La croissance peut se passer de démocratie…
jusqu'à un certain point

Mise à jour : 05/03/2005

 

Table des matières

1.    Résumé des conditions nécessaires à la croissance économique d'un pays. 1

1.1  Droits de l'homme. 1

1.2  Economie de marché. 2

1.3  Les incroyables propos du président Chirac. 4

2.    La démocratie n'est pas indispensable. 5

2.1  L'apparition de la démocratie. 5

2.2  Les conditions de pérennité de la démocratie. 6

2.3  La démocratie peut engendrer des situations critiquables. 7

3.    La démocratie devient indispensable. 9

4.    Croissance de la Chine, de l'Inde et de la France. 11

4.1  Importance de l'information des citoyens. 11

4.2  L'accès aux matières premières et aux céréales. 12

4.3  Chine  13

4.4  Inde  13

4.5  France  15

5.    Sources et références. 16

 

1.                    Résumé des conditions nécessaires à la croissance économique d'un pays

Une économie ne peut se développer, c'est-à-dire accroître son PIB par habitant, que si les conditions ci-dessous sont satisfaites.

1.1                 Droits de l'homme

Liberté de posséder, d'entreprendre, de se déplacer, de faire de la publicité, de s'informer sur ce qui se vend ou s'achète, d'emprunter, etc.

 

Notons que l'égalité entre citoyens n'est pas indispensable : il y a des pays qui se développent rapidement où certains jouissent de privilèges ; exemple : la Chine, où l'absence de séparation des pouvoirs permet à ceux qui ont des appuis politiques de s'enrichir.

 

La liberté d'expression n'est pas, non plus indispensable : Singapour est une société non démocratique où le niveau de vie est voisin de celui de la France, la Thaïlande se développe vite sans démocratie, etc.

 

En général, un manque de liberté d'expression, une démocratie de façade ou carrément inexistante et l'existence d'une classe privilégiée, vont ensemble. Mais ils n'empêchent pas le développement économique, au moins jusqu'à un certain niveau que nous abordons plus bas.

1.2                 Economie de marché

Toutes les expériences économiques où l'activité était dominée par l'Etat ont échoué, à toutes les époques et dans tous les pays. Chaque fois que le dirigisme économique a étouffé l'initiative individuelle, la croissance a été misérable. Exemples :

§           Le communisme, où l'Etat planifiait les besoins et la production n'a abouti qu'aux pénuries et aux gaspillages, en même temps qu'à la privation de liberté indispensable à la survie d'un régime manifestement absurde.

§           Le socialisme autogestionnaire yougoslave a échoué tout aussi lamentablement.

§           Le communisme agricole de la Chine de Mao a réussi, dans un premier temps, à nourrir la population, mais son idéologie l'a poussé à des erreurs colossales comme le « grand bond en avant » et la « révolution culturelle ». Et pour finir, l'économie chinoise n'a décollé que lorsqu'elle est devenue carrément ultralibérale.

§           Les pays arabes, où l'économie est aux mains d'une minorité (féodaux, grandes familles) qui vivent de rentes (pétrole, etc.) ne réussissent pas à donner du travail à leurs ressortissants. Le chômage y est considérable, la croissance du PIB par habitant à peu près nulle, le désespoir des populations considérable. Voir la section "L'économie catastrophique de nombreux pays musulmans" de l'analyse "Le terrorisme islamiste : idéologie, exigences et attentats".

 

Les théories économiques modernes expliquent pourquoi le libéralisme, c'est-à-dire l'économie de marché, est la seule approche possible pour faire progresser le PIB par habitant. Voir le "Cours d'économie pour citoyens qui votent"  Tome 1 : PIB et emploi  -  Tome 2 : Mondialisation et délocalisations.

 

Une économie libérale susceptible de se développer est caractérisée par :

§           Des prix fixés par « la loi de l'offre et de la demande » ;

§           Peu d'ingérence de l'Etat :

·            Qui ne doit pas posséder d'entreprises commerciales en totalité ou en partie parce que cela fausse la concurrence ;

·            Qui ne doit pas fixer ou subventionner les prix en dehors des services publics, etc.

Voir les textes suivants sur l'ingérence de l'Etat dans l'économie en France :

·            L'interventionnisme de l'Etat français ;

·            Interventions d'ans l'économie ;

Une concurrence libre : pas de prix, d'articles ou de fournisseurs imposés, ouverture des frontières, liberté de publicité, liberté d'accès à l'information sur les produits et services, liberté d'accès au crédit, etc.

§           Etat de droit permettant la tranquillité d'esprit des investisseurs, qui n'ont pas à redouter qu'on leur confisque leur investissement, que des manoeuvres illégales lèsent les entreprises où ils ont investi :

·            Stabilité politique, mettant les investissements à l'abri d'une révolution qui pourrait en détruire la valeur ;

·            Existence de lois (pas nécessairement d'une constitution) ;

·            Lois permettant à tous de travailler et d'entreprendre, et pas seulement à certains privilégiés ; lois ne créant pas de discrimination (tarifaire, fiscale, commerciale, etc.)

A ce propos, la France a toutes sortes de discriminations légales pour favoriser certaines professions (exemples : notaires, huissiers de justice), pour permettre la survie de certains fournisseurs (exemple : petits commerces face aux grandes surfaces ou SNCF face aux transports routiers, notamment par autocars) ; elle a aussi de nombreuses discriminations fiscales par des subventions ou des taxes qui faussent la concurrence.

·            Respect des lois, donc fonctionnement de la justice et d'une police qui lui obéit ; les sociétés sont donc protégées comme les citoyens contre les actes illégaux ou arbitraires ;

§           Infrastructure de services nécessaires aux entreprises, comme :

·            Un système bancaire pour drainer l'épargne vers les entreprises et offrir des crédits aux consommateurs ;

·            Un système d'assurances ;

·            De l'eau et de l'électricité, des routes, chemins de fer, ports, télécommunications… ;

·            Des sociétés offrant des services aux entreprises, comme la maintenance, le nettoyage, le transport, la délégation de personnel, le conseil, la comptabilité, etc.

C'est dans le domaine des infrastructures que les pays avancés comme la France ont l'avance la plus importante sur des pays comme la Chine et l'Inde. Cette infrastructure facilite la circulation des personnes, des biens, des capitaux et des informations. Notons qu'une telle infrastructure utile aux entreprises ne se conçoit pas sans une infrastructure de services à leurs employés comme à leurs clients : enseignement, hôpitaux, eau, etc.

§           Une législation du travail et du commerce pas trop contraignante, permettant de créer facilement des entreprises, d'embaucher et de licencier rapidement et sans coûts excessifs, de travailler sans être gêné par des règlementations trop strictes, nombreuses et tatillonnes…

La France n'est pas très bien placée sur ce plan législatif, ni par rapport à des pays plus pauvres ni même par rapport à certains pays de l'Union européenne comme l'Irlande ou le Royaume-Uni. Voir le chapitre Compétitivité du Cours d'économie.

§           Des impôts et taxes permettant suffisamment de bénéfices, nécessaires aux investissements.

Sur ce plan aussi, la France est mal placée par rapport à certains concurrents de l'Union européenne. Voir le chapitre Compétitivité du Cours d'économie.

§           Des ressources humaines et financières adéquates. Ce point, souvent oublié, est important.

Une population en croissance est souvent, à elle seule, un facteur de développement économique, même si cela ne garantit pas que le PIB par habitant augmente aussi vite que la population. Son niveau d'instruction et de compétence professionnelle en est un autre. Inversement, une population vieillissante ou comportant trop de travailleurs non qualifiés freine le développement.

        En outre, une population importante constitue un marché qui attire les investissements. C'est le cas de la France, mais aussi de grands pays en développement rapide comme la Chine.

Les ressources financières, c'est-à-dire le capital prêt à s'investir dans des entreprises, permettent d'acquérir le matériel de production moderne qui assure la productivité, d'aménager les locaux, etc., ainsi que de financer la mise au point des produits, la formation et le développement commercial.

 

Les caractéristiques ci-dessus interviennent toutes dans les causes de développement d'une économie. Mais pour chacune d'elles il suffit d'un certain niveau pour que le développement se produise. Une économie en phase d'industrialisation comme celle de la Chine n'a pas besoin de services évolués en matière de banque ou d'assurance, d'infrastructures denses de routes ou de téléphones, ou d'une forte proportion d'ingénieurs parmi les travailleurs. Une disponibilité limitée de certaines caractéristiques peut suffire à un stade donné de développement économique. Mais plus ce développement avance, plus les exigences sont fortes.

1.3                 Les incroyables propos du président Chirac

A propos de libéralisme, il faut citer les incroyables propos du président Chirac rapportés par Le Point [10] :

"… les députés de Strasbourg ont surtout été surpris par le discours enflammé du Chef de l'Etat contre le libéralisme. « Il échouera partout » a prédit avec conviction Jacques Chirac devant ses amis, médusés de l'entendre, pour la première fois peut-être si catégorique. « Ces solutions-là ne marchent pas. »"

 

Si Le Point dit vrai, notre Président a perdu la faculté de voir la réalité en face. Il ne voit pas que le libéralisme produit des résultats très supérieurs à ceux de l'économie à forte ingérence de l'Etat qu'il nous impose depuis des années. En Angleterre, pays qui a exactement la même population, la croissance est très supérieure et le chômage deux fois inférieur ; en Irlande on peut en dire autant, etc.

 

Si vraiment M. Chirac pense que le libéralisme ne marche pas, on s'explique qu'il cède si souvent devant les exigences économiquement absurdes des syndicats d'extrême gauche - qui ne lui en sont même pas reconnaissants, qu'il envoie plusieurs ministres aux Forums Sociaux Mondiaux organisés par les utopistes altermondialistes comme ATTAC, qu'il soit si férocement antiaméricain, bref qu'il gouverne la France selon sa fantaisie et contre les lois de l'économie et du bon sens.

2.                    La démocratie n'est pas indispensable

On aura remarqué que les conditions de développement économique ci-dessus ne comprennent pas la démocratie. On peut en effet citer des pays non démocratiques qui se développent bien, comme la Chine ou la Thaïlande ; Singapour, gouvernée de manière tyrannique, a atteint un PIB par habitant à peine inférieur à celui de la France.

 

L'histoire ne fournit pas d'exemple de démocratie installée brusquement dans un pays où on a pu ensuite juger de son effet sur le développement économique. On peut cependant étudier dans quel contexte la démocratie est apparue, et l'évolution économique ultérieure ; on veillera seulement à distinguer dans cette évolution les facteurs de développement économique sans rapport avec le régime politique.

2.1                 L'apparition de la démocratie

On sait que les hommes ont des besoins qui passent avant celui d'un régime démocratique : préserver sa vie et celle de ses proches, manger, se vêtir, avoir un toit… Ce n'est que lorsque ces besoins essentiels sont satisfaits de manière durable qu'un homme a besoin d'équité, c'est-à-dire d'être traité par la société aussi bien qu'un autre. Ce besoin d'équité se traduit alors par celui d'égalité dans la possibilité de réaliser ses aspirations, au premier rang desquelles celles d'occuper une place reconnue dans la société ; l'homme a besoin d'être accepté et non rejeté, d'être apprécié, d'être écouté. Et c'est là qu'apparaît la démocratie, régime qui permet à tout citoyen d'être écouté pour la gestion des affaires publiques, et de l'être autant qu'un autre : un homme une voix, égalité qui permet l'équité.

 

Comme dans une société les hommes ont des situations de fortune et d'éducation différente, certains en sont venus à désirer la démocratie avant d'autres. C'est ainsi qu'au dix-huitième siècle, la bourgeoisie aisée s'est aperçue peu à peu qu'elle détenait un pouvoir économique bien plus important que son pouvoir politique, monopolisé par la noblesse. Les nobles, qui ne travaillaient pas et vivaient des revenus de leurs terres, avaient de plus en plus souvent besoin du soutien financier de bourgeois.

        Ceux-ci ont donc mis en pratique les idées des philosophes de l'époque, ont contesté les vérités révélées issues de la religion au profit de vérités démontrables par leur raison, et ce furent les Lumières. En France, la contestation se traduisit dans le domaine politique par la Révolution, quelques années après la Déclaration d'indépendance aux Etats-Unis, les deux phénomènes proclamant les mêmes vérités philosophiques : primauté de la raison dans la vie courante, la religion n'intervenant que dans un domaine spirituel personnel ; droits de l'homme ; égalité et démocratie.

 

La révolution américaine et française a été une révolution bourgeoise, pas une révolution populaire : les paysans, encore largement majoritaires dans la population, n'ont pas gagné autant d'influence que les bourgeois ; dans certains cas, ils n'ont eu le droit de voter que de longues années après, et parfois seulement s'ils étaient assez riches.

 

L'histoire nous apprend donc que la démocratie est née du progrès économique d'au moins une classe sociale, devenue de ce fait assez puissante pour exiger sa part de pouvoir ; ce n'est pas la démocratie qui a produit le progrès économique.

 

Du reste, la volonté de la bourgeoisie de participer au pouvoir ne résulte pas seulement du besoin de tout homme de participer aux décisions, au nom du respect de l'équité. Elle résulte aussi de la volonté de la bourgeoisie d'obtenir des lois favorables au développement de ses activités (commerce, finance, artisanat…) et d'empêcher une minorité au pouvoir (comme la noblesse et le clergé) de s'approprier trop d'avantages.

2.2                 Les conditions de pérennité de la démocratie

Lorsqu'il apparaît, un régime démocratique n'est pas forcément stable : on a vu des cas où il n'a duré que quelques années avant un retour à la monarchie, ou avant confiscation de la démocratie par une minorité qui prend le pouvoir et le garde. Nous savons aujourd'hui que pour qu'une démocratie soit stable il faut :

§           Un état de droit, c'est-à-dire des lois écrites respectées par une grande majorité de citoyens, qui approuvent la démocratie et se soumettent aux lois votées par leurs représentants. Et cet état de droit doit être stable.

§           Des institutions qui ne violent pas les besoins humains fondamentaux à la base de la démocratie : l'équité et ses conséquences, l'égalité et la justice. De telles institutions demandent une séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, seule manière pour éviter la tyrannie et l'injustice.

Elles demandent, en plus, un équilibre entre ces pouvoirs : si l'exécutif est trop fort, par exemple, il peut devenir tyrannique. Et pour que cet équilibre puisse être vérifié à tout moment par tous, il faut des médias libres, à même de faire éclater d'éventuels scandales et abus de pouvoir. Aujourd'hui, la possibilité pour tous les citoyens de s'exprimer en publiant sur Internet et en y dialoguant avec d'autres est une formidable garantie de non-retour de la tyrannie.

Au contraire, si un pays se dote de lois civiles basées sur la religion, comme les lois de l'Arabie Saoudite basées sur le Coran :

·            Il n'y a pas de séparation des pouvoirs : la religion musulmane stricte (le wahhabisme) refuse de séparer pouvoir religieux, pouvoir politique, pouvoir judiciaire, pouvoir législatif et pouvoir exécutif ; la tyrannie est donc certaine.

·            Il n'y a pas d'égalité entre hommes et femmes, et certaines familles constituent une noblesse féodale jouissant de pouvoirs et de privilèges inaccessibles aux autres hommes…

·            Il n'y a pas de liberté d'expression, pas d'élections, pas de syndicats… Comme les féodaux au pouvoir disposent d'assez de revenus pétroliers, ils peuvent faire face aux besoins de financement du pays sans lever d'impôts, ce qui leur permet de se passer de l'approbation du peuple concernant leurs décisions : des gens à qui on ne demande pas d'argent n'ont pas à donner leur avis…

·            Les habitants de ces pays qui ne font pas partie des privilégiés sont pauvres et privés de droits. Ils sont donc extrêmement frustrés et certains deviennent des terroristes.

§           Un minimum de niveau de vie. Dans l'étude [1], quatre universitaires ont montré avec des statistiques historiques que pour qu'une démocratie puisse être instaurée et ne pas se transformer rapidement en dictature, il faut un minimum de niveau de vie en plus de l'état de droit. Ces chercheurs ont calculé que, dans un pays démocratique dont le revenu par habitant est inférieur à 1 500 dollars par an, on peut tabler sur une durée de vie moyenne de la démocratie de 8 ans. Entre 1 500 et 3 000 dollars, elle survit en moyenne 18 ans. Au-dessus de 6 000 dollars, la démocratie devient beaucoup plus résistante ; la probabilité pour un régime démocratique de disparaître, dans un pays au revenu annuel par habitant supérieur à 6 000 dollars, est d'une chance sur 500 : une fois riches, les démocraties deviennent pérennes.

Or nous savons d'après ce qui précède que le système économique le plus à même de produire la prospérité est l'économie libérale de marché. C'est donc dans une telle économie que la démocratie a le plus de chances d'apparaître et de durer.

2.3                 La démocratie peut engendrer des situations critiquables

On n'entend pas souvent parler des défauts de la démocratie, comme si c'était un système politique parfait. C'est pourtant loin d'être le cas, comme nous allons le voir : la démocratie est simplement le moins mauvais des systèmes politiques, et beaucoup de ses mécanismes sont fragiles, susceptibles de mal fonctionner et demandant une protection constante. Voici des malheurs qui peuvent arriver dans un pays démocratique.

§           Le vote démocratique peut amener au pouvoir des gens qui ensuite le confisquent ou l'orientent vers une société non démocratique. Exemples :

·            Yasser Arafat a été élu démocratiquement président de l'Autorité palestinienne, avant d'instaurer un régime de corruption, de népotisme et de terrorisme.

·            Adolf Hitler a été nommé démocratiquement chancelier d'Allemagne le 30 janvier 1933, malgré ses prises de position racistes clairement exposées par écrit depuis 1924 dans son ouvrage "Mein Kampf" et le fait que son parti nazi n'avait recueilli que 33% des voix. Un mois après, l'incendie du Reichstag (le parlement) lui permit de se faire attribuer les pleins pouvoirs. Un mois plus tard, sa coalition obtenait la majorité aux élections et Hitler transforma le régime en dictature : partis de gauche interdits, autodissolution des partis de droite et parti nazi déclaré parti unique le 14 juillet 1933. Ce furent ensuite les camps de concentration et le génocide des juifs et des tsiganes (d'après [2] "Hitler").

·            D'après [2] "Turquie - La laïcité face à l'islam politique" :

"De nombreuses villes, dont la métropole économique, Istanbul, et la capitale, Ankara, sont dirigées par des maires islamistes depuis 1994."

"Le 4 février 1997, l’armée déploie des chars autour de Sincan, près d’Ankara. Le 31 janvier, le maire islamiste de cette ville s’était publiquement prononcé en faveur de l’instauration de la charia [la loi islamique], lors d’une cérémonie aux forts relents anti-israéliens à laquelle assistait l’ambassadeur d’Iran. Le maire est arrêté et l’ambassadeur doit quitter le pays."

On voit donc que même en 1997 des élections municipales démocratiques ont pu amener au pouvoir des politiciens ouvertement antidémocratiques, puisque la loi islamique est basée sur le Coran. On voit aussi que bien que la Turquie se déclare laïque et démocratique, les militaires y imposaient leurs vues il y a moins de dix ans.

§           Dans un pays démocratique où la plupart des citoyens veulent soit être fonctionnaires soit travailler le moins possible, tout en bénéficiant du maximum d'avantages sociaux et d'allocations versées par l'Etat, les élections peuvent amener au pouvoir un parlement qui votera des lois en leur faveur et un gouvernement qui les appliquera. Dans l'économie résultante, une majorité de citoyens peu productifs exploite alors une minorité de citoyens qui le sont bien plus, dont certains prennent même le risque de créer des entreprises et de perdre tout ce qu'ils possèdent. Par exemple, en France :

·            "Les sondages montrent que tous les Français ou presque souhaitent devenir fonctionnaires, ce qui est évidemment inquiétant puisque cela veut dire recherche de garantie, recherche de protection, absence de confiance dans l'avenir." (Source : [4] page 31). Par cette préférence, ces Français admettent donc que leurs fonctionnaires sont des privilégiés, donc que l'inégalité ne les gêne pas si elle est à leur avantage.

·            Les Français sont un des peuples qui travaillent le moins : par rapport à la plupart des autres, ils commencent leur vie professionnelle plus tard, la terminent plus tôt et travaillent moins d'heures chaque année. (Source : "Les Français ne travaillent pas assez").

·            En 2003, les prestations sociales représentaient un total de 465 milliards d'euros, soit tout près de 30% du PIB de 1557.2 milliards d'euros (source : [3]).

·            "25% des Français bénéficient d'une manière ou d'une autre d'une aide en matière de logement. Un étranger mal renseigné pourrait en conclure hâtivement que nous sommes un pays de pauvres. En fait, cette situation résulte d'un empilement de mesures qui ressemblent moins à des choix politiques qu'à de l'arrosage." (Source : [4] page 63).

En conclusion :

·            La plupart des citoyens veulent tirer du vote démocratique des avantages inéquitables : la démocratie leur convient surtout si elle les arrange.

·            Des choix démocratiques peuvent produire des lois injustes et une « tyrannie de la majorité ».

§           L'économie de marché qui sous-tend la démocratie engendre des situations d'inégalité : certaines entreprises se développent plus que d'autres et font plus de bénéfices ; certaines régions, certains pays se développent plus que d'autres ; certains hommes gagnent plus que d'autres. Si les inégalités qui en résultent nous choquent, il nous appartient de les compenser avec des mesures de solidarité et des transferts sociaux : c'est là un des rôles de l'Etat.

Mais comme aucune des expériences d'économie égalitaire (communisme, etc.) n'a réussi à créer un niveau de vie aussi élevé que l'économie libérale, celle-ci demeure la meilleure solution, malgré les inconvénients qu'elle nous oblige à corriger. Et c'est avec un régime démocratique que nous pouvons le mieux espérer rétablir la justice au profit du plus grand nombre.

Le même raisonnement vaut pour les atteintes à l'environnement résultant du libre jeu des forces économiques : c'est à l'Etat, dont les lois sont votées démocratiquement, de veiller à le protéger pour le bien de tous.

§           Le vote démocratique « un homme une voix » est souvent faussé et son résultat a une signification autre que celle prévue par les institutions. Exemples :

·            Quand, comme aux élections présidentielles 2002, le choix des citoyens au second tour est entre un candidat qu'un sur six seulement approuve (M. Chirac) et un autre que cinq sur six n'acceptent pas (M. Le Pen), l'élection du premier ne représente qu'une moindre désapprobation, pas une confiance pour gérer le pays et résoudre ses problèmes ;

·            Quand beaucoup de citoyens votent extrémiste, pour marquer leur désapprobation des partis de gouvernement et leur exaspération devant le refus de comptabiliser séparément les bulletins blancs qui marquent le refus de tous les choix proposés ;

·            Quand des citoyens votent le contraire de leur opinion réelle pour contrer celle de dirigeants qu'ils détestent et le leur faire savoir ;

·            Quand - et c'est le cas le plus fréquent - les citoyens ne sont pas informés des réalités de l'économie, parce que ni les médias ni le gouvernement ne les leur ont jamais expliquées et que leur opinion sur les programmes politiques proposés est donc sans valeur…

3.                    La démocratie devient indispensable

Nous avons vu que la croissance économique peut exister même en l'absence de démocratie. Nous avons vu aussi que l'enrichissement progressif d'une classe sociale y crée une exigence de participation au pouvoir. Comme la croissance économique engendre automatiquement l'enrichissement de certains, ceux-ci réclameront la participation au pouvoir, s'ils ne le détiennent pas déjà.

 

Nous savons aussi que l'économie est de plus en plus dominée par le secteur des services, qui représente de nos jours environ 80% des emplois aux Etats-Unis, 75% en France et (déjà) 52% en Inde.

        Dans ce secteur (mais aussi, bien qu'un peu moins, dans le secteur industriel et encore moins dans le secteur agricole) les activités qui se développent le plus, en créant de la richesse et des emplois, sont celles qui créent et manipulent des informations. Chaque travailleur passe de plus en plus de temps à réfléchir et prendre des décisions ; de plus en plus de travailleurs créent des solutions nouvelles : produits innovants, procédés nouveaux et plus efficaces ou plus sûrs, œuvres d'art pour les spectacles, les médias, la publicité… Dans notre société, les activités évoluent de plus en plus vers l'utilisation de l'intelligence pour résoudre des problèmes ou pour innover.

 

J'ai été pendant des années à la tête d'équipes de développement informatique. Mes collaborateurs passaient leur temps à créer de nouveaux programmes, pour aider des entreprises à travailler plus vite et avec moins d'erreurs, en automatisant des tâches et en aidant des personnes à prendre des décisions basées sur des informations de qualité. Je me suis aperçu, alors, qu'un informaticien ne pouvait pas donner la pleine mesure de son talent créatif s'il était préoccupé par des problèmes. Si son salaire le dévalorisait ou si son travail n'était pas apprécié, il n'était pas heureux, et un informaticien malheureux est un piètre créateur : il manque d'imagination pour trouver des solutions, il manque de soin pour les réaliser ou les vérifier, bref il travaille mal.

 

Aujourd'hui, de plus en plus de travailleurs sont dans la même situation : ils doivent inventer, créer et résoudre des problèmes avec leur esprit, et cela exige un contexte favorable. Ils doivent être assez heureux à titre personnel, et avoir un environnement et une ambiance de travail agréables.

        La qualité d'homme fait que chacun a besoin d'équité, donc que la valeur de son travail soit reconnue, qu'il puisse espérer apporter une contribution utile et qu'il participe, à son niveau, aux décisions qui le concernent : choix des méthodes et outils de travail, compréhension du contexte d'entreprise dans lequel il a lieu (demandes des clients, contraintes budgétaires et commerciales, etc.) Le style de management adapté s'appelle « Direction participative par objectifs » et implique un respect des salariés par leurs supérieurs et une négociation des objectifs, modalités et délais de réalisation. Les relations dans l'entreprise sont de moins en moins basées sur l'autorité et de plus en plus sur le consensus et le respect mutuel.

 

Mais l'équité ne suffit pas. Le progrès scientifique et technique rapide impacte fortement les manières de travailler. De plus en plus de gens doivent passer de plus en plus de temps à s'informer, à étudier, à discuter de solutions possibles. Les spécialisations deviennent de plus en plus pointues. Sans le partage de connaissances et de responsabilités, le travail en équipe indispensable n'est pas possible : les activités de création, d'innovation et de synthèse exigent des communications faciles et rapides entre personnes d'un même service, de services différents ou de sociétés différentes, entre réalisateurs et théoriciens, avec des spécialistes de marketing et des financiers. En plus du téléphone et des réunions, Internet devient irremplaçable.

 

Une économie avancée, à fort pourcentage d'activités innovantes, ne peut donc ni se développer ni même exister sans communications et télécommunications rapides, faciles et bon marché. Il faut aussi pouvoir se déplacer et transporter des objets, vite et sans contrainte. Et il faut enfin - c'est si évident qu'on pourrait l'oublier - un contexte d'ouverture, ou rien n'interdit d'échanger des idées, de se renseigner, de publier pour faire connaître, de critiquer pour proposer une amélioration, de monter des équipes de projet avec des membres dans plusieurs entreprises et plusieurs pays, de sous-traiter, de cofinancer…

        Autant une économie essentiellement industrielle peut se contenter de frontières gardées par des douaniers et des policiers, de communications par courrier et téléphone sans Internet, autant une économie de création a besoin de cette ouverture des frontières et des esprits associée à une facilité de voyager, de transporter, de communiquer et de collaborer en réseau informatique qui sont la base de… la mondialisation.

 

C'est là que la démocratie devient indispensable. Un régime tyrannique doit nécessairement brider ou même bloquer les communications. Il ne peut se permettre que les médias soient libres ou même que les gens s'expriment librement, de peur d'être contesté. La hiérarchie de pouvoir descend forcément jusqu'au niveau où des idées nouvelles, même purement techniques, gênent des situations établies ou des privilèges existants. Même sans vouloir brider les initiatives à portée exclusivement industrielle ou commerciale, le pouvoir décourage les innovations qu'il n'a pas suscitées pour protéger les situations acquises. En empêchant les communications pour des raisons politiques, il empêche aussi les échanges d'idées, de données et de procédés nécessaires aux créations. En exigeant des demandes d'autorisation il combat les évolutions avec de la bureaucratie. En planifiant de manière centralisée les recherches, l'enseignement, la production industrielle, agricole et même artistique, l'Etat totalitaire soviétique bloquait toute initiative innovante.

        Les gens susceptibles de créer sont alors découragés de le faire. Certains se contentent de leur train-train quotidien, sans chercher à progresser. D'autres partent à l'étranger. D'autres enfin se révoltent. Mais la création marque le pas chaque fois qu'elle ne correspond pas à une demande du pouvoir. C'est ainsi que l'URSS a pu progresser dans le domaine spatial, dont les retombées militaires et de prestige intéressaient le pouvoir, mais pas dans le domaine des biens de consommation. En payant les ingénieurs et les médecins autant que les ouvriers, elle encourageait ces gens instruits à ne pas mettre en cause l'existant, à ne pas prendre d'initiative, c'est-à-dire à ne pas utiliser leur intelligence et leur compétence.

 

En conclusion, la croissance économique peut se passer de démocratie tant que l'économie n'est pas dominée par les activités de création et de manipulation d'informations. Pour prospérer dans ces domaines-là, elle a besoin d'un tel niveau d'ouverture et de communications que la démocratie est inévitable.

4.                    Croissance de la Chine, de l'Inde et de la France

Nous allons voir la conséquence des considérations précédentes sur la croissance prévisible à moyen-long terme de ces trois pays. Mais auparavant, il y a les remarques communes suivantes.

4.1                 Importance de l'information des citoyens

L'existence de médias libres est une condition nécessaire de la démocratie, mais ce n'est pas une condition suffisante : dans la plupart des pays où les médias sont libres, ils ne font guère d'effort pour informer les citoyens de manière assez efficace et objective pour que ceux-ci puissent juger de la validité des propositions de leur classe politique et des syndicats.

 

Dans certains pays comme la France, le gouvernement ne fait pas non plus d'effort pour informer les citoyens : il n'arrive que très rarement qu'un ministre ou un politicien de premier plan passe une heure à expliquer à la télévision sa politique et ses propositions ; et lorsqu'il le fait, c'est toujours sous forme d'interview conçue avec le souci de ne pas lasser le téléspectateur, de ne rien expliquer de compliqué. Les rares émissions un peu longues d'information de politique ou économique n'abordent donc jamais un sujet où il faut parler plus de deux ou trois minutes à la fois pour que le public comprenne. Les rares articles de fond ne sont publiés que dans deux quotidiens nationaux, dont les lecteurs ne représentent qu'environ 3% des citoyens.

        Et comme aucun enseignement public ne fournit aux jeunes une culture économique utilisable, les citoyens sont ignorants des problèmes économiques.

 

Cette carence d'information et l'action globalement désastreuse des médias sont expliquées en détail dans le livre "La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir". Contrairement aux trois pays examinés dans ce texte, les Etats-Unis ont des médias relativement efficaces et un gouvernement dont les membres parlent souvent aux citoyens. Lorsqu'on a constaté la nullité des journaux télévisés français, dont la demi-heure est consacrée pour l'essentiel aux faits divers générateurs d'émotion, et où jamais au grand jamais on n'explique un problème économique et ses solutions parce que ce sujet ne dispose que de deux ou trois minutes tout au plus, on est frappé par la qualité des débats et interviews de CNN, et des articles du New York Times, du Washington Post et de Newsweek. Et de plus en plus de citoyens s'expriment librement sur des sites Internet, sous forme de blogs ou autrement.

 

Tant que les citoyens seront aussi ignorants des problèmes économiques, ils continueront à croire à des mythes comme ceux de l'Etat capable de créer des emplois producteurs de richesse et d'intervenir efficacement sur le niveau des prix. Les politiciens en profiteront pour faire des promesses que nul ne peut tenir et les syndicats pour réclamer des avancées économiquement insupportables. Et comme les citoyens n'ont pas les connaissances nécessaires pour les contredire, ils les croiront la première fois puis plus jamais une fois déçus.

 

Au point de vue de l'information des citoyens en matière d'économie, la situation des trois pays va de la désinformation en Chine, où les médias ne sont pas libres, à des médias libres mais trop peu de gens instruits en Inde et des médias inefficaces en France.

 

Tant que ce défaut d'information perdurera, les Etats-Unis seront favorisés sur le plan du progrès de la démocratie, donc de l'évolution vers une économie d'innovation.

4.2                 L'accès aux matières premières et aux céréales

La croissance économique de l'Inde et de la Chine fait que ces pays consomment de plus en plus de matières premières (pétrole, minerais, métaux) par habitant. Et comme leur population croît, il y aura une pénurie mondiale. Cette pénurie provoquera un conflit d'accès aux ressources dû à la concurrence entre les grands consommateurs : ALENA (zone de libre-échange d'Amérique du Nord : Etats-Unis, Canada, Mexique), Chine, Inde et l'Union européenne. De leur côté, le Japon et l'Australie intégreront de plus en plus leurs économies, déjà très complémentaires.

 

La pénurie de ressources aussi importantes pour les économies va provoquer des concurrences, peut-être même des conflits armés. Lorsque deux économies sont en concurrence pour l'accès à des matières premières, celle qui l'emporte est celle qui peut les payer le plus cher. C'est donc celle qui produit le plus de richesse par tonne de pétrole ou d'acier. Aujourd'hui, l'ALENA est clairement la mieux placée, et comme sa productivité croît plus vite que celle de l'Union européenne, elle risque de le rester.

 

Il faut mentionner aussi les ressources alimentaires, domaine où l'Inde et la Chine devront importer de plus en plus de céréales, notamment de l'ALENA, de l'Union européenne, d'Australie et d'Argentine.

4.3                 Chine

Pays de 1.3 milliard d'habitants en 2004, population qui croît de 7.4 millions d'habitants par an, la Chine affirme haut et fort vouloir devenir « l'usine du monde ». Elle investit massivement dans certains secteurs où elle entend se doter d'une capacité de production suffisante pour fournir une grande partie du marché mondial. Exemples : l'électronique grand public (téléviseurs, lecteurs de DVD, etc.) et l'électroménager. Elle espère ainsi créer chaque année les 5 à 10 millions d'emplois nécessaires pour absorber la masse de paysans qui quittent l'agriculture, incapable de concurrencer les produits importés.

 

Le développement de l'économie chinoise s'explique autant par les exportations que par le marché intérieur, tiré à la fois par la consommation et l'investissement.

 

La Chine est un état absolument non démocratique : pas d'élections, presse muselée, pas de séparation des pouvoirs, corruption considérable. Ceux qui la gouvernent redoutent, s'ils accordaient plus de liberté, qu'une pagaïe s'instaure et rende le pays ingouvernable.

 

La croissance économique ralentira, au fur et à mesure que le développement exigera de plus en plus d'infrastructures et que les coûts de main d'œuvre augmenteront. En même temps, le coût des importations de matières premières et de nourriture augmentera et freinera lui aussi le développement.

 

La volonté chinoise de dominer l'Asie, d'imposer ses produits partout et d'accéder aux ressources entrera en conflit sévère avec les Etats-Unis puis l'Union européenne.

 

A long terme, le passage à une économie de l'innovation sera freiné par la difficulté de communiquer avec l'extérieur en anglais et l'absence de démocratie. La tendance actuelle à réinventer des technologies, même si elles sont incompatibles avec celles du reste du monde, s'amplifiera ; exemple : pour ne pas dépendre des logiciels de Microsoft, la Chine essaye de développer son propre système d'exploitation pour PC, comptant sur l'immensité de son marché pour justifier l'investissement. Ce genre de repli sur soi est absurde, parce qu'au lieu de profiter des avancées existantes, on prend le temps, l'argent et le risque de les réinventer et on reste donc en retard. Et nul ne voudra importer un logiciel chinois concurrent de celui de Microsoft.

4.4                 Inde

Contrairement à la Chine qui veut une économie industrielle, l'Inde évolue vers une économie de services de haute technologie. Elle profite du fait que tous les élèves de ses écoles apprennent l'anglais pour accéder aux connaissances disponibles dans le monde et obtenir des sous-traitances de services en anglais (développement de logiciel, comptabilité, centres d'appel, services hospitaliers par télémédecine Internet, etc.)

        Exemple des ressources humaines de ce pays de 1.065 milliards d'habitants en 2004, population qui croît de 15 millions par an : la multinationale de services informatiques indienne INFOSYS, basée à Bangalore (chiffre d'affaires : 1 milliard de dollars, 28 000 salariés dans 31 pays), reçoit 1 million de demandes d'emploi par an, dont elle retient 10 000 candidats. Aucun pays, pas même la Chine ou les Etats-Unis, ne dispose d'autant d'informaticiens prêts à rejoindre une société de services. Avec autant d'informaticiens de bon niveau, il n'est pas surprenant que l'Inde attire de nombreuses délocalisations, sous-traitances et coopérations dans des activités de services.

 

Non que l'Inde refuse l'industrialisation : celle-ci se développe en profitant des coûts et de la disponibilité de la main d'œuvre en même temps que de la haute technicité. Le tableau ci-dessous, issu de [5], donne la croissance des exportations indiennes de produits industriels depuis 2000 (2001) a été une mauvaise année)

 

 

 

2000

2001

2002

2003

Articles fabriqués

+24%

-2%

+20%

+23%

Médicaments

+16%

+7%

+29%

+25%

Matériel de transport

+22%

0

+36%

+46%

Outillage

+34%

+9%

+17%

+39%

Produits chimiques
de base

+39%

-9%

+24%

+14%

Total exportations

+21%

-2%

+20%

+14%

Croissance en valeur des exportations indiennes de produits industriels en %

 

Les exportations indiennes de produits industriels, 54 milliards de dollars en 2004, devraient atteindre 300 milliards de dollars en 2015, rattrapant ainsi à peu près celles de la France (330 milliards de dollars en 2004, chiffre assez stable). Comme la Chine, l'Inde bénéficie de délocalisations et de sous-traitances, par exemple pour du matériel de télécommunications et des automobiles.

 

Mais l'Inde n'essaie pas de s'emparer des marchés mondiaux de produits industriels. Elle n'a pas non plus de dessein hégémonique concernant l'Asie, et ne risque pas comme la Chine d'inquiéter les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon par sa puissance militaire.

 

A long terme, l'Inde sera pour les pays avancés à la fois un partenaire important en matière de haute technologie et un concurrent redoutable. Contrairement à la Chine, l'Inde est une démocratie ; elle ne souffrira donc pas d'un freinage des communications par un régime antidémocratique, et pourra aller rapidement vers une économie de création.

 

En même temps qu'elle se développera économiquement, l'Inde devra comme la Chine résoudre un problème d'infrastructures et un problème de fracture sociale. Déjà, la croissance amorcée depuis l'an 2000 n'ayant pas profité aux masses paysannes, celles-ci ont profité des élections de mai 2004 pour remplacer le gouvernement - qui avait pourtant favorisé cette croissance - par un gouvernement qui promettait plus de justice sociale.

4.5                 France

Les problèmes de développement de l'économie française ont été clairement exposés dans les rapports [6], [7], [8] et [9]. Notre pays n'est pas assez engagé dans le domaine des hautes technologies. Il n'utilise pas assez les Technologies de l'Information et des Communications (TIC) pour automatiser sa production et ses activités administratives et de services. Il n'investit pas assez en formation dans l'enseignement supérieur et en recherche et développement. Il n'est pas assez présent pour exporter en Asie, partie du monde qui se développe le plus vite.

 

Pour se donner les moyens financiers de ces développements, la France doit mettre fin à ses gaspillages, c'est-à-dire aux dépenses excessives de l'Etat. Nous avons trop de fonctionnaires et ils sont trop peu productifs, nos services publics sont bons mais ils emploient trop de personnel, nos transferts sociaux sont trop généreux. Tous ces points sont exposés en détail dans le tome 1 et le tome 2 du Cours d'économie.

 

Le plus gros problème de la France, ce qui l'empêche d'évoluer, est le déficit d'information des citoyens, qui permet depuis des années à des politiciens et des syndicalistes de promettre et de réclamer des mesures économiquement désastreuses. Après celui de Raymond Barre (1976-1981), les divers gouvernements qui lui ont succédé n'ont plus jamais eu le courage et l'honnêteté d'expliquer aux citoyens les faits et les mécanismes économiques, et c'est pour cela que le déficit d'information perdure et empêche les réformes indispensables. C'est pour cela qu'à chaque fois qu'une réforme est proposée, les rues s'emplissent de manifestants et de grévistes qui sont contre.

 

A la base de cette mentalité conflictuelle et de l'immobilisme des Français il y a un contexte psychologique et sociologique bien particulier que j'essaie d'analyser dans les textes annexes au Cours précité, comme Mondialisation et Frustrations, celui-ci et d'autres encore, à publier au premier trimestre 2005.

 

L'économie française continuera à stagner, son chômage continuera à dépasser la moyenne mondiale, la dette nationale à rembourser par les générations suivantes (17 000 euros par Français, homme, femme ou enfant en 2005) continuera à augmenter tant que le déficit d'information des citoyens continuera.

 

 

 

Daniel MARTIN

 

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5.                    Sources et références

[1]   "Democracy and Development: Political Institutions and Well-Being in the World, 1950-1990", étude publiée en octobre 2000 par les politologues Adam Przeworski, Michael E. Alvarez, Jose Antonio Cheibub et Fernando Limongi. (Cambridge University Press, http ://www.cambridge.org/.)

 

[2]   Encyclopédie Universalis version 10 (2005)

 

[3]   "Les comptes de la protection sociale 2003" - Document de travail du Ministère de l'Emploi, du travail et de la cohésion sociale - octobre 2004

http://www.sante.gouv.fr/drees/seriestat/pdf/seriestat70.pdf

 

[4]   Livre de Francis Mer : « Vous, les politiques… », éditions Albin Michel. M. Francis Mer a été ministre de l'économie et des finances dans le gouvernement de M. Raffarin.

 

[5]   Newsweek du 07/03/2005, article "Future Factories - The surprise is that India's manufacturing revolution is starting at the high end"

 

[6]   Rapport Camdessus "Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France", téléchargé le 20/10/2004 des 202 pages des documents

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0000.pdf  et

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0001.pdf .

 

Etabli à la demande du ministre M. Sarkozy sous la direction de M. Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France et ancien directeur du Fonds Monétaire International, ce rapport résulte des travaux d'un groupe comprenant 24 personnalités françaises et 7 personnalités européennes. Ces dernières ont vérifié d'un point de vue indépendant, non français, le diagnostic et les préconisations des experts français, et ajouté leurs propres recommandations.

 

Le rapport diagnostique les raisons de la très faible croissance de l'économie française et les perspectives économiques et financières à moyen terme. Il formule ensuite de très nombreuses recommandations. Celles-ci concernent un nombre si important de domaines et préconisent des réformes d'une telle ampleur qu'elles constituent un véritable programme de gouvernement.

 

[7]   Rapport Jean-Louis BEFFA du 15/01/2005 "Pour une nouvelle politique industrielle", texte téléchargé le 25/01/2005 de http://www.rapport-jeanlouisbeffa.com/pdf/RapportJean-LouisBeffa.pdf

 

[8]   Rapports de Patrick Artus et Gilbert Cette au Conseil d'Analyse Economique (CAE) "Productivité et croissance : diagnostic macroéconomique et lecture historique", présentés le 29/01/2004 http://www.cae.gouv.fr/rapports/dl/48.pdf

Résumé : http://www.cae.gouv.fr/lettres/CAE-2004.04.pdf

 

[9]   Rapport Wim Kok "Relever le défi : La stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi" (novembre 2004) http://europa.eu.int/comm/lisbon_strategy/pdf/2004-1866-FR-complet.pdf

 

[10] Le Point n° 1693 du 24/02/2005, page 9, article "Les carnets de Catherine Pégard"

 

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