Chômage : savoir et agir

Mise à jour : 03/06/2007

 

Une étude de Daniel MARTIN

 

 

Objectifs

 

Les Français sont à juste titre fiers de leur culture et de ce qu'ils ont apporté à la démocratie au cours des siècles passés. Mais leur manque de culture économique est aussi énorme et flagrant que leur histoire est admirable. Ne connaissant rien à l'économie, les citoyens ont des attentes irréalistes concernant l'emploi et le niveau de vie, leurs deux principales préoccupations. Et de nombreux politiciens qui sollicitent leurs suffrages en profitent pour faire des promesses irréalistes et proposer des mesures économiquement aberrantes.

 

Voici quelques exemples de promesses et de mesures que la majorité des Français croyaient valables et qui sont des absurdités économiques dont j'explique le mécanisme dans l'étude :

§           Gagner plus sans travailler plus : la relance à contretemps du Premier ministre Pierre Mauroy en 1981-82, qui s'est terminée par un désastre : 3 dévaluations dont deux en moins d'un an, et la France endettée et ridiculisée. Pourtant n'importe quel économiste pouvait prévoir le résultat, documenté depuis des décennies ;

§           Maintien systématique du pouvoir d'achat quels que soient les progrès de la productivité. Or si un pays augmente le pouvoir d'achat plus que la production, il ne récolte que l'inflation ; et s'il le fait par augmentation des dépenses de l'Etat, c'est-à-dire par déficit budgétaire, il augmente la dette publique à la charge des générations suivantes ;

§           Augmentation annuelle autoritaire du SMIC, c'est-à-dire du salaire minimum de millions de travailleurs, sans se préoccuper de ce qu'ils peuvent rapporter aux entreprises. Beaucoup de salariés deviennent ainsi trop chers. Ces mesures empêchent certaines entreprises d'embaucher et les encouragent à délocaliser.

Aucune économie ne peut se permettre de faire croître les salaires plus vite que la productivité, qui progresse d'environ 1,8 % par an. Or le gouvernement Raffarin a aligné les SMICs vers le haut, avec des augmentations pouvant atteindre 11 %...

§           Création d'emplois pérennes par une politique volontariste du gouvernement, alors que celui-ci ne peut créer que des emplois de fonctionnaire et des emplois aidés, aux frais des contribuables, donc impossibles à pérenniser car ce serait à la fois trop coûteux et injuste pour ceux qui paient.

Les seules mesures favorables à l'emploi qu'un gouvernement peut prendre produisent leurs premiers effets à moyen terme, c'est-à-dire après les élections. Et leur coût politique est élevé, car elles demandent des sacrifices à des groupes de citoyens qui ont du poids électoral. Sachant les électeurs ignorants de ces réalités, les gouvernements successifs ne se sont préoccupés ni de les informer, ni de mesures à moyen terme. Pourtant des pays comme le Canada et la Suède en ont pris et s'en trouvent bien mieux que nous.

 

Ces erreurs politiques et bien d'autres s'expliquent par la seule ignorance des contraintes économiques, contraintes qu'aucun politicien n'explique jamais. N'ayant jamais vu un membre du gouvernement prendre une heure à la télévision pour expliquer ces problèmes, je comprends que les citoyens les ignorent. Lorsqu'ils parlent, les politiciens au pouvoir ne font que des promesses d'amélioration qui ne se concrétisent jamais.

        Exemple : le chômage s'est mis à croître en 1974, au lendemain du 1er choc pétrolier, a atteint 10 % en 1984 et n'est plus jamais redescendu en dessous de 8.6 %; François Mitterrand s'en désolait en disant « On a tout essayé ! » Les Français en déduisent que les gouvernants, droite et gauche confondues, sont incapables de faire baisser le chômage, et ils ne croient plus leurs promesses.

 

Il est donc temps de parler aux citoyens, de leur exposer les contraintes économiques auxquelles nul pays n'échappe, de leur expliquer pourquoi en 2004 les Etats-Unis ont créé 22 fois plus d'emplois à population égale que la France, et ce que la France peut faire pour s'en sortir si elle veut bien s'en donner la peine. C'est le but de cette contribution, qui est une étude consacrée à la première préoccupation des Français, le chômage.

 

Cette étude constitue un exposé, très complet mais facile à lire, des raisons du chômage et des fautes de gouvernance qui y ont conduit et y conduisent encore. Ses arguments ne sont ni de gauche ni de droite, ce ne sont que des vérités économiques. Des vérités incontestables, basées exclusivement sur des documents officiels (INSEE, UNEDIC, OCDE, rapports et études demandés par le gouvernement, etc.) accessibles sur Internet avec des liens fournis.

 

A partir de statistiques officielles et de comparaisons de la France avec d'autres pays avancés, un ensemble de déductions simples permet de définir les actions nécessaires pour redresser la situation. L'étude fait la synthèse des préconisations d'environ 150 textes officiels, tous remarquablement d'accord entre eux.

 

Je souhaite vivement que les élus à qui je la destine en priorité y trouvent un exposé des faits et un argumentaire, qu'ils pourront utiliser pour leurs propres propositions et pour parler aux Français. C'est le sens de ma contribution.

 

Daniel MARTIN

 

 

Fiche descriptive

Buts de l'étude

§           Décrire le chômage, notamment en chiffres ;

§           en expliquer les causes par des erreurs de gouvernance et des comparaisons avec d'autres pays ;

§           suggérer des décisions politiques pour lutter contre le chômage.

Personnes concernées

Elus et citoyens qui veulent :

§           se faire une opinion de la situation de la France et de sa politique en matière d'emploi, notamment avec des comparaisons internationales ;

§           savoir quelle politique demander à ceux qui sollicitent leur opinion et leurs suffrages.

Caractéristiques de l'étude

§           Tous les faits, toutes les statistiques résultent de textes officiels accessibles sur Internet en cliquant sur les liens fournis.

§           Cette étude de plus de 200 pages contient plus de :

·            50 graphiques ;

·            30 tableaux ;

·            160 textes officiels cités.

§           L'étude est une synthèse de ces textes officiels, réalisée par Daniel MARTIN en toute indépendance et sans rémunération.

§           La publication sur Internet permet d'utiliser des liens hypertexte pour compléter ou justifier les affirmations, et facilite les mises à jour. Celles-ci auront lieu approximativement toutes les deux ou trois semaines.

Principaux points du texte

§           La situation de l'emploi en France est mauvaise en comparaison de celles de beaucoup de pays avancés.

§           Analyse qualitative, causale et chiffrée des 3 types de chômage : frictionnel, conjoncturel et structurel.

§           Chômage caché et incitations à l'inactivité.

§           Indemnisation du chômage et minima sociaux.

§           Politique et législation de l'emploi ; comparaison avec d'autres pays.

§           Les chiffres d'un secteur public pléthorique et coûteux.

§           Propositions argumentées :

·            Protéger plus l'employabilité, et moins l'emploi.

·            Comment augmenter la création d'emplois.

 

Daniel MARTIN

 

 

 

Note de lecture

Dans ce texte, les citations sont en retrait et en italique, leur source est accessible par un lien hypertexte comme celui-ci : [3].

 

Certains termes et les affirmations justifiées ailleurs sont soit des liens hypertexte comme « population active », soit suivis d'un numéro de référence formant lien comme « INSEE [27] ».

 

 

Table des matières

 

1.    Une situation déplorable qui perdure. 8

1.1  Comparaison du chômage français avec celui d'autres pays. 8

1.2  Relation entre croissances du PIB et de l'emploi 16

1.2.1      La croissance du PIB entraîne celle de l'emploi 16

1.2.2      Pourquoi la croissance de l'emploi est en retard sur celle du PIB.. 19

1.2.3      Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?.. 19

1.2.4      Consommation et investissements sont les seules sources d'emplois marchands  20

1.2.5      La croissance du PIB est indispensable à celle de l'emploi 21

1.2.6      Comment faire baisser le chômage sans croissance du PIB.. 21

1.2.7      Les effets pervers des emplois subventionnés. 24

1.2.7.1           La France vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies. 25

1.2.8      Une croissance faible ne suffit pas pour faire baisser le chômage. 25

1.2.8.1           Prise en compte de la croissance de la population.. 25

1.2.8.2           Prise en compte de la croissance de la productivité. 26

1.2.8.3           Calcul du PIB par habitant d'un pays - Niveau de vie moyen.. 27

1.2.8.4           Croissance naturelle de la productivité. 28

1.2.9      PIB par habitant, taux d'emploi et nombre d'heures de travail par an.. 32

1.2.9.1           Effet des "35 heures" sur la productivité. 33

1.2.9.2           Evolution de la croissance et de la productivité en 2004 et 2005. 35

1.2.10    Conclusions sur le volume de travail 36

1.2.10.1         Le nombre annuel d'heures de travail en France est un des plus faibles ! 36

1.2.10.2         Effet sur le PIB de la croissance du nombre total d'heures de travail 38

1.2.11    La productivité ne tue pas l'emploi, elle le favorise. 39

1.3  Peut-on travailler davantage ?.. 40

1.3.1      Les salariés en sous-emploi 40

1.3.2      Les entreprises qui cherchent des salariés sans en trouver. 40

1.4  La discrimination à l'embauche. 47

2.    Analyse du chômage. 48

2.1  Définition administrative du chômage. 48

2.2  Chômage frictionnel 50

2.2.1      Renouvellement naturel des produits et instabilité de l'emploi 51

2.2.1.1           Création et destruction d'emplois. 51

2.2.1.2           Fins de contrat de travail sans destruction d'emploi 51

2.2.1.3           L'instabilité de l'emploi progresse, mais pas l'insécurité. 53

2.2.2      Le flux considérable des transitions entre deux emplois. 55

2.2.3      La désinformation des citoyens sur ce phénomène. 56

2.2.4      Créations et disparitions d'entreprises. 57

2.2.5      Conséquence sur la politique de l'emploi 58

2.2.6      L'importation de main d'œuvre. 58

2.2.7      Cas particulier de chômage frictionnel : le chômage saisonnier ou intermittent 58

2.3  Chômage conjoncturel 58

2.3.1      L'exemple allemand.. 58

2.3.2      Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante. 59

2.3.2.1           Secteur des services - Directive Bolkestein.. 59

2.3.3      Chômage keynésien.. 60

2.3.3.1           Relance par la consommation (dite « keynésienne ») 60

2.4  L'impuissance de l'Etat à obtenir des résultats rapides. 61

2.5  Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de Phillips. NAIRU.. 63

2.5.1      Implications de l'équilibre NAIRU sur la lutte contre le chômage. 65

2.5.2      Stagflation.. 65

2.6  Mesures non keynésiennes pour l'emploi 68

2.7  Chômage structurel 68

2.7.1      Définitions et origines. 68

2.7.2      Les causes du chômage structurel français. 70

2.7.2.1           Le manque total de qualification.. 70

2.7.2.2           Les trappes à chômage. 72

2.7.2.3           Il y a beaucoup de salariés dont la qualification existe, mais elle est inadaptée aux emplois offerts. 72

2.7.2.4           Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres. 73

2.7.2.5           Le manque de mobilité géographique et professionnelle. 74

2.7.2.6           Le SMIC trop élevé. 76

2.7.2.7           Une législation et une gouvernance inadéquates créent du chômage. 76

2.7.3      Comment faire baisser le chômage structurel ?.. 77

2.7.4      Ce que les travailleurs peuvent faire. 78

2.7.4.1           Le manque de qualification.. 78

2.7.4.2           L'obsolescence de plus en plus rapide des qualifications. 79

2.7.4.3           L'indispensable formation scolaire initiale. 80

2.7.5      Apprentissage et effort public d'information sur les métiers. 84

2.7.6      Le contrat de transition professionnelle (CTP) 84

2.7.7      La répartition par niveau de fin d'études en France est inadéquate. 84

2.7.8      Plus de formation ne suffit pas pour combattre le chômage. 85

2.7.9      Quelle politique face aux inégalités de revenus ?.. 85

2.7.10    Interventions de l'Etat dans le secteur marchand.. 85

2.7.10.1         Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés. 86

2.7.10.2         Plus de 1100 entreprises contrôlées par l'Etat 87

2.7.11    Interventions de l'Etat pour favoriser le développement économique. 88

2.7.12    L'attractivité fiscale. 88

2.7.12.1         Impôt sur les sociétés et taxe professionnelle. 91

2.7.12.2         Impôts sur le revenu et les stock-options. 92

2.7.12.3         Impôts et services publics. 93

2.7.12.4         Impôts et respect des citoyens. 93

2.7.13    Législation du travail pénalisante. 93

3.    Le chômage caché. 93

3.1  Les incitations à l'inactivité. 94

3.1.1      Incitation à cesser de travailler pour avoir des enfants. 94

3.1.2      Découragement et incitations à l'inactivité des seniors. 94

3.2  Le poids colossal des préretraites. 95

3.2.1      Un taux d'emploi des seniors particulièrement bas en France. 95

3.2.2      Pourquoi les préretraites. 99

3.2.3      Nombre de personnes en préretraite ou dispensées de recherche d'emploi 99

3.2.4      Coût annuel des dispositifs de préretraite. 103

3.2.5      Exemples de textes législatifs ou réglementaires favorisant l'inactivité. 104

3.2.6      Bilan   104

3.2.7      Quelques propositions. 105

3.3  Durée annuelle du chômage et stabilité de l'emploi 105

3.4  Le chômage des jeunes. 107

3.4.1      Commencer à travailler le plus tard possible. 107

3.4.2      Conclusion : les handicaps des jeunes. 109

3.4.3      Pas assez d'apprentis. 109

3.4.4      Parcours d'insertion des jeunes sortant du système éducatif 109

3.4.5      Probabilité pour un jeune de perdre son emploi 112

3.4.6      Conclusions sur la sortie des jeunes du chômage. 113

3.4.7      Les jeunes qui ont peur et protestent contre la société libérale. 113

3.5  Le sous-emploi 113

4.    Minima sociaux et incitations pécuniaires au travail 114

4.1  Le Revenu minimum d'insertion (RMI) 116

4.1.1      Rappels concernant le RMI 116

4.1.2      Quelques chiffres concernant le RMI 116

4.1.3      Effets pécuniaires pervers du RMI 117

4.1.4      Efforts de réduction des trappes à inactivité - Gaspillage de la PPE.. 117

4.1.4.1           L'opinion de la Cour des Comptes début 2006. 119

4.2  Le Revenu minimum d'activité (RMA) 120

4.3  La Prime de retour à l'emploi 121

4.4  Conclusions sur l'incitation financière à retravailler. 121

4.5  L'Allocation de Parent Isolé (API) 121

4.6  Allocation de Solidarité Spécifique (ASS) 122

5.    La politique française de l'emploi 122

5.1  Définition d'une politique de l'emploi 122

5.2  Classement des mesures pour l'emploi par l'OCDE.. 122

5.2.1      Mesures actives. 123

5.2.1.1           Mesures directes. 123

5.2.1.2           Mesures indirectes. 123

5.2.2      Mesures passives - Traitement social du chômage. 124

5.2.2.1           L'indemnisation du chômage. 124

5.3  Coût des mesures actives ou passives. 125

5.3.1      Les dépenses actives. 126

5.3.2      Les dépenses passives. 126

5.3.3      Les coûts, en France et dans le monde. 127

5.3.4      Coût relatif des emplois subventionnés par rapport au chômage. 129

5.3.4.1           Effets pervers des mesures passives contre le chômage. 129

5.3.4.2           Effets pervers de l'indemnisation généreuse du chômage. 130

5.3.4.3           Des allocations qui peuvent durer très, très longtemps. 131

5.3.5      L'économie française : une machine à créer du chômage. 131

5.3.6      Limites d'une politique économique due à la mondialisation.. 133

5.4  Accès à la formation professionnelle. 134

5.4.1      Les divers types d'action de formation.. 134

5.4.2      Les bilans de compétences et la validation des acquis de l'expérience. 135

5.4.3      La formation permanente. 136

5.4.3.1           Inégalités d'accès à la formation permanente. 137

5.4.3.2           Le manque de motivation pour la formation permanente. 138

5.4.3.3           Le manque de sérieux de certains stagiaires. 138

6.    Secteurs d'activité économique et chômage. 139

6.1  Le poids excessif du secteur public français. 142

6.1.1      Administrations. 143

6.1.2      Effectifs de la fonction publique et agents assimilés : près de 7 millions. 145

6.1.2.1           Effectifs de la fonction publique d'Etat en 2006. 147

6.1.2.2           Près de 7 millions de fonctionnaires et assimilés. 148

6.1.2.3           Evolution de l'emploi public, sureffectifs et opacité. 149

6.1.3      Les entreprises publiques, ou l'Etat qui fait des affaires. 153

6.2  Emplois privés offerts mais non pourvus. 156

6.2.1      Entreprises qui ne trouvent pas les salariés qu'elles cherchent 157

6.2.1.1           Il y a et il y aura toujours des embauches. 157

6.2.1.2           Les efforts de l'ANPE.. 161

6.2.1.3           La fluidité du marché du travail 161

6.2.1.4           Fluidité et employabilité. 164

6.2.1.5           Conclusion sur les emplois privés offerts mais non pourvus. 164

6.2.2      Salariés qui n'acceptent pas les emplois offerts. 165

6.2.2.1           Le problème de mobilité géographique et professionnelle. 165

6.2.2.2           Le problème de rémunération.. 165

6.3  Pourquoi n'y a-t-il pas davantage d'emplois offerts ?.. 167

7.    Législation. 168

7.1  Législation du travail 168

7.1.1      Investissements étrangers. 168

7.1.1.1           Intérêt des investissements étrangers. 168

7.1.1.2           Point de vue d'un investisseur étranger 169

7.1.2      Relation entre législation du travail et plein emploi 169

7.1.2.1           L'indispensable flexibilité. 170

7.1.2.2           Gestion anticipée des emplois : une absurdité colossale ! 177

7.1.3      Comparaison de la France avec les autres pays. 177

7.1.3.1           Relation entre protection de l'emploi et chômage dans les pays de l'OCDE   179

7.2  La complexité du système d'aide au retour à l'emploi 181

7.3  La protection de l'emploi 181

7.3.1      Deux types de protection de l'emploi : droits individuels et valeur sociale. 181

7.3.1.1           Définitions économiques des valeurs privée et sociale d'un emploi 182

7.3.1.2           Sources des différences entre valeur privée et sociale de l'emploi 182

7.3.1.3           La législation ne prend pas en compte le coût social d'un licenciement 182

7.3.2      Instabilité et insécurité de l'emploi 182

7.3.3      Licenciements individuels. 183

7.3.4      Emplois surprotégés CDI et emplois précaires CDD et intérim... 184

7.3.5      Contrats CNE et CPE.. 185

7.3.6      Tuer l'emploi en le protégeant 186

7.3.6.1           Définition du licenciement pour motif économique. 187

7.3.6.2           Esprit de la législation française du travail 187

7.3.6.3           Conflits du travail 189

7.3.6.4           Le préavis, tout le préavis mais rien que le préavis. 189

7.3.6.5           Un seul type de contrat de travail 189

7.3.6.6           Depuis longtemps, tous les gouvernements de la France ont ignoré les lois de l'économie  190

7.3.6.7           Des procédures de licenciement économique extrêmement contraignantes  191

7.3.6.8           L'obligation de réindustrialiser dans le bassin d'emplois. 193

7.3.6.9           Haro sur les entreprises prospères. 193

7.3.6.10         Droite et gauche, même aveuglement idéologique. 194

7.3.6.11         Comment les entreprises contournent les lois anti-licenciements. 195

7.3.6.12         Conclusion sur le licenciement économique. 196

7.3.7      Le mythe de l'emploi créé de toutes pièces. 196

7.3.8      La peur du chômage des Français. 196

7.4  Indemnisation du chômage. 196

7.4.1      Régimes d'assurance chômage et de solidarité. 197

7.4.2      Financement des deux régimes. 198

7.4.3      Durées observées de chômage indemnisé. 199

7.4.4      Critique des durées d'indemnisation du chômage. 199

7.4.4.1           Comparaison des « modèles » scandinave, britannique et français. 200

7.4.4.2           Durées maximum d'indemnisation du chômage. 201

8.    Propositions. 201

8.1  Proposition : protéger l'employabilité au lieu de l'emploi 201

8.2  Propositions pour augmenter la création d'emplois. 204

8.2.1      Politiques qui favorisent la consommation en France. 204

8.2.1.1           Accroître les revenus disponibles des particuliers. 204

8.2.1.2           Diminuer les interventions de l'Etat dans l'économie. 205

8.2.1.3           Proposer des produits ou services innovants. 207

8.2.2      Propositions pour accroître la compétitivité des entreprises. 207

8.2.2.1           Politique de compétitivité des pouvoirs publics européens, nationaux ou régionaux  207

8.2.2.2           Politique de compétitivité d'une entreprise. 209

8.2.3      Propositions pour la croissance du PIB.. 209

8.2.3.1           Faire un gros effort en faveur de l'innovation.. 210

8.2.3.2           Travailler davantage. 210

8.2.3.3           Remettre en ordre nos finances publiques. 210

8.2.3.4           Diminuer les impôts. 212

8.2.3.5           Effets d'une réduction des embauches de fonctionnaires. 214

8.3  Propositions diverses. 215

8.4  Stratégies ministérielles de réforme (SMR) 217

9.    Références. 218

 

 

1.                    Une situation déplorable qui perdure

Ce chapitre examine la relation, en France, entre stagnation du PIB et chômage.

1.1                 Comparaison du chômage français avec celui d'autres pays

Voici un tableau des taux de chômage dans l'Union européenne à 25 en 2005 :

 

 

Pays de l'UE25

Taux de
chômage
moyen en
2005 (%)

Allemagne

9.5

Autriche

5.2

Belgique

8.4

Chypre

5.3

Danemark

4.8

Espagne

9.2

Estonie

7.9

Finlande

8.4

France

9.5

Grèce

9.8

Hongrie

7.2

Irlande

4.3

Italie

7.7

Lettonie

8.9

Lituanie

8.3

Luxembourg

4.5

Malte

7.3

Pays-Bas

4.7

Pologne

17.7

Portugal

7.6

République tchèque

7.9

Royaume-Uni

4.7

Slovaquie

16.3

Slovénie

6.5

Suède (provisoire)

7,8

Moyenne UE à 25

8.7

Taux de chômage 2005 dans l'Union européenne à 25
(Source : INSEE http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/CMPTEF03309.XLS )
En vert : pays à économie bien gérée

 

 

Dans le rapport [15] on lit :

§           Page 71 :

"…organiser une croissance durable est une des composantes essentielles de toute stratégie de retour au plein emploi. Il n’en est pas de meilleur exemple que celui des Etats-Unis : le chômage a été ramené en dessous de 4 % au terme du plus long cycle d’expansion que le pays ait connu. Mais celui des Pays-Bas livre la même leçon : depuis que le pays a mis le cap sur l’emploi, en 1982, et en dépit d’un contexte européen longtemps difficile, il a crû en moyenne de 2,8 % par an."

§           Page 72 :

"…depuis deux décennies, en France, la croissance a toujours eu le caractère d’un feu de paille : au cours des vingt dernières années, elle n’a jamais dépassé 3 % plus de deux années de suite – tandis qu’aux États-Unis, elle n’a jamais été inférieure à 3 % plus de deux années de suite. Là réside la raison de beaucoup de nos difficultés."

 

Dans [194] on apprend qu'en janvier 2006, le chômage aux Etats-Unis est descendu à 4.7 %; et d'après [227] il est descendu à 4.4 % en octobre 2006.

 

On peut multiplier les comparaisons comme celles-là : la France a moins de croissance économique et plus de chômage que la plupart des pays avancés.

 

Dans le rapport [3] du CERC (Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale) on trouve page 5 le texte suivant :

"La France connaît, plus que la plupart des pays européens, un niveau élevé de chômage : en 2004, parmi les 15 [de l'Union européenne], il n’y avait que l’Espagne et la Grèce qui avaient une situation plus dégradée et le taux de chômage [24] français était plus du double de ceux enregistrés dans des pays aussi divers que l’Irlande, l’Autriche, les Pays-Bas, le Royaume-Uni. Et cette situation est durable, enkystant la société française dans le chômage. Depuis 1984, le taux de chômage [24] n’est jamais revenu en deçà de 8,5 %."

 

Pour vérifier l'affirmation "Depuis 1984, le taux de chômage n’est jamais revenu en deçà de 8,5 %" j'ai construit à partir des données officielles publiées par l'INSEE les deux graphiques ci-dessous, en prenant soin de n'utiliser que des données "corrigées des variations saisonnières" (CVS).

 

La baisse constatée à partir de juin résulte essentiellement du traitement social du chômage : emplois aidés, contrats d'apprentissage, etc.; l'économie française ne crée pratiquement pas d'emplois. (Pour un aperçu global des raisons de la stagnation de l'économie, voir "France en panne, entreprises en fête").

 

Cliquer ici pour avoir une idée de ce qu'est une économie qui crée des emplois.

Pour plus de détails, voir "Niveau de vie, inégalités et pauvreté, en France et aux Etats-Unis".

 


Chômage de 1971 à 2006 [8]

 

 

 

 

On voit qu'entre décembre 1984 et décembre 2006 le taux de chômage n'est jamais descendu en dessous de 8.6 %, taux atteint en 2001, à la fin d'une période de forte croissance mondiale dont la France a profité comme ses partenaires européens.

 


Conclusions

§           Depuis vingt ans, le chômage n'est jamais descendu en dessous de 8.6 %. Cette constatation justifie la phrase résignée du Président Mitterrand : "On a tout essayé…", que tous les gouvernements depuis vingt ans auraient pu reprendre à leur compte tant leur impuissance à faire baisser le chômage est manifeste.

§           En période de plein emploi, c'est-à-dire avant le 1er choc pétrolier, le taux de chômage français était inférieur à 3 %. Il s'est mis à grimper lors du 1er choc pétrolier, qui a déclenché de l'inflation, et n'a cessé de monter jusqu'au palier de 10 % environ atteint en 1984, dont il ne s'est guère éloigné depuis.

 

Avant de chercher les causes de la persistance de ce chômage français, il est utile de le comparer avec ceux d'autres pays avancés. Voici un graphique extrait de [22].

 


Comparaison des taux de chômage (1981 - 2005) selon [22]

On a souligné en couleur turquoise les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001

 


 

On voit sur le graphique précédent que :

§           L'Irlande (dont le taux de chômage était constamment supérieur au nôtre depuis 1981) nous a rattrapés en 1986, à l'occasion d'une période de croissance mondiale, et fait bien mieux que nous depuis, 2 fois mieux depuis 2001.

Et ce graphique oublie de nous dire que l'Irlande nous a aussi rattrapés et dépassés sur le plan du niveau de vie, mesuré par le PIB par habitant.

§           Le Royaume-Uni nous a rattrapés en 1987 et fait bien mieux que nous depuis, 2 fois mieux lui aussi depuis 2001. Cette comparaison est d'autant plus intéressante que ce pays a la même population que la France.

Et lui aussi nous a rattrapés et dépassés en matière de niveau de vie.

§           Les Etats-Unis font mieux que nous depuis 1987, eux aussi environ 2 fois mieux en ce moment. Et leur niveau de vie est 35 % supérieur au nôtre, en comparant les PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat (PPA) et même 48 % selon [228].

 

Ainsi, que l'on compare la France à un pays plus petit, l'Irlande, de même taille, le Royaume-Uni, ou plus grand, les Etats-Unis, tous font mieux que nous : notre taille n'est pas la cause de nôtre chômage. Par contre, ces trois pays ont en commun leur libéralisme et un modèle social qui protège très peu l'emploi ; élection après élection, leurs citoyens refusent toute mesure de durcissement de la législation du travail, parce qu'ils sont certains, en cas de perte d'emploi, d'en retrouver un très vite. Nous reviendrons sur ce point plus bas.

 

A part l'Allemagne, tous les autres pays qui ont plus de chômage que la France ont des économies moins avancées, comme le montre le graphique suivant, issu de [32].

 

 

Taux de chômage 2004 (personnes de 15 à 64 ans) selon l'OCDE

 

 

Nous allons maintenant expliquer les raisons de la contre-performance française en matière de niveau et de persistance du chômage.

1.2                 Relation entre croissances du PIB et de l'emploi

Tout le monde sait que les entreprises embauchent quand leurs affaires vont bien. A l'échelle du pays entier, l'activité totale, c'est-à-dire la valeur ajoutée [29] produite, est mesurée par le PIB [18].

1.2.1             La croissance du PIB entraîne celle de l'emploi

Si on examine (graphique ci-dessous, issu de [21] et [22]) les variations du PIB français et de l'emploi total [23] de notre pays, on voit que les courbes sont remarquablement parallèles. Noter en particulier la crise de 1993. Ce phénomène se produit dans tous les pays.

 


Relation entre croissance du PIB et croissance de l'emploi total


 

 

Avec des données statistiques plus fines, montrant les variations trimestrielles au lieu des variations annuelles comme ci-dessus, on constate que la courbe de l'emploi suit celle du PIB avec un décalage d'environ six mois : lorsque l'activité (mesurée par le PIB) croît, l'emploi suit quelques mois après. Le graphique ci-dessous, issu de [37] page 56, le montre.

 

 

La croissance de l'emploi suit celle du PIB français environ 6 mois après

 

 

Conclusion

La cause précédant toujours l'effet, c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi, pas l'emploi qui fait croître le PIB.

        Il est important de souligner ce fait, car de nombreux politiciens et syndicalistes pensent, au contraire, qu'il suffit de créer des emplois artificiellement (c'est-à-dire, en pratique, avec de l'argent public) pour faire croître le PIB. Nous verrons plus bas qu'une telle politique de l'emploine marche pas.

 

Noter que ce n'est pas le niveau du PIB qui est corrélé à l'emploi, c'est la croissance du PIB qui est corrélée à celle de l'emploi : l'observation montre une relation entre les dérivées par rapport au temps du PIB et de l'emploi, pas une relation entre les fonctions elles-mêmes.

 

Exemple : considérons un pays producteur de pétrole. Il en vend beaucoup, il reçoit beaucoup d'argent. Mais tant qu'il maintient son niveau de production, le pétrole « coule tout seul », en se contentant de peu de main d'œuvre, juste ce qu'il faut pour entretenir les installations d'extraction, de raffinage et de pompage pour remplir les pétroliers. Pour embaucher des travailleurs supplémentaires, il faut développer la production par des activités d'exploration, de construction de puits d'extraction, d'oléoducs, de raffineries, etc. C'est donc bien le développement de l'activité qui entraîne des embauches supplémentaires.

 

De manière générale, un niveau d'activité constant (dérivée nulle) entraîne une main d'œuvre constante (dérivée nulle).

 

Voir en complément : Les chiffres trompeurs de la croissance et du chômage

1.2.2             Pourquoi la croissance de l'emploi est en retard sur celle du PIB

Lorsqu'une entreprise reçoit un supplément de commandes, elle n'embauche pas aussitôt. Si elle vend ses produits à partir de stocks, elle commence par y prélever de quoi satisfaire les nouvelles commandes ; une fois le niveau de stocks trop bas pour satisfaire les commandes, l'entreprise examine sa capacité de production ; et si celle-ci lui permet de fournir davantage, elle augmente sa production, toujours sans embaucher. Ce n'est que lorsqu'elle anticipe des commandes telles que ni les stocks ni la production ne pourront suivre, que l'entreprise songe à accroître sa capacité de production. Et ceci est aussi vrai pour les entreprises de services que pour les entreprises industrielles : les prestataires de services ne songent à embaucher que lorsqu'elles anticipent plus de commandes que leur personnel ne peut en satisfaire.

 

Lorsqu'elle constate une sous-capacité de production, une entreprise peut embaucher et investir dans le matériel et les locaux nécessaires, ou sous-traiter, ou délocaliser, ou revendre la production d'une autre entreprise en plus de la sienne. Mais de toute manière, il s'écoulera quelques mois entre le début de croissance de ses ventes et les premières embauches éventuelles, chez elle ou ses fournisseurs ou ses sous-traitants, et ce décalage existe aussi au niveau de l'économie du pays tout entier.

 

Il arrive qu'une entreprise embauche simplement parce qu'elle anticipe un développement de son activité. C'est le cas, par exemple, de la constitution d'un réseau commercial pour vendre un nouveau produit, ou de la construction d'une usine pour un nouveau modèle de voiture. Les embauches proviennent alors d'investissements, ce qui les distingue des embauches provenant de ventes constatées, c'est-à-dire de consommations.

1.2.3             Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?

Nous avons l'habitude d'évaluer la situation économique d'après le taux de chômage : « s'il y a peu de chômeurs, l'économie va bien. » Cette déduction n'est pas nécessairement juste : le chômage peut aussi baisser si la population active diminue, libérant des emplois ; certains de ceux-ci sont alors pris par des chômeurs, dont le nombre diminue sans que l'économie ait créé d'emplois. Cela se produit en France ces temps-ci, avec le départ en retraite de nombreux travailleurs nés immédiatement après la deuxième guerre mondiale.

 

Il ne faut donc pas se féliciter de la baisse du taux de chômage, comme l'ont fait les gouvernements Raffarin et De Villepin, en oubliant de rappeler que cette baisse est due en partie à la croissance du nombre de départs en retraite, en partie aux très nombreux emplois subventionnés (entre 13.8 % et 21.8 % des offres d'emploi reçues par l'ANPE !) et en toute petite partie seulement à la croissance de l'économie.

        Du reste, les chiffres officiels [218] montrent que sur un an, du 2ème trimestre 2005 au 2ème trimestre 2006, l'emploi salarié marchand (sans administration, éducation, santé, action sociale et agriculture) n'a augmenté que de 105 700 personnes, soit 0.7 %, chiffre insignifiant compte tenu de la croissance mondiale qui tire nos exportations et des emplois subventionnés : il n'y a vraiment pas de quoi se vanter ! La stagnation de l'emploi est évidente sur le graphique ci-dessous, issu de [218] :

 

 

Evolution de l'emploi salarié marchand non agricole (en milliers)

 

 

D'après ce qui précède, une économie qui va bien a de la croissance (son PIB augmente) et c'est cette croissance qui entraîne la croissance du nombre d'emplois. Une meilleure manière de juger de la santé de l'économie est donc de se baser sur le taux d'emploi, rapport de la population qui a un emploi à la population en âge de travailler. Si le taux d'emploi augmente, l'économie est saine car elle crée plus d'emplois que de personnes en âge de travailler.

 

Cette manière de raisonner est aussi très importante dans les pays où la population croît vite, comme les pays arabes ou l'Inde : chaque année, ils doivent créer au moins autant d'emplois que de personnes supplémentaires en âge de travailler.

1.2.4             Consommation et investissements sont les seules sources d'emplois marchands

Consommation et investissements sont les deux seules manières de justifier l'emploi dans le secteur marchand de l'économie. Pour fixer les idées sur leur importance en France, notons (voir [34] et [35]) qu'en 2004 le PIB a été de 1648.4 milliards d'euros, sur lesquels la consommation effective des ménages a représenté 1180 milliards d'euros (71.6 % du PIB) et les investissements non bancaires publics et privés 316 milliards d'euros (19.2 % du PIB).

 

Inversement, aucune entreprise privée n'embauchera si elle ne constate pas ou n'anticipe pas un développement de ses ventes, car ces embauches seraient inutiles et pèseraient sur les bénéfices. Et si un chef d'entreprise justifie auprès de ses actionnaires une baisse des bénéfices de leur entreprise par des embauches inutiles, il se fait débarquer !

        C'est pourquoi les pressions du gouvernement sur les entreprises privées pour qu'elles embauchent ne sont que des gesticulations destinées à faire passer au public par médias interposées le message « le gouvernement s'occupe de créer des emplois », message fallacieux car (nous le verrons plus bas) un gouvernement ne peut créer que des emplois payés par le secteur marchand, avec de redoutables effets pervers. Un gouvernement n'a pas le pouvoir de décréter des embauches privées et une entreprise n'embauchera que si elle y a intérêt. On voit donc parfois des entreprises privées répondre aux sollicitations gouvernementales en faisant semblant de faire leur part du « devoir patriotique d'embaucher » par quelques embauches en nombre insignifiant qui améliorent leur image auprès du public.

1.2.5             La croissance du PIB est indispensable à celle de l'emploi

Donc pour que le chômage baisse grâce à des embauches du secteur marchand de l'économie, il faut une croissance de l'activité économique. Cette condition est nécessaire, mais pas suffisante : si, par exemple, le PIB du pays croît seulement parce qu'il exporte davantage de pétrole ou qu'il développe son activité commerciale d'import-export basée sur des biens produits ailleurs, l'emploi ne se développe pas ; le pays se trouve alors dans la même situation qu'une entreprise qui recourt à sa capacité de production excédentaire avant d'embaucher.

1.2.6             Comment faire baisser le chômage sans croissance du PIB

Il est clair, d'après ce qui précède, qu'aucune entreprise privée n'embauchera si elle ne constate pas ou n'anticipe pas une croissance de son activité. La seule manière de créer des emplois sans croissance du PIB est donc d'en faire supporter le coût aux contribuables, en embauchant :

§           Dans le secteur public (fonctionnaires, contractuels ou intérimaires) ;

C'est ainsi que des ordonnances de juillet 2005 ont créé le Pacte junior, permettant chaque année à 20 000 jeunes sans diplôme - dont le niveau est trop bas pour réussir un concours de la fonction publique - de devenir quand même fonctionnaire ; cette discrimination positive est plus qu'une injustice à l'égard des fonctionnaires recrutés par concours, elle promet une dégradation de la qualité du recrutement du service public ; elle montre que le gouvernement est prêt à faire n'importe quoi pour faire baisser les chiffres du chômage et intégrer dans la société française une partie des 60 000 jeunes sans qualification que notre système éducatif déficient produit chaque année.

Autre exemple : le service civil volontaire que le président Chirac a promis en novembre 2005 de développer pour 50 000 jeunes par an à partir de 2007, année électorale.

§           Dans des entreprises comme EDF, La Poste, SNCF, etc., où les emplois plus ou moins inutiles sont payés par les usagers ou clients ;

 

Un exemple des horaires réduits des agents de la SNCF est fourni par les grèves des lignes RER B et D de début décembre 2005. Parmi les 753 agents de conduite, ceux qui font grève selon [139] veulent obtenir une répartition qui les arrange mieux du nombre d'heures de travail très faible qu'ils font (et qui n'augmentera pas) : 182 jours de travail par an (1 jour sur 2 !) de 6 heures par jour, travail payé 2500€ net par mois pour un agent de 40 ans cité par le journal. Non seulement ces agents travaillent peu, mais ils peuvent prendre leur retraite à taux plein à 50 ans.

 

Pour satisfaire leur caprice, ils prennent en otage chaque jour 750 000 banlieusards. Il est scandaleux que le président Chirac, qui a promis le « service garanti » pour se faire élire, ne lance pas un référendum pour modifier la Constitution, afin de remplacer le droit de grève dans les services publics de transport par un arbitrage obligatoire lors des conflits du travail ; les Français pourront alors choisir entre répondre « NON » et subir les grèves à répétition de la SNCF et de la RATP sans se plaindre, ou répondre « OUI » et faire cesser l'injustice permettant à une poignée de grévistes égoïstes et irresponsables de prendre en otage des centaines de milliers de voyageurs pour un simple caprice.

 

Bien entendu, la SNCF perd des dizaines de millions d'euros du fait de ces grèves et les contribuables les lui remboursent : ces grèves scandaleuses coûtent donc de l'argent à tous les Français, sans compter la perte de production économique des gens qui arrivent en retard à leur travail ou renoncent à s'y rendre.

On peut aussi rappeler en passant que la SNCF compte environ 175 000 salariés en France d'après [200], et 191 288 retraités au 31/12/2004 d'après [199] : il y a donc plus de retraités que d'actifs, du fait du départ en retraite à 50 ans pour les roulants et 55 ans pour les autres cheminots ; et le déficit de la caisse de retraites de la SNCF est pris en charge par l'Etat à hauteur de 2.437 milliards d'euros en 2004.

 

Voir en complément :

ü         Pour des syndicats utiles

ü         Les chiffres trompeurs de la croissance et du chômage

 

L'attitude des cheminots grévistes rappelle le dessin de Jacques Faizant ci-dessous, publié dans Le Figaro à propos de la grande grève SNCF du 23/12/1986. On y voit le dessinateur proposant au Premier ministre de l'époque, Jacques Chirac, un « projet de logo pour les services publics ».

 

 

 

 

§           Dans le secteur des services aux particuliers, pour des emplois comme garde-malade, jardinier, etc. De tels emplois n'ajoutent rien au PIB dans la mesure où le plus souvent l'argent dépensé par les particuliers pour les payer est simplement détourné d'autres dépenses, c'est un simple transfert. C'est le cas pour l'immense majorité de la population, comprenant les familles vivant des revenus de l'activité d'un ou plusieurs membres, les retraités et les familles vivant de minima sociaux (qui n'ont pas les moyens de payer du travail extérieur).

Annoncer comme le fait le ministre Jean-Louis BORLOO [175] qu'il attend du développement de ces services aux particuliers la création de 500 000 emplois en 3 ans est donc fallacieux : l'argent de ces emplois, quel que soit leur nombre, est pris pour l'essentiel sur la consommation de ces particuliers, consommation qui se traduit elle-même en emplois supprimés ailleurs. En fait, même si l'impact en créations d'emplois est compliqué à évaluer avec précision, il y a peu de chances que la promesse de créer 500 000 emplois supplémentaires à temps plein se réalise [176].

A la fin du 2ème trimestre 2006, les chiffres officiels donnés par [220] sont sans appel : le nombre d'emplois dans les "Services personnels et domestiques" est passé en un an de 809 000 au 2ème trimestre 2005 à 831 300 au 2ème trimestre 2006, soit une hausse de 22 300 emplois. Si on continue à ce rythme, on atteindra sur la période de 3 ans dont parle le ministre 66 900 emplois, 7.5 fois moins que les 500 000 emplois promis !

Pour plus de détails, voir "Les créations d'emploi sans baisse du chômage".

§           Dans le secteur associatif, où l'Etat paie une partie au moins du coût d'emplois que la rentabilité économique ne peut justifier à 100 % ;

§           … ou dans les entreprises privées que l'on subventionne à cet effet, directement ou par baisse des charges ou des impôts. Celles-ci profitent alors de l'aubaine, pour embaucher à bon compte des gens qui ne seraient pas rentables au prix du marché de l'emploi.

C'est ce qui s'est passé dans le cas des "35 heures" : selon le rapport de l'Assemblée nationale [33], avec cette politique de redistribution imposée du travail existant chacun des 350 000 emplois créés a coûté au contribuable en moyenne 23 000 euros par an, bien plus cher que de payer un chômeur à ne rien faire tout en lui faisant cadeau de sa protection sociale ! (Pour plus de détails voir "L'absurdité de la RTT et des « 35 heures »" et "Evaluation des conséquences des 35 heures par l'Assemblée nationale".)

 

Conclusion : toutes les politiques visant à faire croître l'emploi sans croissance du PIB ont échoué, en France comme partout dans le monde, parce qu'elles ne pouvaient pas réussir sans contredire les lois de l'économie.

        En effet, en dernière analyse leur coût pèse sur le seul secteur marchand, qu'il rend moins compétitif en absorbant une partie de sa capacité de financer le développement et l'innovation, et dont il décourage les travailleurs et investisseurs par sa charge fiscale excessive. Comme l'affirme [42] :

"L’emploi dans le secteur public [non marchand] ne peut être financé qu’à la mesure des richesses produites par l’emploi marchand."

 

Au mieux, les emplois subventionnés ne sont qu'une solution temporaire (le temps que la conjoncture internationale s'améliore) ; au pire c'est une politique qui étouffe l'économie, comme on le voit si bien en France et en Allemagne, pays où cette "solution" bloque la croissance économique depuis 2001 sans avoir réussi à faire réellement baisser le chômage.

 

Voir aussi "Création volontariste d'emplois".

1.2.7             Les effets pervers des emplois subventionnés

Même si un emploi subventionné rend des services utiles à la collectivité, l'argent qu'il coûte produit par définition moins de richesses qu'un emploi qui serait économiquement rentable. Si cet argent était dépensé directement par les contribuables pour leurs besoins, il leur permettrait d'acquérir davantage de biens ou de services que ceux qu'ils reçoivent des emplois subventionnés, par définition moins productifs. S'il était dépensé pour investir dans des équipements collectifs ou privés, ceux-ci permettraient ensuite une meilleure efficacité dont bénéficieraient le public ou les entreprises.

 

Les emplois subventionnés sont donc une forme de charité, de solidarité, dont le coût est supporté par l'ensemble des contribuables. Les citoyens sont parfaitement en droit de faire des sacrifices au nom de la solidarité, mais leurs élus ont le devoir de les informer des montants et des conséquences, ce qu'ils ne font pas, ou très mal ; en fait, ils dépensent plus d'argent qu'ils n'en ont pour apaiser les syndicats et divers mécontentements, qui savent se faire entendre par médias interposés et pourraient leur coûter leur réélection. Voici ce qui se passe.

1.2.7.1                        La France vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies

En pratique, une partie du coût des emplois subventionnés et des agents publics en surnombre est supporté par des déficits budgétaires : celui de l'Etat, ceux des collectivités locales et ceux des entreprises comme EDF et la SNCF. Ces déficits sont à leur tour couverts pour l'essentiel par des emprunts, que les générations suivantes devront rembourser. La dette française, résultant de décennies de dépenses publiques supérieures aux recettes, est colossale ; elle entraîne une lourde charge de remboursement de principal et d'intérêts par les générations suivantes. Voir à ce propos les aveux des ministres Renaud Dutreil et Eric Woerth [166], les accusations du ministre Thierry Breton [168] et le rapport PEBEREAU [163], où on trouve pages 3 et 4 :

"…notre situation financière apparaît donc aujourd’hui très préoccupante. Elle l’est d’autant plus que sa dégradation permanente depuis 10 ans [c'est-à-dire depuis que M. Chirac est Président] nous distingue nettement de nos partenaires. Nous sommes en effet le pays d’Europe dont le ratio de dette publique s’est le plus accru ces dix dernières années. La plupart des pays ont pris conscience de l’enjeu et ont entrepris de réduire leur dette financière."

"…la France n’a respecté aucun des programmes de remise en ordre de ses finances publiques sur lesquels elle s’était engagée devant les institutions européennes."

"Ces 25 dernières années, l’effort en matière de recherche et d’enseignement supérieur a stagné et les investissements publics ont diminué. La dette n’a donc pas financé un effort structuré en faveur des dépenses les plus utiles à la croissance et à la préparation de l’avenir.

Une large partie de l’augmentation de la dette a été utilisée pour financer les dépenses courantes de l’État et pour reporter sur les générations futures une part croissante de nos propres dépenses de santé et d’indemnisation du chômage, alors que ceci devrait être exclu par principe."

"…ces dix dernières années, les dépenses de l’État ont été supérieures à ses recettes de 18 % en moyenne."

 

Et ce diagnostic oublie la menace que fait peser sur notre économie une éventuelle hausse des taux d'intérêt, qui augmenterait le coût des milliards d'euros que la France doit emprunter chaque année pour boucher les trous de son budget.

 

Nous allons constater, à présent, qu'il ne suffit pas que la croissance du PIB soit positive, elle doit dépasser un certain rythme (celui de la croissance de la productivité [19]) pour que le pays crée des emplois.

1.2.8             Une croissance faible ne suffit pas pour faire baisser le chômage

1.2.8.1                        Prise en compte de la croissance de la population

Dans les pays dont la population augmente, le PIB par habitant (c'est-à-dire le niveau de vie moyen) ne peut progresser que si le PIB croît plus vite que la population. Ce phénomène de croissance insuffisante est particulièrement inquiétant dans certains pays arabes producteurs de pétrole, où la population croît plus vite que le PIB.

 

Mais la comparaison des croissances du PIB et de la population peut être trompeuse si une grande partie de la croissance du PIB est confisquée par une faible partie de la population, comme c'est le cas dans les pays arabes producteurs de pétrole. Il vaut mieux comparer la croissance de la population et celle du nombre d'emplois. C'est ce qui est fait sur une période de 20 ans dans le graphique ci-dessus issu de [22] et [57] :

 

 

 

 

On voit qu'à part la dégradation de la situation de 1995, la croissance de la population française a bien été accompagnée d'une croissance du nombre d'emplois. Pendant cette période de 20 ans la population ayant augmenté de 9.85 % et l'emploi de 15.2 %, il y a donc eu progrès, pas dégradation.

        Entre1984 et 2002, le niveau de vie moyen (exprimé en euros 2002) est passé de 14 314€ à 17 101€ d'après [58], en hausse de 19 %, et la proportion de pauvres (personnes dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian) a décru de 7.7 % à 6 %.

        Entre 1996 et 2001, le niveau de vie moyen avait progressé de 10 % selon [60].

1.2.8.2                        Prise en compte de la croissance de la productivité

En examinant attentivement le graphique PIB-Emploi ci-dessus, on s'aperçoit que la variation de l'emploi n'est positive que lorsque le rythme de croissance du PIB dépasse environ 2 % par an. Nous allons maintenant expliquer ce phénomène grâce à l'introduction de la notion de productivité.

1.2.8.3                        Calcul du PIB par habitant d'un pays - Niveau de vie moyen

Le PIB par habitant d'un pays est une mesure du niveau de vie de ses habitants, puisque c'est la valeur moyenne des biens et services créés en une année et disponibles pour chaque habitant. On peut comparer les niveaux de vie de deux pays à condition de calculer leurs PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat (PPA).

 

Le plus souvent, le PIB par habitant se calcule en divisant le PIB du pays par le nombre de ses habitants. Mais ce calcul peut aussi utiliser la productivité horaire de ses travailleurs [19]. Soient les variables :

§           "PIBpH" le PIB par habitant en euros par an à calculer ;

§           "PHT" la productivité horaire du travail en euros/heure de travail ;

§           "DT" la durée moyenne du travail d'un travailleur en heures par an (1453 heures en 2003 en France selon [20]) ;

§           "TE" le taux d'emploi de la population en âge de travailler du pays (simple rapport) qui vaut 0.619 (c'est-à-dire 61.9 %) en France selon [20] ;

§           "Part" la part de la population en âge de travailler dans la population totale (simple rapport) qui vaut 0.65 (c'est-à-dire 65 %) en France ;

Calcul du PIB par habitant à partir de la productivité horaire du travail

La formule permettant de calculer le PIB par habitant du pays à partir de la productivité horaire du travail est :

 

PIBpH = PHT x DT x TE x Part

 

Mais lorsqu'on étudie la variation du PIB par habitant PIBpH en fonction des variations des autres variables, il faut tenir compte de leurs interdépendances :

§           Le rendement d'un travailleur décroissant avec la durée du travail par suite de la fatigue, la productivité horaire PHT est fonction décroissante de la durée DT ;

§           La productivité horaire PHT décroît aussi lorsque le taux d'emploi TE augmente, car on embauche alors une plus forte proportion de gens moins productifs.

En résumé, la productivité horaire du travail PHT est fonction décroissante à la fois de la durée du travail DT et du taux d'emploi TE.

Calcul du PIB par habitant à partir de la productivité par travailleur

On peut aussi calculer le PIB par habitant d'un pays PIBpH à partir de la productivité par travailleur (on dit aussi « par tête ») PH en euros par personne et par an, en remarquant que PH = PHT x DT :

 

PIBpH = PH x TE x Part

 

1.2.8.4                        Croissance naturelle de la productivité

La productivité [19] croît chaque année : les entreprises achètent des machines plus rapides, les travailleurs apprennent à être plus efficaces, on élimine du temps perdu grâce à une meilleure organisation, on adopte des technologies plus efficaces, etc. Cela se voit sur le graphique suivant, issu de [36] page 160 :

 

 

Croissance comparée de la productivité horaire aux Etats-Unis et en l'Europe à 15 (% / an)

 

 

On admet aujourd'hui que depuis 2002 la productivité horaire française augmente d'environ 1.8 % par an [38]. Cela veut dire qu'avec le même nombre de travailleurs effectuant le même nombre d'heures, la richesse produite augmente d'environ 1.8 % par an. Donc :

 

 

Il faut une croissance du PIB supérieure à 1.8 % par an pour que l'économie française crée des emplois. En pratique, comme nous l'avons constaté sur le graphique, la croissance doit être au minimum de 2 % environ.

 

 

Cette conclusion est confirmée par [16] et son évolution a été étudiée par l'INSEE.

 

Cette constatation est lourde de conséquences : comme les Français ne connaissent pas l'existence de cette contrainte de croissance minimum, les gouvernements successifs exploitent impunément leur ignorance, en se glorifiant de baisses du chômage même minimes, qu'ils présentent comme la conséquence de leur excellente politique économique, alors qu'elles résultent simplement d'embauches de fonctionnaires ou de salariés subventionnés. Aucune croissance du PIB inférieure à celle de la productivité ne peut entraîner de croissance de l'emploi (sauf si la productivité baisse, ce qui serait anormal).

 

Remarques :

§           Quelle que soit la croissance du PIB national, certains secteurs d'activité peuvent être en forte croissance (exemple : les téléphones portables) et d'autres en train de péricliter (exemple : le textile). Les premiers embauchent alors et les seconds licencient ; le PIB national résulte de tous les secteurs d'activité et un taux de chômage qui stagne peut recouvrir des situations très diverses.

§           Nous verrons plus bas que chaque jour ouvrable, 10 000 emplois sont détruits en France et remplacés par 10 000 autres. Il y a donc une évolution constante de la répartition des qualifications des travailleurs, donc de leurs salaires. Le nombre de travailleurs ayant un salaire donné change donc un peu (en euros constants) d'une année sur l'autre : l'année n + 1, il se peut par exemple que le rapport entre le nombre de salariés gagnant 3 000€ par mois et celui des salariés gagnant 1 200€ par mois soit différent de celui de l'année n. Avec le même nombre de travailleurs, le PIB peut ainsi varier un peu indépendamment de la productivité moyenne.

La conséquence pratique est que la croissance minimum nécessaire pour créer des emplois peut varier de part et d'autre de celle de la productivité. Si par exemple l'emploi s'enrichit en qualifications mal payées par rapport à celles qui sont bien payées, il suffit d'une moindre croissance du PIB pour que des emplois soient créés. C'est ce qui s'est produit en France en 2005, du fait des nombreux emplois peu qualifiés créés avec l'aide financière de l'Etat : avec une croissance du PIB de l'ordre de 1.4 % seulement, il y a eu 52 300 emplois marchands créés [204] ; le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois faiblement qualifiés et peu payés, ceux qui sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.

Voici un graphique issu de [45] page 2 qui permet de mieux comprendre l'évolution des gains de productivité par tête en France, en séparant l'activité industrielle et l'activité de services (tertiaire) et en les regroupant dans l'ensemble de l'économie :

 

 

Evolution des gains de productivité par tête en France par secteur

 

Il faut savoir que les gains de productivité dans les services sont toujours bien plus faibles que dans l'industrie, parce que l'automatisation et l'informatisation y sont plus rares et plus difficiles. Or la part des services dans l'économie (environ 70 %) croît sans cesse, ce qui tend à rapprocher le gain national de productivité de celui des seuls services, et tend à diminuer le rythme de croissance du gain de productivité national.

 

Comme le montre la référence [8] du texte "La révolution des qualifications", aux Etats-Unis les emplois dans le secteur des services passeront de 71.4 % du total en 2004 à 78.5 % en 2014, et le pays en créera 18 millions en 10 ans, le même rythme qu'entre 1994 et 2004. Ces chiffres montrent bien que la productivité des services ne peut croître au même rythme que celle de l'industrie. En passant, on remarque que si la France avait une économie aussi dynamique que les Etats-Unis, avec une population 5 fois moindre elle créerait 3.6 millions d'emplois supplémentaires en 10 ans, supprimant ainsi totalement le chômage !

Voici, selon [45] page 2 un graphique montrant (courbe verte) la variation du taux annuel minimum de croissance du PIB français nécessaire pour une création nulle d'emplois, c'est-à-dire le taux au-dessus duquel l'économie française crée des emplois :

 

 

Variation du taux annuel minimum de croissance du PIB
nécessaire pour que l'emploi croisse en France

 

Les trois traits bleus horizontaux représentent des moyennes lissées sur 10 ans. On voit qu'il existe une tendance lourde à ce que la croissance s'enrichisse en emplois, parce que de plus en plus la croissance du PIB est celle des services, où la productivité croît moins vite.

§           Depuis 1996, la productivité croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [38] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau suivant :

 

 

 

1983-1990

1990-1995

1995-2000

1995-2001

France

2.48

1.01

0.91

0.65

Etats-Unis

1.24

1.58

2.16

1.99

Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité en % par tête

 

Pour combattre cette perte progressive de compétitivité, les rapports Camdessus [39] et Beffa [126] préconisent d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications (TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi "L'incomparable contribution des TIC à la croissance".

 

Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".

1.2.9             PIB par habitant, taux d'emploi et nombre d'heures de travail par an

Les formules de calcul du PIB par habitant ci-dessus montrent que celui-ci est proportionnel :

§           Au taux d'emploi TE, c'est-à-dire à la proportion de personnes actives dans la population en âge de travailler.

C'est ainsi qu'en 2002 le taux d'emploi étant de 61 % en France [215] contre 72 % aux Etats-Unis, le PIB par habitant américain était automatiquement 72/61 = 1.18 fois supérieur au PIB par habitant français, toutes choses égales d'ailleurs. En somme, aux Etats-Unis les gens sont plus riches parce que la proportion de ceux qui travaillent est plus élevée.

Le faible taux d'emploi français traduit le fait que dans notre pays ce sont surtout les gens les plus productifs qui travaillent, les gens moins productifs (les moins de 25 ans et les plus de 50 ans) ayant un taux de chômage élevé. La forte productivité par tête de la France s'explique donc surtout par l'exclusion des moins productifs du marché du travail : il n'y a pas de quoi être fiers, pas de quoi se vanter de notre productivité comme le font souvent nos politiciens.

Le graphique ci-dessous, provenant de données OCDE, permet une comparaison des taux d'emploi des travailleurs 55 à 64 ans de divers pays en 1994 et 2005 :

 

 

Evolution des taux d'emploi des 55-64 ans dans divers pays de 1995 à 2005

 

 

On voit que les taux d'emploi des seniors augmentent partout, mais aussi que la France est le pays où, en 2005, ils travaillaient le moins souvent. C'est une conséquence de notre dispositif de préretraites et de dispense de recherche d'emploi.

Voir aussi l'exemple des cas où il est interdit de travailler après 60 ans [230].

§           A la durée moyenne du travail DT en heures par an.

Le nombre moyen annuel d'heures de travail par personne ayant un emploi étant en 2003 de 1453 en France contre 1792 aux Etats-Unis, le PIB américain était automatiquement 1792/1453 = 1.23 fois supérieur au PIB par habitant français, toutes choses égales d'ailleurs. En somme, aux Etats-Unis les gens sont plus riches parce qu'ils travaillent plus d'heures par an qu'en France.

 

Si les deux variables TE et DT étaient indépendantes et s'il n'y avait pas d'autre variable, nous aurions là une explication de la différence de niveau de vie entre les Etats-Unis et la France : 1.18 x 1.23 = 1.45, et le niveau de vie américain serait 45 % supérieur au niveau de vie français. En fait, comme la productivité horaire décroît avec TE et avec DT, le rapport réel est inférieur et un calcul direct (PIB divisé par le nombre d'habitants) donne 35 % en 2004.

 

Il n'empêche que la principale explication du niveau de vie (PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat) supérieur des Etats-Unis est que les Américains travaillent plus nombreux et plus longtemps.

1.2.9.1                        Effet des "35 heures" sur la productivité

La réduction de la durée du travail due aux "35 heures" a obligé les entreprises françaises à s'organiser pour produire autant qu'avant en moins de temps :

§           en faisant pression sur les salariés (ce qui a augmenté leur stress) ;

§           et en substituant le plus possible du capital au travail.

 

Il en est résulté une croissance de la productivité horaire, réelle sur le plan comptable, mais détestable sur le plan social et peu propice à de futurs gains de productivité horaire, compte tenu du stress des salariés et de l'absence d'investissements productifs en TIC (technologies de l'information et de la communication) et en recherche et développement [39].

 

Comme le signale [16], dans les années 1990 l'effet de la baisse des charges sur les bas salaires et de la RTT ne pouvait être que temporaire : après avoir enrichi la croissance en emplois pendant deux ans environ, en diminuant à 1.3 % le taux minimum de croissance du PIB nécessaire à la croissance de l'emploi, ce taux minimum est rapidement revenu à sa valeur de long terme voisine de 2 %, liée à la croissance de la productivité.

 

Il en est enfin résulté une baisse significative des gains de productivité par tête à partir de 2000, signalée par l'INSEE dans [67] page 50 et illustrée par le graphique suivant :

 

 

 

 

La productivité apparente du travail est la productivité par tête, ici pour le secteur marchand non agricole. Avec une croissance si faible de la productivité il est désormais impossible de résorber le chômage, nous l'avons vu et nous l'expliquons ci-dessous.

 

La baisse de la productivité par tête est confirmée par le rapport au Sénat [38], où on lit :

"…l'évolution de la productivité a été fortement déterminée par la mise en place de la RTT. Celle-ci a eu deux effets. Un effet dominant est l'effet direct sur la productivité par tête : il aurait été proche de - 6 % sur la période 1996-2002 selon l'INSEE (soit - 0,8 point environ de productivité par an). Un effet indirect résulte de l'accroissement du coût horaire moyen du travail consécutif à la mise en œuvre de la RTT, ce qui incite les entreprises à économiser le facteur travail et à rechercher des gains de productivité."

 

Le gouvernement Raffarin a augmenté les divers SMIC pour les aligner sur le plus généreux, d'où une hausse de salaire atteignant 11 % dans certains cas : la compétitivité de la France [68] en souffre.

 

On peut se rendre compte de la perte de compétitivité de la France due à la faible croissance de la productivité par tête en considérant le tableau suivant, issu de [38] :

 

 

 

1983-1990

1990-1995

1995-2000

1995-2001

France

2.48

1.01

0.91

0.65

Etats-Unis

1.24

1.58

2.16

1.99

Taux de croissance annuel moyen de la productivité par tête en  % :
le
« décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis

 

 

Une deuxième cause de la différence de niveau de vie entre la France et les Etats-Unis, différence qui va croissant, est le décrochage de notre productivité par rapport à la leur.

1.2.9.2                        Evolution de la croissance et de la productivité en 2004 et 2005

Notons que notre croissance de la productivité apparente par tête a repris depuis 2001, puisqu'en 2004 elle a été de 2.1 % en moyenne. Hélas, la croissance du PIB (2.1 % en 2004) n'a pas été suffisamment forte par rapport à celle de la productivité pour créer beaucoup d'emplois marchands : il n'y en a eu que 20 000 en 2004 selon [145] page 83. Et en 2005, avec 1.4 % de croissance le pays n'a créé que 40 000 emplois marchands (0.2 % du nombre d'emplois marchands) : notre création d'emplois est en panne, la baisse du chômage en fin d'année résulte en grande partie des emplois aidés. Nous avons vu plus haut que le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois peu qualifiés et peu payés, ceux qui dans l'industrie sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.

Une économie qui crée vraiment des emplois

Pour se faire une idée de ce que représente la création d'emplois d'une économie en véritable croissance, [157] donne les chiffres de l'emploi 2004 pour les Etats-Unis. Si leur population 2004 était la même que celle de la France (295.7 millions contre 60.7 millions) ils auraient créé 451 000 emplois au lieu de 20 000, 22 fois plus ! C'est ainsi qu'en mars 2004 (leur meilleur mois) les Etats-Unis ont créé 350 000 emplois, 17 fois plus que la France en un an. Voici les statistiques 2004 des créations d'emplois et du taux de chômage aux Etats-Unis d'après leur Ministère du Travail :

 

 

Créations nettes d'emplois et taux de chômage aux Etats-Unis en 2004

 

 

Voir aussi les chiffres de janvier 2006 [194].

 

Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".

1.2.10        Conclusions sur le volume de travail

Pour faire croître en France le PIB et le PIB par habitant, donc faire baisser le chômage tout en augmentant le niveau de vie, il faut travailler davantage :

§           Il faut une plus forte proportion de gens qui travaillent par rapport à la population en âge de travailler, c'est-à-dire cesser d'exclure autant de jeunes et de seniors ;

§           Il faut que la durée annuelle du travail augmente, pour se rapprocher de celle des pays où la croissance de l'économie est assez forte pour que le chômage soit faible : Royaume-Uni, Etats-Unis, Irlande, etc.

 

Voici des statistiques qui le montrent.

1.2.10.1                    Le nombre annuel d'heures de travail en France est un des plus faibles !

Voici selon [20] une comparaison du nombre moyen d'heures de travail par an en 2002-2003 :

 

 

Heures de travail par an par personne en âge de travailler (15-64 ans)
(moyenne 2000-2003)

 

 

On voit que, parmi les 20 pays de l'OCDE considérés, la France est, après la seule Italie, le pays où on travaille le moins chaque année. Le nombre moyen annuel d'heures de travail par personne ayant un emploi était en 2003 de 1453 en France contre 1792 aux Etats-Unis et 1673 au Royaume-Uni d'après [20].

 

Le graphique ci-dessous, issu de [45] page 3, montre l'évolution de la durée hebdomadaire du travail des salariés à temps complet des secteurs marchands non agricoles, c'est-à-dire l'effet de la RTT :

 

 

Evolution de la durée hebdomadaire du travail des salariés à temps complet

 

 

Nous allons voir à présent l'impact du fait que les Français travaillent trop peu.

1.2.10.2                    Effet sur le PIB de la croissance du nombre total d'heures de travail

Entre 1980 et 2003, l’écart de croissance cumulé entre le PIB de la France et celui des États-Unis ou du Royaume-Uni est expliqué en quasi-totalité par l’écart de croissance du nombre d’heures totales travaillées ([39] page 40).

 

 

 

Croissance du total
des heures travaillées
(1980 à 2003)

Croissance
du PIB
(1980 à 2003)

France

-6 %

59 %

Etats-Unis

39 %

101 %

Ecart Etats-Unis - France

+45 %

+42 %

Royaume-Uni

8 %

75 %

Écart Royaume-Uni - France

+14 %

+16 %

Relation entre croissance du total annuel des heures travaillées
et croissance du PIB entre 1980 et 2003

 

 

On voit que les Américains et les Anglais travaillaient plus en 2003 qu'en 1980, alors que les Français travaillaient moins. Les écarts de croissance du PIB s'expliquent presque exclusivement par l'écart de quantité de travail.

 

Le rapport PEBEREAU [163] confirme page 86 la diminution du nombre d'heures de travail par habitant plus forte en France que partout ailleurs, en se basant sur des données de l'OCDE :

 

 

 

 

Une telle évolution, à contre-courant de celle de nos principaux concurrents, ne peut qu'handicaper notre compétitivité, sans parler de notre niveau de vie.

1.2.11        La productivité ne tue pas l'emploi, elle le favorise

Certains affirment qu'il faut que la productivité baisse pour que, le volume de travail disponible étant constant, le nombre d'emplois puisse augmenter. Ils se trompent, ils n'ont rien compris à l'économie, ils trompent les citoyens.

§           D'abord le volume de travail n'est nullement limité. Affirmer qu'il est limité relève d'une conception marxiste de l'économie vieille de 150 ans, dont la fausseté a été démontrée par l'histoire ; c'est pourtant la conception qui est à la base des lois Aubry ("35 heures") qui ont imposé de partager ce volume de travail supposé fini entre davantage de gens.

La vérité est que les besoins de l'homme en biens et services sont infinis, qu'ils se créent au fur et à mesure que le progrès des médias donne des idées aux consommateurs, que l'innovation leur propose de nouveaux produits et services, et que les progrès de la productivité permettent de produire davantage avec le même nombre d'heures de travail.

Dans les pays où l'économie est plus saine que chez nous comme les Etats-Unis, le nombre de salariés augmente chaque année d'un à deux millions sans que le chômage augmente : l'économie crée donc bien chaque année du travail supplémentaire [131], [157] et [162]. Plus il y a eu de travail, plus les travailleurs ont gagné de l'argent qu'ils ont ensuite dépensé, et plus les entreprises ont investi pour accroître leur production et leur productivité.

§           Ensuite, comme l'affirme [42] :

"La productivité ne tue pas l'emploi, elle en est la source."

Une meilleure productivité crée plus de richesses, donc de niveau de vie, mais aussi plus de compétitivité [68]. Elle permet au pire de se défendre contre les progrès des concurrents, au mieux de vendre davantage. Une entreprise qui vend plus investit (dépense qui crée du travail ailleurs) et embauche, nous l'avons vu ci-dessus.

Au niveau national, la productivité a augmenté sans cesse depuis 1997 en même temps que le nombre d'emplois. Exemple : selon [43] et [44], entre 1997 et 2002 compris la productivité a augmenté de 16.7 % tandis que l'emploi salarié augmentait de 12.6 %.

La productivité ne tue donc pas l'emploi, elle le favorise, ne vous laissez pas tromper !

 

Pour bien comprendre les choix politiques : voir la section du Cours d'économie pour citoyens qui votent, Tome 2 intitulée "Politiques structurelles, productivité et emploi".

1.3                 Peut-on travailler davantage ?

1.3.1             Les salariés en sous-emploi

En plus de nos 2.7 millions de chômeurs, il y avait en France fin 2005 plus d'un million de personnes qui auraient voulu travailler davantage et se plaignaient de ne pas trouver d'emploi supplémentaire. Voici un tableau extrait de [41] :

 

 

 

Taux de sous-emploi
parmi les emplois
à temps partiel (1)
(en  %)

Effectifs
(en milliers)

Catégorie socioprofessionnelle

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Agriculteur

5,7

2,8

3

1

Artisan, commerçant et chef d'entreprise

13,0

24,6

10

8

Cadre et profession intellectuelle supérieure

16,7

33,1

41

36

Profession intermédiaire

17,9

27,3

115

40

Employé

32,3

44,4

669

83

Ouvrier

35,9

40,1

109

83

Ensemble

27,9

35,0

947

250

 

 

(1) Proportion d'actifs occupés à temps partiel recherchant un emploi pour travailler davantage (à temps partiel ou à temps complet), ou souhaitant travailler davantage mais ne recherchant pas d'autre emploi.

 

1.3.2             Les entreprises qui cherchent des salariés sans en trouver

Lorsqu'il a besoin des services d'un plombier, d'un électricien ou d'un médecin ophtalmologue un particulier doit s'y prendre des semaines à l'avance. En outre, il y a en France 500 000 offres d'emploi en entreprise non satisfaites (d'après [47], et [48], et même plus d'après le rapport [66] de 2002), des postes que des entreprises offrent sans trouver de gens capables d'y travailler. Pour illustrer les difficultés qu'éprouvent des centaines de milliers d'entreprises qui ont du mal à recruter, dans de nombreux secteurs d'activité, voici un graphique extrait de [66] page 3 :

 

 

 

Voir en plus "Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres".

Ce n'est donc pas le travail qui manque, en France. Du reste, notre pays a une tradition d'importation de main d'œuvre : pendant les décennies de plein emploi jusqu'au premier choc pétrolier de 1973, nous avons fait venir d'Europe, puis d'Afrique du Nord et d'Afrique noire des millions de travailleurs. Enfin, les rapports [13], [40] et [46] offrent une liste de professions qui embauchent et embaucheront dans les années qui viennent, ainsi qu'une liste d'activités où l'emploi diminuera. Voici trois tableaux extraits de [40] :

 

 

Evolution de l'emploi par niveau de qualification

 

 

Emplois en 2010
(milliers)

Taux de croissance (%)

1990-2000

2000-2010

Ouvriers non qualifiés

2812

-5.8

5.8

Ouvriers qualifiés

5130

-1.7

11.9

Employés de commerce et de services aux particuliers

3568

14.7

24.9

Autres employés

4130

1.0

6.1

Professions intermédiaires

1843

9.6

15.1

Cadres

5179

17.7

24.7

 

 

 

Notez la croissance de 24.9 % entre 2000 et 2010 des "Employés de commerce et de services aux particuliers".

 

 

Evolution de l'emploi par domaine professionnel

 

 

Emploi
2010
(milliers)

Taux de croissance
en %

1990 -
2000

2000 -
2010

A- Agriculture, marine, pêche, sylviculture

808,2

-29,5

-19,7

B- Bâtiment, travaux publics

1611,9

-15,8

1,2

C- Électricité, électronique

328,1

13,8

4,9

D- Mécanique, travail des métaux

1365,8

-1,7

5,4

E- Industries de process

1254,8

2,5

16,3

F - Industries légères

409,6

-27,9

-14,0

G- Maintenance

703,8

3,3

13,6

H-Ingénieurs et cadres de l’industrie

147,5

-1,3

10,3

J- Tourisme et transports

2041,5

6,6

17,4

K - Artisanat

106,0

-5,7

0,0

L- Gestion, administration

3006,5

0,9

19,0

M- Informatique

590,2

47,0

53,0

N- Études et recherche

426,9

50,8

66,3

P-Fonction publique, professions juridiques

1 570,0

8,1

1,1

Q-Banques et assurances

574,6

-1,0

2,8

R- Commerce

2541,2

4,2

13,7

S- Hôtellerie, restauration, alimentation

1178,4

6,1

6,4

T- Services aux particuliers

3667,6

20,7

27,6

U- Communication, information, spectacle

457,5

12,2

29,9

V- Santé, action sociale, culturelle et sportive

2094,2

24,1

12,9

W- Enseignement et formation professionnelle

1385,0

9,9

13,7

X- Clergé et politique

11,0

-24,6

-38,5

Ensemble des 22 domaines professionnels

26 280,1

+3,3

+12,2

 

 

Évolution de l’emploi et des besoins de recrutements à l’horizon 2010 suivant les familles et les domaines professionnels

 

 

Taux
de croissance
de l’emploi
(en % sur la période)

Indicateur de besoin annuel moyen en recrutement

(départs en retraite et créations d’emplois par rapport au stock d’emplois)

1995-2000

2000-2010

1995-2000

2000-2010

A0 -Agriculteurs, éleveurs, sylviculteurs, bûcherons

-13,1

-27,9

0,8

0,8

A1 -Maraîchers, jardiniers, viticulteurs

-3,0

-10,7

2,1

1,1

A2 - Techniciens et cadres de l’agriculture

0,2

10,0

2,0

2,8

A3 - Marins, pêcheurs

-25,6

-3,4

-2,7

1,2

A-Agriculture, marine, pêche et sylviculture

-10,1

-19,7

1,2

0,9

B0B3 - Ouvriers non qualifiés du bâtiment et des travaux publics

9,2

-7,5

2,4

1,0

B1B2B4B5 - Ouvriers qualifiés de la construction

-2,5

3,2

0,7

3,1

B6B7 - Techniciens et cadres de la construction

-6,6

4,2

0,1

3,5

B-Bâtiment et travaux publics

-1,1

1,2

1,1

2,8

C0 - Ouvriers non qualifiés de l’électricité et de l’électronique

2,7

-10,7

1,6

0,7

C1 - Ouvriers qualifiés de l’électricité et de l’électronique

2,0

9,8

1,6

3,4

C2 - Techniciens, agents de maîtrise de l’électricité et de l’électronique

-1,3

8,6

0,8

3,3

C- Électricité et électronique

0,5

4,9

1,2

2,8

D0D3 - Ouvriers non qualifiés de la métallurgie et de la mécanique

10,1

-2,1

2,4

1,1

D1 - Ouvriers qualifiés de la métallurgie

7,8

7,4

2,4

3,4

D2 - Ouvriers qualifiés de la métallurgie

20,7

3,3

4,2

3,1

D4 - Ouvriers qualifiés de la mécanique

4,7

10,5

1,7

3,9

D5 - Ouvriers de la réparation automobile

9,6

8,4

2,4

3,1

D6 - Techniciens, agents de maîtrise de la mécanique

0,9

5,0

2,0

3,7

D- Mécanique et travail des métaux

8,0

5,4

2,4

3,0

E0E1 - Ouvriers des industries de process

13,1

13,1

7,9

3,5

E2 - Techniciens et agents de maîtrise des industries de process

1,7

24,8

2,1

5,3

E-Industries de process

9,9

16,3

5,1

4,0

F0F2 - Ouvriers non qualifiés du textile, du cuir et du bois

-26,6

-54,5

-2,2

-0,4

F1 - Ouvriers qualifiés du textile et du cuir

-11,0

-6,5

-0,7

2,8

F3 - Ouvriers qualifiés du bois

-2,5

5,4

1,0

3,5

F4 - Ouvriers des industries graphiques

-5,2

1,7

0,4

3,3

F5 - Techniciens, agents de maîtrise des industries légères

10,8

-8,6

2,8

3,0

F- Industries légères (bois, textile, cuir, graphisme…)

-5,1

-14,0

-0,4

2,0

G0 - Ouvriers qualifiés de la maintenance

-1,2

20,0

1,2

4,7

G1 - Techniciens et agents de maîtrise de la maintenance

0,1

4,5

1,1

3,2

G- Maintenance

-0,6

13,6

1,2

4,0

H0 - Ingénieurs et cadres de l’industrie

3,7

10,3

2,6

4,0

J0J1 - Ouvriers de la manutention

14,9

19,9

3,4

3,7

J2 - Conducteurs d’engins de traction et de levage

-3,2

-14,3

1,7

1,5

J3 - Conducteurs de véhicules

8,1

15,9

2,8

4,2

J4 - Agents d’exploitation des transports

21,8

14,0

3,2

4,8

J5 -Agents administratifs et commerciaux du tourisme et des transports.

14,3

23,4

3,6

5,1

J6 - Cadres des transports et navigants de l’aviation

21,6

17,2

4,5

6,2

J- Tourisme et transports

12,0

17,4

3,1

4,3

K0 - Artisanat

18,0

0,0

4,5

1,8

L0L3 - Secrétaires

-8,2

9,8

-1,2

3,1

L1 - Comptables

8,8

7,5

1,9

2,6

L2 - Employés administratifs d’entreprises

23,8

11,8

4,9

3,6

L4 - Techniciens administratifs comptables et financiers

25,4

32,3

5,3

6,2

L5L6 - Cadres et dirigeants d’entreprises

15,0

40,1

4,0

7,6

L- Gestion, administration

8,2

19,0

2,4

4,3

M0 - Informaticiens

28,7

53,0

5,3

8,5

N0 -Personnels d’études et de recherche

16,3

66,3

3,5

12,1

P0 - Employés administratifs de la fonction publique (cat. C)

4,6

-2,0

2,0

2,7

P1 -Employés administratifs de la fonction publique (cat. B)

-1,3

3,1

1,6

4,1

P2 - Cadres de la fonction publique (cat. A)

8,2

5,0

3,1

4,0

P3-Professionnels du droit

-4,2

15,0

1,1

3,1

P-Fonction publique et professions juridiques

4,6

1,1

2,0

3,3

Q0 - Employés et techniciens des banques

-6,2

-2,9

-0,4

3,2

Q1 - Employés et techniciens des assurances

-2,7

1,0

0,3

3,3

Q2 - Cadres de la banque et des assurances

-2,0

12,4

1,0

5,3

Q- Banques et assurances

4,2

2,8

0,3

3,8

R0 - Caissiers, employés de libre service

10,3

25,8

2,4

3,6

R1 - Vendeurs

4,4

-4,3

1,8

1,2

R2R3 -Représentants, professions intermédiaires du commerce

0,5

25,0

2,3

4,9

R4 - Cadres et technico-commerciaux

12,6

20,0

0,7

5,1

R- Commerce, vente

4,9

13,7

1,9

3,3

S0 - Bouchers, charcutiers et boulangers

13,6

-7,3

3,4

1,4

S1 - Cuisiniers

9,6

32,2

2,4

5,3

S2 - Employés et agents de maîtrise de l’hôtellerie

-0,1

19,7

0,5

3,2

S3 - Patrons d’hôtels, café-restaurants

-13,5

15,0

-1,1

3,9

S- Hôtellerie, restauration, alimentation

1,8

6,4

1,3

2,2

T0 - Coiffeurs, esthéticiens

6,0

14,4

1,7

3,0

T1 -Employés de maison

12,9

27,7

3,4

5,8

T2 - Assistantes maternelles et aux personnes âgées

39,3

70,0

6,9

12,9

T3 - Agents de gardiennage et de sécurité

19,0

22,4

3,4

4,3

T4 - Agents d’entretien

2,5

17,0

1,9

4,3

T5 -Armée, pompiers et police

-5,3

4,2

0,9

3,1

T6 - Employés de services divers

-2,7

-1,1

1,7

2,5

T- Services aux particuliers

9,7

27,6

2,9

5,4

U0 - Professions de la communication et de la documentation

9,5

47,7

2,8

8,2

U1 - Professionnels des arts et des spectacles

16,0

15,2

3,4

2,7

U- Communication, information et spectacle

12,9

29,9

3,1

4,9

V0 - Aides soignants

7,7

11,0

2,3

3,8

V1V3 -Infirmiers, sages femmes et professions paramédicales

5,7

17

2,6

3,7

V2 - Médecins et assimilés

2,9

0,0

-0,5

1,2

V4 - Professionnels de l’action sociale, culturelle et sportive

33,4

15,7

5,8

3,3

V- Santé, action sociale, culturelle et sportive

11,3

12,9

2,7

3,2

W0 - Enseignants

4,4

1,5

2,4

3,6

W1 - Formateurs et recruteurs

32,6

99,6

3,6

8,7

W- Enseignement et formation

7,3

13,7

2,7

4,7

X0 -Professionnels de la politique et du clergé

-1,1

-38,5

3,0

0,6

Emploi total

5,7

12,2

2,2

3,0

Lecture : l’emploi dans la FAP A0 a baissé de -13,1 % de 1995 à 2000 et devrait encore baisser de -27,9 % d’ici 2010. Le poids des départs annuels en retraite et de l’évolution annuelle de l’emploi dans cette FAP dans l’emploi annuel moyen devrait être de l'ordre de0,8 %

(*) - Rm = Flux moyen annuel de départs en retraite

Lm = Variation annuelle moyenne de la demande de travail

Lm = Stock moyen d’emploi sur la période

 

Conclusion : oui, on peut et on pourra travailler davantage !

On voit qu'entre 2000 et 2010 le nombre d'emplois dans les 22 domaines professionnels devrait croître de 12.2 %, c'est-à-dire près de 2.8 millions d'emplois supplémentaires, dont de nombreux emplois de qualification modeste. Et de nombreux postes existants vont se libérer compte tenu des départs en retraite. Ceux qui veulent travailler et choisissent des métiers d'avenir ne risquent pas de manquer de travail !

 

Nous allons à présent expliquer, dans le chapitre suivant, les raisons de l'existence simultanée d'autant de demandeurs d'emploi et de postes non pourvus.

1.4                 La discrimination à l'embauche

Source : [133]

La discrimination à l'embauche consiste, pour un employeur, à refuser d'embaucher un candidat, par ailleurs valable pour le poste offert, pour une raison comme :

§           L'apparence physique : obésité, peau noire, faciès maghrébin, etc.;

§           Le nom à consonance étrangère ;

§           L'adresse : les personnes habitant une cité à problèmes ;

§           Le sexe ou la situation de famille : les candidatures de femmes sont plus souvent rejetées a priori que celles des hommes, et encore plus si elles sont mariées et ont des enfants ;

§           Un handicap physique ou mental sans rapport avec l'emploi proposé ;

§           L'âge : passé 45 ans…

 

Le rapport [133], basé sur des tests effectués de manière très professionnelle et recommandée par le BIT (Bureau international du travail), montre la fréquence et l'ampleur des discriminations à l'embauche en France. Voici ses conclusions et quelques recommandations :

§           Toute caractéristique visible dans le CV et faisant partie des critères de discrimination ci-dessus est une cause de rejet sans convocation à un entretien.

Il faut donc privilégier les CV anonymes et sans photographie.

§           Les candidats bien préparés à l'entretien ont nettement plus de chances que les autres d'être acceptés pour le poste offert.

Il faut donc offrir à chaque chômeur une aide à la rédaction de son CV et une préparation à l'entretien.

§           Bien des entreprises posent des questions indiscrètes sans rapport avec l'emploi.

Il faut une action de sensibilisation des entreprises à ce problème, ainsi qu'aux discriminations. Mais comme le respect des obligations n'est pas obtenu souvent sans un risque pour le contrevenant (je pense au respect des limitations de vitesse depuis l'installation de radars [197]), je propose de faire faire des tests de l'attitude des entreprises qui recrutent par des agents assermentés, et de pénaliser celles qui se comportent mal, financièrement et/ou en faisant figurer leur nom sur une « liste noire » publique.

 

Compte tenu du nombre significatif de jeunes Français qui se voient refuser l'accès à l'emploi malgré des diplômes de niveau Bac+2 et plus simplement parce qu'ils portent un nom à consonance maghrébine ou africaine, il faut aussi remarquer la bêtise des entreprises qui refusent de les embaucher.

        Ces jeunes se sont donné beaucoup de mal pour faire ces études, souvent plus que d'autres qui bénéficiaient de contextes familiaux plus favorables ; cela prouve leur volonté de s'insérer dans la société française et de réussir par leur travail, et augure bien de leur valeur pour une entreprise. Pour une entreprise, refuser leur candidature est non seulement injuste à leur égard, c'est passer à côté d'une bonne recrue.

2.                    Analyse du chômage

2.1                 Définition administrative du chômage

Voir en [17] les définitions officielles et en [214] les sous-évaluations systématiques des gouvernements français et de l'INSEE. Le problème est que ces définitions et les statistiques basées sur elles ne suffisent pas à prendre en compte les situations intermédiaires décrites par le schéma ci-dessous, extrait de [70] "Chômage".

 

 

Emploi, chômage, inactivité et situations intermédiaires

 

 

Pour comprendre le chômage, c'est-à-dire pourquoi il y a tant d'emplois offerts mais non occupés et pourquoi il n'y a pas plus d'emplois offerts, nous avons d'abord besoin d'analyser le phénomène du chômage en considérant successivement ses trois types de causes :

§           Le chômage frictionnel ;

§           Le chômage conjoncturel ;

§           Le chômage structurel.

 

A un moment donné, le chômage en France provient toujours de plusieurs de ces causes agissant simultanément, et d'abord de l'inévitable chômage frictionnel.

 

Notons aussi que plus une personne est restée longtemps au chômage, plus sa probabilité de retrouver un emploi est faible, selon [15] page 87.

2.2                 Chômage frictionnel

Les statistiques du chômage comptent comme demandeurs d'emploi même des gens qui viennent de quitter un emploi et vont en trouver un autre. Ce type de chômage est dit « frictionnel » ou « naturel ». Le rapport [15] page 51 évalue son taux à 3.5 % en situation de plein emploi (année 2000) en prenant la moyenne des pays européens Luxembourg exclu, c'est-à-dire lorsqu'un salarié a le maximum de chances de retrouver rapidement un emploi. D'ailleurs nous avons vu dans le graphique ci-dessus qu'avant le premier choc pétrolier le taux de chômage français ne dépassait pas 3 %.

 

Voici comment le chômage frictionnel se produit et s'entretient.

 

Nous verrons ci-dessous au paragraphe "Renouvellement naturel des produits" qu'il y a en France, chaque jour ouvrable, 27 000 travailleurs qui quittent leur emploi. Certains ne retrouvent un emploi qu'au bout de quelques semaines. La preuve qu'ils le retrouvent le plus souvent est que le chômage est à peu près stable, à 9.8% en septembre 2005 ; si, par exemple, le tiers seulement d'entre eux n'en retrouvait pas, le nombre de chômeurs augmenterait de 27000/3 = 9000 par jour, c'est-à-dire de plus de 2 millions par an.

 

Nous verrons aussi au même paragraphe que la France détruit chaque jour ouvrable 10 000 emplois, parce que des produits ou services deviennent techniquement obsolètes, démodés ou trop chers par rapport à des produits ou services nouveaux. Et, comme précédemment, nous verrons que le pays crée aussi chaque jour 10 000 emplois nouveaux, pour de nouveaux produits ou services. Mais ce phénomène-là génère, lui aussi, un certain nombre de chômeurs temporaires.

 

Le chômage frictionnel est donc un phénomène naturel, qui n'est pas inquiétant tant que les chômeurs frictionnels retrouvent du travail rapidement ; c'est en matière d'aide à la recherche d'emploi que l'Etat peut intervenir.

 

Il faut savoir, d'ailleurs, que 2 % seulement des 27 000 départs quotidiens de salariés sont dus à des licenciements économiques (540 emplois) ; c'est insignifiant, mais c'est pourtant pour empêcher ces 2 %-là que la France s'est dotée d'un ensemble de textes très contraignant. En essayant d'empêcher les licenciements comme il le fait, le gouvernement français lutte contre 2 % du phénomène naturel du chômage frictionnel.

 

Remarquons aussi que les médias, et particulièrement la télévision, parlent de chaque licenciement qui dépasse quelques dizaines de salariés en inquiétant le public, mais ne parlent pas des fins de contrat à durée déterminée, qui concernent pourtant 26 fois plus de salariés ! Et ils ne parlent jamais du fait que chaque jour 10 000 emplois sont créés pour remplacer les emplois détruits, parce qu'ils génèrent de l'audience seulement avec les mauvaises nouvelles, pas les bonnes.

2.2.1             Renouvellement naturel des produits et instabilité de l'emploi

2.2.1.1                        Création et destruction d'emplois

Pour un produit donné, un prix de marché en baisse entraîne une diminution des bénéfices des vendeurs, qui ont donc tendance à cesser de l'offrir parce qu'ils ne gagnent plus assez ou même perdent de l'argent.

 

Autre raison d'arrêter une production : avec des ventes en baisse, une entreprise ne peut plus faire de bénéfices ni même supporter ses frais généraux, elle doit donc arrêter la production du bien ou du service qui ne se vend pas assez bien avant de ne plus en vendre ; c'est ce qui explique, par exemple, l'arrêt des ventes de produits bizarres boudés par les consommateurs comme la Renault Avantime.

 

Enfin, lorsqu'un produit devient obsolète, parce qu'un produit meilleur ou moins cher est apparu pour la même clientèle, celle-ci se détourne de lui. Alors ses prix baissent et finissent par devenir trop peu rentables pour les vendeurs, qui cessent de l'offrir : le produit disparaît du marché. C'est ce qui s'est passé, par exemple, pour le matériel pour photos argentiques.

 

Pour certains produits, l'obsolescence peut venir d'un changement du goût des consommateurs. C'est le cas des produits d'habillement, par exemple : les hommes ne portent plus de chapeaux haut-de-forme. Les produits obsolètes cessent donc d'être fabriqués et vendus. Selon le Rapport Camdessus [39] :

Page 85 : "Chaque jour [ouvrable] c’est 10 000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10 000 qui sont créés. Ce phénomène d'obsolescence des produits est si important, de nos jours, qu'il explique à lui seul la destruction de 10 000 emplois par jour en France. Ce sont autant d’anticipations ou de réponses face à l’évolution des entreprises et de l’économie..."

 

 

En fait, l'économie évolue grâce à un mécanisme continu de destructions créatrices d'emplois. C'est parce qu'elle détruit constamment les emplois frappés d'obsolescence ou de baisse de rentabilité qu'elle trouve les ressources pour lancer de nouvelles activités : en conservant des emplois inutiles on se prive des moyens nécessaire à des activités d'avenir. Tous les efforts des syndicats et des politiciens français de gauche pour rigidifier l'emploi, pour empêcher les licenciements, empêchent en réalité l'économie de créer des emplois d'avenir ; ils sont donc générateurs de chômage. Mais personne ne le dit aux Français…

 

2.2.1.2                        Fins de contrat de travail sans destruction d'emploi

Il ne faut pas confondre ces destructions d'emplois, avec les autres causes de rupture de contrat de travail. Selon le même rapport [39] :

Page 93 : "Chaque jour  [ouvrable] en France, environ 27 000 personnes quittent leurs emplois. Sur ces 27 000 départs, seuls 540 correspondent à des licenciements économiques, tandis que près de 14 300 [53 %] sont liés à des fins de contrat à durée déterminée."

[Donc 27000 - 14300 - 540 = 12160 salariés quittent leur emploi de leur plein gré, si l'on admet que les licenciements pour faute lourde sont extrêmement peu nombreux.]

 

Les chiffres cités par le rapport [39] sont cohérents avec ceux cités par [2] page 9 :

"En 2002, l’emploi total (France métropolitaine et Outre-mer) s’élève à environ 25 millions de personnes, l’emploi salarié à 23 millions. De 2001 à 2002, l’emploi s’est accru d’environ 170 000 personnes. Mais cette hausse est le résultat de flux d'embauches et de séparations extraordinairement plus élevés. Ainsi, dans un champ d’environ 13 millions de salariés du secteur privé, les entreprises ont pratiqué, au cours de l’année 2002, 5,2 millions embauches. Le taux de recrutement avoisine ainsi les 40 %. De même, environ 40 % des salariés ont quitté leur emploi."

[5.2 millions en 200 jours représentent 26 500 embauches par jour, à rapprocher des 27 000 citées par le rapport Camdessus  [39]. ]

 

"…en 2002, l’ANPE a recensé plus de 4 millions d’inscriptions au chômage, alors qu’en moyenne le nombre de chômeurs inscrits en fin de mois à l’ANPE (catégorie 1, c'est-à-dire demandeurs d’emploi en CDI à temps plein) s’est accru d’environ 100 000 entre les 31 décembre 2001 et 2002."

"L’ampleur des flux d’embauches et de séparations est le signe d’une instabilité importante de l’emploi dans les entreprises françaises. Mais cette situation n’est pas propre à la France. En fait, les salariés du secteur privé connaissent, en France, une instabilité plus faible qu’au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne, en Allemagne ou encore qu’au Danemark [180] et aux Pays- Bas ; l’instabilité est comparable à celle enregistrée en Belgique, en Italie, au Portugal, en Autriche, en Grèce ou en Finlande.

Par contre, sous l’angle de la sécurité de l’emploi, la situation française n’est pas très favorable. Le Danemark, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique, l’Italie et la Finlande connaissent moins d’insécurité de l’emploi que la France."

 

Autre confirmation, l'étude INSEE [51] montre qu'entre 1995 et 2001, la France a détruit 8 millions d'emplois et en a créé 9.6 millions.

 

Il ne faut pas que l'énormité du chiffre « 10 000 emplois détruits par jour » inquiète. Puisque le chômage reste stable, c'est que bon an mal an, chaque jour 10 000 emplois sont créés pour des produits ou services nouveaux. C'est même une loi de l'économie :

 

L'économie évolue naturellement par destructions créatrices d'emplois

 

Cette loi a été énoncée pour la première fois par l'économiste Schumpeter (1883  1950). Elle est citée dans [53] sous la forme :

« …les destructions d’emplois sont bien l’expression d’une création de valeur supplémentaire : des emplois sont détruits dans une entreprise parce que d’autres, plus productifs, sont créés dans cette entreprise ou ailleurs. Telle est la logique du processus de destruction créatrice […]. La prospérité provient des réallocations d’emplois ».

 

Et cette conclusion est confirmée par la stabilité des nombres de disparitions d'entreprises (1000 par jour ouvrable).

2.2.1.3                        L'instabilité de l'emploi progresse, mais pas l'insécurité

Depuis toujours l'économie évolue par création et destruction d'emplois et les travailleurs passent d'un emploi à un autre. Mais l'adaptation naturelle (et indispensable) de l'économie au développement et à l'accélération des échanges, ainsi qu'à l'ouverture des marchés - c'est-à-dire la mondialisation - entraîne une augmentation continue de l'instabilité de l'emploi. Selon [2] pages 10 et 11 :

"L’instabilité de l’emploi a nettement progressé sur la période allant de 1983 à 2002. Pour cent salariés présents en début d’année dans un établissement, on enregistrait, dans les déclarations de mouvement de main d’œuvre, environ 23 sorties en 1983 et 37 en 2002."

"La croissance de l'instabilité de l'emploi s'explique d'abord par l'augmentation du poids des services, où l'instabilité est forte, et par la baisse corrélative du poids de l'industrie, où elle est plus faible. Elle s'explique ensuite par les changements des modes de production et de gestion de la main d'œuvre."

"La rotation de la main d’œuvre est d’une importance très variable selon les entreprises et les activités qu’elles exercent. Ainsi, alors qu’en moyenne le taux de sortie [annuel] de l’emploi est de 40 % dans l’ensemble des établissements de 10 salariés et plus, il n’est que d’environ 20 % dans l’industrie, le bâtiment et les travaux publics. Il est de 52 % dans le tertiaire marchand et peut aller bien au delà dans certaines activités du tertiaire."

 

Cette instabilité croissante, et aujourd'hui de l'ordre de 40 %, se voit sur le graphique ci-dessous, issu de [165] page 6 :

 

 

 

 

On remarque le taux insignifiant et stable des licenciements économiques.

 

Pour plus de détails voir le paragraphe sur la flexibilité.

 

Par contre, l'insécurité de l'emploi ne progresse pas, contrairement aux affirmations alarmistes des syndicalistes. Selon [2] page 10 :

"…l’insécurité globale de l’emploi, mesurée par le taux de transition annuelle entre emploi et chômage ou inactivité, se retrouve en 2002 au niveau observé vingt ans auparavant."

 

Cette stabilité se voit sur le graphique suivant, issu de la même page :

 

 

Stabilité du taux de transition annuelle entre emploi et inactivité de 1969 à 2002

(Taux de transition annuelle : pourcentage des personnes employées
en mars de l’année n-1 qui sont sans emploi en mars de l’année n)

 

2.2.2             Le flux considérable des transitions entre deux emplois

Bien entendu, les salariés ne quittent pas leur emploi seulement lorsque celui-ci est détruit. Le plus souvent, ils le quittent parce que leur CDD a pris fin ou parce qu'ils démissionnent pour changer d'emploi. On appelle « transition entre deux emplois » le passage d'un salarié d'un premier emploi à un second en subissant entre ces deux emplois une période de chômage n'excédant pas quelques mois. Par définition, ce chômage est alors de type frictionnel.

 

Le rapport [3] donne page 6 une idée du nombre de transitions :

"Les flux sur le marché du travail ont une ampleur considérable. Ainsi, dans un champ couvrant 13 millions de salariés d’entreprises marchandes, la DARES recensait, en 2002, 5,2 millions d’embauches (hors intérim ou contrats non renouvelables d’une durée inférieure à un mois) et pratiquement autant de départs. Certes, bon nombre de transitions entre deux emplois se font sans passer par un épisode de chômage, mais l’ANPE a enregistré, cette même année, environ 4 millions d’inscriptions comme demandeurs d’emploi pour la seule catégorie 1 (demandeurs d’emploi en contrat à durée indéterminée à temps plein)."

 

On trouve dans [52] page 21 la confirmation de ces chiffres considérables énoncée comme suit :

"Le Taux de rotation du personnel (c'est-à-dire le nombre de gens qui changent de poste - qui entrent ou sortent- rapporté au nombre de gens qui travaillent) est de 20 % par an dans l'industrie et de 40 % dans les services."

Fluidité du marché du travail

Malgré les importants taux de rotation ci-dessus, le marché du travail français n'est pas assez fluide : les entreprises n'ont pas assez de liberté pour adapter leurs ressources humaines à leurs besoins et les travailleurs se retrouvent trop souvent en situation d'exclusion. Voir le paragraphe "Fluidité du marché du travail" pour une comparaison graphique entre la France, les Etats-Unis, l'Espagne et l'Allemagne.

Conclusion sur le chômage frictionnel

En conclusion, le chômage frictionnel est bien un phénomène naturel, qui n'a rien d'inquiétant si les demandeurs d'emploi retrouvent du travail en quelques mois.

 

Voir aussi ci-dessous "Créations et disparitions d'entreprises".

2.2.3             La désinformation des citoyens sur ce phénomène

Il est intéressant de remarquer que les médias, chaînes de télévision en tête, font beaucoup de bruit à propos des licenciements économiques, qu'un esprit soucieux de combattre l'inquiétude a baptisé « plans sociaux ».

        Chaque fois qu'une entreprise licencie une centaine de salariés, le journal télévisé y fait un reportage, montre des salariés qui protestent, des syndicalistes qui menacent et parfois commettent des dégradations, tous demandant à l'Etat de rétablir leur emploi (ce qu'il est incapable de faire, nous le verrons plus loin). Le message passé alors aux téléspectateurs est celui d'un malheur irrémédiable, comme si un salarié licencié ne pourra plus jamais retrouver du travail, et comme si les patrons et actionnaires de l'entreprise étaient des criminels.

 

Remarquons tout d'abord que ce licenciement fait partie des 540 par jour ci-dessus, total qui ne représente que 2 % des 27 000 salariés qui quittent leur emploi : tout ce bruit, toute cette fureur à propos de 2 % des départs, alors qu'on ne dit rien des autres 98 %, comme si leurs salariés ne méritaient pas qu'on s'intéresse à leur sort.

 

Remarquons ensuite que jamais - JAMAIS ! - la télévision ne nous a parlé de la destruction quotidienne de 10 000 emplois, remplacés par 10 000 autres, créés de toutes pièces. Ni elle ni le gouvernement ne nous ont jamais parlé de la borne inférieure du chômage due à l'existence du chômage structurel et du phénomène du NAIRU.

 

Nous sommes donc si mal informés par les médias que, comme le gouvernement non plus n'aborde jamais ces chiffres (comme s'ils étaient honteux), le manque d'information des citoyens est profond : ils ne pensent qu'aux 2 % d'emplois perdus dont on leur parle, et pas aux 98 % d'autres : ils sont donc littéralement désinformés ! Et comme on dénonce seulement les licenciements, ils ne pensent pas que le problème n'est pas la protection des 540 de licenciés économiques, c'est l'accès à l'emploi des millions de chômeurs et l'accès à un CDI des millions de salariés en CDD. Nous proposons donc plus bas de favoriser l'employabilité de millions de travailleurs au lieu de protéger l'emploi de quelques centaines.

 

Il faut donc se souvenir qu'en France :

 

Le renouvellement naturel des produits
détruit et recrée 10 000 emplois par jour

 

La totalité des effets des faillites par mauvaise gestion, des délocalisations, de la désindustrialisation, et de tous les malheurs économiques redoutés par les pessimistes - ou par ceux dont la dénonciation de notre société est le fonds de commerce - ne représente que 2 % des fins de contrat de travail, et c'est sur ces 2 % qu'on légifère, pour les empêcher, les retarder ou les indemniser !

2.2.4             Créations et disparitions d'entreprises

Le caractère modeste de la proportion de défaillances d'entreprises est confirmé par le rapport INSEE [54] de mai 2005 et celui de novembre 2005 [74], où on relève les faits suivants :

§           Il y a chaque année en France environ 40 000 défaillances d'entreprises constatées par les tribunaux (40 583 en 2004), c'est-à-dire environ 200 par jour ouvrable ; mais les médias et les politiciens qui veulent faire peur aux salariés poussent des cris à propos d'une proportion infime d'entre elles, quelques-unes par mois…

[54] précise : "Il ne faut pas confondre la notion de défaillance avec la notion de cessation (arrêt total de l’activité économique de l’entreprise). Les liquidations qui font suite à une défaillance ne représentent qu’une partie (entre 10 % et 20 %), variable avec le temps et le secteur d’activité, de l’ensemble des cessations d’entreprises. En effet, la majorité des cessations fait suite à un arrêt d'activité avec ou sans reprise par un tiers pour différentes raisons : départ à la retraite, problèmes personnels, décès, difficultés économiques sans dépôt de bilan, etc."

Remarque : le nombre total de disparitions d'entreprises (cessations plus défaillances) est de l'ordre de 220 000 par an, voisin du nombre de créations (voir [55] et [74]) ; le nombre d'entreprises en France reste donc à peu près stable d'une année sur l'autre. Ces 220 000 entreprises représentent environ 1000 entreprises qui disparaissent et autant qui apparaissent chaque jour ouvrable, chacune représentant en moyenne une dizaine d'emplois.

 

La création et la destruction d'entreprises, chaque année, fait partie du fonctionnement normal de l'économie, dans tous les pays. La France n'est frappée par aucune malédiction en ce domaine, et ne se distingue guère des autres pays avancés.

§           Les 40 000 défaillances et les 220 000 disparitions représentent respectivement 1.6 % et 8.7 % de nos 2.54 millions d'entreprises, proportions assez modestes et stables, qui ne justifient pas que les politiciens et les syndicalistes effraient les salariés par des menaces de pertes d'emplois dues aux entreprises « victimes de la mondialisation, du libéralisme ou de Bruxelles ».

§           L'essentiel des défaillances concerne des entreprises de moins de 10 ans ; la probabilité qu'une entreprise de plus de 10 ans fasse faillite pendant une année donnée est comprise entre 0.006 % et 0.01 %, c'est-à-dire qu'une entreprise qui a atteint 10 ans a, chaque année, environ 1 chance sur 12 500 de faire faillite !

 

En conséquence, après les premières années d'activité, un travailleur qui s'est mis à son compte a moins de chances de cesser de travailler suite à une faillite que d'être licencié par son employeur s'il est resté salarié.

2.2.5             Conséquence sur la politique de l'emploi

Il est clair à présent qu'une politique de l'emploi efficace consisterait à créer plus d'emplois nouveaux, au-delà des 10 000 qui se créent déjà chaque jour, pas à se battre pour prolonger la survie d'activités qui ne sont plus économiquement viables, et qui licencient ou délocalisent en tout par jour 540 salariés sur 25 millions de travailleurs. Nous reviendrons sur ce point.

2.2.6             L'importation de main d'œuvre

En période de plein emploi les entreprises ont du mal à trouver le personnel dont elles ont besoin ; et de leur côté, les particuliers ont du mal à trouver des femmes de ménage, des jardiniers, etc. Les salaires montent donc, chaque employeur essayant de persuader les rares salariés disponibles de venir travailler chez lui. Et les employeurs deviennent moins regardants sur la qualification et les qualités personnelles des gens qu'ils embauchent, et qu'ils sont prêts à former quand c'est possible.

 

Non seulement le taux de chômage frictionnel diminue parce que les salariés retrouvent plus vite un emploi, mais les salaires élevés attirent des étrangers, qui viennent souvent de très loin. C'est ce qui s'est passé en France pendant des décennies et qui se passe de nos jours en Angleterre.

 

Il ne faut pas, cependant, attribuer au seul niveau de salaire l'immigration de travailleurs. Ceux-ci sont très souvent attirés, particulièrement en France et en Allemagne, par les avantages sociaux : Sécurité sociale, allocations familiales, aide au logement, enseignement gratuit, allocations de chômage, etc. Les gouvernements successifs n'ont pratiquement rien fait pour choisir les immigrants désireux de travailler vraiment et de s'intégrer, ceux qui apprennent le français, qui renoncent à la polygamie, etc. Ils ne font toujours pas grand-chose pour que les nombreux enfants de ces immigrants travaillent bien à l'école et respectent les lois. Dans ce domaine de l'immigration aussi on pourrait reprendre la phrase de François Mitterrand : « On a tout essayé… », en y ajoutant « …avec si peu de lucidité et de détermination qu'on était certain d'échouer et de subventionner l'enfantement de futurs chômeurs et de futurs délinquants, qui en plus détestent la France ! ».

2.2.7             Cas particulier de chômage frictionnel : le chômage saisonnier ou intermittent

Dans certaines professions (bâtiment, agriculture, tourisme, spectacles, etc.) le chômage fait partie du métier. En période de chômage, les gens qui veulent travailler exercent alors un autre métier, ceux qui ne veulent pas vivent d'indemnités, parfois scandaleusement généreuses comme dans le cas des intermittents du spectacle, dont le statut permettant de vivre avec 3 mois de travail par an n'existe qu'en France.

2.3                 Chômage conjoncturel

2.3.1             L'exemple allemand

L'économie allemande a une différence fondamentale avec l'économie française : les exportations y représentent une part importante du PIB, l'Allemagne étant le premier exportateur mondial, devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Ces exportations sont en grande partie des biens d'équipement : machines-outils, électronique, automobiles, etc.

 

L'Allemagne exporte beaucoup en Asie, où certains pays ont une croissance explosive. Les exportations allemandes croissent donc rapidement, en générant des embauches, et tirent le reste de l'économie, plutôt atone.

 

Imaginons à présent une récession dans les pays qui importent ces biens d'équipement allemands. Cette récession entraînera immédiatement une baisse des importations de ces marchandises allemandes, baisse dont l'Allemagne n'est pas responsable, mais dont son économie souffrira beaucoup, notamment en perdant des emplois.

 

Cet exemple montre que le chômage peut être dû à une évolution du contexte économique. Si cette évolution est due à une insuffisance de la demande globale, on parle de « chômage conjoncturel ».

        Dans la mesure où cette évolution n'a pu être prévue (par exemple parce qu'elle résulte d'une crise pétrolière, elle-même conséquence d'événements au Moyen-Orient qu'on ne pouvait prévoir), le gouvernement allemand n'en est pas responsable. Si alors les Allemands l'en tiennent pour responsable en votant pour d'autres politiciens, ils font peut-être un mauvais choix, dicté par la colère et l'ignorance des lois économiques.

        Si l'évolution, prévue ou non, s'est avérée tellement rapide que l'économie n'a pas eu le temps de s'adapter (comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est lors de la réunification brutale avec l'Ouest), le chômage croîtra également. Le gouvernement ne pourra, alors, que prendre des mesures d'adaptation de l'économie au nouveau contexte, mesures qui produiront peut-être leur effet au bout de deux ou trois ans seulement. Dans ce cas aussi, une sanction électorale est peut-être inadaptée et due à la méconnaissance par les citoyens des lois de l'économie, ainsi qu'à l'inaptitude de ses politiciens et de ses médias à les expliquer.

2.3.2             Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante

Il est clair qu'une économie résiste d'autant mieux aux aléas comme ceux que nous venons de voir qu'elle est plus diversifiée (c'est-à-dire qu'elle compte plus de secteurs d'activité différents), diversification qui exige une certaine taille. Si, dans une grande économie diversifiée, un secteur subit le choc d'une crise, l'économie pourra s'appuyer sur les autres secteurs, encore sains, pour financer les mesures de reconversion et d'aide temporaire aux chômeurs du secteur en crise. C'est une des principales raisons d'être du marché commun à monnaie unifiée de l'Union européenne. Et plus ce marché comptera de pays, plus sa diversité et sa taille seront importantes, donc bénéfiques.

2.3.2.1                        Secteur des services - Directive Bolkestein

De nos jours, c'est le secteur des services qui représente la majorité absolue des emplois d'une économie moderne ; en France, par exemple, il représente plus de 70 % des travailleurs. Dans ces conditions, il est stupéfiant que l'Union européenne n'ait pas encore libéralisé l'échange de services entre pays, comme le proposait la « directive Bolkestein » ; l'étude [77]-d montre que si l'ouverture du marché des services avait lieu :

§           La consommation dans l'Union européenne croîtrait de 0.6 % du PIB, c'est-à-dire 37 milliards de dollars par an. On voit donc bien que les consommateurs ont intérêt à l'ouverture du marché des services.

§           600 000 emplois seraient créés dans l'Union européenne. L'ouverture a donc des conséquences globalement positives en matière d'emploi. Pour que les emplois qu'elle détruirait chez nous aient le temps d'être remplacés par d'autres il faut donc un délai d'adaptation suffisamment lent, de l'ordre d'une dizaine d'années.

§           Les salaires augmenteraient de 0.4 % en moyenne dans l'Union européenne, ce qui traduit une augmentation des offres d'emploi.

 

Et il faut se rappeler que la France est le premier exportateur de services de l'Union européenne, donc le pays qui a le plus à gagner à une ouverture des services. Il est donc ahurissant que la quasi-totalité de notre classe politique ait refusé le texte proposé, texte que la France avait d'ailleurs approuvé officiellement quelques mois auparavant !

2.3.3             Chômage keynésien

Le chômage conjoncturel est dit keynésien lorsque la production demandée est inférieure à la production offerte, c'est-à-dire lorsque les capacités de production de l'économie [65] sont sous-utilisées. Le sous-emploi résulte alors de cette sous-utilisation, donc de l'insuffisance de la demande.

2.3.3.1                        Relance par la consommation (dite « keynésienne »)

L'Etat peut alors être tenté de relancer la consommation en distribuant de l'argent ou en diminuant ses prélèvements, c'est-à-dire en faisant une politique keynésienne (politique qui a été recommandée par l'économiste John Maynard Keynes dans son célèbre ouvrage de 1936 "La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie" [169].) Il se procurera de quoi financer le déficit budgétaire de cette politique en empruntant, ce qui reportera sur les générations suivantes la charge de remboursement de cet emprunt.

 

Il faut bien voir que cette politique ne peut réussir que si cette relance de la consommation est pratiquée simultanément par tous les pays d'une vaste zone économique, ou dans un pays à l'économie gigantesque comme les Etats-Unis (où le Plan Bush a relancé l'économie en 2003 à partir de baisses d'impôts).

En effet, lorsqu'ils reçoivent soudain de l'argent sur lequel ils ne comptaient pas, la plupart des gens le dépensent rapidement. Si l'économie du pays est en fort sous-emploi, elle redémarre vigoureusement. En même temps, sachant que les importations représentent en France environ 25 % du PIB, sur chaque euro supplémentaire dépensé, 25 centimes vont à des importations.

Par contre, si la capacité de production [65] de l'économie française ne peut répondre à un accroissement soudain de la demande, ce sont les importations qui satisfont cette demande en explosant ; en même temps, il se produit en France une hausse des prix intérieurs par excès de la demande qui rend les produits importés moins chers. Et si les principaux partenaires commerciaux ne font pas eux-mêmes une relance keynésienne de la consommation en même temps que la France, non seulement c'est leur capacité de production qui satisfait la demande d'importations supplémentaires de la France (qui a fait la relance toute seule), mais leurs produits étant plus compétitifs parce qu'ils n'ont pas subi d'inflation, leurs exportations en France explosent.

 

En France, lorsque le gouvernement de gauche de M. Pierre Mauroy a pratiqué cette politique de relance de la consommation en 1981 sans que le reste de l'Europe suive, le pouvoir d'achat distribué ne s'est guère traduit par un redémarrage de l'économie française. Il s'est traduit par de l'inflation, une explosion des importations et un déficit commercial insupportable dès 1982, puis par un plan de rigueur en 1983 accompagné de trois dévaluations du franc (article sur Pierre Mauroy de [70]) : la gauche a alors été obligée d'admettre que son idéologie marxiste lui avait fait commettre une erreur en violant une loi économique connue. Et la France s'est retrouvée appauvrie et endettée.

 

Donc si un politicien français propose à ses concitoyens une politique de relance de la consommation qui ne s'étend pas - au minimum - à l'ensemble de l'Union européenne, c'est un démagogue et il ne faut pas voter pour lui. Il faut que la leçon des années 1982-1983 nous ait au moins appris cela. C'est pourquoi, lorsque le candidat président Chevènement a proposé aux élections d'avril 2002 de faire une relance keynésienne de l'économie française, tout seul et sans s'occuper du reste de l'Union européenne (dont il voulait que la France sorte), il est heureux qu'il n'ait pas été élu, car il nous aurait fait subir le même désastre et la même honte que M. Mitterrand en 1983.

 

En outre, dans la France du XXIe siècle, une relance keynésienne aurait un handicap supplémentaire : beaucoup de Français mettraient l'argent supplémentaire reçu de l'Etat à la Caisse d'Epargne au lieu de le dépenser. La raison est très française : nous sommes un des peuples les plus craintifs du monde quand il s'agit de l'avenir, les ménages français épargnent 15.4 % de leur revenu disponible (selon [35] page 121), 30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais ! Cela vient de notre peur du chômage et cela freine notre économie.

2.4                 L'impuissance de l'Etat à obtenir des résultats rapides

Lorsque l'Etat prend une mesure pour l'emploi, qu'il s'agisse :

§           d'une mesure fiscale (baisse de taxes ou d'impôts) ;

§           d'une prime versée à certains citoyens en espérant qu'ils la dépenseront, ce qui fera repartir les affaires ;

§           d'une embauche de fonctionnaires ou de contractuels dans l'administration ;

§           de subventions à l'embauche par des entreprises ou des associations ;

§           d'une amélioration du suivi des chômeurs et de l'aide à la recherche d'emploi ;

§           d'une amélioration de la formation scolaire ou professionnelle ;

§           etc.,

cette mesure ne peut produire son effet qu'au bout d'un certain nombre de mois, parce qu'elle doit d'abord être étudiée par les administrations, puis éventuellement votée par le Parlement, puis traduite en décrets d'application. Il y a ensuite un délai d'entrée en vigueur, entre quinze jours et quelques mois, voire un an. Puis, compte tenu du temps de réponse de l'économie - souvent 6 mois à un an - cet effet ne peut être constaté par les statistiques, puis par les médias qui en rendent compte, qu'un peu plus tard encore, souvent un trimestre parce que beaucoup de statistiques sont trimestrielles.

 

En outre, lorsque la Banque Centrale Européenne (BCE) modifie le taux d'intérêt de référence de la zone euro :

§           L'effet ne se fait sentir qu'au bout d'un certain temps (souvent plus de 6 mois) ;

§           A long terme, cet effet est neutre sur la croissance et le chômage.

 

Or en France, un gouvernement ne dispose au maximum que de 5 ans, le temps d'une législature et d'un mandat présidentiel. En fait, compte tenu des campagnes électorales (présidentielle et législative) un résultat économique qu'un gouvernement peut porter à son crédit doit être obtenu au moins 6 mois avant que les électeurs s'expriment.

 

C'est pourquoi tant d'annonces politiques ne sont pas suivies d'effet : le temps que leur effet soit visible, les ministres correspondants ne sont plus au gouvernement, ou le gouvernement lui-même a peut-être été remplacé par un Président qui veut persuader les citoyens qu'il a compris le sens de leur vote. L'ancien ministre Luc Ferry l'explique bien dans son livre [75]. C'est pourquoi aussi les promesses spectaculaires de réforme de l'Etat de 2004 ne se sont que peu concrétisées 15 mois plus tard et risquent d'être remises en cause par le gouvernement issu des élections de 2007.

 

Face à une situation d'urgence, comme les voitures et les bâtiments qui flambent dans des dizaines de villes soir après soir, un gouvernement réagit de manière à obtenir la paix sociale, ce qui est normal. Mais à part les situations d'urgence, la grande majorité des politiciens sont motivés par leur réélection plus que par toute autre considération.

 

Lorsqu'une mesure a un coût politique, parce qu'elle demande des sacrifices à une catégorie sociale qui sait se faire entendre par médias interposés, les politiciens au pouvoir ne l'imposent que si elle plaît à une grande majorité d'électeurs et contribue donc à les faire réélire. Il s'agit en général d'une mesurette à effet rapide qui ne dérange pas grand-monde. Les mesures sans effet visible ne sont tout simplement pas prises si elles ont un coût politique. C'est pourquoi tant de rapports préconisant des politiques courageuses et volontaristes pour redresser l'économie française et combattre le chômage restent dans des tiroirs ; exemple : le rapport Camdessus [39].

        Ce n'est pas que les politiciens au pouvoir se moquent de l'intérêt de la France, c'est seulement qu'ils le font trop souvent passer après leur propre intérêt électoral. Lorsqu'une mesure est utile au pays et qu'elle ne dérange qu'une petite minorité, ils la prennent ; exemple : la poursuite du programme des centrales nucléaires avec des centrales de nouvelle génération EPR, qui ne dérangent que Les Verts, dont le poids électoral est minime.

 

Si la politique française était un long fleuve tranquille comme celle des pays scandinaves, des gouvernements successifs pourraient poursuivre un même but, une même politique, ce qui permettrait d'adopter des mesures à moyen et long terme et de les appliquer. Mais la politique française est empreinte d'une hostilité, d'une animosité et parfois d'une haine, considérables, et ces sentiments extrêmes poussent chaque gouvernement au pouvoir à abandonner ou à détruire les mesures de ses prédécesseurs, surtout lorsque ceux-ci étaient des adversaires politiques. Un exemple actuel suffit : la gauche a annoncé à l'automne 2005 que lorsqu'elle reviendra au pouvoir, elle annulera les décisions des gouvernements de droite du Président Chirac.

 

C'est pourquoi la France est un des pays avancés les plus immobiles, un de ceux qui n'a guère de politique à moyen ou long terme. D'ailleurs le Premier ministre de Villepin a supprimé le Commissariat au Plan, dont les avis de stratégie à long terme ne lui servaient à rien et le dérangeaient, et l'a remplacé par un autre groupe moins dérangeant qui dépendra de lui. C'est pourquoi la plupart des dysfonctionnements dénoncés par la Cour des comptes ne donnent pas lieu à des actions correctrices suivies par le gouvernement ou le Parlement. C'est pourquoi chaque gouvernement depuis des décennies vit à crédit, endettant le pays toujours plus pour disposer de fonds permettant des dépenses qui plaisent aux électeurs. C'est pourquoi les mesures structurelles nécessaires pour la croissance du PIB ne sont pas prises, et sans croissance significative du PIB, pas de croissance de l'emploi, nous l'avons vu.

 

Et c'est pourquoi notre chômage ne baisse pas, et ne peut pas baisser parce qu'il est structurel. Tout cela, les gouvernements successifs le savent et même, parfois, le dénoncent

2.5                 Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de Phillips. NAIRU

Source [70], article "Inflation".

Les économistes savent qu'il existe une relation entre taux de chômage et taux de progression des salaires, lui-même en général lié à l'inflation. Cette relation a en théorie l'allure de la courbe ci-dessous, dite « Courbe de Phillips ».

 

 

Courbe de Phillips en théorie

 

 

En deçà de 2 % ou 3 %, la hausse annuelle des salaires n’a pas de répercussion sur la hausse des prix, parce qu’elle ne fait que suivre les augmentations naturelles de la productivité du travail. Au-delà de ce niveau, les hausses de salaires provoquent de l'inflation (hausse des prix) par les coûts.

 

La courbe de Phillips traduit le fait que, lorsque le taux de chômage augmente, la concurrence entre salariés pour accéder à l'emploi modère les salaires qu'ils demandent, d'où une progression plus faible ou même nulle de ceux-ci. Inversement, un chômage très réduit entraîne une forte hausse des salaires, les employeurs faisant de la surenchère auprès des salariés.

 

L’intersection de la courbe avec l’axe horizontal (salaires stables, progression nulle) correspond au NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment, c'est-à-dire Taux de chômage n'accélérant pas l'inflation), taux minimum de chômage au-dessus duquel il n'y a pas d’inflation (hausse des prix) par les coûts. Le NAIRU est aussi appelé « taux de chômage structurel » par l'OCDE [69]. Pour la France, l'OCDE estimait en 2000 le NAIRU 1999 à 9.5 % [69], taux considérable et inquiétant.

 

Comme l'explique [15] page 50 :

"Le NAIRU définit une frontière : au-delà de ce seuil [c'est-à-dire lorsque le chômage est fort et l'inflation faible], la politique macroéconomique [76] est efficace ; en deçà, le taux de chômage ne peut être durablement abaissé qu’en faisant aussi appel aux politiques structurelles (fiscalité, formation, mobilité, protection sociale, fonctionnement du marché du travail et du marché des biens, etc.)."

 

Le NAIRU est un taux de chômage compatible avec le rythme d'inflation. Lorsque, pour être plus précis on considère non pas l'inflation, hausse générale des prix, mais la hausse des seuls salaires, on parle de NAWRU (Non Accelerating Wage Rate of Unemployment).

 

Une augmentation des salaires forte ou soudaine a tendance à convaincre davantage de travailleurs de chercher un emploi… et à décourager davantage d'entreprises d'embaucher des salariés qui ne seraient plus - ou plus assez - rentables. Un équilibre s'établit en quelques mois au voisinage du NAIRU.

        Chaque « coup de pouce » au SMIC, dont le gouvernement français est coutumier, constitue ainsi une relance keynésienne lorsque les capacités de production sont assez chargées, avec un risque notable d'inflation. Il n'améliore donc le niveau de vie que temporairement ; et il n'améliore la situation de l'emploi que dans les très rares secteurs d'activité capables de supporter une hausse des coûts salariaux sans baisse des ventes. Voir à ce propos la remarque de M. Francis Mer.

 

En général donc, l'inflation accompagnée d'une hausse des salaires entraîne à terme une baisse de l'emploi, de plus en plus d'entreprises renonçant à des salariés devenus trop chers, en n'embauchant pas, en ne renouvelant pas les CDD, ou même en licenciant.

 

D'autre part, les déficits budgétaires massifs de tous les gouvernements français, qui n'ont jamais cessé depuis 1975, ont des effets catastrophiques qui pénaliseront au moins les deux générations suivantes, contraints de rembourser une dette astronomique et des intérêts colossaux. Et certains politiciens français en font porter la responsabilité à leurs adversaires politiques [168]

2.5.1             Implications de l'équilibre NAIRU sur la lutte contre le chômage

A long terme, le chômage est structurel. A court terme, s'il revient en deçà du NAIRU, l’inflation va s’accélérer jusqu’à ce que le chômage revienne au niveau du NAIRU, ce qui permet alors à l’inflation de se stabiliser, en général à un niveau supérieur à celui de départ.

 

L’existence du NAIRU a donc des implications pour la politique économique :

§           Une intervention volontariste de l'Etat, par déficit budgétaire, législation de RTT ou autre, ne peut pas réduire de façon permanente le chômage structurel : nous verrons en étudiant le chômage structurel qu'une telle intervention ne peut changer l'inadaptation des qualifications disponibles aux demandes du marché du travail, ni la mobilité insuffisante des chômeurs.

§           Les éventuelles améliorations à court terme du chômage par rapport au NAIRU qui résultent de stimulations des pouvoirs publics se traduisent par une augmentation progressive des taux d’inflation.

2.5.2             Stagflation

Le mot « stagflation » est une contraction de « stagnation du PIB avec inflation ». La stagflation se produit lorsque la croissance du PIB ralentit fortement, ce qui fait croître le chômage, pendant que la hausse des prix continue ou même s'accélère.

 

La stagflation est possible parce que certains secteurs d'activité de l'économie peuvent être en pleine croissance, avec des prix en hausse, alors que d'autres peuvent être en plein marasme et en train de licencier du personnel. Le PIB (qui représente l'activité totale) peut donc être stable ou en hausse tandis que le chômage total augmente et qu'en moyenne les prix sont aussi en hausse : on a alors un chômage qui augmente en même temps que l'inflation, contrairement aux prévisions de la courbe de Phillips, c'est-à-dire de la stagflation.

Comment la stagflation peut-elle survenir ?

S'il y a un excès de liquidités (crédit abondant et facile, déficit budgétaire excessif, etc.) les gens achètent de plus en plus, ce qui fait monter les prix : il y a inflation par la demande. Si les coûts que subissent les entreprises (salaires, prix des carburants ou des matières premières, etc.) augmentent, elles augmentent leurs prix : il y a inflation par les coûts. Dans les deux cas, l'inflation peut se transformer en récession, c'est pourquoi les gouvernements la redoutent et la combattent.

 

La stagflation peut résulter d'une politique monétaire qui combat maladroitement le chômage : par exemple si le gouvernement (la BCE aujourd'hui), pour casser l'inflation qui augmente, rend l'argent plus rare et plus cher, les particuliers empruntent moins donc achètent moins, et l'investissement des entreprises et leurs embauches ralentissent, sans empêcher nécessairement les prix de monter ; on a alors à la fois croissance du chômage et de l'inflation.

 

Dans un tel cas, la courbe de Phillips peut se déplacer vers la droite (chômage plus fort à inflation constante) ou même s'inverser. Les courbes ci-dessous, issues de [71], montrent l'évolution dans le temps du taux de chômage et de l'inflation entre 1980 et 2003 en Allemagne, France, Royaume-Uni et Etats-Unis :


 

Courbes de Phillips en pratique

 


 

Ces courbes montrent que la « loi de Phillips » n'est pas respectée de nos jours (elle avait été établie en étudiant des statistiques entre 1861 et 1957). Les courbes mettent aussi en évidence l'efficacité de l'action des banques centrales pour la maîtrise de l'inflation : celle-ci ne peut plus désormais s'exagérer, alors que le chômage peut toujours varier.

2.6                 Mesures non keynésiennes pour l'emploi

Pour combattre le chômage, le gouvernement peut d'abord agir sur des freins à l'emploi, en assouplissant la législation du travail et en aidant chaque chômeur à retrouver du travail : nous reviendrons sur ces deux points. Voyons ce qu'il peut faire pour la création d'emplois.

 

Nous venons de voir que la relance du PIB (indispensable pour créer des emplois) par la consommation est très difficile à mettre en œuvre en France. En outre, ses effets sont éphémères chaque fois qu'au départ l'appareil productif du pays a une charge de plus de 70 % de sa capacité de production, parce qu'une telle relance provoque alors de l'inflation, qui finit par en annuler les effets. Et la quasi-impossibilité de créer des emplois par une politique volontariste est expliquée dans "Création volontariste d'emplois".

 

Les seules mesures sérieuses pour faire croître le PIB, celles dont l'effet est durable, sont donc celles qui facilitent l'activité économique par des effets en profondeur, c'est-à-dire structurels. Mais avant de les décrire, nous avons besoin d'étudier les causes structurelles du chômage.

2.7                 Chômage structurel

2.7.1             Définitions et origines

Définition 1

On appelle chômage structurel le chômage à long terme, qui n'est pas dû à des circonstances conjoncturelles mais aux structures économiques et démographiques du pays, et ne peut donc être combattu par des mesures à effet rapide.

Définition 2

Il y a aussi une définition technique, utilisée par l'OCDE et basée sur le concept de NAIRU. Voir aussi [69].

Origines du chômage structurel

Nous verrons qu'en France le chômage structurel est dû pour l'essentiel :

§           à l'inadéquation des qualifications des chômeurs aux emplois offerts ;

§           à leur manque de mobilité géographique et professionnelle ;

§           à l'existence de trappes à chômage ;

§           aux salariés de niveau modeste devenus trop coûteux du fait des hausses du SMIC, qui ont atteint 11 % sous le gouvernement Raffarin, rendant ainsi de nombreux travailleurs trop chers pour être embauchés ;

§           au faible intérêt financier, dans certains cas, pour un chômeur à reprendre un emploi ;

§           à une gouvernance et une législation fiscale et du travail qui :

·            freinent la croissance de l'économie, ce qui freine les embauches ;

·            handicapent l'embauche par crainte des entreprises de ne pouvoir licencier ;

·            créent des trappes à inactivité [111].

Taux de chômage structurel

C'est le taux de chômage minimum à long terme des travailleurs d'un pays.

A l'évidence, en situation de plein emploi ce taux est égal au taux de chômage frictionnel. En France, le chômage frictionnel a été inférieur à 3 % jusqu'au premier choc pétrolier en 1973 ; d'après [15], il serait actuellement de l'ordre de 3.5 % si le pays bénéficiait du plein emploi, comme c'était le cas en l'an 2000 pour la moyenne des pays européens (et hélas pas pour la France).

 

Selon [15], le taux de chômage structurel en France est de l'ordre de 9 %, valeur très élevée et incompressible en moins de quelques années, quelles que soient les promesses des gouvernements successifs. Les estimations de l'OCDE [69] confirment le taux de 9 % pour 2004 et prévoient 8.9 % en 2005 et 8.8 % en 2006. L'OCDE [124] ne peut être accusée de partialité contre aucun de ses pays membres. La différence entre ces prévisions et l'optimisme du gouvernement de Villepin, qui promet une baisse de centaines de milliers du nombre de chômeurs grâce notamment au plan Borloo, est stupéfiante !

 

Du reste, lorsque le taux de chômage structurel est supérieur au taux de chômage effectif, la croissance du PIB ne peut suffire à réduire ce dernier, comme le confirme [56] page 19 ; or début 2006 le taux de chômage effectif étant de l'ordre de 9.6 %, c'est-à-dire très proche du taux de chômage structurel, il est clair que l'impact d'une croissance du PIB ne peut être que modeste. Nous en avons eu confirmation en 2004, année où la France n'a créé que 20 000 emplois avec 2.1 % de croissance, selon [145] page 83.

 

Le tableau ci-dessous, issu de [69], montre que parmi les 22 pays membres de l'OCDE dont on connaît le taux de chômage structurel, la France n'est dépassée que par la Grèce et l'Espagne, preuve supplémentaire s'il en fallait que notre gouvernance a été parmi les plus mauvaises depuis une vingtaine d'années. On voit aussi la qualité de la politique économique de l'Irlande, qui a réussi à faire baisser son chômage structurel de 12.5 % à 5.5 % !

 

 

 

Taux de chômage structurel (%)

Moyenne
1983-85

Moyenne
1993-95

2003

2004

2005

2006

Australie

5.6

6.8

5.6

5.5

5.4

5.4

Autriche

3.0

4.8

4.9

4.9

4.9

4.9

Belgique

7.4

7.3

7.2

7.2

7.2

7.2

Canada

7.8

8.1

7.3

7.3

7.3

7.3

Danemark

5.6

6.6

4.8

4.8

4.8

4.8

Finlande

3.9

8.7

8.6

8.6

8.4

8.2

France

7.6

10.3

9.1

9.0

8.9

8.8

Allemagne

5.0

6.3

7.7

7.7

7.6

7.6

Grèce

6.3

8.8

10.5

10.5

10.5

10.3

Islande

1.5

3.9

2.8

2.8

2.8

2.8

Irlande

12.5

12.4

5.7

5.5

5.4

5.2

Italie

6.7

9.3

9.3

9.0

8.7

8.5

Japon

2.4

3.0

3.9

3.9

3.9

3.9

Pays-Bas

6.9

5.8

3.3

3.2

3.2

3.2

Nlle Zélande

3.6

7.5

5.5

5.3

5.0

4.8

Norvège

2.5

4.5

4.1

4.1

4.1

4.1

Portugal

5.9

4.4

4.1

4.2

4.1

4.1

Espagne

10.6

13.1

11.0

10.7

10.6

10.5

Suède

2.4

4.4

4.7

4.7

4.7

4.7

Suisse

0.3

2.4

2.2

2.2

2.2

2.2

Royaume-Uni

7.5

7.4

5.4

5.3

5.3

5.3

Etats-Unis

6.3

5.5

4.8

4.8

4.8

4.8

Zone Euro

6.8

8.4

8.2

8.1

8.0

7.9

Total OCDE

5.9

6.2

5.9

5.8

5.8

5.8

 

 

2.7.2             Les causes du chômage structurel français

2.7.2.1                        Le manque total de qualification

§           D'après le ministre Luc Ferry [49], chaque année 158 000 jeunes (sur 745 000 d'après [35] page 63), c'est-à-dire 21 %, sortent du système éducatif sans diplôme, dont 60 000 n'ont aucune qualification (arrêt avant la classe de seconde ou l'année terminale de CAP-BEP) ;

        De son côté, l'INSEE ([35] page 63) évalue à 96 850 (soit 13 %) le nombre de jeunes sortis de formation sans diplôme en 2002 pour la seule France métropolitaine.

§           D'après [72] page 4, il y avait en 2002 en France 2.3 millions d'illettrés. D'après [50], 9 % des personnes ayant été scolarisées en France peuvent être considérées comme en situation d’illettrisme : comment pourraient-elles trouver du travail ? Quel travail peut-on leur confier sachant qu'elles sont en concurrence avec des immigrés aussi illettrés qu'elles mais prêts à travailler pour des salaires très bas - et certains même au noir ? Il est intéressant de rapprocher cette proportion de 9 % de celle des chômeurs, 9.5 % fin 2005.

D'après [72] page 10, 42 % des personnes entrées en détention en 2003 étaient des illettrés : non seulement l'illettrisme mène au chômage, il mène à la délinquance.

Voir aussi la définition de l'analphabétisme et les statistiques de [73].

 

Le graphique ci-dessous montre qu'il y a une relation directe et significative entre niveau d'éducation et taux de chômage des jeunes. Près de la moitié des jeunes sans diplôme ne trouve pas d'emploi, c'est-à-dire environ 70 000 par an. Ce chiffre est à rapprocher des 60 000 ci-dessus qui n'ont aucune qualification.

 

 

Taux de chômage selon le diplôme de 1 à 4 ans après la fin des études selon [210]

 

 

On voit que :

§           Sans diplôme le taux de chômage est supérieur à 40 % depuis 1990 et n'est jamais descendu en dessous de 30 %  depuis avant 1984;

§           Avec un diplôme de l'enseignement supérieur, le taux de chômage est en général de l'ordre de 10 % et n'a jamais dépassé 16 %.

 

Enfin, [203] nous apprend qu'il y a un fort lien entre avoir un travail et compétences en lecture :

§           42.3 % seulement des femmes qui ont de graves difficultés à lire et comprendre un texte ont un travail, contre 56 % lorsqu'elles n'ont que des difficultés partielles ;

§           69.5 % seulement des hommes qui ont de graves difficultés à lire et comprendre un texte ont un travail, contre 87 % lorsqu'ils n'ont que des difficultés partielles.

 

Et de plus en plus de métiers ne peuvent être appris que par les personnes disposant d'un niveau scolaire suffisant. Ce point est abordé plus bas.

2.7.2.2                        Les trappes à chômage

Une partie de la population s'avère défavorisée pour l'accès à l'emploi, génération après génération : il y a en France des « trappes à chômage ». C'est ainsi que [213] nous apprend que :

§           Page 299 :

"Les jeunes dont le père est d'origine maghrébine sont les plus touchés par les difficultés d'insertion sur le marché du travail. Au bout de 5 ans, la moitié d'entre eux n'ont pas d'emploi stable contre un tiers des jeunes dont le père est né en France. Leur risque de non-emploi prolongé est 2 fois plus élevé que la moyenne. Les jeunes dont le père est issu d'autres courants migratoires extra-européens (Turquie, Afrique noire, Moyen-Orient, etc.) connaissent dans leur ensemble des difficultés d'insertion équivalentes à celles des jeunes de père maghrébin.

Les difficultés sont particulièrement aiguës lorsque les deux parents sont tous deux d'origine extra-européenne, alors que l'insertion des jeunes issus de couples mixtes, par exemple franco-maghrébin, s'apparente à celle des jeunes issus de couples français."

§           Page 301 :

"Environ 12 % des jeunes déclarent qu'avant leurs 16 ans un de leurs parents a été confronté à une longue période de chômage. […] Ce chômage des parents semble avoir un impact important sur la réussite scolaire des enfants. Ainsi, pour les enfants d'employés, la probabilité de sortir du système éducatif sans qualification apparaît 2 fois plus élevés pour ceux dont un parent a été confronté au chômage de longue durée que pour les autres.

Cet effet se prolonge même au-delà, dans l'insertion sur le marché du travail. Ainsi, à niveau de formation, origines sociale et nationale équivalents, un jeune dont un parent a été confronté à un chômage long présente un risque 30 % plus élevé de rester presque toujours hors de l'emploi plutôt que d'obtenir un emploi stable."

Ainsi, il y a en France des familles où « on est chômeur de père en fils », familles où le désespoir pousse les jeunes à toutes sortes de révoltes.

2.7.2.3                        Il y a beaucoup de salariés dont la qualification existe, mais elle est inadaptée aux emplois offerts

Cela vient de l'évolution des divers métiers vers plus de spécialisation et plus de technicité. On demande de plus en plus de savoir travailler sur ordinateur, de connaître l'anglais, de connaître des logiciels métier particuliers comme AUTOCAD (conception assistée par ordinateur, remplaçant le dessin à la planche d'antan), etc. Inversement, certains métiers sont devenus obsolètes. Voir [161].

 

Voici un tableau extrait de la page 6 de l'étude du Ministère du travail [66] qui classe les difficultés de recrutement selon leur origine :

 

 

Employeurs ayant
déclaré des difficultés
de recrutement…

Proportion d'employeurs déclarant…

une absence
de candidats

une absence
de candidats
ayant le profil
souhaité

avoir des
candidats
mais sans
le profil
souhaité

en général

45.3

89.1

50.4

d'ouvriers

56.8

88.9

38.9

d'employés

53.8

91.7

43.9

de techniciens ou
agents de maîtrise

40.3

93.2

56.9

de cadres

39.2

93.8

58.3

Origines des difficultés de recrutement

 

 

Il est clair que beaucoup de chômeurs ne trouvent pas de travail parce qu'ils n'ont pas de qualification ou pas de qualification recherchée par les entreprises.

 

Il y a aussi un problème de diplômés, de niveau BAC+4 ou plus, qui ne trouvent pas d'emploi parce que leur diplôme ne correspond à aucune qualification recherchée. Il faudrait que les universités cessent d'enseigner ce qui intéresse les titulaires de chaire plutôt que ce qui intéresse les employeurs. C'est au Ministère de l'Education nationale qu'il faut établir la liste des besoins en s'inspirant de listes comme celles données dans "La France obligée d'innover sans cesse", puis en tirer les conséquences sur les filières et enseignements proposés, ainsi que sur le nombre maximum d'étudiants admis dans les filières sans grand avenir.

2.7.2.4                        Il y a toujours eu plus de demandes d'emploi que d'offres

Selon la très officielle DARES, il y a toujours eu, en France, plus de demandes d'emploi (c'est-à-dire de gens qui cherchent un emploi) que d'offres (c'est-à-dire de postes offerts), comme on le voit sur le graphique ci-dessous extrait de [216] :

 

 

Evolution du ratio offres d'emploi / demandes d'emploi
(séries trimestrielles, ratio corrigé des variations saisonnières)

 

 

Lorsque le ratio offres/demandes augmente les entreprises ont plus de mal à trouver les salariés qu'elles cherchent ; on parle alors de "tensions" sur le marché de l'emploi. Le graphique ci-dessus montre qu'il y a toujours des offres d'emploi, même quand la conjoncture économique est défavorable.

2.7.2.5                        Le manque de mobilité géographique et professionnelle

Manque de mobilité géographique

Trop de demandeurs d'emploi refusent de déménager ou de travailler à plus d'une heure de trajet de chez eux : ce sont les causes baptisées "géographiques" du tableau ci-dessus. On voit dans le tableau suivant, extrait de la page 7 de l'étude [66], qu'elles interviennent dans environ 8 cas sur 10 :

 

 

Employeurs ayant
déclaré des difficultés
de recrutement…

Proportion d'employeurs attribuant
leurs difficultés de recrutement…

à des causes
d'ordre
géographique

à l'image des
métiers ou
aux conditions
de travail

à des difficultés
liées aux
perspectives
de carrière

en général

82.7

82.3

35.4

d'ouvriers

85.9

82.8

30.6

d'employés

79.7

86.7

36.1

de techniciens ou
agents de maîtrise

94.3

85.7

34.4

de cadres

91.2

81.9

36.8

 

 

 

Des études sur la mobilité des salariés ont montré que, par rapport aux Etats-Unis, les travailleurs européens préfèrent souvent le chômage à un déménagement, malgré les aides financières prévues pour les aider à aller vivre là où il y a du travail.

 

Non seulement ce manque relatif de mobilité par refus des salariés prolonge leur chômage, mais il empêche la transmission de connaissances qui se produit à l'arrivée d'un travailleur dans une entreprise à qui il apporte son expérience.

Manque de mobilité professionnelle

En plus du manque de mobilité géographique des demandeurs d'emploi, il faut aussi noter le manque de mobilité professionnelle : trop de travailleurs refusent de changer de métier lorsque celui-ci n'est plus demandé, préférant rester au chômage plutôt que d'apprendre un nouveau métier.

 

Le secteur d'activité où le manque de mobilité est le plus fort est la fonction publique, où un agent n'a en général pas intérêt à changer de service parce qu'il perdrait certains avantages qui n'existent que dans son service actuel ; le nombre de cas particuliers de statut est ainsi supérieur à 1000, ce qui est courtelinesque.

Les cadres plus mobiles que les non-cadres

Selon l'étude [187], les cadres sont plus mobiles que les non-cadres, particulièrement lorsqu'en déménageant ou en changeant de fonction ils obtiennent une promotion. En outre, les professions intermédiaires entre cadres et ouvriers/employés sont plus mobiles que les ouvriers/employés, surtout si l'inconvénient de la mobilité est compensé par une promotion.

Refus des conditions de travail estimées difficiles

Enfin, beaucoup de chômeurs refusent le travail fatigant ou impliquant du bruit, de la saleté, des déplacements, etc. Comme dit mon ami qui a du mal à recruter pour son entreprise d'horticulture : « Dans mon métier il faut se baisser... ».

2.7.2.6                        Le SMIC trop élevé

Le manque de qualification et le manque de mobilité sont les deux premières causes traditionnelles du chômage structurel. Mais depuis le gouvernement Raffarin il y en a une troisième : le coût trop élevé des travailleurs de qualification nulle ou minimale, payés au SMIC ou juste au-dessus. En effet, ce gouvernement a unifié les 6 SMIC hérités du gouvernement Jospin en les alignant sur le plus généreux, d'où une hausse pouvant atteindre 11 %. Et comme le coût des charges qui s'ajoute au salaire brut est souvent proportionnel à ce dernier, nombre de personnes se sont trouvées trop chères pour l'emploi qu'elles pouvaient occuper. Comme l'écrit M. Francis Mer dans [52] page 97 :

"Pour qu'un emploi soit créé, il faut qu'il rapporte plus qu'il ne coûte. C'est une règle universelle. En France, on prend le problème à l'envers puisque le ministre de l'Emploi décide de la rémunération de plusieurs millions de personnes par le biais du SMIC. Ensuite, il faut que le smicard puisse justifier son salaire par sa productivité [19]…"

 

L'habitude des « coups de pouce » au SMIC est donc une des causes structurelles du chômage : tant que le travail de certains salariés peu qualifiés devra être payé plus cher qu'il ne vaut, ils ne trouveront pas d'emploi.

 

En outre, les coups de pouce au SMIC depuis 2002 ont dégradé la compétitivité des exportations de la France, qui a perdu des parts de marché.

 

En outre, un gouvernement ne doit jamais accorder des hausses de salaire minimum qui dépassent les économies résultant des gains de productivité de l'année précédente, pour ne pas distribuer un supplément de pouvoir d'achat que l'économie n'a pas créé ; sinon il provoque de l'inflation en plus des refus d'embauche, et une perte de compétitivité du pays.

2.7.2.7                        Une législation et une gouvernance inadéquates créent du chômage

Nous venons de voir qu'un SMIC trop élevé explique des refus d'embaucher de la part d'entreprises qui ont pourtant besoin de salariés supplémentaires. Certaines dispositions inadéquates de la législation française et certaines de nos pratiques de gouvernement expliquent :

§           Une croissance du PIB insuffisante pour créer des emplois, due :

·            aux lois qui encouragent l'inactivité ;

·            aux investissements insuffisants des entreprises en R&D et en informatisation, comme l'expliquent [39], [91], [126] et [163] ;

·            aux investissements publics insuffisants en recherche fondamentale et à tous les niveaux de l'enseignement scolaire et universitaire, comme l'explique l'étude spéciale qui lui est consacrée : "La France obligée d'innover sans cesse".

§           Des sous-traitances et des délocalisations, décidées pour ne pas embaucher en France, à cause du coût élevé du travail, de la législation du travail trop rigoureuse, des impôts trop lourds.

§           Des trappes à inactivité [111], entraînant :

·            les discriminations à l'embauche des jeunes et des seniors ;

·            le refus de certains chômeurs de reprendre un travail.

§           Un modèle d'emploi français complètement inadéquat. Voici ce qu'en pense [202] page 69 :

"Tout se passe comme si la société française organisait une pénurie structurelle d’emploi en mettant sa jeunesse dans une file d’attente d’études sans perspectives et en évinçant au plus vite les actifs âgés du marché du travail pour préserver autant que possible le noyau des actifs ayant un emploi de 25 à 54 ans.

Les dysfonctionnements structurels du marché du travail français ne se limitent nullement aux restructurations industrielles. Il est symptomatique que la France arrive au dernier rang européen pour le taux d’emploi des diplômés du supérieur, 77,4 % contre 83,1 % en moyenne communautaire ; elle fait même moins bien que ce futur membre de l’Union qu’est la Bulgarie…"

 

Et comme il ne faut pas accuser le seul gouvernement de tous les méfaits, il y a la discrimination à l'emploi pratiquée par les employeurs qui jettent systématiquement à la poubelle tout CV issu d'un mauvais quartier ou portant un nom d'origine africaine…

2.7.3             Comment faire baisser le chômage structurel ?

§           L'étude [16] explique pourquoi l'accroissement naturel de la productivité fait qu'il faut en France une croissance d'environ 2 % par an pour combattre le chômage, et pourquoi la croissance est plus riche en emplois dans certains secteurs d'activité (services, bâtiment) que dans l'ensemble du pays.

Elle explique aussi que dans les années 1990 l'effet de la baisse des charges sur les bas salaires et de la RTT ne pouvait être que temporaire : après avoir enrichi la croissance en emplois pendant deux ans environ, en diminuant à 1.3 % le taux minimum de croissance du PIB nécessaire à la croissance de l'emploi, ce taux minimum est rapidement revenu à sa valeur de long terme voisine de 2 %, liée à la croissance de la productivité.

§           L'étude [15], très complète, montre que faire baisser le chômage est difficile et long.

 

Nous avons déjà vu que sans croissance du PIB on ne peut créer d'emplois qu'aux frais des contribuables, donc en augmentant les impôts et avec des effets pervers redoutables ; et nous verrons encore plus d'effets pervers plus bas.

 

Nous allons maintenant commencer à explorer les moyens de faire baisser le chômage structurel, en examinant successivement ce que les travailleurs peuvent faire et ce que l'Etat peut faire. Il s'agira ci-dessous d'un exposé de principes, les propositions détaillées figurant plus bas, mais on peut commencer par le récapitulatif "Création volontariste d'emplois".

2.7.4             Ce que les travailleurs peuvent faire

Les trois causes précédentes demandent plus d'efforts des salariés que du gouvernement ou des entreprises.

2.7.4.1                        Le manque de qualification

A part certains métiers manuels (balayeur, etc.) aucun travail n'est disponible pour les analphabètes ou même pour les illettrés.

Un aide-jardinier ou un aide-cuisinier doivent savoir lire les notices des emballages des produits qu'ils vont utiliser. Mon plombier a voulu m'installer une pompe de relevage d'eaux usées ; mais comme il n'était pas capable de lire la notice de la pompe, il l'a branchée sans disjoncteur de protection et à la première surcharge elle a grillé. Il a dû la remplacer à ses frais après installation d'une arrivée de courant correcte par un électricien.

 

Donc :

 

Le premier devoir pour acquérir une qualification professionnelle est celui de savoir lire, écrire et compter.

 

 

La France ne devrait donc pas laisser des enfants quitter l'école sans ces compétences de base. L'habitude de faire monter les enfants de classe même lorsqu'ils ne maîtrisent pas ces compétences est source de désastres ultérieurs. L'habitude de laisser entrer au collège des enfants qui ne savent pas lire parfaitement l'est tout autant.

Immigration oui, mais pas des illettrés

La France ne devrait pas, non plus, laisser s'installer des étrangers qui ne maîtrisent pas notre langue, sans leur imposer de l'apprendre suffisamment, petit examen à l'appui. Un immigré analphabète ou illettré est un futur chômeur et ses enfants risquent fort de l'être aussi, voire de devenir des délinquants.

Tous les gendarmes savent que les "gens du voyage" représentent un pourcentage des délits très supérieur à leur proportion dans la population. Le problème a une cause unique : la tradition chez certains d'entre eux de ne pas envoyer les enfants à l'école. Devenus adultes, il leur est extrêmement difficile de trouver du travail et beaucoup vivent d'activités illégales, en profitant de l'absence de domicile fixe pour être difficiles à retrouver après un délit.

 

Puisque nous avons besoin d'immigrants pour compenser le vieillissement de notre population, l'idéal est d'organiser, dans les pays d'origine des immigrants, des cours de français ; on accorderait ensuite le visa d'immigration avec permis de travailler à ceux qui auront montré leur aptitude à apprendre notre langue et (un peu) nos règles de vie en société… et seulement à ceux-là. Et cette exigence devrait s'appliquer aux personnes qui veulent entrer en France au titre du regroupement familial, ces personnes constituant les ¾ environ de l'immigration légale.

2.7.4.2                        L'obsolescence de plus en plus rapide des qualifications

Nous avons vu qu'il y a chaque jour ouvrable, en France, environ 10 000 emplois détruits et autant créés, ainsi que 1000 entreprises qui disparaissent et autant qui sont crées. Nous en avons ainsi vérifié une loi économique bien connue : L'économie évolue naturellement par destructions créatrices d'emplois.

 

Nous savons aussi que ce sont les évolutions techniques et les changements des goûts des consommateurs qui sont les causes principales de ces destructions créatrices [161]. Il ne faut donc pas s'étonner si les qualifications de travailleurs demandées par l'économie moderne changent sans cesse et rapidement, et si ce changement s'opère dans le sens d'une croissance rapide des qualifications demandées.

 

Il est clair qu'aucune carrière ne peut plus se dérouler sans que le travail quotidien évolue profondément. Des exemples comme l'impact de la révolution des télécommunications et celui de l'informatique sont particulièrement frappants, puisqu'ils changent la façon dont les personnes travaillent. Et le développement rapide des échanges commerciaux avec les pays étrangers (entre 1951 et 2003 le commerce international a été multiplié par 23.2 alors que la population mondiale n'était multipliée que par 2.46) fait que chacun est impacté dans sa vie quotidienne par les produits étrangers qu'il peut acheter, et par le besoin de vendre des produits français pour payer ceux que nous importons.

 

Dans ces conditions, les statuts des agents administratifs de la fonction publique d'Etat ou territoriale (donc autres que les militaires, le personnel de santé, etc.) basés sur un principe d'emploi à vie dans la même administration sans obligation d'évoluer, sont de plus en plus anachroniques. La difficulté qu'ont éprouvée tous les gouvernements successifs de la France depuis 50 ans pour les faire évoluer, due à la résistance et à l'immobilisme des syndicats, explique pourquoi on réclame depuis des décennies une « réforme de l'Etat » sans jamais pouvoir prendre plus que des mesurettes. Exemple d'efficacité de la résistance au changement des fonctionnaires : ils ont réussi à faire partir en quelques semaines un ministre des finances, M. Christian Sautter, qui voulait réformer son administration. Voir les aveux et propositions de deux ministres en 2004.

 

Les temps changent, les ministres changent, mais les fonctionnaires administratifs restent. Courteline en riait déjà dans "Messieurs les ronds-de-cuir" en 1893. C'est qu'alors comme aujourd'hui l'emploi des fonctionnaires était sacré ; de nos jours, grâce à la toute-puissance des syndicats, il passe avant toute considération économique, donc avant l'intérêt de la France. Un fonctionnaire est donc certain de conserver son gagne-pain, même s'il ne se donne pas de mal pour devenir plus productif et pour changer sa manière de travailler.

 

Mais les salariés du privé n'ayant pas de garantie d'emploi aussi solide (nous verrons plus bas les protections dont ils bénéficient), ils doivent s'assurer contre la perte de leur emploi.

En la matière, le « modèle français » consiste à essayer d'empêcher les entreprises de licencier les salariés dont elles n'ont plus besoin, ou qu'elles peuvent remplacer par des salariés moins chers travaillant dans d'autres pays. Il y a pour cela un formidable arsenal législatif et réglementaire, dont le caractère impressionnant n'a d'égal que l'habileté des entreprises à le contourner.

 

Mais comme aucun texte de loi ne peut empêcher une entreprise de faire faillite ou de délocaliser, licenciant alors du personnel, il faut que chaque travailleur se protège lui-même en tenant à jour sa qualification (métier et niveau) pour faire constamment partie des gens que les entreprises recherchent.

        Cette obligation est particulièrement d'actualité pour les salariés en CDD, dont le licenciement est probable à la fin de leur contrat, le renouvellement de celui-ci étant tout sauf certain ; rappelons à ce sujet que sur les 27 000 salariés qui quittent chaque jour ouvrable leur emploi 14 300 (53 %) sont en fin de CDD. Rappelons aussi que dans les activités de services, les trois quarts des embauches des PME sont des CDD.

 

Ainsi, au lieu de compter sur la protection inefficace des lois ou des syndicats, ou sur la pitié (!) des chefs d'entreprise, un travailleur pourra compter sur sa propre valeur pour retrouver un emploi après un éventuel licenciement. C'est ce qui se passe dans les pays où les salariés ne redoutent guère les licenciements : Royaume-Uni, Irlande, etc. Et c'est ce qui se passait en France avant le premier choc pétrolier (1973), lorsque le plein emploi et l'expansion étaient la règle depuis un quart de siècle.

 

Chaque travailleur a donc de nos jours le devoir de maintenir à jour ses compétences ; il ne doit pas attendre que son entreprise ou l'Etat lui paye une formation et son salaire pendant qu'il la suit. Il doit apprendre un autre métier pour le cas où celui qu'il pratique disparaîtrait. Il doit prendre en main son avenir, nul ne pouvant adapter sa compétence à sa place. Dommage que nos politiciens n'aient pas le courage de le dire et de le répéter en communiquant de manière assez efficace pour que les Français changent sur ce point.

2.7.4.3                        L'indispensable formation scolaire initiale

Le progrès technique a un impact considérable sur la manière de travailler et les emplois offerts, essentiellement à cause de l'informatisation de plus en plus poussée (qui retentit sur l'organisation et la productivité du travail) et du développement des télécommunications. (Confirmations : [39] et [161]). En outre, il accélère considérablement le renouvellement des produits, dont nous savons qu'il détruit et recrée en France 10 000 emplois par jour.

 

Il est évident qu'aucune qualification professionnelle ne peut être acquise par une personne ne disposant pas du niveau scolaire correspondant. Nous allons en tirer les conséquences.

 

L'économie française se comporte comme l'économie américaine en ce qui concerne les types d'emplois offerts (plus de 70 % des emplois dans le secteur des services, répartition des emplois par niveau de formation). Or le graphique ci-dessous, issu de [103], montre qu'en un demi-siècle, la proportion d'emplois offerts aux personnes sans diplôme est passée de près de 70 % à 10 %, alors que la proportion d'emplois offerts à chacune des trois autres catégories a augmenté pour atteindre environ 30 % de nos jours. D'où une conclusion très importante :

 

Il y a peu d'avenir professionnel pour les personnes sans qualification, qui ont de plus en plus de chances d'être au chômage.

 

 

 

 

La proportion des demandes de travailleurs d'un niveau d'études élevé par rapport à celle des travailleurs de niveau modeste augmente plus vite que le rapport des effectifs de ces deux catégories. Il en résulte une pénurie croissante de personnel de haut niveau, qui se traduit par un rapport entre les rémunérations moyennes de ces deux catégories qui a augmenté depuis 1950. C'est ce que montre le graphique ci-dessus, issu de [103] : aux Etats-Unis, le rapport des rémunérations moyennes est passé de 1.36 à 1.77 en 50 ans, soit une croissance de 30 %.

 

 

 

 

On voit donc que le progrès technique entraîne une évolution des qualifications demandées, qui entraîne à son tour des inégalités croissantes de rémunération. Il est absurde d'essayer, par pure idéologie égalitariste, de s'opposer à cette évolution inévitable. L'expérience de l'URSS et de Cuba, pays où médecins et ingénieurs gagnaient moins que les ouvriers, s'est avérée désastreuse par la démotivation des gens les plus doués, qui ont souvent refusé des études supérieures ou des responsabilités plus grandes, privant ainsi leur pays d'une utilisation complète de leur talent.

 

Le rapport inter-déciles entre « rémunération 90 » (10 % seulement des revenus sont supérieurs à cette valeur) et « rémunération 10 » (10 % seulement des revenus sont inférieurs à cette valeur) permet d'évaluer l'inégalité entre revenus élevés et revenus modestes (voir [104] et [105]). L'évolution de ce rapport aux Etats-Unis entre 1963 et 1996 est représentée pour les hommes et les femmes par le graphique ci-dessous, extrait de [103].

 

 

 

 

On voit qu'il a fortement augmenté en 33 ans, de 41 % pour les hommes et de 42 % pour les femmes. Cette croissance des inégalités résulte directement de l'augmentation des qualifications des travailleurs et de l'accroissement de la pénurie relative de travailleurs hautement qualifiés.

 

Cette conclusion est confirmée par le texte suivant, téléchargé d'un site officiel du gouvernement américain [161] :

"L'irruption de la technologie [dans l'économie] est la cause principale de la mise en place progressive [aux Etats-Unis] d'un marché du travail à deux niveaux, dans lequel les travailleurs du niveau inférieur ne disposent pas du niveau d'études et de la qualification professionnelle de ceux du niveau supérieur. De ce fait, les travailleurs les moins qualifiés n'obtiennent pas les augmentations, la couverture médicale et les autres avantages qu'obtiennent ceux de la catégorie supérieure. Depuis 1975, la quasi-totalité des gains de revenu disponible ont été réservés aux ménages qui forment les 20 % du niveau supérieur [c'est-à-dire aujourd'hui des Bac+5]".

 

Cependant, d'après [104], le rapport inter-déciles 90/10 pour l'année 2000 en France métropolitaine est de 28657/5152 = 5.56, donc bien plus élevé qu'aux Etats-Unis en 1996. Et selon [162] et [62] les Etats-Unis et la France ont le même taux de pauvreté, 12.7 % contre 12.4 % respectivement.

Conclusion

 

Dans tous les pays avancés, la croissance des inégalités de qualification et des exigences de technicité de l'économie entraîne une inégalité de revenus de plus en plus difficile à combattre.

 

Pour plus de détails sur l'évolution des offres d'emploi selon le niveau d'études et la qualification professionnelle, voir "La révolution des qualifications".

 

Voir aussi l'étude "L'enseignement victime de l'idéologie".

2.7.5             Apprentissage et effort public d'information sur les métiers

Il est clair que beaucoup de jeunes n'ont pas les capacités nécessaires pour faire des études longues ; la seule voie pour eux est alors l'apprentissage, domaine où la France est en retard parce que son pourcentage d'apprentis est très inférieur à celui d'autres pays (exemple : l'Allemagne). Il faut donc faire connaître aux jeunes les possibilités offertes par cette voie et encourager ceux qui ne se voient pas faire des études longues et abstraites à s'y engager.

 

L'Etat fait un effort réel pour informer les jeunes sur les métiers : voir l'ONISEP [160], dont l'impressionnant catalogue d'ouvrages n'a qu'un seul défaut : il devrait offrir gratis sur Internet tous ses excellents titres, vendus sur papier comme au XIXe siècle, donc demandant l'effort de les commander et impossibles à mettre à jour comme un document électronique.

 

Voir aussi "Pas assez d'apprentis".

2.7.6             Le contrat de transition professionnelle (CTP)

Le 12/04/2006, le Ministre de l'emploi M. BORLOO a annoncé le "Contrat de transition professionnelle" (CTP), avec deux années d'expérimentation.

Destiné, on ne voit pas pourquoi, aux seuls licenciés pour motifs économiques des entreprises de moins de 1000 salariés, ce contrat :

§           garantit pendant un an au salarié licencié des revenus nets à peu près identiques à ceux dont il bénéficiait avant son licenciement, aux frais du contribuable ;

§           permet d'alterner des périodes de recherche d'emploi, de travail salarié et de formation ;

§           accompagne de manière personnalisée le salarié dans sa recherche d'emploi.

C'est de ce point que dépend l'efficacité du CTP : si l'ANPE s'en occupe vraiment, en suivant fréquemment chaque chômeur, ce contrat est assez proche de la « flexsécurité » qui a si bien réussi au Danemark.

2.7.7             La répartition par niveau de fin d'études en France est inadéquate

D'après [35] page 63, parmi les jeunes qui sortent de la formation initiale :

§           13 % n'ont aucun diplôme (ils sont même 18 % en 2001 selon [116] et 21 % selon [49] page 15). Sachant que, comme aux Etats-Unis, au maximum 10 % peuvent se voir proposer un emploi, on comprend que le chômage des jeunes ne peut diminuer que par traitement social : contrats d'apprentissage subventionnés, emplois subventionnés, etc. C'est extrêmement inquiétant pour l'avenir.

§           22.4 % sont au niveau licence et plus (20 % en 2001 selon [116]), ce qui n'est pas suffisant non plus, puisque l'exemple américain montre qu'il en faudrait 29 %. La France doit faire un effort pour accroître le nombre de diplômés de l'enseignement supérieur, et tout particulièrement ceux qui ont fait des études scientifiques (maths, physique, chimie, biologie, etc.)

Voir à ce propos la remarque suivante.

2.7.8             Plus de formation ne suffit pas pour combattre le chômage

Il ne faudrait toutefois pas croire qu'une formation adéquate suffirait pour ramener le chômage de son niveau fin 2005 de l'ordre de 9.6 % à celui d'un chômage frictionnel de 3.5 %. Donner une qualification professionnelle à des gens leur permet d'être embauchés dans des emplois qui existent, mais ne crée pas d'emplois supplémentaires. La France ne pourra échapper à l'obligation de favoriser la croissance économique, seule à même de créer une offre d'emploi saine et pérenne.

2.7.9             Quelle politique face aux inégalités de revenus ?

Nous avons vu ci-dessus que c'est l'évolution de tous les métiers vers plus de technicité qui est la principale source des inégalités de revenus, que la logique économique fait croître inexorablement. Que peut-on faire contre ces inégalités ?

§           La solution française, analogue par exemple à celle de la Suède, consiste à effectuer des transferts de revenus entre les gens qui gagnent beaucoup et ceux qui gagnent peu, pour écraser autant que possible les différences de revenus et réduire les inégalités. Cette solution a les inconvénients suivants :

·            Elle fait vivre les gens peu productifs aux crochets des gens productifs, ce qui est injuste pour ces derniers, dont certains perdent leur motivation, travaillent moins ou cessent de travailler, ou émigrent ;

·            Elle contredit la logique économique de proportionnalité des rémunérations (c'est-à-dire des coûts salariaux) à la productivité, ce qui rend difficile la justification de l'embauche de salariés trop chers par rapport à ce qu'ils rapportent.

§           La solution libérale pure, analogue à celle de la Chine, consiste à laisser les plus doués gagner le maximum et les moins doués dans la misère. La logique économique est respectée, mais le principe qui veut que dans une société il y ait une redistribution des revenus et une entraide, pour des raisons de justice sociale et de dignité, ne l'est pas.

 

Chaque peuple libre a le droit de choisir démocratiquement son type de société, avec son niveau de redistribution et d'entraide. Le choix des Français n'est donc pas critiquable. Mais aucun choix de société n'excuse les subventions à des emplois inutiles pour acheter la paix sociale en faisant plaisir aux syndicats, ou le versement trop prolongé d'indemnités de chômage à des tire-au-flanc qui ne veulent pas travailler. Voilà les anomalies qu'il faut combattre au nom de la croissance économique génératrice d'emplois.

2.7.10        Interventions de l'Etat dans le secteur marchand

Il n'y a, à l'évidence, que deux genres d'activités économiques qui emploient des travailleurs :

§           Celles qui sont intrinsèquement rentables et peuvent donc se poursuivre indéfiniment sans subvention publique - c'est-à-dire le secteur marchand ;

§           Et celles qui ne peuvent durer sans dons ou subventions - c'est-à-dire le secteur non marchand.

 

L'Etat ne doit pas intervenir directement dans le secteur marchand, pour de nombreuses raisons exposées aux paragraphes suivants du "Cours d'économie pour citoyens qui votent" :

§           "L'Etat ne doit pas « faire des affaires »" ;

§           "Ce que l'Histoire nous apprend sur les économies administrées".

C'est parce que les inconvénients des interventions de l'Etat dans les affaires sont si importants et si universellement admis que l'Union européenne a choisi un modèle économique libéral, analogue à ceux des pays dont l'économie bénéficie d'une croissance saine et durable, comme celle des Etats-Unis, dont la taille est comparable et dont le chômage est moitié moins élevé que celui de la France. L'Union européenne dispose d'un Commissaire à la concurrence qui veille jalousement sur l'absence de distorsions de cette concurrence, notamment du fait des Etats.

 

Par contre, l'Etat peut intervenir dans le secteur non marchand en accordant des subventions. Celles-ci reviennent alors moins cher que de payer des chômeurs, parce que l'Etat ne supporte qu'une partie de leur coût et parce que leur travail est utile à la collectivité. Mais ces subventions étant à la charge des contribuables, leur coût est en définitive supporté par le seul secteur produisant des richesses sans apport d'argent public, le secteur marchand. Ce coût pèse donc, selon l'origine des subventions, sur les impôts des contribuables - dont il diminue le niveau de vie -, ou sur le travail - dont il constitue une charge qui diminue la rentabilité et la compétitivité. L'Etat ne peut donc accorder trop de subventions, pour les raisons ci-dessus et aussi parce qu'il est déjà en déficit et s'endette de manière inquiétante. Voir aussi "Les effets pervers des emplois subventionnés".

 

Bien entendu, si l'Etat embauche des fonctionnaires ou des contractuels dans une administration, il fait ainsi baisser les statistiques du chômage et dépanne des chômeurs, mais le coût de ces embauches pèse à 100 % sur les contribuables, exactement comme le coût de chômeurs.

 

Enfin, l'Etat peut intervenir ponctuellement, avec un apport limité d'argent, pour sauver une entreprise en difficulté ou encourager une entreprise à s'installer, se développer, innover, etc. Malgré tout, chaque fois qu'une telle intervention se fait sans obligation de remboursement, elle est à la charge des contribuables.

 

En conclusion, les très nombreux Français qui pensent que « l'Etat n'a qu'à créer des emplois ! » se trompent : il ne peut le faire qu'aux frais de travailleurs du secteur marchand ; et ceci est vrai dans tous les pays non communistes.

2.7.10.1                    Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés

Selon [216], au 1er trimestre 2006, la DARES constate :

"…une augmentation temporaire du recueil d’offres sur contrats aidés : la part de ces contrats, en majorité des contrats d’accès à l’emploi, de plus de six mois, dans les offres déposées à l’ANPE s’est élevée à 21,8 % au dernier trimestre 2005, contre 13,8 % un an auparavant et avant de revenir à 14,8 % début 2006."

 

Autrement dit, en France, entre une offre d'emploi sur 5 et une sur 7 bénéficie d'une aide de l'Etat, ce qui est énorme. Il y a là un effet d'aubaine, des entreprises profitant de l'argent du contribuable pour embaucher à bon compte, alors qu'elles ont souvent tellement besoin des salariés en question qu'elles embaucheraient de toute façon.

 

Les divers gouvernements français ont pris l'habitude de subventionner ainsi des dizaines de milliers d'embauches, pour rendre plus présentables les statistiques du chômage.

 

Donc quand un ministre se vante des emplois créés grâce à sa politique, il faut savoir que cette politique compte d'abord et avant tout sur ces subventions et les emplois dans le secteur public, puis sur les nombreuses formations dont les bénéficiaires ne sont plus comptabilisés comme chômeurs. Et malgré toutes ces dépenses, la France de 2005, soi-disant en pleine reprise économique, n'a créé d'après [217] que 107 800 emplois nouveaux sur 15.5 millions d'emplois marchands, soit 0.7 % de plus !

2.7.10.2                    Plus de 1100 entreprises contrôlées par l'Etat

Le graphique ci-dessous, publié en juin 2006 par l'INSEE [221], montre l'évolution du nombre d'entreprises françaises contrôlées par l'Etat et de leur effectif total :

 

 

 

 

Fin 2005, l'Etat contrôlait encore 1143 entreprises représentant 864 200 salariés. Ces nombres baissent peu à peu, au fur et à mesure que l'Etat vend des participations dans ses entreprises pour boucher les trous de son budget.

2.7.11        Interventions de l'Etat pour favoriser le développement économique

A part l'intervention économique directe, que nous venons d'étudier, l'Etat peut favoriser le développement économique :

§           En fournissant aux citoyens un enseignement de base et professionnel de qualité, pour les enfants comme pour les adultes tout au long de leur vie ;

§           Au moyen d'investissements en infrastructures qui favorisent les activités économiques :

·            Moyens de communication (routes, trains, canaux, ports, aéroports) ;

·            Réseaux de télécommunications (téléphone, Internet, etc.) ;

·            Recherche et développement (universités, CNRS, partenariats public-privé, coopérations internationales) ;

·            Zones et « pôles » d'activité économique regroupant des entreprises et des centres de recherche de manière à créer des synergies ;

§           Au moyen de lois appropriées (législation du travail et du commerce, impôts et taxes) et de mesures en faveur de l'innovation ;

§           Avec des services publics comme les Chambres de commerce et d'industrie, la veille technologique et l'intelligence économique, les services d'aide au retour à l'emploi (ANPE, etc.)… ;

§           Avec des taux d'intérêt réduits (sous le contrôle de la BCE), assortis de financements à long terme, pour les particuliers comme pour les entreprises.

 

Nous reviendrons sur ces points. Mais d'ores et déjà nous pouvons remarquer :

§           Qu'aucun des domaines d'intervention ci-dessus n'est susceptible de donner des résultats rapides. Le chômage structurel demande des efforts à moyen et long terme, nous l'avons vu ; et nous savons aussi que notre démocratie empêche les gouvernements de prendre des mesures à long terme si celles-ci demandent un effort à une catégorie influente de citoyens.

§           Que les investissements de l'Etat (ou de collectivités locales) exigent des moyens financiers. Sachant que les impôts et taxes sont déjà très lourds en France, sur les particuliers comme sur les entreprises, et que l'Etat et de nombreuses collectivités locales sont déjà fort endettés, la seule manière de disposer des fonds nécessaires est de faire des économies dans le secteur public. Comme la plus grande partie des dépenses de l'Etat et des collectivités locales provient des salaires, il faut donc obligatoirement diminuer le nombre de fonctionnaires et assimilés et éliminer des gaspillages.

 

Pour plus de détails sur l'évolution des offres d'emploi selon le niveau d'études et la qualification professionnelle, voir "La révolution des qualifications".

 

Voir aussi "Création volontariste d'emplois".

2.7.12        L'attractivité fiscale

La concurrence fiscale entre pays existe à deux niveaux :

§           Pour attirer des entreprises étrangères qui ont déjà au préalable décidé d'investir et hésitent entre des pays voisins ;

§           Pour l'installation de sièges sociaux ou de filiales essentiellement fiscales, où une multinationale pourra faire apparaître les bénéfices pour échapper à des impôts plus élevés dans d'autres pays.

 

La concurrence fiscale entre pays de l'Union européenne est régulée par celle-ci, pour éviter que des subventions abusives ou des défiscalisations constituent une concurrence déloyale. Mais l'Union européenne n'a jamais réussi à harmoniser vraiment les impôts des pays membres ; elle n'a même pas essayé.

 

La concurrence entre pays joue aussi pour les citoyens proches d'une frontière. C'est ainsi que bien des Savoyards travaillent en Suisse tout en vivant en France, où ils bénéficient de prix plus bas et de services publics plus développés.

 

Le graphique ci-dessous, issu de [132], compare la pression fiscale dans quelques pays concurrents :

 

 

Pays

Taux de prélèvements
obligatoires en 2003
(% du PIB)

France

44.2 %

Etats-Unis

25.4 %

Royaume-Uni

37.7 %

Allemagne

36.2 %

Japon

25.8 %

 

 

Voir aussi en [206] un graphique comparant les dépenses 2004 de l'Etat en France et dans d'autres pays de l'OCDE. Si les dépenses françaises pouvaient revenir à la moyenne de celles de l'Union européenne, c'est-à-dire diminuer de 7 % du PIB, nous économiserions 100 milliards d'euros par an !

 

Le graphique ci-dessous, extrait de [137] page 12, compare des évolutions des taux de prélèvements obligatoires en France, dans les pays de l'OCDE [124] et dans l'Union européenne à 15. On voit que la pression fiscale a toujours été plus forte en France depuis 40 ans :

 

 

Taux de prélèvements obligatoires en France, dans les pays de l'OCDE et dans l’UE depuis 1965 (en % de PIB)

 

 

Le manque de compétitivité fiscale de la France traduit :

§           Un choix de société compassionnelle, où il y a de forts transferts sociaux ;

§           Des gaspillages importants : trop de fonctionnaires, trop de subventions inutiles… Cela se voit notamment sur le graphique ci-dessous, issu de [222] :

 

 

Dépenses des administrations publiques en euros/habitant

 

 

On voit que dans tous les pays européens cités l'Etat dépense de plus en plus, et qu'en France il dépensait en 2004 13 % de plus qu'au Royaume-Uni et 87 % de plus qu'en Espagne : par rapport à la plupart des pays européens, les « frais généraux » de la France sont trop importants pour sa compétitivité.

2.7.12.1                    Impôt sur les sociétés et taxe professionnelle

Un aspect de la fiscalité française qui décourage parfois des investisseurs américains est sa variabilité, la France modifiant constamment les impôts qui frappent une entreprise en ajoutant de nouveaux impôts ou en modifiant l'assiette ou le taux d'impôts existants. Cette variabilité donne à notre pays une réputation d'imprévisibilité fiscale que les investisseurs étrangers n'aiment guère, surtout lorsqu'elle s'ajoute à l'imprévisibilité de notre législation du travail.

        Pour illustrer la variabilité fiscale, voici un tableau issu de [138] page 35 qui donne l'évolution de l'impôt auquel les investisseurs étrangers sont les plus sensibles, l'impôt sur les sociétés :

 

 

Exercice clos à partir du 1er janvier

Taux de l'impôt sur les sociétés

Contribution additionnelle (art. 235 ter ZA du CGI)

Contribution temporaire sur les bénéfices (art. 235 ter ZB du CGI)

Contribution sociale sur les bénéfices (art. 235 ter ZC du CGI)

Taux effectif d'imposition des bénéfices des grandes entreprises

1995

33 1/3

+10

-

 

36.67 %

1997

33 1/3

+10

+15

 

41.67 %

1999

33 1/3

+10

+10

 

40.00 %

2000

33 1/3

+10

-

+3.3

37.76 %

2001

33 1/3

+6

-

+3.3

36.43 %

2002

33 1/3

+3

-

+3.3

35.43 %

2003

33 1/3

+3

-

+3.3

35.43 %

 

Taux de l'impôt sur les sociétés en France de 1995 à 2003 en %

 

 

Le taux effectif de l'impôt sur les sociétés varie aussi énormément d'un pays à l'autre de l'Union européenne. C'est ainsi qu'en 2001, alors qu'il était de 36.43 % en France, il allait de 20 % en Irlande à 39 % en Belgique, seul pays de l'Union où son taux est supérieur au taux français. Et il était de 35 % aux Etats-Unis et 46.4 % au Japon.

 

Conscient du problème de non-attractivité fiscale de la France, le gouvernement a proposé dans le projet de loi de finances 2005 de ramener le taux effectif d'imposition sur les bénéfices à 33.33 % en deux ans, en supprimant la contribution additionnelle de 3 %.

 

Toutes les études de compétitivité fiscale estiment que la France est mal placée en matière d'impôt sur les sociétés, ce qui nuit fortement à sa compétitivité fiscale.
Et l'effet anticoncurrentiel de l'impôt sur les sociétés s'ajoute à celui de notre taxe professionnelle, également très critiquée.

 

2.7.12.2                    Impôts sur le revenu et les stock-options

Après l'impôt sur les sociétés et les impôts locaux comme la taxe professionnelle, les entreprises sont sensibles à la fiscalité sur les hauts revenus, ceux des dirigeants, et sur les stock-options. Sur ces deux points, la fiscalité française est moyenne, ni vraiment compétitive ni dissuasive. Et l'Etat a mis en place en 2005 un plafond d'imposition à 60 % appelé "Bouclier fiscal" auquel les dirigeants bien payés ne peuvent qu'être sensibles.

2.7.12.3                    Impôts et services publics

Lorsqu'un pays a une faible imposition il dispose de peu d'argent pour fournir à ses citoyens et ses entreprises des services publics. Ce point important est souvent oublié par les partisans d'impôts très faibles. La France dispose de bons services publics, et la qualité se paie ; cette qualité est un atout pour l'attractivité du pays. Le défi pour l'avenir est de conserver cette qualité tout en diminuant son coût, lié aux sureffectifs de certaines catégories de fonctionnaires. Il faut pour cela moderniser les administrations en profitant davantage de l'informatique et des télécommunications.

2.7.12.4                    Impôts et respect des citoyens

Dans des pays où l'économie bénéficie d'une rente comme celle provenant du pétrole, les gouvernements n'ont pas beaucoup besoin de lever des impôts. Leurs citoyens en profitent, mais comme le gouvernement n'a pas besoin de leurs impôts il peut être tenté de se passer de leur avis ; c'est pourquoi les pétromonarchies arabes sont en fait des dictatures où le peuple n'a rien à dire sur la manière dont il est gouverné.

 

Il en résulte une frustration considérable et un désir de démocratie, confirmé par les élections de 2005 en Palestine et en Irak. Il en résulte aussi, hélas, la révolte d'une minorité de musulmans qui deviennent terroristes, en prétextant le respect de l'islam pour assassiner indistinctement des chrétiens, des juifs et d'autres musulmans.

 

Pour plus de détails, notamment sur le « dumping social », le « dumping fiscal » et le « dumping réglementaire » voir "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".

 

2.7.13        Législation du travail pénalisante

Nous verrons au chapitre "Le chômage caché" que la France s'est dotée de textes législatifs et réglementaires qui constituent une puissante incitation à ne pas travailler, constituant de ce fait une importante source de chômage structurel :

§           Les retraits d'activité encourageant les femmes à rester chez elles et les jeunes à rester étudiants.

§           Les préretraites et les dispositifs associés de dispense de recherche d'emploi.

3.                    Le chômage caché

Ce chapitre décrit des situations d'inactivité qu'on ne considère pas comme du chômage, soit parce qu'elles sont volontaires soit parce que la personne qui est sous-employée a un travail. Ces situations n'en sont pas moins scandaleuses par leur coût et leur perte de production de richesse, qui se chiffrent chaque année en milliards d'euros, et par le fait que les inactifs vivent aux crochets des gens qui travaillent.

 

Nous verrons que ce chômage caché résulte d'une propension largement répandue en France à considérer que la solution au problème du chômage consiste à empêcher les gens de travailler ("35 heures") ou à les encourager à ne rien faire. En France, l'oisiveté indemnisée est considérée comme une conquête sociale. D'ailleurs l'enquête officielle [210] a montré que

 

Nous verrons que c'est là le résultat de lois et règlements contraires à l'intérêt du pays, comme le montrent les comparaisons avec d'autres pays, notamment les Etats-Unis.

3.1                 Les incitations à l'inactivité

Comme le rappelle [15] page 120 dans la section "Les pièges de l'inactivité" :

"L’inactivité a longtemps semblé faire consensus en France, parce qu’elle était vue comme une alternative au chômage. […] Ce consensus s’est partiellement érodé [peu à peu] et même si demeure une demande sociale en faveur de la perpétuation de ce type de mesure, le financement direct des retraits d’activité ne concernait plus en 1997 que 9 % de la dépense pour l’emploi (contre 17 % en 1990).

Dans le même temps, cependant, des formes nouvelles d’inactivité se sont développées, chez les jeunes ou chez les femmes, que des mesures comme l’extension, en 1994, de Allocation parentale d’éducation (APE) [119] aux mères de deux enfants ont explicitement incitées à se retirer du marché du travail, ou encore en liaison avec les effets de seuil auxquels donnent lieu un certain nombre de transferts sociaux."

Les gouvernements successifs de la France recourent donc depuis des années à des incitations à ne pas travailler, confirmant ainsi leur impuissance à résoudre le problème du chômage structurel et leur volonté de sortir le maximum de personnes des statistiques du chômage pour cacher cette impuissance aux électeurs.

3.1.1             Incitation à cesser de travailler pour avoir des enfants

C'est ainsi que [15] p 120 confirme que 100 000 femmes ont profité de l'Allocation parentale d'éducation (APE) [119], le taux d'activité des femmes chutant du coup de 15 % en 1994. Selon [114] page 31, cette mesure a coûté 3 milliards d'euros en 2003 et encourage 560 000 familles à laisser des jeunes dans l'enseignement plutôt que de les faire entrer sur le marché du travail. Le rapport met en évidence l'effet néfaste de cette mesure en la comparant à celle prise en 1993 par l'administration Clinton, qui a consisté à encourager les gens à travailler en relevant à près de 4000 dollars le plafond du crédit d'impôts sur les revenus du travail ; du coup, le taux d'activité des femmes seules âgées de 16 à 45 ans, avec enfants, est passé de 73.7 % en 1992 à 86.6 % en 1998, soit une hausse de 13 %, voisine de celle de la France mais en sens inverse, c'est-à-dire générant de la richesse par le travail au lieu d'en absorber par l'inactivité.

 

Une politique favorable à la natalité fait partie des choix de société dont la France peut s'enorgueillir, mais au lieu d'inciter tant de femmes à ne pas produire de richesses en subventionnant leur inactivité aux frais des contribuables, on pourrait :

§           Construire davantage de crèches près des lieux d'habitation et dans les immeubles de bureaux où travaillent beaucoup de gens ;

§           Donner des avantages fiscaux comme ceux de l'administration Clinton ci-dessus.

3.1.2             Découragement et incitations à l'inactivité des seniors

Source : [15] page 121

"Tout se passe, en France, comme si les travailleurs au-delà de cinquante ans étaient en sursis. Perdre son emploi est le plus souvent considéré comme irrémédiable, et le conserver n’offre qu’une garantie précaire, car l’environnement professionnel vous fait bientôt sentir qu’il est temps d’abréger cette fin de partie.

Rien de très profond ne justifie cet état des choses – il suffit pour s’en convaincre d’observer la situation chez nos voisins –, mais il présente toutes les caractéristiques d’un cercle vicieux : les salariés en fin de carrière aspirent à mettre un terme à l’incertitude en accédant à une préretraite, les entreprises cessent précocement d’investir dans leur formation, et se gardent en tout cas d’embaucher des chômeurs âgés, et la société s’habitue progressivement à cette norme non écrite, qui veut qu’on cesse de plus en plus souvent son activité avant d’avoir atteint l’âge de la retraite.

Dans ce contexte, le taux d’activité aux âges élevés est en France particulièrement bas. A 36 % pour les 55-64 ans, il se situe au 23ème rang sur 29 parmi les pays de l’OCDE. Cette situation s’explique bien entendu en partie par l’âge de la retraite et la durée de cotisation ouvrant droit à une pension à taux plein, qui sont en France plus bas que dans beaucoup d’autres pays."

"Trois facteurs doivent être à cet égard mentionnés :

·         l’existence d’une véritable discrimination à l’embauche à l’encontre des travailleurs âgés ;

·         la persistance, chez beaucoup de responsables d’entreprises, de comportements de mise à l’écart anticipée des salariés à l’approche des soixante ans ;

·         et le mode de calcul des pensions, qui induit une très forte désincitation à la poursuite de l’activité pour les salariés ayant acquis le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein.

Dans les deux derniers cas, les politiques publiques sont en cause, puisqu’en subventionnant des préretraites, ou en « taxant » la poursuite d’une activité au-delà du nombre de trimestres requis, elles incitent au retrait d’activité."

 

En somme, la législation française encourage le chômage volontaire des seniors.

3.2                 Le poids colossal des préretraites

Selon [121] page 35, en France la principale raison des seniors de 60 à 64 ans de ne pas travailler est la préretraite ; c'est le cas pour 83 % des hommes et 60 % des femmes. De tous les pays de l'OCDE, c'est en France que la cessation d'activité pour cause de préretraite est la plus fréquente : à l'évidence notre pays a, plus que tout autre, voulu pousser les seniors à l'inactivité. Et si l'on considère la tranche des 55-59 ans, la France est au 4ème rang sur 18 pays pour les cessations d'activité dues aux préretraites.

3.2.1             Un taux d'emploi des seniors particulièrement bas en France

Nous avons déjà vu un graphique montrant qu'en France les seniors travaillent bien plus rarement que dans d'autres pays. Et [122] précise :

"Au-delà de 60 ans, notre taux d’emploi des 60-64 ans est de 13 %, de loin le plus faible des pays industrialisés."

"Ce sombre diagnostic est encore renforcé si l’on note que nous faisons du surplace alors que d’autres ont progressé depuis dix ans, en partant de situations analogues. La Finlande et les Pays-Bas ont gagné 16 points [c'est-à-dire 16 %] depuis dix ans et le Royaume-Uni 8. Cela souligne qu’il est nécessaire de s’inspirer de leurs expériences."

 

Enfin voici un graphique comparatif issu de [120] :

 

 

Taux d'emploi des personnes de 55 à 64 ans en 2002

 

 

Nous voyons qu'à part l'Italie et l'Autriche, c'est en France que le taux d'emploi des seniors est le plus bas. L'exemple suédois montre que même au royaume des conquêtes sociales on travaille longtemps.

 

Ce taux d'emploi français faible par rapport à d'autres pays se voit aussi sur le graphique suivant, issu de l'étude OCDE [121] page 26, qui donne pour chaque pays l'âge officiel et l'âge moyen effectif de départ en retraite, en séparant les hommes et les femmes.

 

 

 

 

On voit que :

§           La France est un des pays où l'on prend sa retraite le plus tôt ;

§           En France, l'âge moyen de départ en retraite est à peine inférieur à l'âge légal ; donc si l'on veut que davantage de seniors travaillent il faut réformer la loi qui permet la retraite à 60 ans.

C'est ce qui a été fait en 2003 en relevant le nombre d'années nécessaires pour bénéficier de la retraite à taux plein, mais on n'est pas allé assez loin.

 

Remarque : dans les pays où on prend sa retraite après l'âge légal (Mexique, Corée…), les gens travaillent en général plus longtemps parce que les pensions de retraite ne sont pas assez généreuses pour leur permettre de s'arrêter, situation inacceptable dans une société un tant soit peu solidaire.

 

Enfin, le rapport OCDE [123] montre (graphique ci-dessous) l'évolution de l'âge de départ en retraite en France depuis 1967 : chez nous, ne pas travailler a été considéré comme une conquête sociale, au mépris des lois économiques.

 

 

 

Conclusions sur le taux d'emploi français

Donc notre pays :

§           Se passe de la richesse générée par beaucoup de seniors qui ailleurs travaillent, ainsi que des cotisations qu'ils verseraient en travaillant ;

§           Prélève de quoi faire vivre ces seniors sur ce que produisent les citoyens actifs, dont le niveau de vie en est abaissé ; en outre, le poids du déficit des retraites pèse sur la capacité de l'Etat à financer des investissements, ce qui nuit à la croissance ;

§           Effectue ces prélèvements pendant plus longtemps que dans les autres pays. En effet, l'âge moyen de retraite est plus bas en France qu'ailleurs (exemple issu de [120] : l'âge moyen effectif de retraite des hommes était, entre 1994 et 1999 de 59.3 ans en France et en Italie, 62 ans au Royaume-Uni et au Canada, 65 ans aux Etats-Unis et même 69 ans au Japon).

 

L'exception française en matière de taux d'emploi des seniors s'explique :

§           Par notre âge légal de retraite, ramené de 65 à 60 ans alors que chez nos voisins européens il est en train d'augmenter.

§           Par l'impossibilité de toucher une retraite plus avantageuse si on travaille plus que le nombre d'années nécessaires pour bénéficier du taux plein.

La loi du 21 août 2003 a cependant prévu une « surcote » : à partir de 2004 et entre 60 et 65 ans, toute année travaillée en plus de la durée requise pour bénéficier d'une retraite à taux plein majorera de 3 % la pension de retraite (exactement : 0.75 % par trimestre).

§           Par les incitations aux préretraites et les dispenses de recherche d'emploi.

§           Par la conviction très répandue chez les seniors qu'il est impossible de retrouver un emploi après 50 ans, conviction qui a pour effet un chômage volontaire.

3.2.2             Pourquoi les préretraites

Selon le document du Sénat [95] page 37 :

"La croissance des préretraites a résulté d’un consensus social implicite entre les entreprises, renouvelant et rajeunissant plus rapidement leurs effectifs, les salariés, mettant fin plus tôt à leur activité professionnelle, et les pouvoirs publics, comptant sur ces mesures d’âge pour accroître, à court terme, les sorties du marché du travail et ainsi lutter contre le chômage."

 

La phrase "les pouvoirs publics, comptant sur ces mesures d’âge pour accroître, à court terme, les sorties du marché du travail et ainsi lutter contre le chômage." est une manière pour le rapporteur du Sénat de dire que les politiciens ont créé les préretraites pour sortir les préretraités des statistiques du chômage, et ainsi faire croire aux citoyens que leur politique est moins impuissante.

 

Selon [122] :

"…la France a développé depuis une trentaine d’années un pacte implicite, qui a conduit à exclure les seniors de l’emploi pour sauvegarder l’emploi des autres catégories."

En fait, il y a même des dispositions qui encouragent financièrement les entreprises à faire partir des seniors en préretraite si elles embauchent des jeunes à leur place. Ces dispositions n'ont eu que peu de succès, parce qu'il n'y a presque pas de cas, en entreprise, où la qualification et l'expérience d'un jeune peuvent remplacer celles d'un senior. Les entreprises qui en ont profité l'ont fait parce qu'elles constituaient une aubaine financière ; et on constate que notre taux de chômage des jeunes est resté très élevé.

La politique consistant à essayer de transférer du travail d'une catégorie de travailleurs à une autre est caractéristique d'un esprit défaitiste d'autant plus condamnable que dans d'autres pays aussi avancés que la France, économiquement et socialement, on a créé du travail supplémentaire pour résorber le chômage au lieu de se contenter de partager l'existant.

 

Nous allons voir l'ampleur du chômage ainsi dissimulé, d'abord en nombre de personnes concernées puis en coût annuel.

3.2.3             Nombre de personnes en préretraite ou dispensées de recherche d'emploi

Voici un graphique extrait de [15] page 124 qui montre qu'il y a énormément de cessations définitives d'activité depuis 1984 :

 

 

Evolution du nombre de bénéficiaires de mesures de préretraites

 

 

D'après [199], le nombre de départs anticipés avant 60 ans profitant de la loi Fillon n° 2003-775 du 21/08/2003 a été de 154 000 personnes en 2004, portant le nombre total de retraités au 31/12/2004 à 13.4 millions.

 

De son côté, [95] page 36 écrit le 10/11/2004 :

"Le « stock » de préretraites au sens large et de dispenses de recherche d’activité avoisine encore aujourd’hui les 500 000 bénéficiaires, soit l’équivalent d’une classe d’âge née pendant la seconde guerre mondiale."

 

Le tableau suivant fournit les détails selon [95] page 37 ; noter qu'il s'agit là des seules préretraites, les dispenses de recherche d'emploi représentant environ 300 000 personnes de plus :

 

 

 


 

1995

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

Allocation spéciale du Fonds national de l’Emploi (ASFNE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

23.683

21.015

21.669

18.672

11.993

7.920

6.740

6.875

7.071

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

152.409

128.442

107.789

90.654

73.411

59.939

48.045

37.958

31.973

Préretraite progressive

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

26.858

24.262

20.870

16.717

13.372

11.117

12.357

1.406

15.940

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

52.520

54.672

55.032

52.112

44.675

42.045

42.764

47.275

44.935

Allocation de remplacement pour l’emploi (ARPE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

2.650

52.211

35.353

43.438

45.170

37.461

21.354

834

nd

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

2.622

49.523

65.795

76.917

84.519

86.580

73.121

38.161

nd

Congé de fin d’activité (CFA)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

 

 

19.168

10.782

15.564

11.888

12.965

14.162

nd

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

 

 

10.061

12.117

15.142

18.407

21.579

22.664

nd

Cessation d’activité de certains travailleurs salariés (CATS)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

 

 

 

 

 

5.218

5.313

11.824

15.654

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

 

 

 

 

 

5.218

9.871

18.753

25.116

Cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante
 (CAATA)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

 

 

 

 

 

3.894

5.803

8.335

nd

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

 

 

 

 

 

3.785

9.152

16.681

nd

TOTAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nombre d’entrées annuelles

53.191

97.488

97.060

89.609

86.099

77.498

64.532

56.646

 

Nombre d’allocataires en cours à la fin décembre

207.551

232.637

238.677

231.800

217.747

215.974

204.532

181.492

 

Evolution du système français de cessation d'activité

 

 


Il faut à ce stade comparer la situation de la France à celle de quelques autres pays avancés en matière de sortie du chômage. Voici un tableau issu de [15] page 122 :

 

 

 

Niveau de
formation

France

Allemagne

Espagne

Etats-Unis

Hommes

 

 

 

 

 

Age médian
25-49 ans

Elevé

8.2

22.8

5.5

22.4

Moyen

7.5

12.8

7.1

30.8

Faible

5.3

5.9

8.0

30.0

Seniors
50-64 ans

Elevé

3.0

5.0

6.5

14.8

Moyen

1.5

2.5

3.4

28.5

Faible

1.1

3.4

5.6

36.7

Femmes

 

 

 

 

 

Age médian
25-49 ans

Elevé

8.4

8.6

1.0

27.2

Moyen

6.9

8.0

2.8

25.2

Faible

4.2

5.7

3.5

22.1

Seniors
50-64 ans

Elevé

1.5

nd

nd

nd

Moyen

2.0

1.6

1.3

25.1

Faible

0.7

1.6

2.8

16.2

Probabilité de sortie du chômage par âge et niveau de formation en  %

 

 

On constate que :

§           Les Etats-Unis sont celui des 4 pays où la probabilité de sortir du chômage est la plus forte, quels que soient le niveau de formation et l'âge. En outre, il n'y a pas de discrimination anti-seniors, leur probabilité de sortir du chômage étant voisine de celle des 25-49 ans.

§           En France, la probabilité de sortir du chômage est faible quels que soient l'âge et la formation. Et un travailleur âgé a 3 à 6 fois moins de chances qu'un travailleur de 25-49 ans de retrouver un emploi ! Il y a bien, en France, des trappes à chômage [111], c'est la triste conséquence de nos lois.

§           La France fait moins bien que l'Allemagne dans tous les cas sauf les salariés de 50-64 ans de niveau moyen.

 

Voir aussi la comparaison des taux d'emploi des 55-64 ans.

3.2.4             Coût annuel des dispositifs de préretraite

Selon [95] page 39 :

"Le coût global des dispositifs de préretraite s’avère très lourd. Ainsi, les préretraites publiques à destination du secteur privé ont coûté, en 2003, 756,6 millions d’euros à l’État, 359,9 millions d’euros à l’UNEDIC et 450 millions d’euros aux organismes de sécurité sociale, soit au total 1,57 milliard d’euros. Cette charge se rapporte au financement des mesures suivantes : l’allocation spéciale du fonds national de l’emploi (ASFNE), la préretraite progressive (PRP), la cessation d’activité de certains travailleurs salariés (CATS) et la cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (CAATA).

 

Mais le total de 1.57 milliards d'euros ci-dessus représente le seul coût direct du dispositif. Le coût total, direct et indirect, pour l'économie a été évalué en pourcentage du PIB pour les pays de l'OCDE par [96] dans le tableau ci-dessous :

 

 

 

1980

1990

2000

Belgique

 

15,2

14,1

Allemagne

7,7

9,5

13,2

France

6,2

11,2

10,3

Pays-Bas

8,1

10,5

11,2

Espagne

4,8

9,7

9,3

Royaume-Uni

 

7,5

7,2

Canada

5,5

6,7

7,2

USA

5,8

5,4

5,7

Moyenne OCDE

5,8

6,7

7,9

Coût total des cessations anticipées d'activité en % du PIB

 

 

Ces coûts tiennent compte de la perte de richesse produite, des dépenses budgétaires et sociales supplémentaires, de la diminution de recettes publiques, etc. On s'aperçoit que les préretraites coûtent à la France chaque année environ 10 % de son PIB, c'est-à-dire 165 milliards d'euros en 2004 !

        De toute manière, même une évaluation intuitive du coût montre qu'il est élevé : 500 000 personnes représentent 2 % du nombre de travailleurs actifs ; et comme il s'agit de gens de plus de 50 ans, ils coûtent et produisent en moyenne plus que le même nombre de gens plus jeunes. Si par exemple ces 500 000 personnes équivalaient à 750 000 salariés moyens, la perte de leur production représenterait 3 % du PIB. Donc même en négligeant les autres coûts, la charge pour le PIB des préretraites est lourde.

 

Ce coût économique colossal des préretraites donne une idée de la triste vérité que les politiciens cachent aux citoyens en transformant une situation de chômage, contre laquelle ils devraient lutter et dont ils devraient rendre compte à l'opinion, en situation de non-chômage. Et le scandale est encore plus grand en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas.

3.2.5             Exemples de textes législatifs ou réglementaires favorisant l'inactivité

Selon [15] page 125 :

"une durée de cotisation supérieure à la norme est très fortement pénalisée, car l’accumulation de trimestres cotisés au-delà de 40 annuités n’améliore en rien le niveau de la pension ; pour un individu dans cette situation, la poursuite d’une activité est donc implicitement « taxée » à 100 %."

Voilà qui décourage toute velléité de travailler plus que le nombre d'années de la norme. Les travailleurs entrés tôt dans la vie active sont ainsi pénalisés et encouragés à cesser de travailler plus tôt, privant ainsi la société de leur valeur ajoutée ! Les femmes qui se sont arrêtées pour avoir et élever des enfants sont aussi pénalisées, ce qui est à la fois injuste et absurde compte tenu de la natalité insuffisante de la France.

"…les personnes entrées tardivement dans la vie active, ou ayant connu des interruptions de vie professionnelle, subissent une forte taxation implicite de leurs cotisations retraites."

Autre source d'injustices : pourquoi ne pas adopter des pensions strictement proportionnelles au nombre d'années d'activité, pourquoi vouloir que toutes les carrières aient la même durée au point de punir ceux qui ont vécu autrement ? A l'évidence nous avons là des lois technocratiques, déconnectées des réalités sociales.

 

Les lois françaises permettent dans certains cas de mettre à la retraite à 60 ans malgré eux des salariés de valeur, comme le prouve l'exemple [230].

3.2.6             Bilan

§           La préretraite et les dispenses de recherche d'emploi représentent en France 500 000 personnes vivant aux crochets des autres, alors que dans d'autres pays la grande majorité travailleraient.

§           Les coûts directs de ces mesures sont de 1.57 milliards d'euros par an, mais leurs coûts indirects pour l'économie française représentent 10 % du PIB, c'est-à-dire 165 milliards d'euros par an en 2004.

§           Le graphique comparatif des taux d'emploi des hommes de 55 à 64 ans de divers pays de 1980 à 2000 montre que la France est, de tous les pays avancés, celui qui a le plus faible taux d'emploi, c'est-à-dire celui où il y a la plus forte proportion de seniors inactifs vivant aux frais des travailleurs. Et ceci est d'autant plus désastreux que la proportion de seniors dans la population croît rapidement.

 

Il faut donc adopter d'urgence des lois qui encouragent
le travail des seniors au lieu de le décourager !

 

En outre, la comparaison des probabilités de sortie du chômage montre qu'elles sont très faibles en France, incomparablement plus qu'aux Etats-Unis. Il y a bien, en France, des trappes à chômage [111]. Comme l'affirme [15] page 156 :

"…l’organisation du marché du travail français pénalise les vieux parce que leur probabilité de retrouver un emploi est extrêmement faible."

 

La conclusion est évidente : ce sont nos lois et règlements qui
permettent ces gaspillage et injustices, il faut donc les revoir.

 

3.2.7             Quelques propositions

Comme le préconise [15] page 127 :

§           "il faut mettre fin aux subventions aux retraits d’activité. Il faut le faire de manière générale et irrévocable, afin que les entreprises comprennent que cette porte est désormais fermée, et qu’elles doivent changer d’attitude à l’égard de leurs salariés en fin de carrière. Il faut mettre en œuvre cette réorientation de manière graduelle en annonçant sur le moyen terme un calendrier d’extinction des mesures en place, qui permette aux entreprises et aux salariés de former des anticipations claires ;"

§           "il faut modifier les règles de calcul des pensions pour rendre le système de retraite plus neutre, plus juste et plus incitatif au travail. Cela implique d’abord d’adopter pour les carrières incomplètes une règle de décote respectant le principe de neutralité actuarielle, comme l’avait proposé le rapport Charpin. Cela implique ensuite de permettre l’accès à la retraite après 40 annuités de cotisation, sans autre pénalité que celle que commande cette règle de décote. Cela implique enfin, et simultanément, de faire en sorte que les salariés qui choisiraient de continuer à travailler après avoir atteint ces 40 annuités continuent à améliorer leur retraite future ;"

§           "il faut développer, par la formation et le placement, une politique active de promotion de l’emploi des plus de cinquante ans. Celle-ci devrait bien entendu s’accompagner d’une vigilance active dans la mise en œuvre des dispositions du droit du travail qui interdisent toute discrimination à l’égard des travailleurs âgés."

3.3                 Durée annuelle du chômage et stabilité de l'emploi

Source : [226].

 

 

Graphique : La durée annuelle sans emploi est peu sensible à la conjoncture

Evolution de la durée annuelle du chômage de 1977 à 2001
selon les tranches d'âge

 

 

Le graphique ci-dessus montre que :

§           Plus l'âge croît, plus la durée moyenne annuelle de chômage décroît ;

§           La durée moyenne annuelle du chômage des 15-24 ans croît : elle est passée de 8.2 semaines en 1980 à 12 semaines en 2001. Cette tendance est inquiétante, car elle prouve que notre société est de moins en moins capable d'assurer du travail aux jeunes. Les raisons principales sont :

·            l'absence de qualification d'un nombre croissant de jeunes ;

·            leur motivation de plus en plus faible pour se donner du mal.

Ces phénomènes sont constatés par tous les artisans et industriels, qui ont de plus en plus de mal à recruter des jeunes qualifiés et travailleurs.

 

 

Graphique : Les salariés trouvent un emploi stable entre 20 et 30 ans*

 

 

Le graphique ci-dessus montre que :

§           Quelque soit leur âge, au moins 60 % des jeunes ont un emploi stable : ceux qui essaient de faire croire que la précarité concerne la plupart des jeunes nous trompent ;

§           C'est à partir de 30 ans que la plupart des salariés trouvent un emploi stable. Ce phénomène n'a rien d'anormal, il faut du temps à un jeune pour trouver sa voie et acquérir un peu d'expérience.

3.4                 Le chômage des jeunes

3.4.1             Commencer à travailler le plus tard possible

D'après [39] page 23 :

"La France souffre d’un fort déficit d’emploi des jeunes entre 16 et 25 ans : leur taux d’emploi est d’environ 24 % contre une moyenne de 44 % pour l’OCDE. Certes, ce phénomène est lié en partie à la durée des études en France, et au fait que rares sont les étudiants qui simultanément participent à la vie active comme dans d’autres pays. Toutefois, hors population étudiante, le taux d’emploi demeure faible et le taux de chômage élevé."

 

Les deux raisons ci-dessus de retarder la recherche d'un premier emploi sont en fait des causes mineures. La raison majeure qui empêche les jeunes Français d'entrer sur le marché du travail est la peur de ne pas en trouver : les jeunes restent souvent le plus longtemps possible à la charge de leur famille, c'est-à-dire étudiants ou oisifs.

        A part les diplômés de l'enseignement supérieur, qui trouvent assez facilement un premier emploi, les autres enchaînent souvent chômage, stages et CDD pendant plusieurs années avant de décrocher un CDI - si ils ne se découragent pas avant en se résignant à rester RMIstes. C'est ce que montre le graphique ci-dessous, issu de [210] page 201.

 

 

Taux de chômage selon le diplôme, de 1 à 4 ans après la fin des études

 

 

On voit que :

§           Sans diplôme le taux de chômage est supérieur à 40 % depuis 1990 et n'est jamais descendu en dessous de 30 % ;

§           Avec un diplôme de l'enseignement supérieur, le taux de chômage est en général de l'ordre de 10 % et n'a jamais dépassé 16 %.

 

Entre le retard de la première recherche d'emploi et le découragement, il y a donc chez les jeunes Français un véritable chômage volontaire. Celui-ci n'apparaît pas dans les statistiques, mais il est bien réel : en comptant ces chômeurs volontaires, le taux de chômage est bien supérieur à celui des statistiques officielles.

 

Une autre raison pour bien des jeunes de ne pas décrocher un emploi est que les entreprises ne leur en proposent pas. Certains prétendent qu'elles font de la discrimination anti-jeunes, mais la vérité est bien plus simple : trop de jeunes sont illettrés (9 % d'après [50]), trop de jeunes n'ont même pas le niveau Bac (38 % d'après [35] page 63) - aujourd'hui quasi indispensable pour apprendre un métier, trop de jeunes et de moins jeunes n'ont pas une qualification professionnelle adaptée aux demandes des entreprises, etc.

3.4.2             Conclusion : les handicaps des jeunes

En plus de la croissance insuffisante du PIB (voir ci-dessous) :

§           Ils arrivent sur le marché du travail plus tard que dans la plupart des pays, par peur du chômage et de la précarité qui touchent la plupart d'entre eux ;

§           Leur niveau scolaire est trop souvent insuffisant pour acquérir une qualification professionnelle qui permettrait de trouver un travail ;

§           A force de chercher un travail sans en trouver, beaucoup de jeunes se découragent et cessent leur recherche.

 

Résultat : en France, beaucoup moins de jeunes travaillent que dans des pays comparables, 24 % contre 44 % d'après [39] page 23, c'est-à-dire presque deux fois moins.

3.4.3             Pas assez d'apprentis

Contrairement à l'Allemagne, où beaucoup de jeunes terminent leurs études et entrent dans la vie active en passant par l'apprentissage, la France en est encore à développer ce type de formation. Pourtant, l'apprentissage est possible dans plus de 400 métiers, à plusieurs niveaux de formation. Et la loi sur l'égalité des chances [211] prévoit plusieurs mesures pour l'apprentissage.

 

Le ministre de l'économie, M. Thierry Breton, a déclaré en avril 2006 que le gouvernement avait pour objectif de passer de 360 000 apprentis à 500 000 en 2009. On souhaite vivement que cela se fasse, car 4 apprentis sur 5 trouvent un emploi à l'issue de leur contrat d'apprentissage.

3.4.4             Parcours d'insertion des jeunes sortant du système éducatif

La situation d'emploi des jeunes est particulièrement sensible à la conjoncture économique. Lorsque le PIB croît assez rapidement - comme ce fut le cas de 1998 à 2001 (+9.4 % à prix constants en 3 ans d'après [117]) - l'emploi des jeunes croît fortement ; lorsque le PIB stagne - comme ce fut le cas de 2001 à 2004 (+4 % à prix constants en 3 ans d'après [117]) - les jeunes sont plus souvent condamnés au chômage, aux stages et aux emplois précaires que les travailleurs de 26 à 49 ans.

 

Cela se voit dans le tableau ci-dessous, issu de [116], qui compare les pourcentages de chômeurs 3 ans après la sortie du système éducatif pour les jeunes sortis en 1998 et ceux sortis en 2001 :

 

 

Niveau de sortie du
système éducatif

Jeunes
sortis
en 1998
 %

Jeunes
sortis
en 2001
 %

Evolution
 %

Non qualifié

29

39

+10

CAP ou BEP
non diplômé,
 2
de ou 1re

20

31

+11

CAP ou BEP

12

14

+2

Bac, non
diplômé

11

17

+6

Bac
professionnel ou
technologique

6

11

+5

Bac+1 ou Bac+2
non diplômé

9

18

+9

Bac+2

4

8

+4

2ème cycle

7

9

+2

3ème cycle ou grandes écoles

4

9

+5

Ensemble

10

16

+6

Pourcentage de chômeurs 3 ans après la sortie du système éducatif

 

 

On voit que les jeunes sortis en 2001 ont bien plus de chances d'être au chômage 3 ans après la fin de leur scolarité que ceux sortis en 1998. Les jeunes savent bien, hélas, que beaucoup d'entre eux enchaîneront longtemps chômage, stages et CDD.

Situation des jeunes qui ont trouvé du travail

Le tableau ci-dessous, issu aussi de [116] montre les pourcentages d'emploi et les rémunérations des jeunes sortis du système éducatif en 2001 et qui ont trouvé du travail, 3 ans après leur sortie.

 

 

Niveau de sortie du
système éducatif

CDI

Temps
partiel

Cadres

Profession
intermédiaire

Salaire
mensuel
net médian

 %

 %

 %

 %

Non qualifié

52

22

1

10

1000

CAP ou BEP
non diplômé,
 2
de ou 1re

59

11

1

9

1090

CAP ou BEP

68

13

1

11

1080

Tertiaire

61

24

2

13

1000

Industriel

72

6

1

10

1120

Bac, non
diplômé

68

12

3

19

1100

Bac
professionnel ou
technologique

73

11

2

23

1150

Tertiaire

67

18

2

25

1100

Industriel

80

3

2

21

1200

Bac+1 ou Bac+2
non diplômé

66

11

5

38

1190

Bac+2

66

5

7

59

1300

De la santé
ou du social

86

5

1

99

1520

DEUG

73

10

13

51

1300

BTS ou DUT
tertiaire

71

6

9

42

1200

BTS ou DUT
industriel

79

1

6

64

1300

2ème cycle

76

9

30

54

1470

LSH, Gestion

75

10

30

54

1450

Maths
Sciences et
techniques

81

3

31

54

1540

3ème cycle

85

5

75

21

1950

LSH, Gestion
Ecoles de commerce

82

7

68