Mondialisation et stratégie de Lisbonne :
mécanismes et conséquences
Mise à jour : 02/04/2007
Cette étude rappelle succinctement les causes et mécanismes de la mondialisation, puis décrit son application à l'Union européenne connue sous le nom de « stratégie de Lisbonne ».
Enfin, elle décrit les problèmes posés par la mondialisation et les solutions proposées.
Table des matières
1. Mondialisation : les mécanismes
1.1 On ne peut empêcher le progrès technique
1.2 Développement des échanges commerciaux
1.2.2 Commerce et avantage comparatif
1.2.2.1 Principe de l'avantage comparatif
1.2.2.2 L'existence d'avantages comparatifs entraîne la spécialisation et les échanges
1.2.2.3 L'intensification de la concurrence
1.2.3 L'ouverture des frontières
1.2.4 La concurrence des pays à main d'œuvre moins chère
1.3 Définition de la mondialisation
1.4 Avantages de la mondialisation pour les entreprises
1.5.1 L'évolution des exportations mondiales vers toujours plus de technologie
1.5.2 L'économie de la connaissance
1.5.3 Recherche : rentabilité économique ou rentabilité sociale ?
2. Le Marché commun de l'Union européenne
2.1 Croissance due à l'intégration européenne
2.2 Croissance des exportations de la zone euro
2.3 Diagnostic : retard de l'Union européenne par rapport aux Etats-Unis.
2.3.1 Nous ne travaillons pas assez.
2.3.2 Notre productivité est insuffisante
2.3.3 L'intégration de l'Union européenne est inachevée
2.3.3.1 Le combat d'arrière-garde de la France contre la déréglementation
2.3.3.2 Les réformes dans le reste de l'Union européenne
2.3.4 Le déficit d'investissements
2.3.5 Problème de compétitivité de la France : conséquences sur le commerce extérieur
2.3.5.1 Un manque de présence commerciale
2.3.6 Le modèle social européen est plus efficace que celui des Etats-Unis
2.3.6.1 Le coût de la protection sociale
2.3.6.2 Les transferts sociaux redistribuent les revenus
2.3.6.3 Assurances vieillesse et santé : comparaison avec les Etats-Unis
2.4.1 Les deux niveaux de réforme envisagés
2.4.2 Comparaison du Marché commun et de la stratégie de Lisbonne
2.4.3 Les 6 catégories d'objectifs de Lisbonne et leurs indicateurs
2.4.4 Promesses de la stratégie de Lisbonne
2.4.5 Où en est la stratégie de Lisbonne à mi-parcours ?
2.4.5.1 Les choix de société des Européens
2.4.5.2 Le manque d'objectifs clairs, de communication et de leadership
2.4.5.3 Les 5 domaines dans lesquels l'Union européenne doit progresser
2.4.5.4 Les progrès constatés à mi-parcours au niveau européen
2.4.5.5 Les retards à rattraper au niveau européen
2.4.5.6 Evaluation du programme national de réforme français à mi-parcours
2.4.5.7 Pourquoi il faut poursuivre la stratégie de Lisbonne
2.4.5.8 Les réactions des pays membres au rapport de mi-parcours
2.4.6 Conclusion sur l'action des pays membres de l'Union
3. Problèmes et dangers de la mondialisation
3.1 La mondialisation est source d'inégalités
3.1.1 La générosité de certains
3.1.2 Combattre la fracture sociale
3.2 Plus de taille, ou plus d'agilité ?
3.2.1 Union européenne : tout sauf l'agilité
3.2.1.1 Trop de protection de l'emploi tue l'emploi
3.2.1.2 Trop de réglementation anti-commerciale des marchés tue l'emploi
3.3 Entreprises multinationales et prises de participation
3.4 Protéger la concurrence dans l'intérêt des consommateurs
3.5 L'impossible fermeture des frontières au commerce international
3.5.1 Importance de la vitesse d'ouverture à la concurrence
3.6 La surconsommation de produits de base
3.7 Les atteintes à l'environnement
3.9 Le mythe de l'hégémonie américaine qui écrase la France
3.11 Les licenciements « boursiers », qui sacrifient les travailleurs au profit des actionnaires
3.12 Responsabilité des media dans la peur de la mondialisation
3.13 Problèmes de la stratégie de Lisbonne en France
3.13.1 Faciliter la création et le développement d'entreprises
3.13.2 Favoriser la concurrence
3.13.3 Faciliter les financements et en diminuer le coût
3.13.4 Diminuer la dépense publique
3.13.5 Réformer la législation et le marché du travail
3.13.6 Favoriser l'évolution vers une économie de la connaissance
3.13.7 Favoriser l'évolution vers une économie respectueuse de l'environnement
Ce premier chapitre décrit succinctement les circonstances qui ont amené la mondialisation et ses mécanismes
Depuis que l'homme existe, il invente et perfectionne. On constate de plus en plus les améliorations suivantes, qui constituent les causes techniques de la mondialisation.
§ Transports plus faciles, plus rapides, plus surs et moins chers.
§ Progrès des télécommunications, de plus en plus planétaires, rapides et bon marché : voix, images, textes, services transactionnels commerciaux et financiers assurés à travers des réseaux comme Internet.
§ Diffusion sans précédent des connaissances et des savoir-faire : avec Internet, avec des livres traduits, lors des voyages, des congrès, des achats d'entreprises, des salariés qui passent d'une entreprise à une autre…
Depuis qu'il y a du commerce il y a de la concurrence : entre entreprises, entre organismes financiers, entre salariés et entre pays. Sans concurrence, pas de raison de se donner du mal, de travailler dur, d'améliorer la qualité des produits et services ; certaines entreprises ont alors des rentes de situation : elles font tout ou partie de leurs bénéfices simplement parce qu'elles peuvent - à l'abri de la concurrence - vendre ce qu'elles veulent au prix qu'elles veulent. Les rentes de situation de fournisseurs sont toujours au détriment des consommateurs.
En l'absence de concurrence, il se constitue des monopoles (où un seul fournisseur a 100 % du marché). Lorsqu'un petit groupe de fournisseurs se partage un marché et impose sa loi aux consommateurs, on parle d'oligopole ; c'est encore une situation de concurrence insuffisante.
Les situations de concurrence insuffisante se constituent souvent à l'abri de barrières tarifaires ou règlementaires, c'est-à-dire par la volonté ou avec l'accord de l'Etat. En France il y avait, jusqu'à leur interdiction par l'Union européenne, des monopoles de la poste, des chemins de fer, de l'électricité, etc.
Bien entendu, l'intérêt d'un fournisseur est l'opposé de celui d'un consommateur : le fournisseur voudrait avoir le moins de concurrence possible, pour gagner le plus possible, et le consommateur voudrait le maximum de concurrence, pour bénéficier des prix les plus bas possibles.
Nous supposerons dans la suite de cette section l'absence de monopole et d'oligopole : il y a alors concurrence et chaque client a le choix entre plusieurs fournisseurs.
Considérons deux pays, A et B, qui ne produisent que deux types de biens, X et Y. Supposons que :
§ dans le pays A il faut échanger 3 unités de X contre 1 unité de Y (ou 1/3 d'unité de Y contre 1 unité de X) ;
§ dans le pays B il faut échanger 2 unités de X contre 1 unité de Y (ou ½ unité de Y contre 1 unité de X).
Si A et B se mettent à commercer et se spécialisent, A fabriquant seulement du X et B seulement du Y, alors :
§ B peut obtenir entre 2 et 3 unités de X pour chaque unité de Y qu'il produit ;
§ A peut obtenir entre 1/3 et 1/2 unité de Y pour chaque unité de X qu'il produit.
Chacun des deux pays y gagne. A terme, le prix d'une unité de Y exprimé en unités de X sera le même dans les deux pays. On dit que A possède un avantage relatif (on dit aussi "comparatif") à produire du X et que B possède un avantage relatif à produire du Y.
Chaque producteur, personne, entreprise ou Etat, a intérêt à se spécialiser dans ce qu'il fait le mieux, c'est-à-dire ce qui lui rapporte le plus par heure de travail, et à vendre une partie de sa production pour acheter à d'autres spécialistes ce qu'ils ont produit et dont il a besoin. En somme, il vaut mieux se spécialiser et commercer que produire soi-même tout ce qu'on consomme.
Exemple trivial : si un boulanger sait aussi fabriquer ses chaussures, et un cordonnier sait aussi fabriquer son pain, ils ont tous deux intérêt à se spécialiser : le boulanger à intérêt à ne fabriquer que du pain, et le cordonnier seulement des chaussures. Les deux échangeront alors du pain contre des chaussures et chacun y trouvera son compte.
Pour plus de détails et un exemple chiffré, voir "Résumé de la Théorie de l'avantage relatif".
Le principe de l'avantage comparatif entraîne la spécialisation de pays et d'entreprises, et le développement des échanges. C'est ainsi que dans tous les pays avancés l'industrie manufacturière locale perd des parts de marché au profit d'importations provenant de pays à bas coût de main d'œuvre. Les consommateurs achètent de plus en plus de produits fabriqués à l'étranger (exemples : textile, électronique…) parce qu'ils sont moins chers. Cela se voit, par exemple, pour les industries non agricoles/non alimentaires de la France et de l'Allemagne, sur le graphique ci-dessous, issu de [52] :

Pertes de part de marché pour l'industrie en France et en Allemagne
De plus en plus, l'industrie des pays avancés se spécialise dans des produits de haute technologie et ses exportations dans ces domaines croissent. Les secteurs d'activité de basse technologie perdent donc des emplois au profit des secteurs de haute technologie et des services en général. Le résultat de cette spécialisation des pays est une forte croissance du commerce extérieur, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, issu aussi de [52] :

Croissance du commerce extérieur de
l'Allemagne et de la France de 2000 à 2005 :
on voit que depuis 2003 les volumes croissent en France et s'envolent en
Allemagne
Dès qu'il y a commerce et fournisseurs multiples, il y a concurrence, et celle-ci entraîne à son tour la croissance de la productivité [43], donc celle du volume de biens et richesses produits (c'est-à-dire du PIB [41], proportionnel à la productivité), donc celle du niveau de vie moyen (PIB par habitant [42]).
La croissance des
échanges tire la productivité,
qui tire le PIB, qui tire le niveau de vie et l'emploi
Mais les fournisseurs ont intérêt à réduire le plus possible la concurrence. Dans certaines situations, certains fournisseurs obtiennent de l'Etat qu'il les protège avec des barrières douanières et/ou des quotas d'importation. Exemple : les céréaliers français sont protégés des prix Ukrainiens, plus bas, par la PAC (Politique agricole commune de l'Union européenne) ; ils bénéficient d'une rente de situation aux frais des contribuables européens (et en plus de subventions).
L'ouverture des frontières consiste à supprimer les obstacles au commerce et aux échanges divers (de services, de technologies, de financements, etc.). On parle alors d'ouverture des barrières réglementaires ou douanières, de suppression de quotas d'importation ou de limites aux transferts de fonds, bref de déréglementation des échanges. Le but est de favoriser la spécialisation, donc la productivité [43] et la concurrence, dans l'intérêt des consommateurs.
L'ouverture des frontières aux transports de marchandises, aux voyages, aux transferts de fonds et aux transferts de technologie facilite, amplifie et accélère la spécialisation et les échanges, ainsi que la recherche des financements les plus avantageux.
La spécialisation peut être tellement poussée que diverses parties, sous-ensembles ou composants d'un même produit commercial, peuvent être fabriqués par des entreprises différentes, toutes spécialisées, éventuellement situées dans des pays différents : il y a alors coopération entre ces entreprises pour la conception et la fabrication du produit final.
Il est important de se rendre compte que des coûts de main d'œuvre bas ne protègent pas nécessairement un pays contre la concurrence d'un pays plus avancé, à main d'œuvre plus chère. C'est ainsi que malgré une main d'œuvre agricole 15 fois moins chère que la nôtre, les producteurs de blé chinois ne peuvent concurrencer les céréaliers français, dont la productivité [43] est environ 100 fois plus forte (un seul homme, en France, peut cultiver près de 200 hectares s'il dispose du matériel nécessaire, et en tirer un excellent rendement).
On appelle mondialisation (on dit aussi globalisation, par traduction franglaise de l'américain) le développement à l'échelle mondiale des entreprises multinationales, la facilitation et l'accélération du commerce, des transferts de fonds, des transferts de technologies et des communications informatisées.
C'est aussi la transformation de notre monde par l'ouverture des frontières et le progrès des échanges de biens, services, technologies et capitaux.
La mondialisation est donc le résultat, automatique et inéluctable, du progrès technique et de l'ouverture des frontières.
Le texte qui suit n'est qu'un résumé volontairement concis ; pour plus de détails, voir le tome 2 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent".
§ Marché plus étendu : une entreprise vend dans tous les pays, directement par l'intermédiaire de filiales ou par Internet, par distributeurs locaux…
§ Fabrication et profits là où c'est le plus rentable (spécialisation due à l'avantage comparatif).
§ Economies d'échelle pour fabriquer et investir.
§ Répartition géographique, donc baisse des risques commerciaux (mévente, cours d'une devise, etc.), moins de risque d'être paralysé par une grève ou une guerre…
§ Accès aux investissements en provenance de tous les pays, donc les plus concurrentiels et les plus avantageux possibles.
Voir à propos de la dimension mondiale des marchés financiers le texte "Capitalisme et marchés financiers : une critique sévère".
Les entreprises tendent à acquérir une dimension mondiale, à devenir multinationales. Dans une telle entreprise, un même article peut contenir des sous-ensembles fabriqués dans plusieurs pays, un même service au client final peut faire participer des employés situés dans des pays différents (exemple : centres d'appel téléphoniques au Maroc pour clients français).
En plus de cette participation de plusieurs filiales d'une même entreprise à la fabrication d'un article donné ou à la fourniture d'un service donné, la mondialisation facilite les sous-traitances. De plus en plus, donc, une entreprise multinationale doit se demander pour chaque gamme de produits :
§ dans quel pays elle doit les concevoir ;
§ où fabriquer tel ou tel sous-ensemble ;
§ où effectuer l'assemblage final ;
§ où implanter le centre de support téléphonique ;
§ dans quel pays situer la société qui verra apparaître les bénéfices parce qu'ils y sont moins taxés, etc.
Pour beaucoup de produits très connus dont les composants proviennent d'un peu partout, comme les iPods d'Apple et les PC de DELL, on devrait trouver dessus des étiquettes : « Made in World ».
Ce qui suit n'est qu'un résumé. Pour plus de détails, voir "La France obligée d'innover sans cesse".
Si l'innovation se produit spontanément dans tous les domaines parce que des hommes cherchent toujours à faire mieux ou plus qu'avant, elle constitue le moyen privilégié pour une entreprise d'échapper à la concurrence ou de la battre. Le texte [40] rappelle que la concurrence entraîne inéluctablement l'innovation :
"C’est pour desserrer la pression concurrentielle que les entreprises sont incitées à différencier leurs produits. […] L’innovation se produit parce qu’elle est la seule manière pour l’entrepreneur d’obtenir un profit supérieur à la rémunération normale de son activité : le profit est réduit par la concurrence entre les entrepreneurs dès que le monopole lié à l’innovation disparaît."
On distingue :
§ L'innovation technique (produits et services nouveaux, meilleurs, moins chers, plus abondants, plus vite disponibles)
· Pour échapper à la concurrence, au moins pour un temps.
· Pour accéder à de nouveaux marchés en satisfaisant de nouveaux besoins.
· Pour accroître la productivité [43], donc les bénéfices.
· (Au niveau d'un pays) pour favoriser la croissance de l'économie ou simplement lorsque les pouvoirs publics offrent des services innovants aux ressortissants (exemple : déclaration d'impôts sur Internet).
Les brevets jouent un rôle important, en protégeant le droit des inventeurs de disposer seuls du résultat de leur invention. En l'absence d'une telle protection, une entreprise n'investit pas. Il est donc consternant que l'Union européenne n'ait pas encore réussi à se mettre d'accord sur une législation protégeant les brevets.
L'innovation suppose trois types d'étapes : recherche, développement, production. Ces trois étapes supposent à leur tour une population de plus en plus qualifiée.
§ L'innovation organisationnelle : pour améliorer la productivité [43], la qualité (ISO 9000), le délai, etc.
Concernant l'innovation organisationnelle, il faut insister sur le rôle croissant des TIC (Technologies de l'Information et des Communications). Exemples de domaines d'innovation organisationnelle :
· Productivité personnelle ou organisationnelle, coopération entre entreprises ou centres de recherche ;
· Automatisation (coûts, délais, qualité) ;
· Méthodes de vente ou de promotion innovantes ;
· Mise sur le marché d'un nouveau produit ou service avec peu de moyens grâce à un serveur Internet ;
· (Innovation financière) pour mettre à disposition des types de financement nouveaux, plus abondants ou plus avantageux.
· Commandes de produits ou services par Internet, sans se déplacer, 24h/24 ;
· Simulations et calculs de structure au lieu de tests sur maquette…
Exemple d'innovation : certaines publications, comptant pourtant des centaines de milliers de lecteurs, cessent de paraître sur papier et ne sont plus disponibles que sur Internet. Ce sera bientôt aussi le cas pour certains morceaux de musique disponibles seulement par téléchargement, etc.
Le graphique ci-dessous, issu de [51] page 76, montre qu'en répartissant les exportations mondiales en 4 catégories selon leur degré d'intensité technologique, ces exportations comprennent de plus en plus de produits et services de haute et de moyenne-haute technologie, et de moins en moins de produits de moyenne-basse et basse technologie :

Evolution du contenu technologique des
exportations mondiales,
en % pour chaque catégorie
On voit donc qu'il s'exporte dans le monde de plus en plus de produits et services à forte teneur technologique. C'est ainsi qu'en 36 ans, de 1967 à 2003, la part des produits et services de haute technologie est passée de 8 % à 23 %! En fait, c'est toute l'économie mondiale qui devient de plus en plus une économie de la connaissance, comme nous le verrons ci-dessous.
La France, la zone euro et l'Union européenne doivent donc faire le nécessaire pour disposer de tels produits et services, ce qui suppose un effort de formation et de R&D. Nous verrons plus bas que cette recommandation fait partie de la stratégie de Lisbonne.
Le rapport [40] résume les trois domaines où l'action de l'Etat peut contribuer à une croissance forte et durable de l'économie :
"Il y a 3 facteurs clé du taux de croissance d'une économie : les infrastructures publiques, la recherche et développement et l’accumulation de capital humain."
Si l'on considère l'Education nationale comme faisant partie des infrastructures publiques (à côté des voies de communication, des réseaux de transport d'électricité, etc.), ces trois facteurs ont un point commun : la connaissance, sous forme de connaissances scolaires ou universitaires de base, de technologies et de savoir-faire professionnel. Et [40] ajoute, en se basant sur des études publiées :
"L’accumulation et la diffusion de connaissances constituent le moteur de la croissance économique. Et une économie utilisant une forte part de son capital humain à la recherche, aura tendance à croître plus vite qu’une autre."
L'activité de la plupart des travailleurs des pays avancés comprend de plus en plus de manipulation d'informations, notamment avec l'aide d'ordinateurs et de réseaux de télécommunications. Les vendeurs qui passent leur temps à parler et à rédiger des propositions commerciales, les administratifs, les gestionnaires de logistique, les journalistes, les services de marketing, les managers, les enseignants… tous passent le plus clair de leur temps à manipuler de l'information, des connaissances :
Notre économie est devenue une économie de la connaissance
Cette économie de la connaissance, c'est-à-dire de l'information, est celle qui a la plus forte valeur ajoutée. Un exemple des coûts relatifs d'un produit et des manipulations d'information qui l'accompagnent est celui des chaussures Nike, où la manipulation d'informations représente 76 % du prix du produit.
Pour plus de détails sur l'impact des délocalisations sur l'emploi et le PIB, voir :
§ "Délocalisations vers la Chine : les chiffres parlent !
§ "La croissance du PIB entraîne celle des inégalités".
L'innovation coûte cher en formation, puis recherche, développement, mise en production et commercialisation des nouveaux produits. Les investissements correspondants doivent être rentables chaque fois qu'ils sont faits par des entreprises, qui doivent présenter un bilan et faire des bénéfices. Or certains types d'investissements peuvent ne pas être rentables dans un délai compatible avec les contraintes d'une entreprise : la formation scolaire ou universitaire, la recherche fondamentale, la construction d'infrastructures de transport et de télécommunications, etc.
On distingue donc deux types de rentabilité : la rentabilité économique, qui permet l'investissement privé, et la rentabilité sociale, qui exige un investissement public. Dans les calculs de rentabilité sociale il faut aussi prendre en compte les effets sur l'environnement, la qualité de la vie, le désenclavement d'une région, le nombre d'emplois résultants à moyen terme, etc.
Parfois la rentabilité sociale est considérable, mais à très long terme. Ce fut le cas lorsque la France décida de protéger son indépendance énergétique en construisant un parc de centrales électronucléaires ; c'est le cas lorsque France Télécom entreprend de câbler progressivement tout le pays en fibres optiques permettant des débits considérables pour chaque abonné (100 Mbits/s, par exemple) ; c'est toujours le cas pour les lignes TGV. Dans ces cas-là, le capitalisme d'Etat français présente un avantage certain par rapport au capitalisme exclusivement privé de pays comme les Etats-Unis.
Le rapport [40] rappelle que le rendement privé de la recherche est inférieur à son rendement social :
Le rendement privé de la recherche est inférieur à son rendement social : ces dépenses ont des « effets externes » importants pour les producteurs. Comme leur rendement privé est négatif elles ne sauraient être mises en œuvre par les entreprises privées. Il faut donc que l’État mette en place cet environnement favorable à la croissance par l’intermédiaire des dépenses publiques d’équipement, de formation et par une politique de soutien à la recherche-développement."
Ce chapitre décrit le Marché commun de l'Union européenne, qui constitue l'essentiel de son processus de mondialisation, et la décision volontariste de progresser connue sous le nom de « stratégie de Lisbonne ».
L'intégration commerciale de l'Union européenne dans le cadre de son Marché commun a eu d'importantes retombées économiques favorables. En voici des exemples extraits de [6] :
§ Page 5 :
"Depuis l’abolition de nos frontières intérieures, il y a dix ans, le marché intérieur a amplifié la croissance économique de l’UE d’au moins 1,8 %, en ajoutant près de 900 milliards d’euros à notre prospérité collective, ainsi qu’en contribuant à créer 2,5 millions d’emplois supplémentaires."
§ Page 9 :
"Le commerce entre l’UE-15 et les pays adhérents a déjà été multiplié par 8 entre 1995 et 2000 – dans une large mesure en raison de l’impact des accords européens. Et, malgré ces augmentations, les exportations de ces pays vers l'UE-15 pourraient encore presque doubler, même aux niveaux de développement actuels. En effet, l’adhésion à l’UE conduira à une nouvelle réduction des barrières commerciales pour ces pays."
Extrait de [2] page 22 :
"Concernant les services, la création d’un marché unique en Europe augmenterait le PIB [41] de près d’un point par an à moyen terme."
Extrait de [7] page 19 :
"A l'heure actuelle, les services représentent 70 % de la valeur ajoutée [PIB [41]] de l'Union européenne. La libéralisation du marché des services stimulera la croissance et créera de l'emploi. Une augmentation nette de 600 000 emplois pourrait être envisagée si le secteur des services était libéralisé."
Et dire que la grande majorité des Français, président Chirac en tête, se sont opposés à la directive Bolkestein par peur de mythes comme le « plombier polonais » ! Les Anglais et les Irlandais, au contraire, ont ouvert leurs frontières aux services et travailleurs venus d'Europe de l'Est et, comme prévu, leur PIB a augmenté et loin de détruire des emplois, ils en ont créé !
Extrait de [8] page 38 (traduction) :
"La croissance des investissements en matière de connaissances prévus dans la stratégie de Lisbonne [voir ci-dessous] pourrait produire une croissance du PIB [41] pouvant atteindre 7 à 8 % en 10 ans."
Malgré ce qui précède, nous allons voir que l'économie de l'Union européenne n'est pas aussi ouverte et bien gérée que celle des Etats-Unis, si l'on considère ses résultats en matière de croissance et de chômage.
Plus l'Union européenne exporte, plus elle fait travailler de salariés. Il est donc important que ses exportations croissent, et même qu'elles croissent aussi vite que la demande mondiale de produits et services qui lui est adressée.
Le graphique ci-dessous, issu de [51] page 70, montre que de 1992 à 2005 :
§ Les exportations en volume (c'est-à-dire hausse des prix déduite) de la zone euro ont été multipliées par 2,2 ;
§ La demande de biens et services adressée à la zone euro a été multipliée par 2,3.

Zone euro : exportations en volume et demande extérieure, base 100 en 1992
On voit que le marché mondial pour nos produits croît très vite : la mondialisation nous est extrêmement bénéfique. En outre, nous avons maintenu nos parts de marché jusqu'en début 2004, puis perdu un peu de parts de marché au profit de la Chine et des autres économies émergentes.
Le graphique ci-dessous, issu lui aussi de [51] page 70, montre que de 1992 à 2005 les Etats-Unis et le Japon ont perdu plus de parts de marché que la zone euro, qui reste donc un exportateur performant :

Parts de marché en volume à l'exportation, base 100 en 1992
La Banque de France a publié dans son bulletin de juillet 2006 [2], pages 20 et suivantes, une comparaison des économies de la France, des Etats-Unis et de l'Union européenne à 15 (UE15). En voici deux graphiques qui reprennent l'historique depuis 1992 et le projettent jusqu'à 2007 :

Evolution comparée de la croissance
annuelle moyenne du PIB [41]
de 1992 à 2007 :
à part en 2000, 2001 et 2002, la croissance américaine a toujours été nettement
supérieure

Evolution comparée du taux de chômage [39] de 1992 à 2007 :
le taux de chômage américain a toujours été très inférieur aux taux européens
Le graphique ci-dessous montre l'érosion, lente mais continue, des pouvoirs d'achat de l'UE15 et de la France par rapport aux Etats-Unis :

Le graphique ci-dessous, issu de [42], illustre la stagnation depuis 36 ans du PIB par habitant, à parité de pouvoir d'achat et prix constants de 1995, par rapport à une base Etats-Unis = 100. Le niveau de vie de Union européenne, qui rattrapait celui des Etats-Unis jusqu'au 1er choc pétrolier (fin 1973), progresse depuis à la même vitesse et reste à 70 % du niveau de vie américain.

Evolution du PIB par habitant de l'Union
européenne
en pourcentage de celui des Etats-Unis
(en SPA [42] et aux prix constants de 1995)
Il ne faut pas accuser l'Europe ou l'euro de ces résultats inférieurs à ceux de Etats-Unis, c'est-à-dire croire que tous les pays de l'UE15 ou ceux de la zone euro ont perdu du niveau de vie par rapport aux Etats-Unis. Le graphique ci-dessous, issu des statistiques des Nations unies [28], montre la formidable croissance du niveau de vie des Irlandais (membres de la zone euro) à partir de 1994 : ils ont rattrapé la France, l'ont dépassée et sont en train de rattraper les Etats-Unis ! Et comme une forte croissance du PIB [41] entraîne une forte croissance de l'emploi, le taux de chômage [39] irlandais était de 4.3 % en 2005. Il ne faut donc accuser ni l'UE ni l'euro.

L'une des raisons du PIB par habitant [42] bien plus faible en France qu'aux Etats-Unis est toute simple : nous ne travaillons pas assez ! Non seulement, chez nous, la proportion de personnes en âge de travailler qui ont un emploi (c'est-à-dire le taux d'emploi [39]) est plus faible, mais nous travaillons moins d'heures dans l'année. (Voir les détails).
Depuis 1996, la productivité [43] croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [29] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau comparatif suivant :
|
|
1983-1990 |
1990-1995 |
1995-2000 |
1995-2001 |
|
France |
2.48 |
1.01 |
0.91 |
0.65 |
|
Etats-Unis |
1.24 |
1.58 |
2.16 |
1.99 |
Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité par tête [43] en %
Pour combattre cette perte progressive de compétitivité, les rapports Camdessus [16] et Beffa [17] préconisent d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications (TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi "L'incomparable contribution des TIC à la croissance".
La stratégie de Lisbonne, que nous examinerons plus bas en tant que réponse au retard croissant sur les Etats-Unis, prend bien en compte les problèmes de productivité et de quantité de travail.
Selon [6], l'une des raisons du retard croissant de l'Union européenne sur les Etats-Unis est la différence d'intégration : les Etats-Unis ont achevé leur intégration économique, fiscale, juridique, politique, etc. depuis longtemps, alors que l'Union européenne est très loin d'y être arrivée. Et après le rejet du Traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, l'intégration de l'Union européenne ne progresse plus.
En effet, selon le rapport [40] :
"Les effets positifs du marché unique s’essouffleraient car l’approfondissement de l’intégration fait face à des obstacles croissants dans plusieurs domaines : infrastructures (électricité), droit (société européenne), langue (brevet), sphère publique (enseignement)" (et on pourrait ajouter la fiscalité)…
Le graphique ci-dessous, extrait de la page 5 de [6], montre que dans l'Union européenne le commerce des produits manufacturés croît de plus en plus lentement, voire décroît :

Dans l'Union européenne le commerce des produits manufacturés croît de plus en plus lentement, voire décroît
Comme le commerce permet la spécialisation, source de productivité, et avive la concurrence, celle-ci décroît et les prix dans l'Union européenne ont arrêté de converger depuis une dizaine d'années, comme le montre le graphique suivant, issu de la page 6 de [6] :

Les indices des prix nationaux (compris
entre le plus cher et le moins cher)
ont arrêté de converger
L'Union européenne souffre donc d'une concurrence insuffisante, qui provient de réglementations nationales anticoncurrentielles : prix planchers fixés par l'Etat, par exemple (comme le prix des livres en France, dont la remise ne peut dépasser 5 %), ou prix minimaux dans la grande distribution…
La stratégie de Lisbonne a prévu de combattre vigoureusement le manque de liberté du commerce dans tous les pays de l'Union.
L'absence de transposition de certaines règles fragmente le marché intra-européen, donc limite la concurrence, crée pour certaines entreprises des rentes de situation et pénalise donc les consommateurs. En France, la limitation de la concurrence est demandée par les syndicats et l'extrême gauche, car elle permet le maintien d'activités insuffisamment concurrentielles - donc d'emplois - aux frais des consommateurs, et les gouvernements cèdent pour éviter grèves et manifestations.
Le graphique ci-dessous montre les pourcentages de règles du Marché commun que les divers Etats n'ont pas encore traduites en législation interne :

Déficit de transposition de règles du marché intérieur par Etat membre au 30/11/2003
On voit que la France fait partie des plus mauvais élèves, et que dans l'Association Européenne de Libre Echange (AELE) regroupant l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, les 3 pays cités ont des taux de transposition bien meilleurs.
La Commission européenne engage des procédures d'infraction contre les pays qui ne respectent pas les règles de fonctionnement du marché intérieur ; ces pays risquent de lourdes pénalités La France est le pays de l'Union européenne dont la situation s'est le plus dégradée, comme le montre le graphique suivant :

La France n'est pas seule coupable de retard dans l'appropriation des réformes européennes, loin de là. Le rapport [45] a évalué les efforts d'appropriation des réformes européennes par les divers pays membres selon 4 critères :
§ Le niveau de suivi des procédures d'appropriation par les gouvernements des pays ;
§ L'implication de la société civile (existence de campagnes d'information, de débats…) ;
§ L'implication des partenaires sociaux (ont-ils débattu de la stratégie de Lisbonne et fait quelque chose pour la mettre en pratique…) ;
§ L'implication des parlements nationaux (ont-ils fait des propositions de loi, ont-ils débattu de projets de loi soumis par les gouvernements…)
Le degré d'appropriation des réformes par les divers pays est résumé dans le graphique ci-dessous :

Degré d'appropriation des programmes de réforme
On constate que, sur 25 pays de l'Union européenne :
§ 11 (dont la France) n'ont pas organisé de débat dans la société civile : ils n'ont pas informé leurs citoyens des enjeux et des actions de leur gouvernement. Comment s'étonner, alors, que les Français aient refusé le Traité constitutionnel, alors que l'intérêt de l'approfondissement de l'Union ne leur avait pas été expliqué par les politiciens ?
§ 18 ont un niveau de suivi nul : ils n'ont tout simplement pas donné de suite à leurs engagements de Lisbonne !
En somme - et c'est affligeant - la majorité des gouvernements européens ont à peu près ignoré leurs engagements de Lisbonne. Sans doute ces engagements - et les promesses de progrès économiques, sociaux et environnementaux - coûtaient-ils trop cher en efforts à faire par rapport à ce qu'ils pouvaient rapporter à des politiciens soucieux de leur réélection. Sans doute une échéance à 10 ans étant plus lointaine que celle des prochaines élections, ne mérite pas aux yeux des politiciens qu'on demande aux citoyens des efforts impopulaires.
L'Union européenne investit davantage dans le reste du monde que l'inverse. Les investisseurs préfèrent de plus en plus les opportunités hors d'Europe, du fait des réglementations trop strictes, de l'intégration imparfaite des marchés européens et de la croissance européenne plus faible que celles des Etats-Unis ou des « tigres » d'Asie. C'est inquiétant, parce qu'il y a une forte corrélation entre investissements et PIB. Le graphique ci-dessous, extrait de la page 7 de [6], montre :
§ Que depuis très longtemps les investissements sortant de l'Union européenne sont supérieurs à ceux qui y entrent ;
§ Que le solde négatif s'accroît de plus en plus, les investissements préférant de plus en plus investir hors d'Europe.

Flux d'investissements étrangers en
milliards d'euros :
les investisseurs préfèrent de plus en plus investir hors d'Europe qu'en Europe
Selon [19] page 5, pendant la décennie de 1994 à 2003 :
§ Les étrangers ont investi en France 351.6 milliards de dollars, somme considérable ;
§ Les Français (et surtout leurs entreprises) ont investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars, près du double du montant précédent.
Les salaires des travailleurs peu qualifiés trop élevés en France expliquent aussi pourquoi la compétitivité de nos entreprises baisse, avec pertes de parts de marché aussi bien sur le marché intérieur qu'à l'exportation. Cette perte de compétitivité se voit sur les trois courbes du graphique ci-dessous, issues de [34] :

Evolution des soldes du commerce extérieur français de 1998 à 2005
§ La courbe bleue représente le solde (exportations moins importations) de biens, c'est-à-dire en gros le solde de l'activité industrielle ; ce solde se dégrade fortement depuis fin 2003. Exemple : les consommateurs français se ruent sur les textiles et l'électronique à bas prix importés d'Asie, au détriment d'achats de produits français.
§ La courbe verte représente le solde des activités de services, encore positif mais en baisse lente.
§ La courbe rouge représente le solde des transactions courantes ; c'est un "solde des soldes" comprenant ceux des biens et des services. On voit que ce solde global se dégrade fortement depuis début 2004. Notre déficit total 2005 dépasse 26 milliards d'euros, ce qui est grave et n'est dû qu'en partie à la hausse des prix du pétrole et du gaz.
La France ne profite pas assez de la progression mondiale du commerce. C'est ainsi qu'en 2004 ses exportations de marchandises ont augmenté de 3 % par rapport à 2003, alors que le commerce mondial de marchandises croissait de 9 % selon [35] page 5.
Selon l'institut REXECODE, cité par Le Figaro du 10/02/2006, la part des exportations françaises dans celles de la zone euro est passée de 17 % en 1999 à 14.7 % en 2005 par manque de compétitivité. Si elle s'était maintenue, notre PIB [41] serait supérieur de 3.3 %, ce qui représente 825 000 emplois de plus. Les coûts salariaux horaires français, qui étaient 13 % inférieurs aux coûts allemands en 1998-1999, n'étaient plus inférieurs que de 1 % en 2005 : voilà l'effet des « coups de pouce » au SMIC de nos gouvernements successifs, véritables responsables du chômage.
Il est donc temps d'expliquer aux Français qu'on ne peut distribuer un argent qui n'a pas été gagné, et de leur faire accepter l'idée d'une participation : gagner davantage quand le pays ou l'entreprise a gagné davantage, et moins dans le cas contraire. C'est ce que les artisans, les professions libérales et les actionnaires ont toujours accepté, sans pour autant sombrer dans la misère où le chômage.
En fait, la dégradation du commerce extérieur de la France n'est pas due à la seule perte de compétitivité, consécutive à nos hausses autoritaires des bas salaires. Elle est également due à une présence insuffisante de nos entreprises moyennes sur les marchés des pays en forte croissance (Chine, Inde, Etats-Unis…) En effet, une entreprise a d'autant plus de chances d'exporter qu'elle est grande [36] ; ce sont donc les multinationales qui exportent le plus, et les multinationales d'origine française sont très performantes, comme on le verra ci-dessous.
Mais beaucoup d'entreprises moyennes exportent aussi, et sur ce plan la France est mal placée par rapport à l'Allemagne, championne mondiale de l'exportation avec un solde positif du commerce extérieur 2005 de 160 milliards d'euros (2 fois le solde chinois !): il n'y a au total que 5 % des entreprises françaises qui exportent, grandes entreprises incluses, alors que 20 % des entreprises allemandes le font. Nous avons donc besoin d'une politique qui favorise la croissance de nos entreprises moyennes, ainsi que leur regroupement pour exporter et faire de la recherche et développement (R&D).
Espérons que la tendance de 2005 à l'augmentation du nombre d'entreprises exportatrices (+8.9 %) et à la croissance des ventes à la Chine et l'Inde se poursuivra.
Vivre en société n'a pas pour seul but de bénéficier d'un cadre permettant de gagner sa vie, mais aussi un but d'entraide. Les résultats économiques européens, inférieurs à ceux des Etats-Unis, sont-ils compensés par de meilleurs résultats sociaux ?
Voici selon [32] la répartition des dépenses de protection sociale de la France en 2005 :

En France, les dépenses sociales (transferts sociaux) représentaient en 2004 :
§ 480 milliards d'euros, soit 29.1 % du PIB [41] de 1648.4 milliards d'euros ;
§ +4.3 % par rapport à 2003, alors que le PIB n'a crû que de 4.0 %;
§ Un déficit de 149 milliards d'euros à la charge des contribuables, en plus des cotisations reçues (83.3 milliards d'impôts et taxes affectés + 65.7 milliards de contributions publiques).
Et en 2005, les transferts sociaux ont progressé à 536.9 milliards d'euros (29.6 % du PIB) : les Français sont de plus en plus des assistés !
Le graphique ci-dessus, issu de [8] page 30 mis à jour en 2001, montre que le coût de la protection sociale (dépenses publiques plus dépenses privées obligatoires) est à peu près le même en pourcentage du PIB dans tous les pays avancés.

Contrairement aux idées reçues, le pourcentage des dépenses sociales des Etats-Unis est très voisin des autres, et ceux de la France et de l'Allemagne sont supérieurs à celui de la Suède ! (Le pourcentage français de ce graphique, 27 %, est inférieur aux 29.1 % du graphique précédent parce que les ménages français reversent une petite partie des subventions reçues, ce dont on a tenu compte ici.)
Mais dans l'Union européenne la répartition des coûts et des subventions (transferts sociaux) est bien plus équitable, d'où une plus grande justice sociale. Cette affirmation est illustrée par le graphique ci-dessous extrait de [30], qui montre la forte diminution du taux de risque de pauvreté [31] des pays européens après transferts sociaux :

Enfin, les inégalités de revenus avant transferts sociaux sont bien plus faibles dans l'Union européenne qu'aux Etats-Unis, comme le montre le tableau ci-dessous, issu de [10] page 59 :
|
Pays ou groupe de pays |
Coefficient de Gini du PIB par habitant |
|
Suède |
25.0 |
|
Fédération de Russie |
31.0 |
|
France |
32.7 |
|
Egypte |
34.4 |
|
Royaume-Uni |
36.0 |
|
Pays
à revenus |
36.8 |
|
Chine |
44.7 |
|
Etats-Unis |
45.0 |
|
Brésil |
59.3 |
|
Monde entier |
67.0 |
|
Afrique subsaharienne |
72.2 |
Coefficients de Gini de la distribution des revenus connus en 2005
On voit que la Suède est (dans cette comparaison) le pays où les PIB par habitant [42] sont les moins inégaux, et que l'Afrique subsaharienne est la région du monde où ils sont les plus inégaux.
Les Européens ont donc choisi un type de société plus solidaire et plus égalitaire en termes de revenus et de prestations que celle des Etats-Unis. C'est un choix de démocratique, qu'on ne peut donc critiquer a priori. Du reste, aux Etats-Unis :
§ L'assurance vieillesse est versée surtout par les employeurs, et lorsque ceux-ci ont des problèmes, comme les constructeurs automobiles GM et Ford depuis 2004, les retraités ont du souci à se faire. En France au contraire, les retraites par répartition sont plus sûres, même si elles poseront un problème croissant de financement à long terme.
§ Les dépenses de santé représentent aux Etats-Unis 15.3 % du PIB [41] contre 10.5 % en France selon [33] page 7, alors que les études comparatives montrent que les soins sont tout aussi bons.
L'Union européenne ayant une croissance et un chômage moins bons que ceux des Etats-Unis, ses dirigeants ont imaginé en mars 2000 une stratégie de rattrapage : la stratégie de Lisbonne. Avant de lire la suite, il est nécessaire d'avoir en tête ce qu'est la « Stratégie de Lisbonne », aussi appelée « Agenda de Lisbonne ».
Extrait de [9] :
"5. L’Union s’est aujourd’hui fixé un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale. La réalisation de cet objectif nécessite une stratégie globale visant à :
- préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance, au moyen de politiques répondant mieux aux besoins de la société de l’information et de la R&D, ainsi que par l’accélération des réformes structurelles pour renforcer la compétitivité et l’innovation et par l'achèvement du marché intérieur ;
- moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en luttant contre l’exclusion sociale ;
- entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie et les perspectives de croissance favorables en dosant judicieusement les politiques macroéconomiques.
6. Cette stratégie doit permettre à l’Union de rétablir les conditions propices au plein emploi et de renforcer la cohésion régionale en son sein. Le Conseil européen doit fixer un objectif pour le plein emploi en Europe dans une nouvelle société naissante, mieux adaptée aux choix personnels des femmes et des hommes. Pour autant que les mesures évoquées ci-après soient mises en œuvre dans un contexte macroéconomique sain, un taux de croissance économique moyen de 3 % environ devrait être une perspective réaliste pour les années à venir.
7. L’application de cette stratégie suppose l’amélioration des processus existants par l’introduction d’une nouvelle méthode ouverte de coordination à tous les niveaux, le Conseil européen jouant un rôle renforcé d'orientation et de coordination de manière que cette stratégie soit dirigée de façon plus cohérente et que les résultats obtenus fassent l’objet d’un suivi effectif. Lors d’une réunion qui aura lieu chaque année au printemps, le Conseil européen définira les mandats pertinents et veillera à leur suivi."
Source : Banque de France, juillet 2006 [2]
Au niveau communautaire :
Parachever le marché unique en renforçant la concurrence sur les marchés où, à l’heure actuelle, des réglementations offrent aux entreprises installées des rentes préjudiciables à l’allocation efficiente des ressources [49] ;
Au niveau national :
§ Favoriser la mobilité géographique des entreprises et la mobilité géographique et professionnelle des travailleurs. Actuellement, entreprises et travailleurs ont tendance à rester dans leur pays et même leur région, alors qu'il existe des opportunités à saisir ailleurs.
§ Augmenter le capital humain. Cela veut dire former davantage de personnes et à un meilleur niveau.
§ Concilier flexibilité et sécurité de l’emploi (ce qu'on appelle « flex-sécurité »). Il faut que les entreprises puissent licencier facilement et de manière peu coûteuse, car c'est indispensable pour qu'elles puissent s'adapter au contexte économique changeant et embaucher. Et il faut que les salariés licenciés bénéficient d'une garantie de revenus et d'aide au reclassement pour ne pas qu'ils redoutent les licenciements. C'est ce qui se passe au Danemark, par exemple. Voir :
· "Quand le licenciement n'est plus vécu comme un drame" ;
· "Protéger l'employabilité au lieu de l'emploi".
§ Rehausser la croissance potentielle et rendre plus efficaces les mécanismes de transmission de la politique monétaire grâce à des finances publiques assainies. Voir le rapport Pebereau [38].
§ Evoluer vers une société offrant beaucoup de services publics ; exemple : disponibilité de structures de garde pour 90 % des enfants de 3 ans et plus qui n’ont pas encore atteint l’âge de la scolarité obligatoire et pour 33 % des enfants de moins de 3 ans.
§ Favoriser un développement durable, notamment en évoluant vers des pourcentages de 12 % de l'énergie totale et 21 % de l'électricité obtenues à partir de sources renouvelables [37].
Selon [40], ces deux niveaux (communautaire et national) traduisent une volonté de :
§ Préparer la transition vers une société et une économie fondées sur la connaissance ; il s'agit de passer d'un modèle de croissance basé sur la seule intégration des marchés à un modèle basé aussi sur l'innovation permanente ;
§ Moderniser le « modèle social européen » via un investissement dans les ressources humaines, l’éducation et la formation professionnelle, tout en menant une lutte contre toute forme d’exclusion sociale ou territoriale ;
§ Entretenir les conditions d’une évolution saine de l’économie européenne, ainsi que des perspectives de croissance favorables, en utilisant judicieusement les politiques macroéconomiques.
Exemples, selon [2], de résultats à atteindre en 2010 :
§ Moins de 10 % des 18-24 ans ne suivant ni études ni formation, et dont le niveau d’études ne dépasse pas l’enseignement secondaire ;
§ Une augmentation de 5 ans de l’âge moyen auquel les travailleurs quittent le marché du travail ;
§ La poursuite d’études ou une formation tout au long de leur vie pour 12,5 % des adultes ;
§ La disponibilité de structures de garde pour 90 % des enfants de 3 ans et plus qui n’ont pas encore atteint l’âge de la scolarité obligatoire et pour 33 % des enfants de moins de 3 ans ;
§ Une électricité consommée produite à hauteur de 22 % à partir de sources d’énergie renouvelables ;
§ L’arrêt de la perte de la biodiversité ;
§ Des budgets proches de l’équilibre ou en excédent.
Source : [40] page 4 :
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|
Marché commun |
Lisbonne |
|
But final |
Intégration et croissance |
Croissance, cohésion sociale, emploi |
|
Objectifs |
Baisse du coût des transactions transfrontalières pour les produits et les services |
Progrès dans l’éducation et l’innovation, Accroissement des dépenses de R&D, Libéralisation des industries de services, Accroissement de la participation de la population active, des taux d’emploi, etc. |
|
Moyens |
Elimination des contrôles frontaliers, Harmonisation législative |
Définition de cibles communes, Rapports de performances et comparaison des bonnes pratiques, Supervision conjointe |
|
Instruments |
Directives européennes Application par la jurisprudence européenne |
Mise en œuvre essentiellement nationale (dépenses, taxes et régulation) |
Comparaison de la stratégie de Lisbonne à celle du Marché commun

Représentation simplifiée des enchaînements vertueux de Lisbonne
La stratégie de Lisbonne précise les réformes nécessaires en définissant 6 catégories d'objectifs et des indicateurs de succès pour les suivre. Les divers documents parlent de 14 indicateurs, mais il y en a 15, comme on le voit dans le tableau ci-dessous, extrait de [2] page 21 :
|
Catégories |
Indicateurs |
Objectifs 2010 |
|
Environnement économique général |
PIB par habitant à parité de pouvoir
d'achat |
|
|
Emploi |
Taux d’emploi total (1) Taux d’emploi des femmes Taux d’emploi des 55-64 ans |
70 % (67 % en 2005) 60 % (57 % en 2005) 50 % |
|
Innovation et recherche |
Dépense intérieure brute de recherche et développement Niveau d’éducation des jeunes de 20-24 ans arrivant au terme du cycle supérieur de l’enseignement secondaire |
3 % du PIB, dont 2 % pour les entreprises
85 %
|
|
Réforme économique |
Niveaux des prix comparés (2) Investissements dans les entreprises |
|
|
Cohésion sociale |
Taux de risque de pauvreté après transferts sociaux (3) Dispersion des taux d’emploi régionaux Taux de chômage de longue durée (4) |
|
|
Environnement |
Total des émissions de gaz à effet de serre Intensité énergétique de l’économie Volume du transport de fret par rapport au PIB |
92 % de 2002 |
Liste des 15 indicateurs de Lisbonne
(1) Rapport du nombre de personnes de 15 à 64 ans occupées à la population totale de la même tranche d’âge [39]
(2) Ratio pour chaque pays entre la parité de pouvoir d’achat et le taux de change (avec moyenne de l’UE25 = 100)
(3) Proportion de personnes dont le revenu disponible équivalent se situe en dessous du seuil de risque de pauvreté, fixé à 60 % du revenu disponible équivalent médian national (après transferts sociaux)
(4) Les chômeurs de longue durée sont les personnes d’au moins 15 ans qui sont sans travail depuis au moins 12 mois et pendant les 2 semaines suivantes, disponibles pour commencer à travailler et à la recherche d’un emploi
Indicateurs et tableaux de performance
Le premier tableau ci-dessous donne les niveaux de performance atteints par les divers états, le second les améliorations relatives que ces niveaux représentent.
(Abréviations des noms de pays : voir [48].)

Amélioration relative des performances des anciens États membres suivant les indicateurs structurels figurant sur la liste restreinte

L'importance de la stratégie de Lisbonne peut être appréciée par cette citation de [2] page 24 :
"Au total, le processus de Lisbonne se veut une stratégie gagnante pour l’Union, autant qu’un élément de réponse aux phénomènes de délocalisation et de désindustrialisation : à l’échelle de la seule zone euro, Bayoumi et al. (2004) [26] estiment à 12,4 % l’augmentation de son PIB [41] qui serait obtenue, par rapport au scénario de référence, si les conditions de compétition sur les marchés des produits et du travail étaient identiques à celles qui prévalent aux États-Unis, tandis que l’investissement progresserait de plus de 20 %."
En d'autres termes :
Si l'Union européenne libérait son commerce intérieur et ses lois du travail en les déréglementant, le niveau de vie de ses habitants ferait un bond de 12.4 %! Voilà ce que nous coûtent l'excès d'intervention de l'Etat et l'excès de protection de l'emploi.
Le délai de réalisation des objectifs de l'Agenda de Lisbonne a été fixé à 2010. En 2005, à mi-parcours, l'Union européenne a demandé à un groupe d'experts de haut niveau, présidé par l'ancien Premier ministre néerlandais Wim Kok, de faire le point de l'avancement des divers pays vers les objectifs qu'ils avaient tous promis de s'efforcer d'atteindre. Ce point a été fait dans le rapport [37], dont on apprend ce qui suit, après avoir pris connaissance des tableaux de performance par indicateur.
"Ce qui est en jeu à moyen et à long terme, ce n’est rien moins que la viabilité de la société bâtie par l’Europe. Les Européens ont fait des choix concernant la manière d’exprimer les valeurs qui leur sont communes : ils adhèrent au contrat social qui couvre le risque de chômage, la maladie et la vieillesse et qui offre des perspectives d’avenir à tous grâce à une éducation de qualité ; ils sont également attachés aux institutions publiques, au domaine public et à l’intérêt public, ainsi qu’à l’idée qu’une économie de marché doit fonctionner de manière équitable et dans le respect de l’environnement. Ces valeurs s’expriment dans des systèmes de protection sociale, des institutions publiques et une réglementation qui ont un coût élevé dans un monde où des producteurs bon marché et très efficaces remettent en question l’ordre établi. Si l’Europe ne parvient pas à s’adapter, à moderniser ses systèmes et à augmenter sa croissance et son emploi suffisamment vite, il lui sera impossible de continuer à assumer ces choix."
En fait, les divers pays membres de l'Union européenne ont des objectifs différents : ils ne partagent pas la même vision de l'avenir de l'Union. Le Royaume-Uni, par exemple, veut une Union limitée à un Marché commun et propose d'enterrer le Traité constitutionnel [47].
Ils sont le plus souvent incapables de se mettre d'accord sur les points importants. C'est pourquoi l'Union européenne n'a pas de politique étrangère commune, pas d'armée, pas d'unité des diplômes délivrés par l'enseignement supérieur, pas de système unifié de lois ou d'impôts, etc. L'exemple du brevet communautaire, sur lequel on négocie depuis 9 ans sans succès illustre le phénomène [15].
"Le problème, cependant, est que le champ d’action de la stratégie de Lisbonne est devenu trop vaste pour être perçu comme un ensemble intégré. Lisbonne traite de tout, et donc de rien. Tout le monde est responsable, et donc personne ne l’est. Le résultat final de la stratégie a parfois été perdu. Un programme de réformes ambitieux et vaste doit s’appuyer sur un canevas clair, qui permette d’expliquer efficacement pourquoi il est nécessaire. Pour que chacun sache pourquoi les réformes sont accomplies et comprenne la légitimité et la nécessité de réformes parfois pénibles. Pour que chacun sache qui est responsable."
En fait, beaucoup de gouvernements européens sont faibles, comme ceux de l'Allemagne et de la France. Ils sont incapables d'imposer à leur peuple un effort, parce qu'ils ne savent pas communiquer (exemple : l'incapacité des politiciens français, gauche et droite confondues, d'expliquer l'intérêt du Traité constitutionnel). Cette faiblesse les rend incapables de modérer les dépenses budgétaires excessives, par peur de fâcher des opposants qui savent manifester et obtenir l'écho des media ; elle se traduit donc par de forts déficits et des endettements considérables reportés sur les générations suivantes, ainsi que par l'absence de moyens budgétaires d'investir pour préparer l'avenir.
En outre, les politiciens auteurs des institutions européennes ont toujours refusé de renoncer à des privilèges nationaux pour le bien commun. Du coup, les institutions européennes permettent à chaque pays de bloquer les décisions communautaires, même s'il est seul contre tous les autres.
Les 5 domaines prioritaires dans lesquels l'Union européenne et ses Etats doivent progresser et qui concourent tous à la croissance économique et à l’amélioration de la productivité
1. La réalisation de la société de la connaissance :
· Attirer et retenir les chercheurs de rang mondial ;
· Faire de la recherche et développement une priorité ;
· Profiter pleinement des avantages des TIC dans les domaines suivants : commerce, gouvernement et formation sur Internet, plus de concurrence pour faire baisser les prix des télécommunications, développement du haut débit avec et sans fil ;
· Stimuler l'élaboration de normes qui favorisent le développement et la diffusion des nouvelles technologies ;
· Protéger la propriété intellectuelle pour promouvoir l'innovation (brevet communautaire, voir la lutte sans merci depuis 1997 à ce sujet [15]) ;
2. L’achèvement du marché intérieur et la promotion de la concurrence, y compris dans les services et les services financiers (voir [6]) :
· Faciliter la libre circulation des marchandises ;
· S'engager à transposer plus rapidement la législation européenne en droit national ;
· Identifier et éliminer les entraves à la concurrence (la France fait le maximum pour protéger les anciens monopoles et privilèges des opérateurs nationaux : SNCF ; EDF ; GDF ; La Poste…) ;
· Eliminer les entraves à la libre circulation des services (la France a fait le maximum pour conserver ces entraves, suite au mythe du « plombier Polonais » et aux craintes infondées concernant la « directive Bolkestein ») ;
· Libérer le dynamisme des marchés financiers ;
· Réaliser des infrastructures de classe mondiale (Internet haut débit, réseaux de transport d'électricité, canaux, etc.).
3. L’établissement d’un environnement favorable aux entreprises :
· Simplifier la réglementation des contrats entre entreprises, du travail, des impôts…
· Accroître le capital-risque disponible.
4. La création d’un marché du travail adaptable et fondé sur l’intégration :
· Renforcer la capacité d'adaptation des travailleurs et des entreprises à un monde qui change ;
· Investir dans la compétence du capital humain, pour accroître la productivité, la compétitivité, la capacité d'innovation et la mobilité ;
· Augmenter le taux d'emploi des seniors ;
5. La promotion énergique d'un développement durable.
Sur ces 5 points, le constat du rapport [37] est sévère :
"Aucun des Etats membres ne peut se targuer de bons résultats dans les 5 domaines."
En fait, les progrès accomplis se résument, pour l'essentiel, à deux domaines :
§ Le taux d'emploi moyen est passé de 62.5 % en 1999 à 64.3 % en 2003 ;
§ Il y a de réels progrès dans la diffusion des TIC et d'Internet.
Face à ces deux domaines qui ont progressé, il y a d'inquiétants retards :
§ Ralentissement de la création nette d'emplois : les objectifs de taux d'emploi global de 70 % (et 50 % pour les seniors) en 2010 ne seront sans doute pas atteints ;
§ A part 2 pays, la Suède (SE) et la Finlande (FI), l'objectif de 3 % du PIB consacré à la recherche et développement (dont 2 % pour les entreprises) ne sera pas atteint ; on le voit sur le graphique ci-dessous, issu de [44], où on notera les dépenses des Etats-Unis (USA) et du Japon (JP) :

Dépenses intérieures brutes de recherche et développement en % du PIB en 2004
(Abréviations des noms de pays : voir [48].)
§ Retards dans le domaine de l'environnement : le volume du trafic (polluant) augmente plus rapidement que le PIB, et la congestion empire (les embouteillages s'aggravent), tout comme les niveaux de pollution et de bruit, et les émissions de gaz à effet de serre ;
§ Stagnation depuis 36 ans du PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat, que nous avons déjà signalée.
Le rapport [37] préconise donc de poursuivre la stratégie de Lisbonne.
Les efforts de la France pour tenir ses promesses de Lisbonne ont été évalués en janvier 2006 par [46]. Voici ce que l'Union européenne a constaté.
Généralités
§ Depuis 2000, la croissance de l’économie française est un peu supérieure à celle de la moyenne de l’Union européenne (UE-25). Mais le PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat a augmenté moins vite que la moyenne de l'UE-25 : il faut donc faire très attention aux statistiques que l'on cite !
§ La croissance de la productivité du travail par tête se situe juste en dessous de la moyenne européenne sur les dix dernières années. En revanche, la progression de la productivité horaire est supérieure à celle de la moyenne européenne. (Cela s'explique par l'effet de l'exclusion des jeunes et des seniors de notre marché du travail.)
§ Le PIB par habitant s'élève à 110 % de la moyenne de l'Union européenne en 2004.
§ Au cours des deux dernières années, le taux d'emploi [39] (63,1 % en 2004) n’a que faiblement progressé, mais il est en augmentation de 1 point par rapport à 2000.
§ Le taux de chômage [39] est resté à un niveau élevé (9,6 % en moyenne en 2004).
§ Cette situation a contribué à dégrader davantage la position budgétaire de la France, déjà mise à mal par le triplement du taux d'endettement au cours des vingt dernières années.
Evaluation globale
§ La France prétend réussir une « croissance sociale », terme qui cache en fait un concept d'économie interventionniste qui a très mal réussi jusqu'à présent.
§ Dans son rapport Programme National de Réforme (PNR), la France :
· ne fait pas référence aux objectifs de Lisbonne ;
· ne précise pas comment elle réduira le déficit et la dette ;
· affirme sa volonté de réformer sans préciser l'articulation entre les différents domaines, ni le financement des réformes, ni des objectifs d'investissements en R&D et en taux d'emploi
Le programme français n'est donc guère crédible :
"Le manque d'objectifs quantifiés, d'évaluations d'impact et d'informations plus détaillées sur les conditions de mise en œuvre de certaines mesures limite le caractère prospectif et opérationnel du programme."
"Globalement, l’approche mise en avant dans le PNR n'est pas nouvelle et s’inscrit dans l’effort français de réduction du déficit public engagé ces dernières années, en lien notamment avec l’ouverture d'une procédure européenne pour déficit excessif. Toutefois, si les objectifs sont clairs, la Commission estime que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir la correction du déficit excessif de façon permanente."
"Le PNR gagnerait à être précisé pour ce qui touche à l’amélioration de la « qualité de la législation ». Cela concerne les politiques, les structures et les outils qui pourraient être mis en œuvre pour réduire et simplifier la législation, évaluer plus systématiquement l’impact des nouvelles initiatives ainsi que la diffusion de bonnes pratiques réglementaires au sein de l’administration."
"Le PNR aborde peu les autres aspects liés à la concurrence et à l’ouverture des marchés, tels que la question des professions réglementées ou encore l’approfondissement du marché intérieur."
"Le développement d'une stratégie globale pour l'emploi des seniors reste un défi essentiel pour la France."
Comparaison France / UE-25
Le graphique comparatif ci-dessous est issu de [46]. Il compare les résultats de la France par rapport aux engagements de Lisbonne. Constatations :
§ Le PIB par habitant à parité de pouvoir d'achat a progressé moins vite de 1999 à 2004 que la moyenne de l'UE-25.
§ La productivité par personne occupée a aussi progressé moins vite que la moyenne de l'UE-25. Elle est toujours largement supérieure, du fait de l'exclusion de beaucoup de jeunes et de seniors français de l'emploi, ce qui fait qu'on ne considère dans les statistiques que la productivité des travailleurs les plus productifs, les 25-50 ans.
Le taux d'emploi des seniors a progressé, ce qui est une bonne nouvelle, même s'il est encore loin de l'objectif de Lisbonne.
§ La dépense intérieure de R&D a baissé de 1999 à 2004 et se trouve encore loin de l'objectif de 3 %.
§ Le niveau d'éducation des jeunes a baissé, ce qui est scandaleux et traduit l'incapacité de notre Education nationale à remplir sa mission correctement.
§ Le taux de risque de pauvreté a fortement baissé de 2000 à 2004 : la politique française des revenus est très fortement redistributive.
§ La pollution par le CO2 a augmenté et dépasse la moyenne de l'UE-25 : malgré notre électricité à 80 % nucléaire, nous n'avons pratiquement rien fait dans ce domaine.

Comparaison France / UE-25
Voici les raisons de persévérer citées par le rapport [37] :
"A l’évidence, il n’y a pas matière à autosatisfaction. De trop nombreux objectifs seront nettement manqués. L’Europe a perdu du terrain, tant par rapport aux Etats-Unis qu’à l’Asie, et ses sociétés sont soumises à des tensions."
"Cela signifie-t-il que nos ambitions ne sont pas les bonnes ? La réponse est non."
"La stratégie de Lisbonne est-elle trop ambitieuse ? Là encore, la réponse est non […] Les régions et pays concurrents vont également de l’avant, menaçant la position de l’Europe dans le classement économique mondial. Dans cette économie mondiale, l’Europe doit trouver une place qui lui permettra néanmoins de défendre ses propres choix spécifiques quant au modèle social qu’elle souhaite, à juste titre, préserver. Qu’il s’agisse de l’espérance de vie, des taux de mortalité infantile, de l’inégalité des revenus ou de la pauvreté, l’Europe enregistre de bien meilleurs résultats que les Etats-Unis. L’objectif de Lisbonne consiste à préserver ces résultats dans un contexte marqué par des défis multiples et croissants."
"Faut-il repousser l’échéance de 2010 ? A nouveau, la réponse est non. L’échéance de 2010 est importante pour attirer l’attention et insister sur la nécessité d’une action urgente. La fixation d’un nouveau délai postérieur donnerait à tort l’impression que la situation est à présent moins urgente. Le défi permanent que représente l’échéance de 2010 est nécessaire pour stimuler les Etats membres à accomplir des efforts sérieux d’amélioration."
"La stratégie de Lisbonne n’est pas une tentative d’imitation des Etats-Unis, loin de là. Elle vise à réaliser la vision que l’Europe a de ce qu’elle veut être et de ce qu’elle veut conserver, compte tenu du renforcement de la concurrence mondiale, du vieillissement de la population et de l’élargissement. Elle nourrit une vaste ambition de solidarité avec ceux qui en ont besoin, maintenant et dans l’avenir. Pour réaliser cette ambition, l’Europe a besoin d’une croissance plus forte et d’un plus grand nombre de personnes en activité."
"L’élément positif de l’élargissement est qu’il offre aux nouveaux États membres la perspective de réaliser des taux élevés de croissance du PIB et de la productivité à mesure qu’ils rattraperont la moyenne européenne, ce qui se traduira par la création d’une zone de dynamisme économique en Europe orientale. On observe déjà des signes de cette évolution. La croissance de la production et de la productivité en Estonie, en Lituanie, en Lettonie, en Hongrie, en Pologne, en Slovénie, en Slovaquie et en République tchèque a été supérieure à celle des États-Unis durant les cinq dernières années. En remplaçant des technologies devenues obsolètes par des processus ultramodernes, ces pays vont sauter une génération du point de vue des capacités technologiques. Tout semble indiquer que la croissance de leur production et de leur productivité va se poursuivre.
Néanmoins, leur fiscalité avantageuse et leurs salaires peu élevés attirent les investissements en provenance du reste de l’Union, ce qui risque d’être une source de frictions croissantes. À défaut de perspectives de convergence, ces frictions augmenteront. À cet égard, il est essentiel d’atteindre les objectifs de Lisbonne visant à encourager la croissance et l’emploi dans toutes les parties de l’Union, si l’on veut garantir la cohésion interne de celle-ci dans l’avenir."
Au lieu de reconnaître leur échec dans la préparation de l'avenir que constitue la stratégie de Lisbonne, les divers pays ont préféré critiquer la stratégie de Lisbonne elle-même et le rapport de mi-parcours [37] ! C'est ainsi que le rapport français [40] cite :
§ Le nombre excessif d’objectifs de Lisbonne ;
§ Le manque de cohérence entre les différents objectifs ;
§ L’absence de cohérence entre objectifs et instruments mis en regard, notamment la difficile articulation entre politiques macroéconomiques et politiques structurelles ;
§ L’absence de prise en compte des diversités tant régionales que nationales, diversités accentuées par l’entrée de 10 nouveaux États-membres dans l’Union le 1er mai 2004 ;
§ La non-prise en compte, au-delà de ces diversités territoriales, d’une nécessaire diversité temporelle entre certains objectifs ;
§ La planification de la mise en œuvre du processus de Lisbonne (« sa gouvernance ») : manque d’appropriation en aval du processus, faible suivi en cours, absence de mécanisme de sanction a posteriori.
Les pays membres de l'Union européenne se sont donc comportés comme un sportif qui, ayant perdu une compétition, accuse les organisateurs.
Incapables d'organiser une action commune, par exemple en matière de coordination des programmes d'enseignement et de recherche, les divers pays ont aujourd'hui abandonné certains objectifs de la stratégie initiale, notamment les objectifs chiffrés avec comparaison des progrès des divers pays et la coordination d'efforts grâce à des financements au niveau européen. Ils n'ont conservé que les Programmes Nationaux de Réforme (PNR), c'est-à-dire le « chacun pour soi », en baptisant cette nouvelle stratégie « Lisbonne 2 ».
Hélas, comme l'implication des divers pays a été le plus souvent faible jusqu'à présent, et que l'essentiel des efforts collaboratifs est abandonné, Lisbonne 2 a perdu l'essentiel de son intérêt.
En somme, les recommandations de Wim Kok ("Pourquoi il faut poursuivre la stratégie de Lisbonne") sont ignorées parce que trop de gouvernements n'ont pas le courage de les suivre, par incapacité de les expliquer et manque de marges budgétaires.
Ce chapitre aborde en détail les problèmes et les dangers de la mondialisation, notamment du Marché commun de l'Union européenne. Il en décrit chaque exigence et chaque danger, avec ses conséquences et la politique prévue pour y faire face.
Il constitue aussi un exposé succinct des théories économiques à la base de la stratégie de Lisbonne et, plus généralement, de la mondialisation.
De même que certains hommes courent plus vite que d'autres, certaines entreprises sont mieux placées, à un moment donné, pour saisir une opportunité (nouvelle technologie, nouveau produit, nouvelle demande du marché, meilleure productivité [43], plus de capital disponible, etc.) Ces entreprises se développent alors plus vite, font plus de bénéfices, investissent, embauchent, etc.
De même, certains pays sont mieux placés que d'autres, à un moment donné, pour développer leur économie. Exemple actuel : les pays producteurs de pétrole ou de gaz. Un pays qui sait profiter d'un contexte favorable :
§ développe son économie (c'est-à-dire son PIB [41], donc le PIB par habitant [42]),
§ crée des emplois (voir "Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total"),
§ et le niveau de vie de sa population (mesuré par le PIB par habitant) croît.
Ce pays croîtra donc plus vite que d'autres, moins bien placés.
Enfin, certaines régions d'un grand pays se développent plus vite que d'autres, leurs habitants s'enrichissant alors que leurs voisins stagnent. C'est ainsi que d'après [12], une étude effectuée en Chine auprès de 84 000 ménages montre qu'en 3 ans 90 % des résidents urbains ont accru leurs revenus de 0.5 % depuis l'adhésion de la Chine à l'OMC fin 2001, tandis que les revenus des ménages ruraux ont baissé de 0.8 % et que ceux des ménages les plus pauvres ont même vu leur niveau de vie reculer de 6 % : plus le pays s'enrichit, plus les inégalités sociales augmentent.
La mondialisation transforme donc le contexte des entreprises comme celui des pays, et certaines entreprises ou certains pays en profitent plus que d'autres, et plus vite : la mondialisation est donc source d'inégalités [11] et de fractures sociales.
Voir à ce propos le texte "La croissance du PIB entraîne celle des inégalités", qui illustre la fracture sociale, l'impact de l'immigration sur les salariés du bas de l'échelle et l'impact des délocalisations sur les salariés les plus qualifiés.
Les statistiques des Nations unies montrent que la mondialisation crée plus de pays gagnants que de pays perdants, le PIB par habitant mondial croissant malgré l'augmentation de la population, et la proportion de personnes pauvres diminuant [10].
Une analyse plus complète de ce que la mondialisation fait et peut faire contre la pauvreté est disponible dans la section "Mondialisation et pauvreté".
Il faut aussi signaler la générosité des deux hommes les plus riches du monde, les Américains Bill Gates et Warren Buffett, qui ont donné au total 67 milliards de dollars pour lutter contre la pauvreté, somme supérieure aux PIB 2004 de l'Ukraine, du Maroc ou du Pérou [21].
Les mécanismes économiques ne pouvant rien contre les fractures sociales, il faut que les Etats organisent la solidarité, sous forme d'aides ciblées au développement des régions défavorisées. Ces aides doivent permettre à ces régions de produire des biens ou services demandés par le marché, ou complémentaires de ceux qui le sont. Et bien entendu, des associations (notamment des ONG) peuvent aider les pauvres à mieux vivre ou à acquérir les connaissances ou les financements leur permettant de sortir de la misère.
Voir aussi : "Mondialisation humanisée : la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE)".
Nous avons vu que la mondialisation produit des marchés plus grands, générateurs d'économies d'échelle et de meilleures possibilités de financement et de R&D. C'est une des raisons du succès du Marché commun, dont l'élargissement rapide à 10, puis 15, puis 25 pays, etc. a permis une plus forte croissance des économies.
Mais la taille n'est pas la seule manière de favoriser la croissance et la compétitivité, il y a aussi l'agilité, c'est-à-dire l'aptitude à s'adapter rapidement aux évolutions des technologies, des goûts des consommateurs et du contexte changeant de l'économie. Et l'expérience montre que plus un ensemble d'hommes est petit, plus il a des chances d'être agile : l'adaptation d'une petite entreprise est plus rapide que celle d'une grande entreprise, l'adaptation d'un petit pays plus rapide que celle d'un grand pays.
C'est ainsi qu'une petite entreprise qui innove beaucoup (souvent nouvelle) peut se trouver ou se créer des créneaux de marché où il n'y a pas encore de concurrence. C'est ainsi qu'une entreprise qui sait se réorganiser rapidement, pour profiter de l'informatique et des communications, peut accroître sa compétitivité de manière spectaculaire. C'est ainsi que des petits pays peuvent survivre à côté des grands, en se spécialisant et en devenant complémentaires.
Exemple 1 : les constructeurs automobiles BMW et PORSCHE se sont trouvés un créneau de marché où on apprécie la technicité, la sportivité et la qualité. De ce fait, sa croissance rapide a permis à BMW de rejoindre son rival Mercedes, d'avoir des bénéfices considérables, bref un avenir assuré malgré l'absence de coopération industrielle pratiquée systématiquement par les autres constructeurs. Et de son côté, PORSCHE gagne énormément d'argent malgré un nombre de véhicules produit modeste et une main d'œuvre allemande coûteuse.
Exemple 2 : la dimension d'une multinationale n'est pas forcément un atout. A preuve l'acquisition par Hewlett-Packard en 2002 de son concurrent Compaq pour 19 milliards de dollars, qui s'est terminée en février 2005 par le limogeage de la présidente Carleton Fiorina, parce les bénéfices n'étaient pas au rendez-vous et le concurrent DELL était de plus en plus fort.
Au point de vue agilité, l'Union européenne est un frein plutôt qu'un avantage, car l'adoption de décisions communautaires est basé sur l'accord d'un grand nombre de pays aux intérêts en général divergents, et aux points de vue opposés.
Exemple de difficulté à se mettre d'accord dans l'Union européenne : le brevet communautaire, sur la législation duquel les polémiques durent depuis 1997 sans qu'un accord ait été trouvé 9 ans plus tard ! [15] Cet exemple illustre l'intérêt d'une forte intégration fédérale de l'Union européenne, comme celle des Etats-Unis.
En outre, la législation du travail contraignante adoptée par la France et l'Allemagne freine la mobilité des salariés (entre professions et entre régions) indispensable à l'agilité, ainsi que les destructions créatrices d'emplois.
Jusqu'ici, la politique de l'Union européenne a trop favorisé la croissance par la taille et l'intégration, au détriment de l'agilité des pays membres et de leur adaptation économique rapide. L'agilité est freinée par les délais pour se mettre d'accord, l'impossibilité d'y arriver dans des domaines essentiels comme l'unification fiscale, et les lois sociales contraignantes.
Comme le soulignent les rapports Camdessus [16] et Beffa [17], la quasi-absence de coopération européenne en matière d'enseignement supérieur et de recherche et développement fait que les Européens ne profitent pas du nombre d'habitants de l'Union et de son PIB pour rester à l'avant-garde dans des domaines de haute technologie essentiels : TIC, biotechnologies, etc. D'où la stratégie de Lisbonne, et les efforts préconisés par [5] et [9].
Pour mieux comprendre l'impact d'Internet sur l'agilité, voir la citation sur Internet dans "La France obligée d'innover sans cesse".
Les études récentes [1] et [3] montrent l'absurdité économique d'une protection excessive de l'emploi, qui freine la croissance et génère du chômage. On lit dans [3] :
"…si les mécanismes de protection de l'emploi freinent les licenciements – rendus plus coûteux – en phase basse du cycle, ils peuvent également décourager les embauches en période de reprise de l’activité (Bertola, 1992), de sorte qu’il en résulte une hausse du chômage à long terme selon Bentolila et al. (1990). Autrement dit, la réglementation du marché du travail peut contribuer au maintien d’un haut niveau de chômage (Blanchard et al., 2000 ; Belot et al., 2001) ; sa diminution pourrait donc s’avérer bénéfique à l’emploi (Belot et al., 2004), comme le laisse à penser la corrélation légèrement positive entre l’indicateur EPL (Employment Protection Legislation) calculé par l’OCDE et le taux de chômage [39]."
Une baisse d’un point de l’indicateur EPL pourrait se traduire par une baisse d’un point du taux de chômage [39]. L’impact serait plus élevé si Pologne et Slovaquie étaient exclues de l’échantillon des pays. Cela se voit sur le graphique ci-dessous :

Relation entre indicateur de protection de
l'emploi EPL (en abscisses)
et taux de chômage [39] (en %, en ordonnées)
Abréviations des noms de pays : voir [48].
Ah si seulement les gouvernements français pouvaient tenir compte de ces résultats et supprimer l'essentiel de la protection de l'emploi dans le cadre d'une politique de « flex-sécurité », nous gagnerions beaucoup, beaucoup d'emplois, comme au Danemark ou en Irlande.
On lit dans [3] :
"…l’impact négatif de la réglementation des marchés des biens sur le taux d’emploi [39], dont l’augmentation est l’un des principaux objectifs de Lisbonne, peut être apprécié à partir des données de l’OCDE : il existe en effet une corrélation négative entre l’indicateur PMR (Product Market Regulation) de régulation des marchés des biens calculé par l’OCDE et le taux d’emploi [39]."
Une baisse d’un point de l’indicateur PMR pourrait se traduire par une hausse de 15 points du taux d’emploi [39]. Cela se voit sur le graphique ci-dessous :

Relation entre indicateur de réglementation
du marché PMR (en abscisses)
et taux d'emploi [39] (en %, en ordonnées
Abréviations des noms de pays : voir [48].
"…l’impact de la réglementation relative à la protection de l’emploi est plus particulièrement ressenti dans les entreprises de taille moyenne et/ou innovantes.
On démontre également que les facteurs de production étant plus facilement adaptables à court terme lorsque la protection réglementaire de l’emploi est allégée, les investissements en technologie sont rendus plus aisés (Caballero et al., 1998), ce qui favorise la productivité [43] (Gust et ali., 2002). Eaton et al. (1996) ont même calculé que plus de la moitié de la croissance des pays de l’OCDE était imputable aux seules innovations nées aux États-Unis, en Allemagne et au Japon."
Non seulement il faut faciliter les licenciements pour faciliter les embauches, mais il faut supprimer les entraves à la concurrence et au commerce : prix (plancher ou non) imposés, dates de soldes imposées, monopoles, etc.
Pour rester compétitive ou devenir leader sur ses marchés (ce qui lui permet d'imposer ses produits et ses prix, donc de gagner davantage) une société multinationale doit n'être présente que dans les activités où elle fait partie des plus performantes en qualité, prix de revient et présence commerciale.
Comme les marchés évoluent sans cesse, parce que des produits apparaissent et disparaissent souvent et que les goûts des consommateurs changent, une multinationale est souvent amenée à se développer ou se recentrer sur les activités où elle est la plus compétitive, ou sur celles qui sont les plus prometteuses ; elle peut aussi devoir quitter un pays et s'installer dans un autre. De ce fait, elle doit souvent prendre ou revendre des participations au capital d'autres sociétés, ou revendre des filiales ou des départements et en acquérir d'autres. Selon [19] pages 179-180 :
"… l'internationalisation des groupes français a connu une nette accélération entre 1997 et 2002. Si l'on considère les comptes des 32 groupes non financiers entrant dans la composition du CAC 40 en 2001, il apparaît que le tiers d’entre eux a été concerné par des fusions-acquisitions de grande ampleur qui se sont pour la plupart produites jusqu’en 2001."
Ces phénomènes de cession et d'achat d'unités de production ou de vente s'accompagnent nécessairement de réorganisations, donc de mouvements de personnel, départs et embauches. L'existence, l'ampleur et la fréquence de ces mouvements inquiètent les salariés, et d'autant plus qu'en général ils sont mis devant le fait accompli.
La mondialisation profite aux consommateurs parce que la concurrence mondiale entraîne une baisse des prix, ainsi qu'une amélioration de la qualité des produits et services. L'intérêt des consommateurs est contraire à celui des fournisseurs, dont chacun souhaite avoir le minimum de concurrence, bénéficiant ainsi d'une « rente de situation » où il gagne de l'argent sans se donner trop de mal, nous l'avons déjà signalé.
Les gouvernements et l'Union européenne doivent donc veiller à empêcher les plus grandes entreprises d'acquérir une position dominante sur certains marchés, position qui leur permettrait d'imposer leurs produits et leurs prix. Non seulement ils doivent empêcher la formation de tels monopoles, ils doivent aussi empêcher la formation d'oligopoles, situations où un petit nombre de fournisseurs dominent un marché en se faisant peu concurrence. Et les autorités de surveillance de la concurrence doivent également réprimer les éventuelles ententes entre entreprises concurrentes.
L'histoire économique montre que même entre pays la concurrence est indispensable. Lorsqu'un pays ferme ses frontières, protégeant ainsi ses producteurs de biens et services de la concurrence étrangère, les entreprises de ce pays ne font plus d'efforts constants pour améliorer leur offre et leur productivité [43]. Au bout de quelques années, leurs produits sont inférieurs à ceux des pays étrangers ; ils deviennent impossibles à exporter, ou ne peuvent l'être qu'à un prix très bas.
C'est ce qui s'est produit avec l'ensemble des pays de l'ex bloc communiste : leurs voitures, par exemple, étaient invendables à l'Ouest par manque de fiabilité et de prestations. Comme tous les pays ont besoin d'importer certaines marchandises (exemple : le pétrole pour la France), ils doivent exporter pour avoir de quoi payer leurs importations. Et si leurs produits sont invendables, ou à si bas prix qu'ils ne permettent pas de payer les importations indispensables, le pays d'endette. Lorsque ces dettes dépassent sa capacité de remboursement, il ne trouve plus de prêteurs et doit réduire ses importations. Les pénuries engendrent alors la misère. C'est exactement ce qui est arrivé, au bout de quelques décennies, à tous les pays qui ont fermé leurs frontières : ceux du bloc communiste, mais aussi les « pays non alignés » comme l'Inde ou l'ex Yougoslavie.
La concurrence internationale est donc indispensable, et toute entrave au commerce de la part d'un pays se retourne d'abord contre ses consommateurs (qui paient leurs produits plus cher que les importations équivalentes) et ensuite contre le pays lui-même, dont l'économie n'est plus compétitive, et qui s'endette et finit dans la misère.
La vitesse d'ouverture d'un marché à la concurrence est un facteur fondamental dans l'impact de cette ouverture, comme le démontre le prix Nobel d'économie Joseph STIGLITZ dans [14].
§ Si l'ouverture est progressive, parce que pendant un certain temps le pays limite les quantités importées ou taxe les importations, les entreprises concernées ont du temps pour s'adapter à la concurrence, en augmentant leur productivité [43] et la qualité de leur offre, ou en innovant.
Exemple : Les pays avancés ont eu le temps, pendant les 30 années depuis l'Accord Multifibres (AMF) de 1974, de reconvertir une partie de leur industrie textile vers des produits très techniques, comme les tissus pour l'automobile et les tissus perméables appelés géotextiles, ainsi que de reconvertir certains salariés à d'autres activités. Et il leur reste des clauses de sauvegarde permettant de limiter temporairement les importations dont le volume viendrait à exploser.
Si certaines entreprises ne peuvent s'adapter et licencient, la progressivité des licenciements fait qu'à tout moment le nombre de chômeurs qui doivent retrouver du travail est modeste. Ils ont des chances d'en retrouver ; et leur petit nombre fait que le pays a les moyens de les indemniser le temps qu'ils se reconvertissent.
§ Si l'ouverture est brutale, comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est lors de la réunification, les entreprises n'ont aucun délai d'adaptation, sont surclassées par la concurrence et doivent fermer. La décision de cette ouverture instantanée en Allemagne de l'Est a donc été une grave erreur politique.
Le développement économique entraîne à son tour une croissance des consommations de produits de base. Exemples :
§ Le pétrole (pour les transports, où rien ne permet aujourd'hui de le remplacer). La formidable croissance de la Chine et de l'Inde fait exploser la consommation de pétrole, ainsi d'ailleurs que celle de la plupart des autres produits de base.
§ Le charbon et le fer (pour l'acier) et de nombreux métaux non ferreux.
§ Les céréales au sens large (blé, maïs, riz, soja, etc.). La consommation de céréales augmente à la fois du fait de la population qui croît, du fait qu'étant plus riche elle consomme plus, et du fait qu'en consommant plus de viande elle entraîne une forte croissance de la consommation des céréales qui nourrissent le bétail (pour produire 1 kg de bœuf il faut 10 à 15 kg d'aliments pour bétail).
Rien ne permet d'espérer que la planète soit capable de fournir tous ces produits si les Chinois, les Indiens, etc. doivent atteindre un niveau de vie voisin de celui dont nous profitons aujourd'hui ; il y a une compétition croissante pour l'accès aux ressources de base, et toute la politique internationale en est impactée.
Pour plus de détails sur les surconsommations, les pénuries et leur impact, voir :
§ "La pénurie et le coût des matières premières".
§ "Impact de la flambée des prix du pétrole".
La mondialisation facilite la propagation des maladies et des espèces nuisibles par les personnes ou les marchandises qui voyagent.
Pour gagner davantage, les hommes et les entreprises ont tendance à user sans restriction de ce qui ne coûte rien, comme l'air et l'eau. Il en résulte des consommations excessives d'eau, l'émission de gaz carbonique, de la déforestation, la disparition d'espèces naturelles, ainsi que la pollution de l'eau, de l'air et des sols.
Les lois de l'économie ne peuvent rien contre ces abus. C'est aux gouvernements et aux organisations internationales qu'il appartient d'édicter les règles de protection de l'environnement et de les faire respecter. Et une attitude purement défensive ne suffit pas, il faut changer notre modèle économique lui-même, pour aller vers le développement durable [13].
On parle en général, en France, d'exception culturelle pour dire que notre culture doit être préservée du déferlement des productions culturelles anglo-saxonnes, qui risquent de la submerger et de la chasser de nos écrans et de nos CD ou DVD, alors que ce qu'il faut protéger est la diversité culturelle, en France comme partout. En fait, les politiciens qui invoquent l'« exception culturelle » l'utilisent comme prétexte pour justifier des subventions, injustifiées sur le plan artistique comme du point de vue économique.
Si la France veut promouvoir sa culture à l'étranger, elle peut le faire sans le secours de subventions et discriminations, notamment en utilisant Internet pour faire connaître les œuvres de ses riches musées et bibliothèques, les musiques libres de droits de ses compositeurs, les livres et pièces de ses auteurs. Cela ne coûte à peu près rien et permet d'atteindre de plus en plus d'internautes, à l'étranger comme en France. Or les internautes constituent de nos jours la majorité des « consommateurs de culture », personnes qui lisent correctement dans les pays avancés.
La politique de subventions des artistes, des films de cinéma et de télévision permet la survie de beaucoup de médiocrité : films et téléfilms sans intérêt où la langue française est massacrée autant que la décence, artistes vivant essentiellement des indemnités de chômage versées aux intermittents du spectacle, sociétés de production utilisant les statuts d'intermittent pour payer moins de charges, etc.
Destinée à défendre la culture française contre l'envahissement de la langue anglaise et des productions industrialisées de Hollywood, cette politique n'empêche pas les œuvres en langue anglaise de parvenir jusqu'au public français, qui les compare toujours aux œuvres françaises et choisit celles qui lui plaisent le plus.
De même, lorsqu'une création française est bonne, elle a du succès à l'étranger ; les subventions de l'exception culturelle peuvent tout au plus la faire mieux connaître. On ne devrait plus, de nos jours, subventionner la création artistique et la survie d'artistes qui ne peuvent s'imposer par leur talent, précisément parce que la mondialisation permet à chaque œuvre, chaque artiste, de toucher un public plus vaste que naguère.
Toute culture vit sans cesse et évolue au contact d'autres cultures. Considérer la culture française comme quelque chose de pur et libre d'influences étrangères est contraire aux faits. Une culture figée comme les œuvres des poètes latins est morte et n'a plus d'impact populaire. Et la première manière de faire vivre et prospérer la culture française est de la faire connaître et apprécier des Français, à l'école, au théâtre, à la télévision, etc.
Pour la protection de la langue française, voir les commentaires sur l'article de Maurice Druon.
D'abord il faut mettre un terme au mythe des « capitalistes américains qui achètent le monde ». Selon l'étude on ne peut plus officielle de l'OCDE [19] de juin 2004, page 12 :
§ Le total des investissements directs étrangers (IDE) aux Etats-Unis de 1990 à 2002, 800 milliards de dollars, est équilibré par celui des investissements des Etats-Unis dans le reste du monde. Donc les Américains « achètent les pays étrangers » autant que les étrangers « achètent l'Amérique », ni plus ni moins.
§ Pendant cette même période, la France a acheté plus d'actions d'entreprises étrangères (500 milliards de dollars) que les étrangers (Américains compris) ont acheté d'entreprises françaises (230 milliards de dollars).
Selon le bureau d'analyse économique du gouvernement américain (BEA) [50], le graphique ci-dessous résume l'évolution des totaux d'investissements des Américains à l'étranger et des étrangers aux Etats-Unis ; on voit qu'en fin 2005 les étrangers « possédaient plus d'Amérique » que le contraire, et que ce solde net négatif pour les Etats-Unis s'amplifie :

Evolution du total des investissements des étrangers aux Etats-Unis et des Américains à l'étranger
Selon [19] page 5, pendant la décennie de 1994 à 2003 :
§ Les étrangers ont investi en France 351.6 milliards de dollars, somme considérable ;
§ Les Français (et surtout leurs entreprises) ont investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars, près du double du montant précédent. On est loin des Américains qui achètent notre France…
Selon [18] :
"Fin 2005, 46.4 % des parts de sociétés cotées à la bourse de Paris étaient détenues par des non-résidents."
Donc 53.6 % étaient détenues par des Français. L'évolution récente de la détention de capital des entreprises du CAC 40 par des non-résidents est donnée par le graphique ci-dessous :

Et le graphique suivant montre que le capital étranger intervient dans de nombreux secteurs d'activité :

Evolution du pourcentage de capital étranger en % par secteurs d'activité
Sur le plan commercial, la crainte de l'hégémonie américaine n'est plus fondée depuis des années, les règles du commerce international étant négociées à l'OMC [20], et la France étant capable de se défendre avec succès dans le cadre européen, comme l'ont montré :
§ Notre victoire au conflit des droits d'importation des aciers aux Etats-Unis ;
§ L'imposition par l'Union européenne de 15 % de droits de douane supplémentaires sur un certain nombre de produits américains à partir du 01/05/2005, suite à une condamnation des Etats-Unis par l'OMC pour leur politique antidumping abusive.
En outre, environ 2 millions d'emplois aux Etats-Unis dépendent d'entreprises à forte proportion de capitaux français, à peine moins que le nombre d'emplois en France où interviennent des capitaux américains : il n'y a pas écrasement, il y a interdépendance des deux économies, et d'ailleurs de toutes les économies des pays avancés et, de plus en plus, de la Chine.
Pour plus de détails sur l'interdépendance des économies, voir "Mondialisation et interdépendance des économies".
Cette dernière accusation est particulièrement injuste : s'il est vrai qu'aux Etats-Unis et en Italie des scandales financiers récents (ENRON, PARMALAT, etc.) ont dépouillé des petits actionnaires au profit de dirigeants crapuleux, en France ce sont des scandales dus à des dirigeants grands commis de l'Etat qui ont appauvri des petits épargnants (Crédit Lyonnais, France Télécom, etc.), sans que ces hauts fonctionnaires s'enrichissent. Et ce sont des élus qui ont dépouillé les contribuables au profit de partis politiques, au moyen de fausses factures, d'emplois fictifs et de fonds secrets. A la malhonnêteté de quelques grands patrons aux Etats-Unis répondent l'incompétence, l'irresponsabilité et les fausses factures de quelques hauts fonctionnaires chez nous : ce n'est pas la mondialisation qui est coupable, c'est un ensemble d'hommes.
Il ne faut donc pas, chez nous, accuser les patrons et les investisseurs de méfaits dus à notre propre système politique trop étatique, ou à nos élus.
Il faut aussi comprendre que le concept de mondialisation est associé par trop de gens de gauche à celui de sociétés multinationales, dont beaucoup sont américaines, donc pour eux automatiquement détestables [22]. En fustigeant la mondialisation, ils combattent en fait ces sociétés, donc les Américains.
Non seulement les gens de gauche antiaméricains oublient que de nombreuses multinationales sont d'origine française, mais ils oublient que les licenciements qu'ils qualifient de « boursiers » sont dus d'abord aux innovations de produits, caractéristiques du progrès moderne. De nos jours, de nombreux articles fabriqués par millions deviennent obsolètes quelques mois ou quelques années après.
Exemples : les téléphones portables ; les PC et les circuits intégrés qui les animent ; les carburateurs remplacés par des systèmes d'injection ; les disques en vinyle remplacés par des CD-ROMs, eux-mêmes remplacés progressivement par des DVD ; les appareils photo et caméras optiques remplacés par des modèles numériques ; etc.
Certaines entreprises qui n'ont pas su suivre cette évolution disparaissent avec leurs produits, dont le marché ne veut plus, licenciant leur personnel. Mais d'autres entreprises naissent, pour de nouveaux produits, et embauchent pour les concevoir, les fabriquer, les réparer et les vendre. Le progrès technique à l'origine de ces évolutions de produits n'est coupable de rien. Pourtant, il explique infiniment plus de licenciements industriels que la politique de ressources humaines des multinationales.
Ces phénomènes ont été expliqués en détail dans le tome 1 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent".
Voir aussi : "Capitalisme et marchés financiers : une critique sévère".
L'antiaméricanisme du public français (voir [22]) est dû en grande partie aux media, qui diffusent bien plus souvent des points de vue négatifs que des points de vue positifs sur les Etats-Unis. Ils oublient ce faisant de signaler l'essentiel, comme le fait si bien André Glucksmann dans les deux ouvrages de [23] : la France et les Etats-Unis sont des pays qui partagent les mêmes valeurs de civilisation, la démocratie, l'économie de marché ouverte aux exportations et importations. Et ils sont tous deux attaqués par le terrorisme, contre lequel ils devraient lutter ensemble.
Il est pourtant facile de résumer objectivement les avantages et les inconvénients de la mondialisation de la manière ci-dessous, comme le fait [24] en analysant l'effet du marché commun USA - Canada - Mexique, créé en 1992 sous le nom de NAFTA (North American Free Trade Association) en s'inspirant de l'Union européenne :
"Par son abaissement des barrières douanières et réglementaires, la mondialisation :
· Développe le commerce, donc la production, donc certains types d'emplois ;
· Enrichit globalement les pays participants ;
· Augmente le niveau de vie moyen de leurs citoyens.
Les bénéfices résultant du développement de la production et de l'intensification de la concurrence produisent des effets qui ne sont jamais spectaculaires au niveau des citoyens. La grande majorité de ceux-ci profite d'une croissance de son pouvoir d'achat, mais si lentement et si progressivement qu'elle ne s'en aperçoit guère qu'au bout d'au moins une décennie.
Au contraire, les emplois perdus du fait de délocalisations ou de licenciements « boursiers », qui ne touchent qu'une faible partie des salariés, frappent beaucoup plus les esprits parce que la souffrance infligée à ces salariés est très visible et l'est immédiatement, notamment parce que les media l'amplifient."
Les opposants à la mondialisation peuvent donc facilement trouver des exemples de travailleurs qui ont souffert de la mondialisation, pour argumenter contre celle-ci. Ils se gardent bien de citer le bénéfice réel qu'en tire la majorité des gens.
Ils ne citent pas non plus la croissance des exportations des pays avancés vers les pays en voie de développement, qui crée des emplois et des bénéfices dans les pays avancés, comme l'explique le paragraphe « Importance des investissements à l'étranger » du "Cours d'économie pour citoyens qui votent".
Ils ne citent pas, enfin, la croissance des exportations des pays pauvres vers les pays riches, pourtant évidente lorsqu'on regarde les chiffres. Et les media français, eux, ne citent jamais ces progrès, conformément au principe "de l'intérêt médiatique des seuls trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure".
Il faut bien comprendre que sans la croissance économique mondiale due à la mondialisation, la planète n'aurait jamais pu nourrir comme elle le fait une population mondiale qui augmente, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [25] :

Croissance de la population mondiale depuis 1950
Pour que la mondialisation profite à la majorité en lésant le moins possible des minorités, il faut un accompagnement social :
§ formation et diverses actions pour favoriser l'égalité des chances ;
§ investissements en infrastructures pour attirer les emplois ;
§ investissements en recherche pour créer des produits innovants, etc.
Voir le reste de la discussion au tome 1 du Cours d'économie.
Il faut aussi un accompagnement médiatique, pour expliquer aux gens :
§ l'importance d'une formation continue pour protéger leur employabilité ;
§ la protection qu'offre une qualification dans un métier porteur ;
§ le caractère inéluctable, dans une économique mondiale ouverte, du transfert progressif des emplois peu qualifiés vers les pays en développement ;
§ le besoin des entreprises et des gens de s'adapter en permanence aux changements (c'est-à-dire de protéger leur employabilité), etc.
L'accompagnement médiatique est aussi indispensable pour montrer au public les exemples étrangers dont la France devrait s'inspirer, comme le libéralisme tel qu'il est pratiqué en Grande-Bretagne et en Irlande, pays en croissance plus rapide avec moitié moins de chômage que chez nous.
Il y a aussi des pays européens qui ont résolu les problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites : pourquoi la télévision ne compare-t-elle jamais en détail leurs solutions avec les nôtres ?
En résumé, la mondialisation a absolument besoin d'un accompagnement par les media, pour que les citoyens en connaissent les effets, et ce qu'ils doivent faire pour en être les bénéficiaires, non les victimes. Hélas, cet accompagnement n'existe pas aujourd'hui en France : les émissions et articles qui évoquent les aspects sociaux de la mondialisation sont consacrés à la polémique et aux luttes idéologiques, au lieu des explications factuelles et des conseils pratiques dont les citoyens ont besoin.
Si la législation (du travail, fiscale, etc.) rend difficile, coûteuse ou lente la création d'entreprises, l'adaptation aux opportunités (nouvelles technologies attendant une fabrication de produits, ou produits disponibles attendant une commercialisation…) sera lente ou parfois impossible ; donc la croissance de l'activité en souffrira, les consommateurs ne disposeront pas des produits et les paieront plus cher.
C'est pourquoi il faut faciliter la création et le développement d'entreprises par des lois et des coûts de financement appropriés, ainsi que des pôles de compétitivité regroupant des entreprises complémentaires et des centres de recherche.
Il faut le faire pour saisir les opportunités économiques et résister aux chocs, comme l'explique l'important texte [1].
Selon [1], cela produirait 3 types d'effets bénéfiques :
§ Allocation des ressources économiques [49] plus efficiente, car plus de concurrence réduit les rentes de situation dont les fournisseurs bénéficient aux frais des consommateurs.
Ne pas hésiter à laisser importer des produits ou services moins chers, car les consommateurs et entreprises acheteuses dépenseront toujours autant (laissant donc le PIB inchangé) mais en auront plus pour leur argent.
Une meilleure allocation des ressources accroît la productivité [43], donc le PIB [41], donc l'emploi [1].
§ Production plus efficace, car plus de concurrence entraîne :
· L'optimisation des processus de production, d'où plus de compétitivité, d'où plus de parts de marché et de chiffre d'affaires.
· L'amélioration de la qualité et des délais, donc de la compétitivité.
§ L'innovation, pour conquérir de nouveaux marchés et échapper à la concurrence.
Réformes nécessaires pour favoriser la concurrence
§ Déréglementer au maximum les prix ;
§ Libérer le commerce : fin des monopoles d'Etat (SNCF…), des autorisations de vente (périodes de soldes, quotas…), laisser entrer les produits, services et travailleurs étrangers dont nous avons besoin (sauf délai d'adaptation) ;
§ Démanteler les monopoles et participations de l'Etat (il y en a environ 1400 en France !).
Le Marché commun a déjà apporté de gros progrès, comme nous l'avons vu au paragraphe "Croissance due à l'intégration européenne".
[2] montre qu'on peut y parvenir grâce à des marchés financiers plus intégrés et plus concurrentiels, qui :
§ Permettent d'abaisser les coûts des transactions pour les entreprises et les particuliers, et d'améliorer le rendement pour les investisseurs.
§ Facilitent les prises de participation internationales, ce qui diversifie mieux les risques, donne accès à davantage de capitaux, davantage de modes de financement et davantage de techniques de sécurisation des investissements.
§ Diminuent les coûts de transaction et de risque, donc permettent une allocation plus efficiente du capital, ce qui facilite l'investissement et la croissance.
Cela permet :
§ D'en finir avec l'habitude des déficits budgétaires, à l'origine d'une dette de plus de 1100 milliards d'euros coûtant cher en intérêts d'emprunts, et commencer à rembourser cette dette ; voir "Comment 30 ans de déficit ont mené l'Etat au bord de l'asphyxie".
§ De diminuer la pression fiscale, ce qui permettra aux entreprises comme aux particuliers d'investir et de dépenser davantage, ce qui fera croître le PIB [41], donc l'emploi ; voir "L'Etat-providence à la française : une générosité irresponsable".
La liste ci-dessous est détaillée dans l'étude "Chômage : savoir et agir" au chapitre "Propositions".
§ Augmenter le taux d'emploi [39] en général, et particulièrement ceux des seniors et des jeunes :
· Incitations à l'embauche ;
· Retenir les travailleurs dans l'emploi ;
· Politiques d'emploi actives (voir lutte-chômage) :
ü
Mesures directes :
création emplois publics (à éviter) ; subventions (à réduire au maximum)
ü
Mesures indirectes :
- formation qualifiante initiale et permanente [4], [5] ;
- infrastructures favorables aux entreprises ; (communications et
télécommunications, pôles de compétitivité)
- enseignement supérieur [4], [5] ;
- service public de l'emploi efficace, notamment pour orientation et bilans de
compétence réguliers ;
- favoriser la mobilité géographique et professionnelle.
· Rendre plus compatibles vie professionnelle et vie personnelle (aides à domicile, garderies, etc.)
§ Aller dans le sens de la « flex-sécurité » :
· Diminuer fortement la protection de l'emploi [1], [2], [3] ;
· Garantir une bonne indemnisation du chômage en argent et durée, pour éliminer la peur de perdre son emploi ;
· Aider activement le chômeur à retrouver un emploi et l'obliger à s'impliquer dans ce processus ;
· Sanctionner les refus de prendre un emploi après le 3ème refus.
Pour plus de détails, voir "Propositions pour améliorer l'employabilité".
§ La stratégie de Lisbonne fixe aux états un objectif de dépenses de R&D de 3 % du PIB [41] en 2010, dont 2 % à la charge des entreprises [5].
Selon [2] page 23 :
"Coe et al. (1995) [27] montrent que les effets de diffusion de la R&D sont d’autant plus grands que les économies sont ouvertes au commerce extérieur, donc peuvent bénéficier du stock de capital étranger en R&D."
Cette approche est préconisée par la stratégie de Lisbonne. Selon [2] page 23 :
"Cette approche environnementale est innovante par rapport aux étapes antérieures du processus de convergence européen. Elle est pertinente au niveau tant macroéconomique, puisque reporter dans le futur la résorption des dommages environnementaux risque d’être plus coûteux, que microéconomique, dans la mesure où la protection de l’environnement peut être source d’innovations et de profits, notamment pour les entreprises qui sauront les premières en tirer parti."
[1] OCDE - "PRODUCT MARKET REFORMS AND EMPLOYMENT IN OECD COUNTRIES" (16-12-2005)
Ce document estime l'impact sur l'emploi de réformes des marchés des biens et services augmentant la pression concurrentielle et allégeant le poids des règlementations, sur la base d'un échantillon de pays de l'OCDE et au cours des vingt dernières années.
Les résultats suggèrent que des règlementations restrictives se sont traduites par des effets défavorables importants sur l'emploi dans les pays où aucune réforme significative sur le marché des biens n'a été mise en œuvre. Ces effets défavorables auraient été renforcés par des institutions conférant un fort pouvoir de négociation aux insiders, accréditant l'idée selon laquelle la constitution de rentes de situation sur le marché du travail pèse sur l'emploi.
En termes de politique économique, cet article suggère que des gains significatifs quant au niveau de l'emploi peuvent être attendus d'une dérèglementation des marchés des biens dans les pays exagérément restrictifs dans ce domaine. Ces gains seraient d'autant plus élevés que les rigidités sur le marché du travail sont importantes.
§ Total des impôts sur le revenu du travail et des charges sur le travail : un total trop élevé augmente le taux de chômage [39], décourage de travailler les salariés peu qualifiés et décourage leur embauche.
L'embauche est particulièrement découragée lorsqu'il existe en plus des salaires minima imposés par les lois ou les conventions collectives. (Voilà une condamnation sans appel de la politique des gouvernements successifs de la France consistant, chaque année, à « donner un coup de pouce au SMIC »
Un total élevé est aussi une incitation à de la concurrence fiscale de la part d'autres pays, d'où une différence d'emploi. 10 % de différence sur le total peut produire une différence de 1 à 3 % du taux d'emploi [39].
§ Indemnités de chômage : l'association d'un fort taux de remplacement du dernier salaire par des indemnités de chômage et d'une importante durée d'indemnisation produit du chômage. Les chômeurs n'ont plus autant intérêt à chercher du travail, ils sont protégés des conditions du marché du travail. Les entreprises doivent payer plus cher pour garder leurs employés, toujours tentés de cesser de travailler, ce qui les décourage d'embaucher.
Ces effets peuvent être combattus en exigeant des chômeurs de la disponibilité pour travailler et l'acceptation des offres qu'ils reçoivent.
§ Législation de protection de l'emploi, rendant les licenciements difficiles, longs et coûteux :
· Effets positifs :
ü protection contre les abus des employeurs ;
ü meilleure productivité due à l'expérience prolongée des salariés ;
ü meilleure confiance des salariés, qui s'engagent envers leur entreprise et s'efforcent de bien travailler ;
ü incitation à bien former les salariés.
· Effets négatifs :
ü refus d'embaucher de peur de ne pouvoir licencier (PME plus que grandes entreprises), d'où mauvaise adaptation de l'entreprise - et du pays - aux conjonctures difficiles comme aux nouvelles opportunités, et refus d'investir dans le pays quand on a le choix du lieu où on se développera ;
ü réduction des transitions de l'emploi au non-emploi, d'où pour certains des exclusions de l'emploi, des CDD et intérims à répétition ;
ü puisque le salaire d'un travailleur ne décroît jamais, l'entreprise ne peut ajuster ses coûts salariaux, qui croissent toujours, d'où des cessations d'activité et plus de chômage.
§ Emplois dans le secteur public : si les employés du secteur public sont relativement bien payés, les salariés donneront la préférence au secteur public sur le secteur privé, et ce d'autant plus qu'il y a une forte syndicalisation dans le secteur public et qu'un service donné peut être assuré par le public comme par le privé.
§ Interactions entre marché des produits et marché du travail :
· Une faible concurrence dans le marché des produits conduit à des rentes de situation qui tendent à stabiliser l'emploi, donc à favoriser les insiders par rapport aux outsiders, qui ont du mal à accéder à l'emploi ; en outre, elle est défavorable aux consommateurs, donc à l'activité et à l'emploi ; la croissance des salaires tend à dépasser celle de la productivité [43], ce qui est malsain ;
· Les insiders ont toujours tendance à vouloir peu de concurrence, pour protéger leur emploi ;
· Une forte concurrence est favorable aux consommateurs, donc à l'activité, donc à l'emploi ; lorsque les insiders en ont conscience, ils ont moins tendance à protéger leur emploi ;
· Une libéralisation du marché des produits est complémentaire d'une libéralisation de celui du travail, les deux tendant à renforcer mutuellement leurs effets. La croissance des salaires tend alors à s'aligner sur celle de la productivité [43], ce qui est sain.
[2] Banque de France - Bulletin 151 (juillet 2006)
http://www.banque-france.fr/fr/publications/bulletin/bul151.htm
[3] Citations de [2] pages 22-23.
[4] Citation de [2] page 23 :
"Ciccone et al. (2002) estiment qu’une année d’étude supplémentaire accroît la productivité [43] d’environ 10 % à long terme."
[5] Citation de [2] page 24 :
"…selon Kok (2004), porter à 3 % du PIB [41] les dépenses de R&D accroîtrait le PIB de l’Union de 1,7 % d’ici 2010, tandis qu’une augmentation d’une année du niveau d’éducation moyen de la main d’œuvre ferait progresser le taux de croissance annuel du PIB de l’Union de 0,3 à 0,5 point."
[6] Commission européenne - "Rapport sur la mise en œuvre de la Stratégie pour le marché intérieur (2003-2006)" (21/01/2004)
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/cnc/2004/com2004_0022fr01.pdf
[7] Commission européenne : "Travaillons ensemble pour la croissance et l'emploi - Un nouvel élan pour la stratégie de Lisbonne" (02-02-2005) http://europa.eu/growthandjobs/pdf/COM2005_024_fr.pdf
[8] Commission européenne : "The economic costs
of non-Lisbon" (march 2005)
http://europa.eu.int/comm/economy_finance/publications/occasional_papers/2005/ocp16en.pdf
[9] Conseil européen de Lisbonne 23-24 mars 2000 - "Conclusions de la présidence" (La « Stratégie de Lisbonne » ou « Agenda de Lisbonne »)
http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/ec/00100-r1.f0.htm
[10] Nations unies - "Rapport mondial sur le développement humain 2005"
http://hdr.undp.org/reports/global/2005/francais/pdf/HDR05_fr_complete.pdf
Extrait :
"En moyenne, les habitant des pays en voie de développement sont en meilleure santé, mieux instruits et moins pauvres et ont plus de chances de vivre dans une démocratie pluraliste. Depuis 1990, l’espérance de vie dans les pays en voie de développement s’est allongée de deux ans ; on compte 3 millions de décès d’enfants en moins chaque année, et 30 millions d’enfants non scolarisés en moins. Plus de 130 millions d’individus ont échappé à la pauvreté extrême. Les gains en développement humain ne doivent pas être sous-estimés."
|
Pays ou région |
Croissance
annuelle du |
|
|
1975-2003 |
1990-2003 |
|
|
Monde entier |
1.4 |
1.4 |
|
Pays à revenu élevé |
2.0 |
1.8 |
|
France |
1.7 |
1.6 |
|
Pays les moins avancés |
0.7 |
2.0 |
|
Pays arabes |
0.2 |
1.0 |
|
Asie de l'Est et Pacifique |
6.0 |
5.6 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
0.6 |
1.1 |
|
Asie du Sud |
2.6 |
3.5 |
|
Afrique sub-saharienne |
-0.7 |
0.1 |
Evolution de la croissance annuelle moyenne du PIB par habitant (%)
On voit que :
§ Le PIB par habitant du monde croît de 1.4 % depuis 30 ans malgré l'accroissement de la population.
§ La croissance accélère dans les pays pauvres, les pays les moins avancés, les pays arabes, en Amérique latine, et en Asie du Sud (où l'Inde domine).
§ L'Afrique sub-saharienne, région la plus défavorisée, est passée d'une régression du niveau de vie à une stabilité (+0.1 %) : c'est un des perdants de la mondialisation. Causes : guerres, corruption, etc.
[11] Nations unies - "Rapport mondial sur le développement humain 2006 - Instaurer une croissance équitable" http://www.undp.org/french/publications/annualreport2006/equitable_growth.shtml
Extrait :
"Notre monde est marqué par les extrêmes. Les 40 % les plus pauvres de la population mondiale, à savoir les 2,5 milliards de gens qui ont moins de 2 dollars par jour pour vivre, disposent de 5 % du revenu mondial alors que les 10 % les plus riches disposent de 54 % du revenu mondial.
Jamais auparavant l’éradication de la pauvreté n’a-t-elle été un objectif aussi réalisable : il n’est plus d’obstacle insurmontable, qu’il soit technique, logistique ou lié aux ressources. Et cependant, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim et de la malnutrition, 1,1 milliard n’ont pas accès à l’eau potable propre et 1 200 enfants meurent chaque heure de maladies évitables. Malgré la croissance de l’économie mondiale et de remarquables progrès en médecine et en technologie, nombreux sont les habitants des pays en développement qui ne recueillent pas les avantages que pourrait leur apporter la mondialisation."
[12] Le Figaro économie du 23/02/2005, article "Le fossé se creuse entre Chinois des villes et Chinois des champs"
[13] Nations unies - Commission mondiale sur l'environnement et le développement - Rapport "Our Common Future" (rapport Brundtland, 1987), partiellement disponible en français dans http://www.agora21.org/dd/rapport-brundtland.html
Le Rapport Brundtland constate que les problèmes environnementaux les plus graves à l’échelle de la planète sont essentiellement dus à la grande pauvreté qui prévaut dans le Sud et aux modes de consommation et de production non durables pratiqués dans le Nord. Il demande une stratégie qui permette de conjuguer développement et environnement. Ce processus est défini par le terme de «sustainable development», qu’on a traduit par la suite par « développement durable » et dont on donne la définition suivante :
« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la possibilité, pour les générations à venir, de pouvoir répondre à leur propres besoins ».
La Commission européenne a adopté des indicateurs de développement durable et une liste de documents sur la stratégie de l'Union européenne en faveur du développement durable. Voir portail :
Il y a aussi : "Nouvelle stratégie en faveur du développement durable" (09/06/2006) http://register.consilium.europa.eu/pdf/en/06/st10/st10117.en06.pdf
[14] Livre de Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001, sur la mondialisation : "La grande désillusion" (Titre américain : "Globalization and Its Discontents" - Editions Fayard)
[15] Exemple d'impossibilité de se mettre d'accord sur un problème dans l'Union européenne : la législation sur des brevets communautaires sur laquelle une lutte sans merci a lieu depuis 1997 entre la Commission, le Parlement, des organisations internationales, des groupes politiques, des organisations professionnelles, des ONG, des syndicats, etc. (voir http://www.euractiv.com/fr/innovation/ue-tente-trouver-solution-debat-brevet-communautaire/article-151623 )
[16] Rapport Camdessus "Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France", téléchargé le 20/10/2004 des 202 pages des documents
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0000.pdf et
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0001.pdf .
Etabli à la demande du ministre M. Sarkozy sous la direction de M. Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France et ancien directeur du Fonds Monétaire International, ce rapport résulte des travaux d'un groupe comprenant 24 personnalités françaises et 7 personnalités européennes. Ces dernières ont vérifié d'un point de vue indépendant, non français, le diagnostic et les préconisations des experts français, et ajouté leurs propres recommandations.
Le rapport diagnostique les raisons de la très faible croissance de l'économie française et les perspectives économiques et financières à moyen terme. Il formule ensuite de très nombreuses recommandations. Celles-ci concernent un nombre si important de domaines et préconisent des réformes d'une telle ampleur qu'elles constituent un véritable programme de gouvernement.
Bien qu'il ait été établi à la demande du gouvernement français, qu'il soit excellent et d'une grande importance, et bien qu'il ait demandé des mois d'efforts à 24 personnalités françaises et 7 étrangères, ce rapport a été mis dans un tiroir dès sa remise et n'en est plus jamais ressorti.
Un résumé de ce rapport est disponible ici.
[17] Rapport Jean-Louis BEFFA du 15/01/2005 "Pour une nouvelle politique industrielle", texte téléchargé le 25/01/2005 de http://www.rapport-jeanlouisbeffa.com/pdf/RapportJean-LouisBeffa.pdf
[18] Banque de France - "La détention du capital des sociétés françaises du CAC 40 par les non-résidents à fin 2005"
http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etu149_3.pdf
[19] Etude "TENDANCES ET ÉVOLUTION RÉCENTE DE L’INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER" juin 2004 http://www.oecd.org/dataoecd/22/30/33725255.pdf
(Base de données de l’OCDE sur l’investissement direct international)
Selon cette étude, la France est un pays qui reçoit beaucoup d'investissements étrangers. C'est ainsi qu'en 2003, elle en a reçu 47 milliards de dollars, plus que les Etats-Unis (39.9 milliards de dollars). Donc, bien que nous ayons certains problèmes de compétitivité et une législation du travail trop contraignante, les étrangers investissent beaucoup en France, ce qui crée des emplois.
[20] OMC (Organisation Mondiale du Commerce) http://www.wto.org/indexfr.htm
L'OMC est le cadre mondial où se négocient des accords de libre-échange.
[21] Fondation Bill & Melinda Gates :
§ Présentation en français : http://www.gatesfoundation.org/nr/public/media/localized/AboutUs/AboutUsFrench.htm
§ Exemple d'utilisation des fonds : http://www.gatesfoundation.org/Grants/
§ Don de 37 milliards de dollars supplémentaires à partir de juillet 2006 par M. Warren Buffett (2ème fortune mondiale) : article "Warren Buffett et Bill Gates, bienfaiteurs de l'humanité" http://www.lefigaro.fr/eco/20060627.FIG000000270_warren_buffett_et_bill_gates_bienfaiteurs_de_l_humanite.html
[22] Livre "L'obsession anti-américaine", par Jean-François REVEL, de l'Académie française.
[23] Deux livres d'André Glucksmann :
§ Ouest contre Ouest, éditions Plon ;
§ Dostoïevski à Manhattan, éditions Robert Laffont.
[24] Article "Free Trade Accord at 10: Growing Pains Are Clear", publié dans The New York Times du 27/12/2003
[25] Nations Unies : "Croissance de la population mondiale depuis 1950", texte téléchargé le 31/01/2005 de http://www.unfpa.org/swp/2004/francais/ch1/page7.htm et http://www.unfpa.org/swp/2004/images/f-fig1_lg.gif
[26] Federal reserve Bank of New York - "Benefits and Spillovers of Greater Competition in Europe: A Macroeconomic Assessment" - http://www.newyorkfed.org/research/staff_reports/sr182.pdf
[27] European Economic Review 39 pages 859-887 "International R&D spillovers" http://papers.nber.org/papers/w4444
[28] Nations unies - Statistiques :
§
PIB à prix constants de 1990, de 1970 à 2004
http://unstats.un.org/unsd/snaama/downloads/GDPconstantUS-countries.xls
§
Populations de 1970 à 2004
http://unstats.un.org/unsd/snaama/downloads/XratePop-countries.xls
[29] SENAT - Rapport "QUELLE PRODUCTIVITÉ À MOYEN TERME OU LA QUESTION DU CONTENU DE LA CROISSANCE EN EMPLOIS ?", téléchargé le 17/11/2005 de http://www.senat.fr/rap/r04-070/r04-0705.html
[30] Eurostat 2004, "Le guide statistique de l'Europe - Données 1992 - 2002" http://epp.eurostat.cec.eu.int/cache/ITY_OFFPUB/KS-CD-04-001/FR/KS-CD-04-001-FR.PDF
[31] Taux de pauvreté (ou taux de risque de pauvreté) d'un pays :
C'est la proportion de ses ménages ayant un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. Le taux de pauvreté se calcule à partir du revenu médian avec ou sans transferts sociaux. En France, on le calcule souvent par rapport à 50 % (et non 60 %) du revenu médian.
[32] DREES - "Les comptes de la protection sociale en 2004" (octobre 2005).
http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er435/er435.pdf
DREES - Les comptes de la protection sociale 2005 (octobre 2006)
http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er526/er526.pdf
[33] DREES - Les comptes nationaux de la santé en 2005 (Etudes et Résultats - N° 505 - juillet 2006) http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er505/er505.pdf
[34] INSEE - Balance des paiements trimestrielle 1998-2005
§ Importations - exportations de biens http://www.indices.insee.fr/bsweb/servlet/bsweb?action=BS_SERIE&ONGLET=1&BS_IDBANK=067479361&BS_IDARBO=13090101020000
§ Importations - exportations de services http://www.indices.insee.fr/bsweb/servlet/bsweb?action=BS_SERIE&ONGLET=1&BS_IDBANK=067481179&BS_IDARBO=13090101030000
§ Solde des transactions courantes http://www.indices.insee.fr/bsweb/servlet/bsweb?action=BS_SERIE&ONGLET=1&BS_IDBANK=067479058&BS_IDARBO=13090101000000
[35] OMC (Organisation Mondiale du Commerce) - "Rapport sur le commerce mondial 2005" http://www.wto.org/french/res_f/booksp_f/anrep_f/world_trade_report05_f.pdf
[36] Statistiques officielles sur les PME :
http://www.pme.gouv.fr/economie/chiffreclefspme/index-d.htm
http://www.pme.gouv.fr/economie/chiffreclefspme/1.1.pdf
http://www.pme.gouv.fr/economie/chiffreclefspme/1.9.pdf
§ Les 4 900 grandes entreprises (250 salariés et plus) ne représentent que 0.2 % du nombre total d'entreprises françaises, mais 76 % des exportations ;
§ Les 23 700 entreprises moyennes de 50 à 249 salariés représentent 1 % du nombre total d'entreprises françaises, mais 9.6 % des exportations ;
§ Les 2 446 100 petites entreprises de 0 à 49 salariés représentent 98.8 % du nombre total d'entreprises françaises et 14.4 % des exportations.
[37] Rapport Wim Kok "Relever le défi - La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi" (novembre 2004) - http://ec.europa.eu/growthandjobs/pdf/2004-1866-FR-complet.pdf
[38] Rapport Pebereau "Des finances publiques au service de notre avenir - Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale" (14/12/2005)
http://www.minefi.gouv.fr/pole_ecofin/finances_Etat/dettes/pebereau.pdf
[39] Définition du taux d'emploi : C'est le rapport du nombre de personnes de 15 à 64 ans qui ont un emploi à la population totale de la même tranche d’âge. Le taux d'emploi reflète la capacité d'une économie à utiliser ses ressources en main-d'œuvre.
Définition du taux de chômage : c'est le pourcentage de chômeurs dans la population active (actifs occupés + chômeurs).
Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?
Nous avons l'habitude d'évaluer la situation économique d'après le taux de chômage : « s'il y a peu de chômeurs, l'économie va bien. » Cette déduction n'est pas nécessairement juste : le chômage peut aussi baisser si la population active diminue, libérant des emplois ; certains de ceux-ci sont alors pris par des chômeurs, dont le nombre diminue sans que l'économie ait créé d'emplois. Cela se produit en France ces temps-ci, avec le départ en retraite de nombreux travailleurs nés immédiatement après la deuxième guerre mondiale.
Il ne faut donc pas se féliciter de la baisse du taux de chômage, comme l'ont fait les gouvernements Raffarin et De Villepin, en oubliant de rappeler que cette baisse est due en partie à la croissance du nombre de départs en retraite, en partie aux très nombreux emplois subventionnés (entre 13.8 % et 21.8 % des offres d'emploi reçues par l'ANPE, selon http://www.travail.gouv.fr/IMG/pdf/2006.08-31.2.pdf) et en toute petite partie seulement à la croissance de l'économie.
D'après ce qui précède, une économie qui va bien a de la croissance (son PIB augmente) et c'est cette croissance qui entraîne la croissance du nombre d'emplois. Une meilleure manière de juger de la santé de l'économie est donc de se baser sur le taux d'emploi. Si le taux d'emploi augmente, l'économie est saine car elle crée plus d'emplois que de personnes en âge de travailler.
Cette manière de raisonner est aussi très importante dans les pays où la population croît vite, comme les pays arabes ou l'Inde : chaque année, ils doivent créer au moins autant d'emplois que de personnes supplémentaires en âge de travailler.
[40] Premier ministre - Séminaire « Stratégie de Lisbonne » (13/06/2006)
http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Dossierstrategiedelisbonne13-06-06.pdf
[41] PIB (Produit Intérieur Brut) d'un pays (Gross Domestic Product, GDP)
C'est la valeur de l'ensemble des biens et services produits dans le pays pendant une certaine année, à deux détails près :
§ Le travail chez elles des personnes comme les ménagères n'est pas pris en compte s'il n'est pas facturé ;
§ La production des fonctionnaires est évaluée au coût des salaires, pas à la valeur des services rendus.
En 2004, le PIB de la France était de 1648.4 milliards d'euros, selon l'INSEE.
Sa structure est décrite dans [121].
On peut calculer le PIB de plusieurs manières :
§ La différence entre la valeur des biens et services vendus dans le pays, TVA incluse, et la valeur des biens et services TVA incluse consommés pour les produire. C'est donc une valeur ajoutée TTC.
§ La somme des revenus distribués lors de la production des biens et services : salaires, bénéfices, impôts, etc.
§ La somme des utilisations des biens et services produits : consommation finale, investissements, variations de stocks, solde du commerce extérieur (exportations moins importations).
On distingue le PIB marchand, valeur des biens et services vendus avec bénéfice, et le PIB non marchand, valeur des biens et services assurés par les administrations ou associations et fournis gratis ou au-dessous du prix coûtant : enseignement, police, défense nationale, etc.
Le PIB marchand est produit par le secteur marchand de l'économie ; le PIB non marchand est produit par le secteur non marchand (où le financement de la production ne dépend pas exclusivement de la vente des produits sur le marché, mais est partiellement assurée par des contributions obligatoires (impôts, taxes) et volontaires (dons, cotisations).
PIB en volume, PIB nominal, PIB aux prix du marché selon [123] :
§ PIB en volume : Somme des valeurs ajoutées produites dans l'ensemble de l'économie, à prix constants, c'est-à-dire après élimination de l'effet de l'inflation.
§ PIB nominal ou PIB aux prix du marché : Somme des valeurs ajoutées produites dans l'ensemble de l'économie, à prix courants.
[42] PIB par habitant d'un pays
C'est le quotient du PIB du pays [41] par son nombre d'habitants. Il donne une idée du niveau de vie moyen des habitants du pays.
Dans la comparaison de PIB par habitant entre pays, on peut utiliser pour chaque pays soit sa valeur brute, en euros ou dollars par exemple, soit sa valeur à parité de pouvoir d'achat (PPA). Avec un dollar exprimé en parité de pouvoir d’achat dans un pays donné, il est possible de se procurer la même quantité de biens et de services que s’il s’agissait d’un dollar des États-Unis dans le cadre de l’économie américaine. Les deux valeurs sont parfois très différentes ; exemples de PIB par habitant en dollars US :
§ France 2002 : PIB Brut : $24061; PIB à PPA : $26920
§ Turquie 2002 : PIB Brut : $2638; PIB à PPA : $6390
On trouve parfois dans des textes de l'Union européenne un PIB par habitant en SPA (standards de pouvoir d'achat). Il est alors exprimé dans une monnaie commune (souvent artificielle) permettant les comparaisons de pouvoir d'achat en éliminant les différences de prix entre pays.
Attention ! Compte tenu des fortes incertitudes entachant les calculs de PPA/SPA, la comparaison entre niveaux de vie de pays au moyen de PIB par habitant en parité (ou standard) de pouvoir d'achat ne doit être effectuée qu'entre pays dont le niveau de vie diffère fortement, et jamais entre pays aux performances voisines.
Calcul du PIB par habitant d'un pays
Le plus souvent, le PIB par habitant se calcule en divisant le PIB du pays par le nombre de ses habitants. Mais ce calcul peut aussi utiliser la productivité horaire de ses travailleurs [43]. Soient les variables :
§ "PIBpH" le PIB par habitant en euros par an à calculer ;
§ "PHT" la productivité horaire du travail [43] en euros/heure de travail ;
§ "DT" la durée du travail d'un travailleur en heures par an (1453 en 2003 en France selon l'OCDE) ;
§ "TE" le taux d'emploi [39] de la population en âge de travailler du pays (simple rapport) qui vaut 0.619 (c'est-à-dire 61.9 %) en France selon l'OCDE ;
§ "Part" la part de la population en âge de travailler dans la population totale (simple rapport) qui vaut 0.65 (c'est-à-dire 65 %) en France ;
La formule permettant de calculer le PIB par habitant du pays est :
|
PIBpH = PHT x DT x TE x Part |
Mais lorsqu'on étudie la variation du PIB par habitant PIBpH en fonction des variations des autres variables, il faut tenir compte de leurs interdépendances :
§ Le rendement d'un travailleur décroissant avec la durée du travail par suite de la fatigue, la productivité horaire PHT est fonction décroissante de la durée DT ;
§ La productivité horaire PHT décroît aussi lorsque le taux d'emploi TE augmente, car on embauche une plus forte proportion de gens moins productifs.
En résumé, la productivité horaire du travail PHT est fonction décroissante à la fois de la durée du travail DT et du taux d'emploi TE.
On peut aussi calculer le PIB par habitant d'un pays PIBpH à partir de la productivité par travailleur PH en euros par personne et par an, en remarquant que PH = PHT x DT :
|
PIBpH = PH x TE x Part |
Voir aussi dans le tome 2 le paragraphe sur les comparaisons de productivité.
[43] Définitions relatives à la productivité.
La productivité d'un facteur (travail ou capital) est le rapport entre la valeur de la production permise par son utilisation et la quantité utilisée de ce facteur.
Elle se mesure, par exemple, pour l'ensemble d'un pays, en euros par heure de travail (moyenne), ou en euros par millions d'euros de capital employé pendant un an.
Productivité de la main d'œuvre d'un pays : c'est la valeur ajoutée moyenne (euros, dollars, etc.) :
§ d'une heure de travail (productivité horaire de la main d'œuvre)
§ d'un travailleur pendant une année (productivité annuelle par salarié), appelée aussi productivité par tête.
[44] EUROSTAT (statistiques officielles de l'Union européenne)
[45] Jean Pisany-Ferry and André Sapir "Last Exit to Lisbon" (2006)
http://www.bruegel.org/Repositories/Documents/publications/news_releases/LisbonPaperPressRelease.pdf
[46] Commission européenne - Evaluation des programmes nationaux de réforme
§ Page d'accueil des évaluations à mi-parcours http://ec.europa.eu/growthandjobs/annual-report_fr.htm
§ Rapport annuel 2006 http://ec.europa.eu/growthandjobs/pdf/illustrated-version_fr.pdf
§ Evaluation du programme national de réforme français (janvier 2006) http://ec.europa.eu/growthandjobs/pdf/2006_annual_report_france_fr.pdf
[47] Le rapport du Parlement britannique "Developments in the European Union" du 19/07/2006 recommande d'abandonner le Traité constitutionnel européen
http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200506/cmselect/cmfaff/768/768.pdf
"We conclude that although the Treaty is not dead, it is comatose and on life support. At some point, Europe’s leaders are going to have to decide whether to switch it off. We conclude that the Treaty establishing a Constitution for Europe is unlikely ever to come into force, although attempts may be made to enact some of its provisions by other means. We recommend that the Government encourage its European counterparts to face up to this reality and explicitly to abandon the Treaty as a package, in the interest of making progress on some of the real and important issues which are at present caught up in the paralysis created by its rejection."
[48] Abréviations des noms d'états dans les documents de l'Union européenne :
AT Autriche
BE Belgique
DE Allemagne
DK Danemark
EL Grèce
ES Espagne
USA Etats-Unis
FI Finlande
FR France
IE Irlande
IT Italie
JP Japon
LU Luxembourg
NL Pays-Bas
PT Portugal
SE Suède
UK Royaume-Uni
[49] Allocation des ressources. Ce concept décrit l'utilisation de ressources supposées rares ou coûteuses, comme les facteurs de production (main d'œuvre, matières premières, capital), pour satisfaire des besoins d'une population. On peut dire que « l'économie est la science de l'allocation des ressources ».
L'allocation est faite par des entreprises (dans leurs décisions de production), par des organismes financiers ou des investisseurs (quand ils apportent des capitaux), par l'Etat ou des collectivités locales quand ils investissent en infrastructures ou financent des services, etc.
La logique d'allocation peut être basée sur les prix de marché, les textes réglementaires, l'optimisation de coûts, etc.
[50] US Bureau of Economic Analysis - Investment position 08-2006
http://www.bea.gov/bea/ARTICLES/2006/08August/D-Pages/0806DpgG.pdf
[51] Banque Centrale Européenne (BCE) - Bulletin mensuel juillet 2006
[52] INSEE - L'industrie manufacturière en 2005 (août 2006) http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1097/graphiques.html