Au service de la France ou des amis politiques ?

Ce texte illustre par un exemple un travers de certains politiciens :
travailler pour leurs amis politiques au détriment de la France.
Il illustre aussi un défaut des médias : la non-dénonciation de tels actes.

 

Dans Le Figaro économie des 27 et 28/11/2004 page 1, on trouve l'article "L'INSEE relance le débat sur les prix". Cet article commence par la phrase :

"Alors que Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin s'opposent sur les conséquences d'une baisse des prix dans la grande distribution, l'INSEE a relancé hier le débat sur le bien-fondé du bras de fer en perspective entre le premier ministre et le futur président de l"UMP."

 

Il faut savoir que M. Nicolas Sarkozy a proposé de réformer la loi Galland, qui empêche les patrons de magasins de la grande distribution de se faire concurrence sur les prix, en baissant ceux-ci pour battre leurs concurrents au-delà d'une certaine limite fixée par la loi.

 

Or les commerçants tournent systématiquement cette loi avec un système de tickets accordant des remises ou d'autres avantages à leurs clients. Cette loi est donc inefficace et absurde, parce qu'elle empêche les clients d'acheter aussi bon marché que le permettrait une vraie concurrence. C'est pourquoi M. Nicolas Sarkozy voulait la réformer.

 

Cette loi n'est qu'un des moyens utilisés par l'Etat pour limiter la concurrence. Il y a aussi des textes qui empêchent de créer des hypermarchés ou limitent leur surface, sous prétexte de protéger le petit commerce. Mais ces textes, qui empêchent eux aussi les consommateurs de bénéficier des prix les plus bas possibles, n'empêchent pas les petits commerces de disparaître lorsqu'ils n'apportent pas aux consommateurs des avantages suffisants par rapport aux grandes surfaces, en matière de proximité, qualité de l'accueil et service personnalisé, avantages qui justifient alors des prix plus élevés.

 

Un peu plus loin dans l'article, on lit :

"Christian Jacob, le ministre délégué au Commerce et aux PME, proche de l'Elysée, s'est dit totalement opposé au projet défendu par Nicolas Sarkozy. Il assure qu'une telle réforme risque d'entraîner une guerre des prix lourde de conséquences pour l'emploi."

 

M. Jacob, travaillant sous la responsabilité de M. Raffarin et dans le sens voulu par le président Chirac, ses amis politiques, redoute qu'une guerre des prix entre magasins de la grande distribution n'entraîne ceux-ci à licencier du personnel pour comprimer leurs coûts. Il refuse donc aux consommateurs de bénéficier de baisses de prix, pour conserver des emplois dont la grande distribution pourrait se passer.

        En effet, en cas de guerre des prix, les magasins actuels se trouveraient obligés de travailler comme ceux de « hard discount », qui parviennent à des prix plus bas en réduisant le choix et les frais de personnel.

 

Il faut remarquer que des licenciements éventuels dans la grande distribution, comme il y en a eu en Hollande suite à une guerre des prix, pourraient supprimer en France plusieurs dizaines de milliers d'emplois.

        Mais cette suppression d'emplois se ferait sans réduction de l'activité économique, les consommateurs disposant toujours des mêmes revenus pour satisfaire les mêmes besoins : s'ils achètent moins cher certains produits, ils en achèteront plus ou achèteront aussi d'autres produits ; mais l'activité économique, donc le nombre total d'emplois restera inchangé.

 

Cela signifie que le personnel licencié de la grande distribution lors d'une guerre des prix devra trouver du travail ailleurs, un travail qui existe puisque les économies réalisées par les consommateurs ont entraîné un accroissement des volumes de marchandises achetées, marchandises qu'il faudra bien produire et vendre.

 

Une première conclusion s'impose donc : priver les consommateurs de prix plus bas revient à leur faire subventionner des emplois dont on peut se passer, au détriment de leur niveau de vie. C'est donc une politique contraire à l'intérêt des Français.

 

Pourquoi, alors, MM. Jacob, Raffarin et Chirac sont-ils contre la proposition de M. Sarkozy de réformer la loi Galland ? Pour deux raisons :

§           Parce qu'ils sont déjà en concurrence politique avec M. Nicolas Sarkozy, dont ils redoutent la popularité très supérieure à celle de tout autre homme politique ; ils veulent donc bloquer toute initiative venant de lui qui pourrait, en réussissant, accroître encore sa popularité, diminuant ainsi leurs propres chances d'être réélus en 2007.

Mais cette raison, si elle a joué dans les prises de position de M. Jacob et de Matignon, implique que ces politiciens travaillent pour leur intérêt personnel ou celui de M. Chirac, au lieu de celui de la France.

§           Parce qu'à chaque licenciement de quelques dizaines d'employés ou plus, les médias lui donnent un retentissement énorme, comme si la France était à l'agonie, les emplois de tous les Français menacés, la vie économique sous la coupe de financiers féroces et sans pitié, et le gouvernement impuissant à protéger ses citoyens contre tous ces dangers.

Chaque fois que les médias (la télévision surtout) transmettent un message négatif en matière de politique intérieure, les politiciens au gouvernement se sentent dénoncés, stigmatisés, livrés sans défense à leurs adversaires politiques et aux syndicats, toujours prompts à dénoncer leurs choix ; ils se sentent donc menacés de non-réélection à la prochaine échéance.

Ce cas se ramène donc au précédent : certains politiciens défendent leurs intérêts électoraux personnels contre l'intérêt de leurs concitoyens.

 

Un gouvernement fait donc tout pour qu'il n'y ait pas de mauvaise nouvelle, alors que les médias ne peuvent obtenir de l'audience qu'avec des mauvaises nouvelles, en inquiétant ou en révoltant les citoyens.

 

Au lieu de réagir en expliquant aux citoyens les mécanismes économiques à la base des licenciements, ou plus généralement les circonstances qui expliquent les mauvaises nouvelles, les politiciens au pouvoir se taisent, se laissant ainsi accuser implicitement d'incompétence ou de « servir le MEDEF ».

 

C'est ainsi qu'on n'entend jamais un de nos politiciens ou un de nos journalistes nous expliquer cette vérité élémentaire, pourtant officielle et écrite en toutes lettres dans le Rapport Camdessus "Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France"

( http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0000.pdf  et

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0001.pdf ):

"Chaque jour c’est 10.000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10.000 qui sont créés."

Le fonctionnement normal de l'économie détruit chaque jour - oui, chaque jour - en France 10.000 emplois, correspondant à des articles devenus obsolètes (comme les machines à écrire ou les disques en vinyle) ou que les consommateurs ne veulent plus acheter parce qu'ils sont passés de mode (comme les manteaux en Loden).

        Ce même fonctionnement normal crée aussi 10.000 emplois par jour, correspondant à des biens ou services nouveaux. Destructions et créations d'emplois s'équilibrent, sans quoi le chômage croîtrait.

 

On relève aussi dans le Rapport Camdessus la phrase suivante :

"Chaque jour en France, environ 27.000 personnes quittent leurs emplois. Sur ces 27.000 départs, seuls 540 correspondent à des licenciements économiques [2%] tandis que près de 14.300 sont liés à des fins de contrat à durée déterminée."

[Donc chaque jour plus de 12.000 personnes démissionnent de leur plein gré].

 

Il est clair qu'à côté de ces 10.000 ou 27.000 emplois détruits ou quittés, un licenciement économique de 20 personnes (20% du personnel d'un hypermarché moyen) ou même de 200 personnes (effectif d'un atelier de fabrication qui ferme) sont insignifiants. De manière générale, les licenciements économiques - au sujet des quels les médias et les syndicats se mobilisent - ne représentent que 2% des emplois quittés !

        Or les médias fabriquent de l'inquiétude à propos des 20 ou des 200 licenciements, tout en passant sous silence les 10.000 et les 27.000. Pire même, aucun politicien au gouvernement ne vient à la télévision pendant « le 20 heures » nous expliquer les mécanismes sous-jacents et nous rassurer : l'économie a toujours fonctionné comme cela, il n'y a pas à s'inquiéter outre mesure. Les seules mesures économiquement valables contre le chômage sont la baisse des impôts, la formation et les investissements en infrastructure.

 

C'est donc parce que ni les politiciens ni les journalistes n'expliquent aux Français la vérité sur les mécanismes de l'économie, que les politiciens au pouvoir vivent dans la crainte perpétuelle des mauvaises nouvelles médiatisées, qui compromettent la réélection de certains d'entre eux.

 

Et c'est parce qu'ils préfèrent leur intérêt électoral à celui du niveau de vie de leurs électeurs que les politiciens préfèrent les mesures qui apaisent plutôt que celles qui sont efficaces.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Retour page d'accueil