La démocratie malade des médias
Nous votons sans savoir
par Daniel MARTIN
La démocratie malade des médias
Nous votons sans savoir
Mise à jour : 14/06/2006
Note : les renvois comme [109] indiquent des sources en fin de texte
Introduction : but de ce texte
Il est 17 heures, l'autobus est bondé. Une joyeuse bande d'étudiants y monte quand même, bousculant un peu les autres passagers pour se faire une place.
Le conducteur proteste : - "Les jeunes, descendez !"
Un étudiant qu'il ne peut pas voir : - "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes."
Le conducteur : - "Qui c'est qui a dit ça ?"
Un autre étudiant : - "C'est Mirabeau."
Le conducteur : - "Mirabeau, descendez !"
Cher lecteur j'espère que vous avez souri, que vous êtes maintenant détendu, parce que je vais vous parler de choses sérieuses. Commençons par trois comparaisons.
§ Parmi les quinze pays de l'Union européenne, deux sont traînés en justice par sa Commission, la France et l'Allemagne. Ils ont trop de déficit, ils risquent de lourdes amendes. (Voir [109]).
§ La comparaison [108] montre que la France utilise une bien plus grande partie de son énergie, c'est-à-dire du travail de son peuple, en administration interne et subventions diverses que d'autres pays avancés.
§ Selon les statistiques officielles [72], [73] et [84] page 1, par rapport à l'Angleterre, l'Irlande, la Finlande ou l'Espagne, le niveau de vie des Français progresse moins vite.
La France est donc moins bien gouvernée depuis de longues années. Elle est moins bien gouvernée parce que notre suffrage démocratique a élu trop de gens qui ne sont pas à la hauteur. Les citoyens ont donc mal voté.
J'explique dans ce livre que les citoyens votent mal parce qu'ils sont mal informés : la plupart d'entre eux ne comprennent rien à l'économie et à la politique. Ils ne sont donc pas en mesure d'évaluer objectivement les propositions qui leur sont faites, et encore moins la qualité de ceux qui les font.
La principale source d'informations des citoyens est un ensemble de médias : télévisions, radios, journaux, magazines et aujourd'hui Internet. Ces médias nous informent mal en matière de politique et d'économie, quand ils ne nous désinforment pas. Je vous en donnerai beaucoup d'exemples.
Ce livre décrit des dysfonctionnements des médias, en expliquant leurs causes. Il propose aussi des remèdes, ou parfois plus modestement des pistes de réflexion.
Pour que les lecteurs puissent juger mes arguments, j'en livre en annexe les sources, toutes les sources. La plupart de celles-ci étant accessibles gratis sur Internet, il est facile de les vérifier et d'évaluer la pertinence de mes conclusions.
Contrairement à la grande majorité des gens au pouvoir (et cela inclut les journalistes, qui savent bien qu'ils sont le quatrième pouvoir du pays, pouvoir qui ne rend des comptes à aucune autorité et n'est pas soumis au verdict des urnes), je réponds à ceux qui m'écrivent. Mon adresse de messagerie est disponible dans la page http://www.danielmartin.eu/adressemail.htm .
Bonne lecture.
Compléments à ce livre
Un court résumé de ce livre est disponible dans "Le gouvernement prisonnier des médias - Témoignage d'un ministre" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm .
Ce livre se plaint que les médias et le gouvernement n'informent pas suffisamment les citoyens en matière d'économie. Pour donner moi-même les informations de base nécessaires, j'ai écrit et mis sur Internet début 2005 les textes suivants :
§
"Cours d'économie pour citoyens qui votent -
Ne vous en laissez pas conter !"
Tome 1 : "PIB et emploi" http://www.danielmartin.eu/Cours/Cours-Economie.htm
Tome 2 : "Mondialisation et délocalisations" http://www.danielmartin.eu/Cours/CoursT2.htm
§ "Chômage : savoir et agir" http://www.danielmartin.eu/Cours/Lutte-Chomage.htm
§ "Mondialisation et frustrations" http://www.danielmartin.eu/Cours/Mondialisation-Frustrations.htm
§ "France en panne, entreprises en fête" http://www.danielmartin.eu/Cours/FranceEnPanne.htm
Daniel MARTIN
http://www.danielmartin.eu/adressemail.htm
Avertissement au lecteur :
pas de procès d'intention
politique, SVP !
En écrivant ce livre j'ai voulu militer pour des médias qui concourent à la démocratie, pas pour faire triompher des opinions politiques.
Mais pour faire comprendre certaines explications, j'ai dû utiliser des exemples politiques :
§ Informations non révélées par les médias à propos de la guerre préventive en Irak ;
§ Mauvaise couverture de débats de société dans des domaines comme la mondialisation ou les OGM ;
§ Affirmations de la CGT ou d'ATTAC que je désapprouve ;
§ Promesses du président Chirac ou de M. Raffarin que je trouve utopiques ;
§ Etc.
Il est possible et même probable que des lecteurs désapprouvent certaines de ces opinions politiques, mais je les prie d'oublier mes positions sur ces sujets, car :
§ Ce livre n'est pas un livre de politique ou d'économie ; en l'écrivant je n'ai voulu convaincre personne dans ces domaines ;
§ Ces opinions politiques n'impactent nullement mes diagnostics sur les médias et les solutions proposées pour qu'ils aident la démocratie.
Comme tout le monde, j'ai des opinions politiques. Mais je respecte et tolère les autres chaque fois qu'elles sont basées sur deux principes simples :
§ Le respect des droits de l'homme, qui tolèrent toutes les opinions et permettent leur libre expression ;
§ La bonne foi, qui refuse de recourir aux mensonges, à la désinformation ou à la violence pour faire triompher un point de vue.
En fait je les sollicite, ces opinions contraires aux miennes, car la confrontation des points de vue enrichit et la démocratie ne peut s'en passer. C'est ainsi que je lis aussi des journaux, magazines ou textes Internet écrits par des gens dont je ne partage pas les opinions, parce que si je ne lisais que des gens qui pensent comme moi je n'apprendrais rien.
Je prie donc instamment le lecteur d'ignorer mes opinions politiques, exprimées ici seulement à titre d'exemples d'oublis ou de désinformation des médias, pour ne tenir compte que du sujet, les médias et la démocratie.
Pour comprendre pourquoi je crois possible d'avoir un comportement politiquement neutre tout en ayant des opinions politiques voir le court texte http://www.danielmartin.eu/Medias/Neutralite.htm .
Daniel MARTIN
Table des matières
1.1 Exemples de mauvais journalisme
1.1.1 L'«affaire» Dominique Baudis
1.1.2 Exemples de scoops inventés de toutes pièces et de plagiats
1.1.3 Exemples de partialité et d'agressivité
1.1.3.1 Interview d'un ministre américain par un journaliste français
1.1.3.2 Interview d'un ministre français par un journaliste arabe
1.1.4 Désinformation due à l'opinion politique des journalistes
1.1.4.1 La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak
1.1.4.2 Désinformation par outrance journalistique dans L'Express
1.1.4.3 Une information à sens unique
1.1.5 Déformation des informations due à la peur des terroristes
1.1.6 Prévisions boursières et économiques
1.1.7 Désinformation économique par manque de rigueur
1.1.8 L'impunité des journalistes et le « quatrième pouvoir »
1.2 Caractéristiques des médias
1.2.1 Définition du mot "médias"
1.2.2 Prépondérance de la télévision
1.2.3 Crédibilité des médias et confiance du public
1.2.4 Indépendance des journalistes. Autolimitation
1.2.5 Influence et réputation des médias
1.2.7 Journalisme d'information ou d'investigation
1.3 Information et communication
1.3.1 Définitions : information, connaissance, communication, émetteur, cible
1.3.2 Conditions nécessaires à une communication efficace
1.3.2.2 La raison de l'homme est inséparable de son cœur
1.3.2.3 L'abstrait s'appuie toujours sur du concret
1.3.2.4 Ce que le public attend des médias
1.3.3.1 Conditions de compréhension d'un message
1.3.3.2 Persuasion : respect ou discrédit de l'auteur
1.3.3.3 Equilibre du message : argumentation à sens unique ou non
1.3.4 Les filtres de choix des programmes
1.3.4.1 La taille de l'audience concernée : culture de masse ou culture élitiste
1.3.4.3.1 L'obligation de divertir
1.3.4.3.2 La recherche du sensationnel
1.3.4.3.3 Exemples d'omissions entraînant une désinformation
1.3.4.3.4 L'émotion doit être immédiate
1.3.4.4 Le talent médiatique de l'intervenant
1.4 L'information politique et économique à la télévision
1.4.1 Journaux télévisés : des journaux de faits divers
1.4.3 Des informations, mais pas assez de connaissances utilisables
1.5 Les médias nous ont désinformés à propos de la guerre en Irak
1.5.1 Existence d'armes de destruction massive en Irak
1.5.1.2 L'art de raisonner faux pour convaincre
1.5.1.4 On a trouvé des programmes de développement d'armes de destruction massive
1.5.1.5 On a trouvé des obus chimiques et prouvé l'existence de stocks cachés
1.5.2 Liens entre l'Irak et le terrorisme
1.5.3 Justification de la guerre préventive
1.5.3.1 Justification stratégique
1.5.3.2 Guerre préventive et droit international
1.5.3.3 Pourquoi une intervention en Irak et pas en Corée du nord ?
1.5.4 Arguments de droit justifiant l'intervention en Irak
1.5.4.1 Viol de 17 résolutions des Nations unies
1.5.4.2 Non-respect des engagements conditionnant la fin de la guerre de 1991
1.5.5 Conséquences de cette désinformation des médias
1.5.6 En Allemagne aussi, les télévisions désinforment
1.6.1 Faible intérêt du public pour la politique
1.6.1.1 Conséquences sur le choix des programmes par les médias
1.6.2 Les déçus de notre démocratie
1.6.3 Les citoyens qui votent mal sont ceux qui sont mal informés
1.6.3.1 Les carences de l'enseignement
1.6.3.2 Les carences des médias
1.6.3.3 Le silence des gouvernements
1.6.3.4 Les électeurs ne s'informent pas vraiment
1.6.3.5 Conclusion : la démocratie souffre de carence d'informations
1.6.4 Droits de l'Homme et liberté d'expression
1.6.4.1 Dans l'Union européenne
1.6.4.4 Le droit à l'information et son pluralisme
1.6.4.5 Messieurs du gouvernement, parlez donc aux Français !
1.6.5 La responsabilité sociale des médias
1.6.6 Contraintes législatives, réglementaires : limitations de la liberté d'informer
1.6.6.1 Loi Léotard : télécommunication, communication audiovisuelle
1.6.6.2 Le cas des données et services accessibles par Internet
1.6.6.3 Information limitée par la loi sur la publicité
1.6.6.4 Cahiers des charges de France Télévisions et Radio France
1.6.6.5 Contrôle des chaînes de télévision par le CSA
1.6.7 Les médias "sonnette d'alarme"
1.6.8 Médias, populisme et démagogie
1.6.9 Le gouvernement prisonnier des médias
1.6.9.1 Les crédits budgétaires fonction de l'émotion médiatique
1.6.9.2 Annonces gouvernementales publicitaires et démagogiques
1.6.9.3 Utiliser les médias pour se faire entendre
1.6.9.4 Ne pas aborder à la télévision les sujets qui fâchent
1.6.9.4.1 Les intermittents du spectacle
1.6.9.4.2 Le pouvoir et les privilèges exorbitants des syndicats
1.6.9.4.3 La CGT égoïste, au-dessus des lois et utopiste
1.6.9.4.4 Pourquoi la France est moins bien gouvernée
1.6.10 Médias et mondialisation
1.6.10.1 Mondialisation et exception culturelle
1.6.10.2 Les reproches faits à la mondialisation
1.6.10.3 Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation
1.6.10.4 Les véritables effets de la mondialisation
1.6.10.4.1 La France investit plus à l'étranger que les étrangers en France
1.6.10.4.3 Les "cols blancs" et la délocalisation
1.6.10.4.4 Principe de la valeur ajoutée
1.6.10.4.5 La France résiste à la désindustrialisation
1.6.10.4.6 L'Amérique résiste aussi, quoi qu'en disent les antimondialistes
1.6.10.4.7 Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches
1.6.10.4.8 La Chine et l'Inde n'ont pas d'autre choix que la croissance rapide
1.6.10.4.9 Criminalité internationale et contrefaçons
1.6.10.5 Le silence coupable des médias sur les sujets économiques majeurs
1.6.10.5.1 La France ne travaille pas assez
1.6.10.5.2 Les Français sont de plus en plus un peuple d'assistés
1.6.10.5.3 Une dette insupportable pour nos enfants et qui empêche l'investissement
1.6.11 Médias et valeurs de notre société
1.6.12.1 Exemple du "droit au travail" réclamé par des politiciens français
1.6.12.2 Exemple des droits de l'Homme selon ATTAC
1.6.12.3 Comparaison des droits demandés par ATTAC avec les textes officiels
1.6.12.4 Conséquences sur les propositions d'ATTAC et sa nature
1.6.12.5 Une carence d'information qui fausse le jugement des électeurs
1.6.13 Autoroute et société de l'information
1.6.13.1 Définition : autoroute de l'information ou réseau Internet
1.6.13.2 Caractéristiques essentielles
1.6.13.3 Impact sur notre vie quotidienne
1.6.13.4 Impact sur notre société
1.6.13.5 Désinformation par Internet
1.6.13.6 L'antagonisme digital
1.6.14 Les filtres de l'auditoire
1.6.14.1 On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif
1.6.14.2 On n'écoute que ceux qui pensent comme nous
1.6.14.3 Quand et comment les médias influencent-ils les électeurs ?
1.6.14.3.1 L'attente du public
1.7 Qualité des informations politiques et économiques
1.7.3.2 Pas de publicité cachée
1.7.9 Nouveauté et fraîcheur des informations
1.7.10.1 Absence de recul et de synthèse. Exemple "OGM"
1.7.10.2 Absence de commentaires politiques. Spécificité des médias
1.7.12.2 Ethique personnelle d'un journaliste
1.7.12.3 Les codes d'éthique journalistique
1.7.13 La norme internationale de qualité ISAS BC 9001 :2003
1.7.14 Exemples d'information de qualité médiocre
1.7.14.1 Un journal de France Inter
1.7.14.2 Le journalisme en Irak à l'été 2003
1.8 Les médias au service des extrémistes et des minorités
1.8.1 Extrémistes violents et terroristes
1.8.2 Nos fréquentes erreurs d'appréciation
1.8.2.1 Jugement selon celui qui commet l'acte condamnable
1.8.2.2 Jugement selon le but de l'acte condamnable
1.8.2.3 Jugement selon la victime de l'acte condamnable
1.8.4 Médias, petits partis, associations politiques et courants
1.8.5 Une audience disproportionnée
1.8.5.2 Audience et représentativité
1.9 Les contraintes du métier de journaliste
2. Comment les médias peuvent aider la démocratie
2.2.2 La formation à l'économie
2.2.3 Un électeur = une voix, mais une voix récompensée
2.2.4 Faire respecter les règles par "l'autorité des médias"
2.3.1 Respect des règles de qualité de l'information
2.3.2 Respect par les journalistes de règles de déontologie
2.3.3 Nécessité d'un respect non imposé
Sources : [51] et [52]. Voici les conclusions du plus grand scandale de presse que la France ait déploré depuis plusieurs années, "l'affaire Dominique Baudis".
Pendant plusieurs mois, au printemps 2003, des journalistes de radio, de télévision et de grands quotidiens ont diffusé des "révélations" qui se sont avérées parfaitement mensongères, sur des faits inventés de toutes pièces. Ils ont diffusé ces informations en s'arrangeant pour que le public croie des personnalités connues coupables de méfaits abominables. On peut faire à ces journalistes les reproches suivants :
§ Ils ont propagé des informations provenant de témoins non crédibles : deux prostituées, un tueur en série et un travesti.
§ Ils se sont arrangés pour qu'on devine les noms de personnalités importantes, comme Dominique Baudis, Président de la région Midi-Pyrénées, personnalités accusées par ces témoins de méfaits incroyables :
· Viols ;
· Participation à des soirées sadomasochistes ;
· Consommation de cocaïne ;
· Couverture de meurtres ;
· Participation aux bénéfices tirés de la prostitution...
§ Ils ont diffusé ces informations malgré leur manque évident de vraisemblance, dû à leur caractère trop sensationnel pour être crédible sans vérifications approfondies. En diffusant ces informations, ils ont diffamé et sali ces personnalités. Et ils l'ont fait à plusieurs reprises, pendant plusieurs semaines.
§ Certains journalistes ont signé un contrat d'édition avec des prostituées, pour révéler d'autres cochonneries imaginaires dans le cadre de cette affaire.
§ Une chaîne de télévision a même laissé Karl Zéro, un animateur, c'est-à-dire un amuseur public qui fait le journaliste, présenter dans son émission Le Vrai Journal une interview d'une des prostituées, qui avait été payée pour cela. Non seulement ce témoignage n'était pas crédible, car émanant d'une prostituée qui avait déjà fait des déclarations si fracassantes qu'on devait en douter, mais un témoignage payé n'a aucune valeur, dans aucun pays. On voit donc bien que Karl Zéro et sa chaîne étaient prêts à n'importe quel méfait pour diffuser des déclarations sensationnelles.
§ Les journalistes qui ont si mal agi appartenaient à plusieurs chaînes de radio et télévision, et aux journaux Sud-Ouest, La Dépêche du Midi et Le Figaro. Sans reconnaître explicitement avoir mal agi, ce dernier a quand même publié un article [52] quelques semaines après, affirmant que Dominique Baudis a été blanchi de tout soupçon.
Conclusions
§ L'exemple ci-dessus n'étant pas unique, il y a des journalistes et des pseudo-journalistes qui se comportent mal, eux et les médias où ils s'expriment.
§
Si de tels médias et journalistes, agissant de la
même façon, fournissent à des citoyens des informations politiques et
économiques sur lesquelles ils basent ensuite leurs votes, ces votes pourraient
choisir des hommes ou des programmes qui n'auraient pas été retenus par des
citoyens bien informés :
des médias qui informent mal impactent donc la démocratie dans un sens
regrettable.
Ce livre est écrit pour dénoncer les comportements des médias qui font souffrir la démocratie, en favorisant l'élection de gens qui ne le méritaient pas sur des programmes aberrants.
Bien sûr, il ne faut pas faire de généralisation abusive :
§ Tous les journaux ne sont pas mauvais, mais certains peuvent déraper à l'occasion, nous en verrons d'autres exemples.
§ Tous les journalistes ne sont pas si avides de scoops et de sensationnel qu'ils sont prêts à publier n'importe quoi. Beaucoup sont des gens sérieux et responsables, qui font bien leur métier.
Lorsque plusieurs médias (radios, chaînes de télévision, journaux...) parlent d'une même affaire, on a une campagne de presse de fait. Lorsque cette campagne diffame des gens connus, elle peut leur faire énormément de tort.
(Exemple : voir "Le gouvernement prisonnier des médias" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm .)
Si, par exemple, des élections ont lieu pendant ou après une telle campagne, les candidats diffamés peuvent en souffrir ; le fonctionnement de la démocratie est alors faussé par la faute de médias sans scrupule.
Proposition
Pour éviter que le public soupçonne de méfaits des personnes qui, n'ayant pas été condamnées, sont réputées innocentes, il n'y a qu'un seul moyen : interdire purement et simplement qu'un média cite le nom d'une personne convoquée par un juge, mise en examen ou citée comme témoin, et sanctionner les contrevenants. Avant un jugement, les médias pourraient citer des "affaires", mais ni des noms ni des qualités de personnes permettant au public de les reconnaître.
Les exemples suivants montrent que des journalistes de grands quotidiens peuvent faire de la mauvaise information politique, au détriment de l'information de leurs lecteurs.
Il n'y a pas qu'en France que des journalistes écrivent n'importe quoi pour faire les gros titres. Le journal américain Insight on the News a publié en mai 2004 sur son site Insight Online http://www.insightmag.com/ une longue liste d'exemples de méfaits scandaleux commis par des journalistes aux USA, voir [135].
Voici une interview publiée dans Le Figaro du 04/12/2003 :
Rumsfeld : «En Irak, ce qui compte pour Bush, c'est de faire ce qui est juste»
Ci-dessous :
§ En caractères italiques et en retrait : les extraits successifs de l'article ;
§ En caractères droits alignés à gauche, mes commentaires.
"LE FIGARO – Lors des précédentes réunions ministérielles de l'Otan, vous n'aviez pas caché votre irritation quand les Européens parlaient de se doter de forces distinctes et surtout d'un état-major parallèle à celui de l'Otan. Cette année, vous vous êtes montré beaucoup plus modéré. Pourquoi ?"
Dans sa question, le journaliste affirme implicitement que le ministre était ennuyé et qu'il a été obligé de changer d'avis : c'est une manifestation d'hostilité à son égard ou à celui de sa politique.
"Donald RUMSFELD – Je n'ai pas changé d'opinion. Je pense toujours que l'Otan est terriblement importante pour préserver la sécurité du monde. Alors quand nos alliés envisagent de nouvelles initiatives, j'appelle à la prudence. Mon critère est simple : ces nouvelles propositions vont-elles renforcer l'Otan ou l'affaiblir ? Le monde actuel est dangereux. C'est un monde de désordres. Parce que l'Otan a fait la preuve de son efficacité depuis les attentats du 11 septembre, ma priorité est de protéger l'Otan."
Le ministre lui répond qu'il n'a nullement été obligé de changer d'avis.
"LE FIGARO – Certains journaux anglo-saxons affirment que vous avez baissé le ton pour mieux convaincre d'autres pays de l'Alliance atlantique d'envoyer des troupes en Irak. Vous auriez même des espoirs du côté de la France. Est-ce vrai ?"
Le journaliste ignore sa réponse, selon laquelle il n'a pas changé d'avis. Il insiste que le ministre a baissé le ton, pour lui faire avouer qu'il est si ennuyé de la situation désastreuse des Etats-Unis en Irak qu'il essaie d'obtenir des renforts. Il lui prête l'espoir d'une aide de la France, espoir parfaitement absurde parce qu'aucune déclaration, en France ou ailleurs, n'a permis cet espoir. En somme, le journaliste essaie de faire mettre en colère le ministre par son agressivité et ses sous-entendus.
"Donald RUMSFELD – Il ne s'agit pas de marchander. Ce qui est en jeu, c'est l'avenir de l'Otan pour les décennies à venir. Il s'agit d'un processus. Parallèlement à l'évolution de l'Europe, il y a une évolution de l'Otan. Et, pendant ce mouvement, nous devons nous appliquer à ce que l'Otan reste en bonne santé. Avant même le début des opérations en Afghanistan et en Irak, nous avons dit et répété que nous voulions que tout le monde se joigne à nous. Nous sommes allés le demander à l'Otan, à l'ONU. Et le résultat est plutôt flatteur : vingt-six pays sont engagés en Afghanistan, trente-quatre en Irak. Mais contrairement à ce que vos questions veulent impliquer, ne croyez pas que tout soit négociable. Il est exclu d'échanger la promesse de renforts en Irak contre quelque chose qui risquerait d'avoir un impact négatif sur l'avenir de l'Otan."
Le ministre lui répond qu'il ne s'agit pas de marchander, donc qu'il n'a pas eu à baisser le ton, et que de nombreux pays se sont joints aux Etats-Unis. Il a la politesse de ne pas relever l'absurdité des "espoirs du côté de la France".
"LE FIGARO – Même s'il s'agissait de renforts français ? Ou allemands ?"
Le journaliste insiste encore, avec son hypothèse absurde.
"Donald RUMSFELD – Je vous répète que non. Mais je me demande quand les éditorialistes cesseront d'écrire que les Américains ont choisi de faire cavaliers seuls ? En Irak, nous avons été accompagnés par dix-huit des vingt-six membres de l'Otan. Face aux terroristes, nous pouvons compter sur ce qui est probablement l'une des plus grandes coalitions de l'histoire. Bien sûr que nous aimerions avoir des partenaires supplémentaires. Mais il faut regarder le monde tel qu'il est. Un Etat prend ses décisions en fonction de ses intérêts nationaux. Si certains de nos amis nous disent non, cela ne rendra pas les Etats-Unis plus tristes."
Le ministre balaie son hypothèse et attaque à son tour les éditorialistes.
"LE FIGARO – Mais ne faites-vous pas de nouveaux efforts pour convaincre la France et l'Allemagne ?"
Le journaliste continue à insister avec son hypothèse, en ajoutant l'Allemagne à la France, citant ainsi deux pays que le ministre avait qualifiés de "Vieille Europe".
"Donald RUMSFELD – Ces deux pays connaissent parfaitement nos arguments, ils sont conscients des efforts que nous avons faits pour les convaincre, de nos raisons pour demander de l'aide. Ils savent ce que nous voulons. Mais c'est à eux seuls de décider."
"LE FIGARO – La modération que vous avez montrée à Bruxelles ne s'expliquerait-elle pas aussi par la crainte de perdre la guerre contre le terrorisme ? Si l'on en juge par le récent mémorandum que vous aviez distribué à vos collaborateurs du Pentagone et dont la presse américaine s'est fait l'écho, c'est en effet une question que vous vous posez."
Le journaliste continue à essayer de faire avouer au ministre qu'il craint de perdre la guerre. Il essaie d'exploiter une note de service du ministre à ses collaborateurs, montée en épingle par la presse pour essayer de prouver qu'il est démoralisé et craint une défaite face au terrorisme ; en réalité, cette note était seulement destinée à faire réfléchir ces collaborateurs, et la presse a eu tort d'en parler.
"Donald RUMSFELD – Dites tout de suite que c'est l'âge qui me ramollit. Il y a soixante et onze ans que j'écris ce genre de note. C'est ainsi que je réfléchis et que je fonctionne. Depuis que je suis revenu à Washington en janvier 2001, je me livre à cet exercice à peu près tous les deux mois. Ce jour-là, j'étais au Pentagone, en train de participer à une conférence vidéo avec un certain nombre de chefs militaires qui me parlaient depuis leurs terrains d'opération. En les écoutant, différentes questions me traversaient l'esprit. Dans tel cas avons-nous choisi la bonne tactique ? Et dans tel autre ? Est-ce que les choses ont changé sur le terrain depuis que nous avons pris cette décision ? Je ne suis pas un génie. Je n'ai pas de réponse à tout. Il faut que je pose des questions. Il faut que je trouve les experts qui ajouteront à mes informations des connaissances, des lumières, un diagnostic qui me permettront de trancher."
Devant tant d'agressivité, le ministre se fâche. Sa réponse montre que les journalistes ont essayé d'exploiter, par souci de sensationnel, un court document interne qui ne méritait pas d'être publié.
"LE FIGARO – Les critiques constantes de la presse européenne ne finissent-elles pas par vous décourager ?"
Le journaliste essaie à présent de lui faire avouer un découragement. A l'évidence, il n'interviewe pas le ministre pour lui faire décrire ou analyser sa politique, il veut l'agresser pour qu'il se mette en colère.
"Donald RUMSFELD – J'ai un job qui est dur. Mon rôle, ce n'est pas de jouer au Père Noël et de distribuer des cadeaux pour rendre les gens heureux. Je ne m'attends donc pas à susciter l'unanimité, en Europe ou ailleurs. Lorsque, à Washington, je dois traiter avec le Congrès, c'est la même chose : il peut y avoir 200 voix pour et 300 voix contre."
"LE FIGARO – En Irak, les événements ne vous ont-ils pas donné tort ? En décidant d'accélérer le transfert de pouvoir aux Irakiens, les Etats-Unis n'ont-ils pas dû se résigner à changer de stratégie ?"
Constatant qu'il n'arrive pas à le faire sortir de ses gonds, le journaliste essaie une autre piste d'agression : il veut à présent faire avouer au ministre qu'il s'est trompé de politique.
"Donald RUMSFELD – Absolument pas. Contrairement à toutes les accusations, le but de notre intervention en Irak n'a jamais été de contrôler les gisements de pétrole ou de dominer le Proche-Orient. L'objectif a toujours été de donner au peuple irakien la responsabilité de sa propre sécurité et de lui rendre une souveraineté totale. Les seuls points d'interrogation portaient sur la méthode : comment et quand pouvait-on le faire ? Ce n'est donc pas la stratégie qui a changé, c'est la tactique. Il fallait s'adapter à la situation."
Le ministre répond à côté de la question, qui portait sur la résistance irakienne après le conflit. Il dit la vérité, mais ce n'est pas celle qu'attendait le journaliste.
"LE FIGARO – Si ce n'est pas l'armée américaine qui perd en Irak, n'est-ce pas vous qui avez perdu de l'influence à Washington ?"
Le journaliste essaie de faire choisir le ministre entre avouer que son armée perd la guerre ou que lui-même subit une défaite politique. Son insolence est incroyable. Il continue à transformer son interview en une suite d'agressions verbales dont les réponses (les justifications données par le ministre) ne pourront rien apprendre à ses lecteurs sur la politique des Etats-Unis en Irak. Il fait donc du mauvais journalisme.
"Donald RUMSFELD – Soyons sérieux. C'est le président qui est en charge du dossier. Aujourd'hui, bien sûr, le Pentagone a un rôle spécial à jouer puisque les priorités restent militaires. Mais, de plus en plus, ce sont les considérations politiques et économiques qui vont l'emporter. Le Pentagone devra donc s'effacer devant le département d'Etat. Car le dénouement que nous voulons, c'est l'établissement de relations normales entre l'Irak et les Etats-Unis : avec, de chaque côté, un ambassadeur."
Le ministre fait preuve de patience et lui répond qu'il a toujours la confiance de son président. Il ajoute que la soi-disant perte d'influence de son ministère est normale après la fin d'une guerre, où les militaires doivent s'effacer devant les diplomates.
"LE FIGARO – La question est ouvertement posée au Congrès. L'armée américaine en Irak a-t-elle assez de soldats pour faire face à la guérilla ?"
Autre tentative de critique du journaliste, qui dit implicitement que les Américains risquent de perdre en Irak parce qu'ils n'ont pas les moyens militaires de gagner, ce qui constitue une nouvelle critique de la politique des Etats-Unis.
"Donald RUMSFELD – Le président est tout à fait décidé à envoyer des renforts s'ils se révèlent nécessaires. Et il est tout aussi décidé à maintenir nos troupes sur place aussi longtemps qu'il le faudra. Mais, aujourd'hui, pas un seul de nos chefs militaires n'estime nécessaire d'augmenter nos effectifs. Les accrochages militaires en Irak ne durent généralement pas plus de deux minutes. Au maximum, quinze minutes. Pour faire face à ces incidents, nous alignons, outre nos GI, 140.000 Irakiens et des dizaines de milliers d'hommes fournis par les autres contingents de la coalition. C'est largement suffisant. Les soldats irakiens patrouillent sur les frontières et gardent les sites militaires ou industriels. Les soldats américains, eux, passent le plus clair de leur temps à installer des générateurs électriques, à ouvrir les écoles, à faire tourner les hôpitaux. Si leurs missions militaires ne les mobilisent que peu de temps, c'est pour une raison toute simple. En Irak, nous sommes seulement confrontés qu'à ce que les spécialistes appellent un conflit de basse intensité."
Le ministre explique pourquoi la critique implicite du journaliste ne tient pas.
"LE FIGARO – Selon le dernier sondage de Gallup, les Américains sont maintenant 54% à juger négativement l'action américaine en Irak. A un an de la présidentielle de novembre 2004, n'est-ce pas de mauvais augure pour la réélection du président ?"
Nouvelle marque d'hostilité du journaliste, qui attaque le ministre en disant que le peuple américain désavoue la politique de son gouvernement et que le président peut craindre pour sa réélection.
"Donald RUMSFELD – Moi, je ne fais pas de politique. Tout ce que je puis dire, c'est que le président accomplit un travail extraordinaire et qu'il est parfaitement conscient de l'importance vitale de l'enjeu. Au fil des semaines, les sondages vont monter et descendre. Mais George W. Bush n'abandonnera pas le cap."
Le ministre a suffisamment d'expérience politique pour continuer à rester calme et botter en touche.
"LE FIGARO – Comment le président peut-il gagner l'élection s'il ne gagne pas la guerre ?"
A court d'idées pour mettre le ministre en difficulté, le journaliste revient à son agression précédente.
"Donald RUMSFELD – Vous vous répétez. Ma meilleure explication, la voici. La semaine dernière, j'étais en Corée du Sud et une journaliste, visiblement née bien après la guerre de Corée, m'a demandé pourquoi les Sud-Coréens devraient aller en Irak risquer leur vie pour les Américains. Je lui ai expliqué que je revenais d'une cérémonie à la mémoire des soldats américains tombés en Corée et que, sur le mur du monument, j'avais pu lire le nom d'un camarade de lycée qui avait été tué le dernier jour de cette guerre. Il y a cinquante ans, un journaliste américain aurait donc pu poser la même question : «Pourquoi de jeunes Américains devaient-ils aller risquer leur vie à l'autre bout du monde ?» Eh bien, regardez par la fenêtre et vous aurez la réponse. La Corée du Sud est une société vibrante d'énergie, un miracle économique, une démocratie dynamique. Mais quand, la nuit, les satellites américains survolent la Corée du Nord, la seule lumière visible provient de la capitale Pyongyang. Partout ailleurs, c'est l'obscurité. Au nord, les gens crèvent de faim. Ils sont opprimés, torturés, enfermés dans des camps de concentration. En Irak aussi, ce qui compte pour le président Bush, c'est de faire ce qui est juste."
Le ministre constate que le journaliste ne sait plus comment le déstabiliser et lui dit qu'il se répète. Il reproche au journaliste de ne pas comprendre qu'en combattant le terrorisme, les Etats-Unis combattent pour tous les pays démocratiques, y compris la France. A travers son exemple coréen, il veut que les Français comprennent que des Américains sont venus mourir en France en 1944 pour les libérer des Allemands, donc qu'au lieu de critiquer les Américains, les Français devraient combattre à leur côté en Irak et leur être reconnaissants.
"LE FIGARO – A condition de réussir..."
Le journaliste affirme implicitement de nouveau que les Etats-Unis sont en train de perdre en Irak. Il n'interviewe toujours pas le ministre, il l'agresse. Il n'a donc nullement l'intention d'obtenir des renseignements intéressants pour ses lecteurs, mais seulement de profiter de sa position de journaliste pour manifester le maximum possible d'hostilité et de parti pris à un Américain qu'à l'évidence il déteste.
"Donald RUMSFELD – C'est ce que nous faisons. Le peuple irakien est libéré du joug d'un dictateur qui avait rempli les fosses communes avec des milliers de ses concitoyens. Un dictateur qui avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple. Aujourd'hui, les Irakiens ont au moins une chance de vivre mieux."
"LE FIGARO – Le «National Journal», une publication influente de Washington, a récemment titré : «La France avait raison». N'est-ce pas l'annonce d'un retournement d'opinion aux Etats-Unis ?"
N'arrivant pas à prendre l'avantage sur le ministre avec ses propres arguments, le journaliste essaie un argument d'autorité : "il y a même une publication influente..." (en fait, le National Journal est un journal local de la région de Washington, qui a, dans cette région, 5 fois moins de lecteurs que le Washington Post et 3 fois moins que le New York Times) "qui pense que la France avait raison, donc qu'étant Français j'avais raison et vous, tort."
"Donald RUMSFELD – Ah ! vous croyez ! Quand, après le 11 septembre 2001, nous avons porté le fer en Afghanistan, les opérations avaient à peine commencé que certains des journaux américains les plus prestigieux prédisaient déjà un enlisement à la vietnamienne. Même réaction au moment de l'intervention contre l'Irak. Nous étions à mi-chemin de Bagdad mais la presse annonçait la défaite. Aujourd'hui aussi, la mode est aux pronostics négatifs. Or je constate que les écoles irakiennes fonctionnent à nouveau. De même que les hôpitaux et les cliniques. La Banque centrale a rouvert ses portes. Une nouvelle monnaie a été mise en circulation. Tout cela en cinq mois et alors que des gens se font tuer tous les jours. En Allemagne et au Japon, après la Seconde Guerre mondiale, pour en arriver au même point, il avait fallu cinq ans."
Le ministre lui montre, exemple à l'appui, que les journaux se sont souvent trompés en prédisant des malheurs qui ne se sont pas produits. Nous vérifierons ci-dessous que c'était particulièrement vrai en France. C'est lui qui a le dernier mot.
Conclusion
Cette interview montre qu'il y a des journalistes, comme celui qui a interviewé M. Rumsfeld, dont l'antiaméricanisme est tel qu'ils perdent toute objectivité. Ils en deviennent incapables de faire correctement leur métier, qui consiste à rapporter des faits et des événements, et à les analyser de manière impartiale. Du coup, les articles comme le précédent (qui occupe 2/3 de la page 2 du Figaro) sont dénués de valeur : ayant obligé la personnalité interviewée à se défendre contre des agressions verbales sans jamais lui faire décrire sa politique, le journaliste n'y apporte strictement rien de nouveau à un lecteur. Pire même, ils déconsidèrent ce journaliste et la rédaction du journal qui publie un tel texte.
Le Figaro magazine du 10/01/2004 publie page 8, le court article Muselier, le voile et le Boeing, dont voici un extrait :
"…Renaud Muselier, juste de retour de Charm el Cheikh, a fait part à ses collègues de son indignation au sujet des questions posées par certains journalistes à la conférence de presse qu'il avait donnée en Egypte. Le représentant d'al Jezira, notamment, a demandé au secrétaire d'Etat français s'il confirmait que «l'attentat (sic) contre le Boeing de Flash Airlines était dû à l'interdiction du voile en France…»"
Comme quoi l'agressivité verbale envers un ministre, insolente et incapable de produire une réponse utile au public d'un journaliste, n'est pas l'apanage d'un journaliste français !
Nous allons voir maintenant que les exemples ci-dessus ne sont pas isolés : le manque d'objectivité sur un sujet donné peut être déploré pendant plusieurs semaines, chez de nombreux journalistes de grands quotidiens.
Les exemples ci-dessous, "La guerre à outrances - Comment la presse nous a désinformés sur l'Irak", etc., ont été rédigés en novembre 2003. Comme ils constituent un grave désaveu pour de nombreux journalistes, on pourrait penser que ceux-ci ont compris la leçon et qu'après cette preuve de leur partialité et de leur manque de sérieux ils abandonneraient leur antiaméricanisme pour plus d'objectivité. Mais hélas, pour nombre d'entre eux, la leçon n'a pas porté et ils ont continué à écrire n'importe quoi, à exprimer leur haine absurde de l'Amérique et de son président G. W. Bush jusqu'en novembre 2004, date où les exemples ci-dessus, particulièrement scandaleux, ont été relevés :
§ Le lynchage médiatique de G. W. Bush par la presse française du 4 novembre 2004 http://www.danielmartin.eu/Politique/Lynchage.htm (11 exemples d'âneries colossales par antiaméricanisme dans les journaux français du lendemain des élections américaines).
§ Questions sur la France anti-Bush http://www.danielmartin.eu/US/Questions.htm (un excellent article du Figaro au lendemain de l'élection américaine, qui fait le point sur les nombreuses dérives antiaméricaines des médias français et les explique).
Le titre de ce paragraphe est celui de l'ouvrage [4], dont je recommande la lecture à ceux qui veulent approfondir les problèmes de pratique journalistique. Il rapporte en détail la manière dont cinq quotidiens français ont couvert la guerre en Irak en mars et avril 2003. Il s'agit de grands quotidiens : Le Monde, Le Figaro, Ouest-France, Libération et La Croix, et de nombreux journalistes ou commentateurs qui y ont publié des textes sur cette guerre.
Les fautes professionnelles décrites ci-dessous, commises pendant la guerre d'Irak et devenues patentes par la suite, n'ont pas pour autant modifié l'opinion des journalistes antiaméricains cités, qui le sont restés. Les journalistes n'ayant pas l'habitude de s'excuser et de s'amender après des fautes, mêmes graves, la presse écrite et la télévision continuent trop souvent, longtemps après, à nous fournir une vue biaisée des événements, et à orienter les interviews pour essayer de faire dire aux interviewés ce qu'ils souhaitent entendre.
Ci-dessous en italiques et en retrait de courtes citations extraites de [4] et, en caractères droits cadrés à gauche, mes commentaires illustrant des pratiques journalistiques qui désinforment le public.
Pages 18 à 20 :
"Entre le 20 mars et le 10 avril 2003, chaque quotidien [ci-dessus] produit 19 éditions, sauf Ouest-France qui, avec son édition dominicale, en publie 22. Cela représente au total 98 [pages] unes."
"Parmi elles, pas moins de 42 - plus de 4 sur 10, une proportion énorme - donnent une image défavorable de l'entreprise américano-britannique à l'égard de l'Irak, que ce soit en critiquant l'administration Bush, en soulignant des problèmes stratégiques ou tactiques, ou en relevant des conséquences néfastes pour les civils irakiens et le reste du monde."
A aucun moment, la presse française n'a souligné la justesse d'une guerre faite à un dictateur qui a causé la mort d'environ 2 millions de personnes pendant les 35 dernières années, par des assassinats, en réprimant des révoltes ou en faisant la guerre. Pas un n'a souligné le fait qu'il s'est moqué, depuis 1991, de 17 résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui pourtant le menaçaient de guerre s'il ne s'amendait pas.
"Parmi ces 42 pages une, 21 insistent sur l'enlisement des troupes de la coalition et/ou sur la résistance des forces de Saddam Hussein. Dans l'art de présenter l'intervention américano-britannique comme un fiasco, Libération est le champion. En effet, sur ses 19 éditions, 8 unes soulignent le diptyque enlisement/résistance."
"En trois semaines, les cinq quotidiens ne relaient les avancées militaires américaines et anglaises que sur 30 unes [moins du tiers]. C'est peu quand on pense que la coalition va l'emporter."
"Entre le 20 mars et le 10 avril, les cinq quotidiens consacrent 2746 titres à la guerre en Irak. Il n'y en a que 356 qui donnent une image favorable de l'entreprise américano-britannique [13%]. Il y en a 29 qui condamnent le dictateur irakien et 135 blâmant George W. Bush [4,5 fois plus !] Le Monde publie 7 titres anti-Saddam pour 49 titres anti-coalition [7 fois plus] et Libération 3 titres anti-Saddam pour 31 titres anti-coalition [10 fois plus !]"
Ces statistiques montrent bien l'antiaméricanisme de ces quotidiens et le manque d'objectivité qui en résulte.
Page 25 :
"Pendant toute la première partie du conflit, George W. Bush et ses 280 millions de concitoyens sont caricaturés, voire diabolisés. De ce fait, ils se retrouvent rapidement disqualifiés en tant qu'amis et alliés, mais aussi en tant qu'êtres humains intelligibles par les habitants sages et cultivés du Vieux Continent. A lire les quotidiens français, l'Amérique semble n'être peuplée, à l'exception d'une poignée d'admirables pacifistes, que de déplaisants «patriotes» écervelés, égoïstes et violents. Quand à leurs dirigeants, ils se révèlent bellicistes, ignares et irresponsables. Telle est du moins la vision que propose Sergueï dans son dessin du Monde du 21 mars : Bush met le feu à la planète avec des allumettes à tête humaine..."
Page 35 :
"La foi explicite de George W. Bush est assimilée au fanatisme mortifère des islamistes combattants. Les expressions du type «morgue messianique» (Le Figaro des 22-23 mars), «idéologues imprégnés de messianisme» (Le Monde du 2 avril) ou «croisés de Washington» font leur effet. Elles n'atteignent cependant pas le niveau de certains titres frappants, «GWB et le djihad à l'américaine» dans Le Figaro des 29-30 mars ou «Le choc de deux fondamentalismes» dans Le Monde du 1er avril."
Les journaux s'émeuvent parfois de la désinformation qui sévit dans certains pays arabes, où on enseigne aux enfants la haine des chrétiens et des juifs, en leur faisant croire que c'est ce que préconise la religion musulmane. Mais la haine des Américains qu'ont propagée certains quotidiens français pendant la guerre d'Irak n'a rien à envier à celle que propagent certains enseignants islamistes.
Page 58 :
"«La tension monte dans le monde arabe», titre Le Figaro du 24 mars. «Onde de choc dans le monde musulman», prévient Le Monde du 30 mars."
Quand on sait qu'en réalité aucun pays arabe n'a bougé, qu'aucun ne peut bouger tant les régimes arabes répriment durement la moindre manifestation... On apprécie ainsi la déontologie de journalistes qui veulent faire croire à des événements et des situations imaginaires, pour inquiéter leurs lecteurs et les persuader qu'ils ont raison de détester, comme eux, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.
Page 61 :
"C'est avec des a priori aussi tranchés que la presse écrite reçoit et évalue les informations quotidiennes en provenance du théâtre des opérations militaires. Dès lors, comment pourrait-elle ne pas surestimer ou, au contraire, minimiser certains faits, selon qu'ils confortent ou non ses convictions ?"
Page 88 :
"Dans Le Monde du 26 mars, le correspondant à Washington, Patrick Jarreau, remet les pendules à l'heure : «Les Américains ont pris conscience que le scénario le plus optimiste ne s'est pas réalisé. Le régime irakien ne s'est pas effondré. Les troupes ne se rendent pas en masse.»"
Une semaine après le début de la guerre, ce journaliste reproche aux Américains de s'être trompés en échafaudant un scénario prévoyant un effondrement du régime irakien dès la première semaine, avec une reddition massive des troupes. Il n'existe aucun scénario de cette nature ; à aucun moment les militaires américains n'ont prévu une victoire totale aussi rapide, notamment parce qu'il n'était pas possible à leurs troupes de parcourir les 400 km du port de Oum Kasr à Bagdad en si peu de temps. Nous avons donc là un exemple d'appréciation («ils se sont trompés») portant sur un scénario imaginaire.
Page 90 :
"«Militairement, pour l'instant du moins, la stratégie irakienne est un coup de maître» a écrit Isabelle Lasserre dans Le Figaro du 26 mars."
Si l'art d'être totalement vaincu en 3 semaines prouve une stratégie de maître, c'est qu'on est une journaliste qui écrit n'importe quoi.
Page 91 :
"Parmi les éditorialistes, le directeur de Libération est le premier à émettre un jugement définitivement négatif sur la phase initiale de la guerre. Et ce, dès la première fois qu'il prend la plume pour écrire sur le conflit, le mardi 25 mars. Serge July estime qu'«un spectre hante désormais Washington : être condamné à mener militairement la bataille de Bagdad». Le lendemain, il revient à la charge dans un nouvel éditorial. «Prévue pour durer quelques jours, écrit-il, la guerre terrestre se profile désormais sur plusieurs semaines, un mois, peut-être deux, s'il faut en croire George W. Bush lui-même»."
Bien que M. July ne soit pas un spécialiste des questions militaires, bien qu'il ne dispose pas des renseignements des militaires du front, il se permet de juger le déroulement de la guerre. Détestant les Américains, il leur prête une inquiétude qu'ils n'ont certainement jamais eue, à en juger par la manière expéditive dont ils ont mené leur offensive. Bien qu'incompétent, M. July prédit une bataille à Bagdad et une longue durée pour la guerre, et se trompe lourdement. Et, ce qui achève de ridiculiser le directeur de Libération, il invente une prise de position du président George W. Bush qui n'a jamais existé.
Page 92 :
"Cela n'empêchera pas Serge July de réaffirmer son point de vue le vendredi 28 mars, dans un troisième éditorial intitulé «Constat d'échec». Quarante-huit heures plus tôt, il évoquait «un mois, peut-être deux». Désormais «les échéances se mesurent en mois» prévient-il ; «la tragédie est en marche»."
C'est une caractéristique commune à beaucoup de journalistes : ils persévèrent dans l'erreur. Quand ils ont commis une faute (ici : prévoir l'avenir sans compétence ni informations, et laisser leur antiaméricanisme prendre le pas sur l'objectivité) ils recommencent à la première occasion. Pour les rares lecteurs qui prennent le temps de réfléchir à ce qu'ils lisent, ils sont simplement ridicules. Mais la plupart des lecteurs, hélas, sont désinformés.
Page 100 :
"A la une du Monde publié dans l'après-midi du 29 mars, c'est «La guerre imprévue du Pentagone». La synthèse rédigée pour la première page martèle qu'«il ne fait plus de doute que les forces américaines et britanniques sont engagées dans un conflit long et meurtrier»."
Aveuglés par leurs opinions personnelles (ici l'antiaméricanisme) les journalistes affirment parfois sans preuve. Comment Le Monde aurait-il su quelle sorte de guerre le Pentagone avait prévu ? Leur antiaméricanisme leur fait prévoir un conflit long et meurtrier. Nous savons qu'il n'a été ni l'un ni l'autre. Encore de la désinformation.
Page 106 :
"Arrêtons-nous un instant pour illustrer un procédé utilisé par la presse pour faire dire aux généraux américains ce qu'ils ne formulent pas, mais que les journalistes français aimeraient tellement qu'ils disent. Dans un article de Libération du 31 mars, Philippe Grangereau parle ainsi d'un «conflit en escalade qui risque de durer de longs mois». Selon lui, le général Franks «le reconnaît à demi-mot». Confronté à cette confession, le lecteur est assurément convaincu que les soldats de la coalition ne sont pas près d'entrer dans Bagdad."
Ni le général Franks ni aucun militaire américain n'a fait de déclaration sur la durée de la guerre. Et, lorsque les journalistes demandaient une prévision de durée, ils répondaient de manière vague, à la fois pour ne pas renseigner l'ennemi sur leurs prévisions réelles et pour ne pas s'engager sur un délai qui risquerait d'être démenti par les faits, la conduite de la guerre n'étant pas une science exacte. Mais les journalistes antiaméricains, qui cherchaient un aveu d'échec, interprétaient la réponse vague comme l'aveu d'échec attendu, ou le refus d'avouer un échec dont ils étaient, eux, convaincus. C'est pourquoi le journaliste à écrit «le reconnaît à demi-mot», incitant ainsi ses lecteurs à croire ce qui n'était pas.
En somme, au lieu de rapporter objectivement les faits, il arrive que les journalistes les interprètent d'une façon si erronée qu'ils désinforment leur public. On sait qu'un artiste peintre ne représente pas ce qu'il voit, mais ce qu'il veut montrer ; hélas, les journalistes font trop souvent de même.
Page 108 :
"Dans son «scénario du pire», Serge July écrit dans Libération le 1er avril «On pouvait redouter le pire, c'est encore pire que prévu. L'échec de la parade militaire américaine dans le désert, destinée, en principe, à faire imploser la dictature en quelques jours, est un revers pour Donald Rumsfeld et toute la bande des Folamour de la démocratie de force.»"
M. July ne savait pas que la statue de Saddam Hussein tomberait, à Bagdad, 8 jours après ; à l'évidence, il espérait toujours que les Américains auraient de gros ennuis. Mais présenter ces ennuis comme un fait, une affirmation, est une désinformation manifeste. Cet exemple prouve que les journalistes peuvent, à l'occasion, se comporter de manière irresponsable, en rapportant une vérité sortie tout droit de leur imagination. Faut-il préciser que ni M. July, ni aucun des journalistes qui se sont lourdement trompés à propos de la guerre en Irak - et ont trompé leurs lecteurs - n'a reconnu ensuite ses erreurs et ne s'est excusé ?
Pages 108-109 :
"Le 1er avril, le correspondant à Washington du Figaro, Jean-Jacques Mével, suppute qu'il faudra «des semaines» ne serait-ce que pour «attendrir» par un «bombardement tactique» les lignes de défense de la capitale irakienne. Du coup, poursuit-il, «la vraie poussée sur Bagdad viendra sans doute beaucoup plus tard». Or, à l'heure où il écrit, elles sont déjà laminées..."
Cet autre exemple d'erreur montre que M. July n'a pas le monopole des informations inventées et des prévisions fantaisistes à l'origine d'une désinformation.
Conclusions
L'exemple ci-dessus illustre les fautes professionnelles suivantes :
§ Manque d'objectivité amenant un journaliste à déformer la réalité.
§ Jugements de valeur, sur des dirigeants et leurs politiques ou stratégies, qui ne sont pas basés sur des faits certains, donc sans valeur et susceptibles de tromper les lecteurs.
§ Prévisions sur le déroulement futur de la guerre faites par des journalistes sans compétence militaire et n'ayant pas accès aux informations du champ de bataille.
§ Volonté de dramatiser la réalité, même au prix d'une déformation.
Sur la couverture de L'Express n° 2736 du 11 au 17/12/2003 une photo de George W. Bush emplit toute la page, avec cette légende : George W. Bush - L'homme qui nous a gâché l'année.
J'avoue que si on m'avait demandé de choisir l'homme qui m'a le plus gâché l'année, j'aurais pensé à Ben Laden, à cause de ses attentats. Je pense que le président Bush, en luttant contre le terrorisme, en envoyant ses soldats mourir en Irak et en Afghanistan pour défendre toutes les démocraties, donc la France, a plutôt bien fait que mal fait. En débarrassant le monde d'un dictateur sanguinaire, Saddam Hussein, qui aidait et abritait le terrorisme et menaçait de déstabiliser une région pétrolière vitale pour l'économie du monde, il mérite des louanges et de l'aide, pas une insulte comme cette couverture de L'Express. En tentant de faire progresser la démocratie dans le monde arabe, qui génère du terrorisme précisément parce que ses régimes tyranniques désespèrent leurs citoyens, il rend service au monde, donc à notre pays. En faisant tout cela avec l'argent de ses contribuables, il est généreux pour nous.
En tout cas, il ne mérite pas ce genre de rejet, qui déshonore L'Express. Cette page de couverture annonce, en fait, un article 100% négatif dans la vision qu'il donne de la politique américaine, donc dénué d'objectivité, étalant sur 7 pages (c'est énorme !) son antiaméricanisme et ses exagérations : L'homme qui nous a gâché l'année. Dans un hebdomadaire qui prétend être objectif et respecter ses 500.000 lecteurs, c'est là un journalisme détestable, méprisable.
La page du site Internet dont l'article L'homme qui nous a gâché l'année a été extrait le 16/12/2003, http://www.lexpress.fr/express/info/monde/dossier/bush/dossier.asp, comprend aussi des liens vers les autres articles de L'Express sur le même sujet :
§ Bush dans l'adversité (24/07/2003)
§ Bush, président impérial (14/11/2002)
§ L'inquiétant M. Bush (29/08/2002)
§ Portrait d'un président mal élu (14/12/2000)
Comme ces titres le montrent, ils sont tous anti-Bush. L'Express méprise donc l'opinion des dizaines de millions d'Américains qui ont élu et réélu ce président, et qui approuvaient donc sa politique. En rendant mal compte de la réalité, L'Express désinforme ses lecteurs.
L'Express et le souci de la rigueur
Voici le texte que j'ai envoyé à L'Express au sujet de la couverture précédente et ce qu'ils ont publié. On admirera dans leur texte les insultes qu'ils me font proférer après les avoir inventées : "Saddam, ce salopard intégral" et "Chirac, petit souverain qui continue à se croire homme d'Etat". Si j'étais un homme politique candidat à une élection, leur message me ferait beaucoup de tort. Ou peut-être L'Express a-t-il profité de mon message pour insulter deux politiciens qu'il n'aime pas ? Après un tel manque de rigueur, comment faire confiance à ce magazine ?
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Texte du message envoyé à L'Express |
Texte publié par L'Express |
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Sur la couverture de L'Express n° 2736 du 11
au 17/12/2003 une photo de George W. Bush emplit toute la page, avec cette
légende : George W. Bush - L'homme qui nous a gâché l'année. J'avoue que si on m'avait demandé de choisir
l'homme qui m'a le plus gâché l'année, j'aurais pensé à Ben Laden, à cause de
ses attentats. Je pense que le président Bush, en luttant contre le
terrorisme, en envoyant ses soldats mourir en Irak et en Afghanistan pour
défendre toutes les démocraties, donc la France, a plutôt bien fait que mal
fait. En débarrassant le monde d'un dictateur
sanguinaire, Saddam Hussein, qui aidait et abritait le terrorisme et menaçait
de déstabiliser une région pétrolière vitale pour l'économie du monde, il
mérite des louanges et de l'aide, pas une insulte comme cette couverture de L'Express. En tentant de faire progresser la démocratie
dans le monde arabe, qui génère du terrorisme précisément parce que ses
régimes tyranniques désespèrent leurs citoyens, il rend service au monde,
donc à notre pays. En faisant tout cela avec l'argent de ses
contribuables, il est généreux pour nous. En tout cas, il ne mérite pas ce genre de
rejet, qui déshonore L'Express. Cette page de couverture annonce, en fait, un
article 100% négatif dans la vision qu'il donne de la politique américaine,
donc dénué d'objectivité, étalant sur 7 pages (c'est énorme !) son
antiaméricanisme et ses exagérations. Dans un hebdomadaire qui prétend être
objectif et respecter ses 500.000 lecteurs, c'est là un journalisme
détestable, méprisable. Daniel MARTIN |
D. Martin (courriel) |
Avec une belle constance dans son antiaméricanisme, le numéro suivant de L'Express, daté du 25/12/2003, persiste et signe avec, en première page après la couverture, un dessin pleine page de Plantu représentant un président Bush caricaturé de manière à paraître stupide et entêté, sur fond de texte en gros caractères répété 10 fois : «Attention, je peux aussi vous pourrir toute l'année 2004». Et à côté de Bush un petit terroriste barbu, bombe sous le bras, qui dit : «Moi aussi». J'ai donc décidé de lire moins souvent L'Express et annulé mon abonnement.
Comme les Français, la grande majorité des journalistes sont ou sont devenus antiaméricains depuis l'invasion de l'Irak. Nous l'avons vu, ils ont tendance à ne pas être objectifs dès qu'il s'agit de politique des Etats-Unis, et nous le verrons de manière encore plus affirmée. Cela les conduit souvent à publier des informations à sens unique, c'est-à-dire des informations qui ne respectent pas la règle d'impartialité pourtant à la base de leur métier. Concernant l'Irak, par exemple, ils ne publient que les mauvaises nouvelles.
C'est pourquoi je salue le contre-exemple suivant, extrait d'un article de l'envoyé spécial du Figaro en Irak, Renaud Girard, publié dans Le Figaro du 14/11/2003 sous le titre La rue irakienne à l'écart de la nouvelle guerre :
"Le miroir grossissant des images télévisées ne donne pas un reflet toujours exact de la situation en Irak..."
"Sur 90% du territoire, la vie suit son cours tranquillement et, dans son écrasante majorité, la population ne regrette pas le régime de Saddam Hussein. Les Américains n'ont guère de problèmes pour travailler avec les institutions locales (conseils de quartier, conseils de district) qu'ils ont créées, ni pour recruter des Irakiens dans les nouvelles forces de sécurité (police, sécurité civile, armée)."
Il est triste que des messages positifs sur l'Irak comme celui-ci soient rarissimes dans les médias français, car un point de vue à sens unique négatif désinforme le public. Connaissant l'opinion des citoyens et se gardant bien de rétablir la vérité des faits, la grande majorité de classe politique adopte alors, elle aussi, une politique étrangère antiaméricaine, qui finit par faire du tort à la France.
L'agence de presse anglaise d'importance mondiale Reuters reconnaît qu'elle adoucit ses communiqués relatifs aux terroristes islamistes (voir [144]) par peur de représailles.
Les exemples ci-dessus concernent la politique internationale. Mais les affirmations fantaisistes sévissent également dans d'autres domaines. Exemple : les prévisions boursières et économiques à quelques mois, qui s'avèrent souvent par la suite grossièrement infirmées par les faits. C'est ainsi que, dans l'article [84] page 2 :
§ les prévisions faites en juin 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2003 (qui a été de 3557,90 exactement) variaient selon les "experts" de 2300 (-35%) à 3735 (+5%) ;
§ les prévisions faites en décembre 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2004 variaient de 1750 à 4550, valeurs dans un rapport de 1 à 2,6.
Il suffit de constater, lorsqu'un journal publie côte à côte les prévisions à 6 mois d'analystes financiers sur une même variable, comme l'indice boursier CAC 40, que les valeurs données diffèrent largement. Dans ces conditions, quel crédit apporter aux opinions et prévisions de ces analystes ? Et, sachant que de telles erreurs de prévision se répètent, année après année, comment se baser sur ces prévisions pour risquer ses économies en bourse ?
L'ouvrage La guerre des deux France, celle qui avance et celle qui freine [125] signale page 107 l'article paru dans Le Monde du 20/03/2003, intitulé :
"Les groupes français affichent des pertes historiques en 2002"
Voici l'extrait de cet article qu'on trouve sur le site Internet du journal :
"Implantées dans l'industrie ou les services, les trente premières sociétés cotées ont enregistré 28,7 milliards d'euros de pertes cumulées, contre un bénéfice de 8,5 milliards lors de l'exercice précédent. Rarement l'économie française aura connu une aussi spectaculaire destruction de valeur. Les trente premières sociétés françaises industrielles ou de services cotées à Paris ont enregistré un résultat négatif cumulé de 28,7 [milliards] d'euros en 2002, alors qu'en 2001 elles affichaient encore un bénéfice cumulé de 8,5 milliards d'euros."
Les lecteurs avaient de quoi être effrayés en apprenant que les 30 premières sociétés cotées à Paris avaient fait de telles pertes en 2002. Toutefois, en examinant dans l'article le tableau de leurs résultats détaillés, on s'apercevait que 2 entreprises avaient affiché des pertes colossales : Vivendi Universal (-23,3 milliards d'euros) et France Télécom (-20,7 milliards d'euros), c'est-à-dire 44 milliards d'euros à elles deux. Les 28 autres entreprises avaient donc, en réalité, gagné 44 - 28,7 = 15,3 milliards d'euros.
Sachant, en mars 2003, que la gestion de Vivendi Universal et de France Télécom avait été un désastre de grande ampleur, exceptionnel par son mauvais management et par conséquent non significatif, il ne fallait pas le prendre en compte en même temps que les autres entreprises, qui avaient été gérées normalement. En le prenant en compte, l'auteur de l'article a désinformé ses lecteurs : il a fait la même erreur qu'un physicien qui, dans une suite d'expériences, aurait tenu compte de 2 résultats sur 30, à l'évidence non significatifs.
La désinformation est d'autant plus grande que :
§ 13 des 28 autres entreprises du tableau avaient fait, en 2002, des bénéfices supérieurs à ceux de 2001 ;
§ Sur ces 28 entreprises, 6 seulement avaient perdu de l'argent, 7,4 milliards d'euros au total. Et parmi ces 6, une seule, Alcatel, notoirement mal gérée elle aussi, représentait à elle seule 4,7 milliards d'euros de pertes, c'est-à-dire 4,7 :7,4 = 64% des pertes totales de ces 6 entreprises.
En réalité, donc, malgré le ralentissement observé en 2002, les 28 entreprises aux résultats significatifs avaient plutôt progressé. En aucun cas, on ne pouvait parler de pertes historiques.
Nous avons là un exemple de désinformation par manque de rigueur journalistique et volonté de faire du sensationnel ("pertes historiques") au mépris de la réalité. Et Le Monde est considéré comme un journal de référence !
L'exigence de rigueur est décrite ci-dessous dans la section "Qualité des informations politiques et économiques".
Les journalistes ne rendent de compte à personne de leurs méfaits éventuels : c'est là une situation d'impunité inacceptable, compte tenu de la puissance des médias, véritable «quatrième pouvoir» (après les trois premiers, qui sont l'exécutif, le législatif et le judiciaire). Les médias constituent tantôt un puissant moyen, pour le pouvoir en place, d'influencer son peuple, tantôt un contre-pouvoir limitant celui des trois pouvoirs classiques. Mais les médias français n'ont guère de contre-pouvoir crédible, à l'exception du journal satirique Le Canard Enchaîné, de quelques sites Internet insuffisamment connus et d'un grand nombre de livres lus, hélas, par une petite minorité de citoyens. La télévision, en particulier, fait ce qu'elle veut, nous le verrons.
Voir aussi le paragraphe Médias, populisme et démagogie.
Dans la suite de ce texte nous appellerons médias des outils ou des moyens (matériels, entreprises) permettant à des hommes de s'exprimer et de communiquer avec autrui.
On distingue trois catégories de "médias" selon leur support :
§ Les médias autonomes : livres, journaux, CD, DVD, disques d'ordinateur, etc. avec des matériels comme le magnétoscope, le lecteur de CD, etc.
§ Les médias de télédiffusion : radio, télévision, satellites.
§ Les médias de télécommunication : (réseau téléphonique commuté, réseau d'ordinateurs comme Internet).
Cette section s'intéresse aux caractéristiques des seuls médias suivants :
§ journaux et magazines,
§ émissions de radio et de télévision,
§ serveurs de données, sons et images du réseau Internet,
au point de vue de leur impact sur le bon fonctionnement de la démocratie, et seulement à ce point de vue-là. Exemple : Nous nous intéresserons à l'impact des journaux télévisés sur les opinions des électeurs.
Selon [8] page 754, voici les réponses à un sondage effectué en France de février à mars 2001 (période électorale), qui a posé la question : «Comment vous informez-vous sur ce qui se passe dans le monde ?»
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Réponses |
% des sondés |
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Télévision |
64% |
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Journaux |
20% |
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Radio |
8% |
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Magazines |
5% |
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Internet |
2% |
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Télétexte |
1% |
Conclusion : le public s'informe d'abord en regardant la télévision, ensuite en lisant les journaux et magazines, enfin en écoutant la radio. Les magazines, les livres et Internet ne touchent qu'une minorité.
Pour plus de détails sur France Télévisions, voir la fin du paragraphe Responsabilité sociale des médias.
Voir aussi le texte "La désinformation par la télévision" http://www.danielmartin.eu/Arg/Desinformation.htm .
Selon [8] page 753, voici les réponses à un sondage effectué en France en décembre 2000, qui a posé la question :
"Face à une nouvelle importante, à quel média faites-vous le plus confiance ?"
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Réponse : je fais confiance... |
à la |
à la |
à la |
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pour avoir connaissance de cette nouvelle |
48% |
25% |
19% |
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pour expliquer en détail cette nouvelle |
43% |
36% |
14% |
Il est dommage qu'en France la radio n'occupe pas une place plus importante en matière d'information politique et économique, parce que deux radios offrent pas mal d'émissions valables dans ces domaines : France Inter et Europe 1.
Voici un exemple d'événement qui met à mal la crédibilité d'un journal et, par amalgame parce qu'il est très connu, celle de toute la presse. Il est publié par Le Figaro économie du 14/01/2004.
"Le 11 mai 2003, le New York Times révélait que l'un de ses brillants reporters, Jayson Blair, 27 ans, était l'auteur d'une quarantaine d'articles fabriqués ou plagiés. Mea culpa aux lecteurs, réunions publiques, démissions forcées dont celle du rédacteur en chef contesté Howell Raines... La réputation du Times est alors sérieusement écornée."
Voici un extrait des pages 337 et 338 de [101], ouvrage de référence sur l'impact des médias sur la démocratie, partout dans le monde. Il concerne les M*A*R*S (Moyens d'Assurer la Responsabilité Sociale, c'est-à-dire des pratiques déontologiquement correctes) des médias français au service de la démocratie :
"Au fond, les médias, de droite et de gauche, élitistes ou populaires, sont coupables de s'être peu souciés, pendant de longues années, de phénomènes graves mais dérangeants pour les gouvernements successifs : par exemple l'alcoolisme, le dopage dans le sport, le financement occulte des campagnes électorales, la protection du consommateur, la défense de l'environnement, la corruption dans les milieux gouvernants à tous les niveaux.
Mais en fait, ce qui frappe le grand public, ce sont les grosses bavures. Il s'en est produit beaucoup en France dans les années quatre-vingt-dix : photos truquées, interviews truquées, documentaires truqués. Corruption (comme dans l'affaire Botton) et inventions (tel le vol d'organes sur enfants latino-américains). Violations de vie privée et dénonciations à effets mortels, comme le suicide du Premier ministre Bérégovoy, et l'accident de la princesse Diana. Sans parler d'une collusion trop évidente des médias et du pouvoir : y a-t-il une autre démocratie où l'on verrait le président (François Mitterrand en 1992) être interrogé à la télévision par deux journalistes qui se trouvaient être les épouses de deux de ses ministres ?
Tous ces cas ne constituent pas des accidents isolés, mais des manifestations de vieilles traditions, aggravées par des dérives nouvelles. L'observateur aguerri est à peine choqué par les jugements de correspondants étrangers en poste à Paris parlant en privé de leurs collègues français : "Tous corrompus et débiles... ils ne font que de la publicité... le travail dans les quotidiens est de prendre l'AFP et de l'embellir... ils écrivent pour ne rien dire... catastrophiques surtout en économie... ils se croient très importants et indispensables... ils sont au service du gouvernement... la révélation d'un grand scandale ne sera pas possible en France."
Accablant, non ? Et que dire de l'extrait suivant de la page 350 de [101] ?
"Des usages [journalistiques] sont nés de la tradition d'assujettissement au pouvoir en place ou à un parti - plutôt que de dévouement à l'intérêt des citoyens. Ces usages ? Ils consistent en une indifférence à la recherche des faits, à l'exactitude factuelle, à la qualité des sources ; en un souci de qualité littéraire accompagnée de dédain pour l'expertise et le travail de préparation ; en l'habitude de mêler ses opinions personnelles aux informations, des commentaires d'ailleurs sans intérêt bien souvent en raison de l'incompétence de leur auteur. Le manque de professionnalisme est évident."
Les lecteurs et auditeurs ne se font pas trop d'illusions sur l'indépendance des journalistes. D'après [8] page 752, un sondage de janvier 2001 a donné les réponses suivantes à la question :
"Croyez-vous que les journalistes sont indépendants, c'est-à-dire qu'ils résistent..."
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Réponse |
Non, ils ne sont pas indépendants |
Oui, ils sont indépendants |
Sans opinion |
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...aux pressions des partis politiques au pouvoir |
59% |
32% |
9% |
|
...aux pressions de l'argent |
69% |
20% |
11% |
Exemple : l'ouvrage de Fareed Zakaria [82] explique de manière très convaincante que la vraie démocratie, la démocratie constitutionnelle, ne peut être instaurée ou ne peut perdurer dans un pays où manquent l'état de droit et un PIB par habitant supérieur à environ $6000 par an. Il donne maints exemples à l'appui. Et, à propos de l'Irak et de l'Afghanistan, il se contente de souhaiter que les choses s'arrangent, il ne tire pas la conclusion évidente de sa propre démonstration : ces deux pays n'ont aucune chance de parvenir à la démocratie constitutionnelle dans les prochaines années, parce qu'ils n'ont ni état de droit ni un PIB suffisant, et ne risquent pas de les avoir rapidement (voir "Irak, Afghanistan : la démocratie impossible" http://www.danielmartin.eu/Politique/Irak-Afghanistan-la-democratie-impossible.htm ).
Je lui ai envoyé un message pour lui faire part de mon étonnement : docteur en sciences politiques, il est un des journalistes les plus connus et les plus influents du monde ; ses analyses dans Newsweek, où il est Directeur de la rédaction internationale, tiré chaque semaine à plus de 4 millions d'exemplaires, frappent par leur clarté et leur pertinence. Il a énormément travaillé pour son livre et s'est fait aider par des collègues qui ont cherché des informations pour son compte. Un pareil professionnel ne pouvait pas passer à côté d'une conclusion aussi évidente. Il l'a pourtant fait.
Je ne vois qu'une raison : en tant que personne très influente, véritable leader d'opinion, il n'a pas voulu prédire l'échec de la politique de son pays sur un point fondamental : il a manqué d'indépendance. Il lui arrive pourtant de critiquer un point de détail de la politique américaine, ou un politicien américain, mais il n'a pas osé tirer toutes les conséquences de sa propre démonstration.
Il n'a pas répondu à mon message, alors qu'il encourage les lecteurs de Newsweek à lui écrire en donnant son adresse de messagerie.
Cette attitude de M. Zakaria est un exemple d'autolimitation, assez courant chez les journalistes de médias à forte audience. L'autolimitation fait obstacle à la diffusion d'informations nécessaires à la formation d'opinion des électeurs.
Indépendamment de ses journalistes, un média exerce une influence politique qui dépend fortement de sa réputation. Le Monde, par exemple, est qualifié de "journal de référence" parce qu'il s'est construit, dans ses premières années, une référence de sérieux et d'impartialité. Même si cette réputation a été attaquée récemment par des ouvrages comme [9], beaucoup d'intellectuels continuent à faire confiance au Monde. De même, Le Figaro offre souvent des articles sérieux, bien documentés et objectifs, à l'opposé des exemples cités dans ce texte à propos de la guerre en Irak.
Lorsqu'on lit un article bien écrit, objectif, qui couvre bien son sujet, dans un journal qu'on respecte, on se laisse plus facilement convaincre que s'il est publié par un journal auquel on ne fait pas confiance. De même, les informations de 12h sur Europe 1 sont en général animées par des journalistes sérieux. Dernier exemple, Yves Calvi fait un excellent travail dans son émission télévisée quotidienne d'informations "C dans l'air", sur France 5, qui a dépassé sa millième émission.
A force d'obtenir le respect de leur audience, certains médias acquièrent une réputation qui leur confère une influence importante, donc le respect un peu craintif des politiciens.
Inversement, lorsqu'un média désinforme son public, il perd sa confiance au moins en partie. C'est ainsi qu'à la suite du scandale de l'émission Today de la BBC, qui a diffusé à 6 millions d'auditeurs des informations fausses, un sondage [53] a révélé que 30% des Anglais avaient désormais moins confiance dans la BBC. Le 28/01/2004, le très respecté juge Lord Hutton a déposé un rapport affirmant que la BBC avait accusé sans fondement le gouvernement britannique d'utiliser des renseignements [sur les armes de destruction massive irakiennes] dont il connaissait la fausseté. Ce mensonge de la BBC contre le gouvernement du Royaume-Uni s'est ainsi retourné contre elle ; son président, M. Gavyn Davies, a dû démissionner, ainsi que le directeur général M. Greg Dyke et le journaliste coupable. (Voir [117]).
L'influence des médias est indispensable en démocratie, pour contrebalancer la propagande éventuelle des politiciens, au pouvoir ou dans l'opposition, et la publicité des groupes financièrement puissants. C'est pourquoi on appelle souvent les médias des "contre-pouvoirs".
Des images fortes, à la télévision, peuvent faire découvrir aux spectateurs, des faits ou des situations qu'ils ignoraient. Exemples :
§ Le choc des images du 11 septembre 2001, avec les tours du World Trade Center en flammes, ont fait découvrir au monde, et d'abord aux Américains, qu'ils n'étaient pas invulnérables et que des terroristes pouvaient les tuer par milliers, dans leur propre pays. La force de ces images a été telle qu'il a été facile ensuite, au président George W. Bush, d'entraîner son pays dans les guerres d'Afghanistan et d'Irak.
§ Le choc des images de l'attentat islamiste du 16 mai 2003 à Casablanca, a permis au roi du Maroc de surmonter l'opposition des religieux musulmans, qui durait depuis des années, pour imposer une réforme considérable du droit des femmes, devenues début 2004 les égales des hommes dans ce pays musulman ([13]).
Les médias savent profiter de l'impact des images-chocs pour obtenir quelque chose des citoyens. C'est ainsi, par exemple, qu'on peut obtenir des dizaines de milliers de dons d'argent ou d'objets pour des Africains misérables, en montrant des enfants décharnés et couverts de mouches dans les bras de mères squelettiques.
De telles campagnes de sensibilisation sont justifiées, bien sûr, mais lorsque toutes les télévisions du monde ont montré les "fosses communes de Timisoara", en Roumaine, elles ont révolté des millions de téléspectateurs avec un montage, car les victimes de tortures présentées étaient en réalité des morts d'un cimetière voisin exhumés pour l'occasion, pour être filmés par les journalistes !
Les téléspectateurs doivent donc être vigilants : lorsque les images qu'ils voient trahissent une volonté manifeste de journalistes de choquer, voire de révolter, ils doivent rester un peu sceptiques et attendre, avant de se faire une opinion, qu'une confirmation soit fournie, de préférence par un autre média, indépendant du premier.
La télévision peut aussi faire découvrir un candidat, auparavant peu connu. C'est ainsi que, à l'élection présidentielle américaine de 1960, tous les sondages donnaient Richard Nixon élu contre son adversaire peu connu, John Kennedy. Il a suffi d'un débat télévisé, où Kennedy surclassa nettement son adversaire, pour que les sondages basculent et que Kennedy soit finalement élu.
La télévision peut aussi briser une carrière. En 1986, à 39 ans, M. Laurent Fabius était Premier ministre et pouvait espérer devenir président. Il a suffi d'un seul débat télévisé avec M. Jacques Chirac, qui l'a nettement surclassé, pour que ses espoirs s'envolent et que la gauche qu'il dirigeait perde les élections.
Mais il peut aussi arriver que la télévision ne fasse pas changer d'avis un pourcentage significatif d'électeurs et ne départage pas des candidats. Exemple : le duel Chirac - Mitterrand de mai 1988.
Par définition :
§ Le journalisme d'information, en anglais news-reporting, diffuse les informations reçues de sources habituelles : agences comme l'AFP, Agence France-Presse, communiqués de presse, interviews, etc. en les commentant éventuellement.
§ Le journalisme d'investigation, en anglais news-making, cherche des informations en faisant des enquêtes. Ces informations doivent être vérifiées, puis analysées et résumées avant d'être enfin diffusées.
Ce type de journalisme demande bien plus de temps, d'efforts et d'argent que le journalisme d'information. Il présente aussi un danger plus grand, celui d'inventer, de déformer, d'extrapoler ou de généraliser abusivement.
Sources : [55] et [8] page 318. L’Agence France-Presse est une des trois grandes agences mondiales d’information, avec Associated Press (USA) et Reuters (Grande-Bretagne). Comme ces dernières, ses fonctions sont :
§ Recueillir des nouvelles dans tout le monde, grâce à leurs nombreux correspondants locaux, et les redistribuer aux médias, aux administrations publiques (gouvernements) et à d'autres abonnés.
Les divers médias reçoivent donc tous les mêmes informations de chaque agence, il faut le savoir pour juger de la qualité de leur journalisme d'information. La plupart des journalistes se contentent de rapporter les nouvelles reçues des agences, sans aller eux-mêmes les chercher, parce que les agences constituent une mise en commun de moyens financièrement indispensable.
§ Les nouvelles distribuées comprennent souvent des analyses, des photos, des enregistrements sonores et vidéo.
Héritière de l’Agence Havas fondée en 1932, elle est dotée d’un statut spécial définitif par la loi du 10 janvier 1957. Cette loi garantit à l’AFP une indépendance réelle par rapport au pouvoir politique, de par la composition du conseil d’administration et l’élection de son président. Le président-directeur général de l’Agence est élu pour trois ans renouvelables par le conseil, lui-même constitué de représentants des entreprises de la presse écrite (huit) et audiovisuelle (deux), de représentants de certains services publics (trois) et du personnel de l’Agence (deux).
L’AFP dispose d’un immense réseau de transmission par câbles, liaisons hertziennes et satellites. Elle emploie environ 2000 personnes dont 850 journalistes. Présente dans 167 pays, elle compte, parmi ses clients, plus de 100 magazines nationaux, 7000 quotidiens, 2500 radios, 400 télévisions et 96 agences de presse nationales. Pour satisfaire tous ces clients, elle diffuse en six langues : français, anglais, espagnol, portugais, arabe et allemand.
La concurrence est extrêmement vive entre les grandes agences mondiales. L'AFP est en retard par rapport à ses concurrents Reuters et Associated Press dans le multimédia, et quasi absente de l'information audiovisuelle. C’est pourquoi elle a entrepris un plan de modernisation :
§ Informatisation de la rédaction et des réseaux de collecte et transmission ;
§ Mise en place d’une banque de données (Agora) disponible sur le réseau télématique ;
§ Développement de services spécialisés, économique en particulier ;
§ Développement du secteur photos-images par le rachat de Keystone et la création d’un département infographie, c’est-à-dire un service d’illustrations graphiques de l’actualité (dessins, graphiques, tableaux) réalisées sur ordinateur et distribuées par télécommunication.
Si son statut protège en principe son indépendance structurelle par rapport au gouvernement, l’équilibre financier dépend, lui, largement de l’État, puisque 40% environ des abonnements sont souscrits par l’Administration (ministères, préfectures, ambassades, par exemple). En pratique donc, l'AFP ne pouvant survivre sans les subventions de l'Etat, son indépendance n'est pas absolue.
Dans le reste de cet ouvrage, voici comment nous définissons ces termes.
§ Une information (appelée parfois information brute) est la description d'un fait ou l'annonce d'un événement. Elle se présente souvent, de nos jours, sous forme de données informatiques (nombres, textes, sons, images). C'est pourquoi certains l'appellent "donnée".
§ Un ensemble d'informations brutes (faits ou événements) devient de la connaissance lorsqu'il est structuré. Les faits ou événements sont alors reliés entre eux, une synthèse en a été faite, constituant une valeur ajoutée : il y a eu conceptualisation, effort d'abstraction, de compréhension.
Une connaissance est utilisable, une information brute l'est rarement.
Les journalistes qui diffusent des informations politiques et économiques doivent donc apporter à leur public cible cette valeur ajoutée, pour qu'il comprenne ces informations et en apprécie l'importance. Ils doivent donc avoir une formation dans ces domaines ou faire appel à des spécialistes, mais hélas on voit trop de cas où ils massacrent des sujets qu'ils n'ont pas pris le temps d'étudier.
Remarque : ceux qui appellent "donnée" ce qu'on appelle ici "information", appellent "information" ce qu'on vient de définir par "connaissance".
§ La communication est l'action de transmettre des informations et des connaissances entre un "émetteur" (personne ou média qui les diffuse) et une "cible" (un ou plusieurs destinataires).
La communication a un but : informer la cible, la distraire ou la convaincre. Elle est dite efficace si elle a atteint son but. Lorsque la cible comprend de nombreuses personnes, l'efficacité est la proportion de personnes qu'on a réussi à informer, à distraire ou à convaincre.
Exemple : si la cible de l'émission "100 minutes pour convaincre" est l'ensemble des téléspectateurs présents devant leur téléviseur ce soir-là, une efficacité de 14% signifie que la part d'audience de l'émission a été de 14% des téléspectateurs.
Ne pas confondre la "communication entre émetteur et cible" que nous venons de définir, avec la "communication publicitaire" ou le sens de "communication" dans l'expression "Direction de la communication", direction chargée des relations avec les médias et de la publicité, dans une entreprise, une administration ou un parti politique.
Blaise Pascal avait remarqué que les hommes sont portés à trouver vrai ce qui plaît et faux ce qui déplaît. Il en a déduit qu'une argumentation devait remplir deux conditions d'efficacité pour convaincre sa cible : il faut séduire le cœur et persuader la raison (voir [39]).
En somme, si celui qui veut convaincre paraît antipathique, ou on ne l'écoute pas ou on ne le croit pas, même si ses arguments sont bons. C'est pourquoi les politiciens s'efforcent d'être souriants et agréables lorsqu'ils sont en public.
Les spécialistes de la communication affirment même que la grande majorité des gens sont plus sensibles à la forme de la communication qu'au fond. Ils prétendent qu'à moins de proférer des absurdités évidentes, un communicateur talentueux aura de fortes chances de convaincre.
§ Un auteur doit adopter un style clair et agréable à lire. Il doit prendre soin de présenter ses idées avec la modération nécessaire pour ne pas choquer les convictions de ses lecteurs. Il doit émailler son texte d'anecdotes et d'exemples pour le rendre vivant et concret.
§ Un présentateur de télévision, un politicien interviewé ont d'autant plus de chances de plaire aux téléspectateurs, donc de les convaincre qu'ils sont beaux, bien habillés, souriants et parlent d'un ton agréable (voir [46]).
Lorsque le sujet est sérieux, voire grave (chômage, insécurité...) un politicien qui parle attirera la sympathie, donc convaincra, s'il donne une image de détermination, de confiance et de compassion pour les victimes. Il doit aussi faire en sorte que ceux qui l'écoutent se sentent proches de lui : il évoquera donc des situations qu'ils connaissent, avec les émotions qu'ils ont et un langage qu'ils comprennent.
C'est à l'âge de 17 ans que j'ai lu Pascal, que j'ai été frappé par sa règle : pour convaincre il faut séduire le cœur et persuader la raison. En y réfléchissant les jours suivants, je me suis aperçu que l'on peut généraliser cette règle en affirmant :
L'émotion est une dimension de toute activité de l'esprit.
Etant élève de lycée, je devais apprendre des choses et m'en souvenir. J'ai remarqué que lorsque j'avais compris une démonstration mathématique ou une expérience de physique, j'avais éprouvé du plaisir. Par la suite, le souvenir agréable des sensations de ce plaisir revenait chaque fois que je repensais à cette démonstration ou cette expérience, impossible de l'en empêcher. J'ai pris l'habitude d'associer délibérément les diverses sensations de plaisir avec la chose à mémoriser, ce qui m'a aidé à m'en souvenir.
En somme, en transformant les informations de la démonstration ou de l'expérience en connaissances, j'introduisais le plaisir comme élément à part entière de cette connaissance, et le type de plaisir, ses détails, m'aidaient à appréhender et à mémoriser les informations.
Exemple : si j'avais dû passer une demie heure à comprendre une démonstration un peu subtile de géométrie, le plaisir de comprendre avait autant de sensations particulières qu'il y avait eu de difficultés à vaincre. Chaque difficulté, c'est-à-dire chaque étape importante de la démonstration, était associée à un plaisir particulier et l'ordre des étapes en devenait plus facile à mémoriser.
En résumé, compréhension et mémorisation ont aussi une dimension d'émotion (plaisir, souffrance, surprise, indignation...) en plus de la partie rationnelle, et les deux parties concourent à la connaissance. La dimension émotionnelle est autant partie intégrante, incontournable, d'un raisonnement ou d'une mémorisation que la couleur est partie intégrante et incontournable de la vision.
Lorsqu'on est convaincu par une communication politique, on adhère par le cœur autant que par la raison. Lorsque cette conviction se traduit en action (exemple : voter) celle-ci s'explique autant par un sentiment que par un raisonnement, parce que ces deux dimensions sont indissociables.
La communication doit transmettre des connaissances. Celles-ci ont été élaborées à partir d'informations brutes par un processus d'abstraction : la conceptualisation. Voici quelques règles de conceptualisation, suivies d'exemples.
1 - Toute conceptualisation est un processus d'abstractions successives, qui part d'informations si immédiates, si familières qu'elles paraissent concrètes.
Un exemple simple part des notions familières de maison et église pour construire (par induction) le concept de village, qui regroupe des maisons et une église.
2 - Même les concepts les plus abstraits sont, dans notre cerveau humain, construits à partir d'informations ou de sensations bien concrètes : images, sons, etc. La construction peut demander une ou plusieurs étapes d'abstraction.
3 - Une abstraction pure, qu'on ne peut rattacher à aucune notion concrète n'existe pas, parce qu'elle est inexprimable.
4 - Une abstraction est d'autant plus facile à comprendre qu'elle se déduit d'informations concrètes par un nombre réduit d'étapes de conceptualisation.
Pour bien comprendre une abstraction, beaucoup de gens ont besoin de se représenter les informations ou les abstractions qui la composent et leurs opérations d'association en utilisant un schéma. Un schéma aide l'esprit à faire des analogies graphiques de certaines propriétés des abstractions qu'on manipule.
L'art de la communication prescrit :
§ De ne pas dépasser le niveau de conceptualisation de sa cible (le public à qui on s'adresse), en partant de notions qu'il maîtrise bien, puis en effectuant des abstractions successives au moyen d'opérations bien claires, appuyées sur des exemples ;
§ De faire le point de temps en temps : où en sommes-nous, qu'avons-nous appris, que nous reste-t-il à faire, quelles sont les conséquences ?
§ Si en plus la communication est destinée à convaincre, il est bon d'apporter des preuves de ce qu'on avance. On peut vérifier sa conclusion sur un exemple, ou déduire de sa conclusion une proposition évidente, ou montrer que la proposition contraire est absurde, etc.
Il ne faut pas confondre communication à autrui de la pensée et élaboration personnelle de cette pensée.
On peut trouver un bon exemple d'élaboration d'une pensée dans le Discours de la Méthode de Descartes, téléchargeable gratis à partir de la page http://abu.cnam.fr/cgi-bin/donner_html?methode3.
La communication suppose, pour chaque abstraction, un raisonnement par induction et/ou analogie, alors que l'analyse utilise surtout des déductions. Ignorer cette différence conduit souvent à des communications inefficaces, qui partent d'une abstraction incomprise, la décomposent par une analyse difficile à comprendre pour une personne qui n'a pas compris l'abstraction de départ, etc.
Exemple : si on essaie d'expliquer la notion de "république" comme le fait un dictionnaire, par la phrase :
Etat gouverné par un corps de représentants de la nation, élus pour un temps
on bute sur les notions d'Etat et de nation. Il vaut mieux expliquer d'abord ce qu'on entend par Etat, ce qui peut demander plusieurs étapes, puis ce qu'on entend par nation, et enfin introduire la notion de république grâce à celle de gouvernement.
En analysant la manière dont un auteur ou un conférencier qui a du métier s'adresse à son public, on peut se faire une idée de ce public, de son niveau. C'est particulièrement intéressant lorsqu'il s'agit d'un électorat potentiel : on peut ainsi deviner quelle est la clientèle électorale visée. J'en donne un exemple avec une interview de M. Thibault (CGT) à l'Humanité.
En matière d'informations politiques ou économiques, les lecteurs ou auditeurs attendent des médias :
§ Qu'ils rapportent les événements et les faits, qui sont des informations ;
§ Qu'ils les transforment en connaissances, en les analysant et en déduisant leurs conséquences.
Il arrive, hélas, que les journalistes dérapent :
§ En rapportant des faits inexacts ou tronqués. Cela arrive, notamment, lorsque leurs opinions politiques empiètent sur leur objectivité.
§ En exagérant ou en minimisant l'importance de certains faits ou événements.
§ En faisant des procès d'intention ou en laissant croire à des opinions que ceux qu'ils interviewent n'ont pas exprimées.
§ En faisant des prédictions fantaisistes, etc.
Pour plus de détails sur les dérapages possibles, voir les règles de qualité des informations.
La compréhension d'un message est fonction :
§ Du débit du média retenu (auditif, visuel ou audiovisuel). Un présentateur qui parle trop vite est souvent mal compris. Des images trop brèves, se succédant trop vite, ne laissent pas au téléspectateur le temps de les comprendre et de les retenir. Inversement, un débit trop lent lasse ou même endort. Un débit trop régulier devient vite monotone, puis soporifique.
§ De la simplicité des arguments et de leur nombre. Des mots et des raisonnements abstraits sont plus difficiles à comprendre et compris par moins de gens. Un ou deux mots incompris permettent souvent de comprendre quand même l'essentiel du discours ; mais trop de mots incompris peuvent empêcher de comprendre, ou faire comprendre autre chose que ce que l'émetteur voulait dire.
§ De l'utilisation d'un exemple, judicieusement choisi, à l'appui de toute information abstraite ou nouvelle.
§ De l'association de deux sens, comme la vue et l'ouïe, qui facilite la conceptualisation. Une explication audiovisuelle passe mieux, est mieux mémorisée, qu'une explication exclusivement visuelle ou auditive.
§ De l'utilisation par le conférencier ou l'auteur de signes familiers à l'audience, qui appartiennent à son milieu culturel. Pour convaincre un auditoire ou des lecteurs, il faut leur parler de problèmes et situations qu'ils connaissent, en des termes qu'ils comprennent ; il faut évoquer des émotions qu'ils ressentent ou peuvent facilement ressentir.
§ De la redondance du message. Un bon conférencier qui explique quelque chose de complexe sait revenir sur les points essentiels, pour que son auditoire les comprenne bien et les situe par rapport à l'ensemble.
Plus généralement, la répétition d'un message qui ne choque pas contribue à le faire comprendre et à convaincre la cible. Cet effet de répétition est très connu et utilisé par la publicité : à force d'entendre parler d'un produit, on a tendance à le considérer comme familier et à en envisager l'achat ; à force de voir les visages heureux des gens qui s'en servent dans le spot publicitaire, on l'associe à un plaisir, on en acquiert une image favorable. A force d'entendre parler d'insécurité dans chaque journal télévisé, dans les mois qui ont précédé les élections de 2002, les électeurs en ont fait leur première préoccupation.
Pour la persuasion, la compréhension du message compte moins que le crédit accordé à la personne qui le délivre. Il y a des personnalités qui sont tellement respectées qu'elles emportent automatiquement la conviction.
§ Lorsque l'abbé Pierre parle des sans-logis, on le croit ; s'il demande des dons, on les envoie.
§ Lorsque le général De Gaulle parlait, il en imposait tellement que nul ne savait argumenter contre lui. Des gens dont les convictions étaient très fortes et l'intelligence très vive devenaient muets devant lui ; c'est le cas de Mme Golda Meir, premier ministre d'Israël, devant le charisme de laquelle le général Moshe Dayan lui-même pliait. Elle s'avouait impressionnée par De Gaulle et honorée lorsqu'il lui a parlé de manière aimable. Seuls des politiciens exceptionnels comme Winston Churchill savaient tenir tête à De Gaulle, tout en l'admirant et en le respectant.
En dehors de telles personnalités d'exception, le respect accordé à l'auteur d'un message est un élément majeur de la conviction.
§ Une personne dont l'honnêteté est connue, dont les actions ont une signification claire et constante, inspire confiance, donc convainc. Il faut vraiment qu'elle profère des énormités pour qu'on refuse de se laisser persuader.
§ Une personnalité connue (artiste, sportif, élu, universitaire, PDG, etc.) est réputée compétente dans son domaine d'activité ou d'étude. On cite facilement en exemple son opinion, même sur un sujet hors de ce domaine.
Inversement, lorsqu'une personne n'est pas respectée, il lui est à peu près impossible de convaincre. C'est pourquoi les scandales affectant la classe politique française l'ont tellement discréditée : financement des partis politiques par fausses factures, fonds secrets dont les bénéficiaires ne paient pas d'impôts, politiciens faisant bénéficier leur famille et leurs amis de logements de luxe à prix insignifiant ou de voyages aux frais de l'Etat, utilisation privée de véhicules ou de salariés payés par la collectivité, etc.
C'est parce que le discrédit est si important en politique, que de nombreux politiciens parlent plus souvent pour discréditer leurs adversaires que pour faire une proposition constructive. Chaque citoyen doit donc être vigilant, pour se rendre compte de la finalité de tels discours et se créer une barrière mentale contre eux, voire même retourner le discrédit contre ceux qui le lancent.
Lorsqu'on s'adresse à un auditoire intelligent et instruit pour le convaincre, on doit prendre soin de présenter le pour et le contre dans une argumentation, même si on privilégie l'un de ces aspects. En ne présentant que des arguments à sens unique, on risque d'être discrédité pour manque d'honnêteté intellectuelle, ou de laisser sans réponse des arguments dans l'autre sens qui viendraient à l'esprit des auditeurs.
L'équilibre du message est un exercice difficile, parce qu'il demande du temps pour couvrir tous les aspects de l'argumentation, et dans une interview ou un débat télévisé on n'a presque jamais ce temps. Ce point est développé au paragraphe La durée.
Si l'auditoire n'est pas d'aussi bon niveau, on peut se permettre d'argumenter à sens unique. Les professionnels de la politique et les syndicalistes le savent, ils en tiennent compte. Lorsqu'on écoute un message politique ou syndical, si les arguments sont à sens unique on peut être certain que le discours s'adresse à une "clientèle" de niveau modeste. Inversement, les membres de l'association politique ATTAC étant en majorité des intellectuels, les innombrables textes de combat politique d'ATTAC abordent le pour et le contre des divers sujets, tout en biaisant fortement l'argumentation dans le sens voulu. Pour plus de détails, voir la section "Désinformation par Internet".
Parmi tous les programmes possibles, la radio et la télévision choisissent ceux qu'ils vont diffuser selon certains critères d'audience et de coût, qui constituent des filtres :
§ La taille de l'audience concernée : émission de masse ou élitiste.
§ La durée de l'émission, et de chaque séquence ou intervention au cours d'une émission donnée.
§ Le contenu émotif des messages et des images.
§ Le talent médiatique de l'intervenant ou des intervenants.
A ces filtres s'ajoutent quatre critères concernant l'information elle-même, lorsqu'il s'agit d'une émission d'information ; ces critères sont valables aussi pour la presse écrite :
§ La nouveauté de l'information : un journaliste veut toujours faire savoir ce qui est nouveau. Et plus c'est nouveau, plus c'est surprenant, plus ça vaut.
§ Ce dont on parle : un journaliste veut, lui aussi, parler de ce dont on parle. Il peut s'agir d'un événement politique (petite phrase ou annonce, par exemple), du mariage d'une personnalité, d'un scandale, tout ce qui fait débat. Les journalistes ont de ce fait un comportement moutonnier : si plusieurs en parlent, ou si un média de référence en parle, ceux qui n'en ont pas encore parlé le font. De ce fait, l'événement est amplifié, médiatisé, parfois surmédiatisé.
Ce phénomène crée parfois la notoriété en quelques jours, par exemple pour une vedette de cinéma, plus rarement pour un personnage politique. Il peut aussi lancer une mode.
Les journalistes ont tellement présent à l'esprit le besoin de parler de ce dont on parle, qu'il y a même une émission d'information de France 5 appelée "C dans l'air". Elle commente l'actualité sous forme de débats entre experts, d'excellente qualité au sens des connaissances (informations plus valeur ajoutée de synthèse) qu'elle apporte, et de son animation très professionnelle par M. Yves Calvi.
§ Ce qui est utile : un journaliste veut rendre service à son public en lui fournissant des informations utiles : hausse de prix, nouvel avantage fiscal, apparition d'un article utile, etc.
§ Ce qui est proche du public ciblé : un journaliste d'un quotidien alsacien donnera, toutes choses égales d'ailleurs, la priorité aux événements situés en Alsace ; il évitera manifestement des nouvelles concernant la Bretagne, sauf si celles-ci sont d'importance nationale selon les critères précédents.
Plus généralement, la notion de proximité a trait aux préoccupations de la cible : il peut s'agir de nouvelles intéressant des investisseurs - mais seulement des investisseurs, ou les amateurs de sport - et eux seulement, etc.
Nous abordons ci-dessous chacun des filtres d'audience et de coût avec ses conséquences.
Plus encore que la radio, la télévision propage une culture "de masse", c'est-à-dire une culture à la portée du plus grand nombre d'auditeurs. Elle ne fait pratiquement aucune place à la culture classique, réputée plus élitiste, c'est-à-dire aux concerts de musique classique, aux ballets, aux opéras, aux pièces de la Comédie française, etc. Lorsqu'elle investit beaucoup d'argent dans des productions "d'expression française", destinées à défendre notre langue contre l'envahissement de l'anglais, il s'agit toujours de fictions susceptibles de plaire à un large public, comme "Les rois maudits" ou "Les Thibaults".
La nation française s'est unifiée autour d'un certain nombre de valeurs communes, dont la littérature, le théâtre et la musique constituent une partie importante. Les hommes politiques prétendent, chaque fois qu'ils en ont l'occasion, défendre «l'exception culturelle» française, en la protégeant de la conquête de l'audience par le cinéma, les chansons et la musique des Etats-Unis. Mais en réalité ils laissent la télévision de service public oublier ce patrimoine artistique. Au lieu de nous faire entendre au moins de temps en temps la vraie langue française, celle de Molière et de Balzac, la télévision et la radio diffusent une langue appauvrie, pleine de fautes, souvent prononcée à la manière des jeunes issus de l'immigration. Au lieu de la politesse française, célèbre depuis des siècles dans tout le monde et qui a fait un temps de notre langue celle des diplomates, l'Etat laisse la télévision française nous abreuver de grossièretés.
Lorsqu'on a dit au président de France Télévisions, lors d'une émission d'informations "C dans l'air" sur France 5 en décembre 2003, que beaucoup de téléspectateurs étaient choqués par la diffusion fréquente, sur la télévision de service public, d'émissions immorales comme "C'est mon choix", il a répondu deux choses :
§ notre télévision de service public doit présenter la société française comme elle est ;
§ il y a un public qui aime ce genre d'émission.
En somme, il veut que le service public donne parfois de la société française une image immorale, sous prétexte que certains téléspectateurs apprécient ce genre d'émission. Il refuse de considérer le mal que fait une telle image, l'exemple de moralité déplorable qu'elle donne à beaucoup d'auditeurs, notamment à des jeunes ; ceux-ci en concluront que la société est telle qu'on la leur présente et que les comportements immoraux qu'ils voient sont courants, donc permis ou au moins tolérés.
C'est exactement le raisonnement que font M6 et TF1, chaînes (sur ce point bassement) commerciales, pour justifier leurs émissions de "télé réalité". Sachant que le public qui cherche ce type d'émission peut le trouver sur les chaînes privées, on ne voit pas pourquoi la télévision de service public les offre aussi, aux frais des citoyens qui paient la redevance et au risque de propager des comportements immoraux.
Toutes les télévisions considèrent leurs diverses émissions, même les journaux télévisés, comme des produits de consommation, qu'elles adaptent à leur marché.
Comment le service public espère-t-il développer le niveau culturel des Français en ne leur montrant jamais les plus belles œuvres d'art ? Comment des jeunes qui ne lisent presque jamais (à l'exception récente de Harry Potter !) découvriront-ils la beauté des vers de Racine et Hugo, si on ne leur montre pas leur théâtre ? Comment des gens qui n'entendent qu'une musique faite de bruits pourront-ils découvrir l'harmonie de la musique classique ? Comment ceux qui ne connaissent que les chanteurs braillards pourront-ils faire la comparaison avec des chanteurs qui ont une vraie voix, comme ceux qu'on entend à l'opéra ? Comment ceux qui ne connaissent qu'une danse qui gigote pourront-ils découvrir la grâce du ballet ? En somme, comment espère-t-on défendre la culture française en laissant les Français l'oublier et en ne développant pas leur bon goût ?
Et comment espère-t-on que les citoyens que sont les téléspectateurs acquerront la culture politique et économique nécessaire pour voter, si la télévision, leur première source d'informations, ne la leur donne pas ?
La télévision de service public chasse l'audience exactement comme la télévision commerciale, avec des émissions de bas niveau. Elle a si peur de perdre son public qu'elle utilise les mêmes procédés abêtissants que la télévision privée. Et, comme celle-ci, elle évite les émissions de politique, qui attirent moins d'audience que les jeux. Ceux-ci, du reste, ont bien changé. Il y a de longues années qu'ils ne mettent plus en valeur la culture générale de haut niveau, comme le faisait "La tête et les jambes" ; ils font gagner de l'argent, au contraire, à des gens comme tout le monde, qui brillent plus par leurs lacunes que par leurs connaissances.
A force de ne jamais voir la connaissance valorisée dans notre société, dont la télévision est l'image la plus fréquente, notre jeunesse étudiante se détourne des disciplines scientifiques et techniques, qui demandent de gros efforts. Notre situation, à cet égard, est la même que celle des Etats-Unis, où plus de la moitié des étudiants en sciences sont issus de l'immigration récente, qui ne représente qu'un pourcentage infime de la population. Nous perdons notre compétence scientifique comme nous perdons notre culture, faute de leur accorder de la valeur sociale, faute de respecter les scientifiques et les artistes classiques.
Conformément à son cahier des charges de service public, la télévision offre, en plus des divertissements, des émissions d'information de qualité comme "C dans l'air" ou "France Europe Express", mais à des heures de faible audience et sans se donner le mal de les faire connaître. Et comme les hebdomadaires de programmes n'annoncent en général ces émissions que par le titre sans le contenu, leur audience est insignifiante. Le résultat pratique est que le public, à qui la redevance donne un droit à la culture et à l'information, ne reçoit pratiquement ni culture, ni information politique ou économique.
Toutes les émissions, notamment les émissions d'information politique ou culturelle, respectent la contrainte qui prétend qu'un auditeur ou un téléspectateur n'est pas capable d'une attention soutenue pendant plus de quelques minutes. En somme, ces programmes d'information sont conçus comme pour de jeunes enfants. Les conséquences sont :
§ Lors d'une interview, le journaliste ou l'animateur ne laissera l'interviewé répondre à une question que pendant une trentaine de secondes maximum. Tant pis si celui-ci ne peut, alors, développer son argumentation. Tant pis si il ne peut décrire correctement son programme ou ses propositions. Tant pis si le sujet demande plusieurs minutes d'explications, parce qu'il n'est pas simple. S'il trouve l'interviewé trop bavard, le journaliste n'hésitera pas à lui couper la parole pour lui rappeler que l'heure tourne ou lui faire changer de sujet. Exemple de journaliste qui se comporte comme cela, malgré ses 25 ans d'expérience et sa qualité de Directeur de l'information de France 2 : M. Olivier Mazerolle, animateur de "100 minutes pour convaincre".
L'impossibilité d'aborder un sujet un tant soit peu complexe fait qu'il y a des sujets importants qui sont carrément occultés à la télévision et à la radio françaises : on fait comme s'ils n'existaient pas, comme s'il n'existait que des situations et des problèmes politiques et économiques simples. Donc, comme ces médias constituent la première des sources d'informations politiques et économiques, la seule pour beaucoup de Français, nos citoyens se trouvent littéralement désinformés. J'en donne un exemple au paragraphe "Comment les médias ont désinformé les Français en occultant la complexité.
§ La contrainte imposée par cette limitation du temps de chaque intervention fait qu'il n'y a plus guère aujourd'hui d'émission politique comme les conférences de presse du général De Gaulle. Celles-ci se déroulaient toujours en deux temps : d'abord le général parlait le temps nécessaire pour exposer sa politique, par exemple une demie heure. Comme il avait un esprit très clair, on comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire et on s'en souvenait ensuite. Puis le général répondait aux questions des journalistes, sérieusement mais avec un humour qui lui attirait toujours une vaste audience, qui attendait ses bons mots.
A l'époque on admettait donc qu'un auditoire était capable d'écouter attentivement un exposé politique pendant une demie heure, voire plus. Aujourd'hui on considère les Français comme des enfants, incapables d'une attention si prolongée. La conséquence est terrible : on n'aborde plus à la radio ou à la télévision les sujets qui demandent une explication de plus de deux minutes. Sur ces sujets, les gens intéressés doivent s'informer par eux-mêmes, en lisant la presse "sérieuse" ou les documents officiels sur Internet. Très peu le font.
§ Dans une émission de débats, on interrompt systématiquement ceux-ci au moment où ils sont les plus intéressants, pour projeter un reportage. Celui-ci est destiné à laisser le téléspectateur se reposer, après l'effort d'attention soutenue au débat qu'il vient de fournir pendant quelques minutes. En réalité, on remplace ainsi un débat qui informe les téléspectateurs par un reportage qui les repose sans vraiment les informer.
§ La raison de la faible valeur informative de ces reportages est double :
· Ils se contentent de quelques cas particuliers : interview de Mme Michu pendant qu'elle fait ses courses, etc.
· Ils sont construits plus pour donner une impression, pour générer une émotion, que pour communiquer une information.
§ Parce que l'animateur ne laisse jamais une argumentation se développer, parce qu'il ne présente presque jamais de synthèse des informations qui viennent d'être diffusées, pour leur conférer une structure et en faciliter l'assimilation, l'information diffusée par les émissions de débat est atomisée. C'est une suite de petites phrases sans schéma d'ensemble, conforme au modèle de l'ensemble de la culture diffusée par la radio et la télévision : une culture faite de petits bouts de savoir déconnectés. L'assimilation par les auditeurs ou les téléspectateurs des informations ou de la culture diffusées par la radio ou la télévision française est donc minime : ils ont perdu le plus clair de leur temps.
Du reste, beaucoup d'animateurs d'émissions de débat ne suivent pas vraiment ce que disent les participants. Lorsque la caméra montre, de manière fugitive, leur expression pendant qu'un des participants parle, on voit qu'ils n'écoutent pas vraiment, qu'ils attendent impatiemment que ce bavard se taise. De ce fait, ils l'interrompent souvent pour poser une question qui n'a aucun rapport avec ce qui vient d'être dit, et qui fait perdre le fil des idées aux téléspectateurs comme au participant qui parlait.
Heureusement il existe des journalistes, hélas trop rares, qui ne tombent pas dans ces travers, comme Jean-Marie Cavada (ancien PDG de Radio France), André Dumas, Christine Ockrent ou Yves Calvi.
Voir en complément :
· "Le gouvernement prisonnier des médias - Témoignage d'un ministre" http://www.danielmartin.eu/Livre/GouvMedias.htm
· "La désinformation par la télévision" http://www.danielmartin.eu/Arg/Desinformation.htm .
Selon [8] page 784, les journalistes américains caractérisent l'intérêt des informations par le dicton "Good news are bad news", pour dire que les bonnes nouvelles n'intéressent pas le public, et que seules les mauvaises nouvelles méritent d'être diffusées. Pour un journaliste, une nouvelle est bonne (c'est-à-dire digne d'être diffusée) si elle inquiète, surprend ou scandalise le public. En français, les médias d'information parlent "des trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure".
Ce phénomène n'est pas seulement Français : voir l'exemple allemand.
En fait, les journalistes ne considèrent comme intéressantes que les informations qui peuvent surprendre ou choquer leur public, c'est-à-dire celles qui ont un contenu émotif. Parmi les informations surprenantes, il y a les "scoops", événements nouveaux non encore abordés par les médias.
Exemple de règle de choix : c'est la peur du public (réelle ou supposée par les journalistes) qui fait l'audience, d'où l'incitation à programmer des émissions (sur des sujets ou avec des invités) qui inquiètent. C'est ainsi que les personnages les plus extrémistes seront les plus programmés, donc finalement valorisés grâce à l'effet de répétition. Les terroristes islamistes deviendront ainsi, pour de nombreux spectateurs ou auditeurs, des héros, comme José Bové est devenu une personnalité.
A cette règle du contenu émotif, commune à tous les journalistes, ceux de la télévision ajoutent celle de divertir, le plaisir du téléspectateur étant une forme d'émotion qu'ils jugent indispensable pour retenir son intérêt et l'empêcher de changer de chaîne.
Exemple : L'Express du 18/12/2003 page 24, article "On n'est pas des Mickey !"
"Le 2 décembre 2003, un débat sur l'audiovisuel opposait les PDG de TF1 et de France Télévisions, Patrick Le Lay et Marc Tessier, en présence d'Alain Juppé et de Philippe Douste-Blazy. Réagissant à une question de la salle -«Pourquoi TF1 ne lance-t-elle pas une grande émission de politique ?» Le Lay est sorti de ses gonds : «C'est toujours la même chose», s'est écrié le PDG, «quand je rencontre des producteurs de dessins animés, ils veulent plus de dessins animés. Quand je croise un forgeron, il me parle d'émissions sur les forges. Et quand je rencontre des politiques, ils me réclament toujours plus de politique à l'antenne !» Commentaire pincé de Philippe Douste-Blazy, en aparté : «C'est agréable de se voir comparer à des fabricants de dessins animés...»"
Cet exemple montre :
§ Que le public demande une grande émission de politique et reproche son absence à TF1.
§ Que pour le PDG de TF1 l'information politique a le même intérêt qu'un divertissement quelconque. A l'évidence, il ne se sent nullement tenu d'informer le public, à ses yeux seul compte l'argent.
Notons que les chaînes de télévision de service public, au contraire, considèrent de leur devoir d'informer les citoyens en matière de politique et d'économie, même si de telles émissions ne sont pas rentables en termes d'audience. C'est ainsi que selon [56], pendant les campagnes électorales de 2002, France 2 et France 3 ont diffusé 77% du volume des émissions consacrées par l'ensemble des chaînes françaises à l'élection présidentielle. On ne peut que féliciter le service public de cette attitude.
Cette règle du contenu émotif est si importante aux yeux des journalistes de télévision, que la télévision donne toujours la priorité au divertissement sur l'information. Du reste, de nombreuses émissions censées informer les téléspectateurs sur les événements ou débats d'actualité ne sont pas présentées par des journalistes, mais par des "animateurs" spécialistes du divertissement des auditoires, et qui n'ont pas le professionnalisme de journalistes. Exemple : Thierry Ardisson.
Cette exigence de divertir l'auditoire entraîne celle du maximum de contenu émotif. On diffusera donc en priorité les informations accompagnées d'images révoltantes, inquiétantes ou au minimum surprenantes. Inversement, lorsqu'une information n'est pas accompagnée d'images suggestives ou, pire, lorsque son contenu est technique ou abstrait, on s'abstiendra de la diffuser.
Autre exemple de volonté de divertir à propos de politique : la tentative de TF1 de diffuser de la "politique réalité" (émission "36 heures") montrant pendant 36 ou 48 heures un homme politique "immergé dans une famille française". Cette tentative a échoué, le gouvernement ayant refusé son concours. (Source : Le Figaro du 01/09/2003 : Raffarin dit non à la politique-réalité). Dans Le Figaro du 05/09/2003 page 6 : "M. Copé a précisé qu'il «est hors de question (…) d'être dans des émissions de divertissement dans lesquelles les hommes politiques ne s'exprimeraient pas sur des sujets exclusivement politiques»" (noter : "de divertissement").
Enfin, sans autre commentaire, rappelons l'existence de l'émission "Les guignols de l'info".
Conclusion : Tant pis pour l'information politique et économique, plus austère, la télévision privilégie les thèmes qui divertissent et génèrent de l'audience, comme les crimes et délits, la télé réalité, la santé, l'amour, les scandales, la fortune, les spectacles, etc.
Variante de l'obligation d'émouvoir, il y a celle de surprendre avec des informations sensationnelles. Pour un scoop, certains journalistes ne reculent devant rien.
§ Source : Newsweek du 13/10/2003 page 23. Les journalistes américains n'ont pas hésité à révéler le nom d'un agent secret, Valerie Plame ; cette révélation nuisant à la sécurité des Etats-Unis, mettant en danger la vie de l'agent et mettant un terme à sa carrière ; la loi américaine punit sévèrement une telle révélation. Mais des journalistes sont passés outre, par amour du scoop.
§ Lorsque certains électeurs ont perdu espoir que les partis traditionnels apportent une solution aux problèmes, ils se tournent vers des extrémistes de droite ou de gauche. Certains médias ont alors un rôle désastreux pour la démocratie : ils amplifient la diffusion des prises de position des candidats, suffisamment médiatiques, qui sont extrémistes ou se situent en dehors des partis traditionnels, ils en font des vedettes, ils donnent de la vigueur et de la crédibilité à leurs programmes. Exemples : Jorg Haider en Autriche, Pim Fortuyin aux Pays-Bas, Arnold Schwarzenegger aux USA.
En étant des porte-voix sans analyse critique, en organisant des débats du type match-pugilat où l'on cherche l'émotion plus que l'information des électeurs, certains médias favorisent l'élection de gens dont la compétence pour gérer les affaires publiques est plus que douteuse. Exemple : Fortuyin fut un personnage 100% négatif, qui n'a jamais rien construit et géré, mais seulement critiqué. Soutenu par une campagne médiatique, son parti de nouveaux venus en politique a remporté les élections.
Voir aussi la section Extrémistes violents et terroristes.
Voici trois exemples d'informations passées sous silence par les télévisions, ou traitées de manière trop courte parce que dénuées de contenu émotif.
Les rapports des Nations unies
Un rapport des Nations unies qui ne contient aucune révélation sensationnelle, comme les rapports d'inspection qui ont précédé la guerre de 2003 en Irak.
Des chiffres économiques
Des chiffres économiques, comme une comparaison des croissances de la productivité entre divers pays.
La politique sociale
Source : Le Figaro du 07/01/2004, article Fillon, ce ministre clé qui ne parvient pas à sortir de l'ombre. Le Ministre a déclaré :
"...Les avancées importantes sur la formation ou le dialogue social sont présentées comme des sujets trop techniques pour retenir l'attention du grand public."
Ce sont les télévisions qui considèrent ces sujets comme trop techniques, ou les Français comme incapables de s'y intéresser. Elles se donnent là une bonne excuse pour se soustraire à leur devoir d'informer les citoyens. La vérité est simplement que de tels sujets demandent une émission d'une heure pour être abordés correctement, de manière didactique, et que les chaînes préfèrent réserver de telles émissions à des divertissements ou des fictions. Lorsque M. Fillon a essayé de passer à la télévision pour ces sujets, il s'est heurté à un refus.
Quant au journaliste du Figaro qui considère que M. Fillon "ne parvient pas à sortir de l'ombre", il devrait plutôt écrire "que les télévisions boycottent parce qu'il n'est pas assez charismatique pour leur rapporter une bonne audience."
La désinformation sur des licenciements
(Ce paragraphe est extrait de [30]).
Pendant trois semaines, au printemps 2001, il a énormément été question à la télévision des licenciements chez Marks & Spencer et Danone. Chaque journal parlait de ces problèmes. Nous avons été abreuvés d'images et d'interviews de salariés qui protestent et se disent désespérés, de syndicalistes et de politiciens de gauche qui s'indignent et réclament des lois anti-licenciements. Des gens ont même lancé un boycott des produits Danone, on nous l'a dit plusieurs fois interviews à l'appui.
On n'a pas dit, du tout, que les dix-huit grandes surfaces françaises de Marks & Spencer représentent un remarquable réseau de distribution, opérationnel, avec des salariés de qualité, donc que la reprise de la chaîne et de son personnel ne poserait probablement pas de problème. On n'a pas dit que, dans ces conditions, peu de salariés risquaient de perdre leur emploi. On a vu, en octobre 2001, que la reprise de Marks & Spencer s'est faite sans licenciement, ce qui montre à quel point la présentation inquiétante du problème par les journaux télévisés déformait la vérité.
Il fallait vraiment prêter l'oreille, se trouver à l'écoute au bon moment, pour apprendre qu'en fait Danone proposerait 3 postes à chaque salarié licencié, et que les licenciements précédents de ce groupe avaient été tout aussi exemplaires, avec plus de 90% du personnel recasé.
En fait, la télévision s'est contentée de fournir les messages les plus percutants, ceux qui angoissent, révoltent ou désespèrent. Peut-être que les informations sur ce qui va mal sont les seules qui intéressent les journalistes, peut-être que pour avoir de l'audience il faut à tout prix générer de l'émotion.
En tout cas, l'effet de répétition de ce genre de message produit un résultat bien connu des spécialistes de la publicité : il finit par persuader la plupart des gens que l'économie va mal, que l'on licencie à tout va, que beaucoup de braves gens risquent de se retrouver sans emploi, que le capitalisme est injuste et récompense des salariés fidèles par un licenciement aussi brutal qu'inattendu. On ne s'étonnera pas, alors, que de février à mai 2001, tous les sondages d'opinion ont montré que le moral des ménages français baissait constamment.
Bien entendu, ceux qui, pour des raisons politiques ou d'image de leur syndicat, ont intérêt à exploiter la publicité faite à ces licenciements, l'ont fait sans retenue, profitant de la tribune que les chaînes de télévision leur offraient complaisamment. Ils ont ainsi ajouté à l'inquiétude du public.
Pour le public, le résultat net s'appelle de la désinformation.
La désinformation consiste à fournir des informations qui font croire quelque chose de contraire à la vérité. Dans les exemples ci-dessus, la désinformation prend deux formes :
§ Ne dire qu'une partie de la vérité, celle qui confirme le point de vue qu'on veut défendre ou celle qui génère le plus d'émotion : c'est de la "désinformation par omission". Un cas particulier de ce type de désinformation est la "simplification outrancière" où, pour aller vite et rester simple, on escamote des aspects essentiels de la vérité.
§ Donner à certaines informations une importance ou un poids très différent de leur poids réel, en faisant paraître important un fait qui en réalité l'est bien moins : c'est de la "désinformation par exagération" ou "surmédiatisation".
Les deux types de désinformation relèvent de la même malhonnêteté intellectuelle, les deux sont utilisés par les journalistes dans l'exemple précédent. Voici pourquoi.
§ En réalité, dans les deux cas de licenciement cités, les risques de générer une proportion significative de salariés chômeurs sont faibles, les médias ne l'ont pas dit.
§ Au printemps 2001, la France crée beaucoup plus d'emplois qu'elle n'en détruit :
(Le Figaro, 19-20 mai 2001) : "L'emploi a débuté l'année 2001 en fanfare…". "…L'économie française a créé 124.000 emplois lors des trois premiers mois de 2001, soit une hausse de 0,8%. En un an, la progression atteint 3,5% avec 505.000 emplois créés…" En ne disant pas, jour après jour, que ces licenciements concernent infiniment moins de personnes que les emplois créés, les chaînes de télévision désinforment et sapent le moral des citoyens.
(Le Figaro, 23/05/2001) "Baisse des défaillances d'entreprises de 9% en 2000 : entre 1999 et 2000, le nombre de défaillances d'entreprises jugées dans les tribunaux français s'est replié de 9,3%, avec un total de 37.380 entreprises en 2000 contre 41.220 en 1999." Ici aussi, en insistant sur la défaillance de 2 entreprises, les télévisions désinforment. Le public n'apprend pas, ainsi, que les deux entreprises citées ne constituent qu'une infime partie de celles qui s'effondrent chaque année, et que le nombre de défaillances décroît, c'est-à-dire que la situation des entreprises – donc des emplois – s'améliore.
En ne relativisant jamais, en ne diffusant que la partie négative, démoralisante, de l'information, les chaînes ont désinformé le public par omission. En donnant une importance énorme aux problèmes de deux entreprises parmi des milliers d'autres, les chaînes l'ont désinformé par exagération.
La règle du contenu émotif s'ajoute à celle de la durée pour exiger que l'émotion du téléspectateur soit immédiate, instinctive. Une information qui exige, avant de générer de l'émotion, que le téléspectateur ait réfléchi à ses conséquences, n'est pas intéressante, car l'émotion sera retardée par rapport à la diffusion de l'information.
Exemple : la dette publique française par habitant (15.000€ en 2003, en croissance rapide) est extrêmement inquiétante, une fois que le téléspectateur a compris qu'elle fait peser sur les générations suivantes le poids des dettes que notre Etat contracte en vivant au-dessus de ses moyens, en distribuant un argent qu'il n'a pas et emprunte. Mais cette inquiétude ne peut être générée qu'après une explication qui demande un peu de temps et une réflexion du téléspectateur. Celui-ci doit s'imaginer ses enfants accablés de dettes et payant chacun 750€ par an d'intérêts, en plus du remboursement des 15.000€. Cette information n'est donc pas bonne à diffuser, et les télévisions n'en parleront que dans les émissions destinées à de rares spécialistes. Le grand public, c'est-à-dire la quasi-totalité des électeurs, n'en aura pas connaissance et n'en tiendra pas compte en votant, alors que la réduction de la dette de l'Etat devrait être exigée des élus, en tant que priorité nationale.
Un aspect important de l'exigence de contenu émotif d'une émission est le choix de l'intervenant : plus celui-ci est "médiatique", c'est-à-dire plus il génère d'émotion, moins il laisse indifférent, plus on l'invitera à "passer à la télé". Interviennent dans le caractère médiatique : la personnalité, l'aspect physique et la position sociale. Que cet intervenant soit sympathique ou antipathique n'est pas important. C'est pour cela qu'on interviewe souvent José Bové ou qu'on fait intervenir J-M Le Pen pour contredire N. Sarkozy.
Inversement, malgré son intelligence et sa connaissance des dossiers, le ministre de l'Education nationale Luc Ferry n'était pas facilement sollicité, ni souvent accepté lorsque les responsables "communication" de son ministère sollicitaient les chaînes privées. Son sérieux n'amusait pas ou ne scandalisait pas assez le public, paraît-il.
En 2003 M. François Fillon, ministre des Affaires sociales, désireux d'expliquer ses propositions politiques sur un sujet en débat qui intéresse tous les citoyens, n'a pu passer sur la chaîne de télévision TF1 parce que les journalistes ont estimé qu'il n'était pas assez "médiatique" (voir [14]).
En refusant de donner la parole à certains et en la donnant trop à d'autres, la télévision empêche l'expression démocratique et occulte certaines informations.
Le contenu d'un JT dépend en premier lieu de l'actualité, et c'est normal. Mais ce qui est anormal, c'est le temps insignifiant consacré aux sujets de politique et d'économie, parce qu'il ne permet pas d'expliquer au public ce qui se passe. Avec si peu de temps on ne peut diffuser que quelques images par sujet ; aucune connaissance un tant soit peu élaborée ne peut être synthétisée : on ne peut communiquer à chaque fois qu'une impression ou une émotion.
Quelle que soit la chaîne parmi TF1, France 2 et FR3, la valeur ajoutée aux informations et images brutes est donc quasi-nulle : les téléspectateurs ne reçoivent pratiquement jamais de connaissances en politique ou économie qui soient utilisables par des citoyens qui votent.
Voici des répartitions de temps que j'ai relevées dans quelques JTs hors période électorale.
|
Date |
Chaîne |
Faits divers, informations générales et divertissements |
Politique ou économie |
|
|
Temps |
% du total |
|||
|
03/01/2004 |
TF1 |
+ de 35 min |
(**) |
(**) |
|
05/01/2004 |
FR3 |
24 min 40 s |
0 |
0% |
|
05/01/2004 |
TF1 |
40 min 15 s |
0 min 35 s |
2% |
|
06/01/2004 |
FR3 |
18 min 30 s |
8 min |
30% |
|
06/01/2004 |
TF1 |
38 min 10 s |
4 min 20 s |
10% |
|
07/01/2004 |
FR3 |
24 min 30 s |
2 min 10 s |
11% |
|
07/01/2004 |
TF1 |
36 min |
6 min |
17% |
|
08/01/2004 |
FR3 |
18 min 30 s |
9 min 30 s |
34% |
|
08/01/2004 |
TF1 |
35 min |
6 min 10 s |
15% |
|
09/01/2004 |
FR3 |
25 min |
2 min |
7% |
|
09/01/2004 |
TF1 |
32 min 25 s |
8 min 15 s |
20% |
Journal du
soir hors période électorale :
temps consacrés par type d'information
(*) La répartition des temps du journal de France 2 est semblable à celle de TF1.
(**) Après 35 minutes exclusivement consacrées à l'accident d'avion de Charm et Cheikh, j'ai changé de chaîne.
Ce manque d'intérêt pour la politique n'est pas réservé aux télévisions françaises. Selon [147], aux Etats-Unis un JT moyen d'une demi-heure sur une chaîne locale consacre 6 minutes 21 secondes au sport et à la météo et seulement 38 secondes à la politique étrangère, guère d'Irak comprise. Et beaucoup de téléspectateurs ne regardent pas de chaîne nationale.
La nullité du JT de TF1 en matière de politique et d'économie a été reconnue par le patron de l'information de la chaîne, Robert Namias, dans une interview donnée au Figaro économie et publiée les 20 et 21/11/2004 sous le titre « Nos devoirs envers les téléspectateurs », où on lit :
"Ce leadership de TF1 sur l'information nous donne des devoirs envers nos téléspectateurs. Il nous faut améliorer les contenus, notamment en ce qui concerne l'international, l'économie, la politique et les vrais faits de société. Mais il faut gommer les faits divers qui n'ont pas de sens."
Les téléspectateurs qui veulent des journaux de politique et d'économie ne peuvent en trouver que sur LCI (La Chaîne Info) et LCP (La Chaîne parlementaire), chaînes qui ne sont pas diffusées sur le réseau hertzien accessible à tous les téléspectateurs, et dont l'audience est insignifiante.
Ils peuvent aussi suivre de trop rares émissions de débats, comme "France Europe Express" ou "Une fois par mois", où Christine Ockrent fait merveille. L'émission "C dans l'air", remarquablement animée par Yves Calvi, aborde aussi chaque jour, du lundi au vendredi, des sujets de politique. L'émission "100 minutes pour convaincre", centrée sur un personnage politique, permet de le connaître et sa politique ou ses propositions à travers lui ; c'est une bonne émission, malgré un animateur plus intéressé par l'heure que par le contenu des débats, et qui ne fournit guère de synthèses pour aider les téléspectateurs. L'émission jumelle, "100 minutes pour comprendre", permet un débat sur un sujet d'actualité.
La télévision, le média le plus utilisé par les citoyens pour s'informer, le seul pour beaucoup d'entre eux qui ne lisent guère de textes de politique ou d'économie, diffuse chaque jour des journaux de faits divers et de nouvelles pratiquement sans information politique et économique. Et, lorsque ces sujets y sont abordés, ils le sont avec des informations à peu près dénuées d'analyse : les connaissances utiles à un citoyen y sont donc à peu près nulles.
Les autres émissions citées disposent de plus de temps et offrent une proportion plus grande d'analyse. Le temps plus important alloué à chaque prise de parole permet à l'intervenant de développer un peu plus sa pensée, jusqu'à une vingtaine de phrases. Le téléspectateur en tire donc des connaissances utiles pour comprendre les problèmes et les solutions proposées.
Toutes ces émissions et journaux ont en commun le suivi de l'actualité : elles traitent de ce qui fait débat. Mais aucune ne permet d'exposer des faits, des situations ou des propositions un tant soit peu complexes, le temps de parole sans interruption ne suffisant jamais. Il manque donc des émissions plus didactiques, fournissant aux téléspectateurs une culture économique et politique de base. Exemples :
§ En économie, comme le montre [91], il suffit à un citoyen de connaître une dizaine d'indicateurs économiques et autant de lois simples pour comprendre les principaux enjeux et faire un choix électoral ;
§ En politique, il faut connaître une vingtaine de chiffres économiques et sociaux français et quelques comparaisons de performance entre la France et ses voisins ; il faut aussi suivre les débats sur les réformes proposées et connaître au moins un peu le fonctionnement de l'Union européenne.
Comme la majorité des téléspectateurs ne s'intéressent guère à la politique, cette culture économique et politique devrait être diffusée dans tous les JTs, deux minutes à la fois, chaque jour, c'est-à-dire à doses homéopathiques. Elle devrait aussi être disponible, sous forme de compléments écrits aux JTs et émissions d'informations, sur les sites Internet des chaînes.
Il manque aussi des émissions de critique des propositions politiques du gouvernement, des partis, des syndicats et des groupes d'opinion comme ATTAC ou les altermondialistes. Nous allons voir, dans la suite de ce livre, de nombreuses propositions ou prises de position extrêmement critiquables : il faudrait des émissions d'une heure, par exemple une fois par semaine, pour les exposer et examiner leurs arguments et les arguments opposés. Et, pour que les gens intéressés puissent revenir sur les argumentations, celles-ci devraient être accessibles sur Internet.
Il manque, enfin, des émissions de critique des médias, de leurs omissions et de leurs manquements à la déontologie, car les journaux ne sont responsables devant personne et le CSA, organisme gouvernemental, n'exerce qu'une surveillance insuffisante et peu indépendante des télévisions. Cette critique devrait être ouverte aux citoyens, par exemple par l'intermédiaire d'un médiateur. Mais c'est là un vœu pieux : les chaînes de télévision ne programmeront de telles émissions que contraintes et forcées. Je propose donc d'autres moyens de critiquer les médias dans la deuxième partie de ce livre.
Nous allons voir à présent comment la radio et la télévision ont appliqué les règles de filtrage ci-dessus, notamment l'occultation de la complexité, désinformant ainsi leur public. L'effet de ces règles s'est ajouté au manque d'objectivité de l'antiaméricanisme viscéral de nombreux journalistes.
L'accusation de désinformer est grave, car elle implique de donner sciemment des formations fausses ou tronquées, ou de travestir la réalité. Nous allons voir pourquoi on peut affirmer que la radio et la télévision françaises, comme d'ailleurs la plupart des télévisions européennes, ont tronqué les informations nécessaires pour comprendre l'intervention américaine en Irak, désinformant ainsi leur public.
Pour énoncer, puis expliquer les arguments qui ont conduit les Américains et les Anglais à intervenir en Irak, il fallait :
§ (1er inconvénient) une émission d'au moins une heure, car ces arguments étaient multiples, complexes et, pour certains d'entre eux, abstraits ;
§ (2ème inconvénient) ces arguments ne concernaient, a priori, qu'une audience modeste, celle qui s'intéresse à la politique étrangère et,
§ (3ème inconvénient) ils ne présentaient guère de contenu émotif, faute d'images comme on en a eu après la guerre en découvrant les nombreux charniers de Saddam Hussein.
Voici les principaux arguments des alliés, accompagnés de renvois où les lecteurs soucieux de rigueur pourront trouver les justifications et les détails. Je ne cite pas ces arguments pour convaincre le lecteur que les Américains avaient raison d'envahir l'Irak, mais pour lui présenter des exemples de non-information par les médias, et tout particulièrement par la télévision. L'article [94] du 11 janvier 2004 cite d'ailleurs trois rapports récents qui affirment qu'il n'existait pas, début 2003, d'armes de destruction massive en Irak. Si ces rapports sont dans le vrai, les informations ci-dessous, où les inspecteurs officiels de l'ONU indiquaient une forte probabilité d'existence de ces armes, ont conduit les Etats-Unis à la guerre contre un Irak qui ne les menaçait pas directement, mais seulement - c'est prouvé aujourd'hui - par terroristes interposés.
Comme la plupart des autres décisions politiques, celle de faire cette guerre préventive a été basée sur de fortes probabilités, pas sur des certitudes. On trouvera ci-après les faits à l'origine de ces probabilités.
Que Saddam Hussein ait eu ou non des armes de destruction massive début 2003 m'est indifférent dans ce texte. Ce qui m'importe, c'est que les médias français ne nous ont pas cité les arguments ci-dessous, nous laissant donc croire qu'ils n'existaient pas, donc que les Etats-Unis partaient en guerre sans raison valable.
Tous les pays, y compris les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, etc. ont cru que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive, avant de fouiller l'Irak et de s'apercevoir qu'ils s'étaient trompés.
§ Selon Rolf Ekeus, chef de la mission d'inspection des Nations unies en Irak (UNSCOM) de 1991 à 1997, actuellement à la tête du Stockholm International Peace Research Institute (voir [15]), Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques à deux reprises :
· contre l'armée iranienne, pendant la guerre de 1980 à 1988, pour éviter à son armée d'être enfoncée par les Iraniens, plus nombreux,
· contre son propre peuple, les Kurdes irakiens, dont il a massacré plusieurs milliers à Halabja.
Ces attaques chimiques ont tué ou blessé au total plus de 100.000 personnes.
Si Saddam Hussein a utilisé des armes chimiques, c'est qu'il en avait. Donc ceux qui prétendent ne pas savoir si Saddam Hussein a disposé d'armes de destruction massive se trompent ou sont de mauvaise foi.
§ De 1991 (fin de la première guerre du Golfe) à 1995, Saddam Hussein a prétendu qu'il n'avait pas d'armes biologiques. En 1995, suite à la défection de son gendre, Hussein Kamal, responsable du programme d'armes de destruction massive irakien, on a appris que l'Irak avait bien un programme de fabrication d'armes biologiques, ce qui a été confirmé par les scientifiques irakiens qui y travaillaient [15].
§ En 1998, Saddam Hussein a chassé d'Irak les inspecteurs des Nations unies, qui cherchaient ses armes de destruction massive. Pendant 4 ans, jusqu'à fin 2002, il n'y a plus eu d'inspections. Si Saddam Hussein a détruit ses armes de destruction massive avant le retour des inspecteurs fin 2002, comme il l'affirmait, c'était à lui de le prouver, comme le lui imposaient les Nations unies et non, comme l'affirmaient certains politiciens français (voir par exemple la position de l'UDF dans [17]), aux inspecteurs des Nations unies revenus fin 2002. Il n'a ni prouvé cette destruction ni cité des témoins, qui pourtant auraient forcément existé vu les quantités d'armes dont il s'agissait.
§ A la veille de la guerre, le 17 mars 2003, le rapport [16] du nouveau responsable des inspections de l'ONU, M. Hans Blix, citait encore une suite importante d'armes de destruction massive, dont l'existence était prouvée en 1998, lors du renvoi des inspecteurs UNSCOM, et dont l'Irak devait justifier la destruction :
«Following is a list of the issues which UNMOVIC has identified as key disarmament tasks to be completed by Iraq. They are set out in detail in Annex 1. Annex 2 contains the background information relating to each task identified, under a heading relating to that task.
- Scud missiles and associated biological and chemical warheads ;
- SA-2 missile technology ;
- Research and development on missiles capable of proscribed ranges ;
- Munitions for Chemical and Biological agent fill (CBW) ;
- Spray devices and remotely piloted vehicles/unmanned aerial vehicles (RPVs/UAVs) ;
- VX and its precursors ;
- Mustard gas and its precursors ;
- Sarin, Cyclosarin and their precursors ;
- Anthrax and its drying ;
- Botulinum toxin ;
- Undeclared agents, including smallpox ; and
- Any proscribed activities post 1998.»
Il y avait là des missiles interdits (que tous les Français ont vus à la télévision), des munitions chimiques, des précurseurs pour armes chimiques, des bacilles pathogènes, etc. Entre la réalité de l'existence des missiles interdits, prouvée par la télévision au monde entier, et le sérieux incontestable du rapport [16] de l'ONU, nous avons là une preuve de plus de la forte probabilité d'existence d'armes de destruction massive en Irak, preuve que la diplomatie française a délibérément ignorée en demandant de continuer les recherches d'armes pendant le temps nécessaire. Pour que ces armes ne soient plus disponibles début 2003, il fallait qu'elles aient été détruites sans témoin et sans laisser de trace, ce qui était très improbable vu leur diversité et leur quantité.
§ Dans ses rapports au Conseil de sécurité [18] et [19] M. Hans Blix montre clairement que, plus de 3 mois après le début des inspections et la remise de son rapport de 12.000 pages, l'Irak n'a toujours pas satisfait les exigences du Conseil de sécurité concernant une coopération immédiate et complète. La résolution 1441 (voir [20]) prévoyant qu'en cas de coopération inadéquate l'Irak en subirait les graves conséquences, l'intervention militaire était justifiée.
§ Le 27/01/2003, M. Hans Blix a présenté au Conseil de sécurité le rapport [21] qui montre que l'Iraq a caché, ou détruit sans conserver de preuve de cette destruction et sans pouvoir fournir de témoignage :
· environ 6500 bombes chimiques, représentant quelques 1000 tonnes d'agents chimiques ;
· une quantité de bacilles du charbon (anthrax) suffisante pour produire environ 5000 litres de solution concentrée ;
· un agent innervant très puissant, le VX, à l'état militarisé ;
· plusieurs milliers de missiles à charge chimique ;
· des missiles d'une portée et d'une taille supérieures aux limites autorisées de 150 km et 600 mm, opérationnels dans l'armée irakienne, en violation flagrante des résolutions de l'ONU ;
· l'importation jusqu'en décembre 2002 de matériel militaire prohibé, notamment 380 moteurs de missile à portée plus longue que la limite autorisée de 150 km.
§ Le rapport de l'ONU [29] est très complet et particulièrement accablant pour l'Irak, par l'inventaire qu'il donne de l'énorme arsenal d'armes de destruction massive de ce pays à la date du 29/01/1999.
§ Les divers rapports des inspecteurs des Nations unies soulignent la volonté constante de l'Irak de cacher ses armes, de refuser de répondre aux questions des inspecteurs, ainsi que les mensonges et omissions répétées des Irakiens.
On pouvait en conclure que si les Irakiens agissaient ainsi depuis des années, c'est qu'ils avaient des armes cachées. Il était difficile d'imaginer qu'ils les avaient toutes détruites sans noter cette destruction sur des documents montrables aux inspecteurs, et sans pouvoir produire de témoins attestant ces destructions.
Il résulte de tous ces documents officiels des Nations unies qu'à la veille de la guerre il y avait toutes les raisons de penser que l'Irak avait caché des armes de destruction massive. Cette conclusion est basée sur des rapports des Nations unies, pas sur de l'espionnage sujet à caution. Mais comme la télévision a occulté systématiquement les rapports des Nations unies, les Français n'ont rien su de ces raisons objectives d'envahir l'Irak.
Cette conclusion est confirmée par l'interview du 01/02/2004 sur CNN de M. David Kay, qui a été pendant 12 ans responsable des inspections en Irak pour les Etats-Unis et a démissionné en janvier 2004. Celui-ci a affirmé que :
§ Jusqu'au début de la guerre en mars 2003 tout le monde (c'est-à-dire les experts des Nations unies, des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne, de la Russie et lui-même) était persuadé que l'Irak avait des armes de destruction massive et les cachait.
§ La pagaïe et la corruption qui régnaient en Irak rendaient faciles l'obtention de telles armes par des terroristes.
§ La perception du danger par les gouvernements Bush et Blair était donc raisonnable ; il n'y avait pas besoin et il n'y a pas eu de pression sur les services secrets pour qu'ils exagèrent la menace, il y a eu mauvaise interprétation par les experts de la qualité des renseignements disponibles.
§ Jusqu'à la veille du conflit il y a eu production de missiles prohibés et recherches sur du poison à base de ricine.
La position française, consistant à la fois à demander une poursuite des recherches d'armes par les inspecteurs des Nations unies - donc à faire confiance aux inspections des Nations unies - et à affirmer qu'on n'avait pas de preuve de leur existence, malgré les rapports précédents des inspecteurs et ceux des services secrets français, était incohérente. La télévision n'a pas, non plus, expliqué cette incohérence, pourtant évidente.
La stratégie française, basée sur le fait que les quelques mois d'inspections de fin 2002 à mars 2003 n'avaient trouvé que les missiles prohibés et quelques obus chimiques vides, consistait à espérer que quelques mois d'inspections supplémentaires ne trouveraient pas grand-chose non plus. La France pourrait alors en conclure que l'Irak n'avait pas d'armes de destruction massive et demander au Conseil de sécurité la levée des sanctions contre ce pays. Cela permettrait à Saddam Hussein de rester au pouvoir et de continuer à tyranniser et assassiner ses concitoyens, ainsi que de menacer les voisins de l'Irak et de subventionner les terroristes palestiniens. Et cela permettrait à la France d'espérer que Total pourrait extraire du pétrole irakien, conformément à l'accord signé avec Saddam Hussein. Mais les télévisions n'ont accusé que les Américains de s'intéresser au pétrole irakien.
En somme, la politique du président Chirac consistait à soutenir le tyran assassin Saddam Hussein, et à chercher à ce qu'il reste au pouvoir et puisse continuer ses méfaits : soutien du terrorisme, envahissement de pays voisins comme l'Iran et le Koweït, assassinat de son propre peuple comme les Kurdes de Halabja, etc.
Du point de vue des chaînes de radio et de télévision, tous les arguments qui précèdent ont l'inconvénient d'être basés sur des documents officiels de l'ONU et des interviews, difficiles à exploiter en respectant les règles de filtrage précédentes :
§ Ils sont en anglais ;
§ Ils sont indigestes et incapables de susciter l'émotion de téléspectateurs ;
§ Ils ont l'inconvénient d'exiger d'un journaliste un travail de recherche et d'étude des textes officiels, travail que beaucoup sont trop peu courageux et trop peu anglophones pour faire ;
§ Même s'il a réuni les documents nécessaires et en a fait une synthèse, il faut à un journaliste une émission assez longue de politique étrangère pour présenter l'argumentation aux téléspectateurs. Or la politique étrangère n'attire guère l'audience.
Les journalistes se sont donc contentés de puiser dans leur antiaméricanisme pour trouver des raisons simples et médiatiques à l'intervention américaine :
§ George W. Bush, croyant, mène une croisade anti-musulmane du même type que la croisade anti-occidentale d'al Qaida (sainte horreur !) ;
§ Les Américains veulent s'emparer de l'Irak, en faire une colonie (les Etats-Unis n'ont jamais, dans leurs 230 années d'histoire, eu de colonie, mais les journalistes ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir) ;
§ Les Américains veulent s'emparer du pétrole irakien au profit de leurs multinationales ;
§ M. Bush fils veut "finir le travail" de M. Bush père, etc.
§ Concernant la présence d'armes de destruction massive en Irak, les anti-Bush ont confondu "absence de preuve" et "preuve d'absence".
§ Ils ont raisonné comme si, en politique, on exigeait des preuves incontestables pour décider une action. C'est ainsi, par exemple, que M. François Bayrou, opposé à l'intervention en Irak, justifiait sa position en déclarant : "Pas de preuves, pas de guerre". De telles preuves n'existent pas, en général. Pourtant, lorsque des milliers de vies sont menacées par des terroristes, il faut bien agir pour les protéger, même si on n'a qu'une forte probabilité d'agir à bon escient.
§ Pour tenter de prouver le peu de valeur des arguments américains concernant les armes de destruction massive et les liens de l'Irak avec al Qaida, ils utilisaient un vieux truc bien connu des avocats : ils prenaient un des arguments, dont la validité n'était pas établie même si elle était très probable, et ils montraient qu'il existe un doute sur cet argument ; puis ils affirmaient, par analogie, que tous les autres arguments étaient aussi peu solides. C'est intellectuellement malhonnête, mais cela marche avec beaucoup de gens (voir [137]).
Fin janvier 2004, les journalistes français continuaient d'ignorer des faits importants, comme [115] et [116], qui prouvent que l'Irak avait bien des programmes d'armes de destruction massive constituant une menace, et que des terroristes y passaient et auraient pu s'en procurer.
Leur manque d'objectivité se manifestait aussi dans le fait que les seules informations que les journaux télévisés donnaient quotidiennement à cette époque sur l'Irak étaient des attentats anti-américains. A aucun moment ils n'ont dit aux Français comment le peuple irakien vivait, s'il avait de la nourriture et de l'eau, si les écoles et hôpitaux fonctionnaient, et que les exportations de pétrole approchaient les 2,5 millions de barils par jour. Ces omissions constituent une désinformation.
Fin mars 2004, les inspecteurs américains qui cherchaient en Irak des armes de destruction massive n'en avaient toujours pas trouvé, mais :
§ Ils ont trouvé un grand nombre de programmes de développement de ces armes (voir [132], [133] et [134]) ;
§ Ils ont prouvé que les Irakiens consacraient à ces programmes des budgets importants, qui leur auraient certainement permis d'aboutir et de doter leur armée de telles armes, ainsi que d'en donner à des terroristes.
Saddam ayant déjà attaqué l'Iran et le Koweït, et ayant déjà utilisé des armes chimiques contre les Iraniens et ses propres Kurdes, la menace qu'il représentait était réelle, même si elle n'était pas immédiate.
Il est scandaleux que les médias, dans tous les pays, aient gardé le silence sur les programmes d'armes trouvés par les Américains après la guerre. Tout se passe comme si, ayant déjà affirmé qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak, ils refusaient toute preuve du contraire, pour pouvoir continuer à accuser le gouvernement Bush d'avoir trompé ses citoyens sur la réalité de la menace irakienne.
Les preuves présentées au Congrès des Etats-Unis par leurs responsables des inspections en Irak en octobre 2003 et mars 2004 sont à la fois incontestables et nombreuses : l'Irak travaillait bien, jusqu'à la veille de la guerre, à des armes de destruction massive, en violation flagrante de ses engagements et de 17 résolutions du Conseil de sécurité - voir http://www.un.org/documents/scres.htm.
Malgré la publication par le gouvernement américain des rapports au Congrès [133] et [134], l'ensemble des médias, dans tous les pays, a fait comme s'ils concluaient à l'inexistence d'une menace irakienne, alors qu'ils concluent exactement le contraire.
Comme le remarque le seul article qui a signalé les programmes d'armement découverts, [132], tout s'est passé pour les chaînes de télévision, les magazines et les journaux du monde entier, comme si les inspecteurs auraient dû trouver de grands entrepôts, peints en jaune vif pour être bien visibles, et portant des enseignes "Stock d'armes de destruction massive". N'ayant pas entendu parler de tels entrepôts, les médias ont continué à croire et à faire croire au public que ces armes n'existaient pas et que le gouvernement Bush l'avait trompé.
Exemple : The New York Times a publié le 11/01/2004 un important article faisant le point sur les recherches d'armes de destruction massive irakiennes, "The Faulty Weapons Estimates". Selon cet article, trois nouveaux rapports publiés la semaine précédente permettent de douter que l'Irak ait disposé de telles armes début 2003. L'article met en doute la validité de la position officielle du gouvernement américain, selon laquelle ces armes existaient et constituaient un danger pour le monde entier et les Etats-Unis en particulier. Il suggère que le gouvernement américain a désinformé son opinion publique en déformant les informations de ses services secrets.
Or, le rapport au Congrès [133], daté du 2 octobre 2003, contenait déjà une liste impressionnante de preuves de programmes de développement d'armes prohibées…
Pour dissimuler leurs programmes de développement d'armes chimiques, les Irakiens avaient profité du fait que les matières premières nécessaires pour fabriquer ces armes sont les mêmes que celles nécessaires à la fabrication de pesticides, c'est-à-dire des composés organophosphorés.
Il y a eu, de la part des journalistes comme de nombreux spécialistes, une volonté délibérée d'interpréter les trouvailles de ces composés comme celles d'inoffensifs pesticides, par exemple sans tenir compte du fait que certains étaient stockés dans des bunkers militaires souterrains, à côté d'un stock de munitions.
Les 17 et 18 mai 2004, des chaînes de télévision (CNN, TF1…) et de radio (Europe 1…) ont annoncé la découverte de deux obus contenant des gaz de combat, du Sarin et du gaz moutarde. Nous savons aussi que la plupart des bombes artisanales fabriquées par les terroristes irakiens sont à base d'obus d'artillerie, et que les voitures et camions des attentats-suicides sont bourrés de tels obus. Il existe donc des stocks d'obus, dont certains, chimiques, font donc partie des armes de destruction massive, stocks que les Irakiens connaissent et que les inspecteurs de la coalition n'ont pas encore découverts, sans quoi ils les auraient déjà éliminés. Nous avons ainsi la certitude :
§ Qu'il existe bien des stocks d'armes en Irak que les inspecteurs n'ont pas encore trouvés ;
§ Que certains obus de ces stocks sont des armes de destruction massive.
Ceux qui affirment que de telles armes n'existent pas en Irak, pour en conclure que l'administration Bush a menti à leur sujet, ont donc tort. Et si, après la révélation de l'existence des programmes et des stocks d'armes, ils persistent dans leur négation, ils font preuve de malhonnêteté intellectuelle.
§ Saddam Hussein et Ben Laden avaient les mêmes ennemis : les Américains et, par extension, les autres occidentaux. Il est absurde d'imaginer que le premier ne fournirait jamais au second des armes pour commettre des attentats à sa place, tout en jurant qu'il n'est pour rien dans ces attentats. Il est puéril d'espérer que Ben Laden, qui n'avait pas les moyens irakiens de se procurer des armes, n'en demanderait pas à Saddam Hussein. Mais les télévisions n'en ont rien dit, même en janvier 2004, où des documents comme [115] étaient disponibles.
§ Dans son discours du 05/02/2003 au Conseil de sécurité [26], M. Colin Powell a montré qu'il existe en Irak un groupe de terroristes islamistes dirigé par Abu Musab Al-Zarqawi, qui a séjourné en Afghanistan et s'y est entraîné dans les camps d'al Qaida. Ces terroristes ont participé à des attentats à l'étranger, notamment en utilisant un poison d'origine végétale appelé "ricine". Mais la plupart des diplomates présents ont refusé de le croire.
Une confirmation éclatante de ces affirmations de M. Colin Powell a été apportée le 01/04/2003 par la correspondante du Figaro dans le nord de l'Irak, Delphine Minoui. Dans l'article La traque du réseau terroriste Ansar al-Islam, publié ce jour-là, elle écrit ce qui suit (extraits de son interview de Boorhan Saeed, commandant des forces Kurdes de la région d'Halabja, qui combat Ansar al-Islam depuis deux ans) :
"Nous avons découvert toute une série de papiers prouvant l'affiliation de ces islamistes avec al Qaida", remarque-t-il, en précisant que les islamistes des montagnes étaient parfaitement équipés en ordinateurs, téléphones satellites et connexions Internet. "On a trouvé, entre autres, des disquettes contenant des comptes-rendus de rencontres entre Ansar et al Qaida, mais aussi des carnets de téléphones comprenant de nombreux numéros de téléphone en Europe et aux Etats-Unis. On a également mis la main sur les discours d'Oussama Ben Laden après le 11 septembre".
Les pacifistes, notamment français, qui avaient implicitement traité M. Powell de menteur en refusant de croire son témoignage parce qu'il dérangeait leur position anti-américaine et pro-Saddam, se trouvent ainsi confondus :
· Il y a bien des liens entre les islamistes Ansar al-Islam d'Irak et al Qaida.
· Ces islamistes irakiens sont liés à des terroristes opérant en Europe et aux Etats-Unis, ce qui prouve que nous Français sommes aussi menacés par des terroristes irakiens, donc qu'il est important de se débarrasser du régime de Saddam Hussein en même temps que de ces terroristes.
Une autre confirmation éclatante est apportée par l'article [122], suite à la capture en Irak d'un messager d'al Qaida, Hassan Gul, qui portait sur lui un CD-ROM contenant un document de 17 pages et divers messages envoyés par Ansar al-Islam à al Qaida. Ces documents établissent clairement les liens entre les deux organisations et leur intention de fomenter une guerre civile en Irak.
Une nouvelle confirmation a été apportée avec la preuve d'une rencontre en république tchèque entre Mohammed Atta (chef des terroristes du 11 septembre) et un membre des services de renseignements irakiens : voir [136] et [137].
Mais les télévisions ne nous ont rien dit de tout cela... Au contraire, elles se sont basées sur le rapport officiel [139] pour affirmer une fois de plus, toujours sans preuve convaincante, que M. Bush et son administration avaient trompé leur peuple. Le rapport [139] laisse pourtant place au doute, parce qu'il ne peut justifier un trou dans l'emploi du temps de Mohammed Atta les 7 et 8 avril 2001 et qu'il ne peut prouver qu'Atta n'a pas voyagé ces jours-là à Prague sous un nom d'emprunt.
Il y a encore d'autres preuves : voir [140]. C'est pourquoi le président Bush continue à affirmer qu'il a des preuves de liens entre l'Irak et al Qaida.
§ Saddam Hussein finançait les terroristes palestiniens. Il donnait $25.000 à chaque famille palestinienne dont un membre s'était suicidé en faisant exploser la bombe qu'il portait pour tuer des Israéliens, que ceux-ci soient des civils ou des militaires. Saddam Hussein encourageait ainsi le terrorisme palestinien et contribuait à l'instabilité chronique du Moyen-Orient. Mais pour les télévisions, cela n'avait pas besoin d'être rapporté.
La presse écrite n'a guère cité ces arguments non plus, pour les mêmes raisons que précédemment : ils concernent la politique internationale, ils demandent un peu de temps à expliquer, n'ont pas d'images et ne génèrent pas d'émotion immédiate. Et, inconvénient supplémentaire, ils étaient favorables aux Américains.
Voici, en résumé, la partie de la stratégie de sécurité des Etats-Unis qui nous intéresse ici, telle qu'elle est exposée dans leur document officiel [22] du 17/09/2002. Elle n'a pas été expliquée aux Français à la télévision, et n'a été abordée que de manière insignifiante dans les journaux et magazines. Seul Le Monde en a publié une fois des extraits commentés.
§ Du temps de la guerre froide, la dissuasion nucléaire a empêché les puissances atomiques d'attaquer, car un attaquant était certain d'être détruit à son tour. Les puissances nucléaires avaient plus à perdre qu'à gagner en attaquant, il leur suffisait donc d'attendre une improbable première frappe de l'ennemi et de profiter de la paix en attendant.
§ Aujourd'hui, les terroristes internationaux musulmans n'ont pas de pays qu'ils redoutent de voir détruit, ils ne redoutent pas la mort et la recherchent même pour la gloire d'être un martyr : la peur des représailles est donc sans effet sur eux. Ils attaquent donc les premiers, pour avoir la satisfaction d'avoir massacré ou terrorisé des infidèles et détruit leurs biens. C'est là une nouvelle forme de guerre, une guerre sans ligne de front, et cette guerre concerne tous les pays, avancés ou non. Ils nous font la guerre pour détruire notre société de liberté et de démocratie et la remplacer par une société islamiste, où les femmes n'ont que peu de droits et où la démocratie est remplacée par le gouvernement de religieux, comme en Iran ou dans le régime taliban d'Afghanistan.
§ Aujourd'hui, les grandes puissances ne se menacent plus entre elles, mais chacune est menacée par des états terroristes comme l'Irak ou la Corée du nord, essentiellement par le soutien qu'ils peuvent apporter à des organisations comme al Qaida et les terroristes palestiniens, à qui ils peuvent fournir des armes de destruction massive.
§ La défense contre les terroristes (états ou groupes internationaux) n'est pas une option, elle est incontournable. Une défense insuffisante provoque des milliers de morts, comme les 3100 du 11 septembre 2001, parmi lesquels il y avait 200 musulmans, comme tous ceux des attentats islamistes ultérieurs. Notre défense ne peut se contenter d'attendre de nouvelles attaques terroristes, elle doit prendre les devants en détruisant leurs camps d'entraînement, leurs sources d'armement et d'argent, et en utilisant tous les moyens à notre disposition. La nouvelle situation justifie donc une guerre préventive contre les terroristes ou les états terroristes qui peuvent les abriter, les armer ou les financer. Saddam Hussein a déjà attaqué le premier, en occupant le Koweït en 1990, il ne faut pas lui laisser les moyens de le faire de nouveau, surtout avec des armes de destruction massive. Il ne faut pas, non plus, qu'il puisse donner de telles armes à des groupes terroristes.
En résumé : "comme de nos jours on n'a plus le temps de voir venir une attaque pour se protéger, il faut prendre les devants." : c'est la justification américaine de la guerre préventive.
Mais la décision de partir en guerre suppose que l'on puisse compter sur les renseignements concernant les terroristes et les pays qui les abritent ou les aident ; la guerre de 2003 en Irak a montré que les renseignements dont tous les pays disposaient n'étaient pas fiables.
Les Etats-Unis se sentent menacés par les terroristes, car ils ont été victimes de nombreux attentats meurtriers, qui se multiplient depuis de nombreuses années et tuent des Américains partout dans le monde. Ils ont craint que Saddam Hussein attaque de nouveau ses voisins, déstabilisant ainsi un Moyen-Orient dont la production de pétrole est indispensable aux pays consommateurs. Ils ont eu peur que Saddam fournisse des armes ou de l'argent à al Qaida, comme il en a fourni aux terroristes palestiniens. Ils ont donc attaqué.
A part ceux du Monde, les journalistes français n'ont pas pris le temps de lire la trentaine de pages du document officiel [22], où les Etats-Unis avaient pourtant eu soin de décrire en détail leur stratégie de lutte antiterroriste. Les autres journaux et la télévision l'ont ignoré. Dans leur immense majorité, les Français n'ont donc pas eu connaissance de ce document, pourtant d'une extrême importance puisqu'il introduit la notion de guerre préventive et la justifie. Ils en ont conclu que les Américains étaient des bellicistes, que leur politique étrangère est injustifiée et inacceptable.
Il y a une autre preuve de la non-couverture en 2002-2003, par les télévisions françaises, des raisons américaines de faire une guerre préventive : l'émission du 10/02/2004 à 20h50 de la chaîne "arte" intitulée "La guerre selon l'Amérique". Cette émission a enfin expliqué, correctement et en détail, les raisons de la guerre préventive en Irak, avec plus d'un an de retard sur le moment où il aurait fallu donner ces raisons aux publics français et allemand. Les explications ont clairement justifié :
§ la position américaine ;
§ la contradiction inhérente à la position française, consistant à soutenir le tyran assassin Saddam Hussein et à déclarer illégale une intervention sans mandat de l'ONU, en oubliant celle où la France est intervenue au Kosovo.
Au sens du droit international de légitime défense, tel qu'il est défini par la Charte des Nations unies dans son article 51 (voir [24]) et la résolution 3314 du 14/12/74 (voir [25]) «Aucune considération, de quelque nature que ce soit, qu'elle soit politique, économique, militaire ou autre, ne peut justifier une agression.» les Etats-Unis n'avaient pas le droit d'agresser l'Irak sans l'autorisation du Conseil de sécurité.
Cette partie du droit international, définie et justifiée il y a 30 ans, à une époque où la seule menace était d'ordre militaire classique, n'est à l'évidence plus adaptée à notre époque, où des terroristes peuvent frapper sans prévenir. C'est de cette obsolescence que les Américains se sont prévalus pour faire à l'Irak une guerre préventive. Mais aucun journaliste n'a expliqué ce point aux téléspectateurs...
Cette question légitime a une réponse géostratégique : la Corée du nord ne menace personne dans l'immédiat, malgré ses bombes atomiques et ses missiles. Par contre, le terrorisme islamiste menace depuis longtemps et a frappé de nombreuses fois, avant et après le 11 septembre.
Le terrorisme islamiste était soutenu par l'Afghanistan des talibans et son voisin du Pakistan. La guerre d'Afghanistan et l'accord avec le Pakistan ont répondu à cette partie de la menace. Il était aussi soutenu par quatre pays du Moyen-Orient : l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Tous quatre finançaient des terroristes, et tous sauf l'Iran en abritaient dans des camps. Une guerre préventive se justifiait plus en Irak que dans les trois autres pays, parce que Saddam Hussein avait déjà fait la guerre à ses voisins (Iran et Koweït), qu'il y avait de bonnes raisons de croire qu'il possédait des armes de destruction massive et pouvait en donner à des terroristes, enfin qu'il massacrait ses concitoyens par centaines de milliers. Les Américains espéraient aussi, en installant un régime démocratique à la place de celui de Saddam, qu'une contagion aux trois autres pays les ferait progresser vers la démocratie, donc les éloignerait du terrorisme.
Depuis 1990, Saddam Hussein a violé les résolutions suivantes du Conseil de sécurité des Nations unies [27], dont certaines (exemple : la résolution 688) étaient assorties de graves menaces impliquant le recours à la guerre :
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Date |
Résolution |
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29/11/90 |
678 |
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02/03/91 |
686 |
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03/04/91 |
687 |
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05/04/91 |
688 |
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15/08/91 |
707 |
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11/10/91 |
715 |
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15/10/94 |
949 |
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27/03/96 |
1051 |
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12/06/96 |
1060 |
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21/06/97 |
1115 |
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23/10/97 |
1134 |
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12/11/97 |
1137 |
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02/03/98 |
1154 |
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09/09/98 |
1194 |
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05/11/98 |
1205 |
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17/12/99 |
1284 |
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08/11/02 |
1441 |
Début 2003, cela faisait 17 résolutions que l'Irak ignorait ! Il est clair que, pour Saddam Hussein, le Conseil de sécurité n'avait aucun pouvoir, qu'on pouvait impunément mépriser ses injonctions et faire fi de ses menaces ! Le recours à la guerre sans autre autorisation du Conseil de sécurité était donc acquis, sauf à vouloir affirmer que celui-ci faisait des menaces en l'air. Mais cet argument n'a pas été retenu par nos télévisions.
Indépendamment de la résolution 1441, la résolution 687 du 03/04/1991 [28], que l'Irak a acceptée par écrit et sans réserve pour obtenir l'arrêt des opérations militaires alliées de la guerre du Koweït, interdisait à l'Irak de développer, construire ou acheter des armes de destruction massive par le texte suivant :
«10 Decides further that Iraq shall unconditionally undertake not to use, develop, construct or acquire any of the items specified in paragraphs 8 and 9 [chemical and biological weapons and agents, ballistic missiles with a range greater than 150 km...]»
Or, comme la télévision l'a montré, l'Irak a construit des missiles Al Samoud 2, d'une portée supérieure à 150 km (donc prohibés) et, pour ce faire, elle a importé jusqu'en décembre 2002 380 moteurs de missile. De ce fait, l'Irak est en infraction avec la résolution 687, en plus de ses infractions aux résolutions adoptées de 1991 à 2002. En droit, l'Irak n'ayant pas respecté ses obligations découlant de la résolution 687, les conditions de l'arrêt des hostilités de 1991 ne sont plus réunies et les Américains pouvaient reprendre ces hostilités comme ils veulent et quand ils veulent, sans autre autorisation du Conseil de sécurité que celle qui avait permis la guerre de libération du Koweït en 1991.
En ne citant pas non plus ces arguments de droit permettant l'intervention en Irak, les médias permettaient aux Français de penser que cette intervention était illégitime.
Nous venons de voir à quel point les médias, et d'abord les chaînes de télévision, première source d'information des Français, ont désinformé ceux-ci en passant sous silence les informations ci-dessus, pourtant indispensables à une compréhension des raisons de l'intervention militaire en Irak.
La plupart des Français, comme la plupart des Européens, n'ont donc entendu parler que de guerre injustifiée. Ils en ont conçu une animosité considérable contre les Américains et les Anglais : les sondages ont montré que plus de 80% des Français étaient contre une intervention en Irak, donc contre ceux qui partaient en guerre.
Les gouvernements de la France et de l'Allemagne, au lieu de fournir à leurs peuples les informations que leurs médias omettaient, ont adopté une attitude démagogique. Puisque leurs citoyens étaient contre la guerre, ils se sont aussi prononcés contre : "La guerre est toujours la pire des solutions", a déclaré le président Chirac, contredisant ainsi sa prise de position concernant l'intervention au Kosovo, qu'il avait soutenue avec les Américains contre l'avis de l'ONU.
L'attitude d'hostilité de la France et de l'Allemagne envers les Etats-Unis, à l'ONU et dans toutes sortes de déclarations, ainsi que leurs tentatives d'obstruction à l'OTAN, ont valu à leurs peuples une hostilité durable des Américains, sans pour autant empêcher ceux-ci de partir en guerre. Les retombées ont été : boycott de produits français et allemands, tourisme en nette baisse, exclusion de la France et de l'Allemagne des contrats de reconstruction de l'Irak, vote des Américains contre le choix de Cadarache pour le réacteur de fusion ITER (un projet de 11 milliards de dollars), etc. Les Américains considèrent que toutes les démocraties doivent lutter contre le terrorisme, leur ennemi commun, et que leurs soldats mourront aussi pour défendre la France et l'Allemagne, pays ingrats et donneurs de leçons.
Voilà pourquoi je trouve très grave le manquement des médias, télévisions en tête, à leur obligation d'informer leur public de manière complète et honnête : mal informés et soutenus par des gouvernements démagogiques, les citoyens ont fait les mauvais choix politiques et les paieront pendant des années.
Voici des extraits de l'article de J-P Picaper La dramatisation des nouvelles économiques publié dans Le Figaro économie du 02/08/2001.
"Dramatiser l'info. Telle est la tendance des médias allemands sur les sujets économiques qui passionnent les téléspectateurs d'outre-Rhin. En effet, l'institut Medien Tenor, basé à Bonn, est parvenu récemment à cette curieuse déduction. Après avoir analysé ce type de nouvelles sur les chaînes publiques ARD et ZDF, ainsi que sur les chaînes privées ProSieben, RTL et Sat1, sur la période 1995-décembre 2000, les analystes se sont aperçus que les nouvelles négatives concernant les entreprises dominent très largement, alors qu'il y aurait, dans la vie économique au moins autant, sinon plus, d'informations positives à donner. Ainsi les entreprises allemandes n'existent-elles à la télévision que sous les rubriques faillites, fraudes, incapacités, licenciements, etc."
"Les experts parlent d'une “scandalisation” des informations, qui ne tiennent guère compte des réalités économiques. Avec deux fois plus ou davantage de nouvelles négatives que positives, l'Allemagne donne l'impression à un téléspectateur qui ne vivrait pas sur son territoire d'être un pays en voie de développement où dominent les banqueroutes, la fraude et la concussion, le chantage et le trafic d'influence."
"En 1996-1997, alors que 900.000 entreprises nouvelles ouvraient leurs portes tandis que 30.000 les fermaient, la proportion d'informations sur les faillites par rapport aux créations d'entreprises a été de 30 contre 1 [au lieu de 1 contre 30] : les speakers lisaient le rapport mensuel sur les faillites et ne disaient mot des créations d'entreprises."
"Pourtant, 86% des téléspectateurs allemands sont persuadés, selon un sondage commandé par la chaîne publique ARD, que le journal télévisé de 20 heures, la “Tagesschau”, “rend compte des choses telles qu'elles se sont passées”."
La désinformation par les chaînes de télévision et de radio n'est donc pas un mal exclusivement français : c'est une tare de notre société occidentale tout entière.
Les Français ne s'intéressent guère à la politique :
§ L'Express du 19/01/2004 cite, page 47, un sondage Louis Harris des 13 et 14/01/2004 sur l'intérêt des Français pour les élections européennes, où 65% des 1000 personnes intéressées ont déclaré ne pas être intéressées par ces élections.
§ Le Jeudi 20/11/2003, l'émission "100 minutes pour convaincre" de France 2 n'a eu que 6 millions de téléspectateurs, bien qu'elle ait mis en vedette M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, et des contradicteurs très médiatiques, M. Le Pen, M. T. Ramadan (intellectuel musulman) et un responsable d'ATTAC. Cette audience, record de France 2, ne représente pourtant que 10% des Français ou moins de 15% des électeurs, à une heure où l'immense majorité des gens peuvent regarder la télévision si ils le désirent. Malgré l'importance du sujet pour chaque citoyen (insécurité, immigration, etc., à une époque où chaque journal, télévisé ou imprimé, aborde ces sujets) et les annonces préalables répétées promettant un débat intéressant, 1 Français sur 7 seulement a pris le temps de suivre l'émission. La très grande majorité des citoyens a ignoré cette occasion de suivre le débat politique et de comprendre l'action du gouvernement. Pourtant, ce soir-là il n'y avait aucun événement sportif majeur, aucun film ou spectacle à ne pas manquer.
§ On appréciera l'influence du caractère médiatique de l'intervenant sur l'auditoire qu'il intéresse, en comparant les 6 millions de téléspectateurs de M. Sarkozy le 20 novembre avec les 3 millions de M. François Bayrou le 11 décembre, dans la même émission, à peine 5% des Français.
§ Le Journal télévisé le plus regardé de l'année 2003, toutes chaînes confondues, a été celui de TF1 (Claire Chazal) du 5 janvier, avec 12,1 millions de téléspectateurs, un peu moins que L'affaire Dominici du 13 octobre (record absolu de l'année) avec 12,2 millions. (Source : Médiamétrie/Médiamat, citée par Le Figaro du 06/01/2004 page 26).
En moyenne annuelle 2003, ce journal de TF1 a eu 9 millions de téléspectateurs, soit 41% de part d'audience. Il faut savoir que les journaux télévisés du soir de TF1, France 2 et France 3 ne parlent que très peu de politique ou d'économie.
§ La chaîne d'informations et de débats au parlement LCP ("La chaîne parlementaire") a une audience à peu près nulle : les Français ne s'intéressent pas assez à la manière dont leurs représentants débattent et décident. Elle offre pourtant d'autres émissions que les débats parlementaires, et certaines sont fort intéressantes. Je me souviens en particulier de l'émission sur la Chine animée par Jean-Pierre Elkabbach où j'ai pu découvrir le dynamisme de M. Mer, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, qui exhortait les Français à s'implanter en Chine.
§ Voici d'après [8], les statistiques pour l'an 2000 de lecture de la partie de la presse française qui a des rubriques significatives de politique et d'économie :
· 12,7% des Français lisent chaque jour un quotidien national autre que L'Equipe, chiffre stable depuis 1990. Il s'agit de lecteurs plutôt instruits (46% de niveau enseignement supérieur).
· 38,4% des Français lisent chaque jour un quotidien régional, dont le contenu politique et économique est beaucoup plus réduit que celui des quotidiens nationaux.
· 4,2% des Français lisent chaque semaine un hebdomadaire traitant de politique et d'économie (L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine, Courier International, Marianne).
§ D'après [8], l'audience de chacune des radios nationales traitant de politique et d'économie (RTL, France Inter, France Info, Europe 1) est en moyenne de 12%.
On peut conclure de ces chiffres que les trois quarts au moins des 41,2 millions d'électeurs français ne s'intéressent guère à la politique et à l'économie. L'une des raisons de ce désintérêt est qu'un grand nombre de citoyens sont dégoûtés de la politique et des politiciens, et que beaucoup souffrent de se sentir impuissants et ignorés par la classe politique, alors qu'ils constatent la persistance de nombreux problèmes dans notre société.
Quelle que soit la raison de ce désintérêt, il est certain qu'une majorité des électeurs vote sans avoir les informations nécessaires à l'objectivité. Ils votent donc de manière irrationnelle, en se basant sur l'impression que leur fait un candidat, des phrases relevées dans son programme, des qualificatifs qui le concernent ou, hélas, sur la volonté d'exprimer leur opposition à la classe politique en général.
Malgré tout, l'audience totale des journaux télévisés étant d'environ 22 millions de téléspectateurs, ils constituent le meilleur moyen de s'adresser à beaucoup d'électeurs pour leur communiquer, petit à petit et à doses homéopathiques, une culture politique et économique.
C'est à cause de ce manque d'intérêt du public que la télévision et la radio évitent de programmer des émissions de politique ou d'économie. Et, lorsqu'elles en programment une, elles la présentent de la manière la plus divertissante possible, en évitant de demander le moindre effort intellectuel au public.
C'est pourquoi on voit tant d'émissions de politique conduites par des animateurs, c'est-à-dire des amuseurs, au lieu de journalistes spécialisés : en mélangeant politique et divertissement on espère plus d'audience. C'est pourquoi, aussi, beaucoup d'émissions sont organisées pour que des disputes aient lieu, entre des participants au caractère bien trempé et aux opinions bien affirmées. En somme, on essaie de faire passer l'information politique ou économique au moyen de pugilats entre personnes d'opinions opposées. Parfois, ce sont les journalistes qui jouent le rôle d'opposants, qui posent au politicien interviewé des questions embarrassantes et l'interrompent sans cesse. Enfin, en émaillant les dialogues de reportages distrayants, on essaie de garder l'attention de l'auditoire en faisant passer des messages illustrant un problème posé par des séquences qui inquiètent, étonnent ou scandalisent.
Au sujet du peu d'intérêt des Français pour les informations de politique, voir aussi "On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif".
Selon l'article [32], le désenchantement et l’amertume d'une partie de l’opinion publique se traduisent d’abord par un discrédit et une méfiance générale à l’égard du gouvernement, des partis, des institutions. Le succès durable des «Guignols de l’information» est à cet égard aussi significatif que ravageur.
La démocratie veut qu'un électeur vote pour le parti ou le candidat dont le programme et les idées lui conviennent : parmi plusieurs partis ou candidats, il choisit celui qu'il préfère. Parfois, entre plusieurs partis ou candidats qu'il n'aime guère, il choisit celui qui lui déplaît le moins. Parfois enfin, furieux contre toute la classe politique ou le parti au pouvoir, il vote de manière à exprimer le plus clairement possible son rejet, son exaspération ; c'est ainsi par exemple qu'à un référendum, au lieu de répondre à la question posée, il choisit la réponse qui contrarie le plus le gouvernement en place. Une telle réponse de rejet peut aussi apparaître lorsqu'elle sanctionne un programme politique aberrant ou mal défini.
C'est cette volonté de protester en votant qui explique les résultats [5] du premier tour de l'élection présidentielle française 2002, où les votes extrémistes ou aberrants (Le Pen + Laguiller + Mamère + Besancenot + Saint-Josse + Hue + Mégret + Gluckstein) ont totalisé 42,5% des voix, et les abstentions 28,4% en plus. Autrement dit, il n'y a que 100 - 42,5 - 28,4 = 29,1% des électeurs qui ont voté pour un candidat traditionnel, approuvant ainsi implicitement le fonctionnement de notre démocratie dans l'élection de son président. Notre démocratie est bien malade !
Le processus le plus démocratique, le vote d'un électeur, traduit donc souvent en réalité un rejet et non un choix. Lorsqu'une proportion importante des électeurs exprime un tel rejet, c'est la démocratie toute entière qui est malade, car son fonctionnement est désavoué par un grand nombre de citoyens, exaspérés de ne pouvoir se faire entendre autrement.
Hitler et Mussolini ont été élus démocratiquement, malgré des prises de position qui auraient dû inciter leurs électeurs à se méfier. Ils ont été élus par des citoyens de pays en crise, à qui ils ont proposé des solutions simplistes et un changement radical avec l'environnement politique en place, réputé incapable de résoudre les problèmes. C'est ce changement radical qui a été choisi par les électeurs exaspérés.
Jean-Marie Le Pen a eu plus de voix, à l'élection présidentielle française de 2002 que Lionel Jospin, parce que lui aussi proposait des solutions simplistes et radicales, représentant un camouflet pour la classe politique gauche - droite en place.
Voir aussi "La France : pays figé, société démoralisée" http://www.danielmartin.eu/Cours/Sinistrose.htm .
L'extrême gauche française a séduit beaucoup d'électeurs en 2002, bien que son programme politique soit parfaitement utopique. Il consiste à remplacer notre société et notre économie, basées sur la liberté d'entreprendre et le profit, par un communisme de type marxiste-léniniste. Or l'histoire a prouvé que le communisme ne conduit qu'à la privation de liberté des individus par des régimes totalitaires, et au désastre économique, c'est-à-dire à la misère. Aucun régime communiste n'a jamais rempli ses objectifs de démocratie et de prospérité : URSS, CUBA, Corée du nord, Chine de Mao, Cambodge des Khmers rouges, etc. L'histoire a aussi prouvé que les démocraties constitutionnelles assuraient à leurs citoyens une liberté et un niveau de vie infiniment plus élevés que ceux des pays communistes, et une croissance bien plus rapide.
Malgré ces faits, des millions de Français ont voté pour l'extrême droite ou l'extrême gauche. Ces électeurs ignoraient l'histoire, ils ont cautionné des solutions politiques qui n'ont conduit qu'au malheur et à la privation de liberté. Ils ignoraient les choix des autres pays européens, qui tous se sont prononcés pour une économie libérale. Ils ignoraient les engagements actuels de la France au sein de l'Union européenne, basée sur l'économie de marché, et l'impossibilité de sortir de cette Union pour adopter un régime politique communiste ou d'extrême droite. Bref, des millions de citoyens ignoraient les faits passés et ignorent les faits actuels.
C'est pour cela qu'ils ne peuvent distinguer, parmi les programmes proposés, celui ou ceux qui sont réalisables et constituent des choix réalistes. Ne voyant que de mauvais programmes, souvent parce qu'ils ne voient que des politiciens discrédités, ils rejettent alors toutes les solutions proposées et, avec elles, la classe politique qui les propose.
C'est parce qu'ils ne connaissent pas les faits, politiques ou économiques, que de trop nombreux citoyens votent extrémiste ou font de mauvais choix. Ils ne les connaissent pas parce qu'on ne les leur explique pas assez.
Le manque d'informations politiques commence chez les jeunes, par l'enseignement, qui confond neutralité politique nécessaire et occultation des faits. C'est ainsi qu'il y a de nos jours dans les classes de nos écoles des sujets tabous, parce qu'ils touchent à la Shoah, à la religion, à la race, à des pays du Moyen-Orient ou à la différence entre libéralisme et dirigisme. Exemple tiré de [69] :
"Enseigner la culture religieuse sans verser dans le prosélytisme est un exercice périlleux, face à des jeunes de plus en plus crispés sur le sujet. Ici, un jeune musulman dénie à son prof, «impur», le «droit de parler du Coran». Là, un adolescent juif refuse d'écrire le nom de Yahvé parce que sa foi le lui interdit."
Voir en outre l'accablant texte sur l'enseignement public français :
"L'enseignement victime de l'idéologie" http://www.danielmartin.eu/Enseignement/Enseignement-Victime.htm .
Le manque d'informations politiques des adultes continue avec les médias, que rien n'oblige à informer vraiment le citoyen, et qui préfèrent distraire plutôt qu'informer.
Exemple : l'Union européenne
La majorité des citoyens ne sait à peu près rien de l'Union européenne (voir [70]) et des enjeux des élections au Parlement européen. C'est pour cela que beaucoup de citoyens profitent de ces élections pour protester contre des aspects de politique intérieure française qui sont hors sujet. Je suis consterné, par exemple, vu l'importance du renforcement de l'Union européenne :
§ Qu'il y ait eu, en France comme en Europe, plus de 50% d'abstentions aux élections du Parlement européen (voir [71]) ; L'Express du 19/01/2004 cite même, page 47, un sondage Louis Harris des 13 et 14/01/2004 sur l'intérêt des Français pour les élections européennes, où 65% des 1000 personnes intéressées ont déclaré ne pas être intéressées par ces élections.
§ Que des Français aient présenté à ces élections un parti des chasseurs (CPNT : Chasse, pêche, nature et traditions) qui accorde plus d'importance à ces passe-temps qu'à l'Europe, et que selon [71] 1,3 million de personnes en France aient voté pour eux, soit 6,77% des votants.
C'est aussi parce que les Français, comme d'ailleurs la plupart des citoyens des autres pays, perçoivent mal l'importance de l'Union européenne, que tant de politiciens des gouvernements européens peuvent se permettre de dépenser plus d'énergie pour conserver du pouvoir national que pour intégrer leur pays dans l'Union, qui du coup n'avance pas. Comme l'écrit M. François Bayrou dans le numéro 92 (05/01/2004) du bimensuel d'information de l'UDF Démocratie info :
"...le renoncement au pacte de stabilité [limitant le déficit à 3% du PIB] avait ouvert la voie : on savait désormais que les grands pays ne se sentaient plus liés par leur signature."
"Mais il y a (presque) plus grave : la prétention mesquine des plus grands pays de vouloir maintenir le budget européen sous la barre des 1% ( !) du PIB montre ce qu'est désormais la dimension du projet... 1%, alors que les budgets nationaux, politiques et sociaux, dépassent les 50%. Cela veut dire qu'il n'y aura jamais de politique de défense sérieuse, de politique de recherche sérieuse, qu'il n'y aura plus de politique agricole ou d'aménagement du territoire européen. Or sans Europe, notre projet de société sera ballotté, projeté d'un bord sur l'autre, et, au bout du compte, mis en pièces."
"Il est temps de reconstruire le projet européen et désormais de le défendre à visage découvert."
L'avantage que les pays de l'Union européenne tirent de leur union commerciale est en train de fondre comme neige au soleil du fait de la mondialisation, qui facilite énormément les échanges avec la Chine et l'Inde, pays où les prix de production sont incomparablement plus bas. Même des pays extérieurs à l'Union peuvent désormais commercer avec ces géants d'Asie, à la fois producteurs compétitifs et marchés immenses.
Pourquoi les télévisions ne nous avertissent-elles pas de cette situation, de ces enjeux ?
Exemple : les régions
Connaissant mal leurs institutions, les Français ne sont guère motivés par les élections régionales, pourtant de plus en plus importantes avec les progrès de la décentralisation et l'élection des présidents de région au suffrage universel. Ils ne connaissent pas les responsabilités respectives des cinq niveaux d'organisation publique : Union européenne, France, région, département, commune. Et ni le gouvernement ni les médias ne se préoccupent sérieusement de les aider à les connaître, à comprendre leur raison d'être, leurs articulations et les enjeux électoraux.
Exemple : le chômage et le niveau de vie, c'est-à-dire l'économie
Pour ceux qui craignent pour leur emploi, le chômage est depuis des années la première des préoccupations. Pour les autres, le niveau de vie - fortement dépendant de la santé de l'économie - est toujours une préoccupation importante. Or, ni les gouvernements successifs, ni les médias, n'ont jamais entrepris de donner aux citoyens le minimum de connaissances en économie nécessaires pour voter intelligemment, en appréciant la pertinence et les implications des propositions électorales. C'est pourtant facile, les exemples [91] et [125] le montrent.
A cette carence culturelle s'ajoute un déficit d'informations sur les événements économiques majeurs qui surviennent en permanence : fluctuations des taux d'intérêt, variations de la parité euro/dollar, du PIB, de l'emploi, de la productivité, de la dette publique, etc.
Voir "Chômage : savoir et agir" http://www.danielmartin.eu/Cours/Lutte-Chomage.htm
et "Chômage des jeunes et CPE : dire enfin toute la vérité !" http://www.danielmartin.eu/Economie/Chomage-Jeunes.htm
Les gouvernements successifs ne parlent guère aux citoyens, sauf en période électorale, pour leur publicité. Du coup, beaucoup de Français ignorent où nos gouvernants mènent le pays ; ils ont l'impression d'une politique sans vision directrice, dans tous les domaines à l'exception de la sécurité de M. Sarkozy. Ils en concluent que les gouvernements successifs ignorent leurs problèmes, et ils votent pour les sanctionner.
Il y a pourtant de grands sujets dont la classe politique devrait parler aux citoyens, comme :
§ La réforme de l'Etat, pour :
· redéfinir le champ d'intervention des services publics ; voir à ce sujet le rapport [124] au gouvernement Jospin (accablant !) ;
· fournir aux citoyens de meilleurs services (respect, simplicité, qualité, délais) ;
· supprimer les services publics inutiles. Exemple : la Banque de France a, dans ses 211 agences, 17.000 agents, c'est-à-dire 6 fois plus que la Banque d'Angleterre, qui a pourtant plus de travail parce qu'elle a une mission de banque centrale, que la Banque de France n'a plus depuis l'adoption de l'euro ; notre Banque de France a 3,5 succursales par million d'habitants contre une moyenne de 1,4 chez nos voisins européens (Source [123]).
· maîtriser les déficits publics reportés d'année en année sur les générations futures, grâce à des critères d'efficience de fonctionnement et un suivi, ainsi qu'une rémunération au mérite des agents ;
· redéfinir les transferts sociaux pour mettre fin aux gaspillages ;
§ La réforme des retraites et de l'assurance maladie, pour en garantir le financement futur.
§ Le service public minimum ou garanti, pour en finir avec les grèves des transports publics où quelques milliers de grévistes prennent en otage des centaines de milliers de voyageurs et des dizaines de milliers d'entreprises qui attendent leurs marchandises, après quoi les contribuables doivent éponger le déficit de la SNCF (250 millions d'euros en 2003).
§ L'avancement des grands chantiers en cours, comme la redéfinition des missions et du fonctionnement de l'Education nationale.
§ La construction de l'Union européenne, trop souvent bloquée par des égoïsmes.
Lorsque le gouvernement Raffarin tente de réformer vraiment des domaines comme les retraites, l'enseignement ou la santé, il n'explique pas assez aux Français ce qu'il veut faire, pourquoi il veut le faire, ce que cela coûtera ou rapportera, etc. Cela se traduit, dans les médias, par une place plus grande allouée aux inévitables protestations de ceux qui défendent l'immobilisme ou leurs privilèges, qu'aux explications nécessaires pour comprendre les enjeux et les propositions officielles. Du coup, au lieu de soutenir des réformes parce qu'ils les comprennent, trop de Français s'en moquent ou les rejettent, parce que les médias leur en donnent une image plus souvent négative (les protestations) que positive (les explications).
Les électeurs ne se donnent pas le mal de s'informer sur la politique et l'économie, ce qui prend environ une heure par jour lorsqu'on le fait bien. La plupart attendent passivement que les médias les informent. Et comme en la matière les médias pratiquent le service minimum...
C'est ce manque d'informations politiques et économiques qui est le principal obstacle au bon fonctionnement de notre démocratie, qui souffre de ce que les électeurs choisissent sans savoir ou se révoltent à mauvais escient.
J'ai donc écrit ce livre pour expliquer et dénoncer le manque d'informations politiques et économiques dont nous sommes tous victimes, nous citoyens des pays dits évolués et riches, et particulièrement nous Français. Et pour proposer des pistes de réflexion.
Droits de l'homme : voir le point de vue "officiel" de La Documentation française : Les droits de l'homme aujourd'hui [119] et Liberté d'opinion et d'expression selon l'ONU : voir [97].
La Convention européenne des droits de l'homme [83] stipule :
"Article 10 - Liberté d'expression
1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la
liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations
ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans
considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre
les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime
d'autorisations."
"2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire."
Selon [22] pages 55-56 :
La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt Lehideux et Isorni du 23/10/1998 précise :
"La liberté d'expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels il n'est pas de société démocratique."
Cet arrêt signifie qu'on n'a pas le droit d'interdire l'expression d'informations ou d'idées du seul fait de leur caractère choquant. C'est la porte ouverte à beaucoup d'horreurs sous prétexte de liberté d'expression ; cela rapproche le droit européen du droit américain : voir Premier amendement de la constitution américaine.
Rappelons d'abord quelques extraits de la Déclaration des Droits de l'Homme [50] :
"Article 4. - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui."
Donc, si la liberté d'expression des journalistes nuit au public par désinformation, elle est contraire aux droits de l'Homme et il faut la limiter. Ce point est important : de nos jours, les citoyens d'une démocratie ont doit à une information de qualité ; c'est là un droit civique.
"Article 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi."
Donc les journalistes peuvent exprimer leurs opinions, quelles qu'elles soient, à condition que ces opinions ne troublent pas l'ordre public établi par la loi. Comme la désinformation est nuisible par ses conséquences, elle peut troubler l'ordre public et nous avons besoin de lois pour l'en empêcher, c'est-à-dire pour limiter le droit des journalistes de couvrir un événement n'importe comment.
"Article 11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi."
Si des lois définissaient le manque d'informations ou la désinformation comme un abus de liberté, les journalistes seraient obligés d'être plus rigoureux dans leur couverture des événements.
On voit qu'il faudrait disposer de lois qui définissent :
§ Le minimum d'informations nécessaires à la vie citoyenne, pour pouvoir le garantir ;
§ La désinformation, pour pouvoir la limiter.
Et, au lieu que les journalistes ne soient responsables devant personne, il faudrait disposer d'un organisme qui surveille leur déontologie, une sorte de CSA non-gouvernemental surpuissant, compétent pour tous les médias.
La liberté d'expression est plus grande aux Etats-Unis que chez nous.
Le Premier amendement de la Constitution américaine [102] stipule, concernant la presse :
"Le législateur ne fera pas de loi … pour réduire la liberté d'expression ou celle de la presse…"
En France, la loi peut limiter la liberté d'expression, aux Etats-Unis non. C'est pourquoi on trouve en Amérique des publications révisionnistes (c'est-à-dire qui nient la réalité du génocide des Juifs), etc. qui sont rigoureusement interdites en France. En France, on peut légiférer sur les sectes, aux Etats-Unis non.
Pour que la démocratie fonctionne bien, toutes les opinions doivent pouvoir s'exprimer, dans les limites citées ci-dessus, pour que le débat éclaire les choix des citoyens. Cela implique la pluralité de ces opinions : nul ne peut détenir la vérité seul, nul ne peut empêcher les autres de s'exprimer, pas même l'Etat.
Ce principe est battu en brèche, en pratique, lorsqu'un parti politique ou un gouvernement monopolise l'accès aux médias : si il peut dominer l'expression à la télévision, dans les journaux, etc., les citoyens ne connaîtront pas les points de vue, les arguments, les propositions de ses adversaires. C'est ce qui se passe en 2003 en Chine, par exemple, ou en Arabie saoudite. La démocratie est alors remplacée par une tyrannie totalitaire.
Selon [8] page 270, Lénine a ouvertement et délibérément réduit la presse en esclavage, au nom de la nécessaire dictature du prolétariat, en écrivant en 1906, avant même d'être au pouvoir :
"Les journaux doivent devenir les organes des différentes organisations du Parti. Les écrivains doivent absolument entrer dans les organisations du Parti. Les maisons d'édition et les dépôts, les magasins et les salles de lecture, les bibliothèques et les diverses librairies doivent relever du Parti. Le prolétariat socialiste organisé doit surveiller toute cette activité, la contrôler à fond."
Cela implique la nationalisation de la presse et la censure préventive. La presse est alors un instrument de propagande et d'agitation ("Agitprop") au service du Parti et une courroie de transmission entre celui-ci et le peuple.
Lorsque, sans monopoliser les médias, un parti peut s'y exprimer plus souvent et plus longtemps que les autres, l'effet publicitaire en sa faveur est important : c'est ce qui s'est passé dans l'Italie de M. Berlusconi.
On admet aujourd'hui, selon [8] page 279 et bien que ce ne soit pas une loi écrite et votée, la définition suivante du droit des citoyens à l'information :
"Le droit à l'information consiste, pour tous les citoyens, à pouvoir accéder à tous les faits de l'actualité, que ceux-ci résident dans les événements eux-mêmes ou dans l'expression de jugements ou d'opinions."
"Il faut donc que ces faits soient présentés de manière intelligible pour chacun, faute de quoi la liberté deviendrait le privilège de quelques-uns."
Le droit des citoyens à l'information implique le droit d'accès aux documents publics : lois et règlements, textes des débats au Parlement, rapports publics, etc. Il est conforme à l'article 15 de la Déclaration des Droits de l'Homme [50] :
"Article 15. - La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration."
Il est aussi conforme à l'article 14 :
"Article 14. - Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée."
C'est pour informer leurs lecteurs en exerçant ces droits que les journaux, par exemple, publient de temps à autre des comptes-rendus de rapports publics, comme ceux de la Cour des comptes. Il faut aussi féliciter les gouvernements récents de la France d'avoir mis à disposition, en accès libre et gratuit, un très grand nombre de documents publics sur les sites Internet [42], [43] et [44].
Après ces félicitations, il faut déplorer que les divers gouvernements de la France aient tous eu la déplorable habitude de parler peu aux Français, en oubliant que le droit des citoyens à l'information exige d'eux une attitude active.
§ Le Chef de l'Etat devrait venir au moins deux fois par trimestre expliquer à ses concitoyens où il mène le pays. Il faut qu'il fasse davantage de discours comme [86] (06/01/2004 : Loi de mobilisation pour l'emploi).
§ Les membres du gouvernement devraient venir expliquer la politique de leur ministère assez souvent pour que les Français aient une chance de la comprendre. Et ils devraient le faire en commençant par un discours d'une demie heure ou plus, sans interruption de journaliste, pour avoir le temps de développer leurs explications.
§ Enfin, l'opposition aurait automatiquement un droit de réponse après chacune de ces interventions, pour que le débat soit démocratique.
En ne parlant pas assez aux Français, sinon pour dénigrer des opposants, nos politiciens se coupent d'eux ; M. François Bayrou le dit très bien dans [57].
Divine surprise début novembre 2004 : j'ai découvert le livre de M. Nicolas Sarkozy [145]. Voilà des années que je n'avais pas lu un livre de cette qualité écrit par un politicien français. M. Sarkozy aborde un sujet qui fait débat, la République et l'Etat, sans hésiter à présenter une analyse et des propositions personnelles. Il s'exprime clairement, sans langue de bois.
Il faudrait des dizaines d'ouvrages de cette qualité pour que les Français comprennent les problèmes du moment, en économie et en politique. Il faudrait surtout qu'on en aborde le contenu à la télévision, pour atteindre les citoyens qui ne lisent pas de livres sérieux.
Selon [8] page 275, les Américains considèrent que le jeu de la libre concurrence ne permet pas, à lui seul, de garantir la liberté d'expression nécessaire à la démocratie. Des phénomènes de concentration des médias, d'influence des annonceurs, de conflits d'intérêts entre propriétaires des médias et liberté des journalistes, peuvent empêcher certaines opinions de s'exprimer, ou amplifier l'audience d'autres opinions. Ils estiment donc que les médias ont une responsabilité sociale d'informer correctement le public.
Par cette prise de position sur le rôle des médias, les Américains vont plus loin que nous dans la méfiance vis-à-vis de l'économie de marché et le besoin d'un service public d'information. C'est pourquoi, en plus des grandes chaînes privées de télévision ABC, CBS et NBC et, pour l'information, CNN et FOX, ils ont des centaines de stations privées non-commerciales constituant l'ensemble PBS (Public Broadcasting Service). Selon [58], ces stations vivent de subventions publiques (environ 36% du budget), de dons divers et de contributions des universités, et leur personnel comprend beaucoup de bénévoles.
Notons que cette responsabilité sociale consiste le plus souvent à dire la vérité, toute la vérité aux citoyens. Le plus souvent, mais pas toujours : il y a des circonstances où l'éthique et la simple morale exigent que l'on n'aborde pas certains sujets, où qu'on le fasse avec retenue. Si le Premier amendement de la Constitution empêche la loi de restreindre la liberté d'expression, aucun texte n'empêche l'autolimitation.
En France, la radio et la télévision de service public sont chargées d'informer le public sans trop se soucier de contraintes commerciales. Elles le font, mais avec les contraintes dues à leur appartenance à l'Etat, qui limite leur indépendance, et aux lois, qui encadrent ce qu'elles peuvent diffuser et la manière de le faire.
Selon [8] pages 305 et 306 :
§ Les autorités investies du pouvoir de police, maires et préfets, peuvent prendre des mesures qui limitent la liberté de la presse au nom du "maintien" ou du "rétablissement" de "l'ordre public". Ces mesures peuvent aller jusqu'à la saisie administrative d'une publication. Mais la jurisprudence impose des conditions très strictes au pouvoir de saisie : la menace à l'ordre public doit être grave et urgente, sinon il y a voie de fait.
§ Il existe un "délit de fausse nouvelle". Mais il n'est constitué que si celle-ci est susceptible de troubler la paix publique (décret-loi du 03/10/1935) ou si elle est de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées, ou à entraver l'effort de guerre de la nation (ordonnance du 06/05/1944).
On voit donc que les journalistes ont toute latitude pour diffuser des fausses nouvelles, si celles-ci ne peuvent déclencher une émeute !
§ La libre communication des pensées et des opinions exclut les opinions anarchistes (loi du 28/07/1894).
Si ce point de droit était appliqué de manière stricte, certains groupuscules français ne pourraient plus rien publier... Rappelons-nous aussi que M. Le Pen a été poursuivi pour certains de ses propos.
Pour comprendre cette loi, nous avons besoin de comprendre le sens précis de quelques termes. Voici les définitions nécessaires. Au sens de la loi Léotard sur la liberté de communication [63], mise à jour en l'an 2000 :
§ Les termes "télécommunication" et "communication audiovisuelle" sont définis comme suit à l'article 2 :
"On entend par télécommunication toute transmission, émission ou réception de signes, de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de renseignements de toute nature, par fil, optique, radio-électricité ou autres systèmes électromagnétiques."
"On entend par communication audiovisuelle toute mise à disposition du public ou de catégories de public, par un procédé de télécommunication, de signes, de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de messages de toute nature qui n'ont pas le caractère d'une correspondance privée."
§ L'expression "distributeur de services" est définie comme suit à l'article 2-1 :
"Pour l'application de la présente loi, les mots : distributeur de services désignent toute personne qui établit avec des éditeurs de services des relations contractuelles en vue de constituer une offre de services de communication audiovisuelle mise à disposition auprès du public par voie hertzienne terrestre, par câble ou par satellite. Est également regardée comme distributeur de services toute personne qui constitue une telle offre en établissant des relations contractuelles avec d'autres distributeurs."
Pour Internet et en l'absence d'autres textes, cette loi implique que :
§ L'accès à des textes, images, sons et vidéos stockés sur un serveur Internet est de la télécommunication, car cet accès passe par un réseau (téléphonique, câble, etc.) ;
§ La mise à disposition du public des données d'un serveur Internet constitue une communication audiovisuelle, soumise donc aux dispositions de la loi Léotard ;
§ Un fournisseur d'accès à Internet (comme Wanadoo, AOL...) est un distributeur de services soumis à la loi Léotard, lorsqu'il vend un accès par radio, câble ou satellite au serveur Internet d'un éditeur de services avec qui il a un contrat.
Loi française, la loi Léotard ne peut s'appliquer à l'étranger. Les éditeurs de services Internet situés hors de France n'y sont pas soumis. Tant qu'un fournisseur français d'accès à Internet permet l'accès à leurs services sans avoir de contrat avec eux, il n'est pas un distributeur de services soumis à la loi Léotard.
On voit sur cet exemple un problème posé par le caractère mondial du réseau Internet : certains services, certaines données peuvent être accessibles en France sans restriction légale. Lorsqu'on essaie de faire filtrer les accès à des serveurs étrangers par des fournisseurs d'accès français, pour limiter les données accessibles à des Français, on se heurte à d'immenses problèmes techniques, non résolus pour le moment. C'est ainsi que la Chine, qui essaie d'empêcher sa centaine de millions d'internautes d'accéder à des informations que les médias muselés du pays ne peuvent diffuser, rencontre de grosses difficultés pour filtrer ces accès et emploie à cet effet des milliers de censeurs.
Cet état de choses permet l'expression d'opinions politiques qu'on ne pourrait diffuser à partir de la France, la diffusion à l'étranger pour réception en France d'informations interdites, etc. Exemples d'informations ou services interdits en France qui peuvent être accessibles à des Français sur un serveur Internet étranger :
§ Des textes ou images pédophiles, racistes ou révisionnistes ;
§ Des textes diffamatoires ;
§ Des publicités ou des offres d'achat pour des produits interdits ;
§ Des secrets militaires ou industriels intéressant la défense nationale : comment fabriquer des armes bactériologiques, chimiques ou nucléaires, etc. ;
§ Des incitations au terrorisme ;
§ Des résultats de sondages d'opinion effectués en France hors des périodes autorisées, etc.
Comme de plus en plus de gens ont accès à Internet, comme cet accès est de plus en plus souvent à haut débit, il sera de plus en plus difficile d'empêcher la diffusion d'informations incontrôlées par toutes sortes de médias basés sur Internet : télévision, radio, textes, photos et, bien entendu, messages. Même si les démocraties qui ont des valeurs morales semblables adoptaient des mesures communes pour filtrer les communications indésirables - ce qui n'est pas près d'arriver - il serait très difficile d'empêcher les autres pays de diffuser des messages immoraux ou antidémocratiques. On n'a même pas réussi, aujourd'hui, à bloquer les transferts électroniques de fonds entre banques vers ou depuis les paradis fiscaux...
Le décret [62], applicable aux éditeurs de services de télévision, contient les textes ci-dessous (en italiques) que j'ai commentés en caractères droits :
"Article 3 : La publicité doit être conforme aux exigences de véracité, de décence et de respect de la dignité de la personne humaine. Elle ne peut porter atteinte au crédit de l'Etat."
Un journaliste doit donc veiller à ce que tout message qu'il diffuse, s'il critique l'Etat, ne puisse être considéré comme une publicité pour un livre ou un magazine ! Ce genre de limitation de la liberté des médias scandaliserait un Américain, puisqu'il empêche de faire connaître des critiques de l'Etat.
"Article 5 : La publicité ne doit contenir aucun élément de nature à choquer les convictions religieuses, philosophiques ou politiques des téléspectateurs."
Un journaliste doit aussi veiller à ne pas faire la publicité d'un texte ou film pouvant choquer des convictions religieuses, philosophiques ou politiques. Il y a là une discrimination à l'égard de certaines informations qui peut handicaper l'expression démocratique. Il faut savoir qu'il suffit qu'un titre constituant la "une" (page de couverture d'un magazine ou premier titre que l'on voit en ouvrant un journal) soit une publicité ; à la une, un sujet comme "le voile islamique" est donc illégal.
La publicité politique est donc interdite à la télévision, première source de formation d'opinion des citoyens, sous prétexte d'égalité des possibilités d'expression des partis ou candidats, qui ne disposent pas des mêmes moyens financiers. Pourtant, cette égalité est battue en brèche par plusieurs règles qui tiennent compte des résultats électoraux, comme le financement des partis ou candidats aux élections et l'attribution des temps d'antenne. Cette interdiction entraîne un déficit d'information des citoyens et une inégalité des temps de parole des divers courants d'opinion.
Les missions des médias du service public prennent en compte les contraintes législatives et le droit des citoyens à l'information. On distingue trois types de missions : informer, distraire et promouvoir la culture française. Elles sont bien résumées dans le cahier des charges de France 2 [59], dont les cahiers des charges des autres chaînes de télévision et de radio sont assez proches. En voici des extraits, en italiques, commentés en caractères droits.
"Les sociétés nationales de programme de télévision poursuivent, dans l'intérêt général, des missions de service public."
L'Etat reconnaît donc le droit du public à l'information, c'est-à-dire le besoin d'un service public. Selon [56], pendant les campagnes électorales de 2002, France 2 et France 3 ont diffusé 77% du volume des émissions consacrées par l'ensemble des chaînes françaises à l'élection présidentielle, c'est-à-dire quatre fois plus que TF1 et M6 réunies.
"L'attention qu'elles portent à leur audience exprime plus une exigence vis-à-vis du public qu'une volonté de performance commerciale."
En tant qu'exigence, c'est-à-dire intention, celle-ci est louable. Mais la réalité est différente, comme le prouve le rapport Missika [66], dont voici un extrait :
«Quand le Parlement vote le budget de la chaîne [France 2], il indique implicitement un objectif de part d'audience en prenant acte du niveau des ressources publicitaires prévisionnelles. Dans l'implicite le plus absolu, cet objectif contraint France 2 à une concurrence directe avec TF1. Mais parce que cela reste dans le non-dit, il sera toujours possible de reprocher à France 2 ses "dérives", d'être "à la remorque de TF1", d'être devenue une "télévision commerciale d'Etat" et de parler doctement de sa crise d'identité ou de sa schizophrénie. Il n'en reste pas moins que, budgétairement, la chaîne est sommée de concurrencer frontalement TF1 tandis que, idéologiquement, elle est sommée de marquer sa différence dans ses programmes comme dans sa programmation. Une télévision qui serait à la fois concurrentielle et complémentaire, c'est un couteau sans lame auquel il manque le manche.»
Suite des extraits du cahier des charges de France 2 :
"Elles [c'est-à-dire les sociétés nationales de programme de télévision] concourent au développement et à la diffusion de la création intellectuelle et artistique et des connaissances civiques, économiques, sociales, scientifiques et techniques."
Le service public de télévision a donc bien mission d'informer le public en matière d'économie et de politique. S'il ne le fait pas assez, il manque à son devoir, parce qu'il manque de volonté de contribuer au bon fonctionnement de la démocratie et parce que nul ne contrôle son respect de ce point particulier.
"Les sociétés nationales de programme ont vocation à constituer la référence en matière d'éthique, de qualité et d'imagination. Elles conservent à ce titre le souci d'éviter toute vulgarité."
"Dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations du Conseil supérieur de l’audiovisuel, la société assure l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion."
"La société s'interdit de recourir à des procédés susceptibles de nuire à la bonne information du téléspectateur."
"[La société]... s'interdit toute présentation partiale des faits."
Toutes ces intentions sont louables. En agissant ainsi, les médias français diffuseraient bien une information conforme aux critères de qualité. Mais, comme le montrent plusieurs exemples dans cet ouvrage, l'objectivité, l'impartialité et la complétude des informations qu'ils diffusent laisse parfois à désirer. C'est pourquoi il faut mettre en place un mécanisme de contrôle de la qualité des informations politiques et économiques diffusées plus strict que celui du CSA d'aujourd'hui. Et cet organisme devrait pouvoir faire respecter les mêmes critères de qualité par les autres médias : chaînes privées, journaux et magazines. Seul Internet, par sa nature même, ne peut être encadré.
"Article 9 : Sous réserve des dispositions des articles 10 à 15 du présent cahier des missions et des charges, il est interdit à la société de diffuser des émissions ou des messages publicitaires produits par ou pour des partis politiques, des organisations syndicales ou professionnelles, ou des familles de pensée politiques, philosophiques ou religieuses, qu'ils donnent lieu ou non à des paiements au profit de la société."
La méfiance à l'égard de la publicité est, ici, contestable. La publicité ne sert pas systématiquement à tromper son auditoire, elle sert aussi et surtout à l'informer. Lorsque les temps d'antenne sont insuffisants pour présenter aux citoyens des programmes et des candidats, il n'y a pas d'autre moyen que la publicité pour le faire.
Il faut alors s'assurer que l'auditoire est averti du caractère publicitaire de l'émission, pour qu'il conserve son esprit critique. Il faut aussi prendre position sur le problème posé par la différence de moyens financiers entre des partis et candidats riches et d'autres qui le sont moins : faut-il limiter les temps ou les budgets publicitaires ? Faut-il subventionner ?
"Article 10 : La société assure à tout moment la réalisation et la programmation des déclarations et des communications du gouvernement, sans limitation de durée et à titre gratuit."
"Elle met en œuvre le droit de réplique suivant les modalités fixées par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel."
Voilà qui permet au gouvernement d'expliquer sa politique et de compléter l'information des citoyens lorsque les médias n'ont pas assez couvert un sujet. Il dispose même d'un temps d'antenne illimité pour cela, privilège dont son opposition ne jouit pas. Mais hélas, les gouvernements successifs de la France ont pris la mauvaise habitude de trop peu parler aux citoyens, de trop peu rendre compte de ce qu'ils font et des difficultés du pays.
Cet article permet aussi de compenser, par le canal des chaînes du service public, les omissions d'information des chaînes privées, bien plus soucieuses de leurs profits que des informations politiques et économiques.
"Article 14 : En complémentarité avec la société France 3, la société [France 2] diffuse des émissions régulières consacrées à l'expression directe des organisations syndicales et professionnelles représentatives à l'échelle nationale, dans le respect des modalités définies par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel."
Cet article permet l'expression des syndicats de salariés et de patrons, nécessaire en démocratie. Mais quand est-il appliqué ? Je n'ai pas remarqué d'émission organisée pour cette expression.
Il y a un autre problème : en France, l'ensemble des syndicats de salariés ne représente que 8% de ceux-ci ; en outre, les salariés syndiqués sont, dans leur grande majorité des fonctionnaires ; la représentativité des syndicats de salariés est donc très faible.
La loi Léotard sur la liberté de communication [63] définit le rôle principal du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) par la phrase suivante de son article 13 :
"Le Conseil supérieur de l'audiovisuel assure le respect de l'expression pluraliste des courants de pensée et d'opinion dans les programmes des services de radiodiffusion sonore et de télévision, en particulier pour les émissions d'information politique et générale."
Un exemple d'action du CSA pour faire respecter l'équilibre des temps de parole entre la majorité et l'opposition est cité par [8] page 418 :
"Le CSA a engagé une procédure contre France 2 et France 3 au vu des déséquilibres constatés dans les temps de parole impartis aux personnalités politiques au cours du 1er semestre 1994, les chaînes ayant favorisé le gouvernement. Une procédure a été simultanément engagée, pour les mêmes motifs, contre TF1."
"Le CSA ayant constaté un «rééquilibrage» des temps de parole entre gouvernement, majorité et opposition, au second semestre de 1994, a décidé de clore la procédure et de ne pas sanctionner les trois chaînes. D'autres procédures ont néanmoins été engagées contre France 2 et France 3 en 1994 et 1995 pour des cas de publicité clandestine."
Le CSA veille donc à une certaine impartialité, mais il n'est pas chargé de veiller au respect de certaines autres qualités des informations diffusées, pourtant importantes, comme l'objectivité et la complétude. Nous ferons des propositions en ce sens plus loin.
Comme nous l'avons vu ci-dessus, la démocratie ne peut fonctionner correctement si les médias informent mal les citoyens. Voici des exemples de cas où des journaux ont attiré l'attention du public sur des problèmes de la société, obligeant ainsi un gouvernement à réagir pour ne pas perdre des voix aux prochaines élections.
§ (The New York Times 19/10/2003) : State Dept. Study Foresaw Trouble Now Plaguing Iraq. Le New York Times a révélé que 10 mois de travaux préparatoires menés par le Département d'état (ministère américain des affaires étrangères), pour un coût de 5 millions de dollars, ont été tenus pour quantité négligeable par le Pentagone dans sa planification de l'après-guerre d'Irak. Plus de 200 experts irakiens - juristes, ingénieurs, hommes d'affaires en exil - avaient participé à 17 groupes de travail sur des sujets aussi variés que la réforme de la justice, les institutions de défense, le redressement de l'économie et des infrastructures, la libéralisation des médias, la démocratisation, la lutte contre la corruption, le rétablissement de la société civile, etc. Le document résultant, Projet pour l'avenir de l'Irak, riche de 2000 pages de recommandations réparties en 13 volumes, a pratiquement atterri à la poubelle lorsque les militaires ont été préférés aux diplomates pour gérer l'après-guerre.
Parmi les conseils avisés contenus dans ce rapport et qui n'ont pas été suivis, celui de se prémunir contre «le risque de pillage immédiatement après le changement de régime, en particulier sur des infrastructures vitales et des installations gouvernementales clés». Ou celui de démanteler l'armée irakienne «sans trouver un emploi aux troupes démobilisées», qui pourraient se retourner contre les forces d'occupation.
On voit ici comment un journal peut faire éclater un scandale contre un gouvernement qui a mal agi.
§
(Le Figaro du 23/10/2003 page 6) : La
BBC dénonce le racisme dans la police :
la chaîne BBC1 a diffusé le 21/10/2003 au soir un document filmé secrètement, The
Secret Policeman, qui illustrait le racisme de plusieurs policiers de la
Greater Manchester Police. L'auteur du reportage, Mark Daly, en accord avec la
BBC, s'était engagé dans la police en janvier 2003 pour filmer en secret le
comportement de ses agents sur le terrain. Il avait suivi les cours de l'école
de police de Warrington (Cheshire), puis avait travaillé comme policier de
terrain pendant 7 mois. Le reportage incriminait, preuves filmées à l'appui, le
comportement raciste de certains policiers.
On voit ici comment un journaliste peut se donner du mal pour obtenir des informations destinées à révéler un scandale à l'opinion publique, pour que le gouvernement y mette un terme.
§ (Newsweek du 13/10/2003 page 19) : Entre 1995 et 2005, le Japon aura dépensé environ 6200 milliards de dollars en travaux publics, c'est-à-dire 3 à 4 fois plus que les USA, pays pourtant 20 fois plus étendu et plus de 2 fois plus peuplé. Par clientélisme, le parti au pouvoir, responsable de cet immense gaspillage, a ainsi favorisé son électorat, qui profite de ce travail artificiel (autoroutes et ponts ne menant nulle part, etc.) au détriment du reste du pays. Les Japonais étant des gens très instruits qui s'informent beaucoup, ce scandale aurait été impossible si les médias l'avaient dénoncé. Faute d'une telle dénonciation, le parti démocratiquement élu a pu poursuivre, pendant de longues années, une politique clientéliste, bénéfique à son électorat mais ruineuse pour le pays.
(Source : le texte de cette section sur l'Italie est proche des articles [31]).
A propos de M. Silvio Berlusconi
En Italie, M. Silvio Berlusconi possède :
§ 3 réseaux télévisés : Canale 5, Rete Quattro, Italia Uno, qui représentent 50% de l’audience ;
§ Videotime, qui réalise les émissions ;
§ Elettronica Industriale, qui les diffuse ;
§ Publitalia, qui rec