Chômage : savoir et agir
Mise à jour : 03/06/2007
Une étude de Daniel MARTIN
Objectifs
Les Français sont à juste titre fiers de leur culture et de ce qu'ils ont apporté à la démocratie au cours des siècles passés. Mais leur manque de culture économique est aussi énorme et flagrant que leur histoire est admirable. Ne connaissant rien à l'économie, les citoyens ont des attentes irréalistes concernant l'emploi et le niveau de vie, leurs deux principales préoccupations. Et de nombreux politiciens qui sollicitent leurs suffrages en profitent pour faire des promesses irréalistes et proposer des mesures économiquement aberrantes.
Voici quelques exemples de promesses et de mesures que la majorité des Français croyaient valables et qui sont des absurdités économiques dont j'explique le mécanisme dans l'étude :
§ Gagner plus sans travailler plus : la relance à contretemps du Premier ministre Pierre Mauroy en 1981-82, qui s'est terminée par un désastre : 3 dévaluations dont deux en moins d'un an, et la France endettée et ridiculisée. Pourtant n'importe quel économiste pouvait prévoir le résultat, documenté depuis des décennies ;
§ Maintien systématique du pouvoir d'achat quels que soient les progrès de la productivité. Or si un pays augmente le pouvoir d'achat plus que la production, il ne récolte que l'inflation ; et s'il le fait par augmentation des dépenses de l'Etat, c'est-à-dire par déficit budgétaire, il augmente la dette publique à la charge des générations suivantes ;
§ Augmentation annuelle autoritaire du SMIC, c'est-à-dire du salaire minimum de millions de travailleurs, sans se préoccuper de ce qu'ils peuvent rapporter aux entreprises. Beaucoup de salariés deviennent ainsi trop chers. Ces mesures empêchent certaines entreprises d'embaucher et les encouragent à délocaliser.
Aucune économie ne peut se permettre de faire croître les salaires plus vite que la productivité, qui progresse d'environ 1,8 % par an. Or le gouvernement Raffarin a aligné les SMICs vers le haut, avec des augmentations pouvant atteindre 11 %...
§ Création d'emplois pérennes par une politique volontariste du gouvernement, alors que celui-ci ne peut créer que des emplois de fonctionnaire et des emplois aidés, aux frais des contribuables, donc impossibles à pérenniser car ce serait à la fois trop coûteux et injuste pour ceux qui paient.
Les seules mesures favorables à l'emploi qu'un gouvernement peut prendre produisent leurs premiers effets à moyen terme, c'est-à-dire après les élections. Et leur coût politique est élevé, car elles demandent des sacrifices à des groupes de citoyens qui ont du poids électoral. Sachant les électeurs ignorants de ces réalités, les gouvernements successifs ne se sont préoccupés ni de les informer, ni de mesures à moyen terme. Pourtant des pays comme le Canada et la Suède en ont pris et s'en trouvent bien mieux que nous.
Ces erreurs politiques et bien d'autres s'expliquent par la seule ignorance des contraintes économiques, contraintes qu'aucun politicien n'explique jamais. N'ayant jamais vu un membre du gouvernement prendre une heure à la télévision pour expliquer ces problèmes, je comprends que les citoyens les ignorent. Lorsqu'ils parlent, les politiciens au pouvoir ne font que des promesses d'amélioration qui ne se concrétisent jamais.
Exemple : le chômage s'est mis à croître en 1974, au lendemain du 1er choc pétrolier, a atteint 10 % en 1984 et n'est plus jamais redescendu en dessous de 8.6 %; François Mitterrand s'en désolait en disant « On a tout essayé ! » Les Français en déduisent que les gouvernants, droite et gauche confondues, sont incapables de faire baisser le chômage, et ils ne croient plus leurs promesses.
Il est donc temps de parler aux citoyens, de leur exposer les contraintes économiques auxquelles nul pays n'échappe, de leur expliquer pourquoi en 2004 les Etats-Unis ont créé 22 fois plus d'emplois à population égale que la France, et ce que la France peut faire pour s'en sortir si elle veut bien s'en donner la peine. C'est le but de cette contribution, qui est une étude consacrée à la première préoccupation des Français, le chômage.
Cette étude constitue un exposé, très complet mais facile à lire, des raisons du chômage et des fautes de gouvernance qui y ont conduit et y conduisent encore. Ses arguments ne sont ni de gauche ni de droite, ce ne sont que des vérités économiques. Des vérités incontestables, basées exclusivement sur des documents officiels (INSEE, UNEDIC, OCDE, rapports et études demandés par le gouvernement, etc.) accessibles sur Internet avec des liens fournis.
A partir de statistiques officielles et de comparaisons de la France avec d'autres pays avancés, un ensemble de déductions simples permet de définir les actions nécessaires pour redresser la situation. L'étude fait la synthèse des préconisations d'environ 150 textes officiels, tous remarquablement d'accord entre eux.
Je souhaite vivement que les élus à qui je la destine en priorité y trouvent un exposé des faits et un argumentaire, qu'ils pourront utiliser pour leurs propres propositions et pour parler aux Français. C'est le sens de ma contribution.
Fiche descriptive
§ Décrire le chômage, notamment en chiffres ;
§ en expliquer les causes par des erreurs de gouvernance et des comparaisons avec d'autres pays ;
§ suggérer des décisions politiques pour lutter contre le chômage.
Elus et citoyens qui veulent :
§ se faire une opinion de la situation de la France et de sa politique en matière d'emploi, notamment avec des comparaisons internationales ;
§ savoir quelle politique demander à ceux qui sollicitent leur opinion et leurs suffrages.
§ Tous les faits, toutes les statistiques résultent de textes officiels accessibles sur Internet en cliquant sur les liens fournis.
§ Cette étude de plus de 200 pages contient plus de :
· 50 graphiques ;
· 30 tableaux ;
· 160 textes officiels cités.
§ L'étude est une synthèse de ces textes officiels, réalisée par Daniel MARTIN en toute indépendance et sans rémunération.
§ La publication sur Internet permet d'utiliser des liens hypertexte pour compléter ou justifier les affirmations, et facilite les mises à jour. Celles-ci auront lieu approximativement toutes les deux ou trois semaines.
§ La situation de l'emploi en France est mauvaise en comparaison de celles de beaucoup de pays avancés.
§ Analyse qualitative, causale et chiffrée des 3 types de chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel.
§ Chômage caché et incitations à l'inactivité.
§ Indemnisation du chômage et minima sociaux.
§ Politique et législation de l'emploi ; comparaison avec d'autres pays.
§ Les chiffres d'un secteur public pléthorique et coûteux.
§ Propositions argumentées :
· Protéger plus l'employabilité, et moins l'emploi.
· Comment augmenter la création d'emplois.
Note de lecture
Dans ce texte, les citations sont en retrait et en italique, leur source est accessible par un lien hypertexte comme celui-ci : [3].
Certains termes et les affirmations justifiées ailleurs sont soit des liens hypertexte comme « population active », soit suivis d'un numéro de référence formant lien comme « INSEE [27] ».
Table des matières
1. Une situation déplorable qui perdure
1.1 Comparaison du chômage français avec celui d'autres pays
1.2 Relation entre croissances du PIB et de l'emploi
1.2.1 La croissance du PIB entraîne celle de l'emploi
1.2.2 Pourquoi la croissance de l'emploi est en retard sur celle du PIB
1.2.3 Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?
1.2.4 Consommation et investissements sont les seules sources d'emplois marchands
1.2.5 La croissance du PIB est indispensable à celle de l'emploi
1.2.6 Comment faire baisser le chômage sans croissance du PIB
1.2.7 Les effets pervers des emplois subventionnés
1.2.7.1 La France vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies
1.2.8 Une croissance faible ne suffit pas pour faire baisser le chômage
1.2.8.1 Prise en compte de la croissance de la population
1.2.8.2 Prise en compte de la croissance de la productivité
1.2.8.3 Calcul du PIB par habitant d'un pays - Niveau de vie moyen
1.2.8.4 Croissance naturelle de la productivité
1.2.9 PIB par habitant, taux d'emploi et nombre d'heures de travail par an
1.2.9.1 Effet des "35 heures" sur la productivité
1.2.9.2 Evolution de la croissance et de la productivité en 2004 et 2005
1.2.10 Conclusions sur le volume de travail
1.2.10.1 Le nombre annuel d'heures de travail en France est un des plus faibles !
1.2.10.2 Effet sur le PIB de la croissance du nombre total d'heures de travail
1.2.11 La productivité ne tue pas l'emploi, elle le favorise
1.3 Peut-on travailler davantage ?
1.3.1 Les salariés en sous-emploi
1.3.2 Les entreprises qui cherchent des salariés sans en trouver
1.4 La discrimination à l'embauche
2.1 Définition administrative du chômage
2.2.1 Renouvellement naturel des produits et instabilité de l'emploi
2.2.1.1 Création et destruction d'emplois
2.2.1.2 Fins de contrat de travail sans destruction d'emploi
2.2.1.3 L'instabilité de l'emploi progresse, mais pas l'insécurité
2.2.2 Le flux considérable des transitions entre deux emplois
2.2.3 La désinformation des citoyens sur ce phénomène
2.2.4 Créations et disparitions d'entreprises
2.2.5 Conséquence sur la politique de l'emploi
2.2.6 L'importation de main d'œuvre
2.2.7 Cas particulier de chômage frictionnel : le chômage saisonnier ou intermittent
2.3.2 Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante
2.3.2.1 Secteur des services - Directive Bolkestein
2.3.3.1 Relance par la consommation (dite « keynésienne »)
2.4 L'impuissance de l'Etat à obtenir des résultats rapides
2.5 Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de Phillips. NAIRU
2.5.1 Implications de l'équilibre NAIRU sur la lutte contre le chômage
2.6 Mesures non keynésiennes pour l'emploi
2.7.2 Les causes du chômage structurel français
2.7.2.1 Le manque total de qualification
2.7.2.4 Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres
2.7.2.5 Le manque de mobilité géographique et professionnelle
2.7.2.7 Une législation et une gouvernance inadéquates créent du chômage
2.7.3 Comment faire baisser le chômage structurel ?
2.7.4 Ce que les travailleurs peuvent faire
2.7.4.1 Le manque de qualification
2.7.4.2 L'obsolescence de plus en plus rapide des qualifications
2.7.4.3 L'indispensable formation scolaire initiale
2.7.5 Apprentissage et effort public d'information sur les métiers
2.7.6 Le contrat de transition professionnelle (CTP)
2.7.7 La répartition par niveau de fin d'études en France est inadéquate
2.7.8 Plus de formation ne suffit pas pour combattre le chômage
2.7.9 Quelle politique face aux inégalités de revenus ?
2.7.10 Interventions de l'Etat dans le secteur marchand
2.7.10.1 Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés
2.7.10.2 Plus de 1100 entreprises contrôlées par l'Etat
2.7.11 Interventions de l'Etat pour favoriser le développement économique
2.7.12.1 Impôt sur les sociétés et taxe professionnelle
2.7.12.2 Impôts sur le revenu et les stock-options
2.7.12.3 Impôts et services publics
2.7.12.4 Impôts et respect des citoyens
2.7.13 Législation du travail pénalisante
3.1 Les incitations à l'inactivité
3.1.1 Incitation à cesser de travailler pour avoir des enfants
3.1.2 Découragement et incitations à l'inactivité des seniors
3.2 Le poids colossal des préretraites
3.2.1 Un taux d'emploi des seniors particulièrement bas en France
3.2.2 Pourquoi les préretraites
3.2.3 Nombre de personnes en préretraite ou dispensées de recherche d'emploi
3.2.4 Coût annuel des dispositifs de préretraite
3.2.5 Exemples de textes législatifs ou réglementaires favorisant l'inactivité
3.3 Durée annuelle du chômage et stabilité de l'emploi
3.4.1 Commencer à travailler le plus tard possible
3.4.2 Conclusion : les handicaps des jeunes
3.4.4 Parcours d'insertion des jeunes sortant du système éducatif
3.4.5 Probabilité pour un jeune de perdre son emploi
3.4.6 Conclusions sur la sortie des jeunes du chômage
3.4.7 Les jeunes qui ont peur et protestent contre la société libérale
4. Minima sociaux et incitations pécuniaires au travail
4.1 Le Revenu minimum d'insertion (RMI)
4.1.1 Rappels concernant le RMI
4.1.2 Quelques chiffres concernant le RMI
4.1.3 Effets pécuniaires pervers du RMI
4.1.4 Efforts de réduction des trappes à inactivité - Gaspillage de la PPE
4.1.4.1 L'opinion de la Cour des Comptes début 2006
4.2 Le Revenu minimum d'activité (RMA)
4.3 La Prime de retour à l'emploi
4.4 Conclusions sur l'incitation financière à retravailler
4.5 L'Allocation de Parent Isolé (API)
4.6 Allocation de Solidarité Spécifique (ASS)
5. La politique française de l'emploi
5.1 Définition d'une politique de l'emploi
5.2 Classement des mesures pour l'emploi par l'OCDE
5.2.2 Mesures passives - Traitement social du chômage
5.2.2.1 L'indemnisation du chômage
5.3 Coût des mesures actives ou passives
5.3.3 Les coûts, en France et dans le monde
5.3.4 Coût relatif des emplois subventionnés par rapport au chômage
5.3.4.1 Effets pervers des mesures passives contre le chômage
5.3.4.2 Effets pervers de l'indemnisation généreuse du chômage
5.3.4.3 Des allocations qui peuvent durer très, très longtemps
5.3.5 L'économie française : une machine à créer du chômage
5.3.6 Limites d'une politique économique due à la mondialisation
5.4 Accès à la formation professionnelle
5.4.1 Les divers types d'action de formation
5.4.2 Les bilans de compétences et la validation des acquis de l'expérience
5.4.3 La formation permanente.
5.4.3.1 Inégalités d'accès à la formation permanente
5.4.3.2 Le manque de motivation pour la formation permanente
5.4.3.3 Le manque de sérieux de certains stagiaires
6. Secteurs d'activité économique et chômage
6.1 Le poids excessif du secteur public français
6.1.2 Effectifs de la fonction publique et agents assimilés : près de 7 millions
6.1.2.1 Effectifs de la fonction publique d'Etat en 2006
6.1.2.2 Près de 7 millions de fonctionnaires et assimilés
6.1.2.3 Evolution de l'emploi public, sureffectifs et opacité
6.1.3 Les entreprises publiques, ou l'Etat qui fait des affaires
6.2 Emplois privés offerts mais non pourvus
6.2.1 Entreprises qui ne trouvent pas les salariés qu'elles cherchent
6.2.1.1 Il y a et il y aura toujours des embauches
6.2.1.3 La fluidité du marché du travail
6.2.1.4 Fluidité et employabilité
6.2.1.5 Conclusion sur les emplois privés offerts mais non pourvus
6.2.2 Salariés qui n'acceptent pas les emplois offerts
6.2.2.1 Le problème de mobilité géographique et professionnelle
6.2.2.2 Le problème de rémunération
6.3 Pourquoi n'y a-t-il pas davantage d'emplois offerts ?
7.1.1 Investissements étrangers
7.1.1.1 Intérêt des investissements étrangers
7.1.1.2 Point de vue d'un investisseur étranger
7.1.2 Relation entre législation du travail et plein emploi
7.1.2.1 L'indispensable flexibilité
7.1.2.2 Gestion anticipée des emplois : une absurdité colossale !
7.1.3 Comparaison de la France avec les autres pays
7.1.3.1 Relation entre protection de l'emploi et chômage dans les pays de l'OCDE
7.2 La complexité du système d'aide au retour à l'emploi
7.3.1 Deux types de protection de l'emploi : droits individuels et valeur sociale
7.3.1.1 Définitions économiques des valeurs privée et sociale d'un emploi
7.3.1.2 Sources des différences entre valeur privée et sociale de l'emploi
7.3.1.3 La législation ne prend pas en compte le coût social d'un licenciement
7.3.2 Instabilité et insécurité de l'emploi
7.3.3 Licenciements individuels
7.3.4 Emplois surprotégés CDI et emplois précaires CDD et intérim
7.3.6 Tuer l'emploi en le protégeant
7.3.6.1 Définition du licenciement pour motif économique
7.3.6.2 Esprit de la législation française du travail
7.3.6.4 Le préavis, tout le préavis mais rien que le préavis
7.3.6.5 Un seul type de contrat de travail
7.3.6.6 Depuis longtemps, tous les gouvernements de la France ont ignoré les lois de l'économie
7.3.6.7 Des procédures de licenciement économique extrêmement contraignantes
7.3.6.8 L'obligation de réindustrialiser dans le bassin d'emplois
7.3.6.9 Haro sur les entreprises prospères
7.3.6.10 Droite et gauche, même aveuglement idéologique
7.3.6.11 Comment les entreprises contournent les lois anti-licenciements
7.3.6.12 Conclusion sur le licenciement économique
7.3.7 Le mythe de l'emploi créé de toutes pièces
7.3.8 La peur du chômage des Français
7.4.1 Régimes d'assurance chômage et de solidarité
7.4.2 Financement des deux régimes
7.4.3 Durées observées de chômage indemnisé
7.4.4 Critique des durées d'indemnisation du chômage
7.4.4.1 Comparaison des « modèles » scandinave, britannique et français
7.4.4.2 Durées maximum d'indemnisation du chômage
8.1 Proposition : protéger l'employabilité au lieu de l'emploi
8.2 Propositions pour augmenter la création d'emplois
8.2.1 Politiques qui favorisent la consommation en France
8.2.1.1 Accroître les revenus disponibles des particuliers
8.2.1.2 Diminuer les interventions de l'Etat dans l'économie
8.2.1.3 Proposer des produits ou services innovants
8.2.2 Propositions pour accroître la compétitivité des entreprises
8.2.2.1 Politique de compétitivité des pouvoirs publics européens, nationaux ou régionaux
8.2.2.2 Politique de compétitivité d'une entreprise
8.2.3 Propositions pour la croissance du PIB
8.2.3.1 Faire un gros effort en faveur de l'innovation
8.2.3.3 Remettre en ordre nos finances publiques
8.2.3.5 Effets d'une réduction des embauches de fonctionnaires
8.4 Stratégies ministérielles de réforme (SMR)
Ce chapitre examine la relation, en France, entre stagnation du PIB et chômage.
Voici un tableau des taux de chômage dans l'Union européenne à 25 en 2005 :
|
Pays de l'UE25 |
Taux de |
|
Allemagne |
9.5 |
|
Autriche |
5.2 |
|
Belgique |
8.4 |
|
Chypre |
5.3 |
|
Danemark |
4.8 |
|
Espagne |
9.2 |
|
Estonie |
7.9 |
|
Finlande |
8.4 |
|
France |
9.5 |
|
Grèce |
9.8 |
|
Hongrie |
7.2 |
|
Irlande |
4.3 |
|
Italie |
7.7 |
|
Lettonie |
8.9 |
|
Lituanie |
8.3 |
|
Luxembourg |
4.5 |
|
Malte |
7.3 |
|
Pays-Bas |
4.7 |
|
Pologne |
17.7 |
|
Portugal |
7.6 |
|
République tchèque |
7.9 |
|
Royaume-Uni |
4.7 |
|
Slovaquie |
16.3 |
|
Slovénie |
6.5 |
|
Suède (provisoire) |
7,8 |
|
Moyenne UE à 25 |
8.7 |
Taux de chômage 2005 dans l'Union
européenne à 25
(Source : INSEE http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/CMPTEF03309.XLS )
En vert : pays à économie bien gérée
Dans le rapport [15] on lit :
§ Page 71 :
"…organiser une croissance durable est une des composantes essentielles de toute stratégie de retour au plein emploi. Il n’en est pas de meilleur exemple que celui des Etats-Unis : le chômage a été ramené en dessous de 4 % au terme du plus long cycle d’expansion que le pays ait connu. Mais celui des Pays-Bas livre la même leçon : depuis que le pays a mis le cap sur l’emploi, en 1982, et en dépit d’un contexte européen longtemps difficile, il a crû en moyenne de 2,8 % par an."
§ Page 72 :
"…depuis deux décennies, en France, la croissance a toujours eu le caractère d’un feu de paille : au cours des vingt dernières années, elle n’a jamais dépassé 3 % plus de deux années de suite – tandis qu’aux États-Unis, elle n’a jamais été inférieure à 3 % plus de deux années de suite. Là réside la raison de beaucoup de nos difficultés."
Dans [194] on apprend qu'en janvier 2006, le chômage aux Etats-Unis est descendu à 4.7 %; et d'après [227] il est descendu à 4.4 % en octobre 2006.
On peut multiplier les comparaisons comme celles-là : la France a moins de croissance économique et plus de chômage que la plupart des pays avancés.
Dans le rapport [3] du CERC (Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale) on trouve page 5 le texte suivant :
"La France connaît, plus que la plupart des pays européens, un niveau élevé de chômage : en 2004, parmi les 15 [de l'Union européenne], il n’y avait que l’Espagne et la Grèce qui avaient une situation plus dégradée et le taux de chômage [24] français était plus du double de ceux enregistrés dans des pays aussi divers que l’Irlande, l’Autriche, les Pays-Bas, le Royaume-Uni. Et cette situation est durable, enkystant la société française dans le chômage. Depuis 1984, le taux de chômage [24] n’est jamais revenu en deçà de 8,5 %."
Pour vérifier l'affirmation "Depuis 1984, le taux de chômage n’est jamais revenu en deçà de 8,5 %" j'ai construit à partir des données officielles publiées par l'INSEE les deux graphiques ci-dessous, en prenant soin de n'utiliser que des données "corrigées des variations saisonnières" (CVS).
La baisse constatée à partir de juin résulte essentiellement du traitement social du chômage : emplois aidés, contrats d'apprentissage, etc.; l'économie française ne crée pratiquement pas d'emplois. (Pour un aperçu global des raisons de la stagnation de l'économie, voir "France en panne, entreprises en fête").
Cliquer ici pour avoir une idée de ce qu'est une économie qui crée des emplois.
Pour plus de détails, voir "Niveau de vie, inégalités et pauvreté, en France et aux Etats-Unis".
Chômage de 1971 à 2006 [8]

On voit qu'entre décembre 1984 et décembre 2006 le taux de chômage n'est jamais descendu en dessous de 8.6 %, taux atteint en 2001, à la fin d'une période de forte croissance mondiale dont la France a profité comme ses partenaires européens.
Conclusions
§ Depuis vingt ans, le chômage n'est jamais descendu en dessous de 8.6 %. Cette constatation justifie la phrase résignée du Président Mitterrand : "On a tout essayé…", que tous les gouvernements depuis vingt ans auraient pu reprendre à leur compte tant leur impuissance à faire baisser le chômage est manifeste.
§ En période de plein emploi, c'est-à-dire avant le 1er choc pétrolier, le taux de chômage français était inférieur à 3 %. Il s'est mis à grimper lors du 1er choc pétrolier, qui a déclenché de l'inflation, et n'a cessé de monter jusqu'au palier de 10 % environ atteint en 1984, dont il ne s'est guère éloigné depuis.
Avant de chercher les causes de la persistance de ce chômage français, il est utile de le comparer avec ceux d'autres pays avancés. Voici un graphique extrait de [22].

Comparaison des taux de chômage (1981 - 2005) selon [22]
On a souligné en couleur turquoise les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001
On voit sur le graphique précédent que :
§ L'Irlande (dont le taux de chômage était constamment supérieur au nôtre depuis 1981) nous a rattrapés en 1986, à l'occasion d'une période de croissance mondiale, et fait bien mieux que nous depuis, 2 fois mieux depuis 2001.
Et ce graphique oublie de nous dire que l'Irlande nous a aussi rattrapés et dépassés sur le plan du niveau de vie, mesuré par le PIB par habitant.
§ Le Royaume-Uni nous a rattrapés en 1987 et fait bien mieux que nous depuis, 2 fois mieux lui aussi depuis 2001. Cette comparaison est d'autant plus intéressante que ce pays a la même population que la France.
Et lui aussi nous a rattrapés et dépassés en matière de niveau de vie.
§ Les Etats-Unis font mieux que nous depuis 1987, eux aussi environ 2 fois mieux en ce moment. Et leur niveau de vie est 35 % supérieur au nôtre, en comparant les PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat (PPA) et même 48 % selon [228].
Ainsi, que l'on compare la France à un pays plus petit, l'Irlande, de même taille, le Royaume-Uni, ou plus grand, les Etats-Unis, tous font mieux que nous : notre taille n'est pas la cause de nôtre chômage. Par contre, ces trois pays ont en commun leur libéralisme et un modèle social qui protège très peu l'emploi ; élection après élection, leurs citoyens refusent toute mesure de durcissement de la législation du travail, parce qu'ils sont certains, en cas de perte d'emploi, d'en retrouver un très vite. Nous reviendrons sur ce point plus bas.
A part l'Allemagne, tous les autres pays qui ont plus de chômage que la France ont des économies moins avancées, comme le montre le graphique suivant, issu de [32].

Taux de chômage 2004 (personnes de 15 à 64 ans) selon l'OCDE
Nous allons maintenant expliquer les raisons de la contre-performance française en matière de niveau et de persistance du chômage.
Tout le monde sait que les entreprises embauchent quand leurs affaires vont bien. A l'échelle du pays entier, l'activité totale, c'est-à-dire la valeur ajoutée [29] produite, est mesurée par le PIB [18].
Si on examine (graphique ci-dessous, issu de [21] et [22]) les variations du PIB français et de l'emploi total [23] de notre pays, on voit que les courbes sont remarquablement parallèles. Noter en particulier la crise de 1993. Ce phénomène se produit dans tous les pays.

Relation entre croissance du PIB et croissance de l'emploi total
Avec des données statistiques plus fines, montrant les variations trimestrielles au lieu des variations annuelles comme ci-dessus, on constate que la courbe de l'emploi suit celle du PIB avec un décalage d'environ six mois : lorsque l'activité (mesurée par le PIB) croît, l'emploi suit quelques mois après. Le graphique ci-dessous, issu de [37] page 56, le montre.

La croissance de l'emploi suit celle du PIB français environ 6 mois après
Conclusion
La cause précédant toujours l'effet, c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi, pas l'emploi qui fait croître le PIB.
Il est important de souligner ce fait, car de nombreux politiciens et syndicalistes pensent, au contraire, qu'il suffit de créer des emplois artificiellement (c'est-à-dire, en pratique, avec de l'argent public) pour faire croître le PIB. Nous verrons plus bas qu'une telle politique de l'emploi… ne marche pas.
Noter que ce n'est pas le niveau du PIB qui est corrélé à l'emploi, c'est la croissance du PIB qui est corrélée à celle de l'emploi : l'observation montre une relation entre les dérivées par rapport au temps du PIB et de l'emploi, pas une relation entre les fonctions elles-mêmes.
Exemple : considérons un pays producteur de pétrole. Il en vend beaucoup, il reçoit beaucoup d'argent. Mais tant qu'il maintient son niveau de production, le pétrole « coule tout seul », en se contentant de peu de main d'œuvre, juste ce qu'il faut pour entretenir les installations d'extraction, de raffinage et de pompage pour remplir les pétroliers. Pour embaucher des travailleurs supplémentaires, il faut développer la production par des activités d'exploration, de construction de puits d'extraction, d'oléoducs, de raffineries, etc. C'est donc bien le développement de l'activité qui entraîne des embauches supplémentaires.
De manière générale, un niveau d'activité constant (dérivée nulle) entraîne une main d'œuvre constante (dérivée nulle).
Voir en complément : Les chiffres trompeurs de la croissance et du chômage
Lorsqu'une entreprise reçoit un supplément de commandes, elle n'embauche pas aussitôt. Si elle vend ses produits à partir de stocks, elle commence par y prélever de quoi satisfaire les nouvelles commandes ; une fois le niveau de stocks trop bas pour satisfaire les commandes, l'entreprise examine sa capacité de production ; et si celle-ci lui permet de fournir davantage, elle augmente sa production, toujours sans embaucher. Ce n'est que lorsqu'elle anticipe des commandes telles que ni les stocks ni la production ne pourront suivre, que l'entreprise songe à accroître sa capacité de production. Et ceci est aussi vrai pour les entreprises de services que pour les entreprises industrielles : les prestataires de services ne songent à embaucher que lorsqu'elles anticipent plus de commandes que leur personnel ne peut en satisfaire.
Lorsqu'elle constate une sous-capacité de production, une entreprise peut embaucher et investir dans le matériel et les locaux nécessaires, ou sous-traiter, ou délocaliser, ou revendre la production d'une autre entreprise en plus de la sienne. Mais de toute manière, il s'écoulera quelques mois entre le début de croissance de ses ventes et les premières embauches éventuelles, chez elle ou ses fournisseurs ou ses sous-traitants, et ce décalage existe aussi au niveau de l'économie du pays tout entier.
Il arrive qu'une entreprise embauche simplement parce qu'elle anticipe un développement de son activité. C'est le cas, par exemple, de la constitution d'un réseau commercial pour vendre un nouveau produit, ou de la construction d'une usine pour un nouveau modèle de voiture. Les embauches proviennent alors d'investissements, ce qui les distingue des embauches provenant de ventes constatées, c'est-à-dire de consommations.
Nous avons l'habitude d'évaluer la situation économique d'après le taux de chômage : « s'il y a peu de chômeurs, l'économie va bien. » Cette déduction n'est pas nécessairement juste : le chômage peut aussi baisser si la population active diminue, libérant des emplois ; certains de ceux-ci sont alors pris par des chômeurs, dont le nombre diminue sans que l'économie ait créé d'emplois. Cela se produit en France ces temps-ci, avec le départ en retraite de nombreux travailleurs nés immédiatement après la deuxième guerre mondiale.
Il ne faut donc pas se féliciter de la baisse du taux de chômage, comme l'ont fait les gouvernements Raffarin et De Villepin, en oubliant de rappeler que cette baisse est due en partie à la croissance du nombre de départs en retraite, en partie aux très nombreux emplois subventionnés (entre 13.8 % et 21.8 % des offres d'emploi reçues par l'ANPE !) et en toute petite partie seulement à la croissance de l'économie.
Du reste, les chiffres officiels [218] montrent que sur un an, du 2ème trimestre 2005 au 2ème trimestre 2006, l'emploi salarié marchand (sans administration, éducation, santé, action sociale et agriculture) n'a augmenté que de 105 700 personnes, soit 0.7 %, chiffre insignifiant compte tenu de la croissance mondiale qui tire nos exportations et des emplois subventionnés : il n'y a vraiment pas de quoi se vanter ! La stagnation de l'emploi est évidente sur le graphique ci-dessous, issu de [218] :

Evolution de l'emploi salarié marchand non agricole (en milliers)
D'après ce qui précède, une économie qui va bien a de la croissance (son PIB augmente) et c'est cette croissance qui entraîne la croissance du nombre d'emplois. Une meilleure manière de juger de la santé de l'économie est donc de se baser sur le taux d'emploi, rapport de la population qui a un emploi à la population en âge de travailler. Si le taux d'emploi augmente, l'économie est saine car elle crée plus d'emplois que de personnes en âge de travailler.
Cette manière de raisonner est aussi très importante dans les pays où la population croît vite, comme les pays arabes ou l'Inde : chaque année, ils doivent créer au moins autant d'emplois que de personnes supplémentaires en âge de travailler.
Consommation et investissements sont les deux seules manières de justifier l'emploi dans le secteur marchand de l'économie. Pour fixer les idées sur leur importance en France, notons (voir [34] et [35]) qu'en 2004 le PIB a été de 1648.4 milliards d'euros, sur lesquels la consommation effective des ménages a représenté 1180 milliards d'euros (71.6 % du PIB) et les investissements non bancaires publics et privés 316 milliards d'euros (19.2 % du PIB).
Inversement, aucune entreprise privée n'embauchera si elle ne constate pas ou n'anticipe pas un développement de ses ventes, car ces embauches seraient inutiles et pèseraient sur les bénéfices. Et si un chef d'entreprise justifie auprès de ses actionnaires une baisse des bénéfices de leur entreprise par des embauches inutiles, il se fait débarquer !
C'est pourquoi les pressions du gouvernement sur les entreprises privées pour qu'elles embauchent ne sont que des gesticulations destinées à faire passer au public par médias interposées le message « le gouvernement s'occupe de créer des emplois », message fallacieux car (nous le verrons plus bas) un gouvernement ne peut créer que des emplois payés par le secteur marchand, avec de redoutables effets pervers. Un gouvernement n'a pas le pouvoir de décréter des embauches privées et une entreprise n'embauchera que si elle y a intérêt. On voit donc parfois des entreprises privées répondre aux sollicitations gouvernementales en faisant semblant de faire leur part du « devoir patriotique d'embaucher » par quelques embauches en nombre insignifiant qui améliorent leur image auprès du public.
Donc pour que le chômage baisse grâce à des embauches du secteur marchand de l'économie, il faut une croissance de l'activité économique. Cette condition est nécessaire, mais pas suffisante : si, par exemple, le PIB du pays croît seulement parce qu'il exporte davantage de pétrole ou qu'il développe son activité commerciale d'import-export basée sur des biens produits ailleurs, l'emploi ne se développe pas ; le pays se trouve alors dans la même situation qu'une entreprise qui recourt à sa capacité de production excédentaire avant d'embaucher.
Il est clair, d'après ce qui précède, qu'aucune entreprise privée n'embauchera si elle ne constate pas ou n'anticipe pas une croissance de son activité. La seule manière de créer des emplois sans croissance du PIB est donc d'en faire supporter le coût aux contribuables, en embauchant :
§ Dans le secteur public (fonctionnaires, contractuels ou intérimaires) ;
C'est ainsi que des ordonnances de juillet 2005 ont créé le Pacte junior, permettant chaque année à 20 000 jeunes sans diplôme - dont le niveau est trop bas pour réussir un concours de la fonction publique - de devenir quand même fonctionnaire ; cette discrimination positive est plus qu'une injustice à l'égard des fonctionnaires recrutés par concours, elle promet une dégradation de la qualité du recrutement du service public ; elle montre que le gouvernement est prêt à faire n'importe quoi pour faire baisser les chiffres du chômage et intégrer dans la société française une partie des 60 000 jeunes sans qualification que notre système éducatif déficient produit chaque année.
Autre exemple : le service civil volontaire que le président Chirac a promis en novembre 2005 de développer pour 50 000 jeunes par an à partir de 2007, année électorale.
§ Dans des entreprises comme EDF, La Poste, SNCF, etc., où les emplois plus ou moins inutiles sont payés par les usagers ou clients ;
Un exemple des horaires réduits des agents de la SNCF est fourni par les grèves des lignes RER B et D de début décembre 2005. Parmi les 753 agents de conduite, ceux qui font grève selon [139] veulent obtenir une répartition qui les arrange mieux du nombre d'heures de travail très faible qu'ils font (et qui n'augmentera pas) : 182 jours de travail par an (1 jour sur 2 !) de 6 heures par jour, travail payé 2500€ net par mois pour un agent de 40 ans cité par le journal. Non seulement ces agents travaillent peu, mais ils peuvent prendre leur retraite à taux plein à 50 ans.
Pour satisfaire leur caprice, ils prennent en otage chaque jour 750 000 banlieusards. Il est scandaleux que le président Chirac, qui a promis le « service garanti » pour se faire élire, ne lance pas un référendum pour modifier la Constitution, afin de remplacer le droit de grève dans les services publics de transport par un arbitrage obligatoire lors des conflits du travail ; les Français pourront alors choisir entre répondre « NON » et subir les grèves à répétition de la SNCF et de la RATP sans se plaindre, ou répondre « OUI » et faire cesser l'injustice permettant à une poignée de grévistes égoïstes et irresponsables de prendre en otage des centaines de milliers de voyageurs pour un simple caprice.
Bien entendu, la SNCF perd des dizaines de millions d'euros du fait de ces grèves et les contribuables les lui remboursent : ces grèves scandaleuses coûtent donc de l'argent à tous les Français, sans compter la perte de production économique des gens qui arrivent en retard à leur travail ou renoncent à s'y rendre.
On peut aussi rappeler en passant que la SNCF compte environ 175 000 salariés en France d'après [200], et 191 288 retraités au 31/12/2004 d'après [199] : il y a donc plus de retraités que d'actifs, du fait du départ en retraite à 50 ans pour les roulants et 55 ans pour les autres cheminots ; et le déficit de la caisse de retraites de la SNCF est pris en charge par l'Etat à hauteur de 2.437 milliards d'euros en 2004.
Voir en complément :
ü Les chiffres trompeurs de la croissance et du chômage
L'attitude des cheminots grévistes rappelle le dessin de Jacques Faizant ci-dessous, publié dans Le Figaro à propos de la grande grève SNCF du 23/12/1986. On y voit le dessinateur proposant au Premier ministre de l'époque, Jacques Chirac, un « projet de logo pour les services publics ».

§ Dans le secteur des services aux particuliers, pour des emplois comme garde-malade, jardinier, etc. De tels emplois n'ajoutent rien au PIB dans la mesure où le plus souvent l'argent dépensé par les particuliers pour les payer est simplement détourné d'autres dépenses, c'est un simple transfert. C'est le cas pour l'immense majorité de la population, comprenant les familles vivant des revenus de l'activité d'un ou plusieurs membres, les retraités et les familles vivant de minima sociaux (qui n'ont pas les moyens de payer du travail extérieur).
Annoncer comme le fait le ministre Jean-Louis BORLOO [175] qu'il attend du développement de ces services aux particuliers la création de 500 000 emplois en 3 ans est donc fallacieux : l'argent de ces emplois, quel que soit leur nombre, est pris pour l'essentiel sur la consommation de ces particuliers, consommation qui se traduit elle-même en emplois supprimés ailleurs. En fait, même si l'impact en créations d'emplois est compliqué à évaluer avec précision, il y a peu de chances que la promesse de créer 500 000 emplois supplémentaires à temps plein se réalise [176].
A la fin du 2ème trimestre 2006, les chiffres officiels donnés par [220] sont sans appel : le nombre d'emplois dans les "Services personnels et domestiques" est passé en un an de 809 000 au 2ème trimestre 2005 à 831 300 au 2ème trimestre 2006, soit une hausse de 22 300 emplois. Si on continue à ce rythme, on atteindra sur la période de 3 ans dont parle le ministre 66 900 emplois, 7.5 fois moins que les 500 000 emplois promis !
Pour plus de détails, voir "Les créations d'emploi sans baisse du chômage".
§ … ou dans les entreprises privées que l'on subventionne à cet effet, directement ou par baisse des charges ou des impôts. Celles-ci profitent alors de l'aubaine, pour embaucher à bon compte des gens qui ne seraient pas rentables au prix du marché de l'emploi.
C'est ce qui s'est passé dans le cas des "35 heures" : selon le rapport de l'Assemblée nationale [33], avec cette politique de redistribution imposée du travail existant chacun des 350 000 emplois créés a coûté au contribuable en moyenne 23 000 euros par an, bien plus cher que de payer un chômeur à ne rien faire tout en lui faisant cadeau de sa protection sociale ! (Pour plus de détails voir "L'absurdité de la RTT et des « 35 heures »" et "Evaluation des conséquences des 35 heures par l'Assemblée nationale".)
Conclusion : toutes les politiques visant à faire croître l'emploi sans croissance du PIB ont échoué, en France comme partout dans le monde, parce qu'elles ne pouvaient pas réussir sans contredire les lois de l'économie.
En effet, en dernière analyse leur coût pèse sur le seul secteur marchand, qu'il rend moins compétitif en absorbant une partie de sa capacité de financer le développement et l'innovation, et dont il décourage les travailleurs et investisseurs par sa charge fiscale excessive. Comme l'affirme [42] :
"L’emploi dans le secteur public [non marchand] ne peut être financé qu’à la mesure des richesses produites par l’emploi marchand."
Au mieux, les emplois subventionnés ne sont qu'une solution temporaire (le temps que la conjoncture internationale s'améliore) ; au pire c'est une politique qui étouffe l'économie, comme on le voit si bien en France et en Allemagne, pays où cette "solution" bloque la croissance économique depuis 2001 sans avoir réussi à faire réellement baisser le chômage.
Voir aussi "Création volontariste d'emplois".
Même si un emploi subventionné rend des services utiles à la collectivité, l'argent qu'il coûte produit par définition moins de richesses qu'un emploi qui serait économiquement rentable. Si cet argent était dépensé directement par les contribuables pour leurs besoins, il leur permettrait d'acquérir davantage de biens ou de services que ceux qu'ils reçoivent des emplois subventionnés, par définition moins productifs. S'il était dépensé pour investir dans des équipements collectifs ou privés, ceux-ci permettraient ensuite une meilleure efficacité dont bénéficieraient le public ou les entreprises.
Les emplois subventionnés sont donc une forme de charité, de solidarité, dont le coût est supporté par l'ensemble des contribuables. Les citoyens sont parfaitement en droit de faire des sacrifices au nom de la solidarité, mais leurs élus ont le devoir de les informer des montants et des conséquences, ce qu'ils ne font pas, ou très mal ; en fait, ils dépensent plus d'argent qu'ils n'en ont pour apaiser les syndicats et divers mécontentements, qui savent se faire entendre par médias interposés et pourraient leur coûter leur réélection. Voici ce qui se passe.
En pratique, une partie du coût des emplois subventionnés et des agents publics en surnombre est supporté par des déficits budgétaires : celui de l'Etat, ceux des collectivités locales et ceux des entreprises comme EDF et la SNCF. Ces déficits sont à leur tour couverts pour l'essentiel par des emprunts, que les générations suivantes devront rembourser. La dette française, résultant de décennies de dépenses publiques supérieures aux recettes, est colossale ; elle entraîne une lourde charge de remboursement de principal et d'intérêts par les générations suivantes. Voir à ce propos les aveux des ministres Renaud Dutreil et Eric Woerth [166], les accusations du ministre Thierry Breton [168] et le rapport PEBEREAU [163], où on trouve pages 3 et 4 :
"…notre situation financière apparaît donc aujourd’hui très préoccupante. Elle l’est d’autant plus que sa dégradation permanente depuis 10 ans [c'est-à-dire depuis que M. Chirac est Président] nous distingue nettement de nos partenaires. Nous sommes en effet le pays d’Europe dont le ratio de dette publique s’est le plus accru ces dix dernières années. La plupart des pays ont pris conscience de l’enjeu et ont entrepris de réduire leur dette financière."
"…la France n’a respecté aucun des programmes de remise en ordre de ses finances publiques sur lesquels elle s’était engagée devant les institutions européennes."
"Ces 25 dernières années, l’effort en matière de recherche et d’enseignement supérieur a stagné et les investissements publics ont diminué. La dette n’a donc pas financé un effort structuré en faveur des dépenses les plus utiles à la croissance et à la préparation de l’avenir.
Une large partie de l’augmentation de la dette a été utilisée pour financer les dépenses courantes de l’État et pour reporter sur les générations futures une part croissante de nos propres dépenses de santé et d’indemnisation du chômage, alors que ceci devrait être exclu par principe."
"…ces dix dernières années, les dépenses de l’État ont été supérieures à ses recettes de 18 % en moyenne."
Et ce diagnostic oublie la menace que fait peser sur notre économie une éventuelle hausse des taux d'intérêt, qui augmenterait le coût des milliards d'euros que la France doit emprunter chaque année pour boucher les trous de son budget.
Nous allons constater, à présent, qu'il ne suffit pas que la croissance du PIB soit positive, elle doit dépasser un certain rythme (celui de la croissance de la productivité [19]) pour que le pays crée des emplois.
Dans les pays dont la population augmente, le PIB par habitant (c'est-à-dire le niveau de vie moyen) ne peut progresser que si le PIB croît plus vite que la population. Ce phénomène de croissance insuffisante est particulièrement inquiétant dans certains pays arabes producteurs de pétrole, où la population croît plus vite que le PIB.
Mais la comparaison des croissances du PIB et de la population peut être trompeuse si une grande partie de la croissance du PIB est confisquée par une faible partie de la population, comme c'est le cas dans les pays arabes producteurs de pétrole. Il vaut mieux comparer la croissance de la population et celle du nombre d'emplois. C'est ce qui est fait sur une période de 20 ans dans le graphique ci-dessus issu de [22] et [57] :

On voit qu'à part la dégradation de la situation de 1995, la croissance de la population française a bien été accompagnée d'une croissance du nombre d'emplois. Pendant cette période de 20 ans la population ayant augmenté de 9.85 % et l'emploi de 15.2 %, il y a donc eu progrès, pas dégradation.
Entre1984 et 2002, le niveau de vie moyen (exprimé en euros 2002) est passé de 14 314€ à 17 101€ d'après [58], en hausse de 19 %, et la proportion de pauvres (personnes dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian) a décru de 7.7 % à 6 %.
Entre 1996 et 2001, le niveau de vie moyen avait progressé de 10 % selon [60].
En examinant attentivement le graphique PIB-Emploi ci-dessus, on s'aperçoit que la variation de l'emploi n'est positive que lorsque le rythme de croissance du PIB dépasse environ 2 % par an. Nous allons maintenant expliquer ce phénomène grâce à l'introduction de la notion de productivité.
Le PIB par habitant d'un pays est une mesure du niveau de vie de ses habitants, puisque c'est la valeur moyenne des biens et services créés en une année et disponibles pour chaque habitant. On peut comparer les niveaux de vie de deux pays à condition de calculer leurs PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat (PPA).
Le plus souvent, le PIB par habitant se calcule en divisant le PIB du pays par le nombre de ses habitants. Mais ce calcul peut aussi utiliser la productivité horaire de ses travailleurs [19]. Soient les variables :
§ "PIBpH" le PIB par habitant en euros par an à calculer ;
§ "PHT" la productivité horaire du travail en euros/heure de travail ;
§ "DT" la durée moyenne du travail d'un travailleur en heures par an (1453 heures en 2003 en France selon [20]) ;
§ "TE" le taux d'emploi de la population en âge de travailler du pays (simple rapport) qui vaut 0.619 (c'est-à-dire 61.9 %) en France selon [20] ;
§ "Part" la part de la population en âge de travailler dans la population totale (simple rapport) qui vaut 0.65 (c'est-à-dire 65 %) en France ;
Calcul du PIB par habitant à partir de la productivité horaire du travail
La formule permettant de calculer le PIB par habitant du pays à partir de la productivité horaire du travail est :
PIBpH = PHT x DT x TE x Part
Mais lorsqu'on étudie la variation du PIB par habitant PIBpH en fonction des variations des autres variables, il faut tenir compte de leurs interdépendances :
§ Le rendement d'un travailleur décroissant avec la durée du travail par suite de la fatigue, la productivité horaire PHT est fonction décroissante de la durée DT ;
§ La productivité horaire PHT décroît aussi lorsque le taux d'emploi TE augmente, car on embauche alors une plus forte proportion de gens moins productifs.
En résumé, la productivité horaire du travail PHT est fonction décroissante à la fois de la durée du travail DT et du taux d'emploi TE.
Calcul du PIB par habitant à partir de la productivité par travailleur
On peut aussi calculer le PIB par habitant d'un pays PIBpH à partir de la productivité par travailleur (on dit aussi « par tête ») PH en euros par personne et par an, en remarquant que PH = PHT x DT :
PIBpH = PH x TE x Part
La productivité [19] croît chaque année : les entreprises achètent des machines plus rapides, les travailleurs apprennent à être plus efficaces, on élimine du temps perdu grâce à une meilleure organisation, on adopte des technologies plus efficaces, etc. Cela se voit sur le graphique suivant, issu de [36] page 160 :

Croissance comparée de la productivité horaire aux Etats-Unis et en l'Europe à 15 (% / an)
On admet aujourd'hui que depuis 2002 la productivité horaire française augmente d'environ 1.8 % par an [38]. Cela veut dire qu'avec le même nombre de travailleurs effectuant le même nombre d'heures, la richesse produite augmente d'environ 1.8 % par an. Donc :
Il faut une croissance du PIB supérieure à 1.8 % par an pour que l'économie française crée des emplois. En pratique, comme nous l'avons constaté sur le graphique, la croissance doit être au minimum de 2 % environ.
Cette conclusion est confirmée par [16] et son évolution a été étudiée par l'INSEE.
Cette constatation est lourde de conséquences : comme les Français ne connaissent pas l'existence de cette contrainte de croissance minimum, les gouvernements successifs exploitent impunément leur ignorance, en se glorifiant de baisses du chômage même minimes, qu'ils présentent comme la conséquence de leur excellente politique économique, alors qu'elles résultent simplement d'embauches de fonctionnaires ou de salariés subventionnés. Aucune croissance du PIB inférieure à celle de la productivité ne peut entraîner de croissance de l'emploi (sauf si la productivité baisse, ce qui serait anormal).
Remarques :
§ Quelle que soit la croissance du PIB national, certains secteurs d'activité peuvent être en forte croissance (exemple : les téléphones portables) et d'autres en train de péricliter (exemple : le textile). Les premiers embauchent alors et les seconds licencient ; le PIB national résulte de tous les secteurs d'activité et un taux de chômage qui stagne peut recouvrir des situations très diverses.
§ Nous verrons plus bas que chaque jour ouvrable, 10 000 emplois sont détruits en France et remplacés par 10 000 autres. Il y a donc une évolution constante de la répartition des qualifications des travailleurs, donc de leurs salaires. Le nombre de travailleurs ayant un salaire donné change donc un peu (en euros constants) d'une année sur l'autre : l'année n + 1, il se peut par exemple que le rapport entre le nombre de salariés gagnant 3 000€ par mois et celui des salariés gagnant 1 200€ par mois soit différent de celui de l'année n. Avec le même nombre de travailleurs, le PIB peut ainsi varier un peu indépendamment de la productivité moyenne.
La conséquence pratique est que la croissance minimum nécessaire pour créer des emplois peut varier de part et d'autre de celle de la productivité. Si par exemple l'emploi s'enrichit en qualifications mal payées par rapport à celles qui sont bien payées, il suffit d'une moindre croissance du PIB pour que des emplois soient créés. C'est ce qui s'est produit en France en 2005, du fait des nombreux emplois peu qualifiés créés avec l'aide financière de l'Etat : avec une croissance du PIB de l'ordre de 1.4 % seulement, il y a eu 52 300 emplois marchands créés [204] ; le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois faiblement qualifiés et peu payés, ceux qui sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.
Voici un graphique issu de [45] page 2 qui permet de mieux comprendre l'évolution des gains de productivité par tête en France, en séparant l'activité industrielle et l'activité de services (tertiaire) et en les regroupant dans l'ensemble de l'économie :

Evolution des gains de productivité par tête en France par secteur
Il faut savoir que les gains de productivité dans les services sont toujours bien plus faibles que dans l'industrie, parce que l'automatisation et l'informatisation y sont plus rares et plus difficiles. Or la part des services dans l'économie (environ 70 %) croît sans cesse, ce qui tend à rapprocher le gain national de productivité de celui des seuls services, et tend à diminuer le rythme de croissance du gain de productivité national.
Comme le montre la référence [8] du texte "La révolution des qualifications", aux Etats-Unis les emplois dans le secteur des services passeront de 71.4 % du total en 2004 à 78.5 % en 2014, et le pays en créera 18 millions en 10 ans, le même rythme qu'entre 1994 et 2004. Ces chiffres montrent bien que la productivité des services ne peut croître au même rythme que celle de l'industrie. En passant, on remarque que si la France avait une économie aussi dynamique que les Etats-Unis, avec une population 5 fois moindre elle créerait 3.6 millions d'emplois supplémentaires en 10 ans, supprimant ainsi totalement le chômage !
Voici, selon [45] page 2 un graphique montrant (courbe verte) la variation du taux annuel minimum de croissance du PIB français nécessaire pour une création nulle d'emplois, c'est-à-dire le taux au-dessus duquel l'économie française crée des emplois :

Variation du taux annuel minimum de
croissance du PIB
nécessaire pour que l'emploi croisse en France
Les trois traits bleus horizontaux représentent des moyennes lissées sur 10 ans. On voit qu'il existe une tendance lourde à ce que la croissance s'enrichisse en emplois, parce que de plus en plus la croissance du PIB est celle des services, où la productivité croît moins vite.
§ Depuis 1996, la productivité croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [38] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau suivant :
|
|
1983-1990 |
1990-1995 |
1995-2000 |
1995-2001 |
|
France |
2.48 |
1.01 |
0.91 |
0.65 |
|
Etats-Unis |
1.24 |
1.58 |
2.16 |
1.99 |
Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité en % par tête
Pour combattre cette perte progressive de compétitivité, les rapports Camdessus [39] et Beffa [126] préconisent d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications (TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi "L'incomparable contribution des TIC à la croissance".
Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".
Les formules de calcul du PIB par habitant ci-dessus montrent que celui-ci est proportionnel :
§ Au taux d'emploi TE, c'est-à-dire à la proportion de personnes actives dans la population en âge de travailler.
C'est ainsi qu'en 2002 le taux d'emploi étant de 61 % en France [215] contre 72 % aux Etats-Unis, le PIB par habitant américain était automatiquement 72/61 = 1.18 fois supérieur au PIB par habitant français, toutes choses égales d'ailleurs. En somme, aux Etats-Unis les gens sont plus riches parce que la proportion de ceux qui travaillent est plus élevée.
Le faible taux d'emploi français traduit le fait que dans notre pays ce sont surtout les gens les plus productifs qui travaillent, les gens moins productifs (les moins de 25 ans et les plus de 50 ans) ayant un taux de chômage élevé. La forte productivité par tête de la France s'explique donc surtout par l'exclusion des moins productifs du marché du travail : il n'y a pas de quoi être fiers, pas de quoi se vanter de notre productivité comme le font souvent nos politiciens.
Le graphique ci-dessous, provenant de données OCDE, permet une comparaison des taux d'emploi des travailleurs 55 à 64 ans de divers pays en 1994 et 2005 :

Evolution des taux d'emploi des 55-64 ans dans divers pays de 1995 à 2005
On voit que les taux d'emploi des seniors augmentent partout, mais aussi que la France est le pays où, en 2005, ils travaillaient le moins souvent. C'est une conséquence de notre dispositif de préretraites et de dispense de recherche d'emploi.
Voir aussi l'exemple des cas où il est interdit de travailler après 60 ans [230].
§ A la durée moyenne du travail DT en heures par an.
Le nombre moyen annuel d'heures de travail par personne ayant un emploi étant en 2003 de 1453 en France contre 1792 aux Etats-Unis, le PIB américain était automatiquement 1792/1453 = 1.23 fois supérieur au PIB par habitant français, toutes choses égales d'ailleurs. En somme, aux Etats-Unis les gens sont plus riches parce qu'ils travaillent plus d'heures par an qu'en France.
Si les deux variables TE et DT étaient indépendantes et s'il n'y avait pas d'autre variable, nous aurions là une explication de la différence de niveau de vie entre les Etats-Unis et la France : 1.18 x 1.23 = 1.45, et le niveau de vie américain serait 45 % supérieur au niveau de vie français. En fait, comme la productivité horaire décroît avec TE et avec DT, le rapport réel est inférieur et un calcul direct (PIB divisé par le nombre d'habitants) donne 35 % en 2004.
Il n'empêche que la principale explication du niveau de vie (PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat) supérieur des Etats-Unis est que les Américains travaillent plus nombreux et plus longtemps.
La réduction de la durée du travail due aux "35 heures" a obligé les entreprises françaises à s'organiser pour produire autant qu'avant en moins de temps :
§ en faisant pression sur les salariés (ce qui a augmenté leur stress) ;
§ et en substituant le plus possible du capital au travail.
Il en est résulté une croissance de la productivité horaire, réelle sur le plan comptable, mais détestable sur le plan social et peu propice à de futurs gains de productivité horaire, compte tenu du stress des salariés et de l'absence d'investissements productifs en TIC (technologies de l'information et de la communication) et en recherche et développement [39].
Comme le signale [16], dans les années 1990 l'effet de la baisse des charges sur les bas salaires et de la RTT ne pouvait être que temporaire : après avoir enrichi la croissance en emplois pendant deux ans environ, en diminuant à 1.3 % le taux minimum de croissance du PIB nécessaire à la croissance de l'emploi, ce taux minimum est rapidement revenu à sa valeur de long terme voisine de 2 %, liée à la croissance de la productivité.
Il en est enfin résulté une baisse significative des gains de productivité par tête à partir de 2000, signalée par l'INSEE dans [67] page 50 et illustrée par le graphique suivant :

La productivité apparente du travail est la productivité par tête, ici pour le secteur marchand non agricole. Avec une croissance si faible de la productivité il est désormais impossible de résorber le chômage, nous l'avons vu et nous l'expliquons ci-dessous.
La baisse de la productivité par tête est confirmée par le rapport au Sénat [38], où on lit :
"…l'évolution de la productivité a été fortement déterminée par la mise en place de la RTT. Celle-ci a eu deux effets. Un effet dominant est l'effet direct sur la productivité par tête : il aurait été proche de - 6 % sur la période 1996-2002 selon l'INSEE (soit - 0,8 point environ de productivité par an). Un effet indirect résulte de l'accroissement du coût horaire moyen du travail consécutif à la mise en œuvre de la RTT, ce qui incite les entreprises à économiser le facteur travail et à rechercher des gains de productivité."
Le gouvernement Raffarin a augmenté les divers SMIC pour les aligner sur le plus généreux, d'où une hausse de salaire atteignant 11 % dans certains cas : la compétitivité de la France [68] en souffre.
On peut se rendre compte de la perte de compétitivité de la France due à la faible croissance de la productivité par tête en considérant le tableau suivant, issu de [38] :
|
|
1983-1990 |
1990-1995 |
1995-2000 |
1995-2001 |
|
France |
2.48 |
1.01 |
0.91 |
0.65 |
|
Etats-Unis |
1.24 |
1.58 |
2.16 |
1.99 |
Taux de
croissance annuel moyen de la productivité par tête en % :
le « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis
Une deuxième cause de la différence de niveau de vie entre la France et les Etats-Unis, différence qui va croissant, est le décrochage de notre productivité par rapport à la leur.
Notons que notre croissance de la productivité apparente par tête a repris depuis 2001, puisqu'en 2004 elle a été de 2.1 % en moyenne. Hélas, la croissance du PIB (2.1 % en 2004) n'a pas été suffisamment forte par rapport à celle de la productivité pour créer beaucoup d'emplois marchands : il n'y en a eu que 20 000 en 2004 selon [145] page 83. Et en 2005, avec 1.4 % de croissance le pays n'a créé que 40 000 emplois marchands (0.2 % du nombre d'emplois marchands) : notre création d'emplois est en panne, la baisse du chômage en fin d'année résulte en grande partie des emplois aidés. Nous avons vu plus haut que le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois peu qualifiés et peu payés, ceux qui dans l'industrie sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.
Une économie qui crée vraiment des emplois
Pour se faire une idée de ce que représente la création d'emplois d'une économie en véritable croissance, [157] donne les chiffres de l'emploi 2004 pour les Etats-Unis. Si leur population 2004 était la même que celle de la France (295.7 millions contre 60.7 millions) ils auraient créé 451 000 emplois au lieu de 20 000, 22 fois plus ! C'est ainsi qu'en mars 2004 (leur meilleur mois) les Etats-Unis ont créé 350 000 emplois, 17 fois plus que la France en un an. Voici les statistiques 2004 des créations d'emplois et du taux de chômage aux Etats-Unis d'après leur Ministère du Travail :
|
|
|
Créations nettes d'emplois et taux de chômage aux Etats-Unis en 2004
Voir aussi les chiffres de janvier 2006 [194].
Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".
Pour faire croître en France le PIB et le PIB par habitant, donc faire baisser le chômage tout en augmentant le niveau de vie, il faut travailler davantage :
§ Il faut une plus forte proportion de gens qui travaillent par rapport à la population en âge de travailler, c'est-à-dire cesser d'exclure autant de jeunes et de seniors ;
§ Il faut que la durée annuelle du travail augmente, pour se rapprocher de celle des pays où la croissance de l'économie est assez forte pour que le chômage soit faible : Royaume-Uni, Etats-Unis, Irlande, etc.
Voici des statistiques qui le montrent.
Voici selon [20] une comparaison du nombre moyen d'heures de travail par an en 2002-2003 :

Heures de
travail par an par personne en âge de travailler (15-64 ans)
(moyenne 2000-2003)
On voit que, parmi les 20 pays de l'OCDE considérés, la France est, après la seule Italie, le pays où on travaille le moins chaque année. Le nombre moyen annuel d'heures de travail par personne ayant un emploi était en 2003 de 1453 en France contre 1792 aux Etats-Unis et 1673 au Royaume-Uni d'après [20].
Le graphique ci-dessous, issu de [45] page 3, montre l'évolution de la durée hebdomadaire du travail des salariés à temps complet des secteurs marchands non agricoles, c'est-à-dire l'effet de la RTT :

Evolution de la durée hebdomadaire du travail des salariés à temps complet
Nous allons voir à présent l'impact du fait que les Français travaillent trop peu.
Entre 1980 et 2003, l’écart de croissance cumulé entre le PIB de la France et celui des États-Unis ou du Royaume-Uni est expliqué en quasi-totalité par l’écart de croissance du nombre d’heures totales travaillées ([39] page 40).
|
|
Croissance du total |
Croissance |
|
France |
-6 % |
59 % |
|
Etats-Unis |
39 % |
101 % |
|
Ecart Etats-Unis - France |
+45 % |
+42 % |
|
Royaume-Uni |
8 % |
75 % |
|
Écart Royaume-Uni - France |
+14 % |
+16 % |
Relation
entre croissance du total annuel des heures travaillées
et croissance du PIB entre 1980 et 2003
On voit que les Américains et les Anglais travaillaient plus en 2003 qu'en 1980, alors que les Français travaillaient moins. Les écarts de croissance du PIB s'expliquent presque exclusivement par l'écart de quantité de travail.
Le rapport PEBEREAU [163] confirme page 86 la diminution du nombre d'heures de travail par habitant plus forte en France que partout ailleurs, en se basant sur des données de l'OCDE :

Une telle évolution, à contre-courant de celle de nos principaux concurrents, ne peut qu'handicaper notre compétitivité, sans parler de notre niveau de vie.
Certains affirment qu'il faut que la productivité baisse pour que, le volume de travail disponible étant constant, le nombre d'emplois puisse augmenter. Ils se trompent, ils n'ont rien compris à l'économie, ils trompent les citoyens.
§ D'abord le volume de travail n'est nullement limité. Affirmer qu'il est limité relève d'une conception marxiste de l'économie vieille de 150 ans, dont la fausseté a été démontrée par l'histoire ; c'est pourtant la conception qui est à la base des lois Aubry ("35 heures") qui ont imposé de partager ce volume de travail supposé fini entre davantage de gens.
La vérité est que les besoins de l'homme en biens et services sont infinis, qu'ils se créent au fur et à mesure que le progrès des médias donne des idées aux consommateurs, que l'innovation leur propose de nouveaux produits et services, et que les progrès de la productivité permettent de produire davantage avec le même nombre d'heures de travail.
Dans les pays où l'économie est plus saine que chez nous comme les Etats-Unis, le nombre de salariés augmente chaque année d'un à deux millions sans que le chômage augmente : l'économie crée donc bien chaque année du travail supplémentaire [131], [157] et [162]. Plus il y a eu de travail, plus les travailleurs ont gagné de l'argent qu'ils ont ensuite dépensé, et plus les entreprises ont investi pour accroître leur production et leur productivité.
§ Ensuite, comme l'affirme [42] :
"La productivité ne tue pas l'emploi, elle en est la source."
Une meilleure productivité crée plus de richesses, donc de niveau de vie, mais aussi plus de compétitivité [68]. Elle permet au pire de se défendre contre les progrès des concurrents, au mieux de vendre davantage. Une entreprise qui vend plus investit (dépense qui crée du travail ailleurs) et embauche, nous l'avons vu ci-dessus.
Au niveau national, la productivité a augmenté sans cesse depuis 1997 en même temps que le nombre d'emplois. Exemple : selon [43] et [44], entre 1997 et 2002 compris la productivité a augmenté de 16.7 % tandis que l'emploi salarié augmentait de 12.6 %.
La productivité ne tue donc pas l'emploi, elle le favorise, ne vous laissez pas tromper !
Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".
En plus de nos 2.7 millions de chômeurs, il y avait en France fin 2005 plus d'un million de personnes qui auraient voulu travailler davantage et se plaignaient de ne pas trouver d'emploi supplémentaire. Voici un tableau extrait de [41] :
|
|
Taux de sous-emploi |
Effectifs |
||
|
Catégorie socioprofessionnelle |
Femmes |
Hommes |
Femmes |
Hommes |
|
Agriculteur |
5,7 |
2,8 |
3 |
1 |
|
Artisan, commerçant et chef d'entreprise |
13,0 |
24,6 |
10 |
8 |
|
Cadre et profession intellectuelle supérieure |
16,7 |
33,1 |
41 |
36 |
|
Profession intermédiaire |
17,9 |
27,3 |
115 |
40 |
|
Employé |
32,3 |
44,4 |
669 |
83 |
|
Ouvrier |
35,9 |
40,1 |
109 |
83 |
|
Ensemble |
27,9 |
35,0 |
947 |
250 |
(1) Proportion d'actifs occupés à temps partiel recherchant un emploi pour travailler davantage (à temps partiel ou à temps complet), ou souhaitant travailler davantage mais ne recherchant pas d'autre emploi.
Lorsqu'il a besoin des services d'un plombier, d'un électricien ou d'un médecin ophtalmologue un particulier doit s'y prendre des semaines à l'avance. En outre, il y a en France 500 000 offres d'emploi en entreprise non satisfaites (d'après [47], et [48], et même plus d'après le rapport [66] de 2002), des postes que des entreprises offrent sans trouver de gens capables d'y travailler. Pour illustrer les difficultés qu'éprouvent des centaines de milliers d'entreprises qui ont du mal à recruter, dans de nombreux secteurs d'activité, voici un graphique extrait de [66] page 3 :

Voir en plus "Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres".
Ce n'est donc pas le travail qui manque, en France. Du reste, notre pays a une tradition d'importation de main d'œuvre : pendant les décennies de plein emploi jusqu'au premier choc pétrolier de 1973, nous avons fait venir d'Europe, puis d'Afrique du Nord et d'Afrique noire des millions de travailleurs. Enfin, les rapports [13], [40] et [46] offrent une liste de professions qui embauchent et embaucheront dans les années qui viennent, ainsi qu'une liste d'activités où l'emploi diminuera. Voici trois tableaux extraits de [40] :
Evolution de l'emploi par niveau de qualification
|
|
Emplois en 2010 |
Taux de croissance (%) |
|
|
1990-2000 |
2000-2010 |
||
|
Ouvriers non qualifiés |
2812 |
-5.8 |
5.8 |
|
Ouvriers qualifiés |
5130 |
-1.7 |
11.9 |
|
Employés de commerce et de services aux particuliers |
3568 |
14.7 |
24.9 |
|
Autres employés |
4130 |
1.0 |
6.1 |
|
Professions intermédiaires |
1843 |
9.6 |
15.1 |
|
Cadres |
5179 |
17.7 |
24.7 |
Notez la croissance de 24.9 % entre 2000 et 2010 des "Employés de commerce et de services aux particuliers".
Evolution de l'emploi par domaine professionnel
|
|
Emploi |
Taux de croissance |
|
|
1990 - |
2000 - |
||
|
A- Agriculture, marine, pêche, sylviculture |
808,2 |
-29,5 |
-19,7 |
|
B- Bâtiment, travaux publics |
1611,9 |
-15,8 |
1,2 |
|
C- Électricité, électronique |
328,1 |
13,8 |
4,9 |
|
D- Mécanique, travail des métaux |
1365,8 |
-1,7 |
5,4 |
|
E- Industries de process |
1254,8 |
2,5 |
16,3 |
|
F - Industries légères |
409,6 |
-27,9 |
-14,0 |
|
G- Maintenance |
703,8 |
3,3 |
13,6 |
|
H-Ingénieurs et cadres de l’industrie |
147,5 |
-1,3 |
10,3 |
|
J- Tourisme et transports |
2041,5 |
6,6 |
17,4 |
|
K - Artisanat |
106,0 |
-5,7 |
0,0 |
|
L- Gestion, administration |
3006,5 |
0,9 |
19,0 |
|
M- Informatique |
590,2 |
47,0 |
53,0 |
|
N- Études et recherche |
426,9 |
50,8 |
66,3 |
|
P-Fonction publique, professions juridiques |
1 570,0 |
8,1 |
1,1 |
|
Q-Banques et assurances |
574,6 |
-1,0 |
2,8 |
|
R- Commerce |
2541,2 |
4,2 |
13,7 |
|
S- Hôtellerie, restauration, alimentation |
1178,4 |
6,1 |
6,4 |
|
T- Services aux particuliers |
3667,6 |
20,7 |
27,6 |
|
U- Communication, information, spectacle |
457,5 |
12,2 |
29,9 |
|
V- Santé, action sociale, culturelle et sportive |
2094,2 |
24,1 |
12,9 |
|
W- Enseignement et formation professionnelle |
1385,0 |
9,9 |
13,7 |
|
X- Clergé et politique |
11,0 |
-24,6 |
-38,5 |
|
Ensemble des 22 domaines professionnels |
26 280,1 |
+3,3 |
+12,2 |
Évolution de l’emploi et des besoins de recrutements à l’horizon 2010 suivant les familles et les domaines professionnels
|
|
Taux |
Indicateur de besoin annuel moyen en recrutement (départs en retraite et créations d’emplois par rapport au stock d’emplois) |
||
|
1995-2000 |
2000-2010 |
1995-2000 |
2000-2010 |
|
|
A0 -Agriculteurs, éleveurs, sylviculteurs, bûcherons |
-13,1 |
-27,9 |
0,8 |
0,8 |
|
A1 -Maraîchers, jardiniers, viticulteurs |
-3,0 |
-10,7 |
2,1 |
1,1 |
|
A2 - Techniciens et cadres de l’agriculture |
0,2 |
10,0 |
2,0 |
2,8 |
|
A3 - Marins, pêcheurs |
-25,6 |
-3,4 |
-2,7 |
1,2 |
|
A-Agriculture, marine, pêche et sylviculture |
-10,1 |
-19,7 |
1,2 |
0,9 |
|
B0B3 - Ouvriers non qualifiés du bâtiment et des travaux publics |
9,2 |
-7,5 |
2,4 |
1,0 |
|
B1B2B4B5 - Ouvriers qualifiés de la construction |
-2,5 |
3,2 |
0,7 |
3,1 |
|
B6B7 - Techniciens et cadres de la construction |
-6,6 |
4,2 |
0,1 |
3,5 |
|
B-Bâtiment et travaux publics |
-1,1 |
1,2 |
1,1 |
2,8 |
|
C0 - Ouvriers non qualifiés de l’électricité et de l’électronique |
2,7 |
-10,7 |
1,6 |
0,7 |
|
C1 - Ouvriers qualifiés de l’électricité et de l’électronique |
2,0 |
9,8 |
1,6 |
3,4 |
|
C2 - Techniciens, agents de maîtrise de l’électricité et de l’électronique |
-1,3 |
8,6 |
0,8 |
3,3 |
|
C- Électricité et électronique |
0,5 |
4,9 |
1,2 |
2,8 |
|
D0D3 - Ouvriers non qualifiés de la métallurgie et de la mécanique |
10,1 |
-2,1 |
2,4 |
1,1 |
|
D1 - Ouvriers qualifiés de la métallurgie |
7,8 |
7,4 |
2,4 |
3,4 |
|
D2 - Ouvriers qualifiés de la métallurgie |
20,7 |
3,3 |
4,2 |
3,1 |
|
D4 - Ouvriers qualifiés de la mécanique |
4,7 |
10,5 |
1,7 |
3,9 |
|
D5 - Ouvriers de la réparation automobile |
9,6 |
8,4 |
2,4 |
3,1 |
|
D6 - Techniciens, agents de maîtrise de la mécanique |
0,9 |
5,0 |
2,0 |
3,7 |
|
D- Mécanique et travail des métaux |
8,0 |
5,4 |
2,4 |
3,0 |
|
E0E1 - Ouvriers des industries de process |
13,1 |
13,1 |
7,9 |
3,5 |
|
E2 - Techniciens et agents de maîtrise des industries de process |
1,7 |
24,8 |
2,1 |
5,3 |
|
E-Industries de process |
9,9 |
16,3 |
5,1 |
4,0 |
|
F0F2 - Ouvriers non qualifiés du textile, du cuir et du bois |
-26,6 |
-54,5 |
-2,2 |
-0,4 |
|
F1 - Ouvriers qualifiés du textile et du cuir |
-11,0 |
-6,5 |
-0,7 |
2,8 |
|
F3 - Ouvriers qualifiés du bois |
-2,5 |
5,4 |
1,0 |
3,5 |
|
F4 - Ouvriers des industries graphiques |
-5,2 |
1,7 |
0,4 |
3,3 |
|
F5 - Techniciens, agents de maîtrise des industries légères |
10,8 |
-8,6 |
2,8 |
3,0 |
|
F- Industries légères (bois, textile, cuir, graphisme…) |
-5,1 |
-14,0 |
-0,4 |
2,0 |
|
G0 - Ouvriers qualifiés de la maintenance |
-1,2 |
20,0 |
1,2 |
4,7 |
|
G1 - Techniciens et agents de maîtrise de la maintenance |
0,1 |
4,5 |
1,1 |
3,2 |
|
G- Maintenance |
-0,6 |
13,6 |
1,2 |
4,0 |
|
H0 - Ingénieurs et cadres de l’industrie |
3,7 |
10,3 |
2,6 |
4,0 |
|
J0J1 - Ouvriers de la manutention |
14,9 |
19,9 |
3,4 |
3,7 |
|
J2 - Conducteurs d’engins de traction et de levage |
-3,2 |
-14,3 |
1,7 |
1,5 |
|
J3 - Conducteurs de véhicules |
8,1 |
15,9 |
2,8 |
4,2 |
|
J4 - Agents d’exploitation des transports |
21,8 |
14,0 |
3,2 |
4,8 |
|
J5 -Agents administratifs et commerciaux du tourisme et des transports. |
14,3 |
23,4 |
3,6 |
5,1 |
|
J6 - Cadres des transports et navigants de l’aviation |
21,6 |
17,2 |
4,5 |
6,2 |
|
J- Tourisme et transports |
12,0 |
17,4 |
3,1 |
4,3 |
|
K0 - Artisanat |
18,0 |
0,0 |
4,5 |
1,8 |
|
L0L3 - Secrétaires |
-8,2 |
9,8 |
-1,2 |
3,1 |
|
L1 - Comptables |
8,8 |
7,5 |
1,9 |
2,6 |
|
L2 - Employés administratifs d’entreprises |
23,8 |
11,8 |
4,9 |
3,6 |
|
L4 - Techniciens administratifs comptables et financiers |
25,4 |
32,3 |
5,3 |
6,2 |
|
L5L6 - Cadres et dirigeants d’entreprises |
15,0 |
40,1 |
4,0 |
7,6 |
|
L- Gestion, administration |
8,2 |
19,0 |
2,4 |
4,3 |
|
M0 - Informaticiens |
28,7 |
53,0 |
5,3 |
8,5 |
|
N0 -Personnels d’études et de recherche |
16,3 |
66,3 |
3,5 |
12,1 |
|
P0 - Employés administratifs de la fonction publique (cat. C) |
4,6 |
-2,0 |
2,0 |
2,7 |
|
P1 -Employés administratifs de la fonction publique (cat. B) |
-1,3 |
3,1 |
1,6 |
4,1 |
|
P2 - Cadres de la fonction publique (cat. A) |
8,2 |
5,0 |
3,1 |
4,0 |
|
P3-Professionnels du droit |
-4,2 |
15,0 |
1,1 |
3,1 |
|
P-Fonction publique et professions juridiques |
4,6 |
1,1 |
2,0 |
3,3 |
|
Q0 - Employés et techniciens des banques |
-6,2 |
-2,9 |
-0,4 |
3,2 |
|
Q1 - Employés et techniciens des assurances |
-2,7 |
1,0 |
0,3 |
3,3 |
|
Q2 - Cadres de la banque et des assurances |
-2,0 |
12,4 |
1,0 |
5,3 |
|
Q- Banques et assurances |
4,2 |
2,8 |
0,3 |
3,8 |
|
R0 - Caissiers, employés de libre service |
10,3 |
25,8 |
2,4 |
3,6 |
|
R1 - Vendeurs |
4,4 |
-4,3 |
1,8 |
1,2 |
|
R2R3 -Représentants, professions intermédiaires du commerce |
0,5 |
25,0 |
2,3 |
4,9 |
|
R4 - Cadres et technico-commerciaux |
12,6 |
20,0 |
0,7 |
5,1 |
|
R- Commerce, vente |
4,9 |
13,7 |
1,9 |
3,3 |
|
S0 - Bouchers, charcutiers et boulangers |
13,6 |
-7,3 |
3,4 |
1,4 |
|
S1 - Cuisiniers |
9,6 |
32,2 |
2,4 |
5,3 |
|
S2 - Employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie |
-0,1 |
19,7 |
0,5 |
3,2 |
|
S3 - Patrons d’hôtels, café-restaurants |
-13,5 |
15,0 |
-1,1 |
3,9 |
|
S- Hôtellerie, restauration, alimentation |
1,8 |
6,4 |
1,3 |
2,2 |
|
T0 - Coiffeurs, esthéticiens |
6,0 |
14,4 |
1,7 |
3,0 |
|
T1 -Employés de maison |
12,9 |
27,7 |
3,4 |
5,8 |
|
T2 - Assistantes maternelles et aux personnes âgées |
39,3 |
70,0 |
6,9 |
12,9 |
|
T3 - Agents de gardiennage et de sécurité |
19,0 |
22,4 |
3,4 |
4,3 |
|
T4 - Agents d’entretien |
2,5 |
17,0 |
1,9 |
4,3 |
|
T5 -Armée, pompiers et police |
-5,3 |
4,2 |
0,9 |
3,1 |
|
T6 - Employés de services divers |
-2,7 |
-1,1 |
1,7 |
2,5 |
|
T- Services aux particuliers |
9,7 |
27,6 |
2,9 |
5,4 |
|
U0 - Professions de la communication et de la documentation |
9,5 |
47,7 |
2,8 |
8,2 |
|
U1 - Professionnels des arts et des spectacles |
16,0 |
15,2 |
3,4 |
2,7 |
|
U- Communication, information et spectacle |
12,9 |
29,9 |
3,1 |
4,9 |
|
V0 - Aides soignants |
7,7 |
11,0 |
2,3 |
3,8 |
|
V1V3 -Infirmiers, sages femmes et professions paramédicales |
5,7 |
17 |
2,6 |
3,7 |
|
V2 - Médecins et assimilés |
2,9 |
0,0 |
-0,5 |
1,2 |
|
V4 - Professionnels de l’action sociale, culturelle et sportive |
33,4 |
15,7 |
5,8 |
3,3 |
|
V- Santé, action sociale, culturelle et sportive |
11,3 |
12,9 |
2,7 |
3,2 |
|
W0 - Enseignants |
4,4 |
1,5 |
2,4 |
3,6 |
|
W1 - Formateurs et recruteurs |
32,6 |
99,6 |
3,6 |
8,7 |
|
W- Enseignement et formation |
7,3 |
13,7 |
2,7 |
4,7 |
|
X0 -Professionnels de la politique et du clergé |
-1,1 |
-38,5 |
3,0 |
0,6 |
|
Emploi total |
5,7 |
12,2 |
2,2 |
3,0 |
|
Lecture : l’emploi dans la FAP A0 a baissé de -13,1 % de 1995 à 2000 et devrait encore baisser de -27,9 % d’ici 2010. Le poids des départs annuels en retraite et de l’évolution annuelle de l’emploi dans cette FAP dans l’emploi annuel moyen devrait être de l'ordre de0,8 % |
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(*) - Rm = Flux moyen annuel de départs en retraite Lm = Variation annuelle moyenne de la demande de travail Lm = Stock moyen d’emploi sur la période |
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Conclusion : oui, on peut et on pourra travailler davantage !
On voit qu'entre 2000 et 2010 le nombre d'emplois dans les 22 domaines professionnels devrait croître de 12.2 %, c'est-à-dire près de 2.8 millions d'emplois supplémentaires, dont de nombreux emplois de qualification modeste. Et de nombreux postes existants vont se libérer compte tenu des départs en retraite. Ceux qui veulent travailler et choisissent des métiers d'avenir ne risquent pas de manquer de travail !
Nous allons à présent expliquer, dans le chapitre suivant, les raisons de l'existence simultanée d'autant de demandeurs d'emploi et de postes non pourvus.
Source : [133]
La discrimination à l'embauche consiste, pour un employeur, à refuser d'embaucher un candidat, par ailleurs valable pour le poste offert, pour une raison comme :
§ L'apparence physique : obésité, peau noire, faciès maghrébin, etc.;
§ Le nom à consonance étrangère ;
§ L'adresse : les personnes habitant une cité à problèmes ;
§ Le sexe ou la situation de famille : les candidatures de femmes sont plus souvent rejetées a priori que celles des hommes, et encore plus si elles sont mariées et ont des enfants ;
§ Un handicap physique ou mental sans rapport avec l'emploi proposé ;
§ L'âge : passé 45 ans…
Le rapport [133], basé sur des tests effectués de manière très professionnelle et recommandée par le BIT (Bureau international du travail), montre la fréquence et l'ampleur des discriminations à l'embauche en France. Voici ses conclusions et quelques recommandations :
§ Toute caractéristique visible dans le CV et faisant partie des critères de discrimination ci-dessus est une cause de rejet sans convocation à un entretien.
Il faut donc privilégier les CV anonymes et sans photographie.
§ Les candidats bien préparés à l'entretien ont nettement plus de chances que les autres d'être acceptés pour le poste offert.
Il faut donc offrir à chaque chômeur une aide à la rédaction de son CV et une préparation à l'entretien.
§ Bien des entreprises posent des questions indiscrètes sans rapport avec l'emploi.
Il faut une action de sensibilisation des entreprises à ce problème, ainsi qu'aux discriminations. Mais comme le respect des obligations n'est pas obtenu souvent sans un risque pour le contrevenant (je pense au respect des limitations de vitesse depuis l'installation de radars [197]), je propose de faire faire des tests de l'attitude des entreprises qui recrutent par des agents assermentés, et de pénaliser celles qui se comportent mal, financièrement et/ou en faisant figurer leur nom sur une « liste noire » publique.
Compte tenu du nombre significatif de jeunes Français qui se voient refuser l'accès à l'emploi malgré des diplômes de niveau Bac+2 et plus simplement parce qu'ils portent un nom à consonance maghrébine ou africaine, il faut aussi remarquer la bêtise des entreprises qui refusent de les embaucher.
Ces jeunes se sont donné beaucoup de mal pour faire ces études, souvent plus que d'autres qui bénéficiaient de contextes familiaux plus favorables ; cela prouve leur volonté de s'insérer dans la société française et de réussir par leur travail, et augure bien de leur valeur pour une entreprise. Pour une entreprise, refuser leur candidature est non seulement injuste à leur égard, c'est passer à côté d'une bonne recrue.
Voir en [17] les définitions officielles et en [214] les sous-évaluations systématiques des gouvernements français et de l'INSEE. Le problème est que ces définitions et les statistiques basées sur elles ne suffisent pas à prendre en compte les situations intermédiaires décrites par le schéma ci-dessous, extrait de [70] "Chômage".

Emploi, chômage, inactivité et situations intermédiaires
Pour comprendre le chômage, c'est-à-dire pourquoi il y a tant d'emplois offerts mais non occupés et pourquoi il n'y a pas plus d'emplois offerts, nous avons d'abord besoin d'analyser le phénomène du chômage en considérant successivement ses trois types de causes :
§ Le chômage frictionnel ;
§ Le chômage conjoncturel ;
§ Le chômage structurel.
A un moment donné, le chômage en France provient toujours de plusieurs de ces causes agissant simultanément, et d'abord de l'inévitable chômage frictionnel.
Notons aussi que plus une personne est restée longtemps au chômage, plus sa probabilité de retrouver un emploi est faible, selon [15] page 87.
Les statistiques du chômage comptent comme demandeurs d'emploi même des gens qui viennent de quitter un emploi et vont en trouver un autre. Ce type de chômage est dit « frictionnel » ou « naturel ». Le rapport [15] page 51 évalue son taux à 3.5 % en situation de plein emploi (année 2000) en prenant la moyenne des pays européens Luxembourg exclu, c'est-à-dire lorsqu'un salarié a le maximum de chances de retrouver rapidement un emploi. D'ailleurs nous avons vu dans le graphique ci-dessus qu'avant le premier choc pétrolier le taux de chômage français ne dépassait pas 3 %.
Voici comment le chômage frictionnel se produit et s'entretient.
Nous verrons ci-dessous au paragraphe "Renouvellement naturel des produits" qu'il y a en France, chaque jour ouvrable, 27 000 travailleurs qui quittent leur emploi. Certains ne retrouvent un emploi qu'au bout de quelques semaines. La preuve qu'ils le retrouvent le plus souvent est que le chômage est à peu près stable, à 9.8% en septembre 2005 ; si, par exemple, le tiers seulement d'entre eux n'en retrouvait pas, le nombre de chômeurs augmenterait de 27000/3 = 9000 par jour, c'est-à-dire de plus de 2 millions par an.
Nous verrons aussi au même paragraphe que la France détruit chaque jour ouvrable 10 000 emplois, parce que des produits ou services deviennent techniquement obsolètes, démodés ou trop chers par rapport à des produits ou services nouveaux. Et, comme précédemment, nous verrons que le pays crée aussi chaque jour 10 000 emplois nouveaux, pour de nouveaux produits ou services. Mais ce phénomène-là génère, lui aussi, un certain nombre de chômeurs temporaires.
Le chômage frictionnel est donc un phénomène naturel, qui n'est pas inquiétant tant que les chômeurs frictionnels retrouvent du travail rapidement ; c'est en matière d'aide à la recherche d'emploi que l'Etat peut intervenir.
Il faut savoir, d'ailleurs, que 2 % seulement des 27 000 départs quotidiens de salariés sont dus à des licenciements économiques (540 emplois) ; c'est insignifiant, mais c'est pourtant pour empêcher ces 2 %-là que la France s'est dotée d'un ensemble de textes très contraignant. En essayant d'empêcher les licenciements comme il le fait, le gouvernement français lutte contre 2 % du phénomène naturel du chômage frictionnel.
Remarquons aussi que les médias, et particulièrement la télévision, parlent de chaque licenciement qui dépasse quelques dizaines de salariés en inquiétant le public, mais ne parlent pas des fins de contrat à durée déterminée, qui concernent pourtant 26 fois plus de salariés ! Et ils ne parlent jamais du fait que chaque jour 10 000 emplois sont créés pour remplacer les emplois détruits, parce qu'ils génèrent de l'audience seulement avec les mauvaises nouvelles, pas les bonnes.
Pour un produit donné, un prix de marché en baisse entraîne une diminution des bénéfices des vendeurs, qui ont donc tendance à cesser de l'offrir parce qu'ils ne gagnent plus assez ou même perdent de l'argent.
Autre raison d'arrêter une production&