Propositions pour améliorer l'employabilité

Mise à jour : 19/08/2006

 

Diagnostic de la situation actuelle

§           La législation française actuelle du travail cherche surtout à protéger les emplois existants, en empêchant les entreprises de licencier. Exemples :

·            Articles L321-1 à L321-17 du Code du Travail rendant très difficile, long et coûteux un licenciement pour raison économique ;

·            Contribution Delalande de 1987, qui rend le licenciement des salariés embauchés avant 45 ans extrêmement onéreux après 50 ans, et qui freine les embauches des plus de 40 ans.

§           Cette législation part de l'hypothèse qu'il est difficile de retrouver un travail après un licenciement, c'est-à-dire que la qualification de la plupart des salariés ne correspond pas aux emplois offerts (il y a en France 500 000 emplois offerts qui ne trouvent pas de salarié). Cette hypothèse est corroborée par notre taux élevé de chômage structurel [1], chômage qui résulte également du refus de mobilité de nombreux chômeurs.

Pour plus de détails sur le chômage structurel et ce qu'on peut faire pour qu'il baisse, cliquer ici.

§           Une autre raison pour la difficulté de retrouver du travail est l'impossibilité pour une entreprise d'engager un salarié qui rapportera moins que ce qu'il coûte : beaucoup de salariés coûtent trop cher en comptant les charges sociales.

Du fait de la mondialisation, il ne suffit plus aujourd'hui qu'un salarié français rapporte plus que ce qu'il coûte, il doit rapporter plus qu'un salarié travaillant dans un pays étranger. Pour plus de détails sur la concurrence salariale, fiscale, environnementale, et les risques de dumping correspondants cliquer ici.

§           Les entreprises françaises réagissent :

·            En remplaçant le plus possible des emplois par du capital (machines, ordinateurs, etc.) ;

·            En remplaçant des CDI difficiles à licencier par des CDD ;

·            En sous-traitant du travail à une autre entreprise, souvent à l'étranger ;

·            En licenciant malgré les coûts, quitte parfois à filialiser la société puis à la mettre en vente ou en faillite. L'Etat lui-même recourt à cette pratique, comme le montre l'exemple de la SNCM, en déficit chronique et battue par son concurrent Corsica Ferries, qui transporte plus de passagers par an avec moitié moins de personnel, tout en gagnant de l'argent.

§           Les Français sont très pessimistes concernant leur emploi [3]. Ils se comportent comme s'ils savaient que leur compétence n'a pas assez de valeur pour une embauche. Ils pensent que le gouvernement peut les protéger en contraignant les entreprises à leur fournir du travail, à perte ou avec des subventions, ce qui est absurde économiquement :

·            Une entreprise ne peut ni perdre de l'argent, ni même accepter d'être peu rentable. Dans le premier cas, elle va vers le dépôt de bilan ; et même si elle est rachetée il y aura des licenciements à la clé. Dans le second cas, elle ne trouve plus de fonds pour se développer, renouveler sa gamme de produits, moderniser son équipement, ce qui la condamne à terme à être battue par ses concurrents, d'où perte de chiffre d'affaires et licenciements.

·            Les subventions pèsent sur les contribuables, qui doivent se serrer la ceinture par solidarité avec des salariés insuffisamment rentables. Cette situation est injuste et ne peut durer longtemps.

Les Français redoutent l'arrivée d'étrangers capables de leur prendre leurs emplois. Ils l'ont prouvé lors du débat sur le projet de "Directive Bolkestein", rappelez-vous le symbole inquiétant du "plombier polonais". Ils l'ont encore prouvé en redoutant l'adhésion des 70 millions de Turcs à l'Union européenne.

Comme ils ont changé ! Ils ne se rappellent déjà plus qu'ils ont fait venir des millions d'étrangers, notamment d'Italie, d'Espagne, du Portugal et d'Afrique du Nord, pour faire le travail dont ils ne voulaient pas, et que cette immigration n'a pas fait exploser le chômage. Ils ignorent la loi économique qui veut que la croissance du nombre annuel d'heures de travail est une croissance de l'activité, qui crée la croissance du PIB, qui crée l'embauche, loi qui s'est si bien vérifiée lorsque la France a absorbé ses Européens du Sud, ses Maghrébins et ses Pieds Noirs. Et cette loi se vérifie encore plus aux Etats-Unis, qui créent 2 millions d'emplois par an lorsque leur population croît de 1.5 million, en Inde, etc.

§           Les gouvernements successifs de la France donnent implicitement raison aux Français :

·            En faisant voter des lois qui protègent l'emploi au détriment des entreprises et de leurs actionnaires ;

·            En promettant toujours protection et solidarité, ce qui a créé chez les Français une mentalité d'assistés. Exemples : Le président Chirac a promis un « droit au travail » ; le Premier ministre Raffarin a promis en janvier 2004 de « Créer une véritable assurance-emploi [qui] passe aujourd'hui par le développement de la formation. »

·            En recourant au traitement social du chômage, traitement qui ne peut être que temporaire, le temps de former certains travailleurs ou d'encourager d'autres à reprendre la recherche active d'emploi.

·            En bloquant la Directive Bolkestein, soutenue pourtant par la grande majorité des peuples de l'Union européenne.

 

Pour apprécier l'intérêt de changer de politique, voir la comparaison entre la France et le Danemark "Quand le licenciement n'est plus vécu comme un drame".

Propositions

La différence entre la crainte de la plupart des Français de ne pas retrouver un emploi et l'absence de cette crainte chez la plupart des Américains, des Anglais, des Irlandais, etc. est frappante. Si un de ces étrangers est licencié, il a toutes les chances de retrouver rapidement un emploi. Dans ces pays, les citoyens n'attendent pas de leurs gouvernements et des lois une protection des emplois existants, protection dont ils ont compris l'absurdité économique ou l'impossibilité de durer. Ils ne votent donc pas pour des candidats qui promettent plus de protection de l'emploi, plus de transferts sociaux ou des barrières douanières.

 

Au lieu de protéger les emplois, je propose donc qu'on protège l'employabilité. Voici comment.

1.         En sensibilisant les citoyens à l'importance de l'employabilité, qui leur permet de retrouver un emploi après un licenciement, ou simplement de trouver un emploi meilleur que l'actuel. Cette sensibilisation les encouragerait à se prendre en charge, sans attendre que leur employeur leur offre une formation ou que leur entreprise décide de les licencier.

Cela demande une campagne de communication à la télévision, dans la presse, etc. Cette sensibilisation s'adresserait aux salariés du privé comme aux fonctionnaires, qui doivent cesser de compter sur un « emploi à vie dans la même administration ».

2.         En encourageant chaque travailleur, salarié ou non, actif ou non, à faire un bilan d'employabilité au moins une fois tous les deux ans. Il saurait ainsi si sa qualification actuelle correspond à des emplois disponibles, ou s'il doit se former pour suivre le marché en approfondissant ses connaissances, voire même en changeant de métier. Le bilan lui donnerait aussi la situation géographique des emplois offerts et leur niveau de rémunération.

Il faudrait donner à chaque salarié un droit à ce bilan, correspondant à une demi-journée d'absence non rétribuée tous les deux ans, à une date à convenir avec son employeur.

3.         En mettant en place, par exemple dans les ANPE, des conseillers spécialisés. Chacun de ceux-ci suivrait un secteur d'activité particulier : bâtiment, hôtellerie-restauration, informatique, etc. Il en connaîtrait les offres d'emploi et pourrait conseiller chaque travailleur lors des entretiens de bilan ci-dessus. On peut s'inspirer de l'exemple danois [5].

4.         En supprimant toutes les protections de l'emploi qui rendent le licenciement coûteux et long pour une entreprise (toutes sauf celles qui sont inacceptables car basées sur une discrimination ou un reproche absurde). Il faut donc favoriser au maximum la flexibilité, comme dans les pays à faible taux de chômage (Royaume-Uni, Danemark, Etats-Unis, Irlande, etc.)

C'est aussi ce que recommande le rapport du Sénat [6] :

"C’est donc à une flexibilité du monde du travail, adaptée à la globalisation de l’économie, qu’appelle le présent rapport d’information. Cette flexibilité « gagnant-gagnant » s’accompagne naturellement d’une sécurité pour le travailleur - la flex-sécurité - faite d’une profonde modernisation des aides et des administrations dédiées au retour à l’emploi, dont la performance doit être améliorée."

Et c'est ce que confirment les études [7] et [8] de 2005 et 2006 :

"…une flexibilisation du marché du travail est généralement propice à une augmentation du niveau d'emploi et à une réduction du taux de chômage, en particulier de longue durée."

"Une estimation prudente montre que si la France avait un marché du travail aussi flexible que celui des Etats-Unis, son taux d'emploi augmenterait de 1.6 %" (ce qui représente 630 000 emplois de plus).

5.         En mettant en place, sur Internet, une base de données nationale des offres d'emploi. Cette base de données contiendrait, pour chacun des métiers et chaque région, une liste des offres d'emploi avec qualification et rémunération. Des analyses statistiques permettraient de connaître les tendances : métiers de plus en plus (ou de moins en moins) demandés, régions qui embauchent, etc. Cette liste serait tenue à jour quotidiennement. Elle servirait aux conseillers, aux travailleurs et même aux étudiants soucieux de connaître les secteurs d'avenir pour choisir leurs études. Elle pourrait être consultée avec profit par les personnes qui, à l'Education nationale, décident des formations à offrir, des bourses à attribuer, etc. Nous avons déjà tout ce qu'il faut pour constituer cette base de données dès aujourd'hui [4].

Conclusions

L'employabilité n'est pas une notion de droite ou de gauche, c'est une notion économique. Favoriser l'employabilité c'est favoriser l'adaptation permanente des qualifications au marché de l'emploi, c'est protéger les salariés contre la découverte soudaine, lors d'un licenciement, qu'il n'y a plus de travail pour eux dans leur région. C'est aussi favoriser une attitude active et dynamique face à l'emploi, au lieu de l'attitude passive et assistée qui prévaut de nos jours. C'est enfin combattre la sinistrose des citoyens qui craignent pour leur gagne-pain, en anticipant les évolutions du marché de l'emploi au lieu de les subir.

 

Les mesures proposées ne sont pas chères, car elles n'impliquent pas de payer des gens à ne rien faire.

§           La campagne dans les médias ne doit rien coûter : le cahier des charges des chaînes de télévision oblige celles-ci à donner du temps d'antenne au gouvernement pour les communications d'intérêt public ; et des conférences de presse doivent permettre d'obtenir des articles dans journaux et magazines.

§           Des conseillers existent déjà dans les ANPE. Si, par exemple, deux tiers des 26 millions de travailleurs profitent de ce droit au bilan pour faire le point une fois tous les deux ans, et si chaque conseiller peut assurer 1000 entretiens par an, il faut 8700 conseillers, moins ceux dont on dispose déjà éventuellement et qui ont du temps. Cet effort est à notre portée.

§           La base de données sur Internet peut être construite et alimentée à partir des fichiers des ANPE. Il faudra des informaticiens pour la gérer.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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Références

[1]   Chômage structurel

On appelle taux de « chômage structurel » le taux minimum de chômage des travailleurs d'un pays. Selon [2], ce taux en France est de l'ordre de 9 %, valeur très élevée et incompressible en moins de quelques années.

 

[2]   Rapport Pisani-Ferry "Plein-Emploi" (2000)

(Texte téléchargé le 04/07/2005 de http://www.pisani-ferry.net/base/RapportPleinemploi.pdf.) En voici deux extraits concernant le taux de chômage structurel en France :

§           Page 80 : "Les travaux rassemblés pour la conférence du 10 octobre 1997 sur l’emploi, les salaires et le temps de travail situaient le chômage structurel aux alentours de 9 %"

§           Page 85 : "Les estimations disponibles du chômage structurel en France le situent dans une fourchette allant de 8 à 12 %, mais la plupart d’entre elles le situent en dessous de 10 %."

 

[3]   Sondages montrant le pessimisme des Français

Le dimanche 28/08/2005, Ouest-France publiait un sondage très significatif, réalisé par l'IFOP du 25 au 26 août 2005 auprès de 1005 personnes de 15 ans et plus. En voici les résultats :

§           Une dégradation sans précédent du degré d'optimisme des Français

A quelques jours de l’échéance du cap des 100 jours fixés par Dominique de Villepin pour recréer « les conditions de la confiance avec les Français », 30 % seulement de ceux-ci se déclaraient optimistes en pensant à l'avenir, contre 70 % qui exprimaient leur pessimisme (25 % étaient « très pessimistes »). Par rapport à décembre 2004, où 58 % se déclaraient optimistes et 42 % pessimistes, la chute était sans précédent : il y avait en août 2005 (c'est-à-dire 8 mois après) moitié moins d'optimistes et une proportion de pessimistes jamais atteinte !

§           Une altération sensible de la confiance au gouvernement

·            La lutte contre l'insécurité et contre le racisme et l'antisémitisme recueillent la confiance des citoyens, avec respectivement 62 % et 59 %;

·            L'action gouvernementale pour l'emploi apparaît nettement décrédibilisée : seuls 25 % des Français lui font confiance, contre 31 % en décembre 2004 ;

·            En matière d'augmentation du pouvoir d'achat, 14 % des interviewés font confiance au gouvernement, contre 86 % qui ne lui font pas confiance.

Confirmation : sondage CSA - La Tribune des 30 et 31/08/2005

§           A la question :

"A propos de l’évolution de la situation économique en France dans les six prochains mois, êtes-vous très optimiste, assez optimiste, assez pessimiste ou très pessimiste ?"

·            25 % des Français se sont déclarés optimistes ou très optimistes ;

·            73 % se sont déclarés pessimistes ou très pessimistes.

§           A la question :

"En cette rentrée, pour chacun des secteurs suivants, pouvez-vous me dire si, selon vous, la situation de la France a tendance à s’améliorer ou à se dégrader ?"

·            59 % pensent que la situation financière des entreprises françaises qu'elle va se dégrader.

·            78 % pensent que la situation de l'emploi va se dégrader.

·            81 % pensent que le climat social va se dégrader.

·            91 % pensent que le pouvoir d'achat va se dégrader.

 

[4]   Exemples de documents disponibles sur Internet en 2005 qui donnent les nombres d'emplois disponibles par métier et par région, et les prévisions d'évolution jusqu'en 2015 :

§           Commissariat Général au Plan - Rapport "Avenirs des métiers" (décembre 2002) téléchargé le 04/01/2005 de http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/024000615/0000.pdf

§           DARES - "L'emploi par métier en 2010" (octobre 2001) http://www.travail.gouv.fr/publications/picts/titres/titre1525/integral/2001.10-43.4.pdf

§           ANPE - Plan national de lutte contre les difficultés de recrutement http://www.travail.gouv.fr/100mille/pdf/DP190204.pdf

§           DARES - "Les difficultés de recrutement à l'été 2001" (juin 2002) http://www.travail.gouv.fr/publications/picts/titres/titre1686/integral/2002.06-23.2.pdf

 

[5]   Voir la comparaison entre la France et le Danemark "Quand le licenciement n'est plus vécu comme un drame".

 

[6]   Rapport Arthuis au Sénat du 22/06/2005 "sur la globalisation de l’économie et les délocalisations d’activité et d’emplois"

Tome 1 : http://www.senat.fr/rap/r04-416-1/r04-416-11.pdf

Tome 2 : (annexes) http://www.senat.fr/rap/r04-416-2/r04-416-21.pdf

 

A la page 71 du tome 1 on trouve la phrase :

"500 000 offres d’emplois ne seraient aujourd’hui pas pourvues."

 

[7]   Banque de France - Bulletin mensuel n° 151, juillet 2006

http://www.banque-france.fr/fr/publications/bulletin/bul151.htm

Selon l'éditorial de ce document, le taux d'emploi français était de 63.1 % en 2005, contre 65.4 % en Allemagne.

 

[8]   Etude "The consequences of labour market flexibility : panel evidence based on survey data" - http://www.sciencedirect.com/science/article/B6V64-4BBHCPS-1/2/e36d78b359f7fb440d5a27f47c1ad389

Extrait du résumé :

"A conservative estimate suggests that if France were to make its labor markets as flexible as those in the US, its employment rate would increase 1.6 percentage points, or 14% of the employment gap between the two countries."

 

 

 

 

 

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