Les créations d'emploi sans baisse du chômage

Mise à jour : 18/12/2006

 

Il y a les petits mensonges, les moyens mensonges, les gros mensonges et les statistiques des politiciens…

 

Communiqués de victoire et réalité

Ces temps-ci, la presse française est pleine de communiqués de victoire concernant les résultats remarquables de la politique de l'emploi du gouvernement, dont les initiatives en matière de services à la personne produisent des résultats inespérés. Les journalistes qui publient ces communiqués se contentent de reproduire les chiffres des ministres, sans réfléchir et sans les critiquer, ce qui désinforme les citoyens.

        Car en même temps, le taux de chômage stagne aux alentours de 8.8 % [3] et l'économie dans son ensemble ne crée pratiquement pas d'emplois [2] : où sont donc passés les emplois créés dans le secteur des services à la personne ?

 

Selon le gouvernement (Ministère de l'Emploi [1]) le secteur des services à la personne a créé 36 000 emplois au 1er trimestre 2006. Mais selon l'INSEE - dont les fonctionnaires n'ont pas à crier victoire pour se faire réélire - il n'y en a eu que 4 500, c'est-à-dire 8 fois moins [2] ; et en un an, il n'y en a eu que 25 100…

 

Il est temps de rappeler quelques vérités économiques concernant ces emplois subventionnés que sont les services à la personne.

Quelques vérités économiques

C'est une loi économique : il n'y a création d'emplois supplémentaires que si l'activité (le PIB) augmente, c'est-à-dire si des gens qui ne travaillaient pas jusque là se mettent à travailler. (Pour une explication détaillée, cliquer ici.)

 

Lorsqu'un particulier embauche un salarié à domicile, l'argent qu'il y consacre est pris sur d'autres dépenses : l'activité créée à domicile apparaît donc au détriment d'autres activités. Il n'y a donc pas, globalement et en première approximation, croissance de l'emploi, quoi qu'en disent le gouvernement et M. Borloo ; il y a seulement transfert d'activité vers le secteur des services à la personne.

 

Pour qu'il y ait croissance de l'activité, donc de l'emploi, il faut satisfaire l'une au moins des deux conditions suivantes :

1.         Ou bien que, dans une famille qui a embauché un salarié à domicile, une personne qui ne travaillait pas jusque là se mette à travailler ou travaille davantage ;

2.         Ou bien que la dépense pour le salarié à domicile soit prise sur des dépenses consacrées à des biens ou services importés : on transfère alors en France du travail réalisé à l'étranger.

 

Comme il n'existe pas de moyen, avec la comptabilité nationale, de savoir combien on a créé d'emplois à temps plein répondant à la condition 1 ci-dessus, il faudrait des sondages dans la population des employeurs de personnel à domicile. Tant qu'on n'en aura pas fait, toute affirmation concernant les emplois créés dans le secteur des services à la personne est fantaisiste. C'est sans doute pourquoi les statistiques de l'INSEE ne montrent pas de baisse significative du chômage ou de croissance significative de l'emploi en France, malgré l'autosatisfaction officielle.

 

En outre, la dégradation de notre commerce extérieur depuis plusieurs années, due à une croissance des importations bien plus rapide que celle des exportations [4], permet d'affirmer que l'impact de la condition 2 ci-dessus est très modeste. Elle montre, en plus, une forte dégradation de notre compétitivité, due aux « coups de pouce au SMIC » considérables du gouvernement.

 

Les services à la personne étant subventionnés par des dégrèvements fiscaux aux frais des contribuables, il faut rappeler les inconvénients de ce type de solution au problème du chômage :

§           L'effet d'aubaine : il y a des gens qui auraient de toute manière embauché du personnel, qui profitent des aides financières pour économiser des impôts ;

§           Le déficit budgétaire : toute subvention ajoute au déficit du budget de l'Etat, donc à la dette nationale d'environ 1150 milliards d'euros, qui devra être remboursée - avec intérêts - par les générations suivantes.

§           Le mauvais usage des fonds publics : en subventionnant des emplois à domicile, le gouvernement utilise nos impôts pour des dépenses courantes, au lieu d'investir les sommes correspondantes d'une manière productive : enseignement, recherche et développement, infrastructures de transport et télécommunications, pôles de compétitivité, etc.

 

Français, ne vous laissez pas abuser, ni par vos journalistes, ni par vos gouvernements !

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Références

[1]   Ministère de l'Emploi - "Les premiers chiffres du Chèque Emploi Service Universel, 5 mois après son lancement !"  (11 juillet 2006) - http://www.travail.gouv.fr/dossiers/remuneration/cheque-emploi-service-universel/les-premiers-chiffres-du-cheque-emploi-service-universel-5-mois-apres-son-lancement-3454.html - Citation :

§           36 000 emplois créés le 1er trimestre 2006

§           531 000 salariés à domicile rémunérés en CESU (Chèque Emploi Service Universel).

 

[2]   INSEE - Créations d’emplois salariés dans le secteur concurrentiel à la fin du 3ème trimestre 2006 http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/donnees/doc_idconj_18.pdf

 

En un an, du 3ème trimestre 2005 au 2ème trimestre 2006 inclus, le nombre total d'emplois "Services aux particuliers" est passé de 1 994 700 à 2 019 800, soit une augmentation de 25 100 emplois en équivalent temps plein.

 

Contrairement à l'affirmation du ministère de l'emploi [1], ce ne sont pas 36 000 emplois qui ont été créés au 1er trimestre 2006, mais 4 500 ! Il y a comme qui dirait un peu d'exagération dans l'air…

 

Le nombre d'emplois salariés dans le secteur marchand de l'économie stagne depuis 5 ans, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de ce même document :

 

 

Stagnation du nombre d'emplois salariés dans le secteur marchand (milliers)

 

 

[3]   INSEE - statistiques du chômage, texte téléchargé le 18/12/2006 de la page http://www.indices.insee.fr/bsweb/servlet/bsweb?action=BS_SERIE&BS_IDBANK=045937075&BS_IDARBO=02020200000000

 

 

Taux de chômage en France depuis juin 2002

 

 

[4]   INSEE - statistiques du commerce extérieur

§           Importations http://www.insee.fr/fr/indicateur/cnat_trim/Series/t_806_20_11.xls

§           Exportations http://www.insee.fr/fr/indicateur/cnat_trim/Series/t_805_20_11.xls

 

 

La croissance des importations est bien plus rapide que celle des exportations

 

 

 

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