Cours d'économie
pour citoyens qui votent
Ne vous en laissez pas conter !
Tome 2 : Mondialisation et délocalisations
Mise à jour : 25/03/2008
Daniel MARTIN
Avertissement au lecteur
Le texte de cette deuxième partie du « Cours d'économie pour citoyens qui votent » fait souvent référence à celui du premier tome, « PIB et emploi » au moyen de liens hypertexte sur lesquels il suffit de cliquer.
Il est donc préférable, mais non indispensable, d'avoir lu le premier tome avant celui-ci.
Table des matières
1.1.1 Définition restreinte, la plus utilisée
1.1.2 Définition la plus générale
1.1.3 Conséquences fondamentales pour les entreprises
1.1.3.1 Une concurrence toujours plus forte
1.1.3.2 Les Français n'aiment pas la concurrence
1.1.3.3 Evolution naturelle vers une dimension mondiale
1.1.4 Spécialisation et croissance des importations
1.1.5 Croissance des investissements étrangers
1.1.6 Mondialisation et Technologies de l'Information et des Communications
1.2 Pourquoi la mondialisation profite aux entreprises
1.3 Conséquences bénéfiques de la mondialisation
1.3.1 Conclusion sur le commerce international
1.4 Ouverture des services dans l'Union européenne : directive Bolkestein
1.5 Inconvénients de la mondialisation
1.6 Importance de la vitesse d'ouverture à la concurrence
1.7 Ceux qui gagnent et ceux qui perdent
1.7.2 Un exemple français : Kindy
1.8 Le combat sans espoir des antimondialistes
1.9 Le commerce international tire la croissance du PIB mondial
1.9.1 Comparaison de la croissance du PIB de pays ouverts et de pays fermés
1.9.2 Mondialisation et croissance
1.10 Le chômage baisse dans certains pays et pas d'autres
1.10.1 Le chômage dans le monde
1.10.2 Situation de l'emploi en 2004 : comparaison de la France avec le monde
1.11 Mondialisation et pauvreté
1.11.1 Pays en voie de développement : croissance du PIB, recul de la pauvreté
1.11.1.1 Décroissance de la pauvreté et de l'extrême pauvreté
1.11.1.2 Régions où la pauvreté a augmenté ou diminue à peine
1.11.1.3 Asie du sud et de l'est
1.11.1.4 Afrique sub-saharienne
1.11.1.5 Pourquoi ce désastre économique et humanitaire ?
1.11.2 Comparaison de croissance des pays pauvres avec les pays riches
1.11.3 Réduction des inégalités
1.11.5 Exemples de progrès de la santé et de la production agricole
1.11.6 Que faire pour les pays pauvres ?
1.11.6.1 Causes de la pauvreté et de l'extrême pauvreté
1.11.7 Les pays pauvres reçoivent beaucoup d'argent
1.11.8 Effet de l'aide aux pays pauvres sur leur croissance
1.11.9 Les transferts de fonds des travailleurs immigrés
1.12 Mondialisation ou agilité ?
1.13 La mondialisation génère des inégalités considérables
1.13.2 Inégalités à l'intérieur d'un même pays
1.14 Mondialisation et exception culturelle
1.15 Les reproches faits à la mondialisation
1.16 La pénurie et le coût des matières premières
1.16.1 Impact de la flambée des prix du pétrole
1.17 Mondialisation et interdépendance des économies
1.17.1 Les exemples liés au pétrole
1.17.2 Autres exemples : assurances, couverture des dettes nationales
1.17.3 La mondialisation impose la solidarité internationale
1.18 Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation
1.19 Raisons psychologiques de l'antimondialisme
1.20 La crainte de la mondialisation ? Un problème d'information !
1.20.1 Le manque de culture économique des jeunes
1.20.2 Les Français ont plus peur de l'avenir que leurs voisins
1.20.3 La désinformation des adultes en matière d'économie
1.20.5.1 Création d'emplois par l'Etat
1.20.5.2 Mondialisation et chômage
1.20.5.3 « Employabilité », durée d'indemnisation et formation continue.
1.21 L'absurdité de l'emploi à vie
1.22 Des raisons d'espérer… pour ceux qui s'informent
2.1.3.1 La coopération par télétravail remplacera de plus en plus l'expatriation
2.1.3.3 Les "cols blancs" et la délocalisation
2.1.4.1 Equilibre du commerce extérieur
2.2 Activités qui échappent à la délocalisation
2.3 Le contexte économique qui freine la délocalisation
2.3.1 Immigration, délocalisations ou élargissement de l'Union européenne ?
2.3.2 Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches
2.4 Effet des délocalisations et de l'outsourcing
2.4.1 1er cas : emplois qui n'auraient pu exister en France
2.4.2 2ème cas : activités qui ne sont plus viables en France
2.4.2.1 Exemple : sous-traitance de la fabrication de chaussures Nike
2.4.2.2 Quelles activités ne sont plus viables en France ?
2.4.2.3 Les emplois correspondant à ces activités sont forcément condamnés
2.4.3 3ème cas : activités devenues plus coûteuses en France qu'à l'étranger
2.4.3.1 Cas général : le coût à l'étranger est beaucoup plus bas
2.4.3.2 Cas particulier : l'activité est presque rentable en France
2.4.4 Délocalisation et outsourcing lors d'une croissance
2.4.5 La délocalisation menace l'industrie et aussi les services
2.4.6 Les bas salaires ne suffisent pas pour inciter à la délocalisation
2.5 Exemple d'effet d'une délocalisation : les anoraks
2.5.1 Enoncé du problème : comment protéger l'emploi ?
2.5.3 1ère stratégie : l'Union européenne se protège (droits de douane ou quotas)
2.5.4 2ème stratégie : l'Union européenne ne se protège pas
2.5.5 Conclusion sur les transferts d'emplois à l'étranger
2.6 Effet des importations à bas prix des produits chinois
2.7.2 L'immobilisme des travailleurs
2.7.3 Une logique bien française : le beurre et l'argent du beurre
2.8 Statistiques sur les délocalisations
2.8.1 Les délocalisations constituent un phénomène insignifiant
2.8.1.1 Nombre d'emplois supprimés par délocalisation dans l'Europe des 25
2.8.1.2 Nombre de permis de travail émanant de ressortissants européens
2.8.1.3 La première cause de perte ou de non-création d'emplois est la productivité
2.8.2 Modestie des importations en provenance des pays émergents
2.8.3 Avantages pour les industriels français qui s'internationalisent
2.8.4 Les investissements directs étrangers (IDE) créent des emplois en France
2.8.5 Les investissements français à l'étranger créent de l'activité en France
2.8.6 Evolution des investissements directs français à l'étranger
2.8.7 Conclusions sur les délocalisations
2.9 Les vrais risques pour nos emplois : la concurrence des pays avancés
2.9.1 Comparaison des coûts salariaux
2.9.2 La terrible concurrence des pays avancés plus libéraux
2.9.3 Pourquoi ces pays plus libéraux sont-ils plus dynamiques ?
2.9.4 La vigueur du commerce France - Etats-Unis
2.10 Délocalisation des emplois très qualifiés
2.11 Les risques pour les pays pauvres
2.11.1 L'exemple du Bangladesh
2.11.2 Autres exemples : l'île Maurice, le Cambodge, le Honduras, le Mexique
2.11.3 La montée en puissance de la Chine
2.11.4 Conclusions pour les pays pauvres.
2.12 Impact de la concurrence des pays pauvres sur la France
3.1 Définition de la compétitivité
3.1.1 Compétitivité ou attractivité ?
3.1.2 Domaines où intervient la notion de compétitivité
3.1.3 Différences de compétitivité entre pays et entre entreprises
3.2 Principe de l'avantage comparatif
3.2.1 Conséquences d'une moindre productivité
3.3.1 Inconvénients du PIB par habitant en tant que mesure du niveau de vie
3.3.2 Autres indicateurs de compétitivité
3.4 Compétitivité-prix et compétitivité-coûts
3.4.1 Compétitivité-prix et parts de marché
3.4.2 Comparaisons de productivité
3.4.3 Productivité structurelle et productivité observée
3.4.4 Politiques structurelles, productivité et emploi
3.4.4.1 Politiques structurelles et productivité
3.4.4.2 Politiques structurelles et emploi
3.4.5 L'incomparable contribution des TIC à la croissance
3.5 Compétitivité par la qualité et l'innovation
3.5.1 Innovation commerciale, organisationnelle, financière et délai
3.5.1.1 Innovation commerciale
3.5.1.2 Innovation organisationnelle
3.5.1.4 Délai de mise sur le marché
3.6 L'attractivité géographique
3.6.1 Taille du marché, transports et densité de population
3.8 Compétitivité de la France et dépenses publiques
3.8.2 Effectifs de la fonction publique
3.8.2.1 Effectifs de l'Etat en 2006
3.8.2.2 Evolution de l'emploi public jusqu'à 7 millions de fonctionnaires
3.9 Comparaison France - Allemagne : le décrochage
3.10 Compétitivité de l'agriculture française
3.11 Comparaison des investissements directs étrangers (IDE) en France, Royaume-Uni et Irlande
3.12 Conclusions sur le commerce extérieur de la France
3.13 Le retard croissant de l'Europe sur les Etats-Unis
On appelle mondialisation le développement à l'échelle mondiale des entreprises multinationales, la facilitation et l'accélération du commerce, des transferts de fonds et des communications informatisées.
La mondialisation (en américain « globalization ») est une transformation de notre monde par l'ouverture des frontières et le progrès des communications.
Ouverture des frontières
De plus en plus, les interdictions et les limitations qui gênent le franchissement des frontières disparaissent. La mondialisation rend très faciles les déplacements de marchandises, de personnes et de capitaux à travers les frontières des Etats. Les quotas limitant les volumes de marchandises échangés, les interdictions qui retardent ou empêchent les mouvements des personnes, et les barrières limitant ou empêchant les transferts d'argent sautent.
C'est ainsi que, d'après [240] page 10, ces dix dernières années :
§ Les investissements directs [241] dans le monde ont été multipliés par plus de 6 (en valeur courante) ;
§ Les exportations de biens et services ont été multipliées par 3.5 ;
§ Les ventes à l’étranger des filiales représentent désormais 2 fois le commerce mondial de biens et services et leur production à l’étranger la moitié du commerce mondial.
§ L’Europe, particulièrement la France, a pleinement participé à ce mouvement. Les investissements directs français à l’étranger ont été multipliés par plus de 8, les investissements étrangers en France par plus de 6. Plus précisément, les filiales de firmes étrangères en France contribuent pour plus de 30 % à la production manufacturière.
La mondialisation est en marche !
Cette ouverture des frontières permet une accélération et une croissance du commerce de marchandises, ainsi que celles des offres de services transfrontières dans des domaines comme l'assurance ou le support téléphonique. Les gens qui voyagent et les entreprises qui s'installent dans un autre pays apportent avec eux leurs connaissances : la mondialisation favorise les transferts de technologie et de savoir-faire.
(Il faut bien se rendre compte que la mondialisation exige une ouverture d'esprit contraire à la nature profonde des politiciens. Plus que les autres hommes, ils ont une méfiance instinctive de « l'autre » - surtout si c'est un étranger, et une tendance à protéger leur pré carré. Le plus bel exemple en est l'ensemble des institutions de l'Union européenne confédérale, conçues pour respecter le maximum de « chacun chez soi », et où les divers gouvernements protègent jalousement nombre de prérogatives, notamment leur droit de veto aux décisions de l'Union. Et pourtant, cette même Union européenne est un exemple du fait que peu à peu, des hommes de bonne volonté peuvent surmonter leurs méfiances et leurs rancœurs.)
Progrès des communications
§ Les voyages et les transports deviennent de plus en plus faciles et rapides.
§ Les communications électroniques deviennent de plus en plus faciles, rapides et bon marché, qu'il s'agisse de téléphone, fax, messages, échange de fichiers ou de données informatiques, d'images fixes ou animées. Des millions d'ordinateurs sont interconnectés par le réseau Internet pour fournir à la fois des services (comme la prise de commandes) et des données (comme des textes de loi).
Le progrès des communications entraîne une diffusion des connaissances et des idées, ainsi que le recul de la censure et des tyrannies, qui ne résistent pas à des communications libres entre citoyens.
De même que Lénine disait : « Le communisme, c'est les soviets plus l'électricité », on peut dire :
La mondialisation, c'est l'ouverture plus les communications
§ L'ouverture des frontières permet à un nombre toujours croissant de produits étrangers d'arriver dans un pays donné sans barrière douanière ou réglementaire.
§ Les transports toujours plus faciles, plus rapides et moins chers facilitent encore plus l'importation et l'exportation.
§ Les transferts de fonds extrêmement rapides et simples permettent l'investissement à l'étranger, donc l'arrivée de produits étrangers dans un pays donné.
§ Les communications toujours plus faciles et rapides, notamment par Internet, permettent à un fournisseur de faire connaître ses produits partout et à un client de trouver davantage de fournisseurs.
Le résultat de toutes ces améliorations est une concurrence toujours plus vive dans un marché donné, ce qui profite aux consommateurs mais exige des fournisseurs d'être toujours plus performants : produits plus récents, moins chers, de meilleure qualité, etc.
Il faut noter ici une spécificité française : quand on les interroge, les Français n'aiment pas la concurrence, qu'ils qualifient de « sauvage » et qu'ils accusent de détruire des emplois, et d'obliger à se battre pour s'imposer sur le marché du travail comme sur le marché des produits et services. Ils aiment bien acheter moins cher et se jettent sur les produits importés d'Asie, mais ils voudraient en même temps que ces produits soient fabriqués par des Français en France, ce qui est absurde. Tous les autres peuples de l'Union européenne, les Américains, les asiatiques, etc. ont compris l'intérêt de la concurrence, pas les Français.
Il y a un problème de communication : quand 64 millions de consommateurs français profitent de prix plus bas, les media n'en parlent pas et personne ne s'en plaint. Quand les T-shirts chinois vendus en France permettent aux Chinois de nous acheter des Airbus, tout le monde trouve cela normal. Mais quand une entreprise de 200 salariés délocalise en Asie, les journaux, les politiciens, les syndicalistes et toute la gauche française crient au scandale, alors que par rapport à la population active française de 27 millions de travailleurs et la population de consommateurs de 64 millions, les délocalisations et pertes d'emplois sont parfaitement insignifiantes.
Il est donc temps que le gouvernement rassure les Français sur les délocalisations au lieu de les inquiéter, et que vu le très faible nombre d'emplois perdus par ce phénomène, il mette en place une assurance anti-délocalisations, qui indemniserait les salariés victimes comme les autres chômeurs et les aiderait à retrouver un emploi.
Les entreprises tendent à acquérir une dimension mondiale, à devenir multinationales. Dans une telle entreprise, un même article peut contenir des sous-ensembles fabriqués dans plusieurs pays, un même service au client final peut faire participer des employés situés dans des pays différents.
En plus de cette participation de plusieurs filiales d'une même entreprise à la fabrication d'un article donné ou à la fourniture d'un service donné, la mondialisation facilite les sous-traitances. De plus en plus, donc, une entreprise multinationale doit se demander pour chaque gamme de produits :
§ dans quel pays elle doit les concevoir ;
§ où fabriquer tel ou tel sous-ensemble ;
§ où effectuer l'assemblage final ;
§ où implanter le centre de support téléphonique ;
§ dans quel pays situer la société qui verra apparaître les bénéfices parce qu'ils y sont moins taxés, etc.
Pour beaucoup de produits très connus dont les composants proviennent d'un peu partout, comme les iPods d'Apple et les PC de DELL, on devrait trouver dessus des étiquettes :
« Made in World »
La possibilité et les avantages de la production d'un bien ou d'un service dans le pays où elle coûte le moins font que les sous-traitances et achats à l'étranger explosent. Il s'ensuit une forte croissance des importations par rapport au PIB, croissance qui s'ajoute à celle du PIB, comme on le voit sur ce graphique issu de [304] :

Les marchés sont de plus en plus ouverts et la production
de plus en plus répartie
(source REXECODE)
La circulation de l'argent et la possibilité d'investir à l'étranger font qu'une partie importante du capital de l'ensemble des entreprises de la bourse d'un pays appartient à des personnes ou des entreprises étrangères à ce pays : selon la Banque de France, en 2002, 42.4 % des actions de la bourse de Paris appartenaient à des étrangers. Le graphique ci-dessus, basé sur des données de la Réserve Fédérale, montre le poids croissant des étrangers à la bourse de New York, où ils ont acheté pour 81 milliards de dollars nets de titres (surplus des achats sur les ventes) pendant le seul mois de novembre 2004, contre 48.3 milliards en octobre.

Pourcentage de titres détenus par des non américains à Wall Street en 1982 et 2004
Pour profiter de la mondialisation, une entreprise, une association, une banque ou un état doivent absolument adopter les Technologies de l'Information et des Communications (TIC), c'est-à-dire :
§ S'équiper d'ordinateurs personnels et de serveurs ;
§ Les relier en réseau entre eux et avec le reste de l'Internet ;
§ Réorganiser les procédures de travail autour de ces TIC afin de les automatiser, de les accélérer, de les fiabiliser et de les intégrer avec celles des autres filiales ou partenaires.
Voici un paragraphe de [298] page 100 qui explique que, dans notre contexte de mondialisation, la majeure partie du coût d'un article fabriqué hors matières premières, composants achetés et énergie est du coût de traitement d'informations.
"De plus en plus fréquemment, le contenu informationnel dans un produit dépasse, en valeur, son contenu en énergie, en matières premières et en heures de travail manufacturier. Nous entendons par coûts informationnels :
§ études préliminaires du marché, marketing, détermination des besoins du client, analyse de la concurrence, intelligence économique ;
§ coûts de conception : R&D, bureau d'étude, mise au point, élaboration des programmes de CFAO qui piloteront les machines de production (MOCN), suivi dans la pharmacie des tests sur des milliers de patients… ;
§ protection juridique, veille technologique ;
§ coûts de fabrication de la partie immatérielle : élaboration des modes d'emploi, de la documentation technique, écriture des logiciels nécessaires pour le produit,....;
§ coûts du suivi qualité ;
§ coûts de transmission de l'information (télécommunications) ;
§ coûts de traitement de l'information (informatique) :
§ coûts immatériels aux niveaux de l'atelier de production, du bureau des méthodes, de l'organisation des processus de production, des cercles de qualité, de la programmation des machines-outils à commande numérique, des choix techniques réalisés par les opérateurs (définition des paramètres d'usinage, choix des matériaux …) ;
§ recherche de sous-traitants ou de partenaires ;
§ coûts de gestion : procédures administratives relatives au paiement des taxes, aux demandes d'autorisations ou aux questionnaires statistiques, comptabilité, facturation,… ;
§ communication, relations publiques
§ coûts de commercialisation : publicité, conseil au client, catalogue, formation des clients, négociation du prix et des clauses du contrat, recherche de nouveaux distributeurs, de nouveaux clients, de nouveaux marchés ;
§ coûts de gestion du personnel : recrutement, paye, formation des agents ;
§ coûts liés à la logistique : gestion et organisation du transport et du stockage,... ;
§ coûts des services financiers : négociation, optimisations, gestion de trésorerie ;
§ coûts des achats, recherche de fournisseurs, du lancement des appels d'offre, gestion des approvisionnements ;
§ coût de la conduite de projets ou de chantiers ;
§ coûts du service après vente : maintenance, mise à jour, contentieux,....;
§ coût des informations que l'on achète : brevets, licences, accès à des banques de données,.....;
§ etc.
De plus la compétitivité d'une entreprise, liée à la pertinence de ses décisions, dépend largement de la qualité des informations dont elle dispose et de sa capacité à les capitaliser et à les traiter."
Au niveau d'un pays entier, la majeure partie de l'activité est désormais du traitement d'informations : on parle d'économie de l'information.
La conséquence pratique de cette prépondérance du coût de traitement de l'information sur la main d'œuvre est, pour beaucoup de fabrications, le peu d'intérêt des délocalisations qui n'économisent que la main d'œuvre : à quoi sert-il de se compliquer la vie à fabriquer et transporter à des milliers de km pour économiser 80 % de 15 %?
§ En vendant dans plusieurs pays, elles profitent de marchés plus étendus.
§ En fabricant en plus grandes quantités, elles profitent d'économies d'échelle.
§ La taille de l'entreprise et celle de son marché lui permettent de disposer des fonds et des compétences nécessaires pour innover constamment.
En effet, le meilleur moyen pour une entreprise d'échapper à la concurrence est de faire en sorte qu'aucune autre ne soit capable d'offrir le même produit ou le même service. Elle peut y arriver lorsqu'elle vient d'inventer ce produit ou service.
C'est l'innovation permanente qui permet à des entreprises, dont la main d'œuvre est chère mais la compétence considérable, de créer des produits sans équivalent et de les imposer sur le marché. Cela demande des efforts coûteux de recherche et développement, sans compter parfois l'achat de nouveaux matériels, la construction de nouveaux locaux et la formation permanente des techniciens.
On constate alors qu'une partie croissante de l'activité de l'entreprise, celle liée au développement de nouveaux produits ou services, a une forte valeur ajoutée. Un fort taux de renouvellement de la gamme de produits est un atout important.
Au niveau d'un pays entier, on favorise l'innovation par une infrastructure d'enseignement et recherche, des pôles d'activité regroupant des entreprises de haute technologie qui sont complémentaires, des avantages financiers liés à l'innovation, etc. [286]
D'après [273] page 62, l'effet de la taille du pays pour favoriser les innovations s'ajoute à celui de sa richesse : les pays pauvres, qui totalisent 37 % de la population mondiale et 11 % de son PIB à parité de pouvoir d'achat, ne sont à l'origine que de moins de 1 % des brevets déposés aux Etats-Unis en l'an 2000 ; les 20 pays les plus riches, au contraire, sont à l'origine de 98 % des brevets.
§ En fabricant chaque article dans le pays où cette fabrication coûte le moins cher, elles réduisent leurs coûts donc accroissent leurs bénéfices ; elles doivent cependant veiller à ce que les coûts de transport ne viennent pas annuler les économies de coût de production.
§ La compétitivité des entreprises passe par la spécialisation, chacune produisant les articles ou services pour lesquels elle peut le mieux combattre la concurrence. La spécialisation entraîne une hausse de la productivité.
Cette spécialisation entraîne une division du travail et une coopération pour produire l'article final entre départements d'une même société et/ou entre sociétés distinctes mais partenaires.
Comme les lieux de fabrication des composants d'un même article final peuvent être situés dans des pays différents, il est indispensable que les transports entre pays soient faciles, rapides et bon marché. Et bien entendu, le commerce entre pays doit être libre et non grevé de taxes.
§ En organisant la vente d'articles fabriqués dans une filiale par une autre filiale, et en jouant sur les prix de ces ventes (dont elles son maîtresses à 100 %) les multinationales peuvent faire apparaître les bénéfices dans les pays où ils sont le moins imposés, donc payer le minimum d'impôts [215] ;
§ En effectuant l'assemblage final d'un produit dans un certain pays (exemple : le Bangladesh), alors que les composants assemblés ont été fabriqués ailleurs (exemple : la Chine), elles peuvent déclarer l'article final exporté comme « fabriqué dans le pays d'assemblage » (c'est-à-dire au Bangladesh, dans notre exemple). Cela permet de contourner la limite imposée par le quota de vente du pays de fabrication (la Chine) et d'utiliser aussi le quota du pays d'assemblage (le Bangladesh). Au total, cette dispersion des fabrications permettra de vendre davantage ;
Cas particulier : le contournement des interdictions d'importer certains produits. Exemple : il y a quelques années, les lois brésiliennes interdisaient d'importer des produits de luxe, pour ne pas dépenser les devises du pays en importations superflues ; les fabricants français de parfums ont contourné ces lois en faisant réaliser au Brésil la mise en flacon des parfums, qu'ils exportaient de France sous l'appellation de « composants pharmaceutiques de base ».
De manière générale, l'imagination des entreprises est très féconde ; elles trouvent le plus souvent des moyens de contourner les barrières réglementaires artificielles. Elles y parviennent d'autant plus facilement pour un pays donné qu'elles disposent de filiales dans le pays. C'est pourquoi les constructeurs d'automobiles ont des filiales de production ou d'assemblage (les « usines tournevis ») dans tous les marchés importants.
Pour mieux comprendre l'intérêt de la mondialisation et du développement de l'Internet, voir la citation correspondante dans "La France obligée d'innover sans cesse".
§ La mondialisation favorise la liberté d'entreprendre, d'investir, de se déplacer, de savoir, de s'exprimer, etc. Elle est donc conforme aux principes du libéralisme.
§ La libéralisation, la facilitation et l'accélération du commerce entraînent un développement de celui-ci, donc de la concurrence, donc de la productivité, donc des biens et services disponibles, c'est-à-dire du niveau de vie moyen. C'est ainsi que la mondialisation a permis, entre 1951 et 2003 :
· une multiplication par 23 du commerce international ;
· une multiplication par 7 de la production mondiale, conséquence de celle du commerce. (Détails : cliquer ici.)
§ La concurrence est de plus en plus vive, que ce soit pour concevoir des produits, pour les fabriquer, pour recevoir des touristes, pour transporter des hommes ou des marchandises, pour prêter ou emprunter de l'argent… Et cette concurrence est toujours à l'avantage des consommateurs, car elle fait baisser les prix, améliorer les produits et les services.
Exemple issu de [309] : le graphique ci-dessous montre l'évolution en France des prix de l'habillement entre 1999 et 2006, et des quantités vendues correspondantes. On voit que du fait de la mondialisation les prix ont baissé continuellement, ce qui a permis aux consommateurs d'acheter de plus en plus.

Relation entre prix des vêtements et quantités vendues
§ Pour profiter de la mondialisation, un homme, une entreprise ou un pays doit adopter les nouvelles « Technologies de l'Information et des Communications » (TIC). Cela implique la mise en place d'ordinateurs et de lignes de télécommunications, mais aussi d'une organisation et de procédures de travail qui profitent de ces TIC pour améliorer :
· L'automatisation des tâches répétitives ;
· La vitesse de déroulement et d'enchaînement des tâches informatisées ;
· L'optimisation du niveau des stocks, grâce aux livraisons « juste à temps » ;
· L'optimisation des charges de travail, pour utiliser au mieux les temps humains et les machines ;
· Les contrôles de qualité, l'absence d'oublis et d'erreurs ;
· Les communications avec des entreprises pour commander ou se renseigner, et avec les administrations (impôts, état civil, etc.)
L'importance de l'informatisation en réseau est illustrée par le graphique ci-dessous, issu de [304] :

L'informatisation est un levier de croissance
(sources XERFI, FEVAD)
§ La concurrence accrue entraîne une sélection des entreprises : seules survivent les plus performantes, c'est-à-dire celles dont les produits ou services sont les meilleurs et/ou les moins chers et/ou les plus à la mode et/ou les plus innovants. Les entreprises dépassées ou les produits dépassés doivent disparaître en même temps que des entreprises nouvelles et de nouveaux produits apparaissent ; il y a destruction créatrice d'emplois.
L'économie d'un pays doit donc constamment s'adapter et se transformer, à la fois pour que le niveau de vie de ses habitants profite des prix plus bas et que le nombre d'emplois créés compense ou dépasse celui des emplois supprimés.
§ Les économies des divers pays s'intègrent de plus en plus : les échanges économiques, financiers, technologiques et culturels devenant si nombreux, tout se passe de plus en plus comme si les divers pays n'en faisaient qu'un.
Une des conséquences les plus importantes de cette intégration est l'impossibilité des guerres entre pays liés par ces innombrables échanges : une guerre serait comme si une province d'un pays attaquait une autre province du même pays, et les armées d'un pays détruiraient dans l'autre pays des biens appartenant en partie à ses propres citoyens et entreprises.
§ Les hommes voyagent de plus en plus et de plus en plus loin, à la fois pour leur plaisir, pour travailler à l'étranger, pour participer à des conférences, etc. Peu à peu, des gens très différents apprennent à se connaître et à s'apprécier.
§ L'ouverture des communications accélère et approfondit encore plus les phénomènes d'intégration des entreprises et des pays.
Une entreprise comme AIRBUS sous-traite des fabrications à des centaines d'autres, dans de nombreux pays, les intégrant ainsi toutes à son processus industriel. Les ordres de fabrication, les plans des pièces, sont transmis électroniquement entre les ordinateurs de ces entreprises, qui peuvent les prendre en compte extrêmement vite. Les modifications sont si faciles que les clients d'AIRBUS en profitent : dans les deux années qui s'écoulent, en moyenne, entre la commande d'un avion et sa livraison, celui-ci change quatre fois de propriétaire, donc de détails de spécifications.
§ Les nouvelles circulant instantanément, les hommes se sentent plus proches d'autres hommes qui ont un problème de famine, de guerre, de catastrophe naturelle. Exemple : la réaction internationale au tsunami du 26/12/2004 en Asie.
§ Les échanges culturels très intenses propagent des œuvres artistiques dans tout le monde : musique, photos, films, livres, etc. Un projet en cours aux Etats-Unis, Google Print, consiste à mettre gratis à disposition sur Internet les textes de millions de livres dont les droits d'auteur ont expiré ou non, pour que l'humanité entière puisse en profiter.
§ Aucun pays ne peut plus se passer des autres, que ce soit pour des matières premières comme le pétrole ou divers métaux, pour des recherches scientifiques ou des technologies protégées par des brevets, pour un savoir-faire industriel comme la construction des paquebots de croisière en France à Saint-Nazaire…
Nous pouvons donc à présent donner une autre définition de la mondialisation :
La mondialisation, c'est le libéralisme plus Internet
La mondialisation ne peut exister et ne peut profiter aux pays, aux entreprises et aux hommes sans développement du commerce international. Comme le démontre le texte "L'intérêt du commerce international libre" :
Le commerce international est bénéfique pour tous les pays participants. Contrairement au Monopoly, jeu à somme nulle où un joueur ne peut s'enrichir qu'en s'emparant des propriétés et de l'argent des autres, le commerce international est un processus gagnant - gagnant.
L'effet du commerce international sur le PIB mondial est abordé à la section "Le commerce international tire la croissance du PIB mondial".
Les services représentent, dans les pays évolués, entre 70 % et 80 % du PIB. Les barrières réglementaires et fiscales empêchent la concurrence, particulièrement dans l'Union européenne, et malgré le Marché commun démarré en 1957.
Le sujet de l'ouverture du marché des services de l'Union européenne est traité en détail, avec ses implications en terme de chômage, de délocalisations et de PIB dans "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".
§ Pour rester compétitive ou devenir leader sur ses marchés, ce qui lui permet d'imposer ses produits et ses prix, donc de gagner davantage, une multinationale doit n'être présente que dans les activités où elle fait partie des entreprises les plus performantes en qualité et prix de revient.
Comme les marchés évoluent sans cesse, parce que des produits apparaissent et disparaissent souvent et que les goûts des consommateurs changent, une multinationale est souvent amenée à se recentrer sur les activités où elle est la plus compétitive ou qui sont les plus prometteuses. De ce fait, elle doit souvent revendre des filiales ou des départements et en acquérir d'autres. Ces phénomènes de cession et d'achat d'unités de production ou de vente s'accompagnent nécessairement de réorganisations, donc de mouvements de personnel, départs et embauches. L'existence, l'ampleur et la fréquence de ces mouvements inquiètent les salariés. Nous verrons plus bas ce qu'il faut en penser et comment les salariés doivent réagir.
§ La mondialisation facilite la propagation des maladies et des espèces nuisibles par les personnes ou les marchandises qui voyagent.
§ Pour gagner davantage, les hommes et les entreprises ont tendance à user sans restriction de ce qui ne coûte rien, comme l'air et l'eau. Il en résulte des consommations excessives d'eau, de la déforestation, la disparition d'espèces naturelles ainsi que la pollution de l'eau, de l'air et des sols.
Les lois de l'économie ne peuvent rien contre ces abus. C'est aux gouvernements et aux organisations internationales qu'il appartient d'édicter les règles de protection de l'environnement et de les faire respecter. Certains sont plus soucieux que d'autres, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de données de l'Union européenne :

On voit que la France est en avance de 1.9 % sur ses objectifs de réduction de pollution par CO2 : c'est grâce à sa production d'électricité essentiellement nucléaire. On voit aussi que des pays comme l'Espagne et le Portugal ne respectent pas leurs engagements : si l'Union européenne les sanctionnait…
Rappelons aussi que les Etats-Unis n'apparaissent pas sur le graphique ci-dessus parce que l'administration Bush refuse de signer le protocole de KYOTO, alors que ce pays produit à lui seul 25 % des rejets de CO2 de la planète. Les Etats-Unis comptent réduire ce type de pollution grâce au système de quotas d'émission assez strict qu'ils se sont imposés, et grâce aux progrès technologique auquel ils consacrent un budget de recherche conséquent.
§ Même si on ne pense pas à la pollution ou qu'on fait un gros effort pour la maîtriser, la mondialisation entraîne un développement économique à la fois considérable et rapide.
Ce développement entraîne à son tour une croissance énorme des consommations de produits de base comme le pétrole (pour les transports, où rien ne permet de le remplacer) ; le charbon et le fer (pour l'acier) ; et les céréales au sens large (blé, maïs, riz, soja, etc.). La consommation de céréales augmente à la fois du fait de la population qui croît, du fait qu'étant plus riche elle consomme plus, et du fait qu'en consommant plus de viande elle entraîne une très forte croissance de la consommation des céréales qui nourrissent le bétail (pour produire 1 kg de bœuf il faut une quinzaine de kilos d'aliments pour bétail).
Rien ne permet d'espérer que la planète soit capable de fournir tous ces produits si les Chinois, les Indiens, etc. doivent atteindre un niveau de vie voisin de celui dont nous profitons aujourd'hui ; il y aura demain une extraordinaire compétition pour l'accès aux ressources de base et toute la politique internationale en sera impactée.
§ La mondialisation entraîne un développement économique à des vitesses différentes selon les régions et les secteurs économiques, d'où des « fractures » et des « laissés pour compte », c'est-à-dire des injustices.
Un des aspects de cette différence de vitesse de développement se manifeste dans le domaine du développement des entreprises. Certaines sont mieux gérées que d'autres et exercent leur activité dans des marchés plus porteurs : elles se développent donc plus vite et deviennent des multinationales. Il y a alors un risque d'étouffement de la concurrence et de création de monopoles, qui pourront en profiter pour imposer leurs produits et leurs prix au détriment de l'intérêt des consommateurs.
Les mécanismes économiques ne pouvant rien contre les monopoles, il appartient aux Etats et aux organisations internationales de les briser avec des lois anti-trust.
Autre conséquence du développement économique rapide, qui peut survenir indépendamment de la mondialisation ou à cause d'elle, la fracture sociale. C'est ainsi que d'après [259], une étude effectuée en Chine auprès de 84 000 ménages montre que 90 % des résidents urbains ont accru leurs revenus de 0.5 % depuis l'adhésion de la Chine à l'OMC fin 2001, tandis que les revenus des ménages ruraux ont baissé de 0.8 % et que ceux des ménages les plus pauvres ont même vu leur niveau de vie reculer de 6 %: plus le pays s'enrichit, plus les inégalités sociales augmentent.
Les mécanismes économiques ne peuvent rien contre la fracture sociale. Il faut donc que les Etats organisent la solidarité sous forme d'aides ciblées au développement des régions défavorisées.
§ Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265].
La vitesse d'ouverture d'un marché à la concurrence est un facteur fondamental dans l'impact de cette ouverture, comme le démontre le prix Nobel d'économie Joseph STIGLITZ dans [216].
§ Si l'ouverture est progressive, parce que pendant un certain temps le pays limite les quantités importées ou taxe l'importation, les entreprises concernées ont du temps pour s'adapter à la concurrence, en augmentant leur productivité et la qualité de leur offre, ou en innovant.
Exemple : Les pays avancés ont eu le temps, pendant les 30 années depuis l'Accord Multifibres (AMF), de reconvertir une partie de leur industrie textile vers des produits très technologiques, comme les tissus pour l'automobile et les tissus perméables appelés géotextiles, ainsi que de reconvertir certains salariés à d'autres activités. Et il leur reste des clauses de sauvegarde permettant de limiter temporairement les importations dont le volume viendrait à exploser.
Si certaines entreprises ne peuvent s'adapter et licencient, la progressivité des licenciements fait qu'à tout moment le nombre de chômeurs qui doivent retrouver du travail est modeste. Ils ont des chances d'en retrouver ; et leur petit nombre fait que le pays a les moyens de les indemniser le temps qu'ils se reconvertissent.
§ Si l'ouverture est brutale, comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est, les entreprises n'ont eu aucun délai d'adaptation et ont dû fermer. La décision de cette ouverture instantanée a donc été une grave erreur politique.
Pour plus de détails, voir "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".
Extraits de [266] et commentaires entre crochets […] :
"Depuis la libéralisation des échanges imposée au 1er janvier par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce secteur qui emploie 350 000 personnes vit en état de siège."
[Notez la réaction classique du journaliste auteur de l'article : il accuse l'OMC, c'est-à-dire la mondialisation, du malheur de l'industrie italienne de la chaussure, alors qu'il sait parfaitement que cette industrie a eu de longues années pour se préparer à l'ouverture du marché italien aux concurrents asiatiques. Il sait sûrement aussi que l'OMC n'impose rien, que ce n'est qu'un cadre où se négocient librement les accords de commerce international, notamment ceux de l'Union européenne à laquelle l'Italie appartient, et que notre Europe n'a ouvert ses frontières à la Chine qu'en échange de l'ouverture des frontières chinoises aux produits européens. Il le sait, mais ne le rappelle pas.]
"Entre janvier et février, les importations chinoises ont été multipliées par six en volume tandis que les prix diminuaient de 28 %. Dans les sandales et les chaussures plates, l'augmentation en volume atteint 1380 % ! « Je n'ose imaginer le coût économique et social que notre pays devra payer », lance Rossano Soldini, président de l'ANCI, l'association nationale des industriels du secteur."
[Notez la réaction du représentant de la profession, qui rejoint le journaliste pour accuser la mondialisation des dégâts qu'elle fait dans son pays. Leur mauvaise foi est évidente : non seulement aucun des deux ne déplore le refus de cette industrie de se préparer à affronter la concurrence, mais aucun ne reconnaît que si les ventes de chaussures importées ont explosé les consommateurs italiens en ont profité ; certains ont économisé de l'argent qu'ils ont ensuite utilisé pour acheter en plus d'autres produits, d'autres se sont offert des chaussures qu'ils ne pouvaient pas acheter avant la baisse de prix de 28 %.]
"Chaussure et textile, qui emploie 750 000 salariés, sont deux cas emblématiques des difficultés rencontrées par les PME italiennes. Sous-capitalisées, d'une taille trop réduite, souffrant d'un manque chronique de spécialisation et d'une innovation insuffisante, elles peinaient déjà à lutter contre la globalisation des marchés. La déferlante asiatique risque de leur porter le coup de grâce. A l'exception, toutefois, de grands groupes comme les chaussures de luxe Tod's ou encore Geox, qui vient de faire une entrée remarquée en Bourse. Pour eux, la Chine constitue une opportunité de marché unique en son genre."
[Encore un exemple de mauvaise interprétation de la part du journaliste : il attribue à la petitesse des PME italiennes leur échec dans la lutte contre les concurrents à prix bas, alors que des « multinationales capitalistes riches » réussissent à prospérer avec la mondialisation. La vérité est toute autre, et on la trouve dans la même page du même journal, sous la plume du même journaliste : le fabricant de chaussures italien Tod's qui a une tradition familiale de fabrication de luxe à la main produit toute sa fabrication en Italie, et ses chaussures se vendent si bien qu'il vient d'ouvrir deux boutiques en Chine pour en vendre aux Chinois ! Son PDG explique que « L'excellence italienne est un système de PME de vieille tradition sachant garantir une qualité inimitable. Même quand la Chine s'éveille, ce système reste gagnant ».
La conclusion est simple : les fabricants de chaussures qui ont dormi sur leurs deux oreilles, en fabricant à prix élevé des produits que les Chinois pouvaient remplacer pour moins cher, ont tout perdu avec l'ouverture des frontières et vont licencier, alors que ceux qui ont su atteindre une qualité de classe mondiale ont vu leur marché exploser et embauchent en Italie. Le dynamisme a battu l'immobilisme. Fallait-il bloquer les importations chinoises, priver les consommateurs italiens de chaussures bon marché et maintenir en vie des entreprises dépassées, comme le réclament certains ?]
Voir [291].
En automobile, les minuscules fabricants de voitures de luxe que sont Porsche et Ferrari croulent sous les commandes et gagnent un argent fou, alors que les puissantes multinationales que sont GM et FIAT perdent de l'argent et des parts de marché. Porsche étudie et fabrique tous ses modèles en Allemagne, où la main d'œuvre coûte plus cher que dans n'importe quel autre pays, et Ferrari paye une fortune pour avoir des ingénieurs et des pilotes de premier plan. Porsche, déjà actionnaire important de Volkswagen, propose de racheter encore plus d'actions pour en devenir le premier actionnaire.
Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".
Il est illusoire de combattre les pollutions et les injustices en refusant la mondialisation, car ce serait refuser des libertés, refuser les progrès de toutes sortes provenant du développement de l'ouverture et des communications : progrès de niveau de vie, progrès de la liberté de se déplacer, de s'exprimer, de savoir, de posséder et d'entreprendre. Les gens refuseraient qu'on revienne aux barrières et restrictions du passé, ainsi qu'à la pauvreté qui les accompagnait.
C'est parce qu'aucune manœuvre de refus ou de limitation de la mondialisation ne réussit que celle-ci se développe année après année, dans tous les pays sauf ceux où règne une dictature féroce.
Le refus de la mondialisation étant un refus d'ouverture, donc de liberté, a une image si négative que ceux qui combattaient la mondialisation ont changé leur nom d'« antimondialistes » en « altermondialistes », en précisant qu'ils ne refusaient pas l'ouverture et sa liberté, mais seulement les conséquences néfastes des excès de la mondialisation : atteintes à l'environnement et injustices.
A priori on ne peut que souscrire aux idées altermondialistes : qui est pour la pollution et l'injustice ? A priori, les thèses altermondialistes impliquent la solidarité entre peuples, entre riches et moins riches. Et cette solidarité va jusqu'à la générosité, jusqu'à vouloir prélever des impôts internationaux pour financer les aides aux pays pauvres (exemple : la Taxe Tobin [201]). C'est ainsi que le président Chirac milite depuis des années pour que les pays riches acceptent de tels impôts.
Mais ce même président Chirac dirige un pays, la France, qui n'a jamais respecté son engagement international de donner 0.7 % de son PIB aux pays pauvres : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »
Un seul pays au monde donne ce pourcentage de sa richesse et même un peu plus : la Norvège (0.9 % de son PIB) ; il est vrai qu'elle a des revenus pétroliers si élevés qu'elle ne peut pas les investir chez elle, son économie étant trop petite pour les absorber ; alors elle donne un peu plus aux pauvres. Selon [256], le PIB par habitant de la Norvège est supérieur à celui des Etats-Unis et le bénéfice net 2004 de la compagnie pétrolière d'Etat STATOIL représente 650€ par habitant.
Le plus généreux donateur du monde, et de tous les temps, est un milliardaire américain, Bill Gates, le fondateur de la multinationale Microsoft, qui a un quasi-monopole dans son marché. A lui seul, il a fait don de 30 milliards de dollars (autant que le gouvernement de la France en 4 ans !) à sa fondation qui lutte contre la pauvreté, la maladie et l'illettrisme. Désolé pour ceux qui détestent les milliardaires et les multinationales !
Les manifestations des altermondialistes ont deux buts :
§ Le premier but des altermondialistes est d'obtenir des pays riches qu'ils soient plus généreux avec les pays pauvres et plus respectueux avec l'environnement. Tout le monde est d'accord avec ces objectifs, au point qu'il y a même aux Nations Unies des organisations qui s'occupent de les atteindre :
· Le Conseil économique et social, qui coordonne les activités économiques, sociales, culturelles et de santé internationales de l'organisation et des ONG ;
· Les Affaires humanitaires : Haut commissariat pour les réfugiés, Office de secours et de travaux pour la Palestine, Projet ReliefWeb, Représentant pour les enfants et les conflits armés, Bureau de coordination des affaires humanitaires, etc.;
· Les dizaines de programmes et d'organisations listées à la page http://www.unsystem.org/fr/ , comme le Programme alimentaire mondial, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, le Programme mondial relatif à la mondialisation, la libéralisation des échanges et le développement humain durable (UNCTAD-UNDP), l'Organisation mondiale de la santé, le Programme pour l'environnement, etc.
Contrairement aux altermondialistes qui n'ont pas d'argent, ces organisations internationales ont un budget et savent mobiliser l'ensemble du monde lorsqu'il y a un problème grave et urgent, comme celui du tsunami du 26 décembre 2004 en Asie. C'est pourquoi les manifestations des altermondialistes sont inutiles, car elles enfoncent des portes ouvertes et n'ont jamais pu lancer un projet concret où que ce soit.
§ Le second but des altermondialistes est de lutter contre le libéralisme et ses conséquences économiques les plus visibles : multinationales, mondialisation, etc. En ce domaine, l'échec des altermondialistes est total. Non seulement ils n'ont rigoureusement rien obtenu jusqu'à présent en matière de recul du libéralisme, mais celui-ci se développe, avec le succès de la mondialisation et de la croissance économique qui s'accélère. C'est ainsi que 2004 a vu la plus forte croissance de l'économie mondiale (+5 % pour le PIB) depuis 1976 (voir ci-dessous "Le commerce international tire la croissance du PIB mondial".
Les pays pauvres qui ont adopté des économies libérales, comme la Chine, l'Inde et la Thaïlande, ont une croissance du PIB de 7 à 10 % par an et sont les plus chauds partisans de l'ouverture commerciale et du capitalisme pur et dur.
En luttant contre le libéralisme (baptisé systématiquement « ultralibéralisme »), les altermondialistes veulent en réalité le remplacer par une idéologie qui exclut toute concurrence de l'économie, c'est-à-dire une idéologie communiste. C'est ce que montre parfaitement le texte Altermondialisme : une analyse critique. Et comme le communisme a échoué partout dans le monde, en apportant la misère, la dictature totalitaire, la négation des droits de l'homme au profit des « représentants du peuple »…
Voir aussi l'Appel de Heidelberg [283], signé par des centaines de scientifiques.
Pour comprendre pourquoi le commerce international libre (c'est-à-dire sans barrière douanière ou réglementaire) est profitable à tous les pays il est bon de commencer par lire ce court texte.
Le graphique ci-dessous, extrait de [202] montre que la croissance du commerce mondial, c'est-à-dire des exportations, entraîne celle du PIB. Les exportations ont bien été comptées en volume, c'est-à-dire inflation déduite.

A partir d'une base 100 en 1951, le volume du commerce mondial a été multiplié par 23.2 et le PIB par 7.2, tandis que la population mondiale n'était multipliée que par 2.46 (voir [203]). Et la production agricole par habitant a été multipliée par 1,29 depuis 1961 [264]. Même s'il reste en 2005 deux milliards de personnes mal nourries (sur une population totale de 6.3 milliards d'habitants), on voit que, contrairement à ce que les gauchistes en général et les altermondialistes en particulier voudraient nous faire croire :
La mondialisation a entraîné une
formidable croissance
du niveau de vie moyen
Sans la mondialisation, le développement des pays pauvres
aurait été insuffisant pour nourrir leur population qui explose
On remarque aussi la quasi absence de périodes de récession : au niveau mondial, commerce et PIB ont presque toujours été supérieurs, chaque année, à l'année précédente. Et, avec une croissance de 5 % du PIB mondial, l'année 2004 a été une des meilleures depuis très longtemps (dommage que les exportations de la France n'aient pas suivi et que nous perdions des parts de marché).
Non seulement le commerce international se développe vite avec la mondialisation, mais sa part dans le PIB mondial augmente, comme le montre le graphique ci-dessous issu de [307] :

Le commerce mondial représente une part croissante du PIB mondial
La part croissante du commerce prouve que la spécialisation progresse : chaque pays achète de plus en plus à l'étranger ce qui y est produit moins cher ou meilleur, ou qu'il ne peut pas ou ne sait pas produire lui-même. L'intérêt d'acheter plutôt que de produire soi-même est expliqué en détail dans "L'intérêt du commerce international libre".
Plus un pays pratique un commerce international ouvert, c'est-à-dire dénué de barrières douanières ou tarifaires, plus son PIB par habitant est élevé, comme le montre le graphique suivant, issu lui aussi de la Banque Mondiale [307] :

Relation entre ouverture au commerce international et PIB
par habitant 2003
des divers groupes de pays dont l'économie est :
OPEN = ouverte ; MOSTLY OPEN = plutôt
ouverte ;
MOSTLY CLOSED = plutôt fermée ; CLOSED = fermée
D'après [273] page 356, voici un graphique comparant la croissance moyenne entre 1966 et 1990 de 8 pays au commerce toujours ouvert et de 40 pays au commerce toujours fermé :

Croissances moyennes comparées de 8 pays toujours ouverts
au commerce international et de 40 pays toujours fermés, de 1966 à 1990
La forte baisse de croissance des années 1974-1975 suit le 1er choc
pétrolier
On voit que la croissance des pays ouverts a été en moyenne de l'ordre de 5 % par an et jamais inférieure à 2 % par an, alors que celle des pays fermés a été en moyenne de 1 % par an et a oscillé entre -2 % et +3 % par an.
Cet exemple montre lui aussi clairement que l'ouverture des frontières au commerce favorise la croissance du PIB alors que leur fermeture l'handicape.
Bien entendu, comme le montre le graphique ci-dessous issu du rapport [267] d'avril 2005, le niveau de vie réel (PIB mondial par habitant, calculé à parité de pouvoir d'achat), a augmenté de 2 à 3 % par an depuis 1970 et continuera à augmenter encore plus vite, malgré l'accroissement de la population :

Evolution du PIB mondial par habitant à parité de pouvoir
d'achat
(en ordonnées on a la croissance en % par an)
Exemple du Bangladesh
L'effet bénéfique de la mondialisation est décrit dans [273] page 10 à propos du Bangladesh :
"Le PIB par habitant à doublé approximativement depuis l'indépendance [en 1971]. L'espérance de vie est passée de 46 ans à 62 ans. La mortalité infantile (nombre d'enfants qui meurent avant leur premier anniversaire sur 1000 naissances) a baissé de 145 en 1970 à 48 en 2002."
Cas de la Chine
Voici deux citations extraites de [259] :
"… la Banque Mondiale estime à plus de 40 milliards de dollars les gains annuels que la Chine retire de son adhésion à l'OMC. Elle calcule aussi que cette dernière a rapporté 75 milliards de dollars de recettes supplémentaires au reste du monde."
"Globalement les échanges commerciaux chinois ont doublé depuis 2001…"
L'accélération de la croissance des échanges commerciaux de la Chine se voit sur le graphique suivant ; elle est particulièrement nette depuis fin 2001, lorsque la Chine a commencé à ouvrir son commerce en adhérant à l'OMC :

Les plus chauds partisans de la mondialisation sont l'Inde et la Chine, qui n'auraient aucune chance de faire travailler et nourrir leur population pour sortir de la pauvreté sans la formidable croissance de leur économie induite par le développement mondialisé des échanges. La croissance des exportations de la Chine et de l'Inde est illustrée par les graphiques ci-dessous, issus de [304] :
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|
Exportations de marchandises
de la Chine : |
Exportations nettes de
services de l'Inde |
On voit que les exportations chinoises de marchandises ont déjà dépassé celles du Japon et de la France et sont en train de rattraper celles des Etats-Unis et de l'Allemagne. En 2005, le solde (c'est-à-dire la balance exportations - importations) des services de l'Inde (16 milliards de dollars), est supérieur à celui de la France (7.8 milliards d'euros, c'est-à-dire environ 10 milliards de dollars).
Comme nous savons depuis le tome 1 que la croissance du PIB entraîne celle de l'emploi, nous en déduisons que l'emploi total a augmenté dans le monde, tiré par le PIB, et qu'il a augmenté plus vite que la population totale. Selon [204], le chômage a diminué, par exemple, dans les pays suivants où, malgré la croissance de la population, le taux d'emploi est passé :
§ En Chine: de 52.7 % en 1952 à 60.7 % en 2000, malgré une multiplication de la population par 2.21 ! ;
§ En Corée de 35.6 % en 1953 à 43.1 % en 2000, malgré une multiplication de la population par 2.22 !
Par contre, dans certains pays la natalité est si forte que la croissance du PIB n'arrive pas à faire croître l'emploi aussi vite que la population :
§ En Inde par exemple, le taux d'emploi a décru de 46.2 % en 1950 à 38.5 % en 1981 (malgré une croissance moyenne du PIB d'environ 4 % par an) ; heureusement il croît depuis cette date, atteignant 39.9 % en 2000, alors que la population du pays augmente d'environ 15 millions d'habitants par an et rattrapera celle de la Chine vers 2025.
C'est qu'en Inde les réformes libérales récentes de l'économie commencent à porter leurs fruits, le PIB croissant à un rythme de 8.5 % en 2003 et 6.9 % en 2004 d'après [243] (en moyenne 6 % par an depuis 1990). Le taux de chômage de 9.5 % est inférieur au taux français (9.9 %), et la dette nationale est inférieure à la dette française en proportion du PIB : 59.7 % contre 65 % en 2005. (Sources : [204] et [205])
§ Au Bangladesh, le PIB par habitant, exprimé en dollars constants de 1996, a augmenté de 0.44 % par an de 1960 à 1970 et de 1.42 % par an de 1970 à 2000. Et la mortalité infantile (c'est-à-dire le nombre d'enfants qui meurent avant leur premier anniversaire pour 1000 naissances) est passée de 145 en 1970 à 48 en 2002.
Malgré ces chiffes encourageants, le taux d'emploi n'a cessé de baisser : de 1.12 % par an de 1960 à 1970, et de 0.64 % par an de 1970 à 2000. A l'évidence, ce pays ne sort pas du chômage, le taux d'emploi en 2000 étant de 25.3 % (contre 54.9 % en France, chiffre lui-même nettement moins bon que ceux du Royaume-Uni ou des Etats-Unis).
Jusqu'à récemment le Bangladesh a reçu beaucoup de sous-traitance textile, mais il va en perdre la majeure partie parce qu'il n'a pas assuré ses approvisionnements en coton, désormais accaparés par la Chine et l'Inde. C'est un exemple des inégalités générées par la mondialisation : les pays moins dynamiques, moins organisés, comme le Bangladesh par rapport à son voisin l'Inde ou à la Chine, perdent des parts de marché à l'exportation et des emplois.
Selon les chiffres 2006 du BIT, entre 1995 et 2005 la population du monde a augmenté de 767 millions d'habitants, pour atteindre 6453 millions. Pendant ce temps-là, le nombre total de chômeurs a augmenté seulement de 34.5 millions, pour atteindre 191.8 millions (d'où un nombre de chômeurs par rapport à la population de moins de 3 %, et un taux de chômage par rapport à la population active encore plus faible). Il faut donc dénoncer ceux qui accusent la mondialisation de créer le chômage : en plus de la croissance du niveau de vie moyen, le taux de chômage par rapport à la population a baissé.
Selon [256], le taux mondial de chômage a baissé de 6.3 % en 2003 à 6.1 % en 2004 : malgré la forte population des pays pauvres, la moyenne mondiale de chômage est inférieure au chômage français.
La forte croissance du PIB mondial (5 % en 2004 et 2005, deux fois plus qu'en France) n'a créé que 1.7 % d'emplois supplémentaires, juste assez pour que le taux d'emploi mondial (rapport entre le nombre d'emplois et la population en âge de travailler) demeure constant à 61.8 % malgré la croissance de la population ; il est intéressant de constater que ce taux est quasiment identique à celui de la France, qui est de 61.9 % : nous ne faisons pas mieux que la moyenne mondiale, où la majorité de la population vit dans des pays pauvres !
La croissance créant plus d'emplois qualifiés que d'emplois non qualifiés, pour que les pays pauvres (où la population croît le plus vite) connaissent une réduction du chômage, il faut que leur niveau d'instruction progresse, ce qui demandera du temps.
En tout cas, vu le taux de chômage et le taux d'emploi en 2004, la situation moyenne mondiale était plutôt meilleure que la situation française, alors que trop d'ennemis de la mondialisation nous la décrivent comme catastrophique. Et voici, en 2005, une comparaison des taux de chômage des pays de l'Union européenne à 25 fournie par l'INSEE, pays comparables à la France et partenaires économiques :
|
Pays de l'UE25 |
Taux de |
|
Allemagne |
9.5 |
|
Autriche |
5.2 |
|
Belgique |
8.4 |
|
Chypre |
5.3 |
|
Danemark |
4.8 |
|
Espagne |
9.2 |
|
Estonie |
7.9 |
|
Finlande |
8.4 |
|
France |
9.5 |
|
Grèce |
9.8 |
|
Hongrie |
7.2 |
|
Irlande |
4.3 |
|
Italie |
7.7 |
|
Lettonie |
8.9 |
|
Lituanie |
8.3 |
|
Luxembourg |
4.5 |
|
Malte |
7.3 |
|
Pays-Bas |
4.7 |
|
Pologne |
17.7 |
|
Portugal |
7.6 |
|
République tchèque |
7.9 |
|
Royaume-Uni |
4.7 |
|
Slovaquie |
16.3 |
|
Slovénie |
6.5 |
|
Suède (provisoire) |
7,8 |
|
Moyenne UE à 25 |
8.7 |
Taux de chômage 2005 dans l'Union européenne à 25
En vert : pays à économie
la mieux gérée
Le graphique ci-dessous, issu de [304], montre des exemples de croissance du niveau de vie de pays plus pauvres que nous depuis 1965 :

Amélioration spectaculaire du
niveau de vie des pays émergents
(source REXECODE)
Le graphique suivant, issu lui aussi de [304], montre que ces pays ont encore des progrès à faire pour rattraper notre niveau de vie :

Le niveau de vie des pays émergents est en retard sur celui
des pays industrialisés
(source REXECODE)
Dans les pays en voie de développement, dans les 20 années entre 1981 et 2001 :
§ La proportion de gens extrêmement pauvres (définis comme ceux qui disposent de moins de $1 par jour) a été divisée par près de deux, passant de 40 à 21 % de la population mondiale (de 1.5 milliard de personnes en 1981 à 1.1 milliard aujourd'hui - malgré la croissance de la population) ;
§ Le PIB par habitant a augmenté de 30 %.
§ Le graphique ci-dessous, issu de [237], illustre la décroissance de la proportion de gens extrêmement pauvres, si l'on tient compte de l'accroissement de la population de chaque région pendant ces 20 ans. En effet, cet accroissement était de 1.6 % par an sur la période considérée d'après [233] page 155, c'est-à-dire 37 % en 20 ans. Donc quand le nombre de gens extrêmement pauvres d'une région est resté stable, leur proportion a été divisée par 1.37.

Décroissance de la proportion de
gens extrêmement pauvres
(tenir compte de l'accroissement de la population)
On voit que l'Afrique subsaharienne est la seule région où la population extrêmement pauvre croît : à l'évidence, elle reste à l'écart de la mondialisation. Le rapport [287] contient toutefois des espoirs d'amélioration : page 22 on y lit :
"Après deux décennies de déclin du revenu moyen, l’Afrique subsaharienne a affiché une augmentation de 1,2% par an depuis l’an 2000. Il est prématuré de déclarer cette avancée comme étant un tournant décisif, mais il existe des indications qui montrent que la croissance pourrait prendre racine dans un nombre croissant de pays de la région."
Il y a des régions où la proportion de pauvres a augmenté ou diminué à peine, en Amérique latine, en Afrique, en Europe de l'est ou en Asie centrale. Dans la plupart des cas, la croissance de la pauvreté n'a aucun rapport avec la mondialisation. Elle est due d'abord à la corruption, qui affecte tous les pays pauvres ; c'est le cas, par exemple, au Cambodge et un peu partout en Afrique. Elle est due ensuite aux subventions des pays riches à leurs agriculteurs, subventions qui empêchent les agriculteurs des pays pauvres de vendre leurs produits sur les marchés mondiaux à un prix correct.
L'objectif du millénium, approuvé par 189 pays en l'an 2000 [289], qui est de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de pauvres de 1990 peut être atteint par certains pays mais pas par d'autres, bien que nous soyons aujourd'hui à peu près certains de l'atteindre à l'échelle mondiale.
En Asie du sud et de l'est, le progrès économique a tiré plus de 500 millions de personnes de la pauvreté.
En Asie de l'Est, où le PIB par habitant a triplé, avec une croissance moyenne de 6.4 % par an, la proportion de personnes en extrême pauvreté est tombée de 58 à 16 %; plus de 400 millions de gens ont été tirés de cette condition.
En Chine, le PIB par habitant a été multiplié par 5 depuis 1981, la proportion de gens extrêmement pauvres passant de 64 % à 17 %.
Le graphique ci-dessous illustre cette évolution, en montrant l'évolution du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant :

Evolution du pourcentage de
croissance annuelle du PIB par habitant
en Asie de l'Est - Pacifique
En Asie du sud, la croissance annuelle moyenne de 5.5 % a réduit la proportion de gens extrêmement pauvres de 41 à 31 % depuis 1990.
Selon Le Figaro économie du 09/12/2004 page XI, l'économie indienne est en train de se moderniser rapidement, puisqu'elle est passée, depuis 1970, d'une prépondérance de l'agriculture à une prépondérance des services :
|
|
Agriculture |
Industrie |
Services |
|
1970 |
47 % |
20 % |
33 % |
|
2003 |
22 % |
26 % |
52 % |
Répartition du PIB de l'Inde par secteur d'activité
Même en excluant la Chine, l'Inde et la Russie, la croissance des économies des pays en voie de développement a été de 5 % en 2004.
Contrairement à l'Asie de l'est et du sud, l'Afrique sub-saharienne s'est enfoncée dans la pauvreté, le PIB par habitant ayant baissé de 13 % et la proportion de gens extrêmement pauvres passant de 42 à 47 %.

Evolution prévue du pourcentage de
croissance annuelle du PIB par habitant
en Afrique sub-saharienne
Ce désastre économique et humanitaire s'explique surtout par la mauvaise gouvernance de ces pays, dominés par des tyrannies corrompues. Il s'explique aussi par la difficulté qu'ils ont à vendre leurs produits agricoles aux pays riches, qui subventionnent leurs agriculteurs à hauteur de 330 milliards de dollars par an. C'est ainsi, par exemple, que l'Union européenne subventionne chaque vache à hauteur de plus d'un euro par jour, c'est-à-dire plus que ce dont la moitié des africains disposent pour vivre.
En outre, selon le rapport des Nations unies [287], l'ouverture des marchés intérieurs au commerce mondial résultant de la mondialisation ne suffit pas à faire baisser l'écart entre pays en voie de développement et pays industrialisés, les pays d'Afrique sub-saharienne perdant peu à peu du terrain parce qu'ils dépendent fortement de leurs exportations agricoles. Ces exportations sont soit impossibles soit insuffisamment rémunératrices, du fait des subventions des pays riches aux exportations de leurs propres agriculteurs, subventions qui cassent les cours mondiaux. Le rapport [287] chiffre à 24 milliards de dollars par an la perte de revenu des pays en voie de développement due aux subventions agricoles des pays riches.
Donc au lieu de militer pour trouver quelques milliards de dollars d'aumônes pour les pays pauvres en taxant les billets d'avion dans quelques pays, le président Chirac ferait mieux de créer les conditions qui leur permettent de vendre leur produits : cela les aiderait à se développer plutôt qu'à vivre de subventions ; et au lieu de trouver ainsi au maximum 2 milliards de dollars par an à partir de quelques 300 millions de billets d'avion, on trouverait 24 milliards de dollars, c'est-à-dire 10 fois plus. Mais le président Chirac veut les voix de ses agriculteurs…
Heureusement, les projections de PIB par habitant pour l'Afrique sub-saharienne laissent espérer une reprise de la croissance :
§ En Europe de l'est et Asie centrale (hélas, les statistiques sont groupées pour ces deux régions) la disparition des régimes à économie planifiée (c'est-à-dire communistes) a fait passer la proportion de gens extrêmement pauvres de près de 0 en 1981 à 6 % en 1999. Heureusement, cette proportion baisse aujourd'hui.
§ En Amérique latine et centrale, la proportion de gens pauvres (moins de $2 par jour) ou extrêmement pauvres est restée stable depuis 1981. Dans ce cas-là, aussi, le problème est la mauvaise gouvernance et la corruption.
§ Enfin, au Moyen-Orient et en Afrique du nord, la proportion de gens extrêmement pauvres a diminué de moitié depuis 1981, et celle des pauvres a baissé de 29 % en 1981 à 22 % en 2001. On le voit sur le graphique ci-dessous.

Evolution du pourcentage de
croissance annuelle du PIB par habitant
au Moyen-Orient
Dans ces pays, le pétrole a apporté de l'argent, mais celui-ci a été confisqué par les riches et n'a pas servi à créer des emplois pour les pauvres.
Le graphique ci-dessous montre que, depuis 1991, la croissance des pays pauvres est systématiquement plus rapide que celle des pays riches : le fossé entre ces deux groupes de pays est en train de se combler.
On voit aussi que l'évolution du PIB par habitant de l'ensemble du monde est pratiquement confondue avec celle des pays riches, dont la somme des PIB est très supérieure à celle des pays pauvres.

Evolution du pourcentage de
croissance annuelle du PIB par habitant :
comparaison des pays pauvres avec les pays riches
L'animation [239] (programme de 1 MB à télécharger, nécessitant un utilitaire Macromedia téléchargeable gratis) montre clairement la réduction des inégalités et la croissance des revenus dans pas mal de pays.
§ La pauvreté et les inégalités reculent très vite dans le monde, plus vite qu'elles n'ont jamais reculé.
§ La croissance des PIB par habitant et le recul de la pauvreté sont dus à la mondialisation. Celle-ci se manifeste par l'abaissement des barrières douanières et réglementaires, ce qui entraîne un développement des échanges commerciaux et des investissements à l'étranger, ainsi qu'une augmentation de la productivité. Cette augmentation entraîne la croissance des biens et services disponibles, c'est-à-dire celle du niveau de vie.
Quoi qu'en disent les gauchistes en général et les altermondialistes en particulier, la libéralisation des économies réduit la pauvreté et les inégalités.
§ Les pays où la pauvreté perdure et ceux où elle augmente sont ceux qui sont gouvernés par des tyrannies corrompues, qui gaspillent les dons et subventions qu'elles reçoivent, et dont les régimes sont trop instables pour que les pays riches puissent y investir en toute sécurité.
§ Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265].
Selon [262] :
§ La campagne d'éradication de la variole lancée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1967 (10 à 15 millions de cas cette année-là) a fait disparaître la maladie en 13 ans.
§ En 1988, 350 000 personnes dans le monde souffraient de polio. L'OMS a alors lancé une campagne de 3 milliards de dollars et 20 millions de volontaires : le nombre de cas de polio est passé en 2003 à 784.
§ En 1960, la production de blé de l'Inde était de 11 millions de tonnes. Elle a atteint 24 millions en 1970, grâce à de nouvelles variétés à haut rendement dont les semences provenaient de pays évolués. Aujourd'hui l'Inde exporte des céréales !
Contrairement à ce que proposent certains politiciens mal informés, la solution aux problèmes de pauvreté ne peut se contenter d'annuler les dettes des pays pauvres. Celles-ci sont souvent dues à la corruption et à une mauvaise gouvernance. En annulant simplement les dettes, on rétablit la capacité d'emprunt des dirigeants incapables ou corrompus, ce qui les encourage à recommencer.
Voici, d'après [273] pages 54 à 66 les causes de la pauvreté d'un pays (définie comme un PIB par habitant de moins de $2 par jour) et de l'extrême pauvreté (moins de $1 par jour) :
§ L'état sanitaire de la population
Les pays extrêmement pauvres paient un lourd tribut à 3 maladies : malaria, sida et tuberculose, qui y tuent chaque jour 10 000 personnes rien qu'en Afrique. La proportion des adultes tués par ces maladies est telle, dans certains pays, qu'il n'y a plus assez de gens pour travailler la terre.
§ Le manque d'épargne
Une famille pauvre n'a pas les moyens d'épargner. En cas de baisse de revenu (par maladie, chômage, mauvaise récolte, etc.) elle n'a pas les moyens de survivre et de rebondir. Le diagnostic est le même pour un pays entier.
Même si la famille survit, elle ne peut sans capital acheter des semences sélectionnées ou du matériel agricole pour améliorer sa productivité. Elle ne peut financer un puits, etc.
§ L'absence de commerce
L'absence de routes fait qu'un village ne peut vendre ce qu'il produit et acheter ce que produisent d'autres villages. L'absence de port de mer (comme en Bolivie ou au Malawi, pays enclavés) fait qu'un pays ne peut profiter du commerce maritime, qui représente environ 80 % du commerce mondial total. Ce manque de communications handicape le commerce, local et/ou international, empêchant donc la spécialisation, qui ne peut se passer de ces échanges. L'absence de spécialisation empêche le progrès de la productivité.
Le commerce peut aussi être bloqué par une politique gouvernementale de fermeture des frontières, comme celle qu'ont pratiquée pendant des années les pays non alignés et que veulent pratiquer en France ceux qui veulent quitter l'Union européenne.
Le commerce peut aussi être bloqué par la guerre ou l'insécurité, qui font craindre à un fournisseur de ne pas être payé pour ses livraisons, à un investisseur de perdre son investissement, etc.
§ L'épuisement des ressources naturelles
La surexploitation agricole appauvrit les sols, la surpêche appauvrit les mers, etc.
§ Les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, sécheresse…
§ L'explosion démographique
Selon [273] page 263, les méthodes modernes de contraception ont permis une réduction spectaculaire des taux de fertilité, qui est passé de 5.0 enfants par femme en 1950-1955 à 2.8 enfants par femme en 1995-2000. Les programmes de planning familial ont joué un rôle considérable.
§ Les barrières culturelles
Certaines cultures empêchent les femmes de travailler (exemple : l'Arabie Saoudite) ou d'accéder aux responsabilités (exemple : Japon), d'où un formidable gaspillage de ressources humaines productives.
L'habitude, dans certains pays musulmans, est de réserver l'essentiel de l'enseignement au Coran, en n'enseignant que des rudiments d'autres matières. L'absence quasi-totale d'enseignement scientifique et technique prive le pays des scientifiques et des ingénieurs susceptibles de faire progresser son industrie et d'innover.
Certaines cultures empêchent une partie de la population d'accéder à certains postes (discrimination à l'emploi). La France, par exemple, pratique sans l'avouer une certaine discrimination contre l'emploi des personnes issues de l'immigration. L'Inde a un système de castes qui survit encore de nos jours.
§ La corruption de l'administration ou la mauvaise gouvernance
§ Les barrières douanières et les sanctions imposées par les pays étrangers
§ L'absence d'innovation
Les pays pauvres n'ont pas d'inventeurs, soit parce que le niveau technique y est trop faible (cas des pays arabes, par exemple), soit parce que leur marché est trop petit pour rentabiliser une éventuelle innovation, soit parce qu'ils sont isolés du reste du monde par des barrières qui les empêchent d'acheter des brevets.
L'absence d'innovation empêche d'utiliser des articles qui améliorent la productivité : le pays ne peut conquérir de nouveaux marchés extérieurs ; il ne peut même pas résister aux concurrents étrangers qui innovent, eux.
On peut s'attaquer aux problèmes ci-dessus un par un, et notamment :
§ Financer et effectuer les travaux d'infrastructure permettant aux habitants de ces pays de mieux travailler : routes, eau potable, égouts, hôpitaux, électricité, écoles, téléphones, ports de mer, etc.
§ Aider les populations à mieux exploiter leurs ressources naturelles agricoles et minières par des transferts de technologie et de semences sélectionnées, des travaux d'irrigation, de l'équipement minier, etc.
§ Former leurs enfants et leurs adultes, tout en protégeant leur santé, notamment contre le sida et le paludisme.
§ Faire régner la paix en empêchant les guerres tribales ou les luttes sanglantes pour le pouvoir.
§ Annuler les dettes et donner de l'argent pour soigner la population et lui permettre d'acheter de quoi augmenter sa productivité.
§ Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265] et surtout [273], qui propose un programme mondial concret très complet de lutte contre la pauvreté.
Il y a aux Nations unies de nombreux programmes pour les pays pauvres, notamment [270], et il suffirait de 50 milliards de dollars de plus par an pour éradiquer partout la pauvreté et les maladies graves en quelques décennies [273].
Voici un graphique extrait de l'étude [225] page 16 :

Flux nets de capitaux apportés par l'ensemble des
donneurs
à l'ensemble des pays en développement en millions de dollars
Signification des abréviations :
§ IDE : Investissement Direct Etranger (achats et créations de sociétés…) ;
§ APD : Aide Publique au Développement [206].
Contrairement aux affirmations qu'on entend ici ou là selon lesquelles les pays riches prennent de l'argent aux pays pauvres, le graphique montre bien que les pays riches apportent de l'argent aux pays pauvres, sous forme de dons et d'investissements directs. Et le graphique ne prend pas en compte le volume considérable des dons privés, comme les 67 milliards de dollars de Bill Gates et Warren Buffett.
Ce qui est vrai, par contre, c'est que les pays riches ne tiennent par leur promesse de consacrer 0.7 % de leur PIB au développement des pays extrêmement pauvres et à l'éradication des principales maladies qui les frappent : malaria, sida et tuberculose. [273] fait le point sur ce problème page 213 et propose un plan d'action chiffré.
Une bonne nouvelle pour finir : selon Le Figaro économie du 25/05/2005, l'Union européenne s'est engagée le 24/05/2005 à augmenter l'APD de 20 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici 2010. Bien que considérable, cette somme ne représente que 49 € par habitant et par an en plus des 100 € actuels.
L'article [301] de décembre 2005 explique pourquoi des économistes pensent aujourd'hui qu'il n'y a pas de relation de cause à effet claire et robuste entre aide économique à un pays pauvre et croissance de ce pays.
§ Il y a des cas où l'aide extérieure a fragilisé certains secteurs d'activité, en diminuant leur compétitivité, s'avérant ainsi plus nocive qu'utile.
C'est ce qui se passe aussi en France quand l'Etat subventionne des sociétés comme la SNCF, incapable de résister à la concurrence en matière de fret ; ou des secteurs d'activité comme l'agriculture ; ou des salariés payés bien plus que la valeur qu'ils produisent parce que le SMIC est trop élevé, etc.
§ Il y a des cas où l'aide a été gaspillée, ou donnée aux amis des gens chargés de la répartir, ou s'est retrouvée dans des banques suisses ;
§ Il y a des cas où le pays a décollé seulement lorsque l'aide a cessé (la Corée, par exemple) ;
§ Et il y a des cas où l'aide économique a été très bénéfique : par exemple le Plan Marshall, qui a permis à l'économie européenne de redémarrer après la deuxième guerre mondiale.
En fait, les économistes cherchent toujours les règles de politique dont l'aide internationale doit être assortie pour qu'elle provoque la croissance économique du pays bénéficiaire. Certaines règles sont connues, bien qu'elles ne constituent pas un ensemble de conditions assurant le succès :
§ Institutions stables et respect des lois ;
§ Législation encourageant la liberté d'entreprendre, l'investissement, le commerce international ;
§ Discipline fiscale (déficit et inflation maîtrisés) ;
§ Taux de change assurant la compétitivité des exportations…
Il faut aussi connaître le rôle important que joue l'immigration dans les pays riches de travailleurs originaires de pays pauvres sur les transferts de fonds vers ceux-ci : ces travailleurs envoient chez eux chaque année environ 72 milliards de dollars.
Nous avons vu que la mondialisation produit des marchés plus grands, générateurs d'économies d'échelle ainsi que de budgets de marketing et de R&D plus importants. C'est une des raisons de croire aux bienfaits de l'intégration de l'Union européenne, et d'estimer que son élargissement rapide à 10, puis 15, puis 25 pays, etc. permettra une plus forte croissance des économies.
Mais la taille n'est pas la seule manière de favoriser la croissance et la compétitivité, il y a aussi l'agilité, c'est-à-dire l'aptitude à s'adapter rapidement aux évolutions des technologies, des goûts des consommateurs et du contexte changeant de l'économie. Et l'expérience montre que plus un ensemble d'hommes est petit, plus il a des chances d'être agile : l'adaptation d'une petite entreprise est plus rapide que celle d'une grande entreprise, l'adaptation d'un petit pays plus rapide que celle d'un grand pays. Au point de vue agilité, l'Union européenne est un frein plutôt qu'un avantage, car son fonctionnement est basé sur l'accord d'un grand nombre de pays aux intérêts en général divergents, et aux points de vue opposés.
En outre, la législation du travail contraignante adoptée par la France et l'Allemagne s'oppose à la mobilité des salariés (entre professions et entre régions) indispensable à l'agilité, ainsi qu'aux destructions créatrices d'emplois.
C'est ainsi qu'une petite entreprise qui innove beaucoup, souvent nouvelle, peut se trouver ou se créer des créneaux de marché où il n'y a pas encore de concurrence. C'est ainsi qu'une entreprise qui sait se réorganiser rapidement pour profiter de l'informatique et des communications peut accroître sa compétitivité de manière spectaculaire. C'est ainsi que des petits pays peuvent survivre à côté des grands en se spécialisant et en devenant complémentaires.
Exemple 1 : le constructeur automobile BMW s'est trouvé un créneau de marché où on apprécie la technicité, la sportivité et la qualité. De ce fait, sa croissance rapide lui a permis de rejoindre son rival Mercedes, ses bénéfices sont considérables, bref son avenir est assuré malgré l'absence de coopération industrielle pratiquée systématiquement par les autres constructeurs.
Exemple 2 : la dimension d'une multinationale n'est pas forcément un atout. A preuve l'acquisition par Hewlett-Packard en 2002 de son concurrent Compaq pour 19 milliards de dollars, qui s'est terminée en février 2005 par le limogeage de la présidente Carleton Fiorina, parce les bénéfices n'étaient pas au rendez-vous et le concurrent DELL était de plus en plus fort.
La politique de l'Union européenne a trop favorisé les gains par la taille et l'intégration au détriment de l'agilité des pays membres et de leur adaptation économique rapide, agilité freinée par les délais pour se mettre d'accord, l'impossibilité d'y arriver dans des domaines essentiels comme l'unification fiscale, les lois générales contraignantes. Comme le soulignent les rapport Camdessus [227] et Beffa [245], la quasi-absence de coopération en matière de recherche et développement fait que les Européens ne profitent pas du nombre d'habitants de l'Union et de son PIB pour rester à l'avant-garde dans des domaines de haute technologie essentiels : TIC (Technologies de l'Information et des Communications), biotechnologies, etc.
Pour mieux comprendre l'impact d'Internet sur l'agilité, voir la citation sur Internet dans "La France obligée d'innover sans cesse".
Comparaison de l'Union européenne avec le concurrent américain
Pour le plus grand malheur des Européens en matière de compétitivité, les Etats-Unis prennent de plus en plus l'avantage à la fois en matière de taille de leur économie, qui croît plus vite que la nôtre, et d'agilité, parce qu'ils innovent plus et s'adaptent plus vite aux évolutions de l'économie mondiale et des technologies. Leur productivité croît plus vite que celle de l'Union européenne. Et comme nous le verrons plus bas, la productivité est la clé de la compétitivité.
Enfin, la population de l'Union européenne à 25 a beau être moitié plus nombreuse que celle des Etats-Unis, son utilisation est bien moins efficace : le chômage y est moitié plus élevé, le taux d'activité de la population bien plus faible et le nombre d'heures de travail nettement inférieur.
D'après le rapport [267] d'avril 2005, l'expansion économique est très différente d'un pays à un autre. Les pays pauvres croissent plus vite que les pays riches :
§ C'est vrai en Asie, où la croissance de la Chine et de l'Inde (respectivement 9.5 % et 7.3 % en 2004) est bien plus rapide que celle du Japon (2.6 % en 2004).
§ C'est vrai dans l'Union européenne, où la croissance de la Pologne et des pays baltes (respectivement 5.3 % et 6.9 % en 2004) est bien plus rapide que celle de la France et de l'Allemagne (respectivement 2.4 % et 1.7 % en 2004).
§ Les Etats-Unis sont une exception à cette règle, avec une croissance de 4.4 % en 2004, la plus forte de tous les pays riches !
Le graphique ci-dessous, issu de [304], donne des exemples de différence de croissance :

L'Inde dépasse le Japon en 2006
La Chine a dépassé la zone euro en 2005 et dépassera les Etats-Unis en 2011
(source REXECODE)
Il y a cependant des pays pauvres qui ne s'en sortent pas, essentiellement parce que leur gouvernance n'est pas bonne (lois pas respectées, corruption, violence ou guerres, etc.) Voir l'exemple du Bangladesh.
La seule manière de réduire ces inégalités est de favoriser la croissance des pays et régions défavorisées : investissements en infrastructures, en santé et en éducation, abaissement de nos barrières commerciales qui freinent leurs exportations, etc. ; dans l'Union européenne par exemple, c'est le rôle des fonds structurels européens qu'on investit dans les régions défavorisées.
Ce n'est pas avec des dons et de l'effacement de dettes qu'on peut sortir les pays pauvres de la misère : faire l'aumône n'a jamais fait travailler une personne, elle ne fait qu'accroître sa dépendance à l'égard de cette assistance.
A l'intérieur même d'un pays en développement extrêmement rapide comme la Chine en 2005, certaines régions peuvent rester incroyablement pauvres, comme le montre l'exemple [276].
Cet exemple n'est pas isolé. Selon Le Figaro économie du 30/05/2005, le ministre du Commerce chinois, M. Bo Xilai, a déclaré le 27/05/2005 que "90 millions de Chinois vivent avec moins de 1 dollar par jour" et que "la Chine est encore un pays en voie de développement malgré deux décennies de forte croissance économique".
On parle en général, en France, d'exception culturelle pour dire que notre culture doit être préservée du déferlement des productions culturelles anglo-saxonnes qui risquent de la submerger et de la chasser de nos écrans et de nos CD, alors que ce qu'il faut protéger est la diversité culturelle, en France comme partout.
Si la France veut promouvoir sa culture à l'étranger, elle peut le faire sans le secours des subventions et discriminations généralement appelées « exception culturelle », notamment en utilisant Internet pour faire connaître les œuvres de ses riches musées et bibliothèques, les musiques libres de droits de ses compositeurs, les livres et pièces de ses auteurs. Cela ne coûte à peu près rien et permet d'atteindre de plus en plus d'internautes, à l'étranger comme en France. Or les internautes constituent de nos jours la majorité des gens qui lisent correctement dans les pays avancés.
La politique de subventions des artistes, des films de cinéma et de télévision permet la survie de beaucoup de médiocrité : films et téléfilms sans intérêt où la langue française est massacrée autant que la décence, artistes vivant essentiellement des indemnités de chômage versées aux intermittents du spectacle, sociétés de production utilisant les statuts d'intermittent pour payer moins de charges, etc.
Destinée à défendre la culture française contre l'envahissement de la langue anglaise et des productions industrialisées de Hollywood, cette politique n'empêche pas les œuvres en langue anglaise de parvenir jusqu'au public français, qui les compare toujours aux œuvres françaises et choisit celles qui lui plaisent le plus.
De même, lorsqu'une création française est bonne, elle a du succès à l'étranger ; les subventions de l'exception culturelle peuvent tout au plus la faire mieux connaître. On ne devrait plus, de nos jours, subventionner la création artistique et la survie d'artistes qui ne peuvent s'imposer par leur talent, précisément parce que la mondialisation permet à chaque œuvre, chaque artiste, de toucher un public plus vaste que naguère.
Toute culture vit sans cesse et évolue au contact d'autres cultures. Considérer la culture française comme quelque chose de pur et libre d'influences étrangères est contraire aux faits. Une culture figée comme les œuvres des poètes latins est morte et n'a plus d'impact populaire. Et la première manière de faire vivre et prospérer la culture française est de la faire connaître et apprécier des Français, à l'école, au théâtre, à la télévision, etc.
Pour la protection de la langue française, voir les commentaires sur l'article de Maurice Druon.
La majorité de l'opinion publique française se méfie des grandes entreprises et du capitalisme libéral. Voir à ce sujet le court texte "Mondialisation et frustrations".
Voici des reproches que les médias passent en général sous silence et quelques explications qu'ils ne donnent pas souvent à leur public. Les multinationales sont accusées de faciliter :
L'hégémonie des Etats-Unis, qui écrase la France
D'abord il faut mettre un terme au mythe des « capitalistes américains qui achètent le monde ». Selon l'étude on ne peut plus officielle de l'OCDE [225] de juin 2004, page 12 :
§ Le total des investissements directs étrangers (IDE) aux Etats-Unis de 1990 à 2002 (800 milliards de dollars) est équilibré par celui des investissements des Etats-Unis dans le reste du monde. Donc les Américains « achètent les pays étrangers » autant que les étrangers achètent l'Amérique, ni plus ni moins.
§ Pendant cette même période, la France a acheté plus d'actions d'entreprises étrangères (500 milliards de dollars) que les étrangers (Américains compris) ont acheté d'entreprises françaises (230 milliards de dollars).
Selon [225] page 5, pendant la décennie de 1994 à 2003 :
§ Les étrangers ont investi en France 351.6 milliards de dollars, somme considérable ;
§ Les Français (et surtout leurs entreprises) ont investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars, près du double du montant précédent.
Voir aussi les chiffres du paragraphe "La vigueur du commerce France - Etats-Unis".
Selon [305] :
"Fin 2005, 46.4 % des parts de sociétés cotées à la bourse de Paris étaient détenues par des non-résidents." [Donc 53.6 % étaient détenues par des Français.]
Sur le plan commercial, la crainte de l'hégémonie américaine n'est plus fondée depuis des années, les règles du commerce international étant négociées à l'OMC, et la France étant capable de se défendre avec succès dans le cadre européen, comme l'ont montré :
§ Notre victoire au conflit des droits d'importation des aciers aux Etats-Unis ;
§ L'imposition par l'Union européenne de 15 % de droits de douane supplémentaire sur un certain nombre de produits américains à partir du 01/05/2005 suite à une condamnation des Etats-Unis par l'OMC pour leur politique antidumping.
En outre, environ 2 millions d'emplois aux Etats-Unis dépendent d'entreprises à forte proportion de capitaux français, à peine moins que le nombre d'emplois en France où interviennent des capitaux américains : il n'y a pas écrasement, il y a interdépendance des deux économies.
Une mondialisation qui exploite les pays pauvres et leurs agriculteurs
Il est exact que les Etats-Unis et l'Union européenne ont une politique injuste vis-à-vis des agriculteurs des pays pauvres, dont les exportations sont gravement freinées par les énormes subventions aux agriculteurs américains et européens, ainsi que par les quotas et taxes d'importation. Il n'y a pas exploitation (terme issu du vocabulaire marxiste) des agriculteurs pauvres, il y a commerce inéquitable.
Le problème est qu'aux Etats-Unis, comme en Europe, aucun gouvernement n'ose supprimer les subventions agricoles, de peur de perdre les voix des agriculteurs. Pourtant, ces subventions coûtent cher à leurs citoyens, en plus du mal qu'elles font aux pays pauvres.
Par contre, malgré les formidables progrès du PIB mondial et ceux des pays pauvres, il y a des pays très pauvres, représentant 1.1 milliard d'habitants, dont le PIB par habitant, inférieur à 1 dollar par jour à parité de pouvoir d'achat, régresse au lieu de progresser. Ce sont des pays agricoles qui n'ont à peu près rien à vendre et ne peuvent à peu près rien acheter. Environ 8 millions de personnes par an y meurent de misère, beaucoup plus donc que du fait de toutes les guerres réunies. La mondialisation ne leur fait ni bien ni mal, elle les ignore. (Voir [273] page 1). Heureusement, le programme du millénaire des Nations unies [270] progresse.
Voir aussi le paragraphe "Les pays pauvres reçoivent beaucoup d'argent".
Le gaspillage des ressources naturelles de notre planète et sa pollution, notamment par l'effet de serre
Ce n'est pas la mondialisation (c'est-à-dire le développement des échanges et de la production dû au progrès de la liberté) qui gaspille les ressources et pollue, ce sont les activités humaines. Les hommes et les entreprises doivent respecter les lois et règlements : c'est aux gouvernements qu'il appartient de créer ces lois et de les faire respecter ; ne nous trompons pas de coupable.
Les scandales financiers qui profitent aux patrons et aux grands actionnaires, au détriment des salariés et des petits épargnants
Cette dernière accusation est particulièrement injuste : s'il est vrai qu'aux Etats-Unis et en Italie des scandales financiers récents (ENRON, PARMALAT, etc.) ont dépouillé des petits actionnaires au profit de dirigeants crapuleux, en France ce sont des scandales dus à des dirigeants grands commis de l'Etat qui sont arrivés au même résultat (Crédit Lyonnais, France Télécom, etc.) sans que ces hauts fonctionnaires s'enrichissent. Et ce sont des élus qui ont dépouillé les contribuables au profit de partis politiques, au moyen de fausses factures, d'emplois fictifs et de fonds secrets. A la malhonnêteté de quelques grands patrons aux Etats-Unis répondent l'incompétence et l'irresponsabilité de quelques hauts fonctionnaires chez nous : ce n'est pas la mondialisation qui est coupable, c'est un ensemble d'hommes.
Il ne faut donc pas, chez nous, accuser les patrons et les grands capitalistes de méfaits dus à notre propre système politique trop étatique ou à nos élus.
Il faut aussi comprendre que le concept de mondialisation est associé par trop de gens de gauche à celui de sociétés multinationales, dont beaucoup sont américaines, donc pour eux automatiquement détestables. En désapprouvant la mondialisation, ils combattent en fait ces sociétés, donc les Américains.
Les licenciements « boursiers », qui sacrifient les travailleurs au profit des actionnaires
Non seulement les gens de gauche antiaméricains oublient que de nombreuses multinationales sont d'origine française, mais ils oublient que les licenciements qu'ils qualifient de « boursiers » sont dus d'abord aux innovations de produits, caractéristiques du progrès moderne. De nos jours, de nombreux articles fabriqués par millions deviennent obsolètes quelques mois ou quelques années après.
Exemples: les téléphones portables, les PC et les circuits intégrés qui les animent, les carburateurs remplacés par des systèmes d'injection, les disques en vinyle remplacés par des CD-ROMs, eux-mêmes remplacés progressivement par des DVD, les appareils photo et caméras optiques remplacés par des modèles numériques, etc.
Certaines entreprises qui n'ont pas su suivre cette évolution disparaissent avec leurs produits, dont le marché ne veut plus, licenciant leur personnel. Mais d'autres entreprises naissent, pour de nouveaux produits, et embauchent pour les concevoir et les fabriquer. Le progrès technique à l'origine de ces évolutions de produits n'est coupable de rien. Pourtant, il explique infiniment plus de licenciements industriels que la politique de ressources humaines des multinationales.
Ces phénomènes ont été expliqués en détail dans le tome 1.
Du fait du développement du commerce, la mondialisation entraîne une forte croissance des économies de la Chine, de l'Inde et d'autres pays d'Asie. Ces économies consomment donc de plus en plus de pétrole, de charbon, de gaz naturel, de minerais de fer, etc. Cette consommation supplémentaire est si forte que les prix de ces matières premières flambent. L'extraction du pétrole, du charbon, du gaz, des minerais n'arrive pas à satisfaire la demande. Lorsqu'elle y arrive, il n'y a pas assez de navires pour les transporter. Après livraison il n'y a pas assez de raffineries, notamment aux Etats-Unis, pour en extraire les carburants et pas assez de centrales électriques en Chine pour produire l'électricité. Résultat pour les consommateurs : les prix flambent.
Traditionnellement, une flambée des prix des matières premières produit dans les pays consommateurs comme la France et les Etats-Unis une forte inflation importée. Le gouvernement français, qui a besoin d'expliquer pourquoi il n'arrive pas à combattre le chômage et à sortir de la stagnation économique actuelle, accuse lui aussi l'explosion des coûts des matières premières importées de bloquer notre croissance économique.
La vérité sur l'impact de la hausse du prix du pétrole est toute autre : dans les pays avancés cet impact est de plus en plus minime, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, extrait de [269] page 5 :

Evolution de la quantité de pétrole utilisée pour produire 1 dollar de richesse (PIB) dans les pays de l'OCDE (base 100 en 1971)
On voit qu'en 2005, un dollar de biens et services produits consomme près de deux fois moins de pétrole qu'en 1971 dans les pays avancés, et 16 % de plus dans les pays en développement. Les premiers sont devenus beaucoup moins sensibles à une hausse du prix du pétrole, les seconds un peu plus.
Une économie moderne ne consacre qu'une faible part de ses ressources à l'achat de pétrole, comme le montrent les trois graphiques ci-dessous publiés en avril 2005 par The New York Times :

On voit que :
§ Au début des années 1980, un ménage américain moyen dépensait 8 % de son revenu disponible pour acheter de l'énergie ; aujourd'hui, c'est 5 %;
§ Au début des années 1980, il fallait en moyenne 102 minutes de travail au salarié américain moyen pour payer l'essence nécessaire à un trajet de 100 miles ; aujourd'hui, c'est 42 minutes ;
§ Au début des années 1980, les dépenses d'énergie des Etats-Unis représentaient 14 % de leur PIB ; aujourd'hui, c'est 7 %;
§ Une même production de biens et services (au sens du PIB) demande aujourd'hui 55 % de moins de pétrole et de gaz qu'en 1973 ;
§ Chaque cent (centième de dollar) de croissance du prix du pétrole ajoute en 2005 trois milliards de dollars aux dépenses des consommateurs américains. C'est 3 milliards de dollars de moins disponibles pour d'autres achats, mais par rapport à une économie de 11 000 milliards de dollars par an, c'est peu de chose.
En France, l'impact du coût du pétrole pour chaque Français est très inférieur à son impact pour un Américain, car :
§ Le Français roule moins que l'Américain, et avec un véhicule plus économique ; voir à ce propos le court texte "Pétrole aux USA : gaspillage et pollution".
§ L'euro fort diminue le coût du pétrole importé par la France.
Il n'y a plus de « choc pétrolier »
D'après [269] page 23, une augmentation de 10 % du prix du pétrole produit une hausse des prix TTC à la consommation de 0.14 % dans la zone euro et 0.23 % aux Etats-Unis, ce qui est très peu.
D'après [269] page 24, une augmentation de 15 dollars par baril produit dans la zone euro, en 2005, une baisse de 0.35 % du PIB et une inflation de 0.20 %.
Il faut aussi rappeler qu'une partie de l'argent payé par la France aux pays producteurs de pétrole revient chez nous sous forme de commandes d'avions, d'armes, de nourriture, etc.
Conclusion pour la France
Le gouvernement français a donc tort d'accuser le coût du pétrole, dont il n'est pas maître, de la stagnation de l'économie et du chômage. Cette stagnation résulte de la gestion économique désastreuse des gouvernements successifs de la France depuis une trentaine d'années.
Un des aspects les plus surprenants de la mondialisation est la perte d'indépendance des économies de tous les pays, riches ou moins riches. Nous avons déjà vu ci-dessus la pénurie et le coût des matières premières. La dépendance des Etats-Unis à l'égard du pétrole importé est documentée dans "Pétrole aux USA : gaspillage et pollution".
Il faut savoir qu'une pénurie de pétrole dans un pays se répercute immédiatement dans les autres, du fait du mécanisme mondialisé de l'offre et de la demande. C'est ainsi qu'à la suite du cyclone Katrina une partie des capacités de production pétrolière des Etats-Unis, situées dans le Golfe du Mexique, ont été mises hors d'usage, en même temps qu'une partie des raffineries américaines produisant l'essence. Il en est résulté une pénurie d'essence aux Etats-Unis, pays qui consomme à lui seul le quart du pétrole mondial.
Or l'économie des Etats-Unis a absolument besoin de pétrole pour ses transports, et le pays est assez riche pour offrir de l'acheter très cher si nécessaire. Comme il n'existe pas, dans le monde, assez de capacités excédentaires de production et de raffinage pour compenser celles du Golfe du Mexique, indisponibles pour plusieurs mois, les Américains cherchent à acheter ce qui leur manque sur les divers marchés mondiaux, en le payant plus cher que les autres consommateurs. C'est ainsi qu'une compagnie comme Total peut avoir plus intérêt à vendre pétrole et essence aux Etats-Unis qu'en France. Les Français devront donc se passer de pétrole ou payer, eux aussi, plus cher. En définitive il y aura deux conséquences : les pays riches paieront tous plus cher et certains pays pauvres auront moins d'essence, faute de pouvoir la payer.
Dans ces conditions, aucune menace du ministre français de l'économie ne pourra amener les multinationales du pétrole présentes en France à baisser leurs prix plus que de manière symbolique, car leurs actionnaires (en majorité étrangers) ne le leur permettraient pas. Les médias français ont dit que « les PDG des compagnies pétrolières et des grands distributeurs ont été convoqués le 16/09/2005 à Bercy pour être menacés de taxation exceptionnelle si les prix à la pompe ne baissaient pas », mais sans ajouter que cette manœuvre d'intimidation du gouvernement n'avait aucune chance de réussir, et qu'elle n'était qu'une gesticulation médiatique destinée à faire croire aux Français que leur gouvernement luttait à leurs côtés contre les multinationales rapaces.
Ce qui est vrai pour le pétrole et l'essence qu'on en extrait l'est aussi pour le gaz naturel, dont une partie importante de la production américaine provient du Golfe du Mexique et se trouve arrêtée du fait de Katrina : les prix du gaz monteront partout dans le monde jusqu'à ce que la production américaine soit rétablie.
Pendant des années, les capacités mondiales de raffinage étant suffisantes, les raffineries n'étaient guère rentables, la concurrence entre raffineries poussant les prix à la baisse. Personne ne songeait donc à investir dans la construction de raffineries supplémentaires, car on n'investit pas dans une activité peu rentable (explication : voir [290]). Et lorsqu'à partir de 2002 la croissance de la Chine et de l'Inde a fait exploser la demande mondiale, il n'y a plus eu assez de raffineries : la capacité mondiale de raffinage a fait défaut avant la capacité de production de pétrole.
Les prix du raffinage ont alors explosé, les consommateurs luttant pour s'approprier à prix d'or les produits raffinés. Le raffinage étant redevenu rentable, on a recommencé à construire et à moderniser des raffineries [290], mais l'effet de ces investissements ne sera guère visible avant deux ou trois ans. En attendant, le surcoût du raffinage s'ajoute à celui du pétrole et les consommateurs doivent payer ou se rationner.
Ce problème de raffinage est aggravé, en France, par la politique gouvernementale de gazole systématiquement moins cher que l'essence, politique qui a fait consommer en 2004 30.8 millions de tonnes de gazole contre 11.7 millions de tonnes d'essence d'après [290]. Or les raffineurs n'ont aucun intérêt à adapter leurs processus de raffinage à un ratio gazole/essence de l'ordre de 3, parce que dans le marché mondial des carburants, ce ratio est beaucoup trop élevé et les pénaliserait pour vendre dans les autres pays, qui représentent un marché total bien plus grand que la France. Ils préfèrent donc importer en France le gazole qui s'y vend mais ne s'y produit pas, ce qui coûte cher en transport et déséquilibre notre commerce extérieur.
On voit donc de nouveau, sur cet exemple, un effet pervers de l'interventionnisme systématique des gouvernements français dans l'économie : en nous comportant autrement que les pays étrangers (où la différence de prix plus faible entre gazole et essence produit un ratio de consommation bien plus bas), nous gaspillons de l'argent.
Un autre facteur entre pour une part importante dans le coût des produits pétroliers payé par les consommateurs : le transport. Comme chacun sait, le pétrole est produit loin des pays consommateurs et il faut l'acheminer. La croissance des ventes des produits bruts ou raffinés a entraîné une croissance de la demande de transport maritime si forte que la capacité de transport par pétroliers n'a pu suivre. Les prix du transport ont donc explosé, ce qui a entraîné un accroissement des commandes de construction de pétroliers si important qu'à leur tour les chantiers n'ont pu suivre. Et les surcoûts du transport se sont ajoutés à ceux de l'extraction et du raffinage, affectant tous les pays situés loin des zones de production et des débouchés d'oléoducs.
On estime les dégâts du cyclone Katrina à quelques 200 milliards de dollars. Une partie du coût de reconstruction sera supportée par le budget fédéral des Etats-Unis, une partie de l'ordre de 50 milliards de dollars sera payée par des assurances. Or toute compagnie d'assurances est elle-même assurée auprès de compagnies de réassurance, dans un marché de la protection financière aujourd'hui mondialisé. L'énormité des paiements à effectuer suite à Katrina va donc se répartir dans l'ensemble des pays, obligeant les diverses compagnies à augmenter tous leurs tarifs, partout, pour reconstituer leur trésorerie. Et c'est ainsi que les Français, les Allemands, etc. paieront plus cher leurs assurances après un cyclone aux Etats-Unis, autre effet de la mondialisation.
Et le budget fédéral des Etats-Unis, en déficit chronique, oblige ce pays à emprunter chaque année des centaines de milliards de dollars sur les marchés internationaux de capitaux, en émettant des bons du Trésor (obligations). Ces bons sont souscrits par les pays qui exportent beaucoup plus qu'ils n'importent, notamment le Japon et la Chine, envers qui les Etats-Unis ont ainsi plus de 1000 milliards de dollars de dettes. Les Etats-Unis font donc comme la France : ils vivent au-dessus de leurs moyens, en empruntant à des étrangers de quoi couvrir leurs excédents de dépenses, ce qui obligera les générations suivantes à rembourser : à la solidarité financière internationale s'ajoute ainsi la « solidarité entre générations », que la nôtre impose aux suivantes.
Les exemples ci-dessus peuvent être interprétés comme une diffusion mondiale des conséquences économiques des sinistres, diffusion qui oblige tous les pays à en partager les coûts, donc à être solidaires les uns des autres.
Les économies sont donc devenues interdépendantes, nul pays n'étant plus capable de se passer des autres ou de s'isoler d'eux. Tous les souverainistes français qui rêvent de sortir la France de l'Union européenne sont donc des utopistes, qui oublient que nous sommes obligés d'importer certaines matières premières (pétrole, gaz, charbon, métaux divers…) et de payer ces importations en exportant. Importations et exportations représentent chacune environ 400 milliards d'euros par an, c'est-à-dire près du quart du PIB : toute politique qui les diminuerait aurait des conséquences catastrophiques sur l'emploi et le niveau de vie des Français. La mondialisation est irréversible parce que le commerce international l'est, avec la spécialisation économique qui en résulte (voir à ce propos le court texte "L'intérêt du commerce international libre").
L'antiaméricanisme du public français (voir [207]) est dû en grande partie aux médias, qui diffusent bien plus souvent des points de vue négatifs que des points de vue positifs sur les Etats-Unis. Ils oublient ce faisant de signaler l'essentiel, comme le font si bien [208] et [209] : la France et les Etats-Unis sont des pays qui partagent les mêmes valeurs de civilisation, la démocratie, l'économie de marché ouverte aux exportations et importations. Et ils sont tous deux attaqués par le terrorisme, contre lequel ils devraient lutter ensemble.
Il est pourtant facile de résumer objectivement les avantages et les inconvénients de la mondialisation de la manière ci-dessous, comme le fait [210] en analysant l'effet du marché commun USA - Canada - Mexique, créé en 1992 sous le nom de NAFTA (North American Free Trade Association) en s'inspirant de l'Union européenne :
"Par son abaissement des barrières douanières et réglementaires, la mondialisation:
· Développe le commerce, donc la production, donc certains types d'emplois;
· Enrichit globalement les pays participants;
· Augmente le niveau de vie moyen de leurs citoyens.
Les bénéfices résultant du développement de la production et de l'intensification de la concurrence produisent des effets qui ne sont jamais spectaculaires au niveau des citoyens. La grande majorité de ceux-ci profite d'une croissance de son pouvoir d'achat, mais si lentement et si progressivement qu'elle ne s'en aperçoit guère qu'au bout d'au moins une décennie.
Au contraire, les emplois perdus du fait de délocalisations ou de licenciements «boursiers», qui ne touchent qu'une faible partie des salariés, frappent beaucoup plus les esprits parce que la souffrance infligée à ces salariés est très visible et l'est immédiatement, notamment parce que les médias l'amplifient."
Les opposants à la mondialisation peuvent donc facilement trouver des exemples de travailleurs qui ont souffert de la mondialisation, pour argumenter contre celle-ci. Ils se gardent bien de citer le bénéfice réel qu'en tire la majorité des gens.
Ils ne citent pas non plus la croissance des exportations des pays avancés vers les pays en voie de développement, qui crée des emplois et des bénéfices dans les pays avancés.
Ils ne citent pas, enfin, la croissance des exportations des pays pauvres vers les pays riches, pourtant évidente lorsqu'on regarde les chiffres. Et les médias français, eux, ne citent jamais ces progrès, conformément au principe "de l'intérêt médiatique des seuls trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure".
En fait, pour que la mondialisation profite à la majorité en lésant le moins possible des minorités, il faut un accompagnement social:
§ formation ;
§ investissements en infrastructures pour attirer les emplois ;
§ investissements en recherche pour créer des produits innovants, etc.
Voir le reste de la discussion au tome 1.
Il faut aussi un accompagnement médiatique, pour expliquer aux gens:
§ l'importance d'une formation continue pour protéger leur employabilité ;
§ la protection qu'offre une qualification dans un métier porteur ;
§ le caractère inéluctable, dans une économique mondiale ouverte, du transfert progressif des emplois peu qualifiés vers les pays en développement ;
§ le besoin des entreprises et des gens de s'adapter en permanence aux changements, etc.
L'accompagnement médiatique est aussi indispensable pour montrer au public les exemples étrangers dont la France devrait s'inspirer, comme le libéralisme tel qu'il est pratiqué en Grande-Bretagne et en Irlande, pays en croissance plus rapide avec moitié moins de chômage que chez nous.
Il y a aussi des pays européens qui ont résolu les problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites : pourquoi la télévision ne compare-t-elle jamais en détail leurs solutions avec les nôtres ?
En résumé, la mondialisation a absolument besoin d'un accompagnement par les médias, pour que les citoyens en connaissent les effets, et ce qu'ils doivent faire pour en être les bénéficiaires, non les victimes. Hélas, cet accompagnement n'existe pas aujourd'hui en France : les émissions et articles qui évoquent les aspects sociaux de la mondialisation sont consacrés à la polémique et aux luttes idéologiques, au lieu des explications factuelles et des conseils pratiques dont les citoyens ont besoin.
Voir d'abord le court texte "Mondialisation et frustrations".
Pour être heureux, tout homme a besoin d'occuper une place dans la société. Il a besoin de savoir qu'il compte, qu'il peut peser sur les événements. Le libéralisme lui garantit le droit d'exprimer son opinion. La démocratie lui permet de le faire en votant.
Mais la plupart des gens se sentent désemparés face aux événements d'ampleur internationale et aux sociétés multinationales. Tous les jours, en tant que consommateur je sens mon impuissance face aux très grandes entreprises :
§ Lorsque je téléphone à mon fournisseur d'accès à Internet, Wanadoo, filiale de France Télécom, pour demander quand leur service de mise à jour de mon site Internet par protocole FTP, en panne depuis 17 jours, fonctionnera enfin, je dois payer la communication pour le faire. Après avoir attendu plusieurs minutes en payant, je tombe sur une personne dont le niveau est si bas qu'elle ne comprend même pas ma question. Elle se renseigne, puis me passe une autre personne. Les minutes passent, je paye toujours, et je finis par raccrocher sans avoir rien appris. Lorsque j'écris à Wanadoo pour me renseigner, je n'ai pas de réponse. Et à la fin du mois, la facture est la même, je n'ai eu droit à aucun dédommagement pour service promis mais non fourni…
§ Lorsque j'appelle l'opérateur de télévision par satellite TPS, je reste de longues minutes à écouter leur petite musique en payant, puis finis par raccrocher au bout de dix minutes sans avoir jamais obtenu un correspondant…
§ Lorsque j'appelle mon fournisseur de logiciel antivirus pour signaler une erreur manifeste de leur logiciel, je paye la communication avec l'Indien qui me répond (avec son accent inimitable) et ne veut pas admettre le défaut. Si j'expose le problème par message Internet, le service support ne répond qu'une fois sur deux, cinq jours après…
L'impuissance face aux fournisseurs qui sont des multinationales n'a d'égale que celle qui désespère le contribuable (appelé alors « redevable » ou « assujetti ») face à l'administration des impôts ou à l'URSSAF.
En politique, depuis la fin du gouvernement de Raymond Barre en 1981, à chaque élection législative les Français ont changé de majorité : droite, gauche, droite… Cela ne peut s'expliquer que d'une seule façon : jamais leurs attentes n'ayant été satisfaites, ils ont toujours voté contre le gouvernement au pouvoir, pour s'en débarrasser et se venger. C'est pour la même raison qu'en 2002, ils ont voté contre M. Le Pen, pas (ou si peu !) pour M. Chirac ; et aux trois élections de 2004, ils ont voté contre la droite au pouvoir, pas pour les socialistes, qui n'ont aucun programme après deux ans dans l'opposition ! De son côté, le président Chirac leur a imposé l'avancement de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, en ne demandant pas leur avis, en refusant même à leur députés de voter sur le sujet. Et la guerre en Irak s'est faite malgré les Français en 2003, ainsi que la réélection du président G. W. Bush en 2004.
Les Français ont donc pris l'habitude depuis un quart de siècle d'être déçus et impuissants face à ceux qui mènent le monde. Concernant les multinationales, leur colère et leur frustration sont attisées par l'attitude des médias, qui donnent une image systématiquement, exclusivement négative de la marche de l'économie : ils ne parlent que de licenciements et de délocalisations, c'est-à-dire de phénomènes face auxquels les citoyens sont impuissants.
Mais alors que les politiques peuvent se défendre en parlant de temps en tant au public par médias interposés, les multinationales ne le peuvent pas. Elles n'ont aucune possibilité de réfuter, pour les millions de téléspectateurs français qui ne s'informent qu'avec un journal télévisé, les mauvaises actions qu'on leur prête : crapuleries des managers d'ENRON et PARMALAT, licenciements chez Michelin, Danone, Moulinex et Marks & Spencer, accusations de « malbouffe » de José Bové contre McDonald's (à qui pourtant chaque jour 1 million de Français achètent un repas), pollution de l'environnement par les pétroliers, fabrication de nourriture empoisonnée pour les bovins, etc., etc. Les Français détestent donc les multinationales, dont ils redoutent le pouvoir face auquel ils se sentent impuissants. Ils détestent et redoutent donc la mondialisation, si profitable à ces multinationales et qui leur rappelle chaque jour leur impuissance.
Je prétends, moi, que l'aversion des Français s'explique par un problème de manque d'information, devenu si grave qu'il constitue une désinformation. Si vous n'avez pas encore lu le court texte "Mondialisation et frustrations", il est bon de le faire avant de lire la suite.
Il y a d'abord une inculture colossale en matière d'économie, inculture qui commence dans l'enseignement. Non seulement on n'enseigne pas correctement aux jeunes le fonctionnement réel, c'est-à-dire libéral, de l'économie mondiale, mais on ne leur enseigne même pas à lire, à s'informer par eux-mêmes et à réfléchir.
Les jeunes français ne lisent jamais un article d'économie, encore moins un livre sur le sujet. Leur nullité désespère de plus en plus les enseignants. (Voir à ce sujet le court extrait d'article [212]).
Ensuite, la pédagogie moderne excluant l'effort, qui n'est pas valorisé et dont l'absence n'est pas sanctionnée, les jeunes s'éloignent de toute discipline, toute acquisition de connaissances qui demande un gros effort ; à part l'économie, cela concerne la physique, les mathématiques, etc. (Voir [223]).
Et à force de lire trop peu et d'apprendre trop peu par cœur, le vocabulaire des jeunes Français est trop restreint pour qu'ils disposent des concepts nécessaires pour comprendre le monde où ils vivent. Vocabulaire insuffisant, concepts insuffisants, donc compréhension insuffisante. Et sans compréhension des faits et des problèmes, impuissance, donc frustration. Et aussi chômage, exclusion, mépris…
Voir en complément [286] et les courts textes sur les problèmes de l'enseignement [263].
Il n'est donc pas surprenant, alors, que la majorité des jeunes Français rêve d'un emploi de fonctionnaire : ils veulent être protégés contre ce monde qu'ils ne comprennent pas et qu'ils redoutent. Pour justifier ce choix dicté par la peur et le refus du risque, ils déclarent détester l'argent, donc le profit, donc les entreprises et à fortiori les plus grandes d'entre elles, les multinationales. Mais leur haine de l'argent ne va pas jusqu'au sacrifice personnel, car une fois fonctionnaires, ils font grève souvent pour en avoir plus !
La crainte de l'avenir des Français, jeunes ou pas, est aussi illustrée par leur taux d'épargne [213] : ils mettent énormément d'argent de côté (30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais !) parce qu'ils ont peur du chômage et d'une vieillesse pauvre. En épargnant au lieu de consommer, les Français freinent le développement de leur économie, donc des embauches. Quelle différence avec les Américains, dont l'optimisme à toute épreuve leur fait acheter tellement, au lieu d'épargner, que leurs importations explosent, ce qui déséquilibre leur commerce extérieur !
Selon l'article [218], qui cite des préfets, un ministre et un institut d'opinion, les Français sont atteints de « sinistrose ». Voir aussi l'étude de l'angoisse des Français [268].
Enfin, l'anxiété des Français se traduit par la plus forte consommation du monde de pilules contre l'angoisse (anxiolytiques), c'est-à-dire de tranquillisants.
Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".
Une fois adulte, un jeune qui n'a pas acquis le goût de lire et l'habitude de réfléchir, est à la merci des « informations » qu'il reçoit des médias, et principalement de la télévision. Selon [211] page 754, voici les réponses à un sondage effectué en France de février à mars 2001 (période électorale), qui a posé la question : «Comment vous informez-vous sur ce qui se passe dans le monde ?»
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Réponses |
% des sondés |
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Télévision |
64 % |
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Journaux |
20 % |
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Radio |
8 % |
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Magazines |
5 % |
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Internet |
2 % |
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Télétexte |
1 % |
Conclusion : le public s'informe d'abord en regardant la télévision, ensuite en lisant les journaux et magazines, enfin en écoutant la radio. Les magazines, les livres et Internet ne touchent qu'une minorité. Et comme la télévision ne consacre en moyenne, dans un journal télévisé, que 4 minutes sur 30 à 40 aux sujets d'économie ou de politique, ce temps n'est jamais suffisant pour expliquer les problèmes du pays, donc pour informer les téléspectateurs. Et comme les hommes politiques français ne parlent pas aux citoyens, sinon par petites phrases pour médire d'un adversaire ou par promesses en termes vagues, comme jamais un ministre ne prend une heure d'antenne pour expliquer la situation du pays et l'action du gouvernement, les citoyens demeurent dans l'ignorance et se sentent méprisés.
L'inculture économique de la grande majorité des jeunes perdure donc à l'âge adulte, avec l'incompréhension du contexte économique, les frustrations et le sentiment d'impuissance, de dévalorisation. Alors les fonctionnaires manifestent et les autres Français, à qui une grève coûterait trop cher, les soutiennent.
Voilà pourquoi les Français sont, pour la plupart, contre la mondialisation, les multinationales, les Américains, le libéralisme et la prise de risques. M. Francis Mer l'a bien compris, lorsqu'il écrit à propos de la France dans son livre « Vous, les politiques… » page 65 :
"… dans un pays où règne une inculture économique avérée."
Voilà pourquoi j'ai écrit un livre sur l'immense problème de désinformation des Français, « La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir ». Voilà pourquoi j'écris ce cours, pour leur donner un peu de la culture économique qui leur manque pour comprendre le monde où ils vivent, et les propositions souvent irréalistes de ceux qui sollicitent leurs suffrages. Et voilà pourquoi j'ai voulu montrer l'effet de la désinformation des Français dans "Mondialisation et frustrations".
Les prix de l'immobilier ont monté énormément (certains parlent de +70 % en 5 ans !) parce que le crédit bon marché permet aux gens d'acheter des logements plus chers. Beaucoup de gens constatent que les prix du marché ne leur permettent plus d'accéder à la propriété, ou alors loin de leur travail et des centres ville et en s'endettant pour de longues années.
A cette hausse incontestable s'ajoutent des hausses de prix ponctuelles dues à la montée en gamme de beaucoup d'articles de grande consommation, qui deviennent chaque année plus sophistiqués. C'est là un effet de l'innovation, dont le moteur est la concurrence. Le phénomène est le même que pour les médicaments, toujours plus chers parce que de nouveaux produits plus ambitieux remplacent les anciens, et parce que le système d'assurance maladie encourage l'irresponsabilité lors des prescriptions et des consommations. C'est aussi le cas pour le pain, dont on n'achète plus que des qualités spéciales chères au lieu du « pain de quatre livres » qui nous a nourris pendant des décennies.
Les Français remarquent toujours les hausses de prix, aidés par les chaînes de télévision qui en parlent souvent, mais rarement les baisses. Ils oublient par exemple que l'électronique qu'ils achètent de plus en plus (jeux, PC, baladeurs, etc.) coûte de moins en moins cher. Ils n'ont pas remarqué l'effondrement des prix des vêtements depuis début 2005, dû à l'afflux des importations chinoises.
L'INSEE relève régulièrement des dizaines de milliers de prix pour suivre les hausses. Son travail est bien fait, mais aucun indice des prix ne peut représenter fidèlement la proportion d'articles achetée par un Français particulier. Chaque citoyen trouve donc facilement des prix qui ont augmenté bien plus que l'indice ; et comme il ne tient pas compte de la montée en gamme, il en conclut que l'indice officiel des prix est faux, qu'il fait partie de la propagande gouvernementale.
Voilà ce qui explique la conviction très générale des Français que la vie augmente plus que leurs revenus, donc que « ça va mal » et que le gouvernement qui devrait résoudre tous les problèmes (!) est incapable de corriger l'injustice qu'ils subissent ainsi. Persuadés à tort que l'inflation ronge leur pouvoir d'achat, les Français n'ont pas le moral.
Beaucoup de Français craignent de perdre leur emploi. Ils se sentent impuissants face à un système économique dont ils redoutent le pouvoir qu'il a sur leur gagne-pain. Pour eux, les deux responsables sont l'Etat (toujours !) et la mondialisation.
L'Etat, ils attendent qu'il crée des emplois, alors que nous avons vu au tome 1 qu'il ne peut en créer que dans la fonction publique (dont les agents sont payés par le travail productif du secteur privé, donc les impôts) et, temporairement, lors d'actions de formation de reconversion des chômeurs.
Nous avons aussi vu que ni l'Etat ni le secteur privé ne pouvaient créer des entreprises viables et pérennes simplement en injectant de l'argent dans un projet ou une région. Nous avons vu l'exemple de l'Allemagne de l'Est, où l'Etat allemand a investi 210 milliards d'euros depuis 1991, somme colossale qui s'ajoute à 500 milliards d'euros de prestations sociales, sans réussir à faire baisser le chômage, parce que les conditions économiques étaient défavorables à l'implantation d'entreprises, seules capables de créer des emplois.
Les Français doivent donc comprendre que :
L'Etat ne peut créer que des emplois payés par les contribuables
Pour plus de détails, voir aussi "Chômage : savoir et agir".
Seules les entreprises peuvent créer des emplois pérennes
Nul ne peut créer d'emplois dans des
conditions
économiques défavorables
Donc lorsque les Français se tournent vers l'Etat pour résorber le chômage, ils ont tort et ils seront forcément déçus. Nous avons vu au tome 1 ce que l'Etat peut faire pour favoriser l'emploi marchand et l'impact des politiques de l'emploi.
Les Français pensent que les multinationales sont cruelles et détruisent des emplois sans états d'âme, pour augmenter les profits (par nature excessifs et immoraux !) des actionnaires. Nous avons vu au tome 1 :
§ Qu'une entreprise doit lutter contre des concurrents, donc avoir des prix compétitifs ;
§ Que ces prix compétitifs exigent souvent qu'une entreprise ait des coûts salariaux aussi bas que ceux de ses concurrents. Si ceux-ci produisent dans un pays où la main d'œuvre est meilleur marché, elle doit en faire autant, sinon ce sont eux qui vendront à la place de l'entreprise, qui fera faillite et mettra tout son personnel en chômage. Cela exige des sous-traitances ou des délocalisations, sujet que nous aborderons au chapitre sur les délocalisations.
§ Que si un article ne se vend plus, il faut cesser de le fabriquer pour ne pas le fabriquer à perte. Si la marge bénéficiaire sur un article a trop baissé, on ne peut plus le fabriquer sans diminuer le bénéfice total de l'entreprise, ce qui handicaperait ses investissements, donc son avenir. Dans les deux cas, le personnel de cette fabrication doit être transféré vers d'autres activités, plus rentables, dans l'entreprise si possible sinon dans une autre entreprise ;
Nous avons vu aussi que même si une entreprise gagne de l'argent, elle ne peut poursuivre une activité non rentable et conserver le personnel correspondant, sous peine de compromettre son financement, donc sa survie face à ses concurrents ;
§ Que les bénéfices sont indispensables à la survie d'une entreprise ; non seulement ils sont indispensables, ils doivent aussi être comparables à ceux d'autres entreprises du même secteur d'activité ;
§ Que les actionnaires sont souvent des épargnants modestes, qui ont mis de côté de l'argent pour leur retraite. Il n'y a pas de raison de sacrifier ces épargnants au profit de salariés en activité, car ce serait leur dérober les fruits de leur travail.
En outre, si une entreprise rétribue mal ses actionnaires, ils refusent d'y investir encore et les banques en font autant, ce qui prive l'entreprise des capitaux indispensables à son développement, donc la condamne à terme face à ses concurrents.
Toutes ces vérités sont simples à comprendre, mais l'immense majorité des Français n'en est pas informée. Par la faute de l'enseignement, des médias et du gouvernement, les Français croient la mondialisation et les multinationales coupables de cruauté et de cupidité ; ils ont une réaction de crainte et de haine.
Ce cours est destiné à ceux qui ont compris qu'ils doivent s'informer, au lieu de se contenter de se lamenter et d'accuser.
Comment se fait-il que dans certains pays aussi démocratiques que le nôtre (Etats-Unis, Angleterre, Irlande…) les citoyens ne demandent pas que des lois les protègent contre les licenciements ?
C'est parce que s'ils perdent leur emploi ils sont certains d'en retrouver rapidement un autre, le faible taux de chômage de ces pays le prouve. C'est aussi parce qu'ils savent que si la loi empêche trop les licenciements ou les rend trop coûteux pour l'entreprise, les patrons n'embaucheront plus que pour une durée déterminée : ils remplaceront alors des emplois stables par des emplois précaires ; c'est ce qui se passe en France, où sur 27 000 salariés qui quittent leur emploi chaque jour ouvrable, 53 % le font parce que leur CDD a pris fin.
Il y a quatre approches simples pour que les demandeurs d'emploi retrouvent rapidement un travail :
§ Faire en sorte que travailler soit nettement plus rentable que chômer, en allouant des indemnités de chômage systématiquement inférieures aux salaires. Ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui, où dans certaines situations on ne gagne rien à reprendre un travail.
§ Faire en sorte que les gens aient besoin de travailler pour vivre, en diminuant la durée d'indemnisation du chômage. Le principe est simple : c'est au chômeur de s'adapter au marché du travail, pas à l'Etat de l'indemniser tant qu'il n'a pas trouvé exactement le poste qu'il veut, au salaire qu'il veut et près de son domicile, comme on le fait en France. Au bout de quelques mois de chômage, la loi oblige donc le chômeur à modérer ses exigences jusqu'à ce qu'il ait retrouvé du travail, quitte à ce que, tout en travaillant de nouveau, il cherche un meilleur emploi.
§ Faire prendre en charge individuellement chaque chômeur par un spécialiste du reclassement qui le conseille, lui trouve une formation si nécessaire, cherche des entreprises prêtes à l'engager... et lui supprime les indemnités de chômage s'il ne se donne pas de mal pour retrouver un travail.
§ Faire en sorte que chaque salarié conserve une compétence dont le marché du travail a besoin, tout au long de sa vie, c'est-à-dire qu'il reste « employable ». En France, on a pris la mauvaise habitude de faire reposer ce devoir de formation continue sur l'entreprise, qui doit la proposer à chaque salarié et la payer, en même temps que son salaire pendant les jours de formation.
Il est clair que si l'entreprise n'y trouve pas son intérêt, elle s'arrangera pour ne former que certains salariés et pas d'autres, et seulement à certaines compétences dont elle a besoin rapidement, pas à des compétences garantissant une employabilité future ou dans d'autres entreprises.
La seule manière pour un salarié d'être certain de conserver son employabilité est de prendre en charge lui-même sa formation continue. Chacun peut trouver du temps pour apprendre :
· En lisant tous les jours pendant une heure ou deux des ouvrages, cours ou manuels qui sont aujourd'hui toujours disponibles, pour tous les métiers ; cette lecture peut se faire dans un train de banlieue, ou le soir en ne passant qu'une heure devant la télévision au lieu de 3h20mn comme le fait le Français moyen, etc.;
· En prenant un peu de temps le week-end ou sur les 5 semaines de congé annuel…
Les salariés doivent savoir que la probabilité de trouver un emploi augmente fortement avec le niveau d'études. Chacun doit se demander chaque année si son métier et ses compétences restent d'actualité, et apprendre un autre métier ou augmenter sa technicité si nécessaire.
Beaucoup de gens ayant du mal à lire et n'ayant pas appris à se donner du mal pour mémoriser s'estiment à tort incapables d'apprendre lorsqu'ils sont adultes. Ils se contentent de se trouver des excuses pour ne pas le faire, alors qu'en réalité ils manquent simplement de volonté.
Conclusion
Au lieu de redouter la mondialisation, le libéralisme et l'évolution rapide de notre économie, due au seul progrès technique ; au lieu de compter sur la protection de lois anti-licenciements qui sont des non-sens économiques ; au lieu de réclamer l'aide de l'Etat, donc de se comporter en victime passive, chaque Français doit prendre en main son avenir, comme chaque Anglais, chaque Américain, chaque Irlandais savent si bien le faire.
Ce n'est pas la mondialisation ou le libéralisme qui menacent l'avenir des salariés, c'est leur propre passivité
Les fonctionnaires ont un statut garantissant un emploi à vie. Ce statut est devenu incompatible avec l'économie actuelle qui évolue très vite, car il engage l'Etat pour 37.5 ans de carrière plus les années de pension, c'est-à-dire environ 60 ans. Cette durée est extrêmement longue par rapport à la vitesse d'évolution des technologies et des méthodes de travail. En outre, beaucoup d'évolutions du contexte économique peuvent rendre cet emploi inutile ou exiger une profonde reconversion.
Ne pouvant renvoyer de fonctionnaires, l'Etat ne peut pas non plus leur imposer de se reconvertir, du fait du maquis de « corps » (plus de 1500 !) ayant chacun des avantages spécifiques pénalisant un éventuel changement d'affectation d'un agent. Les agents refusent donc systématiquement toute nouvelle affectation qu'ils n'ont pas demandée eux-mêmes. Et dans de nombreux cas, les nominations sont cogérées par l'employeur (l'Etat) et les syndicats, ce qui est scandaleux car contraire à l'intérêt du public.
Par l'intermédiaire de leurs puissants syndicats, les fonctionnaires s'opposent à toute réforme. Chaque année, de nombreuses manifestations sont contre des réformes proposées. La fonction publique refuse toute notion de productivité, toute mesure objective de performance, toute récompense ou pénalisation liée à la qualité et la quantité du service rendu ou à l'assiduité. C'est pourquoi il est si fréquent que les fonctionnaires soient en surnombre et que le coût du service qu'ils rendent soit beaucoup plus élevé que celui facturé par une entreprise privée qui ferait le même travail, dans le cadre d'une mission de service public.
Sûrs de conserver un emploi et même de progresser à l'ancienneté, les fonctionnaires n'ont aucune raison de se donner du mal pour maintenir à jour leur compétence. On ne voit donc pas pourquoi, le temps passant, un agent ne serait pas de moins en moins apte à utiliser les nouvelles technologies, pourquoi il se sentirait obligé de se donner du mal pour s'y adapter, pourquoi il prendrait des initiatives et ferait des propositions pour faire évoluer la manière de travailler de son service.
Plus les années passent, plus le secteur privé français doit s'adapter, plus le boulet du service public trop coûteux et peu adaptable qu'il paie est insupportable, plus l'injustice que constitue une classe de privilégiés protégés de l'exigence d'évolution est scandaleuse.
Il est consternant de constater que le Chef de l'Etat, qui a promis le « service minimum » ou « garanti » pour se faire élire, n'ose pas affronter les syndicats qui s'y opposent, bien que le soutien d'une grande majorité des citoyens à une telle mesure soit certain.
Voir aussi le paragraphe "Effectifs de la fonction publique".
En redoutant la mondialisation et le libéralisme contre lesquels ils se sentent impuissants, les Français se rendent malheureux. S'ils étaient mieux informés, ils sauraient que la mondialisation a fait faire à l'humanité des progrès de niveau de vie fantastiques, en multipliant le PIB par 7.2 en un demi-siècle alors que la population n'a été multipliée que par 2.46.
S'informer est devenu facile et agréable
Si les Français lisaient plus facilement et davantage, ils profiteraient plus du réseau Internet, où on trouve la plus formidable masse d'informations, officielles et fiables, sur notre monde, informations bien plus à jour que celles qui sont imprimées. C'est ainsi qu'on trouve, au sujet de l'état actuel de la France, tous les chiffres de l'économie et de l'emploi, tous les textes de loi, le contenu des divers journaux, magazines et émissions de télévision et radio. C'est ainsi que j'ai trouvé 95 % des informations utilisées pour ce cours.
Pilier de la mondialisation,
Internet est aussi une mine de renseignements
Et de plus en plus, on trouve sur Internet le contenu de textes célèbres : romans, poèmes, pièces, œuvres fondamentales comme "De l'origine des espèces" de Charles Darwin, Bible et Coran.
En plus d'Internet, on peut acheter aujourd'hui deux extraordinaires encyclopédies, Britannica et Universalis, chacune pour une centaine d'euros. Je les ai installées sur mon PC et m'en sers très souvent.
Chacun peut entreprendre et se réaliser
Il n'a jamais été aussi facile qu'aujourd'hui de monter une association ou une entreprise. La France a vu la création de 225 000 entreprises en 2004. Il faut seulement un projet, de l'enthousiasme et de l'audace. Des gens comme Bill Gates ou Mère Teresa sont partis de rien et ont réussi, pourquoi pas vous ?
Nous avons le temps
Entre l'allongement de la durée de la vie et la réduction du temps de travail, nous disposons de plus de temps que jamais pour travailler à notre bonheur.
Nous avons la santé
Notre espérance de vie, et de vie en bonne santé, n'a jamais été aussi élevée qu'aujourd'hui. Et nos systèmes d'assurance maladie et d'assurance vieillesse nous assurent une solidarité exemplaire.
La liberté et la démocratie gagnent du terrain
L'ouverture des frontières et le développement des télécommunications finissent par entraîner une circulation sans précédent des idées. La tyrannie, qui repose sur l'ignorance et le mensonge, recule partout devant la démocratie : Afghanistan, Palestine, Irak, Ukraine, Géorgie, Liban… L'URSS s'est effondrée et ses anciens satellites rejoignent l'Union européenne ; l'Inde est la plus grande démocratie du monde et la Chine s'ouvre pour favoriser le commerce et les investissements. Le Maroc vient d'accorder plus de droits aux femmes, etc. Nulle part la tyrannie ne progresse.
Conclusion
Les deux piliers de la mondialisation, l'ouverture des frontières et le développement des communications, nous donnent plus de possibilités que jamais dans l'Histoire. A nous de les saisir, elles sont là pour tous ceux qui se donnent du mal !
La
mondialisation résulte :
- Du progrès technique des transports, des télécommunications et de
l'informatique ;
- De l'ouverture des frontières au commerce, aux voyages et aux idées,
conséquence du libéralisme.
Elle est donc inévitable et se poursuivra.
Sans la
mondialisation :
- Les pays pauvres ne pourraient pas développer assez leur économie pour faire
face à la croissance de leur population ;
- Le niveau de vie des pays riches n'augmenterait pas comme il le fait.
Pour bien comprendre les quatre phénomènes qui peuvent faire perdre des emplois en France, il faut revoir rapidement la définition des termes « délocalisation », « outsourcing » et « coopération » ; il faut ensuite parler des importations. Nous verrons qu'il faut distinguer entre les emplois perdus, ceux qui n'ont pas été créés et ceux qui ne pouvaient de toute façon pas être créés.
Lorsqu'une société décide de fabriquer certains articles à un nouvel endroit, elle délocalise. La délocalisation existe pour des fabrications comme pour des prestations de services telles que les centres d'appel.
Souvent, la délocalisation détruit des emplois quelque part pour en créer d'autres ailleurs, sans changer le volume d'articles ou de services produit. Mais elle peut aussi créer des emplois dans un nouveau site en ne détruisant pas d'emplois, ou très peu, dans son site actuel : c'est le cas lorsqu'il y a développement de l'activité.
La délocalisation se fait le plus souvent à l'étranger. Mais elle peut se faire dans le même pays lorsqu'une entreprise veut, par exemple, profiter d'un effet d'aubaine. Exemple : le déménagement de certaines activités dans une zone franche où l'exonération d'impôts est avantageuse, ou dans une zone d'activités où le terrain et les bâtiments sont subventionnés.
Une entreprise qui délocalise doit investir dans le nouveau site, qui lui appartient ou appartient à une de ses filiales.
La délocalisation exige des investissements
Ce mot anglais a exactement le même sens que le mot français «sous-traitance», que bien des gens n'utilisent pas parce qu'ils n'entendent plus, autour d'eux, que le mot anglais. (Si le français perd du terrain face à l'anglais, c'est d'abord parce que les Français savent de moins en moins parler leur propre langue !).
La sous-traitance ne date pas d'hier. Une entreprise sous-traite à d'autres des activités de fabrication ou de services que ces autres peuvent faire mieux ou moins cher. Exemples :
§ Renault, Mercedes, Opel, etc. sous-traitent à Bosch l'étude et la fabrication de systèmes d'injection électronique pour leurs moteurs ;
§ Depuis quelques années, les nouveaux sites de fabrication de voitures d'un constructeur sont entourés d'ateliers de production appartenant à ses sous-traitants, qui fabriquent par exemple des sièges ou des équipements électriques. Cette proximité diminue les temps et les coûts de transport, ainsi que les coûts de stockage des pièces sous-traitées, fabriquées juste à temps pour être montées.
Plus rarement, la sous-traitance concerne des activités qu'une société ne peut effectuer parce que sa capacité de production est saturée, ou parce que des restrictions douanières ou tarifaires rendent une production à l'étranger moins chère, ou même simplement autorisée, alors que l'importation ne le serait pas. Exemple : certains constructeurs d'automobiles fabriquent des voitures au Brésil parce que ce pays rend l'importation très difficile.
Contrairement à la délocalisation, la sous-traitance n'exige pas d'investissement de la part de celui qui sous-traite, puisque c'est un accord avec une société distincte.
Notre époque est caractérisée par une importante innovation, qui demande de grands efforts en matière de recherche et développement. Un produit devenu obsolète ou dépassé par un produit concurrent ne se vend plus. Un produit qui arrive le premier sur le marché a de grandes chances d'y prendre une place prépondérante, que ses concurrents arrivés plus tard auront du mal à lui disputer.
Il faut donc aujourd'hui innover et innover vite. Cela demande une compétence dans des techniques nouvelles, donc le personnel correspondant, et un fort investissement en recherche et développement, donc du capital.
De plus en plus d'entreprises sont donc obligées de laisser étudier certains articles par d'autres, plus compétentes et plus efficaces en matière de recherche et développement dans leur domaine. Cette forme de sous-traitance est une coopération. Cette coopération permet aussi, aux entreprises donneuses d'ordres, de ne pas effectuer les investissements correspondants, donc de conserver leurs fonds pour des investissements correspondant mieux à leur propre domaine d'excellence. Elle leur permet, enfin, de gagner du temps dans la mise sur le marché de leurs nouveaux produits, puisque l'étude des articles par le sous-traitant peut se faire en parallèle avec celle du donneur d'ordres.
Exemple : il fut un temps où le constructeur d'automobiles Ford possédait ses propres plantations d'hévéas au Brésil, d'où il extrayait le caoutchouc nécessaire à la fabrication des pneus de ses voitures. Cette époque est révolue : tous les constructeurs coopèrent avec des pneumaticiens comme Michelin, Bridgestone ou Goodyear, qui étudient puis produisent les enveloppes dont ces constructeurs ont besoin pour leurs nouveaux modèles.
La coopération s'est beaucoup développée, entre sociétés de pays différents, depuis que les indispensables échanges de spécifications, de plans et de résultats de tests peuvent être effectués par Internet. Il y a simultanément échange de messages et accès distant à des bases de données partagées.
De plus en plus, ce mode de travail permettra à des étrangers de coopérer avec des entreprises d'autres pays sans sortir de chez eux. Exemples :
§ Des informaticiens indiens participent à des projets de développement de logiciel dont les autres membres sont au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, en communiquant avec eux par visiophonie et échange de données sur réseau Internet à haut débit.
§ IBM a annoncé le 04/05/2005 [272] qu'il allait supprimer 10 000 à 13 000 emplois en France, Allemagne et Italie pour les remplacer par des télétravailleurs résidant dans un pays bien relié au reste du monde par Internet. Il s'agit de délocaliser ainsi des postes de travail administratifs : comptabilité, approvisionnements, etc. D'après des analystes de Wall Street, cette délocalisation coûtera entre 1.3 et 1.7 milliard de dollars et permettra d'économiser environ 1 milliard de dollars par an.
La raison de cette délocalisation n'est pas seulement l'économie, c'est aussi le désengagement de cette multinationale de pays à croissance faible. En somme, IBM estime que la France, l'Allemagne et l'Italie ne sont pas et ne seront plus des marchés porteurs justifiant le maintien de services administratifs étoffés.
On peut estimer que par rapport aux 322 000 salariés d'IBM une délocalisation de 13 000 emplois ne représente que 4 % des effectifs, mais comme elle fait suite à la cession par IBM de son activité PC de 10 000 emplois au chinois LENOVO, elle confirme une tendance à la délocalisation des activités à faible valeur ajoutée.
Les Français qui redoutent qu'une loi européenne sur les services, comme la « directive Bolkestein », permette à des travailleurs étrangers moins bien payés de venir en France leur faire concurrence ont du souci à se faire : de plus en plus, ces étrangers pourront leur faire concurrence sans même sortir de chez eux, par télétravail ; et aucune clause de salaires et prestations sociales au niveau français ne pourra leur être appliquée pour diminuer leur compétitivité. La seule solution d'avenir pour les Français est une formation toujours plus poussée, une innovation toujours plus vigoureuse et une organisation du travail toujours plus parfaite.
La coopération avec des entreprises étrangères peut aussi être justifiée par l'existence à l'étranger de spécialistes de haute technicité moins chers que les nôtres. Trop de Français ignorent le défi technologique et scientifique de la Chine et de l'Inde, plus grave encore pour nous que leur défi industriel. C'est ainsi, par exemple, que les Chinois ont lancé un homme dans l'espace à l'automne 2003, ce que l'Union européenne est toujours incapable de faire, faute d'efforts.
De puissantes sociétés, comme IBM et Microsoft, ont délocalisé des milliers d'emplois d'informaticien en Chine et surtout en Inde. La concurrence que ces pays commencent à nous faire ne reste pas limitée aux emplois industriels, elle s'étend déjà à des emplois de haut niveau technique, comme ceux qui permettent l'explosion des industries informatiques à Taiwan. Et de son côté, le puissant groupe allemand SIEMENS, a délocalisé 12 .000 emplois d'informatique en Europe de l'est.
Voici, selon Le Figaro économie du 17/03/2004, deux comparaisons de coûts d'ingénieurs :


Chaque fois qu'en France on achète 100€ d'articles ou de services produits à l'étranger, on génère le travail correspondant à l'étranger et non en France. Le phénomène est équivalent à une sous-traitance : on exporte du travail.
Mais même si on achète 100€ d'articles ou de services produits en France, une partie provient en fait de l'étranger. Exemple : même lorsqu'on fait faire une réparation en France par son plombier français, une partie de sa facture correspond à ses frais de déplacement, qui comprennent du gazole importé et peut-être de l'amortissement de sa camionnette importée d'Italie.
Lorsqu'on raisonne à l'échelle de l'économie française dans son ensemble, toute dépense en France génère des importations dans la proportion des importations du pays dans son PIB, c'est-à-dire en 2003 322 milliards d'euros sur 1557 milliards (21 %). Donc 100€ dépensés en France comportent en moyenne 21€ d'importations. Donc en achetant pour 100€ à l'étranger on exporte du travail valant 100 - 21 = 79€.
Chaque fois que la France importe pour 100€ d'articles ou de services, elle doit les payer. Pour cela, elle doit exporter pour 100€ ou emprunter de l'argent (solution qui ne peut durer longtemps). Il y a donc une exigence d'équilibre du commerce extérieur, ou plus exactement de la balance des paiements, qui inclut aussi les opérations d'investissement, de transfert de fonds et d'encaissement de revenus.
En première approximation, la balance des paiements française est équilibrée, bien qu'elle ait été légèrement déficitaire depuis 2003 : on dit que son solde est proche de zéro. Voici, selon [219] l'évolution du solde des échanges extérieurs de la France :
|
|
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
|
Échanges de biens FAB-FAB (marchandises) |
-4,7 |
2,7 |
7,3 |
2,6 |
|
Échanges de services hors tourisme |
6,9 |
5,6 |
6,2 |
3,6 |
|
Soit : Négoce international |
1,9 |
3,0 |
2,6 |
1,0 |
|
Transports |
1,1 |
0,6 |
1,4 |
1,0 |
|
Télécommunications |
0,2 |
0,1 |
0,6 |
0,5 |
|
Services rendus aux entreprises |
2,9 |
2,4 |
3,1 |
2,3 |
|
Activités culturelles et récréatives |
-0,1 |
-0,5 |
-0,5 |
-0,2 |
|
Assurances |
1,0 |
0,3 |
-0,6 |
-0,4 |
|
Organismes financiers |
-0,1 |
-0,3 |
-0,3 |
-0,6 |
|
Tourisme |
15,4 |
15,1 |
15,1 |
13,1 |
|
Opérations de répartition |
0,9 |
-2,0 |
-7,0 |
-21,6 |
|
dont : Rémunération des salariés |
1,5 |
1,6 |
1,8 |
1,4 |
|
Impôts sur la prod. et les import. |
-8,7 |
-8,9 |
-7,1 |
-6,8 |
|
Subventions |
9,6 |
9,2 |
9,3 |
9,7 |
|
Coop. internationale courante |
-1,2 |
-2,0 |
-2,9 |
-1,9 |
|
Revenus de la propriété |
9,3 |
9,8 |
3,9 |
-1,4 |
|
Primes d'assurance |
0,5 |
0,3 |
0,6 |
0,5 |
|
Indemnités d'assurance |
-0,8 |
-0,8 |
-0,7 |
-0,4 |
|
Transferts courants divers |
-7,8 |
-0,8 |
-8,8 |
-11,5 |
|
Transferts en capital |
0,5 |
-1,3 |
-0,7 |
-8,7 |
|
Capacité de financement de la Nation |
18,5 |
21,4 |
21,5 |
-2,3 |
Soldes des échanges extérieurs de la France (milliards d'euros)
A titre de comparaison, la balance extérieure des Etats-Unis en 2004 est déficitaire de 670 milliards de dollars, soit 5.7 % du PIB ; une proportion aussi colossale ne peut perdurer qu'à cause de la confiance des étrangers dans la robustesse et la capacité de croissance de l'économie américaine : ces étrangers (et d'abord la Chine et le Japon) prêtent continuellement de l'argent aux Etats-Unis sous forme d'achat d'obligations du Trésor américain, et ces prêts compensent le déficit de la balance.
On appelle taux de couverture des échanges extérieurs le quotient des exportations par les importations en pour-cent.
Voici un graphique extrait de [220] page 60, qui décrit la dégradation de notre taux de couverture des échanges de biens et services (donc sans tenir compte des investissements) :

Taux de couverture des échanges de biens et services en %
Ce graphique indique que la France n'exporte pas assez pour payer ce qu'elle importe et que le quotient exportations / importations se dégrade.
Voir aussi dans le tome 1 le paragraphe "Importance des investissements à l'étranger".
Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".
§ Le commerce local: magasins, vendeurs...
§ Des activités exigeant une culture très occidentale et une connaissance de nos habitudes de vie: marketing-publicité, métiers d'art, définitions de produits (exemple: le cahier des charges d'un logiciel pour études d'huissier de justice ne peut être rédigé qu'en France).
§ Des services de proximité: fonction publique et assimilés (administrations diverses, enseignement, police, justice, hôpitaux, transports publics...), bâtiment, entretien, hôtellerie-restauration-tourisme, banque à guichets, taxis, coiffeurs, jardinage, etc.
§ Des activités d'économie solidaire (associations, coopératives, mutuelles de santé, d'assurance, de services bancaires) qui représentent en France près de 2 millions d'emplois.
§ L'agriculture et l'élevage, appelés à se développer pour produire la nourriture que les pays émergents devront importer en quantités croissantes. Non seulement leur population croît, mais son niveau de vie s'élève, ce qui lui fait consommer, par exemple, plus de viande; or produire de la viande consomme beaucoup de produits végétaux. Et des problèmes comme le manque de surfaces cultivables et d'eau obligeront de plus en plus ces pays à importer.
Il existe aussi des fabrications que la délocalisation menace peu :
§ Celles dont le coût de main d'œuvre est insignifiant par rapport aux coûts de recherche-développement et d'investissement en matériel.
Exemple: la fabrication des cartes mères de PC, processus totalement automatisé de la fabrication des composants à leur montage sur une carte et au test de celle-ci. DELL, numéro un mondial des PC, qui fabrique en Irlande pour l'Europe, peut rester compétitif face à des concurrents qui les fabriquent en Asie parce que la totalité de la main d'œuvre d'un PC ne représente que 10 minutes, temps si court qu'une fabrication moins chère en Asie ne permet pas de compenser les frais d'expédition plus élevés.
De telles activités ont intérêt à être localisées là où le matériel de haute technologie peut le plus facilement être monté, exploité et entretenu, ce qui demande une haute technicité. Les pays avancés restent donc aujourd'hui assez bien placés dans ce domaine et le risque de délocalisation y est faible.
§ Celles qui font intervenir une marque de luxe mondialement connue: vêtements haut de gamme, maroquinerie, parfums et cosmétiques, etc. Il faut préciser ici que seule la marque et la conception ne sont pas menacées, la fabrication proprement dite risque, elle, d'être délocalisée.
§ Celles dont la livraison doit être si rapide qu'elles ne peuvent guère être éloignées de leurs clients.
· Exemple 1 : les produits alimentaires frais, qui ne supportent pas un transport prolongé ;
· Exemple 2 : le montage des PC, où on assemble très peu de pièces (châssis, alimentation, carte mère, disque dur, lecteur de CD ou DVD); il ne faut que 10 minutes de main d'œuvre pour assembler et tester un PC. Bien sûr, en faisant ce travail en Chine, on économiserait quelques euros sur ces 10 minutes. Mais le transport économique jusqu'en Europe coûterait plus cher et surtout demanderait 2 mois: le temps d'arriver, le PC serait techniquement dépassé, donc invendable! La meilleure solution est donc de fabriquer les PC pour l'Union européenne sur place.
La délocalisation est freinée par plusieurs facteurs d'environnement des pays émergents :
§ L'infrastructure de transports, moins dense et moins performante que la nôtre;
§ L'infrastructure de communications (téléphone, poste), qui freine le développement de l'activité économique en même temps que la diffusion du savoir-faire dans la population;
§ Les services financiers (banques, bourses) très loin des nôtres en matière de collecte des capitaux et de crédit;
§ Les services aux entreprises, moins développés et moins performants que chez nous;
§ La bureaucratie administrative et des réglementations paralysantes, comme en Inde, ainsi que la corruption;
§ Le savoir-faire des managers en matière de conduite de projets, d'organisation du travail, de maîtrise des coûts et des délais : c'est parce que les Chantiers de l'Atlantique sont les mieux organisés du monde qu'ils ont emporté tant de contrats de construction de navires;
§ Le développement économique des pays émergents eux-mêmes. Lorsqu'une entreprise chinoise cherche des marchés pour se développer, elle s'aperçoit que celui qui se développe le plus vite est le marché local, où il n'y a pas de barrière linguistique, culturelle, réglementaire, douanière, etc. Elle ne décidera de travailler à l'exportation que lorsque son marché local ne pourra plus absorber toute sa production;
§ La barrière linguistique : si les Indiens parlent anglais, ce n'est pas encore le cas de beaucoup de Chinois. Et il n'y a pour ainsi dire pas de bilingues chinois-français, allemand ou italien.
L'immigration de travailleurs qui se contentent d'un salaire modeste peut permettre, dans une certaine mesure, de se passer de production à l'étranger par délocalisation, sous-traitance ou tout simplement importation. Mais les pays avancés doivent alors faire un choix clair et délibéré : ou ils favorisent le travail à l'étranger, ou ils favorisent l'immigration.
§ L'option production à l'étranger donne plus de souplesse : si les conditions économiques ou politiques changent, il est assez facile de changer de fournisseur ou de s'installer ailleurs ; un tel changement n'a guère d'impact en France.
§ L'option immigration donne plus d'obligations et à plus long terme, car il faut intégrer les étrangers, ce qui s'avère très difficile et coûteux lorsqu'il s'agit de populations très différentes de la nôtre par leur culture ou leur religion dominante. Et très rapidement, les travailleurs immigrés obtiennent des salaires proches des "SMICards" français, ce qui réduit fortement l'économie initiale sur les coûts de main d'œuvre.
Comme la France a jusqu'ici très mal géré l'intégration de ses immigrés, en majorité africains, il en est résulté parmi ces populations de graves problèmes que nous connaissons tous : chômage très élevé, criminalité supérieure à celle des Français de souche pauvres, montée d'un intégrisme religieux musulman, etc.
Il faut donc impérativement que ce sujet soit débattu ouvertement en France : quelle proportion de production à l'étranger (avec la main d'œuvre correspondante) faut-il choisir, et quelle proportion d'immigration de travailleurs peu qualifiés ?
Hélas, les travailleurs de haute qualification scientifique ou technique dont nous avons grand besoin ne sont guère attirés par la France, parce qu'ils préfèrent les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Les candidats à l'immigration en France sont ceux dont la qualification est inexistante, qui ne parlent pas français, qui n'ont nulle envie d'adopter notre culture, et qui recherchent avant tout la Sécurité sociale, l'assurance chômage, etc. (Selon M. Nicolas Sarkozy, interviewé dans Le Figaro du 30/06/2005 page 6 et défendant sa proposition de quotas, « L'immigration du travail ne représente en France que 5 % du flux d'immigrés. Cela n'a pas de sens. Je propose qu'il y ait chaque année au Parlement un débat pour savoir de quoi et de qui nous avons besoin. »).
Quel que soit le choix entre production à l'étranger et immigration, et particulièrement si les Français ne font pas de choix explicite, l'Union européenne et son Marché commun permettront de plus en plus de produire des biens et des services dans les pays membres à faible coût de main d'œuvre aussi facilement que chez nous, et sans que nous puissions nous y opposer. Nous devons donc nous préparer à cette éventualité en favorisant notre compétitivité. Nous pouvons faire comme l'Irlande, qui a un programme pour doubler le nombre de ses docteurs ès sciences d'ici 2010, et pour favoriser l'installation de scientifiques étrangers (notamment chinois) désireux d'effectuer leurs travaux de recherche en Irlande [277].
Dans notre monde ouvert, le travail nécessaire sera de plus en plus assuré par les pays et les gens à même de le faire au meilleur prix, qu'il s'agisse de production de biens ou de services rendus à partir de l'étranger, comme l'administration et la vente à distance, la télémédecine, le support des utilisateurs d'ordinateurs. La délocalisation et l'externalisation (sous-traitance d'activités aujourd'hui françaises) est inévitable et ira croissant.
Ce phénomène est inéluctable, car il résulte du progrès technique et des efforts des pays en voie de développement pour accéder à un meilleur niveau de vie. Et comme la France a absolument besoin d'acheter certains produits à l'étranger (pétrole, fruits exotiques…) elle doit avoir quelque chose à leur vendre et à vendre à ses partenaires de l'Union européenne. La seule politique possible est:
§ La voie de l'innovation (création de nouveaux produits et services susceptibles d'intéresser des acheteurs chez nous et à l'étranger);
§ La recherche (susceptible de trouver des techniques nouvelles, des matériaux nouveaux, de nouveaux médicaments, etc.);
§ La mise au point de techniques de fabrication performantes et d'organisations efficaces du travail, des services et du marketing d'origine française ou européenne, que des multinationales à capitaux français ou européens utiliseront dans les pays où elles sont les moins chères.
Le progrès technique et organisationnel n'a pas de fin. Dans une course contre soi-même, on peut toujours se dépasser. C'est pourquoi il ne faut pas craindre l'avenir. Comme l'écrivait l'éditorialiste Thomas L. Friedman dans le New York Times du 07/03/2004:
"L'Amérique est la source d'innovations la plus féconde de tous les temps, source qui n'est pas près d'être égalée car elle résulte d'une multitude de facteurs :
§ Une liberté de penser totale ;
§ Une prédilection pour des réflexions indépendantes ;
§ Un flot continu d'immigration de nouveaux esprits ;
§ Une culture qui aime prendre des risques et ne culpabilise pas les échecs ;
§ Une administration non-corrompue ;
§ Des marchés financiers et des capitaux-risques qui n'ont pas leur égal dans l'art de transformer des idées nouvelles en produits de classe mondiale."
Voilà un message que nos télévisions devraient faire passer jusqu'à ce que les Français aient compris que la réponse aux délocalisations et sous-traitances n'est pas d'interdire les licenciements ou de réclamer des aides, mais de se former, d'innover et d'entreprendre.
Globalement, selon les chiffres publiés par l'INSEE dans [306] :
"…le nombre d’emplois délocalisés serait en moyenne d’environ 13 500 par an, dont un peu moins de la moitié à destination des pays émergents."
Sur une population active d'environ 25 millions de travailleurs, cela représente 0.05 %, chiffre complètement insignifiant ! Il est intéressant de rapprocher ce chiffre du nombre d'emplois détruits et recréés chaque jour en France, 10 000.
En une année entière, les délocalisations détruisent autant d'emplois en France que le fonctionnement naturel de l'économie en un jour.
Autre enseignement de [306] page 72 : il y a autant ou plus de délocalisations par an vers les pays développés (7175) que vers les pays à bas salaires (6370) ; la délocalisation ne résulte donc pas seulement des différences de salaires, loin de là.
L'effet de la sous-traitance est souvent le même que celui d'une délocalisation : une activité qui pourrait en principe avoir lieu en France est effectuée ailleurs. Des emplois français sont perdus au profit d'emplois à l'étranger.
" Délocalisations et sous-traitances sont donc des menaces pour l'emploi, des malheurs dus à la mondialisation inhumaine, aux multinationales, bref aux excès de l'ultralibéralisme. "
C'est ce que croient la plupart des citoyens, parce que les médias et certains politiciens le leur font croire. Nous allons voir qu'en général ils se trompent, parce qu'ils ne connaissent pas les mécanismes économiques et qu'on les maintient dans l'ignorance, par manquement des journalistes au devoir d'informer correctement ou par calcul électoraliste des politiciens.
C'est le premier cas où il n'y a pas de perte d'emploi français : une entreprise française sous-traite du travail à une entreprise étrangère, qui est ou non sa filiale. Cela se produit dans le contexte suivant.
Pour chaque article ou service il y a un prix maximum, au-delà duquel le nombre potentiel de clients est très faible ou même nul. Il existe de nombreux cas où un prix acceptable ne peut être obtenu avec du travail fait en France.
Exemple 1 : certains centres d'assistance technique téléphonique, où le prix qu'un client est disposé à payer pour une aide est très bas (exemple : 1 euro pour dix minutes d'assistance à l'utilisation d'un logiciel de jeu). De tels centres ne peuvent exister en France, où aucune assistance n'est concevable à moins de 8 euros les dix minutes).
Une société qui veut offrir ou vendre ce type d'assistance à ses clients doit donc créer son centre à l'étranger (par exemple en Tunisie, pays francophone) ou y renoncer.
La création d'un tel centre ne correspond à aucune délocalisation. Au contraire, il permet à des clients français de disposer d'un service qu'ils n'auraient pu s'offrir s'il avait été créé en France.
Exemple 2 : la sous-traitance à une entreprise d'un autre pays est parfois le seul moyen d'accéder au marché de ce pays, du fait de ses restrictions à l'importation ; c'est aussi le seul moyen de lancer une production avec un investissement faible ou nul.
Pour fabriquer ses articles, la société sous-traitante doit importer des pièces de France et souvent payer des droits d'exploitation de brevets français. Dans tous les cas, comme nous l'avons vu dans le tome 1, cela donne du travail à des ouvriers et des techniciens français, et fait rentrer des devises en France.
Conclusion sur ce cas : la délocalisation est un bien, pas un mal
§ Certains cas de sous-traitance constituent un bénéfice net pour des consommateurs Français et des entreprises françaises, sans perte d'emploi possible ;
§ Il en est de même pour la plupart des cas de coopération internationale, où :
· Soit la compétence n'existe pas en France ;
· Soit le délai de réalisation est trop long dans notre pays pour une mise rapide sur le marché, par exemple parce que les ressources de réalisation françaises sont saturées ;
· Soit l'investissement en France serait plus cher qu'à l'étranger, ou moins rentable que d'autres investissements correspondant mieux à nos domaines de compétence.
Bien entendu, notre raisonnement n'est juste qu'en première approximation, parce qu'il faudrait aussi tenir compte de la proportion d'importations incluse dans toute activité qui se déroule en France (environ 21 % en moyenne).
L'accroissement de la productivité et les conditions de concurrence obligent souvent à baisser continuellement les prix. C'est le cas, par exemple, dans le textile et l'informatique. Il arrive un moment où le prix du marché, pratiqué par les concurrents, ne permet plus à une entreprise de continuer à produire ses articles ou ses services en conservant ses prix. L'entreprise est alors obligée de recourir à la délocalisation ou à la sous-traitance.
Si elle ne le fait pas, ou pas assez vite, elle fera faillite et mettra tout son personnel au chômage.
Si elle le fait, elle peut conserver en France certains emplois dont la délocalisation ou la sous-traitance éventuelle est impossible. L'exemple suivant le montre.
L'exemple suivant illustre bien la prépondérance du traitement d'informations dans le coût d'un article fabriqué qui caractérise l'économie de l'information.
Dans une paire de chaussures Nike, vendue 70€ au consommateur final, il n'y a que 3€ de main d'œuvre locale dans le pays où la fabrication est délocalisée et 12€ de matières et frais divers de fabrication. Il y a aussi 2€ de transport, soit au total 17€. La valeur ajoutée de 70 - 17 = 53€ n'est pas délocalisée, elle reste dans les pays riches qui achètent ces chaussures. Elle rémunère la conception du produit, la promotion de marque, la commercialisation, les services d'accompagnement éventuels et les bénéfices de la multinationale, des grossistes et détaillants.
Cette valeur ajoutée représente 53/70 = 76 % du prix du produit, c'est-à-dire sa grande majorité, et elle n'est pas perdue par sous-traitance.
Non seulement elle n'est pas perdue, mais la fabrication à l'étranger permettant une baisse des coûts, même si elle est peu importante, entraîne une croissance des ventes. Cette croissance entraîne celle de la valeur ajoutée dans les pays riches, croissance qui se traduit par des emplois supplémentaires dans des domaines autres que la fabrication, avec une main d'œuvre de qualification différente.
Dans la grande majorité des cas, comme le montrent les paragraphes suivants :
Le
nombre total d'emplois dans les pays riches ne décroît pas avec la
mondialisation et les délocalisations, il augmente.
Mais cette augmentation globale est acquise au prix de pertes d'emplois peu
qualifiés et d'une croissance du nombre d'emplois qualifiés
Conclusions sur le cas Nike
La fabrication à l'étranger, par délocalisation ou sous-traitance, conserve en France une proportion de valeur ajoutée plus grande que celle qu'elle envoie à l'étranger. Et comme elle permet le développement des ventes, elle entraîne en France une croissance de l'emploi, pas une perte, ainsi qu'une obligation de reconversion de certains salariés peu qualifiés.
Pour plus de détails sur l'impact des délocalisations sur l'emploi et le PIB, voir :
§ "Délocalisations vers la Chine : les chiffres parlent !
§ "La croissance du PIB entraîne celle des inégalités".
§ Certains emplois n'ont plus de valeur :
· Soient ils correspondent à des qualifications devenues sans valeur par obsolescence des métiers, comme les qualifications de bourrelier ou de maréchal-ferrant ;
· Soient ils correspondent à des qualifications devenues sans valeur par obsolescence des produits, comme la fabrication des tourne-disques pour disques en vinyle, qu'on ne vend plus ;
§ Certains emplois sont devenus trop chers en France face à la concurrence étrangère, parce qu'ils correspondent à des qualifications quasi-nulles, comme le montage à la chaîne d'appareils d'électronique grand public, travail si facile qu'on peut le faire en Chine beaucoup moins cher qu'en France.
§ Si on empêche une entreprise où de tels emplois existent de délocaliser, elle fait faillite et met tous ses employés au chômage. Toute interdiction par la loi de délocaliser fera donc mourir les entreprises concernées et réduira leur personnel au chômage.
§ Si on permet à une entreprise de délocaliser, elle sauve les emplois restants et même développe ceux qui ont une forte valeur ajoutée ; il vaut mieux sauver quelques emplois que les perdre tous par faillite.
C'est un cas très fréquent : les progrès de certains pays étrangers font qu'ils peuvent désormais fabriquer des produits ou offrir des services meilleurs ou moins chers que les nôtres.
Cela s'est produit, par exemple, au Japon. Ce pays est devenu, peu à peu, le roi des appareils photo et de l'électronique grand public. Il a progressivement concurrencé puis éliminé les Européens et les Américains engagés dans les mêmes fabrications.
Cela se produit, en ce moment même, avec la Chine, qui commence à monopoliser la fabrication de téléviseurs et de certains composants électroniques ; le Japon y sous-traite désormais nombre de ses fabrications.
Que doit faire une entreprise française face à une telle situation ? Si elle ne réagit pas, ses nouveaux concurrents vont rapidement la mettre en faillite ou la racheter à bas prix ; dans les deux cas, des salariés français seront licenciés. La seule réaction possible consiste à conserver en France ce qui peut s'y faire mieux ou moins cher qu'ailleurs, et à sous-traiter aux nouveaux concurrents ce qu'ils font mieux ou moins cher qu'en France.
C'est ce qu'a fait Thomson Multimédia, par exemple, en vendant à une multinationale chinoise, TCL, sa division téléviseurs, dont elle n'a gardé en France que les activités à haute valeur ajoutée restées viables.
En tout cas, dans une économie ouverte comme la nôtre, il est illusoire de vouloir maintenir en France un travail qui coûte bien moins cher ailleurs. Aucune loi n'y parviendra. Aucune subvention ne sera supportable assez longtemps pour constituer une solution viable, car il y aura toujours des possibilités d'utiliser l'argent de cette subvention de manière plus rentable pour les citoyens. On pourra toujours, aussi, baisser les impôts du montant correspondant, pour laisser l'argent aux citoyens, qui le dépenseront ou l'investiront de manière plus profitable que de produire des articles ou services trop coûteux.
S'il ne manque que quelques pour-cent de baisse des coûts pour que le travail en France soit compétitif, on peut aider les emplois correspondants à rester en France en leur accordant (lorsque l'Union européenne et les accords OMC le permettent) des avantages fiscaux ou des subventions.
Chaque emploi ainsi sauvegardé coûte moins cher que le chômage du salarié. Mais la collectivité n'a aucune raison de payer ainsi, indéfiniment, des gens dont le travail n'est plus rentable ; à terme, ils devront faire autre chose, quitte à ce que le contribuable subventionne leur formation et leur reconversion.
La concurrence entre entreprises n'est pas limitée aux produits et services, elle existe aussi pour l'accès au capital. En effet, le capital est une ressource aussi indispensable à une entreprise que les matières premières et la main d'œuvre : il faut du capital pour acheter ou moderniser les moyens de production ; développer de nouveaux produits ; faire le marketing nécessaire pour se faire connaître et vendre ; etc.
Une entreprise peut se procurer du capital en faisant appel à ses actionnaires, en empruntant à des banques ou en émettant des obligations, qui sont un emprunt auprès du public. Actionnaires, banquiers ou simples particuliers, tous cherchent le meilleur rendement possible pour leurs fonds, tout en veillant à minimiser le risque de les perdre.
Les entreprises sont donc en concurrence pour ces fonds : celles qui offrent le meilleur rendement, avec une sécurité convenable, trouveront des investisseurs. Les autres risquent de ne pas en trouver, ou d'en trouver à des taux d'intérêt exorbitants. En conséquence, ce sont les entreprises les mieux gérées qui se financent le plus facilement ; les autres sont privées de financements ou doivent les payer si cher que leurs bénéfices sont fort réduits. La règle est bien connue : « On ne prête qu'aux riches ».
Or le bénéfice de l'année précédente ou du trimestre écoulé est justement le premier critère de décision utilisé par les investisseurs éventuels. Donc une entreprise insuffisamment profitable aura du mal à financer sa modernisation, le développement de produits et services nouveaux, et son marketing. Elle sera alors battue par ses concurrents et fera faillite, ou sera absorbée par une société qui commencera par licencier du personnel pour diminuer les coûts et augmenter la profitabilité.
Conclusions
§ Le bénéfice est indispensable à la survie d'une entreprise, donc de ses emplois. La priver de bénéfice, ou simplement diminuer celui-ci, rend son financement plus difficile ou coûteux, constituant donc un risque de faillite.
Donc ceux qui préconisent de prélever sur les bénéfices de quoi payer davantage les salariés ou préserver les emplois d'activités peu ou pas rentables, oublient la concurrence pour l'accès au financement. Leur proposition est donc inacceptable.
§ Lorsqu'une entreprise qui va bien a la possibilité de se développer, elle peut être tentée d'acquérir la capacité de production supplémentaire à l'étranger. Si elle crée une filiale, c'est de la délocalisation ; si elle sous-traite, c'est de l'outsourcing ; et elle peut aussi s'associer avec une entreprise étrangère pour co-développer de nouveaux produits.
Le raisonnement pour décider de rester ou non en France est basé sur les arguments que nous avons déjà vus. Il s'y ajoute souvent celui de la sécurité : une entreprise est d'autant moins menacée par une crise dans un pays, qu'elle est implantée dans de nombreux pays.
Les trois quarts de l'emploi en France sont dans le secteur des services : transports, services financiers, télécommunications, professions libérales, etc. Beaucoup de ces services sont fournis à des sociétés industrielles. Si une telle société va mal et délocalise ou sous-traite, certains services qu'elle achetait seront impactés à leur tour ; ils seront obligés de suivre et de délocaliser en même temps, ou disparaîtront.
Il ne faut pas croire que les bas salaires suffisent toujours à compenser une différence de productivité. C'est ainsi, par exemple, que l'agriculture chinoise ne peut supporter la concurrence des grands producteurs de blé ukrainiens, américains, canadiens, argentins ou même français. Dans ces pays évolués, 1 homme peut cultiver tellement d'hectares de blé (environ 200) et avec un rendement tel (environ 72 quintaux/hectare de blé tendre en France selon [284]) que, malgré son salaire 15 fois plus élevé, le blé qu'il produit est moins cher que le blé chinois. La compétitivité d'une activité dans un pays dépend aussi de facteurs autres que le coût de l'heure de travail : la productivité par exemple, ou la qualité.
Source : [217].
Voici l'évolution des prix « arrivée en douane » et des parts de marché des anoraks importés de Chine entre 2001 et 2003 :
|
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2001 |
2003 |
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Prix en euros |
18.28 € |
7.59 € |
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Part de marché |
15 % |
75 % |
Prix et part de marché des anoraks importés de Chine
On voit qu'à une baisse du prix correspond une hausse de part de marché, ce qui est conforme au principe de détermination des prix de marché exposé dans le tome 1.
Cette baisse est si considérable que depuis début 2005 des sociétés de vente par correspondance commencent à faire cadeau d'anoraks à leurs clientes lorsqu'elles commandent !
L'article affirme :
"Dans le cadre des accords OMC [Organisation Mondiale du Commerce], l'Union européenne, tout comme d'autres pays, a la possibilité de protéger ses marchés d'une « bouffée d'importations » en ayant recours à des clauses de sauvegarde."
Ayant peur d'être obligés de licencier des ouvriers qui fabriquent des anoraks à cause de la concurrence chinoise, les Européens (donc les Français) envisagent de se protéger en utilisant les recettes connues, obligatoirement temporaires d'après les accords OMC : quotas d'importation, droits de douane ou « clauses de sauvegarde ». Pour comparer l'effet des deux stratégies possibles, nous faisons les hypothèses suivantes.
§ Les ventes d'un produit augmentent lorsque son prix baisse (nous l'avons vu au tome 1 et ci-dessus).
§ Que le prix des anoraks en France ait baissé ou non, les consommateurs français disposent des mêmes revenus et achètent au total la même valeur de marchandises. Avec des importations d'anoraks moins chers, on en vendra sans doute plus et, grâce à l'argent économisé sur des anoraks moins chers, on vendra aussi des quantités plus grandes d'autres articles. Mais la valeur totale dépensée sera la même (le PIB sera inchangé).
Voyons à présent les effets des deux stratégies possibles de l'Union européenne face aux fabrications européennes qui partent à l'étranger, en Chine dans le cas présent.
§ Les importations chinoises sont alors disponibles pour nos consommateurs en plus faible quantité, et le prix des anoraks sur notre marché est plus élevé qu'en l'absence de protection douanière.
§ Les consommateurs paient donc plus cher leurs anoraks. Ils en achètent donc moins. Certains consommateurs modestes n'en achètent pas du tout, parce qu'ils sont trop chers.
§ Des ouvriers français gardent leurs emplois aux frais des consommateurs, en produisant des marchandises à prix plus élevé que celui des importations.
§ Mais comme les accords de l'OMC prévoient que les mesures de sauvegarde doivent être temporaires, la protection de nos emplois ne durera que quelques années tout au plus. Par la suite, ces emplois n'étant plus concurrentiels du fait du coût des articles fabriqués, ils ne seront plus viables et disparaîtront, c'est inéluctable.
Conclusion : cette stratégie de fermeture de notre marché aux importations coûte cher aux consommateurs et ne peut que reculer temporairement la disparition inéluctable des emplois non concurrentiels.
§ Les anoraks sont importés en grand nombre et à bas prix.
§ Un consommateur paie un anorak 18.28 / 7.59 = 2.4 fois moins cher.
§ Avec l'argent économisé, il s'achète d'autres marchandises, qu'il n'aurait pas achetées sans cela. Au total, avec les mêmes revenus et les mêmes dépenses la quantité d'articles qu'il peut acheter a augmenté : il peut consommer davantage, il est gagnant.
§ D'autres consommateurs français, qui ne pouvaient pas s'offrir un anorak à cause du prix élevé, peuvent désormais le faire, au nouveau prix 2.4 fois moins cher. Le nombre d'acheteurs français d'anoraks augmente, plus de gens se protègent du froid.
§ Supposons que le chiffre d'affaires total de la vente d'anoraks en France baisse, à cause de la division du prix par 2.4 et malgré la croissance des ventes. Les marchandises ou services supplémentaires vendus grâce aux économies sur les achats d'anoraks font travailler d'autres ouvriers. Au total, l'activité en France (mesurée par le PIB par définition) reste la même, l'argent dépensé par les consommateurs étant le même. L'activité a simplement été transférée depuis la fabrication d'anoraks (des emplois désormais non viables) à celles fabriquant les marchandises ou produisant des services que les consommateurs ont achetées en plus.
Comme expliqué ci-dessus au paragraphe "Importations", une partie de ces marchandises ou services supplémentaires est importée, dans la proportion de 21 % environ. L'impact global sur l'emploi français est une perte de 21 % de l'économie sur les anoraks (attention : il ne s'agit pas de 21 % du chiffre d'affaires total des ventes d'anoraks, mais seulement de 21 % de la différence « chiffre d'affaires avant baisse » moins « chiffre d'affaires actuel »).
§ Le nombre total d'anoraks vendus en France augmente, mais le nombre d'anoraks fabriqués en France diminue ou même s'annule.
§ Des emplois français sont supprimés ou doivent être reconvertis. Ce sont ceux dont la qualification est si faible qu'ils sont remplaçables par des emplois chinois.
§ Pour les Chinois, les ventes explosent, à la fois du fait du gain de parts de marché (15 % à 75 %, soit 5 fois plus) et de la croissance du marché, due aux prix 2.4 fois plus bas. On peut estimer, par exemple, à 7 fois la multiplication des quantités vendues.
§ Grâce à l'accroissement des ventes et pour combattre la concurrence du Bangladesh, les Chinois s'organisent pour être plus productifs. Leur marge bénéficiaire, qui était de 60 % en 2001, est 20 % en 2003, mais avec des quantités vendues 7 fois plus grandes. Si en 2001 ils faisaient 100€ de chiffre d'affaires, leur bénéfice était de 60€. En 2003, avec 7 x 100 = 700€, leur bénéfice est de 20 % x 700 = 140€ : il a été multiplié par 2.3.
Non seulement les Chinois ont davantage d'ouvriers qui travaillent, mais leur bénéfice total augmente. Ils disposent donc de plus d'argent à dépenser, leur niveau de vie augmente.
§ Avec une partie de cet argent supplémentaire, les Chinois nous achètent des marchandises qu'ils n'auraient pas pu s'offrir auparavant : avions, boissons, parfums, etc. Les importations chinoises augmentent d'environ 30 % par an ; nous leur vendons donc beaucoup et de plus en plus, ce qui crée chez nous des emplois, mais dans des activités autres que le textile.
Notre commerce extérieur étant à peu près équilibré, on peut estimer que les exportations supplémentaires compenseront le supplément d'importations et créeront des emplois supplémentaires produisant la même valeur que ceux que nous avons perdus avec les anoraks. Nos emplois détruits seront remplacés par de nouveaux emplois, comme cela se produit en France pour 10 000 emplois par jour.
§ Au total tous les consommateurs, français et chinois, auront acheté plus de marchandises qu'auparavant, parce qu'à revenu égal ils auront disposé de marchandises moins chères. Leur niveau de vie aura augmenté.
Le volume de marchandises produit aura augmenté à la fois en France et en Chine :
· Par remplacement de travail cher (les anoraks fabriqués en France) par du travail moins cher (les anoraks chinois) ;
· Par le travail provenant du supplément d'exportations.
Chez nous, il y aura eu transfert d'emplois des activités non viables vers des activités viables.
Bien entendu, l'absence de perte d'emplois chez nous repose sur deux hypothèses : l'équilibre du commerce extérieur et la possibilité de créer autant d'emplois dans des activités viables que nous en avons perdu avec les anoraks. L'équilibre du commerce extérieur est affaire d'innovation, de conquête de marchés et de compétitivité ; nous reviendrons sur la compétitivité plus loin. La création d'emplois a été traitée au tome 1.
Conclusion
C'est par de tels transferts d'activités vers les pays et les entreprises où elles coûtent le moins cher que le développement des échanges et la croissance de la productivité (la mondialisation) ont fait progresser le niveau de vie dans tous les pays. Tous sauf ceux où, comme les pays arabes ou sub-sahariens, le PIB progresse moins vite que la population, à cause d'une natalité galopante.
La pire chose à faire pour les Européens serait de conserver des emplois non viables aux frais des consommateurs. Cette « solution » serait temporaire et immédiatement coûteuse, en pouvoir d'achat comme en emplois. Les consommateurs auraient un pouvoir d'achat amputé des subventions aux travailleurs « protégés ». Certains consommateurs modestes continueraient à ne pouvoir s'offrir des anoraks, trop chers.
Selon une étude des analystes de Morgan Stanley citée par [275], les importations aux Etats-Unis de produits bon marché provenant de Chine ont fait économiser aux consommateurs américains plus de 600 milliards de dollars au cours des 10 dernières années, et ont fait économiser encore plus d'argent aux industriels américains qui incorporent des articles chinois dans leurs propres produits.
Cet exemple montre à quel point la diabolisation de la mondialisation et du libéralisme pratiquée en France par les médias et le gouvernement est trompeuse : les Français ont avantage à importer des produits bon marché pour pouvoir, avec l'argent économisé, en acheter d'autres, et que leurs industriels soient plus compétitifs.
J'ai entendu en mai 2005 un patron français dénoncer le dumping pratiqué par les Chinois en matière de textiles en déclarant en substance : « Leurs industriels empruntent l'argent à des banques à qui ils ne le rembourseront jamais, avec la complicité de l'Etat chinois, qui vole ainsi son propre peuple au profit de ces industriels qui ont des amis au pouvoir ; et grâce à cet argent volé, ils peuvent investir en usines, acheter des matières premières, puis fabriquer et vendre à bas prix ; et cette concurrence déloyale nous étouffe." Ce point de vue oublie que :
§ Vendre à perte ne peut pas durer ; les Chinois finiront par cesser des pratiques qui leur coûtent cher et les privent de fonds nécessaires à leurs investissements rentables ;
§ Chaque fois que les Chinois perdent de l'argent en vendant à perte, nos consommateurs français en gagnent en économisant sur leurs achats ;
§ Les industriels du textile français incapables de fabriquer des produits assez innovants ou esthétiques pour concurrencer les Chinois, ne méritent pas de vivre en faisant payer trop cher leurs produits par les consommateurs français.
La conclusion de ce qui précède (les délocalisations favorisent les consommateurs, ainsi que les industriels qui incorporent les produits importés moins cher à leurs articles au prix d'une reconversion d'emplois) est vraie en général, mais en général seulement.
Nous avons supposé que, malgré la délocalisation de la fabrication d'anoraks, les consommateurs continuaient à disposer du même budget. Mais cette hypothèse peut devenir fausse si le nombre de délocalisations et sous-traitances simultanées est si grand que l'activité en France (ou dans une région donnée) baisse de manière significative en peu de temps, c'est-à-dire s'il y a récession.
Au début, les consommateurs qui ont toujours un emploi conservent leur pouvoir d'achat et profitent des prix qui ont baissé ; les nouveaux chômeurs ont moins de pouvoir d'achat et consomment moins. La solidarité nationale prend de l'argent aux travailleurs qui ont un emploi pour le donner aux chômeurs : le revenu disponible des salariés qui travaillent baisse donc, et eux aussi se mettent à moins consommer.
On retrouve ainsi une conclusion déjà formulée précédemment : un grand nombre de délocalisations se produisant en peu de temps au détriment d'une région donnée peut y entraîner des pertes d'emploi et une récession.
Il faudra alors du temps pour que de nouvelles entreprises s'installent, de nouvelles activités apparaissent, des salariés se reconvertissent, etc.
Nous avons vu que le transfert d'emplois à l'étranger ne crée pas de chômage chez nous s'il se produit suffisamment lentement pour que notre économie ait le temps de s'adapter, en créant de nouvelles activités et en reconvertissant des travailleurs.
Mais cette adaptation suppose que les travailleurs y consentent, et là nous avons un problème : comme le reste de l'Union européenne, la France souffre de l'immobilisme de ses travailleurs, trop peu enclins à changer de métier ou à déménager vers une région où il y a du travail. Cet immobilisme est possible - et même encouragé - par la générosité des allocations de chômage et leur durée.
Cet immobilisme ne date pas d'hier ; les Français sont un peuple qui a émigré bien moins que ses voisins européens lorsque les temps étaient difficiles. C'est pourquoi, parmi les immigrants aux Etats-Unis on trouve beaucoup d'Irlandais, de Suédois, d'Allemands, de gens d'Europe centrale et orientale, mais pratiquement pas de Français. Parmi les Français qui ont émigré, il y a beaucoup de protestants, partis lorsque Louis XIV les a maltraités, mais leur nombre total est modeste ; il y a aussi quelques milliers de nobles qui ont fui la Révolution.
§ Les Français sont ravis d'acheter des téléviseurs ou des textiles fabriqués en Asie parce qu'ils sont moins chers. Et en même temps, ils dénoncent les délocalisations ;
§ Les Français ont pitié des pays en voie de développement, veulent annuler leurs dettes et accroître les subventions qu'on leur verse. Et en même temps, en dénonçant les délocalisations, ils veulent les priver de travail.
§ Les Français veulent que les Chinois leur achètent des Airbus qu'ils n'achetaient pas hier. Et en même temps, ils ne veulent pas que les textiles chinois envahissent la France. Mais avec quel argent les Chinois achèteraient-ils plus d'avions sans vendre plus de textiles ?
Cherchez la cohérence…
Le texte qui précède étudie les phénomènes de délocalisation, d'outsourcing et de coopération à l'aide de raisonnements. Mais même si des raisonnements semblent logiques et basés sur des hypothèses crédibles, il est bon de vérifier si leurs conclusions sont confirmées par la réalité. C'est pourquoi nous allons examiner des statistiques.
Difficultés
§ Il n'existe pas de statistiques donnant le nombre d'emplois français délocalisés. On doit donc tenter d'appréhender ce nombre en tenant compte du fait que la délocalisation exige des investissements à l'étranger. Il est encore plus difficile d'appréhender le nombre d'emplois correspondant à de la sous-traitance et tout à fait impossible d'apprécier celui qui correspond à des coopérations.
§ Les phénomènes de transfert d'activités à l'étranger comprennent, nous l'avons vu, des créations d'entreprises qui soit reprennent des tâches précédemment effectuées en France, soit créent des tâches qui n'existaient pas en France. Comme il est impossible de distinguer, dans le total d'un investissement direct à l'étranger dont on connaît le montant, la part qui revient à la reprise d'emplois français, on ne peut que considérer ce montant total et affirmer que c'est un majorant.
Rappelons d'abord que selon le rapport Camdessus [227] page 85 :
"Chaque jour c’est 10 000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10 000 qui sont créés. Ce phénomène d'obsolescence des produits est si important, de nos jours, qu'il explique à lui seul la destruction de 10 000 emplois par jour en France. Ce sont autant d’anticipations ou de réponses face à l’évolution des entreprises et de l’économie..."
[Il s'agit là de l'effet classique du renouvellement naturel des produits.]
Comme le taux de chômage reste à peu près stable en France, notre pays est donc capable de créer chaque jour 10 000 emplois entièrement nouveaux. A côté des 10 000 emplois détruits et compensés chaque jour, les délocalisations sont insignifiantes.
73 % des emplois français étant dans le secteur des services, donc plus difficilement délocalisables que ceux de l'industrie, l'impact des délocalisations ne peut être que fort limité.
Selon [215] page 106 citant la MIME (Mission interministérielle sur les mutations économiques), les délocalisations au sens strict représenteraient globalement autour de 10 % du montant des investissements directs français à l'étranger.
Selon la DATAR [222], cette proportion tomberait à 5 % sur les marchés proches (pays d'Europe centrale et orientale, Maghreb), et à moins de 1 % des investissements directs étrangers vers des marchés lointains.
Au total :
Les
délocalisations ne représentent que 4 % environ des investissements
français à l'étranger
Les dix secteurs industriels qui ont le plus investi à l'étranger ont aussi créé
en France 100 000 emplois entre 1997 et 2000
Comme le souligne [240] page 26 :
"L’essentiel de l’investissement direct se faisant entre pays industrialisés, la taille des marchés semble donc un déterminant primordial de l’investissement direct : on investit essentiellement aux États-Unis ou en Europe, et on le fait pour accéder au marché, non pour produire à bas coût."
Selon [228] page 86, il y avait en 2003 dans l'Europe des vingt-cinq environ 192 millions d'emplois. Ce nombre est à rapprocher de ceux que donne le tableau ci-dessous, issu de [271] page 68 :
|
|
Emplois supprimés |
Entreprises |
||
|
Secteurs d'activité |
Nombre |
Répartition % |
Nombre |
Répartition % |
|
Postes et télécommunications |
177 812 |
22,86 |
195 |
13,40 |
|
Services financiers |
120 220 |
15,46 |
122 |
8,38 |
|
Transport et stockage |
94 314 |
12,13 |
129 |
8,87 |
|
Métallurgie et mécanique |
69 334 |
8,92 |
181 |
12,44 |
|
Moteurs |
53 213 |
6,84 |
79 |
5,43 |
|
Boissons, alimentation, tabac |
29 607 |
3,81 |
89 |
6,12 |
|
Textiles et cuirs |
29 515 |
3,80 |
119 |
8,18 |
|
Chimie |
28 950 |
3,72 |
91 |
6,25 |
|
Commerce |
28 691 |
3,69 |
64 |
4,40 |
|
Matériel électrique |
26 673 |
3,43 |
63 |
4,33 |
|
Meuble |
22 260 |
2,86 |
64 |
4,40 |
|
Industries extractives |
20 175 |
2,59 |
9 |
0,62 |
|
Énergie |
19 326 |
2,49 |
24 |
1,65 |
|
TIC |
14 988 |
1,93 |
64 |
4,40 |
|
Édition et médias |
11 236 |
1,44 |
37 |
2,54 |
|
Spectacle |
8 724 |
1,12 |
29 |
1,99 |
|
Services de consulting |
6 919 |
0,89 |
26 |
1,79 |
|
Verre et ciment |
5 548 |
0,71 |
29 |
1,99 |
|
Hôtels, restaurants |
2 827 |
0,36 |
10 |
0,69 |
|
Santé |
2 693 |
0,35 |
9 |
0,62 |
|
Bois papier |
2 310 |
0,30 |
12 |
0,82 |
|
Maintenance et nettoyage |
1 150 |
0,15 |
4 |
0,27 |
|
Éducation |
587 |
0,08 |
2 |
0,14 |
|
Agriculture et pêche |
457 |
0,06 |
2 |
0,14 |
|
Services à la personne |
165 |
0,02 |
2 |
0,14 |
|
Total |
777 694 |
100,00 |
1 455 |
100,00 |
Répartition des emplois détruits par délocalisation dans
l'Europe des 25
du 01/01/2002 au 15/07/2004 par secteur d'activité
On voit qu'en deux ans et demi :
§ Le nombre total d'emplois supprimés en Europe par suite des 1455 restructurations recensées est de 777 694, c'est-à-dire 0.42 % des 192 millions d'emplois ;
§ Sur ces 777 694 emplois détruits, seuls 36 977 (4,7 %) sont dus à de véritables délocalisations, comme le montre le tableau suivant :
|
|
Emplois supprimés |
Entreprises |
||
|
Cause de suppression |
Nombre |
Répartition % |
Nombre |
Répartition % |
|
Restructuration interne |
589 325 |
75,52 |
910 |
62,50 |
|
Faillite ou fermeture |
110 127 |
14,11 |
330 |
22,66 |
|
Délocalisation |
36 977 |
4,74 |
104 |
7,14 |
|
Fusion-acquisition |
23 990 |
3,07 |
51 |
3,50 |
|
Sous-traitance internationale |
19 155 |
| ||