L'un trompe, l'autre explique mal : qui croire ?

Mise à jour : 30/04/2007

 

Le dimanche 29/04/2007, entre les deux tours de l'élection présidentielle, il y a eu un débat sur la chaîne LCI opposant M. Hollande, socialiste plaidant pour Mme Royal, et M. Juppé, UMP plaidant pour M. Sarkozy.

 

Pour combattre le chômage et relancer la croissance, M. Juppé a cité la proposition de la droite : « Travailler plus pour gagner plus », qu'il a argumentée en expliquant que celui qui gagne plus dépense plus, que cette dépense génère de l'activité supplémentaire, qui à son tour génère plus d'emploi.

 

M. Hollande lui a répondu qu'il ne croyait pas à cette approche, parce que « pour pouvoir travailler plus, il faut qu'il y ait plus de travail ». Il faut donc commencer par une relance de l'activité (sous-entendu : par des hausses autoritaires de salaires, des subventions des pouvoirs publics, des incitations fiscales à l'embauche et des créations d'emplois aux frais des contribuables), pour que l'économie reparte. Il a aussi rappelé que les socialistes préconisent le partage du travail, c'est-à-dire d'empêcher ceux qui pourraient travailler plus de le faire, pour laisser du travail à d'autres qui en manquent.

 

M. Hollande ne sait pas - ou ne veut pas savoir - qu'une loi économique simple et connue depuis des lustres montre que c'est la croissance de l'activité (mesurée par celle du PIB) qui génère celle de l'emploi, et non l'emploi (subventionné ou non) qui génère de l'activité.

Cette relation de cause à effet est décrite au paragraphe "Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total" du tome 1 du "Cours d'économie pour citoyens qui votent".

 

Pour lui et tous les gens de gauche qui ignorent cette loi voici son explication, celle que M. Juppé aurait dû donner, mais qu'il n'a pas donnée et que je n'ai jamais entendu un politicien donner.

 

A un instant donné, l'économie d'un pays comprend des secteurs d'activité en croissance et d'autres qui stagnent, voire régressent. Dans un secteur en croissance, les entreprises veulent augmenter le nombre d'heures de travail, pour produire plus. Elles offrent donc à leurs salariés de faire des heures supplémentaires. Si, comme le préconise la droite, on encourage ces heures supplémentaires en les défiscalisant et en annulant les lois socialistes qui limitent la quantité de travail, certains salariés travailleront plus pour gagner plus, donc dépenseront plus et créeront du travail pour d'autres secteurs d'activité.

        Peu à peu cette croissance de l'activité dans certains secteurs se propagera à d'autres, et toute l'économie croîtra et créera des emplois. Notre voisine l'Allemagne nous en fournit un excellent exemple : à force d'exporter plus que tout autre pays, y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine, ces exportations en forte croissance ont fini au bout de deux ans par entraîner toute l'économie, créant ainsi des emplois.

 

M. Juppé avait donc raison : on peut travailler plus pour gagner plus - à condition d'être dans un secteur en croissance. Mais il y a toujours de tels secteurs : le bâtiment, l'hôtellerie-restauration, l'informatique et la réparation automobile, par exemple, cherchent désespérément de la main d'œuvre, depuis des années. Et M. Hollande avait tort : le travail ne manque pas partout, comme il le laissait entendre.

 

Les socialistes et les communistes ont aussi tort de croire au partage du travail, supposé n'exister qu'en quantité finie, en tant que moyen de combattre le chômage. Le partage du travail sans croissance n'est qu'un partage de la pénurie, sans croissance de l'activité, seule à même de créer des emplois. Cette théorie de la quantité finie de travail est une erreur économique remontant au marxisme du XIXe siècle. Tous les pays sauf la France savent qu'elle est fausse et pourquoi elle l'est, et aucun, aucun, n'a pris des mesures de partage du travail comme les "35 heures" françaises, qui se sont avérées désastreuses pour les finances publiques, selon un rapport de l'Assemblée nationale.

 

En outre, les socialistes et les communistes français laissent croire depuis des décennies que l'Etat peut créer ou faire créer des emplois par une politique volontariste, comme c'était le cas dans les pays marxistes où l'Etat est propriétaire des moyens de production (usines, transports, terre agricole, etc.) et les citoyens sont ses employés, c'est-à-dire fonctionnaires. Or il est facile de démontrer que c'est faux dans les économies de marché comme celle de la France.

 

M. Hollande essaie donc de convaincre des électeurs avec des propositions économiquement absurdes, basées sur des arguments faux. Ou il ne connaît pas, lui l'énarque, la loi économique « le travail crée la croissance, qui crée l'embauche », ou il la connaît mais veut profiter de l'ignorance des électeurs à qui il s'adresse, attitude malhonnête s'il en est. Même remarque sur la préconisation du partage du travail, dont on doit se demander si elle est due à l'ignorance, à l'aveuglement idéologique, ou à la volonté de tromper.

 

Et M. Juppé, normalien, ancien ministre délégué au Budget du gouvernement Balladur puis Premier ministre, n'a pas su expliquer pourquoi « Travailler plus pour gagner plus » est une recette qui marche, la seule conforme à la loi économique qui fait de la croissance de l'activité un préalable à celle de l'emploi.

 

Entre les politiciens qui le trompent - parce qu'ils se trompent eux-mêmes ou ignorent les lois économiques - et ceux qui n'expliquent pas ces dernières, mais les énoncent en demandant qu'on les croie comme une vérité révélée, qui le citoyen doit-il croire ? Et comme aucun journaliste ne prend soin de rappeler ces vérités économiques (ignorance, manque de professionnalisme ?...) les électeurs choisissent ou rejettent un candidat en toute méconnaissance de cause, par exemple sur des critères de sympathie ou antipathie.

 

Pauvre démocratie française !

 

Daniel MARTIN

 

 

Retour page d'accueil