Délocalisations vers la Chine : les chiffres parlent !

Mise à jour : 21/07/2005

Pour en finir avec la désinformation dont nous sommes victimes concernant les délocalisations…

Cas de la France

J'ai déjà expliqué dans [1], chiffres à l'appui, qu'en France les délocalisations sont insignifiantes. En outre 73 % de l'activité nationale sont des services, et ce marché n'étant guère ouvert à la concurrence internationale dans l'Union européenne (pas encore de « Directive Bolkestein ») la délocalisation des services est très difficile et donc aussi insignifiante.

 

J'ai donc voulu étudier l'effet du commerce international libre avec les chiffres de l'économie la plus ouverte, la plus « ultralibérale », la plus dominée par les multinationales selon les gens de gauche, celle des Etats-Unis. Voici ce que je viens de trouver.

Les délocalisations d'emplois des Etats-Unis

Selon [2], sur les 15 années de 1989 à 2003, le nombre total net d'emplois perdus par délocalisations vers la Chine (le pays le plus menaçant pour les emplois américains) est de 1 452 441. Cela veut dire que la différence totale entre les emplois créés par les entreprises chinoises aux Etats-Unis et les emplois délocalisés par des entreprises américaines en Chine est d'un peu moins de 100 000 par an en moyenne.

 

Or les Etats-Unis comptaient en 2003 129 792 000 emplois actifs, c'est-à-dire chômeurs déduits. Donc en 15 ans les délocalisations ont détruit 1452441/129792000 = 1.1 % des emplois actifs américains, chiffre insignifiant lui aussi sur une période aussi longue.

 

1.1 % des emplois américains délocalisés en Chine en 15 ans, c'est insignifiant !

 

D'après les chiffres de l'Organisation Internationale du Travail, l'évolution de l'emploi aux Etats-Unis est décrite par le graphique ci-dessous. A partir de bases 100 en 1985, on voit l'évolution du nombre total d'emplois (courbe bleue) et celle du nombre total de chômeurs (courbe rouge).

Attention, la courbe rouge ne décrit pas le taux de chômage, qui pourrait rester constant malgré un nombre croissant de chômeurs lorsque le nombre de travailleurs augmente ; elle décrit le nombre total réel de chômeurs.

 

 

 

 

On voit que depuis 1985 les Etats-Unis ont créé en moyenne 1,6 million d'emplois par an. De nouveau, en rapprochant le nombre d'emplois créés par an, qui ne baisse pas (délocalisations ou pas) du nombre d'emplois perdus par délocalisation (moins de 100 000), ce dernier est minime. En outre, le nombre total de chômeurs est inférieur à celui d'il y a 20 ans, malgré une croissance du nombre d'emplois de 33 millions, et le taux de chômage moyen de 2004 (5.5 %) a encore baissé mi-2005 à 5 %.

 

Pour évaluer l'intérêt pour les consommateurs et les industriels américains d'importer de Chine des articles en moyenne 40 % moins chers que ceux fabriqués aux Etats-Unis, il faut regarder les chiffres publiés par le Ministère du commerce des Etats-Unis [3] dans un texte cherchant à inquiéter l'opinion par des importations qui croissent plus vite que les exportations :

 

 

U.S. Trade With China 1985-2004  ($ millions)

 

U.S. Exports

U.S. Imports

Balance

2004

34721.0

196699.0

-161978.0

2003

28367.9

152436.1

-124068.2

2002

22127.7

125192.6

-103064.9

2001

19182.3

102278.4

-83096.1

2000

16185.2

100018.2

-83833.0

1999

13111.1

81788.2

-68677.1

1998

14241.2

71168.6

-56927.4

1997

12862.2

62557.7

-49695.5

1996

11992.6

51512.8

-39520.2

1995

11753.7

45543.2

-33789.5

1994

9281.7

38786.8

-29505.1

1993

8762.9

31539.9

-22777.0

1992

7418.5

25727.5

-18309.0

1991

6278.2

18969.2

-12691.0

1990

4806.4

15237.4

-10431.0

1989

5755.4

11989.7

-6234.3

1988

5021.6

8510.9

-3489.3

1987

3497.3

6293.6

-2796.3

1986

3106.3

4771.0

-1664.7

1985

3855.7

3861.7

-6.0

Totals 1985-2004

242328.9

1158744.2

-912559.6

Totals 1989-2004

226848

1131445.3

-904597.3

 

 

 

D'après ce texte, en 20 ans les Etats-Unis ont importé 1159 milliards de dollars de marchandises de Chine, réalisant ainsi environ 460 milliards de dollars d'économies. Ces 460 milliards de dollars ont été réinjectés dans l'économie, car lorsqu'un consommateur américain dépense moins pour un article, il dépense l'argent économisé pour en acheter d'autres [5] ; de même, lorsqu'une entreprise économise de l'argent en incorporant des articles chinois à ses produits, elle dispose de plus d'argent pour investir et se développer ou pour rétribuer ses actionnaires, qui dépenseront leurs dividendes.

 

La dernière année connue, 2004, les Etats-Unis ont ainsi importé 196.7 milliards de dollars de produits chinois, économisant de ce fait environ 78 milliards de dollars. Le PIB américain étant de 11 750 milliards de dollars en 2004 d'après [4], le PIB par travailleur est de 11750*109 / 140*106 = 84 000 dollars.

        Les 78 milliards de dollars correspondent donc à la valeur ajoutée économique de 928 000 travailleurs ! Cela ne signifie pas que les importations moins chères ont généré 928 000 emplois aux Etats-Unis ; le budget des consommateurs américains étant resté le même, le nombre d'emplois aux Etats-Unis dû à la consommation n'a pas varié. Simplement, cela signifie que pour le même revenu disponible les consommateurs américains ont obtenu des produits supplémentaires équivalant à 78 milliards de dollars ou au travail de 928 000 personnes. Et les entreprises ont profité d'économies de la même façon.

 

Si on admet que le nombre d'emplois perdus par délocalisation est proportionnel au déficit commercial, les 161.9 milliards de dollars de déficit 2004 correspondent à 161.9/912.6*1450000 = 257 000 emplois, c'est-à-dire 0.18 % des 140 millions d'emplois américains. Donc :

 

En 2004 le commerce ouvert avec la Chine a coûté aux Etats-Unis 257 000 emplois et a rapporté la production de 928 000 travailleurs.

 

 

En outre, les importations de produits américains par les Chinois, 34.7 milliards de dollars en 2004, ont fait travailler 410 000 Américains.

 

Comme nous l'avons vu dans le graphique ci-dessus, les emplois perdus par délocalisation (100 000 par an en moyenne) ont été compensés par les emplois créés (1.6 million par an), le nombre total d'emplois croissant sans cesse depuis 20 ans et le nombre de chômeurs restant stable :

 

Statistiquement, tous les travailleurs qui ont perdu un emploi par délocalisation en ont retrouvé un et le taux de chômage a baissé.

 

Sur le long terme, du reste, les délocalisations vers la Chine représentent beaucoup moins de pertes d'emplois américains peu qualifiés que l'immigration de travailleurs mexicains, immigration qui a été parfaitement absorbée par les créations d'emplois depuis 20 ans, la baisse du chômage se poursuivant. En fait, cette immigration est elle aussi bénéfique pour l'économie et les consommateurs américains, sans parler des travailleurs mexicains.

Conclusion

L'ouverture au commerce international, y compris celui avec les pays d'Asie et même lorsqu'il y a des délocalisations, est une excellente affaire pour l'emploi dans les pays riches. Et aussi une formidable affaire pour leurs consommateurs et leurs industriels.

 

 

Il est donc consternant de constater à quel point la classe politique française, les médias et les syndicats de notre pays désinforment les citoyens au sujet des dangers de la délocalisation, de la mondialisation et du libéralisme.

 

 

Daniel MARTIN

 

Références

[1]   Paragraphe du tome 2 du Cours "Les délocalisations constituent un phénomène insignifiant"

 

[2]   Document du très respecté Economic Policy Institute, de Washington

EFFECTS ON EMPLOYMENT OF US TRADE DEFICIT WITH CHINA (1989-2003) téléchargé le 21/07/2005 de la page http://www.epinet.org/workingpapers/epi_wp270_tables.pdf

 

[3]   U.S. Department of Commerce: "While U.S. Exports to China Rise, Imports from China Rise Faster"  téléchargé le 21/07/2005 de  http://usinfo.state.gov/eap/Archive/2005/Mar/03-517799.html

 

[4]   CIA World Factbook http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/us.html#Econ

 

[5]   C'est parce que le taux d'épargne des ménages américains est insignifiant : 0.9 % au 1er trimestre 2005, alors qu'il est de 15.4 % en France. Les Américains sont infiniment moins inquiets pour leurs emplois que les Français !

 

 

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