La révolution des qualifications

Mise à jour : 30/12/2006

 

Synthèse d'informations issues pour la plupart de l'étude "Chômage : savoir et agir" ce texte précise et explique l'évolution des qualifications dans les années à venir, et la manière de préparer cette évolution.

Il est autant destiné aux personnes en activité qu'aux parents soucieux de l'avenir de leurs enfants.

 

 

Table des matières

 

On demande de plus en plus de personnes de haute qualification.. 1

De moins en moins d'emplois dans l'industrie, de plus en plus dans les services. 2

L'enseignement supérieur n'est pas à la hauteur. 3

Evolution des gains de productivité par tête en France, par secteur d'activité. 4

Gains de productivité et inégalités de revenus. 5

De plus en plus d'emplois menacés de délocalisation.. 8

Certaines activités ne sont pas délocalisables. 9

Une conscience de classe. 9

Les pays en voie de développement détruisent aussi des emplois industriels. 10

Emplois menacés et emplois d'avenir. 11

Une formation tout au long de la vie. 11

Références  12

 

On demande de plus en plus de personnes de haute qualification

Le graphique ci-dessous, issu de [1], montre qu'en un demi-siècle, la proportion d'emplois offerts aux personnes sans diplôme est passée de près de 70 % à 10 % aux Etats-Unis, alors que la proportion d'emplois offerts à chacune des trois autres catégories a augmenté pour atteindre environ 30 % de nos jours.

 

 

 

 

D'où les conclusions suivantes, valables pour la France comme pour les Etats-Unis :

§           Il y a peu d'avenir professionnel pour les personnes sans qualification, qui ont de plus en plus de chances d'être au chômage puisqu'elles ne se verront proposer que 10 % des emplois : manutentionnaires, personnel de nettoyage, etc.

§           Environ 60 % des emplois offerts seront de plus en plus réservés à des personnes de niveau Bac+2 ou supérieur, c'est-à-dire aux travailleurs de « l'économie de la connaissance », ceux qui résolvent des problèmes non-routiniers, créent des idées neuves ou font la synthèse de connaissances.

 

Remarque

Selon l'étude [15], il est de plus en plus difficile de devenir cadre par promotion :

"Entre 1978 et 2001, pour un salarié du secteur privé ou semi-public, la probabilité de devenir cadre par progression de carrière a diminué, alors même que le poids des cadres dans l’économie triplait."

Le diplôme initial a donc une importance de plus en plus grande. En outre, les jeunes diplômés constituent pour les non-cadres candidats à un poste de cadre une concurrence de plus en plus insurmontable. Enfin, il y a de plus en plus une division de la société en classes sociales.

De moins en moins d'emplois dans l'industrie, de plus en plus dans les services

L'évolution de la part de l'emploi total par secteur d'activité en France de 1980 à 2001, est donnée par le graphique suivant, issu de [3] page 10 :

 

 

Evolution des parts de l'emploi total

 

 

Dans ce graphique on a regroupé :

§           dans « l'industrie » les activités de construction, c'est-à-dire le secteur « Bâtiment et travaux publics » (BTP) ;

§           dans « l'agriculture » la sylviculture et la pêche.

 

On voit que les services représentaient en 2001 près de ¾ des emplois, l'industrie un peu moins d'un quart et l'agriculture moins de 5 %. On voit aussi que la part des services croît sans cesse et que celles de l'industrie et de l'agriculture décroissent ; ce phénomène, constaté dans tous les pays avancés, résulte des progrès de productivité.

 

Heureusement, on constate que la création d'emplois dans les services fait plus que compenser la perte d'emplois dans l'industrie ([6] et [8]) : le progrès technique ne crée pas de chômage, au contraire. En fait, le chômage n'augmente que si le PIB baisse.

L'enseignement supérieur n'est pas à la hauteur

Le graphique ci-dessous, issu de [12] page 97, montre qu'à part les pays nordiques l'Europe - et tout particulièrement la France - a un grave manque d'étudiants dans l'enseignement supérieur, d'où un manque de compétitivité par rapport à de nombreux pays concurrents.

 

 

Pourcentage d'étudiants qui continuent leurs études au-delà du secondaire

 

 

Non seulement la France n'a pas assez d'étudiants dans l'enseignement supérieur, mais elle dépense moins par étudiant du supérieur que par étudiant du secondaire, ce qui est aberrant et unique en Europe, Grèce mise à part.

 

Enfin, il y a une grave désaffection pour les études scientifiques à base de mathématiques [13].

Evolution des gains de productivité par tête en France, par secteur d'activité

Voici un graphique issu de [6] page 2 qui permet de mieux comprendre l'évolution des gains de productivité par tête en France, en séparant l'activité industrielle et l'activité de services (tertiaire) et en les regroupant dans l'ensemble de l'économie :

 

 

Evolution des gains de productivité par tête en France par secteur

 

 

On voit que les gains de productivité dans les services sont toujours bien plus faibles que dans l'industrie. Or la part des services dans l'économie (environ 70 %) croît sans cesse (nous venons de le voir), ce qui tend à rapprocher le gain national de productivité de celui des seuls services, et tend à diminuer le rythme de croissance du gain de productivité national.

 

Les progrès de productivité de l'industrie s'expliquent par les phénomènes suivants, les mêmes en France que dans d'autres pays avancés :

§           Mise en œuvre de matériels de plus en plus performants et de technologies toujours plus avancées ;

§           Organisation du travail de plus en plus élaborée, avec moins de pertes de temps, moins de rebuts, stocks réduits au minimum, etc.;

§           Automatisation de plus en plus poussée d'opérations matérielles et de prises de décision grâce à des logiciels de gestion de production, de logistique, etc.;

§           Intégration de plus en plus poussée d'entreprises spécialisées, qui coopèrent à l'étude et la fabrication de biens grâce à des ordinateurs en réseau, d'où des synergies ;

§           Délocalisation d'opérations que l'on peut sous-traiter dans des pays où elles coûtent moins cher ;

§           Etc.

Gains de productivité et inégalités de revenus

La proportion des demandes par les entreprises de travailleurs d'un niveau d'études élevé par rapport à celle des travailleurs de niveau modeste augmente plus vite que le rapport des effectifs de ces deux catégories. Il en résulte une pénurie croissante de personnel de haut niveau, qui se traduit par un rapport entre les rémunérations moyennes de ces deux catégories qui a augmenté depuis 1950. C'est ce que montre le graphique ci-dessus, issu de [1] : aux Etats-Unis, le rapport des rémunérations moyennes est passé de 1.36 à 1.77 en 50 ans, soit une croissance de 30 %.

 

 

 

 

On voit donc que le progrès technique entraîne une évolution des qualifications demandées, qui entraîne à son tour des pénuries sources d'inégalités croissantes de rémunération.

 

Cela se voit sur le graphique suivant, basé sur des « rapports inter-déciles ».

Le rapport inter-déciles entre « rémunération 90 » (10 % seulement des revenus sont supérieurs à cette valeur) et « rémunération 10 » (10 % seulement des revenus sont inférieurs à cette valeur) permet d'évaluer l'inégalité entre revenus élevés et revenus modestes (voir la référence [104] du "Cours d'économie pour citoyens qui votent" et "Inégalités : courbe de Lorenz, indice de Gini").

L'évolution de ce rapport aux Etats-Unis entre 1963 et 1996 est représentée pour les hommes et les femmes par le graphique ci-dessous, extrait de [1].

 

 

 

On voit qu'il a fortement augmenté en 33 ans, de 41 % pour les hommes et de 42 % pour les femmes. Cette croissance des inégalités résulte directement de l'augmentation des qualifications des travailleurs et de l'accroissement de la pénurie relative de travailleurs hautement qualifiés.

 

Cette conclusion est confirmée par le texte suivant, téléchargé d'un site officiel du gouvernement américain [7] :

"L'irruption de la technologie [dans l'économie] est la cause principale de la mise en place progressive [aux Etats-Unis] d'un marché du travail à deux niveaux, dans lequel les travailleurs du niveau inférieur ne disposent pas du niveau d'études et de la qualification professionnelle de ceux du niveau supérieur. De ce fait, les travailleurs les moins qualifiés n'obtiennent pas les augmentations, la couverture médicale et les autres avantages qu'obtiennent ceux de la catégorie supérieure. Depuis 1975, la quasi-totalité des gains de revenu disponible ont été réservés aux ménages qui forment les 20 % du niveau supérieur [c'est-à-dire aujourd'hui des Bac+5]".

 

Cependant, d'après [104], le rapport inter-déciles 90/10 pour l'année 2000 en France métropolitaine est de 28657/5152 = 5.56, donc encore plus élevé qu'aux Etats-Unis en 1996 : la pénurie relative de travailleurs de haut niveau est encore plus forte chez nous qu'aux Etats-Unis.

 

Conclusion :

Dans tous les pays avancés, la croissance des inégalités de qualification et des exigences de technicité de l'économie entraîne une inégalité de revenus croissante.

De plus en plus d'emplois menacés de délocalisation

La Chine (1.3 milliard d'habitants) et l'Inde (1.1 milliard d'habitants) forment plus de scientifiques que les Etats-Unis, le Japon et l'Union européenne réunis [14]. Et comme beaucoup de ces scientifiques sont de bon niveau mais nettement moins bien payés que leurs homologues des pays avancés, leur travail est offert sur le marché mondial à des prix très inférieurs aux nôtres. Les Indiens ont même l'avantage d'avoir fait leurs études en anglais, langue internationale.

 

 

Milliers d'ingénieurs ou équivalents diplômés chaque année
d'après l'UNESCO,
National Science Foundation (USA) et l'Education nationale

 

 

Avec les communications par Internet disponibles partout, il est facile d'organiser des coopérations et des sous-traitances entre pays avancés et l'Asie.

L'exemple de la grande société de services informatiques indienne Infosys [11] est intéressant. Dans l'article "Poor and Mighty" [12], son PDG Nandan Nilekani nous apprend ceci :

"Pendant l'année écoulée, Infosys a reçu 1 300 000 candidatures d'informaticiens pour les 20 000 emplois offerts. Et l'Inde a plus de 1350 écoles d'ingénieurs, délivrant 280 000 diplômes par an. Le pays compte 5.3 millions de diplômés d'université en recherche d'emploi."

En comparaison, en 2002 en France le nombre total de diplômes de maîtrise + DEA + école d'ingénieurs a été de 148 718, toutes disciplines confondues ("Tableaux de l'économie française 2005-2006" de l'INSEE, page 61).

 

Déjà, de grandes sociétés comme Microsoft et IBM ont installé des centres de R&D en Chine et en Inde, et des hôpitaux américains sous-traitent l'interprétation des électrocardiogrammes à des cardiologues indiens, qui les reçoivent et renvoient les résultats par Internet. La Chine a envoyé deux fois des hommes dans l'espace, ce que l'Union européenne ne peut pas faire. On peut multiplier les exemples…

 

Non seulement ces deux pays peuvent fabriquer bien des produits industriels moins cher que nous, ce qui permet des sous-traitances et des délocalisations d'emplois de production, mais ils peuvent et ils pourront de plus en plus nous prendre des emplois qualifiés et très qualifiés.

        Et de plus en plus, au sein même de l'Union européenne, des pays de l'Europe centrale et orientale sont dans le même cas. Je connais un couple d'universitaires roumains, docteurs en mathématiques tous deux, dont les travaux sont si avancés qu'ils font des conférences dans tout le monde… et qui gagnent chacun moins de 400€ par mois.

 

Si la France s'arrange pour empêcher ou freiner les délocalisations, ses concurrents de l'Union européenne, des Etats-Unis ou du Japon en profiteront, utilisant ensuite les coûts plus bas ainsi obtenus pour nous prendre des parts de marché : on ne peut pas s'opposer à la mondialisation avec des barrières, on ne peut que faire face aux concurrents pour les battre en étant meilleurs.

        Ce sujet est développé dans le tome 2 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent" et dans le texte "La France obligée d'innover sans cesse".

Certaines activités ne sont pas délocalisables

En fait, il y a des emplois qui ne peuvent être sous-traités ou délocalisés. Exemples :

§           Les services nécessairement locaux : garagistes, jardiniers, médecins, enseignants, hôteliers, guides de touristes, etc.

§           Les activités à fort contenu culturel, accessibles seulement à des gens connaissant bien la France.

C'est ainsi que les arguments promotionnels utilisés par un spécialiste du marketing ne sont pas les mêmes en France qu'en Allemagne. Pour vendre une voiture ou un service d'accès Internet à haut débit à des Français on vante ses avantages d'économie et on en montre des photos avec une jolie femme ; pour vendre la même voiture ou le même service à un Allemand, on insiste sur leur avance technologique et on donne des chiffres.

On ne peut pas délocaliser ou sous-traiter hors de France une campagne de marketing, ni le cahier des charges d'un logiciel d'huissiers de justice.

Une conscience de classe

Nous avons vu qu'un niveau initial d'études élevé est de plus en plus une condition d'accès à un statut de cadre. Nous allons à présent étendre cette constatation à la notion de division de la société en classes sociales résultant d'une différence initiale de niveau d'études.

 

On constate que les personnes de haut niveau culturel n'arrivent pas à avoir des discussions sérieuses avec des personnes de niveau culturel très inférieur. Ceci se produit aussi bien en matière de culture générale qu'en matière de culture spécialisée :

§           Une personne ayant une culture générale étendue ne peut pas discuter sérieusement d'un sujet culturel avec quelqu'un de peu cultivé ;

Exemple : le texte "L'existentialisme est un humanisme" de Sartre traite de sujets qui intéressent beaucoup de gens, comme "l'existence de Dieu", et "la liberté et la responsabilité de l'homme" ; mais il suffit de le lire pour comprendre qu'un débat sur son sujet n'est à la portée que de gens qui ont déjà un certain niveau de culture philosophique et littéraire.

§           Un physicien BAC+6 ne pourra échanger que des banalités avec un littéraire ou une personne quelconque de niveau BAC ;

§           La plupart des politiciens, étant peu compétents en économie, ne peuvent discuter sérieusement avec des économistes et proposent des solutions économiques conformes à leur idéologie ou à leurs préjugés, mais pas aux lois de l'économie.

 

Les cadres qui ont des responsabilités importantes, dans des entreprises comme dans les services publics, ont tendance à ne s'associer qu'avec d'autres personnes comme elles : même culture et si possible mêmes études, langue commune, même approche des problèmes.

 

C'est pourquoi en France l'Etat est dominé par des énarques, et les grandes entreprises privées par des diplômés des grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs.

        C'est pourquoi dans les multinationales on ne trouve que des dirigeants parlant anglais, munis d'un diplôme de classe internationale (Harvard et autres universités américaines de la "Ivy League", London School of Economics, etc.) On voit extrêmement peu de Japonais ou de Chinois recrutés aux Etats-Unis ou en France à un poste de direction, car les occidentaux ne comprennent pas leur culture et sont mal à l'aise avec eux. Ils n'arrivent donc pas à se sentir en confiance avec ce genre d'étranger, et ces étrangers ne nous comprennent pas assez pour penser comme nous et prévoir nos réactions.

 

Une élite internationale anglophone est donc de plus en plus aux commandes des multinationales ; le pouvoir de ses membres est immense et croît très vite. Ils sont très au-dessus des autres "Bac+5", pour les responsabilités comme pour les salaires. Ce sont des gens qui ne comptent pas leurs heures de travail, prennent un avion plusieurs fois par mois, ont une faculté d'absorption et de mémorisation de données hétérogènes hors du commun, etc. Et ils ont une conscience de classe, celles de membres de la "Jet-set".

Les pays en voie de développement détruisent aussi des emplois industriels

Les progrès de productivité dans l'industrie sont rapides dans tous les pays. Et partout leur effet est le même : on produit davantage avec moins de travailleurs. La Chine, l'Inde et le Brésil sont aussi concernés que les Etats-Unis, le Japon ou la France.

 

Selon [9], la croissance de la productivité entre 1995 et 2002 a détruit 15 % des emplois de fabrication en Chine, contre 11 % aux Etats-Unis, 16 % au Japon et 20 % au Brésil : tous les pays sont concernés, la France n'y échappera pas plus que les autres.

Emplois menacés et emplois d'avenir

En fait, tous les emplois dont l'activité est répétitive et le contenu créatif faible sont voués à une réduction dans les années qui viennent, pas seulement les emplois liés à la fabrication. Ces emplois menacés par les progrès de l'informatisation et des communications en réseau ont en commun un apprentissage assez rapide, en un à deux ans maximum, par des personnes au niveau approximatif du Bac.

 

Au contraire, les emplois qui se développeront au point de créer une pénurie croissante sont ceux où il faut résoudre des problèmes en faisant preuve d'aptitudes :

§           A comprendre les problèmes même s'ils sont nouveaux, ce qui exige une bonne culture générale (niveau Bac+5) et l'habitude d'apprendre très vite ;

§           A trouver les bonnes informations dans l'entreprise, chez des fournisseurs d'informations spécialisés ou sur Internet ;

§           A en faire rapidement une synthèse, même lorsqu'elles appartiennent à des disciplines différentes comme la finance et le commercial, ou la biologie et l'électronique ;

§           A trouver des solutions innovantes aux problèmes inattendus qui surviennent ;

§           A travailler en équipe avec des gens de profils et responsabilités différentes, en participant à des réunions en anglais et en rédigeant dans cette langue, etc.

 

En résumé, l'évolution des postes offerts par niveau d'études est celle donnée par le graphique précédent, où on voit que 60 % des emplois seront de plus en plus au niveau Bac+2 et au-dessus, dont la moitié au niveau Bac+5. Du reste, une tendance actuelle est d'aller souvent jusqu'à Bac+6, comme c'est le cas par exemple à l'Ecole Polytechnique et à l'ENS.

 

La préoccupation de niveau ne doit pas occulter celles de profession et de spécialisation : de plus en plus, avoir une profession et une spécialisation pointue sera indispensable au moins en début de carrière, mais elles ne prendront toute leur valeur qu'en plus d'une solide culture générale. Par la suite, les aptitudes au management deviendront chez certains l'atout principal.

Une formation tout au long de la vie

Une autre caractéristique des emplois du futur est l'intensification de la concurrence. Quels que soient le niveau et la responsabilité atteints, une personne sera sans cesse en concurrence avec d'autres pour l'emploi qu'elle occupe et pour ceux qu'elle souhaite occuper.

 

Indépendamment de la concurrence, l'évolution incessante des activités due à la mondialisation et aux progrès techniques multipliera les risques de perte d'emploi. Même un salarié en tout point admirable peut être licencié par une entreprise qui dépose son bilan ou se fait racheter.

 

Au niveau personnel, la seule manière de se prémunir contre le risque de chômage est de faire régulièrement un bilan d'employabilité et de se former à une autre spécialisation ou à un niveau professionnel plus élevé, pour pouvoir retrouver un emploi si nécessaire.

        Au niveau du gouvernement, cela implique la mise en place de services publics d'employabilité, en même temps que d'efforts pour amener 60 % d'une classe d'âge au niveau Bac+2, au lieu du niveau Bac actuel. Ces points sont développés dans le texte "Propositions pour améliorer l'employabilité".

 

 

Daniel MARTIN

 

 

Références

[1]   Katz - "Technological Change, Computerization and the Wage Structure" (May 1999http://post.economics.harvard.edu/faculty/katz/papers/lkdig2.pdf

 

[2]   Secteurs d'activité de l'économie

La classification des activités économiques et de leur valeur ajoutée (PIB) peut se faire de diverses manières.

§           Selon la nature de l'activité : on distingue l'agriculture (secteur primaire), l'industrie (secteur secondaire) et les services (secteur tertiaire).

§           Selon que l'activité est rentable ou non :

·            Le PIB marchand est produit par le secteur marchand de l'économie, qui regroupe les activités générant des bénéfices et ne nécessitant donc pas de subvention pour survivre ;

·            Le PIB non marchand est produit par le secteur non marchand, où le financement de la production ne dépend pas exclusivement de la vente des produits sur le marché, mais est partiellement assuré par des contributions obligatoires (impôts, taxes) ou volontaires (dons, cotisations).

Le secteur non marchand comprend le secteur public et le secteur associatif (où des associations emploient des salariés payés en partie par des dons et des subventions).

§           Selon l'intervention ou l'absence de d'intervention de l'Etat : on distingue alors secteur privé et secteur public.

 

[3]   INSEE - "La France en bref" (édition 2003) texte téléchargé le 27/01/2005 de http://www.insee.fr/en/ffc/intfrcbref.pdf

 

[4]   Définitions relatives à la productivité

§           La productivité est définie comme le rapport entre la production d’un bien ou d’un service et l’ensemble des intrants nécessaires pour le produire.

·            La productivité physique est le quotient d'une quantité de bien produite par la quantité de travail nécessaire pour la produire. Exemple : la productivité dans l'industrie automobile est de 20 voitures par ouvrier et par an (chiffre non garanti, cité à titre d'exemple).

·            La productivité en valeur est le quotient de la valeur produite par le coût de cette production. Exemple : la productivité d'un ouvrier chinois est de $10 par jour (productivité par salarié) ou de $1.10 par heure (productivité par heure de travail).

§           Productivité d'un facteur (travail ou capital) : c'est le rapport entre la valeur de la production permise par son utilisation et la quantité utilisée de ce facteur.

Pour l'ensemble d'un pays, elle se mesure par exemple en euros dépensés par heure de travail (moyenne), ou en euros de biens ou services produits par millions d'euros de capital employé pendant un an.

§           Productivité de la main d'œuvre d'un pays : c'est la valeur ajoutée moyenne (euros, dollars, etc.) :

·            d'une heure de travail (productivité horaire de la main d'œuvre) ;

·            d'un travailleur pendant une année (productivité annuelle par salarié), appelée aussi productivité par tête ;

Ces valeurs ajoutées se calculent à partir du PIB, qui est une valeur ajoutée. Lorsqu'on ne déduit pas de la valeur ajoutée la « consommation de capital fixe », la productivité est dite apparente.

Le rapport du Sénat [5] donne (tableau ci-dessous) une idée de l'évolution de la croissance de la productivité par tête et de la productivité par heure dans le secteur marchand non agricole.

 

 

Productivité dans le secteur marchand non agricole

1983-1990

1990-1995

1995-2002

par tête

2.5

1.0

0.6

par heure

2.4

1.6

1.8

Evolution comparée de la croissance de la productivité en  % par an

 

 

L'évolution de la productivité par tête en France depuis 1972 est donnée par le graphique suivant, où on remarque sa forte baisse due à la mise en œuvre de la RTT (35 heures) :

 

 

 

 

La productivité mesure l'efficacité d'une économie. Elle dépend des facteurs suivants :

§           La qualification et l'habileté de la main d'œuvre ;

§           Le capital mis en œuvre pour mécaniser le travail (investissement productif) ;

§           La « productivité globale des facteurs », qui est un coefficient multiplicateur de la productivité qui rend compte de l'efficacité de la combinaison du travail et du capital.

Par exemple, un accroissement global de productivité par emploi de 1990 à 1995 de 1.55 % peut s'expliquer par des croissances respectives :

·            du capital mis en œuvre de 1.68 %;

·            de la durée du travail de -0.14 %;

·            de la productivité globale des facteurs de 0.01 %

(1.68 - 0.14 + 0.01 = 1.55).

 

Pour comparer les productivités dans divers pays, on les rapporte toutes à un pays de référence (les Etats-Unis dans l'exemple ci-dessous) et on les exprime en pourcentages de celles du pays de référence.

 

Exemple: "Labour productivity as a percentage of the United States level, total economy, 2001" téléchargé le 28/10/2004 de http://www.ilo.org/public/english/employment/strat/kilm/kilm18.htm

 

Productivité moyenne du travail en % de celle des Etats-Unis en 2001

 

 

L'étonnante productivité de la Norvège s'explique en grande partie par son industrie pétrolière, qui représente 18 % du PIB alors qu'elle emploie fort peu de main d'œuvre.

 

La France, mieux placée en productivité par heure travaillée que les Etats-Unis en 2001, est moins bien placée depuis 2003, du fait de l'importante croissance de la productivité américaine.

 

Un pays qui a une main d'œuvre bon marché risque d'être peu compétitif si la productivité de sa main d'œuvre est faible. C'est ainsi, par exemple, que la tonne de blé produite en France coûte moins cher que la tonne de blé produite en Chine, malgré l'énorme différence de coût de main d'œuvre : la productivité par homme est très supérieure en France ; l'ouverture des frontières amènera la Chine à importer du blé, qui coûte moins cher sur le marché mondial, réduisant ainsi au chômage des centaines de millions d'agriculteurs, obligés de passer dans l'industrie.

 

[5]   SENAT - Rapport "QUELLE PRODUCTIVITÉ À MOYEN TERME OU LA QUESTION DU CONTENU DE LA CROISSANCE EN EMPLOIS ?", téléchargé le 17/11/2005 de http://www.senat.fr/rap/r04-070/r04-0705.html

 

[6]   ASSEDIC - L'enrichissement de la croissance en emploi (décembre 2004)

http://www.assedic.fr/assurance_chomage/travail/documents/pstatis07.pdf

 

D'après ce document, de 1993 à 2003 le tertiaire a créé 2 600 000 emplois tandis que l'industrie en perdait 200 000.

 

[7]   CIA World Factbook 2005, données sur les USA téléchargé le 27/12/2005 de http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/us.html#Econ

"The onrush of technology largely explains the gradual development of a "two-tier labor market" in which those at the bottom lack the education and the professional/technical skills of those at the top and, more and more, fail to get comparable pay raises, health insurance coverage, and other benefits. Since 1975, practically all the gains in household income have gone to the top 20% of households."

Traduction :

"L'irruption de la technologie est la cause principale de la mise en place progressive d'un marché du travail à deux niveaux, dans lequel les travailleurs du niveau inférieur ne disposent pas du niveau d'études et de la qualification professionnelle de ceux du niveau supérieur. De ce fait, les travailleurs les moins qualifiés n'obtiennent pas les augmentations, la couverture médicale et les autres avantages qu'obtiennent ceux de la catégorie supérieure. Depuis 1975, la quasi-totalité des gains de revenu disponible ont été réservés aux ménages qui forment les 20 % du niveau supérieur".

 

[8]   US Department of Labor - "Industry output and employment projections to 2014" (November 2005) http://www.bls.gov/opub/mlr/2005/11/art4full.pdf

 

Extrait du tableau page 46 :

 

 

Secteur d'activité

Milliers d'emplois créés

% du total des emplois

Croissance annuelle (%)

1994-2004

2004-2014

1994

2014

1994-2004

2004-2014

Industries de
fabrication

-2 691

-777

13.2 %

8.2 %

-1.7 %

-0.6 %

Services

+18 082

+18 715

71.4 %

78.5 %

1.8 %

1.6 %

Evolution comparée des emplois aux Etats-Unis de 1994 à 2014

 

 

On voit que l'industrie de fabrication a perdu près de 2.7 millions d'emplois en 10 ans et en perdra encore 777 000 jusqu'en 2014. Mais les services ont créé 18 millions d'emplois de 1994 à 2004 et en créeront 18.7 millions de plus jusqu'en 2014 !

 

[9]   Robert B. Reich, professeur de politique sociale et économique à Brandeis University et ancien ministre du Travail (Secretary of Labor) de l'administration Clinton.

 

[10] Ivy League : c'est un groupe d'universités prestigieuses du nord-ouest des Etats-Unis. Les voici, chacune suivie de son année de fondation : Harvard (1636) ; Yale (1701) ; Pennsylvania (1740) ; Princeton (1746) ; Columbia (1754) ; Brown (1764), Dartmouth (1769), MIT (1861) et Cornell (1865).

 

[11] The Economic Times (Inde) article "Infosys revenues tops $1bn in H1 itself" (12 octobre 2005) texte téléchargé le 18/01/2006 de http://economictimes.indiatimes.com/articleshow/1260388.cms

Infosys est une société de services en informatique indienne en croissance vertigineuse (31 % par an), dont le chiffre d'affaires vient de dépasser $2 milliards par an.

 

[12] Newsweek, numéro spécial "The Knowledge Revolution" de décembre 2005 - février 2006

 

[13] Le Figaro du 08/09/2005, article "La désaffection pour les matières scientifiques", extrait :

"Les études de santé mises à part, les nouveaux bacheliers s'inscrivant en licence scientifique sont passés de 40 % en 1995 à 26 % à la rentrée 2004. Autre chiffre alarmant : seules 2 bachelières S sur 10 choisissent de poursuivre leurs études en sciences."

 

L'INSEE donne également une proportion alarmante pour 2003-2004 dans "Tableaux de l'économie française 2005-2006" page 61 : le nombre d'étudiants en "sciences fondamentales et applications" est de 183 200 sur un total de 1 311 943 étudiants en universités hors IUT, c'est-à-dire 14 %.

 

Voir aussi le paragraphe "Le budget de l'enseignement supérieur sacrifié à celui des 35 heures"

 

[14] Dans son article "Sputnik was nothing" publié dans [12] page 98, l'ancien PDG d'IBM Louis Gerstner écrit :

"La Corée du Sud, dont la population est le sixième de celle des Etats-Unis, forme chaque année autant d'ingénieurs ; la Chine en forme 4 fois plus et l'Inde 5 fois plus."

 

[15] INSEE - De la difficulté à devenir cadre par promotion (janvier 2006) http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP1062.pdf

 

 

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