlisement des troupes de la coalition et/ou sur la résistance des forces de Saddam Hussein. Dans l'art de présenter l'intervention américano-britannique comme un fiasco, Libération est le champion. En effet, sur ses 19 éditions, 8 unes soulignent le diptyque enlisement/résistance."

"En trois semaines, les cinq quotidiens ne relaient les avancées militaires américaines et anglaises que sur 30 unes [moins du tiers]. C'est peu quand on pense que la coalition va l'emporter."

"Entre le 20 mars et le 10 avril, les cinq quotidiens consacrent 2746 titres à la guerre en Irak. Il n'y en a que 356 qui donnent une image favorable de l'entreprise américano-britannique [13%]. Il y en a 29 qui condamnent le dictateur irakien et 135 blâmant George W. Bush [4,5 fois plus !] Le Monde publie 7 titres anti-Saddam pour 49 titres anti-coalition [7 fois plus] et Libération 3 titres anti-Saddam pour 31 titres anti-coalition [10 fois plus !]"

Ces statistiques montrent bien l'antiaméricanisme de ces quotidiens et le manque d'objectivité qui en résulte.

 

Page 25 :

"Pendant toute la première partie du conflit, George W. Bush et ses 280 millions de concitoyens sont caricaturés, voire diabolisés. De ce fait, ils se retrouvent rapidement disqualifiés en tant qu'amis et alliés, mais aussi en tant qu'êtres humains intelligibles par les habitants sages et cultivés du Vieux Continent. A lire les quotidiens français, l'Amérique semble n'être peuplée, à l'exception d'une poignée d'admirables pacifistes, que de déplaisants «patriotes» écervelés, égoïstes et violents. Quand à leurs dirigeants, ils se révèlent bellicistes, ignares et irresponsables. Telle est du moins la vision que propose Sergueï dans son dessin du Monde du 21 mars : Bush met le feu à la planète avec des allumettes à tête humaine..."

Page 35 :

"La foi explicite de George W. Bush est assimilée au fanatisme mortifère des islamistes combattants. Les expressions du type «morgue messianique» (Le Figaro des 22-23 mars), «idéologues imprégnés de messianisme» (Le Monde du 2 avril) ou «croisés de Washington» font leur effet. Elles n'atteignent cependant pas le niveau de certains titres frappants, «GWB et le djihad à l'américaine» dans Le Figaro des 29-30 mars ou «Le choc de deux fondamentalismes» dans Le Monde du 1er avril."

Les journaux s'émeuvent parfois de la désinformation qui sévit dans certains pays arabes, où on enseigne aux enfants la haine des chrétiens et des juifs, en leur faisant croire que c'est ce que préconise la religion musulmane. Mais la haine des Américains qu'ont propagée certains quotidiens français pendant la guerre d'Irak n'a rien à envier à celle que propagent certains enseignants islamistes.

 

Page 58 :

La tension monte dans le monde arabe», titre Le Figaro du 24 mars. «Onde de choc dans le monde musulman», prévient Le Monde du 30 mars."

Quand on sait qu'en réalité aucun pays arabe n'a bougé, qu'aucun ne peut bouger tant les régimes arabes répriment durement la moindre manifestation... On apprécie ainsi la déontologie de journalistes qui veulent faire croire à des événements et des situations imaginaires, pour inquiéter leurs lecteurs et les persuader qu'ils ont raison de détester, comme eux, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

 

Page 61 :

"C'est avec des a priori aussi tranchés que la presse écrite reçoit et évalue les informations quotidiennes en provenance du théâtre des opérations militaires. Dès lors, comment pourrait-elle ne pas surestimer ou, au contraire, minimiser certains faits, selon qu'ils confortent ou non ses convictions ?"

 

Page 88 :

"Dans Le Monde du 26 mars, le correspondant à Washington, Patrick Jarreau, remet les pendules à l'heure : «Les Américains ont pris conscience que le scénario le plus optimiste ne s'est pas réalisé. Le régime irakien ne s'est pas effondré. Les troupes ne se rendent pas en masse.»"

Une semaine après le début de la guerre, ce journaliste reproche aux Américains de s'être trompés en échafaudant un scénario prévoyant un effondrement du régime irakien dès la première semaine, avec une reddition massive des troupes. Il n'existe aucun scénario de cette nature ; à aucun moment les militaires américains n'ont prévu une victoire totale aussi rapide, notamment parce qu'il n'était pas possible à leurs troupes de parcourir les 400 km du port de Oum Kasr à Bagdad en si peu de temps. Nous avons donc là un exemple d'appréciation («ils se sont trompés») portant sur un scénario imaginaire.

 

Page 90 :

Militairement, pour l'instant du moins, la stratégie irakienne est un coup de maître» a écrit Isabelle Lasserre dans Le Figaro du 26 mars."

Si l'art d'être totalement vaincu en 3 semaines prouve une stratégie de maître, c'est qu'on est une journaliste qui écrit n'importe quoi.

 

Page 91 :

"Parmi les éditorialistes, le directeur de Libération est le premier à émettre un jugement définitivement négatif sur la phase initiale de la guerre. Et ce, dès la première fois qu'il prend la plume pour écrire sur le conflit, le mardi 25 mars. Serge July estime qu'«un spectre hante désormais Washington : être condamné à mener militairement la bataille de Bagdad». Le lendemain, il revient à la charge dans un nouvel éditorial. «Prévue pour durer quelques jours, écrit-il, la guerre terrestre se profile désormais sur plusieurs semaines, un mois, peut-être deux, s'il faut en croire George W. Bush lui-même»."

Bien que M. July ne soit pas un spécialiste des questions militaires, bien qu'il ne dispose pas des renseignements des militaires du front, il se permet de juger le déroulement de la guerre. Détestant les Américains, il leur prête une inquiétude qu'ils n'ont certainement jamais eue, à en juger par la manière expéditive dont ils ont mené leur offensive. Bien qu'incompétent, M. July prédit une bataille à Bagdad et une longue durée pour la guerre, et se trompe lourdement. Et, ce qui achève de ridiculiser le directeur de Libération, il invente une prise de position du président George W. Bush qui n'a jamais existé.

 

Page 92 :

"Cela n'empêchera pas Serge July de réaffirmer son point de vue le vendredi 28 mars, dans un troisième éditorial intitulé «Constat d'échec». Quarante-huit heures plus tôt, il évoquait «un mois, peut-être deux». Désormais «les échéances se mesurent en mois» prévient-il ; «la tragédie est en marche»."

C'est une caractéristique commune à beaucoup de journalistes : ils persévèrent dans l'erreur. Quand ils ont commis une faute (ici : prévoir l'avenir sans compétence ni informations, et laisser leur antiaméricanisme prendre le pas sur l'objectivité) ils recommencent à la première occasion. Pour les rares lecteurs qui prennent le temps de réfléchir à ce qu'ils lisent, ils sont simplement ridicules. Mais la plupart des lecteurs, hélas, sont désinformés.

 

Page 100 :

"A la une du Monde publié dans l'après-midi du 29 mars, c'est «La guerre imprévue du Pentagone». La synthèse rédigée pour la première page martèle qu'«il ne fait plus de doute que les forces américaines et britanniques sont engagées dans un conflit long et meurtrier»."

Aveuglés par leurs opinions personnelles (ici l'antiaméricanisme) les journalistes affirment parfois sans preuve. Comment Le Monde aurait-il su quelle sorte de guerre le Pentagone avait prévu ? Leur antiaméricanisme leur fait prévoir un conflit long et meurtrier. Nous savons qu'il n'a été ni l'un ni l'autre. Encore de la désinformation.

 

Page 106 :

"Arrêtons-nous un instant pour illustrer un procédé utilisé par la presse pour faire dire aux généraux américains ce qu'ils ne formulent pas, mais que les journalistes français aimeraient tellement qu'ils disent. Dans un article de Libération du 31 mars, Philippe Grangereau parle ainsi d'un «conflit en escalade qui risque de durer de longs mois». Selon lui, le général Franks «le reconnaît à demi-mot». Confronté à cette confession, le lecteur est assurément convaincu que les soldats de la coalition ne sont pas près d'entrer dans Bagdad."

Ni le général Franks ni aucun militaire américain n'a fait de déclaration sur la durée de la guerre. Et, lorsque les journalistes demandaient une prévision de durée, ils répondaient de manière vague, à la fois pour ne pas renseigner l'ennemi sur leurs prévisions réelles et pour ne pas s'engager sur un délai qui risquerait d'être démenti par les faits, la conduite de la guerre n'étant pas une science exacte. Mais les journalistes antiaméricains, qui cherchaient un aveu d'échec, interprétaient la réponse vague comme l'aveu d'échec attendu, ou le refus d'avouer un échec dont ils étaient, eux, convaincus. C'est pourquoi le journaliste à écrit «le reconnaît à demi-mot», incitant ainsi ses lecteurs à croire ce qui n'était pas.

 

En somme, au lieu de rapporter objectivement les faits, il arrive que les journalistes les interprètent d'une façon si erronée qu'ils désinforment leur public. On sait qu'un artiste peintre ne représente pas ce qu'il voit, mais ce qu'il veut montrer ; hélas, les journalistes font trop souvent de même.

 

Page 108 :

"Dans son «scénario du pire», Serge July écrit dans Libération le 1er avril «On pouvait redouter le pire, c'est encore pire que prévu. L'échec de la parade militaire américaine dans le désert, destinée, en principe, à faire imploser la dictature en quelques jours, est un revers pour Donald Rumsfeld et toute la bande des Folamour de la démocratie de force.»"

M. July ne savait pas que la statue de Saddam Hussein tomberait, à Bagdad, 8 jours après ; à l'évidence, il espérait toujours que les Américains auraient de gros ennuis. Mais présenter ces ennuis comme un fait, une affirmation, est une désinformation manifeste. Cet exemple prouve que les journalistes peuvent, à l'occasion, se comporter de manière irresponsable, en rapportant une vérité sortie tout droit de leur imagination. Faut-il préciser que ni M. July, ni aucun des journalistes qui se sont lourdement trompés à propos de la guerre en Irak - et ont trompé leurs lecteurs - n'a reconnu ensuite ses erreurs et ne s'est excusé ?

 

Pages 108-109 :

"Le 1er avril, le correspondant à Washington du Figaro, Jean-Jacques Mével, suppute qu'il faudra «des semaines» ne serait-ce que pour «attendrir» par un «bombardement tactique» les lignes de défense de la capitale irakienne. Du coup, poursuit-il, «la vraie poussée sur Bagdad viendra sans doute beaucoup plus tard». Or, à l'heure où il écrit, elles sont déjà laminées..."

Cet autre exemple d'erreur montre que M. July n'a pas le monopole des informations inventées et des prévisions fantaisistes à l'origine d'une désinformation.

Conclusions

L'exemple ci-dessus illustre les fautes professionnelles suivantes :

§           Manque d'objectivité amenant un journaliste à déformer la réalité.

§           Jugements de valeur, sur des dirigeants et leurs politiques ou stratégies, qui ne sont pas basés sur des faits certains, donc sans valeur et susceptibles de tromper les lecteurs.

§           Prévisions sur le déroulement futur de la guerre faites par des journalistes sans compétence militaire et n'ayant pas accès aux informations du champ de bataille.

§           Volonté de dramatiser la réalité, même au prix d'une déformation.

1.1.4.2                        Désinformation par outrance journalistique dans L'Express

Sur la couverture de L'Express n° 2736 du 11 au 17/12/2003 une photo de George W. Bush emplit toute la page, avec cette légende : George W. Bush - L'homme qui nous a gâché l'année.

 

J'avoue que si on m'avait demandé de choisir l'homme qui m'a le plus gâché l'année, j'aurais pensé à Ben Laden, à cause de ses attentats. Je pense que le président Bush, en luttant contre le terrorisme, en envoyant ses soldats mourir en Irak et en Afghanistan pour défendre toutes les démocraties, donc la France, a plutôt bien fait que mal fait. En débarrassant le monde d'un dictateur sanguinaire, Saddam Hussein, qui aidait et abritait le terrorisme et menaçait de déstabiliser une région pétrolière vitale pour l'économie du monde, il mérite des louanges et de l'aide, pas une insulte comme cette couverture de L'Express. En tentant de faire progresser la démocratie dans le monde arabe, qui génère du terrorisme précisément parce que ses régimes tyranniques désespèrent leurs citoyens, il rend service au monde, donc à notre pays. En faisant tout cela avec l'argent de ses contribuables, il est généreux pour nous.

 

En tout cas, il ne mérite pas ce genre de rejet, qui déshonore L'Express. Cette page de couverture annonce, en fait, un article 100% négatif dans la vision qu'il donne de la politique américaine, donc dénué d'objectivité, étalant sur 7 pages (c'est énorme !) son antiaméricanisme et ses exagérations : L'homme qui nous a gâché l'année. Dans un hebdomadaire qui prétend être objectif et respecter ses 500.000 lecteurs, c'est là un journalisme détestable, méprisable.

 

La page du site Internet dont l'article L'homme qui nous a gâché l'année a été extrait le 16/12/2003, http://www.lexpress.fr/express/info/monde/dossier/bush/dossier.asp, comprend aussi des liens vers les autres articles de L'Express sur le même sujet :

§           Bush dans l'adversité (24/07/2003)

§           Bush, président impérial (14/11/2002)

§           L'inquiétant M. Bush (29/08/2002)

§           Portrait d'un président mal élu (14/12/2000)

 

Comme ces titres le montrent, ils sont tous anti-Bush. L'Express méprise donc l'opinion des dizaines de millions d'Américains qui ont élu et réélu ce président, et qui approuvaient donc sa politique. En rendant mal compte de la réalité, L'Express désinforme ses lecteurs.

L'Express et le souci de la rigueur

Voici le texte que j'ai envoyé à L'Express au sujet de la couverture précédente et ce qu'ils ont publié. On admirera dans leur texte les insultes qu'ils me font proférer après les avoir inventées : "Saddam, ce salopard intégral" et "Chirac, petit souverain qui continue à se croire homme d'Etat". Si j'étais un homme politique candidat à une élection, leur message me ferait beaucoup de tort. Ou peut-être L'Express a-t-il profité de mon message pour insulter deux politiciens qu'il n'aime pas ? Après un tel manque de rigueur, comment faire confiance à ce magazine ?

 

Texte du message envoyé à L'Express
(forum@lexpress.frle 16/12/2003

Texte publié par L'Express
le 26/01/2004
page 106

Sur la couverture de L'Express n° 2736 du 11 au 17/12/2003 une photo de George W. Bush emplit toute la page, avec cette légende : George W. Bush - L'homme qui nous a gâché l'année.

J'avoue que si on m'avait demandé de choisir l'homme qui m'a le plus gâché l'année, j'aurais pensé à Ben Laden, à cause de ses attentats. Je pense que le président Bush, en luttant contre le terrorisme, en envoyant ses soldats mourir en Irak et en Afghanistan pour défendre toutes les démocraties, donc la France, a plutôt bien fait que mal fait.

En débarrassant le monde d'un dictateur sanguinaire, Saddam Hussein, qui aidait et abritait le terrorisme et menaçait de déstabiliser une région pétrolière vitale pour l'économie du monde, il mérite des louanges et de l'aide, pas une insulte comme cette couverture de L'Express.

En tentant de faire progresser la démocratie dans le monde arabe, qui génère du terrorisme précisément parce que ses régimes tyranniques désespèrent leurs citoyens, il rend service au monde, donc à notre pays.

En faisant tout cela avec l'argent de ses contribuables, il est généreux pour nous.

En tout cas, il ne mérite pas ce genre de rejet, qui déshonore L'Express. Cette page de couverture annonce, en fait, un article 100% négatif dans la vision qu'il donne de la politique américaine, donc dénué d'objectivité, étalant sur 7 pages (c'est énorme !) son antiaméricanisme et ses exagérations.

Dans un hebdomadaire qui prétend être objectif et respecter ses 500.000 lecteurs, c'est là un journalisme détestable, méprisable.

Daniel MARTIN






J'ai du mal à comprendre en quoi M. Bush aurait gâché l'année aux Français. Qu'il l'ait gâchée à Saddam, ce salopard intégral que la France a soutenu jusqu'au bout, d'accord. (…) Bush n'est pas l'homme qui m'a gâché l'année, bien au contraire. Celui qui me l'a gâchée s'appelle Chirac, petit souverain qui continue à se croire homme d'Etat et qui ferait mieux (…) de s'intéresser à ce qui se passe en France.

 

D. Martin (courriel)

 

Avec une belle constance dans son antiaméricanisme, le numéro suivant de L'Express, daté du 25/12/2003, persiste et signe avec, en première page après la couverture, un dessin pleine page de Plantu représentant un président Bush caricaturé de manière à paraître stupide et entêté, sur fond de texte en gros caractères répété 10 fois : «Attention, je peux aussi vous pourrir toute l'année 2004». Et à côté de Bush un petit terroriste barbu, bombe sous le bras, qui dit : «Moi aussi». J'ai donc décidé de lire moins souvent L'Express et annulé mon abonnement.

1.1.4.3                        Une information à sens unique

Comme les Français, la grande majorité des journalistes sont ou sont devenus antiaméricains depuis l'invasion de l'Irak. Nous l'avons vu, ils ont tendance à ne pas être objectifs dès qu'il s'agit de politique des Etats-Unis, et nous le verrons de manière encore plus affirmée. Cela les conduit souvent à publier des informations à sens unique, c'est-à-dire des informations qui ne respectent pas la règle d'impartialité pourtant à la base de leur métier. Concernant l'Irak, par exemple, ils ne publient que les mauvaises nouvelles.

 

C'est pourquoi je salue le contre-exemple suivant, extrait d'un article de l'envoyé spécial du Figaro en Irak, Renaud Girard, publié dans Le Figaro du 14/11/2003 sous le titre La rue irakienne à l'écart de la nouvelle guerre :

"Le miroir grossissant des images télévisées ne donne pas un reflet toujours exact de la situation en Irak..."

"Sur 90% du territoire, la vie suit son cours tranquillement et, dans son écrasante majorité, la population ne regrette pas le régime de Saddam Hussein. Les Américains n'ont guère de problèmes pour travailler avec les institutions locales (conseils de quartier, conseils de district) qu'ils ont créées, ni pour recruter des Irakiens dans les nouvelles forces de sécurité (police, sécurité civile, armée)."

Il est triste que des messages positifs sur l'Irak comme celui-ci soient rarissimes dans les médias français, car un point de vue à sens unique négatif désinforme le public. Connaissant l'opinion des citoyens et se gardant bien de rétablir la vérité des faits, la grande majorité de classe politique adopte alors, elle aussi, une politique étrangère antiaméricaine, qui finit par faire du tort à la France.

1.1.5             Déformation des informations due à la peur des terroristes

L'agence de presse anglaise d'importance mondiale Reuters reconnaît qu'elle adoucit ses communiqués relatifs aux terroristes islamistes (voir [144]) par peur de représailles.

1.1.6             Prévisions boursières et économiques

Les exemples ci-dessus concernent la politique internationale. Mais les affirmations fantaisistes sévissent également dans d'autres domaines. Exemple : les prévisions boursières et économiques à quelques mois, qui s'avèrent souvent par la suite grossièrement infirmées par les faits. C'est ainsi que, dans l'article [84] page 2 :

§           les prévisions faites en juin 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2003 (qui a été de 3557,90 exactement) variaient selon les "experts" de 2300 (-35%) à 3735 (+5%) ;

§           les prévisions faites en décembre 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2004 variaient de 1750 à 4550, valeurs dans un rapport de 1 à 2,6.

 

Il suffit de constater, lorsqu'un journal publie côte à côte les prévisions à 6 mois d'analystes financiers sur une même variable, comme l'indice boursier CAC 40, que les valeurs données diffèrent largement. Dans ces conditions, quel crédit apporter aux opinions et prévisions de ces analystes ? Et, sachant que de telles erreurs de prévision se répètent, année après année, comment se baser sur ces prévisions pour risquer ses économies en bourse ?

1.1.7             Désinformation économique par manque de rigueur

L'ouvrage La guerre des deux France, celle qui avance et celle qui freine [125] signale page 107 l'article paru dans Le Monde du 20/03/2003, intitulé :

"Les groupes français affichent des pertes historiques en 2002"

Voici l'extrait de cet article qu'on trouve sur le site Internet du journal :

"Implantées dans l'industrie ou les services, les trente premières sociétés cotées ont enregistré 28,7 milliards d'euros de pertes cumulées, contre un bénéfice de 8,5 milliards lors de l'exercice précédent. Rarement l'économie française aura connu une aussi spectaculaire destruction de valeur. Les trente premières sociétés françaises industrielles ou de services cotées à Paris ont enregistré un résultat négatif cumulé de 28,7 [milliards] d'euros en 2002, alors qu'en 2001 elles affichaient encore un bénéfice cumulé de 8,5 milliards d'euros."

Les lecteurs avaient de quoi être effrayés en apprenant que les 30 premières sociétés cotées à Paris avaient fait de telles pertes en 2002. Toutefois, en examinant dans l'article le tableau de leurs résultats détaillés, on s'apercevait que 2 entreprises avaient affiché des pertes colossales : Vivendi Universal (-23,3 milliards d'euros) et France Télécom (-20,7 milliards d'euros), c'est-à-dire 44 milliards d'euros à elles deux. Les 28 autres entreprises avaient donc, en réalité, gagné 44 - 28,7 = 15,3 milliards d'euros.

 

Sachant, en mars 2003, que la gestion de Vivendi Universal et de France Télécom avait été un désastre de grande ampleur, exceptionnel par son mauvais management et par conséquent non significatif, il ne fallait pas le prendre en compte en même temps que les autres entreprises, qui avaient été gérées normalement. En le prenant en compte, l'auteur de l'article a désinformé ses lecteurs : il a fait la même erreur qu'un physicien qui, dans une suite d'expériences, aurait tenu compte de 2 résultats sur 30, à l'évidence non significatifs.

 

La désinformation est d'autant plus grande que :

§           13 des 28 autres entreprises du tableau avaient fait, en 2002, des bénéfices supérieurs à ceux de 2001 ;

§           Sur ces 28 entreprises, 6 seulement avaient perdu de l'argent, 7,4 milliards d'euros au total. Et parmi ces 6, une seule, Alcatel, notoirement mal gérée elle aussi, représentait à elle seule 4,7 milliards d'euros de pertes, c'est-à-dire 4,7 :7,4 = 64% des pertes totales de ces 6 entreprises.

 

En réalité, donc, malgré le ralentissement observé en 2002, les 28 entreprises aux résultats significatifs avaient plutôt progressé. En aucun cas, on ne pouvait parler de pertes historiques.

 

Nous avons là un exemple de désinformation par manque de rigueur journalistique et volonté de faire du sensationnel ("pertes historiques") au mépris de la réalité. Et Le Monde est considéré comme un journal de référence !

 

L'exigence de rigueur est décrite ci-dessous dans la section "Qualité des informations politiques et économiques".

1.1.8             L'impunité des journalistes et le « quatrième pouvoir »

Les journalistes ne rendent de compte à personne de leurs méfaits éventuels : c'est là une situation d'impunité inacceptable, compte tenu de la puissance des médias, véritable «quatrième pouvoir» (après les trois premiers, qui sont l'exécutif, le législatif et le judiciaire). Les médias constituent tantôt un puissant moyen, pour le pouvoir en place, d'influencer son peuple, tantôt un contre-pouvoir limitant celui des trois pouvoirs classiques. Mais les médias français n'ont guère de contre-pouvoir crédible, à l'exception du journal satirique Le Canard Enchaîné, de quelques sites Internet insuffisamment connus et d'un grand nombre de livres lus, hélas, par une petite minorité de citoyens. La télévision, en particulier, fait ce qu'elle veut, nous le verrons.

 

Voir aussi le paragraphe Médias, populisme et démagogie.

1.2                 Caractéristiques des médias

1.2.1             Définition du mot "médias"

Dans la suite de ce texte nous appellerons médias des outils ou des moyens (matériels, entreprises) permettant à des hommes de s'exprimer et de communiquer avec autrui.

 

On distingue trois catégories de "médias" selon leur support :

§           Les médias autonomes : livres, journaux, CD, DVD, disques d'ordinateur, etc. avec des matériels comme le magnétoscope, le lecteur de CD, etc.

§           Les médias de télédiffusion : radio, télévision, satellites.

§           Les médias de télécommunication : (réseau téléphonique commuté, réseau d'ordinateurs comme Internet).

 

Cette section s'intéresse aux caractéristiques des seuls médias suivants :

§           journaux et magazines,

§           émissions de radio et de télévision,

§           serveurs de données, sons et images du réseau Internet,

au point de vue de leur impact sur le bon fonctionnement de la démocratie, et seulement à ce point de vue-là. Exemple : Nous nous intéresserons à l'impact des journaux télévisés sur les opinions des électeurs.

1.2.2             Prépondérance de la télévision

Selon [8] page 754, voici les réponses à un sondage effectué en France de février à mars 2001 (période électorale), qui a posé la question : «Comment vous informez-vous sur ce qui se passe dans le monde ?»

 

Réponses

% des sondés

Télévision

64%

Journaux

20%

Radio

8%

Magazines

5%

Internet

2%

Télétexte

1%

 

Conclusion : le public s'informe d'abord en regardant la télévision, ensuite en lisant les journaux et magazines, enfin en écoutant la radio. Les magazines, les livres et Internet ne touchent qu'une minorité.

 

Pour plus de détails sur France Télévisions, voir la fin du paragraphe Responsabilité sociale des médias.

 

Voir aussi le texte "La désinformation par la télévision" http://www.danielmartin.eu/Arg/Desinformation.htm .

1.2.3             Crédibilité des médias et confiance du public

Selon [8] page 753, voici les réponses à un sondage effectué en France en décembre 2000, qui a posé la question :

"Face à une nouvelle importante, à quel média faites-vous le plus confiance ?"

 

Réponse : je fais confiance...

à la
télévision

à la
presse
écrite

à la
radio

pour avoir connaissance de cette nouvelle

48%

25%

19%

pour expliquer en détail cette nouvelle

43%

36%

14%

 

Il est dommage qu'en France la radio n'occupe pas une place plus importante en matière d'information politique et économique, parce que deux radios offrent pas mal d'émissions valables dans ces domaines : France Inter et Europe 1.

 

Voici un exemple d'événement qui met à mal la crédibilité d'un journal et, par amalgame parce qu'il est très connu, celle de toute la presse. Il est publié par Le Figaro économie du 14/01/2004.

"Le 11 mai 2003, le New York Times révélait que l'un de ses brillants reporters, Jayson Blair, 27 ans, était l'auteur d'une quarantaine d'articles fabriqués ou plagiés. Mea culpa aux lecteurs, réunions publiques, démissions forcées dont celle du rédacteur en chef contesté Howell Raines... La réputation du Times est alors sérieusement écornée."

 

Voici un extrait des pages 337 et 338 de [101], ouvrage de référence sur l'impact des médias sur la démocratie, partout dans le monde. Il concerne les M*A*R*S (Moyens d'Assurer la Responsabilité Sociale, c'est-à-dire des pratiques déontologiquement correctes) des médias français au service de la démocratie :

"Au fond, les médias, de droite et de gauche, élitistes ou populaires, sont coupables de s'être peu souciés, pendant de longues années, de phénomènes graves mais dérangeants pour les gouvernements successifs : par exemple l'alcoolisme, le dopage dans le sport, le financement occulte des campagnes électorales, la protection du consommateur, la défense de l'environnement, la corruption dans les milieux gouvernants à tous les niveaux.

Mais en fait, ce qui frappe le grand public, ce sont les grosses bavures. Il s'en est produit beaucoup en France dans les années quatre-vingt-dix : photos truquées, interviews truquées, documentaires truqués. Corruption (comme dans l'affaire Botton) et inventions (tel le vol d'organes sur enfants latino-américains). Violations de vie privée et dénonciations à effets mortels, comme le suicide du Premier ministre Bérégovoy, et l'accident de la princesse Diana. Sans parler d'une collusion trop évidente des médias et du pouvoir : y a-t-il une autre démocratie où l'on verrait le président (François Mitterrand en 1992) être interrogé à la télévision par deux journalistes qui se trouvaient être les épouses de deux de ses ministres ?

Tous ces cas ne constituent pas des accidents isolés, mais des manifestations de vieilles traditions, aggravées par des dérives nouvelles. L'observateur aguerri est à peine choqué par les jugements de correspondants étrangers en poste à Paris parlant en privé de leurs collègues français : "Tous corrompus et débiles... ils ne font que de la publicité... le travail dans les quotidiens est de prendre l'AFP et de l'embellir... ils écrivent pour ne rien dire... catastrophiques surtout en économie... ils se croient très importants et indispensables... ils sont au service du gouvernement... la révélation d'un grand scandale ne sera pas possible en France."

Accablant, non ? Et que dire de l'extrait suivant de la page 350 de [101] ?

"Des usages [journalistiques] sont nés de la tradition d'assujettissement au pouvoir en place ou à un parti - plutôt que de dévouement à l'intérêt des citoyens. Ces usages ? Ils consistent en une indifférence à la recherche des faits, à l'exactitude factuelle, à la qualité des sources ; en un souci de qualité littéraire accompagnée de dédain pour l'expertise et le travail de préparation ; en l'habitude de mêler ses opinions personnelles aux informations, des commentaires d'ailleurs sans intérêt bien souvent en raison de l'incompétence de leur auteur. Le manque de professionnalisme est évident."

1.2.4             Indépendance des journalistes. Autolimitation

Les lecteurs et auditeurs ne se font pas trop d'illusions sur l'indépendance des journalistes. D'après [8] page 752, un sondage de janvier 2001 a donné les réponses suivantes à la question :

"Croyez-vous que les journalistes sont indépendants, c'est-à-dire qu'ils résistent..."

 

Réponse

Non, ils ne sont pas indépendants

Oui, ils sont indépendants

Sans opinion

...aux pressions des partis politiques au pouvoir

59%

32%

9%

...aux pressions de l'argent

69%

20%

11%

 

Exemple : l'ouvrage de Fareed Zakaria [82] explique de manière très convaincante que la vraie démocratie, la démocratie constitutionnelle, ne peut être instaurée ou ne peut perdurer dans un pays où manquent l'état de droit et un PIB par habitant supérieur à environ $6000 par an. Il donne maints exemples à l'appui. Et, à propos de l'Irak et de l'Afghanistan, il se contente de souhaiter que les choses s'arrangent, il ne tire pas la conclusion évidente de sa propre démonstration : ces deux pays n'ont aucune chance de parvenir à la démocratie constitutionnelle dans les prochaines années, parce qu'ils n'ont ni état de droit ni un PIB suffisant, et ne risquent pas de les avoir rapidement (voir "Irak, Afghanistan : la démocratie impossible" http://www.danielmartin.eu/Politique/Irak-Afghanistan-la-democratie-impossible.htm ).

 

Je lui ai envoyé un message pour lui faire part de mon étonnement : docteur en sciences politiques, il est un des journalistes les plus connus et les plus influents du monde ; ses analyses dans Newsweek, où il est Directeur de la rédaction internationale, tiré chaque semaine à plus de 4 millions d'exemplaires, frappent par leur clarté et leur pertinence. Il a énormément travaillé pour son livre et s'est fait aider par des collègues qui ont cherché des informations pour son compte. Un pareil professionnel ne pouvait pas passer à côté d'une conclusion aussi évidente. Il l'a pourtant fait.

 

Je ne vois qu'une raison : en tant que personne très influente, véritable leader d'opinion, il n'a pas voulu prédire l'échec de la politique de son pays sur un point fondamental : il a manqué d'indépendance. Il lui arrive pourtant de critiquer un point de détail de la politique américaine, ou un politicien américain, mais il n'a pas osé tirer toutes les conséquences de sa propre démonstration.

 

Il n'a pas répondu à mon message, alors qu'il encourage les lecteurs de Newsweek à lui écrire en donnant son adresse de messagerie.

 

Cette attitude de M. Zakaria est un exemple d'autolimitation, assez courant chez les journalistes de médias à forte audience. L'autolimitation fait obstacle à la diffusion d'informations nécessaires à la formation d'opinion des électeurs.

1.2.5             Influence et réputation des médias

Indépendamment de ses journalistes, un média exerce une influence politique qui dépend fortement de sa réputation. Le Monde, par exemple, est qualifié de "journal de référence" parce qu'il s'est construit, dans ses premières années, une référence de sérieux et d'impartialité. Même si cette réputation a été attaquée récemment par des ouvrages comme [9], beaucoup d'intellectuels continuent à faire confiance au Monde. De même, Le Figaro offre souvent des articles sérieux, bien documentés et objectifs, à l'opposé des exemples cités dans ce texte à propos de la guerre en Irak.

 

Lorsqu'on lit un article bien écrit, objectif, qui couvre bien son sujet, dans un journal qu'on respecte, on se laisse plus facilement convaincre que s'il est publié par un journal auquel on ne fait pas confiance. De même, les informations de 12h sur Europe 1 sont en général animées par des journalistes sérieux. Dernier exemple, Yves Calvi fait un excellent travail dans son émission télévisée quotidienne d'informations "C dans l'air", sur France 5, qui a dépassé sa millième émission.

 

A force d'obtenir le respect de leur audience, certains médias acquièrent une réputation qui leur confère une influence importante, donc le respect un peu craintif des politiciens.

 

Inversement, lorsqu'un média désinforme son public, il perd sa confiance au moins en partie. C'est ainsi qu'à la suite du scandale de l'émission Today de la BBC, qui a diffusé à 6 millions d'auditeurs des informations fausses, un sondage [53] a révélé que 30% des Anglais avaient désormais moins confiance dans la BBC. Le 28/01/2004, le très respecté juge Lord Hutton a déposé un rapport affirmant que la BBC avait accusé sans fondement le gouvernement britannique d'utiliser des renseignements [sur les armes de destruction massive irakiennes] dont il connaissait la fausseté. Ce mensonge de la BBC contre le gouvernement du Royaume-Uni s'est ainsi retourné contre elle ; son président, M. Gavyn Davies, a dû démissionner, ainsi que le directeur général M. Greg Dyke et le journaliste coupable. (Voir [117]).

 

L'influence des médias est indispensable en démocratie, pour contrebalancer la propagande éventuelle des politiciens, au pouvoir ou dans l'opposition, et la publicité des groupes financièrement puissants. C'est pourquoi on appelle souvent les médias des "contre-pouvoirs".

1.2.6             Le choc des images

Des images fortes, à la télévision, peuvent faire découvrir aux spectateurs, des faits ou des situations qu'ils ignoraient. Exemples :

§           Le choc des images du 11 septembre 2001, avec les tours du World Trade Center en flammes, ont fait découvrir au monde, et d'abord aux Américains, qu'ils n'étaient pas invulnérables et que des terroristes pouvaient les tuer par milliers, dans leur propre pays. La force de ces images a été telle qu'il a été facile ensuite, au président George W. Bush, d'entraîner son pays dans les guerres d'Afghanistan et d'Irak.

§           Le choc des images de l'attentat islamiste du 16 mai 2003 à Casablanca, a permis au roi du Maroc de surmonter l'opposition des religieux musulmans, qui durait depuis des années, pour imposer une réforme considérable du droit des femmes, devenues début 2004 les égales des hommes dans ce pays musulman ([13]).

 

Les médias savent profiter de l'impact des images-chocs pour obtenir quelque chose des citoyens. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut obtenir des dizaines de milliers de dons d'argent ou d'objets pour des Africains misérables, en montrant des enfants décharnés et couverts de mouches dans les bras de mères squelettiques.

 

De telles campagnes de sensibilisation sont justifiées, bien sûr, mais lorsque toutes les télévisions du monde ont montré les "fosses communes de Timisoara", en Roumaine, elles ont révolté des millions de téléspectateurs avec un montage, car les victimes de tortures présentées étaient en réalité des morts d'un cimetière voisin exhumés pour l'occasion, pour être filmés par les journalistes !

 

Les téléspectateurs doivent donc être vigilants : lorsque les images qu'ils voient trahissent une volonté manifeste de journalistes de choquer, voire de révolter, ils doivent rester un peu sceptiques et attendre, avant de se faire une opinion, qu'une confirmation soit fournie, de préférence par un autre média, indépendant du premier.

 

La télévision peut aussi faire découvrir un candidat, auparavant peu connu. C'est ainsi que, à l'élection présidentielle américaine de 1960, tous les sondages donnaient Richard Nixon élu contre son adversaire peu connu, John Kennedy. Il a suffi d'un débat télévisé, où Kennedy surclassa nettement son adversaire, pour que les sondages basculent et que Kennedy soit finalement élu.

 

La télévision peut aussi briser une carrière. En 1986, à 39 ans, M. Laurent Fabius était Premier ministre et pouvait espérer devenir président. Il a suffi d'un seul débat télévisé avec M. Jacques Chirac, qui l'a nettement surclassé, pour que ses espoirs s'envolent et que la gauche qu'il dirigeait perde les élections.

 

Mais il peut aussi arriver que la télévision ne fasse pas changer d'avis un pourcentage significatif d'électeurs et ne départage pas des candidats. Exemple : le duel Chirac - Mitterrand de mai 1988.

1.2.7             Journalisme d'information ou d'investigation

Par définition :

§           Le journalisme d'information, en anglais news-reporting, diffuse les informations reçues de sources habituelles : agences comme l'AFP, Agence France-Presse, communiqués de presse, interviews, etc. en les commentant éventuellement.

§           Le journalisme d'investigation, en anglais news-making, cherche des informations en faisant des enquêtes. Ces informations doivent être vérifiées, puis analysées et résumées avant d'être enfin diffusées.

Ce type de journalisme demande bien plus de temps, d'efforts et d'argent que le journalisme d'information. Il présente aussi un danger plus grand, celui d'inventer, de déformer, d'extrapoler ou de généraliser abusivement.

1.2.8             Agence France-Presse

Sources : [55] et [8] page 318. L’Agence France-Presse est une des trois grandes agences mondiales d’information, avec Associated Press (USA) et Reuters (Grande-Bretagne). Comme ces dernières, ses fonctions sont :

§           Recueillir des nouvelles dans tout le monde, grâce à leurs nombreux correspondants locaux, et les redistribuer aux médias, aux administrations publiques (gouvernements) et à d'autres abonnés.

Les divers médias reçoivent donc tous les mêmes informations de chaque agence, il faut le savoir pour juger de la qualité de leur journalisme d'information. La plupart des journalistes se contentent de rapporter les nouvelles reçues des agences, sans aller eux-mêmes les chercher, parce que les agences constituent une mise en commun de moyens financièrement indispensable.

§           Les nouvelles distribuées comprennent souvent des analyses, des photos, des enregistrements sonores et vidéo.

 

Héritière de l’Agence Havas fondée en 1932, elle est dotée d’un statut spécial définitif par la loi du 10 janvier 1957. Cette loi garantit à l’AFP une indépendance réelle par rapport au pouvoir politique, de par la composition du conseil d’administration et l’élection de son président. Le président-directeur général de l’Agence est élu pour trois ans renouvelables par le conseil, lui-même constitué de représentants des entreprises de la presse écrite (huit) et audiovisuelle (deux), de représentants de certains services publics (trois) et du personnel de l’Agence (deux).

 

L’AFP dispose d’un immense réseau de transmission par câbles, liaisons hertziennes et satellites. Elle emploie environ 2000 personnes dont 850 journalistes. Présente dans 167 pays, elle compte, parmi ses clients, plus de 100 magazines nationaux, 7000 quotidiens, 2500 radios, 400 télévisions et 96 agences de presse nationales. Pour satisfaire tous ces clients, elle diffuse en six langues : français, anglais, espagnol, portugais, arabe et allemand.

 

La concurrence est extrêmement vive entre les grandes agences mondiales. L'AFP est en retard par rapport à ses concurrents Reuters et Associated Press dans le multimédia, et quasi absente de l'information audiovisuelle. C’est pourquoi elle a entrepris un plan de modernisation :

§           Informatisation de la rédaction et des réseaux de collecte et transmission ;

§           Mise en place d’une banque de données (Agora) disponible sur le réseau télématique ;

§           Développement de services spécialisés, économique en particulier ;

§           Développement du secteur photos-images par le rachat de Keystone et la création d’un département infographie, c’est-à-dire un service d’illustrations graphiques de l’actualité (dessins, graphiques, tableaux) réalisées sur ordinateur et distribuées par télécommunication.

 

Si son statut protège en principe son indépendance structurelle par rapport au gouvernement, l’équilibre financier dépend, lui, largement de l’État, puisque 40% environ des abonnements sont souscrits par l’Administration (ministères, préfectures, ambassades, par exemple). En pratique donc, l'AFP ne pouvant survivre sans les subventions de l'Etat, son indépendance n'est pas absolue.

1.3                 Information et communication

1.3.1             Définitions : information, connaissance, communication, émetteur, cible

Dans le reste de cet ouvrage, voici comment nous définissons ces termes.

§           Une information (appelée parfois information brute) est la description d'un fait ou l'annonce d'un événement. Elle se présente souvent, de nos jours, sous forme de données informatiques (nombres, textes, sons, images). C'est pourquoi certains l'appellent "donnée".

§           Un ensemble d'informations brutes (faits ou événements) devient de la connaissance lorsqu'il est structuré. Les faits ou événements sont alors reliés entre eux, une synthèse en a été faite, constituant une valeur ajoutée : il y a eu conceptualisation, effort d'abstraction, de compréhension.

Une connaissance est utilisable, une information brute l'est rarement.

Les journalistes qui diffusent des informations politiques et économiques doivent donc apporter à leur public cible cette valeur ajoutée, pour qu'il comprenne ces informations et en apprécie l'importance. Ils doivent donc avoir une formation dans ces domaines ou faire appel à des spécialistes, mais hélas on voit trop de cas où ils massacrent des sujets qu'ils n'ont pas pris le temps d'étudier.

Remarque : ceux qui appellent "donnée" ce qu'on appelle ici "information", appellent "information" ce qu'on vient de définir par "connaissance".

§           La communication est l'action de transmettre des informations et des connaissances entre un "émetteur" (personne ou média qui les diffuse) et une "cible" (un ou plusieurs destinataires).

La communication a un but : informer la cible, la distraire ou la convaincre. Elle est dite efficace si elle a atteint son but. Lorsque la cible comprend de nombreuses personnes, l'efficacité est la proportion de personnes qu'on a réussi à informer, à distraire ou à convaincre.

Exemple : si la cible de l'émission "100 minutes pour convaincre" est l'ensemble des téléspectateurs présents devant leur téléviseur ce soir-là, une efficacité de 14% signifie que la part d'audience de l'émission a été de 14% des téléspectateurs.

Ne pas confondre la "communication entre émetteur et cible" que nous venons de définir, avec la "communication publicitaire" ou le sens de "communication" dans l'expression "Direction de la communication", direction chargée des relations avec les médias et de la publicité, dans une entreprise, une administration ou un parti politique.

1.3.2             Conditions nécessaires à une communication efficace

1.3.2.1                        Inspirer la sympathie

Blaise Pascal avait remarqué que les hommes sont portés à trouver vrai ce qui plaît et faux ce qui déplaît. Il en a déduit qu'une argumentation devait remplir deux conditions d'efficacité pour convaincre sa cible : il faut séduire le cœur et persuader la raison (voir [39]).

 

En somme, si celui qui veut convaincre paraît antipathique, ou on ne l'écoute pas ou on ne le croit pas, même si ses arguments sont bons. C'est pourquoi les politiciens s'efforcent d'être souriants et agréables lorsqu'ils sont en public.

 

Les spécialistes de la communication affirment même que la grande majorité des gens sont plus sensibles à la forme de la communication qu'au fond. Ils prétendent qu'à moins de proférer des absurdités évidentes, un communicateur talentueux aura de fortes chances de convaincre.

§           Un auteur doit adopter un style clair et agréable à lire. Il doit prendre soin de présenter ses idées avec la modération nécessaire pour ne pas choquer les convictions de ses lecteurs. Il doit émailler son texte d'anecdotes et d'exemples pour le rendre vivant et concret.

§           Un présentateur de télévision, un politicien interviewé ont d'autant plus de chances de plaire aux téléspectateurs, donc de les convaincre qu'ils sont beaux, bien habillés, souriants et parlent d'un ton agréable (voir [46]).

 

Lorsque le sujet est sérieux, voire grave (chômage, insécurité...) un politicien qui parle attirera la sympathie, donc convaincra, s'il donne une image de détermination, de confiance et de compassion pour les victimes. Il doit aussi faire en sorte que ceux qui l'écoutent se sentent proches de lui : il évoquera donc des situations qu'ils connaissent, avec les émotions qu'ils ont et un langage qu'ils comprennent.

1.3.2.2                        La raison de l'homme est inséparable de son cœur

C'est à l'âge de 17 ans que j'ai lu Pascal, que j'ai été frappé par sa règle : pour convaincre il faut séduire le cœur et persuader la raison. En y réfléchissant les jours suivants, je me suis aperçu que l'on peut généraliser cette règle en affirmant :

L'émotion est une dimension de toute activité de l'esprit.

Etant élève de lycée, je devais apprendre des choses et m'en souvenir. J'ai remarqué que lorsque j'avais compris une démonstration mathématique ou une expérience de physique, j'avais éprouvé du plaisir. Par la suite, le souvenir agréable des sensations de ce plaisir revenait chaque fois que je repensais à cette démonstration ou cette expérience, impossible de l'en empêcher. J'ai pris l'habitude d'associer délibérément les diverses sensations de plaisir avec la chose à mémoriser, ce qui m'a aidé à m'en souvenir.

 

En somme, en transformant les informations de la démonstration ou de l'expérience en connaissances, j'introduisais le plaisir comme élément à part entière de cette connaissance, et le type de plaisir, ses détails, m'aidaient à appréhender et à mémoriser les informations.

 

Exemple : si j'avais dû passer une demie heure à comprendre une démonstration un peu subtile de géométrie, le plaisir de comprendre avait autant de sensations particulières qu'il y avait eu de difficultés à vaincre. Chaque difficulté, c'est-à-dire chaque étape importante de la démonstration, était associée à un plaisir particulier et l'ordre des étapes en devenait plus facile à mémoriser.

 

En résumé, compréhension et mémorisation ont aussi une dimension d'émotion (plaisir, souffrance, surprise, indignation...) en plus de la partie rationnelle, et les deux parties concourent à la connaissance. La dimension émotionnelle est autant partie intégrante, incontournable, d'un raisonnement ou d'une mémorisation que la couleur est partie intégrante et incontournable de la vision.

 

Lorsqu'on est convaincu par une communication politique, on adhère par le cœur autant que par la raison. Lorsque cette conviction se traduit en action (exemple : voter) celle-ci s'explique autant par un sentiment que par un raisonnement, parce que ces deux dimensions sont indissociables.

1.3.2.3                        L'abstrait s'appuie toujours sur du concret

La communication doit transmettre des connaissances. Celles-ci ont été élaborées à partir d'informations brutes par un processus d'abstraction : la conceptualisation. Voici quelques règles de conceptualisation, suivies d'exemples.

1 - Toute conceptualisation est un processus d'abstractions successives, qui part d'informations si immédiates, si familières qu'elles paraissent concrètes.

Un exemple simple part des notions familières de maison et église pour construire (par induction) le concept de village, qui regroupe des maisons et une église.

2 - Même les concepts les plus abstraits sont, dans notre cerveau humain, construits à partir d'informations ou de sensations bien concrètes : images, sons, etc. La construction peut demander une ou plusieurs étapes d'abstraction.

3 - Une abstraction pure, qu'on ne peut rattacher à aucune notion concrète n'existe pas, parce qu'elle est inexprimable.

4 - Une abstraction est d'autant plus facile à comprendre qu'elle se déduit d'informations concrètes par un nombre réduit d'étapes de conceptualisation.

 

Pour bien comprendre une abstraction, beaucoup de gens ont besoin de se représenter les informations ou les abstractions qui la composent et leurs opérations d'association en utilisant un schéma. Un schéma aide l'esprit à faire des analogies graphiques de certaines propriétés des abstractions qu'on manipule.

 

L'art de la communication prescrit :

§           De ne pas dépasser le niveau de conceptualisation de sa cible (le public à qui on s'adresse), en partant de notions qu'il maîtrise bien, puis en effectuant des abstractions successives au moyen d'opérations bien claires, appuyées sur des exemples ;

§           De faire le point de temps en temps : où en sommes-nous, qu'avons-nous appris, que nous reste-t-il à faire, quelles sont les conséquences ?

§           Si en plus la communication est destinée à convaincre, il est bon d'apporter des preuves de ce qu'on avance. On peut vérifier sa conclusion sur un exemple, ou déduire de sa conclusion une proposition évidente, ou montrer que la proposition contraire est absurde, etc.

 

Il ne faut pas confondre communication à autrui de la pensée et élaboration personnelle de cette pensée.

On peut trouver un bon exemple d'élaboration d'une pensée dans le Discours de la Méthode de Descartes, téléchargeable gratis à partir de la page http://abu.cnam.fr/cgi-bin/donner_html?methode3.

 

La communication suppose, pour chaque abstraction, un raisonnement par induction et/ou analogie, alors que l'analyse utilise surtout des déductions. Ignorer cette différence conduit souvent à des communications inefficaces, qui partent d'une abstraction incomprise, la décomposent par une analyse difficile à comprendre pour une personne qui n'a pas compris l'abstraction de départ, etc.

 

Exemple : si on essaie d'expliquer la notion de "république" comme le fait un dictionnaire, par la phrase :

Etat gouverné par un corps de représentants de la nation, élus pour un temps

on bute sur les notions d'Etat et de nation. Il vaut mieux expliquer d'abord ce qu'on entend par Etat, ce qui peut demander plusieurs étapes, puis ce qu'on entend par nation, et enfin introduire la notion de république grâce à celle de gouvernement.

 

En analysant la manière dont un auteur ou un conférencier qui a du métier s'adresse à son public, on peut se faire une idée de ce public, de son niveau. C'est particulièrement intéressant lorsqu'il s'agit d'un électorat potentiel : on peut ainsi deviner quelle est la clientèle électorale visée. J'en donne un exemple avec une interview de M. Thibault (CGT) à l'Humanité.

1.3.2.4                        Ce que le public attend des médias

En matière d'informations politiques ou économiques, les lecteurs ou auditeurs attendent des médias :

§           Qu'ils rapportent les événements et les faits, qui sont des informations ;

§           Qu'ils les transforment en connaissances, en les analysant et en déduisant leurs conséquences.

 

Il arrive, hélas, que les journalistes dérapent :

§           En rapportant des faits inexacts ou tronqués. Cela arrive, notamment, lorsque leurs opinions politiques empiètent sur leur objectivité.

§           En exagérant ou en minimisant l'importance de certains faits ou événements.

§           En faisant des procès d'intention ou en laissant croire à des opinions que ceux qu'ils interviewent n'ont pas exprimées.

§           En faisant des prédictions fantaisistes, etc.

 

Pour plus de détails sur les dérapages possibles, voir les règles de qualité des informations.

1.3.3             Règles de communication

1.3.3.1                        Conditions de compréhension d'un message

La compréhension d'un message est fonction :

§           Du débit du média retenu (auditif, visuel ou audiovisuel). Un présentateur qui parle trop vite est souvent mal compris. Des images trop brèves, se succédant trop vite, ne laissent pas au téléspectateur le temps de les comprendre et de les retenir. Inversement, un débit trop lent lasse ou même endort. Un débit trop régulier devient vite monotone, puis soporifique.

§           De la simplicité des arguments et de leur nombre. Des mots et des raisonnements abstraits sont plus difficiles à comprendre et compris par moins de gens. Un ou deux mots incompris permettent souvent de comprendre quand même l'essentiel du discours ; mais trop de mots incompris peuvent empêcher de comprendre, ou faire comprendre autre chose que ce que l'émetteur voulait dire.

§           De l'utilisation d'un exemple, judicieusement choisi, à l'appui de toute information abstraite ou nouvelle.

§           De l'association de deux sens, comme la vue et l'ouïe, qui facilite la conceptualisation. Une explication audiovisuelle passe mieux, est mieux mémorisée, qu'une explication exclusivement visuelle ou auditive.

§           De l'utilisation par le conférencier ou l'auteur de signes familiers à l'audience, qui appartiennent à son milieu culturel. Pour convaincre un auditoire ou des lecteurs, il faut leur parler de problèmes et situations qu'ils connaissent, en des termes qu'ils comprennent ; il faut évoquer des émotions qu'ils ressentent ou peuvent facilement ressentir.

§           De la redondance du message. Un bon conférencier qui explique quelque chose de complexe sait revenir sur les points essentiels, pour que son auditoire les comprenne bien et les situe par rapport à l'ensemble.

Plus généralement, la répétition d'un message qui ne choque pas contribue à le faire comprendre et à convaincre la cible. Cet effet de répétition est très connu et utilisé par la publicité : à force d'entendre parler d'un produit, on a tendance à le considérer comme familier et à en envisager l'achat ; à force de voir les visages heureux des gens qui s'en servent dans le spot publicitaire, on l'associe à un plaisir, on en acquiert une image favorable. A force d'entendre parler d'insécurité dans chaque journal télévisé, dans les mois qui ont précédé les élections de 2002, les électeurs en ont fait leur première préoccupation.

1.3.3.2                        Persuasion : respect ou discrédit de l'auteur

Pour la persuasion, la compréhension du message compte moins que le crédit accordé à la personne qui le délivre. Il y a des personnalités qui sont tellement respectées qu'elles emportent automatiquement la conviction.

§           Lorsque l'abbé Pierre parle des sans-logis, on le croit ; s'il demande des dons, on les envoie.

§           Lorsque le général De Gaulle parlait, il en imposait tellement que nul ne savait argumenter contre lui. Des gens dont les convictions étaient très fortes et l'intelligence très vive devenaient muets devant lui ; c'est le cas de Mme Golda Meir, premier ministre d'Israël, devant le charisme de laquelle le général Moshe Dayan lui-même pliait. Elle s'avouait impressionnée par De Gaulle et honorée lorsqu'il lui a parlé de manière aimable. Seuls des politiciens exceptionnels comme Winston Churchill savaient tenir tête à De Gaulle, tout en l'admirant et en le respectant.

 

En dehors de telles personnalités d'exception, le respect accordé à l'auteur d'un message est un élément majeur de la conviction.

§           Une personne dont l'honnêteté est connue, dont les actions ont une signification claire et constante, inspire confiance, donc convainc. Il faut vraiment qu'elle profère des énormités pour qu'on refuse de se laisser persuader.

§           Une personnalité connue (artiste, sportif, élu, universitaire, PDG, etc.) est réputée compétente dans son domaine d'activité ou d'étude. On cite facilement en exemple son opinion, même sur un sujet hors de ce domaine.

 

Inversement, lorsqu'une personne n'est pas respectée, il lui est à peu près impossible de convaincre. C'est pourquoi les scandales affectant la classe politique française l'ont tellement discréditée : financement des partis politiques par fausses factures, fonds secrets dont les bénéficiaires ne paient pas d'impôts, politiciens faisant bénéficier leur famille et leurs amis de logements de luxe à prix insignifiant ou de voyages aux frais de l'Etat, utilisation privée de véhicules ou de salariés payés par la collectivité, etc.

 

C'est parce que le discrédit est si important en politique, que de nombreux politiciens parlent plus souvent pour discréditer leurs adversaires que pour faire une proposition constructive. Chaque citoyen doit donc être vigilant, pour se rendre compte de la finalité de tels discours et se créer une barrière mentale contre eux, voire même retourner le discrédit contre ceux qui le lancent.

1.3.3.3                        Equilibre du message : argumentation à sens unique ou non

Lorsqu'on s'adresse à un auditoire intelligent et instruit pour le convaincre, on doit prendre soin de présenter le pour et le contre dans une argumentation, même si on privilégie l'un de ces aspects. En ne présentant que des arguments à sens unique, on risque d'être discrédité pour manque d'honnêteté intellectuelle, ou de laisser sans réponse des arguments dans l'autre sens qui viendraient à l'esprit des auditeurs.

 

L'équilibre du message est un exercice difficile, parce qu'il demande du temps pour couvrir tous les aspects de l'argumentation, et dans une interview ou un débat télévisé on n'a presque jamais ce temps. Ce point est développé au paragraphe La durée.

 

Si l'auditoire n'est pas d'aussi bon niveau, on peut se permettre d'argumenter à sens unique. Les professionnels de la politique et les syndicalistes le savent, ils en tiennent compte. Lorsqu'on écoute un message politique ou syndical, si les arguments sont à sens unique on peut être certain que le discours s'adresse à une "clientèle" de niveau modeste. Inversement, les membres de l'association politique ATTAC étant en majorité des intellectuels, les innombrables textes de combat politique d'ATTAC abordent le pour et le contre des divers sujets, tout en biaisant fortement l'argumentation dans le sens voulu. Pour plus de détails, voir la section "Désinformation par Internet".

1.3.4             Les filtres de choix des programmes

Parmi tous les programmes possibles, la radio et la télévision choisissent ceux qu'ils vont diffuser selon certains critères d'audience et de coût, qui constituent des filtres :

§           La taille de l'audience concernée : émission de masse ou élitiste.

§           La durée de l'émission, et de chaque séquence ou intervention au cours d'une émission donnée.

§           Le contenu émotif des messages et des images.

§           Le talent médiatique de l'intervenant ou des intervenants.

Intérêt de l'information

A ces filtres s'ajoutent quatre critères concernant l'information elle-même, lorsqu'il s'agit d'une émission d'information ; ces critères sont valables aussi pour la presse écrite :

§           La nouveauté de l'information : un journaliste veut toujours faire savoir ce qui est nouveau. Et plus c'est nouveau, plus c'est surprenant, plus ça vaut.

§           Ce dont on parle : un journaliste veut, lui aussi, parler de ce dont on parle. Il peut s'agir d'un événement politique (petite phrase ou annonce, par exemple), du mariage d'une personnalité, d'un scandale, tout ce qui fait débat. Les journalistes ont de ce fait un comportement moutonnier : si plusieurs en parlent, ou si un média de référence en parle, ceux qui n'en ont pas encore parlé le font. De ce fait, l'événement est amplifié, médiatisé, parfois surmédiatisé.

Ce phénomène crée parfois la notoriété en quelques jours, par exemple pour une vedette de cinéma, plus rarement pour un personnage politique. Il peut aussi lancer une mode.

Les journalistes ont tellement présent à l'esprit le besoin de parler de ce dont on parle, qu'il y a même une émission d'information de France 5 appelée "C dans l'air". Elle commente l'actualité sous forme de débats entre experts, d'excellente qualité au sens des connaissances (informations plus valeur ajoutée de synthèse) qu'elle apporte, et de son animation très professionnelle par M. Yves Calvi.

§           Ce qui est utile : un journaliste veut rendre service à son public en lui fournissant des informations utiles : hausse de prix, nouvel avantage fiscal, apparition d'un article utile, etc.

§           Ce qui est proche du public ciblé : un journaliste d'un quotidien alsacien donnera, toutes choses égales d'ailleurs, la priorité aux événements situés en Alsace ; il évitera manifestement des nouvelles concernant la Bretagne, sauf si celles-ci sont d'importance nationale selon les critères précédents.

Plus généralement, la notion de proximité a trait aux préoccupations de la cible : il peut s'agir de nouvelles intéressant des investisseurs - mais seulement des investisseurs, ou les amateurs de sport - et eux seulement, etc.

 

Nous abordons ci-dessous chacun des filtres d'audience et de coût avec ses conséquences.

1.3.4.1                        La taille de l'audience concernée : culture de masse ou culture élitiste

Plus encore que la radio, la télévision propage une culture "de masse", c'est-à-dire une culture à la portée du plus grand nombre d'auditeurs. Elle ne fait pratiquement aucune place à la culture classique, réputée plus élitiste, c'est-à-dire aux concerts de musique classique, aux ballets, aux opéras, aux pièces de la Comédie française, etc. Lorsqu'elle investit beaucoup d'argent dans des productions "d'expression française", destinées à défendre notre langue contre l'envahissement de l'anglais, il s'agit toujours de fictions susceptibles de plaire à un large public, comme "Les rois maudits" ou "Les Thibaults".

 

La nation française s'est unifiée autour d'un certain nombre de valeurs communes, dont la littérature, le théâtre et la musique constituent une partie importante. Les hommes politiques prétendent, chaque fois qu'ils en ont l'occasion, défendre «l'exception culturelle» française, en la protégeant de la conquête de l'audience par le cinéma, les chansons et la musique des Etats-Unis. Mais en réalité ils laissent la télévision de service public oublier ce patrimoine artistique. Au lieu de nous faire entendre au moins de temps en temps la vraie langue française, celle de Molière et de Balzac, la télévision et la radio diffusent une langue appauvrie, pleine de fautes, souvent prononcée à la manière des jeunes issus de l'immigration. Au lieu de la politesse française, célèbre depuis des siècles dans tout le monde et qui a fait un temps de notre langue celle des diplomates, l'Etat laisse la télévision française nous abreuver de grossièretés.

 

Lorsqu'on a dit au président de France Télévisions, lors d'une émission d'informations "C dans l'air" sur France 5 en décembre 2003, que beaucoup de téléspectateurs étaient choqués par la diffusion fréquente, sur la télévision de service public, d'émissions immorales comme "C'est mon choix", il a répondu deux choses :

§           notre télévision de service public doit présenter la société française comme elle est ;

§           il y a un public qui aime ce genre d'émission.

 

En somme, il veut que le service public donne parfois de la société française une image immorale, sous prétexte que certains téléspectateurs apprécient ce genre d'émission. Il refuse de considérer le mal que fait une telle image, l'exemple de moralité déplorable qu'elle donne à beaucoup d'auditeurs, notamment à des jeunes ; ceux-ci en concluront que la société est telle qu'on la leur présente et que les comportements immoraux qu'ils voient sont courants, donc permis ou au moins tolérés.

 

C'est exactement le raisonnement que font M6 et TF1, chaînes (sur ce point bassement) commerciales, pour justifier leurs émissions de "télé réalité". Sachant que le public qui cherche ce type d'émission peut le trouver sur les chaînes privées, on ne voit pas pourquoi la télévision de service public les offre aussi, aux frais des citoyens qui paient la redevance et au risque de propager des comportements immoraux.

 

Toutes les télévisions considèrent leurs diverses émissions, même les journaux télévisés, comme des produits de consommation, qu'elles adaptent à leur marché.

 

Comment le service public espère-t-il développer le niveau culturel des Français en ne leur montrant jamais les plus belles œuvres d'art ? Comment des jeunes qui ne lisent presque jamais (à l'exception récente de Harry Potter !) découvriront-ils la beauté des vers de Racine et Hugo, si on ne leur montre pas leur théâtre ? Comment des gens qui n'entendent qu'une musique faite de bruits pourront-ils découvrir l'harmonie de la musique classique ? Comment ceux qui ne connaissent que les chanteurs braillards pourront-ils faire la comparaison avec des chanteurs qui ont une vraie voix, comme ceux qu'on entend à l'opéra ? Comment ceux qui ne connaissent qu'une danse qui gigote pourront-ils découvrir la grâce du ballet ? En somme, comment espère-t-on défendre la culture française en laissant les Français l'oublier et en ne développant pas leur bon goût ?

 

Et comment espère-t-on que les citoyens que sont les téléspectateurs acquerront la culture politique et économique nécessaire pour voter, si la télévision, leur première source d'informations, ne la leur donne pas ?

 

La télévision de service public chasse l'audience exactement comme la télévision commerciale, avec des émissions de bas niveau. Elle a si peur de perdre son public qu'elle utilise les mêmes procédés abêtissants que la télévision privée. Et, comme celle-ci, elle évite les émissions de politique, qui attirent moins d'audience que les jeux. Ceux-ci, du reste, ont bien changé. Il y a de longues années qu'ils ne mettent plus en valeur la culture générale de haut niveau, comme le faisait "La tête et les jambes" ; ils font gagner de l'argent, au contraire, à des gens comme tout le monde, qui brillent plus par leurs lacunes que par leurs connaissances.

 

A force de ne jamais voir la connaissance valorisée dans notre société, dont la télévision est l'image la plus fréquente, notre jeunesse étudiante se détourne des disciplines scientifiques et techniques, qui demandent de gros efforts. Notre situation, à cet égard, est la même que celle des Etats-Unis, où plus de la moitié des étudiants en sciences sont issus de l'immigration récente, qui ne représente qu'un pourcentage infime de la population. Nous perdons notre compétence scientifique comme nous perdons notre culture, faute de leur accorder de la valeur sociale, faute de respecter les scientifiques et les artistes classiques.

 

Conformément à son cahier des charges de service public, la télévision offre, en plus des divertissements, des émissions d'information de qualité comme "C dans l'air" ou "France Europe Express", mais à des heures de faible audience et sans se donner le mal de les faire connaître. Et comme les hebdomadaires de programmes n'annoncent en général ces émissions que par le titre sans le contenu, leur audience est insignifiante. Le résultat pratique est que le public, à qui la redevance donne un droit à la culture et à l'information, ne reçoit pratiquement ni culture, ni information politique ou économique.

1.3.4.2                        La durée

Toutes les émissions, notamment les émissions d'information politique ou culturelle, respectent la contrainte qui prétend qu'un auditeur ou un téléspectateur n'est pas capable d'une attention soutenue pendant plus de quelques minutes. En somme, ces programmes d'information sont conçus comme pour de jeunes enfants. Les conséquences sont :

§           Lors d'une interview, le journaliste ou l'animateur ne laissera l'interviewé répondre à une question que pendant une trentaine de secondes maximum. Tant pis si celui-ci ne peut, alors, développer son argumentation. Tant pis si il ne peut décrire correctement son programme ou ses propositions. Tant pis si le sujet demande plusieurs minutes d'explications, parce qu'il n'est pas simple. S'il trouve l'interviewé trop bavard, le journaliste n'hésitera pas à lui couper la parole pour lui rappeler que l'heure tourne ou lui faire changer de sujet. Exemple de journaliste qui se comporte comme cela, malgré ses 25 ans d'expérience et sa qualité de Directeur de l'information de France 2 : M. Olivier Mazerolle, animateur de "100 minutes pour convaincre".

L'impossibilité d'aborder un sujet un tant soit peu complexe fait qu'il y a des sujets importants qui sont carrément occultés à la télévision et à la radio françaises : on fait comme s'ils n'existaient pas, comme s'il n'existait que des situations et des problèmes politiques et économiques simples. Donc, comme ces médias constituent la première des sources d'informations politiques et économiques, la seule pour beaucoup de Français, nos citoyens se trouvent littéralement désinformés. J'en donne un exemple au paragraphe "Comment les médias ont désinformé les Français en occultant la complexité.

§           La contrainte imposée par cette limitation du temps de chaque intervention fait qu'il n'y a plus guère aujourd'hui d'émission politique comme les conférences de presse du général De Gaulle. Celles-ci se déroulaient toujours en deux temps : d'abord le général parlait le temps nécessaire pour exposer sa politique, par exemple une demie heure. Comme il avait un esprit très clair, on comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire et on s'en souvenait ensuite. Puis le général répondait aux questions des journalistes, sérieusement mais avec un humour qui lui attirait toujours une vaste audience, qui attendait ses bons mots.

A l'époque on admettait donc qu'un auditoire était capable d'écouter attentivement un exposé politique pendant une demie heure, voire plus. Aujourd'hui on considère les Français comme des enfants, incapables d'une attention si prolongée. La conséquence est terrible : on n'aborde plus à la radio ou à la télévision les sujets qui demandent une explication de plus de deux minutes. Sur ces sujets, les gens intéressés doivent s'informer par eux-mêmes, en lisant la presse "sérieuse" ou les documents officiels sur Internet. Très peu le font.

§           Dans une émission de débats, on interrompt systématiquement ceux-ci au moment où ils sont les plus intéressants, pour projeter un reportage. Celui-ci est destiné à laisser le téléspectateur se reposer, après l'effort d'attention soutenue au débat qu'il vient de fournir pendant quelques minutes. En réalité, on remplace ainsi un débat qui informe les téléspectateurs par un reportage qui les repose sans vraiment les informer.

§           La raison de la faible valeur informative de ces reportages est double :

·            Ils se contentent de quelques cas particuliers : interview de Mme Michu pendant qu'elle fait ses courses, etc.

·            Ils sont construits plus pour donner une impression, pour générer une émotion, que pour communiquer une information.

§           Parce que l'animateur ne laisse jamais une argumentation se développer, parce qu'il ne présente presque jamais de synthèse des informations qui viennent d'être diffusées, pour leur conférer une structure et en faciliter l'assimilation, l'information diffusée par les émissions de débat est atomisée. C'est une suite de petites phrases sans schéma d'ensemble, conforme au modèle de l'ensemble de la culture diffusée par la radio et la télévision : une culture faite de petits bouts de savoir déconnectés. L'assimilation par les auditeurs ou les téléspectateurs des informations ou de la culture diffusées par la radio ou la télévision française est donc minime : ils ont perdu le plus clair de leur temps.

Du reste, beaucoup d'animateurs d'émissions de débat ne suivent pas vraiment ce que disent les participants. Lorsque la caméra montre, de manière fugitive, leur expression pendant qu'un des participants parle, on voit qu'ils n'écoutent pas vraiment, qu'ils attendent impatiemment que ce bavard se taise. De ce fait, ils l'interrompent souvent pour poser une question qui n'a aucun rapport avec ce qui vient d'être dit, et qui fait perdre le fil des idées aux téléspectateurs comme au participant qui parlait.

Heureusement il existe des journalistes, hélas trop rares, qui ne tombent pas dans ces travers, comme Jean-Marie Cavada (ancien PDG de Radio France), André Dumas, Christine Ockrent ou Yves Calvi.

Voir en complément :

·            "Le gouvernement prisonnier des médias - Témoignage d'un ministre" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm

·            "La désinformation par la télévision" http://www.danielmartin.eu/Arg/Desinformation.htm .

1.3.4.3                        Le contenu émotif

Selon [8] page 784, les journalistes américains caractérisent l'intérêt des informations par le dicton "Good news are bad news", pour dire que les bonnes nouvelles n'intéressent pas le public, et que seules les mauvaises nouvelles méritent d'être diffusées. Pour un journaliste, une nouvelle est bonne (c'est-à-dire digne d'être diffusée) si elle inquiète, surprend ou scandalise le public. En français, les médias d'information parlent "des trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure".

 

Ce phénomène n'est pas seulement Français : voir l'exemple allemand.

 

En fait, les journalistes ne considèrent comme intéressantes que les informations qui peuvent surprendre ou choquer leur public, c'est-à-dire celles qui ont un contenu émotif. Parmi les informations surprenantes, il y a les "scoops", événements nouveaux non encore abordés par les médias.

 

Exemple de règle de choix : c'est la peur du public (réelle ou supposée par les journalistes) qui fait l'audience, d'où l'incitation à programmer des émissions (sur des sujets ou avec des invités) qui inquiètent. C'est ainsi que les personnages les plus extrémistes seront les plus programmés, donc finalement valorisés grâce à l'effet de répétition. Les terroristes islamistes deviendront ainsi, pour de nombreux spectateurs ou auditeurs, des héros, comme José Bové est devenu une personnalité.

1.3.4.3.1               L'obligation de divertir

A cette règle du contenu émotif, commune à tous les journalistes, ceux de la télévision ajoutent celle de divertir, le plaisir du téléspectateur étant une forme d'émotion qu'ils jugent indispensable pour retenir son intérêt et l'empêcher de changer de chaîne.

Exemple : L'Express du 18/12/2003 page 24, article "On n'est pas des Mickey !"

"Le 2 décembre 2003, un débat sur l'audiovisuel opposait les PDG de TF1 et de France Télévisions, Patrick Le Lay et Marc Tessier, en présence d'Alain Juppé et de Philippe Douste-Blazy. Réagissant à une question de la salle -«Pourquoi TF1 ne lance-t-elle pas une grande émission de politique ?» Le Lay est sorti de ses gonds : «C'est toujours la même chose», s'est écrié le PDG, «quand je rencontre des producteurs de dessins animés, ils veulent plus de dessins animés. Quand je croise un forgeron, il me parle d'émissions sur les forges. Et quand je rencontre des politiques, ils me réclament toujours plus de politique à l'antenne !» Commentaire pincé de Philippe Douste-Blazy, en aparté : «C'est agréable de se voir comparer à des fabricants de dessins animés...»"

 

Cet exemple montre :

§           Que le public demande une grande émission de politique et reproche son absence à TF1.

§           Que pour le PDG de TF1 l'information politique a le même intérêt qu'un divertissement quelconque. A l'évidence, il ne se sent nullement tenu d'informer le public, à ses yeux seul compte l'argent.

Notons que les chaînes de télévision de service public, au contraire, considèrent de leur devoir d'informer les citoyens en matière de politique et d'économie, même si de telles émissions ne sont pas rentables en termes d'audience. C'est ainsi que selon [56], pendant les campagnes électorales de 2002, France 2 et France 3 ont diffusé 77% du volume des émissions consacrées par l'ensemble des chaînes françaises à l'élection présidentielle. On ne peut que féliciter le service public de cette attitude.

 

Cette règle du contenu émotif est si importante aux yeux des journalistes de télévision, que la télévision donne toujours la priorité au divertissement sur l'information. Du reste, de nombreuses émissions censées informer les téléspectateurs sur les événements ou débats d'actualité ne sont pas présentées par des journalistes, mais par des "animateurs" spécialistes du divertissement des auditoires, et qui n'ont pas le professionnalisme de journalistes. Exemple : Thierry Ardisson.

 

Cette exigence de divertir l'auditoire entraîne celle du maximum de contenu émotif. On diffusera donc en priorité les informations accompagnées d'images révoltantes, inquiétantes ou au minimum surprenantes. Inversement, lorsqu'une information n'est pas accompagnée d'images suggestives ou, pire, lorsque son contenu est technique ou abstrait, on s'abstiendra de la diffuser.

 

Autre exemple de volonté de divertir à propos de politique : la tentative de TF1 de diffuser de la "politique réalité" (émission "36 heures") montrant pendant 36 ou 48 heures un homme politique "immergé dans une famille française". Cette tentative a échoué, le gouvernement ayant refusé son concours. (Source : Le Figaro du 01/09/2003 : Raffarin dit non à la politique-réalité). Dans Le Figaro du 05/09/2003 page 6 : "M. Copé a précisé qu'il «est hors de question (…) d'être dans des émissions de divertissement dans lesquelles les hommes politiques ne s'exprimeraient pas sur des sujets exclusivement politiques»" (noter : "de divertissement").

 

Enfin, sans autre commentaire, rappelons l'existence de l'émission "Les guignols de l'info".

 

Conclusion : Tant pis pour l'information politique et économique, plus austère, la télévision privilégie les thèmes qui divertissent et génèrent de l'audience, comme les crimes et délits, la télé réalité, la santé, l'amour, les scandales, la fortune, les spectacles, etc.

1.3.4.3.2               La recherche du sensationnel

Variante de l'obligation d'émouvoir, il y a celle de surprendre avec des informations sensationnelles. Pour un scoop, certains journalistes ne reculent devant rien.

§           Source : Newsweek du 13/10/2003 page 23. Les journalistes américains n'ont pas hésité à révéler le nom d'un agent secret, Valerie Plame ; cette révélation nuisant à la sécurité des Etats-Unis, mettant en danger la vie de l'agent et mettant un terme à sa carrière ; la loi américaine punit sévèrement une telle révélation. Mais des journalistes sont passés outre, par amour du scoop.

§           Lorsque certains électeurs ont perdu espoir que les partis traditionnels apportent une solution aux problèmes, ils se tournent vers des extrémistes de droite ou de gauche. Certains médias ont alors un rôle désastreux pour la démocratie : ils amplifient la diffusion des prises de position des candidats, suffisamment médiatiques, qui sont extrémistes ou se situent en dehors des partis traditionnels, ils en font des vedettes, ils donnent de la vigueur et de la crédibilité à leurs programmes. Exemples : Jorg Haider en Autriche, Pim Fortuyin aux Pays-Bas, Arnold Schwarzenegger aux USA.

En étant des porte-voix sans analyse critique, en organisant des débats du type match-pugilat où l'on cherche l'émotion plus que l'information des électeurs, certains médias favorisent l'élection de gens dont la compétence pour gérer les affaires publiques est plus que douteuse. Exemple : Fortuyin fut un personnage 100% négatif, qui n'a jamais rien construit et géré, mais seulement critiqué. Soutenu par une campagne médiatique, son parti de nouveaux venus en politique a remporté les élections.

 

Voir aussi la section Extrémistes violents et terroristes.

1.3.4.3.3               Exemples d'omissions entraînant une désinformation

Voici trois exemples d'informations passées sous silence par les télévisions, ou traitées de manière trop courte parce que dénuées de contenu émotif.

Les rapports des Nations unies

Un rapport des Nations unies qui ne contient aucune révélation sensationnelle, comme les rapports d'inspection qui ont précédé la guerre de 2003 en Irak.

Des chiffres économiques

Des chiffres économiques, comme une comparaison des croissances de la productivité entre divers pays.

La politique sociale

Source : Le Figaro du 07/01/2004, article Fillon, ce ministre clé qui ne parvient pas à sortir de l'ombre. Le Ministre a déclaré :

"...Les avancées importantes sur la formation ou le dialogue social sont présentées comme des sujets trop techniques pour retenir l'attention du grand public."

Ce sont les télévisions qui considèrent ces sujets comme trop techniques, ou les Français comme incapables de s'y intéresser. Elles se donnent là une bonne excuse pour se soustraire à leur devoir d'informer les citoyens. La vérité est simplement que de tels sujets demandent une émission d'une heure pour être abordés correctement, de manière didactique, et que les chaînes préfèrent réserver de telles émissions à des divertissements ou des fictions. Lorsque M. Fillon a essayé de passer à la télévision pour ces sujets, il s'est heurté à un refus.

 

Quant au journaliste du Figaro qui considère que M. Fillon "ne parvient pas à sortir de l'ombre", il devrait plutôt écrire "que les télévisions boycottent parce qu'il n'est pas assez charismatique pour leur rapporter une bonne audience."

La désinformation sur des licenciements

(Ce paragraphe est extrait de [30]).

 

Pendant trois semaines, au printemps 2001, il a énormément été question à la télévision des licenciements chez Marks & Spencer et Danone. Chaque journal parlait de ces problèmes. Nous avons été abreuvés d'images et d'interviews de salariés qui protestent et se disent désespérés, de syndicalistes et de politiciens de gauche qui s'indignent et réclament des lois anti-licenciements. Des gens ont même lancé un boycott des produits Danone, on nous l'a dit plusieurs fois interviews à l'appui.

 

On n'a pas dit, du tout, que les dix-huit grandes surfaces françaises de Marks & Spencer représentent un remarquable réseau de distribution, opérationnel, avec des salariés de qualité, donc que la reprise de la chaîne et de son personnel ne poserait probablement pas de problème. On n'a pas dit que, dans ces conditions, peu de salariés risquaient de perdre leur emploi. On a vu, en octobre 2001, que la reprise de Marks & Spencer s'est faite sans licenciement, ce qui montre à quel point la présentation inquiétante du problème par les journaux télévisés déformait la vérité.

 

Il fallait vraiment prêter l'oreille, se trouver à l'écoute au bon moment, pour apprendre qu'en fait Danone proposerait 3 postes à chaque salarié licencié, et que les licenciements précédents de ce groupe avaient été tout aussi exemplaires, avec plus de 90% du personnel recasé.

 

En fait, la télévision s'est contentée de fournir les messages les plus percutants, ceux qui angoissent, révoltent ou désespèrent. Peut-être que les informations sur ce qui va mal sont les seules qui intéressent les journalistes, peut-être que pour avoir de l'audience il faut à tout prix générer de l'émotion.

 

En tout cas, l'effet de répétition de ce genre de message produit un résultat bien connu des spécialistes de la publicité : il finit par persuader la plupart des gens que l'économie va mal, que l'on licencie à tout va, que beaucoup de braves gens risquent de se retrouver sans emploi, que le capitalisme est injuste et récompense des salariés fidèles par un licenciement aussi brutal qu'inattendu. On ne s'étonnera pas, alors, que de février à mai 2001, tous les sondages d'opinion ont montré que le moral des ménages français baissait constamment.

 

Bien entendu, ceux qui, pour des raisons politiques ou d'image de leur syndicat, ont intérêt à exploiter la publicité faite à ces licenciements, l'ont fait sans retenue, profitant de la tribune que les chaînes de télévision leur offraient complaisamment. Ils ont ainsi ajouté à l'inquiétude du public.

 

Pour le public, le résultat net s'appelle de la désinformation.

 

La désinformation consiste à fournir des informations qui font croire quelque chose de contraire à la vérité. Dans les exemples ci-dessus, la désinformation prend deux formes :

§           Ne dire qu'une partie de la vérité, celle qui confirme le point de vue qu'on veut défendre ou celle qui génère le plus d'émotion : c'est de la "désinformation par omission". Un cas particulier de ce type de désinformation est la "simplification outrancière" où, pour aller vite et rester simple, on escamote des aspects essentiels de la vérité.

§           Donner à certaines informations une importance ou un poids très différent de leur poids réel, en faisant paraître important un fait qui en réalité l'est bien moins : c'est de la "désinformation par exagération" ou "surmédiatisation".

 

Les deux types de désinformation relèvent de la même malhonnêteté intellectuelle, les deux sont utilisés par les journalistes dans l'exemple précédent. Voici pourquoi.

§           En réalité, dans les deux cas de licenciement cités, les risques de générer une proportion significative de salariés chômeurs sont faibles, les médias ne l'ont pas dit.

§           Au printemps 2001, la France crée beaucoup plus d'emplois qu'elle n'en détruit :

(Le Figaro, 19-20 mai 2001) : "L'emploi a débuté l'année 2001 en fanfare…". "…L'économie française a créé 124.000 emplois lors des trois premiers mois de 2001, soit une hausse de 0,8%. En un an, la progression atteint 3,5% avec 505.000 emplois créés…" En ne disant pas, jour après jour, que ces licenciements concernent infiniment moins de personnes que les emplois créés, les chaînes de télévision désinforment et sapent le moral des citoyens.

(Le Figaro, 23/05/2001) "Baisse des défaillances d'entreprises de 9% en 2000 : entre 1999 et 2000, le nombre de défaillances d'entreprises jugées dans les tribunaux français s'est replié de 9,3%, avec un total de 37.380 entreprises en 2000 contre 41.220 en 1999." Ici aussi, en insistant sur la défaillance de 2 entreprises, les télévisions désinforment. Le public n'apprend pas, ainsi, que les deux entreprises citées ne constituent qu'une infime partie de celles qui s'effondrent chaque année, et que le nombre de défaillances décroît, c'est-à-dire que la situation des entreprises – donc des emplois – s'améliore.

 

En ne relativisant jamais, en ne diffusant que la partie négative, démoralisante, de l'information, les chaînes ont désinformé le public par omission. En donnant une importance énorme aux problèmes de deux entreprises parmi des milliers d'autres, les chaînes l'ont désinformé par exagération.

1.3.4.3.4               L'émotion doit être immédiate

La règle du contenu émotif s'ajoute à celle de la durée pour exiger que l'émotion du téléspectateur soit immédiate, instinctive. Une information qui exige, avant de générer de l'émotion, que le téléspectateur ait réfléchi à ses conséquences, n'est pas intéressante, car l'émotion sera retardée par rapport à la diffusion de l'information.

 

Exemple : la dette publique française par habitant (15.000€ en 2003, en croissance rapide) est extrêmement inquiétante, une fois que le téléspectateur a compris qu'elle fait peser sur les générations suivantes le poids des dettes que notre Etat contracte en vivant au-dessus de ses moyens, en distribuant un argent qu'il n'a pas et emprunte. Mais cette inquiétude ne peut être générée qu'après une explication qui demande un peu de temps et une réflexion du téléspectateur. Celui-ci doit s'imaginer ses enfants accablés de dettes et payant chacun 750€ par an d'intérêts, en plus du remboursement des 15.000€. Cette information n'est donc pas bonne à diffuser, et les télévisions n'en parleront que dans les émissions destinées à de rares spécialistes. Le grand public, c'est-à-dire la quasi-totalité des électeurs, n'en aura pas connaissance et n'en tiendra pas compte en votant, alors que la réduction de la dette de l'Etat devrait être exigée des élus, en tant que priorité nationale.

1.3.4.4                        Le talent médiatique de l'intervenant

Un aspect important de l'exigence de contenu émotif d'une émission est le choix de l'intervenant : plus celui-ci est "médiatique", c'est-à-dire plus il génère d'émotion, moins il laisse indifférent, plus on l'invitera à "passer à la télé". Interviennent dans le caractère médiatique : la personnalité, l'aspect physique et la position sociale. Que cet intervenant soit sympathique ou antipathique n'est pas important. C'est pour cela qu'on interviewe souvent José Bové ou qu'on fait intervenir J-M Le Pen pour contredire N. Sarkozy.

 

Inversement, malgré son intelligence et sa connaissance des dossiers, le ministre de l'Education nationale Luc Ferry n'était pas facilement sollicité, ni souvent accepté lorsque les responsables "communication" de son ministère sollicitaient les chaînes privées. Son sérieux n'amusait pas ou ne scandalisait pas assez le public, paraît-il.

 

En 2003 M. François Fillon, ministre des Affaires sociales, désireux d'expliquer ses propositions politiques sur un sujet en débat qui intéresse tous les citoyens, n'a pu passer sur la chaîne de télévision TF1 parce que les journalistes ont estimé qu'il n'était pas assez "médiatique" (voir [14]).

 

En refusant de donner la parole à certains et en la donnant trop à d'autres, la télévision empêche l'expression démocratique et occulte certaines informations.

1.4                 L'information politique et économique à la télévision

1.4.1             Journaux télévisés : des journaux de faits divers

Le contenu d'un JT dépend en premier lieu de l'actualité, et c'est normal. Mais ce qui est anormal, c'est le temps insignifiant consacré aux sujets de politique et d'économie, parce qu'il ne permet pas d'expliquer au public ce qui se passe. Avec si peu de temps on ne peut diffuser que quelques images par sujet ; aucune connaissance un tant soit peu élaborée ne peut être synthétisée : on ne peut communiquer à chaque fois qu'une impression ou une émotion.

 

Quelle que soit la chaîne parmi TF1, France 2 et FR3, la valeur ajoutée aux informations et images brutes est donc quasi-nulle : les téléspectateurs ne reçoivent pratiquement jamais de connaissances en politique ou économie qui soient utilisables par des citoyens qui votent.

 

Voici des répartitions de temps que j'ai relevées dans quelques JTs hors période électorale.

 

Date

Chaîne
(*)

Faits divers, informations générales et divertissements

Politique ou économie

Temps

% du total

03/01/2004

TF1

+ de 35 min

(**)

(**)

05/01/2004

FR3

24 min 40 s

0

0%

05/01/2004

TF1

40 min 15 s

0 min 35 s

2%

06/01/2004

FR3

18 min 30 s

8 min

30%

06/01/2004

TF1

38 min 10 s

4 min 20 s

10%

07/01/2004

FR3

24 min 30 s

2 min 10 s

11%

07/01/2004

TF1

36 min

6 min

17%

08/01/2004

FR3

18 min 30 s

9 min 30 s

34%

08/01/2004

TF1

35 min

6 min 10 s

15%

09/01/2004

FR3

25 min

2 min

7%

09/01/2004

TF1

32 min 25 s

8 min 15 s

20%

Journal du soir hors période électorale :
temps consacrés par type d'information

 

(*)    La répartition des temps du journal de France 2 est semblable à celle de TF1.

(**)  Après 35 minutes exclusivement consacrées à l'accident d'avion de Charm et Cheikh, j'ai changé de chaîne.

 

Ce manque d'intérêt pour la politique n'est pas réservé aux télévisions françaises. Selon [147], aux Etats-Unis un JT moyen d'une demi-heure sur une chaîne locale consacre 6 minutes 21 secondes au sport et à la météo et seulement 38 secondes à la politique étrangère, guère d'Irak comprise. Et beaucoup de téléspectateurs ne regardent pas de chaîne nationale.

 

La nullité du JT de TF1 en matière de politique et d'économie a été reconnue par le patron de l'information de la chaîne, Robert Namias, dans une interview donnée au Figaro économie et publiée les 20 et 21/11/2004 sous le titre « Nos devoirs envers les téléspectateurs », où on lit :

"Ce leadership de TF1 sur l'information nous donne des devoirs envers nos téléspectateurs. Il nous faut améliorer les contenus, notamment en ce qui concerne l'international, l'économie, la politique et les vrais faits de société. Mais il faut gommer les faits divers qui n'ont pas de sens."

1.4.2             Autres émissions

Les téléspectateurs qui veulent des journaux de politique et d'économie ne peuvent en trouver que sur LCI (La Chaîne Info) et LCP (La Chaîne parlementaire), chaînes qui ne sont pas diffusées sur le réseau hertzien accessible à tous les téléspectateurs, et dont l'audience est insignifiante.

 

Ils peuvent aussi suivre de trop rares émissions de débats, comme "France Europe Express" ou "Une fois par mois", où Christine Ockrent fait merveille. L'émission "C dans l'air", remarquablement animée par Yves Calvi, aborde aussi chaque jour, du lundi au vendredi, des sujets de politique. L'émission "100 minutes pour convaincre", centrée sur un personnage politique, permet de le connaître et sa politique ou ses propositions à travers lui ; c'est une bonne émission, malgré un animateur plus intéressé par l'heure que par le contenu des débats, et qui ne fournit guère de synthèses pour aider les téléspectateurs. L'émission jumelle, "100 minutes pour comprendre", permet un débat sur un sujet d'actualité.

1.4.3             Des informations, mais pas assez de connaissances utilisables

La télévision, le média le plus utilisé par les citoyens pour s'informer, le seul pour beaucoup d'entre eux qui ne lisent guère de textes de politique ou d'économie, diffuse chaque jour des journaux de faits divers et de nouvelles pratiquement sans information politique et économique. Et, lorsque ces sujets y sont abordés, ils le sont avec des informations à peu près dénuées d'analyse : les connaissances utiles à un citoyen y sont donc à peu près nulles.

 

Les autres émissions citées disposent de plus de temps et offrent une proportion plus grande d'analyse. Le temps plus important alloué à chaque prise de parole permet à l'intervenant de développer un peu plus sa pensée, jusqu'à une vingtaine de phrases. Le téléspectateur en tire donc des connaissances utiles pour comprendre les problèmes et les solutions proposées.

 

Toutes ces émissions et journaux ont en commun le suivi de l'actualité : elles traitent de ce qui fait débat. Mais aucune ne permet d'exposer des faits, des situations ou des propositions un tant soit peu complexes, le temps de parole sans interruption ne suffisant jamais. Il manque donc des émissions plus didactiques, fournissant aux téléspectateurs une culture économique et politique de base. Exemples :

§           En économie, comme le montre [91], il suffit à un citoyen de connaître une dizaine d'indicateurs économiques et autant de lois simples pour comprendre les principaux enjeux et faire un choix électoral ;

§           En politique, il faut connaître une vingtaine de chiffres économiques et sociaux français et quelques comparaisons de performance entre la France et ses voisins ; il faut aussi suivre les débats sur les réformes proposées et connaître au moins un peu le fonctionnement de l'Union européenne.

 

Comme la majorité des téléspectateurs ne s'intéressent guère à la politique, cette culture économique et politique devrait être diffusée dans tous les JTs, deux minutes à la fois, chaque jour, c'est-à-dire à doses homéopathiques. Elle devrait aussi être disponible, sous forme de compléments écrits aux JTs et émissions d'informations, sur les sites Internet des chaînes.

 

Il manque aussi des émissions de critique des propositions politiques du gouvernement, des partis, des syndicats et des groupes d'opinion comme ATTAC ou les altermondialistes. Nous allons voir, dans la suite de ce livre, de nombreuses propositions ou prises de position extrêmement critiquables : il faudrait des émissions d'une heure, par exemple une fois par semaine, pour les exposer et examiner leurs arguments et les arguments opposés. Et, pour que les gens intéressés puissent revenir sur les argumentations, celles-ci devraient être accessibles sur Internet.

 

Il manque, enfin, des émissions de critique des médias, de leurs omissions et de leurs manquements à la déontologie, car les journaux ne sont responsables devant personne et le CSA, organisme gouvernemental, n'exerce qu'une surveillance insuffisante et peu indépendante des télévisions. Cette critique devrait être ouverte aux citoyens, par exemple par l'intermédiaire d'un médiateur. Mais c'est là un vœu pieux : les chaînes de télévision ne programmeront de telles émissions que contraintes et forcées. Je propose donc d'autres moyens de critiquer les médias dans la deuxième partie de ce livre.

1.5                 Les médias nous ont désinformés à propos de la guerre en Irak

Nous allons voir à présent comment la radio et la télévision ont appliqué les règles de filtrage ci-dessus, notamment l'occultation de la complexité, désinformant ainsi leur public. L'effet de ces règles s'est ajouté au manque d'objectivité de l'antiaméricanisme viscéral de nombreux journalistes.

 

L'accusation de désinformer est grave, car elle implique de donner sciemment des formations fausses ou tronquées, ou de travestir la réalité. Nous allons voir pourquoi on peut affirmer que la radio et la télévision françaises, comme d'ailleurs la plupart des télévisions européennes, ont tronqué les informations nécessaires pour comprendre l'intervention américaine en Irak, désinformant ainsi leur public.

 

Pour énoncer, puis expliquer les arguments qui ont conduit les Américains et les Anglais à intervenir en Irak, il fallait :

§           (1er inconvénient) une émission d'au moins une heure, car ces arguments étaient multiples, complexes et, pour certains d'entre eux, abstraits ;

§           (2ème inconvénient) ces arguments ne concernaient, a priori, qu'une audience modeste, celle qui s'intéresse à la politique étrangère et,

§           (3ème inconvénient) ils ne présentaient guère de contenu émotif, faute d'images comme on en a eu après la guerre en découvrant les nombreux charniers de Saddam Hussein.

 

Voici les principaux arguments des alliés, accompagnés de renvois où les lecteurs soucieux de rigueur pourront trouver les justifications et les détails. Je ne cite pas ces arguments pour convaincre le lecteur que les Américains avaient raison d'envahir l'Irak, mais pour lui présenter des exemples de non-information par les médias, et tout particulièrement par la télévision. L'article [94] du 11 janvier 2004 cite d'ailleurs trois rapports récents qui affirment qu'il n'existait pas, début 2003, d'armes de destruction massive en Irak. Si ces rapports sont dans le vrai, les informations ci-dessous, où les inspecteurs officiels de l'ONU indiquaient une forte probabilité d'existence de ces armes, ont conduit les Etats-Unis à la guerre contre un Irak qui ne les menaçait pas directement, mais seulement - c'est prouvé aujourd'hui - par terroristes interposés.

 

Comme la plupart des autres décisions politiques, celle de faire cette guerre préventive a été basée sur de fortes probabilités, pas sur des certitudes. On trouvera ci-après les faits à l'origine de ces probabilités.

 

Que Saddam Hussein ait eu ou non des armes de destruction massive début 2003 m'est indifférent dans ce texte. Ce qui m'importe, c'est que les médias français ne nous ont pas cité les arguments ci-dessous, nous laissant donc croire qu'ils n'existaient pas, donc que les Etats-Unis partaient en guerre sans raison valable.

1.5.1             Existence d'armes de destruction massive en Irak

Tous les pays, y compris les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, etc. ont cru que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive, avant de fouiller l'Irak et de s'apercevoir qu'ils s'étaient trompés.

§           Selon Rolf Ekeus, chef de la mission d'inspection des Nations unies en Irak (UNSCOM) de 1991 à 1997, actuellement à la tête du Stockholm International Peace Research Institute (voir [15]), Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques à deux reprises :

·            contre l'armée iranienne, pendant la guerre de 1980 à 1988, pour éviter à son armée d'être enfoncée par les Iraniens, plus nombreux,

·            contre son propre peuple, les Kurdes irakiens, dont il a massacré plusieurs milliers à Halabja.

Ces attaques chimiques ont tué ou blessé au total plus de 100.000 personnes.

Si Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques, c'est qu'il en avait. Donc ceux qui prétendent ne pas savoir si Saddam Hussein a disposé d'armes de destruction massive se trompent ou sont de mauvaise foi.

§           De 1991 (fin de la première guerre du Golfe) à 1995, Saddam Hussein a prétendu qu'il n'avait pas d'armes biologiques. En 1995, suite à la défection de son gendre, Hussein Kamal, responsable du programme d'armes de destruction massive irakien, on a appris que l'Irak avait bien un programme de fabrication d'armes biologiques, ce qui a été confirmé par les scientifiques irakiens qui y travaillaient [15].

§           En 1998, Saddam Hussein a chassé d'Irak les inspecteurs des Nations unies, qui cherchaient ses armes de destruction massive. Pendant 4 ans, jusqu'à fin 2002, il n'y a plus eu d'inspections. Si Saddam Hussein a détruit ses armes de destruction massive avant le retour des inspecteurs fin 2002, comme il l'affirmait, c'était à lui de le prouver, comme le lui imposaient les Nations unies et non, comme l'affirmaient certains politiciens français (voir par exemple la position de l'UDF dans [17]), aux inspecteurs des Nations unies revenus fin 2002. Il n'a ni prouvé cette destruction ni cité des témoins, qui pourtant auraient forcément existé vu les quantités d'armes dont il s'agissait.

§           A la veille de la guerre, le 17 mars 2003, le rapport [16] du nouveau responsable des inspections de l'ONU, M. Hans Blix, citait encore une suite importante d'armes de destruction massive, dont l'existence était prouvée en 1998, lors du renvoi des inspecteurs UNSCOM, et dont l'Irak devait justifier la destruction :

«Following is a list of the issues which UNMOVIC has identified as key disarmament tasks to be completed by Iraq. They are set out in detail in Annex 1. Annex 2 contains the background information relating to each task identified, under a heading relating to that task.

- Scud missiles and associated biological and chemical warheads ;

- SA-2 missile technology ;

- Research and development on missiles capable of proscribed ranges ;

- Munitions for Chemical and Biological agent fill (CBW) ;

- Spray devices and remotely piloted vehicles/unmanned aerial vehicles (RPVs/UAVs) ;

- VX and its precursors ;

- Mustard gas and its precursors ;

- Sarin, Cyclosarin and their precursors ;

- Anthrax and its drying ;

- Botulinum toxin ;

- Undeclared agents, including smallpox ; and

- Any proscribed activities post 1998.»

 

Il y avait là des missiles interdits (que tous les Français ont vus à la télévision), des munitions chimiques, des précurseurs pour armes chimiques, des bacilles pathogènes, etc. Entre la réalité de l'existence des missiles interdits, prouvée par la télévision au monde entier, et le sérieux incontestable du rapport [16] de l'ONU, nous avons là une preuve de plus de la forte probabilité d'existence d'armes de destruction massive en Irak, preuve que la diplomatie française a délibérément ignorée en demandant de continuer les recherches d'armes pendant le temps nécessaire. Pour que ces armes ne soient plus disponibles début 2003, il fallait qu'elles aient été détruites sans témoin et sans laisser de trace, ce qui était très improbable vu leur diversité et leur quantité.

§           Dans ses rapports au Conseil de sécurité [18] et [19] M. Hans Blix montre clairement que, plus de 3 mois après le début des inspections et la remise de son rapport de 12.000 pages, l'Irak n'a toujours pas satisfait les exigences du Conseil de sécurité concernant une coopération immédiate et complète. La résolution 1441 (voir [20]) prévoyant qu'en cas de coopération inadéquate l'Irak en subirait les graves conséquences, l'intervention militaire était justifiée.

§           Le 27/01/2003, M. Hans Blix a présenté au Conseil de sécurité le rapport [21] qui montre que l'Iraq a caché, ou détruit sans conserver de preuve de cette destruction et sans pouvoir fournir de témoignage :

·            environ 6500 bombes chimiques, représentant quelques 1000 tonnes d'agents chimiques ;

·            une quantité de bacilles du charbon (anthrax) suffisante pour produire environ 5000 litres de solution concentrée ;

·            un agent innervant très puissant, le VX, à l'état militarisé ;

·            plusieurs milliers de missiles à charge chimique ;

·            des missiles d'une portée et d'une taille supérieures aux limites autorisées de 150 km et 600 mm, opérationnels dans l'armée irakienne, en violation flagrante des résolutions de l'ONU ;

·            l'importation jusqu'en décembre 2002 de matériel militaire prohibé, notamment 380 moteurs de missile à portée plus longue que la limite autorisée de 150 km.

§           Le rapport de l'ONU [29] est très complet et particulièrement accablant pour l'Irak, par l'inventaire qu'il donne de l'énorme arsenal d'armes de destruction massive de ce pays à la date du 29/01/1999.

§           Les divers rapports des inspecteurs des Nations unies soulignent la volonté constante de l'Irak de cacher ses armes, de refuser de répondre aux questions des inspecteurs, ainsi que les mensonges et omissions répétées des Irakiens.

On pouvait en conclure que si les Irakiens agissaient ainsi depuis des années, c'est qu'ils avaient des armes cachées. Il était difficile d'imaginer qu'ils les avaient toutes détruites sans noter cette destruction sur des documents montrables aux inspecteurs, et sans pouvoir produire de témoins attestant ces destructions.

1.5.1.1                        Conclusions

Il résulte de tous ces documents officiels des Nations unies qu'à la veille de la guerre il y avait toutes les raisons de penser que l'Irak avait caché des armes de destruction massive. Cette conclusion est basée sur des rapports des Nations unies, pas sur de l'espionnage sujet à caution. Mais comme la télévision a occulté systématiquement les rapports des Nations unies, les Français n'ont rien su de ces raisons objectives d'envahir l'Irak.

 

Cette conclusion est confirmée par l'interview du 01/02/2004 sur CNN de M. David Kay, qui a été pendant 12 ans responsable des inspections en Irak pour les Etats-Unis et a démissionné en janvier 2004. Celui-ci a affirmé que :

§           Jusqu'au début de la guerre en mars 2003 tout le monde (c'est-à-dire les experts des Nations unies, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, de la Russie et lui-même) était persuadé que l'Irak avait des armes de destruction massive et les cachait.

§           La pagaïe et la corruption qui régnaient en Irak rendaient faciles l'obtention de telles armes par des terroristes.

§           La perception du danger par les gouvernements Bush et Blair était donc raisonnable ; il n'y avait pas besoin et il n'y a pas eu de pression sur les services secrets pour qu'ils exagèrent la menace, il y a eu mauvaise interprétation par les experts de la qualité des renseignements disponibles.

§           Jusqu'à la veille du conflit il y a eu production de missiles prohibés et recherches sur du poison à base de ricine.

 

La position française, consistant à la fois à demander une poursuite des recherches d'armes par les inspecteurs des Nations unies - donc à faire confiance aux inspections des Nations unies - et à affirmer qu'on n'avait pas de preuve de leur existence, malgré les rapports précédents des inspecteurs et ceux des services secrets français, était incohérente. La télévision n'a pas, non plus, expliqué cette incohérence, pourtant évidente.

 

La stratégie française, basée sur le fait que les quelques mois d'inspections de fin 2002 à mars 2003 n'avaient trouvé que les missiles prohibés et quelques obus chimiques vides, consistait à espérer que quelques mois d'inspections supplémentaires ne trouveraient pas grand-chose non plus. La France pourrait alors en conclure que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive et demander au Conseil de sécurité la levée des sanctions contre ce pays. Cela permettrait à Saddam Hussein de rester au pouvoir et de continuer à tyranniser et assassiner ses concitoyens, ainsi que de menacer les voisins de l'Irak et de subventionner les terroristes palestiniens. Et cela permettrait à la France d'espérer que Total pourrait extraire du pétrole irakien, conformément à l'accord signé avec Saddam Hussein. Mais les télévisions n'ont accusé que les Américains de s'intéresser au pétrole irakien.

En somme, la politique du président Chirac consistait à soutenir le tyran assassin Saddam Hussein, et à chercher à ce qu'il reste au pouvoir et puisse continuer ses méfaits : soutien du terrorisme, envahissement de pays voisins comme l'Iran et le Koweït, assassinat de son propre peuple comme les Kurdes de Halabja, etc.

 

Du point de vue des chaînes de radio et de télévision, tous les arguments qui précèdent ont l'inconvénient d'être basés sur des documents officiels de l'ONU et des interviews, difficiles à exploiter en respectant les règles de filtrage précédentes :

§           Ils sont en anglais ;

§           Ils sont indigestes et incapables de susciter l'émotion de téléspectateurs ;

§           Ils ont l'inconvénient d'exiger d'un journaliste un travail de recherche et d'étude des textes officiels, travail que beaucoup sont trop peu courageux et trop peu anglophones pour faire ;

§           Même s'il a réuni les documents nécessaires et en a fait une synthèse, il faut à un journaliste une émission assez longue de politique étrangère pour présenter l'argumentation aux téléspectateurs. Or la politique étrangère n'attire guère l'audience.

 

Les journalistes se sont donc contentés de puiser dans leur antiaméricanisme pour trouver des raisons simples et médiatiques à l'intervention américaine :

§           George W. Bush, croyant, mène une croisade anti-musulmane du même type que la croisade anti-occidentale d'al Qaida (sainte horreur !) ;

§           Les Américains veulent s'emparer de l'Irak, en faire une colonie (les Etats-Unis n'ont jamais, dans leurs 230 années d'histoire, eu de colonie, mais les journalistes ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir) ;

§           Les Américains veulent s'emparer du pétrole irakien au profit de leurs multinationales ;

§           M. Bush fils veut "finir le travail" de M. Bush père, etc.

1.5.1.2                        L'art de raisonner faux pour convaincre

§           Concernant la présence d'armes de destruction massive en Irak, les anti-Bush ont confondu "absence de preuve" et "preuve d'absence".

§           Ils ont raisonné comme si, en politique, on exigeait des preuves incontestables pour décider une action. C'est ainsi, par exemple, que M. François Bayrou, opposé à l'intervention en Irak, justifiait sa position en déclarant : "Pas de preuves, pas de guerre". De telles preuves n'existent pas, en général. Pourtant, lorsque des milliers de vies sont menacées par des terroristes, il faut bien agir pour les protéger, même si on n'a qu'une forte probabilité d'agir à bon escient.

§           Pour tenter de prouver le peu de valeur des arguments américains concernant les armes de destruction massive et les liens de l'Irak avec al Qaida, ils utilisaient un vieux truc bien connu des avocats : ils prenaient un des arguments, dont la validité n'était pas établie même si elle était très probable, et ils montraient qu'il existe un doute sur cet argument ; puis ils affirmaient, par analogie, que tous les autres arguments étaient aussi peu solides. C'est intellectuellement malhonnête, mais cela marche avec beaucoup de gens (voir [137]).

1.5.1.3                        Et en 2004…

Fin janvier 2004, les journalistes français continuaient d'ignorer des faits importants, comme [115] et [116], qui prouvent que l'Irak avait bien des programmes d'armes de destruction massive constituant une menace, et que des terroristes y passaient et auraient pu s'en procurer.

 

Leur manque d'objectivité se manifestait aussi dans le fait que les seules informations que les journaux télévisés donnaient quotidiennement à cette époque sur l'Irak étaient des attentats anti-américains. A aucun moment ils n'ont dit aux Français comment le peuple irakien vivait, s'il avait de la nourriture et de l'eau, si les écoles et hôpitaux fonctionnaient, et que les exportations de pétrole approchaient les 2,5 millions de barils par jour. Ces omissions constituent une désinformation.

1.5.1.4                        On a trouvé des programmes de développement d'armes de destruction massive

Fin mars 2004, les inspecteurs américains qui cherchaient en Irak des armes de destruction massive n'en avaient toujours pas trouvé, mais :

§           Ils ont trouvé un grand nombre de programmes de développement de ces armes (voir [132], [133] et [134]) ;

§           Ils ont prouvé que les Irakiens consacraient à ces programmes des budgets importants, qui leur auraient certainement permis d'aboutir et de doter leur armée de telles armes, ainsi que d'en donner à des terroristes.

 

Saddam ayant déjà attaqué l'Iran et le Koweït, et ayant déjà utilisé des armes chimiques contre les Iraniens et ses propres Kurdes, la menace qu'il représentait était réelle, même si elle n'était pas immédiate.

 

Il est scandaleux que les médias, dans tous les pays, aient gardé le silence sur les programmes d'armes trouvés par les Américains après la guerre. Tout se passe comme si, ayant déjà affirmé qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak, ils refusaient toute preuve du contraire, pour pouvoir continuer à accuser le gouvernement Bush d'avoir trompé ses citoyens sur la réalité de la menace irakienne.

 

Les preuves présentées au Congrès des Etats-Unis par leurs responsables des inspections en Irak en octobre 2003 et mars 2004 sont à la fois incontestables et nombreuses : l'Irak travaillait bien, jusqu'à la veille de la guerre, à des armes de destruction massive, en violation flagrante de ses engagements et de 17 résolutions du Conseil de sécurité - voir http://www.un.org/documents/scres.htm.

 

Malgré la publication par le gouvernement américain des rapports au Congrès [133] et [134], l'ensemble des médias, dans tous les pays, a fait comme s'ils concluaient à l'inexistence d'une menace irakienne, alors qu'ils concluent exactement le contraire.

 

Comme le remarque le seul article qui a signalé les programmes d'armement découverts, [132], tout s'est passé pour les chaînes de télévision, les magazines et les journaux du monde entier, comme si les inspecteurs auraient dû trouver de grands entrepôts, peints en jaune vif pour être bien visibles, et portant des enseignes "Stock d'armes de destruction massive". N'ayant pas entendu parler de tels entrepôts, les médias ont continué à croire et à faire croire au public que ces armes n'existaient pas et que le gouvernement Bush l'avait trompé.

 

Exemple : The New York Times a publié le 11/01/2004 un important article faisant le point sur les recherches d'armes de destruction massive irakiennes, "The Faulty Weapons Estimates". Selon cet article, trois nouveaux rapports publiés la semaine précédente permettent de douter que l'Irak ait disposé de telles armes début 2003. L'article met en doute la validité de la position officielle du gouvernement américain, selon laquelle ces armes existaient et constituaient un danger pour le monde entier et les Etats-Unis en particulier. Il suggère que le gouvernement américain a désinformé son opinion publique en déformant les informations de ses services secrets.

Or, le rapport au Congrès [133], daté du 2 octobre 2003, contenait déjà une liste impressionnante de preuves de programmes de développement d'armes prohibées…

 

Pour dissimuler leurs programmes de développement d'armes chimiques, les Irakiens avaient profité du fait que les matières premières nécessaires pour fabriquer ces armes sont les mêmes que celles nécessaires à la fabrication de pesticides, c'est-à-dire des composés organophosphorés.

 

Il y a eu, de la part des journalistes comme de nombreux spécialistes, une volonté délibérée d'interpréter les trouvailles de ces composés comme celles d'inoffensifs pesticides, par exemple sans tenir compte du fait que certains étaient stockés dans des bunkers militaires souterrains, à côté d'un stock de munitions.

1.5.1.5                        On a trouvé des obus chimiques et prouvé l'existence de stocks cachés

Les 17 et 18 mai 2004, des chaînes de télévision (CNN, TF1…) et de radio (Europe 1…) ont annoncé la découverte de deux obus contenant des gaz de combat, du Sarin et du gaz moutarde. Nous savons aussi que la plupart des bombes artisanales fabriquées par les terroristes irakiens sont à base d'obus d'artillerie, et que les voitures et camions des attentats-suicides sont bourrés de tels obus. Il existe donc des stocks d'obus, dont certains, chimiques, font donc partie des armes de destruction massive, stocks que les Irakiens connaissent et que les inspecteurs de la coalition n'ont pas encore découverts, sans quoi ils les auraient déjà éliminés. Nous avons ainsi la certitude :

§           Qu'il existe bien des stocks d'armes en Irak que les inspecteurs n'ont pas encore trouvés ;

§           Que certains obus de ces stocks sont des armes de destruction massive.

 

Ceux qui affirment que de telles armes n'existent pas en Irak, pour en conclure que l'administration Bush a menti à leur sujet, ont donc tort. Et si, après la révélation de l'existence des programmes et des stocks d'armes, ils persistent dans leur négation, ils font preuve de malhonnêteté intellectuelle.

1.5.2             Liens entre l'Irak et le terrorisme

§           Saddam Hussein et Ben Laden avaient les mêmes ennemis : les Américains et, par extension, les autres occidentaux. Il est absurde d'imaginer que le premier ne fournirait jamais au second des armes pour commettre des attentats à sa place, tout en jurant qu'il n'est pour rien dans ces attentats. Il est puéril d'espérer que Ben Laden, qui n'avait pas les moyens irakiens de se procurer des armes, n'en demanderait pas à Saddam Hussein. Mais les télévisions n'en ont rien dit, même en janvier 2004, où des documents comme [115] étaient disponibles.

§           Dans son discours du 05/02/2003 au Conseil de sécurité [26], M. Colin Powell a montré qu'il existe en Irak un groupe de terroristes islamistes dirigé par Abu Musab Al-Zarqawi, qui a séjourné en Afghanistan et s'y est entraîné dans les camps d'al Qaida. Ces terroristes ont participé à des attentats à l'étranger, notamment en utilisant un poison d'origine végétale appelé "ricine". Mais la plupart des diplomates présents ont refusé de le croire.

Une confirmation éclatante de ces affirmations de M. Colin Powell a été apportée le 01/04/2003 par la correspondante du Figaro dans le nord de l'Irak, Delphine Minoui. Dans l'article La traque du réseau terroriste Ansar al-Islam, publié ce jour-là, elle écrit ce qui suit (extraits de son interview de Boorhan Saeed, commandant des forces Kurdes de la région d'Halabja, qui combat Ansar al-Islam depuis deux ans) :

"Nous avons découvert toute une série de papiers prouvant l'affiliation de ces islamistes avec al Qaida", remarque-t-il, en précisant que les islamistes des montagnes étaient parfaitement équipés en ordinateurs, téléphones satellites et connexions Internet. "On a trouvé, entre autres, des disquettes contenant des comptes-rendus de rencontres entre Ansar et al Qaida, mais aussi des carnets de téléphones comprenant de nombreux numéros de téléphone en Europe et aux Etats-Unis. On a également mis la main sur les discours d'Oussama Ben Laden après le 11 septembre".

Les pacifistes, notamment français, qui avaient implicitement traité M. Powell de menteur en refusant de croire son témoignage parce qu'il dérangeait leur position anti-américaine et pro-Saddam, se trouvent ainsi confondus :

·            Il y a bien des liens entre les islamistes Ansar al-Islam d'Irak et al Qaida.

·            Ces islamistes irakiens sont liés à des terroristes opérant en Europe et aux Etats-Unis, ce qui prouve que nous Français sommes aussi menacés par des terroristes irakiens, donc qu'il est important de se débarrasser du régime de Saddam Hussein en même temps que de ces terroristes.

Une autre confirmation éclatante est apportée par l'article [122], suite à la capture en Irak d'un messager d'al Qaida, Hassan Gul, qui portait sur lui un CD-ROM contenant un document de 17 pages et divers messages envoyés par Ansar al-Islam à al Qaida. Ces documents établissent clairement les liens entre les deux organisations et leur intention de fomenter une guerre civile en Irak.

Une nouvelle confirmation a été apportée avec la preuve d'une rencontre en république tchèque entre Mohammed Atta (chef des terroristes du 11 septembre) et un membre des services de renseignements irakiens : voir [136] et [137].

Mais les télévisions ne nous ont rien dit de tout cela... Au contraire, elles se sont basées sur le rapport officiel [139] pour affirmer une fois de plus, toujours sans preuve convaincante, que M. Bush et son administration avaient trompé leur peuple. Le rapport [139] laisse pourtant place au doute, parce qu'il ne peut justifier un trou dans l'emploi du temps de Mohammed Atta les 7 et 8 avril 2001 et qu'il ne peut prouver qu'Atta n'a pas voyagé ces jours-là à Prague sous un nom d'emprunt.

Il y a encore d'autres preuves : voir [140]. C'est pourquoi le président Bush continue à affirmer qu'il a des preuves de liens entre l'Irak et al Qaida.

§           Saddam Hussein finançait les terroristes palestiniens. Il donnait $25.000 à chaque famille palestinienne dont un membre s'était suicidé en faisant exploser la bombe qu'il portait pour tuer des Israéliens, que ceux-ci soient des civils ou des militaires. Saddam Hussein encourageait ainsi le terrorisme palestinien et contribuait à l'instabilité chronique du Moyen-Orient. Mais pour les télévisions, cela n'avait pas besoin d'être rapporté.

 

La presse écrite n'a guère cité ces arguments non plus, pour les mêmes raisons que précédemment : ils concernent la politique internationale, ils demandent un peu de temps à expliquer, n'ont pas d'images et ne génèrent pas d'émotion immédiate. Et, inconvénient supplémentaire, ils étaient favorables aux Américains.

1.5.3             Justification de la guerre préventive

1.5.3.1                        Justification stratégique

Voici, en résumé, la partie de la stratégie de sécurité des Etats-Unis qui nous intéresse ici, telle qu'elle est exposée dans leur document officiel [22] du 17/09/2002. Elle n'a pas été expliquée aux Français à la télévision, et n'a été abordée que de manière insignifiante dans les journaux et magazines. Seul Le Monde en a publié une fois des extraits commentés.

§           Du temps de la guerre froide, la dissuasion nucléaire a empêché les puissances atomiques d'attaquer, car un attaquant était certain d'être détruit à son tour. Les puissances nucléaires avaient plus à perdre qu'à gagner en attaquant, il leur suffisait donc d'attendre une improbable première frappe de l'ennemi et de profiter de la paix en attendant.

§           Aujourd'hui, les terroristes internationaux musulmans n'ont pas de pays qu'ils redoutent de voir détruit, ils ne redoutent pas la mort et la recherchent même pour la gloire d'être un martyr : la peur des représailles est donc sans effet sur eux. Ils attaquent donc les premiers, pour avoir la satisfaction d'avoir massacré ou terrorisé des infidèles et détruit leurs biens. C'est là une nouvelle forme de guerre, une guerre sans ligne de front, et cette guerre concerne tous les pays, avancés ou non. Ils nous font la guerre pour détruire notre société de liberté et de démocratie et la remplacer par une société islamiste, où les femmes n'ont que peu de droits et où la démocratie est remplacée par le gouvernement de religieux, comme en Iran ou dans le régime taliban d'Afghanistan.

§           Aujourd'hui, les grandes puissances ne se menacent plus entre elles, mais chacune est menacée par des états terroristes comme l'Irak ou la Corée du nord, essentiellement par le soutien qu'ils peuvent apporter à des organisations comme al Qaida et les terroristes palestiniens, à qui ils peuvent fournir des armes de destruction massive.

§           La défense contre les terroristes (états ou groupes internationaux) n'est pas une option, elle est incontournable. Une défense insuffisante provoque des milliers de morts, comme les 3100 du 11 septembre 2001, parmi lesquels il y avait 200 musulmans, comme tous ceux des attentats islamistes ultérieurs. Notre défense ne peut se contenter d'attendre de nouvelles attaques terroristes, elle doit prendre les devants en détruisant leurs camps d'entraînement, leurs sources d'armement et d'argent, et en utilisant tous les moyens à notre disposition. La nouvelle situation justifie donc une guerre préventive contre les terroristes ou les états terroristes qui peuvent les abriter, les armer ou les financer. Saddam Hussein a déjà attaqué le premier, en occupant le Koweït en 1990, il ne faut pas lui laisser les moyens de le faire de nouveau, surtout avec des armes de destruction massive. Il ne faut pas, non plus, qu'il puisse donner de telles armes à des groupes terroristes.

 

En résumé : "comme de nos jours on n'a plus le temps de voir venir une attaque pour se protéger, il faut prendre les devants." : c'est la justification américaine de la guerre préventive.

 

Mais la décision de partir en guerre suppose que l'on puisse compter sur les renseignements concernant les terroristes et les pays qui les abritent ou les aident ; la guerre de 2003 en Irak a montré que les renseignements dont tous les pays disposaient n'étaient pas fiables.

 

Les Etats-Unis se sentent menacés par les terroristes, car ils ont été victimes de nombreux attentats meurtriers, qui se multiplient depuis de nombreuses années et tuent des Américains partout dans le monde. Ils ont craint que Saddam Hussein attaque de nouveau ses voisins, déstabilisant ainsi un Moyen-Orient dont la production de pétrole est indispensable aux pays consommateurs. Ils ont eu peur que Saddam fournisse des armes ou de l'argent à al Qaida, comme il en a fourni aux terroristes palestiniens. Ils ont donc attaqué.

 

A part ceux du Monde, les journalistes français n'ont pas pris le temps de lire la trentaine de pages du document officiel [22], où les Etats-Unis avaient pourtant eu soin de décrire en détail leur stratégie de lutte antiterroriste. Les autres journaux et la télévision l'ont ignoré. Dans leur immense majorité, les Français n'ont donc pas eu connaissance de ce document, pourtant d'une extrême importance puisqu'il introduit la notion de guerre préventive et la justifie. Ils en ont conclu que les Américains étaient des bellicistes, que leur politique étrangère est injustifiée et inacceptable.

 

Il y a une autre preuve de la non-couverture en 2002-2003, par les télévisions françaises, des raisons américaines de faire une guerre préventive : l'émission du 10/02/2004 à 20h50 de la chaîne "arte" intitulée "La guerre selon l'Amérique". Cette émission a enfin expliqué, correctement et en détail, les raisons de la guerre préventive en Irak, avec plus d'un an de retard sur le moment où il aurait fallu donner ces raisons aux publics français et allemand. Les explications ont clairement justifié :

§           la position américaine ;

§           la contradiction inhérente à la position française, consistant à soutenir le tyran assassin Saddam Hussein et à déclarer illégale une intervention sans mandat de l'ONU, en oubliant celle où la France est intervenue au Kosovo.

1.5.3.2                        Guerre préventive et droit international

Au sens du droit international de légitime défense, tel qu'il est défini par la Charte des Nations unies dans son article 51 (voir [24]) et la résolution 3314 du 14/12/74 (voir [25])  «Aucune considération, de quelque nature que ce soit, qu'elle soit politique, économique, militaire ou autre, ne peut justifier une agression.» les Etats-Unis n'avaient pas le droit d'agresser l'Irak sans l'autorisation du Conseil de sécurité.

 

Cette partie du droit international, définie et justifiée il y a 30 ans, à une époque où la seule menace était d'ordre militaire classique, n'est à l'évidence plus adaptée à notre époque, où des terroristes peuvent frapper sans prévenir. C'est de cette obsolescence que les Américains se sont prévalus pour faire à l'Irak une guerre préventive. Mais aucun journaliste n'a expliqué ce point aux téléspectateurs...

1.5.3.3                        Pourquoi une intervention en Irak et pas en Corée du nord ?

Cette question légitime a une réponse géostratégique : la Corée du nord ne menace personne dans l'immédiat, malgré ses bombes atomiques et ses missiles. Par contre, le terrorisme islamiste menace depuis longtemps et a frappé de nombreuses fois, avant et après le 11 septembre.

        Le terrorisme islamiste était soutenu par l'Afghanistan des talibans et son voisin du Pakistan. La guerre d'Afghanistan et l'accord avec le Pakistan ont répondu à cette partie de la menace. Il était aussi soutenu par quatre pays du Moyen-Orient : l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Tous quatre finançaient des terroristes, et tous sauf l'Iran en abritaient dans des camps. Une guerre préventive se justifiait plus en Irak que dans les trois autres pays, parce que Saddam Hussein avait déjà fait la guerre à ses voisins (Iran et Koweït), qu'il y avait de bonnes raisons de croire qu'il possédait des armes de destruction massive et pouvait en donner à des terroristes, enfin qu'il massacrait ses concitoyens par centaines de milliers. Les Américains espéraient aussi, en installant un régime démocratique à la place de celui de Saddam, qu'une contagion aux trois autres pays les ferait progresser vers la démocratie, donc les éloignerait du terrorisme.

1.5.4             Arguments de droit justifiant l'intervention en Irak

1.5.4.1                        Viol de 17 résolutions des Nations unies

Depuis 1990, Saddam Hussein a violé les résolutions suivantes du Conseil de sécurité des Nations unies [27], dont certaines (exemple : la résolution 688) étaient assorties de graves menaces impliquant le recours à la guerre :

 

Date

Résolution

29/11/90

678

02/03/91

686

03/04/91

687

05/04/91

688

15/08/91

707

11/10/91

715

15/10/94

949

27/03/96

1051

12/06/96

1060

21/06/97

1115

23/10/97

1134

12/11/97

1137

02/03/98

1154

09/09/98

1194

05/11/98

1205

17/12/99

1284

08/11/02

1441

 

Début 2003, cela faisait 17 résolutions que l'Irak ignorait ! Il est clair que, pour Saddam Hussein, le Conseil de sécurité n'avait aucun pouvoir, qu'on pouvait impunément mépriser ses injonctions et faire fi de ses menaces ! Le recours à la guerre sans autre autorisation du Conseil de sécurité était donc acquis, sauf à vouloir affirmer que celui-ci faisait des menaces en l'air. Mais cet argument n'a pas été retenu par nos télévisions.

1.5.4.2                        Non-respect des engagements conditionnant la fin de la guerre de 1991

Indépendamment de la résolution 1441, la résolution 687 du 03/04/1991 [28], que l'Irak a acceptée par écrit et sans réserve pour obtenir l'arrêt des opérations militaires alliées de la guerre du Koweït, interdisait à l'Irak de développer, construire ou acheter des armes de destruction massive par le texte suivant :

«10 Decides further that Iraq shall unconditionally undertake not to use, develop, construct or acquire any of the items specified in paragraphs 8 and 9 [chemical and biological weapons and agents, ballistic missiles with a range greater than 150 km...]»

Or, comme la télévision l'a montré, l'Irak a construit des missiles Al Samoud 2, d'une portée supérieure à 150 km (donc prohibés) et, pour ce faire, elle a importé jusqu'en décembre 2002  380 moteurs de missile. De ce fait, l'Irak est en infraction avec la résolution 687, en plus de ses infractions aux résolutions adoptées de 1991 à 2002. En droit, l'Irak n'ayant pas respecté ses obligations découlant de la résolution 687, les conditions de l'arrêt des hostilités de 1991 ne sont plus réunies et les Américains pouvaient reprendre ces hostilités comme ils veulent et quand ils veulent, sans autre autorisation du Conseil de sécurité que celle qui avait permis la guerre de libération du Koweït en 1991.

 

En ne citant pas non plus ces arguments de droit permettant l'intervention en Irak, les médias permettaient aux Français de penser que cette intervention était illégitime.

1.5.5             Conséquences de cette désinformation des médias

Nous venons de voir à quel point les médias, et d'abord les chaînes de télévision, première source d'information des Français, ont désinformé ceux-ci en passant sous silence les informations ci-dessus, pourtant indispensables à une compréhension des raisons de l'intervention militaire en Irak.

 

La plupart des Français, comme la plupart des Européens, n'ont donc entendu parler que de guerre injustifiée. Ils en ont conçu une animosité considérable contre les Américains et les Anglais : les sondages ont montré que plus de 80% des Français étaient contre une intervention en Irak, donc contre ceux qui partaient en guerre.

 

Les gouvernements de la France et de l'Allemagne, au lieu de fournir à leurs peuples les informations que leurs médias omettaient, ont adopté une attitude démagogique. Puisque leurs citoyens étaient contre la guerre, ils se sont aussi prononcés contre : "La guerre est toujours la pire des solutions", a déclaré le président Chirac, contredisant ainsi sa prise de position concernant l'intervention au Kosovo, qu'il avait soutenue avec les Américains contre l'avis de l'ONU.

 

L'attitude d'hostilité de la France et de l'Allemagne envers les Etats-Unis, à l'ONU et dans toutes sortes de déclarations, ainsi que leurs tentatives d'obstruction à l'OTAN, ont valu à leurs peuples une hostilité durable des Américains, sans pour autant empêcher ceux-ci de partir en guerre. Les retombées ont été : boycott de produits français et allemands, tourisme en nette baisse, exclusion de la France et de l'Allemagne des contrats de reconstruction de l'Irak, vote des Américains contre le choix de Cadarache pour le réacteur de fusion ITER (un projet de 11 milliards de dollars), etc. Les Américains considèrent que toutes les démocraties doivent lutter contre le terrorisme, leur ennemi commun, et que leurs soldats mourront aussi pour défendre la France et l'Allemagne, pays ingrats et donneurs de leçons.

 

Voilà pourquoi je trouve très grave le manquement des médias, télévisions en tête, à leur obligation d'informer leur public de manière complète et honnête : mal informés et soutenus par des gouvernements démagogiques, les citoyens ont fait les mauvais choix politiques et les paieront pendant des années.

1.5.6             En Allemagne aussi, les télévisions désinforment

Voici des extraits de l'article de J-P Picaper La dramatisation des nouvelles économiques publié dans Le Figaro économie du 02/08/2001.

"Dramatiser l'info. Telle est la tendance des médias allemands sur les sujets économiques qui passionnent les téléspectateurs d'outre-Rhin. En effet, l'institut Medien Tenor, basé à Bonn, est parvenu récemment à cette curieuse déduction. Après avoir analysé ce type de nouvelles sur les chaînes publiques ARD et ZDF, ainsi que sur les chaînes privées ProSieben, RTL et Sat1, sur la période 1995-décembre 2000, les analystes se sont aperçus que les nouvelles négatives concernant les entreprises dominent très largement, alors qu'il y aurait, dans la vie économique au moins autant, sinon plus, d'informations positives à donner. Ainsi les entreprises allemandes n'existent-elles à la télévision que sous les rubriques faillites, fraudes, incapacités, licenciements, etc."

"Les experts parlent d'une “scandalisation” des informations, qui ne tiennent guère compte des réalités économiques. Avec deux fois plus ou davantage de nouvelles négatives que positives, l'Allemagne donne l'impression à un téléspectateur qui ne vivrait pas sur son territoire d'être un pays en voie de développement où dominent les banqueroutes, la fraude et la concussion, le chantage et le trafic d'influence."

"En 1996-1997, alors que 900.000 entreprises nouvelles ouvraient leurs portes tandis que 30.000 les fermaient, la proportion d'informations sur les faillites par rapport aux créations d'entreprises a été de 30 contre 1 [au lieu de 1 contre 30] : les speakers lisaient le rapport mensuel sur les faillites et ne disaient mot des créations d'entreprises."

"Pourtant, 86% des téléspectateurs allemands sont persuadés, selon un sondage commandé par la chaîne publique ARD, que le journal télévisé de 20 heures, la “Tagesschau”, “rend compte des choses telles qu'elles se sont passées”."

 

La désinformation par les chaînes de télévision et de radio n'est donc pas un mal exclusivement français : c'est une tare de notre société occidentale tout entière.

1.6                 Médias et démocratie

1.6.1             Faible intérêt du public pour la politique

Les Français ne s'intéressent guère à la politique :

§           L'Express du 19/01/2004 cite, page 47, un sondage Louis Harris des 13 et 14/01/2004 sur l'intérêt des Français pour les élections européennes, où 65% des 1000 personnes intéressées ont déclaré ne pas être intéressées par ces élections.

§           Le Jeudi 20/11/2003, l'émission "100 minutes pour convaincre" de France 2 n'a eu que 6 millions de téléspectateurs, bien qu'elle ait mis en vedette M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, et des contradicteurs très médiatiques, M. Le Pen, M. T. Ramadan (intellectuel musulman) et un responsable d'ATTAC. Cette audience, record de France 2, ne représente pourtant que 10% des Français ou moins de 15% des électeurs, à une heure où l'immense majorité des gens peuvent regarder la télévision si ils le désirent. Malgré l'importance du sujet pour chaque citoyen (insécurité, immigration, etc., à une époque où chaque journal, télévisé ou imprimé, aborde ces sujets) et les annonces préalables répétées promettant un débat intéressant, 1 Français sur 7 seulement a pris le temps de suivre l'émission. La très grande majorité des citoyens a ignoré cette occasion de suivre le débat politique et de comprendre l'action du gouvernement. Pourtant, ce soir-là il n'y avait aucun événement sportif majeur, aucun film ou spectacle à ne pas manquer.

§           On appréciera l'influence du caractère médiatique de l'intervenant sur l'auditoire qu'il intéresse, en comparant les 6 millions de téléspectateurs de M. Sarkozy le 20 novembre avec les 3 millions de M. François Bayrou le 11 décembre, dans la même émission, à peine 5% des Français.

§           Le Journal télévisé le plus regardé de l'année 2003, toutes chaînes confondues, a été celui de TF1 (Claire Chazal) du 5 janvier, avec 12,1 millions de téléspectateurs, un peu moins que L'affaire Dominici du 13 octobre (record absolu de l'année) avec 12,2 millions. (Source : Médiamétrie/Médiamat, citée par Le Figaro du 06/01/2004 page 26).

En moyenne annuelle 2003, ce journal de TF1 a eu 9 millions de téléspectateurs, soit 41% de part d'audience. Il faut savoir que les journaux télévisés du soir de TF1, France 2 et France 3 ne parlent que très peu de politique ou d'économie.

§           La chaîne d'informations et de débats au parlement LCP ("La chaîne parlementaire") a une audience à peu près nulle : les Français ne s'intéressent pas assez à la manière dont leurs représentants débattent et décident. Elle offre pourtant d'autres émissions que les débats parlementaires, et certaines sont fort intéressantes. Je me souviens en particulier de l'émission sur la Chine animée par Jean-Pierre Elkabbach où j'ai pu découvrir le dynamisme de M. Mer, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, qui exhortait les Français à s'implanter en Chine.

§           Voici d'après [8], les statistiques pour l'an 2000 de lecture de la partie de la presse française qui a des rubriques significatives de politique et d'économie :

·            12,7% des Français lisent chaque jour un quotidien national autre que L'Equipe, chiffre stable depuis 1990. Il s'agit de lecteurs plutôt instruits (46% de niveau enseignement supérieur).

·            38,4% des Français lisent chaque jour un quotidien régional, dont le contenu politique et économique est beaucoup plus réduit que celui des quotidiens nationaux.

·            4,2% des Français lisent chaque semaine un hebdomadaire traitant de politique et d'économie (L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine, Courier International, Marianne).

§           D'après [8], l'audience de chacune des radios nationales traitant de politique et d'économie (RTL, France Inter, France Info, Europe 1) est en moyenne de 12%.

 

On peut conclure de ces chiffres que les trois quarts au moins des 41,2 millions d'électeurs français ne s'intéressent guère à la politique et à l'économie. L'une des raisons de ce désintérêt est qu'un grand nombre de citoyens sont dégoûtés de la politique et des politiciens, et que beaucoup souffrent de se sentir impuissants et ignorés par la classe politique, alors qu'ils constatent la persistance de nombreux problèmes dans notre société.

 

Quelle que soit la raison de ce désintérêt, il est certain qu'une majorité des électeurs vote sans avoir les informations nécessaires à l'objectivité. Ils votent donc de manière irrationnelle, en se basant sur l'impression que leur fait un candidat, des phrases relevées dans son programme, des qualificatifs qui le concernent ou, hélas, sur la volonté d'exprimer leur opposition à la classe politique en général.

 

Malgré tout, l'audience totale des journaux télévisés étant d'environ 22 millions de téléspectateurs, ils constituent le meilleur moyen de s'adresser à beaucoup d'électeurs pour leur communiquer, petit à petit et à doses homéopathiques, une culture politique et économique.

1.6.1.1                        Conséquences sur le choix des programmes par les médias

C'est à cause de ce manque d'intérêt du public que la télévision et la radio évitent de programmer des émissions de politique ou d'économie. Et, lorsqu'elles en programment une, elles la présentent de la manière la plus divertissante possible, en évitant de demander le moindre effort intellectuel au public.

 

C'est pourquoi on voit tant d'émissions de politique conduites par des animateurs, c'est-à-dire des amuseurs, au lieu de journalistes spécialisés : en mélangeant politique et divertissement on espère plus d'audience. C'est pourquoi, aussi, beaucoup d'émissions sont organisées pour que des disputes aient lieu, entre des participants au caractère bien trempé et aux opinions bien affirmées. En somme, on essaie de faire passer l'information politique ou économique au moyen de pugilats entre personnes d'opinions opposées. Parfois, ce sont les journalistes qui jouent le rôle d'opposants, qui posent au politicien interviewé des questions embarrassantes et l'interrompent sans cesse. Enfin, en émaillant les dialogues de reportages distrayants, on essaie de garder l'attention de l'auditoire en faisant passer des messages illustrant un problème posé par des séquences qui inquiètent, étonnent ou scandalisent.

 

Au sujet du peu d'intérêt des Français pour les informations de politique, voir aussi "On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif".

1.6.2             Les déçus de notre démocratie

Selon l'article [32], le désenchantement et l’amertume d'une partie de l’opinion publique se traduisent d’abord par un discrédit et une méfiance générale à l’égard du gouvernement, des partis, des institutions. Le succès durable des «Guignols de l’information» est à cet égard aussi significatif que ravageur.

 

La démocratie veut qu'un électeur vote pour le parti ou le candidat dont le programme et les idées lui conviennent : parmi plusieurs partis ou candidats, il choisit celui qu'il préfère. Parfois, entre plusieurs partis ou candidats qu'il n'aime guère, il choisit celui qui lui déplaît le moins. Parfois enfin, furieux contre toute la classe politique ou le parti au pouvoir, il vote de manière à exprimer le plus clairement possible son rejet, son exaspération ; c'est ainsi par exemple qu'à un référendum, au lieu de répondre à la question posée, il choisit la réponse qui contrarie le plus le gouvernement en place. Une telle réponse de rejet peut aussi apparaître lorsqu'elle sanctionne un programme politique aberrant ou mal défini.

 

C'est cette volonté de protester en votant qui explique les résultats [5] du premier tour de l'élection présidentielle française 2002, où les votes extrémistes ou aberrants (Le Pen + Laguiller + Mamère + Besancenot + Saint-Josse + Hue + Mégret + Gluckstein) ont totalisé 42,5% des voix, et les abstentions 28,4% en plus. Autrement dit, il n'y a que 100 - 42,5 - 28,4 = 29,1% des électeurs qui ont voté pour un candidat traditionnel, approuvant ainsi implicitement le fonctionnement de notre démocratie dans l'élection de son président. Notre démocratie est bien malade !

 

Le processus le plus démocratique, le vote d'un électeur, traduit donc souvent en réalité un rejet et non un choix. Lorsqu'une proportion importante des électeurs exprime un tel rejet, c'est la démocratie toute entière qui est malade, car son fonctionnement est désavoué par un grand nombre de citoyens, exaspérés de ne pouvoir se faire entendre autrement.

 

Hitler et Mussolini ont été élus démocratiquement, malgré des prises de position qui auraient dû inciter leurs électeurs à se méfier. Ils ont été élus par des citoyens de pays en crise, à qui ils ont proposé des solutions simplistes et un changement radical avec l'environnement politique en place, réputé incapable de résoudre les problèmes. C'est ce changement radical qui a été choisi par les électeurs exaspérés.

 

Jean-Marie Le Pen a eu plus de voix, à l'élection présidentielle française de 2002 que Lionel Jospin, parce que lui aussi proposait des solutions simplistes et radicales, représentant un camouflet pour la classe politique gauche - droite en place.

 

Voir aussi "La France : pays figé, société démoralisée" http://www.danielmartin.eu/Cours/Sinistrose.htm .

1.6.3             Les citoyens qui votent mal sont ceux qui sont mal informés

L'extrême gauche française a séduit beaucoup d'électeurs en 2002, bien que son programme politique soit parfaitement utopique. Il consiste à remplacer notre société et notre économie, basées sur la liberté d'entreprendre et le profit, par un communisme de type marxiste-léniniste. Or l'histoire a prouvé que le communisme ne conduit qu'à la privation de liberté des individus par des régimes totalitaires, et au désastre économique, c'est-à-dire à la misère. Aucun régime communiste n'a jamais rempli ses objectifs de démocratie et de prospérité : URSS, CUBA, Corée du nord, Chine de Mao, Cambodge des Khmers rouges, etc. L'histoire a aussi prouvé que les démocraties constitutionnelles assuraient à leurs citoyens une liberté et un niveau de vie infiniment plus élevés que ceux des pays communistes, et une croissance bien plus rapide.

 

Malgré ces faits, des millions de Français ont voté pour l'extrême droite ou l'extrême gauche. Ces électeurs ignoraient l'histoire, ils ont cautionné des solutions politiques qui n'ont conduit qu'au malheur et à la privation de liberté. Ils ignoraient les choix des autres pays européens, qui tous se sont prononcés pour une économie libérale. Ils ignoraient les engagements actuels de la France au sein de l'Union européenne, basée sur l'économie de marché, et l'impossibilité de sortir de cette Union pour adopter un régime politique communiste ou d'extrême droite. Bref, des millions de citoyens ignoraient les faits passés et ignorent les faits actuels.

 

C'est pour cela qu'ils ne peuvent distinguer, parmi les programmes proposés, celui ou ceux qui sont réalisables et constituent des choix réalistes. Ne voyant que de mauvais programmes, souvent parce qu'ils ne voient que des politiciens discrédités, ils rejettent alors toutes les solutions proposées et, avec elles, la classe politique qui les propose.

 

C'est parce qu'ils ne connaissent pas les faits, politiques ou économiques, que de trop nombreux citoyens votent extrémiste ou font de mauvais choix. Ils ne les connaissent pas parce qu'on ne les leur explique pas assez.

1.6.3.1                        Les carences de l'enseignement

Le manque d'informations politiques commence chez les jeunes, par l'enseignement, qui confond neutralité politique nécessaire et occultation des faits. C'est ainsi qu'il y a de nos jours dans les classes de nos écoles des sujets tabous, parce qu'ils touchent à la Shoah, à la religion, à la race, à des pays du Moyen-Orient ou à la différence entre libéralisme et dirigisme. Exemple tiré de [69] :

"Enseigner la culture religieuse sans verser dans le prosélytisme est un exercice périlleux, face à des jeunes de plus en plus crispés sur le sujet. Ici, un jeune musulman dénie à son prof, «impur», le «droit de parler du Coran». Là, un adolescent juif refuse d'écrire le nom de Yahvé parce que sa foi le lui interdit."

 

Voir en outre l'accablant texte sur l'enseignement public français :

"L'enseignement victime de l'idéologie" http://www.danielmartin.eu/Enseignement/Enseignement-Victime.htm .

1.6.3.2                        Les carences des médias

Le manque d'informations politiques des adultes continue avec les médias, que rien n'oblige à informer vraiment le citoyen, et qui préfèrent distraire plutôt qu'informer.

 

Exemple : l'Union européenne

La majorité des citoyens ne sait à peu près rien de l'Union européenne (voir [70]) et des enjeux des élections au Parlement européen. C'est pour cela que beaucoup de citoyens profitent de ces élections pour protester contre des aspects de politique intérieure française qui sont hors sujet. Je suis consterné, par exemple, vu l'importance du renforcement de l'Union européenne :

§           Qu'il y ait eu, en France comme en Europe, plus de 50% d'abstentions aux élections du Parlement européen (voir [71]) ; L'Express du 19/01/2004 cite même, page 47, un sondage Louis Harris des 13 et 14/01/2004 sur l'intérêt des Français pour les élections européennes, où 65% des 1000 personnes intéressées ont déclaré ne pas être intéressées par ces élections.

§           Que des Français aient présenté à ces élections un parti des chasseurs (CPNT : Chasse, pêche, nature et traditions) qui accorde plus d'importance à ces passe-temps qu'à l'Europe, et que selon [71] 1,3 million de personnes en France aient voté pour eux, soit 6,77% des votants.

 

C'est aussi parce que les Français, comme d'ailleurs la plupart des citoyens des autres pays, perçoivent mal l'importance de l'Union européenne, que tant de politiciens des gouvernements européens peuvent se permettre de dépenser plus d'énergie pour conserver du pouvoir national que pour intégrer leur pays dans l'Union, qui du coup n'avance pas. Comme l'écrit M. François Bayrou dans le numéro 92 (05/01/2004) du bimensuel d'information de l'UDF Démocratie info :

"...le renoncement au pacte de stabilité [limitant le déficit à 3% du PIB] avait ouvert la voie : on savait désormais que les grands pays ne se sentaient plus liés par leur signature."

"Mais il y a (presque) plus grave : la prétention mesquine des plus grands pays de vouloir maintenir le budget européen sous la barre des 1% ( !) du PIB montre ce qu'est désormais la dimension du projet... 1%, alors que les budgets nationaux, politiques et sociaux, dépassent les 50%. Cela veut dire qu'il n'y aura jamais de politique de défense sérieuse, de politique de recherche sérieuse, qu'il n'y aura plus de politique agricole ou d'aménagement du territoire européen. Or sans Europe, notre projet de société sera ballotté, projeté d'un bord sur l'autre, et, au bout du compte, mis en pièces."

"Il est temps de reconstruire le projet européen et désormais de le défendre à visage découvert."

 

L'avantage que les pays de l'Union européenne tirent de leur union commerciale est en train de fondre comme neige au soleil du fait de la mondialisation, qui facilite énormément les échanges avec la Chine et l'Inde, pays où les prix de production sont incomparablement plus bas. Même des pays extérieurs à l'Union peuvent désormais commercer avec ces géants d'Asie, à la fois producteurs compétitifs et marchés immenses.

        Pourquoi les télévisions ne nous avertissent-elles pas de cette situation, de ces enjeux ?

Exemple : les régions

Connaissant mal leurs institutions, les Français ne sont guère motivés par les élections régionales, pourtant de plus en plus importantes avec les progrès de la décentralisation et l'élection des présidents de région au suffrage universel. Ils ne connaissent pas les responsabilités respectives des cinq niveaux d'organisation publique : Union européenne, France, région, département, commune. Et ni le gouvernement ni les médias ne se préoccupent sérieusement de les aider à les connaître, à comprendre leur raison d'être, leurs articulations et les enjeux électoraux.

Exemple : le chômage et le niveau de vie, c'est-à-dire l'économie

Pour ceux qui craignent pour leur emploi, le chômage est depuis des années la première des préoccupations. Pour les autres, le niveau de vie - fortement dépendant de la santé de l'économie - est toujours une préoccupation importante. Or, ni les gouvernements successifs, ni les médias, n'ont jamais entrepris de donner aux citoyens le minimum de connaissances en économie nécessaires pour voter intelligemment, en appréciant la pertinence et les implications des propositions électorales. C'est pourtant facile, les exemples [91] et [125] le montrent.

 

A cette carence culturelle s'ajoute un déficit d'informations sur les événements économiques majeurs qui surviennent en permanence : fluctuations des taux d'intérêt, variations de la parité euro/dollar, du PIB, de l'emploi, de la productivité, de la dette publique, etc.

 

Voir "Chômage : savoir et agir" http://www.danielmartin.eu/Cours/Lutte-Chomage.htm

 et "Chômage des jeunes et CPE : dire enfin toute la vérité !" http://www.danielmartin.eu/Economie/Chomage-Jeunes.htm

1.6.3.3                        Le silence des gouvernements

Les gouvernements successifs ne parlent guère aux citoyens, sauf en période électorale, pour leur publicité. Du coup, beaucoup de Français ignorent où nos gouvernants mènent le pays ; ils ont l'impression d'une politique sans vision directrice, dans tous les domaines à l'exception de la sécurité de M. Sarkozy. Ils en concluent que les gouvernements successifs ignorent leurs problèmes, et ils votent pour les sanctionner.

 

Il y a pourtant de grands sujets dont la classe politique devrait parler aux citoyens, comme :

§           La réforme de l'Etat, pour :

·            redéfinir le champ d'intervention des services publics ; voir à ce sujet le rapport [124] au gouvernement Jospin (accablant !) ;

·            fournir aux citoyens de meilleurs services (respect, simplicité, qualité, délais) ;

·            supprimer les services publics inutiles. Exemple : la Banque de France a, dans ses 211 agences, 17.000 agents, c'est-à-dire 6 fois plus que la Banque d'Angleterre, qui a pourtant plus de travail parce qu'elle a une mission de banque centrale, que la Banque de France n'a plus depuis l'adoption de l'euro ; notre Banque de France a 3,5 succursales par million d'habitants contre une moyenne de 1,4 chez nos voisins européens (Source [123]).

·            maîtriser les déficits publics reportés d'année en année sur les générations futures, grâce à des critères d'efficience de fonctionnement et un suivi, ainsi qu'une rémunération au mérite des agents ;

·            redéfinir les transferts sociaux pour mettre fin aux gaspillages ;

§           La réforme des retraites et de l'assurance maladie, pour en garantir le financement futur.

§           Le service public minimum ou garanti, pour en finir avec les grèves des transports publics où quelques milliers de grévistes prennent en otage des centaines de milliers de voyageurs et des dizaines de milliers d'entreprises qui attendent leurs marchandises, après quoi les contribuables doivent éponger le déficit de la SNCF (250 millions d'euros en 2003).

§           L'avancement des grands chantiers en cours, comme la redéfinition des missions et du fonctionnement de l'Education nationale.

§           La construction de l'Union européenne, trop souvent bloquée par des égoïsmes.

 

Lorsque le gouvernement Raffarin tente de réformer vraiment des domaines comme les retraites, l'enseignement ou la santé, il n'explique pas assez aux Français ce qu'il veut faire, pourquoi il veut le faire, ce que cela coûtera ou rapportera, etc. Cela se traduit, dans les médias, par une place plus grande allouée aux inévitables protestations de ceux qui défendent l'immobilisme ou leurs privilèges, qu'aux explications nécessaires pour comprendre les enjeux et les propositions officielles. Du coup, au lieu de soutenir des réformes parce qu'ils les comprennent, trop de Français s'en moquent ou les rejettent, parce que les médias leur en donnent une image plus souvent négative (les protestations) que positive (les explications).

1.6.3.4                        Les électeurs ne s'informent pas vraiment

Les électeurs ne se donnent pas le mal de s'informer sur la politique et l'économie, ce qui prend environ une heure par jour lorsqu'on le fait bien. La plupart attendent passivement que les médias les informent. Et comme en la matière les médias pratiquent le service minimum...

1.6.3.5                        Conclusion : la démocratie souffre de carence d'informations

C'est ce manque d'informations politiques et économiques qui est le principal obstacle au bon fonctionnement de notre démocratie, qui souffre de ce que les électeurs choisissent sans savoir ou se révoltent à mauvais escient.

 

J'ai donc écrit ce livre pour expliquer et dénoncer le manque d'informations politiques et économiques dont nous sommes tous victimes, nous citoyens des pays dits évolués et riches, et particulièrement nous Français. Et pour proposer des pistes de réflexion.

1.6.4             Droits de l'Homme et liberté d'expression

Droits de l'homme : voir le point de vue "officiel" de La Documentation française : Les droits de l'homme aujourd'hui [119]  et  Liberté d'opinion et d'expression selon l'ONU : voir [97].

1.6.4.1                        Dans l'Union européenne

La Convention européenne des droits de l'homme  [83] stipule :

"Article 10 - Liberté d'expression
1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations."

"2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire."

 

Selon [22] pages 55-56 :

La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt Lehideux et Isorni du 23/10/1998 précise :

"La liberté d'expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels il n'est pas de société démocratique."

 

Cet arrêt signifie qu'on n'a pas le droit d'interdire l'expression d'informations ou d'idées du seul fait de leur caractère choquant. C'est la porte ouverte à beaucoup d'horreurs sous prétexte de liberté d'expression ; cela rapproche le droit européen du droit américain : voir Premier amendement de la constitution américaine.

1.6.4.2                        En France

Rappelons d'abord quelques extraits de la Déclaration des Droits de l'Homme [50] :

"Article 4. - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui."

Donc, si la liberté d'expression des journalistes nuit au public par désinformation, elle est contraire aux droits de l'Homme et il faut la limiter. Ce point est important : de nos jours, les citoyens d'une démocratie ont doit à une information de qualité ; c'est là un droit civique.

"Article 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi."

Donc les journalistes peuvent exprimer leurs opinions, quelles qu'elles soient, à condition que ces opinions ne troublent pas l'ordre public établi par la loi. Comme la désinformation est nuisible par ses conséquences, elle peut troubler l'ordre public et nous avons besoin de lois pour l'en empêcher, c'est-à-dire pour limiter le droit des journalistes de couvrir un événement n'importe comment.

"Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi."

Si des lois définissaient le manque d'informations ou la désinformation comme un abus de liberté, les journalistes seraient obligés d'être plus rigoureux dans leur couverture des événements.

 

On voit qu'il faudrait disposer de lois qui définissent :

§           Le minimum d'informations nécessaires à la vie citoyenne, pour pouvoir le garantir ;

§           La désinformation, pour pouvoir la limiter.

 

Et, au lieu que les journalistes ne soient responsables devant personne, il faudrait disposer d'un organisme qui surveille leur déontologie, une sorte de CSA non-gouvernemental surpuissant, compétent pour tous les médias.

1.6.4.3                        Aux Etats-Unis

La liberté d'expression est plus grande aux Etats-Unis que chez nous.

Le Premier amendement de la Constitution américaine [102] stipule, concernant la presse :

"Le législateur ne fera pas de loi … pour réduire la liberté d'expression ou celle de la presse…"

En France, la loi peut limiter la liberté d'expression, aux Etats-Unis non. C'est pourquoi on trouve en Amérique des publications révisionnistes (c'est-à-dire qui nient la réalité du génocide des Juifs), etc. qui sont rigoureusement interdites en France. En France, on peut légiférer sur les sectes, aux Etats-Unis non.

1.6.4.4                        Le droit à l'information et son pluralisme

Pour que la démocratie fonctionne bien, toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer, dans les limites citées ci-dessus, pour que le débat éclaire les choix des citoyens. Cela implique la pluralité de ces opinions : nul ne peut détenir la vérité seul, nul ne peut empêcher les autres de s'exprimer, pas même l'Etat.

 

Ce principe est battu en brèche, en pratique, lorsqu'un parti politique ou un gouvernement monopolise l'accès aux médias : si il peut dominer l'expression à la télévision, dans les journaux, etc., les citoyens ne connaîtront pas les points de vue, les arguments, les propositions de ses adversaires. C'est ce qui se passe en 2003 en Chine, par exemple, ou en Arabie saoudite. La démocratie est alors remplacée par une tyrannie totalitaire.

 

Selon [8] page 270, Lénine a ouvertement et délibérément réduit la presse en esclavage, au nom de la nécessaire dictature du prolétariat, en écrivant en 1906, avant même d'être au pouvoir :

"Les journaux doivent devenir les organes des différentes organisations du Parti. Les écrivains doivent absolument entrer dans les organisations du Parti. Les maisons d'édition et les dépôts, les magasins et les salles de lecture, les bibliothèques et les diverses librairies doivent relever du Parti. Le prolétariat socialiste organisé doit surveiller toute cette activité, la contrôler à fond."

Cela implique la nationalisation de la presse et la censure préventive. La presse est alors un instrument de propagande et d'agitation ("Agitprop") au service du Parti et une courroie de transmission entre celui-ci et le peuple.

 

Lorsque, sans monopoliser les médias, un parti peut s'y exprimer plus souvent et plus longtemps que les autres, l'effet publicitaire en sa faveur est important : c'est ce qui s'est passé dans l'Italie de M. Berlusconi.

 

On admet aujourd'hui, selon [8] page 279 et bien que ce ne soit pas une loi écrite et votée, la définition suivante du droit des citoyens à l'information :

"Le droit à l'information consiste, pour tous les citoyens, à pouvoir accéder à tous les faits de l'actualité, que ceux-ci résident dans les événements eux-mêmes ou dans l'expression de jugements ou d'opinions."

"Il faut donc que ces faits soient présentés de manière intelligible pour chacun, faute de quoi la liberté deviendrait le privilège de quelques-uns."

 

Le droit des citoyens à l'information implique le droit d'accès aux documents publics : lois et règlements, textes des débats au Parlement, rapports publics, etc. Il est conforme à l'article 15 de la Déclaration des Droits de l'Homme [50] :

"Article 15. - La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration."

Il est aussi conforme à l'article 14 :

"Article 14. - Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée."

C'est pour informer leurs lecteurs en exerçant ces droits que les journaux, par exemple, publient de temps à autre des comptes-rendus de rapports publics, comme ceux de la Cour des comptes. Il faut aussi féliciter les gouvernements récents de la France d'avoir mis à disposition, en accès libre et gratuit, un très grand nombre de documents publics sur les sites Internet [42], [43] et [44].

1.6.4.5                        Messieurs du gouvernement, parlez donc aux Français  !

Après ces félicitations, il faut déplorer que les divers gouvernements de la France aient tous eu la déplorable habitude de parler peu aux Français, en oubliant que le droit des citoyens à l'information exige d'eux une attitude active.

§           Le Chef de l'Etat devrait venir au moins deux fois par trimestre expliquer à ses concitoyens où il mène le pays. Il faut qu'il fasse davantage de discours comme [86] (06/01/2004 : Loi de mobilisation pour l'emploi).

§           Les membres du gouvernement devraient venir expliquer la politique de leur ministère assez souvent pour que les Français aient une chance de la comprendre. Et ils devraient le faire en commençant par un discours d'une demie heure ou plus, sans interruption de journaliste, pour avoir le temps de développer leurs explications.

§           Enfin, l'opposition aurait automatiquement un droit de réponse après chacune de ces interventions, pour que le débat soit démocratique.

 

En ne parlant pas assez aux Français, sinon pour dénigrer des opposants, nos politiciens se coupent d'eux ; M. François Bayrou le dit très bien dans [57].

 

Divine surprise début novembre 2004 : j'ai découvert le livre de M. Nicolas Sarkozy [145]. Voilà des années que je n'avais pas lu un livre de cette qualité écrit par un politicien français. M. Sarkozy aborde un sujet qui fait débat, la République et l'Etat, sans hésiter à présenter une analyse et des propositions personnelles. Il s'exprime clairement, sans langue de bois.

        Il faudrait des dizaines d'ouvrages de cette qualité pour que les Français comprennent les problèmes du moment, en économie et en politique. Il faudrait surtout qu'on en aborde le contenu à la télévision, pour atteindre les citoyens qui ne lisent pas de livres sérieux.

1.6.5             La responsabilité sociale des médias

Selon [8] page 275, les Américains considèrent que le jeu de la libre concurrence ne permet pas, à lui seul, de garantir la liberté d'expression nécessaire à la démocratie. Des phénomènes de concentration des médias, d'influence des annonceurs, de conflits d'intérêts entre propriétaires des médias et liberté des journalistes, peuvent empêcher certaines opinions de s'exprimer, ou amplifier l'audience d'autres opinions. Ils estiment donc que les médias ont une responsabilité sociale d'informer correctement le public.

 

Par cette prise de position sur le rôle des médias, les Américains vont plus loin que nous dans la méfiance vis-à-vis de l'économie de marché et le besoin d'un service public d'information. C'est pourquoi, en plus des grandes chaînes privées de télévision ABC, CBS et NBC et, pour l'information, CNN et FOX, ils ont des centaines de stations privées non-commerciales constituant l'ensemble PBS (Public Broadcasting Service). Selon [58], ces stations vivent de subventions publiques (environ 36% du budget), de dons divers et de contributions des universités, et leur personnel comprend beaucoup de bénévoles.

 

Notons que cette responsabilité sociale consiste le plus souvent à dire la vérité, toute la vérité aux citoyens. Le plus souvent, mais pas toujours : il y a des circonstances où l'éthique et la simple morale exigent que l'on n'aborde pas certains sujets, où qu'on le fasse avec retenue. Si le Premier amendement de la Constitution empêche la loi de restreindre la liberté d'expression, aucun texte n'empêche l'autolimitation.

 

En France, la radio et la télévision de service public sont chargées d'informer le public sans trop se soucier de contraintes commerciales. Elles le font, mais avec les contraintes dues à leur appartenance à l'Etat, qui limite leur indépendance, et aux lois, qui encadrent ce qu'elles peuvent diffuser et la manière de le faire.

1.6.6             Contraintes législatives, réglementaires : limitations de la liberté d'informer

Selon [8] pages 305 et 306 :

§           Les autorités investies du pouvoir de police, maires et préfets, peuvent prendre des mesures qui limitent la liberté de la presse au nom du "maintien" ou du "rétablissement" de "l'ordre public". Ces mesures peuvent aller jusqu'à la saisie administrative d'une publication. Mais la jurisprudence impose des conditions très strictes au pouvoir de saisie : la menace à l'ordre public doit être grave et urgente, sinon il y a voie de fait.

§           Il existe un "délit de fausse nouvelle". Mais il n'est constitué que si celle-ci est susceptible de troubler la paix publique (décret-loi du 03/10/1935) ou si elle est de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées, ou à entraver l'effort de guerre de la nation (ordonnance du 06/05/1944).

On voit donc que les journalistes ont toute latitude pour diffuser des fausses nouvelles, si celles-ci ne peuvent déclencher une émeute !

§           La libre communication des pensées et des opinions exclut les opinions anarchistes (loi du 28/07/1894).

Si ce point de droit était appliqué de manière stricte, certains groupuscules français ne pourraient plus rien publier... Rappelons-nous aussi que M. Le Pen a été poursuivi pour certains de ses propos.

1.6.6.1                        Loi Léotard : télécommunication, communication audiovisuelle

Pour comprendre cette loi, nous avons besoin de comprendre le sens précis de quelques termes. Voici les définitions nécessaires. Au sens de la loi Léotard sur la liberté de communication [63], mise à jour en l'an 2000 :

§           Les termes "télécommunication" et "communication audiovisuelle" sont définis comme suit à l'article 2 :

"On entend par télécommunication toute transmission, émission ou réception de signes, de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de renseignements de toute nature, par fil, optique, radio-électricité ou autres systèmes électromagnétiques."

"On entend par communication audiovisuelle toute mise à disposition du public ou de catégories de public, par un procédé de télécommunication, de signes, de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de messages de toute nature qui n'ont pas le caractère d'une correspondance privée."

§           L'expression "distributeur de services" est définie comme suit à l'article 2-1 :

"Pour l'application de la présente loi, les mots : distributeur de services désignent toute personne qui établit avec des éditeurs de services des relations contractuelles en vue de constituer une offre de services de communication audiovisuelle mise à disposition auprès du public par voie hertzienne terrestre, par câble ou par satellite. Est également regardée comme distributeur de services toute personne qui constitue une telle offre en établissant des relations contractuelles avec d'autres distributeurs."

1.6.6.2                        Le cas des données et services accessibles par Internet

Pour Internet et en l'absence d'autres textes, cette loi implique que :

§           L'accès à des textes, images, sons et vidéos stockés sur un serveur Internet est de la télécommunication, car cet accès passe par un réseau (téléphonique, câble, etc.) ;

§           La mise à disposition du public des données d'un serveur Internet constitue une communication audiovisuelle, soumise donc aux dispositions de la loi Léotard ;

§           Un fournisseur d'accès à Internet (comme Wanadoo, AOL...) est un distributeur de services soumis à la loi Léotard, lorsqu'il vend un accès par radio, câble ou satellite au serveur Internet d'un éditeur de services avec qui il a un contrat.

 

Loi française, la loi Léotard ne peut s'appliquer à l'étranger. Les éditeurs de services Internet situés hors de France n'y sont pas soumis. Tant qu'un fournisseur français d'accès à Internet permet l'accès à leurs services sans avoir de contrat avec eux, il n'est pas un distributeur de services soumis à la loi Léotard.

 

On voit sur cet exemple un problème posé par le caractère mondial du réseau Internet : certains services, certaines données peuvent être accessibles en France sans restriction légale. Lorsqu'on essaie de faire filtrer les accès à des serveurs étrangers par des fournisseurs d'accès français, pour limiter les données accessibles à des Français, on se heurte à d'immenses problèmes techniques, non résolus pour le moment. C'est ainsi que la Chine, qui essaie d'empêcher sa centaine de millions d'internautes d'accéder à des informations que les médias muselés du pays ne peuvent diffuser, rencontre de grosses difficultés pour filtrer ces accès et emploie à cet effet des milliers de censeurs.

 

Cet état de choses permet l'expression d'opinions politiques qu'on ne pourrait diffuser à partir de la France, la diffusion à l'étranger pour réception en France d'informations interdites, etc. Exemples d'informations ou services interdits en France qui peuvent être accessibles à des Français sur un serveur Internet étranger :

§           Des textes ou images pédophiles, racistes ou révisionnistes ;

§           Des textes diffamatoires ;

§           Des publicités ou des offres d'achat pour des produits interdits ;

§           Des secrets militaires ou industriels intéressant la défense nationale : comment fabriquer des armes bactériologiques, chimiques ou nucléaires, etc. ;

§           Des incitations au terrorisme ;

§           Des résultats de sondages d'opinion effectués en France hors des périodes autorisées, etc.

 

Comme de plus en plus de gens ont accès à Internet, comme cet accès est de plus en plus souvent à haut débit, il sera de plus en plus difficile d'empêcher la diffusion d'informations incontrôlées par toutes sortes de médias basés sur Internet : télévision, radio, textes, photos et, bien entendu, messages. Même si les démocraties qui ont des valeurs morales semblables adoptaient des mesures communes pour filtrer les communications indésirables - ce qui n'est pas près d'arriver - il serait très difficile d'empêcher les autres pays de diffuser des messages immoraux ou antidémocratiques. On n'a même pas réussi, aujourd'hui, à bloquer les transferts électroniques de fonds entre banques vers ou depuis les paradis fiscaux...

1.6.6.3                        Information limitée par la loi sur la publicité

Le décret [62], applicable aux éditeurs de services de télévision, contient les textes ci-dessous (en italiques) que j'ai commentés en caractères droits :

"Article 3 : La publicité doit être conforme aux exigences de véracité, de décence et de respect de la dignité de la personne humaine. Elle ne peut porter atteinte au crédit de l'Etat."

Un journaliste doit donc veiller à ce que tout message qu'il diffuse, s'il critique l'Etat, ne puisse être considéré comme une publicité pour un livre ou un magazine ! Ce genre de limitation de la liberté des médias scandaliserait un Américain, puisqu'il empêche de faire connaître des critiques de l'Etat.

"Article 5 : La publicité ne doit contenir aucun élément de nature à choquer les convictions religieuses, philosophiques ou politiques des téléspectateurs."

Un journaliste doit aussi veiller à ne pas faire la publicité d'un texte ou film pouvant choquer des convictions religieuses, philosophiques ou politiques. Il y a là une discrimination à l'égard de certaines informations qui peut handicaper l'expression démocratique. Il faut savoir qu'il suffit qu'un titre constituant la "une" (page de couverture d'un magazine ou premier titre que l'on voit en ouvrant un journal) soit une publicité ; à la une, un sujet comme "le voile islamique" est donc illégal.

 

La publicité politique est donc interdite à la télévision, première source de formation d'opinion des citoyens, sous prétexte d'égalité des possibilités d'expression des partis ou candidats, qui ne disposent pas des mêmes moyens financiers. Pourtant, cette égalité est battue en brèche par plusieurs règles qui tiennent compte des résultats électoraux, comme le financement des partis ou candidats aux élections et l'attribution des temps d'antenne. Cette interdiction entraîne un déficit d'information des citoyens et une inégalité des temps de parole des divers courants d'opinion.

1.6.6.4                        Cahiers des charges de France Télévisions et Radio France

Les missions des médias du service public prennent en compte les contraintes législatives et le droit des citoyens à l'information. On distingue trois types de missions : informer, distraire et promouvoir la culture française. Elles sont bien résumées dans le cahier des charges de France 2 [59], dont les cahiers des charges des autres chaînes de télévision et de radio sont assez proches. En voici des extraits, en italiques, commentés en caractères droits.

"Les sociétés nationales de programme de télévision poursuivent, dans l'intérêt général, des missions de service public."

L'Etat reconnaît donc le droit du public à l'information, c'est-à-dire le besoin d'un service public. Selon [56], pendant les campagnes électorales de 2002, France 2 et France 3 ont diffusé 77% du volume des émissions consacrées par l'ensemble des chaînes françaises à l'élection présidentielle, c'est-à-dire quatre fois plus que TF1 et M6 réunies.

"L'attention qu'elles portent à leur audience exprime plus une exigence vis-à-vis du public qu'une volonté de performance commerciale."

En tant qu'exigence, c'est-à-dire intention, celle-ci est louable. Mais la réalité est différente, comme le prouve le rapport Missika [66], dont voici un extrait :

«Quand le Parlement vote le budget de la chaîne [France 2], il indique implicitement un objectif de part d'audience en prenant acte du niveau des ressources publicitaires prévisionnelles. Dans l'implicite le plus absolu, cet objectif contraint France 2 à une concurrence directe avec TF1. Mais parce que cela reste dans le non-dit, il sera toujours possible de reprocher à France 2 ses "dérives", d'être "à la remorque de TF1", d'être devenue une "télévision commerciale d'Etat" et de parler doctement de sa crise d'identité ou de sa schizophrénie. Il n'en reste pas moins que, budgétairement, la chaîne est sommée de concurrencer frontalement TF1 tandis que, idéologiquement, elle est sommée de marquer sa différence dans ses programmes comme dans sa programmation. Une télévision qui serait à la fois concurrentielle et complémentaire, c'est un couteau sans lame auquel il manque le manche.»

Suite des extraits du cahier des charges de France 2 :

"Elles [c'est-à-dire les sociétés nationales de programme de télévision] concourent au développement et à la diffusion de la création intellectuelle et artistique et des connaissances civiques, économiques, sociales, scientifiques et techniques."

Le service public de télévision a donc bien mission d'informer le public en matière d'économie et de politique. S'il ne le fait pas assez, il manque à son devoir, parce qu'il manque de volonté de contribuer au bon fonctionnement de la démocratie et parce que nul ne contrôle son respect de ce point particulier.

"Les sociétés nationales de programme ont vocation à constituer la référence en matière d'éthique, de qualité et d'imagination. Elles conservent à ce titre le souci d'éviter toute vulgarité."

"Dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations du Conseil supérieur de l’audiovisuel, la société assure l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion."

"La société s'interdit de recourir à des procédés susceptibles de nuire à la bonne information du téléspectateur."

"[La société]... s'interdit toute présentation partiale des faits."

Toutes ces intentions sont louables. En agissant ainsi, les médias français diffuseraient bien une information conforme aux critères de qualité. Mais, comme le montrent plusieurs exemples dans cet ouvrage, l'objectivité, l'impartialité et la complétude des informations qu'ils diffusent laisse parfois à désirer. C'est pourquoi il faut mettre en place un mécanisme de contrôle de la qualité des informations politiques et économiques diffusées plus strict que celui du CSA d'aujourd'hui. Et cet organisme devrait pouvoir faire respecter les mêmes critères de qualité par les autres médias : chaînes privées, journaux et magazines. Seul Internet, par sa nature même, ne peut être encadré.

"Article 9 : Sous réserve des dispositions des articles 10 à 15 du présent cahier des missions et des charges, il est interdit à la société de diffuser des émissions ou des messages publicitaires produits par ou pour des partis politiques, des organisations syndicales ou professionnelles, ou des familles de pensée politiques, philosophiques ou religieuses, qu'ils donnent lieu ou non à des paiements au profit de la société."

La méfiance à l'égard de la publicité est, ici, contestable. La publicité ne sert pas systématiquement à tromper son auditoire, elle sert aussi et surtout à l'informer. Lorsque les temps d'antenne sont insuffisants pour présenter aux citoyens des programmes et des candidats, il n'y a pas d'autre moyen que la publicité pour le faire.

 

Il faut alors s'assurer que l'auditoire est averti du caractère publicitaire de l'émission, pour qu'il conserve son esprit critique. Il faut aussi prendre position sur le problème posé par la différence de moyens financiers entre des partis et candidats riches et d'autres qui le sont moins : faut-il limiter les temps ou les budgets publicitaires ? Faut-il subventionner ?

"Article 10 : La société assure à tout moment la réalisation et la programmation des déclarations et des communications du gouvernement, sans limitation de durée et à titre gratuit."

"Elle met en œuvre le droit de réplique suivant les modalités fixées par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel."

Voilà qui permet au gouvernement d'expliquer sa politique et de compléter l'information des citoyens lorsque les médias n'ont pas assez couvert un sujet. Il dispose même d'un temps d'antenne illimité pour cela, privilège dont son opposition ne jouit pas. Mais hélas, les gouvernements successifs de la France ont pris la mauvaise habitude de trop peu parler aux citoyens, de trop peu rendre compte de ce qu'ils font et des difficultés du pays.

 

Cet article permet aussi de compenser, par le canal des chaînes du service public, les omissions d'information des chaînes privées, bien plus soucieuses de leurs profits que des informations politiques et économiques.

"Article 14 : En complémentarité avec la société France 3, la société [France 2] diffuse des émissions régulières consacrées à l'expression directe des organisations syndicales et professionnelles représentatives à l'échelle nationale, dans le respect des modalités définies par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel."

Cet article permet l'expression des syndicats de salariés et de patrons, nécessaire en démocratie. Mais quand est-il appliqué ? Je n'ai pas remarqué d'émission organisée pour cette expression.

 

Il y a un autre problème : en France, l'ensemble des syndicats de salariés ne représente que 8% de ceux-ci ; en outre, les salariés syndiqués sont, dans leur grande majorité des fonctionnaires ; la représentativité des syndicats de salariés est donc très faible.

1.6.6.5                        Contrôle des chaînes de télévision par le CSA

La loi Léotard sur la liberté de communication [63] définit le rôle principal du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) par la phrase suivante de son article 13 :

"Le Conseil supérieur de l'audiovisuel assure le respect de l'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion dans les programmes des services de radiodiffusion sonore et de télévision, en particulier pour les émissions d'information politique et générale."

Un exemple d'action du CSA pour faire respecter l'équilibre des temps de parole entre la majorité et l'opposition est cité par [8] page 418 :

"Le CSA a engagé une procédure contre France 2 et France 3 au vu des déséquilibres constatés dans les temps de parole impartis aux personnalités politiques au cours du 1er semestre 1994, les chaînes ayant favorisé le gouvernement. Une procédure a été simultanément engagée, pour les mêmes motifs, contre TF1."

"Le CSA ayant constaté un «rééquilibrage» des temps de parole entre gouvernement, majorité et opposition, au second semestre de 1994, a décidé de clore la procédure et de ne pas sanctionner les trois chaînes. D'autres procédures ont néanmoins été engagées contre France 2 et France 3 en 1994 et 1995 pour des cas de publicité clandestine."

 

Le CSA veille donc à une certaine impartialité, mais il n'est pas chargé de veiller au respect de certaines autres qualités des informations diffusées, pourtant importantes, comme l'objectivité et la complétude. Nous ferons des propositions en ce sens plus loin.

1.6.7             Les médias "sonnette d'alarme"

Comme nous l'avons vu ci-dessus, la démocratie ne peut fonctionner correctement si les médias informent mal les citoyens. Voici des exemples de cas où des journaux ont attiré l'attention du public sur des problèmes de la société, obligeant ainsi un gouvernement à réagir pour ne pas perdre des voix aux prochaines élections.

§           (The New York Times 19/10/2003) : State Dept. Study Foresaw Trouble Now Plaguing Iraq. Le New York Times a révélé que 10 mois de travaux préparatoires menés par le Département d'état (ministère américain des affaires étrangères), pour un coût de 5 millions de dollars, ont été tenus pour quantité négligeable par le Pentagone dans sa planification de l'après-guerre d'Irak. Plus de 200 experts irakiens - juristes, ingénieurs, hommes d'affaires en exil - avaient participé à 17 groupes de travail sur des sujets aussi variés que la réforme de la justice, les institutions de défense, le redressement de l'économie et des infrastructures, la libéralisation des médias, la démocratisation, la lutte contre la corruption, le rétablissement de la société civile, etc. Le document résultant, Projet pour l'avenir de l'Irak, riche de 2000 pages de recommandations réparties en 13 volumes, a pratiquement atterri à la poubelle lorsque les militaires ont été préférés aux diplomates pour gérer l'après-guerre.

Parmi les conseils avisés contenus dans ce rapport et qui n'ont pas été suivis, celui de se prémunir contre «le risque de pillage immédiatement après le changement de régime, en particulier sur des infrastructures vitales et des installations gouvernementales clés». Ou celui de démanteler l'armée irakienne «sans trouver un emploi aux troupes démobilisées», qui pourraient se retourner contre les forces d'occupation.

On voit ici comment un journal peut faire éclater un scandale contre un gouvernement qui a mal agi.

§           (Le Figaro du 23/10/2003 page 6) : La BBC dénonce le racisme dans la police :
la chaîne BBC1 a diffusé le 21/10/2003 au soir un document filmé secrètement, The Secret Policeman, qui illustrait le racisme de plusieurs policiers de la Greater Manchester Police. L'auteur du reportage, Mark Daly, en accord avec la BBC, s'était engagé dans la police en janvier 2003 pour filmer en secret le comportement de ses agents sur le terrain. Il avait suivi les cours de l'école de police de Warrington (Cheshire), puis avait travaillé comme policier de terrain pendant 7 mois. Le reportage incriminait, preuves filmées à l'appui, le comportement raciste de certains policiers.

On voit ici comment un journaliste peut se donner du mal pour obtenir des informations destinées à révéler un scandale à l'opinion publique, pour que le gouvernement y mette un terme.

§           (Newsweek du 13/10/2003 page 19) : Entre 1995 et 2005, le Japon aura dépensé environ 6200 milliards de dollars en travaux publics, c'est-à-dire 3 à 4 fois plus que les USA, pays pourtant 20 fois plus étendu et plus de 2 fois plus peuplé. Par clientélisme, le parti au pouvoir, responsable de cet immense gaspillage, a ainsi favorisé son électorat, qui profite de ce travail artificiel (autoroutes et ponts ne menant nulle part, etc.) au détriment du reste du pays. Les Japonais étant des gens très instruits qui s'informent beaucoup, ce scandale aurait été impossible si les médias l'avaient dénoncé. Faute d'une telle dénonciation, le parti démocratiquement élu a pu poursuivre, pendant de longues années, une politique clientéliste, bénéfique à son électorat mais ruineuse pour le pays.

1.6.8             Médias, populisme et démagogie

(Source : le texte de cette section sur l'Italie est proche des articles [31]).

A propos de M. Silvio Berlusconi

En Italie, M. Silvio Berlusconi possède :

§           3 réseaux télévisés : Canale 5, Rete Quattro, Italia Uno, qui représentent 50% de l’audience ;

§           Videotime, qui réalise les émissions ;

§           Elettronica Industriale, qui les diffuse ;

§           Publitalia, qui recueille la publicité ;

§           Une chaîne de 300 cinémas ;

§           [Des intérêts dans] l'édition, avec 90% de Mondadori et les magazines Panorama, Epoca, Grazia, Casaviva, Sorrisi e Canzoni, Telepiù, etc.

 

Il a utilisé ses chaînes de télévision pour une violente campagne contre son rival politique M. Romano Prodi.

 

La part d'audience de la télévision étant très supérieure à celle des journaux, en Italie comme en France, une partie significative des budgets publicitaires est passée des journaux et magazines à la télévision. Certains de ces médias imprimés en ont été fragilisés et, perdant de l'argent, sont passés sous la coupe de grands groupes comme FIAT ; ils ont ainsi perdu de leur indépendance éditoriale. Le résultat net a été une influence encore plus forte de M. Berlusconi, magnat de la télévision.

 

Au crédit de M. Berlusconi il faut noter que la culture médiatique diffusée par la télévision berlusconienne est certes à base de divertissement, mais elle y mêle l’éloge du travail acharné, l’idéalisation de l’entrepreneur et, partant, les normes d’un individualisme concurrentiel sans limites. Le personnage de Berlusconi est à l’image de ce conservatisme ultramodernisateur, où l’exaltation de la réussite n’exclut pas l’éloge du travail soigné, où le culte de l’apparence se marie avec la célébration des vertus de la famille.

La "purification éthique" de la classe politique italienne par M. Berlusconi

Utilisant la puissance de ses médias, M. Berlusconi a liquidé à partir de 1992 la classe politique italienne, lors de l'opération "Mani pulite" ("Mains propres"). Il a dévoilé et démonté le système de corruption dont vivait la partitocratie italienne depuis près d’un demi-siècle, réussissant ainsi ce que personne d'autre n'avait su faire.

Médias et populisme

Le terme "populiste" est péjoratif, de strict usage polémique : un populiste est soit un fasciste, soit un démagogue. Il s’ensuit que le populisme se définit par son caractère, antidémocratique pour le fascisme ou pseudo-démocratique pour la démagogie.

 

L'ascension politique de M. Berlusconi a été foudroyante, grâce au succès de son populisme. Il a lancé au début de janvier 1994 un nouveau mouvement politique, Forza Italia, et mis en place une coalition électorale hétéroclite avec la Ligue du Nord, parti fédéraliste dirigé par Umberto Bossi, et l’Alliance nationale, parti de droite "postfasciste" issu du néo-fasciste M.S.I. (Mouvement social italien). Contre toute attente, cette coalition, le Pôle de la liberté, a gagné les élections législatives des 27-28 mars 1994. Le gouvernement Berlusconi, intronisé le 10 mai, a duré sept mois : sa chute, le 22 décembre 1994, aura été aussi rapide que son ascension.

 

En dépit de sa brièveté, cet épisode de la vie politique italienne jette un éclairage précieux sur les interférences contemporaines du politique, du démagogique et du médiatique : la communication télévisuelle se substitue au fonctionnement démocratique ; elle devient une nouvelle pratique de la démocratie, une sorte de réalisation symbolique du rêve de démocratie directe. Le télépopulisme est une vidéodémagogie : le démagogue agit sur son auditoire en se donnant à voir plus qu’en se faisant entendre.

 

Le contraste entre la nouvelle démagogie télévisuelle (le sourire "clean" du présentateur vedette Silvio Berlusconi) et la classique démagogie de l’orateur prenant la parole en public (la voix rocailleuse, le ton agressif et les effets "expressionnistes" d’Umberto Bossi) s’est fortement accentué, alors même que se nouait une alliance conjoncturelle entre ces deux générations typiques de démagogues.

§           L’un pratiquait un populisme élitiste paradoxal et défendait un nationalisme ethnique des "riches" (la Ligue du Nord défendant les "meilleurs", ceux du Nord, dont les intérêts sont menacés par le "fardeau" qu’incarnent ceux du Sud) dans le cadre d’une vision régionaliste et fédéraliste ;

§           L’autre s’orientait vers un populisme populacier, transformant la communication politique en spectacle de masse, diffusant un message politique minimal (un libéralisme vague inséré dans un style "branché"), sur la base "scientifique" fournie par les enquêtes d’opinion, censées établir la "volonté du peuple", la saisir dans son évolution et ses variations.

 

Le berlusconisme de l’année 1994 ne fait ainsi que grossir les traits caractérisant les pratiques de la démocratie d’opinion, dont les stratèges manifestent une double volonté de maîtrise : pouvoir connaître l’opinion publique pour s’y adapter, posséder les moyens médiatiques de l’exploiter, de l’orienter, de la fabriquer.

 

Encore faut-il préciser le type de télévision regardée par tel ou tel public : il s’avère que le facteur déterminant est moins la télévision que le type de télévision regardée. L’opinion de l’électorat berlusconien a été formée par les émissions de variétés, privilégiées par le réseau des chaînes appartenant au groupe Fininvest de Berlusconi, tandis que l’électorat de gauche se motivait en regardant les émissions politiques de la R.A.I.

 

L’expérience berlusconienne est exemplaire, elle déborde les spécificités de la conjoncture italienne récente. Selon la thèse suggestive de Paul Virilio, la "purification éthique" de la classe politique italienne, sa liquidation au nom de la vertu et du désir de transparence, n’aurait servi qu’à "justifier le premier coup d’État médiatique de l’histoire européenne", illustrant l’émergence d’un "nouveau genre d’alternance, non plus entre la gauche et la droite parlementaire mais, cette fois, entre le politique et le médiatique".

 

Le coup de force médiatico-démagogique de 1994 n’a certes pas installé en Italie un pouvoir stable. A travers l’échec, quelques mois après, de ce nouveau "grand communicateur", on a pu faire l’expérience des limites de la vidéopolitique. Cet échec ne doit pourtant être jugé qu’en tant que provisoire ou contingent : ce n’est pas le tribunal de l’histoire qui a condamné définitivement le télépopulisme, c’est dans une conjoncture particulière que celui-ci s’est illustré pour un temps, avant d’être vaincu par les circonstances.

 

Berlusconi s’est avéré un séducteur "populiste" par sa maîtrise, esthétique, rhétorique et financière, du quatrième pouvoir, qui, devenu mondial, peut néanmoins fonctionner localement avec une intensité maximale. La mondialisation de la communication se manifeste aussi dans cette forme nouvelle et planétaire de populisme : démagogie de l’âge médiatique ajustée aux défaillances de la démocratie représentative.

De l’ère des masses à l’âge de l’individu spectateur ?

"La télévision cesse ainsi de n’être qu’un instrument des partis politiques pour devenir un acteur indépendant de la concurrence politique, qui exerce une forte influence, à la fois sur la popularité des acteurs politiques, sur la nature et sur l’impact des questions débattues."

"Mais on peut aussi aborder un problème plus ardu : la vidéopolitique étant devenue l’horizon indépassable des leaders politiques de notre temps, le télépopulisme doit-il être considéré comme un facteur de dépolitisation, voire comme le degré zéro de la communication politique ? Doit-il au contraire être interprété comme une forme nouvelle de l’affrontement politique ?"

"La démocratie plébiscitaire de l’ère des masses pourrait trouver dans la vidéopolitique un nouveau mode d’accomplissement. L’identification avec le "sauveur" médiatique produirait une apathie des gouvernés, les citoyens étant réduits au rôle de spectateurs, de consommateurs de spectacles. Bref, pour certains sociologues, la soumission du politique à la médiatisation paraît engendrer une nouvelle figure du peuple : celui-ci apparaîtrait comme «mineur», et serait donc traité en incompétent ou en irresponsable par nature. Un nouveau danger pour la démocratie se profilerait avec l’entreprise télécratique, générant des processus de décitoyennisation. Pour les partisans d’une démocratie active ou participative, c’est là le «mal démocratique» : une baisse d’intensité qui revient à une démission des citoyens, voire à un effacement insensible de la vie démocratique."

Un gouvernement populiste peut-il arriver au pouvoir en France ?

Absolument, si la situation est analogue à celle qui a permis ce phénomène en Italie :

§           Existence d'un mécontentement assez répandu et d'un sentiment de crise à propos d'un sujet important, comme le chômage, la sécurité, etc. ;

§           Classe politique considérée par beaucoup de gens comme incapable de répondre à leurs attentes ;

§           Plusieurs politiciens de premier plan déconsidérés, par exemple par des scandales ou de la corruption ;

§           Présence d'un personnage connu, n'appartenant à aucun des partis au pouvoir, auxquels il s'oppose, ambitieux, médiatique et pouvant facilement s'exprimer à la télévision et dans des journaux.

1.6.9             Le gouvernement prisonnier des médias

Les idées de cette section sont empruntées à [30].

Voir aussi "Le gouvernement prisonnier des médias - Témoignage d'un ministre" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm .

1.6.9.1                        Les crédits budgétaires fonction de l'émotion médiatique

Avez-vous remarqué l'énormité de la couverture donnée par la télévision, sous le gouvernement Jospin, aux problèmes de sécurité alimentaire, notamment la "vache folle" (ESB) et la "fièvre aphteuse" ? Bien sûr, nous ne voudrions pas tomber malades et nous demandons qu'on nous protège. Seulement, les médias ont très peu dit que :

§           dans l'hypothèse la plus pessimiste, le nombre de personnes en France qui risquent de mourir de la forme humaine de l'ESB est de quelques milliers dans les 30 prochaines années, soit tout au plus 100 par an ;

§           la fièvre aphteuse est désagréable, mais n'est mortelle ni pour l'homme ni pour les bêtes.

 

Hélas, le résultat de la surmédiatisation de l'ESB a été tel, sur le public, que la consommation de viande bovine a baissé et que le gouvernement s'est cru obligé d'allouer des crédits de recherche sur cette maladie hors de proportion avec le risque qu'elle fait courir : 70 millions de francs en 2000, 210 millions de francs en 2001

(sources : www.recherche.gouv.fr/discours/2000/dprion.htm et http://www.cjd.ed.ac.uk/figures.htm).

 

En revanche, on peut estimer à moins de 600 millions de francs par an les crédits alloués à la recherche sur le cancer, y compris ceux collectés par les associations "La Ligue" (150 millions de francs) et "ARC" (250 millions) dont les fonds ne proviennent pas de l'Etat. Voici ce qu'on trouve au sujet du cancer dans le rapport du Sénat http://www.senat.fr/rap/l97-085-4/l97-085-4_mono.html#toc1572 :

"Le budget de la santé ne comporte pratiquement pas de moyens spécifiquement consacrés à la politique de lutte contre le cancer. Le cancer reste la seconde cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires, avec 28% des décès, et la première cause de mortalité prématurée, avec 37% des décès avant 65 ans."

Le cancer, qui représente des dizaines de milliers de décès par an, reçoit donc moins d'argent du gouvernement Jospin que l'ESB. En comptant les subventions des associations (La Ligue, ARC), la recherche sur le cancer ne dispose que de 2,5 à 3 fois plus de crédits que celle sur l'ESB, qui représente pourtant un risque des centaines de fois plus faible pour la population.

 

Du fait de la surmédiatisation de l'ESB, le gouvernement Jospin a donc gouverné en fonction de l'émotion générée par les médias. Et ce constat, valable en son temps pour un gouvernement de gauche, l'a aussi été, en d'autres occasions, pour d'autres gouvernements.

1.6.9.2                        Annonces gouvernementales publicitaires et démagogiques

Le gouvernement Jospin n'a pas fait que réagir aux informations surmédiatisées, il a parfois pris les devants pour faire sa publicité.

 

En septembre 2001, il a annoncé une grande politique de renouvellement urbain, pour laquelle il a promis de débloquer 35 milliards de francs (somme énorme, effet publicitaire garanti !) d'ici à 2006. Cette somme était destinée à améliorer la tranquillité des banlieues, en démolissant en 2001 et 2002 deux fois 10.000 logements de type "tour" ou "barre", et 30.000 logements de ce type par an à partir de 2003. Le gouvernement prétendait ainsi que c'est ce type d'habitat qui engendre la délinquance, donc qu'en le remplaçant par des immeubles plus petits on accroîtra la sécurité. Sachant à quel point les Français sont sensibles aux problèmes d'insécurité, l'effet publicitaire de cette mesure spectaculaire était certain. En réalité :

§           Il est facile de montrer, par un exemple, que l'effet criminogène des tours est une pure invention. La ville de Thonon les Bains compte 29.000 habitants au bord du lac Léman. Il n'y a pas de grand ensemble, pas de tour ni de barre. Les immeubles ont quatre étages au maximum et sont très propres.

Pourtant, c'est dans cette petite ville tranquille que l'on a vu, en octobre 2001, des scènes de guérilla urbaine d'une violence incroyable, après la mort par accident automobile de quatre jeunes voyous qui tentaient d'échapper à un contrôle de police nocturne. Trois d'entre eux avaient déjà été condamnés par la justice. Après l'accident, leurs amis ont incendié des voitures et donné l'assaut à un commissariat de police. Dans l'une des voitures incendiées, ils ont mis quatre bouteilles de 13 kg de butane, dont l'explosion a détruit un immeuble de trois étages, ne faisant, par miracle, aucune victime.

Remplacer à coups de milliards des tours et barres par de petits immeubles ne changera rien à l'insécurité, dont la première cause (après l'exclusion et le chômage) est l'impunité des délinquants, elle-même provenant essentiellement du manque d'effectifs de police et justice et de la capacité insuffisante des prisons.

§           Le caractère purement démagogique des 35 milliards annoncés en septembre 2001 était évident :

·            le budget français est tellement serré à cause des 100 milliards de francs de dépenses annuelles pour les "35 heures" que cette somme ne pourra pas être débloquée d'ici 2006 ;

·            on ne s'apercevrait de la non-tenue des promesses ainsi faites qu'après les élections de 2002 : ces promesses n'engageaient donc pas le gouvernement Jospin, elles n'engageaient que ceux qui les croyaient ;

·            depuis les années 1980 des milliards ont déjà été dépensés en pure perte pour les cités, sans autre résultat qu'une montée inexorable de la délinquance.

 

Cet exemple montre qu'un gouvernement pratique parfois une politique-spectacle, favorisant la démagogie publicitaire au détriment de l'efficacité pour les citoyens. Nous avons vu à partir du gouvernement Raffarin qu'une approche plus répressive pouvait diminuer la délinquance, sans effet "35 milliards".

1.6.9.3                        Utiliser les médias pour se faire entendre

En 1977, j'étais président d'une association de défense des riverains d'un petit aérodrome des Yvelines contre le bruit des avions. Depuis des années, nous demandions une réduction du bruit des quelques 140.000 décollages, atterrissages et survols annuels de petits avions, souvent démunis de silencieux. Malgré d'innombrables réunions en préfecture, à Versailles, avec le Préfet et Aéroports de Paris, gestionnaire de l'aérodrome, nous n'avions rien obtenu. Le bruit des petits avions, par ailleurs bien sympathiques et pilotés par des enthousiastes comme mon propre fils, restait vraiment très gênant.

 

Mon association avait le soutien des maires des communes environnantes, dont plusieurs étaient membres. Lors d'une réunion de l'association, un soir, j'ai obtenu la présence des 5 sénateurs des Yvelines et du député de la circonscription, qui ont tous adhéré à l'association. Dès la semaine suivante, le député posait une question à l'Assemblée nationale au ministre des transports, M. Joël Le Theule, sur ce qu'il comptait faire pour réduire les nuisances. Puis un des sénateurs en a fait autant au Sénat. Mais les réponses écrites à ces questions n'ont rien apporté : à l'évidence, l'administration faisait la sourde oreille.

 

Alors un samedi j'ai organisé une manifestation. Une centaine de voitures sont allées de l'aérodrome à Versailles en klaxonnant tout le long du chemin. Une fois arrivés, nous nous sommes arrêtés dans une des grandes avenues menant au château, qui s'est ainsi trouvé bloquée. Des CRS sont venus en cars bloquer notre progression. Nous avons discuté avec eux, et eux par radio avec la préfecture. Nous demandions à voir le préfet. Il ne nous a pas reçus. Nous sommes repartis à petite vitesse en klaxonnant de nouveau.

 

Il n'y avait eu aucune violence, pas même verbale, mais nous avions bloqué la circulation d'une partie de Versailles et des milliers de personnes étaient désormais au courant de nos revendications. Des journalistes nous accompagnaient, les CRS les ont vus et l'ont dit au Préfet. Le surlendemain, un collaborateur du ministre des transports me convoquait au ministère, où le ministre m'a serré la main et m'a décrit les mesures qu'il prenait. Celles-ci satisfaisaient 100% de nos revendications : nous avions gagné.

 

Moralité : ce qui importe avec l'administration, ce n'est pas d'avoir raison, ni même d'avoir l'appui de personnalités comme des maires, un député et des sénateurs, c'est qu'elle craigne des désordres sociaux visibles par les médias. Des manifestations de mécontentement relayées par les médias risquent d'être exploitées par des opposants au pouvoir en place et d'avoir des retombées électorales : un gouvernement digne de ce nom doit tout faire pour les éviter.

 

L'Etat français, qu'il soit de gauche ou de droite, n'écoute presque jamais aucune demande ou revendication. C'est là une habitude qu'il a depuis des décennies, particulièrement depuis que son budget est si serré qu'il n'a jamais les moyens de les satisfaire. En même temps, il a horreur des troubles sociaux et craint de perdre des voix si la télévision donne l'impression que les gens sont mécontents. C'est pourquoi tous ceux qui n'ont pas réussi à se faire entendre déclenchent des conflits sociaux durs et tentent d'obtenir le maximum d'échos dans les médias. Obtenir par cette pression ce qu'on n'a pu obtenir par les élections et la concertation est antidémocratique, mais efficace. Exemples :

§           C'est la stratégie classique des syndicats des transports publics : SNCF, RATP, Air France.

§           C'est la méthode des routiers : barrages de routes et blocage de dépôts d'essence.

§           C'est à quoi sont réduits les chercheurs, les médecins et les infirmières, pas assez nombreux, sous-payés et insuffisamment respectés.

§           C'est ce qu'ont tenté les intermittents du spectacle, mais eux ont semé la pagaïe pour rien ; malgré les rangs de leurs manifestations grossis de nombreux contestataires non-intermittents, ils n'ont pas été assez nombreux et n'ont pas pu suffisamment inquiéter le gouvernement pour obtenir quelque chose.

 

Les médias sont donc aussi un moyen de faire entendre des revendications. Mais lorsqu'il s'avère que les mécontents ne sont pas assez nombreux, les manifestations médiatisées se retournent contre les manifestants : le gouvernement les ignore.

 

Quel que soit le vainqueur d'une manifestation médiatisée, il y a un perdant : le public. Il est perdant parce que les télévisions consacrent tout le temps d'antenne à montrer les défilés et à interviewer quelques personnes. Il ne leur reste jamais de temps pour analyser et expliciter les positions respectives des diverses parties prenantes. Comme d'habitude, les télévisions génèrent de l'émotion au moyen d'informations parcellisées en clips de quelques secondes, elles ne génèrent pas ce dont le public a besoin : la connaissance, la compréhension des problèmes.

1.6.9.4                        Ne pas aborder à la télévision les sujets qui fâchent

Les gouvernements français ont aussi tendance à ne pas aborder, par le canal de la télévision, les sujets qui fâchent. Ils se comportent souvent comme si les mesures indispensables qu'ils vont prendre sont forcément incompréhensibles par les Français, donc génératrices d'impopularité. Voici des exemples.

1.6.9.4.1               Les intermittents du spectacle

La France est le seul pays qui a laissé perdurer pendant des années une niche fiscale, dont une minorité minuscule de travailleurs profitait aux frais des salariés du secteur privé (les fonctionnaires étant exemptés de ce fardeau). Les textes en vigueur permettaient à des entreprises de spectacles d'économiser des charges sociales ; ils permettaient à leurs employés intermittents de ne travailler qu'un tiers de l'année, tout en étant payés presque à plein temps. Le gâchis fiscal et l'injustice vis-à-vis des autres salariés et des autres entreprises du secteur privé représentaient près d'un milliard d'euros par an.

 

En 2003, l'absence de marge de manœuvre budgétaire était devenue si sévère, et les charges sociales sur les salariés du privé si dissuasives pour l'emploi, que le gouvernement a été obligé de limiter le gaspillage. Mais à aucun moment un ministre n'est venu à la télévision expliquer posément et complètement le problème et la solution. Savoir si cette absence est due à une crainte de mouvements sociaux à l'initiative des syndicats conservateurs, ou à un mépris de l'opinion des citoyens comme certains opposants l'ont suggéré, est sans intérêt : le gouvernement n'a jamais dit ce qu'il fallait aux Français sur ce sujet.

 

Ni le gouvernement ni les médias n'ont dénoncé cette prétention de certains chômeurs de rester à la charge de leurs concitoyens tant qu'ils n'ont pas trouvé un travail dans leur spécialité, à un niveau qu'ils estiment être le leur, avec un salaire qu'ils estiment juste et près de leur domicile. Ces chômeurs constituent une catégorie sociale dont les intermittents font partie. Ils ne veulent pas comprendre que si l'activité, le salaire et le lieu de travail qu'ils estiment être leur dû ne leur sont pas offerts, c'est à eux d'en trouver d'autres.

 

Un industriel qui fabrique un article qui ne plaît pas se met à en fabriquer d'autres, sans demander à la collectivité de l'indemniser pour ses invendus. Le caprice de quelques-uns ne doit pas s'imposer à la société, car ce serait injuste. La solidarité veut que la société aide ceux qui sont frappés par le sort, mais seulement à condition qu'ils cherchent à s'en sortir. S'il en était autrement, des petits malins inventeraient une activité dont personne ne veut et demanderaient qu'on leur paie des indemnités de chômage tant qu'ils ne peuvent l'exercer.

 

L'absence de scandale médiatique sur l'injustice de leurs exigences a permis aux intermittents de spéculer sur la crainte du gouvernement de voir des désordres sociaux rapportés à la télévision. Profitant de ce que face à de tels mouvements ce gouvernement avait déjà reculé dans le passé, les manifestations des intermittents et leurs blocages de représentations se sont multipliés et ont duré 7 mois en 2003. Et la cohorte habituelle des opposants systématiques de gauche et d'extrême gauche s'est jointe aux manifestations, pour en amplifier la portée devant des médias qui en rendaient toujours compte.

 

Si le gouvernement avait expliqué l'injustice fiscale aux Français et les avait pris à témoin, s'il avait annoncé une décision irrévocable et une opposition résolue aux blocages de spectacles illégaux, nous aurions eu moins de blocages, moins de touristes étrangers écœurés et persuadés que les Français sont peu fiables, car incapables de se gouverner.

 

Ce refus d'aborder les sujets qui fâchent à la télévision contraste avec les déclarations répétées du gouvernement sur sa volonté de privilégier la concertation dans l'étude des réformes. Le Chef de l'Etat avait clairement expliqué, dans son intervention du 14 juillet 2003, qu'il fallait privilégier la concertation. Le gouvernement interprète ce message comme l'ordre de se concerter avec les syndicats, qui représentent les seuls salariés et seulement 8% d'entre eux, choisis essentiellement parmi les fonctionnaires. A l'évidence, sa volonté de concertation ne va pas jusqu'au devoir de parler aux citoyens autrement que par petites phrases.

1.6.9.4.2               Le pouvoir et les privilèges exorbitants des syndicats

Voir "Pour des syndicats utiles" http://www.danielmartin.eu/Syndicats/Syndicats-Utiles.htm .

 

Voici quelques réalités que les télévisions devraient rappeler de temps en temps.

 

Depuis le XIXème siècle, le syndicalisme a joué un rôle important dans l'amélioration des salaires et conditions de travail. Si important, même, que sans lui le capitalisme aurait peut-être été remplacé par le communisme prévu par Marx à la faveur d'une révolution. Aujourd'hui encore, les syndicats sont des intermédiaires incontournables du dialogue social ; ils apportent aux travailleurs qu'ils défendent une organisation et une compétence indispensables.

 

Il y a en France deux grandes familles de syndicats :

§           Les syndicats réformistes, comme la CFDT, la CGC et la CFTC admettent l'économie libérale et cherchent à améliorer le sort de leurs adhérents dans le cadre de cette réalité économique ;

§           Les syndicats contestataires, comme SUD et la CGT, refusent l'économie libérale qu'ils voudraient remplacer par une économie collectiviste. Parmi eux, FO est fortement influencé par le Parti des Travailleurs d'extrême gauche.

 

Comme l'explique si bien [78], les syndicats (qui, rappelons-le, représentent seulement 8% des travailleurs actifs, essentiellement des fonctionnaires) jouissent de privilèges exorbitants et constituent, dans bien des cas, les véritables maîtres des administrations publiques, capables de s'opposer au gouvernement et au parlement.

§           Bien que manipulant des sommes considérables, ils ne sont pas tenus d'avoir et de publier une comptabilité : ce qu'ils font des millions de leurs adhérents est leur secret.

Seule la CFDT, depuis quelques années, publie ses comptes. Leur examen fait apparaître que seule une partie de ses ressources est révélée. C'est ainsi que les 220 millions de francs annoncés pour 2000, dont 104 de cotisations et 60 de subventions de l'Etat, sont bien loin de couvrir les salaires et les charges sociales des 3000 permanents dont cette centrale syndicale est créditée par l'ouvrage de D. Labbé Syndicats et syndiqués en France depuis 1945.

§           Privilège encore que les ressources du comité d'entreprise d'EDF, géré pour l'essentiel par la CGT, comité qui reçoit automatiquement chaque année 1% du chiffre d'affaires de l'entreprise, soit environ 280 millions d'euros.

§           Pouvoir exorbitant que celui des syndicats de cheminots, qui déclenchent de temps en temps une grève de quelques milliers d'agents qui bloque des centaines de milliers d'usagers, et fait perdre des centaines de millions à des entreprises qui attendent des marchandises. Ces grèves ont coûté aux contribuables 250 millions d'euros en 2003, le déficit de la SNCF. Rappelons que le "service minimum" n'a jamais pu être instauré en France, malgré le souhait d'une forte majorité de la population, tant est grand le pouvoir des syndicats qui s'y opposent.

§           La puissance du Syndicat national unifié des impôts (SNUI) en fait souvent le véritable maître de cette administration. Dans [78] on lit, page 43 :

"C'est surtout à partir de mai 1989 que le SNUI a pris conscience de sa capacité d'imposer ses vues à l'administration : après 6 mois de grève, Pierre Bérégovoy dut accorder au personnel des Impôts une prime spéciale et supprimer toute possibilité de modulation individuelle de salaire pour environ la moitié des agents (catégories B et C)."

"Cette «action» fut suivie d'une grève nationale le 26 avril 1990 et, en novembre 1995, le SNUI fut l'un des syndicats les plus en pointe pour s'opposer au plan Juppé sur la Sécurité sociale : deux mois de grève."

C'est le SNUI qui a réussi à bloquer la réforme proposée par le ministre des Finances Christian Sautter, l'obligeant finalement à démissionner le 28 mars 2000.

 

L'ouvrage [78] a 280 pages de tels exemples de scandales dus au pouvoir des syndicats sur les administrations et à l'impuissance des gouvernements successifs. Mais connus ou pas, la télévision n'en parle pas plus que ces gouvernements, parce que ce sont des sujets qui fâcheraient les syndicats. Pour informer le public, elle pourrait pourtant présenter en détail des critiques de nos syndicats et des comparaisons avec nos voisins européens, les syndicats disposant du temps de réponse nécessaire, prévu dans le cahier des charges du service public.

1.6.9.4.3               La CGT égoïste, au-dessus des lois et utopiste

Voici enfin, pour illustrer l'éthique et les pratiques de la CGT jamais dénoncées par les médias, un extrait commenté de la contribution qu'elle a fournie par écrit au Sénat au sujet du "service minimum" dont celui-ci étudiait la possibilité. Cet extrait est dans l'annexe 2 du rapport 194 (98-99) du Sénat [85].

"La CGT, respectueuse de ce droit [de grève] fondamental des salariés, s'oppose à toute réglementation et même à (toute) forme de négociation de ce droit…"

Autrement dit, la CGT considère que la souffrance de centaines de milliers d'usagers des transports, les pertes économiques de dizaines de milliers d'entreprises et les centaines de millions de coût pour les contribuables n'entrent pas en ligne de compte devant le droit absolu de faire grève de quelques milliers de salariés des transports. Belle affirmation d'égoïsme et de droit du plus fort !

"… ce droit des salariés qui peut s'exercer même sans concertation préalable."

Autrement dit, la CGT revendique le droit pour les salariés de frapper d'abord, même avant toute tentative de dialogue, pour imposer par la force la satisfaction de leurs revendications.

"C'est au contraire l'interdiction de licencier ou de sanctionner tout salarié exerçant une action revendicative qu'il faut assurer."

Et la CGT réclame l'impunité pour ce genre de grévistes, quelque soit le mal qu'ils ont fait au public.

"Aucun service minimum ne doit être instauré, ni par la voie législative, ni par la voie réglementaire, encore moins par la négociation avec les organisations syndicales…"

Toujours le droit absolu des salariés d'obtenir par la force ce qu'ils réclament, quel qu'en soit le coût pour le public pris en otage.

"Dans la santé, comme dans le secteur de l'énergie, celui des transports, des communications et bien d'autres, les salariés en lutte savent organiser les mouvements de grèves afin que les services vitaux soient assurés ; souvent ce savoir-faire était toléré par des directions. Ce savoir-faire a conduit plus récemment à adopter des modalités d'action ne portant aucun préjudice aux usagers, bien au contraire (gratuité des transports, des péages, basculement des compteurs [EDF] en heures de nuit)."

La CGT est donc fière d'un savoir-faire et d'actions parfaitement malhonnêtes et illégales au détriment des entreprises de transport ou d'EDF, donc des contribuables, en affirmant qu'elles bénéficient aux usagers. Elle a exprimé sa fierté par écrit aux sénateurs dans un texte qui constitue une menace de recourir à de telles actions.

 

De telles prises de position montrent le caractère irresponsable de la CGT, qui se comporte ici comme si l'Etat et les entreprises étaient infiniment riches et que les voler n'est pas du vol. Avec de tels propos, la CGT ne peut s'adresser qu'aux salariés incapables de distinguer ce qui est honnête de ce qui ne l'est pas, et ce qui est possible de ce qui ne l'est pas.

 

Il est consternant que, dans son rapport [85], la Commission du Sénat n'ait pas commenté ce texte comme il le mérite. Il est aussi consternant que personne, au Sénat, au gouvernement ou dans les médias, ne l'ait porté à la connaissance du public pour faire éclater le scandale d'une CGT au-dessus des lois !

 

Pour que l'on comprenne bien la CGT, voici des extraits d'une interview au journal l'Humanité donnée le 11 mai 2001 par M. Bernard Thibault, son secrétaire général :

"Dès lors qu’un licenciement pour motif économique réel et sérieux intervient pour un ou plusieurs salariés, les employeurs doivent être solidairement responsables, notamment dans une même branche professionnelle ou un même territoire, pour formuler des propositions concrètes à leurs personnels (nouvel emploi, congé de conversion, reclassement, formation professionnelle…). La validité des propositions doit être suivie par une commission territoriale tripartite (élus locaux, organisations syndicales, patronat)."

"Cette obligation pour l’employeur et cette garantie pour le salarié doivent se matérialiser par le maintien du contrat de travail jusqu’à une solution durable, satisfaisante pour le salarié. Elles doivent également s’appliquer pour les groupes nationaux ou internationaux dont les décisions stratégiques affectent tout autant les effectifs de leur firme que les emplois induits par leur activité, entre autres parmi leurs sous-traitants."

Cette demande de la CGT revient à rendre le licenciement impossible, puisque le contrat de travail serait maintenu jusqu'à ce que le salarié ait reçu une proposition qui lui plaise ! Les salariés pourraient ainsi impunément formuler des exigences déraisonnables, comme de trouver exactement le type de travail qu'ils aiment, quelle que soit leur qualification, tout près de chez eux, avec un excellent salaire, etc., et refuser toutes les autres propositions… tout en continuant à toucher leur salaire.

 

En outre, les entreprises concurrentes de celle qui licencie devraient être solidaires avec elle pour payer ses anciens salariés, comme si les entreprises avaient jamais été disposées à épauler un concurrent en difficulté, comme si elles étaient assez riches pour cela.

 

Si une loi rendait obligatoires de telles dispositions, plus aucune entreprise n'embaucherait de salarié avec un contrat à durée indéterminée, toutes les entreprises qui le peuvent délocaliseraient, plus aucune société étrangère n'investirait en créant des emplois en France. Les salariés en souffriraient énormément, ils seraient les premières victimes. Et il est probable que l'Union européenne s'y opposerait fermement en votant des lois contraires, lois qui prévaudraient sur la loi française.

 

Avec des propositions aussi irresponsables, la CGT ne défend pas les travailleurs, elle cherche seulement l'adhésion de ceux qui manquent de discernement.

 

Voir aussi la discussion du "droit au travail".

1.6.9.4.4               Pourquoi la France est moins bien gouvernée

Je peux donc, à ce point de l'exposé, préciser ce passage de mon introduction :

"La France est moins bien gouvernée depuis de longues années. Elle est moins bien gouvernée parce que notre suffrage démocratique a élu trop de gens qui ne sont pas à la hauteur."

La France est moins bien gouvernée parce que, ses institutions et leurs syndicats bloquant les réformes indispensables, les politiciens au pouvoir n'ont pas été capables de les réformer. C'est aussi en ce sens-là qu'ils n'ont pas été à la hauteur, au moins jusqu'à présent.

1.6.10        Médias et mondialisation

Cette section décrit un certain nombre de faits que les médias devraient faire connaître au public sur la mondialisation. Il y a là un exemple de connaissances et d'argumentations de base en matière d'économie et de politique libérales. Cette section est un court résumé ; pour un argumentaire très complet en faveur de la mondialisation, voir [126].

 

Définition (qui n'a jamais été donnée par une télévision)

On appelle mondialisation le développement à l'échelle mondiale des entreprises multinationales, la facilitation et l'accélération du commerce, des transferts de fonds et des communications informatisées.

Mondialisation se disant "globalization" en anglais, certains Français parlent de "globalisation".

Quelques aspects de la mondialisation

§           La mondialisation est une libéralisation du commerce international, des transferts de fonds et des communications informatisées, ce qui entraîne une intégration des économies nationales entre elles et des entreprises entre elles.

§           Elle suppose la disparition progressive des barrières douanières et réglementaires qui freinent le commerce.

§           Elle entraîne la disparition progressive de la censure empêchant la propagation des idées, des œuvres et des informations diverses ; exemples : en Russie et en Chine les gouvernements ont de plus en plus de mal à freiner la communication à connotation politique.

§           Intégration et propagation des idées et des œuvres entraînent à leur tour une plus grande diffusion des cultures et des modes de vie, donc une meilleure compréhension entre les peuples et une diminution du risque de guerre.

§           La libéralisation, la facilitation et l'accélération du commerce entraînent un développement de celui-ci, donc de la concurrence, donc de la productivité, donc des biens et services disponibles, c'est-à-dire du niveau de vie moyen. C'est ainsi, d'après [118], que la mondialisation a permis, entre 1950 et 2000 :

·            une multiplication par 20 du commerce international ;

·            une multiplication par 6 de la production mondiale, conséquence de celle du commerce.

Mais elle n'a pas le pouvoir de réduire les inégalités entre régions ou entre personnes, car c'est un phénomène économique ; il appartient aux gouvernements de corriger ces inégalités par une politique sociale et à des associations d'agir pour aider les défavorisés.

 

Voir aussi le tome 2 "Mondialisation et délocalisations" http://www.danielmartin.eu/Cours/CoursT2.htm  du "Cours d'économie pour citoyens qui votent" http://www.danielmartin.eu/Cours/Cours-Economie.htm .

Voir enfin, pour d'autres vérités sur la mondialisation, l'excellente étude [138].

1.6.10.1                    Mondialisation et exception culturelle

Si la France veut promouvoir sa culture à l'étranger, elle peut le faire sans le secours des subventions et discriminations généralement appelées "exception culturelle", notamment en utilisant Internet pour faire connaître les œuvres de ses riches musées, les musiques libres de droits de ses compositeurs, les livres et pièces de ses auteurs. Cela ne coûte à peu près rien et permet d'atteindre de plus en plus d'internautes, à l'étranger comme en France.

 

La politique de subventions des artistes, des films de cinéma et de télévision permet la survie de beaucoup de médiocrité : films et téléfilms sans intérêt où la langue française est massacrée autant que la décence, artistes vivant essentiellement des indemnités de chômage versées aux intermittents du spectacle, sociétés de production utilisant les statuts d'intermittent pour payer moins de charges, etc.

 

Destinée à défendre la culture française contre l'envahissement de la langue anglaise et des productions industrialisées de Hollywood, cette politique n'empêche pas les œuvres en langue anglaise de parvenir jusqu'au public français, qui les compare toujours aux œuvres françaises et choisit celles qui lui plaisent le plus. De même, lorsqu'une création française est bonne, elle a du succès à l'étranger ; les subventions de l'exception culturelle peuvent tout au plus la faire mieux connaître. On ne devrait plus, de nos jours, subventionner la création artistique et la survie d'artistes qui ne peuvent s'imposer par leur talent, précisément parce que la mondialisation permet à chaque œuvre, chaque artiste, de toucher un public plus vaste que naguère.

 

Toute culture vit sans cesse et évolue au contact d'autres cultures. Considérer la culture française comme quelque chose de pur et libre d'influences étrangères est contraire aux faits. Une culture figée comme les œuvres des poètes latins est morte et n'a plus d'impact populaire. Et la première manière de faire vivre et prospérer la culture française est de la faire connaître et apprécier des Français, à l'école, au théâtre, à la télévision, etc. Or l'Education nationale massacre notre culture, comme le montre avec de nombreux exemples le texte "L'enseignement victime de l'idéologie" http://www.danielmartin.eu/Enseignement/Enseignement-Victime.htm .

 

Pour la protection de la langue française, voir les commentaires sur l'article de Maurice Druon http://www.danielmartin.eu/Textes/Langue-en-danger.htm .

1.6.10.2                    Les reproches faits à la mondialisation

La majorité de l'opinion publique française se méfie des grandes entreprises et du capitalisme libéral. Voici des reproches que les médias passent en général sous silence et quelques explications qu'ils ne donnent pas souvent à leur public.

 

Les multinationales sont accusées de faciliter :

§           L'hégémonie des Etats-Unis, qui écrase la France.

Sur le plan commercial, ce reproche n'est plus fondé depuis des années, les règles du commerce international étant négociées à l'OMC, et la France étant capable de se défendre avec succès, comme l'a montré le récent conflit des droits d'importation des aciers aux Etats-Unis. En outre, environ 2 millions d'emplois aux Etats-Unis dépendent d'entreprises à forte proportion de capitaux français, à peine moins que le nombre d'emplois en France où interviennent des capitaux américains : il n'y a pas écrasement, il y a interdépendance.

Sur le plan culturel, en revanche, la France est envahie de productions américaines : musique, films, etc. parce que ces productions, fabriquées en grande quantité, sont vendues à un prix raisonnable, et qu'elles plaisent à un large public. La France peut et doit défendre sa culture, en l'enseignant en France et à l'étranger en même temps que notre langue, ainsi qu'en produisant des œuvres à la fois de qualité et plaisant à beaucoup de gens, ce qui n'est pas facile. Elle doit aussi faire connaître les œuvres françaises à l'étranger, même si ce marketing doit être subventionné. Pour plus de détails sur la défense de la langue française, voir l'admirable article de Maurice Druon http://www.danielmartin.eu/Textes/Langue-en-danger.htm .

§           Une mondialisation qui exploite les pays pauvres et leurs agriculteurs.

Il est exact que les Etats-Unis et l'Union européenne ont une politique injuste vis-à-vis des agriculteurs des pays pauvres, dont les exportations sont gravement freinées par les énormes subventions aux agriculteurs américains et européens, ainsi que par les quotas et taxes d'importation. Il n'y a pas exploitation (terme issu du vocabulaire marxiste) des agriculteurs pauvres, il y a commerce inéquitable. Le problème est qu'aux Etats-Unis, comme en Europe, aucun gouvernement n'ose supprimer les subventions agricoles, de peur de perdre les voix des agriculteurs. Pourtant, ces subventions coûtent cher à leurs citoyens, en plus du mal qu'elles font aux pays pauvres.

§           Le gaspillage des ressources naturelles de notre planète et sa pollution, notamment par l'effet de serre.

Ce n'est pas la mondialisation, c'est-à-dire le développement des échanges et celui de la production qu'il entraîne, qui gaspillent les ressources et polluent, ce sont les activités humaines. Les hommes et les entreprises doivent respecter les lois et règlements : c'est aux gouvernements qu'il appartient de créer ces lois et de les faire respecter. Ne nous trompons pas de coupable.

§           Les scandales financiers qui profitent aux patrons et aux grands actionnaires, au détriment des salariés et des petits épargnants.

Cette dernière accusation est particulièrement injuste : s'il est vrai qu'aux Etats-Unis et en Italie des scandales financiers récents (Enron, Parmalat, etc.) ont dépouillé des petits actionnaires au profit de dirigeants crapuleux, en France ce sont des scandales dus à des dirigeants grands commis de l'Etat qui sont arrivés au même résultat (Crédit Lyonnais, France Télécom, etc.) sans que ces hauts fonctionnaires s'enrichissent. Et ce sont des élus qui ont dépouillé les contribuables au profit de partis politiques, au moyen de fausses factures, d'emplois fictifs et de fonds secrets. Il ne faut donc pas, chez nous, accuser les patrons et les grands capitalistes de méfaits dus à notre propre système politique trop étatique ou à nos élus.

Il faut aussi comprendre que le concept de mondialisation est associé par trop de gens de gauche à celui de sociétés multinationales, dont la plupart sont américaines, donc pour eux automatiquement détestables. En désapprouvant la mondialisation, ils combattent en fait ces sociétés, donc les Américains.

§           Les licenciements "boursiers", qui sacrifient les travailleurs au profit des actionnaires.

Non seulement les gens de gauche antiaméricains oublient que de nombreuses multinationales sont d'origine française, mais ils oublient que les licenciements qu'ils qualifient de "boursiers" sont dus d'abord aux innovations de produits, caractéristiques du progrès moderne. De nos jours, de nombreux articles fabriqués par millions deviennent obsolètes quelques mois ou quelques années après.

Exemples : les téléphones portables, les PC et les circuits intégrés qui les animent, les carburateurs remplacés par des systèmes d'injection, les disques en vinyle remplacés par des CD-ROMs, eux-mêmes remplacés progressivement par des DVDs, les appareils photo et caméras optiques remplacés par des modèles numériques, etc.

Certaines entreprises qui n'ont pas su suivre cette évolution disparaissent avec leurs produits, dont le marché ne veut plus, licenciant leur personnel. Mais d'autres entreprises naissent, pour de nouveaux produits, et embauchent pour les concevoir et les fabriquer. Le progrès technique à l'origine de ces évolutions de produits n'est coupable de rien. Pourtant, il explique infiniment plus de licenciements industriels que la politique de ressources humaines des multinationales.

L'ouvrage [78] explique ce phénomène en s'appuyant sur l'étude [80] de 2003 :

"Aux Etats-Unis, où le licenciement est libre, souvent même sans préavis, les entreprises qui se créent accroissent leurs emplois de 160% dans les premières années après leur création, alors que cette croissance est seulement de 20% en Italie, où le droit de licenciement était, jusqu'aux récentes lois introduites par Berlusconi, aussi restrictif qu'en France ; et il est même nul dans les entreprises françaises du secteur manufacturier."

Les licenciements "boursiers" eux-mêmes sont inévitables pour protéger la profitabilité des entreprises. En effet, une entreprise qui fait moins de bénéfices que ses concurrents dispose de moins de moyens financiers qu'eux pour investir, à la fois par autofinancement et parce que, peu rentable, les investisseurs externes lui refuseront leurs capitaux. Elle sera alors battue par ces concurrents et fera faillite, licenciant tout son personnel. Le licenciement partiel par souci de rentabilité est donc inévitable, car c'est une condition de survie de l'entreprise et d'emploi pour le personnel restant.

Comme l'explique si bien [78] page 177, en France une société qui licencie un salarié doit lui verser des indemnités représentant entre 3 et 6 mois de salaire. Pour de nombreuses sociétés en difficulté, le licenciement d'une partie du personnel est de ce fait si onéreux qu'elles ne peuvent le financer et doivent déposer leur bilan. Les lois françaises anti-licenciements sont tellement contraignantes que plus de 90% de ces dépôts de bilan se transforment en liquidation, contre seulement 30 à 40% dans la plupart des pays étrangers. D'après les calculs de l'IFRAP [78], environ 58.000 emplois sont ainsi détruits chaque année, alors que des lois comme à l'étranger auraient permis de l'éviter.

Il y a de nombreux pays comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la Suisse, etc. où les citoyens votent depuis des décennies en faveur d'une société libérale où les licenciements sont faciles. Ces citoyens seraient-ils fous ? Non, parce que le libéralisme apportant, dans un pays développé, une économie saine, un chômeur retrouve rapidement un emploi, comme l'attestent les taux de chômage bas de ces pays.

 

La mondialisation ne peut, par elle-même, supprimer ou même atténuer les inégalités sociales. La raison en est simple : le développement du commerce, qui entraîne le développement d'industries et de services, ne concerne pas automatiquement et aussi intensément tous les types d'activité et toutes les régions. C'est ce qui explique la différence de développement, en France même, entre des régions comme l'Ile de France et l'Auvergne, la différence de salaire net annuel moyen étant de 22.447€ contre 15.957€, soit 40% (source : Bilan du Monde 2003, publié par Le Monde). C'est à chaque Etat d'établir des péréquations pour compenser le plus possibles ces différences, notamment par des incitations fiscales à l'emploi et le développement d'infrastructures. Mais il est absurde de reprocher à la mondialisation de laisser perdurer ces inégalités, car le commerce n'a pas, en lui-même, vocation à faire œuvre sociale.

 

Il est aberrant que ces notions-là, élémentaires en économie, ne soient presque jamais énoncées et expliquées par les médias. Si le public les connaissait aussi bien que les stars du football ou du "show business", que les médias montrent à plaisir, les politiciens et les syndicalistes qui s'en servent comme arguments cesseraient d'abuser de son manque de culture économique. Ils cesseraient de promettre des solutions aberrantes, comme la sauvegarde des emplois par interdiction des licenciements ou la surtaxation des entreprises qui licencient, solutions pourtant prônées du temps du gouvernement Jospin.

1.6.10.3                    Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation

Cette méfiance est liée à l'antiaméricanisme (voir [47]). Elle est en grande partie due aux médias, qui diffusent bien plus souvent des points de vue négatifs que des points de vue positifs sur les Etats-Unis. Ils oublient ce faisant de signaler l'essentiel, comme le font si bien [48] et [49] : la France et les Etats-Unis sont des pays qui partagent les mêmes valeurs de civilisation, la démocratie, l'économie de marché ouverte aux exportations et importations. Et ils sont tous deux attaqués par le terrorisme, contre lequel ils devraient lutter ensemble.

 

Il est pourtant facile de résumer objectivement les avantages et les inconvénients de la mondialisation de la manière ci-dessous, comme le fait [61] en analysant l'effet du marché commun USA - Canada - Mexique, créé en 1992 sous le nom de NAFTA (North American Free Trade Association) en s'inspirant de l'Union européenne :

"Par son abaissement des barrières douanières et réglementaires, la mondialisation :

·            Développe le commerce, donc la production, donc certains types d'emplois ;

·            Enrichit globalement les pays participants ;

·            Augmente le niveau de vie moyen de leurs citoyens.

Les bénéfices résultant du développement de la production et de l'intensification de la concurrence produisent des effets qui ne sont jamais spectaculaires au niveau des citoyens. La grande majorité de ceux-ci profite d'une croissance de son pouvoir d'achat, mais si lentement et si progressivement qu'elle ne s'en aperçoit guère qu'au bout d'au moins une décennie.

Au contraire, les emplois perdus du fait de délocalisations ou de licenciements «boursiers», qui ne touchent qu'une faible partie des salariés, frappent beaucoup plus les esprits parce que la souffrance infligée à ces salariés est très visible et l'est immédiatement, notamment parce que les médias l'amplifient."

 

Les opposants à la mondialisation peuvent donc facilement trouver des exemples de travailleurs qui ont souffert de la mondialisation, pour argumenter contre celle-ci. Ils se gardent bien de citer le bénéfice réel qu'en tire la majorité des gens. Ils ne citent pas non plus la croissance des exportations des pays avancés vers les pays en voie de développement, qui crée des emplois et des bénéfices dans les pays avancés. Ils ne citent pas, enfin, la croissance des exportations des pays pauvres vers les pays riches, pourtant évidente lorsqu'on regarde les chiffres. Et les médias français, eux, ne citent jamais ces progrès, conformément au principe "de l'intérêt médiatique des seuls trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure". Pour trouver des arguments chiffrés sérieux contre les inégalités dues à la mondialisation il faut examiner ce qui se publie aux Etats-Unis, comme [111] ; ces arguments existent et (oh surprise pour certains !) ils sont plus clairement dénoncés aux Etats-Unis, pays "ultralibéral", que chez nous.

 

En fait, pour que la mondialisation profite à la majorité en lésant le moins possible des minorités, il faut un accompagnement social :

§           formation ;

§           investissements en infrastructures pour attirer les emplois ;

§            investissements en recherche pour créer des produits innovants, etc.

 

Il faut aussi un accompagnement médiatique, pour expliquer aux gens :

§           l'importance d'une formation continue pour protéger leur employabilité ;

§           la protection qu'offre une qualification dans un métier porteur ;

§           le caractère inéluctable du transfert progressif des emplois peu qualifiés vers les pays en développement ;

§           le besoin des entreprises et des gens de s'adapter en permanence aux changements, etc.

 

L'accompagnement médiatique est aussi indispensable pour montrer au public les exemples étrangers dont la France devrait s'inspirer, comme le libéralisme tel qu'il est pratiqué en Grande-Bretagne et en Irlande, pays en croissance plus rapide avec moitié moins de chômage que chez nous (voir [73]). Il y a aussi des pays européens qui ont résolu les problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites, comme la Suède (voir [78] page 236) : pourquoi la télévision ne compare-t-elle jamais en détail leurs solutions avec les nôtres ?

 

En résumé, la mondialisation a absolument besoin d'un accompagnement par les médias, pour que les citoyens en connaissent les effets, et ce qu'ils doivent faire pour en être les bénéficiaires, non les victimes. Hélas, cet accompagnement n'existe pas aujourd'hui en France : les émissions et articles qui évoquent les aspects sociaux de la mondialisation sont consacrés à la polémique et aux luttes idéologiques, au lieu des explications factuelles et des conseils pratiques dont les citoyens ont besoin.

1.6.10.4                    Les véritables effets de la mondialisation

Voici ce que les médias devraient dire aux Français, pour que chacun en tire les conséquences sur le métier et l'entreprise qu'il choisit, la formation continue dans laquelle il investit du temps, et la manière de voter le moment voulu.

1.6.10.4.1           La France investit plus à l'étranger que les étrangers en France

Voici ce qu'on apprend de l'article [131], basé sur des données du très officiel Commissariat général du Plan :

§           De 1997 à 2003, les investissements directs français à l'étranger ont dépassé systématiquement les investissements étrangers en France. Les Français achètent donc des entreprises étrangères plus que des étrangers achètent des entreprises françaises : contrairement à ce que les antimondialisation voudraient nous faire croire, nous ne sommes pas en train de passer sous contrôle étranger. Du reste :

·            les investissements en France proviennent à 71% de l'Union européenne ;

·            la part détenue par les non-résidents dans le capital des entreprises françaises est minoritaire : en moyenne de 28,7% (23,2% pour les entreprises non cotées en bourse, 37,8% pour les entreprises cotées en bourse ; fin 2002, la Banque de France écrivait que 42,4 % du capital des entreprises de l'indice CAC 40 était détenu par des étrangers).

§           2 millions de salariés en France travaillent dans des entreprises sous contrôle étranger, environ 13% du total des salariés du secteur privé.

§           Lorsque des étrangers investissent en France, ils y créent des emplois, ils financent son économie et lui apportent des techniques ou du savoir-faire. Lorsque des Français achètent une entreprise étrangère, par exemple aux Etats-Unis, c'est souvent pour accéder à sa technologie, à ses brevets et au marché américain.

 

Puisque les français investissent beaucoup à l'étranger (exemple : 200 milliards d'euros en l'an 2000 et 50 milliards en 2003 et en 2005) on peut craindre que ce soit pour délocaliser des activités françaises. Les paragraphes suivants abordent cette question.

1.6.10.4.2           Délocalisations

Il est bon d'aborder ce sujet par des exemples, qui montrent à la fois :

§           l'intérêt des délocalisations pour l'emploi en France et nos consommateurs ;

§           la désinformation des citoyens par les médias et le gouvernement.

 

Voir le tome 2 "Mondialisation et délocalisations" http://www.danielmartin.eu/Cours/CoursT2.htm du "Cours d'économie pour citoyens qui votent" http://www.danielmartin.eu/Cours/Cours-Economie.htm .

Pourquoi la délocalisation pour nos industriels

La stabilité politique et l'état de droit sur lesquels on peut désormais compter dans certains pays émergents (Inde, Chine, Tunisie, etc.) nous permet d'y investir du capital sans grand risque. Et cet investissement y sera plus rentable que chez nous chaque fois que les coûts de la production qu'il permet seront plus bas, ou que le développement de l'économie du pays cible sera plus rapide.

 

On ne saurait trop insister sur l'intérêt, pour des entreprises françaises, de s'implanter en Chine, où l'économie se développe extrêmement vite, pour y vendre des produits français, pour y acheter ou y fabriquer des articles chinois, pour rendre des services comme la distribution de l'eau dans les villes, l'assurance ou la banque. Avec un capital donné et un savoir-faire, l'investissement en Chine est aujourd'hui extrêmement rentable, qu'il passe par une filiale ou par un partenariat avec une entreprise chinoise. Une entreprise qui fabrique moins cher peut vendre plus de produits, donc gagner davantage.

 

Les Français ne savent pas assez que la mondialisation permet aussi à de puissantes entreprises de Chine ou d'Inde de s'implanter chez nous, en achetant des réseaux de vente qui leur permettent ensuite d'inonder notre marché de leurs produits ou services. C'est ce que la Chine a déjà fait aux Etats-Unis, pour y écouler de l'électroménager à des prix irrésistibles. Selon le Financial Times Deutschland du 08/01/2004, c'est ce que cherche à faire le puissant conglomérat indien Tata, qui offre d'acheter à l'allemand ThyssenKrupp sa filiale de services informatiques Triaton, afin de prendre pied sur le marché allemand des services avec ses milliers d'informaticiens de haut niveau.

 

Lorsqu'une entreprise hindoue ou chinoise n'achète pas une entreprise occidentale, elle peut monter une entreprise commune dont elle assurera la direction. C'est ce qui s'est passé lors de l'alliance du français Thomson avec le chinois TCL, pour fabriquer des téléviseurs et des DVD en Chine pour un marché mondial.

Chine, Inde et haute technologie

Dans ces pays émergents, l'enseignement supérieur forme à présent chaque année des millions de travailleurs intelligents, hautement compétents et très motivés. L'Inde compte environ 1050 millions d'habitants, la Chine environ 1300 millions, et le taux de scolarisation y est de plus en plus voisin de celui de l'Union européenne. Des jeunes de formation scientifique sont prêts à travailler à un coût (salaires, charges et frais annexes) 5 à 10 fois plus bas que chez nous. D'après [121], il y a 30% de chômeurs parmi les diplômés de l'enseignement supérieur chinois, dont le salaire de début a baissé d'un tiers depuis trois ans. Cela fait des centaines de milliers de diplômés prêts à se donner du mal pour trouver du travail.

 

La présence dans ces pays de spécialistes compétents leur permet d'assimiler très vite les technologies transférées des pays avancés, donc de rattraper ceux-ci. Selon l'OCDE, la Chine est aujourd'hui au troisième rang mondial pour les dépenses en matière de recherche et développement ; et elle a lancé un homme dans l'espace, ce que l'Union européenne n'a pas fait.

 

En outre, de nombreux jeunes ressortissants de pays d'Asie viennent se former dans les pays avancés. En 2003, il y avait d'après [118] 60.000 étudiants chinois aux Etats-Unis… dont beaucoup ne retournent pas ensuite chez eux (10% seulement en 1999).

Coopération par Internet

Le réseau Internet permet aujourd'hui des communications à haut débit avec ces pays, c'est-à-dire la coopération d'équipes qui y travaillent dans des usines, bureaux et laboratoires de recherche avec des équipes de nos pays, pour étudier et fabriquer des articles innovants plus vite et moins cher. Ces équipes peuvent dialoguer en temps réel, par textes, messages, données, schémas, images, voix et même vidéophone interposés, le tout sur Internet. Cela permet la coopération d'entreprises spécialisées, chacune travaillant dans son domaine d'excellence, pour créer des produits et fournir des services au moindre coût et dans les meilleurs délais : il y a intégration économique par Internet.

Externalisation de services

Internet permet aussi l'externalisation de services, comme les centres d'appel téléphonique en Tunisie animés par des francophones pour des clients français. Les emplois ainsi créés en Tunisie ne sont pas délocalisés, car ils n'existaient pas en France auparavant ; ils n'ont pu être créés au bénéfice de clients français que parce que leur coût était raisonnable.

 

Les accords de libre-échange se multiplient, à l'OMC comme sous forme d'accords bilatéraux au coup par coup, ce qui abaisse les barrières douanières et réglementaires, favorisant le développement du commerce. De plus en plus, les concurrents d'entreprises européennes ne sont plus d'autres entreprises européennes, mais des entreprises asiatiques, d'Europe de l'est, de Tunisie, etc.

 

Il y a des activités de services, parfois de haute technicité, dont la délocalisation est économiquement rentable.

§           Exemple 1 : le développement et le support de logiciels en Inde, dans la région de Bangalore. Les Hindous ont fait toutes leurs études en anglais et un bon informaticien hindou, même bien payé, coûte beaucoup moins cher qu'un Européen ou un Américain.

§           Exemple 2 : la délocalisation, toujours en Inde, de services comptables de multinationales. Ces délocalisations sont rendues possibles par la disponibilité d'Internet, qui permet des communications instantanées et quasi-gratuites entre l'Inde et l'Europe.

 

De ce fait, la délocalisation concerne désormais, en plus des activités de production industrielle, des activités de recherche et développement Ceux qui espéraient qu'une fuite en avant vers la haute technologie, par la formation et la recherche, nous permettrait indéfiniment de conserver notre avance vont déchanter : il nous faudra de gros efforts.

Activités non délocalisables

Les domaines d'activité qui échappent à la délocalisation sont :

§           Le commerce local : magasins, vendeurs...

§           Des activités exigeant une culture très occidentale et une connaissance de nos habitudes de vie : marketing-publicité, métiers d'art, définitions de produits (exemple : le cahier des charges d'un logiciel pour études d'huissier de justice ne peut être rédigé qu'en France).

§           Des services de proximité : fonction publique et assimilés (administrations diverses, enseignement, police, justice, hôpitaux, transports publics...), bâtiment, entretien, hôtellerie-restauration-tourisme, banque à guichets, taxis, coiffeurs, jardinage, etc.

§           Des activités d'économie solidaire (associations, coopératives, mutuelles de santé, d'assurance, de services bancaires) qui représentent en France près de 2 millions d'emplois.

§           L'agriculture et l'élevage, appelés à se développer pour produire la nourriture que les pays émergents devront importer en quantités croissantes. Non seulement leur population croît, mais son niveau de vie s'élève, ce qui lui fait consommer, par exemple, plus de viande ; or produire de la viande consomme beaucoup de produits végétaux. Et des problèmes comme le manque de surfaces cultivables et d'eau obligeront de plus en plus ces pays à importer.

 

Il existe aussi des fabrications que la délocalisation menace peu :

§           Celles dont le coût de main d'œuvre est insignifiant par rapport aux coûts de recherche-développement et d'investissement en matériel. Exemple : la fabrication des cartes mères de PC, processus totalement automatisé, de la fabrication des composants à leur montage sur une carte et au test de celle-ci. De telles activités ont intérêt à être localisées là où le matériel de haute technologie peut le plus facilement être monté, exploité et entretenu, ce qui demande une haute technicité. Les pays avancés restent donc aujourd'hui assez bien placés dans ce domaine. Le risque de délocalisation pour cause d'économies est faible pour le moment.

§           Celles qui font intervenir une marque de luxe mondialement connue : vêtements haut de gamme, maroquinerie, parfums et cosmétiques, etc. Il faut préciser ici que seule la marque et la conception ne sont pas menacées, la fabrication proprement dite risque, elle, d'être délocalisée.

§           Celles dont la livraison doit être si rapide qu'elles ne peuvent guère être éloignées de leurs clients. Exemple 1 : les produits alimentaires frais, qui ne supportent pas un transport prolongé. Exemple 2 : le montage des PC, où on assemble très peu de pièces (châssis, alimentation, carte mère, disque dur, lecteur de CD ou DVD) ; il ne faut que 10 minutes de main d'œuvre pour assembler et tester un PC. Bien sûr, en faisant ce travail en Chine, on économiserait quelques euros sur ces 10 minutes. Mais le transport économique jusqu'en Europe coûterait plus cher et surtout demanderait 2 mois : le temps d'arriver, le PC serait techniquement dépassé, donc invendable ! La meilleure solution est donc de fabriquer les PC pour l'Union européenne sur place.

Freins à la délocalisation

La délocalisation est freinée par plusieurs facteurs d'environnement des pays émergents :

§           L'infrastructure de transports, moins dense et moins performante que la nôtre ;

§           L'infrastructure de communications (téléphone, poste), qui freine le développement de l'activité économique en même temps que la diffusion du savoir-faire dans la population ;

§           Les services financiers (banques, bourses) très loin des nôtres en matière de collecte des capitaux et de crédit ;

§           Les services aux entreprises, moins développés et moins performants que chez nous ;

§           La bureaucratie administrative et des réglementations paralysantes, particulièrement en Inde, ainsi que la corruption ;

§           Le savoir-faire des managers en matière de conduite de projets, d'organisation du travail, de maîtrise des coûts et des délais : c'est parce que les Chantiers de l'Atlantique sont les mieux organisés du monde qu'ils ont emporté tant de contrats de construction de navires ;

§           Le développement économique des pays émergents eux-mêmes. Lorsqu'une entreprise chinoise cherche des marchés pour se développer, elle s'aperçoit que celui qui se développe le plus vite est le marché local, où il n'y a pas de barrière linguistique, culturelle, réglementaire, douanière, etc. Elle ne décidera de travailler à l'exportation que lorsque son marché local ne pourra plus absorber toute sa production ;

§           La barrière linguistique : si les Hindous parlent anglais, ce n'est pas encore le cas de beaucoup de Chinois. Et il n'y a pour ainsi dire pas de bilingues chinois-français, allemand ou italien.

Faire travailler des étrangers au lieu de subventionner leurs pays

Il faut aussi connaître le rôle important que joue l'immigration chez nous de travailleurs originaires de pays pauvres sur les transferts de fonds vers ceux-ci : d'après [118], ces travailleurs envoient chez eux chaque année 72 milliards de dollars, c'est-à-dire une fois et demie le montant des aides publiques au développement.

1.6.10.4.3           Les "cols blancs" et la délocalisation

Parce que les médias n'en expliquent pas l'évolution rapide, trop de Français ignorent le défi technologique et scientifique de la Chine et de l'Inde, plus grave encore pour nous que leur défi industriel. C'est ainsi, par exemple, que les Chinois ont lancé un homme dans l'espace à l'automne 2003, ce que l'Union européenne est incapable de faire, faute d'efforts.

 

De puissantes sociétés, comme IBM et Microsoft, ont délocalisé des milliers d'emplois d'informaticien en Inde et vont le faire en Chine (voir [114]). La concurrence que ces pays commencent à nous faire ne reste pas limitée aux emplois industriels, elle s'étend déjà à des emplois de haut niveau technique, comme ceux qui permettent l'explosion des industries informatiques à Taiwan. Et de son côté, le puissant groupe allemand SIEMENS, délocalise 12.000 emplois d'informatique en Europe de l'est.

 

Voici, selon Le Figaro économie du 17/03/2004, deux comparaisons de coûts d'ingénieurs :

 

 

 

 

1.6.10.4.4           Principe de la valeur ajoutée

Comme l'explique si bien [127], dans une paire de chaussures Nike, vendue 70€ au consommateur final, il n'y a que 3€ de main d'œuvre locale dans le pays où la fabrication est délocalisée et 12€ de matières et frais divers de fabrication. Il y a aussi 2€ de transport, soit au total 17€. La valeur ajoutée de 70 - 17 = 53€ n'est pas délocalisée, elle reste dans les pays riches qui achètent ces chaussures. Il s'agit de conception de produit, promotion de marque, marketing, services d'accompagnement éventuels et bénéfices de la multinationale, des grossistes et détaillants.

 

Cette valeur ajoutée représente 53 :70 = 76% du prix du produit, c'est-à-dire sa grande majorité, et elle n'est pas perdue par délocalisation. Non seulement elle n'est pas perdue, mais la délocalisation permettant une baisse des coûts, même si elle est peu importante, entraîne une croissance des ventes. Cette croissance entraîne celle de la valeur ajoutée dans les pays riches, croissance qui se traduit par des emplois dans des domaines autres que la fabrication, avec une main d'œuvre de qualification différente.

 

En pratique, comme le montre le paragraphe suivant, le nombre total d'emplois dans les pays riches ne décroît pas avec la mondialisation et les délocalisations, au mieux il augmente, au pire il stagne. Mais cette augmentation globale est acquise au prix de pertes d'emplois peu qualifiés et d'une croissance du nombre d'emplois qualifiés.

1.6.10.4.5           La France résiste à la désindustrialisation

Selon l'excellent article [128], qui rend compte d'une étude de la DATAR (Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, organisme officiel), le graphique ci-dessous extrait de l'étude montre que, de 1982 à 1999 :

 

 

§           Le nombre d'emplois de production concrète (fabrication, logistique, etc.) en France a baissé de 1,3 million ;

§           Le nombre d'emplois de conception, gestion, marketing, etc. a augmenté de 901.000 ;

§           Le nombre d'emplois dans les services, dont une bonne partie sont des services à l'industrie (nettoyage, distribution, etc.) a augmenté de 737.000 ;

§           Le nombre d'emplois dans les services collectifs (administration, loisirs, santé, etc.) a augmenté de 1,3 millions ;

§           Le poids de l'industrie dans notre PIB (qui a augmenté d'environ 40% depuis 1982) est resté stable, passant de 20,1% en 1982 à 19,5% en 2002 ;

§           La part de marché de l'industrie française dans le monde est restée stable depuis 1970, alors que celles du Royaume-Uni et de l'Allemagne ont reculé ;

§           Les délocalisations ne représentent que 4% des investissements français à l'étranger et les dix secteurs industriels qui ont le plus investi à l'étranger ont créé 100.000 emplois entre 1997 et 2000.

§           Les pays en développement constituent aussi des clients pour la France ; ces pays nous achètent d'autant plus de biens industriels et de services que leur économie se développe.

 

Au lieu de nous diffuser des nouvelles, en général inquiétantes, sur les conséquences de la mondialisation et des délocalisations, les médias devraient donc nous rassurer.

1.6.10.4.6           L'Amérique résiste aussi, quoi qu'en disent les antimondialistes

Source : Le Figaro économie du 17/03/2004 page 2.

"L'Amérique reste la première destination mondiale de l'investissement étranger. L'investissement industriel direct des sociétés non américaines aux Etats-Unis a doublé en 2003, pour atteindre 82 milliards de dollars. La balance [positive] des échanges dans les activités des services juridiques, informatiques et bancaires atteint 54 milliards de dollars. En 2003, des sociétés étrangères ont choisi les Etats-Unis pour y faire réaliser plus de 131 milliards de dollars de prestations ; le mouvement inverse n'a été que de 77 milliards de dollars. Le discours caricatural selon lequel l'emploi américain serait vidé par la sous-traitance étrangère ne résiste donc pas à l'analyse."

1.6.10.4.7           Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches

Dans notre monde ouvert, le travail nécessaire sera de plus en plus assuré par les pays et les gens à même de le faire au meilleur prix, qu'il s'agisse de production de biens ou de services rendus à partir de l'étranger, comme l'administration et la vente à distance, la télémédecine, le support des utilisateurs d'ordinateurs. La délocalisation et l'externalisation (sous-traitance d'activités aujourd'hui françaises) est inévitable et ira croissant.

 

Ce phénomène est inéluctable, car il résulte du progrès technique et des efforts des pays en voie de développement pour accéder à un meilleur niveau de vie. Et comme la France a absolument besoin d'acheter certains produits à l'étranger (pétrole, fruits exotiques…) elle doit avoir quelque chose à leur vendre et à vendre à ses partenaires de l'Union européenne. La seule politique possible est :

§           La voie de l'innovation (création de nouveaux produits et services susceptibles d'intéresser des acheteurs chez nous et à l'étranger) ;

§           La recherche (susceptible de trouver des techniques nouvelles, des matériaux nouveaux, de nouveaux médicaments, etc.) ;

§           La mise au point de techniques de fabrication performantes et d'organisations efficaces du travail, des services et du marketing d'origine française ou européenne, que des multinationales à capitaux français ou européens utiliseront dans les pays où elles sont les moins chères.

 

Le progrès technique et organisationnel n'a pas de fin. Dans une course contre soi-même, on peut toujours se dépasser. C'est pourquoi il ne faut pas craindre l'avenir. Comme l'écrivait l'éditorialiste Thomas L. Friedman dans le New York Times du 07/03/2004 :

 

"L'Amérique est la source d'innovations la plus féconde de tous les temps, source qui n'est pas près d'être égalée car elle résulte d'une multitude de facteurs :

§           Une liberté de penser totale ;

§           Une prédilection pour des réflexions indépendantes ;

§           Un flot continu d'immigration de nouveaux esprits ;

§           Une culture qui aime prendre des risques et ne culpabilise pas les échecs ;

§           Une administration non-corrompue ;

§           Des marchés financiers et des capitaux-risques qui n'ont pas leur égal dans l'art de transformer des idées nouvelles en produits de classe mondiale."

 

Voilà un message que nos télévisions devraient faire passer jusqu'à ce que les Français aient compris que la réponse aux délocalisations et sous-traitances n'est pas d'interdire les licenciements ou de réclamer des aides, mais de se former, d'innover et d'entreprendre.

1.6.10.4.8           La Chine et l'Inde n'ont pas d'autre choix que la croissance rapide

La Chine a déjà tellement accaparé des productions industrielles comme le textile, que les Etats-Unis ont perdu de son fait, en deux ans, 2,5 millions d'emplois. Ses exportations mondiales dans ce marché du textile doublent chaque année et doivent atteindre 120 milliards de dollars en 2005, étouffant la quasi-totalité des autres producteurs.

 

La Chine n'a pas le choix : depuis qu'elle a ouvert son marché en signant des accords à l'OMC, elle doit faire migrer des millions d'emplois agricoles vers l'industrie et les services, et (selon Le Figaro économie du 10/03/2004, qui cite le ministre chinois du Travail) créer pour cela 24 millions d'emplois urbains en 2004 :

§           10 millions d'emplois pour de nouveaux arrivants sur le marché du travail ;

§           8 millions d'emplois pour les chômeurs ;

§           6 millions d'emplois pour les ouvriers licenciés, comptabilisés séparément des chômeurs.

 

L'Inde n'a pas le choix non plus. D'après Newsweek du 15/03/2004 pages 29 et 30, qui cite la Commission de planification du gouvernement, il y a aujourd'hui plus de 40 millions de personnes qui ont signalé à l'administration du travail qu'ils cherchent un emploi ou un changement d'emploi. En outre, 35 millions de personnes vont arriver sur le marché du travail d'ici fin 2007. Une réponse parfaite à ce besoin de travail exigerait la création de 75 millions d'emplois en 3 ans !

 

A ces deux pays géants on peut ajouter l'Indonésie (220 millions d'habitants), les Philippines (82 millions), etc. Tous ces pays veulent croître. Leurs salariés travaillent dur pour vivre mieux, sans se limiter à des semaines de 35 heures et sans profiter d'avantages sociaux qui handicapent la compétitivité.

1.6.10.4.9           Criminalité internationale et contrefaçons

Les contrefaçons (imitation de produits de marque, usurpation de marque, etc.) sont aujourd'hui industrialisées. Des groupes de criminels puissants, disposant de capitaux, d'une logistique de transport et de moyens de pression (menaces, assassinats) font fabriquer de faux produits de marque dans tous les domaines : textile, maroquinerie, pièces détachées, horlogerie, pharmacie, etc., pour les revendre ensuite dans tous les pays. Leur chiffre d'affaires mondial est estimé à des centaines de milliards de dollars par an et sert parfois à financer le terrorisme.

 

La mondialisation facilitant les échanges de marchandises et d'argent, la contrefaçon en profite. On estime à 30.000 le nombre d'emplois perdus en France du fait de la contrefaçon de produits de marque français et à 43% la proportion de logiciels utilisés en entreprise, en France, après copie ou réinstallation violant la licence.

 

A part l'imitation pure et simple de produits, la plupart du temps en Asie, il y a aussi des sous-traitants de multinationales qui fabriquent un peu plus de produits de marque que ceux qui lui ont été commandés, pour les écouler ensuite par l'intermédiaire de réseaux criminels. Certains de ces produits sont dangereux : médicaments inefficaces, mal dosés ou constituant des poisons, pièces détachées d'automobile ou d'avion qui peuvent s'user plus vite et casser en provoquant un accident, vins frelatés, etc.

1.6.10.5                    Le silence coupable des médias sur les sujets économiques majeurs

La mondialisation est un sujet commode pour les polémiques idéologiques, où chaque partie défend en fait sa vision de la société. Mais ces polémiques sont peu importantes à côté des grands problèmes économiques de la France, que ni les gouvernements successifs ni les médias n'abordent. Leur silence prive les Français des informations indispensables pour leurs choix politiques. Ceux-ci ne savent pas, alors, reconnaître l'absurdité de certaines propositions politiques, le caractère illusoire des promesses de progrès qui les accompagnent. Voici des exemples de sujets non abordés de manière pédagogique par les médias ou les candidats. Il s'agit de problèmes importants, qui conditionnent aujourd'hui l'avenir économique du pays.

1.6.10.5.1           La France ne travaille pas assez

Au pouvoir, la Gauche a basé sa réforme des "35 heures", la "Réduction du Temps de Travail" (RTT), sur une aberration économique tellement colossale qu'aucun autre pays n'a fait comme nous. Elle a pensé :

§           Qu'il n'y avait pas assez de travail pour tous les salariés (première erreur, dénoncée par tous les économistes étrangers, qui se sont moqués de la France) ; pourquoi y en a-t-il assez au Royaume-Uni, en Irlande, etc. ?

§           Donc qu'il fallait répartir le travail disponible entre davantage de salariés, par souci d'équité, donc empêcher certains de trop travailler pour laisser du travail à d'autres (deuxième erreur).

 

Et, par idéologie égalitaire, elle a imposé à toutes les professions la même limite : 35 heures par semaine. Ce fut là une troisième erreur, la limite s'avérant inapplicable dans certaines professions comme l'hôtellerie-restauration et les hôpitaux, de par la nature même de l'activité ou le manque de personnel.

 

Le fait que la quantité de travail disponible n'est pas limitée est attesté par tous les autres pays, notamment ceux qui réussissent beaucoup mieux que nous, tout en travaillant davantage et en ayant moins de chômeurs : USA, Royaume-Uni, Irlande, etc. (voir les statistiques [73] et [74]). A contrario, l'Allemagne qui travaille moins d'heures que nous (1444 heures par an contre 1545) a des problèmes de chômage et de déficit plus aigus que les nôtres. Les médias n'ont pas dénoncé l'absurdité de cette "limite du travail disponible", ni le lien entre travailler moins et produire moins de richesses, donc s'appauvrir.

 

Ils n'ont pas, non plus, expliqué en détail ce que coûtent la RTT et ses mesures d'accompagnement : 10 à 15 milliards d'euros par an. Sachant que selon les socialistes eux-mêmes (voir [77]) cette dépense a permis de créer 400.000 emplois, chaque emploi a coûté et coûte encore 25.000 à 37.500€ par an, plus donc que de payer son bénéficiaire à ne rien faire ! Les médias n'ont pas expliqué que l'Etat ne peut créer que des infrastructures propices à la création d'emplois, la création de vrais emplois productifs étant réservée aux entreprises, qui ont empoché l'argent de la RTT en tant qu'aubaine.

§           Les médias n'ont pas expliqué qu'en empêchant des gens de travailler plus d'heures qu'une limite arbitraire, on limite la création de richesses, ce qui appauvrit la nation. Et on favorise le travail au noir.

§           Ils n'ont pas expliqué que cette limitation diminuait pour beaucoup de salariés modestes leur nombre d'heures supplémentaires, donc leurs revenus.

§           Ils n'ont pas expliqué que les employeurs feraient l'impossible pour ne pas embaucher de personnel supplémentaire, préférant d'abord réorganiser le travail pour le rendre plus productif, donc souvent plus stressant pour les salariés (voir [89]).

§           Ils n'ont pas expliqué l'impossibilité d'appliquer la même limite d'heures à toutes les catégories de salariés, dans toutes les entreprises, comme l'impossibilité de faire respecter cette limite par la totalité de ses propres fonctionnaires.

§           Ils n'ont pas rappelé une évidence : il n'existe pas de fraction de salarié, donc partout où la RTT entraînerait l'embauche de salariés, le nombre en serait limité à l'entier inférieur - lorsqu'on trouve le personnel nécessaire, bien entendu.

§           Enfin, ils n'ont pas prévu que les entreprises profiteraient de l'occasion pour négocier et obtenir des horaires plus souples, qui leur permettraient une meilleure productivité et des économies de personnel.

 

La télévision n'a jamais organisé, à propos de la RTT, de grande émission pédagogique expliquant ce qui précède. Elle n'a pas, non plus, présenté de comparaison détaillée entre la situation du travail en France et chez ses voisins européens. Si les Français avaient pu connaître les résultats des comparaisons [74] et [75], ils auraient vu l'absurdité de la situation créée :

§           Les Français ont une carrière 10% plus courte que les Anglais ; en moyenne, ils travaillent 4 ans de moins qu'eux.

§           Les Français travaillent chaque année 10% de moins que les Anglais, 1545 heures contre 1710. Cela se voit sur le graphique suivant extrait de [129] :

 

Durée annuelle du travail par employé (ensemble de l’économie, en heures)

 

§           Le taux d'activité des Français est environ 10% inférieur à celui des Anglais, qui sont donc plus nombreux que nous à travailler, donc à produire des richesses.

§           L'Angleterre favorise l'activité des entreprises et l'emploi, avec un taux moyen de charges sociales de 11% du salaire brut, alors qu'en France il est de 53%.

 

C'est cette différence d'activité qui fait que le Royaume-Uni a une croissance économique bien supérieure à celle de la France et moitié moins de chômeurs.

 

Les chiffres anglais ci-dessus sont même tellement meilleurs que les chiffres français correspondants, qu'on peut se demander pourquoi la différence de PIB entre les deux pays n'est pas encore plus grande en faveur de l'Angleterre. La réponse est simple : la productivité des Français qui travaillent est très supérieure (la richesse qu'un Français produit en une heure, 33,72$ est bien plus grande que celle que produit un Anglais, 27,45$). A l'évidence, les Français travaillent plus dur et sont mieux organisés. Leur productivité est, d'ailleurs, la meilleure du monde après celle des Américains : (34,55$ par heure, selon La guerre des deux France - Celle qui avance et celle qui freine [125] page 91 et selon l'étude de la Banque de France de janvier 2004 [129]).

 

Et la comparaison de la France avec l'Irlande est encore plus étonnante : encore plus de croissance, moins de chômeurs et un meilleur niveau de vie !

 

Pourquoi la télévision ne nous dit-elle rien de nos voisins, qui ont pourtant bien des recettes de succès à nous apprendre ?

 

Voir aussi le rapport [124] établi à la demande du gouvernement Jospin (accablant !).

 

Le poids économique de la France dans l'Union européenne a baissé depuis 1999

La différence de performance économique entre la France et ses partenaires de l'Union européenne est confirmée par l'article [84] page 1, où on apprend que, tous les 5 ans, la Banque centrale européenne (BCE) réévalue la proportion de son capital à souscrire par les divers pays membres. Cette proportion varie en fonction de l'évolution du PIB et de la population de chaque pays : lorsqu'elle augmente, c'est que le poids relatif de l'habitant moyen du pays dans l'économie européenne a augmenté, sinon c'est qu'il a diminué. Voici quelques résultats :

§           Le poids de la France a diminué de 0,3162% ;

§           Le poids de l'Allemagne a diminué de 1,0895% ;

§           Le poids du Royaume-Uni a augmenté de 1,2953% ;

§           Les poids de l'Espagne, des Pays-Bas et surtout de l'Irlande ont augmenté.

Evolution d'une économie industrielle à une économie de services

La télévision n'a pas expliqué un changement fondamental intervenu dans l'économie des pays avancés depuis une vingtaine d'années : le passage d'une société industrielle à une société de services. Aujourd'hui, beaucoup plus de gens ont une activité de services qu'il y a vingt-cinq ans, à tel point que, selon [99], le nombre d'emplois industriels est passé de 5,6 millions en 1980 à 3,7 millions en 2002, la part de l'industrie dans le PIB ayant reculé dans le même temps de 20,5 à 14% :

§           Il faut de moins en moins de gens pour fabriquer les articles dont nous avons besoin, la productivité augmentant grâce à une meilleure automatisation, davantage d'informatique et une spécialisation plus poussée des entreprises.

§           Il faut de moins en moins d'usines chez nous, à cause de la productivité et de la délocalisation.

 

Sur le plan social, cette évolution vers une économie de services se traduit par une évolution bien plus rapide des métiers, des activités et des lieux de travail. Contrairement à l'industrie, caractérisée par des activités évoluant lentement, les activités des services sont bien plus évolutives. La majorité des contrats de travail doivent aujourd'hui tenir compte de cette évolutivité, en prévoyant une souplesse de plus en plus grande :

§           Changements plus fréquents de métier, un même travailleur pouvant en pratiquer trois ou quatre dans sa vie active.

§           Formation continue, tout au long de la vie, pour améliorer et adapter l'employabilité de chacun à l'évolution des métiers.

§           Changements plus fréquents d'employeur, pour profiter d'opportunités de carrière, d'où le besoin d'une législation facilitant embauches et démissions.

§           Licenciements plus faciles, pour pouvoir plus facilement embaucher, d'où le besoin de législation adaptée, comme les "Contrats de projet" (où la durée du contrat de travail est celle d'un projet).

 

Tous les pays de l'Union européenne ont compris cette évolution vers une économie de services, à l'exception de la France et, sauf depuis début 2004, l'Allemagne. Il est pourtant indispensable que la télévision, média de masse, l'explique aux Français, pour qu'ils en tirent les conséquences : effort de formation permanente et fin des luttes d'arrière-garde des syndicats non-réformistes, restés au modèle social "classe ouvrière" du XIXème siècle et refusant tout changement.

 

Je suis frappé par le refus de certains d'accepter ce phénomène, pourtant inéluctable de nos jours, de changement plus fréquent d'activité et d'employeur : ils le baptisent "précarisation". Pourtant, cette évolutivité qu'ils refusent pour les salariés, ils l'acceptent :

§           pour des artisans, qui n'ont souvent qu'un ou deux mois de travail d'avance, sans indemnité de chômage lorsqu'ils manquent de contrats (mais il n'en manquent guère : combien faut-il attendre l'intervention d'un plombier ?) ;

§           pour des travailleurs saisonniers, qui changent de métier au moins deux fois par an ;

§           pour les professions libérales : médecins, avocats, etc.

 

A l'évidence, pour eux, les salariés à contrat CDI classique ont, comme les fonctionnaires, des droits que d'autres travailleurs n'ont pas.

 

Voir aussi, sur la politique de l'emploi des gouvernements français, l'étude [138].

1.6.10.5.2           Les Français sont de plus en plus un peuple d'assistés

D'après l'étude officielle [128] :

"Les transferts sociaux contribuaient ces dernières années à près du tiers à la formation du revenu brut des ménages et constituent, après les salaires (environ 60 %), le second poste de ressources des ménages français. On notera, du reste, qu’en une génération la part des transferts sociaux a augmenté passant d’environ 25 % à la fin des années soixante-dix à environ 30 % au début des années 2000."

 

On le voit sur le graphique suivant extrait de l'étude [128] :

 

 

"Selon une autre source (INSEE – «Revenu des ménages dans les régions» in INSEE Première, n° 436, mars 1996), l’importance des revenus de transfert varie en métropole entre 32,5 % pour l’Alsace et 44,2 % pour le Limousin ou même 47,1 % pour la Corse, pour une moyenne de 36,1 % pour la France métropolitaine."

Avec une population qui vieillit, il y aura de moins en moins d'actifs pour payer toutes ces allocations, et en plus ils auront à rembourser une dette nationale de plus en plus énorme.

 

Pourquoi le gouvernement et les médias ne nous disent-ils rien de tout cela, pourquoi nous laissent-ils nous enfoncer dans ce cul de sac ?

1.6.10.5.3           Une dette insupportable pour nos enfants et qui empêche l'investissement

Les largesses du gouvernement Jospin ont distribué un argent qu'il n'avait pas, pour lequel il s'est endetté, voir [76], [109] et [118]. Et, au début de 2004, le gouvernement Raffarin n'avait pas encore inversé la tendance : la dette des administrations publiques françaises augmentait toujours et augmentera encore pendant plusieurs années. En 2003, la France a dû emprunter 28,1 milliards d'euros pour financer ses dépenses courantes, cette somme n'étant affectée à aucun investissement. Actuellement, à eux seuls, les intérêts annuels payés par les contribuables pour la dette de 1000 milliards d'euros de l'Etat représentent 50 milliards d'euros (830 € pour chacun des 60 millions de Français, les trois quarts de l'impôt sur le revenu). Et à cette dette de 1000 milliards s'ajoutent les 700 milliards d'euros de droits acquis par les fonctionnaires pour leurs retraites !

 

Lorsque nos enfants entreprendront de rembourser cette énorme dette, ils auront en plus à payer nos retraites, dont le financement n'est pas encore complètement assuré, malgré la réforme du gouvernement Raffarin. Il est très probable qu'ils seront moins nombreux que nous, donc que chacun paiera encore plus. La charge fiscale deviendra si énorme qu'elle découragera de nombreux Français, les plus capables, qui préféreront émigrer : dans 20 ans, ce n'est pas la misère qui causera l'émigration comme il y a un siècle, c'est la pression fiscale et la stagnation économique qu'elle entraîne.

 

Pire, même : les emprunts faits par l'Etat pour ses dépenses courantes excessives sont financés par des investisseurs actuels, pas futurs. L'argent de ces investisseurs ne va pas à des investissements productifs (infrastructures, recherche et développement, outils de production, etc.) mais à des salaires de fonctionnaires et des transferts sociaux (chômage, assurance maladie, allocations, etc.). La France investit donc moins qu'elle devrait pour rester compétitive et préparer son avenir.

 

En outre, l'importance des emprunts de l'Etat fait monter les taux d'intérêt, ce qui pénalise les entreprises qui voudraient emprunter pour investir. En rémunérant correctement les emprunts publics, l'Etat rend moins intéressants pour les investisseurs les placements en actions, plus risqués : les entreprises disposent donc de moins de capitaux pour se développer, donc leur croissance est plus lente et elles embauchent moins. En résumé, les gouvernements successifs s'achètent de la popularité en dépensant un argent emprunté, au détriment des investissements productifs et de la création d'emplois, et en forçant les générations suivantes à rembourser !

 

Enfin, constatant que l'économie ne croît pas et ne fait pas baisser le chômage, les gens sont inquiets : au lieu de dépenser leur argent (ce qui ferait marcher les affaires) ils l'épargnent et prêtent leurs économies à l'Etat, qui les gaspille. Il y a là un cercle vicieux.

 

Voilà ce que nos médias et nos gouvernements auraient dû nous dire, et qu'ils ont tu.

 

Remarque : les Etats-Unis ont, eux aussi, un gros problème non résolu de croissance de la dette de l'Etat fédéral : voir [87].

1.6.11        Médias et valeurs de notre société

Notre société souffre de la dévalorisation du savoir, du travail et de la tolérance : voir "La France : pays figé, société démoralisée" http://www.danielmartin.eu/Cours/Sinistrose.htm .

        On s'aperçoit du peu d'estime actuel pour le savoir et le travail en considérant le nombre insuffisant d'étudiants en sciences, disciplines où il faut travailler dur. On s'en aperçoit aussi dans certaines cités de banlieue, où celui qui sait est rejeté par une majorité qui cultive l'ignorance. Le manque de tolérance se mesure à l'intensité du débat national sur "le voile islamique" et "le communautarisme", et l'énergie qu'il a ainsi gaspillée.

 

A force de travailler peu, notre pays sera dépassé par des pays aujourd'hui plus pauvres mais plus courageux, situés en Europe de l'Est ou en Asie. Leurs ressortissants viendront chez nous prendre les postes que nous n'avons pas le courage de remplir. Plus actifs et plus riches, ils risquent d'imposer leurs valeurs à notre peuple, devenu passif car vieillissant et moins fortuné. Avec davantage de scientifiques et d'ingénieurs, ils nous imposeront leurs technologies et nous devrons payer pour importer leurs articles et exploiter leurs brevets.

 

A force de mépriser la compétence et le travail, nous risquons d'oublier que la sauvegarde de nos emplois passe par une formation continue qui exige de chaque personne un effort constant, pendant des années. Compléments : voir [68].

 

A force d'intolérance, nous n'arriverons pas à profiter des ressources d'une partie de la population, à la fois parce que nous la rejetons, nous n'osons lui confier certaines tâches, et nous gaspillons notre temps à polémiquer sur l'intégration et les droits respectifs.

 

Les médias peuvent jouer un rôle important pour nous éviter une telle évolution, en diffusant des images valorisantes du savoir, du travail et de la tolérance. Il faut profiter de ce que beaucoup de jeunes apprennent à la télévision les repères de notre société.

 

Il y a déjà des émissions qui vont dans le bon sens, comme "L'instit" et "Docteur Sylvestre", il en faudrait beaucoup plus. Il faut des jeux où ceux qui savent et ceux qui se dépassent sont vraiment valorisés, comme "La tête et les jambes" d'il y a quelques années. Il faut des films valorisant les aventures scientifiques et techniques comme la course à l'espace, la construction des grands paquebots et la recherche en biologie. Il faut aussi des films valorisant ceux qui travaillent dur et montrant leur ascension sociale. Et il faut moins de films et d'émissions montrant des marginaux, des déviants sexuels et des voleurs sous un jour sympathique.

 

Puisque le gouvernement subventionne des films d'expression française, ne peut-il imposer un petit quota de scénarios valorisant la connaissance et l'effort persévérant ?

 

Si nous parvenons à faire évoluer la valeur sociale du savoir, un certain nombre de gens auront soin d'augmenter leur culture économique et politique, donc voteront mieux. Alors la démocratie y gagnera et notre pays sera mieux gouverné.

 

Pour une autre perspective sur la valeur du travail, voir aussi [74].

1.6.12        Médias et idéologie

Les médias ne font guère leur travail d'information politique lorsqu'il s'agit de combattre des idées fausses très répandues. Ils choisissent des faits, des événements ou des idées à diffuser selon la valeur que leur confèrent les filtres précités. De telles idées perdurent donc, se renforçant même souvent dans l'esprit des citoyens avec le temps qui passe. Ceux-ci croient alors à des choses fausses et votent en conséquence.

1.6.12.1                    Exemple du "droit au travail" réclamé par des politiciens français

J'ai entendu plusieurs fois, dans la bouche de politiciens français, des déclarations qui impliquent l'existence d'un tel droit, comme s'il était naturel dans notre société. Jusqu'au président Chirac, qui a parlé :

§           Lors de ses vœux aux Français du 31/12/2003 à 20 heures :

"...d'instaurer de nouveaux droits au reclassement..."

"...de créer pour les jeunes de 16 à 24 ans un véritable droit à l'activité."

§           Lors de son discours [86] du 06/01/2004 sur la Loi de mobilisation pour l'emploi, où il a déclaré :

"... il est temps d'instituer, pour tous les salariés, de nouvelles garanties en matière de reclassement..."

"...Nous devons répondre aux difficultés d’entrée dans la vie active des jeunes de 16 à 24 ans en instaurant pour eux un véritable droit, droit à l’activité, à la formation ou à l’emploi..."

 

Voici trois exemples de commentaires que les médias auraient dû faire au sujet de ces prétendus droits, pour ne pas laisser aux citoyens l'illusion qu'ils existent ou peuvent être créés.

1 - Commentaire sur l'attitude de chacun face au chômage

Le message sous-jacent du discours du président Chirac est :

Chômeurs, l'Etat vous materne, s'occupe de vous donner le travail auquel vous avez droit, ou de remplacer celui que vous avez perdu.

Il aurait mieux valu qu'on dise aux chômeurs :

Prenez-vous en charge, et l'Etat vous aidera à trouver ou retrouver un travail.

Le second message encourage explicitement les chômeurs à être actifs, ce que le premier ne fait pas. Le premier message propage l'idée fausse que l'Etat peut créer les emplois nécessaires à tous les chômeurs et que chaque personne peut en attendre un de lui.

 

Les médias auraient dû faire ce commentaire parce que la France est dans l'Union européenne, qui a clairement et explicitement opté pour une économie libérale, et qu'en ne le faisant pas on laisse perdurer une illusion.

 

Nous verrons un peu plus bas la politique de l'Union européenne concernant les droits de l'homme en matière de chômage.

2 - Comparaison avec les solutions d'autres pays européens

Le président Chirac n'indique pas de solution précise pour mettre en pratique le droit au travail qu'il promet. On peut en chercher dans les pays européens qui ont peu de chômeurs, pour voir comment ils s'y prennent : Suisse, Irlande, Suède, etc. L'exemple du Royaume-Uni, qui a la même population que la France mais seulement 5% de chômeurs, est particulièrement intéressant.

Les Anglais s'engagent à payer des indemnités de chômage à un salarié qui vient de perdre son travail pendant 6 mois seulement, période pendant laquelle l'agence gouvernementale pour l'emploi doit lui proposer 4 postes pour lesquels il est qualifié. S'il les refuse tous les quatre, ou s'il en accepte un qu'il garde très peu de temps, il est radié de la liste des chômeurs et n'est plus indemnisé, ce qui le met dans une situation grave.

Un chômeur est donc fortement incité à accepter et conserver un des emplois qu'on lui a ainsi proposé, et ce d'autant plus que les indemnités de chômage sont nettement plus faibles qu'en France. S'il a accepté un poste à contre-cœur, il peut toujours en chercher un autre tout en travaillant ; le faible taux de chômage lui donne bon espoir.

Bien entendu, les emplois qu'on lui propose sont aussi proches que possible de l'optimum : ils exploitent au mieux ses compétences et se trouvent le plus près possible de son domicile. Mais si un tel emploi ne peut être trouvé en quelques mois ou à proximité, le chômeur se verra proposer des emplois pour lesquels il est surqualifié ou situés plus loin, et il devra en accepter un sous peine de perdre ses indemnités.

 

Un syndicaliste français jugera forcément cette solution "ultralibérale", c'est-à-dire cruelle pour les salariés car trop contraignante. Il demandera qu'en France, au contraire, l'Etat solidaire indemnise décemment un chômeur et le fasse aussi longtemps qu'il n'a pas trouvé un travail qui lui convient. La solution française actuelle, généreuse pour les chômeurs, est plus coûteuse pour la nation et génératrice d'injustices à l'égard des citoyens dont l'activité paie les chômeurs. En effet, un chômeur qui n'a pas de compétence, ou pas de compétence pour laquelle il existe un emploi à proximité, pourra ainsi rester longtemps à la charge de la collectivité, ce qui encourage le parasitisme.

 

La mentalité française, illustrée par les notions de droit au travail et d'Etat qui s'occupe de tout, encourage un tel parasitisme. La mentalité anglaise, au contraire, encourage les gens au pragmatisme, à l'adaptation aux réalités économiques ; et elle ne laisse pas une personne vivre indéfiniment aux frais de la société. La différence entre les deux mentalités est très nette dans le cas des intermittents du spectacle, statut impensable en Angleterre.

 

Entre les deux solutions, celle du Royaume-Uni et celle de la France de 2003, il n'y a pas photo, comme on dit : les Anglais ont deux fois moins de chômeurs, leur niveau de vie est supérieur et croît plus vite que le nôtre.

 

Tant que la solution préconisée par le président Chirac n'est pas connue en détail, on peut toujours imaginer qu'elle ressemblera à la solution anglaise, le droit au travail ou au reclassement consistant à un engagement de l'Etat à proposer un nombre réduit de postes avec obligation d'en choisir un et de le conserver...

3 - Accorder un doit au travail est une erreur économique

La solution du Royaume-Uni consiste à inciter fortement les chômeurs à reprendre un emploi disponible, qu'on leur offre à partir de listes. Elle a pour but de diminuer le nombre de chômeurs (l'offre de travail) sans augmenter le nombre de postes (la demande de travail). La France la pratique déjà, bien que de manière moins brutale, grâce à l'ANPE et au dispositif du RMA.

 

La proposition du président Chirac sous-entend la création de postes, qui est possible de deux manières : dans le secteur économique marchand et dans le secteur non-marchand. Le texte qui suit s'appuie sur [90].

Définitions de ces secteurs

Le secteur marchand regroupe toutes les activités produisant des biens et services qui ont un prix de marché.

Le secteur non-marchand regroupe l’ensemble des activités produisant des biens et services auxquels on ne peut associer un prix de marché en rapport avec leur coût de production, car leur financement ne dépend pas entièrement de leur vente sur le marché, mais est partiellement assuré par des contributions obligatoires (impôts, taxes) et volontaires (dons, cotisations ou main d'œuvre bénévole). On y trouve :

·            le secteur public et les services assimilés : administrations de l'Etat et des collectivités territoriales, hôpitaux, transports publics, qui représentent entre 5 et 7 millions d'agents, selon le périmètre d'activité considéré ;

·            les entreprises de l'économie sociale, comme les coopératives, les associations et les mutuelles ayant une activité de production de biens ou de services.

En France, le secteur de l’économie sociale représente presque deux millions de salariés et plusieurs dizaines de milliers d’entreprises.

·            Les mutuelles d’assurance y détiennent plus de 30% du marché de l’assurance automobile, plus d’un Français sur deux est adhérent d’une mutuelle de santé pour sa couverture sociale complémentaire de la Sécurité sociale, la quasi-totalité des agriculteurs adhèrent à une coopérative.

·            Dans le domaine bancaire, les établissements coopératifs (Crédit agricole, Crédit mutuel, Banques populaires, Crédit coopératif) sont parmi les plus importants.

Banques et assurances mutuelles sont aussi parmi les plus performants, si l'on veut bien ne pas tenir compte de l'absence de rétribution d'un capital, les bénéfices étant réinvestis ou déduits des cotisations.

Avantages et inconvénients de ces deux modes de création d'emplois

§           Dans le secteur marchand, les mesures de création d’emplois engendrent de nombreux effets pervers :

·            Effet d’aubaine, lorsque les embauches auraient été réalisées de toute façon : dans ce cas, les subventions sont gaspillées ;

·            Effet de substitution, lorsque les mesures conduisent simplement les entreprises à substituer l’embauche de chômeurs à d’autres embauches : gaspillage, dans ce cas aussi ;

·            Effet d’éviction, lorsque les mesures détruisent des emplois dans les entreprises ne profitant pas des subventions pour l’emploi, par un effet de concurrence : l'effet peut être pire que du gaspillage, il peut être destructeur net d'emplois par la faillite d'entreprises déstabilisées qui licencient tout leur personnel.

Exemple : chaque fois qu'on met en place une "zone franche", où des entreprises bénéficient de franchises fiscales, ces entreprises font une concurrence dure aux entreprises des zones non-franches du voisinage, les menant parfois à la faillite : certains chômeurs embauchés en zone franche ont été remplacés par d'autres en zone non-franche, parfois plus nombreux.

Ces effets réduisent très fortement l'impact des mesures sur les créations nettes d’emplois dans l’économie, malgré leur coût élevé. Néanmoins, dans certains cas, ce type de dispositifs permet de favoriser l’embauche de publics prioritaires et les baisses de charges favorisent un peu la demande de travail non qualifié.

En rapprochant les niveaux de chômage et la proportion du PIB consacrée à ces mesures dans divers pays, on s'aperçoit que les pays à chômage faible ne les ont que très rarement utilisées pour réduire ce chômage. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, qui consacrent 0,4% de leur PIB à lutter contre le chômage, il y a moins de 6% de chômeurs et le pays n'a pratiquement jamais recouru à ce type de mesure. Dans l'Euroland, où le pays qui dépense le moins pour lutter contre le chômage est l'Espagne, avec 2,3% du PIB (presque 6 fois plus que les USA), le chômage est nettement plus élevé.

En conclusion, subventionner des emplois dans le secteur marchand est une erreur économique. L'Etat ferait mieux, avec les mêmes crédits, de créer des infrastructures qui favorisent l'implantation et le développement d'entreprises ; il pourrait aussi accorder des incitations fiscales à l'investissement, car les croissances des investissements engendrent des embauches dans les mois qui suivent. Il pourrait aussi aider la recherche, où le sous-investissement de notre pays handicape l'avenir.

§           Dans le secteur non-marchand, les mesures semblent plus efficaces en termes d’emploi, en dépit d’un coût élevé. Les effets d’aubaine, de substitution et d’éviction sont réduits, pour ces emplois, puisqu’il s’agit en principe d’emplois nouveaux qui ne seraient pas créés spontanément dans l’économie concurrentielle.

Les postes de fonctionnaires conduisent à des emplois stables, mais les salaires et charges correspondants sont des frais généraux du pays, qui en réduisent la compétitivité, exactement comme pour une entreprise. Et on constate que plus il y a de fonctionnaires, plus l'administration est lourde et inefficace, plus elle s'oppose aux évolutions pour préserver ses privilèges. La France ayant déjà, en proportion, bien plus de fonctionnaires que tout autre pays de l'Union européenne, accroître leur nombre pour réduire le chômage n'est pas une solution. Seuls trois secteurs d'activité justifieraient des créations de postes, par de meilleurs services à la population que celle-ci accepte alors de payer :

·            La justice, où on manque de juges, de greffiers et de surveillants de prison ;

·            La police et la gendarmerie, où on manque d'effectifs pour assurer la sécurité des biens et des personnes ;

·            Les hôpitaux, où on manque de personnel soignant mais on a déjà trop d'administratifs.

En finançant des postes dans le secteur associatif et mutualiste, où une partie de la main d'œuvre est bénévole, l'Etat peut multiplier l'effet de chaque euro de subvention, ce qui est a priori intéressant si les biens ou services ainsi produits apportent quelque chose d'utile au pays.

Le problème de ces emplois du secteur non-marchand est la sortie du dispositif. Comme on ne peut envisager de subventionner indéfiniment ces emplois à rentabilité non mesurable, il faut trouver une solution pour chaque travailleur à la fin de son contrat. C'est ainsi que les "emplois-jeunes" créés pour cinq ans par le gouvernement Jospin, dans l'Education nationale, des mairies, etc. ne garantissaient nullement un poste à durée indéterminée, c'est-à-dire un "vrai travail", après. Seule une faible proportion de jeunes y a acquis une qualification et une expérience leur permettant ensuite de trouver un emploi.

En résumé, à part dans les trois secteurs de la fonction publique cités, la création d'emplois non-marchands à l'aide de subventions n'est qu'une solution temporaire. Pour qu'une solution d'emplois créés ou aidés par l'Etat soit durable, il faudrait qu'elle soit financée par des impôts ; pour que cette dépense soit rentable pour le pays, ces emplois devraient produire plus de biens ou services qu'ils ne coûtent : ils seraient donc dans le secteur marchand et entreraient en concurrence avec les emplois non subventionnés, concurrence automatiquement déloyale. C'est pourquoi, en économie non-collectiviste, l'Etat ne peut créer d'emplois durables.

Conclusion sur le droit au travail

Un doit au travail ne peut être accordé sans un coût économique disproportionné par rapport aux emplois créés. C'est pourquoi un tel droit n'a existé que dans les régimes communistes, comme ceux de l'ex-URSS, de Cuba ou de Corée du nord, qui n'ont apporté à leurs citoyens que misère et privation de liberté.

 

Voilà le genre d'analyse et de commentaires qu'on devrait trouver dans les médias à propos de promesses aussi importantes que celles du président Chirac dans son discours sur la Loi de mobilisation pour l'emploi [86]. En l'absence de tels commentaires, la plupart des citoyens ne sauraient pas qu'elles sont utopiques.

 

Confirmation : article Mon projet pour l'emploi du Premier ministre J-P Raffarin, dans le Figaro magazine du 10/01/2004, pages 12 et 13

Quelques jours après le discours [86] du 06/01/2004 du président Chirac, le Premier ministre a publié un article constituant un catalogue des mesures déjà prises et celles qu'il compte prendre pour tenir compte des promesses du Chef de l'Etat.

 

Dans son article on ne trouve ni "droit au travail" ni "droit au reclassement". La seule phrase de l'article qui s'en approche est :

"Créer une véritable assurance-emploi passe aujourd'hui par le développement de la formation."

Quels que soient les mérites d'une formation, elle ne constituera jamais à elle seule une assurance-emploi. Le qualificatif "véritable", qui demande que l'on croie à la réalité de cette assurance, ne change rien à cette réalité.

 

Moralité : lorsque MM. Chirac ou Raffarin s'expriment sur des sujets aussi importants que la lutte contre le chômage, il faut interpréter leurs déclarations à la lumière de ce qui est possible. On aurait aimé que les médias le précisent, pour que le public - notamment chaque chômeur qui souffre - ne nourrisse pas de faux espoirs.

 

Voir aussi : "Chômage : savoir et agir" http://www.danielmartin.eu/Cours/Lutte-Chomage.htm .

1.6.12.2                    Exemple des droits de l'Homme selon ATTAC

Voici un autre exemple de revendication de droits utopiques que les médias devraient dénoncer comme tels. Il est extrait du site Internet de ATTAC, qui publie dans sa page Internet [33] le texte suivant :

"Le nouveau Traité [de l'Union européenne] devra assurer le respect de la dignité de tout être humain, en améliorant la Charte des Droits fondamentaux (droit au logement, droit au travail, droit à un revenu minimum), ..."

Nous allons d'abord analyser ce texte, en comparant les droits demandés par ATTAC à ceux que prévoient la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne [34] qu'ils citent et la Constitution française [35], puis nous en tirerons les conséquences sur les propositions d'ATTAC et la nature profonde de cette association.

1.6.12.3                    Comparaison des droits demandés par ATTAC avec les textes officiels

Voici ce qu'on trouve sur ces droits dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne [34] à laquelle ATTAC fait référence :

 

Article 15 : Liberté professionnelle et droit de travailler

1. Toute personne a le droit de travailler et d'exercer une profession librement choisie ou acceptée.

2. Tout citoyen ou toute citoyenne de l'Union a la liberté de chercher un emploi, de travailler, de s'établir ou de fournir des services dans tout État membre.

3. …

 

Article 34 : Sécurité sociale et aide sociale

1. ...

2. ...

3. Afin de lutter contre l'exclusion sociale et la pauvreté, l'Union reconnaît et respecte le droit à une aide sociale et à une aide au logement destinées à assurer une existence digne à tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes, selon les modalités établies par le droit communautaire et les législations et pratiques nationales.

Droit au logement

On constate que l'Union européenne prévoit une aide au logement, pas la fourniture d'un logement comme le demande ATTAC : ce n'est pas la même chose.

Droit au travail

On constate aussi que l'Union européenne prévoit un "droit de travailler", c'est-à-dire d'exercer une activité que l'on s'est donné la peine de trouver, pas un "droit au travail" comme le voudrait ATTAC.

 

La Charte contient en plus l'article suivant :

 

Article 29 : Droit d'accès aux services de placement

Toute personne a le droit d'accéder à un service gratuit de placement.

 

Cet article prévoit une aide gratuite pour trouver du travail, mais toujours pas la fourniture automatique d'un emploi. Du reste, le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, cité dans la Constitution française de 1958  [35], contient notamment les précisions suivantes :

"Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi."

 

En France, chacun a donc le droit d'obtenir un travail après l'avoir cherché et demandé. Obtenir, pas recevoir : nul ne peut attendre de la société qu'un travail lui soit attribué sans effort de recherche et d'adaptation de sa part. Il est important de préciser ce point, car beaucoup de salariés croient, sous l'influence de certains politiciens, syndicats et journalistes, que l'Etat ou leur employeur leur doivent du travail, dans leur qualification, avec leur salaire actuel, près de leur domicile actuel. Il n'en est rien.

 

Comme la constitution affirme que "chacun a le devoir de travailler", chacun a donc le devoir de se donner du mal pour trouver un travail. Parfois, pour avoir un travail, se donner du mal impliquera se former ou déménager.

Droit à un revenu minimum

On constate, enfin, que la Charte ne prévoit aucun "droit à un revenu minimum" comme le voudrait ATTAC.

Remarques

§           La Convention européenne des Droits de l'Homme en vigueur [83] cite beaucoup de droits, mais aucun droit au logement, aucun droit au travail ou de travailler, aucun droit à un revenu minimum.

§           L'expression "droit au travail" utilisée par ATTAC est présente dans la version française de la Déclaration universelle des doits de l'homme de1948 de l'ONU [98], où on trouve dans l'article 23 :

"Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail…"

Mais cette version est simplement une traduction inexacte de la version anglaise :

"Everyone has the right to work, to free choice of employment…"

où il est question de droit de travailler, pas de droit au travail. En anglais, si on avait voulu dire "a le droit de recevoir un travail" on aurait écrit "is entitled to work".

1.6.12.4                    Conséquences sur les propositions d'ATTAC et sa nature

La société, que ce soit celle définie par la Charte européenne ou par la Constitution française, a une obligation de solidarité, consistant à :

§           aider les chômeurs à se former et à chercher du travail ;

§           aider financièrement les gens démunis à payer le logement qu'ils ont trouvé.

 

Aucun texte européen ou français n'oblige l'Etat à fournir un travail, un logement et un revenu à tous : que ceux qui se bercent d'illusions le sachent. Du reste, si de tels droits existaient, les chômeurs, les mal logés et les sans ressources pourraient faire un procès à l'Etat pour le forcer à respecter ces droits !

 

Les droits de chaque citoyen au travail, au logement et au revenu minimum que réclame ATTAC ne peuvent s'adresser qu'à l'Etat, car on ne voit pas comment un citoyen pourrait se tourner vers un particulier, une association ou une entreprise privée pour réclamer ce genre de dû.

 

ATTAC demande donc en fait que l'Union européenne modifie ses textes fondamentaux pour devenir une société où l'Etat est en mesure :

§           De fournir un travail à tout citoyen qui en demande, dans son métier et si possible dans sa région, car ce citoyen a droit à ce travail. Seul un Etat présent dans tous les secteurs d'activité et toutes les régions pourrait fournir un tel travail.

§           De fournir un logement à tout citoyen qui le lui demande, dans la région où il veut vivre. Seul un Etat disposant d'un énorme parc immobilier pourrait satisfaire ce droit.

§           De fournir un revenu minimum à tout citoyen. Seul un Etat disposant de beaucoup d'argent pourrait satisfaire ce droit.

 

On voit que l'Etat réclamé par ATTAC serait présent dans tous les domaines d'activité économiques. Les entreprises publiques d'un tel état seraient en concurrence avec les entreprises privées, si celles-ci existaient, ce qu'ATTAC ne dit pas. Une telle concurrence est une absurdité économique, vu la différence de puissance financière entre entreprises publiques et privées, la possibilité de l'Etat de faire les lois qui l'arrangent au détriment de ses concurrents privés, les relations client-fournisseur inégales qui existeraient entre entreprises publiques et privées.

 

On voit facilement qu'une économie ne peut pas, non plus, être entièrement basée sur des organisations d'économie solidaire, comme les coopératives, les associations et les mutuelles, parce que celles-ci refusent la productivité au profit des services rendus. Un constructeur d'automobiles ou d'avions, par exemple, ne peut avoir une forme juridique d'association, de coopérative ouvrière ou de mutuelle.

 

En fait, la seule forme d'économie compatible avec les désirs d'ATTAC est une économie collectiviste, où l'Etat est propriétaire des moyens de production et des logements, et tous les citoyens sont ses salariés. Cette préférence est explicitement énoncée par les altermondialistes du Forum Social Européen, qui adhère à la Charte des Principes du Forum Social Mondial [40] et dont ATTAC est le principal organisateur : ceux-ci veulent une économie basée sur la solidarité au lieu de la concurrence ; en voici des preuves extraites de leurs textes :

Charte des Principes du Forum Social Mondial [40] point 4 :
"4. Les alternatives proposées au Forum Social Mondial s'opposent à un processus de mondialisation capitaliste commandé par les grandes entreprises multinationales et les gouvernements et institutions internationales au service de leurs intérêts. Elles visent à faire prévaloir, comme nouvelle étape de l'histoire du monde, une mondialisation solidaire qui respecte les droits universels de l'homme..."

Dans Les 21 exigences d’ATTAC pour le «traité constitutionnel [de l'Union européenne]» [41] :
La 1ère est : "La solidarité doit être une valeur et une norme de l’Union [au lieu de l'économie concurrentielle]."
La 3ème est : "Le libre-échange ne répond pas au bien commun et ne saurait être un principe de l’Union [européenne]."

 

Le type de société collectiviste voulu par ATTAC porte un nom : c'est une société communiste. Et, avec ses dizaines de milliers de membres, ATTAC est en fait un parti communiste qui n'avoue pas sa nature.

 

Il est intéressant de noter qu'ATTAC s'interdit d'utiliser cet adjectif, sans doute parce qu'il évoque des systèmes économiques qui ont tous échoué, tout en privant leurs peuples de liberté.

 

On peut aussi noter qu'ATTAC propose d'atteindre ce communisme sans révolution et sans violence, en faisant évoluer la société libérale actuelle, que l'association propose de modifier au niveau de ses textes fondamentaux. Malheureusement, comme l'a montré Karl Marx dans sa science du matérialisme historique [36], c'est impossible : seule une révolution peut renverser la société capitaliste. Et cette société faisant progresser le niveau de vie de sa population, contrairement à ce qu'avait prévu Marx et à ce qui s'est passé dans les pays communistes, les citoyens ne la renverseront pas pour aller vers le communisme. Aucune démocratie prospère comme la nôtre n'a jamais basculé dans le communisme, ni lors d'élections ni par une révolution.

1.6.12.5                    Une carence d'information qui fausse le jugement des électeurs

Ces propositions d'ATTAC sont donc utopiques et fallacieuses. Des millions de Français, qui ont voté pour LO, LCR, PT, Les Verts ou le PC, les croyant réalistes, il est indispensable en démocratie que la télévision (c'est-à-dire la première source d'information) expose les arguments contraires ci-dessus, pour que les téléspectateurs puissent y réfléchir et prennent position en toute connaissance de cause lors des scrutins.

 

Les gouvernements successifs ne faisant rien pour éduquer les citoyens en matière de politique et d'économie (enseignement scolaire, interviews, débats et exposés télévisés à l'initiative de politiciens) c'est aux médias qu'il appartient de le faire, et ils ne le font pas. Leur logique est :

§           Il vaut mieux conserver des spectateurs, des auditeurs et des lecteurs, en les divertissant. D'où, aux journaux télévisés du soir, dans des quotidiens comme Le Parisien [37] et des magazines comme Paris Match [38], un maximum de temps consacré aux faits divers générateurs d'émotion ("Le poids des mots, le choc des photos"), au détriment des informations de politique ou d'économie.

§           Lorsqu'on est obligé de parler de politique, il vaut mieux diffuser des informations conformes aux idées du public, même fausses, que de risquer de le choquer, donc de le perdre, en lui disant la vérité. (Hélas, trop de gens refusent d'entendre des arguments opposés à ce qu'ils croient a priori. Voir aussi à ce sujet le paragraphe "On n'écoute que ceux qui pensent comme nous").

 

Donc les médias empêchent un bon fonctionnement de la démocratie lorsqu'ils propagent ou laissent perdurer la désinformation sur des sujets politiques et économiques majeurs. Mal informés, les citoyens votent alors contre leur intérêt réel. Exemple : à cause de croyances comme les "droits" ci-dessus, beaucoup de gens votent contre l'Union européenne, et se dressent contre les engagements de la France, qui a signé des textes clairement libéraux (traités de l'Union européenne, accords OMC).

 

C'est aussi parce qu'il y a tant de salariés mal informés des réalités économiques que la CGT peut se permettre de lutter contre la privatisation d'EDF-GDF, pourtant incontournable parce qu'inscrite dans les textes de l'Union européenne... et conforme à l'intérêt des consommateurs.

 

Cette attitude des médias nuit aussi directement aux entreprises, notamment les multinationales, dont elle détourne certains clients et certains candidats à l'embauche. Elle fait le jeu des gauchistes, qui luttent contre notre société libérale sans pouvoir proposer de politique alternative crédible, c'est-à-dire non-utopique.

 

C'est parce que nos citoyens ne l'exigent pas que des efforts massifs de réforme de l'Etat, de formation de haut niveau ainsi que de recherche et développement, ne sont pas faits chez nous, et ils ne l'exigent pas parce qu'ils ne sont pas informés. Et ce n'est pas en manifestant plus tard contre des suppressions de postes qu'ils retrouveront un emploi, car alors il sera trop tard.

 

La France a de formidables atouts : construction d'avions, de trains, de navires, de centrales électriques, d'automobiles, agriculture puissante, tourisme, etc. Son plus grand handicap est l'effort insuffisant de compétitivité et de recherche, dû au manque de prévoyance de ses citoyens, qui ne préparent pas assez l'avenir parce qu'ils ne le voient pas arriver. Et ils ne le voient pas arriver parce qu'on ne les en informe pas.

1.6.13        Autoroute et société de l'information

(Les lecteurs qui connaissent bien Internet peuvent sauter directement au paragraphe Impact sur notre société.)

 

Depuis le milieu des années 1995 un certain nombre d'enthousiastes nous promettent, grâce à la disponibilité d'«autoroutes de l'information», l'émergence d'une «société de l'information». Voyons de quoi il s'agit et ce qu'on peut attendre de ce média pour la démocratie.

1.6.13.1                    Définition : autoroute de l'information ou réseau Internet

Le développement des techniques de communication numérique basées sur des ordinateurs connectés en réseau a rendu possible la création d'une infrastructure mondiale de stockage et de diffusion des informations et des messages. Cette infrastructure mondiale, baptisée «Autoroute de l'information» ou «Internet», comprend des millions d'ordinateurs reliés entre eux et offrant les services suivants :

§           Stockage des informations dans des ordinateurs appelés serveurs :

·            Bibliothèques entières : des millions d'ouvrages littéraires, artistiques, scientifiques, techniques, etc. sont aujourd'hui stockés et accessibles de manière gratuite ou payante.

·            Musique, vidéos, photos en tous genres.

§           Accès à ces informations depuis n'importe quel ordinateur (PC, assistant, téléphone évolué) relié à un réseau téléphonique (ou parfois à un réseau câblé de télévision ou à un réseau hertzien) où que ce soit dans le monde. Cet accès comprend de puissantes possibilités de recherche des informations par nature, mots clés, date, auteur, etc.

§           Transmission instantanée et gratuite de messages d'une personne à une autre ou à de nombreuses autres. Ces messages, le plus souvent textuels, peuvent aussi contenir des sons, des photos, des vidéos. La longueur du texte transmis peut varier d'un mot à des milliers de pages. De plus en plus, Internet est aussi utilisé, en concurrence avec les satellites et les réseaux filaires, pour transmettre la voix (exactement comme un téléphone, mais à peu près gratuitement) ou la vidéo (télévision à la demande).

1.6.13.2                    Caractéristiques essentielles

Les caractéristiques essentielles de ces services sont analogues à celles du réseau téléphonique :

§           Compatibilité mondiale : n'importe quel téléphone, quelques soient sa date de construction et sa localisation, permet de parler avec n'importe quel autre, quelque soit son type et où qu'il se trouve. De même, les données stockées dans un serveur quelconque peuvent être retrouvées, transmises, recopiées et visualisées par n'importe quel ordinateur accédant au réseau. Son utilisateur doit simplement comprendre la langue du texte ou de la vidéo qu'il reçoit.

§           Disponibilité permanente, à n'importe quelle heure de n'importe quel jour.

§           Prix dérisoire du stockage et de l'accès. C'est ainsi qu'en France, un coût forfaitaire, communications téléphoniques incluses, de l'ordre de 1€ par jour, permet d'accéder à autant de données qu'on veut et d'envoyer et recevoir autant de messages qu'on veut. Bien sûr, ce coût n'est pas dérisoire dans des pays où les gens vivent avec un ou deux euros par jour et ne peuvent donc même pas acheter un PC ou disposer de l'électricité et du téléphone : l'infériorité de leurs possibilités d'accès à Internet par rapport à nous est appelée «fracture numérique».

1.6.13.3                    Impact sur notre vie quotidienne

Voici des exemples d'activités impactées par Internet :

§           Commerce électronique, services bancaires, assurances ;

§           Démarches administratives, textes législatifs et réglementaires (portail d'accès : http://www.service-public.fr/) ;

§           Télétravail permanent ou occasionnel, télémédecine pour accéder à de la compétence depuis des lieux reculés (exemple : télédiagnostic d'électrocardiogrammes depuis l'Inde), commande à distance de processus industriels, téléaffichage ou télécollecte de données ;

§           Messagerie par texte, son ou vidéo, mais hélas, le publipostage non sollicité (spamming) se développe ;

§           Forums de discussion par tableau d'affichage ("news", qui couvrent des dizaines de milliers de sujets) ;

§           Téléchargement de musique, vidéos et jeux, mais hélas, il y a aussi la pornographie ;

§           Renseignements culturels et touristiques, réservation et commande de billets ;

§           Presse en ligne, avec ses archives ;

§           Bibliothèques scientifiques, techniques, économiques, sociales et littéraires, rapports et statistiques, cours...

§           Accélération, simplification et quasi-annulation du coût de l'accès aux informations, de la communication par messages par rapport à la poste, de la publication des informations et opinions.

1.6.13.4                    Impact sur notre société

Internet est un formidable vecteur d'intégration des personnes entre elles et des sociétés humaines entre elles. Le réseau abolit les distances et met les mêmes informations à la disposition de tous. Il permet à une petite entreprise présente sur le réseau avec un excellent produit de le diffuser rapidement dans tout le monde, sans avoir besoin de créer un réseau commercial traditionnel avec agences locales. Il permet à un parti politique de mettre ses idées et propositions à la disposition de tous ses électeurs pour un coût insignifiant, et de les tenir à jour. Il permet même à un citoyen isolé de publier ses opinions politiques sur son site personnel.

 

Et il permet de publier instantanément, c'est-à-dire bien plus vite après un événement qu'un journal ou même la télévision : comme cette dernière, il permet le temps réel, par exemple avec une caméra Webcam diffusant instantanément ce qu'elle voit.

 

Voici quelques impacts de ce réseau sur notre société :

§           Il est pratiquement impossible d'empêcher l'accès aux informations et la communication par messages, sauf à refuser l'accès à Internet, ce que font certains régimes tyranniques. D'où la dénonciation facile du mensonge politique gouvernemental et le recul de la dissimulation d'informations et de la censure.

N'importe qui peut publier ce qu'il veut. N'importe qui peut s'adresser par message à n'importe qui, au risque de rester sans réponse si sa question est embarrassante ou son interlocuteur débordé ou impoli (très fréquent en France avec la classe politique, alors qu'aux USA lorsqu'on écrit poliment à son député ou sénateur on a toujours une réponse). D'où disponibilité, rapidité et pluralité des informations, donc formidable progrès de la démocratie. Internet est, avec le téléphone, un puissant rempart contre la tyrannie.

§           Il est difficile d'empêcher la diffusion de publicités émanant de lobbyistes ou d'entreprises, de fausses nouvelles, de statistiques incontrôlées, de textes et images immoraux ou incitant à la haine. On trouve aussi très fréquemment, sur Internet comme dans la presse écrite et l'audiovisuel, des affirmations émanant de journalistes qui manquent de rigueur : informations déformées faute de vérification, procès d'intention, exagérations, amalgames, erreurs de jugement, etc. Chaque lecteur ou auditeur doit donc savoir filtrer ce qu'il reçoit et juger de sa pertinence. Et si celui qui publie ou envoie des informations veut être cru, il doit en justifier la véracité en fournissant des références incontestables.

Cette règle entre en conflit avec la règle de dissimulation des sources pratiquée trop souvent par des journalistes. Un journaliste qui révèle le nom de celui qui lui a fourni une information peut nuire à son informateur, qui peut par la suite nier l'information ou refuser d'en fournir d'autres. Hélas, certains journalistes abusent de cette règle pour affirmer sans preuve des choses qui s'avèrent plus tard être fausses. Ils ont trop l'habitude de demander qu'on les croie sur parole, alors que nous avons vu à quel point ils désinforment parfois leur public. Quel que soit le média, celui qui reçoit une information, qu'elle provienne ou non d'un journaliste, doit donc avoir un esprit critique et s'interroger sur sa vraisemblance, si elle est importante ou étonnante.

Le réseau Internet est donc à la fois un soutien de la démocratie et un danger pour elle, par la désinformation qu'il peut propager et par l'absence de recul de certaines informations, publiées avant d'avoir pris le temps de la vérification et de la synthèse.

On doit donc conseiller, aux internautes qui cherchent des informations fiables en matière de politique ou d'économie, de privilégier :

·            Les sites qui ont une réputation de qualité de l'information à défendre, comme ceux des journaux de référence : Le Monde, Le Figaro, The New York Times, The Washington Post. Ces sites font l'objet d'efforts réels de ces journaux ; exemple cité par [92] page 73 : la version électronique de USA Today disposait en 1998 d'un effectif de 100 personnes, dont deux tiers de journalistes, pour 6 millions de pages vues par jour.

·            Les sites d'opinion ou d'information qui justifient celles-ci en donnant leurs références et en adoptant des prises de position équilibrées, conformes aux critères de qualité de l'information.

§           Internet permettra peut-être un jour la démocratie électronique, c'est-à-dire la consultation des citoyens sur des sujets en cours de débat. Par Internet, un citoyen pourrait exprimer son avis ou même voter depuis chez lui ou n'importe quel point du globe, à n'importe quelle heure ; cela permettrait de le consulter fréquemment. Mais cette démocratie électronique pose d'énormes problèmes de sécurité : les éditoriaux The Perils of Online Voting et Democracy at Risk publiés par The New York Times le 23/01/2004, mettent en évidence des risques de divulgation du choix d'un citoyen, de modification de ce choix par un pirate, de votes multiples, de résultats d'ensemble modifiés et de problèmes dus aux machines à voter : votes perdus, erreurs, fraudes, etc.

En évitant à certaines décisions de transiter par les élus, la démocratie électronique remotiverait les citoyens que la démocratie indirecte avait démotivés. Elle permettrait de réduire le coût des consultations politiques, mais poserait le problème des pressions de l'entourage et supposerait que les citoyens se tiennent au courant des problèmes de la cité.

Des sites Internet ont été créés par le gouvernement français pour collecter les doléances ou les revendications de la population ou pour débattre de projets publics (http://www.debatpublic.fr/).

§           Grâce à Internet, un analyste politique comme moi trouve très souvent les informations dont il a besoin, sans sortir de chez lui et sans perdre de temps : rapports officiels des gouvernements, des Nations unies ou d'organismes indépendants, statistiques économiques et sociales, textes législatifs, ouvrages publiés gratis, cours publiés par des universités, description de produits et de technologies, etc. La moitié des informations de cet ouvrage ont été trouvées sur Internet, où n'importe qui peut les consulter.

Exemples de sites Internet offrant une mine d'idées et d'informations sur la déontologie et les pratiques contestables des médias : [6], [93], [95], [103], [104], [105] et [106]. Le site [107] explicite les règles de communication du gouvernement des Etats-Unis, dont la France devrait s'inspirer.

§           Internet profite énormément aux pays en développement comme la Chine et l'Inde. Le nombre d'internautes y croît très vite, et avec lui la dissémination des connaissances et de la vérité politique. Tous les Français savent bien que ces pays à main d'œuvre abondante et bon marché deviennent rapidement les usines du monde, en raflant des millions d'emplois industriels dans des activités comme le textile, l'électroménager et l'électronique grand public.

Ces délocalisations constituent un phénomène inévitable, parce que le commerce mondial est libre et qu'il crée une concurrence entre des régions auparavant trop éloignées et trop séparées par des barrières douanières pour être en compétition économique. Mais l'impact sur les divers secteurs d'activité économique n'est pas nécessairement celui auquel on s'attend : voir la section Médias et mondialisation.

Composante importante de la mondialisation, Internet impacte donc notre société par des phénomènes de délocalisation et d'intégration économique. La concurrence des pays à main d'œuvre moins chère conduira nécessairement, chez nous, à des réactions de nos travailleurs. Ces réactions, de plus en plus vives au fur et à mesure que l'intégration économique et les échanges se développeront, seront exploitées par des syndicats et des politiciens pour tenter d'obliger le gouvernement à prendre des mesures protectionnistes. De telles mesures seraient sans lendemain, parce que leur logique de fermeture des frontières produirait encore plus de chômage et des prix plus élevés pour nos consommateurs. C'est pourquoi, nos partenaires de l'Union européenne les refuseraient et nous obligeraient à nous aligner.

La seule solution est de réagir en nous adaptant, en produisant de nouveaux articles et services que les pays qui fabriquent désormais pour nous veulent acheter. Cela demande une évolution importante de notre enseignement, de notre recherche, de nos investissements, de nos modes de travail, bref de toute notre société.

Une telle évolution représente des efforts importants et prolongés, que nos concitoyens n'accepteront que s'ils en ont compris l'importance et l'urgence. Comme dans notre société démocratique le gouvernement ne peut imposer une telle évolution, il doit informer ses citoyens jusqu'à l'obtention de leur assentiment, jusqu'à ce que les tenants de l'immobilisme en général, et les syndicats conservateurs en particulier, aient compris que l'adaptation est la seule solution d'avenir. Elle consiste à ce que chaque pays, chaque entreprise se spécialise dans les produits et les services où il (ou elle) excelle, vende ces produits et services aux autres, et leur achète ce qu'ils (ou elles) produisent mieux que lui (ou elle). C'est le progrès de la spécialisation et des échanges qui permet la croissance de la productivité, donc de la masse des biens et services disponibles pour les consommateurs, c'est-à-dire l'élévation du niveau de vie général, dans les pays riches comme dans les pays pauvres.

§           Menaces pour la sécurité : virus de PC et serveurs, attaques terroristes de serveurs de banques, de multinationales, de commerce en ligne, d'administrations, viol de secrets, fraudes à la carte bancaire...

1.6.13.5                    Désinformation par Internet

Voici un exemple de lobbying qui désinforme, et que les médias, au premier rang desquels des sites Internet d'opinions opposées, devraient dénoncer.

 

Dans l'article [2], dont je reprends ici des extraits, ATTAC écrit :

«[De 1993 à 2002] à la poste en Suède les tarifs ont augmenté de 70%, 25% des bureaux ont été fermés. Un quart des emplois ont été supprimés.»

(Le 05/02/2004, M. Olivier Besancenot, interviewé par Yves Calvi dans le journal "Europe midi" à propos de la grève des postiers, a aussi cité ces mêmes chiffres pour prouver que la privatisation de la poste est catastrophique.)

 

Le prix du timbre est l'argument le plus souvent avancé pour montrer le «danger du libéralisme dans les services publics». En réalité, il n'existe aucune relation de cause à effet entre la hausse du prix du timbre et la fin du monopole de la poste suédoise. Le prix du timbre a été majoré d'abord parce que l'Etat a décidé d'augmenter son taux de TVA de 12% à 25% en 2003. En outre, si on tient compte de l'augmentation du Konsumentprisindex, l'indice du prix à la consommation suédois, la hausse réelle du prix des services postaux sur 10 ans est de 7% selon [143] ; elle correspond au report sur les clients des pertes de 111 millions d'euros par an de la poste suédoise, pertes supportées auparavant par le budget de l'Etat. II s'agit donc de l'effet d'une décision politique de vérité consistant à reporter sur les clients de la poste des dépenses supportées auparavant par les contribuables. La hausse de 70% que dénonce ATTAC en l'attribuant à la libéralisation est donc imaginaire.

 

Quant aux 25% de bureaux de poste fermés, ils correspondent en réalité à un transfert de leur activité à des supérettes, des stations-service et des bureaux de tabac. En 1993, avant la libéralisation de la poste suédoise, il y avait 1800 bureaux de poste et, en moyenne, chaque Suédois se rendait dans un tel bureau 1,8 fois par an. En 2003, après la libéralisation, il y a 4200 points de service postal, dans des locaux commerciaux où les Suédois se rendent en moyenne 1,6 fois par semaine. Les heures d'ouverture de ces locaux sont bien plus nombreuses que celles des postes, leur proximité est meilleure et les gens peuvent s'y rendre pour faire en même temps autre chose. Contrairement à ce que ATTAC laisse entendre, la suppression de 25% des bureaux de poste correspond à un accroissement du nombre de points de service postal, de leur proximité et de leurs heures d'ouverture.

 

L'efficacité de la poste suédoise est un autre argument avancé [par les opposants au libéralisme] pour faire de l'expérience suédoise un modèle à ne pas suivre. Pourtant, les chiffres sont clairs. Une récente étude, réalisée par IBM Business Consulting Services à la demande de Posten AB, montre que 96,2% des courriers envoyés en Suède arrivent au destinataire dans les 24 heures (à comparer avec les 91,7% pour la Grande-Bretagne, les 93,6% pour le Danemark et les 75% de la France) dans ce pays dont la longueur équivaut à la distance de Copenhague à Rome. Ce chiffre était de 95% en 1993, lorsque la poste suédoise n'était pas soumise à la concurrence. L'argument de baisse de qualité du service public postal dénoncé implicitement par ATTAC est donc l'exact contraire de la vérité.

 

Enfin, en laissant entendre que la privatisation de la poste suédoise, qui a supprimé des emplois publics, a aussi généré du chômage, M. Besancenot et ATTAC se trompent encore. Les employés licenciés qui n'ont pas choisi de prendre leur retraite ont reçu des propositions d'emploi, la Suède ayant mis en place un système efficace d'aide au reclassement où chaque demandeur d'emploi est pris en charge et aidé individuellement. En matière de chômage, la Suède peut donner des leçons à la France, avec (d'après *), un taux de 5,5% en Suède contre 9,5% en France en septembre 2003.

Conclusions

§           ATTAC désinforme en interprétant des chiffres exacts de manière fallacieuse.

§           Plus généralement, Internet est un média dangereux, où les risques de désinformation sont considérables. N'importe qui peut y publier n'importe quoi, sans contrôle ni sanction, particulièrement s'il s'arrange pour le publier à partir d'un serveur situé dans un pays étranger.

L'internaute doit donc accéder aux informations Internet avec beaucoup de vigilance et de sens critique.

1.6.13.6                    L'antagonisme digital

Les sites Internet de ATTAC sont un cas particulier civilisé de «l'activisme digital» qui sévit sur Internet, dans un contexte d'antiaméricanisme et d'antilibéralisme. Voici des extraits qu'on lit dans [96] page 419 :

"L'information et le savoir, devenus marchandises et enjeux de puissance (exemple : les découvertes sur le génome) revêtent aujourd'hui l'importance stratégique qu'avait hier l'industrie."

"D'où l'espoir placé par des "hacktivistes" (contraction de «hacker» et d'«activiste») dans la capacité de transformer le «moyen de production immatérielle» qu'est Internet en espace de subversion libéré de l'emprise étatique. D'où les pratiques de désobéissance civile électronique par ces «communautés virtuelles» sur Internet : occupation et blocus de sites, mise en circulation gratuite de logiciels non-gratuits, diffusion de «contre-expertise», antagonisme digital."

Par suite du terrorisme qui sévit actuellement dans le monde, des millions de fraudes (carte bancaire, etc.), de l'obligation des fournisseurs d'accès à Internet de révéler des contenus de messages à la demande des autorités et de bloquer certaines communications, certains considèrent ces mesures défensives comme d'intolérables attaques contre la liberté. Ils diffusent donc des logiciels de piratage (exemples : génération de numéros de carte de crédit utilisables, déplombage de la protection anti-copie des CD et DVD, téléchargement gratuit de musique, etc.) D'autres diffusent des procédés de réalisation artisanale de bombes et de poisons.

 

Les autres médias devraient prévenir régulièrement les internautes de la vigilance nécessaire face au mépris des lois, à la désinformation et à la subversion politiques qui fleurissent sur Internet.

1.6.14        Les filtres de l'auditoire

Les médias ne sont pas seuls responsables de l'ignorance du public en matière de politique et d'économie. Voici des exemples d'informations que le public boude ou refuse.

1.6.14.1                    On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif

Malheureusement, la plupart des gens ne s'intéressent pas assez à la politique ou à l'économie pour prendre le temps de s'informer, en recherchant des informations sur Internet ou dans des textes imprimés. Ils n'utilisent même pas des possibilités comme l'abonnement gratuit à la version Internet de certains journaux. Abonné au New York Times, je reçois chaque jour un message contenant les titres de ses principaux articles et éditoriaux, dont je peux obtenir gratis le texte intégral d'un simple clic de souris ; je bénéficie ainsi de points de vue américains sur les événements, rédigés par des journalistes dont j'apprécie la rigueur et l'intelligence comme des millions de lecteurs de ce grand quotidien.

1.6.14.2                    On n'écoute que ceux qui pensent comme nous

Autre problème : la plupart des gens ne veulent recevoir que les informations qui confortent le point de vue qu'ils ont déjà. Avant des élections, ils n'écoutent que les candidats qu'ils soutiennent. A la télévision, ils ne suivent que les interviews de politiciens qu'ils approuvent. Dans un journal, ils ne lisent que les textes qui expriment une opinion voisine de la leur. En résumé, il est rare que les médias soient à l'origine de changements d'opinion chez un électeur donné. J'exagère à peine, car presque personne n'est prêt à prendre du temps pour recevoir des informations qui pourraient l'amener à changer d'avis !

 

Les idées toutes faites sont la première source de votes absurdes, le premier ennemi de la démocratie. Elles traduisent une attitude très répandue de refus d'écouter les autres et de chercher à les comprendre, quand ce n'est pas une franche hostilité lorsqu'il s'agit de politiciens d'une autre opinion. Pourtant, comment être sûr d'avoir raison si on n'a pas écouté d'autres points de vue, d'autres arguments ? Les idées des autres sont souvent un complément utile à celles que l'on a déjà, quand elles ne s'avèrent pas, après réflexion, meilleures.

 

Non seulement les gens filtrent les informations d'après leur nature, ils la filtrent aussi selon leur émetteur et l'émotion qu'elles inspirent. On a tendance à ne pas lire ou écouter les gens qu'on déteste et à se désintéresser des problèmes frustrants sur lesquels on n'a pas prise. Peu cohérents, les auditeurs et lecteurs réclament la vérité, tout en refusant les informations qui choquent leurs convictions, celles qui viennent de sources qu'ils n'aiment pas et celles qui génèrent une émotion désagréable !

1.6.14.3                    Quand et comment les médias influencent-ils les électeurs ?

Cela se produit d'abord lorsqu'ils font prendre conscience aux électeurs de l'importance de problèmes dont ceux-ci ne soupçonnaient pas, ou seulement vaguement, la gravité. C'est ce qui s'est passé à l'occasion des élections françaises de 2002 avec deux sujets : le chômage et l'insécurité. Sur chacun de ces sujets, la plupart des journaux télévisés ou imprimés ont diffusé de nombreux messages inquiétants pendant l'année qui a précédé les scrutins. Chaque auditeur ou lecteur a ainsi reçu plusieurs centaines de fois un tel message. Ce véritable matraquage a fini par persuader beaucoup d'électeurs que la Gauche au pouvoir avait été incapable de faire reculer le chômage et l'insécurité, donc qu'il ne fallait pas voter pour elle en 2002.

 

Cela se produit ensuite lorsqu'un certain nombre d'émissions de télévision, en principe destinées à divertir, font en réalité passer un message à forte signification politique. Les téléspectateurs suivent de telles émissions sans trop d'esprit critique, puisqu'elles présentent des situations imaginaires, des fictions. C'est ainsi que lorsque de nombreuses émissions présentent de manière négative des entreprises et la société libérale, et les salariés ou citoyens comme des victimes de multinationales, une certaine culture antilibérale finit par s'imposer aux téléspectateurs, qui ne reçoivent jamais de message positif sur ces sujets. De plus en plus de gens s'identifient alors aux héros courageux victimes des abus de cette "société du fric" ; ils se persuadent de son caractère intrinsèquement maléfique et inhumain, et du fait que, dans une telle société, tricher ou voler est un moyen normal de défense des victimes.

 

Notons que les gens ainsi influençables sont plutôt introvertis, les caractères extravertis, bien dans leur peau et habitués à penser par eux-mêmes, étant beaucoup moins influençables.

 

Ces mauvaises influences des médias peuvent être atténuées chez les individus fortement intégrés à un groupe qui les influence. Exemples :

§           Une famille d'origine "très catholique et bien pensante" permet souvent à ses membres de refuser les messages des médias qui vont à l'encontre de ses valeurs.

§           Un membre d'une cellule de parti refusera d'adhérer aux conclusions que lui suggèrent les médias, quand celles-ci contredisent la ligne du parti.

§           Un salarié dans un service d'une entreprise où règne un fort esprit de solidarité, affichera souvent des opinions semblables à celles des autres personnes du service.

 

Mais hélas, de nos jours un individu est souvent isolé. Les familles, par exemple, sont de plus en plus déstructurées et leur influence de plus en plus faible, particulièrement sur les jeunes. Ne disposant pas d'un système de valeurs solide, ceux-ci sont alors très influençables. Ils le sont d'autant plus que beaucoup d'entre eux, issus ou non de l'immigration, ne lisent jamais et disposent d'un vocabulaire insignifiant, de l'ordre de quelques centaines de mots, c'est-à-dire moins qu'un chimpanzé bonobo, qui peut en apprendre jusqu'à mille ! Un vocabulaire réduit implique un nombre de concepts minime, donc l'impossibilité de comprendre ce qui se passe, notamment pour s'y adapter ou s'en protéger.

 

Un jeune qui est dans ce cas est particulièrement sensible aux images de la télévision, qui constituent pour lui une source importante de repères. Comme ces images comprennent une forte dose de violence et de réactions agressives des héros, et que les jeunes à vocabulaire réduit ne savent pas exprimer par des mots ce qu'ils ressentent, ils recourent facilement à la violence. Ils sont alors incapables de s'intégrer dans notre société, car ils ne comprennent pas bien leur entourage et ne peuvent communiquer avec lui. Inutile de préciser que la démocratie n'a pas de sens pour eux, puisque si ils votent ils le font sans saisir les enjeux, et en se basant uniquement sur des concepts très simples : sentiment d'être méprisé et rejeté, répression, argent reçu sous forme d'allocations, communautarisme, etc.

1.6.14.3.1           L'attente du public

§           Passif, le public attend des radios, télévisions, journaux et magazines que ces médias l'informent de tout ce qu'il doit savoir et choisissent à sa place les événements, les faits et les connaissances, ainsi que la manière de les lui présenter (ludique, débat, etc.). D'où le succès de France Info.

§           Actif, un internaute cherche sur Internet des renseignements comme :

·            Quels textes de loi traitent de tel sujet ? Exemple : [44]

·            Trouver un rapport officiel, un discours. Exemple : La documentation française [43]

·            Atlas mondial, Atlas géographique, Atlas des pays du monde, Atlas économique. Statistiques géographiques sur les pays du monde : [45http://www.centraledesnations.com/

 

Dans tous les cas, le public veut une information politique ou économique de qualité. Nous allons voir maintenant ce que ce mot signifie.

1.7                 Qualité des informations politiques et économiques

Dans une démocratie, pour que le vote des citoyens ait le maximum de valeur, ceux-ci doivent être bien informés de la situation économique et des contraintes politiques. Pour que les choix qu'exprime un vote reflètent des aspirations réalistes et des critiques fondées, les citoyens doivent être bien informés. Il appartient aux médias de diffuser cette information, avant chaque élection, mais aussi tout le long de l'année en suivant l'actualité. Il leur appartient aussi de développer la culture économique et politique des citoyens, en diffusant (à doses homéopathiques pour ne pas lasser) les connaissances de base nécessaires dans ces domaines.

 

Voir aussi le point de vue officiel de La Documentation française sur les médias et la démocratie [119].

 

Pour preuve qu'il est facile d'expliquer les bases de l'économie, sans lasser les lecteurs, il suffit de considérer les livres [91] et [125], dont chaque chapitre pourrait parfaitement être diffusé à la télévision en dix minutes. Pourquoi aucune chaîne ne programme-t-elle jamais une telle émission, alors que celles du service public (au moins) ont une obligation culturelle dans leur cahier des charges ?

 

Nous allons définir les qualités suivantes d'informations diffusées, communes à tous les médias : intérêt, respect du sujet, véracité, objectivité, complétude, indépendance, impartialité, fraîcheur, synthèse, qualité rédactionnelle, éthique. Il s'agit de qualités au sens du public cible, c'est-à-dire de respect de son droit à l'information.

1.7.1             Intérêt

La diffusion d'une information sans intérêt est une perte de temps qui peut même, à la limite, énerver le public cible. Pour un journaliste aussi, certaines informations sont plus intéressantes à diffuser que d'autres : nous avons vu précédemment les critères d'intérêt de l'information.

1.7.2             Respect du sujet

Dans un article ou un discours d'information, il faut éviter toute partie, phrase ou qualificatif hors du sujet, parce que :

§           Cela distrait le lecteur ou l'auditeur et risque de lui faire perdre le fil des idées. La présence de mots superflus fait perdre de la force aux mots qui comptent, et rend leur compréhension plus difficile.

§           Cela fait perdre leur temps aux destinataires du message.

§           Cela ennuie beaucoup de ces destinataires, qui risquent de "zapper".

 

Un message d'information doit donc être concis, contrairement à un texte littéraire ou poétique, où l'auteur peut vouloir un effet artistique. Pour chaque partie ou phrase d'un message à diffuser, son auteur devrait se poser la question : apporte-t-elle une information intéressante à sa cible, justifie-t-elle le temps qu'elle passera à en prendre connaissance ?

 

Avec un peu d'habitude, on apprend à distinguer dans des textes ou des discours une pensée claire d'une pensée "spaghetti". Une pensée claire est concise, structurée et va droit au but ; les détails de l'argumentation explicitent et illustrent celle-ci. Une pensée "spaghetti" est pleine de méandres difficiles à suivre et de digressions ; il faut s'en méfier, car on la rencontre souvent chez des personnes qui manquent de rigueur, au point de penser faux à l'occasion.

 

Lors d'élections, on peut conseiller aux journalistes les règles suivantes de respect du sujet :

§           Lorsqu'il s'agit d'un candidat (personne ou parti) le sujet est ce que ce candidat propose et les preuves qu'il a déjà données de sa valeur. Ce n'est pas la couleur du costume qu'il porte, la profession de son conjoint ou l'endroit où il a passé ses vacances.

§           Chacune de ses propositions doit être analysée, notamment sur le plan de la faisabilité, et son impact doit être évalué (à qui elle profiterait, à qui elle coûterait et de quelle manière). Par contre, les intentions supposées du candidat sont hors sujet, car elles mènent trop souvent au procès d'intention.

§           Les anecdotes censées révéler la personnalité d'un candidat sont en général hors sujet, car elles n'en révèlent que certains aspects, notamment ceux choisis par ses adversaires ou son directeur de la communication ; elles risquent alors de biaiser le jugement (voir ci-dessous la publicité cachée et les critères d'objectivité, complétude et impartialité).

1.7.3             Véracité

Il est évident qu'une information diffusée doit être véridique. C'est évident, mais hélas pas toujours le cas. Voici une mésaventure qui m'est arrivée.

 

Lorsque je travaillais comme conseil en informatique, j'avais fait beaucoup de conférences et publié beaucoup d'articles ; j'étais donc connu et souvent interviewé. L'une de ces interviews était faite par un journaliste professionnel de C..., une société qui réalisait des films télévisés destinées à de la formation à l'informatique en entreprise.

 

Pendant l'interview, le journaliste m'a posé une question simple concernant la base de données d'IBM, DL/1. Ma réponse l'a surpris, parce qu'elle contredisait ce qu'il croyait savoir. Je lui ai donc expliqué la vérité technique, tranquillement, micro fermé, pour qu'il comprenne. Mais il avait l'esprit rigide et refusait d'admettre des faits pourtant bien établis. Il m'a demandé de reformuler ma réponse, pour l'interview, dans le sens de ses convictions personnelles. J'ai refusé, en expliquant que je ne pouvais pas lui faire plaisir en mentant. L'interview s'est donc poursuivie sans que j'aie changé ma réponse.

 

Quelques semaines après, un informaticien d'une entreprise où mon interview a été projetée, m'a appelé. Il m'a dit que j'avais dit une bêtise concernant DL/1. J'ai demandé à voir le film et me suis entendu proférer l'ineptie demandée par le journaliste. Celui-ci avait doublé ma voix...

 

Fausser des déclarations à l'insu d'une personne interviewée est puni par la loi. Mon préjudice était réel, dans la mesure où j'étais connu et avais une réputation professionnelle solide. J'aurais donc pu faire un procès. J'ai préféré ne pas le faire, mais j'ai appelé le journaliste, je l'ai traité de malhonnête et lui ai annoncé que je ne lui donnerais plus jamais d'interview ou d'article.

 

Il est rare qu'un journaliste triche délibérément avec la vérité, mais cela peut arriver. Il est plus fréquent qu'un journaliste reçoive des informations fausses, incomplètes ou biaisées par de la publicité commerciale ou politique ; l'éthique journalistique l'oblige alors à les vérifier.

1.7.3.1                        Preuves de véracité

Pour être cru, il faut jouir d'une réputation en béton ou fournir des preuves. Un journaliste doit donc prouver les faits qu'il avance, pour que son public puisse les vérifier en cas de doute. C'est ce que je fais en donnant mes sources à la fin de ce livre.

 

A part certaines informations provenant de sources qui exigent la discrétion, donc que le journaliste protège, le seul problème posé par la fourniture des sources est la place : place limitée dans un journal ou temps limité d'une émission. Je suggère donc que les journalistes soucieux de fournir les sources de leurs affirmations le fassent sur Internet, où la quasi-totalité des médias possèdent aujourd'hui leur site. Cela leur demandera du temps, sans doute, mais en fournissant à chaque fois le moyen de vérifier leurs informations, ils seront obligés d'être rigoureux, ce qui sera un gros progrès pour certains.

1.7.3.2                        Pas de publicité cachée

Il y a dans un média deux sortes de publicité, celle qu'on lui achète et celle qu'il fait gratis. Dans les deux cas, le public (lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs) doit être clairement averti. Dans certains cas, la publicité est interdite : c'est ainsi que la loi Léotard [63] stipule dans son article 14 :

"Les émissions publicitaires à caractère politique sont interdites"

et cette interdiction est reprise dans le cahier des charges des télévisions publiques.

 

Exemples de publicités non annoncées :

§           Diverses émissions de télévision (journal, débat, etc.) font intervenir un expert extérieur à propos d'un sujet politique. Le présentateur ou l'intervenant en profitent pour faire la publicité du dernier livre de celui-ci, qui en plus fait souvent la publicité pour sa société de lobbying, ou les idées du parti politique pour qui elle travaille à ce moment-là.

§           A la fin d'un journal télévisé, le présentateur interviewe un acteur à propos d'un film de celui-ci qui vient de sortir. Cette interview est, en fait, un moyen de faire la publicité de ce film.

 

Plus généralement et comme le signale [92], les services de publicité des entreprises ou des partis utilisent, pour attirer l'attention des journalistes, la technique de «l'événement pour médias» : ils annoncent un événement, qui a donc le caractère de nouveauté intéressant pour un journaliste, alors qu'en réalité il n'y a rien de nouveau. Par exemple, cet événement reprend ce jour-là, avec un titre et des qualificatifs nouveaux, une ancienne annonce, pour un produit déjà sur le marché, ou une promesse politique déjà faite mais pas encore tenue.

 

De nombreuses sociétés ressortent périodiquement d'anciens produits sous un nouveau nom ou avec un nouvel emballage. Des membres du gouvernement annoncent la croissance d'un budget pour un domaine particulier, présenté comme une priorité nationale, pour que les médias en parlent ; puis, même si le budget est voté, le ministère du budget en annule ou gèle des crédits pour faire des économies, mais sans le dire. Le budget finalement disponible est en réalité diminué, malgré l'annonce. C'est ce qui est arrivé en 2002-2003 à la recherche française.

 

Les directions des communications des entreprises ou des partis politiques sont si habiles que, dans de nombreux cas, l'information qui parvient aux journalistes est orientée pour engendrer un effet promotionnel, comme l'explique parfaitement [92]. Les journalistes eux-mêmes risquent d'être manipulés par ces habiles communicants. Il leur appartient donc de contrôler leurs sources et ce qu'ils diffusent pour en éliminer la publicité ou, au contraire, la rendre explicite lorsqu'on ne peut en éviter la présence.

1.7.4             Objectivité

Nous avons vu un exemple de manque d'objectivité des journalistes au paragraphe "Désinformation due à l'opinion politique des journalistes".

1.7.4.1                        Proportionnalité

Lorsqu'un événement est rare, comme un viol collectif, il faut le dire, pour ne pas laisser les téléspectateurs, les auditeurs ou les lecteurs généraliser et penser que c'est une réalité quotidienne et fréquente.

 

Lorsqu'un journaliste relate un événement ou un fait, il doit donc préciser son degré de généralité, pour éviter à son public de généraliser à tort : son compte-rendu doit être proportionné à l'importance relative de l'information ou contenir des informations permettant de situer cette importance relative : pourcentages, montants, effectifs, etc.

(Voir aussi Exemple de viol de cette règle)

1.7.4.2                        Rigueur

Plus généralement, le manque d'objectivité est lié à un manque de rigueur. Nous avons vu dans l'exemple "Désinformation due à l'opinion politique des journalistes" une désinformation due à l'opinion politique de certains journalistes. Le manque de rigueur se manifeste aussi dans les cas suivants :

§           Diffusion d'informations fausses, complètement ou partiellement, parce que le journaliste n'a pas pris le temps de les vérifier.

§           Les approximations ou amalgames, où le journaliste :

·            Déduit une synthèse erronée de faits insuffisamment approfondis ou détaillés. Exemple : "Désinformation par Internet".

·            Compare des faits qui ne sont pas comparables. Exemple : comparer les pourcentages de dépenses en infrastructure routière de deux pays aussi différents que Singapour (où le pays est en fait une ville) et de l'Australie (où le pays est un continent à peu près vide).

·            Fait des raisonnements incorrects. Exemple : citer la performance d'une entreprise en additionnant des résultats comptables certains et des projections aléatoires de résultats provenant du service marketing.

·            Extrapole à tort à partir d'un cas particulier...

 

Le manque de rigueur peut être dû à un manque d'honnêteté intellectuelle, mais c'est rare. On en trouvera un exemple dans la section "Désinformation par Internet".

 

Il est plus souvent dû à des journalistes qui n'ont jamais appris à être rigoureux, parce qu'on ne les a jamais sanctionnés pour leur manque de rigueur.

 

Il est aussi dû, hélas, à des journalistes qui pensent faux, comme ceux qui, dans la presse arabe, présentent le tyran assassin laïc Saddam Hussein comme un grand combattant pour la cause musulmane.

 

Enfin, si un journaliste a publié une information qui s'avère être une erreur, il doit rectifier celle-ci le plus tôt possible, en faisant en sorte que le public qui a reçu l'information erronée reçoive la rectification. Par exemple dans un journal, cela implique de publier la rectification au même endroit (page, colonne) que l'erreur.

1.7.4.3                        Modération

Des quotidiens comme Ouest France (qui, avec un tirage d'environ 800.000 exemplaires, est le quotidien le plus vendu de France) doivent être modérés du fait de leur très large audience, où il faut éviter de choquer les lecteurs.

 

Au contraire, des journaux d'opinion comme La Croix (92.000 exemplaires) ou L'Humanité (55.000 exemplaires) qui touchent un public plus restreint et qui attend des prises de position particulières, doivent exprimer des opinions plus tranchées.

 

Dans les deux cas, la rigueur de l'information peut en souffrir par filtrage, adoucissement ou exagération.

1.7.5             Complétude

Exemples d'informations incomplètes

§           Un certain journaliste de LCI étant clairement et constamment anti-américain, ne donne que les mauvaises nouvelles concernant l'Irak et les Etats-Unis : attentats, morts, révolte de la population, désaveu du président Bush, etc. En interviewant un spécialiste de politique internationale, il ne pose que des questions orientées vers la critique des Etats-Unis et de leur politique. Et il interrompt le spécialiste lorsque ses réponses sont favorables aux Etats-Unis, pour contester ces réponses ou changer de sujet.

En lisant la presse internationale, toutefois, on apprend aussi d'autres nouvelles : au 1/10/2003, 15.000 écoles avaient été remises en état et avaient rouvert ; tous les hôpitaux du pays fonctionnent désormais normalement ; la production d'eau et d'électricité a dépassé celle sous Saddam Hussein, même s'il y a toujours des coupures ; il y a 60.000 policiers irakiens en activité et ils ont montré leur efficacité en arrêtant des attentats ; la presse est libre et les irakiens achètent des antennes satellite par centaines de milliers pour disposer enfin d'une fenêtre sur le monde ; l'immense majorité des attentats sont dans 15% du territoire près de Bagdad, dans le "triangle sunnite" ; etc.

Cet exemple montre qu'il arrive aux journalistes de ne donner que des informations incomplètes. Le public ne peut alors se faire une idée de la situation d'ensemble. Il arrive même qu'il s'en fasse une idée fausse.

§           Selon [92] pages 52 à 54, voici deux exemples d'information incomplète :

"Le 29 mars 1998, TF1 annonce que le pont le plus grand d'Europe vient d'être inauguré à Lisbonne. C'est l'œuvre d'une entreprise française, dont le nom n'est pas cité. En revanche, les téléspectateurs qui regardent le journal de France 2 apprennent qu'il s'agit de Campenon-Bernard, concurrent de Bouygues, l'actionnaire principal de TF1. Censure ou autocensure ; l'information a été filtrée [par TF1, pour ne pas être favorable à un concurrent de son actionnaire principal.]"

"Karl Zéro (animateur du «Vrai Journal» de Canal +) a révélé (Le Monde du 30/03/1998) avec une franchise partagée par peu de journalistes, quelles limites lui ont été imposées lorsqu'il est entré à Canal +. L'accord spécifiait qu'«il y avait trois sujets sur lesquels on ne pouvait pas enquêter : le football, le cinéma, la CGE» [société filiale du groupe Vivendi, par ailleurs aussi actif dans le cinéma avec Universal]." L'accord demandait donc à Karl Zéro de s'autocensurer.

§           Autre exemple : voir le paragraphe "La désinformation sur des licenciements".

 

Un défaut de complétude aux conséquences redoutables est l'absence de contexte, circonstance qui permet une interprétation fausse de l'information. Voir l'exemple.

 

Une information de qualité doit donc être complète.

1.7.6             Indépendance

Les médias peuvent ne pas donner certaines nouvelles ou les déformer, lorsque leur diffusion peut gêner des intérêts politiques ou financiers : on dit alors qu'ils ne sont pas indépendants. Exemples :

§           Certains médias, comme le quotidien communiste L'Humanité, sont liés à un parti politique. Ils filtrent donc parfois les informations en fonction des intérêts ou de la ligne politique de leur parti.

§           La télévision italienne privée est dominée par le groupe financier de M. Silvio Berlusconi, Fininvest. Elle a donc tendance à étouffer certaines informations et à aider M. Berlusconi lors des élections. Voir le paragraphe "Médias, populisme et démagogie". Et, depuis que M. Berlusconi est Premier ministre, il peut aussi influencer la télévision publique.

§           La concurrence entre médias peut seule garantir la liberté d'expression, de choix de l'information et l'absence de mainmise totalitaire. Mais elle risque la surenchère de sensationnalisme et le populisme (dire au public ce qu'il veut entendre, même si c'est faux ou déformé).

La concurrence est diminuée par le regroupement en groupes de presse orientés profits. Selon [8] pages 94 et 261, la presse quotidienne régionale française est dominée par deux groupes :

·            Hersant, qui possède environ 20% du marché, avec Le Dauphiné Libéré, Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Le Maine Libre, etc.

·            Hachette Filipacchi Média (groupe Lagardère), avec La Provence, Nice-Matin et des participations dans Le Midi Libre et La Dépêche du Midi.

Selon Le Figaro du 09/07/2004, le groupe SOCPRESSE, présidé par M. Serge Dassault, comprend quelque 70 titres, dont :

·            Le groupe Figaro (Le Figaro, L'Indicateur Bertrand, Propriétés de France, Cadremploi, Explorimmo, etc.)

·            Le pôle BRA - Groupe Delaroche (Le Progrès, le Dauphiné Libéré, Le Bien Public, Les Journaux de Saône-et-Loire, Télévision Lyon Métropole)

·            Le groupe Express - Expansion Etudiant (L'Express, L'Expansion, L'Etudiant, Lire, Mieux Vivre Votre Argent, etc.)

·            Le pôle Ouest (Presse Océan, Le Maine Libre, Le Courrier de l'Ouest, TV Nantes Atlantique à 49%, etc.)

·            Le pôle Nord (La Voix du Nord, Nord Eclair, Le Soir)

·            Les autres publications (TV Magazine, Version Femina, Paris Turf, Week End).

Il est clair que les intérêts financiers d'un groupe seront plutôt favorisés par sa presse, qui aura du mal à être neutre sur des sujets qui le concernent. Voici des exemples tirés de [8] page 96 :

·            Pathé est l'un des principaux actionnaires de Libération, qui a pour autre actionnaire la société de capital-risque anglaise 3i ;

·            Le groupe industriel LVMH a pris le contrôle des journaux économiques La Tribune et Investir ;

·            L'industriel Dassault contrôle Valeurs actuelles et le Journal des Finances ;

·            François Pinault contrôle l'hebdomadaire Le Point ;

·            Le fonds d'investissement américain Carlyle compte parmi les actionnaires du Figaro.

Enfin, [22] signale page 23 que l'édition de livres est dominée aujourd'hui par deux grands groupes :

·            Vivendi Universal Publishing (Larousse, Bordas, Nathan, Plon-Perrin, Laffont, La Découverte, 10/18...) ;

·            Hachette Livre (Fayard, Calmann-Lévy, Stock, Grasset, Jean-Claude Lattès...)

§           Il peut arriver qu'un média se laisse influencer par les intérêts de ses annonceurs, en refusant par exemple de dénoncer d'éventuelles mauvaises pratiques de ces derniers. Ceux-ci menacent parfois de retirer leur budget publicitaire si le média n'est pas compréhensif. Lorsqu'on sait que la publicité constitue une ressource financière indispensable à la vie de tous les médias, il y a clairement un lien entre indépendance et publicité.

L'importance des ressources publicitaires pour les trois principales chaînes de télévision qui diffusent de l'information politique est donnée par le tableau ci-dessous, cité par [8] page 427 à partir de statistiques CSA :

 

 

 

TF1

France 2

France 3

Redevance des
téléspectateurs

-

2639.3

3639.8

Publicité et parrainage

8273

2824.5

1784.7

Autres

163

243.3

505.1

Chiffre d'affaires

8436

5707.1

5929.6

Proportion de la
publicité dans le
chiffre d'affaires

98%

49%

30%

Chiffres d'affaires des principaux diffuseurs nationaux d'informations en 1999 (MF)

 

Les contraintes que cette répartition des ressources impose aux chaînes publiques sont précisées dans le rapport Missika.

1.7.7             Impartialité

Un média est impartial lorsque, dans un débat ou la couverture d'un sujet, il prend soin d'aborder les divers points de vue avec le maximum d'équité. Chaque fois qu'il existe plusieurs points de vue sur un sujet, il s'efforcera de les traiter tous. On ne pourra pas, alors, par exemple, le classer politiquement à droite ou à gauche, pour ou contre les OGM, etc.

 

Selon [8] page 334, les Américains considèrent l'impartialité si importante en matière de politique qu'ils ont introduit :

§           La "Fairness doctrine", qui oblige les chaînes de télévision de ne pas se limiter à un seul point de vue dans la présentation d'une question publique controversée. Chaque chaîne doit donc assurer une possibilité d'expression aux diverses opinions ;

§           La "personal attack rule", qui impose aux chaînes de faire parvenir dans les huit jours une copie du programme concerné à tous ceux qui ont été nommément attaqués à l'antenne, pour qu'ils puissent se défendre.

§           Le droit de réponse, suite à une attaque ou à une prise de position contraire.

 

Il ne faut pas confondre objectivité et impartialité :

§           L'objectivité consiste à diffuser une information conforme aux faits, sans la déformer ou en supprimer des détails.

§           L'impartialité consiste à traiter tous les points de vue sur un sujet, sans en privilégier aucun.

 

L'impartialité et l'objectivité sont particulièrement difficiles à respecter lorsqu'un média passe des informations aux connaissances, en offrant une synthèse. C'est à la qualité de ses synthèses (parfois appelées "Analyses des informations" par certains journalistes) qu'on peut apprécier le mieux le professionnalisme d'un média, par ailleurs raisonnablement objectif et impartial.

1.7.8             Origine

Lorsqu'on cite une autre personne, il faut inclure son texte entre parenthèses. On lui attribue ainsi le mérite ou la responsabilité de ce texte. Lorsqu'on reprend à son compte le texte d'un autre, il faut lui en attribuer la paternité. Il vaut mieux, pour être cru, citer le texte d'origine, sa date, son adresse Internet, bref ce qu'il faut pour l'identifier et vérifier la citation.

1.7.9             Nouveauté et fraîcheur des informations

Nouveauté

Un journaliste est toujours à l'affût de ce qui est nouveau, qui vient de se produire, pour juger de l'intérêt de le diffuser et, si possible, être le premier à le faire. La nouveauté est ainsi un critère de qualité de l'information important pour un journaliste, alors qu'il n'est pas aussi important pour son public.

Fraîcheur

Il arrive qu'un média diffuse des informations qui datent. C'est particulièrement fréquent en matière de statistiques économiques. Parfois, cela peut induire en erreur ceux qui raisonnent à partir de ces informations.

 

Exemple : en 2002 les Etats-Unis ont fortement réduit leurs achats de pétrole irakien, pour que leurs approvisionnements ne dépendent plus de ce pays. Cette année-là ces achats ne représentaient plus, en moyenne, que 167.000 barils par jour, c'est-à-dire 1,7% de leurs importations. Or, pour soutenir l'argument selon lequel les Américains envahissaient l'Irak pour s'emparer de son pétrole, un média d'extrême gauche français a prétendu que les USA importaient d'Irak 900.000 barils de pétrole par jour, quantité qui avait été exacte jusqu'en 2001, mais qui était devenue 5,4 fois plus forte que la réalité en 2002.

 

Le danger d'être désinformé par des statistiques obsolètes est d'autant plus grand que beaucoup de journalistes ne prennent pas la précaution, lorsqu'ils citent une valeur, d'en indiquer la date. Et ils n'en citent pas assez souvent la source, pour qu'on puisse la vérifier.

1.7.10        Synthèse

Nous avons vu que des informations brutes sont souvent peu exploitables si elles n'ont pas été transformées en connaissances par une réflexion de synthèse (que certains appellent "analyse des informations").

 

Cette synthèse apporte une véritable valeur ajoutée. Certains journalistes, très compétents dans un domaine, peuvent ainsi fournir aux gens qui composent leur public des hypothèses ou des conclusions que la plupart de ceux-ci n'auraient pas pu formuler sans eux.

 

Exemple classique : les synthèses de faits sur des entreprises, des contrats commerciaux, des opérations de bourse ou des situations économiques, conduisant à des prévisions d'évolution d'indicateurs économiques ou de cours de bourse. Mais hélas, même élaborées dans les règles de l'art par des gens dont la compétence et le sérieux sont respectés, ces prévisions sont souvent démenties par les chiffres des mois qui suivent. Elles n'en sont pas moins attendues par les investisseurs et certains politiciens.

1.7.10.1                    Absence de recul et de synthèse. Exemple "OGM"

Il est fréquent que les médias présentent des faits sans en faire la synthèse, c'est-à-dire en laissant les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs réfléchir par eux-mêmes à la portée et aux conséquences des faits exposés.

 

Exemple : article L'Europe s'entrouvre aux OGM (Le Figaro des 25 et 26/10/2003, page 10)

Voilà un article où le journaliste s'est donné du mal pour bien couvrir son sujet : la traçabilité des OGM dans l'Union européenne. Il est long (2/3 de page), illustré d'une carte des pays qui cultivent des OGM et muni d'un encadré sur l'insertion de gènes utiles. Et il est structuré sous forme de questions que le public se pose sur les OGM :

§           La levée du moratoire de l'Union européenne [sur la commercialisation de nouveaux OGM] va-t-elle provoquer une déferlante d'OGM sur l'Europe ?

§           Comment assurer la traçabilité des OGM dans les aliments ?

§           Comment garantir une filière sans OGM ?

§           Quels sont les risques pour la santé ? Pour l'environnement ?

 

Pourtant, la lecture de cet article me laisse sur ma faim. La problématique des OGM y est présentée de manière trop simpliste pour qu'on puisse séparer les divers problèmes et, pour chacun, connaître la position des scientifiques, les avantages, inconvénients et risques des diverses décisions possibles : l'effort de synthèse est insuffisant. Le lecteur est noyé dans des détails sans pouvoir se faire une opinion sur la position qu'il doit prendre sur ce sujet. L'article ne l'aide pas à en savoir plus, car il ne contient pas de liste de références.

 

L'insuffisance de l'effort de synthèse apparaît aussi dans le point essentiel suivant : la politique de traçabilité de l'Union européenne permet-elle à un consommateur de savoir quels aliments il peut acheter sans danger ? Hélas, la réponse à cette question, qu'on ne trouve pas dans l'article, est NON. Cette traçabilité permet de savoir si un aliment contient ou non des OGM (et encore, pas de manière certaine), mais pas de savoir si la présence d'OGM nuit à la santé ou si l'absence d'OGM est à coup sûr bénéfique pour la santé.

 

Après lecture de l'article, le consommateur n'est pas averti des faits suivants :

§           Il n'a pas la compétence scientifique pour apprécier le caractère nocif éventuel de la présence d'OGM dans ses aliments (tous les OGM n'ont pas les mêmes propriétés) et aucun étiquetage européen ne l'en informe (alors que chaque paquet de cigarettes informe clairement du danger de fumer).

§           Il ne sait pas qu'en Amérique du nord (USA, Canada, Mexique) 400 millions de consommateurs avalent des OGM depuis une vingtaine d'années sans qu'on ait pu déplorer le commencement du début d'un problème de santé.

§           Il ne sait pas que l'absence d'OGM n'est pas nécessairement bénéfique pour sa santé. En effet, certaines cultures sans OGM exigent beaucoup plus de pesticides ou d'engrais, dont l'homme mange ensuite les résidus.

§           Il ne comprend pas forcément que la politique du gouvernement et de l'Union européenne répond à ces préoccupations légitimes par une simple information du consommateur en matière de traçabilité. Cela revient à dire : "vous ne pouvez pas savoir ce qui est bon ou mauvais pour votre santé, vous pouvez simplement savoir qu'il y a ou non des OGM". Cette politique est la même que pour les divers adjuvants autorisés pour colorer, épaissir ou conserver des aliments, que les étiquettes mentionnent sous la forme "Exxx" (E317, E420, etc.)

 

Voilà pourquoi l'absence ou l'insuffisance de synthèse dans un article ou une émission d'information peut rendre cette communication inefficace.

 

Voir aussi, en annexe [88], un complément sur la traçabilité des OGM et le dossier de l'INRA [113].

1.7.10.2                    Absence de commentaires politiques. Spécificité des médias

Les journaux comme Le Figaro ou Le Monde, des magazines comme Le Point, L'Express ou Le Nouvel Observateur, publient souvent des analyses et commentaires sur des sujets politiques, en plus d'informations brutes comme une situation ou une proposition. Ces commentaires politiques sont très utiles, parce que des spécialistes y livrent aux lecteurs des réflexions intéressantes, qui transforment les informations en connaissances.

 

Malheureusement, la télévision n'en fournit que très peu, parce que de tels commentaires demandent du temps et ne génèrent guère d'émotion, donc peu d'audience. Et comme, pour beaucoup de gens, la télévision est leur première source d'informations - quand ce n'est pas la seule - ils ne bénéficient jamais des analyses et commentaires politiques et économiques, et sont livrés à eux-mêmes. Les (très succinctes) informations politiques et économiques qu'ils ont reçues de leur écran n'ayant pas été transformées en connaissances, sont le plus souvent inutilisables. Donc lorsqu'ils votent, ils n'ont compris ni les problèmes ni les solutions proposées, ce qui est grave. Il y a donc deux reproches que l'on peut faire aux informations de politique et économie diffusées par les télévisions généralistes, c'est-à-dire les plus regardées :

§           Il y a très peu de temps consacré aux sujets de politique et économie, que ce soit dans les journaux télévisés, chaque jour, ou les émissions comme "100 minutes pour convaincre", et "100 minutes pour comprendre", trop rares ;

§           La proportion de temps consacré aux informations brutes (comme un petit reportage où on interviewe Madame Michu, son cabas à la main, sur la politique d'un ministre, ou les critiques polémiques d'un politicien contre un autre) est trop importante par rapport à celle consacrée aux connaissances : il n'y a donc pas assez de synthèses, les informations reçues par les téléspectateurs sont trop peu utilisables. Ce reproche peut aussi être fait, dans une moindre mesure, à la radio et aux journaux : il y a trop de comptes-rendus superficiels par rapport aux synthèses utiles, c'est-à-dire pas assez de valeur ajoutée journalistique.

 

La seule chaîne qui consacre, dans chaque journal d'une demie heure, environ la moitié du temps aux informations de politique et d'économie est LCI ("La chaîne info"). On y apprend donc beaucoup sur ces sujets, et on y apprendrait encore plus si la proportion de temps consacrée aux synthèses était un peu plus grande. Hélas, LCI n'attire qu'environ 2% des téléspectateurs : son impact sur la culture politique et économique du grand public est à peu près nul.

 

La lecture d'un texte permet de s'arrêter pour réfléchir et de revenir en arrière : le texte est donc un média bien adapté aux commentaires politiques et, de manière plus générale, aux connaissances qui demandent réflexion. La télévision, au contraire, impose un rythme peu compatible avec la réflexion et ne permettant le retour arrière que si on a enregistré l'émission : elle est donc mieux adaptée à la diffusion d'informations brutes. Les images et le son permettent de montrer l'expression d'un visage, le ton d'une voix, la nature et la vitesse des réactions d'un intervenant d'un débat, informations que le texte ne peut donner. Comme l'écrit [92] page 66 : "La radio annonce, la télévision montre et la presse explique".

 

Télévision, journaux et magazines sont donc complémentaires pour qui veut s'informer bien. Mais cette complémentarité ne garantit pas qu'un téléspectateur cherchera un complément écrit aux informations qu'il a vues, ni qu'il les trouvera s'il les cherche : il faut donc que l'émission télévisée lui indique l'emplacement de tels compléments ou, mieux, les lui fournisse en prenant le temps nécessaire, éventuellement à une heure de moindre écoute.

 

Voir aussi "L'information politique et économique à la télévision".

1.7.11        Qualité rédactionnelle

Une information incompréhensible rebute et décourage : sa communication est donc inefficace. Mais ce qui est compréhensible pour un spécialiste du sujet ne l'est peut-être pas pour la cible à laquelle l'émetteur s'adresse : il faut donc choisir une cible adaptée et mettre l'information à sa portée. C'est tout un art.

 

Une information peut être compréhensible, mais mal exposée : un français plein de fautes finit par énerver les lecteurs instruits, un texte mal structuré est difficile à suivre, des phrases trop longues ou trop abstraites demandent une concentration qui finit par lasser. La structure doit séparer clairement les grandes parties d'un texte ou d'une émission, au moyen de titres et sous-titres, pour que le lecteur ou le téléspectateur sache où il en est.

 

Elle doit aussi séparer les faits, c'est-à-dire les informations brutes, exposés d'abord, de leur analyse et de leur conclusion. Cette séparation est indispensable, en plus de la clarté, pour que le lecteur ou téléspectateur sache distinguer les faits (indépendants de l'auteur) des déductions (formulées par lui). On lit trop d'articles, même dans de grands quotidiens, où faits et opinions de l'auteur sont tellement mélangés qu'on ne distingue pas ce qui est certain de ce qui est apport personnel.

 

Enfin, pour qu'un lecteur prenne le temps de lire un texte, même à sa portée et bien écrit, il faut qu'il soit convaincu d'y trouver quelque chose : l'auteur doit le convaincre de l'intérêt de son texte. Les Américains disent qu'il doit "le lui vendre". Il y a des techniques rédactionnelles adaptées, sur lesquelles je ne peux m'étendre car ce serait hors sujet. Et cette remarque est aussi adaptée à la télévision et à la radio.

1.7.12        Ethique

1.7.12.1                    Ethique d'un média

§           Lorsque une chaîne de télévision arabe comme Al Jezira ou Al Arabiyya diffuse les appels de Ben Laden à la croisade des musulmans contre les Américains et les Juifs, à leur assassinat et à l'assassinat du personnel humanitaire des Nations unies ou de la Croix Rouge, ainsi qu'au meurtre des musulmans qui travaillent avec eux ;

§           Lorsque, ce faisant, elle ignore que des Américains sont morts pour débarrasser les Irakiens et leurs voisins d'un tyran assassin, et elle ignore que le personnel des Nations unies et de la Croix rouge est inoffensif et venu les aider ;

§           Lorsque ces messages sont placés dans un contexte qui incite les musulmans à se croire victimes des occidentaux, alors qu'ils ne sont victimes que de leurs propres régimes totalitaires, féodaux ou corrompus,

cette chaîne se place en dehors de toute morale, musulmane, chrétienne, juive ou même athée.

 

Elle renie alors notamment les commandements de la vraie religion musulmane, qui ne prêche la guerre sainte que lorsque les croyants doivent se défendre et défendre leur foi, et recommande de préserver la vie humaine et non de la massacrer. Elle se conduit de manière immorale et irresponsable, en exploitant le fait que ses outrances génèrent de l'audience. Elle n'hésite pas à être partiale en tronquant et en déformant la vérité, quand elle pense que cela flatte les penchants à la vengeance violente de populations frustrées qui ont perdu leurs repères.

 

Ces chaînes sont des exemples extrêmes parmi les médias irresponsables et malfaisants, ennemis de la démocratie. Selon [120], nous recevons en France la chaîne de télévision du Hezbollah libanais Al Manar TV, diffusée par l'opérateur de satellite Eutelsat, qui contient des messages antisémites que le CSA qualifie de «parfaitement intolérables». Mais la législation en vigueur ne permet pas au CSA de forcer Eutelsat à censurer cette chaîne.

 

Plus discrètement, plus insidieusement, certains de nos médias nous désinforment, à doses homéopathiques, jour après jour. Exemple.

 

Les journalistes du quotidien Le Monde doivent respecter un code d'éthique publié en 2002 dans "Le Style du Monde", sous le titre "La déontologie".

 

Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) publie le code de déontologie [130].

1.7.12.2                    Ethique personnelle d'un journaliste

Après avoir, dans ce livre, beaucoup accusé certains journalistes de mal faire leur métier à l'occasion, je dois reconnaître à leur décharge qu'ils sont constamment pris entre deux exigences contradictoires : comment respecter les règles de qualité de l'information tout en respectant les consignes d'une hiérarchie dont les motivations sont commerciales, voire de ligne politique ou même idéologique ?

 

Je me souviens d'un journaliste de la presse écrite qui se plaignait du nombre de papiers que sa hiérarchie lui imposait de pondre chaque semaine, nombre qui ne lui laissait pas le temps de vérifier ses sources et de faire le tour de chaque sujet. Non seulement son métier ne lui donnait guère de satisfactions, mais il savait qu'à force d'écrire des textes superficiels, comprenant parfois des erreurs, il sabotait sa réputation, son avenir.

 

Pour plus d'informations, voir [93] et [95].

1.7.12.3                    Les codes d'éthique journalistique

Source : [93]. L'association des journalistes professionnels américains Sigma Delta Chi, très active, publie un code d'éthique remarquable pour la profession, et des périodiques sur les nouvelles en matière de respect de la déontologie journalistique et de liberté des médias. Leur but est de protéger la liberté de la presse en tant que pilier de la démocratie. Pour lire ce code, cliquer ici.

 

Voir aussi la liste des codes de déontologie de [104] et le Que Sais-Je : "La déontologie des médias" par Claude-Jean Bertrand.

1.7.13        La norme internationale de qualité ISAS BC 9001 :2003

Voir [142]. Voici un extrait du paragraphe "Spécificités de l'industrie de radiodiffusion" qui montre les préoccupations de la norme :

§           Indépendance & Transparence

§           Ethique et Politiques

§           Proximité des identités culturelles

§           Satisfaction de l’audience

§           Accessibilité des média

§           Innovation et Création

§           Qualité de l’information

§           Pertinence sociale

§           Qualité des contenus

§           Diversité des contenus

§           Contribution à la citoyenneté

§           Mission éducative

§           Participation et interactivité

§           Pluralisme

§           Ouverture au monde

§           Compétence du personnel du radiodiffuseur

§           Investissement social de l’entreprise

§           Religion

§           Programmation des émissions

§           Qualité des équipements

 

1.7.14        Exemples d'information de qualité médiocre

1.7.14.1                    Un journal de France Inter

Pour illustrer les critères de qualité de l'information ci-dessus, prenons le journal de France Inter diffusé à 07h00 le 22/08/2003. Le présentateur a affirmé :

"L'intervention du président Chirac sur la canicule n'a convaincu personne"

sans donner le détail de ce que le Président avait dit la veille. Pour un auditeur qui n'avait pas entendu le Président, ce jugement de valeur n'apportait qu'une image négative du Chef de l'Etat, image non justifiée par les raisons de ce reproche. Le journaliste n'a pas non plus présenté de sondage ou de liste de personnes interrogées à l'appui du qualificatif personne. Il a donc manqué au devoir de complétude.

 

Pour justifier son jugement négatif, au lieu de résumer ce que le Président avait dit, le journaliste a interviewé M. Yves Contassot, député Verts, donc systématiquement opposé au Président. L'interview a montré que M. Contassot n'avait aucune mesure concrète à proposer pour atténuer les effets de la canicule, et qu'il se contentait d'être contre la droite au pouvoir et son président. En diffusant l'interview d'une personne qui n'avait rien à dire sur le sujet (la canicule), le journaliste a manqué au devoir de respect du sujet. En ne présentant aucun argument allant dans le sens des propos du Président, il a aussi manqué au devoir d'impartialité.

1.7.14.2                    Le journalisme en Irak à l'été 2003

Selon l'article Free and Reckless [54], publié dans Newsweek du 11/08/2003, il y avait à cette époque-là en Irak près de 200 journaux et magazines. Mais l'information qu'ils diffusaient était parfaitement fantaisiste, parce qu'elle contenait très peu de faits et beaucoup de rumeurs. Exemples :

"Les Juifs projettent d'acheter des immeubles à Bagdad pour commencer la transformation de l'Irak en nouvelle rive occidentale du Jourdain" ;

"De source digne de foi, le pétrole Irakien part en Israël" ;

"Mort aux espions et à ceux qui coopèrent avec les Etats-Unis - les tuer est un devoir religieux".

 

Les chaînes de télévision de la région, irakiennes ou étrangères, ne valaient pas beaucoup mieux. La tentative des Américains d'émettre des informations plus crédibles sur leur chaîne Iraqi Media Network n'avait pas, dans ses premiers mois, réussi à obtenir une audience. Les journalistes irakiens ayant été décimés par Saddam Hussein ou réduits à une stricte servilité, il n'y avait pas à ce moment-là, en Irak, de professionnels du journalisme.

 

Il ne faudrait pas généraliser : tous les journalistes, tous les médias arabes ne sont pas systématiquement mauvais : voir le contre-exemple [79].

1.8                 Les médias au service des extrémistes et des minorités

Tout événement qui sort de l'ordinaire est susceptible d'intéresser les médias, et d'autant plus qu'il a une forte charge émotionnelle. Tout ce qui est inquiétant, scandaleux ou révoltant est diffusé par les médias, au moins pendant un certain temps, jusqu'à ce que le public soit las d'en entendre parler.

 

C'est ainsi qu'il faut comprendre aujourd'hui les efforts des extrémistes et des groupuscules pour profiter des médias.

1.8.1             Extrémistes violents et terroristes

Les extrémistes violents et les terroristes sont, par définition, très minoritaires. Si l'audience de leurs idées - donc leur influence - suivait les règles de la démocratie, les médias leur accorderaient une place proportionnelle à leurs effectifs, c'est-à-dire minime.

 

Mais les médias accordent aux informations une place proportionnelle à leur contenu émotionnel, car c'est cette émotion (surprise, horreur, indignation, peur...) qui attire et retient les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, et les empêche de passer à autre chose, c'est-à-dire de "zapper".

 

Le premier but des extrémistes violents et des terroristes est d'impressionner les foules, en faisant diffuser leurs messages et des images de leur pouvoir de nuisance par les médias. Ils cherchent donc les actions les plus spectaculaires possibles, les plus révoltantes : attentats à New York et Washington le 11 septembre 2001, attentats suicides à Bagdad contre les personnels d'organisations humanitaires comme la Croix Rouge ou les Nations unies, etc.

 

Une fois que leurs attentats leur ont apporté une notoriété médiatique, ils exploitent celle-ci en envoyant aux chaînes de télévision des messages audio ou vidéo menaçant les démocraties des pires atrocités. C'est le cas, par exemple, de Ben Laden. C'était le cas de Saddam Hussein jusqu'à ce qu'on l'attrape.

 

Un exemple français d'extrémisme est celui, d'origine mafieuse, qu'on trouve en Corse depuis de longues années. Pourquoi nos médias ne le dénoncent-ils pas pour ce qu'il est ? Pourquoi ne signalent-ils pas qu'il est très minoritaire dans l'Ile de beauté ?

 

C'est pourquoi je suggère d'obtenir que tous les médias du monde, en commençant par ceux des démocraties, décident ensemble d'un silence total sur les attentats et les déclarations des extrémistes et des terroristes. L'absence de publicité de leurs crimes est la meilleure manière de les dissuader d'en commettre. L'absence de publicité de leurs idées est une bonne manière d'en limiter la propagation auprès des esprits faibles.

 

Les médias devraient expliquer que les terroristes, comme al Qaida et certains Irakiens (voir http://www.danielmartin.eu/Religion/Terrorisme-islamiste.htm ), détruisent pour détruire, sans respecter ni les innocents (femmes, enfants), ni leurs coreligionnaires, ni ceux qui sont venus les aider (Croix rouge, personnel humanitaire des ONG et de l'ONU), ni les infrastructures de leur propre pays. Le terrorisme n'a pas de solution économique ou politique viable à proposer, pour aucun pays : il n'a ni projet de constitution, ni théorie économique. Le terrorisme islamiste ne propose que les lois coraniques, écrites il y a plus de 1000 ans pour énoncer des règles spirituelles et morales, pas des lois juridiques, politiques, économiques et sociales adaptées au XXIème siècle.

 

Les médias devraient donc expliquer aux esprits faibles prêts à se laisser séduire par l'idéologie de mort des terroristes qu'il s'agit d'un nihilisme sans issue (voir [81]).

 

Les médias devraient se rappeler et rappeler de temps en temps, après avoir rapporté une incitation à la haine, un acte terroriste ou une incitation à le commettre, les articles 23 et 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse [146], qui répriment fermement ces crimes et délits.

 

A ce propos, il ne faut pas confondre un terroriste, qui commet un attentat-suicide en s'attaquant à des civils sans défense, et un kamikaze, pilote-suicide japonais qui s'attaquait à des navires de guerre. Ils on en commun l'acceptation de la mort, mais le premier est toujours coupable, le second était un héros. Le premier tue pour tuer et terroriser des innocents, le second avait un but politique à haute valeur patriotique, la victoire de son pays. Il est donc consternant que les journalistes appellent souvent des islamistes auteurs d'attentats-suicides « kamikazes », car ce faisant ils font plus que de les disculper, ils les valorisent.

1.8.2             Nos fréquentes erreurs d'appréciation

La présentation erronée des faits délictueux ou criminels que nous venons de voir résulte d'une erreur d'appréciation fréquente, que nous allons maintenant examiner.

Il y a, dans nos sociétés occidentales et particulièrement en France, une fâcheuse tendance à juger un acte condamnable différemment selon celui qui le commet ou selon son but.

1.8.2.1                        Jugement selon celui qui commet l'acte condamnable

C'est ainsi qu'en France beaucoup de gens ont tendance à considérer que les jeunes délinquants de banlieue sont d'abord des victimes du manque de respect, du manque d'intégration et de l'exclusion professionnelle. Cette qualité de victimes excuse, selon eux, les comportements socialement condamnables : communautarisme, vols, dégradations, refus de respecter les lois, sifflement de la Marseillaise, tags "Vive Ben Laden" et même terrorisme islamiste (rare, heureusement).

        Qu'ils soient victimes du manque de respect, d'intégration, etc., est certain, et les frustrations correspondantes expliquent la réaction de révolte. Elles l'expliquent psychologiquement, mais ne la justifient pas. Les délits et les crimes sont toujours condamnables, même si les cours d'assises considèrent qu'il existe parfois des circonstances atténuantes - atténuantes, pas exonérantes.

        C'est pourtant à cause de cette tendance à la commisération à l'égard de ces jeunes que le gouvernement de gauche de M. Jospin n'a rien fait pour lutter contre l'insécurité, c'est-à-dire pour protéger les victimes de la société, et les médias le lui ont tellement reproché que cela lui a coûté les élections de 2002.

1.8.2.2                        Jugement selon le but de l'acte condamnable

Faisant le même raisonnement faux, ces médias ont systématiquement tendance à considérer les Palestiniens comme des victimes de la répression israélienne et donc à présenter les attentats que commettent leurs terroristes comme une résistance à l'oppression. L'erreur de jugement consiste, dans ce cas, à penser que les Palestiniens victimes ne peuvent en même temps être des bourreaux.

        Il est certain que les Israéliens occupent des territoires qu'ils n'ont aucun droit d'occuper, et que cela justifie une résistance à cette occupation. Mais il y a une différence entre la résistance à une armée d'occupation, qui s'en prend aux militaires occupants, et l'assassinat de centaines de civils dans des autobus, des magasins et des restaurants. La résistance est une forme de lutte parfaitement juste, qui lutte contre des militaires capables de se défendre, alors que le terrorisme

(voir définition précise http://www.danielmartin.eu/Religion/Terrorisme-islamiste.htm#Definitionterrorisme )

s'en prend à des civils sans défense et n'est donc jamais excusable.

 

Il est aussi scandaleux que les terroristes irakiens soient appelés « résistants » par les journalistes, parce que cela les excuse dans l'esprit de beaucoup de téléspectateurs. Lorsque, comme à Najaf le 20/12/2004, un terroriste s'est suicidé en faisant exploser sa voiture contre un cortège funéraire, faisant 68 morts, son acte est inexcusable, suicide ou pas. Or les journalistes de télévision n'appellent presque jamais les auteurs de tels assassinats, décapitations, etc. « terroristes », préférant les qualifier « d'insurgés » ou de « combattants », ce qui les excuse aux yeux des téléspectateurs qui manquent de discernement.

        Le but des terroristes irakiens, affiliés ou non à al Qaida, est de lutter par la terreur et l'assassinat de civils contre l'instauration de la démocratie dans ce pays, parce que ce régime donnerait les mêmes droits aux chiites, aux sunnites et aux kurdes, les privant ainsi de leurs anciens privilèges d'exploiteurs et d'oppresseurs. Cette lutte est un combat pour le mal, pour l'inégalité, la spoliation, les privilèges de certaines tribus par rapport à d'autres. Il est inadmissible que nos télévisions ne rappellent pas cette vérité lorsqu'elles présentent leurs attentats.

1.8.2.3                        Jugement selon la victime de l'acte condamnable

Tout homme a des valeurs et une culture qui le font manquer d'objectivité dans certaines circonstances. C'est ainsi qu'on peut expliquer l'antiaméricanisme viscéral de nombreux Français, de nombreux Européens, de nombreux musulmans. C'est pourquoi certains se sont réjouis des trois mille morts américains du 11 septembre 2001, c'est pourquoi ils excusent les assassinats des terroristes d'al Qaida.

        C'est aussi pourquoi la presse française se livre de temps en temps à un véritable lynchage médiatique du Président George W. Bush http://www.danielmartin.eu/Politique/Lynchage.htm  et de son gouvernement, allant même jusqu'à diffuser de fausses nouvelles http://www.danielmartin.eu/Livre/meddem.htm#Complexite tellement ils sont aveuglés par leur haine des Américains ; ceux-ci sont considérés comme coupables et méritant un châtiment même lorsqu'ils sont victimes. Il s'agit là de jugements xénophobes, et il y en a aussi de racistes, comme ceux qui condamnent systématiquement les Israéliens par antisémitisme, etc.

1.8.3             Médias et groupuscules

Les extrémistes non-violents agissent eux aussi en fonction des médias. Exemple : le "démontage" (en fait la destruction, ayant entraîné plus de 100.000 € de dégâts) du McDonald de Millau, par José Bové et ses amis. Comme les terroristes, les extrémistes non-violents profitent de leur notoriété pour "passer à la télévision" le plus souvent possible. José Bové et Arlette Laguiller le font avec beaucoup de talent.

 

Ces extrémistes sont toujours des groupuscules, eux aussi très minoritaires. Ils cherchent à faire triompher leur point de vue par la pression médiatique, incapables qu'ils sont de les faire triompher par les voies démocratiques. C'est le cas de certaines "coordinations", c'est-à-dire d'associations qui ne regroupent que quelques milliers de membres. Ces associations réussissent à capter l'attention des médias, qui leur accordent une place sans rapport avec leurs effectifs.

 

Le cas de José Bové et de sa minuscule "Confédération Paysanne" est un bon exemple. Voilà un homme dont l'action est 100% négative, c'est-à-dire sans proposition concrète et réalisable. C'est un contestataire pur, qui s'oppose au libéralisme, à la mondialisation, aux ONG, aux Américains, aux OGM, etc. Professionnel de la contestation, il conteste pour contester. Du reste, quand il ne trouve rien à contester en France, il court contester à l'étranger ; c'est ainsi qu'il est allé en Israël contester le traitement infligé, selon lui, par les juifs aux Palestiniens. C'est pourquoi, lorsqu'il déclare être un syndicaliste paysan, les médias devraient le tourner en ridicule au lieu de l'encenser.

 

Contestataire pur, il n'a jamais de solution crédible à proposer pour remplacer ce qu'il combat. Il combat les McDonalds, mais n'a pas de solution de remplacement à proposer au million de Français qui mangent chaque jour dans un des 1000 restaurants français de la chaîne parce qu'ils y trouvent leur compte ; il n'a pas de recette pour offrir une restauration rapide et bon marché, capable de séduire les Français et de concurrencer les McDonalds, mais il a baptisé leurs repas "malbouffe".

 

Il n'a pas de solution crédible pour remplacer les OGM, qu'il combat parce que certaines recherches dans ce domaine sont faites par des multinationales, qu'il déteste en tant que gauchiste parce que beaucoup sont d'origine américaine. Il n'a pas de solution pour les paysans pauvres d'Afrique, à qui des cultures OGM peuvent apporter une solution à leurs problèmes de parasites et de rendement. Lui qui se déclare porte-parole des paysans pauvres, se contente de constater que, dans nos pays riches, les OGM ne sont pas indispensables, et il arrache les cultures expérimentales françaises destinées à trouver des plantes pour les pays pauvres.

 

José Bové est un personnage négatif, qui s'oppose et détruit sans jamais construire une solution, sans même en proposer une. Il n'a pas plus de solution de remplacement pour les McDonalds que pour les OGM, et pas de plan de paix à proposer dans le conflit israélo-palestinien. Représentant un groupuscule, il utilise son talent  réel de communication pour obtenir dans les médias une place sans rapport avec les effectifs de son association ou la valeur de ses idées. On lui a proposé d'être candidat à une élection en France, mais il a refusé : en tant que contestataire pur, il se voit bien en train de dénigrer et de détruire, mais pas en train d'étudier, avec d'autres élus, des solutions constructives pour son pays.

 

Le cas Bové illustre l'instrumentation des médias par des extrémistes ou des groupuscules. Il montre le manque de sérieux de journalistes qui leur donnent une audience, donc une influence, injustifiées et disproportionnées. Il faut savoir que le seul fait d'être cité dans les médias apporte de la notoriété, donc de la crédibilité ; et que plus on est cité souvent sans critique claire, plus on est connu et influent. Dans ce cas comme dans d'autres, la démocratie souffre du crédit apporté par les médias à des idéologies extrémistes, marginales ou utopiques, et à des actions que la justice ou la morale réprouvent.

1.8.4             Médias, petits partis, associations politiques et courants

Parmi les gens qui savent utiliser les médias pour obtenir une audience hors de proportion avec leur part de l'électorat il y a les extrémistes, heureusement, très peu nombreux. Il y a aussi les groupuscules, qui le sont un peu plus. Enfin, avec des effectifs supérieurs tout en étant réduits, il y a à l'extrême gauche française :

§           des associations politiques comme ATTAC ;

§           des groupements hétéroclites de gens se proclamant "altermondialistes" ;

§           des petits partis comme le Mouvement républicain et citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, Lutte ouvrière (LO) d'Arlette Laguiller, la Ligue communiste révolutionnaire d'Alain Krivine et Olivier Besancenot (LCR), le Parti des travailleurs (PT), microscopique mais dominant certains syndicats ;

§           et des courants s'agitant au sein des grands partis, comme ceux de MM. Emmanuelli et Montebourg au Parti Socialiste.

 

Ces petits partis et courants d'extrême gauche ont en commun avec ATTAC :

§           Une représentativité du peuple qui est autoproclamée : ils ont beau être très minoritaires au sein de la population, ils ne s'en prétendent pas moins ses représentants.

§           Un refus absolu du libéralisme :

·            ils sont donc protectionnistes, négligeant le fait que plus du tiers des salariés français travaillent dans des entreprises qui exportent, et ne pourraient pas vivre sans un commerce international ouvert, donc aujourd'hui mondialisé ;

·            ils sont pour un Etat fort, intervenant dans tous les secteurs de l'économie, alors que l'expérience internationale a montré que le poids de la fonction publique et son inertie aux changements freinent les progrès économiques, et ont fait reculer la France par rapport à ses voisins européens depuis une vingtaine d'années.

§           Un rêve archaïque de retour de la France à des valeurs du XIXème siècle, après sortie de l'Union européenne et de son marché ouvert aux multinationales, malgré les énormes progrès économiques et sociaux apportés, depuis les années 1950, par l'intégration européenne et le commerce mondialisé.

§           Un rêve absurde de protection des acquis sociaux et culturels à l'abri de frontières et de douanes, alors que, comme ses voisins, les Français profitent énormément de l'ouverture européenne, et que la meilleure manière de promouvoir leur culture est de la faire connaître et apprécier aux étrangers, dans un contexte d'ouverture des frontières.

§           Une attitude stérile d'opposition aux Etats-Unis, qui n'a que des inconvénients : baisse de la fréquentation touristique, hésitation des Américains à investir en France et à commercer avec nous, aucun gain de poids dans la conduite des affaires du monde.

 

Cette extrême gauche française fabrique des illusions, ignore les leçons de l'Histoire et tourne le dos au progrès par frilosité et refus du changement. Il est désolant que la presse leur donne plus de visibilité qu'aux socialistes réalistes comme MM. Strauss-Kahn et Fabius ou aux centristes comme M. Bayrou, qui veulent une mondialisation libérale tempérée par des garde-fous destinés à protéger la justice sociale.

 

Notre démocratie souffre du silence des médias sur le caractère ultraminoritaire et l'utopie des propositions de l'extrême gauche. Et elle souffre encore plus de la publicité que leur font les médias, en leur accordant une place démesurée, injuste par rapport à celle accordée aux partis traditionnels, crédibles, eux.

1.8.5             Une audience disproportionnée

1.8.5.1                        Importance du temps d'antenne, de la place accordée à un événement, un parti ou une personne

Pour se faire élire, pour voir ses idées et propositions partagées, un politicien a besoin d'audience. Il a besoin d'une "image", c'est-à-dire d'être connu et que ses idées le soient. Pour avoir de l'image, il faut que les médias lui accordent du temps d'antenne et de la place imprimée. Il faut qu'ils le fassent assez fréquemment pour qu'il y ait un effet de répétition, c'est-à-dire que les citoyens mémorisent leur image et leurs idées à force d'en entendre parler. Image et idées leur paraîtront alors plus familières, donc plus faciles à adopter.

 

C'est parce que le fait de "passer à l'antenne" et d'être imprimé constitue une publicité efficace et indispensable, que la France s'est dotée de règles concernant le temps de parole des partis sur les chaînes de télévision et de radio. Ces règles ont pour but de donner une audience à tous les courants politiques proposant des choix aux électeurs, sans donner trop d'audience à certains d'entre eux.

 

C'est parce que les médias ont accordé aux problèmes de sécurité de la France plus de temps d'antenne et de surface imprimée qu'à n'importe quel autre problème, que la sécurité est devenue le premier enjeu des élections 2002, et que le bilan de la Gauche en matière de sécurité a été une des causes principales de sa défaite. Si, au lieu de parler d'insécurité dans chaque journal imprimé, parlé ou télévisé, les médias avaient parlé de chômage, l'enjeu principal des élections aurait été le chômage.

1.8.5.2                        Audience et représentativité

Les médias donnent aux syndicats un temps d'antenne et une surface imprimée hors de proportion avec leur représentativité. Ils ne tiennent pas compte, par exemple, du fait que la proportion de salariés syndiqués en France est de 8%, c'est-à-dire que l'ensemble des syndicats, s'ils parlaient d'une seule voix - ce qui est rarissime - ne représenteraient qu'un salarié sur 12 (voir "Pour des syndicats utiles" http://www.danielmartin.eu/Syndicats/Syndicats-Utiles.htm ). Donc, lorsque dans leurs interviews, les leaders syndicalistes prétendent représenter "le peuple" ou "les travailleurs", ils exagèrent et le journaliste interviewer devrait rétablir la vérité.

 

En outre, cette proportion de 8% du total masque le fait qu'il n'y a pratiquement plus de syndiqués dans les entreprises privées, la grande majorité des syndiqués étant des fonctionnaires. Et lorsque le gouvernement accorde autant de place aux négociations avec les syndicats, il fait des 8% de travailleurs qui sont syndiqués, c'est-à-dire les fonctionnaires les plus revendicatifs, les porte-parole de tous les salariés, ce qui est antidémocratique.

 

Une règle déontologique devrait donc obliger les interviewers et rédacteurs d'articles donnant la parole à des élus syndicaux ou politiques de citer leur représentativité : tel parti a eu X% à telle élection, telle association a N membres, etc. Et ces nombres d'adhérents devraient être vérifiables, les partis et associations devant publier une comptabilité au moins sur Internet. En somme, il faut obliger les médias à respecter la proportionnalité.

 

On en finirait ainsi avec certaines impostures des grands syndicats qui, financés par des fonds publics, ne tiennent aucune comptabilité et ne justifient donc pas ce qu'il font de l'argent reçu. Exemple : le scandale de la MNEF, mutuelle du syndicat d'étudiants UNEF, qui servait de caisse noire et de circuit de financement occulte de syndicalistes, de politiciens et de leurs amis.

 

Les syndicats, coordinations, associations, etc. qui bénéficient d'une audience disproportionnée ont donc une influence disproportionnée, ce qui fausse le fonctionnement de la démocratie.

1.9                 Les contraintes du métier de journaliste

J'ai souvent accusé des journalistes dans ce texte. Il faut savoir à leur décharge qu'un journaliste est constamment sujet à deux exigences contradictoires :

§           Celles de sa hiérarchie, motivée par les profits et le respect d'une ligne éditoriale, avec ses contraintes politiques et idéologiques, ainsi que par les restrictions d'indépendance telles que l'appartenance à une holding financière ;

§           Celles de la déontologie de la profession, de l'éthique personnelle et de la qualité de l'information. Leur respect demande souvent, pour chaque information diffusée, plus de temps que la hiérarchie n'en accorde et plus de liberté personnelle.

En plus de ces exigences, certains journalistes courent des risques personnels graves, comme en témoigne le Bilan 2003 de Reporters sans frontière (http://www.rsf.fr), qui signale pour cette année-là :

§           42 journalistes tués, notamment en Asie et Moyen-Orient (contre 25 en 2002) ;

§           766 journalistes interpellés (692 en 2002) ;

§           1460 journalistes agressés ou menacés (1420 en 2002) ;

§           501 médias censurés (389 en 2002).

 

Au 1er janvier 2004, il y avait dans le monde 124 journalistes et 61 cyberdissidents emprisonnés.

2.     Comment les médias peuvent aider la démocratie

2.1                 Une tâche difficile

Les gens n'aiment pas être obligés de modifier leur comportement. Quelles que soient les solutions que je préconiserai pour que les médias servent mieux la démocratie, elles demanderont à des journalistes, des patrons de presse et des directeurs de l'information de chaînes de travailler autrement. Elles demanderont aux politiciens, au pouvoir ou dans l'opposition, d'informer plus et mieux le peuple des problèmes et des solutions proposées. Et, sachant que les citoyens ne s'intéressent pas assez à l'information politique et économique, il faudra obtenir de chacun qu'il consacre plus de temps et d'attention à ce sujet. La réaction de toutes ces personnes est prévisible : allez au diable ! Je ne dois donc guère entretenir d'illusions sur ce que je réussirai avec les propositions que je ferai dans cette deuxième partie de livre.

 

Mes propositions seront d'autant moins acceptées que les reproches de la première partie m'ont rendu antipathique : aucun des acteurs concernés n'aime les reproches, surtout lorsqu'ils sont justifiés. C'est ennuyeux, car pour réussir mes propositions ont besoin du concours actif de ces acteurs : on n'améliorera pas le service rendu par les médias à la démocratie contre la volonté de tous les acteurs concernés, ou s'ils ne font rien. Or ces propositions auront besoin d'abord d'être connues, c'est-à-dire que les médias acceptent de les faire connaître ; et comme je les ai critiqués et que je leur demande des efforts, ils ont d'excellentes raisons de ne pas en parler. Il ne reste donc qu'une solution : une diffusion gratuite sur Internet, indépendamment des autres médias, en comptant sur le bouche à oreille.

 

Inutile aussi d'espérer publier sur papier chez un éditeur. D'abord mon texte aborde un sujet qui n'intéresse pas les foules. Ensuite, pour qu'un livre se vende il faut que les médias en parlent ; et comme un éditeur réaliserait qu'aucun ne le fera…

 

Ma tâche est donc difficile. Je ne peux espérer qu'apporter des idées à ceux qui voudront bien les lire, en espérant qu'elles germent et portent des fruits dans les esprits fertiles. Cette situation a un avantage : une liberté totale de proposer les meilleures solutions possibles. Et Internet permettra un dialogue avec des lecteurs, donc une amélioration progressive de ce texte, ce qu'un livre imprimé interdit. Je rappelle donc que mon adresse de messagerie est à la page http://www.danielmartin.eu/adressemail.htm .

 

Nous allons maintenant faire des suggestions et indiquer des pistes de réflexion pour que les citoyens reçoivent des médias les informations nécessaires pour :

§           comprendre les situations et les événements en politique et économie ;

§           évaluer les solutions proposées par les politiciens, les syndicalistes, etc.,

c'est-à-dire pour pouvoir se faire une opinion et l'exprimer en connaissance de cause.

 

2.2                 Actions du gouvernement

2.2.1             Parler aux Français

Aujourd'hui, la classe politique ne parle pas assez aux Français. La plupart des politiciens sont coupés du peuple.

 

Cela tient d'abord à leur homogénéité culturelle : beaucoup sont issus de la même école, l'ENA, où on enseigne une façon d'aborder les problèmes plus centrée sur les dossiers que sur les communications (voir [57]).

 

Il y a ensuite la forte proportion de fonctionnaires, qui ont l'habitude de se tenir à une certaine distance de leurs administrés, de s'abriter derrière des textes et de ne guère expliquer leur action. C'est ainsi que, sous le gouvernement Jospin, la moitié des députés étaient issus de la fonction publique. Comment s'attendre, alors, à ce qu'ils votent des lois qui imposent aux fonctionnaires un service minimum, des réorganisations, des efforts supplémentaires ou des baisses d'effectifs ? C'est d'autant moins possible que, s'ils ne sont pas réélus, ils voudront réintégrer leur administration d'origine, où ils risquent d'être fort mal reçus s'ils ont voté de telles lois.

 

Il y a aussi, chez de nombreux politiciens, originaires de la fonction publique ou simplement de gauche, un rejet instinctif du profit, de l'économie de marché et de l'initiative individuelle. Comme les hommes ont tendance à trouver faux ce qu'ils n'aiment pas (citation de Blaise Pascal), ces politiciens ont tendance à ne pas adhérer aux lois économiques, libérales par nature. Ils les ignorent ou les considèrent tout au plus comme un mal nécessaire, voire comme une contrainte imposée par la mondialisation, l'OMC, les multinationales, les Américains ou l'Union européenne.

 

Lorsqu'une situation économique ou politique demande un choix entre une solution plus libérale et une solution plus étatique, non seulement ils rejettent instinctivement la première au profit de la seconde, mais ils refusent d'expliquer ce choix à leurs concitoyens par des considérations objectives liées aux lois économiques. Ils mettent en avant des notions de justice sociale, d'écologie, etc., basées sur des critères moraux, mais sans justification économique objective, c'est-à-dire fréquemment irréalistes.

 

Les débats contradictoires entre des libéraux et ces politiciens de gauche sont donc souvent des débats de sourds, chaque camp se basant sur des critères différents de domaines sans rapport entre eux, domaine d'objectivité économique contre domaine de morale.

 

Il arrive aussi que ces politiciens préconisent une solution économiquement absurde, parce que, refusant de raisonner selon les lois économiques, ils n'en ont pas vu l'absurdité.

Exemple : lorsqu'on recommande, pour mieux payer les salariés d'une entreprise, que celle-ci prélève l'argent sur la rétribution des actionnaires, on ne réfléchit pas aux conséquences. Une telle décision diminue immédiatement les bénéfices de l'entreprise, donc la rentabilité pour un actionnaire d'y investir ses économies. Cela entraîne d'abord une forte baisse de la valeur des actions de l'entreprise, si celle-ci est cotée en bourse, donc pour les retraités détenteurs de ces actions une dévaluation de leurs économies, en plus de la baisse des dividendes qu'ils en tiraient pour vivre : l'argent donné aux salariés a donc été pris aux retraités, ce qui n'est pas forcément juste.

Cela entraîne ensuite un refus d'autres personnes d'investir dans cette entreprise peu rentable. Pour se développer ou simplement lutter contre ses concurrents, l'entreprise, qui a besoin d'investir, sera obligée de recourir à l'emprunt, solution beaucoup plus coûteuse que l'augmentation de capital. Elle investira donc moins, ou le fera en sacrifiant encore un peu plus sa rentabilité, ce qui rendra encore plus difficiles des investissements futurs, etc. Au bout de quelques années, elle sera battue par ses concurrents, qui ont sorti de nouveaux produits ou des produits moins chers, grâce à des investissements. Elle perdra alors des marchés, ses ventes baisseront et elle devra licencier, ou accepter d'être rachetée à vil prix par un concurrent plus sain ; celui-ci commencera pas la restructurer pour la rendre plus productive, en général en licenciant au passage.

On voit donc que trop payer les salariés au détriment des actionnaires n'est pas une solution valable à long terme. Il est clair aussi que trop rétribuer les actionnaires, en maintenant les salaires très bas, fait fuir les salariés vers d'autres emplois, ce qui handicape l'entreprise. Il faut donc un équilibre entre les rétributions des salariés et des actionnaires, équilibre qui définit la juste rétribution de chaque catégorie en fonction du contexte extérieur à l'entreprise.

Il est donc indispensable que les citoyens aient ces réalités et ce type de raisonnement présents à l'esprit, quand ils évaluent une solution proposée et jugent ceux qui la proposent. Il faut donc qu'ils les apprennent quelque part. C'est à la classe politique de les leur apprendre, en passant par les médias, par l'enseignement, ou par des textes disponibles en librairie ou sur Internet.

 

Les citoyens ont besoin d'une vision politique. Ils ont besoin de connaître et de comprendre la direction dans laquelle le gouvernement conduit le pays, et celle que propose chaque formation politique. Ils ont besoin de comprendre les justifications avancées pour chaque vision, pour y adhérer. En l'absence de telles visions, les citoyens ne voient pas les progrès que la classe politique prétend apporter à leur situation matérielle, à leur sécurité, à leur santé, etc. Ils estiment alors que les politiciens n'ont pas de vision, que ce sont de purs opportunistes qui ne cherchent qu'à être élus et se désintéressent de leurs problèmes. Pas de vision implique pas d'espoir, ce qui a des conséquences très néfastes :

§           Ayant peur de l'avenir, les gens épargnent au lieu de consommer, ce qui freine l'économie, réduit les investissements donc les embauches ; et ils refusent d'avoir des enfants ;

§           Les politiciens dont les citoyens attendent en vain une vision sont rejetés, ce qui leur fait perdre des voix au profit de politiciens extrémistes qui en ont, eux, exprimé une. Psychologiquement, les citoyens ont besoin que chacun de ceux qui les gouvernent ait des qualités de chef, à qui ils peuvent faire confiance, et il n'y a pas de chef sans vision.

 

Un politicien qui ne parle pas régulièrement aux citoyens de leurs problèmes, en expliquant que son action, conforme à sa vision, s'efforce de les résoudre, est coupé de ces citoyens ; il est pour eux un personnage lointain, vivant dans un autre monde et qui ne fait rien pour eux. Lorsque ce politicien a une fonction éminente, comme le Chef de l'Etat, le Premier ministre, etc., s'il manque à ce devoir d'expliquer sa vision et ce qu'elle apportera aux citoyens pour leurs problèmes concrets, il fait une grave erreur.

 

Les citoyens ont aussi besoin, pour chaque problème que le gouvernement promet de résoudre, de connaître et comprendre les détails de cette solution. En somme, une vision ne suffit pas, il faut du concret. Avant chaque loi importante, le ministre responsable ou le Premier ministre devrait venir à la télévision expliquer le problème et ce qu'il compte faire, en prenant le temps nécessaire et sans interruption de journaliste.

 

Aucun sujet qui interpelle les citoyens ne doit être tabou pour le gouvernement, y compris ceux qui fâchent. Un sujet non abordé est automatiquement exploité par ses opposants, et les journalistes y voient une faiblesse du pouvoir ou un désir de cacher quelque chose. Un sujet non abordé est souvent l'occasion de procès d'intention. Par contre, aucun sujet en cours d'étude par le gouvernement ne doit faire l'objet de déclarations autres que "nous y travaillons", parce que de telles déclarations pourraient être mal interprétées.

 

Les explications des politiciens doivent convaincre.

§           Elles doivent donc parler au cœur des citoyens autant qu'à leur esprit. A chaque fois qu'un sujet est abordé, il faut d'abord convaincre le public cible qu'il est concerné, puis que la solution présentée lui sera bénéfique. C'est là que les spécialistes de la communication ont un rôle important à jouer.

§           Elles doivent utiliser une forme de communication adaptée au public cible et au contenu : discours - même long, interview, article dans la presse. Dans ce dernier cas, son existence doit être signalée à la radio et la télévision, et le texte doit être publié sur Internet. La "petite phrase" qu'adorent les journalistes est dangereuse, parce que trop facile à mal interpréter et à sortir du contexte.

 

Le droit de réponse d'opposants politiques est sacré. Mais pour ne pas que les polémiques durent si longtemps à la télévision qu'elles lassent, les argumentations doivent finir par être publiées par écrit. Le mécanisme des forums de discussions Internet ("news") convient, sachant qu'aujourd'hui la grande majorité des gens qui lisent facilement accèdent au réseau, et que les réfractaires à l'informatique sont rares.

 

Il faut, en plus, des émissions de suivi de l'actualité, organisées par exemple sous forme de débats. Mais, contrairement à ce qui se fait aujourd'hui, il faut laisser à un intervenant le temps de s'exprimer, même s'il parle plusieurs minutes. Au lieu de s'impatienter et de l'interrompre après quelques dizaines de secondes, un animateur devrait juger de l'intérêt de ce que l'intervenant apprend aux téléspectateurs, et le laisser continuer tant que cet intérêt est soutenu. C'est tout un art. Il exige que l'animateur se soit documenté sur le sujet avant l'émission, qu'il suive les débats et fasse de temps en temps des synthèses de ce qui vient d'être dit.. L'exemple à ne pas suivre est celui de l'animateur de "100 minutes pour convaincre".

2.2.2             La formation à l'économie

Le citoyen du XXIème siècle ne peut plus se passer d'un minimum de connaissances en économie et en informatique, sans lesquelles il ne peut comprendre le monde où il vit et participer à sa gestion. L'acquisition de cette culture économique de base doit commencer dès l'école, pour que ses principales définitions et mécanismes importants soient assimilés.

2.2.2.1                        Pour les jeunes

Dès l'école, il faut que les jeunes aient compris l'importance de les connaître, pour participer à la vie de la société, c'est-à-dire ne pas être exclus, ne pas "se faire avoir" par des promesses politiques utopiques. Ils apprennent plus vite que les adultes et n'ont pas, comme certains d'entre eux, une peur instinctive de l'informatique. Ils doivent savoir trouver sur Internet des statistiques économiques, des textes réglementaires ou des rapports publics. Ils doivent aussi pouvoir en évaluer la pertinence et l'objectivité, participer à des forums électroniques de discussion et interroger des administrations sur des procédures ou des droits.

 

N'ayant jamais enseigné l'économie, je ne suis pas qualifié pour décrire le programme à enseigner et la manière de le faire. Je me contente donc de suggérer que l'on fournisse à tous les élèves de 16 ans ou plus des bases d'économie. On pourra s'inspirer d'efforts comme MELCHIOR [108] de l'Institut de l'entreprise, qui aide les professeurs des lycées à aborder les sciences économiques et sociales. MELCHIOR offre sur son site :

§           Une base de données économiques à jour qu'on peut interroger ;

§           Des plans de cours très clairs et concrets ;

§           Des tests et exercices ;

§           Un glossaire ;

§           Une bibliographie ;

§           Etc.

 

Parmi les plans de cours disponibles, on trouve des sujets comme :

§           Croissance, développement, changement social

§           Capital, investissement et progrès technique ;

§           Travail et emploi ;

§           Internationalisation des échanges et mondialisation ;

§           Intégration et solidarité ;

§           Conflits et mobilisation sociale ;

§           Stratification sociale et inégalités ;

§           Intégration européenne et politiques économiques et sociales.

2.2.2.2                        Pour les adultes

Pour la formation des adultes, qui doit être distillée à doses homéopathiques de deux minutes maximum dans les journaux télévisés (seules émissions qui touchent au moins la moitié d'entre eux), on peut s'inspirer de textes comme le petit ouvrage de vulgarisation [91], qui explique très simplement, très clairement, des faits et des lois économiques comme :

§           Le PIB de la France croît, mais de moins en moins vite et moins vite que ceux de ses partenaires l'Irlande et le Royaume-Uni, ou celui des Etats-Unis ;

§           En 1981, après le deuxième choc pétrolier, le taux de chômage était le même en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis : 7%.
20 ans après, il était de 9% en France, 5% au Royaume-Uni, 6% aux Etats-Unis ;

Dans les périodes de forte croissance économique mondiale, le chômage baisse 3 fois plus vite au Royaume-Uni qu'en France ;

§           Les variations de l'emploi suivent les variations de la croissance avec un délai de 6 mois : c'est la croissance qui crée l'emploi, pas le contraire ;

§           La croissance de la production précède celle de l'emploi, qui précède celle de la consommation ; c'est donc en favorisant la production, c'est-à-dire le travail, qu'on fait baisser le chômage et augmenter le niveau de vie ;

§           La relance par la consommation, aux frais de l'Etat c'est-à-dire d'emprunts, ne peut être qu'un coup de pouce dans des circonstances exceptionnelles ; elle ne peut pas durablement générer des emplois ou de la croissance ;

§           Quand les profits des entreprises baissent, l'emploi baisse 9 mois plus tard ; quand ces profits montent, l'emploi monte neuf mois plus tard ; explication : les profits génèrent l'investissement, qui génère l'emploi un peu plus tard ;

§           Seule une baisse des dépenses de l'Etat, donc des impôts, favorise durablement la consommation et l'investissement, donc le travail, etc.

 

Chaque émission d'information économique doit être accompagnée d'un texte sur Internet, pour les téléspectateurs qui voudraient revenir sur les faits ou les raisonnements. Et ils doivent aussi pouvoir accéder, facilement et gratuitement, à un dictionnaire des termes économiques comme [112].

2.2.3             Un électeur = une voix, mais une voix récompensée

Dans la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 [50], l'article 1er commence par :

"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits."

De ce fait, lors d'un vote chaque citoyen dispose d'une voix, comme les autres citoyens. Si un citoyen avait une voix et un autre plusieurs voix, leurs droits seraient inégaux. C'est pourquoi la démocratie donne le même poids au vote de chaque citoyen, sans se préoccuper de la manière dont ce citoyen est parvenu à l'opinion qu'il exprime par son vote.

 

Si, par exemple, un citoyen était mal informé et qu'il a cru des promesses électorales manifestement utopiques, tant pis : son opinion compte autant que celle d'un autre citoyen mieux informé, qui a refusé de se laisser tromper par les promesses fallacieuses. Et si les citoyens qui se sont fait avoir sont plus nombreux que les autres, c'est leur choix qui prévaudra et conduira à une politique absurde.

 

Ce risque est si réel et si considérable qu'il m'a poussé à écrire ce livre, dans l'espoir qu'avec son diagnostic et ses propositions il y aurait un jour davantage de citoyens bien informés.

 

La plus grosse différence de niveau d'informations est entre deux citoyens qui sont, l'un politicien professionnel, et l'autre citoyen ordinaire. Le premier a bien plus de chances de connaître la réalité de la situation économique et les lois (de l'économie et de la République) que le second. Le premier peut donc, pour se faire élire, proposer des solutions irréalistes, sans que le second s'aperçoive de leur utopie. Nous avons vu plusieurs exemples dans le texte qui précède.

 

Il y a un risque analogue en économie, «l'asymétrie d'information», situation qui entraîne toutes sortes de distorsions dans les comportements économiques. Exemples tirés de l'encyclopédie Universalis :

"La relation prêteur-emprunteur est fondamentalement perturbée par des problèmes d’asymétrie d’information : l’emprunteur a plus d’informations que le prêteur sur ses propres possibilités de remboursement, sur la qualité des projets qu’il cherche à financer et sur sa capacité à les mener à bien."

"L’asymétrie d’information constitue la cause des paniques bancaires, les déposants se ruant, pour en retirer leur argent, sur les banques solvables, comme sur celles qui ne le sont pas pour la raison qu’ils ne peuvent pas faire la distinction entre ces deux types de banques."

"A défaut de connaître le futur et de pouvoir prendre des décisions rationnelles, les parties contractantes ne s’engageront sur le marché (du travail, du crédit, du foncier, etc.) qu’à travers des contrats négociés entre eux. L’information de ces parties contractantes est cependant asymétrique : acheteurs et vendeurs ne disposent pas des mêmes informations sur les biens qu’ils échangent. D’où une inégalité entre le «mandant» et le «mandataire», le mandataire pouvant exploiter sa rente informationnelle au détriment du mandant."

 

Il y a asymétrie d'information entre le citoyen qui vote et le politicien professionnel qui lui propose un programme électoral, ce qui peut conduire des électeurs à des choix absurdes. Pour réduire ce risque, la seule solution est de mettre à la disposition de tous les citoyens la culture économique et les informations factuelles nécessaires, ce pourquoi je propose des solutions dans ce livre.

 

On peut craindre que l'asymétrie d'information économique et politique persiste tant que chaque citoyen n'est pas devenu un spécialiste, c'est-à-dire un économiste distingué et un politicien chevronné, mais ce n'est pas le cas en pratique. On constate, en effet, que neuf fois sur dix les propositions contestables faites par certains politiciens sont si grossièrement irréalistes qu'il est facile de s'en apercevoir avec un minimum de connaissances et de réflexion : nous en avons vu des exemples ci-dessus. En outre, un débat dans les médias (où des opposants critiquent chaque proposition) a d'autant plus de chances d'éclairer le public que celui-ci a les connaissances nécessaires pour le suivre.

 

Nous avons vu aussi que les Français ne s'intéressent pas assez à la politique. Je propose donc des mesures pour les encourager à s'y intéresser davantage :

§           Combattre l'indifférence, qui se manifeste par l'abstention, en offrant aux électeurs une prime de vote, c'est-à-dire de l'argent lorsqu'ils prennent la peine de voter. Il suffirait d'une somme minime, prélevée sur le budget de l'Union européenne, de l'Etat, de la région, etc., selon la consultation. Un impôt sur tous les citoyens, comme la TVA ou la CSG, servirait à le financer. En somme, l'ensemble des votants et des abstentionnistes se cotiseraient pour récompenser les premiers de leur sérieux.

§           Combattre l'incompétence en matière d'économie et de politique, en vérifiant que l'électeur a un minimum (modeste !) de connaissances de base, et s'est donné la peine de suivre les débats sur les enjeux de l'élection considérée. On peut imaginer un test, utilisant un imprimé avec des cases à cocher affiché par l'écran informatique d'une machine à voter, où les questions seraient choisies aléatoirement dans une longue liste. Ce procédé diminuerait le risque de voir un électeur dévoiler les questions à un autre avant qu'il vote. Selon le résultat du test, la prime de vote précédente serait plus ou moins élevée, et les citoyens seraient d'autant plus récompensés qu'ils sont sérieux.

L'avantage de cette mesure, en plus de la motivation des électeurs, est de faire connaître, par une statistique des réponses aux questions du test, quels sont les domaines mal connus des électeurs, ou mal compris, qu'il faut donc leur expliquer.

2.2.4             Faire respecter les règles par "l'autorité des médias"

En France on a l'habitude d'utiliser des limitations écrites (lois et règlements) pour dire ce qui est interdit, ce qui est permis et dans quelles conditions. Il est clair qu'aujourd'hui les médias ne sont pas tenus de respecter des règles de qualité de l'information et de déontologie comme celles que nous avons vues précédemment. Il faut donc que le législateur les décrive, décrive les sanctions encourues en cas de non-respect et mette en place un organisme de contrôle qu'on appellera "autorité des médias" à qui il attribuera une certaine autorité.

 

Le premier problème d'un tel organisme est son indépendance : s'il est nommé - ne serait-ce qu'en partie - par le pouvoir exécutif, comme le CSA actuel, il y a un risque. Il faut donc qu'il comprenne des représentants des citoyens, par exemple les membres du bureau d'une "association pour la qualité des informations politiques et économiques." Il faut aussi qu'il comprenne des représentants des sociétés de médias et des représentants des journalistes, pour que ses délibérations et recommandations soient raisonnables et équilibrées. L'idéal serait qu'il y ait autant de représentants du public que de représentants des professionnels de l'information. Mais pour être indépendant, il ne doit en aucun cas comprendre de représentant des pouvoirs exécutif, législatif ou judiciaire.

 

Une fois constituée, l'autorité des médias doit pouvoir se faire écouter de ceux-ci. Si chacune de ses recommandations doit faire l'objet d'une loi ou d'un décret, le mécanisme sera trop lourd, donc trop lent, et trop politique parce que dépendant des pouvoirs législatif et exécutif. Il vaut mieux qu'elle ait un pouvoir indirect, comme celui, garanti par la loi, de retirer sa licence à un média ou un journaliste qui refuse de l'écouter, ou celui de faire pression sur eux par l'intermédiaire de l'opinion publique.

 

Cette autorité doit pouvoir s'auto-saisir ou être saisie par des citoyens qui ont un reproche à formuler à un média ou au gouvernement, ou un souhait pour être mieux informés. En ce XXIème siècle, Internet est un excellent moyen pour cela, en plus de la poste. Il faut que l'autorité puisse faire appliquer la règle suivante :

Tout citoyen qui peut prouver, de manière incontestable, qu'un média a failli au devoir de respect de la qualité de l'information, peut saisir l'autorité dans un délai raisonnable, en fournissant ses preuves. L'autorité doit examiner ces preuves et, si elle juge qu'un média a failli à l'obligation de qualité, lui imposer de rectifier dans les plus brefs délais.

 

Elle doit se faire une opinion sur les problèmes en fonction des règles de qualité et de déontologie préalablement adoptées. Elle doit aussi pouvoir proposer de nouvelles règles ou des modifications de règles existantes.

Exemple de buts d'une telle autorité, le "conseil de presse"

Voici, selon [101] page 92, un extrait de l'article 2 des statuts du "Press Council" britannique, qui a existé de 1963 à 1990 :

"Les buts assignés au Conseil sont les suivants :

1. préserver la traditionnelle liberté de la presse britannique ;

2. maintenir la presse britannique au plus haut niveau de qualité professionnelle et commerciale ;

3. examiner des plaintes au sujet du comportement de la presse ou du comportement de certaines personnes ou institutions vis-à-vis de la presse [...] ;

4. surveiller les évolutions susceptibles de restreindre la diffusion d'informations intéressantes et importantes pour le public ;

5. publier des rapports sur toute évolution menant vers une plus forte concentration ou un monopole dans la presse [...] et publier des données statistiques à ce sujet ;

6. intervenir quand les circonstances l'exigent auprès du gouvernement, des Nations unies et des organisations de presse à l'étranger ;

7. publier régulièrement des rapports sur ses travaux [...]."

 

Fin 1990, le "Press Council" britannique a été dissous et remplacé par le "Press Complaints Commission" (Commission des plaintes contre les journaux), organisme indépendant du gouvernement, selon [101] page 123.

Et si le gouvernement ne fait rien ?

Lorsqu'un gouvernement veut résoudre un problème, il lui faut des ressources (argent, etc.) ou au minimum déranger des gens, qui n'ont pas intérêt ou pas envie de changer leurs habitudes. Pour qu'il agisse, il faut donc que le nombre de gens qui approuveraient son action soit très supérieur à celui des gens qui seraient contre, faute de quoi il perdrait des voix aux prochaines élections. En somme, un gouvernement n'anticipe presque jamais sur un problème, il ne s'y attaque que lorsqu'une majorité de ses citoyens (plus exactement : de sa base électorale) est motivée pour qu'il agisse.

 

Exemple : un gouvernement ne dépense d'argent pour construire des digues qu'après une inondation qui a déjà fait des ravages (plus exactement : une inondation dont les médias se sont fait l'écho).

 

Le public français n'étant pas, aujourd'hui, conscient de la gravité du dysfonctionnement de sa démocratie par manque d'information politique et économique, il n'y a guère de chances qu'un gouvernement s'intéresse au problème. Il n'y a guère de chances qu'un candidat mette dans son programme électoral une solution à ce problème.

 

Les citoyens désirant une information politique et économique de qualité doivent donc agir par eux-mêmes, pour obtenir une prise de conscience des autres citoyens et du gouvernement. Et, comme je l'ai souligné plus haut, ils ne pourront guère compter sur la bonne volonté des médias pour amplifier cette prise de conscience.

 

L'urgence de la situation ne justifiant pas la violence (qui attirerait l'attention des médias) on ne peut pas, par exemple, réunir des manifestants pour démonter le mobilier de la rédaction d'une chaîne de télévision, comme José Bové a "démonté" un McDonald's. La violence n'est justifiée que dans les cas d'échec patent de la démocratie, où le peuple qui souffre ne peut se faire entendre sans violer la loi. Nous n'en sommes pas du tout là en France, heureusement ; c'est pourquoi le démontage de M. Bové a été condamné.

 

Il ne reste donc que la possibilité de regrouper les citoyens et journalistes conscients du problème en une association qui dénoncera les dysfonctionnements des médias, proposera des remèdes et agira dans le cadre légal, par des publications sur Internet, des manifestations, des pétitions, etc. Il faudra beaucoup de patience, de persévération.

2.3                 Comportement des médias

A part quelques dérapages signalés plus haut, les quotidiens nationaux et les magazines couvrent correctement l'information politique et économique. Il y a, bien sûr, des différences considérables entre des quotidiens comme Le Monde et Le Figaro, d'une part, et Libération et Le Parisien d'autre part : ils ne s'adressent pas au même public. Certains offrent même des forums Internet de discussion ; ceux-ci permettent aux citoyens de s'exprimer sur des sujets d'actualité et, à ceux qui comme moi s'intéressent à leurs réactions, d'avoir une idée de ces réactions.

 

Les chaînes de télévision couvrent l'information politique et économique de manière trop superficielle, nous l'avons vu précédemment. Voici des suggestions pour que cela change.

2.3.1             Respect des règles de qualité de l'information

Les règles de qualité ont été énoncées précédemment d'un point de vue du public consommateur d'informations politiques et économiques. Si une seule de ces règles est violée, l'information diffusée est de moindre qualité, les citoyens sont moins bien informés ou même désinformés. Chacun doit donc recevoir les informations avec un esprit critique, pour se protéger. De leur côté, les journalistes doivent veiller à les respecter, même si cela leur demande du temps et restreint leur liberté.

2.3.2             Respect par les journalistes de règles de déontologie

Pour obtenir, vérifier, mettre en forme et diffuser des informations, les journalistes doivent aussi respecter des règles de déontologie. Voir aussi [93], [95] et [6].

2.3.3             Nécessité d'un respect non imposé

Le respect des règles de qualité et de déontologie doit venir d'abord des journalistes eux-mêmes et de leurs patrons, avant la crainte de l'autorité des médias. C'est en diffusant des informations de qualité que les médias obtiendront le respect de leur public.

 

Les médias doivent donc considérer l'autorité des médias comme un organisme paritaire de protection de la qualité des informations dans l'intérêt du public, pas comme un gendarme. Ils doivent donc collaborer avec cet lui.

 

Dans la mesure où tous les médias ont les mêmes contraintes de qualité, celles-ci n'altèrent pas leur concurrence. Bien que la qualité coûte cher, les patrons des médias ne pourront donc pas accuser ces contraintes d'être une source inacceptable de frais supplémentaires. C'est la mauvaise information et la désinformation qui coûtent trop cher au public.

2.4                 Comportement des citoyens

Les citoyens doivent s'informer des événements politiques et économiques : les médias, l'enseignement et le gouvernement doivent les en persuader. Un citoyen qui n'est pas au courant gaspille son vote, et se fait avoir par des promesses utopiques de politiciens.

 

Cette information personnelle demande du temps, environ une heure par jour. Mais elle demande aussi une attitude critique vis-à-vis des médias, par exemple la compréhension que les journaux télévisés de TF1, France 2 et France 3 sont des journaux de faits divers, à contenu politique et économique insignifiant, quand il n'est pas mauvais. Pour être bien informé en matière de politique et d'économie, il faut :

§           Choisir les journaux télévisés de chaînes comme LCI et LCP ;

§           Compléter leur information, au moins de temps en temps, par un point de vue non-français, par exemple en écoutant CNN ou BBC World (chaînes en anglais difficile, hélas) ;

§           Suivre des émissions comme "C dans l'air", "France Europe Express" ou "Une fois par mois", ainsi que "100 minutes pour convaincre/comprendre" ;

§           Lire un quotidien de référence, comme Le Monde ou Le Figaro ; si possible, compléter par The New York Times ou The Washington Post, accessibles gratis sur Internet, pour avoir un point de vue américain ;

§           Lire un magazine hebdomadaire, comme Le Point, L'Express ou Le Nouvel Observateur, etc.

§           Lire quelques-uns des rapports officiels au gouvernement ou aux Nations unies sur Internet, etc.

 

Les citoyens motivés par le service que les médias doivent à la démocratie peuvent aussi se regrouper en associations, comme expliqué ci-dessus. Je vais en créer une pour cela.

3.     Sources

[1]   President Bush Discusses Freedom in Iraq and Middle East
téléchargé le 10 novembre 2003 de
http://www.whitehouse.gov/news/releases/2003/11/20031106-2.html

 

[2]   Suède : le vrai bilan de la libéralisation postale - par Anna Stellinger - Le Figaro économie du 01/12/2003 page VII. Cet article fait référence au document publié par ATTAC Le Service Public, téléchargé le 09/12/2003 de la page http://www.local.attac.org/finistere/AttacBrest-ServicePublic.pdf .

 

[3]   Statistiques internationales d'assurance chômage, harmonisées pour les différents pays en accord avec les critères du Bureau International du Travail (BIT).

http://www.assedic.fr/unipublics/index.php?idarticle=10569, téléchargé le 01/12/2003

En septembre 2003, le taux de chômage était de 5,5% en Suède et de 9,5% en France.

 

[4]   La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak

Par Alain Hertoghe, chez Calmann-Lévy (octobre 2003)

 

[5]   Bilan du premier tour de l'élection présidentielle 2002 publié par le Conseil constitutionnel le 24/04/2002.

 

[6]   Association américaine pour des médias équitables : FAIR http://www.fair.org/

 

[7]   Définition : "l’opinion publique" est une force sociale résultant de la similitude de jugements portés sur certains sujets par une pluralité d’individus et qui s’extériorise dans la mesure où elle prend conscience d’elle-même. (Georges BURDEAU, professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris, dans l'article Opinion publique de l'encyclopédie Universalis).

 

[8]   Médias et sociétés 10ème édition, par Francis Balle, éditions Montchrestien

 

[9]   La face cachée du Monde - Du contre-pouvoir aux abus de pouvoir, par Pierre Péan et Philippe Cohen, éditions des Mille et une nuits.

 

[10] Black List - Quinze grands journalistes américains brisent la loi du silence, sous la direction de Kristina Borjesson, éditions Les arènes.

 

[11] "Bien entendu... c'est off" - Ce que les journalistes politiques ne racontent jamais, par Daniel Carton, chez Albin Michel

 

[12] Les vertus du mensonge... Information Déformation Manipulation, par Edouard Dor et Bernard Valette, chez Sens&tonka

 

[13] Maroc - La femme égale de l'homme  L'Express du 11/12/2003, pages 34-35.

 

[14] L'Express du 31/07/2003 page 16 : L'alternative Fillon

 

[15] Article de Rolf EKEUS sur les armes irakiennes http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A43468-2003Jun27.html téléchargé le 29/06/2003

 

[16] ONU : inspections encore à faire au 17/03/2003 http://www.un.org/Depts/unmovic/documents/draftWP.pdf  téléchargé le 24/03/2003

 

[17] Journal de l'UDF Démocratie info 13/01/2003 - Editorial IRAK – Notre ligne : pas de preuves, pas de guerre

 

[18] ONU : rapport Blix du 06/03/2003 http://www.un.org/Depts/unmovic/documents/6mar.pdf  téléchargé le 18/03/2003

 

[19]  ONU : rapport Blix du 07/03/2003 (résumé verbal du précédent) http://www.un.org/Depts/unmovic/SC7asdelivered.htm  téléchargé le 18/03/2003

 

[20]  ONU : résolution 1441 du 08/11/2002 (unanimité)  http://www.un.org/Docs/scres/2002/sc2002.htm  téléchargé le 28/01/2003

 

[21] ONU : rapport Blix du 27/01/2003 http://www.un.org/Depts/unmovic/Bx27.htm  téléchargé le 28/01/2003

 

[22] Livre blanc Justice et édition : plaidoyer pour une justice adaptée, par le Syndicat national de l'édition

 

[23] La stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d'Amérique http://www.whitehouse.gov/nsc/nss.pdf  téléchargé le 21/09/2002

 

[24] Charte des Nations unies (définitions : légitime défense et agression) http://www.un.org/french/aboutun/charter.htm téléchargé le 06/10/2002

 

[25] Définition ONU de l'agression : résolution 3314 de l'Assemblée générale des Nations unies du 14/12/74  http://www.jurist.law.pitt.edu/3314.htm  téléchargé le 06/10/2002

 

[26] Discours de M. Colin Powell au Conseil de sécurité le 05/02/2003  http://www.whitehouse.gov/news/releases/2003/02/20030205-1.html  téléchargé le 07/02/2003

 

[27] ONU : résolutions du Conseil de sécurité de 1946 à 2003  http://www.un.org/documents/scres.htm  téléchargé le 28/01/2003

 

[28] ONU : résolution 687 du 03/04/1991  http://www.un.org/Docs/scres/1991/scres91.htm  téléchargé le 23/01/2003

 

[29] ONU : rapport S/1999/94 du 29/01/1999 sur l'armement de l'Irak et ses efforts de dissimulation (Incroyable !http://www.un.org/Depts/unscom/s99-94.htm  téléchargé le 25/01/2003

 

[30] Propositions pour la France - Chiffres et argumentaires par Daniel Martin, éditions Godefroy de Bouillon (2002).

 

[31] Encyclopédie Universalis 8, articles Populisme et Berlusconi

 

[32] Encyclopédie Universalis 8, article L'année politique 1996 - Une opinion désenchantée

 

[33] Contribution [d'ATTAC] à la Convention sur le futur de l’Europe, téléchargé du site http://france.attac.org/site/page.php?idpage=1393&langue le 13/11/2003 à l'occasion du Forum social européen (FSE).

 

[34] CHARTE DES DROITS FONDAMENTAUX DE L'UNION EUROPÉENNE, texte téléchargé le 17/12/2003 de http://europa.eu.int/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2000/c_364/c_36420001218fr00010022.pdf

 

[35] Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/p1946.htm cité dans la Constitution française de 1958 http://www.legifrance.gouv.fr/html/constitution/constitution2.htm ,modifiée à 17 reprises depuis (voir http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/modif.htm )

 

[36] Contribution à la critique de l’économie politique par Karl Marx (1859). Dans cet ouvrage, Marx décrit les principes du "matérialisme historique", dont voici des extraits :

"Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur quoi s’élève une superstructure juridique et politique et à laquelle correspondent des formes de conscience sociales déterminées."

"A un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale."

"Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. A grands traits, les modes de production antique, féodal et bourgeois moderne peuvent être qualifiés d’époques progressives de la formation sociale économique. Les rapports de production bourgeois sont la dernière forme antagonique du processus de production sociale, non pas dans le sens d’un antagonisme individuel, mais d’un antagonisme qui naît des conditions d’existence sociale des individus ; cependant les forces productives qui se développent au sein de la société bourgeoise créent en même temps les conditions matérielles pour résoudre cette contradiction. Avec cette formation sociale s’achève donc la préhistoire de la société humaine."

 

Marx considère le matérialisme historique comme une science, dont il énonce les principes et les lois, et dont il déduit une prédiction fondamentale : le capitalisme ira inéluctablement à sa perte, lors de la révolution prolétarienne.

 

Mais hélas Marx s'est trompé, en ne prévoyant pas le progrès social d'une société capitaliste, la possibilité pour les travailleurs de progresser en niveau de vie, grâce à l'action syndicale et au rôle redistributeur de l'Etat dans une démocratie. Il n'a pas prévu, non plus, le progrès technique, permettant des innovations et une meilleure productivité du travail. Il n'a pas vu qu'innovations et meilleure productivité permettraient à leur tour une croissance des profits d'une entreprise. Il pensait que la seule manière pour une entreprise d'augmenter ses profits était d'en pousser une autre à la faillite, de la racheter ou de moins payer ses salariés, donc que l'activité économique était stable, qu'elle ne pouvait croître de manière significative. Cette pensée économique erronée a conduit le gouvernement Jospin à la théorie du partage forcé du travail existant, donc à la RTT et ses "35 heures", alors que tous les autres pays ont favorisé la croissance économique et l'accroissement du travail.

 

Loin d'aller vers la société communiste idéale, que Marx voyait comme phase ultime de l'évolution de l'humanité, les divers régimes communistes n'ont engendré que misère matérielle et négation des libertés humaines.

 

[37] Quotidien Le Parisien http://www.leparisien.fr/home/index.htm

 

[38] Magazine Paris Match http://www.parismatch.com/

 

[39] Les génies de la science - Pascal, http://www.pourlascience.com

 

[40] Charte des Principes du Forum Social Mondial

http://www.forumsocialmundial.org.br/main.asp?id_menu=4&cd_language=3  téléchargé le 12/11/2003

 

[41] Les 21 exigences d’ATTAC pour le « traité constitutionnel »  téléchargé le 13/12/2003  http://france.attac.org/site/page.php?idpage=2763&langue=

 

[42] Portail d'accès aux divers ministères et services de l'administration française : http://www.service-public.fr/

 

[43] La documentation française http://www.ladocumentationfrancaise.fr/ : discours, rapports officiels, etc.

 

[44] Constitution, lois, règlements, conventions collectives, traités internationaux, droit communautaire, Journal officiel, jurisprudence, etc. http://www.legifrance.gouv.fr/

 

[45] Atlas mondial, Atlas géographique, Atlas des pays du monde, Atlas économique. Statistiques géographiques sur les pays du monde : http://www.centraledesnations.com/

 

[46] Le poids des apparences - Beauté, amour et gloire, éditions Odile Jacob

 

[47] L'obsession anti-américaine, par Jean-François REVEL, de l'Académie française.

[48] Ouest contre Ouest, par André Glucksmann, éditions Plon

 

[49] Dostoïevski à Manhattan, par André Glucksmann, éditions Robert Laffont

 

[50] Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, téléchargée le 24/12/2003 de la page http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/d1789.htm

 

[51] Manipulations, intox, machination : les dessous de l'affaire Baudis - L'Express n° 2725 du 25/09 au 1/10/2003, pages 80 à 89

 

[52] Dominique Baudis sur la piste de la «pieuvre» - Le Figaro du 03/10/2003 page 11. Cet article a pour surtitre :

"Blanchi de tout soupçon, l'ancien maire de Toulouse s'est mué en guerrier implacable : ce complot qui a voulu le tuer, il le démontera."

                                              

[53] Losing Trust in Auntie BEEB, Newsweek du 29/09/2003, page 30

 

[54] Article Free and Reckless, Newsweek du 11/08/2003, page 22

 

[55] Encyclopédie Universalis 8, article Agence France-Presse

 

[56] France Télévisions, page Rendez-vous politiques - Vivez la démocratie en direct http://www.francetelevisions.fr/recup_data/recup_17.php?nav_url=4_11&lg=fr&mode=html&emission=2&rubrique=1 téléchargée le 26/12/2003

 

[57] 2002, l'année de la relève, par François Bayrou, Le Figaro du 27/11/2001

 

[58] Encyclopaedia Britannica 2004, article Public Broadcasting Service

 

[59] Cahier des charges de France 2 téléchargé le 25/12/2003 : http://charte.francetv.fr/charte%20de%20l'antenne/cahier%20des%20charges%20%20france%202.htm

 

[60] Cahier des charges de France 3 téléchargé le 25/12/2003 : http://charte.francetv.fr/charte%20de%20l'antenne/cahier%20des%20charges%20%20france%203.htm

 

[61] Article Free Trade Accord at 10 : Growing Pains Are Clear, The New York Times du 27/12/2003

 

[62] Décret applicable aux éditeurs de services de télévision : Décret 92-280 du 27 mars 1992 pris pour l'application des articles 27 et 33 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 et fixant les principes généraux définissant les obligations des éditeurs de services en matière de publicité, de parrainage et de télé-achat.

Ce décret fait référence à la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de communication, et notamment le 1° de son article 27  (voir [63])
http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/Visu?cid=6598&indice=1&table=CONSOLIDE&ligneDeb=1
, téléchargé le 28/12/2003

 

[63] Loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication (Loi Léotard). Cette loi définit aussi le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/Visu?cid=6343&indice=1&table=CONSOLIDE&ligneDeb=1, téléchargée le 28/12/2003. En voici un extrait :

"Article 1 :

La communication audiovisuelle est libre."

"L'exercice de cette liberté ne peut être limité que dans la mesure requise, d'une part, par le respect de la dignité de la personne humaine, de la liberté et de la propriété d'autrui, du caractère pluraliste de l'expression des courants de pensée et d'opinion et, d'autre part, par la sauvegarde de l'ordre public, par les besoins de la défense nationale, par les exigences de service public, par les contraintes techniques inhérentes aux moyens de communication, ainsi que par la nécessité de développer une industrie nationale de production audiovisuelle."

"Le Conseil supérieur de l'audiovisuel, autorité indépendante, garantit l'exercice de cette liberté dans les conditions définies par la présente loi."

"Il assure l'égalité de traitement ; il garantit l'indépendance et l'impartialité du secteur public de la radiodiffusion sonore et de la télévision ; il veille à favoriser la libre concurrence et l'établissement de relations non discriminatoires entre éditeurs et distributeurs de services ; il veille à la qualité et à la diversité des programmes, au développement de la production et de la création audiovisuelles nationales ainsi qu'à la défense et à l'illustration de la langue et de la culture françaises. Il peut formuler des propositions sur l'amélioration de la qualité des programmes."

 

[64] Les sociétés du secteur public de l'audiovisuel  http://www.vie-publique.fr/dossier_polpublic/audiovisuel/secteurpub/societes_pub.shtml téléchargé le 28/12/2003

 

[65] Direction du développement des médias (DDM) - Plan su site http://www.ddm.gouv.fr/plan_du_site/index.html

 

[66] Les entreprises publiques de télévision et les missions de service public

Rapport de mission au ministre de la culture et de la communication, par Jean-Louis MISSIKA - décembre 1997, téléchargé le 28/12/2003

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/984000018/0000.rtf

 

[67] Site Internet qui publie cet ouvrage

 

[68] Au Travail ! par Frédéric Tiberghien, éditions Jean-Marie Laffont (paru le 05/12/2003) - Ce livre explique les idées fausses qui abondent sur l'emploi. Tous les dossiers chauds de l'actualité sont passés en revue : 35 heures ; précarité ; inégalités et discriminations ; inadaptation du droit du travail ; travail des femmes ; restructurations et chômage..., ainsi que les réformes à conduire pour rendre notre marché du travail plus efficace et plus juste.

 

[69] Article Faits religieux : cours très particuliers, L'Express du 25/12/2003 page 21

 

[70] Portail d'accès Internet de l'Union européenne : http://europa.eu.int/index_fr.htm

 

[71] Page de résultats de l'élection 1999 au parlement européen http://membres.lycos.fr/etudeurope/Europe/resultat.html

 

[72] PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat au 18/12/2003, selon les statistiques officielles de l'Union européenne, téléchargé le 31/12/2003 de la page
http://europa.eu.int/comm/eurostat/Public/datashop/print-product/FR?catalogue=Eurostat&product=2-18122003-FR-BP-FR&mode=download

 

[73] Parités de pouvoir d’achat et indicateurs économiques dérivés pour l’UE, téléchargé le 31/12/2003 de la page http://europa.eu.int/comm/eurostat/Public/datashop/print-product/FR?catalogue=Eurostat&product=KS-NJ-03-064-__-N-FR&mode=download

 

Selon ce document officiel, en prenant comme base 100 le PIB moyen par habitant à parité de pouvoir d'achat de l'Union européenne chacune des 8 années de 1995 à 2002, la comparaison de la France, de l'Allemagne, de l'Irlande et du Royaume-Uni donne le graphique suivant :

 

 

On voit que depuis 1995 :

§           Le niveau de vie des Français est resté au même niveau (~105) par rapport à la moyenne 100 de l'Union européenne ; celle-ci a progressé (inflation déduite) d'environ 10% de 1995 à 2002. Il a augmenté moins vite que celui des Espagnols, (+9%) et que celui des Finnois, (+6%.)

§           Le niveau de vie de l'Allemagne a baissé de 108 à 100, soit 8%.

§           Le niveau de vie de l'Irlande a augmenté de 90 à 125, soit 39% et dépasse largement aujourd'hui celui de la France. Et selon [3] ce pays ne compte en septembre 2003 que 4,7% de chômeurs.

§           Le niveau de vie du Royaume-Uni a augmenté de 100 à 107, soit 7%. Et ce pays ne compte que 5% de chômeurs.

§           La France et l'Allemagne, dont la croissance est mauvaise et le taux de chômage voisin de 9,5%, ont en commun un déficit structurel important dû à des transferts sociaux excessifs : allocations chômage, remboursements de sécurité sociale, etc.

§           Le Royaume-Uni et l'Irlande, au contraire, allient une croissance plus forte et un taux de chômage plus faible. Ces deux pays sont, à l'évidence, mieux gouvernés.

 

Voir aussi, ci-dessous la comparaison des taux d'activité.

 

[74] Taux d'activité comparés France - Royaume-Uni

Définition : On appelle taux d'activité le rapport de la population active à la population en âge de travailler exprimé en pour-cent.

 

La France a une population de 59,2 millions d'habitants, le Royaume-Uni de 59,9.

Dans les deux pays, la population en âge de travailler est de 44,5 millions.

 

Voici les taux d'activité comparés en 2001 de la France et du Royaume-Uni selon les pages sources suivantes téléchargées le 01/01/2004 :

http://www.retraites.gouv.fr/article59.html

http://www.senat.fr/rap/l03-059-3/l03-059-325.html

http://www.statistik.admin.ch/stat_int/fint_f.htm,

http://www.statistik.admin.ch/stat_int/fint_gb.htm

 

 

Femmes
plus de 15 ans

Hommes
plus de 15 ans

F & H 50 à 54 ans

F & H 55 à 59 ans

F & H 60 à 64 ans

F & H 65 à 69 ans

F & H 70 à 74 ans

France

48.9

62.7

75.8

49.3

9.9

2.1

0.9

Royaume
Uni

54.2

70.2

77.3

64.7

37.6

10.7

4.4

Taux d'activité (%) comparés de la France et du Royaume-Uni en 2001

 

L'âge moyen du départ à la retraite est 58,1 ans en France et 62,1 ans au Royaume-Uni.

 

Conclusions, sachant que la France et le Royaume-Uni ont mêmes populations :

§           Les Anglais sont en moyenne 10% plus nombreux à travailler que les Français.

§           Les Anglais travaillent 4 années de plus que les Français avant de prendre leur retraite, c'est-à-dire environ 10% plus longtemps sur une carrière de 40 ans.

§           Compte tenu aussi du nombre moyen d'heures travaillées ci-dessous, la prochaine génération aura d'énormes difficultés à payer les retraites de la nôtre tout en remboursant la dette colossale que nous lui laissons.

 

[75] Nombre moyen d'heures travaillées par an et par personne dans divers pays

Source : Bureau International du Travail (BIT), étude publiée le 01/09/2003

http://www-ilo-mirror.cornell.edu/public/french/bureau/inf/pr/2003/40.htm

téléchargée le 02/01/2004.

 

On y relève notamment les nombres d'heures suivants pour 2002 :
France : 1545 ; Royaume-Uni : 1710 ; Irlande 1668 ; Allemagne : 1444

 

En France, le nombre d'heures est passé de 1800 en 1980 à 1545 en 2002 (‑22%). Pendant le même temps, il est passé de 1770 à 1710 au Royaume-Uni (‑3.4%). Aujourd'hui, un Anglais travaille chaque année 10% plus longtemps qu'un Français.

 

[76] Evolution du déficit et de la dette de l'Etat depuis 1995.  -  Sources : Bilan du Monde 2003 et 2004, publié par Le Monde et Le Figaro économie du 10/03/2004.

 

 

La dette totale des administrations fin 2003 est d'environ 1000 milliards d'euros, c'est-à-dire 63% du PIB ou 16.000€ par habitant de la France. C'est plus que la limite de 60% du PIB imposée par l'Union européenne. Il ne faut pas croire qu'elle a baissé en 1999, 2000 et 2001 : la moindre proportion du PIB qu'elle a représenté alors traduit seulement une hausse, ces années-là, moins rapide que celle du PIB.

 

Le déficit 2003 de l'Etat est de 61,8 milliards d'euros (voir [118]) et l'Etat prévoit 55,1 milliards d'euros pour 2004 : la dette croîtra encore. Les baisses d'impôt décidées pour 2004, environ 3,3 milliards d'euros, seront entièrement financées par de la dette supplémentaire.

 

Si nos enfants remboursent la dette à fin 2003 en 20 ans avec des intérêts de 3% par an, chacun devra payer 1075€ par an, c'est-à-dire 4300€ pour une famille de 4 personnes ou 4% du PIB actuel, proportion colossale, correspondant à une croissance inespérée en France.

 

Et ceci suppose que la population reste la même, ce qui n'est pas possible sans une importante immigration, car notre natalité est trop faible. Ceci suppose aussi que nous cessions de faire croître la dette fin 2003, ce qui est impossible, l'Etat essayant seulement de baisser son déficit à moins de 3% du PIB (environ 1580 milliards d'euros en 2003) d'ici quelques années.

 

On voit que l'Etat dépense chaque année plus qu'il reçoit, s'endettant chaque fois un peu plus. Un jour, nos enfants devront payer ce que nous avons dépensé sans en avoir les moyens. Nous sommes en train de manger leur avenir. Comment pourrons-nous compter sur eux pour payer nos retraites en plus du remboursement de nos dettes ?

 

Les Etats-Unis ont, eux aussi, un problème non résolu de croissance de la dette de l'Etat fédéral : voir [87].

 

[77] Programme du Parti Socialiste pour les élections 2001 La vie en mieux, la vie ensemble, paragraphe 1.1 Une France plus solidaire, une société plus ouverte, extrait :

"Pour l’emploi, nous avons mis en place les 35 heures qui s’appliquent aujourd’hui à plus de la moitié des salariés et ont déjà créé 400 000 emplois..."

 

[78] La dictature des syndicats par Bernard Zimmern (X, ENA), publié chez chez Albin Michel en octobre 2003. Ce remarquable ouvrage du fondateur de l'IFRAP http://www.ifrap.org/ permet de comprendre l'extraordinaire puissance des syndicats de la fonction publique et leur pouvoir de bloquer toute réforme qui diminuerait le nombre de fonctionnaires ou leurs incroyables privilèges.

Voir aussi "Pour des syndicats utiles" http://www.danielmartin.eu/Syndicats/Syndicats-Utiles.htm .

 

[79] Quotidien Al-Sharq al-Aswat, citation du chroniqueur Mushari Al-Dhayidi rapportée par Le Figaro des 3 et 4/01/2004, page 8 :

"L'heure est venue pour nous de lire l'Histoire et le présent comme ils sont et non comme nous souhaitons qu'ils soient. Ces couches épaisses de mensonge et d'ignorance qui ont trop longtemps entouré nos esprits et nous ont privés d'air et de lumière sont nos pires ennemis. Notre ennemi véritable, c'est l'ignorance. Pire, c'est d'applaudir et d'entretenir cette ignorance."

 

[80] OCDE : Analyse comparative de la démographie et de la survie des entreprises (16/01/2003) signalée dans [78] page 176, téléchargée le 04/01/2003 de la page http://www.olis.oecd.org/olis/2003doc.nsf/43bb6130e5e86e5fc12569fa005d004c/baae13eab6398c35c1256cb0003894a4/$FILE/JT00137717.DOC

Ce papier propose une analyse des données démographiques et de survie d’entreprises d’un groupe de dix pays de l’OCDE. L’évolution des entreprises (création, croissance, survie) et de la croissance de l’emploi est décrite et analysée selon les pays, les secteurs et le temps.

 

[81] Nihilisme : c'est une philosophie qui rejette tous les principes moraux traditionnels. Elle prône la révolution, pour renverser notre société par la destruction et la terreur. La doctrine est résumée dans l'Encyclopédie UNIVERSALIS (article Nihilisme) et l'Encyclopaedia Britannica (article Nihilism). Ses conséquences modernes, notamment le terrorisme, sont décrites dans les livres d'André Glucksmann [48] et [49].

 

[82] Fareed Zakaria : L'avenir de la liberté - La démocratie illibérale aux Etats-Unis et dans le monde (éditions Odile Jacob).

 

[83] Convention européenne des Droits de l'Homme (Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales telle qu'amendée par le Protocole n° 11 - Rome, 4.XI.1950) téléchargée le 05/01/2004 de http://www.justice.gouv.fr/textfond/europ1.htm

 

[84] Le Figaro économie du 05/01/2004, articles :

§           La France recule au capital de la BCE, page 1

§           [Indices boursiers] Leurs pronostics pour 2004, page 2

 

[85] Rapport 194 (98-99) du Sénat : Proposition de loi relative au service minimum en cas de grève dans les services et entreprises publics téléchargé le 05/01/2004 de

http://www.senat.fr/rap/l98-194/l98-194.html contient, dans son Annexe 2 - Contribution de la CGT, les extraits de texte repris au paragraphe "Ne pas aborder à la télévision les sujets qui fâchent".

 

[86] Discours du président Chirac à l'occasion des vœux aux forces vives, Loi de mobilisation pour l'emploi, le 06/01/2004 téléchargé le 07/01/2004 de la page http://www.elysee.fr/magazine/actualite/sommaire.php?doc=/documents/discours/2004/VXFV04.html. En voici deux extraits :

"... il est temps d'instituer, pour tous les salariés, de nouvelles garanties en matière de reclassement"

"...Nous devons répondre aux difficultés d’entrée dans la vie active des jeunes de 16 à 24 ans en instaurant pour eux un véritable droit, droit à l’activité, à la formation ou à l’emploi..."

 

[87] Newsweek du 12/01/2004, page 7, article Our Kids Will Pay the Bill

Cet article montre que les Américains ont les mêmes soucis à se faire que les Français en matière d'endettement de l'Etat à faire supporter aux générations futures. Comme en France jusqu'à la réforme des retraites du gouvernement Raffarin, les politiciens américains ont systématiquement sacrifié l'avenir au présent, et continuent à le faire : pour se faire apprécier du peuple, ils dépensent un argent que les générations futures devront rembourser. Voici une traduction exacte d'un passage de l'article :

"Pour les leaders des deux partis [Démocrate et Républicain], fâcher les électeurs d'aujourd'hui avec des solutions impopulaires à des problèmes futurs est absurde. Les Républicains comme les Démocrates sont prêts sans états d'âme à aggraver les problèmes de demain pour gagner des suffrages aujourd'hui."

En 2003, l'intérêt payé par l'Etat fédéral sur ses dettes de 6.000 milliards de dollars a déjà représenté 1,5% du PIB, c'est-à-dire 150 milliards de dollars. Pendant l'année fiscale 2003, le déficit du budget fédéral a été de 374 milliards de dollars (3,7% du PIB). Il est prévu qu'il atteindra 521 milliards de dollars en 2004, soit 5% du PIB.

 

Evolution du déficit fédéral des Etats-Unis depuis 1965

 

 

Evolution de la dette fédérale des Etats-Unis et des intérêts qu'elle coûte

 

 

[88] Implications de la réglementation sur la traçabilité des OGM

La traçabilité des OGM, obligatoire en Europe, a les implications suivantes :

Etiquetage

Tout aliment contenant moins de 1% d'OGM pourra faire figurer la mention "sans OGM" sur son emballage et sa publicité commerciale. Exemple : une mayonnaise contenant de l'huile de maïs ne sera "sans OGM" que si elle en contient moins de 1% et qu'elle ne contient aucun autre produit OGM.

 

Pourquoi 1% et pas 0% ? Parce que la pureté absolue ne peut ni être atteinte, ni être mesurée. Une trace de produit OGM peut toujours subsister dans un récipient insuffisamment lavé, ou avoir été apportée par l'air ambiant. On raisonne là comme en matière de pureté de l'eau : une eau est dite potable si elle contient moins de x% de pesticides, de y% de nitrates, etc. Donc, puisque le taux de 1% ne garantit pas l'absence totale d'OGM, le label "sans OGM" ne garantira pas, lui non plus, l'absence totale d'OGM : le consommateur doit le savoir.

 

En outre, l'obligation de situer chaque produit par rapport à son contenu OGM ne concerne pas tous les produits. Elle concerne tous les aliments à destination humaine et animale figurant dans un tableau annexé à la directive européenne. Ce tableau exclut explicitement des aliments tels que :

§           Les produits venant d'animaux nourris avec des aliments OGM : de la viande et du lait provenant de bovins ayant mangé des aliments OGM, ou des œufs de poules nourries aux OGM n'ont pas à porter d'étiquette OGM ; leur consommateur n'a pas à savoir si les bovins ou les poulets d'origine étaient nourris aux OGM ou non.

Les experts de la Commission considèrent, en effet, que le fait que ces animaux aient mangé des OGM est sans conséquence pour leur viande, leur lait ou leurs œufs. Ils n'expliquent pas pourquoi, dans ces conditions, l'homme subirait des conséquences alors que d'autres êtres vivants n'en subissent pas et sont donc comestibles.

§           Les aliments produits avec l'aide d'une enzyme génétiquement modifiée : viande, lait ou œufs comme ci-dessus, n'imposent pas non plus d'avertir le consommateur, pour la même raison.

 

La position de l'Europe est, sur ces deux points, la même que celle des Etats-Unis.

 

En résumé "l'étiquetage OGM", obligatoire dans l'Union européenne, informe le consommateur mieux que l'absence d'étiquette OGM, mais ne constituera ni une garantie d'absence d'OGM ni une garantie de qualité supérieure.

Traçabilité

L'Union européenne impose, pour chaque produit, de connaître :

§           Toutes les étapes de son élaboration, "de la ferme à la table".

§           Les traitements ou ajouts en rapport avec des OGM à chaque étape.

 

Pour savoir ce qui se passe, on a prévu de lourdes procédures :

§           D'autorisation des OGM dans l'alimentation humaine et animale.

§           D'autorisation de dissémination volontaire dans l'environnement.

 

Ces procédures, les mêmes dans toute l'Union européenne, seront des évaluations de risques réalisées par les comités scientifiques de l'Autorité alimentaire européenne. Elles seront complétées par des procédures relatives aux semences génétiquement modifiées.

 

Le surcoût des produits "garantis sans OGM", qui provient en grande partie du coût de la traçabilité, sera moindre pour les produits dont un même fournisseur maîtrise plusieurs étapes de la chaîne de production, acheminement et vente. C'est le cas, par exemple, pour les produits aux marques des hypermarchés. L'étiquetage OGM introduira donc, pour certains produits, une distorsion de la concurrence.

OGM et "bio"

En achetant des produits "bio" on évite automatiquement la présence de produits OGM. Les organismes génétiquement modifiés et les produits dérivés de ces organismes sont incompatibles avec la méthode de production biologique. Cette interdiction résulte d'une réglementation européenne introduite par le règlement n° 1804/99 du conseil du 19 juillet 1999, publié au Journal officiel des Communautés européennes n° L222, du 24 août 1999.

Etiquetage européen et commerce international

Pour les Américains, notre décision d'étiqueter les aliments est aberrante sur le plan scientifique et ne regarde que nous. Mais cette décision les concernera lorsqu'ils voudront nous vendre des aliments provenant de chez eux. A moins de mettre en place une traçabilité comme la nôtre et de la faire valider par des experts européens, leurs aliments seront automatiquement du genre "OGM", donc refusés par de nombreux consommateurs européens.

 

Pour les Américains, déjà furieux de notre refus de leur acheter du "bœuf aux hormones", l'étiquetage OGM apparaît donc comme une manœuvre pour introduire une barrière douanière déguisée de plus. Nous savons qu'ils réagissent violemment à ce genre de manœuvre et nous devons nous attendre à des représailles commerciales, qu'il faudra négocier à l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce).

 

[89] Le Figaro économie du 08/01/2004, page IV : selon une étude de l'Ifas, près d'un salarié sur quatre souffrirait du excès de stress représentant un risque pour sa santé.

 

[90] Encyclopédie Universalis 8, articles Economie sociale et Emploi (politique de l')

 

[91] Des lions menés par des ânes - Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l'Euroland en général et de la France en particulier, par Charles Gave, spécialiste des marchés financiers, chez Robert Laffont (février 2003)

Ce petit ouvrage de vulgarisation, très facile et agréable à lire, donne des bases d'économie et montre comment "les ânes" (les fonctionnaires et une bonne partie de la classe politique) empêchent le développement économique des "lions" (les Français). Voir aussi [125].

 

[92] Le défi de l'infocommunication - Le journalisme menacé par la communication ?, par François de Muizon, éditions l'Age d'Homme, Lausanne, Suisse

 

[93] Society of Professional Journalists  https://www.spj.org/spj_main.asp et ses missions https://www.spj.org/spj_missions.asp, pages accédées le 11/01/2004.

Ce site de l'association des journalistes professionnels américains contient énormément de textes utiles sur :

§           la déontologie professionnelle (exemple en français : Code déontologique de la Société des journalistes professionnels https://www.spj.org/ethics_codef.asp ) ;

§           la pluralité et l'indépendance des informations ;

§           des événements remarquables en matière de manquements au devoir de fournir une information démocratique, notamment des périodiques : Quill magazine et Freedom of Information alerts.

 

Voici le texte publié en français sur ce site, téléchargé le 11/01/2004 de la page https://www.spj.org/ethics_codef.asp.

 

«Code déontologique de la Société des journalistes
professionnels Sigma Delta Chi

 

Traduction par Anne E. McBride et Chantal K. Saucier, © 2000.

Préambule

Les membres de la Société des journalistes professionnels estiment qu'un public informé est précurseur de justice et la fondation même d'une démocratie. Le rôle du journaliste est de faire avancer ces fins en recherchant la vérité et en fournissant des comptes rendus équitables et simples des événements et sujets importants qu’il est amené à relater. Quel que soit son média, le journaliste s'efforce de servir le public avec minutie et honnêteté. L'intégrité professionnelle est la pierre angulaire de la crédibilité d'un journaliste.

 

Les membres de la Société des journalistes professionnels partagent un souci déontologique et adoptent ce code pour professer les principes et normes des pratiques journalistiques de la Société.

Rechercher la vérité et l'exposer

Un journaliste doit être honnête, équitable et courageux dans ses efforts pour rassembler, rapporter et interpréter l'information.

 

Un journaliste doit :

§           Tester l'exactitude de l'information et de ses sources et être prudent afin d'éviter toute erreur d'inattention. Il n'est jamais permis de délibérément déformer les faits.

§           Tenter assidûment de trouver les acteurs de ses reportages afin de leur donner l'opportunité de répondre à toutes allégations de méfait.

§           Identifier ses sources, lorsque c'est possible. Le public à droit à toute l'information possible afin de juger de la crédibilité des sources.

§           Toujours questionner les motifs de ses sources avant de promettre l'anonymat. Clarifier les conditions attachées à toute promesse faite en échange de l'anonymat. Tenir ses promesses.

§           S'assurer que les titres, les flashs et les promotions, les photos, les images, le son, les graphiques et les extraits d'entrevue ne sont pas présentés sous un faux jour. Les journalistes ne devraient pas simplifier outre mesure ou souligner certains événements hors de leur contexte.

§           Ne jamais fausser le contenu des photos ou des images. Améliorer la qualité technique des images est toujours permis. Identifier les montages et les illustrations.

§           Éviter les reconstitutions d'événements et les nouvelles fabriquées. Si une reconstitution est nécessaire pour raconter l'histoire, identifiez-la comme telle.

§           Éviter de travailler sous l'anonymat ou de recourir à d'autres méthodes clandestines pour recueillir des informations, sauf quand les méthodes traditionnelles ne permettent pas de transmettre des données essentielles au public. L'utilisation de méthodes clandestines doit être expliquée dans le reportage.

§           Ne jamais plagier.

§           Raconter l'histoire de la diversité et l'importance de l'expérience humaine hardiment, même lorsque le sujet est impopulaire.

§           Examiner ses propres valeurs culturelles et éviter de les imposer au public.

§           Éviter de stéréotyper par race, genre, âge, religion, ethnie, géographie, orientation sexuelle, infirmité, apparence physique ou rang social.

§           Supporter ouvertement les échanges d'idées, même lorsque le sujet rebute le/la journaliste.

§           Donner la parole à ceux qui n’ont pas la parole ; les sources officielles et non-officielles peuvent être également valides.

§           Faire la distinction entre plaidoirie et nouvelles. Les analyses et les commentaires doivent être identifiés et ne doivent pas déformer les faits ni leur contexte.

§           Faire la distinction entre nouvelle et publicité et éviter les informations qui mêlent les deux.

§           Reconnaître l'obligation spéciale que le/la journaliste a de s'assurer que l’administration conduit ses affaires ouvertement et que les documents gouvernementaux soient accessibles pour vérification.

Minimiser les torts

Les journalistes soucieux de déontologie traitent leurs sources, sujets et collègues comme des êtres humains méritant respect.

 

Un journaliste doit :

§           Montrer de la compassion pour ceux qui pourraient être affectés négativement par le reportage. Faire preuve d'une sensibilité particulière avec les enfants et les sources ou personnes inexpérimentées.

§           Montrer de la sensibilité en demandant ou en utilisant des entrevues ou des photos de gens frappés par un événement tragique ou par du chagrin.

§           Reconnaître que rechercher et présenter des informations pour un reportage peut occasionner du tort ou de l'inconfort.

§           Admettre que les personnes privées ont un droit de contrôle supérieur sur leurs données personnelles que n’ont les personnages publics et ceux qui cherchent pouvoir, influence ou attention. Seule une nécessité publique prépondérante peut justifier une intrusion dans la vie privée de quelqu’un.

§           Faire preuve de bon goût. Éviter de se laisser attirer par une curiosité malsaine.

§           Être prudent en identifiant des suspects mineurs ou des victimes de crimes sexuels.

§           Être judicieux en révélant les noms des suspects d’un crime avant que des charges formelles aient été déposées.

§           Équilibrer les droits d’un suspect à un procès équitable avec le droit du public à être informé.

Agir indépendamment

Un/Une journaliste ne doit avoir d’autre intérêt que le droit à l'information du public.

 

Un journaliste doit :

§           Éviter les conflits d’intérêt, réels ou perçus.

§           Refuser de s’engager dans des associations et des activités qui pourraient compromettre son intégrité ou nuire à sa crédibilité.

§           Refuser les cadeaux, faveurs, voyages gratuits et traitements spéciaux, et éviter les deuxièmes emplois, les engagements politiques, les fonctions publiques, même dans des organisations locales, s’ils compromettent son intégrité journalistique.

§           Révéler les conflits inévitables.

§           Être vigilant et courageux quand il s’agit de rappeler aux gens au pouvoir leurs responsabilités).

§           Refuser d’accorder des traitements spéciaux aux annonceurs et aux gens qui présentent un intérêt particulier, et résister à leurs pressions d’influencer les reportages.

§           Être prudent avec les personnes qui offrent des informations en échange de faveurs ou d’argent ; éviter de faire une surenchère pour de l'information.

Etre responsable

Un journaliste doit assumer ses responsabilités envers ses lecteurs, auditeurs, spectateurs et collègues.

 

Un journaliste doit :

§           Clarifier et expliquer les reportages et inviter le public à s’exprimer sur la conduite des média.

§           Encourager le public à exprimer ses reproches envers les média.

§           Admettre ses erreurs et les corriger rapidement.

§           Dénoncer publiquement les pratiques des journalistes et des médias qui ne sont pas déontologiques.

§           Respecter les mêmes règles de comportement qu’il/elle demande aux autres de respecter.

 

Le premier Code déontologique de Sigma Delta Chi, rédigé en 1926, était emprunté à la Société américaine des rédacteurs de journaux. En 1973, Sigma Delta Chi rédigea son propre code, qui fut révisé en 1984 et en 1987. La version actuelle du Code déontologique de la Société des journalistes professionnels fut adoptée en septembre 1996.»

 

[94] The New York Times a publié le 11/01/2004 un important article faisant le point sur les recherches d'armes de destruction massive irakiennes, The Faulty Weapons Estimates. Selon cet article, trois nouveaux rapports publiés la semaine précédente permettent de douter que l'Irak ait disposé de telles armes début 2003. L'article met en doute la validité de la position officielle du gouvernement américain, selon laquelle ces armes existaient et constituaient un danger pour le monde entier et les Etats-Unis en particulier. Il suggère que le gouvernement américain a désinformé son opinion publique en déformant les informations de ses services secrets.

 

[95] Page d'accueil de Journalism.org - Project for Excellence in Journalism and the Committee of Concerned Journalists http://www.journalism.org/default.asp accédée le 12/01/2004. Ce riche site donne des conseils sur les pratiques journalistiques.

 

[96] La France rebelle - Tous les foyers, mouvements et acteurs de la contestation, éditions Michalon.

 

[97] ONU : Déclaration universelle des doits de l'homme de1948. Extrait :

Article 19

Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

téléchargé le 15/01/2004 de http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm

 

[98] ONU : Déclaration universelle des doits de l'homme de1948. Extrait :

"Article 23

1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.

2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.

3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale."

 

Version anglaise du texte précédent, téléchargée le 15/01/2004 de http://www.unhchr.ch/udhr/lang/eng.htm

"Article 23

Everyone has the right to work, to free choice of employment, to just and favourable conditions of work and to protection against unemployment.

Everyone, without any discrimination, has the right to equal pay for equal work.

Everyone who works has the right to just and favourable remuneration ensuring for himself and his family an existence worthy of human dignity, and supplemented, if necessary, by other means of social protection."

 

[99] L'Express du 15/01/2004, article Le déclin de l'empire industriel, page 84 citant Nicolas Baverez.

 

[100]      ONLINE JOURNALISM REVIEW  journal critique des médias publié par l'Université de Californie du Sud. Particulièrement intéressé par les publications sur Internet.  http://www.ojr.org/ojr/aboutojr/1015887483.php  téléchargé le 16/01/2004

 

[101]      L'Arsenal de la démocratie - Médias, déontologie et M*A*R*S, sous la direction de Claude-Jean Bertrand, agrégé d'anglais, docteur ès lettres, professeur émérite à l'Institut français de presse (Université de Paris II), qui en a écrit l'essentiel. Editions  ECONOMICA, 49 rue Héricart, 75015 Paris. Claude-Jean Bertrand a écrit ou dirigé l'écriture de très nombreux ouvrages et articles sur les médias, depuis 1974. Il a aussi enseigné le journalisme aux Etats-Unis. Ses articles ont été traduits en une vingtaine de langues.

 

[102]      Premier amendement de la Constitution des Etats-Unis d'Amérique

"Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof ; or abridging the freedom of speech, or of the press ; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances."

On pourrait traduire cette disposition constitutionnelle par :

"Le législateur ne fera pas de loi sur l'implantation d'une religion ou pour empêcher sa pratique ; ou pour réduire la liberté d'expression ou celle de la presse ; ou [pour réduire] le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et de s'associer pour demander au gouvernement de remédier à des souffrances."

Notons que cet amendement impose, en plus d'une totale liberté d'expression des citoyens et de la presse, une totale liberté religieuse : aux Etats-Unis, une loi sur le voile islamique serait anticonstitutionnelle, une loi sur les sectes aussi.

 

[103]      Les Pieds dans le PAF - Association nationale des téléspectateurs actifs - (PAF = Paysage audiovisuel français)  page accédée le 19/01/2004 http://www.piedsdanslepaf.com/html/ . On trouve sur ce site une "Déclaration des droits des téléspectateurs" http://www.piedsdanslepaf.com/html/modules.php?name=Sections&sop=viewarticle&artid=3&page=2 et des critiques des télévisions comme "Censure et autocensure dans le Service Public" http://www.piedsdanslepaf.com/html/modules.php?name=News&file=article&sid=76

 

[104]      Independent Press Councils http://www.presscouncils.org/aipce_index.php, accédée le 19/01/2004. Site d'échanges de conseils de presse indépendants, qui défendent la liberté de la presse. Page d'accueil des codes d'éthique : http://www.presscouncils.org/html/frameset.php?page=library2

 

[105]      Observatoire des médias ACRIMED (Action-critique-médias)

http://acrimed.samizdat.net accédée le 19/01/2004.

Texte fondateur (29/03/1996) : http://acrimed.samizdat.net/article.php3?id_article=196

 

[106]      Observatoire français des médias  http://observatoire-medias.info/  téléchargé le 20/01/2004 . Mission :

"La défense du droit d’informer et la promotion du droit à une information libre et pluraliste. L’OFM, qui fait partie du réseau international animé par l’Observatoire international des médias/Media Watch Global, entend jouer un rôle de contrepoids aux excès de pouvoir des grands groupes médiatiques qui favorisent la logique du marché en matière d’information, et la pensée néolibérale comme idéologie."

 

[107]      Règles sur la qualité des informations fournies par le gouvernement des Etats-Unis au public :

§           Normes de qualité des informations que l'administration doit fournir au public, les règles de neutralité et de transparence de cette administration, la possibilité pour une personne de faire rectifier des erreurs d'information, etc. La pratique politique, en Europe, est à l'opposé de celle des Etats-Unis, les gouvernements oubliant souvent d'informer le public quand ils ne le désinforment pas :
http://www.usoge.gov/pages/about_oge/info_qual_guide_02.pdf

§           Manuel d'éthique du Sénat des Etats-Unis  qui explicite les règles de comportement des sénateurs et de leurs collaborateurs .http://ethics.senate.gov/downloads/pdffiles/manual.pdf 

§           Le site officiel du comité d'éthique administrative des Etats-Unis (U.S. Office of Government Ethics)  http://www.usoge.gov/  contient une quantité d'exemples de règles et procédures d'éthique imposées aux services publics et au gouvernement. Ah si nos gouvernements européens pouvaient s'inspirer de ces pratiques !

 

[108]      Comparaison du poids de l'Etat (nombre de fonctionnaires et dépenses publiques) entre la France et d'autres pays entre 1960 et 2001.

Source : Institut de l'entreprise - MELCHIOR http://www.melchior-eco.com.fr/ .

http://www.melchior-eco.com.fr/melchior/melchior.nsf/frameset/frameset?opendocument&page=Presentationstatistiques

 

Dans les graphiques ci-dessous, la France est en bleu foncé. Dans leur partie la plus basse le Royaume-Uni en rouge.

 

On voit que :

§           La France emploie aujourd'hui plus de fonctionnaires par rapport à l'ensemble des salariés que les autres pays ;

§           Le poids des dépenses publiques dans le PIB est plus élevé en France que dans tous les autres pays du monde sauf deux : la Suède et le Danemark, où il est à peine supérieur. En France, il a représenté en 2003 54,7% du PIB, c'est-à-dire plus de la moitié de la richesse nationale !

 

Comparaison du poids de l'Etat entre la France et d'autres pays entre 1960 et 2001

Part de l'emploi public dans l'emploi public total (%)

Poids des dépenses publiques dans le PIB (%)

 

Remarques sur ces graphiques comparatifs

§           En 1975, l'emploi public représentait 29% au Royaume-Uni contre 19% en France. Depuis cette époque, les Anglais ont réussi à diminuer leur nombre de fonctionnaires à 18% alors que celui de la France augmentait jusqu'à 24%.

§           En même temps, entre 1975 et 2001, le poids des dépenses publiques dans le PIB décroissait de 44% à 40% au Royaume-Uni, alors qu'il croissait de 43% à 52% en France : le gouvernement de l'Angleterre a été très supérieur au gouvernement de la France, qui a fait exploser ses dépenses publiques en même temps que le nombre de ses fonctionnaires.

§           Aux Etats-Unis il y a 15% de fonctionnaires, aux Pays-Bas 11% et au Japon 8% : il reste de la marge d'amélioration pour la France.

§           Les dépenses publiques d'un pays sont ses "frais généraux", qui consomment les biens et services produits par son peuple. Lorsqu'elles sont plus élevées que dans un autre, il est moins compétitif. Avec 52%, la France est peu compétitive par rapport au Royaume-Uni (40%), aux Etats-Unis (33%) et à la Corée du Sud (23%). Ce défaut de compétitivité décourage les investissements, encourage les délocalisations, donc génère du chômage. Voir aussi [110].

 

[109]      La France et l'Allemagne n'ont pas respecté leurs engagements en matière de déficit budgétaire, qui ne doit dépasser 3% du PIB dans aucun pays