Coût du travail : l'empire contre-attaque

Mise à jour : 08/11/2005

 

Les lois de l'économie n'ont rien de démocratique. Elles ne résultent pas du vote d'un peuple ou de la volonté d'un groupe. Elles régissent seulement les mécanismes d'allocations de ressources provenant de la nature, du travail des hommes et du capital. Elles traduisent le comportement des hommes à deux niveaux : le niveau des pays (macroéconomie) ou celui des individus ou des entreprises (microéconomie).

 

Elles sont donc comme les lois de la physique, indépendantes de l'homme. Elles se moquent du bien et du mal. Les lois macroéconomiques régissent des phénomènes à l'échelle du million d'hommes, comme les lois de la physique macroscopique ne s'appliquent qu'à des ensembles comportant des millions d'atomes ; les lois microéconomiques régissent des phénomènes à l'échelle du millionième d'un million d'hommes, comme les lois de la mécanique quantique régissent l'évolution des particules à l'échelle atomique.

 

J'arrête là cette analogie parce qu'elle me suffit pour conclure qu'on ne peut pas plus violer les lois économiques que celles de la physique, quelques désagréables que leurs conséquences nous paraissent.

 

La France viole pourtant les lois économiques de plus en plus depuis un quart de siècle. Par démagogie, par clientélisme, par faiblesse vis-à-vis des syndicats de fonctionnaires, les gouvernements successifs ont distribué de plus en plus d'argent qu'ils n'encaissent pas. Ils se sont comportés comme un processus physique qui produirait plus d'énergie qu'il en consomme.

        Contrairement à un système de physique macroscopique, qui ne peut emprunter de l'énergie pour la restituer plus tard, les gouvernements français distribuent un argent qu'ils n'ont pas, en l'empruntant aux générations suivantes ; ils ont même, pour la première fois au monde, inventé l'emprunt remboursable au bout de 50 ans ! Ils profitent ainsi du fait que les électeurs des générations suivantes ne votent pas encore et ne peuvent se débarrasser d'eux pour mettre un terme à l'endettement auquel ils les condamnent.

 

Dans leur démagogie et leur populisme, ils ont même trouvé un nouveau moyen de violer la loi de conservation de l'énergie financière : ils ont fait des lois permettant de gagner autant en travaillant moins, les "35 heures payées 39", agrémentées de limitations du nombre d'heures travaillées. Grâce à ces lois, les Français sont l'un des peuples qui travaillent le moins d'heures dans l'année et le moins d'années dans une vie professionnelle.

 

En physique le viol d'une loi est impossible et toute tentative se solde par un échec immédiat. En économie, l'échec n'apparaît qu'au bout de quelques mois ou quelques années.

§           C'est ainsi que la relance faite par le gouvernement de l'Union de la gauche en 1981 sans que le reste de l'Europe suive s'est terminée par un fiasco total et 3 dévaluations du franc. Mais, comptant sur le fait que leurs électeurs ont la mémoire courte et ne connaissent rien à l'économie, des politiciens comme M. Fabius et Mme Aubry préconisent de nouveau en 2005 une relance par le pouvoir d'achat.

§           Plus grave encore, tous les gouvernements français depuis 1981 ont « donné des coups de pouce aux bas salaires » tout en maintenant ou en augmentant les charges sociales. En même temps, ils ont durci la législation du travail pour contraindre les entreprises à conserver des salariés qui leur font perdre de l'argent. Le coût du travail est donc, peu à peu, devenu de plus en plus prohibitif en France, et les lois économiques commencent à se venger.

 

L'empire des lois économiques régit toute la galaxie mondiale : les amas locaux géopolitiques (Union européenne, Amérique du Nord, Moyen-Orient…), les systèmes solaires des multinationales (Total, Hewlett-Packard, General Motors…), les planètes des entreprises avec leurs fournisseurs satellites. Cet empire universel se moque des actions ponctuelles d'un gouvernement local, auxquelles il ne réagit (la vitesse de la lumière étant finie) que lorsque les conséquences de ces actions ont atteint des pays voisins. Aujourd'hui, en réponse aux violations des lois économiques par la France et l'Allemagne, l'empire contre-attaque.

 

La stratégie de cette contre-attaque est simple : elle passe par la dissuasion de la délocalisation, arme de destruction massive d'emplois. Une multinationale peut facilement délocaliser une unité de production ou de recherche, ou transférer la filiale où les profits apparaissent dans un pays où ils sont moins imposés. C'est ainsi que les salariés de plusieurs grandes entreprises allemandes et françaises ont été mis au pied du mur : ou ils acceptent de travailler plus pour le même salaire, ou ils se retrouvent chômeurs. L'arme est imparable : aucun gouvernement ne dispose de lois permettant d'empêcher la délocalisation des emplois ou des bénéfices ; tout gouvernement est menacé de désastre électoral si les médias multiplient les exemples de son impuissance à retenir les emplois dans le pays.

        Après Bosch à Vénissieux, SEB à Vecoux, MT Packaging à Challes et TRW à Bouzonville qui ont obtenu que leur personnel travaille plus longtemps pour le même salaire, le PDG de Hewlett-Packard vient à son tour de sortir le missile de son silo : quelques semaines après avoir annoncé la suppression de 1240 emplois en France, il propose de revoir ce chiffre à la baisse en échange d'une renégociation des accords de RTT. Le gouvernement n'a plus qu'à s'asseoir sur ses lois du travail, devenues anti-compétitives. La vérité économique s'impose finalement.

 

Ceux qui accusent les actionnaires (les « retraités californiens ») de cruauté à l'égard des honnêtes travailleurs français (qui ont donné les meilleures années de leur vie à une entreprise qui rapporte beaucoup de dividendes à ses actionnaires) sont des enfants ! A 8000 km de la France, un retraité qui compte sur ces dividendes pour vivre n'a aucune raison de favoriser - ni même de respecter - les salariés qui travaillent le moins d'heures du monde, tout en coûtant plus cher que leurs homologues d'autres pays moins socialistes. Pour ces retraités, les salariés français doivent s'estimer contents que leur épargne américaine ait créé des emplois en France ; les Français ne doivent pas décourager les Américains d'investir chez eux ou les priver de leurs dividendes, parce qu'ils peuvent en quelques mois aller faire travailler des étrangers.

 

Daniel MARTIN

 

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