Pétrole aux USA : gaspillage et pollution

Mise à jour : 24/08/2005

1.                    La consommation d'énergie aux Etats-Unis

1.1                 Pétrole

En 2005, un peu moins de 300 millions d'Américains (4.6 % de la population mondiale selon [4]) consomment 25 % du pétrole mondial. Bien que datant de 2001, le graphique ci-dessous, issu de [1], illustre de manière saisissante cette différence :

 

 

Consommation de pétrole par habitant et par jour en 2001

 

 

 

L'étude officielle [2] fournit quelques détails sur cette consommation :

§           Le volume net de pétrole importé aux Etats-Unis en 2004 est de 11.8 millions de barils/jour, dont 2.4 venant du Golfe  (1 baril = 159 litres) ;

§           Au prix moyen estimé de $50/baril, ces importations de pétrole coûtent 590 millions de dollars/jour, c'est-à-dire 215 milliards de dollars par an. Le graphique ci-dessous, issu de [9] page 2, montre la relative stabilité du prix du pétrole sauf pendant le 2ème choc pétrolier et depuis 2002 (il a même dépassé plusieurs fois $60 en 2005 et on ne prévoit pas que la forte demande des pays d'Asie baisse suffisamment pour qu'il redescende de manière significative dans les prochaines années) :

 

 

Prix par baril trimestriel du pétrole de qualité Brent en dollars 2000
après déduction de l'indice américain des prix à la consommation

 

§           Le graphique ci-dessous montre la croissance ininterrompue de la consommation totale de pétrole des Etats-Unis, croissance toutefois bien moins rapide que celle du PIB et des emplois.

 

 

 

 

§           La consommation de pétrole des Etats-Unis est de 20.4 millions de barils/jour, dont 58 % sont importés ; à eux seuls, les Etats-Unis consomment près du quart de la production mondiale de pétrole de 83 millions de barils/jour en 2004 d'après [3] ;

1.2                 Autres énergies

§           Le pétrole représente 40 % de l'énergie totale consommée aux Etats-Unis, le gaz naturel 24 % et le charbon 23 %, le reste (13 %) étant de l'électricité hydraulique ou nucléaire (les autres énergies - éolienne, géothermale, solaire, etc. ne représentent que 2 % de l'électricité, c'est-à-dire à peu près rien).

§           La production américaine d'électricité a été de 3 848 milliards de KWH en 2003. En comparaison, en 2002 la France a produit 528.6 milliards de KWH, dont elle a exporté 80 milliards de KWH. La France a donc produit 7 fois moins d'électricité que les Etats-Unis pour une population 5 fois moindre, et elle en a exporté 15 %.

§           La consommation américaine de gaz naturel a été de 623 milliards de m3 en 2004, contre 42 milliards de m3 en France (15 fois moins !).

§           Les Etats-Unis sont le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (6 millions de tonnes/jour en 2005, 20 % de plus qu'en 1990).

1.3                 La consommation des voitures particulières

Source : [5].

L'Agence internationale de l'énergie a fourni en 2000 la table comparative ci-dessous pour la consommation des divers types de voitures en litres/100 km :

 

 

 

Meilleure voiture diesel

Meilleure voiture essence

Pire voiture

Très petite

4.4

5.8

9.6

Petite

5

7

11.1

Moyenne

5.2

7.4

12.1

Grande

6.6

8.8

13.6

4 x 4

7.8

8.6

16.6

Consommation de divers types de voitures particulières en litres/100 km

 

 

 

40 % de la consommation de pétrole des Etats-Unis est due aux voitures particulières et camions, ce qui montre à quel point des normes de consommation plus économiques des véhicules sont importantes ; mais hélas, on les attend toujours ! En moyenne, aux Etats-Unis une voiture particulière ou 4x4 modèle 2004 consomme 11.3 litres/100 km, alors qu'à la fin des années 1980 elle consommait 10.6 litres/100 km ; en même temps, le poids moyen d'une voiture est passé de 1450 kg à 1800 kg et la puissance moyenne du moteur a doublé, faisant gagner 4 secondes au temps nécessaire pour passer de 0 à 100 km/h : il est clair que les fabricants n'ont pas privilégié l'économie de carburant. [8]

 

Aux Etats-Unis, jusqu'en 2004, les 4 x 4 et petits camions de consommation comparable représentaient plus de 50 % des ventes, certains pesant plus de 2.5 tonnes : le gaspillage d'essence est donc considérable, d'autant plus que les transports en commun sont relativement moins développés aux Etats-Unis qu'en Europe ou au Japon.

 

La table ci-dessous, issue du même document [5], compare les émissions de CO2 des voitures particulières par unité de PIB pour divers pays, pour évaluer leur aptitude à se déplacer sans polluer l'atmosphère tout en générant de la richesse :

 

 

 

Emissions de carbone des
voitures particulières par
unité de PIB

USA

50-75

Canada

60-70

Australie

42-48

Royaume-Uni

25-30

Suède

22-28

Allemagne

20-25

Pays-Bas

16-21

France

16-20

Italie

14-20

Danemark

7-10

 

 

 

On voit que les trois premiers pays de cette liste gaspillent énormément.

2.                    Les coûts indirects de cette surconsommation

L'économie américaine est très robuste, mais le pays est considérablement fragilisé par sa dépendance à l'égard du pétrole importé, et par contrecoup l'Union européenne aussi :

§           Bien que les importations américaines proviennent de nombreux pays, une grande partie provient de pays ou régions politiquement instables : Moyen Orient (Arabie Saoudite, Koweït...), Venezuela, Nigeria, etc. Si un de ces pays cesse, même provisoirement, d'exporter son pétrole, les prix qui flambent immédiatement handicapent terriblement l'économie américaine. Une pénurie de longue durée mettrait carrément cette économie en péril, en arrêtant ou en rationnant de nombreux secteurs d'activité parce qu'ils dépendent des transports.

Pour garantir la stabilité politique des pays producteurs, les Etats-Unis et les autres pays libres doivent faire de gros efforts financiers (aides diverses) et entretenir un peu partout des bases et des contingents militaires. Il faut aussi assurer la sécurité des transports maritimes et par oléoduc. Il faut, enfin, consentir des efforts diplomatiques et une promotion mondiale de la démocratie comprenant des concessions à des régimes peu recommandables comme celui de la Russie.

§           Une partie de l'argent du pétrole de l'Arabie Saoudite et de l'Iran alimente des terroristes, quelle que soit la politique de leurs gouvernements. Et dans tout l'avenir prévisible les prix élevés du pétrole garantiront à ces pays et à leurs hommes riches d'énormes masses d'argent. Or les coût de la guerre d'Irak (1 à 2 milliards de dollars par jour !) et du 11 septembre ont montré que le combat antiterroriste coûte extrêmement cher. Donc la surconsommation de pétrole se traduit aussi par un surcoût de la défense contre le terrorisme.

§           Avec leur développement rapide, la Chine et l'Inde concurrenceront de plus en plus les pays occidentaux pour l'accès au pétrole, dont elles sont encore plus dépendantes. Non seulement cela fera monter les prix, mais cela permettra aux pays producteurs d'exercer sur les pays consommateurs toutes sortes de chantages financiers ou politiques.

 

On voit à quel point il est important de réduire la consommation de pétrole, bien plus important que d'augmenter les budgets militaires ou d'aide aux pays susceptibles de basculer dans le terrorisme ou d'abriter des terroristes.

3.                    Les mesures prises et possibles

3.1                 La politique antipollution des Etats-Unis

Le Président Bush a lancé un programme de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 18 % par rapport au PIB entre 2002 et 2012. C'est mieux que rien, mais comme le PIB croît en moyenne de 3 % par an en ce moment, en 10 ans il aura augmenté de 34 % et la réduction de 18 % prévue aura pour résultat une augmentation des émissions de 16 %!

 

Il est donc clair que, pour M. Bush, la pollution de la planète passe après l'économie ; c'est pourquoi il a refusé de signer le protocole de Kyoto de décembre 1997, qui engage les pays industrialisés à réduire globalement d'ici à 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 % par rapport à 1990.

 

Heureusement, en 2003 15 états américains avaient voté de leur côté des lois de développement des énergies renouvelables et/ou de réduction des émissions polluantes.

3.2                 L'influence du prix du carburant

Selon [5] lorsqu'on augmente le prix du carburant dans un pays, on assiste au bout de quelques années à une réduction du nombre de voitures vendues, de leur consommation standard, de la distance moyenne parcourue annuellement par les automobilistes, des ventes de carburant et des transports de personnes en voiture.

 

Ces diverses réductions, appelées élasticités [6] par les économistes, sont décrites par le tableau ci-dessous, estimé pour une augmentation de 10 % du prix du carburant :

 

 

Effet de 10 % de hausse
du prix du carburant sur :

Pourcentage
de baisse

Les ventes de voitures

1 %

La consommation standard

4 %

Le parcours annuel en km

2 %

Les ventes de carburant

7 %

Les transports de personnes
en voiture

3 %

 

 

 

Il est donc clair qu'une hausse des prix des carburants a un effet sur la pollution et les importations de pétrole.

 

[5] fait aussi l'éloge de la politique chinoise de l'énergie, consistant à ne plus subventionner les combustibles fossiles, pour que ceux-ci coûtant cher les consommateurs soient incités à faire des économies d'énergie. C'est ainsi que les prix de l'énergie payés par les aciéries ont ainsi été multipliés par 3 entre 1986 et 1995. Celles-ci ont adapté leurs méthodes de travail, économisant ainsi 15 millions de tonnes d'équivalent pétrole valant 3.87 milliards de yuans (468 millions de dollars).

Le coût du carburant n'intervient pas assez dans les coûts industriels

Dans l'industrie d'un pays riche, l'énergie n'intervient en moyenne que pour 3 à 8 % des prix de revient, et tout au plus pour 10 à 14 % dans les industries gourmandes en énergie comme la pâte à papier. L'avantage est que l'industrie résiste assez bien aux chocs pétroliers, l'inconvénient est qu'elle n'est guère incitée à faire des économies.

 

Il faut donc que des mesures réglementaires remplacent les contraintes de coût. C'est le cas depuis l'adoption dans l'Union européenne comme aux Etats-Unis des contraintes par « permis de polluer » échangeables et vendables [7]. Il faut espérer que cette approche permettra progressivement des réductions substantielles des consommations d'énergie et de pollution thermique.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Références

[1]   Ministère de l'énergie des Etats-Unis "World Oil Demand per Capita by Region, 2001" texte téléchargé le 22/07/2005 de http://www.eia.doe.gov/pub/oil_gas/petroleum/analysis_publications/oil_market_basics/Dem_image_Cons_per_cap.htm#Consumption of Oil Per Capita

 

[2]   Ministère de l'énergie des Etats-Unis - "Country Analysis Briefs - USA" texte téléchargé le 22/07/2005 de http://www.eia.doe.gov/emeu/cabs/usa.html. On y trouve les renseignements suivants :

 

[3]   Ministère de l'énergie des Etats-Unis - "World Oil Supply 1970-2004" table Excel téléchargée le 22/07/2005 de http://www.eia.doe.gov/emeu/ipsr/t44.xls

 

[4]   CIA World Factbook pages téléchargées le 22/07/2005 http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/us.html#People  et

http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/xx.html#People

En juillet 2005, la population des Etats-Unis est estimée à 295.7 millions d'habitants et celle du monde à 6.446 milliards d'habitants.

 

[5]   Conseil mondial de l'énergie - "Energy Efficiency Policies and Indicators 2005"

§           Fiscal Measures on Cars and Motor Fuels: http://www.worldenergy.org/wec-geis/publications/reports/eepi/policy_evaluation/fiscal.asp

§           Energy pricing: http://www.worldenergy.org/wec-geis/publications/reports/eepi/policy_evaluation/pricing.asp

 

[6]   Définition : on appelle élasticité eL d'une fonction économique P à un de ses facteurs (c'est-à-dire paramètres) L la variation relative DP/P de la production résultant d'une variation relative DL/L du facteur L :

 

eL = (DP/P) / (DL/L)

 

[7]   L'Expansion du 06/01/2005 « Lancement d'une bourse européenne sur les "permis de polluer" »

 

"La France instaure un permis de polluer pour lutter contre le réchauffement climatique" texte téléchargé le 22/07/2005 de http://www.afgaz.fr/doc/permis-pollue.pdf

 

[8]   The New York Times du 28/07/2005 citant le dernier rapport officiel de l'Agence américaine de protection de l'environnement E.P.A.

 

[9]   "Perspectives économiques de l’OCDE n° 76", texte téléchargé le 15/01/2005 de http://www.oecd.org/dataoecd/39/59/34087712.pdf

Lors du premier choc pétrolier, d'octobre à décembre 1973, le prix du baril de pétrole est passé de $3 à $10. Lors du deuxième choc pétrolier, il est passé de $13 en 1978 à $30 en 1980.

 

 

 

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