Grâce au feu vert de l'Union européenne,
notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite
sur le dos des générations suivantes

 

Mise à jour : 06/04/2007

Voir aussi : [1]

 

Début 2005, le gouvernement français a fait deux pas de plus vers l'explosion des dettes du pays.

1 - Autorisation de dépasser en fait un déficit budgétaire de 3 % du PIB

Le gouvernement a obtenu de l'Union européenne que l'on ne compte plus, dans le déficit budgétaire d'un pays - limité à 3 % du PIB par les textes européens - un certain nombre de dépenses d'investissement, de recherche ou de solidarité.

 

De son côté, l'Allemagne a obtenu que les dizaines de milliards d'euros qu'elle dépense chaque année pour lutter contre le chômage dans les provinces ex-communistes de l'Est ne soient plus, non plus, comptées dans le déficit du pays.

 

Ces mesures permettront à la France, l'Allemagne et les autres pays européens qui vivent au-dessus de leurs moyens, de dépasser systématiquement la limite des 3 % de déficit annuel. Leurs gouvernements pourront ainsi distribuer un argent que les impôts ne rapportent pas pour s'acheter la paix sociale et la popularité aux prochaines élections. La France pourra ainsi continuer à accorder des baisses de l'impôt sur le revenu, promises par le président Chirac.

 

Le déficit budgétaire annuel devant être compensé par des entrées d'argent, chaque gouvernement européen laxiste devra donc emprunter chaque année de quoi le payer. Chaque année, la dette nationale continuera donc à augmenter. En France, elle atteint 64.6 % du PIB fin 2006, c'est-à-dire plus que la limite de 60 % autorisée par les textes européens : grâce aux dettes accumulées par tous les gouvernements français sans exception depuis 1975, chaque Français (homme, femme ou enfant) doit environ 18 000 euros au titre de cette dette fin 2006. Et à cette dette publique s'ajoutent celles, à la charge du contribuable, des entreprises publiques : EDF-GDF, SNCF, RATP, France Télécom, La Poste, etc. [3], qui remboursent leurs dettes en augmentant leurs tarifs, fixés par l'Etat. Enfin, le contribuable devra aussi payer les retraites des millions d'autres fonctionnaires, qui ne sont pas comptabilisées dans la dette générale de l'Etat.

 

Les deux graphiques ci-dessous montrent l'évolution du solde du budget et de la dette publique de la France. Noter, dans le second graphique, que la dette est évaluée en pourcentage du PIB : comme celui-ci croît, la croissance de la dette en chiffres réels, est encore plus rapide que sur le graphique.

 

 

 

 

 

Conséquences pour les générations suivantes

Chaque fois qu'un gouvernement augmente la dette nationale, il reporte sur la génération suivante le devoir de la rembourser et de payer les intérêts. Il profite ainsi du fait que les citoyens de cette génération-là ne votent pas et ne peuvent exprimer leur désaccord. Il les oblige à être solidaires de notre train de vie au-dessus de nos moyens, c'est-à-dire de notre insouciance, de notre égoïsme.

 

L'évolution démographique de la France fait que la génération suivante comptera beaucoup moins de gens actifs que la nôtre. La charge de remboursement de notre dette et du paiement des intérêts sera donc encore plus forte pour chaque Français. A cette charge s'ajouteront, pour nos enfants, celles de nos retraites et de notre assurance maladie, dépenses en forte hausse car nous serons toujours plus nombreux, vivrons plus longtemps et consommerons davantage de soins médicaux. On peut prévoir que la pression fiscale correspondante sera si écrasante que certains de ces enfants préféreront s'expatrier vers des pays où elle est plus raisonnable. Voilà les conséquences de l'incurie de nos gouvernements successifs depuis 30 ans !

2 - Emprunts à 50 ans

S'ajoutant au remboursement des dettes passées qui arrivent à échéance, le financement annuel de la dette nouvelle deviendra si difficile, vu les montants en jeu, que le gouvernement français a lancé des emprunts à 50 ans, ce qui ne s'était jamais fait dans le monde ! Il reporte ainsi sur au moins 2 générations la charge de la dette et de ses intérêts.

Les conséquences désastreuses pour l'emploi

Lorsque le gouvernement emprunte beaucoup d'argent, le simple jeu de la loi de l'offre et de la demande fait que les prêteurs augmentent les intérêts qu'ils exigent. Les emprunts croissants coûtent donc de plus en plus cher. Endetté, l'Etat ne dispose plus d'assez d'argent pour les investissements qui préparent l'avenir de la France : il ne peut financer suffisamment la recherche et développement, l'enseignement supérieur, les infrastructures de télécommunications et de transport, l'informatisation de l'administration, etc.

 

Les taux d'intérêt élevés dus au financement de la dette publique jouent aussi, hélas, pour les entreprises. Celles-ci devront donc emprunter à des taux plus élevés, ce qui handicapera leurs investissements, donc leur croissance, donc l'emploi. La politique de déficit publique chronique, qui pourra désormais être encore plus important que par le passé, va donc créer du chômage.

 

Financées par le déficit croissant, les dépenses excessives du gouvernement créeront un excès de liquidités qui engendrera mécaniquement de l'inflation. La Banque Centrale Européenne (BCE) interviendra alors, comme sa charte l'y oblige et parce qu'aucun gouvernement ne peut l'en empêcher, pour freiner l'inflation : elle relèvera alors son taux directeur, c'est-à-dire le taux auquel elle prête de l'argent. Ce crédit plus cher jouera également pour restreindre les investissements des entreprises, et aussi celui des particuliers. Il en résultera un peu plus de ralentissement économique et de chômage.

Les conséquences pour notre place dans l'Union européenne

Il en résultera aussi la colère de nos partenaires de la zone euro de l'Union européenne qui ont un budget en équilibre, parce que le déficit des pays laxistes joue sur la monnaie commune et les taux d'intérêt communs. Leurs propres entreprises et particuliers paieront, par notre faute, plus d'intérêts pour leurs financements.

 

Nous encourrons leur colère et leur mépris, et ils voteront contre nous dans le cadre de l'Union européenne chaque fois qu'un tel vote pourra faire pression sur nous pour une politique budgétaire plus vertueuse : certaines décisions européennes seront donc prises contre notre intérêt.

Le scandale du non-dit

Le plus triste, dans cette affaire, est le silence médiatique et gouvernemental : on ne dit pas aux Français dans quel pétrin on les met, de peur d'une sanction dans les bureaux de vote.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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Références

[1]   Le Figaro, articles :

§           "Dette publique : la dérive des déficits relance la mécanique infernale" Le Figaro économie du 25/08/2003

§           "L'Europe mes son désendettement entre parenthèses" Le Figaro économie du 25/08/2003

§           "Un processus d'accumulation explosif" Le Figaro économie 25/08/2003

§           "La dette publique française dépassera 1100 milliards fin 2005 - Équivalent à 65% du PIB, elle représente 17 800 euros par Français" Le Figaro du 25/09/2004

§           "La Poste, SNCF, RATP… le piège du financement des retraites" Le Figaro économie du 27/09/2004

 

[2]   Projet de loi de finances pour 2005 : Tome 1 - Rapport économique, social et financier - L’ÉVOLUTION DES FINANCES PUBLIQUES - page 65 http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000489/0000.pdf

 

[3]   Le Figaro économie du 29/03/2005 : la somme des dettes pour les retraites dues aux agents RATP, La Poste et SNCF représente en 2005 environ 145 milliards d'euros. Ces dettes (que ces entreprises ont toujours omis de faire figurer dans leurs bilans, mais qui devront y figurer désormais) s'ajoutent aux dettes dûment notées dans les bilans, soit 16 milliards d'euros. En face de ce total de 145 + 16 = 161 milliards d'euros, le total des fonds propres de ces entreprises est de 7.7 milliards d'euros. Les fonds qui manquent, soit environ 153 milliards d'euros (1000 milliards de francs !) sont à la charge des contribuables et des usagers de ces services publics.

 

 

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