Cours d'économie
pour citoyens qui votent

 

 

Ne vous en laissez pas conter !

 

 

 

Tome 2 : Mondialisation et délocalisations

 

 

 

Mise à jour : 25/03/2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel MARTIN

 


Avertissement au lecteur

 

Le texte de cette deuxième partie du « Cours d'économie pour citoyens qui votent » fait souvent référence à celui du premier tome, « PIB et emploi » au moyen de liens hypertexte sur lesquels il suffit de cliquer.

Il est donc préférable, mais non indispensable, d'avoir lu le premier tome avant celui-ci.

 

 

 

Table des matières

 

1.    Mondialisation. 6

1.1  Définitions. 6

1.1.1      Définition restreinte, la plus utilisée. 6

1.1.2      Définition la plus générale. 6

1.1.3      Conséquences fondamentales pour les entreprises. 7

1.1.3.1          Une concurrence toujours plus forte. 7

1.1.3.2          Les Français n'aiment pas la concurrence. 8

1.1.3.3          Evolution naturelle vers une dimension mondiale. 8

1.1.4      Spécialisation et croissance des importations. 9

1.1.5      Croissance des investissements étrangers. 9

1.1.6      Mondialisation et Technologies de l'Information et des Communications. 10

1.2  Pourquoi la mondialisation profite aux entreprises. 12

1.3  Conséquences bénéfiques de la mondialisation. 13

1.3.1      Conclusion sur le commerce international 16

1.4  Ouverture des services dans l'Union européenne : directive Bolkestein. 17

1.5  Inconvénients de la mondialisation. 17

1.6  Importance de la vitesse d'ouverture à la concurrence. 19

1.7  Ceux qui gagnent et ceux qui perdent 20

1.7.1      Un exemple italien. 20

1.7.2      Un exemple français : Kindy. 21

1.7.3      D'autres exemples. 21

1.8  Le combat sans espoir des antimondialistes. 21

1.9  Le commerce international tire la croissance du PIB mondial 23

1.9.1      Comparaison de la croissance du PIB de pays ouverts et de pays fermés. 25

1.9.2      Mondialisation et croissance. 26

1.10       Le chômage baisse dans certains pays et pas d'autres. 29

1.10.1    Le chômage dans le monde. 30

1.10.2    Situation de l'emploi en 2004 : comparaison de la France avec le monde. 30

1.11       Mondialisation et pauvreté. 33

1.11.1    Pays en voie de développement : croissance du PIB, recul de la pauvreté. 33

1.11.1.1        Décroissance de la pauvreté et de l'extrême pauvreté. 34

1.11.1.2        Régions où la pauvreté a augmenté ou diminue à peine. 35

1.11.1.3        Asie du sud et de l'est 35

1.11.1.4        Afrique sub-saharienne. 37

1.11.1.5        Pourquoi ce désastre économique et humanitaire ?. 37

1.11.1.6        Une note d'espoir 38

1.11.2    Comparaison de croissance des pays pauvres avec les pays riches. 39

1.11.3    Réduction des inégalités. 40

1.11.4    Conclusions. 40

1.11.5    Exemples de progrès de la santé et de la production agricole. 41

1.11.6    Que faire pour les pays pauvres ?. 41

1.11.6.1        Causes de la pauvreté et de l'extrême pauvreté. 41

1.11.6.2        Ce qu'on peut faire. 42

1.11.7    Les pays pauvres reçoivent beaucoup d'argent 43

1.11.8    Effet de l'aide aux pays pauvres sur leur croissance. 44

1.11.9    Les transferts de fonds des travailleurs immigrés. 45

1.12       Mondialisation ou agilité ?. 45

1.13       La mondialisation génère des inégalités considérables. 46

1.13.1    Inégalités entre pays. 46

1.13.2    Inégalités à l'intérieur d'un même pays. 47

1.14       Mondialisation et exception culturelle. 48

1.15       Les reproches faits à la mondialisation. 48

1.16       La pénurie et le coût des matières premières. 51

1.16.1    Impact de la flambée des prix du pétrole. 51

1.17       Mondialisation et interdépendance des économies. 53

1.17.1    Les exemples liés au pétrole. 53

1.17.2    Autres exemples : assurances, couverture des dettes nationales. 55

1.17.3    La mondialisation impose la solidarité internationale. 56

1.18       Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation. 56

1.19       Raisons psychologiques de l'antimondialisme. 57

1.20       La crainte de la mondialisation ? Un problème d'information ! 59

1.20.1    Le manque de culture économique des jeunes. 59

1.20.2    Les Français ont plus peur de l'avenir que leurs voisins. 59

1.20.3    La désinformation des adultes en matière d'économie. 60

1.20.4    La hausse des prix. 61

1.20.5    La crainte du chômage. 62

1.20.5.1        Création d'emplois par l'Etat 62

1.20.5.2        Mondialisation et chômage. 62

1.20.5.3        « Employabilité », durée d'indemnisation et formation continue. 63

1.21       L'absurdité de l'emploi à vie. 65

1.22       Des raisons d'espérer… pour ceux qui s'informent 66

2.    Délocalisations. 68

2.1  Le sens des mots. 68

2.1.1      Délocalisation. 68

2.1.2      Outsourcing. 68

2.1.3      Coopération. 69

2.1.3.1          La coopération par télétravail remplacera de plus en plus l'expatriation. 69

2.1.3.2          Il n'existe pas de protection douanière, fiscale ou réglementaire contre la délocalisation par télétravail 70

2.1.3.3          Les "cols blancs" et la délocalisation. 70

2.1.4      Importations. 72

2.1.4.1          Equilibre du commerce extérieur 72

2.2  Activités qui échappent à la délocalisation. 74

2.3  Le contexte économique qui freine la délocalisation. 75

2.3.1      Immigration, délocalisations ou élargissement de l'Union européenne ?. 76

2.3.2      Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches. 77

2.4  Effet des délocalisations et de l'outsourcing. 78

2.4.1      1er cas : emplois qui n'auraient pu exister en France. 78

2.4.2      2ème cas : activités qui ne sont plus viables en France. 79

2.4.2.1          Exemple : sous-traitance de la fabrication de chaussures Nike. 80

2.4.2.2          Quelles activités ne sont plus viables en France ?. 81

2.4.2.3          Les emplois correspondant à ces activités sont forcément condamnés. 81

2.4.3      3ème cas : activités devenues plus coûteuses en France qu'à l'étranger. 81

2.4.3.1          Cas général : le coût à l'étranger est beaucoup plus bas. 81

2.4.3.2          Cas particulier : l'activité est presque rentable en France. 82

2.4.4      Délocalisation et outsourcing lors d'une croissance. 82

2.4.5      La délocalisation menace l'industrie et aussi les services. 83

2.4.6      Les bas salaires ne suffisent pas pour inciter à la délocalisation. 83

2.5  Exemple d'effet d'une délocalisation : les anoraks. 83

2.5.1      Enoncé du problème : comment protéger l'emploi ?. 83

2.5.2      Hypothèses. 84

2.5.3      1ère stratégie : l'Union européenne se protège (droits de douane ou quotas) 84

2.5.4      2ème stratégie : l'Union européenne ne se protège pas. 85

2.5.5      Conclusion sur les transferts d'emplois à l'étranger. 86

2.6  Effet des importations à bas prix des produits chinois. 87

2.7  Discussion. 87

2.7.1      Récession. 87

2.7.2      L'immobilisme des travailleurs. 88

2.7.3      Une logique bien française : le beurre et l'argent du beurre. 88

2.8  Statistiques sur les délocalisations. 88

2.8.1      Les délocalisations constituent un phénomène insignifiant 89

2.8.1.1          Nombre d'emplois supprimés par délocalisation dans l'Europe des 25. 90

2.8.1.2          Nombre de permis de travail émanant de ressortissants européens. 92

2.8.1.3          La première cause de perte ou de non-création d'emplois est la productivité. 93

2.8.2      Modestie des importations en provenance des pays émergents. 93

2.8.3      Avantages pour les industriels français qui s'internationalisent 93

2.8.4      Les investissements directs étrangers (IDE) créent des emplois en France. 94

2.8.5      Les investissements français à l'étranger créent de l'activité en France. 97

2.8.6      Evolution des investissements directs français à l'étranger. 97

2.8.7      Conclusions sur les délocalisations. 98

2.9  Les vrais risques pour nos emplois : la concurrence des pays avancés. 99

2.9.1      Comparaison des coûts salariaux. 99

2.9.2      La terrible concurrence des pays avancés plus libéraux. 101

2.9.3      Pourquoi ces pays plus libéraux sont-ils plus dynamiques ?. 102

2.9.4      La vigueur du commerce France - Etats-Unis. 103

2.10       Délocalisation des emplois très qualifiés. 104

2.11       Les risques pour les pays pauvres. 106

2.11.1    L'exemple du Bangladesh. 106

2.11.2    Autres exemples : l'île Maurice, le Cambodge, le Honduras, le Mexique. 106

2.11.3    La montée en puissance de la Chine. 107

2.11.4    Conclusions pour les pays pauvres. 109

2.12       Impact de la concurrence des pays pauvres sur la France. 109

3.    Compétitivité. 111

3.1  Définition de la compétitivité. 111

3.1.1      Compétitivité ou attractivité ?. 111

3.1.2      Domaines où intervient la notion de compétitivité. 111

3.1.3      Différences de compétitivité entre pays et entre entreprises. 112

3.2  Principe de l'avantage comparatif 112

3.2.1      Conséquences d'une moindre productivité. 113

3.3  Critères de compétitivité. 113

3.3.1      Inconvénients du PIB par habitant en tant que mesure du niveau de vie. 113

3.3.2      Autres indicateurs de compétitivité. 114

3.4  Compétitivité-prix et compétitivité-coûts. 115

3.4.1      Compétitivité-prix et parts de marché. 116

3.4.2      Comparaisons de productivité. 119

3.4.3      Productivité structurelle et productivité observée. 120

3.4.4      Politiques structurelles, productivité et emploi 121

3.4.4.1          Politiques structurelles et productivité. 122

3.4.4.2          Politiques structurelles et emploi 123

3.4.5      L'incomparable contribution des TIC à la croissance. 123

3.5  Compétitivité par la qualité et l'innovation. 124

3.5.1      Innovation commerciale, organisationnelle, financière et délai 124

3.5.1.1          Innovation commerciale. 124

3.5.1.2          Innovation organisationnelle. 125

3.5.1.3          Innovation financière. 125

3.5.1.4          Délai de mise sur le marché. 126

3.6  L'attractivité géographique. 127

3.6.1      Taille du marché, transports et densité de population. 127

3.7  L'attractivité fiscale. 128

3.8  Compétitivité de la France et dépenses publiques. 132

3.8.1      Transferts sociaux. 133

3.8.2      Effectifs de la fonction publique. 134

3.8.2.1          Effectifs de l'Etat en 2006. 136

3.8.2.2          Evolution de l'emploi public jusqu'à 7 millions de fonctionnaires. 137

3.9  Comparaison France - Allemagne : le décrochage. 141

3.10       Compétitivité de l'agriculture française. 143

3.11       Comparaison des investissements directs étrangers (IDE) en France, Royaume-Uni et Irlande. 143

3.12       Conclusions sur le commerce extérieur de la France. 144

3.13       Le retard croissant de l'Europe sur les Etats-Unis. 146

4.    Sources et compléments. 148

 

 

1.                 Mondialisation

1.1               Définitions

1.1.1           Définition restreinte, la plus utilisée

On appelle mondialisation le développement à l'échelle mondiale des entreprises multinationales, la facilitation et l'accélération du commerce, des transferts de fonds et des communications informatisées.

1.1.2           Définition la plus générale

La mondialisation (en américain « globalization ») est une transformation de notre monde par l'ouverture des frontières et le progrès des communications.

 

Ouverture des frontières

De plus en plus, les interdictions et les limitations qui gênent le franchissement des frontières disparaissent. La mondialisation rend très faciles les déplacements de marchandises, de personnes et de capitaux à travers les frontières des Etats. Les quotas limitant les volumes de marchandises échangés, les interdictions qui retardent ou empêchent les mouvements des personnes, et les barrières limitant ou empêchant les transferts d'argent sautent.

 

C'est ainsi que, d'après [240] page 10, ces dix dernières années :

§   Les investissements directs [241] dans le monde ont été multipliés par plus de 6 (en valeur courante) ;

§   Les exportations de biens et services ont été multipliées par 3.5 ;

§   Les ventes à l’étranger des filiales représentent désormais 2 fois le commerce mondial de biens et services et leur production à l’étranger la moitié du commerce mondial.

§   L’Europe, particulièrement la France, a pleinement participé à ce mouvement. Les investissements directs français à l’étranger ont été multipliés par plus de 8, les investissements étrangers en France par plus de 6. Plus précisément, les filiales de firmes étrangères en France contribuent pour plus de 30 % à la production manufacturière.

La mondialisation est en marche !

 

Cette ouverture des frontières permet une accélération et une croissance du commerce de marchandises, ainsi que celles des offres de services transfrontières dans des domaines comme l'assurance ou le support téléphonique. Les gens qui voyagent et les entreprises qui s'installent dans un autre pays apportent avec eux leurs connaissances : la mondialisation favorise les transferts de technologie et de savoir-faire.

 

(Il faut bien se rendre compte que la mondialisation exige une ouverture d'esprit contraire à la nature profonde des politiciens. Plus que les autres hommes, ils ont une méfiance instinctive de « l'autre » - surtout si c'est un étranger, et une tendance à protéger leur pré carré. Le plus bel exemple en est l'ensemble des institutions de l'Union européenne confédérale, conçues pour respecter le maximum de « chacun chez soi », et où les divers gouvernements protègent jalousement nombre de prérogatives, notamment leur droit de veto aux décisions de l'Union. Et pourtant, cette même Union européenne est un exemple du fait que peu à peu, des hommes de bonne volonté peuvent surmonter leurs méfiances et leurs rancœurs.)

 

Progrès des communications

§   Les voyages et les transports deviennent de plus en plus faciles et rapides.

§   Les communications électroniques deviennent de plus en plus faciles, rapides et bon marché, qu'il s'agisse de téléphone, fax, messages, échange de fichiers ou de données informatiques, d'images fixes ou animées. Des millions d'ordinateurs sont interconnectés par le réseau Internet pour fournir à la fois des services (comme la prise de commandes) et des données (comme des textes de loi).

 

Le progrès des communications entraîne une diffusion des connaissances et des idées, ainsi que le recul de la censure et des tyrannies, qui ne résistent pas à des communications libres entre citoyens.

 

De même que Lénine disait : « Le communisme, c'est les soviets plus l'électricité », on peut dire :

 

La mondialisation, c'est l'ouverture plus les communications

 

1.1.3           Conséquences fondamentales pour les entreprises

1.1.3.1                    Une concurrence toujours plus forte

§   L'ouverture des frontières permet à un nombre toujours croissant de produits étrangers d'arriver dans un pays donné sans barrière douanière ou réglementaire.

§   Les transports toujours plus faciles, plus rapides et moins chers facilitent encore plus l'importation et l'exportation.

§   Les transferts de fonds extrêmement rapides et simples permettent l'investissement à l'étranger, donc l'arrivée de produits étrangers dans un pays donné.

§   Les communications toujours plus faciles et rapides, notamment par Internet, permettent à un fournisseur de faire connaître ses produits partout et à un client de trouver davantage de fournisseurs.

 

Le résultat de toutes ces améliorations est une concurrence toujours plus vive dans un marché donné, ce qui profite aux consommateurs mais exige des fournisseurs d'être toujours plus performants : produits plus récents, moins chers, de meilleure qualité, etc.

1.1.3.2                    Les Français n'aiment pas la concurrence

Il faut noter ici une spécificité française : quand on les interroge, les Français n'aiment pas la concurrence, qu'ils qualifient de « sauvage » et qu'ils accusent de détruire des emplois, et d'obliger à se battre pour s'imposer sur le marché du travail comme sur le marché des produits et services. Ils aiment bien acheter moins cher et se jettent sur les produits importés d'Asie, mais ils voudraient en même temps que ces produits soient fabriqués par des Français en France, ce qui est absurde. Tous les autres peuples de l'Union européenne, les Américains, les asiatiques, etc. ont compris l'intérêt de la concurrence, pas les Français.

 

Il y a un problème de communication : quand 64 millions de consommateurs français profitent de prix plus bas, les media n'en parlent pas et personne ne s'en plaint. Quand les T-shirts chinois vendus en France permettent aux Chinois de nous acheter des Airbus, tout le monde trouve cela normal. Mais quand une entreprise de 200 salariés délocalise en Asie, les journaux, les politiciens, les syndicalistes et toute la gauche française crient au scandale, alors que par rapport à la population active française de 27 millions de travailleurs et la population de consommateurs de 64 millions, les délocalisations et pertes d'emplois sont parfaitement insignifiantes.

 

Il est donc temps que le gouvernement rassure les Français sur les délocalisations au lieu de les inquiéter, et que vu le très faible nombre d'emplois perdus par ce phénomène, il mette en place une assurance anti-délocalisations, qui indemniserait les salariés victimes comme les autres chômeurs et les aiderait à retrouver un emploi.

1.1.3.3                    Evolution naturelle vers une dimension mondiale

Les entreprises tendent à acquérir une dimension mondiale, à devenir multinationales. Dans une telle entreprise, un même article peut contenir des sous-ensembles fabriqués dans plusieurs pays, un même service au client final peut faire participer des employés situés dans des pays différents.

 

En plus de cette participation de plusieurs filiales d'une même entreprise à la fabrication d'un article donné ou à la fourniture d'un service donné, la mondialisation facilite les sous-traitances. De plus en plus, donc, une entreprise multinationale doit se demander pour chaque gamme de produits :

§   dans quel pays elle doit les concevoir ;

§   où fabriquer tel ou tel sous-ensemble ;

§   où effectuer l'assemblage final ;

§   où implanter le centre de support téléphonique ;

§   dans quel pays situer la société qui verra apparaître les bénéfices parce qu'ils y sont moins taxés, etc.

 

Pour beaucoup de produits très connus dont les composants proviennent d'un peu partout, comme les iPods d'Apple et les PC de DELL, on devrait trouver dessus des étiquettes :

 

« Made in World »

 

1.1.4           Spécialisation et croissance des importations

La possibilité et les avantages de la production d'un bien ou d'un service dans le pays où elle coûte le moins font que les sous-traitances et achats à l'étranger explosent. Il s'ensuit une forte croissance des importations par rapport au PIB, croissance qui s'ajoute à celle du PIB, comme on le voit sur ce graphique issu de [304] :

 

 

Les marchés sont de plus en plus ouverts et la production de plus en plus répartie
(source REXECODE)

 

1.1.5           Croissance des investissements étrangers

La circulation de l'argent et la possibilité d'investir à l'étranger font qu'une partie importante du capital de l'ensemble des entreprises de la bourse d'un pays appartient à des personnes ou des entreprises étrangères à ce pays : selon la Banque de France, en 2002, 42.4 % des actions de la bourse de Paris appartenaient à des étrangers. Le graphique ci-dessus, basé sur des données de la Réserve Fédérale, montre le poids croissant des étrangers à la bourse de New York, où ils ont acheté pour 81 milliards de dollars nets de titres (surplus des achats sur les ventes) pendant le seul mois de novembre 2004, contre 48.3 milliards en octobre.

 

 

Pourcentage de titres détenus par des non américains à Wall Street en 1982 et 2004

 

1.1.6           Mondialisation et Technologies de l'Information et des Communications

Pour profiter de la mondialisation, une entreprise, une association, une banque ou un état doivent absolument adopter les Technologies de l'Information et des Communications (TIC), c'est-à-dire :

§   S'équiper d'ordinateurs personnels et de serveurs ;

§   Les relier en réseau entre eux et avec le reste de l'Internet ;

§   Réorganiser les procédures de travail autour de ces TIC afin de les automatiser, de les accélérer, de les fiabiliser et de les intégrer avec celles des autres filiales ou partenaires.

 

L'économie de l'information

Voici un paragraphe de [298] page 100 qui explique que, dans notre contexte de mondialisation, la majeure partie du coût d'un article fabriqué hors matières premières, composants achetés et énergie est du coût de traitement d'informations.

 

"De plus en plus fréquemment, le contenu informationnel dans un produit dépasse, en valeur, son contenu en énergie, en matières premières et en heures de travail manufacturier. Nous entendons par coûts informationnels :

§   études préliminaires du marché, marketing, détermination des besoins du client, analyse de la concurrence, intelligence économique ;

§   coûts de conception : R&D, bureau d'étude, mise au point, élaboration des programmes de CFAO qui piloteront les machines de production (MOCN), suivi dans la pharmacie des tests sur des milliers de patients… ;

§   protection juridique, veille technologique ;

§   coûts de fabrication de la partie immatérielle : élaboration des modes d'emploi, de la documentation technique, écriture des logiciels nécessaires pour le produit,....;

§   coûts du suivi qualité ;

§   coûts de transmission de l'information (télécommunications) ;

§   coûts de traitement de l'information (informatique) :

§   coûts immatériels aux niveaux de l'atelier de production, du bureau des méthodes, de l'organisation des processus de production, des cercles de qualité, de la programmation des machines-outils à commande numérique, des choix techniques réalisés par les opérateurs (définition des paramètres d'usinage, choix des matériaux …) ;

§   recherche de sous-traitants ou de partenaires ;

§   coûts de gestion : procédures administratives relatives au paiement des taxes, aux demandes d'autorisations ou aux questionnaires statistiques, comptabilité, facturation,… ;

§   communication, relations publiques

§   coûts de commercialisation : publicité, conseil au client, catalogue, formation des clients, négociation du prix et des clauses du contrat, recherche de nouveaux distributeurs, de nouveaux clients, de nouveaux marchés ;

§   coûts de gestion du personnel : recrutement, paye, formation des agents ;

§   coûts liés à la logistique : gestion et organisation du transport et du stockage,... ;

§   coûts des services financiers : négociation, optimisations, gestion de trésorerie ;

§   coûts des achats, recherche de fournisseurs, du lancement des appels d'offre, gestion des approvisionnements ;

§   coût de la conduite de projets ou de chantiers ;

§   coûts du service après vente : maintenance, mise à jour, contentieux,....;

§   coût des informations que l'on achète : brevets, licences, accès à des banques de données,.....;

§   etc.

De plus la compétitivité d'une entreprise, liée à la pertinence de ses décisions, dépend largement de la qualité des informations dont elle dispose et de sa capacité à les capitaliser et à les traiter."

 

Au niveau d'un pays entier, la majeure partie de l'activité est désormais du traitement d'informations : on parle d'économie de l'information.

 

La conséquence pratique de cette prépondérance du coût de traitement de l'information sur la main d'œuvre est, pour beaucoup de fabrications, le peu d'intérêt des délocalisations qui n'économisent que la main d'œuvre : à quoi sert-il de se compliquer la vie à fabriquer et transporter à des milliers de km pour économiser 80 % de 15 %?

1.2               Pourquoi la mondialisation profite aux entreprises

§   En vendant dans plusieurs pays, elles profitent de marchés plus étendus.

§   En fabricant en plus grandes quantités, elles profitent d'économies d'échelle.

§   La taille de l'entreprise et celle de son marché lui permettent de disposer des fonds et des compétences nécessaires pour innover constamment.

En effet, le meilleur moyen pour une entreprise d'échapper à la concurrence est de faire en sorte qu'aucune autre ne soit capable d'offrir le même produit ou le même service. Elle peut y arriver lorsqu'elle vient d'inventer ce produit ou service.

C'est l'innovation permanente qui permet à des entreprises, dont la main d'œuvre est chère mais la compétence considérable, de créer des produits sans équivalent et de les imposer sur le marché. Cela demande des efforts coûteux de recherche et développement, sans compter parfois l'achat de nouveaux matériels, la construction de nouveaux locaux et la formation permanente des techniciens.

On constate alors qu'une partie croissante de l'activité de l'entreprise, celle liée au développement de nouveaux produits ou services, a une forte valeur ajoutée. Un fort taux de renouvellement de la gamme de produits est un atout important.

Au niveau d'un pays entier, on favorise l'innovation par une infrastructure d'enseignement et recherche, des pôles d'activité regroupant des entreprises de haute technologie qui sont complémentaires, des avantages financiers liés à l'innovation, etc. [286]

D'après [273] page 62, l'effet de la taille du pays pour favoriser les innovations s'ajoute à celui de sa richesse : les pays pauvres, qui totalisent 37 % de la population mondiale et 11 % de son PIB à parité de pouvoir d'achat, ne sont à l'origine que de moins de 1 % des brevets déposés aux Etats-Unis en l'an 2000 ; les 20 pays les plus riches, au contraire, sont à l'origine de 98 % des brevets.

§   En fabricant chaque article dans le pays où cette fabrication coûte le moins cher, elles réduisent leurs coûts donc accroissent leurs bénéfices ; elles doivent cependant veiller à ce que les coûts de transport ne viennent pas annuler les économies de coût de production.

§   La compétitivité des entreprises passe par la spécialisation, chacune produisant les articles ou services pour lesquels elle peut le mieux combattre la concurrence. La spécialisation entraîne une hausse de la productivité.

Cette spécialisation entraîne une division du travail et une coopération pour produire l'article final entre départements d'une même société et/ou entre sociétés distinctes mais partenaires.

Comme les lieux de fabrication des composants d'un même article final peuvent être situés dans des pays différents, il est indispensable que les transports entre pays soient faciles, rapides et bon marché. Et bien entendu, le commerce entre pays doit être libre et non grevé de taxes.

§   En organisant la vente d'articles fabriqués dans une filiale par une autre filiale, et en jouant sur les prix de ces ventes (dont elles son maîtresses à 100 %) les multinationales peuvent faire apparaître les bénéfices dans les pays où ils sont le moins imposés, donc payer le minimum d'impôts [215] ;

§   En effectuant l'assemblage final d'un produit dans un certain pays (exemple : le Bangladesh), alors que les composants assemblés ont été fabriqués ailleurs (exemple : la Chine), elles peuvent déclarer l'article final exporté comme « fabriqué dans le pays d'assemblage » (c'est-à-dire au Bangladesh, dans notre exemple). Cela permet de contourner la limite imposée par le quota de vente du pays de fabrication (la Chine) et d'utiliser aussi le quota du pays d'assemblage (le Bangladesh). Au total, cette dispersion des fabrications permettra de vendre davantage ;

Cas particulier : le contournement des interdictions d'importer certains produits. Exemple : il y a quelques années, les lois brésiliennes interdisaient d'importer des produits de luxe, pour ne pas dépenser les devises du pays en importations superflues ; les fabricants français de parfums ont contourné ces lois en faisant réaliser au Brésil la mise en flacon des parfums, qu'ils exportaient de France sous l'appellation de « composants pharmaceutiques de base ».

De manière générale, l'imagination des entreprises est très féconde ; elles trouvent le plus souvent des moyens de contourner les barrières réglementaires artificielles. Elles y parviennent d'autant plus facilement pour un pays donné qu'elles disposent de filiales dans le pays. C'est pourquoi les constructeurs d'automobiles ont des filiales de production ou d'assemblage (les « usines tournevis ») dans tous les marchés importants.

 

Pour mieux comprendre l'intérêt de la mondialisation et du développement de l'Internet, voir la citation correspondante dans "La France obligée d'innover sans cesse".

1.3               Conséquences bénéfiques de la mondialisation

§   La mondialisation favorise la liberté d'entreprendre, d'investir, de se déplacer, de savoir, de s'exprimer, etc. Elle est donc conforme aux principes du libéralisme.

§   La libéralisation, la facilitation et l'accélération du commerce entraînent un développement de celui-ci, donc de la concurrence, donc de la productivité, donc des biens et services disponibles, c'est-à-dire du niveau de vie moyen. C'est ainsi que la mondialisation a permis, entre 1951 et 2003 :

·          une multiplication par 23 du commerce international ;

·          une multiplication par 7 de la production mondiale, conséquence de celle du commerce. (Détails : cliquer ici.)

§   La concurrence est de plus en plus vive, que ce soit pour concevoir des produits, pour les fabriquer, pour recevoir des touristes, pour transporter des hommes ou des marchandises, pour prêter ou emprunter de l'argent… Et cette concurrence est toujours à l'avantage des consommateurs, car elle fait baisser les prix, améliorer les produits et les services.

Exemple issu de [309] : le graphique ci-dessous montre l'évolution en France des prix de l'habillement entre 1999 et 2006, et des quantités vendues correspondantes. On voit que du fait de la mondialisation les prix ont baissé continuellement, ce qui a permis aux consommateurs d'acheter de plus en plus.

 

 

Relation entre prix des vêtements et quantités vendues

 

§   Pour profiter de la mondialisation, un homme, une entreprise ou un pays doit adopter les nouvelles « Technologies de l'Information et des Communications » (TIC). Cela implique la mise en place d'ordinateurs et de lignes de télécommunications, mais aussi d'une organisation et de procédures de travail qui profitent de ces TIC pour améliorer :

·          L'automatisation des tâches répétitives ;

·          La vitesse de déroulement et d'enchaînement des tâches informatisées ;

·          L'optimisation du niveau des stocks, grâce aux livraisons « juste à temps » ;

·          L'optimisation des charges de travail, pour utiliser au mieux les temps humains et les machines ;

·          Les contrôles de qualité, l'absence d'oublis et d'erreurs ;

·          Les communications avec des entreprises pour commander ou se renseigner, et avec les administrations (impôts, état civil, etc.)

L'importance de l'informatisation en réseau est illustrée par le graphique ci-dessous, issu de [304] :

 

 

L'informatisation est un levier de croissance
(sources XERFI, FEVAD)

 

§   La concurrence accrue entraîne une sélection des entreprises : seules survivent les plus performantes, c'est-à-dire celles dont les produits ou services sont les meilleurs et/ou les moins chers et/ou les plus à la mode et/ou les plus innovants. Les entreprises dépassées ou les produits dépassés doivent disparaître en même temps que des entreprises nouvelles et de nouveaux produits apparaissent ; il y a destruction créatrice d'emplois.

L'économie d'un pays doit donc constamment s'adapter et se transformer, à la fois pour que le niveau de vie de ses habitants profite des prix plus bas et que le nombre d'emplois créés compense ou dépasse celui des emplois supprimés.

§   Les économies des divers pays s'intègrent de plus en plus : les échanges économiques, financiers, technologiques et culturels devenant si nombreux, tout se passe de plus en plus comme si les divers pays n'en faisaient qu'un.

Une des conséquences les plus importantes de cette intégration est l'impossibilité des guerres entre pays liés par ces innombrables échanges : une guerre serait comme si une province d'un pays attaquait une autre province du même pays, et les armées d'un pays détruiraient dans l'autre pays des biens appartenant en partie à ses propres citoyens et entreprises.

§   Les hommes voyagent de plus en plus et de plus en plus loin, à la fois pour leur plaisir, pour travailler à l'étranger, pour participer à des conférences, etc. Peu à peu, des gens très différents apprennent à se connaître et à s'apprécier.

§   L'ouverture des communications accélère et approfondit encore plus les phénomènes d'intégration des entreprises et des pays.

Une entreprise comme AIRBUS sous-traite des fabrications à des centaines d'autres, dans de nombreux pays, les intégrant ainsi toutes à son processus industriel. Les ordres de fabrication, les plans des pièces, sont transmis électroniquement entre les ordinateurs de ces entreprises, qui peuvent les prendre en compte extrêmement vite. Les modifications sont si faciles que les clients d'AIRBUS en profitent : dans les deux années qui s'écoulent, en moyenne, entre la commande d'un avion et sa livraison, celui-ci change quatre fois de propriétaire, donc de détails de spécifications.

§   Les nouvelles circulant instantanément, les hommes se sentent plus proches d'autres hommes qui ont un problème de famine, de guerre, de catastrophe naturelle. Exemple : la réaction internationale au tsunami du 26/12/2004 en Asie.

§   Les échanges culturels très intenses propagent des œuvres artistiques dans tout le monde : musique, photos, films, livres, etc. Un projet en cours aux Etats-Unis, Google Print, consiste à mettre gratis à disposition sur Internet les textes de millions de livres dont les droits d'auteur ont expiré ou non, pour que l'humanité entière puisse en profiter.

§   Aucun pays ne peut plus se passer des autres, que ce soit pour des matières premières comme le pétrole ou divers métaux, pour des recherches scientifiques ou des technologies protégées par des brevets, pour un savoir-faire industriel comme la construction des paquebots de croisière en France à Saint-Nazaire…

 

Nous pouvons donc à présent donner une autre définition de la mondialisation :

 

La mondialisation, c'est le libéralisme plus Internet

 

1.3.1           Conclusion sur le commerce international

La mondialisation ne peut exister et ne peut profiter aux pays, aux entreprises et aux hommes sans développement du commerce international. Comme le démontre le texte "L'intérêt du commerce international libre" :

 

 

Le commerce international est bénéfique pour tous les pays participants. Contrairement au Monopoly, jeu à somme nulle où un joueur ne peut s'enrichir qu'en s'emparant des propriétés et de l'argent des autres, le commerce international est un processus gagnant - gagnant.

 

 

L'effet du commerce international sur le PIB mondial est abordé à la section "Le commerce international tire la croissance du PIB mondial".

1.4               Ouverture des services dans l'Union européenne : directive Bolkestein

Les services représentent, dans les pays évolués, entre 70 % et 80 % du PIB. Les barrières réglementaires et fiscales empêchent la concurrence, particulièrement dans l'Union européenne, et malgré le Marché commun démarré en 1957.

 

Le sujet de l'ouverture du marché des services de l'Union européenne est traité en détail, avec ses implications en terme de chômage, de délocalisations et de PIB dans "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".

1.5               Inconvénients de la mondialisation

§   Pour rester compétitive ou devenir leader sur ses marchés, ce qui lui permet d'imposer ses produits et ses prix, donc de gagner davantage, une multinationale doit n'être présente que dans les activités où elle fait partie des entreprises les plus performantes en qualité et prix de revient.

Comme les marchés évoluent sans cesse, parce que des produits apparaissent et disparaissent souvent et que les goûts des consommateurs changent, une multinationale est souvent amenée à se recentrer sur les activités où elle est la plus compétitive ou qui sont les plus prometteuses. De ce fait, elle doit souvent revendre des filiales ou des départements et en acquérir d'autres. Ces phénomènes de cession et d'achat d'unités de production ou de vente s'accompagnent nécessairement de réorganisations, donc de mouvements de personnel, départs et embauches. L'existence, l'ampleur et la fréquence de ces mouvements inquiètent les salariés. Nous verrons plus bas ce qu'il faut en penser et comment les salariés doivent réagir.

§   La mondialisation facilite la propagation des maladies et des espèces nuisibles par les personnes ou les marchandises qui voyagent.

§   Pour gagner davantage, les hommes et les entreprises ont tendance à user sans restriction de ce qui ne coûte rien, comme l'air et l'eau. Il en résulte des consommations excessives d'eau, de la déforestation, la disparition d'espèces naturelles ainsi que la pollution de l'eau, de l'air et des sols.

Les lois de l'économie ne peuvent rien contre ces abus. C'est aux gouvernements et aux organisations internationales qu'il appartient d'édicter les règles de protection de l'environnement et de les faire respecter. Certains sont plus soucieux que d'autres, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de données de l'Union européenne :

 

 

On voit que la France est en avance de 1.9 % sur ses objectifs de réduction de pollution par CO2 : c'est grâce à sa production d'électricité essentiellement nucléaire. On voit aussi que des pays comme l'Espagne et le Portugal ne respectent pas leurs engagements : si l'Union européenne les sanctionnait…

Rappelons aussi que les Etats-Unis n'apparaissent pas sur le graphique ci-dessus parce que l'administration Bush refuse de signer le protocole de KYOTO, alors que ce pays produit à lui seul 25 % des rejets de CO2 de la planète. Les Etats-Unis comptent réduire ce type de pollution grâce au système de quotas d'émission assez strict qu'ils se sont imposés, et grâce aux progrès technologique auquel ils consacrent un budget de recherche conséquent.

§   Même si on ne pense pas à la pollution ou qu'on fait un gros effort pour la maîtriser, la mondialisation entraîne un développement économique à la fois considérable et rapide.

Ce développement entraîne à son tour une croissance énorme des consommations de produits de base comme le pétrole (pour les transports, où rien ne permet de le remplacer) ; le charbon et le fer (pour l'acier) ; et les céréales au sens large (blé, maïs, riz, soja, etc.). La consommation de céréales augmente à la fois du fait de la population qui croît, du fait qu'étant plus riche elle consomme plus, et du fait qu'en consommant plus de viande elle entraîne une très forte croissance de la consommation des céréales qui nourrissent le bétail (pour produire 1 kg de bœuf il faut une quinzaine de kilos d'aliments pour bétail).

Rien ne permet d'espérer que la planète soit capable de fournir tous ces produits si les Chinois, les Indiens, etc. doivent atteindre un niveau de vie voisin de celui dont nous profitons aujourd'hui ; il y aura demain une extraordinaire compétition pour l'accès aux ressources de base et toute la politique internationale en sera impactée.

§   La mondialisation entraîne un développement économique à des vitesses différentes selon les régions et les secteurs économiques, d'où des « fractures » et des « laissés pour compte », c'est-à-dire des injustices.

Un des aspects de cette différence de vitesse de développement se manifeste dans le domaine du développement des entreprises. Certaines sont mieux gérées que d'autres et exercent leur activité dans des marchés plus porteurs : elles se développent donc plus vite et deviennent des multinationales. Il y a alors un risque d'étouffement de la concurrence et de création de monopoles, qui pourront en profiter pour imposer leurs produits et leurs prix au détriment de l'intérêt des consommateurs.

Les mécanismes économiques ne pouvant rien contre les monopoles, il appartient aux Etats et aux organisations internationales de les briser avec des lois anti-trust.

Autre conséquence du développement économique rapide, qui peut survenir indépendamment de la mondialisation ou à cause d'elle, la fracture sociale. C'est ainsi que d'après [259], une étude effectuée en Chine auprès de 84 000 ménages montre que 90 % des résidents urbains ont accru leurs revenus de 0.5 % depuis l'adhésion de la Chine à l'OMC fin 2001, tandis que les revenus des ménages ruraux ont baissé de 0.8 % et que ceux des ménages les plus pauvres ont même vu leur niveau de vie reculer de 6 %: plus le pays s'enrichit, plus les inégalités sociales augmentent.

Les mécanismes économiques ne peuvent rien contre la fracture sociale. Il faut donc que les Etats organisent la solidarité sous forme d'aides ciblées au développement des régions défavorisées.

§   Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265].

1.6               Importance de la vitesse d'ouverture à la concurrence

La vitesse d'ouverture d'un marché à la concurrence est un facteur fondamental dans l'impact de cette ouverture, comme le démontre le prix Nobel d'économie Joseph STIGLITZ dans [216].

§   Si l'ouverture est progressive, parce que pendant un certain temps le pays limite les quantités importées ou taxe l'importation, les entreprises concernées ont du temps pour s'adapter à la concurrence, en augmentant leur productivité et la qualité de leur offre, ou en innovant.

Exemple : Les pays avancés ont eu le temps, pendant les 30 années depuis l'Accord Multifibres (AMF), de reconvertir une partie de leur industrie textile vers des produits très technologiques, comme les tissus pour l'automobile et les tissus perméables appelés géotextiles, ainsi que de reconvertir certains salariés à d'autres activités. Et il leur reste des clauses de sauvegarde permettant de limiter temporairement les importations dont le volume viendrait à exploser.

Si certaines entreprises ne peuvent s'adapter et licencient, la progressivité des licenciements fait qu'à tout moment le nombre de chômeurs qui doivent retrouver du travail est modeste. Ils ont des chances d'en retrouver ; et leur petit nombre fait que le pays a les moyens de les indemniser le temps qu'ils se reconvertissent.

§   Si l'ouverture est brutale, comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est, les entreprises n'ont eu aucun délai d'adaptation et ont dû fermer. La décision de cette ouverture instantanée a donc été une grave erreur politique.

 

Pour plus de détails, voir "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".

1.7               Ceux qui gagnent et ceux qui perdent

1.7.1           Un exemple italien

Extraits de [266] et commentaires entre crochets […] :

"Depuis la libéralisation des échanges imposée au 1er janvier par l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce secteur qui emploie 350 000 personnes vit en état de siège."

[Notez la réaction classique du journaliste auteur de l'article : il accuse l'OMC, c'est-à-dire la mondialisation, du malheur de l'industrie italienne de la chaussure, alors qu'il sait parfaitement que cette industrie a eu de longues années pour se préparer à l'ouverture du marché italien aux concurrents asiatiques. Il sait sûrement aussi que l'OMC n'impose rien, que ce n'est qu'un cadre où se négocient librement les accords de commerce international, notamment ceux de l'Union européenne à laquelle l'Italie appartient, et que notre Europe n'a ouvert ses frontières à la Chine qu'en échange de l'ouverture des frontières chinoises aux produits européens. Il le sait, mais ne le rappelle pas.]

"Entre janvier et février, les importations chinoises ont été multipliées par six en volume tandis que les prix diminuaient de 28 %. Dans les sandales et les chaussures plates, l'augmentation en volume atteint 1380 % ! « Je n'ose imaginer le coût économique et social que notre pays devra payer », lance Rossano Soldini, président de l'ANCI, l'association nationale des industriels du secteur."

[Notez la réaction du représentant de la profession, qui rejoint le journaliste pour accuser la mondialisation des dégâts qu'elle fait dans son pays. Leur mauvaise foi est évidente : non seulement aucun des deux ne déplore le refus de cette industrie de se préparer à affronter la concurrence, mais aucun ne reconnaît que si les ventes de chaussures importées ont explosé les consommateurs italiens en ont profité ; certains ont économisé de l'argent qu'ils ont ensuite utilisé pour acheter en plus d'autres produits, d'autres se sont offert des chaussures qu'ils ne pouvaient pas acheter avant la baisse de prix de 28 %.]

"Chaussure et textile, qui emploie 750 000 salariés, sont deux cas emblématiques des difficultés rencontrées par les PME italiennes. Sous-capitalisées, d'une taille trop réduite, souffrant d'un manque chronique de spécialisation et d'une innovation insuffisante, elles peinaient déjà à lutter contre la globalisation des marchés. La déferlante asiatique risque de leur porter le coup de grâce. A l'exception, toutefois, de grands groupes comme les chaussures de luxe Tod's ou encore Geox, qui vient de faire une entrée remarquée en Bourse. Pour eux, la Chine constitue une opportunité de marché unique en son genre."

[Encore un exemple de mauvaise interprétation de la part du journaliste : il attribue à la petitesse des PME italiennes leur échec dans la lutte contre les concurrents à prix bas, alors que des « multinationales capitalistes riches » réussissent à prospérer avec la mondialisation. La vérité est toute autre, et on la trouve dans la même page du même journal, sous la plume du même journaliste : le fabricant de chaussures italien Tod's qui a une tradition familiale de fabrication de luxe à la main produit toute sa fabrication en Italie, et ses chaussures se vendent si bien qu'il vient d'ouvrir deux boutiques en Chine pour en vendre aux Chinois ! Son PDG explique que « L'excellence italienne est un système de PME de vieille tradition sachant garantir une qualité inimitable. Même quand la Chine s'éveille, ce système reste gagnant ».

La conclusion est simple : les fabricants de chaussures qui ont dormi sur leurs deux oreilles, en fabricant à prix élevé des produits que les Chinois pouvaient remplacer pour moins cher, ont tout perdu avec l'ouverture des frontières et vont licencier, alors que ceux qui ont su atteindre une qualité de classe mondiale ont vu leur marché exploser et embauchent en Italie. Le dynamisme a battu l'immobilisme. Fallait-il bloquer les importations chinoises, priver les consommateurs italiens de chaussures bon marché et maintenir en vie des entreprises dépassées, comme le réclament certains ?]

1.7.2           Un exemple français : Kindy

Voir [291].

1.7.3           D'autres exemples

En automobile, les minuscules fabricants de voitures de luxe que sont Porsche et Ferrari croulent sous les commandes et gagnent un argent fou, alors que les puissantes multinationales que sont GM et FIAT perdent de l'argent et des parts de marché. Porsche étudie et fabrique tous ses modèles en Allemagne, où la main d'œuvre coûte plus cher que dans n'importe quel autre pays, et Ferrari paye une fortune pour avoir des ingénieurs et des pilotes de premier plan. Porsche, déjà actionnaire important de Volkswagen, propose de racheter encore plus d'actions pour en devenir le premier actionnaire.

 

Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".

1.8               Le combat sans espoir des antimondialistes

Il est illusoire de combattre les pollutions et les injustices en refusant la mondialisation, car ce serait refuser des libertés, refuser les progrès de toutes sortes provenant du développement de l'ouverture et des communications : progrès de niveau de vie, progrès de la liberté de se déplacer, de s'exprimer, de savoir, de posséder et d'entreprendre. Les gens refuseraient qu'on revienne aux barrières et restrictions du passé, ainsi qu'à la pauvreté qui les accompagnait.

 

C'est parce qu'aucune manœuvre de refus ou de limitation de la mondialisation ne réussit que celle-ci se développe année après année, dans tous les pays sauf ceux où règne une dictature féroce.

 

Le refus de la mondialisation étant un refus d'ouverture, donc de liberté, a une image si négative que ceux qui combattaient la mondialisation ont changé leur nom d'« antimondialistes » en « altermondialistes », en précisant qu'ils ne refusaient pas l'ouverture et sa liberté, mais seulement les conséquences néfastes des excès de la mondialisation : atteintes à l'environnement et injustices.

 

A priori on ne peut que souscrire aux idées altermondialistes : qui est pour la pollution et l'injustice ? A priori, les thèses altermondialistes impliquent la solidarité entre peuples, entre riches et moins riches. Et cette solidarité va jusqu'à la générosité, jusqu'à vouloir prélever des impôts internationaux pour financer les aides aux pays pauvres (exemple : la Taxe Tobin [201]). C'est ainsi que le président Chirac milite depuis des années pour que les pays riches acceptent de tels impôts.

 

Mais ce même président Chirac dirige un pays, la France, qui n'a jamais respecté son engagement international de donner 0.7 % de son PIB aux pays pauvres : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! »

      Un seul pays au monde donne ce pourcentage de sa richesse et même un peu plus : la Norvège (0.9 % de son PIB) ; il est vrai qu'elle a des revenus pétroliers si élevés qu'elle ne peut pas les investir chez elle, son économie étant trop petite pour les absorber ; alors elle donne un peu plus aux pauvres. Selon [256], le PIB par habitant de la Norvège est supérieur à celui des Etats-Unis et le bénéfice net 2004 de la compagnie pétrolière d'Etat STATOIL représente 650€ par habitant.

 

Le plus généreux donateur du monde, et de tous les temps, est un milliardaire américain, Bill Gates, le fondateur de la multinationale Microsoft, qui a un quasi-monopole dans son marché. A lui seul, il a fait don de 30 milliards de dollars (autant que le gouvernement de la France en 4 ans !) à sa fondation qui lutte contre la pauvreté, la maladie et l'illettrisme. Désolé pour ceux qui détestent les milliardaires et les multinationales !

 

Les manifestations des altermondialistes ont deux buts :

§   Le premier but des altermondialistes est d'obtenir des pays riches qu'ils soient plus généreux avec les pays pauvres et plus respectueux avec l'environnement. Tout le monde est d'accord avec ces objectifs, au point qu'il y a même aux Nations Unies des organisations qui s'occupent de les atteindre :

·          Le Conseil économique et social, qui coordonne les activités économiques, sociales, culturelles et de santé internationales de l'organisation et des ONG ;

·          Les Affaires humanitaires : Haut commissariat pour les réfugiés, Office de secours et de travaux pour la Palestine, Projet ReliefWeb, Représentant pour les enfants et les conflits armés, Bureau de coordination des affaires humanitaires, etc.;

·          Les dizaines de programmes et d'organisations listées à la page http://www.unsystem.org/fr/ , comme le Programme alimentaire mondial, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, le Programme mondial relatif à la mondialisation, la libéralisation des échanges et le développement humain durable (UNCTAD-UNDP), l'Organisation mondiale de la santé, le Programme pour l'environnement, etc.

Contrairement aux altermondialistes qui n'ont pas d'argent, ces organisations internationales ont un budget et savent mobiliser l'ensemble du monde lorsqu'il y a un problème grave et urgent, comme celui du tsunami du 26 décembre 2004 en Asie. C'est pourquoi les manifestations des altermondialistes sont inutiles, car elles enfoncent des portes ouvertes et n'ont jamais pu lancer un projet concret où que ce soit.

§   Le second but des altermondialistes est de lutter contre le libéralisme et ses conséquences économiques les plus visibles : multinationales, mondialisation, etc. En ce domaine, l'échec des altermondialistes est total. Non seulement ils n'ont rigoureusement rien obtenu jusqu'à présent en matière de recul du libéralisme, mais celui-ci se développe, avec le succès de la mondialisation et de la croissance économique qui s'accélère. C'est ainsi que 2004 a vu la plus forte croissance de l'économie mondiale (+5 % pour le PIB) depuis 1976 (voir ci-dessous "Le commerce international tire la croissance du PIB mondial".

Les pays pauvres qui ont adopté des économies libérales, comme la Chine, l'Inde et la Thaïlande, ont une croissance du PIB de 7 à 10 % par an et sont les plus chauds partisans de l'ouverture commerciale et du capitalisme pur et dur.

En luttant contre le libéralisme (baptisé systématiquement « ultralibéralisme »), les altermondialistes veulent en réalité le remplacer par une idéologie qui exclut toute concurrence de l'économie, c'est-à-dire une idéologie communiste. C'est ce que montre parfaitement le texte Altermondialisme : une analyse critique. Et comme le communisme a échoué partout dans le monde, en apportant la misère, la dictature totalitaire, la négation des droits de l'homme au profit des « représentants du peuple »…

Voir aussi l'Appel de Heidelberg [283], signé par des centaines de scientifiques.

1.9               Le commerce international tire la croissance du PIB mondial

Pour comprendre pourquoi le commerce international libre (c'est-à-dire sans barrière douanière ou réglementaire) est profitable à tous les pays il est bon de commencer par lire ce court texte.

 

Le graphique ci-dessous, extrait de [202] montre que la croissance du commerce mondial, c'est-à-dire des exportations, entraîne celle du PIB. Les exportations ont bien été comptées en volume, c'est-à-dire inflation déduite.

 

 

 

 

A partir d'une base 100 en 1951, le volume du commerce mondial a été multiplié par 23.2 et le PIB par 7.2, tandis que la population mondiale n'était multipliée que par 2.46 (voir [203]). Et la production agricole par habitant a été multipliée par 1,29 depuis 1961 [264]. Même s'il reste en 2005 deux milliards de personnes mal nourries (sur une population totale de 6.3 milliards d'habitants), on voit que, contrairement à ce que les gauchistes en général et les altermondialistes en particulier voudraient nous faire croire :

 

La mondialisation a entraîné une formidable croissance
du niveau de vie moyen

Sans la mondialisation, le développement des pays pauvres
aurait été insuffisant pour nourrir leur population qui explose

 

On remarque aussi la quasi absence de périodes de récession : au niveau mondial, commerce et PIB ont presque toujours été supérieurs, chaque année, à l'année précédente. Et, avec une croissance de 5 % du PIB mondial, l'année 2004 a été une des meilleures depuis très longtemps (dommage que les exportations de la France n'aient pas suivi et que nous perdions des parts de marché).

 

Non seulement le commerce international se développe vite avec la mondialisation, mais sa part dans le PIB mondial augmente, comme le montre le graphique ci-dessous issu de [307] :

 

 

Le commerce mondial représente une part croissante du PIB mondial

 

 

La part croissante du commerce prouve que la spécialisation progresse : chaque pays achète de plus en plus à l'étranger ce qui y est produit moins cher ou meilleur, ou qu'il ne peut pas ou ne sait pas produire lui-même. L'intérêt d'acheter plutôt que de produire soi-même est expliqué en détail dans "L'intérêt du commerce international libre".

1.9.1           Comparaison de la croissance du PIB de pays ouverts et de pays fermés

Plus un pays pratique un commerce international ouvert, c'est-à-dire dénué de barrières douanières ou tarifaires, plus son PIB par habitant est élevé, comme le montre le graphique suivant, issu lui aussi de la Banque Mondiale [307] :

 

 

Relation entre ouverture au commerce international et PIB par habitant 2003
des divers groupes de pays dont l'économie est :
OPEN = ouverte ; MOSTLY OPEN = plutôt ouverte ;
MOSTLY CLOSED = plutôt fermée ; CLOSED = fermée

 

 

D'après [273] page 356, voici un graphique comparant la croissance moyenne entre 1966 et 1990 de 8 pays au commerce toujours ouvert et de 40 pays au commerce toujours fermé :

 

 

Croissances moyennes comparées de 8 pays toujours ouverts au commerce international et de 40 pays toujours fermés, de 1966 à 1990
La forte baisse de croissance des années 1974-1975 suit le 1er choc pétrolier

 

 

On voit que la croissance des pays ouverts a été en moyenne de l'ordre de 5 % par an et jamais inférieure à 2 % par an, alors que celle des pays fermés a été en moyenne de 1 % par an et a oscillé entre -2 % et +3 % par an.

 

Cet exemple montre lui aussi clairement que l'ouverture des frontières au commerce favorise la croissance du PIB alors que leur fermeture l'handicape.

1.9.2           Mondialisation et croissance

Bien entendu, comme le montre le graphique ci-dessous issu du rapport [267] d'avril 2005, le niveau de vie réel (PIB mondial par habitant, calculé à parité de pouvoir d'achat), a augmenté de 2 à 3 % par an depuis 1970 et continuera à augmenter encore plus vite, malgré l'accroissement de la population :

 

 

Evolution du PIB mondial par habitant à parité de pouvoir d'achat
(en ordonnées on a la croissance en % par an)

 

Exemple du Bangladesh

L'effet bénéfique de la mondialisation est décrit dans [273] page 10 à propos du Bangladesh :

"Le PIB par habitant à doublé approximativement depuis l'indépendance [en 1971]. L'espérance de vie est passée de 46 ans à 62 ans. La mortalité infantile (nombre d'enfants qui meurent avant leur premier anniversaire sur 1000 naissances) a baissé de 145 en 1970 à 48 en 2002."

 

Cas de la Chine

Voici deux citations extraites de [259] :

"… la Banque Mondiale estime à plus de 40 milliards de dollars les gains annuels que la Chine retire de son adhésion à l'OMC. Elle calcule aussi que cette dernière a rapporté 75 milliards de dollars de recettes supplémentaires au reste du monde."

"Globalement les échanges commerciaux chinois ont doublé depuis 2001…"

 

L'accélération de la croissance des échanges commerciaux de la Chine se voit sur le graphique suivant ; elle est particulièrement nette depuis fin 2001, lorsque la Chine a commencé à ouvrir son commerce en adhérant à l'OMC :

 

 

 

 

Les plus chauds partisans de la mondialisation sont l'Inde et la Chine, qui n'auraient aucune chance de faire travailler et nourrir leur population pour sortir de la pauvreté sans la formidable croissance de leur économie induite par le développement mondialisé des échanges. La croissance des exportations de la Chine et de l'Inde est illustrée par les graphiques ci-dessous, issus de [304] :

 

 

Exportations de marchandises de la Chine :
(attention : l'échelle est en dizaines de
milliards de dollars, la France a exporté 341 milliards d'euros de biens en 2004 et la Chine 593 milliards de dollars)

Exportations nettes de services de l'Inde
(source REXECODE)

 

 

 

On voit que les exportations chinoises de marchandises ont déjà dépassé celles du Japon et de la France et sont en train de rattraper celles des Etats-Unis et de l'Allemagne. En 2005, le solde (c'est-à-dire la balance exportations - importations) des services de l'Inde (16 milliards de dollars), est supérieur à celui de la France (7.8 milliards d'euros, c'est-à-dire environ 10 milliards de dollars).

1.10           Le chômage baisse dans certains pays et pas d'autres

Comme nous savons depuis le tome 1 que la croissance du PIB entraîne celle de l'emploi, nous en déduisons que l'emploi total a augmenté dans le monde, tiré par le PIB, et qu'il a augmenté plus vite que la population totale. Selon [204], le chômage a diminué, par exemple, dans les pays suivants où, malgré la croissance de la population, le taux d'emploi est passé :

§   En Chine: de 52.7 % en 1952 à 60.7 % en 2000, malgré une multiplication de la population par 2.21 ! ;

§   En Corée de 35.6 % en 1953 à 43.1 % en 2000, malgré une multiplication de la population par 2.22 !

 

Par contre, dans certains pays la natalité est si forte que la croissance du PIB n'arrive pas à faire croître l'emploi aussi vite que la population :

§   En Inde par exemple, le taux d'emploi a décru de 46.2 % en 1950 à 38.5 % en 1981 (malgré une croissance moyenne du PIB d'environ 4 % par an) ; heureusement il croît depuis cette date, atteignant 39.9 % en 2000, alors que la population du pays augmente d'environ 15 millions d'habitants par an et rattrapera celle de la Chine vers 2025.

C'est qu'en Inde les réformes libérales récentes de l'économie commencent à porter leurs fruits, le PIB croissant à un rythme de 8.5 % en 2003 et 6.9 % en 2004 d'après [243] (en moyenne 6 % par an depuis 1990). Le taux de chômage de 9.5 % est inférieur au taux français (9.9 %), et la dette nationale est inférieure à la dette française en proportion du PIB : 59.7 % contre 65 % en 2005. (Sources : [204] et [205])

§   Au Bangladesh, le PIB par habitant, exprimé en dollars constants de 1996, a augmenté de 0.44 % par an de 1960 à 1970 et de 1.42 % par an de 1970 à 2000. Et la mortalité infantile (c'est-à-dire le nombre d'enfants qui meurent avant leur premier anniversaire pour 1000 naissances) est passée de 145 en 1970 à 48 en 2002.

Malgré ces chiffes encourageants, le taux d'emploi n'a cessé de baisser : de 1.12 % par an de 1960 à 1970, et de 0.64 % par an de 1970 à 2000. A l'évidence, ce pays ne sort pas du chômage, le taux d'emploi en 2000 étant de 25.3 % (contre 54.9 % en France, chiffre lui-même nettement moins bon que ceux du Royaume-Uni ou des Etats-Unis).

Jusqu'à récemment le Bangladesh a reçu beaucoup de sous-traitance textile, mais il va en perdre la majeure partie parce qu'il n'a pas assuré ses approvisionnements en coton, désormais accaparés par la Chine et l'Inde. C'est un exemple des inégalités générées par la mondialisation : les pays moins dynamiques, moins organisés, comme le Bangladesh par rapport à son voisin l'Inde ou à la Chine, perdent des parts de marché à l'exportation et des emplois.

1.10.1       Le chômage dans le monde

Selon les chiffres 2006 du BIT, entre 1995 et 2005 la population du monde a augmenté de 767 millions d'habitants, pour atteindre 6453 millions. Pendant ce temps-là, le nombre total de chômeurs a augmenté seulement de 34.5 millions, pour atteindre 191.8 millions (d'où un nombre de chômeurs par rapport à la population de moins de 3 %, et un taux de chômage par rapport à la population active encore plus faible). Il faut donc dénoncer ceux qui accusent la mondialisation de créer le chômage : en plus de la croissance du niveau de vie moyen, le taux de chômage par rapport à la population a baissé.

1.10.2       Situation de l'emploi en 2004 : comparaison de la France avec le monde

Selon [256], le taux mondial de chômage a baissé de 6.3 % en 2003 à 6.1 % en 2004 : malgré la forte population des pays pauvres, la moyenne mondiale de chômage est inférieure au chômage français.

      La forte croissance du PIB mondial (5 % en 2004 et 2005, deux fois plus qu'en France) n'a créé que 1.7 % d'emplois supplémentaires, juste assez pour que le taux d'emploi mondial (rapport entre le nombre d'emplois et la population en âge de travailler) demeure constant à 61.8 % malgré la croissance de la population ; il est intéressant de constater que ce taux est quasiment identique à celui de la France, qui est de 61.9 % : nous ne faisons pas mieux que la moyenne mondiale, où la majorité de la population vit dans des pays pauvres !

      La croissance créant plus d'emplois qualifiés que d'emplois non qualifiés, pour que les pays pauvres (où la population croît le plus vite) connaissent une réduction du chômage, il faut que leur niveau d'instruction progresse, ce qui demandera du temps.

 

En tout cas, vu le taux de chômage et le taux d'emploi en 2004, la situation moyenne mondiale était plutôt meilleure que la situation française, alors que trop d'ennemis de la mondialisation nous la décrivent comme catastrophique. Et voici, en 2005, une comparaison des taux de chômage des pays de l'Union européenne à 25 fournie par l'INSEE, pays comparables à la France et partenaires économiques :

 

 

Pays de l'UE25

Taux de
chômage
moyen en
2005 (%)

Allemagne

9.5

Autriche

5.2

Belgique

8.4

Chypre

5.3

Danemark

4.8

Espagne

9.2

Estonie

7.9

Finlande

8.4

France

9.5

Grèce

9.8

Hongrie

7.2

Irlande

4.3

Italie

7.7

Lettonie

8.9

Lituanie

8.3

Luxembourg

4.5

Malte

7.3

Pays-Bas

4.7

Pologne

17.7

Portugal

7.6

République tchèque

7.9

Royaume-Uni

4.7

Slovaquie

16.3

Slovénie

6.5

Suède (provisoire)

7,8

Moyenne UE à 25

8.7

Taux de chômage 2005 dans l'Union européenne à 25
En vert : pays à économie la mieux gérée

 

1.11           Mondialisation et pauvreté

1.11.1       Pays en voie de développement : croissance du PIB, recul de la pauvreté

Le graphique ci-dessous, issu de [304], montre des exemples de croissance du niveau de vie de pays plus pauvres que nous depuis 1965 :

 

 

Amélioration spectaculaire du niveau de vie des pays émergents
(source REXECODE)

 

 

Le graphique suivant, issu lui aussi de [304], montre que ces pays ont encore des progrès à faire pour rattraper notre niveau de vie :

 

 

Le niveau de vie des pays émergents est en retard sur celui des pays industrialisés
(source REXECODE)

 

 

1.11.1.1                Décroissance de la pauvreté et de l'extrême pauvreté

Sources : [237] et [238].

 

Dans les pays en voie de développement, dans les 20 années entre 1981 et 2001 :

§   La proportion de gens extrêmement pauvres (définis comme ceux qui disposent de moins de $1 par jour) a été divisée par près de deux, passant de 40 à 21 % de la population mondiale (de 1.5 milliard de personnes en 1981 à 1.1 milliard aujourd'hui - malgré la croissance de la population) ;

§   Le PIB par habitant a augmenté de 30 %.

§   Le graphique ci-dessous, issu de [237], illustre la décroissance de la proportion de gens extrêmement pauvres, si l'on tient compte de l'accroissement de la population de chaque région pendant ces 20 ans. En effet, cet accroissement était de 1.6 % par an sur la période considérée d'après [233] page 155, c'est-à-dire 37 % en 20 ans. Donc quand le nombre de gens extrêmement pauvres d'une région est resté stable, leur proportion a été divisée par 1.37.

 

 

Décroissance de la proportion de gens extrêmement pauvres
(tenir compte de l'accroissement de la population)

 

 

On voit que l'Afrique subsaharienne est la seule région où la population extrêmement pauvre croît : à l'évidence, elle reste à l'écart de la mondialisation. Le rapport [287] contient toutefois des espoirs d'amélioration : page 22 on y lit :

"Après deux décennies de déclin du revenu moyen, l’Afrique subsaharienne a affiché une augmentation de 1,2% par an depuis l’an 2000. Il est prématuré de déclarer cette avancée comme étant un tournant décisif, mais il existe des indications qui montrent que la croissance pourrait prendre racine dans un nombre croissant de pays de la région."

1.11.1.2                Régions où la pauvreté a augmenté ou diminue à peine

Il y a des régions où la proportion de pauvres a augmenté ou diminué à peine, en Amérique latine, en Afrique, en Europe de l'est ou en Asie centrale. Dans la plupart des cas, la croissance de la pauvreté n'a aucun rapport avec la mondialisation. Elle est due d'abord à la corruption, qui affecte tous les pays pauvres ; c'est le cas, par exemple, au Cambodge et un peu partout en Afrique. Elle est due ensuite aux subventions des pays riches à leurs agriculteurs, subventions qui empêchent les agriculteurs des pays pauvres de vendre leurs produits sur les marchés mondiaux à un prix correct.

 

L'objectif du millénium, approuvé par 189 pays en l'an 2000 [289], qui est de réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de pauvres de 1990 peut être atteint par certains pays mais pas par d'autres, bien que nous soyons aujourd'hui à peu près certains de l'atteindre à l'échelle mondiale.

1.11.1.3                Asie du sud et de l'est

En Asie du sud et de l'est, le progrès économique a tiré plus de 500 millions de personnes de la pauvreté.

 

En Asie de l'Est, où le PIB par habitant a triplé, avec une croissance moyenne de 6.4 % par an, la proportion de personnes en extrême pauvreté est tombée de 58 à 16 %; plus de 400 millions de gens ont été tirés de cette condition.

 

En Chine, le PIB par habitant a été multiplié par 5 depuis 1981, la proportion de gens extrêmement pauvres passant de 64 % à 17 %.

 

Le graphique ci-dessous illustre cette évolution, en montrant l'évolution du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant :

 

 

Evolution du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant
en Asie de l'Est - Pacifique

 

 

En Asie du sud, la croissance annuelle moyenne de 5.5 % a réduit la proportion de gens extrêmement pauvres de 41 à 31 % depuis 1990.

 

Selon Le Figaro économie du 09/12/2004 page XI, l'économie indienne est en train de se moderniser rapidement, puisqu'elle est passée, depuis 1970, d'une prépondérance de l'agriculture à une prépondérance des services :

 

 

Agriculture

Industrie

Services

1970

47 %

20 %

33 %

2003

22 %

26 %

52 %

Répartition du PIB de l'Inde par secteur d'activité

 

Même en excluant la Chine, l'Inde et la Russie, la croissance des économies des pays en voie de développement a été de 5 % en 2004.

1.11.1.4                Afrique sub-saharienne

Contrairement à l'Asie de l'est et du sud, l'Afrique sub-saharienne s'est enfoncée dans la pauvreté, le PIB par habitant ayant baissé de 13 % et la proportion de gens extrêmement pauvres passant de 42 à 47 %.

 

 

Evolution prévue du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant
en Afrique sub-saharienne

 

1.11.1.5                Pourquoi ce désastre économique et humanitaire ?

Ce désastre économique et humanitaire s'explique surtout par la mauvaise gouvernance de ces pays, dominés par des tyrannies corrompues. Il s'explique aussi par la difficulté qu'ils ont à vendre leurs produits agricoles aux pays riches, qui subventionnent leurs agriculteurs à hauteur de 330 milliards de dollars par an. C'est ainsi, par exemple, que l'Union européenne subventionne chaque vache à hauteur de plus d'un euro par jour, c'est-à-dire plus que ce dont la moitié des africains disposent pour vivre.

 

En outre, selon le rapport des Nations unies [287], l'ouverture des marchés intérieurs au commerce mondial résultant de la mondialisation ne suffit pas à faire baisser l'écart entre pays en voie de développement et pays industrialisés, les pays d'Afrique sub-saharienne perdant peu à peu du terrain parce qu'ils dépendent fortement de leurs exportations agricoles. Ces exportations sont soit impossibles soit insuffisamment rémunératrices, du fait des subventions des pays riches aux exportations de leurs propres agriculteurs, subventions qui cassent les cours mondiaux. Le rapport [287] chiffre à 24 milliards de dollars par an la perte de revenu des pays en voie de développement due aux subventions agricoles des pays riches.

 

Donc au lieu de militer pour trouver quelques milliards de dollars d'aumônes pour les pays pauvres en taxant les billets d'avion dans quelques pays, le président Chirac ferait mieux de créer les conditions qui leur permettent de vendre leur produits : cela les aiderait à se développer plutôt qu'à vivre de subventions ; et au lieu de trouver ainsi au maximum 2 milliards de dollars par an à partir de quelques 300 millions de billets d'avion, on trouverait 24 milliards de dollars, c'est-à-dire 10 fois plus. Mais le président Chirac veut les voix de ses agriculteurs…

1.11.1.6                Une note d'espoir

Heureusement, les projections de PIB par habitant pour l'Afrique sub-saharienne laissent espérer une reprise de la croissance :

§   En Europe de l'est et Asie centrale (hélas, les statistiques sont groupées pour ces deux régions) la disparition des régimes à économie planifiée (c'est-à-dire communistes) a fait passer la proportion de gens extrêmement pauvres de près de 0 en 1981 à 6 % en 1999. Heureusement, cette proportion baisse aujourd'hui.

§   En Amérique latine et centrale, la proportion de gens pauvres (moins de $2 par jour) ou extrêmement pauvres est restée stable depuis 1981. Dans ce cas-là, aussi, le problème est la mauvaise gouvernance et la corruption.

§   Enfin, au Moyen-Orient et en Afrique du nord, la proportion de gens extrêmement pauvres a diminué de moitié depuis 1981, et celle des pauvres a baissé de 29 % en 1981 à 22 % en 2001. On le voit sur le graphique ci-dessous.

 

 

Evolution du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant
au Moyen-Orient

 

 

Dans ces pays, le pétrole a apporté de l'argent, mais celui-ci a été confisqué par les riches et n'a pas servi à créer des emplois pour les pauvres.

1.11.2       Comparaison de croissance des pays pauvres avec les pays riches

Le graphique ci-dessous montre que, depuis 1991, la croissance des pays pauvres est systématiquement plus rapide que celle des pays riches : le fossé entre ces deux groupes de pays est en train de se combler.

 

On voit aussi que l'évolution du PIB par habitant de l'ensemble du monde est pratiquement confondue avec celle des pays riches, dont la somme des PIB est très supérieure à celle des pays pauvres.

 

 

Evolution du pourcentage de croissance annuelle du PIB par habitant :
comparaison des pays pauvres avec les pays riches

 

 

1.11.3       Réduction des inégalités

L'animation [239] (programme de 1 MB à télécharger, nécessitant un utilitaire Macromedia téléchargeable gratis) montre clairement la réduction des inégalités et la croissance des revenus dans pas mal de pays.

1.11.4       Conclusions

§   La pauvreté et les inégalités reculent très vite dans le monde, plus vite qu'elles n'ont jamais reculé.

§   La croissance des PIB par habitant et le recul de la pauvreté sont dus à la mondialisation. Celle-ci se manifeste par l'abaissement des barrières douanières et réglementaires, ce qui entraîne un développement des échanges commerciaux et des investissements à l'étranger, ainsi qu'une augmentation de la productivité. Cette augmentation entraîne la croissance des biens et services disponibles, c'est-à-dire celle du niveau de vie.

Quoi qu'en disent les gauchistes en général et les altermondialistes en particulier, la libéralisation des économies réduit la pauvreté et les inégalités.

§   Les pays où la pauvreté perdure et ceux où elle augmente sont ceux qui sont gouvernés par des tyrannies corrompues, qui gaspillent les dons et subventions qu'elles reçoivent, et dont les régimes sont trop instables pour que les pays riches puissent y investir en toute sécurité.

§   La situation des pays pauvres serait meilleure si nous achetions davantage leurs produits au lieu de subventionner nos agriculteurs et de freiner les importations.

§   Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265].

1.11.5       Exemples de progrès de la santé et de la production agricole

Selon [262] :

§   La campagne d'éradication de la variole lancée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1967 (10 à 15 millions de cas cette année-là) a fait disparaître la maladie en 13 ans.

§   En 1988, 350 000 personnes dans le monde souffraient de polio. L'OMS a alors lancé une campagne de 3 milliards de dollars et 20 millions de volontaires : le nombre de cas de polio est passé en 2003 à 784.

§   En 1960, la production de blé de l'Inde était de 11 millions de tonnes. Elle a atteint 24 millions en 1970, grâce à de nouvelles variétés à haut rendement dont les semences provenaient de pays évolués. Aujourd'hui l'Inde exporte des céréales !

1.11.6       Que faire pour les pays pauvres ?

Contrairement à ce que proposent certains politiciens mal informés, la solution aux problèmes de pauvreté ne peut se contenter d'annuler les dettes des pays pauvres. Celles-ci sont souvent dues à la corruption et à une mauvaise gouvernance. En annulant simplement les dettes, on rétablit la capacité d'emprunt des dirigeants incapables ou corrompus, ce qui les encourage à recommencer.

1.11.6.1                Causes de la pauvreté et de l'extrême pauvreté

Voici, d'après [273] pages 54 à 66 les causes de la pauvreté d'un pays (définie comme un PIB par habitant de moins de $2 par jour) et de l'extrême pauvreté (moins de $1 par jour) :

§   L'état sanitaire de la population

Les pays extrêmement pauvres paient un lourd tribut à 3 maladies : malaria, sida et tuberculose, qui y tuent chaque jour 10 000 personnes rien qu'en Afrique. La proportion des adultes tués par ces maladies est telle, dans certains pays, qu'il n'y a plus assez de gens pour travailler la terre.

§   Le manque d'épargne

Une famille pauvre n'a pas les moyens d'épargner. En cas de baisse de revenu (par maladie, chômage, mauvaise récolte, etc.) elle n'a pas les moyens de survivre et de rebondir. Le diagnostic est le même pour un pays entier.

Même si la famille survit, elle ne peut sans capital acheter des semences sélectionnées ou du matériel agricole pour améliorer sa productivité. Elle ne peut financer un puits, etc.

§   L'absence de commerce

L'absence de routes fait qu'un village ne peut vendre ce qu'il produit et acheter ce que produisent d'autres villages. L'absence de port de mer (comme en Bolivie ou au Malawi, pays enclavés) fait qu'un pays ne peut profiter du commerce maritime, qui représente environ 80 % du commerce mondial total. Ce manque de communications handicape le commerce, local et/ou international, empêchant donc la spécialisation, qui ne peut se passer de ces échanges. L'absence de spécialisation empêche le progrès de la productivité.

Le commerce peut aussi être bloqué par une politique gouvernementale de fermeture des frontières, comme celle qu'ont pratiquée pendant des années les pays non alignés et que veulent pratiquer en France ceux qui veulent quitter l'Union européenne.

Le commerce peut aussi être bloqué par la guerre ou l'insécurité, qui font craindre à un fournisseur de ne pas être payé pour ses livraisons, à un investisseur de perdre son investissement, etc.

§   L'épuisement des ressources naturelles

La surexploitation agricole appauvrit les sols, la surpêche appauvrit les mers, etc.

§   Les catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre, sécheresse…

§   L'explosion démographique

Selon [273] page 263, les méthodes modernes de contraception ont permis une réduction spectaculaire des taux de fertilité, qui est passé de 5.0 enfants par femme en 1950-1955 à 2.8 enfants par femme en 1995-2000. Les programmes de planning familial ont joué un rôle considérable.

§   Les barrières culturelles

Certaines cultures empêchent les femmes de travailler (exemple : l'Arabie Saoudite) ou d'accéder aux responsabilités (exemple : Japon), d'où un formidable gaspillage de ressources humaines productives.

L'habitude, dans certains pays musulmans, est de réserver l'essentiel de l'enseignement au Coran, en n'enseignant que des rudiments d'autres matières. L'absence quasi-totale d'enseignement scientifique et technique prive le pays des scientifiques et des ingénieurs susceptibles de faire progresser son industrie et d'innover.

Certaines cultures empêchent une partie de la population d'accéder à certains postes (discrimination à l'emploi). La France, par exemple, pratique sans l'avouer une certaine discrimination contre l'emploi des personnes issues de l'immigration. L'Inde a un système de castes qui survit encore de nos jours.

§   La corruption de l'administration ou la mauvaise gouvernance

§   Les barrières douanières et les sanctions imposées par les pays étrangers

§   L'absence d'innovation

Les pays pauvres n'ont pas d'inventeurs, soit parce que le niveau technique y est trop faible (cas des pays arabes, par exemple), soit parce que leur marché est trop petit pour rentabiliser une éventuelle innovation, soit parce qu'ils sont isolés du reste du monde par des barrières qui les empêchent d'acheter des brevets.

L'absence d'innovation empêche d'utiliser des articles qui améliorent la productivité : le pays ne peut conquérir de nouveaux marchés extérieurs ; il ne peut même pas résister aux concurrents étrangers qui innovent, eux.

1.11.6.2                Ce qu'on peut faire

On peut s'attaquer aux problèmes ci-dessus un par un, et notamment :

§   Financer et effectuer les travaux d'infrastructure permettant aux habitants de ces pays de mieux travailler : routes, eau potable, égouts, hôpitaux, électricité, écoles, téléphones, ports de mer, etc.

§   Aider les populations à mieux exploiter leurs ressources naturelles agricoles et minières par des transferts de technologie et de semences sélectionnées, des travaux d'irrigation, de l'équipement minier, etc.

§   Faire sauter les barrières commerciales et les subventions à nos propres agriculteurs qui les empêchent de vendre leurs produits.

§   Former leurs enfants et leurs adultes, tout en protégeant leur santé, notamment contre le sida et le paludisme.

§   Faire régner la paix en empêchant les guerres tribales ou les luttes sanglantes pour le pouvoir.

§   Annuler les dettes et donner de l'argent pour soigner la population et lui permettre d'acheter de quoi augmenter sa productivité.

§   Voir en complément le court texte "La fracture agricole mondiale" [265] et surtout [273], qui propose un programme mondial concret très complet de lutte contre la pauvreté.

1.11.7       Les pays pauvres reçoivent beaucoup d'argent

Il y a aux Nations unies de nombreux programmes pour les pays pauvres, notamment [270], et il suffirait de 50 milliards de dollars de plus par an pour éradiquer partout la pauvreté et les maladies graves en quelques décennies [273].

 

Voici un graphique extrait de l'étude [225] page 16 :

 

 

Flux nets de capitaux apportés par l'ensemble des donneurs
à l'ensemble des pays en développement en millions de dollars

 

Signification des abréviations :

§   IDE : Investissement Direct Etranger (achats et créations de sociétés…) ;

§   APD : Aide Publique au Développement [206].

 

Contrairement aux affirmations qu'on entend ici ou là selon lesquelles les pays riches prennent de l'argent aux pays pauvres, le graphique montre bien que les pays riches apportent de l'argent aux pays pauvres, sous forme de dons et d'investissements directs. Et le graphique ne prend pas en compte le volume considérable des dons privés, comme les 67 milliards de dollars de Bill Gates et Warren Buffett.

 

Ce qui est vrai, par contre, c'est que les pays riches ne tiennent par leur promesse de consacrer 0.7 % de leur PIB au développement des pays extrêmement pauvres et à l'éradication des principales maladies qui les frappent : malaria, sida et tuberculose. [273] fait le point sur ce problème page 213 et propose un plan d'action chiffré.

 

Une bonne nouvelle pour finir : selon Le Figaro économie du 25/05/2005, l'Union européenne s'est engagée le 24/05/2005 à augmenter l'APD de 20 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici 2010. Bien que considérable, cette somme ne représente que 49 € par habitant et par an en plus des 100 € actuels.

1.11.8       Effet de l'aide aux pays pauvres sur leur croissance

L'article [301] de décembre 2005 explique pourquoi des économistes pensent aujourd'hui qu'il n'y a pas de relation de cause à effet claire et robuste entre aide économique à un pays pauvre et croissance de ce pays.

§   Il y a des cas où l'aide extérieure a fragilisé certains secteurs d'activité, en diminuant leur compétitivité, s'avérant ainsi plus nocive qu'utile.

C'est ce qui se passe aussi en France quand l'Etat subventionne des sociétés comme la SNCF, incapable de résister à la concurrence en matière de fret ; ou des secteurs d'activité comme l'agriculture ; ou des salariés payés bien plus que la valeur qu'ils produisent parce que le SMIC est trop élevé, etc.

§   Il y a des cas où l'aide a été gaspillée, ou donnée aux amis des gens chargés de la répartir, ou s'est retrouvée dans des banques suisses ;

§   Il y a des cas où le pays a décollé seulement lorsque l'aide a cessé (la Corée, par exemple) ;

§   Et il y a des cas où l'aide économique a été très bénéfique : par exemple le Plan Marshall, qui a permis à l'économie européenne de redémarrer après la deuxième guerre mondiale.

 

En fait, les économistes cherchent toujours les règles de politique dont l'aide internationale doit être assortie pour qu'elle provoque la croissance économique du pays bénéficiaire. Certaines règles sont connues, bien qu'elles ne constituent pas un ensemble de conditions assurant le succès :

§   Institutions stables et respect des lois ;

§   Législation encourageant la liberté d'entreprendre, l'investissement, le commerce international ;

§   Discipline fiscale (déficit et inflation maîtrisés) ;

§   Taux de change assurant la compétitivité des exportations…

1.11.9       Les transferts de fonds des travailleurs immigrés

Il faut aussi connaître le rôle important que joue l'immigration dans les pays riches de travailleurs originaires de pays pauvres sur les transferts de fonds vers ceux-ci : ces travailleurs envoient chez eux chaque année environ 72 milliards de dollars.

1.12           Mondialisation ou agilité ?

Nous avons vu que la mondialisation produit des marchés plus grands, générateurs d'économies d'échelle ainsi que de budgets de marketing et de R&D plus importants. C'est une des raisons de croire aux bienfaits de l'intégration de l'Union européenne, et d'estimer que son élargissement rapide à 10, puis 15, puis 25 pays, etc. permettra une plus forte croissance des économies.

 

Mais la taille n'est pas la seule manière de favoriser la croissance et la compétitivité, il y a aussi l'agilité, c'est-à-dire l'aptitude à s'adapter rapidement aux évolutions des technologies, des goûts des consommateurs et du contexte changeant de l'économie. Et l'expérience montre que plus un ensemble d'hommes est petit, plus il a des chances d'être agile : l'adaptation d'une petite entreprise est plus rapide que celle d'une grande entreprise, l'adaptation d'un petit pays plus rapide que celle d'un grand pays. Au point de vue agilité, l'Union européenne est un frein plutôt qu'un avantage, car son fonctionnement est basé sur l'accord d'un grand nombre de pays aux intérêts en général divergents, et aux points de vue opposés.

      En outre, la législation du travail contraignante adoptée par la France et l'Allemagne s'oppose à la mobilité des salariés (entre professions et entre régions) indispensable à l'agilité, ainsi qu'aux destructions créatrices d'emplois.

 

C'est ainsi qu'une petite entreprise qui innove beaucoup, souvent nouvelle, peut se trouver ou se créer des créneaux de marché où il n'y a pas encore de concurrence. C'est ainsi qu'une entreprise qui sait se réorganiser rapidement pour profiter de l'informatique et des communications peut accroître sa compétitivité de manière spectaculaire. C'est ainsi que des petits pays peuvent survivre à côté des grands en se spécialisant et en devenant complémentaires.

Exemple 1 : le constructeur automobile BMW s'est trouvé un créneau de marché où on apprécie la technicité, la sportivité et la qualité. De ce fait, sa croissance rapide lui a permis de rejoindre son rival Mercedes, ses bénéfices sont considérables, bref son avenir est assuré malgré l'absence de coopération industrielle pratiquée systématiquement par les autres constructeurs.

Exemple 2 : la dimension d'une multinationale n'est pas forcément un atout. A preuve l'acquisition par Hewlett-Packard en 2002 de son concurrent Compaq pour 19 milliards de dollars, qui s'est terminée en février 2005 par le limogeage de la présidente Carleton Fiorina, parce les bénéfices n'étaient pas au rendez-vous et le concurrent DELL était de plus en plus fort.

 

La politique de l'Union européenne a trop favorisé les gains par la taille et l'intégration au détriment de l'agilité des pays membres et de leur adaptation économique rapide, agilité freinée par les délais pour se mettre d'accord, l'impossibilité d'y arriver dans des domaines essentiels comme l'unification fiscale, les lois générales contraignantes. Comme le soulignent les rapport Camdessus [227] et Beffa [245], la quasi-absence de coopération en matière de recherche et développement fait que les Européens ne profitent pas du nombre d'habitants de l'Union et de son PIB pour rester à l'avant-garde dans des domaines de haute technologie essentiels : TIC (Technologies de l'Information et des Communications), biotechnologies, etc.

 

Pour mieux comprendre l'impact d'Internet sur l'agilité, voir la citation sur Internet dans "La France obligée d'innover sans cesse".

 

Comparaison de l'Union européenne avec le concurrent américain

Pour le plus grand malheur des Européens en matière de compétitivité, les Etats-Unis prennent de plus en plus l'avantage à la fois en matière de taille de leur économie, qui croît plus vite que la nôtre, et d'agilité, parce qu'ils innovent plus et s'adaptent plus vite aux évolutions de l'économie mondiale et des technologies. Leur productivité croît plus vite que celle de l'Union européenne. Et comme nous le verrons plus bas, la productivité est la clé de la compétitivité.

      Enfin, la population de l'Union européenne à 25 a beau être moitié plus nombreuse que celle des Etats-Unis, son utilisation est bien moins efficace : le chômage y est moitié plus élevé, le taux d'activité de la population bien plus faible et le nombre d'heures de travail nettement inférieur.

1.13           La mondialisation génère des inégalités considérables

1.13.1       Inégalités entre pays

D'après le rapport [267] d'avril 2005, l'expansion économique est très différente d'un pays à un autre. Les pays pauvres croissent plus vite que les pays riches :

§   C'est vrai en Asie, où la croissance de la Chine et de l'Inde (respectivement 9.5 % et 7.3 % en 2004) est bien plus rapide que celle du Japon (2.6 % en 2004).

§   C'est vrai dans l'Union européenne, où la croissance de la Pologne et des pays baltes (respectivement 5.3 % et 6.9 % en 2004) est bien plus rapide que celle de la France et de l'Allemagne (respectivement 2.4 % et 1.7 % en 2004).

§   Les Etats-Unis sont une exception à cette règle, avec une croissance de 4.4 % en 2004, la plus forte de tous les pays riches !

 

Le graphique ci-dessous, issu de [304], donne des exemples de différence de croissance :

 

 

L'Inde dépasse le Japon en 2006
La Chine a dépassé la zone euro en 2005 et dépassera les Etats-Unis en 2011
(source REXECODE)

 

 

Il y a cependant des pays pauvres qui ne s'en sortent pas, essentiellement parce que leur gouvernance n'est pas bonne (lois pas respectées, corruption, violence ou guerres, etc.) Voir l'exemple du Bangladesh.

 

La seule manière de réduire ces inégalités est de favoriser la croissance des pays et régions défavorisées : investissements en infrastructures, en santé et en éducation, abaissement de nos barrières commerciales qui freinent leurs exportations, etc. ; dans l'Union européenne par exemple, c'est le rôle des fonds structurels européens qu'on investit dans les régions défavorisées.

      Ce n'est pas avec des dons et de l'effacement de dettes qu'on peut sortir les pays pauvres de la misère : faire l'aumône n'a jamais fait travailler une personne, elle ne fait qu'accroître sa dépendance à l'égard de cette assistance.

1.13.2       Inégalités à l'intérieur d'un même pays

A l'intérieur même d'un pays en développement extrêmement rapide comme la Chine en 2005, certaines régions peuvent rester incroyablement pauvres, comme le montre l'exemple [276].

 

Cet exemple n'est pas isolé. Selon Le Figaro économie du 30/05/2005, le ministre du Commerce chinois, M. Bo Xilai, a déclaré le 27/05/2005 que "90 millions de Chinois vivent avec moins de 1 dollar par jour" et que "la Chine est encore un pays en voie de développement malgré deux décennies de forte croissance économique".

1.14           Mondialisation et exception culturelle

On parle en général, en France, d'exception culturelle pour dire que notre culture doit être préservée du déferlement des productions culturelles anglo-saxonnes qui risquent de la submerger et de la chasser de nos écrans et de nos CD, alors que ce qu'il faut protéger est la diversité culturelle, en France comme partout.

 

Si la France veut promouvoir sa culture à l'étranger, elle peut le faire sans le secours des subventions et discriminations généralement appelées « exception culturelle », notamment en utilisant Internet pour faire connaître les œuvres de ses riches musées et bibliothèques, les musiques libres de droits de ses compositeurs, les livres et pièces de ses auteurs. Cela ne coûte à peu près rien et permet d'atteindre de plus en plus d'internautes, à l'étranger comme en France. Or les internautes constituent de nos jours la majorité des gens qui lisent correctement dans les pays avancés.

 

La politique de subventions des artistes, des films de cinéma et de télévision permet la survie de beaucoup de médiocrité : films et téléfilms sans intérêt où la langue française est massacrée autant que la décence, artistes vivant essentiellement des indemnités de chômage versées aux intermittents du spectacle, sociétés de production utilisant les statuts d'intermittent pour payer moins de charges, etc.

 

Destinée à défendre la culture française contre l'envahissement de la langue anglaise et des productions industrialisées de Hollywood, cette politique n'empêche pas les œuvres en langue anglaise de parvenir jusqu'au public français, qui les compare toujours aux œuvres françaises et choisit celles qui lui plaisent le plus.

      De même, lorsqu'une création française est bonne, elle a du succès à l'étranger ; les subventions de l'exception culturelle peuvent tout au plus la faire mieux connaître. On ne devrait plus, de nos jours, subventionner la création artistique et la survie d'artistes qui ne peuvent s'imposer par leur talent, précisément parce que la mondialisation permet à chaque œuvre, chaque artiste, de toucher un public plus vaste que naguère.

 

Toute culture vit sans cesse et évolue au contact d'autres cultures. Considérer la culture française comme quelque chose de pur et libre d'influences étrangères est contraire aux faits. Une culture figée comme les œuvres des poètes latins est morte et n'a plus d'impact populaire. Et la première manière de faire vivre et prospérer la culture française est de la faire connaître et apprécier des Français, à l'école, au théâtre, à la télévision, etc.

 

Pour la protection de la langue française, voir les commentaires sur l'article de Maurice Druon.

1.15           Les reproches faits à la mondialisation

La majorité de l'opinion publique française se méfie des grandes entreprises et du capitalisme libéral. Voir à ce sujet le court texte "Mondialisation et frustrations".

 

Voici des reproches que les médias passent en général sous silence et quelques explications qu'ils ne donnent pas souvent à leur public. Les multinationales sont accusées de faciliter :

 

L'hégémonie des Etats-Unis, qui écrase la France

D'abord il faut mettre un terme au mythe des « capitalistes américains qui achètent le monde ». Selon l'étude on ne peut plus officielle de l'OCDE [225] de juin 2004, page 12 :

§   Le total des investissements directs étrangers (IDE) aux Etats-Unis de 1990 à 2002 (800 milliards de dollars) est équilibré par celui des investissements des Etats-Unis dans le reste du monde. Donc les Américains « achètent les pays étrangers » autant que les étrangers achètent l'Amérique, ni plus ni moins.

§   Pendant cette même période, la France a acheté plus d'actions d'entreprises étrangères (500 milliards de dollars) que les étrangers (Américains compris) ont acheté d'entreprises françaises (230 milliards de dollars).

 

Selon [225] page 5, pendant la décennie de 1994 à 2003 :

§   Les étrangers ont investi en France 351.6 milliards de dollars, somme considérable ;

§   Les Français (et surtout leurs entreprises) ont investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars, près du double du montant précédent.

 

Voir aussi les chiffres du paragraphe "La vigueur du commerce France - Etats-Unis".

 

Selon [305] :

"Fin 2005, 46.4 % des parts de sociétés cotées à la bourse de Paris étaient détenues par des non-résidents." [Donc 53.6 % étaient détenues par des Français.]

 

Sur le plan commercial, la crainte de l'hégémonie américaine n'est plus fondée depuis des années, les règles du commerce international étant négociées à l'OMC, et la France étant capable de se défendre avec succès dans le cadre européen, comme l'ont montré :

§   Notre victoire au conflit des droits d'importation des aciers aux Etats-Unis ;

§   L'imposition par l'Union européenne de 15 % de droits de douane supplémentaire sur un certain nombre de produits américains à partir du 01/05/2005 suite à une condamnation des Etats-Unis par l'OMC pour leur politique antidumping.

 

En outre, environ 2 millions d'emplois aux Etats-Unis dépendent d'entreprises à forte proportion de capitaux français, à peine moins que le nombre d'emplois en France où interviennent des capitaux américains : il n'y a pas écrasement, il y a interdépendance des deux économies.

 

Une mondialisation qui exploite les pays pauvres et leurs agriculteurs

Il est exact que les Etats-Unis et l'Union européenne ont une politique injuste vis-à-vis des agriculteurs des pays pauvres, dont les exportations sont gravement freinées par les énormes subventions aux agriculteurs américains et européens, ainsi que par les quotas et taxes d'importation. Il n'y a pas exploitation (terme issu du vocabulaire marxiste) des agriculteurs pauvres, il y a commerce inéquitable.

      Le problème est qu'aux Etats-Unis, comme en Europe, aucun gouvernement n'ose supprimer les subventions agricoles, de peur de perdre les voix des agriculteurs. Pourtant, ces subventions coûtent cher à leurs citoyens, en plus du mal qu'elles font aux pays pauvres.

 

Par contre, malgré les formidables progrès du PIB mondial et ceux des pays pauvres, il y a des pays très pauvres, représentant 1.1 milliard d'habitants, dont le PIB par habitant, inférieur à 1 dollar par jour à parité de pouvoir d'achat, régresse au lieu de progresser. Ce sont des pays agricoles qui n'ont à peu près rien à vendre et ne peuvent à peu près rien acheter. Environ 8 millions de personnes par an y meurent de misère, beaucoup plus donc que du fait de toutes les guerres réunies. La mondialisation ne leur fait ni bien ni mal, elle les ignore. (Voir [273] page 1). Heureusement, le programme du millénaire des Nations unies [270] progresse.

 

Voir aussi le paragraphe "Les pays pauvres reçoivent beaucoup d'argent".

Le gaspillage des ressources naturelles de notre planète et sa pollution, notamment par l'effet de serre

Ce n'est pas la mondialisation (c'est-à-dire le développement des échanges et de la production dû au progrès de la liberté) qui gaspille les ressources et pollue, ce sont les activités humaines. Les hommes et les entreprises doivent respecter les lois et règlements : c'est aux gouvernements qu'il appartient de créer ces lois et de les faire respecter ; ne nous trompons pas de coupable.

Les scandales financiers qui profitent aux patrons et aux grands actionnaires, au détriment des salariés et des petits épargnants

Cette dernière accusation est particulièrement injuste : s'il est vrai qu'aux Etats-Unis et en Italie des scandales financiers récents (ENRON, PARMALAT, etc.) ont dépouillé des petits actionnaires au profit de dirigeants crapuleux, en France ce sont des scandales dus à des dirigeants grands commis de l'Etat qui sont arrivés au même résultat (Crédit Lyonnais, France Télécom, etc.) sans que ces hauts fonctionnaires s'enrichissent. Et ce sont des élus qui ont dépouillé les contribuables au profit de partis politiques, au moyen de fausses factures, d'emplois fictifs et de fonds secrets. A la malhonnêteté de quelques grands patrons aux Etats-Unis répondent l'incompétence et l'irresponsabilité de quelques hauts fonctionnaires chez nous : ce n'est pas la mondialisation qui est coupable, c'est un ensemble d'hommes.

      Il ne faut donc pas, chez nous, accuser les patrons et les grands capitalistes de méfaits dus à notre propre système politique trop étatique ou à nos élus.

 

Il faut aussi comprendre que le concept de mondialisation est associé par trop de gens de gauche à celui de sociétés multinationales, dont beaucoup sont américaines, donc pour eux automatiquement détestables. En désapprouvant la mondialisation, ils combattent en fait ces sociétés, donc les Américains.

Les licenciements « boursiers », qui sacrifient les travailleurs au profit des actionnaires

Non seulement les gens de gauche antiaméricains oublient que de nombreuses multinationales sont d'origine française, mais ils oublient que les licenciements qu'ils qualifient de « boursiers » sont dus d'abord aux innovations de produits, caractéristiques du progrès moderne. De nos jours, de nombreux articles fabriqués par millions deviennent obsolètes quelques mois ou quelques années après.

Exemples: les téléphones portables, les PC et les circuits intégrés qui les animent, les carburateurs remplacés par des systèmes d'injection, les disques en vinyle remplacés par des CD-ROMs, eux-mêmes remplacés progressivement par des DVD, les appareils photo et caméras optiques remplacés par des modèles numériques, etc.

 

Certaines entreprises qui n'ont pas su suivre cette évolution disparaissent avec leurs produits, dont le marché ne veut plus, licenciant leur personnel. Mais d'autres entreprises naissent, pour de nouveaux produits, et embauchent pour les concevoir et les fabriquer. Le progrès technique à l'origine de ces évolutions de produits n'est coupable de rien. Pourtant, il explique infiniment plus de licenciements industriels que la politique de ressources humaines des multinationales.

 

Ces phénomènes ont été expliqués en détail dans le tome 1.

1.16           La pénurie et le coût des matières premières

Du fait du développement du commerce, la mondialisation entraîne une forte croissance des économies de la Chine, de l'Inde et d'autres pays d'Asie. Ces économies consomment donc de plus en plus de pétrole, de charbon, de gaz naturel, de minerais de fer, etc. Cette consommation supplémentaire est si forte que les prix de ces matières premières flambent. L'extraction du pétrole, du charbon, du gaz, des minerais n'arrive pas à satisfaire la demande. Lorsqu'elle y arrive, il n'y a pas assez de navires pour les transporter. Après livraison il n'y a pas assez de raffineries, notamment aux Etats-Unis, pour en extraire les carburants et pas assez de centrales électriques en Chine pour produire l'électricité. Résultat pour les consommateurs : les prix flambent.

 

Traditionnellement, une flambée des prix des matières premières produit dans les pays consommateurs comme la France et les Etats-Unis une forte inflation importée. Le gouvernement français, qui a besoin d'expliquer pourquoi il n'arrive pas à combattre le chômage et à sortir de la stagnation économique actuelle, accuse lui aussi l'explosion des coûts des matières premières importées de bloquer notre croissance économique.

1.16.1       Impact de la flambée des prix du pétrole

La vérité sur l'impact de la hausse du prix du pétrole est toute autre : dans les pays avancés cet impact est de plus en plus minime, comme on le voit sur le graphique ci-dessous, extrait de [269] page 5 :

 

 

Evolution de la quantité de pétrole utilisée pour produire 1 dollar de richesse (PIB) dans les pays de l'OCDE (base 100 en 1971)

 

 

On voit qu'en 2005, un dollar de biens et services produits consomme près de deux fois moins de pétrole qu'en 1971 dans les pays avancés, et 16 % de plus dans les pays en développement. Les premiers sont devenus beaucoup moins sensibles à une hausse du prix du pétrole, les seconds un peu plus.

 

Une économie moderne ne consacre qu'une faible part de ses ressources à l'achat de pétrole, comme le montrent les trois graphiques ci-dessous publiés en avril 2005 par The New York Times :

 

 

 

 

On voit que :

§   Au début des années 1980, un ménage américain moyen dépensait 8 % de son revenu disponible pour acheter de l'énergie ; aujourd'hui, c'est 5 %;

§   Au début des années 1980, il fallait en moyenne 102 minutes de travail au salarié américain moyen pour payer l'essence nécessaire à un trajet de 100 miles ; aujourd'hui, c'est 42 minutes ;

§   Au début des années 1980, les dépenses d'énergie des Etats-Unis représentaient 14 % de leur PIB ; aujourd'hui, c'est 7 %;

§   Une même production de biens et services (au sens du PIB) demande aujourd'hui 55 % de moins de pétrole et de gaz qu'en 1973 ;

§   Chaque cent (centième de dollar) de croissance du prix du pétrole ajoute en 2005 trois milliards de dollars aux dépenses des consommateurs américains. C'est 3 milliards de dollars de moins disponibles pour d'autres achats, mais par rapport à une économie de 11 000 milliards de dollars par an, c'est peu de chose.

 

En France, l'impact du coût du pétrole pour chaque Français est très inférieur à son impact pour un Américain, car :

§   Le Français roule moins que l'Américain, et avec un véhicule plus économique ; voir à ce propos le court texte "Pétrole aux USA : gaspillage et pollution".

§   L'euro fort diminue le coût du pétrole importé par la France.

 

Il n'y a plus de « choc pétrolier »

D'après [269] page 23, une augmentation de 10 % du prix du pétrole produit une hausse des prix TTC à la consommation de 0.14 % dans la zone euro et 0.23 % aux Etats-Unis, ce qui est très peu.

 

D'après [269] page 24, une augmentation de 15 dollars par baril produit dans la zone euro, en 2005, une baisse de 0.35 % du PIB et une inflation de 0.20 %.

 

Il faut aussi rappeler qu'une partie de l'argent payé par la France aux pays producteurs de pétrole revient chez nous sous forme de commandes d'avions, d'armes, de nourriture, etc.

 

Conclusion pour la France

Le gouvernement français a donc tort d'accuser le coût du pétrole, dont il n'est pas maître, de la stagnation de l'économie et du chômage. Cette stagnation résulte de la gestion économique désastreuse des gouvernements successifs de la France depuis une trentaine d'années.

1.17           Mondialisation et interdépendance des économies

1.17.1       Les exemples liés au pétrole

Un des aspects les plus surprenants de la mondialisation est la perte d'indépendance des économies de tous les pays, riches ou moins riches. Nous avons déjà vu ci-dessus la pénurie et le coût des matières premières. La dépendance des Etats-Unis à l'égard du pétrole importé est documentée dans "Pétrole aux USA : gaspillage et pollution".

 

Il faut savoir qu'une pénurie de pétrole dans un pays se répercute immédiatement dans les autres, du fait du mécanisme mondialisé de l'offre et de la demande. C'est ainsi qu'à la suite du cyclone Katrina une partie des capacités de production pétrolière des Etats-Unis, situées dans le Golfe du Mexique, ont été mises hors d'usage, en même temps qu'une partie des raffineries américaines produisant l'essence. Il en est résulté une pénurie d'essence aux Etats-Unis, pays qui consomme à lui seul le quart du pétrole mondial.

      Or l'économie des Etats-Unis a absolument besoin de pétrole pour ses transports, et le pays est assez riche pour offrir de l'acheter très cher si nécessaire. Comme il n'existe pas, dans le monde, assez de capacités excédentaires de production et de raffinage pour compenser celles du Golfe du Mexique, indisponibles pour plusieurs mois, les Américains cherchent à acheter ce qui leur manque sur les divers marchés mondiaux, en le payant plus cher que les autres consommateurs. C'est ainsi qu'une compagnie comme Total peut avoir plus intérêt à vendre pétrole et essence aux Etats-Unis qu'en France. Les Français devront donc se passer de pétrole ou payer, eux aussi, plus cher. En définitive il y aura deux conséquences : les pays riches paieront tous plus cher et certains pays pauvres auront moins d'essence, faute de pouvoir la payer.

Dans ces conditions, aucune menace du ministre français de l'économie ne pourra amener les multinationales du pétrole présentes en France à baisser leurs prix plus que de manière symbolique, car leurs actionnaires (en majorité étrangers) ne le leur permettraient pas. Les médias français ont dit que « les PDG des compagnies pétrolières et des grands distributeurs ont été convoqués le 16/09/2005 à Bercy pour être menacés de taxation exceptionnelle si les prix à la pompe ne baissaient pas », mais sans ajouter que cette manœuvre d'intimidation du gouvernement n'avait aucune chance de réussir, et qu'elle n'était qu'une gesticulation médiatique destinée à faire croire aux Français que leur gouvernement luttait à leurs côtés contre les multinationales rapaces.

 

Ce qui est vrai pour le pétrole et l'essence qu'on en extrait l'est aussi pour le gaz naturel, dont une partie importante de la production américaine provient du Golfe du Mexique et se trouve arrêtée du fait de Katrina : les prix du gaz monteront partout dans le monde jusqu'à ce que la production américaine soit rétablie.

 

Pendant des années, les capacités mondiales de raffinage étant suffisantes, les raffineries n'étaient guère rentables, la concurrence entre raffineries poussant les prix à la baisse. Personne ne songeait donc à investir dans la construction de raffineries supplémentaires, car on n'investit pas dans une activité peu rentable (explication : voir [290]). Et lorsqu'à partir de 2002 la croissance de la Chine et de l'Inde a fait exploser la demande mondiale, il n'y a plus eu assez de raffineries : la capacité mondiale de raffinage a fait défaut avant la capacité de production de pétrole.

      Les prix du raffinage ont alors explosé, les consommateurs luttant pour s'approprier à prix d'or les produits raffinés. Le raffinage étant redevenu rentable, on a recommencé à construire et à moderniser des raffineries [290], mais l'effet de ces investissements ne sera guère visible avant deux ou trois ans. En attendant, le surcoût du raffinage s'ajoute à celui du pétrole et les consommateurs doivent payer ou se rationner.

 

Ce problème de raffinage est aggravé, en France, par la politique gouvernementale de gazole systématiquement moins cher que l'essence, politique qui a fait consommer en 2004 30.8 millions de tonnes de gazole contre 11.7 millions de tonnes d'essence d'après [290]. Or les raffineurs n'ont aucun intérêt à adapter leurs processus de raffinage à un ratio gazole/essence de l'ordre de 3, parce que dans le marché mondial des carburants, ce ratio est beaucoup trop élevé et les pénaliserait pour vendre dans les autres pays, qui représentent un marché total bien plus grand que la France. Ils préfèrent donc importer en France le gazole qui s'y vend mais ne s'y produit pas, ce qui coûte cher en transport et déséquilibre notre commerce extérieur.

      On voit donc de nouveau, sur cet exemple, un effet pervers de l'interventionnisme systématique des gouvernements français dans l'économie : en nous comportant autrement que les pays étrangers (où la différence de prix plus faible entre gazole et essence produit un ratio de consommation bien plus bas), nous gaspillons de l'argent.

 

Un autre facteur entre pour une part importante dans le coût des produits pétroliers payé par les consommateurs : le transport. Comme chacun sait, le pétrole est produit loin des pays consommateurs et il faut l'acheminer. La croissance des ventes des produits bruts ou raffinés a entraîné une croissance de la demande de transport maritime si forte que la capacité de transport par pétroliers n'a pu suivre. Les prix du transport ont donc explosé, ce qui a entraîné un accroissement des commandes de construction de pétroliers si important qu'à leur tour les chantiers n'ont pu suivre. Et les surcoûts du transport se sont ajoutés à ceux de l'extraction et du raffinage, affectant tous les pays situés loin des zones de production et des débouchés d'oléoducs.

1.17.2       Autres exemples : assurances, couverture des dettes nationales

On estime les dégâts du cyclone Katrina à quelques 200 milliards de dollars. Une partie du coût de reconstruction sera supportée par le budget fédéral des Etats-Unis, une partie de l'ordre de 50 milliards de dollars sera payée par des assurances. Or toute compagnie d'assurances est elle-même assurée auprès de compagnies de réassurance, dans un marché de la protection financière aujourd'hui mondialisé. L'énormité des paiements à effectuer suite à Katrina va donc se répartir dans l'ensemble des pays, obligeant les diverses compagnies à augmenter tous leurs tarifs, partout, pour reconstituer leur trésorerie. Et c'est ainsi que les Français, les Allemands, etc. paieront plus cher leurs assurances après un cyclone aux Etats-Unis, autre effet de la mondialisation.

 

Et le budget fédéral des Etats-Unis, en déficit chronique, oblige ce pays à emprunter chaque année des centaines de milliards de dollars sur les marchés internationaux de capitaux, en émettant des bons du Trésor (obligations). Ces bons sont souscrits par les pays qui exportent beaucoup plus qu'ils n'importent, notamment le Japon et la Chine, envers qui les Etats-Unis ont ainsi plus de 1000 milliards de dollars de dettes. Les Etats-Unis font donc comme la France : ils vivent au-dessus de leurs moyens, en empruntant à des étrangers de quoi couvrir leurs excédents de dépenses, ce qui obligera les générations suivantes à rembourser : à la solidarité financière internationale s'ajoute ainsi la « solidarité entre générations », que la nôtre impose aux suivantes.

1.17.3       La mondialisation impose la solidarité internationale

Les exemples ci-dessus peuvent être interprétés comme une diffusion mondiale des conséquences économiques des sinistres, diffusion qui oblige tous les pays à en partager les coûts, donc à être solidaires les uns des autres.

 

Les économies sont donc devenues interdépendantes, nul pays n'étant plus capable de se passer des autres ou de s'isoler d'eux. Tous les souverainistes français qui rêvent de sortir la France de l'Union européenne sont donc des utopistes, qui oublient que nous sommes obligés d'importer certaines matières premières (pétrole, gaz, charbon, métaux divers…) et de payer ces importations en exportant. Importations et exportations représentent chacune environ 400 milliards d'euros par an, c'est-à-dire près du quart du PIB : toute politique qui les diminuerait aurait des conséquences catastrophiques sur l'emploi et le niveau de vie des Français. La mondialisation est irréversible parce que le commerce international l'est, avec la spécialisation économique qui en résulte (voir à ce propos le court texte "L'intérêt du commerce international libre").

1.18           Responsabilité des médias dans l'impact de la mondialisation

L'antiaméricanisme du public français (voir [207]) est dû en grande partie aux médias, qui diffusent bien plus souvent des points de vue négatifs que des points de vue positifs sur les Etats-Unis. Ils oublient ce faisant de signaler l'essentiel, comme le font si bien [208] et [209] : la France et les Etats-Unis sont des pays qui partagent les mêmes valeurs de civilisation, la démocratie, l'économie de marché ouverte aux exportations et importations. Et ils sont tous deux attaqués par le terrorisme, contre lequel ils devraient lutter ensemble.

 

Il est pourtant facile de résumer objectivement les avantages et les inconvénients de la mondialisation de la manière ci-dessous, comme le fait [210] en analysant l'effet du marché commun USA - Canada - Mexique, créé en 1992 sous le nom de NAFTA (North American Free Trade Association) en s'inspirant de l'Union européenne :

"Par son abaissement des barrières douanières et réglementaires, la mondialisation:

·                       Développe le commerce, donc la production, donc certains types d'emplois;

·                       Enrichit globalement les pays participants;

·                       Augmente le niveau de vie moyen de leurs citoyens.

Les bénéfices résultant du développement de la production et de l'intensification de la concurrence produisent des effets qui ne sont jamais spectaculaires au niveau des citoyens. La grande majorité de ceux-ci profite d'une croissance de son pouvoir d'achat, mais si lentement et si progressivement qu'elle ne s'en aperçoit guère qu'au bout d'au moins une décennie.

Au contraire, les emplois perdus du fait de délocalisations ou de licenciements «boursiers», qui ne touchent qu'une faible partie des salariés, frappent beaucoup plus les esprits parce que la souffrance infligée à ces salariés est très visible et l'est immédiatement, notamment parce que les médias l'amplifient."

 

Les opposants à la mondialisation peuvent donc facilement trouver des exemples de travailleurs qui ont souffert de la mondialisation, pour argumenter contre celle-ci. Ils se gardent bien de citer le bénéfice réel qu'en tire la majorité des gens.

 

Ils ne citent pas non plus la croissance des exportations des pays avancés vers les pays en voie de développement, qui crée des emplois et des bénéfices dans les pays avancés.

 

Ils ne citent pas, enfin, la croissance des exportations des pays pauvres vers les pays riches, pourtant évidente lorsqu'on regarde les chiffres. Et les médias français, eux, ne citent jamais ces progrès, conformément au principe "de l'intérêt médiatique des seuls trains qui déraillent, non de ceux qui arrivent à l'heure".

 

En fait, pour que la mondialisation profite à la majorité en lésant le moins possible des minorités, il faut un accompagnement social:

§   formation ;

§   investissements en infrastructures pour attirer les emplois ;

§   investissements en recherche pour créer des produits innovants, etc.

 

Voir le reste de la discussion au tome 1.

 

Il faut aussi un accompagnement médiatique, pour expliquer aux gens:

§   l'importance d'une formation continue pour protéger leur employabilité ;

§   la protection qu'offre une qualification dans un métier porteur ;

§   le caractère inéluctable, dans une économique mondiale ouverte, du transfert progressif des emplois peu qualifiés vers les pays en développement ;

§   le besoin des entreprises et des gens de s'adapter en permanence aux changements, etc.

 

L'accompagnement médiatique est aussi indispensable pour montrer au public les exemples étrangers dont la France devrait s'inspirer, comme le libéralisme tel qu'il est pratiqué en Grande-Bretagne et en Irlande, pays en croissance plus rapide avec moitié moins de chômage que chez nous.

 

Il y a aussi des pays européens qui ont résolu les problèmes de financement de la sécurité sociale et des retraites : pourquoi la télévision ne compare-t-elle jamais en détail leurs solutions avec les nôtres ?

 

En résumé, la mondialisation a absolument besoin d'un accompagnement par les médias, pour que les citoyens en connaissent les effets, et ce qu'ils doivent faire pour en être les bénéficiaires, non les victimes. Hélas, cet accompagnement n'existe pas aujourd'hui en France : les émissions et articles qui évoquent les aspects sociaux de la mondialisation sont consacrés à la polémique et aux luttes idéologiques, au lieu des explications factuelles et des conseils pratiques dont les citoyens ont besoin.

1.19           Raisons psychologiques de l'antimondialisme

Voir d'abord le court texte "Mondialisation et frustrations".

Pour être heureux, tout homme a besoin d'occuper une place dans la société. Il a besoin de savoir qu'il compte, qu'il peut peser sur les événements. Le libéralisme lui garantit le droit d'exprimer son opinion. La démocratie lui permet de le faire en votant.

 

Mais la plupart des gens se sentent désemparés face aux événements d'ampleur internationale et aux sociétés multinationales. Tous les jours, en tant que consommateur je sens mon impuissance face aux très grandes entreprises :

§   Lorsque je téléphone à mon fournisseur d'accès à Internet, Wanadoo, filiale de France Télécom, pour demander quand leur service de mise à jour de mon site Internet par protocole FTP, en panne depuis 17 jours, fonctionnera enfin, je dois payer la communication pour le faire. Après avoir attendu plusieurs minutes en payant, je tombe sur une personne dont le niveau est si bas qu'elle ne comprend même pas ma question. Elle se renseigne, puis me passe une autre personne. Les minutes passent, je paye toujours, et je finis par raccrocher sans avoir rien appris. Lorsque j'écris à Wanadoo pour me renseigner, je n'ai pas de réponse. Et à la fin du mois, la facture est la même, je n'ai eu droit à aucun dédommagement pour service promis mais non fourni…

§   Lorsque j'appelle l'opérateur de télévision par satellite TPS, je reste de longues minutes à écouter leur petite musique en payant, puis finis par raccrocher au bout de dix minutes sans avoir jamais obtenu un correspondant…

§   Lorsque j'appelle mon fournisseur de logiciel antivirus pour signaler une erreur manifeste de leur logiciel, je paye la communication avec l'Indien qui me répond (avec son accent inimitable) et ne veut pas admettre le défaut. Si j'expose le problème par message Internet, le service support ne répond qu'une fois sur deux, cinq jours après…

 

L'impuissance face aux fournisseurs qui sont des multinationales n'a d'égale que celle qui désespère le contribuable (appelé alors « redevable » ou « assujetti ») face à l'administration des impôts ou à l'URSSAF.

 

En politique, depuis la fin du gouvernement de Raymond Barre en 1981, à chaque élection législative les Français ont changé de majorité : droite, gauche, droite… Cela ne peut s'expliquer que d'une seule façon : jamais leurs attentes n'ayant été satisfaites, ils ont toujours voté contre le gouvernement au pouvoir, pour s'en débarrasser et se venger. C'est pour la même raison qu'en 2002, ils ont voté contre M. Le Pen, pas (ou si peu !) pour M. Chirac ; et aux trois élections de 2004, ils ont voté contre la droite au pouvoir, pas pour les socialistes, qui n'ont aucun programme après deux ans dans l'opposition ! De son côté, le président Chirac leur a imposé l'avancement de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, en ne demandant pas leur avis, en refusant même à leur députés de voter sur le sujet. Et la guerre en Irak s'est faite malgré les Français en 2003, ainsi que la réélection du président G. W. Bush en 2004.

 

Les Français ont donc pris l'habitude depuis un quart de siècle d'être déçus et impuissants face à ceux qui mènent le monde. Concernant les multinationales, leur colère et leur frustration sont attisées par l'attitude des médias, qui donnent une image systématiquement, exclusivement négative de la marche de l'économie : ils ne parlent que de licenciements et de délocalisations, c'est-à-dire de phénomènes face auxquels les citoyens sont impuissants.

 

Mais alors que les politiques peuvent se défendre en parlant de temps en tant au public par médias interposés, les multinationales ne le peuvent pas. Elles n'ont aucune possibilité de réfuter, pour les millions de téléspectateurs français qui ne s'informent qu'avec un journal télévisé, les mauvaises actions qu'on leur prête : crapuleries des managers d'ENRON et PARMALAT, licenciements chez Michelin, Danone, Moulinex et Marks & Spencer, accusations de « malbouffe » de José Bové contre McDonald's (à qui pourtant chaque jour 1 million de Français achètent un repas), pollution de l'environnement par les pétroliers, fabrication de nourriture empoisonnée pour les bovins, etc., etc. Les Français détestent donc les multinationales, dont ils redoutent le pouvoir face auquel ils se sentent impuissants. Ils détestent et redoutent donc la mondialisation, si profitable à ces multinationales et qui leur rappelle chaque jour leur impuissance.

1.20           La crainte de la mondialisation ? Un problème d'information !

Je prétends, moi, que l'aversion des Français s'explique par un problème de manque d'information, devenu si grave qu'il constitue une désinformation. Si vous n'avez pas encore lu le court texte "Mondialisation et frustrations", il est bon de le faire avant de lire la suite.

1.20.1       Le manque de culture économique des jeunes

Il y a d'abord une inculture colossale en matière d'économie, inculture qui commence dans l'enseignement. Non seulement on n'enseigne pas correctement aux jeunes le fonctionnement réel, c'est-à-dire libéral, de l'économie mondiale, mais on ne leur enseigne même pas à lire, à s'informer par eux-mêmes et à réfléchir.

 

Les jeunes français ne lisent jamais un article d'économie, encore moins un livre sur le sujet. Leur nullité désespère de plus en plus les enseignants. (Voir à ce sujet le court extrait d'article [212]).

 

Ensuite, la pédagogie moderne excluant l'effort, qui n'est pas valorisé et dont l'absence n'est pas sanctionnée, les jeunes s'éloignent de toute discipline, toute acquisition de connaissances qui demande un gros effort ; à part l'économie, cela concerne la physique, les mathématiques, etc. (Voir [223]).

 

Et à force de lire trop peu et d'apprendre trop peu par cœur, le vocabulaire des jeunes Français est trop restreint pour qu'ils disposent des concepts nécessaires pour comprendre le monde où ils vivent. Vocabulaire insuffisant, concepts insuffisants, donc compréhension insuffisante. Et sans compréhension des faits et des problèmes, impuissance, donc frustration. Et aussi chômage, exclusion, mépris…

 

Voir en complément [286] et les courts textes sur les problèmes de l'enseignement [263].

1.20.2       Les Français ont plus peur de l'avenir que leurs voisins

Il n'est donc pas surprenant, alors, que la majorité des jeunes Français rêve d'un emploi de fonctionnaire : ils veulent être protégés contre ce monde qu'ils ne comprennent pas et qu'ils redoutent. Pour justifier ce choix dicté par la peur et le refus du risque, ils déclarent détester l'argent, donc le profit, donc les entreprises et à fortiori les plus grandes d'entre elles, les multinationales. Mais leur haine de l'argent ne va pas jusqu'au sacrifice personnel, car une fois fonctionnaires, ils font grève souvent pour en avoir plus !

 

La crainte de l'avenir des Français, jeunes ou pas, est aussi illustrée par leur taux d'épargne [213] : ils mettent énormément d'argent de côté (30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais !) parce qu'ils ont peur du chômage et d'une vieillesse pauvre. En épargnant au lieu de consommer, les Français freinent le développement de leur économie, donc des embauches. Quelle différence avec les Américains, dont l'optimisme à toute épreuve leur fait acheter tellement, au lieu d'épargner, que leurs importations explosent, ce qui déséquilibre leur commerce extérieur !

 

Selon l'article [218], qui cite des préfets, un ministre et un institut d'opinion, les Français sont atteints de « sinistrose ». Voir aussi l'étude de l'angoisse des Français [268].

 

Enfin, l'anxiété des Français se traduit par la plus forte consommation du monde de pilules contre l'angoisse (anxiolytiques), c'est-à-dire de tranquillisants.

 

Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".

1.20.3       La désinformation des adultes en matière d'économie

Une fois adulte, un jeune qui n'a pas acquis le goût de lire et l'habitude de réfléchir, est à la merci des « informations » qu'il reçoit des médias, et principalement de la télévision. Selon [211] page 754, voici les réponses à un sondage effectué en France de février à mars 2001 (période électorale), qui a posé la question : «Comment vous informez-vous sur ce qui se passe dans le monde ?»

 

 

Réponses

% des sondés

Télévision

64 %

Journaux

20 %

Radio

8 %

Magazines

5 %

Internet

2 %

Télétexte

1 %

 

 

Conclusion : le public s'informe d'abord en regardant la télévision, ensuite en lisant les journaux et magazines, enfin en écoutant la radio. Les magazines, les livres et Internet ne touchent qu'une minorité. Et comme la télévision ne consacre en moyenne, dans un journal télévisé, que 4 minutes sur 30 à 40 aux sujets d'économie ou de politique, ce temps n'est jamais suffisant pour expliquer les problèmes du pays, donc pour informer les téléspectateurs. Et comme les hommes politiques français ne parlent pas aux citoyens, sinon par petites phrases pour médire d'un adversaire ou par promesses en termes vagues, comme jamais un ministre ne prend une heure d'antenne pour expliquer la situation du pays et l'action du gouvernement, les citoyens demeurent dans l'ignorance et se sentent méprisés.

 

L'inculture économique de la grande majorité des jeunes perdure donc à l'âge adulte, avec l'incompréhension du contexte économique, les frustrations et le sentiment d'impuissance, de dévalorisation. Alors les fonctionnaires manifestent et les autres Français, à qui une grève coûterait trop cher, les soutiennent.

 

Voilà pourquoi les Français sont, pour la plupart, contre la mondialisation, les multinationales, les Américains, le libéralisme et la prise de risques. M. Francis Mer l'a bien compris, lorsqu'il écrit à propos de la France dans son livre « Vous, les politiques… » page 65 :

"… dans un pays où règne une inculture économique avérée."

 

Voilà pourquoi j'ai écrit un livre sur l'immense problème de désinformation des Français, « La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir ». Voilà pourquoi j'écris ce cours, pour leur donner un peu de la culture économique qui leur manque pour comprendre le monde où ils vivent, et les propositions souvent irréalistes de ceux qui sollicitent leurs suffrages. Et voilà pourquoi j'ai voulu montrer l'effet de la désinformation des Français dans "Mondialisation et frustrations".

1.20.4       La hausse des prix

Les prix de l'immobilier ont monté énormément (certains parlent de +70 % en 5 ans !) parce que le crédit bon marché permet aux gens d'acheter des logements plus chers. Beaucoup de gens constatent que les prix du marché ne leur permettent plus d'accéder à la propriété, ou alors loin de leur travail et des centres ville et en s'endettant pour de longues années.

 

A cette hausse incontestable s'ajoutent des hausses de prix ponctuelles dues à la montée en gamme de beaucoup d'articles de grande consommation, qui deviennent chaque année plus sophistiqués. C'est là un effet de l'innovation, dont le moteur est la concurrence. Le phénomène est le même que pour les médicaments, toujours plus chers parce que de nouveaux produits plus ambitieux remplacent les anciens, et parce que le système d'assurance maladie encourage l'irresponsabilité lors des prescriptions et des consommations. C'est aussi le cas pour le pain, dont on n'achète plus que des qualités spéciales chères au lieu du « pain de quatre livres » qui nous a nourris pendant des décennies.

 

Les Français remarquent toujours les hausses de prix, aidés par les chaînes de télévision qui en parlent souvent, mais rarement les baisses. Ils oublient par exemple que l'électronique qu'ils achètent de plus en plus (jeux, PC, baladeurs, etc.) coûte de moins en moins cher. Ils n'ont pas remarqué l'effondrement des prix des vêtements depuis début 2005, dû à l'afflux des importations chinoises.

 

L'INSEE relève régulièrement des dizaines de milliers de prix pour suivre les hausses. Son travail est bien fait, mais aucun indice des prix ne peut représenter fidèlement la proportion d'articles achetée par un Français particulier. Chaque citoyen trouve donc facilement des prix qui ont augmenté bien plus que l'indice ; et comme il ne tient pas compte de la montée en gamme, il en conclut que l'indice officiel des prix est faux, qu'il fait partie de la propagande gouvernementale.

 

Voilà ce qui explique la conviction très générale des Français que la vie augmente plus que leurs revenus, donc que « ça va mal » et que le gouvernement qui devrait résoudre tous les problèmes (!) est incapable de corriger l'injustice qu'ils subissent ainsi. Persuadés à tort que l'inflation ronge leur pouvoir d'achat, les Français n'ont pas le moral.

1.20.5       La crainte du chômage

Beaucoup de Français craignent de perdre leur emploi. Ils se sentent impuissants face à un système économique dont ils redoutent le pouvoir qu'il a sur leur gagne-pain. Pour eux, les deux responsables sont l'Etat (toujours !) et la mondialisation.

1.20.5.1                Création d'emplois par l'Etat

L'Etat, ils attendent qu'il crée des emplois, alors que nous avons vu au tome 1 qu'il ne peut en créer que dans la fonction publique (dont les agents sont payés par le travail productif du secteur privé, donc les impôts) et, temporairement, lors d'actions de formation de reconversion des chômeurs.

      Nous avons aussi vu que ni l'Etat ni le secteur privé ne pouvaient créer des entreprises viables et pérennes simplement en injectant de l'argent dans un projet ou une région. Nous avons vu l'exemple de l'Allemagne de l'Est, où l'Etat allemand a investi 210 milliards d'euros depuis 1991, somme colossale qui s'ajoute à 500 milliards d'euros de prestations sociales, sans réussir à faire baisser le chômage, parce que les conditions économiques étaient défavorables à l'implantation d'entreprises, seules capables de créer des emplois.

 

Les Français doivent donc comprendre que :

 

L'Etat ne peut créer que des emplois payés par les contribuables

 

Pour plus de détails, voir aussi "Chômage : savoir et agir".

 

Seules les entreprises peuvent créer des emplois pérennes

 

Nul ne peut créer d'emplois dans des conditions
économiques défavorables

Donc lorsque les Français se tournent vers l'Etat pour résorber le chômage, ils ont tort et ils seront forcément déçus. Nous avons vu au tome 1 ce que l'Etat peut faire pour favoriser l'emploi marchand et l'impact des politiques de l'emploi.

1.20.5.2                Mondialisation et chômage

Les Français pensent que les multinationales sont cruelles et détruisent des emplois sans états d'âme, pour augmenter les profits (par nature excessifs et immoraux !) des actionnaires. Nous avons vu au tome 1 :

§   Qu'une entreprise doit lutter contre des concurrents, donc avoir des prix compétitifs ;

§   Que ces prix compétitifs exigent souvent qu'une entreprise ait des coûts salariaux aussi bas que ceux de ses concurrents. Si ceux-ci produisent dans un pays où la main d'œuvre est meilleur marché, elle doit en faire autant, sinon ce sont eux qui vendront à la place de l'entreprise, qui fera faillite et mettra tout son personnel en chômage. Cela exige des sous-traitances ou des délocalisations, sujet que nous aborderons au chapitre sur les délocalisations.

§   Que si un article ne se vend plus, il faut cesser de le fabriquer pour ne pas le fabriquer à perte. Si la marge bénéficiaire sur un article a trop baissé, on ne peut plus le fabriquer sans diminuer le bénéfice total de l'entreprise, ce qui handicaperait ses investissements, donc son avenir. Dans les deux cas, le personnel de cette fabrication doit être transféré vers d'autres activités, plus rentables, dans l'entreprise si possible sinon dans une autre entreprise ;

Nous avons vu aussi que même si une entreprise gagne de l'argent, elle ne peut poursuivre une activité non rentable et conserver le personnel correspondant, sous peine de compromettre son financement, donc sa survie face à ses concurrents ;

§   Que les bénéfices sont indispensables à la survie d'une entreprise ; non seulement ils sont indispensables, ils doivent aussi être comparables à ceux d'autres entreprises du même secteur d'activité ;

§   Que les actionnaires sont souvent des épargnants modestes, qui ont mis de côté de l'argent pour leur retraite. Il n'y a pas de raison de sacrifier ces épargnants au profit de salariés en activité, car ce serait leur dérober les fruits de leur travail.

En outre, si une entreprise rétribue mal ses actionnaires, ils refusent d'y investir encore et les banques en font autant, ce qui prive l'entreprise des capitaux indispensables à son développement, donc la condamne à terme face à ses concurrents.

 

Toutes ces vérités sont simples à comprendre, mais l'immense majorité des Français n'en est pas informée. Par la faute de l'enseignement, des médias et du gouvernement, les Français croient la mondialisation et les multinationales coupables de cruauté et de cupidité ; ils ont une réaction de crainte et de haine.

 

Ce cours est destiné à ceux qui ont compris qu'ils doivent s'informer, au lieu de se contenter de se lamenter et d'accuser.

1.20.5.3                « Employabilité », durée d'indemnisation et formation continue

Comment se fait-il que dans certains pays aussi démocratiques que le nôtre (Etats-Unis, Angleterre, Irlande…) les citoyens ne demandent pas que des lois les protègent contre les licenciements ?

      C'est parce que s'ils perdent leur emploi ils sont certains d'en retrouver rapidement un autre, le faible taux de chômage de ces pays le prouve. C'est aussi parce qu'ils savent que si la loi empêche trop les licenciements ou les rend trop coûteux pour l'entreprise, les patrons n'embaucheront plus que pour une durée déterminée : ils remplaceront alors des emplois stables par des emplois précaires ; c'est ce qui se passe en France, où sur 27 000 salariés qui quittent leur emploi chaque jour ouvrable, 53 % le font parce que leur CDD a pris fin.

 

Il y a quatre approches simples pour que les demandeurs d'emploi retrouvent rapidement un travail :

§   Faire en sorte que travailler soit nettement plus rentable que chômer, en allouant des indemnités de chômage systématiquement inférieures aux salaires. Ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui, où dans certaines situations on ne gagne rien à reprendre un travail.

§   Faire en sorte que les gens aient besoin de travailler pour vivre, en diminuant la durée d'indemnisation du chômage. Le principe est simple : c'est au chômeur de s'adapter au marché du travail, pas à l'Etat de l'indemniser tant qu'il n'a pas trouvé exactement le poste qu'il veut, au salaire qu'il veut et près de son domicile, comme on le fait en France. Au bout de quelques mois de chômage, la loi oblige donc le chômeur à modérer ses exigences jusqu'à ce qu'il ait retrouvé du travail, quitte à ce que, tout en travaillant de nouveau, il cherche un meilleur emploi.

§   Faire prendre en charge individuellement chaque chômeur par un spécialiste du reclassement qui le conseille, lui trouve une formation si nécessaire, cherche des entreprises prêtes à l'engager... et lui supprime les indemnités de chômage s'il ne se donne pas de mal pour retrouver un travail.

§   Faire en sorte que chaque salarié conserve une compétence dont le marché du travail a besoin, tout au long de sa vie, c'est-à-dire qu'il reste « employable ». En France, on a pris la mauvaise habitude de faire reposer ce devoir de formation continue sur l'entreprise, qui doit la proposer à chaque salarié et la payer, en même temps que son salaire pendant les jours de formation.

Il est clair que si l'entreprise n'y trouve pas son intérêt, elle s'arrangera pour ne former que certains salariés et pas d'autres, et seulement à certaines compétences dont elle a besoin rapidement, pas à des compétences garantissant une employabilité future ou dans d'autres entreprises.

La seule manière pour un salarié d'être certain de conserver son employabilité est de prendre en charge lui-même sa formation continue. Chacun peut trouver du temps pour apprendre :

·          En lisant tous les jours pendant une heure ou deux des ouvrages, cours ou manuels qui sont aujourd'hui toujours disponibles, pour tous les métiers ; cette lecture peut se faire dans un train de banlieue, ou le soir en ne passant qu'une heure devant la télévision au lieu de 3h20mn comme le fait le Français moyen, etc.;

·          En prenant un peu de temps le week-end ou sur les 5 semaines de congé annuel…

Les salariés doivent savoir que la probabilité de trouver un emploi augmente fortement avec le niveau d'études. Chacun doit se demander chaque année si son métier et ses compétences restent d'actualité, et apprendre un autre métier ou augmenter sa technicité si nécessaire.

Beaucoup de gens ayant du mal à lire et n'ayant pas appris à se donner du mal pour mémoriser s'estiment à tort incapables d'apprendre lorsqu'ils sont adultes. Ils se contentent de se trouver des excuses pour ne pas le faire, alors qu'en réalité ils manquent simplement de volonté.

 

Conclusion

Au lieu de redouter la mondialisation, le libéralisme et l'évolution rapide de notre économie, due au seul progrès technique ; au lieu de compter sur la protection de lois anti-licenciements qui sont des non-sens économiques ; au lieu de réclamer l'aide de l'Etat, donc de se comporter en victime passive, chaque Français doit prendre en main son avenir, comme chaque Anglais, chaque Américain, chaque Irlandais savent si bien le faire.

 

Ce n'est pas la mondialisation ou le libéralisme qui menacent l'avenir des salariés, c'est leur propre passivité

 

1.21           L'absurdité de l'emploi à vie

Les fonctionnaires ont un statut garantissant un emploi à vie. Ce statut est devenu incompatible avec l'économie actuelle qui évolue très vite, car il engage l'Etat pour 37.5 ans de carrière plus les années de pension, c'est-à-dire environ 60 ans. Cette durée est extrêmement longue par rapport à la vitesse d'évolution des technologies et des méthodes de travail. En outre, beaucoup d'évolutions du contexte économique peuvent rendre cet emploi inutile ou exiger une profonde reconversion.

 

Ne pouvant renvoyer de fonctionnaires, l'Etat ne peut pas non plus leur imposer de se reconvertir, du fait du maquis de « corps » (plus de 1500 !) ayant chacun des avantages spécifiques pénalisant un éventuel changement d'affectation d'un agent. Les agents refusent donc systématiquement toute nouvelle affectation qu'ils n'ont pas demandée eux-mêmes. Et dans de nombreux cas, les nominations sont cogérées par l'employeur (l'Etat) et les syndicats, ce qui est scandaleux car contraire à l'intérêt du public.

 

Par l'intermédiaire de leurs puissants syndicats, les fonctionnaires s'opposent à toute réforme. Chaque année, de nombreuses manifestations sont contre des réformes proposées. La fonction publique refuse toute notion de productivité, toute mesure objective de performance, toute récompense ou pénalisation liée à la qualité et la quantité du service rendu ou à l'assiduité. C'est pourquoi il est si fréquent que les fonctionnaires soient en surnombre et que le coût du service qu'ils rendent soit beaucoup plus élevé que celui facturé par une entreprise privée qui ferait le même travail, dans le cadre d'une mission de service public.

 

Sûrs de conserver un emploi et même de progresser à l'ancienneté, les fonctionnaires n'ont aucune raison de se donner du mal pour maintenir à jour leur compétence. On ne voit donc pas pourquoi, le temps passant, un agent ne serait pas de moins en moins apte à utiliser les nouvelles technologies, pourquoi il se sentirait obligé de se donner du mal pour s'y adapter, pourquoi il prendrait des initiatives et ferait des propositions pour faire évoluer la manière de travailler de son service.

 

Plus les années passent, plus le secteur privé français doit s'adapter, plus le boulet du service public trop coûteux et peu adaptable qu'il paie est insupportable, plus l'injustice que constitue une classe de privilégiés protégés de l'exigence d'évolution est scandaleuse.

 

Il est consternant de constater que le Chef de l'Etat, qui a promis le « service minimum » ou « garanti » pour se faire élire, n'ose pas affronter les syndicats qui s'y opposent, bien que le soutien d'une grande majorité des citoyens à une telle mesure soit certain.

 

Voir aussi le paragraphe "Effectifs de la fonction publique".

1.22           Des raisons d'espérer… pour ceux qui s'informent

En redoutant la mondialisation et le libéralisme contre lesquels ils se sentent impuissants, les Français se rendent malheureux. S'ils étaient mieux informés, ils sauraient que la mondialisation a fait faire à l'humanité des progrès de niveau de vie fantastiques, en multipliant le PIB par 7.2 en un demi-siècle alors que la population n'a été multipliée que par 2.46.

 

S'informer est devenu facile et agréable

Si les Français lisaient plus facilement et davantage, ils profiteraient plus du réseau Internet, où on trouve la plus formidable masse d'informations, officielles et fiables, sur notre monde, informations bien plus à jour que celles qui sont imprimées. C'est ainsi qu'on trouve, au sujet de l'état actuel de la France, tous les chiffres de l'économie et de l'emploi, tous les textes de loi, le contenu des divers journaux, magazines et émissions de télévision et radio. C'est ainsi que j'ai trouvé 95 % des informations utilisées pour ce cours.

 

Pilier de la mondialisation,
Internet est aussi une mine de renseignements

 

Et de plus en plus, on trouve sur Internet le contenu de textes célèbres : romans, poèmes, pièces, œuvres fondamentales comme "De l'origine des espèces" de Charles Darwin, Bible et Coran.

 

En plus d'Internet, on peut acheter aujourd'hui deux extraordinaires encyclopédies, Britannica et Universalis, chacune pour une centaine d'euros. Je les ai installées sur mon PC et m'en sers très souvent.

 

Chacun peut entreprendre et se réaliser

Il n'a jamais été aussi facile qu'aujourd'hui de monter une association ou une entreprise. La France a vu la création de 225 000 entreprises en 2004. Il faut seulement un projet, de l'enthousiasme et de l'audace. Des gens comme Bill Gates ou Mère Teresa sont partis de rien et ont réussi, pourquoi pas vous ?

 

Nous avons le temps

Entre l'allongement de la durée de la vie et la réduction du temps de travail, nous disposons de plus de temps que jamais pour travailler à notre bonheur.

 

Nous avons la santé

Notre espérance de vie, et de vie en bonne santé, n'a jamais été aussi élevée qu'aujourd'hui. Et nos systèmes d'assurance maladie et d'assurance vieillesse nous assurent une solidarité exemplaire.

 

La liberté et la démocratie gagnent du terrain

L'ouverture des frontières et le développement des télécommunications finissent par entraîner une circulation sans précédent des idées. La tyrannie, qui repose sur l'ignorance et le mensonge, recule partout devant la démocratie : Afghanistan, Palestine, Irak, Ukraine, Géorgie, Liban… L'URSS s'est effondrée et ses anciens satellites rejoignent l'Union européenne ; l'Inde est la plus grande démocratie du monde et la Chine s'ouvre pour favoriser le commerce et les investissements. Le Maroc vient d'accorder plus de droits aux femmes, etc. Nulle part la tyrannie ne progresse.

 

Conclusion

Les deux piliers de la mondialisation, l'ouverture des frontières et le développement des communications, nous donnent plus de possibilités que jamais dans l'Histoire. A nous de les saisir, elles sont là pour tous ceux qui se donnent du mal !

 

La mondialisation résulte :

-  Du progrès technique des transports, des télécommunications et de l'informatique ;

-  De l'ouverture des frontières au commerce, aux voyages et aux idées, conséquence du libéralisme.

Elle est donc inévitable et se poursuivra.

 

 

Sans la mondialisation :

-  Les pays pauvres ne pourraient pas développer assez leur économie pour faire face à la croissance de leur population ;

-  Le niveau de vie des pays riches n'augmenterait pas comme il le fait.

2.                 Délocalisations

2.1               Le sens des mots

Pour bien comprendre les quatre phénomènes qui peuvent faire perdre des emplois en France, il faut revoir rapidement la définition des termes « délocalisation », « outsourcing » et « coopération » ; il faut ensuite parler des importations. Nous verrons qu'il faut distinguer entre les emplois perdus, ceux qui n'ont pas été créés et ceux qui ne pouvaient de toute façon pas être créés.

2.1.1           Délocalisation

Lorsqu'une société décide de fabriquer certains articles à un nouvel endroit, elle délocalise. La délocalisation existe pour des fabrications comme pour des prestations de services telles que les centres d'appel.

 

Souvent, la délocalisation détruit des emplois quelque part pour en créer d'autres ailleurs, sans changer le volume d'articles ou de services produit. Mais elle peut aussi créer des emplois dans un nouveau site en ne détruisant pas d'emplois, ou très peu, dans son site actuel : c'est le cas lorsqu'il y a développement de l'activité.

 

La délocalisation se fait le plus souvent à l'étranger. Mais elle peut se faire dans le même pays lorsqu'une entreprise veut, par exemple, profiter d'un effet d'aubaine. Exemple : le déménagement de certaines activités dans une zone franche où l'exonération d'impôts est avantageuse, ou dans une zone d'activités où le terrain et les bâtiments sont subventionnés.

 

Une entreprise qui délocalise doit investir dans le nouveau site, qui lui appartient ou appartient à une de ses filiales.

 

La délocalisation exige des investissements

 

2.1.2           Outsourcing

Ce mot anglais a exactement le même sens que le mot français «sous-traitance», que bien des gens n'utilisent pas parce qu'ils n'entendent plus, autour d'eux, que le mot anglais. (Si le français perd du terrain face à l'anglais, c'est d'abord parce que les Français savent de moins en moins parler leur propre langue !).

 

La sous-traitance ne date pas d'hier. Une entreprise sous-traite à d'autres des activités de fabrication ou de services que ces autres peuvent faire mieux ou moins cher. Exemples :

§   Renault, Mercedes, Opel, etc. sous-traitent à Bosch l'étude et la fabrication de systèmes d'injection électronique pour leurs moteurs ;

§   Depuis quelques années, les nouveaux sites de fabrication de voitures d'un constructeur sont entourés d'ateliers de production appartenant à ses sous-traitants, qui fabriquent par exemple des sièges ou des équipements électriques. Cette proximité diminue les temps et les coûts de transport, ainsi que les coûts de stockage des pièces sous-traitées, fabriquées juste à temps pour être montées.

 

Plus rarement, la sous-traitance concerne des activités qu'une société ne peut effectuer parce que sa capacité de production est saturée, ou parce que des restrictions douanières ou tarifaires rendent une production à l'étranger moins chère, ou même simplement autorisée, alors que l'importation ne le serait pas. Exemple : certains constructeurs d'automobiles fabriquent des voitures au Brésil parce que ce pays rend l'importation très difficile.

 

Contrairement à la délocalisation, la sous-traitance n'exige pas d'investissement de la part de celui qui sous-traite, puisque c'est un accord avec une société distincte.

2.1.3           Coopération

Notre époque est caractérisée par une importante innovation, qui demande de grands efforts en matière de recherche et développement. Un produit devenu obsolète ou dépassé par un produit concurrent ne se vend plus. Un produit qui arrive le premier sur le marché a de grandes chances d'y prendre une place prépondérante, que ses concurrents arrivés plus tard auront du mal à lui disputer.

 

Il faut donc aujourd'hui innover et innover vite. Cela demande une compétence dans des techniques nouvelles, donc le personnel correspondant, et un fort investissement en recherche et développement, donc du capital.

 

De plus en plus d'entreprises sont donc obligées de laisser étudier certains articles par d'autres, plus compétentes et plus efficaces en matière de recherche et développement dans leur domaine. Cette forme de sous-traitance est une coopération. Cette coopération permet aussi, aux entreprises donneuses d'ordres, de ne pas effectuer les investissements correspondants, donc de conserver leurs fonds pour des investissements correspondant mieux à leur propre domaine d'excellence. Elle leur permet, enfin, de gagner du temps dans la mise sur le marché de leurs nouveaux produits, puisque l'étude des articles par le sous-traitant peut se faire en parallèle avec celle du donneur d'ordres.

 

Exemple : il fut un temps où le constructeur d'automobiles Ford possédait ses propres plantations d'hévéas au Brésil, d'où il extrayait le caoutchouc nécessaire à la fabrication des pneus de ses voitures. Cette époque est révolue : tous les constructeurs coopèrent avec des pneumaticiens comme Michelin, Bridgestone ou Goodyear, qui étudient puis produisent les enveloppes dont ces constructeurs ont besoin pour leurs nouveaux modèles.

 

La coopération s'est beaucoup développée, entre sociétés de pays différents, depuis que les indispensables échanges de spécifications, de plans et de résultats de tests peuvent être effectués par Internet. Il y a simultanément échange de messages et accès distant à des bases de données partagées.

2.1.3.1                    La coopération par télétravail remplacera de plus en plus l'expatriation

De plus en plus, ce mode de travail permettra à des étrangers de coopérer avec des entreprises d'autres pays sans sortir de chez eux. Exemples :

§   Des informaticiens indiens participent à des projets de développement de logiciel dont les autres membres sont au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, en communiquant avec eux par visiophonie et échange de données sur réseau Internet à haut débit.

§   IBM a annoncé le 04/05/2005 [272] qu'il allait supprimer 10 000 à 13 000 emplois en France, Allemagne et Italie pour les remplacer par des télétravailleurs résidant dans un pays bien relié au reste du monde par Internet. Il s'agit de délocaliser ainsi des postes de travail administratifs : comptabilité, approvisionnements, etc. D'après des analystes de Wall Street, cette délocalisation coûtera entre 1.3 et 1.7 milliard de dollars et permettra d'économiser environ 1 milliard de dollars par an.

La raison de cette délocalisation n'est pas seulement l'économie, c'est aussi le désengagement de cette multinationale de pays à croissance faible. En somme, IBM estime que la France, l'Allemagne et l'Italie ne sont pas et ne seront plus des marchés porteurs justifiant le maintien de services administratifs étoffés.

On peut estimer que par rapport aux 322 000 salariés d'IBM une délocalisation de 13 000 emplois ne représente que 4 % des effectifs, mais comme elle fait suite à la cession par IBM de son activité PC de 10 000 emplois au chinois LENOVO, elle confirme une tendance à la délocalisation des activités à faible valeur ajoutée.

2.1.3.2                    Il n'existe pas de protection douanière, fiscale ou réglementaire contre la délocalisation par télétravail

Les Français qui redoutent qu'une loi européenne sur les services, comme la « directive Bolkestein », permette à des travailleurs étrangers moins bien payés de venir en France leur faire concurrence ont du souci à se faire : de plus en plus, ces étrangers pourront leur faire concurrence sans même sortir de chez eux, par télétravail ; et aucune clause de salaires et prestations sociales au niveau français ne pourra leur être appliquée pour diminuer leur compétitivité. La seule solution d'avenir pour les Français est une formation toujours plus poussée, une innovation toujours plus vigoureuse et une organisation du travail toujours plus parfaite.

2.1.3.3                    Les "cols blancs" et la délocalisation

La coopération avec des entreprises étrangères peut aussi être justifiée par l'existence à l'étranger de spécialistes de haute technicité moins chers que les nôtres. Trop de Français ignorent le défi technologique et scientifique de la Chine et de l'Inde, plus grave encore pour nous que leur défi industriel. C'est ainsi, par exemple, que les Chinois ont lancé un homme dans l'espace à l'automne 2003, ce que l'Union européenne est toujours incapable de faire, faute d'efforts.

 

De puissantes sociétés, comme IBM et Microsoft, ont délocalisé des milliers d'emplois d'informaticien en Chine et surtout en Inde. La concurrence que ces pays commencent à nous faire ne reste pas limitée aux emplois industriels, elle s'étend déjà à des emplois de haut niveau technique, comme ceux qui permettent l'explosion des industries informatiques à Taiwan. Et de son côté, le puissant groupe allemand SIEMENS, a délocalisé 12 .000 emplois d'informatique en Europe de l'est.

 

Voici, selon Le Figaro économie du 17/03/2004, deux comparaisons de coûts d'ingénieurs :

 

 

 

 

 

2.1.4           Importations

Chaque fois qu'en France on achète 100€ d'articles ou de services produits à l'étranger, on génère le travail correspondant à l'étranger et non en France. Le phénomène est équivalent à une sous-traitance : on exporte du travail.

 

Mais même si on achète 100€ d'articles ou de services produits en France, une partie provient en fait de l'étranger. Exemple : même lorsqu'on fait faire une réparation en France par son plombier français, une partie de sa facture correspond à ses frais de déplacement, qui comprennent du gazole importé et peut-être de l'amortissement de sa camionnette importée d'Italie.

 

Lorsqu'on raisonne à l'échelle de l'économie française dans son ensemble, toute dépense en France génère des importations dans la proportion des importations du pays dans son PIB, c'est-à-dire en 2003 322 milliards d'euros sur 1557 milliards (21 %). Donc 100€ dépensés en France comportent en moyenne 21€ d'importations. Donc en achetant pour 100€ à l'étranger on exporte du travail valant 100 - 21 = 79€.

2.1.4.1                    Equilibre du commerce extérieur

Chaque fois que la France importe pour 100€ d'articles ou de services, elle doit les payer. Pour cela, elle doit exporter pour 100€ ou emprunter de l'argent (solution qui ne peut durer longtemps). Il y a donc une exigence d'équilibre du commerce extérieur, ou plus exactement de la balance des paiements, qui inclut aussi les opérations d'investissement, de transfert de fonds et d'encaissement de revenus.

 

En première approximation, la balance des paiements française est équilibrée, bien qu'elle ait été légèrement déficitaire depuis 2003 : on dit que son solde est proche de zéro. Voici, selon [219] l'évolution du solde des échanges extérieurs de la France :

 

 

 

2000

2001

2002

2003

Échanges de biens FAB-FAB (marchandises)

-4,7

2,7

7,3

2,6

Échanges de services hors tourisme

6,9

5,6

6,2

3,6

    Soit : Négoce international

1,9

3,0

2,6

1,0

          Transports

1,1

0,6

1,4

1,0

          Télécommunications

0,2

0,1

0,6

0,5

         Services rendus aux entreprises

2,9

2,4

3,1

2,3

         Activités culturelles et récréatives

-0,1

-0,5

-0,5

-0,2

         Assurances

1,0

0,3

-0,6

-0,4

         Organismes financiers

-0,1

-0,3

-0,3

-0,6

Tourisme

15,4

15,1

15,1

13,1

Opérations de répartition

0,9

-2,0

-7,0

-21,6

    dont : Rémunération des salariés

1,5

1,6

1,8

1,4

             Impôts sur la prod. et les import.

-8,7

-8,9

-7,1

-6,8

             Subventions

9,6

9,2

9,3

9,7

             Coop. internationale courante

-1,2

-2,0

-2,9

-1,9

             Revenus de la propriété

9,3

9,8

3,9

-1,4

             Primes d'assurance

0,5

0,3

0,6

0,5

             Indemnités d'assurance

-0,8

-0,8

-0,7

-0,4

             Transferts courants divers

-7,8

-0,8

-8,8

-11,5

             Transferts en capital

0,5

-1,3

-0,7

-8,7

Capacité de financement de la Nation

18,5

21,4

21,5

-2,3

Soldes des échanges extérieurs de la France (milliards d'euros)

 

A titre de comparaison, la balance extérieure des Etats-Unis en 2004 est déficitaire de 670 milliards de dollars, soit 5.7 % du PIB ; une proportion aussi colossale ne peut perdurer qu'à cause de la confiance des étrangers dans la robustesse et la capacité de croissance de l'économie américaine : ces étrangers (et d'abord la Chine et le Japon) prêtent continuellement de l'argent aux Etats-Unis sous forme d'achat d'obligations du Trésor américain, et ces prêts compensent le déficit de la balance.

 

On appelle taux de couverture des échanges extérieurs le quotient des exportations par les importations en pour-cent.

 

Voici un graphique extrait de [220] page 60, qui décrit la dégradation de notre taux de couverture des échanges de biens et services (donc sans tenir compte des investissements) :

 

 

Taux de couverture des échanges de biens et services en %

 

Ce graphique indique que la France n'exporte pas assez pour payer ce qu'elle importe et que le quotient exportations / importations se dégrade.

 

Voir aussi dans le tome 1 le paragraphe "Importance des investissements à l'étranger".

 

Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".

2.2               Activités qui échappent à la délocalisation

§   Le commerce local: magasins, vendeurs...

§   Des activités exigeant une culture très occidentale et une connaissance de nos habitudes de vie: marketing-publicité, métiers d'art, définitions de produits (exemple: le cahier des charges d'un logiciel pour études d'huissier de justice ne peut être rédigé qu'en France).

§   Des services de proximité: fonction publique et assimilés (administrations diverses, enseignement, police, justice, hôpitaux, transports publics...), bâtiment, entretien, hôtellerie-restauration-tourisme, banque à guichets, taxis, coiffeurs, jardinage, etc.

§   Des activités d'économie solidaire (associations, coopératives, mutuelles de santé, d'assurance, de services bancaires) qui représentent en France près de 2 millions d'emplois.

§   L'agriculture et l'élevage, appelés à se développer pour produire la nourriture que les pays émergents devront importer en quantités croissantes. Non seulement leur population croît, mais son niveau de vie s'élève, ce qui lui fait consommer, par exemple, plus de viande; or produire de la viande consomme beaucoup de produits végétaux. Et des problèmes comme le manque de surfaces cultivables et d'eau obligeront de plus en plus ces pays à importer.

 

Il existe aussi des fabrications que la délocalisation menace peu :

§   Celles dont le coût de main d'œuvre est insignifiant par rapport aux coûts de recherche-développement et d'investissement en matériel.

Exemple: la fabrication des cartes mères de PC, processus totalement automatisé de la fabrication des composants à leur montage sur une carte et au test de celle-ci. DELL, numéro un mondial des PC, qui fabrique en Irlande pour l'Europe, peut rester compétitif face à des concurrents qui les fabriquent en Asie parce que la totalité de la main d'œuvre d'un PC ne représente que 10 minutes, temps si court qu'une fabrication moins chère en Asie ne permet pas de compenser les frais d'expédition plus élevés.

De telles activités ont intérêt à être localisées là où le matériel de haute technologie peut le plus facilement être monté, exploité et entretenu, ce qui demande une haute technicité. Les pays avancés restent donc aujourd'hui assez bien placés dans ce domaine et le risque de délocalisation y est faible.

§   Celles qui font intervenir une marque de luxe mondialement connue: vêtements haut de gamme, maroquinerie, parfums et cosmétiques, etc. Il faut préciser ici que seule la marque et la conception ne sont pas menacées, la fabrication proprement dite risque, elle, d'être délocalisée.

§   Celles dont la livraison doit être si rapide qu'elles ne peuvent guère être éloignées de leurs clients.

·          Exemple 1 : les produits alimentaires frais, qui ne supportent pas un transport prolongé ;

·          Exemple 2 : le montage des PC, où on assemble très peu de pièces (châssis, alimentation, carte mère, disque dur, lecteur de CD ou DVD); il ne faut que 10 minutes de main d'œuvre pour assembler et tester un PC. Bien sûr, en faisant ce travail en Chine, on économiserait quelques euros sur ces 10 minutes. Mais le transport économique jusqu'en Europe coûterait plus cher et surtout demanderait 2 mois: le temps d'arriver, le PC serait techniquement dépassé, donc invendable! La meilleure solution est donc de fabriquer les PC pour l'Union européenne sur place.

2.3               Le contexte économique qui freine la délocalisation

La délocalisation est freinée par plusieurs facteurs d'environnement des pays émergents :

§   L'infrastructure de transports, moins dense et moins performante que la nôtre;

§   L'infrastructure de communications (téléphone, poste), qui freine le développement de l'activité économique en même temps que la diffusion du savoir-faire dans la population;

§   Les services financiers (banques, bourses) très loin des nôtres en matière de collecte des capitaux et de crédit;

§   Les services aux entreprises, moins développés et moins performants que chez nous;

§   La bureaucratie administrative et des réglementations paralysantes, comme en Inde, ainsi que la corruption;

§   Le savoir-faire des managers en matière de conduite de projets, d'organisation du travail, de maîtrise des coûts et des délais : c'est parce que les Chantiers de l'Atlantique sont les mieux organisés du monde qu'ils ont emporté tant de contrats de construction de navires;

§   Le développement économique des pays émergents eux-mêmes. Lorsqu'une entreprise chinoise cherche des marchés pour se développer, elle s'aperçoit que celui qui se développe le plus vite est le marché local, où il n'y a pas de barrière linguistique, culturelle, réglementaire, douanière, etc. Elle ne décidera de travailler à l'exportation que lorsque son marché local ne pourra plus absorber toute sa production;

§   La barrière linguistique : si les Indiens parlent anglais, ce n'est pas encore le cas de beaucoup de Chinois. Et il n'y a pour ainsi dire pas de bilingues chinois-français, allemand ou italien.

2.3.1           Immigration, délocalisations ou élargissement de l'Union européenne ?

L'immigration de travailleurs qui se contentent d'un salaire modeste peut permettre, dans une certaine mesure, de se passer de production à l'étranger par délocalisation, sous-traitance ou tout simplement importation. Mais les pays avancés doivent alors faire un choix clair et délibéré : ou ils favorisent le travail à l'étranger, ou ils favorisent l'immigration.

§   L'option production à l'étranger donne plus de souplesse : si les conditions économiques ou politiques changent, il est assez facile de changer de fournisseur ou de s'installer ailleurs ; un tel changement n'a guère d'impact en France.

§   L'option immigration donne plus d'obligations et à plus long terme, car il faut intégrer les étrangers, ce qui s'avère très difficile et coûteux lorsqu'il s'agit de populations très différentes de la nôtre par leur culture ou leur religion dominante. Et très rapidement, les travailleurs immigrés obtiennent des salaires proches des "SMICards" français, ce qui réduit fortement l'économie initiale sur les coûts de main d'œuvre.

Comme la France a jusqu'ici très mal géré l'intégration de ses immigrés, en majorité africains, il en est résulté parmi ces populations de graves problèmes que nous connaissons tous : chômage très élevé, criminalité supérieure à celle des Français de souche pauvres, montée d'un intégrisme religieux musulman, etc.

 

Il faut donc impérativement que ce sujet soit débattu ouvertement en France : quelle proportion de production à l'étranger (avec la main d'œuvre correspondante) faut-il choisir, et quelle proportion d'immigration de travailleurs peu qualifiés ?

 

Hélas, les travailleurs de haute qualification scientifique ou technique dont nous avons grand besoin ne sont guère attirés par la France, parce qu'ils préfèrent les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Les candidats à l'immigration en France sont ceux dont la qualification est inexistante, qui ne parlent pas français, qui n'ont nulle envie d'adopter notre culture, et qui recherchent avant tout la Sécurité sociale, l'assurance chômage, etc. (Selon M. Nicolas Sarkozy, interviewé dans Le Figaro du 30/06/2005 page 6 et défendant sa proposition de quotas, « L'immigration du travail ne représente en France que 5 % du flux d'immigrés. Cela n'a pas de sens. Je propose qu'il y ait chaque année au Parlement un débat pour savoir de quoi et de qui nous avons besoin. »).

 

Quel que soit le choix entre production à l'étranger et immigration, et particulièrement si les Français ne font pas de choix explicite, l'Union européenne et son Marché commun permettront de plus en plus de produire des biens et des services dans les pays membres à faible coût de main d'œuvre aussi facilement que chez nous, et sans que nous puissions nous y opposer. Nous devons donc nous préparer à cette éventualité en favorisant notre compétitivité. Nous pouvons faire comme l'Irlande, qui a un programme pour doubler le nombre de ses docteurs ès sciences d'ici 2010, et pour favoriser l'installation de scientifiques étrangers (notamment chinois) désireux d'effectuer leurs travaux de recherche en Irlande [277].

2.3.2           Innovation et esprit d'entreprise, la force des pays riches

Dans notre monde ouvert, le travail nécessaire sera de plus en plus assuré par les pays et les gens à même de le faire au meilleur prix, qu'il s'agisse de production de biens ou de services rendus à partir de l'étranger, comme l'administration et la vente à distance, la télémédecine, le support des utilisateurs d'ordinateurs. La délocalisation et l'externalisation (sous-traitance d'activités aujourd'hui françaises) est inévitable et ira croissant.

 

Ce phénomène est inéluctable, car il résulte du progrès technique et des efforts des pays en voie de développement pour accéder à un meilleur niveau de vie. Et comme la France a absolument besoin d'acheter certains produits à l'étranger (pétrole, fruits exotiques…) elle doit avoir quelque chose à leur vendre et à vendre à ses partenaires de l'Union européenne. La seule politique possible est:

§   La voie de l'innovation (création de nouveaux produits et services susceptibles d'intéresser des acheteurs chez nous et à l'étranger);

§   La recherche (susceptible de trouver des techniques nouvelles, des matériaux nouveaux, de nouveaux médicaments, etc.);

§   La mise au point de techniques de fabrication performantes et d'organisations efficaces du travail, des services et du marketing d'origine française ou européenne, que des multinationales à capitaux français ou européens utiliseront dans les pays où elles sont les moins chères.

 

Le progrès technique et organisationnel n'a pas de fin. Dans une course contre soi-même, on peut toujours se dépasser. C'est pourquoi il ne faut pas craindre l'avenir. Comme l'écrivait l'éditorialiste Thomas L. Friedman dans le New York Times du 07/03/2004:

 

"L'Amérique est la source d'innovations la plus féconde de tous les temps, source qui n'est pas près d'être égalée car elle résulte d'une multitude de facteurs :

§   Une liberté de penser totale ;

§   Une prédilection pour des réflexions indépendantes ;

§   Un flot continu d'immigration de nouveaux esprits ;

§   Une culture qui aime prendre des risques et ne culpabilise pas les échecs ;

§   Une administration non-corrompue ;

§   Des marchés financiers et des capitaux-risques qui n'ont pas leur égal dans l'art de transformer des idées nouvelles en produits de classe mondiale."

 

Voilà un message que nos télévisions devraient faire passer jusqu'à ce que les Français aient compris que la réponse aux délocalisations et sous-traitances n'est pas d'interdire les licenciements ou de réclamer des aides, mais de se former, d'innover et d'entreprendre.

2.4               Effet des délocalisations et de l'outsourcing

Globalement, selon les chiffres publiés par l'INSEE dans [306] :

"…le nombre d’emplois délocalisés serait en moyenne d’environ 13 500 par an, dont un peu moins de la moitié à destination des pays émergents."

Sur une population active d'environ 25 millions de travailleurs, cela représente 0.05 %, chiffre complètement insignifiant ! Il est intéressant de rapprocher ce chiffre du nombre d'emplois détruits et recréés chaque jour en France, 10 000.

 

En une année entière, les délocalisations détruisent autant d'emplois en France que le fonctionnement naturel de l'économie en un jour.

 

Autre enseignement de [306] page 72 : il y a autant ou plus de délocalisations par an vers les pays développés (7175) que vers les pays à bas salaires (6370) ; la délocalisation ne résulte donc pas seulement des différences de salaires, loin de là.

 

L'effet de la sous-traitance est souvent le même que celui d'une délocalisation : une activité qui pourrait en principe avoir lieu en France est effectuée ailleurs. Des emplois français sont perdus au profit d'emplois à l'étranger.

" Délocalisations et sous-traitances sont donc des menaces pour l'emploi, des malheurs dus à la mondialisation inhumaine, aux multinationales, bref aux excès de l'ultralibéralisme. "

C'est ce que croient la plupart des citoyens, parce que les médias et certains politiciens le leur font croire. Nous allons voir qu'en général ils se trompent, parce qu'ils ne connaissent pas les mécanismes économiques et qu'on les maintient dans l'ignorance, par manquement des journalistes au devoir d'informer correctement ou par calcul électoraliste des politiciens.

2.4.1           1er cas : emplois qui n'auraient pu exister en France

C'est le premier cas où il n'y a pas de perte d'emploi français : une entreprise française sous-traite du travail à une entreprise étrangère, qui est ou non sa filiale. Cela se produit dans le contexte suivant.

 

Pour chaque article ou service il y a un prix maximum, au-delà duquel le nombre potentiel de clients est très faible ou même nul. Il existe de nombreux cas où un prix acceptable ne peut être obtenu avec du travail fait en France.

 

Exemple 1 : certains centres d'assistance technique téléphonique, où le prix qu'un client est disposé à payer pour une aide est très bas (exemple : 1 euro pour dix minutes d'assistance à l'utilisation d'un logiciel de jeu). De tels centres ne peuvent exister en France, où aucune assistance n'est concevable à moins de 8 euros les dix minutes).

      Une société qui veut offrir ou vendre ce type d'assistance à ses clients doit donc créer son centre à l'étranger (par exemple en Tunisie, pays francophone) ou y renoncer.

      La création d'un tel centre ne correspond à aucune délocalisation. Au contraire, il permet à des clients français de disposer d'un service qu'ils n'auraient pu s'offrir s'il avait été créé en France.

 

Exemple 2 : la sous-traitance à une entreprise d'un autre pays est parfois le seul moyen d'accéder au marché de ce pays, du fait de ses restrictions à l'importation ; c'est aussi le seul moyen de lancer une production avec un investissement faible ou nul.

      Pour fabriquer ses articles, la société sous-traitante doit importer des pièces de France et souvent payer des droits d'exploitation de brevets français. Dans tous les cas, comme nous l'avons vu dans le tome 1, cela donne du travail à des ouvriers et des techniciens français, et fait rentrer des devises en France.

 

Conclusion sur ce cas : la délocalisation est un bien, pas un mal

§   Certains cas de sous-traitance constituent un bénéfice net pour des consommateurs Français et des entreprises françaises, sans perte d'emploi possible ;

§   Il en est de même pour la plupart des cas de coopération internationale, où :

·          Soit la compétence n'existe pas en France ;

·          Soit le délai de réalisation est trop long dans notre pays pour une mise rapide sur le marché, par exemple parce que les ressources de réalisation françaises sont saturées ;

·          Soit l'investissement en France serait plus cher qu'à l'étranger, ou moins rentable que d'autres investissements correspondant mieux à nos domaines de compétence.

 

Bien entendu, notre raisonnement n'est juste qu'en première approximation, parce qu'il faudrait aussi tenir compte de la proportion d'importations incluse dans toute activité qui se déroule en France (environ 21 % en moyenne).

2.4.2           2ème cas : activités qui ne sont plus viables en France

L'accroissement de la productivité et les conditions de concurrence obligent souvent à baisser continuellement les prix. C'est le cas, par exemple, dans le textile et l'informatique. Il arrive un moment où le prix du marché, pratiqué par les concurrents, ne permet plus à une entreprise de continuer à produire ses articles ou ses services en conservant ses prix. L'entreprise est alors obligée de recourir à la délocalisation ou à la sous-traitance.

      Si elle ne le fait pas, ou pas assez vite, elle fera faillite et mettra tout son personnel au chômage.

      Si elle le fait, elle peut conserver en France certains emplois dont la délocalisation ou la sous-traitance éventuelle est impossible. L'exemple suivant le montre.

2.4.2.1                    Exemple : sous-traitance de la fabrication de chaussures Nike

L'exemple suivant illustre bien la prépondérance du traitement d'informations dans le coût d'un article fabriqué qui caractérise l'économie de l'information.

 

Dans une paire de chaussures Nike, vendue 70€ au consommateur final, il n'y a que 3€ de main d'œuvre locale dans le pays où la fabrication est délocalisée et 12€ de matières et frais divers de fabrication. Il y a aussi 2€ de transport, soit au total 17€. La valeur ajoutée de 70 - 17 = 53€ n'est pas délocalisée, elle reste dans les pays riches qui achètent ces chaussures. Elle rémunère la conception du produit, la promotion de marque, la commercialisation, les services d'accompagnement éventuels et les bénéfices de la multinationale, des grossistes et détaillants.

 

Cette valeur ajoutée représente 53/70 = 76 % du prix du produit, c'est-à-dire sa grande majorité, et elle n'est pas perdue par sous-traitance.

      Non seulement elle n'est pas perdue, mais la fabrication à l'étranger permettant une baisse des coûts, même si elle est peu importante, entraîne une croissance des ventes. Cette croissance entraîne celle de la valeur ajoutée dans les pays riches, croissance qui se traduit par des emplois supplémentaires dans des domaines autres que la fabrication, avec une main d'œuvre de qualification différente.

 

Dans la grande majorité des cas, comme le montrent les paragraphes suivants :

 

Le nombre total d'emplois dans les pays riches ne décroît pas avec la mondialisation et les délocalisations, il augmente.
Mais cette augmentation globale est acquise au prix de pertes d'emplois peu qualifiés et d'une croissance du nombre d'emplois qualifiés

 

 

Conclusions sur le cas Nike

La fabrication à l'étranger, par délocalisation ou sous-traitance, conserve en France une proportion de valeur ajoutée plus grande que celle qu'elle envoie à l'étranger. Et comme elle permet le développement des ventes, elle entraîne en France une croissance de l'emploi, pas une perte, ainsi qu'une obligation de reconversion de certains salariés peu qualifiés.

 

Pour plus de détails sur l'impact des délocalisations sur l'emploi et le PIB, voir :

§   "Délocalisations vers la Chine : les chiffres parlent !

§   "La croissance du PIB entraîne celle des inégalités".

2.4.2.2                    Quelles activités ne sont plus viables en France ?

§   Certains emplois n'ont plus de valeur :

·          Soient ils correspondent à des qualifications devenues sans valeur par obsolescence des métiers, comme les qualifications de bourrelier ou de maréchal-ferrant ;

·          Soient ils correspondent à des qualifications devenues sans valeur par obsolescence des produits, comme la fabrication des tourne-disques pour disques en vinyle, qu'on ne vend plus ;

§   Certains emplois sont devenus trop chers en France face à la concurrence étrangère, parce qu'ils correspondent à des qualifications quasi-nulles, comme le montage à la chaîne d'appareils d'électronique grand public, travail si facile qu'on peut le faire en Chine beaucoup moins cher qu'en France.

2.4.2.3                    Les emplois correspondant à ces activités sont forcément condamnés

§   Si on empêche une entreprise où de tels emplois existent de délocaliser, elle fait faillite et met tous ses employés au chômage. Toute interdiction par la loi de délocaliser fera donc mourir les entreprises concernées et réduira leur personnel au chômage.

§   Si on permet à une entreprise de délocaliser, elle sauve les emplois restants et même développe ceux qui ont une forte valeur ajoutée ; il vaut mieux sauver quelques emplois que les perdre tous par faillite.

2.4.3           3ème cas : activités devenues plus coûteuses en France qu'à l'étranger

2.4.3.1                    Cas général : le coût à l'étranger est beaucoup plus bas

C'est un cas très fréquent : les progrès de certains pays étrangers font qu'ils peuvent désormais fabriquer des produits ou offrir des services meilleurs ou moins chers que les nôtres.

      Cela s'est produit, par exemple, au Japon. Ce pays est devenu, peu à peu, le roi des appareils photo et de l'électronique grand public. Il a progressivement concurrencé puis éliminé les Européens et les Américains engagés dans les mêmes fabrications.

      Cela se produit, en ce moment même, avec la Chine, qui commence à monopoliser la fabrication de téléviseurs et de certains composants électroniques ; le Japon y sous-traite désormais nombre de ses fabrications.

 

Que doit faire une entreprise française face à une telle situation ? Si elle ne réagit pas, ses nouveaux concurrents vont rapidement la mettre en faillite ou la racheter à bas prix ; dans les deux cas, des salariés français seront licenciés. La seule réaction possible consiste à conserver en France ce qui peut s'y faire mieux ou moins cher qu'ailleurs, et à sous-traiter aux nouveaux concurrents ce qu'ils font mieux ou moins cher qu'en France.

 

C'est ce qu'a fait Thomson Multimédia, par exemple, en vendant à une multinationale chinoise, TCL, sa division téléviseurs, dont elle n'a gardé en France que les activités à haute valeur ajoutée restées viables.

 

En tout cas, dans une économie ouverte comme la nôtre, il est illusoire de vouloir maintenir en France un travail qui coûte bien moins cher ailleurs. Aucune loi n'y parviendra. Aucune subvention ne sera supportable assez longtemps pour constituer une solution viable, car il y aura toujours des possibilités d'utiliser l'argent de cette subvention de manière plus rentable pour les citoyens. On pourra toujours, aussi, baisser les impôts du montant correspondant, pour laisser l'argent aux citoyens, qui le dépenseront ou l'investiront de manière plus profitable que de produire des articles ou services trop coûteux.

2.4.3.2                    Cas particulier : l'activité est presque rentable en France

S'il ne manque que quelques pour-cent de baisse des coûts pour que le travail en France soit compétitif, on peut aider les emplois correspondants à rester en France en leur accordant (lorsque l'Union européenne et les accords OMC le permettent) des avantages fiscaux ou des subventions.

 

Chaque emploi ainsi sauvegardé coûte moins cher que le chômage du salarié. Mais la collectivité n'a aucune raison de payer ainsi, indéfiniment, des gens dont le travail n'est plus rentable ; à terme, ils devront faire autre chose, quitte à ce que le contribuable subventionne leur formation et leur reconversion.

2.4.4           Délocalisation et outsourcing lors d'une croissance

La concurrence entre entreprises n'est pas limitée aux produits et services, elle existe aussi pour l'accès au capital. En effet, le capital est une ressource aussi indispensable à une entreprise que les matières premières et la main d'œuvre : il faut du capital pour acheter ou moderniser les moyens de production ; développer de nouveaux produits ; faire le marketing nécessaire pour se faire connaître et vendre ; etc.

 

Une entreprise peut se procurer du capital en faisant appel à ses actionnaires, en empruntant à des banques ou en émettant des obligations, qui sont un emprunt auprès du public. Actionnaires, banquiers ou simples particuliers, tous cherchent le meilleur rendement possible pour leurs fonds, tout en veillant à minimiser le risque de les perdre.

 

Les entreprises sont donc en concurrence pour ces fonds : celles qui offrent le meilleur rendement, avec une sécurité convenable, trouveront des investisseurs. Les autres risquent de ne pas en trouver, ou d'en trouver à des taux d'intérêt exorbitants. En conséquence, ce sont les entreprises les mieux gérées qui se financent le plus facilement ; les autres sont privées de financements ou doivent les payer si cher que leurs bénéfices sont fort réduits. La règle est bien connue : « On ne prête qu'aux riches ».

 

Or le bénéfice de l'année précédente ou du trimestre écoulé est justement le premier critère de décision utilisé par les investisseurs éventuels. Donc une entreprise insuffisamment profitable aura du mal à financer sa modernisation, le développement de produits et services nouveaux, et son marketing. Elle sera alors battue par ses concurrents et fera faillite, ou sera absorbée par une société qui commencera par licencier du personnel pour diminuer les coûts et augmenter la profitabilité.

 

Conclusions

§   Le bénéfice est indispensable à la survie d'une entreprise, donc de ses emplois. La priver de bénéfice, ou simplement diminuer celui-ci, rend son financement plus difficile ou coûteux, constituant donc un risque de faillite.

Donc ceux qui préconisent de prélever sur les bénéfices de quoi payer davantage les salariés ou préserver les emplois d'activités peu ou pas rentables, oublient la concurrence pour l'accès au financement. Leur proposition est donc inacceptable.

§   Lorsqu'une entreprise qui va bien a la possibilité de se développer, elle peut être tentée d'acquérir la capacité de production supplémentaire à l'étranger. Si elle crée une filiale, c'est de la délocalisation ; si elle sous-traite, c'est de l'outsourcing ; et elle peut aussi s'associer avec une entreprise étrangère pour co-développer de nouveaux produits.

Le raisonnement pour décider de rester ou non en France est basé sur les arguments que nous avons déjà vus. Il s'y ajoute souvent celui de la sécurité : une entreprise est d'autant moins menacée par une crise dans un pays, qu'elle est implantée dans de nombreux pays.

2.4.5           La délocalisation menace l'industrie et aussi les services

Les trois quarts de l'emploi en France sont dans le secteur des services : transports, services financiers, télécommunications, professions libérales, etc. Beaucoup de ces services sont fournis à des sociétés industrielles. Si une telle société va mal et délocalise ou sous-traite, certains services qu'elle achetait seront impactés à leur tour ; ils seront obligés de suivre et de délocaliser en même temps, ou disparaîtront.

2.4.6           Les bas salaires ne suffisent pas pour inciter à la délocalisation

Il ne faut pas croire que les bas salaires suffisent toujours à compenser une différence de productivité. C'est ainsi, par exemple, que l'agriculture chinoise ne peut supporter la concurrence des grands producteurs de blé ukrainiens, américains, canadiens, argentins ou même français. Dans ces pays évolués, 1 homme peut cultiver tellement d'hectares de blé (environ 200) et avec un rendement tel (environ 72 quintaux/hectare de blé tendre en France selon [284]) que, malgré son salaire 15 fois plus élevé, le blé qu'il produit est moins cher que le blé chinois. La compétitivité d'une activité dans un pays dépend aussi de facteurs autres que le coût de l'heure de travail : la productivité par exemple, ou la qualité.

2.5               Exemple d'effet d'une délocalisation : les anoraks

Source : [217].

2.5.1           Enoncé du problème : comment protéger l'emploi ?

Voici l'évolution des prix « arrivée en douane » et des parts de marché des anoraks importés de Chine entre 2001 et 2003 :

 

 

2001

2003

Prix en euros

18.28 €

7.59 €

Part de marché

15 %

75 %

 

Prix et part de marché des anoraks importés de Chine

 

On voit qu'à une baisse du prix correspond une hausse de part de marché, ce qui est conforme au principe de détermination des prix de marché exposé dans le tome 1.

 

Cette baisse est si considérable que depuis début 2005 des sociétés de vente par correspondance commencent à faire cadeau d'anoraks à leurs clientes lorsqu'elles commandent !

 

L'article affirme :

"Dans le cadre des accords OMC [Organisation Mondiale du Commerce], l'Union européenne, tout comme d'autres pays, a la possibilité de protéger ses marchés d'une « bouffée d'importations » en ayant recours à des clauses de sauvegarde."

 

Ayant peur d'être obligés de licencier des ouvriers qui fabriquent des anoraks à cause de la concurrence chinoise, les Européens (donc les Français) envisagent de se protéger en utilisant les recettes connues, obligatoirement temporaires d'après les accords OMC : quotas d'importation, droits de douane ou « clauses de sauvegarde ». Pour comparer l'effet des deux stratégies possibles, nous faisons les hypothèses suivantes.

2.5.2           Hypothèses

§   Les ventes d'un produit augmentent lorsque son prix baisse (nous l'avons vu au tome 1 et ci-dessus).

§   Que le prix des anoraks en France ait baissé ou non, les consommateurs français disposent des mêmes revenus et achètent au total la même valeur de marchandises. Avec des importations d'anoraks moins chers, on en vendra sans doute plus et, grâce à l'argent économisé sur des anoraks moins chers, on vendra aussi des quantités plus grandes d'autres articles. Mais la valeur totale dépensée sera la même (le PIB sera inchangé).

 

Voyons à présent les effets des deux stratégies possibles de l'Union européenne face aux fabrications européennes qui partent à l'étranger, en Chine dans le cas présent.

2.5.3           1ère stratégie : l'Union européenne se protège (droits de douane ou quotas)

§   Les importations chinoises sont alors disponibles pour nos consommateurs en plus faible quantité, et le prix des anoraks sur notre marché est plus élevé qu'en l'absence de protection douanière.

§   Les consommateurs paient donc plus cher leurs anoraks. Ils en achètent donc moins. Certains consommateurs modestes n'en achètent pas du tout, parce qu'ils sont trop chers.

§   Des ouvriers français gardent leurs emplois aux frais des consommateurs, en produisant des marchandises à prix plus élevé que celui des importations.

§   Mais comme les accords de l'OMC prévoient que les mesures de sauvegarde doivent être temporaires, la protection de nos emplois ne durera que quelques années tout au plus. Par la suite, ces emplois n'étant plus concurrentiels du fait du coût des articles fabriqués, ils ne seront plus viables et disparaîtront, c'est inéluctable.

 

Conclusion : cette stratégie de fermeture de notre marché aux importations coûte cher aux consommateurs et ne peut que reculer temporairement la disparition inéluctable des emplois non concurrentiels.

2.5.4           2ème stratégie : l'Union européenne ne se protège pas

§   Les anoraks sont importés en grand nombre et à bas prix.

§   Un consommateur paie un anorak 18.28 / 7.59 = 2.4 fois moins cher.

§   Avec l'argent économisé, il s'achète d'autres marchandises, qu'il n'aurait pas achetées sans cela. Au total, avec les mêmes revenus et les mêmes dépenses la quantité d'articles qu'il peut acheter a augmenté : il peut consommer davantage, il est gagnant.

§   D'autres consommateurs français, qui ne pouvaient pas s'offrir un anorak à cause du prix élevé, peuvent désormais le faire, au nouveau prix 2.4 fois moins cher. Le nombre d'acheteurs français d'anoraks augmente, plus de gens se protègent du froid.

§   Supposons que le chiffre d'affaires total de la vente d'anoraks en France baisse, à cause de la division du prix par 2.4 et malgré la croissance des ventes. Les marchandises ou services supplémentaires vendus grâce aux économies sur les achats d'anoraks font travailler d'autres ouvriers. Au total, l'activité en France (mesurée par le PIB par définition) reste la même, l'argent dépensé par les consommateurs étant le même. L'activité a simplement été transférée depuis la fabrication d'anoraks (des emplois désormais non viables) à celles fabriquant les marchandises ou produisant des services que les consommateurs ont achetées en plus.

Comme expliqué ci-dessus au paragraphe "Importations", une partie de ces marchandises ou services supplémentaires est importée, dans la proportion de 21 % environ. L'impact global sur l'emploi français est une perte de 21 % de l'économie sur les anoraks (attention : il ne s'agit pas de 21 % du chiffre d'affaires total des ventes d'anoraks, mais seulement de 21 % de la différence « chiffre d'affaires avant baisse » moins « chiffre d'affaires actuel »).

§   Le nombre total d'anoraks vendus en France augmente, mais le nombre d'anoraks fabriqués en France diminue ou même s'annule.

§   Des emplois français sont supprimés ou doivent être reconvertis. Ce sont ceux dont la qualification est si faible qu'ils sont remplaçables par des emplois chinois.

§   Pour les Chinois, les ventes explosent, à la fois du fait du gain de parts de marché (15 % à 75 %, soit 5 fois plus) et de la croissance du marché, due aux prix 2.4 fois plus bas. On peut estimer, par exemple, à 7 fois la multiplication des quantités vendues.

§   Grâce à l'accroissement des ventes et pour combattre la concurrence du Bangladesh, les Chinois s'organisent pour être plus productifs. Leur marge bénéficiaire, qui était de 60 % en 2001, est 20 % en 2003, mais avec des quantités vendues 7 fois plus grandes. Si en 2001 ils faisaient 100€ de chiffre d'affaires, leur bénéfice était de 60€. En 2003, avec 7 x 100 = 700€, leur bénéfice est de 20 % x 700 = 140€ : il a été multiplié par 2.3.

Non seulement les Chinois ont davantage d'ouvriers qui travaillent, mais leur bénéfice total augmente. Ils disposent donc de plus d'argent à dépenser, leur niveau de vie augmente.

§   Avec une partie de cet argent supplémentaire, les Chinois nous achètent des marchandises qu'ils n'auraient pas pu s'offrir auparavant : avions, boissons, parfums, etc. Les importations chinoises augmentent d'environ 30 % par an ; nous leur vendons donc beaucoup et de plus en plus, ce qui crée chez nous des emplois, mais dans des activités autres que le textile.

Notre commerce extérieur étant à peu près équilibré, on peut estimer que les exportations supplémentaires compenseront le supplément d'importations et créeront des emplois supplémentaires produisant la même valeur que ceux que nous avons perdus avec les anoraks. Nos emplois détruits seront remplacés par de nouveaux emplois, comme cela se produit en France pour 10 000 emplois par jour.

§   Au total tous les consommateurs, français et chinois, auront acheté plus de marchandises qu'auparavant, parce qu'à revenu égal ils auront disposé de marchandises moins chères. Leur niveau de vie aura augmenté.

Le volume de marchandises produit aura augmenté à la fois en France et en Chine :

·          Par remplacement de travail cher (les anoraks fabriqués en France) par du travail moins cher (les anoraks chinois) ;

·          Par le travail provenant du supplément d'exportations.

Chez nous, il y aura eu transfert d'emplois des activités non viables vers des activités viables.

Bien entendu, l'absence de perte d'emplois chez nous repose sur deux hypothèses : l'équilibre du commerce extérieur et la possibilité de créer autant d'emplois dans des activités viables que nous en avons perdu avec les anoraks. L'équilibre du commerce extérieur est affaire d'innovation, de conquête de marchés et de compétitivité ; nous reviendrons sur la compétitivité plus loin. La création d'emplois a été traitée au tome 1.

 

Conclusion

C'est par de tels transferts d'activités vers les pays et les entreprises où elles coûtent le moins cher que le développement des échanges et la croissance de la productivité (la mondialisation) ont fait progresser le niveau de vie dans tous les pays. Tous sauf ceux où, comme les pays arabes ou sub-sahariens, le PIB progresse moins vite que la population, à cause d'une natalité galopante.

2.5.5           Conclusion sur les transferts d'emplois à l'étranger

La pire chose à faire pour les Européens serait de conserver des emplois non viables aux frais des consommateurs. Cette « solution » serait temporaire et immédiatement coûteuse, en pouvoir d'achat comme en emplois. Les consommateurs auraient un pouvoir d'achat amputé des subventions aux travailleurs « protégés ». Certains consommateurs modestes continueraient à ne pouvoir s'offrir des anoraks, trop chers.

2.6               Effet des importations à bas prix des produits chinois

Selon une étude des analystes de Morgan Stanley citée par [275], les importations aux Etats-Unis de produits bon marché provenant de Chine ont fait économiser aux consommateurs américains plus de 600 milliards de dollars au cours des 10 dernières années, et ont fait économiser encore plus d'argent aux industriels américains qui incorporent des articles chinois dans leurs propres produits.

 

Cet exemple montre à quel point la diabolisation de la mondialisation et du libéralisme pratiquée en France par les médias et le gouvernement est trompeuse : les Français ont avantage à importer des produits bon marché pour pouvoir, avec l'argent économisé, en acheter d'autres, et que leurs industriels soient plus compétitifs.

 

J'ai entendu en mai 2005 un patron français dénoncer le dumping pratiqué par les Chinois en matière de textiles en déclarant en substance : « Leurs industriels empruntent l'argent à des banques à qui ils ne le rembourseront jamais, avec la complicité de l'Etat chinois, qui vole ainsi son propre peuple au profit de ces industriels qui ont des amis au pouvoir ; et grâce à cet argent volé, ils peuvent investir en usines, acheter des matières premières, puis fabriquer et vendre à bas prix ; et cette concurrence déloyale nous étouffe." Ce point de vue oublie que :

§   Vendre à perte ne peut pas durer ; les Chinois finiront par cesser des pratiques qui leur coûtent cher et les privent de fonds nécessaires à leurs investissements rentables ;

§   Chaque fois que les Chinois perdent de l'argent en vendant à perte, nos consommateurs français en gagnent en économisant sur leurs achats ;

§   Les industriels du textile français incapables de fabriquer des produits assez innovants ou esthétiques pour concurrencer les Chinois, ne méritent pas de vivre en faisant payer trop cher leurs produits par les consommateurs français.

2.7               Discussion

La conclusion de ce qui précède (les délocalisations favorisent les consommateurs, ainsi que les industriels qui incorporent les produits importés moins cher à leurs articles au prix d'une reconversion d'emplois) est vraie en général, mais en général seulement.

2.7.1           Récession

Nous avons supposé que, malgré la délocalisation de la fabrication d'anoraks, les consommateurs continuaient à disposer du même budget. Mais cette hypothèse peut devenir fausse si le nombre de délocalisations et sous-traitances simultanées est si grand que l'activité en France (ou dans une région donnée) baisse de manière significative en peu de temps, c'est-à-dire s'il y a récession.

      Au début, les consommateurs qui ont toujours un emploi conservent leur pouvoir d'achat et profitent des prix qui ont baissé ; les nouveaux chômeurs ont moins de pouvoir d'achat et consomment moins. La solidarité nationale prend de l'argent aux travailleurs qui ont un emploi pour le donner aux chômeurs : le revenu disponible des salariés qui travaillent baisse donc, et eux aussi se mettent à moins consommer.

 

On retrouve ainsi une conclusion déjà formulée précédemment : un grand nombre de délocalisations se produisant en peu de temps au détriment d'une région donnée peut y entraîner des pertes d'emploi et une récession.

      Il faudra alors du temps pour que de nouvelles entreprises s'installent, de nouvelles activités apparaissent, des salariés se reconvertissent, etc.

2.7.2           L'immobilisme des travailleurs

Nous avons vu que le transfert d'emplois à l'étranger ne crée pas de chômage chez nous s'il se produit suffisamment lentement pour que notre économie ait le temps de s'adapter, en créant de nouvelles activités et en reconvertissant des travailleurs.

 

Mais cette adaptation suppose que les travailleurs y consentent, et là nous avons un problème : comme le reste de l'Union européenne, la France souffre de l'immobilisme de ses travailleurs, trop peu enclins à changer de métier ou à déménager vers une région où il y a du travail. Cet immobilisme est possible - et même encouragé - par la générosité des allocations de chômage et leur durée.

 

Cet immobilisme ne date pas d'hier ; les Français sont un peuple qui a émigré bien moins que ses voisins européens lorsque les temps étaient difficiles. C'est pourquoi, parmi les immigrants aux Etats-Unis on trouve beaucoup d'Irlandais, de Suédois, d'Allemands, de gens d'Europe centrale et orientale, mais pratiquement pas de Français. Parmi les Français qui ont émigré, il y a beaucoup de protestants, partis lorsque Louis XIV les a maltraités, mais leur nombre total est modeste ; il y a aussi quelques milliers de nobles qui ont fui la Révolution.

2.7.3           Une logique bien française : le beurre et l'argent du beurre

§   Les Français sont ravis d'acheter des téléviseurs ou des textiles fabriqués en Asie parce qu'ils sont moins chers. Et en même temps, ils dénoncent les délocalisations ;

§   Les Français ont pitié des pays en voie de développement, veulent annuler leurs dettes et accroître les subventions qu'on leur verse. Et en même temps, en dénonçant les délocalisations, ils veulent les priver de travail.

§   Les Français veulent que les Chinois leur achètent des Airbus qu'ils n'achetaient pas hier. Et en même temps, ils ne veulent pas que les textiles chinois envahissent la France. Mais avec quel argent les Chinois achèteraient-ils plus d'avions sans vendre plus de textiles ?

Cherchez la cohérence…

2.8               Statistiques sur les délocalisations

Le texte qui précède étudie les phénomènes de délocalisation, d'outsourcing et de coopération à l'aide de raisonnements. Mais même si des raisonnements semblent logiques et basés sur des hypothèses crédibles, il est bon de vérifier si leurs conclusions sont confirmées par la réalité. C'est pourquoi nous allons examiner des statistiques.

 

Difficultés

§   Il n'existe pas de statistiques donnant le nombre d'emplois français délocalisés. On doit donc tenter d'appréhender ce nombre en tenant compte du fait que la délocalisation exige des investissements à l'étranger. Il est encore plus difficile d'appréhender le nombre d'emplois correspondant à de la sous-traitance et tout à fait impossible d'apprécier celui qui correspond à des coopérations.

§   Les phénomènes de transfert d'activités à l'étranger comprennent, nous l'avons vu, des créations d'entreprises qui soit reprennent des tâches précédemment effectuées en France, soit créent des tâches qui n'existaient pas en France. Comme il est impossible de distinguer, dans le total d'un investissement direct à l'étranger dont on connaît le montant, la part qui revient à la reprise d'emplois français, on ne peut que considérer ce montant total et affirmer que c'est un majorant.

2.8.1           Les délocalisations constituent un phénomène insignifiant

Rappelons d'abord que selon le rapport Camdessus [227] page 85 :

"Chaque jour c’est 10 000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10 000 qui sont créés. Ce phénomène d'obsolescence des produits est si important, de nos jours, qu'il explique à lui seul la destruction de 10 000 emplois par jour en France. Ce sont autant d’anticipations ou de réponses face à l’évolution des entreprises et de l’économie..."

[Il s'agit là de l'effet classique du renouvellement naturel des produits.]

 

Comme le taux de chômage reste à peu près stable en France, notre pays est donc capable de créer chaque jour 10 000 emplois entièrement nouveaux. A côté des 10 000 emplois détruits et compensés chaque jour, les délocalisations sont insignifiantes.

 

73 % des emplois français étant dans le secteur des services, donc plus difficilement délocalisables que ceux de l'industrie, l'impact des délocalisations ne peut être que fort limité.

 

Selon [215] page 106 citant la MIME (Mission interministérielle sur les mutations économiques), les délocalisations au sens strict représenteraient globalement autour de 10 % du montant des investissements directs français à l'étranger.

 

Selon la DATAR [222], cette proportion tomberait à 5 % sur les marchés proches (pays d'Europe centrale et orientale, Maghreb), et à moins de 1 % des investissements directs étrangers vers des marchés lointains.

 

Au total :

 

Les délocalisations ne représentent que 4 % environ des investissements français à l'étranger
Les dix secteurs industriels qui ont le plus investi à l'étranger ont aussi créé en France 100 000 emplois entre 1997 et 2000

 

Comme le souligne [240] page 26 :

"L’essentiel de l’investissement direct se faisant entre pays industrialisés, la taille des marchés semble donc un déterminant primordial de l’investissement direct : on investit essentiellement aux États-Unis ou en Europe, et on le fait pour accéder au marché, non pour produire à bas coût."

2.8.1.1                    Nombre d'emplois supprimés par délocalisation dans l'Europe des 25

Selon [228] page 86, il y avait en 2003 dans l'Europe des vingt-cinq environ 192 millions d'emplois. Ce nombre est à rapprocher de ceux que donne le tableau ci-dessous, issu de [271] page 68 :

 

 

 

Emplois supprimés

Entreprises
concernées

Secteurs d'activité

Nombre

Répartition  %

Nombre

Répartition %

Postes et télécommunications

177 812

22,86

195

13,40

Services financiers

120 220

15,46

122

8,38

Transport et stockage

94 314

12,13

129

8,87

Métallurgie et mécanique

69 334

8,92

181

12,44

Moteurs

53 213

6,84

79

5,43

Boissons, alimentation, tabac

29 607

3,81

89

6,12

Textiles et cuirs

29 515

3,80

119

8,18

Chimie

28 950

3,72

91

6,25

Commerce

28 691

3,69

64

4,40

Matériel électrique

26 673

3,43

63

4,33

Meuble

22 260

2,86

64

4,40

Industries extractives

20 175

2,59

9

0,62

Énergie

19 326

2,49

24

1,65

TIC

14 988

1,93

64

4,40

Édition et médias

11 236

1,44

37

2,54

Spectacle

8 724

1,12

29

1,99

Services de consulting

6 919

0,89

26

1,79

Verre et ciment

5 548

0,71

29

1,99

Hôtels, restaurants

2 827

0,36

10

0,69

Santé

2 693

0,35

9

0,62

Bois papier

2 310

0,30

12

0,82

Maintenance et nettoyage

1 150

0,15

4

0,27

Éducation

587

0,08

2

0,14

Agriculture et pêche

457

0,06

2

0,14

Services à la personne

165

0,02

2

0,14

Total

777 694

100,00

1 455

100,00

Répartition des emplois détruits par délocalisation dans l'Europe des 25
du 01/01/2002 au 15/07/2004 par secteur d'activité

 

 

On voit qu'en deux ans et demi :

§   Le nombre total d'emplois supprimés en Europe par suite des 1455 restructurations recensées est de 777 694, c'est-à-dire 0.42 % des 192 millions d'emplois ;

§   Sur ces 777 694 emplois détruits, seuls 36 977 (4,7 %) sont dus à de véritables délocalisations, comme le montre le tableau suivant :

 

 

 

Emplois supprimés

Entreprises
concernées

Cause de suppression

Nombre

Répartition  %

Nombre

Répartition %

Restructuration interne

589 325

75,52

910

62,50

Faillite ou fermeture

110 127

14,11

330

22,66

Délocalisation

36 977

4,74

104

7,14

Fusion-acquisition

23 990

3,07

51

3,50

Sous-traitance internationale

19 155

2,45

16

1,10

Autres

820

0,11

45

3,09

Total

780 394

100,00

1 456

100,00

Répartition des emplois détruits par délocalisation dans l'Europe des 25
du 01/01/2002 au 15/07/2004 par cause de suppression

 

 

C'est absolument insignifiant et fait apparaître comme odieux le battage médiatique autour des délocalisations.

 

En outre, contrairement à tout le bruit fait en France autour du secteur textile, les secteurs les plus concernés - et de loin - sont les Postes et télécommunications, les Services financiers et le Transport et stockage. Les Textiles et cuirs ne représentent que 3,8 % des emplois supprimés !

2.8.1.2                    Nombre de permis de travail émanant de ressortissants européens

Source : Le Figaro économie du 31/01/2006.

La France exige que les ressortissants des 10 nouveaux pays membres de l'Union européenne (exemple : les plombiers polonais !) demandent un permis pour travailler chez nous. Ce permis est accordé sans problème.

 

De mai à décembre 2004 (8 mois), le nombre de demandes reçues en France a été de 9 916, nombre insignifiant, comparable à 1/3 des 27 000 travailleurs qui changent d'emploi chaque jour. La France n'a sûrement pas la cote, car dans le même temps l'Allemagne a reçu 500 000 demandes et le Royaume-Uni 130 000.

2.8.1.3                    La première cause de perte ou de non-création d'emplois est la productivité

Toutes les études économiques récentes montrent que la première cause de la croissance du PIB avec peu ou pas de création d'emplois n'a aucun rapport avec la mondialisation, les sous-traitances et les délocalisations. Qu'il s'agisse de pays émergents comme la Chine (où les usines ultramodernes et super-automatisées produisent énormément avec peu de main d'œuvre), ou de pays avancés comme les Etats-Unis et la France, la croissance de la production (constatée par celle du PIB) provient surtout de la croissance de la productivité. C'est parce qu'on produit toujours plus intelligemment - avec une meilleure organisation, et plus facilement - avec du matériel plus performant, que cet accroissement de production satisfait la croissance de la demande en ne recourant que peu à l'embauche.

Les délocalisations jouent un rôle, en permettant de produire moins cher et même de faire de la R&D moins cher, mais en nombre d'emplois leur effet est modeste.

 

Le problème est qu'on ne peut empêcher la croissance de la productivité pour préserver l'emploi, du fait de la concurrence et parce qu'une meilleure productivité permet une baisse des prix favorable aux consommateurs.

2.8.2           Modestie des importations en provenance des pays émergents

Selon [271] page 63 :

"Les 20 milliards d’euros d’importations en biens manufacturés en provenance des pays émergents… représentent 3 % de la production, 7,5 % des importations manufacturées françaises dans leur ensemble et 16 % des importations manufacturées de ces entreprises. Ce dernier chiffre a progressé dans les années quatre-vingt-dix, passant de 9 % en 1993 à 16 % en 2000, et s’est stabilisé depuis, la progression des importations en provenance des PECO et de Chine étant compensée par l’érosion de celles en provenance des autres pays émergents d’Asie. Les industries les plus touchées sont l’habillement cuir, mais aussi les secteurs TIC de l’équipement du foyer, des équipements électriques et électroniques et des composants, ainsi que ceux du textile et de la métallurgie."

 

Ainsi donc :

§   Les importations de biens manufacturés représentent 3 % de la production française, proportion insignifiante ;

§   Les importations de produits manufacturés en provenance des Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) et de Chine croissent, mais cette croissance est compensée par l'érosion des importations provenant des autres pays émergents d'Asie.

2.8.3           Avantages pour les industriels français qui s'internationalisent

Les produits manufacturés importés présentent des avantages de coût pour les industriels français, sans quoi ceux-ci ne les importeraient pas. Ces avantages accroissent leur compétitivité, donc leur chiffre d'affaires et leur bénéfice, dont les Français profitent. C'est ce que confirme [271] page 64, en affirmant :

"Les firmes ayant adopté une stratégie globale [outsourcing et délocalisation] obtiennent de meilleures performances"

"Selon le Boston Consulting Group, les effectifs en France de 16 grands groupes industriels ont bénéficié, et non pâti, de l’internationalisation de ces groupes, avec un gain de 66 000 emplois de 1995 à 2003, contre une perte estimée à 157 000 emplois si seuls les gains de productivité avaient joué".

2.8.4           Les investissements directs étrangers (IDE) créent des emplois en France

Si on compte les emplois perdus par délocalisation, il faut aussi compter les emplois créés en France par des investissements directs étrangers [241], pour les soustraire ensuite du total des délocalisations. Selon [222] page 32 :

"1€ d’investissement étranger en France se traduit par 0,34€ d’importations supplémentaires et seulement 0,22€ d’exportations de la même branche, soit au total un déficit sectoriel [du commerce extérieur] de 0,12€."

[Oui, mais les investissements étrangers chez nous créent des emplois, et ce déficit sectoriel n'est pas inquiétant, puisque notre commerce extérieur est à peu près équilibré.]

 

Lorsque des étrangers investissent en France, ils créent des emplois chez nous. Selon [215] page 108, de 2001 à 2004 les investissements directs étrangers (IDE) [241] en France y ont créé 41 361 emplois. Il ne faut pas regretter, alors, que cela leur fasse gagner de l'argent, comme nous-mêmes en gagnons en investissant à l'étranger.

 

Les investissements directs étrangers [241] constituent un phénomène extrêmement important dans le monde. Voici un extrait du tableau 2, page 5 de [225], où les lignes successives sont par montants totaux décroissants :

 

 

Entrées de capitaux

Sorties de capitaux

Sorties nettes

Etats-Unis

1349.6

Etats-Unis

1331.0

Royaume-Uni

415.6

Belgique/
Luxembourg

762.7

Royaume-Uni

878.6

France

301.0

Royaume-Uni

463.1

Belgique/
Luxembourg

767.0

Japon

217.6

Allemagne

387.0

France

652.7

Suisse

108.5

France

351.6

Allemagne

452.7

Pays-Bas

96.3

Entrées cumulées d'IDE de 1994 à 2003
(milliards de dollars)

 

On voit qu'en 10 ans la France a reçu de l'étranger 351.6 milliards de dollars d'IDE et investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars (presque deux fois plus) ! Sachant en outre que le coût de création d'un emploi en France est plusieurs fois supérieur au coût de création d'un emploi dans un des pays plus pauvres (où se font la grande majorité des délocalisations), on voit que les IDE français ont créé beaucoup plus d'emplois à l'étranger que les IDE étrangers n'en ont créé en France.

 

L'AFII [226] est encore plus optimiste que [215] : selon cette agence (voir graphique ci-dessous), le nombre d'emplois créés en France de 2001 à 2004 est supérieur aux 41 361 précédents, puisqu'il dépasse 46 000 emplois sur la seule période 2001-2002. On voit combien il est difficile de connaître les gains et les pertes d'emplois dues aux étrangers.

 

 

Emplois créés en France par les investisseurs internationaux
selon [226] cité par [222] page 24

 

 

Les groupes étrangers en France - En 10 ans, 1,8 fois plus de salariés

Source : [302]

"L’économie française est plus ouverte aux capitaux étrangers que celle de ses voisins : fin 2003, 1 salarié sur 7 travaille dans une filiale de groupe étranger, hors secteur financier et administration. C’est davantage qu’en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas.

L’Union européenne et les États-Unis sont les premiers investisseurs étrangers en France : leurs filiales y emploient 90 % des 1,9 million de salariés travaillant dans des groupes étrangers. En dix ans ce nombre a été multiplié par 1,8. Cette croissance a été essentiellement externe : 9 000 sociétés sous contrôle français fin 1994 sont sous contrôle étranger fin 2003 ; elles emploient à cette date 900 000 salariés. Le tiers de ces sociétés étaient des filiales de groupes français en 1994.

La présence étrangère en France est d’abord industrielle : le secteur de l’industrie y compris l’énergie concentre la moitié des effectifs. Entre 1993 et 2003, les groupes étrangers ont élargi leur présence dans l’industrie en augmentant d’un tiers le nombre de leurs salariés dans ce secteur. Dans les services, où leur poids est encore faible, ils progressent beaucoup plus vite : sur la période, le nombre d’emplois sous contrôle étranger y a été multiplié par 3,7."

"Fin 2003, les 17 900 filiales de groupes étrangers en France réalisent 17 %de la valeur ajoutée des quelque 2,6 millions de sociétés de l’ensemble du système productif."

 

Ces statistiques sont particulièrement intéressantes : pendant que trop de Français craignent que leur industrie de fabrication délocalise, des étrangers viennent fabriquer en France ! (Nous avons vu que les délocalisations affectent un nombre insignifiant de salariés.)

 

Une tendance inquiétante ?

Selon [258], en 2004 les Investissements Directs Etrangers en France ont baissé de moitié par rapport à 2003 à 21.3 milliards d'euros, alors qu'ils augmentaient de 300 % aux Etats-Unis à 121 milliards de dollars, de 162 % au Royaume-Uni à 55 milliards de dollars et de 15 % en Chine à 62 milliards de dollars : l'attractivité de la France a eu un problème jusqu'en 2004. Heureusement, en 2005 les étrangers ont de nouveau cru en nous, en investissant 49.8 milliards de dollars en France, comme on le voit sur ce graphique basé sur des données OCDE :

 

 

 

 

Selon [304], seule une faible partie de ces investissements étrangers sont des implantations nouvelles, qui créent directement des emplois. La très grande majorité de ces investissements sont simplement des achats d'entreprises permettant aux étrangers de s'implanter en France et d'acheter du savoir-faire français. Voici le détail :

 

 

Investissements directs étrangers en France, total et implantations nouvelles créatrices d'emplois

 

Heureusement, l'entrée de capitaux étrangers crée aussi indirectement des emplois, car les Français qui ont vendu à des étrangers réinvestissent leur capital en France au moins en partie.

2.8.5           Les investissements français à l'étranger créent de l'activité en France

Comme signalé dans le tome 1 :

§   Les investissements français à l'étranger [241] créent de l'activité en France, car nos filiales ainsi créées nous achètent ensuite des produits et des services. Selon [222] page 11 :

1€ investi à l'étranger dans un pays en développement améliore la balance commerciale de la France de 12 centimes d'euro par an, à la fois parce qu'il nous aide à développer les ventes de nos produits et parce qu'il nous permet des importations moins chères depuis ces pays. (Si un pays ne présente pas d'avantage, soit comme client de nos produits, soit comme producteur plus performant pour d'autres produits, nous n'y investissons pas !)

§   Les pays en développement constituent aussi de nouveaux clients pour l'industrie française. Les sous-traitances que nous leur confions, les délocalisations que nous y faisons en y créant des filiales, tout cela aide leur économie à croître. Cette croissance donne à leurs ressortissants plus de moyens pour acheter chez nous divers produits et services qu'ils ne nous auraient pas acheté sans cela.

Selon [224], 1€ d’investissement à l’étranger dans une branche industrielle d'un pays développé induit 0,59€ d’exportations supplémentaires et 0,24€ d’importations dans la même branche, d’où résulte un excédent sectoriel de 0,35€.

 

Selon [258] les investissements français à l'étranger ont baissé de 8.5 % en 2004 par rapport à 2003, à 46.5 milliards d'euros.

2.8.6           Evolution des investissements directs français à l'étranger

Voici, selon [258], la variation des investissements directs des Français à l'étranger, des étrangers en France et la différence (appelée simplement « Investissements directs » sur le graphique ci-dessous) :

 

 

Investissements directs français à l'étranger, étrangers en France et solde
en milliards d'euros sur les 12 mois précédents (02-01 signifie janvier 2002, etc.)

 

2.8.7           Conclusions sur les délocalisations

 

Il ne faut nullement redouter les délocalisations !

 

§   Elles constituent un phénomène économique naturel de transfert de la production là où elle est la moins chère, ce qui préserve la compétitivité.

§   En nombre d'emplois comme en proportion de nos investissements, les délocalisations sont un phénomène négligeable.

§   Leur effet est systématiquement bénéfique pour nos consommateurs, par la baisse des prix qu'elles induisent. Et l'argent économisé par les consommateurs grâce aux produits importés moins chers est dépensé pour d'autres produits ou services, ce qui crée des emplois.

Au total, comme les revenus des consommateurs sont les mêmes avec et sans délocalisations, leurs dépenses restent globalement les mêmes, donc le nombre d'emplois correspondant reste le même : les délocalisations ne font aucun mal, elles obligent simplement les entreprises dépassées à se moderniser et à innover.

 

Il est incohérent de s'émouvoir de la pauvreté de certains pays tout en refusant qu'ils travaillent pour nous sous forme de délocalisations ou sous-traitances !

 

2.9               Les vrais risques pour nos emplois : la concurrence des pays avancés

Nous allons voir maintenant que les délocalisations dont on ne parle pas, celles vers les pays à économie plus performante que la nôtre, car plus libérale et plus dynamique, comme Etats-Unis et le Royaume-Uni, sont un risque bien plus grave pour les emplois en France que celles vers les pays plus pauvres, dont on parle trop.

2.9.1           Comparaison des coûts salariaux

En février 2005, il faut environ 1.30 dollar pour acheter 1 euro : l'euro s'est donc fortement apprécié par rapport au dollar depuis un an. Le niveau moyen des prix à la consommation dans la zone euro est 14 % plus élevé qu'aux Etats-Unis. Donc pour un Européen, la vie est moins chère aux Etats-Unis qu'en Europe dans un rapport 1.30/1.14 = 1.14, c'est-à-dire près de 14 %.

 

Selon [228] page 118, en parité de pouvoir d'achat, le PIB par habitant 2004 exprimé dans une monnaie artificielle appelée SPA (Standard de Pouvoir d'Achat) est 24 660 dans la zone euro contre 35 320 aux Etats-Unis, soit un rapport de 1.43, ce qui montre une différence de niveau de vie considérable.

(Ces PIB par habitant ont été calculés en SPA, appelés aussi « Parité de Pouvoir d'Achat - PPA », et non en dollars ou euros, pour éliminer les différences de niveaux de prix entre les pays, et permettre de comparer des économies présentant d’importantes différences en taille absolue.)

 

Selon l'article [229], fin 2004 les coûts salariaux sont 45 % plus élevés dans la zone euro qu'aux Etats-Unis, alors qu'ils étaient à égalité en 2000 - 2001. Dans la compétition économique, les Européens sont aujourd'hui extrêmement défavorisés par rapport aux Américains. Cela se voit aussi sur le graphique ci-dessous, issu de [299] page 55 :

 

 

Evolution des coûts horaires de main d'œuvre (France = 100)
Ensemble de l'économie hors services non marchands

 

 

Cette situation défavorable est encore aggravée par le fait que la productivité de l'industrie américaine a fortement augmenté par rapport à celle de l'industrie européenne depuis 2001. La France n'est plus la championne de la productivité dont on nous a parlé. Voici un tableau extrait de [230] page 212 :

 

 

Pays

2001

2002

2003

2004

Résultat

Etats-Unis

2.3

7.0

5.1

3.9

19.5

Royaume-Uni

3.5

1.4

5.1

4.0

14.7

France

2.2

2.3

3.1

3.8

11.9

Allemagne

-0.3

2.4

2.9

2.8

7.9

Accroissement de la productivité en % depuis 2001

(La colonne Résultat est le produit des 4 précédentes.
Exemple : pour la France 1.022 x 1.023 x 1.031 x 1.038 = 1.119)

 

 

On voit qu'en 4 ans la productivité a augmenté de 7,6 % de plus aux Etats-Unis qu'en France, et de 2,8 % au Royaume-Uni.

 

Du reste, quand on compare la productivité française à celle d'autres pays, on oublie en général que chez nous il y a peu de travailleurs faiblement productifs par rapport à la population active, parce que nos taux d'emploi des jeunes et des seniors sont plus faible qu'ailleurs. Donc non seulement la productivité croît plus vite aux Etats-Unis, mais elle est calculée à partir d'une population qui comprend bien plus de jeunes et de seniors que chez nous.

2.9.2           La terrible concurrence des pays avancés plus libéraux

Mettons-nous à présent à la place d'un Européen désirant investir dans des capacités de production supplémentaires qui requièrent un environnement de pays avancé (respect des lois ; excellente infrastructure de télécommunications, de transports et de services financiers ; main d'œuvre de haut niveau, etc.) S'il compare les Etats-Unis et la France, il conclura que :

§   L'euro fort lui permet d'acheter bon marché du capital d'entreprise aux Etats-Unis, ce qui l'encourage à y investir ;

§   Les coûts salariaux 45 % plus bas aux Etats-Unis sont une incitation à y travailler plutôt qu'en Europe ;

§   La vitesse de croissance de la productivité aux Etats-Unis augure bien de la compétitivité future ;

§   Le coût de l'éventuel licenciement d'un employé : d'après [231], il est en moyenne de 8 semaines de salaire aux Etats-Unis contre 32 semaines en France ;

§   Le coût de la vie plus bas aux Etats-Unis lui permet d'y envoyer des cadres à un prix raisonnable ;

§   Le formidable pouvoir d'achat des Américains témoigne d'un marché intéressant.

 

Pour cet investisseur, l'attractivité des Etats-Unis par rapport à l'Europe a donc littéralement explosé en quelques années. Cela se traduit par les chiffres des investissements directs étrangers [241], passés aux Etats-Unis de 39.9 milliards de dollars en 2003 à 85.9 milliards de dollars au premier trimestre 2004, alors qu'ils sont tombés dans la zone euro de 118.1 milliards de dollars en 2003 à 28.7 milliards de dollars pour les 9 premiers mois de 2004.

 

La véritable menace pour l'économie française ou les autres économies stagnantes de l'Union européenne comme l'Allemagne, c'est la délocalisation et l'outsourcing aux Etats-Unis, et les coopérations avec des entreprises américaines.

      Plus généralement, nos emplois de haut niveau, ceux qui ont le plus de valeur ajoutée, sont menacés par la concurrence des économies plus performantes que la France, comme le Royaume-Uni ou la Finlande. C'est ce que montre l'étude de décembre 2004 [232], et que l'on voit sur le graphique suivant, qui en est extrait :

 

 

Le reste du monde sous-traite plus aux Etats-Unis et au Royaume-Uni
que ces pays au reste du monde

 

Pour plus de détails sur la concurrence entre pays de l'Union européenne dans le secteur des services, qui représente au moins 70 % de l'activité, voir "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".

2.9.3           Pourquoi ces pays plus libéraux sont-ils plus dynamiques ?

Les chiffres du PIB à Parité de Pouvoir d'Achat montrent que fin 2004 les Etats-Unis sont en pleine reprise économique, alors que l'Union européenne stagne. Le taux de chômage est, aux Etats-Unis, beaucoup plus bas qu'en Europe. Les Américains ont donc le moral et consomment beaucoup, au lieu d'épargner pour se protéger d'une éventuelle perte d'emploi. Les Européens, au contraire redoutent le chômage, consomment peu et épargnent beaucoup. Voilà la première raison du dynamisme de l'économie aux Etats-Unis et de la stagnation en Europe.

 

Cette confiance des citoyens se voit dans les taux d'épargne des ménages [213], qui étaient au 4ème trimestre 2004 de 1.6 % aux Etats-Unis contre 15.3 % en France, où l'économie stagne et le chômage est élevé. Cela se voit aussi dans la consommation américaine, si forte que les Etats-Unis importent énormément de marchandises, d'où un fort déficit de leur commerce extérieur (596.2 milliards de dollars en 2004). La zone euro, au contraire, importe beaucoup moins de marchandises et sa balance commerciale 2004 présente un excédent de 219.7 milliards de dollars.

 

L'argent étant un bien soumis à la loi de l'offre et de la demande, le taux de change du dollar par rapport à l'euro résulte d'abord et surtout du déséquilibre entre la trop faible demande de dollars des étrangers pour acheter des marchandises aux Etats-Unis, et la forte demande de devises des Américains pour acheter à l'étranger. Voilà la première source de la baisse du dollar par rapport à l'euro (et au yen).

 

Les investisseurs investissent beaucoup aux Etats-Unis et d'autant plus volontiers que le dollar est bon marché. Ce déséquilibre des investissements [241] compense en partie le déséquilibre commercial, mais en partie seulement : tant que l'offre de dollars reste supérieure à la demande, le dollar continue à baisser.

 

La balance commerciale tend à s'équilibrer d'elle-même peu à peu, au fur et à mesure que la meilleure compétitivité des Etats-Unis fait gagner des parts de marché aux entreprises de fabrication et de services américaines. Le vrai danger pour les salariés Européens est alors double :

§   Le remplacement progressif par les consommateurs, européens comme américains, d'achats de produits européens par des produits américains, ou des produits provenant de pays dont la monnaie est liée au dollar, comme la Chine ;

§   La délocalisation d'entreprises européennes aux Etats-Unis, au fur et à mesure que la différence de compétitivité joue en faveur des Etats-Unis. Cela peut se produire même pour des activités de haute technologie et à forte valeur ajoutée, contrairement, aujourd'hui, à la délocalisation vers les pays émergents.

 

L'euro fort aide tous les consommateurs, européens et américains, à acheter aux Etats-Unis moins cher qu'en Europe. A terme les consommateurs seront gagnants partout, aux Etats-Unis comme en Europe, mais l'emploi augmentera aux Etats-Unis et baissera en Europe, ce qui est grave pour nous parce que nous ne pourrons retrouver notre compétitivité par rapport aux Américains que par des réformes structurelles douloureuses, comme l'explique très officiel rapport Camdessus d'octobre 2004 [227].

2.9.4           La vigueur du commerce France - Etats-Unis

Sources :

§   Le Figaro économie du 25/01/2004, article "Entre la France et les Etats-Unis, un flux total d'un milliard de dollars par jour".

§   Statistiques sur le commerce France - Etats-Unis [250].

 

Pour illustrer l'importance de la compétitivité d'un pays pour son commerce extérieur, le tableau ci-dessous montre l'ampleur considérable du commerce entre la France et les Etats-Unis : environ 1 milliard de dollars par jour en 2001.

 

 

 

France vers
Etats-Unis

Etats-Unis
vers France

Total

Exportations de
biens

30.4

19.9

50.3

Exportations de
services

9.9

10.1

20.0

Ventes des
filiales étrangères

172.0

117.8

289.8

Total

212.3

147.8

360.1

Exportations de la France vers les Etats-Unis et vice-versa en 2001
(milliards de dollars)

 

On voit que la France exporte plus vers les Etats-Unis que les Etats-Unis vers la France ; noter l'importance, pour chaque pays des ventes réalisées par les filiales étrangères de ses sociétés.

 

Par rapport au total des exportations de la France vers les Etats-Unis, 212 milliards de dollars en 2001, nos Investissements Directs dans ce pays sont de 6.7 milliards de dollars en 2002 et 5.1 milliards de dollars en 2003, soit un total de 13.8 milliards de dollars en 2002-2003 ; pendant ce temps-là, les Etats-Unis investissaient en France 4.8 milliards de dollars. Les Etats-Unis ne représentent qu'environ 10 % de nos Investissements Directs Etrangers annuels, dont la moyenne de 1994 à 2003 est 65 milliards de dollars par an.

2.10           Délocalisation des emplois très qualifiés

Voilà plusieurs années que des pays en voie de développement ont de plus en plus de salariés de très haut niveau. C'est ainsi que, d'après [233] page 139, voici une comparaison des niveaux d'instruction de quelques pays :

 

 

Pays

Indice de niveau
d'instruction

Royaume-Uni

0.99

Etats-Unis

0.97

France

0.96

Russie

0.95

Chine

0.83

Turquie

0.80

Inde

0.59

 

 

Dans le tableau ci-dessus, l'indice de niveau d'instruction résulte du taux d'alphabétisation des adultes et du taux brut de scolarisation combiné du primaire, du secondaire et du supérieur. Dès qu'un pays a un taux d'au moins 0.50, la probabilité d'y trouver des salariés de haut niveau d'instruction croît vite. Or, avec une population supérieure à 1 milliard d'habitants, la Chine et l'Inde disposent déjà de centaines de milliers d'ingénieurs et d'universitaires, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [304] :

 

 

Formation d'ingénieurs ou équivalents chaque année
(sources UNESCO, National Science Foundation, Ministère de l'Education nationale)

 

 

C'est ainsi que, d'après [234], la multinationale indienne de services informatiques INFOSYS, basée à Bangalore (chiffre d'affaires : 1 milliard de dollars, 28 000 salariés dans 31 pays) reçoit 1 million de demandes d'emploi par an, dont elle retient 10 000 candidats.

      La disponibilité dans un pays de 1 million d'informaticiens, quel que soit leur niveau, n'a même pas d'équivalent en Chine, où la plupart des sociétés de logiciel sont nettement plus petites qu'en Inde. Le fait que 10 000 seulement soient embauchés chez INFOSYS, employeur très apprécié, garantit que ces embauches sont de bon niveau et sont à un tarif normal. La concurrence entre candidats à l'embauche encourage ceux-ci à travailler dur pour avoir une compétence leur permettant d'être embauchés de préférence à d'autres.

      Avec autant d'informaticiens de bon niveau, il n'est pas surprenant que l'Inde attire de nombreuses délocalisations, sous-traitances et coopérations.

 

Autre exemple, toujours d'après [234] : la multinationale allemande SIEMENS a ouvert en 2003 trois nouveaux centres de recherche et développement en Russie, Inde et Chine.

 

La délocalisation des emplois très qualifiés n'est donc pas une vaine menace : c'est une réalité qui concernera de plus en plus d'emplois européens, en même temps que se développeront les sous-traitances et les coopérations.

2.11           Les risques pour les pays pauvres

Nous avons vu ci-dessus que de nos jours les risques de perte d'emplois par délocalisation ou outsourcing sont modestes pour les pays avancés. Il en va tout autrement pour les pays pauvres. Certains de ceux-ci commencent par profiter de délocalisations et de sous-traitances de certaines activités des pays riches, puis perdent ces activités quelques années après au profit d'autres pays, pauvres eux aussi mais plus compétitifs.

2.11.1       L'exemple du Bangladesh

Selon [235], le textile et l'habillement représentent plus de 90 % du total des exportations du Bangladesh (et 70 % au Pakistan et au Sri Lanka). Avec la fin des quotas d'importation sur les textiles et l'habillement au 01/01/2005 en application de l'Accord multifibres (AMF) de 1974, la concurrence de la Chine et de l'Inde va pouvoir jouer sans retenue.

 

Au Bangladesh, les 4000 fabriques de vêtements emploient 1.8 millions de personnes et ont généré en 2003 un chiffre d'affaires de 5.7 milliards de dollars qui représente 76 % des exportations de ce pays, un des plus pauvres du monde. 85 % des travailleurs du textile sont des femmes, venues pour la plupart de villages. La fin des quotas textiles en janvier 2005 sera un désastre : une étude a montré que les exportations textiles du pays pourraient baisser à 3 milliards de dollars en 2007. Le Bureau International du Travail prévoit que le pays perdra 1 million d'emplois sur les 1.8 million qui fabriquent des vêtements.

 

Les pays avancés ont eu le temps, pendant les 30 années depuis l'accord AMF, de reconvertir une partie de leur industrie textile vers des produits très technologiques, comme les tissus pour l'automobile et les tissus perméables appelés géotextiles, ainsi que de reconvertir certains salariés à d'autres activités. Et il leur reste des clauses de sauvegarde permettant de limiter temporairement les importations dont le volume viendrait à exploser.

 

Mais hélas, le Bangladesh n'a rien fait pour garantir son approvisionnement en coton, qu'il doit importer. Il manquera donc de cette matière première, abondante chez ses concurrents pakistanais, indiens et chinois, ce qui privera des milliers d'entreprises de matière première pour travailler. En outre, bien que la main d'œuvre du Bangladesh soit la moins chère, l'organisation et la mécanisation très supérieures des fabrications chinoises permet souvent de produire moins cher en Chine. On s'attend donc à ce que 25 à 40 % des fabriques de vêtements du Bangladesh ferment dès 2005, contraignant environ 1 million de salariés au chômage.

2.11.2       Autres exemples : l'île Maurice, le Cambodge, le Honduras, le Mexique

L'Ile Maurice (1.2 million d'habitants) avait en 2003 40 % de ses emplois dans le secteur textile, qui représentait 12 % de son PIB. Depuis 2002, 30 de ses sociétés de production textile, employant 15 000 salariés ont dû fermer. A l'échelle de la France dont la population est 50 fois plus importante, c'est comme si 750 000 emplois avaient été délocalisés en deux ans.

 

Au Cambodge, 11 usines de vêtements ont fermé depuis septembre 2004, licenciant 25 000 salariés.

 

Le Honduras, dont 10 % du PIB vient du textile, pourrait perdre 40 % des emplois de ce secteur.

 

Le Mexique, deuxième exportateur de vêtements aux Etats-Unis en 2003 après la Chine, pourrait perdre 7 % de parts de marché au profit de la Chine d'ici 2008, ainsi que 200 000 emplois et 3 milliards de dollars en deux ans…

2.11.3       La montée en puissance de la Chine

Pour dominer la production mondiale, la Chine compte plus sur la productivité de ses usines géantes que sur les salaires de leurs ouvriers. Dans une bonne partie des articles textiles qu'elle produit, le coût de la main d'œuvre ne représente que 10 % du prix sortie-usine, dont la compétitivité dépend surtout de la modernité des machines, du niveau d'automatisation des tâches et de l'organisation du travail à la chaîne.

 

Comme le montre le graphique ci-dessous à partir de données du Bureau International du Travail, les salaires horaires chinois sont bas, mais pas les plus bas du monde.

 

 

 

 

La productivité d'une usine dépend de son environnement : réseau de transport des approvisionnements et des produits terminés, fourniture d'électricité, télécommunications, etc. La Chine, qui travaille 24h/24 à améliorer cet environnement, estime qu'elle produira en 2005 plus de 20 milliards de vêtements finis par an, un record mondial historique. A cette quantité colossale s'ajoutent les vêtements « en kits » qu'elle expédie pour assemblage final dans d'autres pays : Malaisie, Ile Maurice, Maldives, etc.

[Cette expédition de vêtements en kits à assembler ailleurs n'existait, jusqu'au 01/01/2005, date de fin des quotas d'importation, que pour contourner ces quotas, qui imposent des limites aux quantités de textiles exportés par un pays donné. Les Chinois, dont le quota était épuisé, faisaient donc assembler des textiles qu'ils produisaient par d'autres pays, qui avaient leurs propres quotas. Mais à partir de début 2005, il n'y a plus de quotas et ces sous-traitances n'ont plus de raison d'être. Elles recommenceront toutefois si l'Union européenne ou les Etats-Unis recréent des barrières douanières…]

 

L'industrie vestimentaire chinoise a multiplié sa production par 5 depuis 1990, pour atteindre aujourd'hui, avec ses 40 000 fabricants et 15 millions d'ouvriers, un chiffre d'affaires de 50 milliards de dollars. Sa part de marché aux Etats-Unis atteindra 40 % en 2007 et culminera vers 60 % un peu plus tard.

 

Demain la Chine nous concurrencera aussi dans les secteurs de haute technologie, comme le montre [274].

 

A partir de 2010, la Chine formera chaque année plus de docteurs ès sciences que les Etats-Unis

 

Synthèses de l'OCDE sur la Chine de septembre 2005 (citations de [288])

"La Chine pourrait devancer les États-Unis et l’Allemagne et devenir le premier exportateur mondial dans les cinq prochaines années. Les biens et services chinois représenteraient alors pas moins de 10 % des échanges mondiaux, contre 6 % à l’heure actuelle".

"…le rythme actuel de la croissance économique – qui s’établit en moyenne à plus de 9 % par an depuis une vingtaine d’années – ne montre aucun signe de ralentissement. Toutefois, si le dynamisme de l’économie a contribué à faire reculer le nombre de Chinois vivant dans la pauvreté absolue, le niveau de revenu est encore faible et les inégalités s’accentuent, non seulement entre zones urbaines et rurales – le revenu moyen dans les campagnes ne représente qu’un tiers de celui observé dans les villes – mais aussi au sein même des provinces côtières plus prospères."

"A la suite des réformes de fond engagées par les pouvoirs publics, le secteur privé est désormais le moteur de la croissance économique remarquable de la Chine. Largement plus de la moitié du PIB chinois est le fait d’entreprises contrôlées par des intérêts privés."

"Les finances publiques chinoises sont en bonne posture, puisque le déficit budgétaire en 2004 était inférieur à 1 % du PIB et que la dette publique est restée stable, aux alentours de 23 %. Cependant, les dépenses publiques consacrées à la santé et à l’éducation, qui demeurent faibles, devront être accrues."

"Cette extraordinaire performance est à mettre à l’actif des réformes économiques mises en œuvre par les autorités, qui ouvrent progressivement l’économie aux mécanismes du marché. La mutation s’est amorcée dans le secteur agricole il y a plus de vingt ans, et s’est étendue peu à peu à l’industrie et à de larges pans du secteur des services de telle sorte que, dès l’année 2000, les mesures de contrôle des prix avait été pour l’essentiel démantelées.

Parallèlement à la suppression de ces mesures, les autorités chinoises ont innové en mettant en place une loi sur les sociétés qui autorise pour la première fois des particuliers à détenir des sociétés à responsabilité limitée.

Le gouvernement applique également avec rigueur tout un éventail de lois sur la concurrence qui visent à unifier le marché interne; quant à l’environnement des entreprises, il s’est encore aiguisé depuis l’autorisation de l’investissement direct étranger dans le pays, l’abaissement des droits de douane, le démantèlement du monopole d’État sur le commerce extérieur et la suppression des taux de change multiples.

 Cette dynamique de libéralisation de l’économie s’est poursuivie au cours de la présente décennie avec l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a entraîné la normalisation d’un grand nombre de textes législatifs et réglementaires et inauguré de nouvelles réductions des droits de douane. En outre, la constitution a été profondément remaniée en 2004, dans le sens d’un renforcement du rôle du secteur non étatique comme moteur de l’activité économique et le souci de préserver le patrimoine privé du risque de confiscation arbitraire. En 2005, les textes réglementaires qui interdisaient aux sociétés privées d’exercer dans un certain nombre de secteurs d’activité tels que les infrastructures, les services d’utilité publique et les services financiers, ont été abolis. Autant de réformes qui, globalement, ont favorisé l’émergence dans l’économie d’un puissant secteur privé."

[Voilà les communistes purs et durs formés par Mao qui sont devenus libéraux et s'en trouvent bien. Et dire qu'il y a encore, en France, des gens assez ignorants des faits ou aveuglés par l'idéologie pour être partisans du communisme !]

2.11.4       Conclusions pour les pays pauvres

L'économie d'un pays pauvre est fragile, et la concurrence d'autres pays pauvres peut y faire des ravages, en le privant d'activités qui occupent beaucoup de main d'œuvre.

 

Le coût de sa main d'œuvre ne suffit pas à un pays pour être compétitif, d'autres facteurs interviennent : l'approvisionnement en matières premières, la disponibilité de capital pour s'équiper et se moderniser, la qualité des services de logistique, etc. C'est ainsi que la Turquie, dont la main d'œuvre est bien plus chère qu'en Chine, compte concurrencer celle-ci en matière d'habillement en garantissant des délais de livraison très courts : 1 à 2 semaines contre plusieurs mois. C'est fondamental pour des vêtements saisonniers et soumis à la mode, vêtements dont on ne peut prévoir longtemps à l'avance la demande des clients. En outre, les Turcs acceptent de produire en petites quantités, ce que les Chinois refusent.

2.12           Impact de la concurrence des pays pauvres sur la France

Les Français craignent beaucoup la délocalisation de leurs emplois dans les pays pauvres. Mais les risques qu'ils courent sont insignifiants à côté de ceux que courent les concurrents de la Chine. Avant de prendre des emplois industriels aux pays avancés, la Chine en prendra à d'autres pays pauvres.

 

Il faut aussi savoir aussi que la croissance de l'économie chinoise y a créé une classe moyenne d'environ 100 millions de personnes, qui manifestent un goût prononcé pour les produits de luxe. Cette population, plus nombreuse que celle de l'ensemble des 10 pays qui viennent d'entrer dans l'Union européenne, nous achète de plus en plus d'articles à haute marge bénéficiaire, ce qui crée des emplois chez nous.

 

Dans tous les cas, les produits fabriqués en Asie coûteront de moins en moins cher sur nos marchés, concurrence oblige, ce qui est excellent pour nos consommateurs. C'est ainsi que [236] nous apprend que, selon une étude de l'OCDE de décembre 2004, les économies réalisées en Europe sur l'achat de vêtements et de textiles pourraient s'élever à 270 euros par an et par famille, ce qui représente des dizaines de milliards d'euros de pouvoir d'achat supplémentaire pour les consommateurs.

 

Voir aussi le paragraphe "Effet des importations à bas prix des produits chinois".

 

Voir aussi "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".

 

3.                 Compétitivité

Source principale : rapport du Conseil d'Analyse Economique (CAE) sur la compétitivité [240].

3.1               Définition de la compétitivité

Le concept de compétitivité n'est pas simple. Voici des définitions qui ont été utilisées :

§   "La compétitivité est la capacité à fabriquer des biens et des services qui répondent aux exigences des marchés internationaux, tout en offrant aux citoyens un niveau de vie qui tout à la fois s’élève et puisse être préservé à long terme."

§   "La compétitivité désigne la capacité d’entreprises, d’industries, de régions, de nations ou d’ensembles supranationaux de générer de façon durable un revenu et un niveau d’emploi relativement élevés, tout en étant et restant exposés à la concurrence internationale."

§   "La compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale."

 

On voit que la définition de la compétitivité implique :

§   Une production de biens et services à même de résister à la concurrence nationale ou internationale en qualité comme en prix ;

§   Une pérennité de cette production ;

§   Une dimension sociale : haut niveau d'emploi, haut niveau de vie, le moins possible d'inégalités (cohésion).

 

En simplifiant, "la compétitivité est un ensemble de conditions propices à la croissance, conditions sur lesquelles l’action publique peut avoir une influence positive ou négative."

3.1.1           Compétitivité ou attractivité ?

La notion de compétitivité s'applique à la vente de produits sur un marché concurrentiel. Mais étant donné la grande importance des investissements (des ménages, des entreprises et des administrations) dans le PIB d'un pays (près de 20 % en France) il est important de savoir si un pays attire les investissements étrangers autant ou plus que d'autres pays. On utilise alors la notion d'attractivité au lieu de celle de compétitivité : dans la concurrence entre pays pour attirer les investissements étrangers, certains sont plus attractifs que d'autres.

3.1.2           Domaines où intervient la notion de compétitivité

La notion de compétitivité est un outil de décision qui concerne les politiques de :

§   L’éducation ;

§   La recherche ;

§   Compromis entre inégalités et croissance ;

§   Choix des paramètres de la productivité (salaires et taxes, investissements en capital par exemple pour informatiser la production, etc.) ;

§   Choix du compromis le plus efficace entre le niveau de la dépense publique et la qualité des services publics (on peut baisser les impôts pour accroître la compétitivité pour les investisseurs, mais il faut alors aussi diminuer les services publics aux citoyens : construction des infrastructures, enseignement, santé, etc.) ;

§   D’attractivité du territoire pour les étrangers qui veulent y investir ou y sous-traiter des productions (exemple : faut-il détaxer les entreprises étrangères les premières années après leur installation ?) ;

§   D'incitation aux coopérations internationales ?

§   De change (exemple : faut-il augmenter ou baisser la valeur de l'euro par rapport au dollar ?) ;

§   Des institutions du marché du travail (exemple : faut-il faciliter les licenciements ?) ;

§   De réglementation de la concurrence sur le marché des biens et services ;

§   D'intervention de l'Etat dans le capital d'entreprises ou avec des subventions…

3.1.3           Différences de compétitivité entre pays et entre entreprises

Plusieurs critères de compétitivité ci-dessus semblent s'appliquer aussi bien aux entreprises qu'aux pays. Mais attention, deux pays ne se font pas concurrence comme des entreprises !

 

Deux entreprises en compétition se livrent une véritable guerre, où l'une peut perdre et faire faillite ou être rachetée à bas prix par l'autre. Par contre, deux états en concurrence sur certains marchés peuvent progresser tous deux en même temps. Il peut aussi arriver que des entreprises soient en concurrence pour certains produits tout en coopérant pour d'autres au niveau des études ou de la sous-traitance. Deux états en concurrence pour attirer des investissements peuvent en même temps coopérer au niveau de certaines entreprises, d'opérations d'aide étrangère, etc.

3.2               Principe de l'avantage comparatif

Pour une heure de travail, c'est en faisant des vêtements qu'un tailleur peut gagner le plus d'argent, et c'est en faisant du pain qu'un boulanger gagne le plus. Un tailleur n'a donc pas intérêt à faire son pain s'il a assez de travail à faire des vêtements. Et un boulanger n'a pas intérêt à faire ses vêtements s'il peut utiliser son temps à faire du pain. Le tailleur a intérêt à acheter son pain chez le boulanger et ce dernier à acheter ses vêtements au tailleur.

 

On dit que chacun de ces artisans a un avantage comparatif (on dit aussi « un avantage relatif ») dans son métier, parce qu'il peut le faire de manière plus productive que d'autres gens. Donc à moins de manquer de travail, chaque travailleur a intérêt à exercer le métier où il a un avantage comparatif, et à acheter les biens et services dont il a besoin à des gens qui les produisent moins cher qu'il ne pourrait le faire.

 

Principe de l'avantage comparatif : chaque personne, chaque entreprise et chaque pays a intérêt à se spécialiser dans ce qu'il peut faire le mieux et à acheter le reste.

 

Pour une explication approfondie de la théorie de l'avantage comparatif voir "L'intérêt du commerce international libre".

3.2.1           Conséquences d'une moindre productivité

Supposons à présent que notre tailleur - appelons-le Pierre - soit moins productif que son concurrent Paul : il lui faut plus de temps pour faire le même travail. Mais étant en concurrence sur le même marché, Pierre et Paul doivent vendre leurs vêtements au même prix, ou à peu près. Tant que la productivité de Pierre n'aura pas rattrapé celle de Paul, Pierre vendra donc son heure de travail moins cher que Paul. Mais si leurs vêtements finis sont au même prix, Pierre et Paul peuvent tous deux vendre et gagner leur vie.

 

Une différence de productivité ne condamne donc pas forcément un travailleur, une entreprise ou un pays à mourir de faim faute de pouvoir vendre. Elle implique seulement l'obligation de baisser le prix de son heure de travail tant qu'il n'a pas réussi à rattraper la productivité des meilleurs parmi ses concurrents. Pour un pays, l'implication est la dévaluation de sa monnaie par rapport à celles de ses partenaires commerciaux, ce qui abaisse ses prix à l'exportation et augmente le coût de ses importations.

 

Lorsqu'une telle variation de taux de change n'est pas possible, comme c'est le cas entre deux pays de la zone euro, le pays à plus faible productivité doit emprunter de quoi équilibrer sa balance commerciale : il vit alors à crédit en reportant sur les générations suivantes l'obligation de payer son excès de consommation d'aujourd'hui. Une telle situation ne peut durer, non seulement parce que l'injustice vis-à-vis des générations suivantes devient de plus en plus scandaleuse, mais aussi parce que les prêteurs éventuels feront de moins en moins confiance à un pays en déficit constant, et exigeront des taux d'intérêt de plus en plus dissuasifs. La France, dont le commerce extérieur est déficitaire depuis quelques années, devra tôt ou tard prendre des décisions politiquement impopulaires…

 

Voir l'exemple détaillé et chiffré du court texte « L'intérêt du commerce international libre ».

3.3               Critères de compétitivité

La définition de la compétitivité comprenant plusieurs conditions, nous aurons besoin de plusieurs indicateurs de performance pour l'évaluer.

3.3.1           Inconvénients du PIB par habitant en tant que mesure du niveau de vie

Le PIB par habitant est obtenu en divisant la valeur ajoutée produite par un pays pendant un an par le nombre de ses habitants. A l'évidence ce n'est qu'une moyenne, avec l'inconvénient évident de ne pas refléter la répartition des valeurs dans la population. C'est ainsi que dans les pays arabes où une poignée de féodaux accaparent une grande partie du PIB, le PIB par habitant ne reflète pas la misère réelle de la grande majorité de la population. Si dans un pays les habitants considèrent une faible dispersion des revenus comme très importante…

 

Voici d'autres inconvénients du PIB par habitant en tant que mesure du niveau de vie :

§   Le revenu des citoyens sert à acheter, entre autres, des services publics. Or même si on le considère en SPA, le PIB par habitant ne dit rien sur la disponibilité, la qualité et le prix des services publics : quelle instruction est disponible pour ses enfants, quelle protection de la santé et de la sécurité, etc.

§   La définition de la compétitivité implique une pérennité. Or ni le PIB par habitant ni même son évolution ne peuvent décrire l'aptitude de l'économie à offrir durablement un certain niveau de vie. C'est ainsi qu'en France la dette nationale de 1054 milliards d'euros en 2004, en croissance rapide, compromet gravement le PIB par habitant des générations futures. Et que dire de l'aptitude du pays à payer les retraites par répartition, alors qu'en France leur financement n'est assuré qu'en partie ?

§   On ne peut pas confondre pouvoir d'achat et bien-être. Il y a beaucoup de choses que l'argent ne peut acheter : la propreté de l'air et le silence, par exemple.

 

Le PIB par habitant doit donc être pris en compte dans l'évaluation de la compétitivité d'un pays, mais en association avec d'autres critères et seulement pour comparer des pays où ses valeurs sont très différentes. Donc lorsque des politiciens occultent ces autres critères dans leurs discours, en ne parlant que d'évolution du PIB ou de la richesse, méfiance !

3.3.2           Autres indicateurs de compétitivité

 

Aptitude des produits et services à résister à la concurrence

§   Une offre compétitive a une part significative du marché mondial et gagne des parts de marché.

§   Une offre innovante, que sa nouveauté rend incomparable à ses concurrents est compétitive : c'est un pari que l'on peut faire. Cette nouveauté peut se manifester dans le domaine des fonctionnalités, de la qualité, du prix, de la disponibilité, etc.

 

Pérennité

Un pays ou une entreprise sont compétitifs si l'effort qu'ils consacrent à préparer l'avenir est suffisant. Cela implique des investissements en matière de :

§   Formation ;

§   Recherche ;

§   Matériel de production ;

§   Infrastructure (routes, télécommunications, etc.).

 

Cela implique une certaine stabilité de l'environnement social :

§   Le respect des lois (« état de droit ») et son corollaire la sécurité des personnes et des biens ;

§   La paix sociale (la France étant championne du monde des conflits sociaux…).

 

Enfin, concernant la compétitivité d'un pays pour un investisseur étranger, il faut que celui-ci puisse rapatrier au moins une partie des bénéfices réalisés, ce qui implique la convertibilité de la monnaie du pays et une relative stabilité des taux de conversion, conditions elles-mêmes incompatibles avec une inflation trop forte.

 

Compétitivité du travail et de la fiscalité

§   Productivité du travail ;

§   Impôts, charges et taxes sur le travail, les sociétés, l'investissement...;

§   Législation du travail favorisant les entreprises lors de l'embauche, du licenciement, des contrôles de conditions du travail, etc. ;

§   Taux de change de la monnaie favorisant les exportations.

 

Le caractère contestable des indicateurs agrégés

Il est assez facile de combiner divers indicateurs de compétitivité en un ou plusieurs indicateurs agrégés. Nous en avons vu des exemples dans le tome 1 : l'indice de rigidité de l'emploi et l'indice de liberté économique. Nous avons montré sur des exemples qu'ils étaient carrément faux dans certains cas. Il faut donc se méfier des classements de pays selon ces critères.

 

La valeur des indicateurs de compétitivité n'est cependant pas nulle : on peut y trouver des critères d'appréciation de la compétitivité, c'est-à-dire utiliser les études correspondantes de manière qualitative. Mais lorsque des politiciens, des syndicalistes ou des journalistes les citent à l'appui d'un raisonnement ou d'une affirmation, méfiance !

3.4               Compétitivité-prix et compétitivité-coûts

 

Définitions

§   On appelle compétitivité-prix d'un pays ou groupe de pays A à un pays B le rapport des prix moyens d'exportation de biens et de services de A par rapport à ceux de B. Donc plus les prix d'exportation de A augmentent par rapport à ceux de B, plus la compétitivité-prix de B augmente.

§   On appelle compétitivité-coût d'un pays ou groupe de pays A à un pays B le rapport des coûts salariaux unitaires de production de biens et de services de A par rapport à ceux de B. Donc plus les coûts de A augmentent par rapport à ceux de B, plus la compétitivité-coût de B augmente.

 

Considérons un premier critère de compétitivité, le prix. Dans un contexte de concurrence parfaite, où on suppose en plus que les facteurs de production [242] sont immobiles (c'est-à-dire ne varient pas par délocalisation ou sous-traitance), pour comparer les prix il suffit de comparer les coûts.

 

Pour comparer la compétitivité des coûts de deux pays, nous comparerons donc les coûts salariaux unitaires (coûts salariaux par unité de valeur produite [242]) exprimés dans une même monnaie, par exemple en euros dépensés par euro produit. Ce rapport est l'inverse d'une productivité où le facteur de production est la dépense (voir [242]).

      Si par exemple un pays a des coûts qui croissent plus rapidement que la productivité (comme le SMIC en France sous le gouvernement Raffarin) ses prix à l'exportation croîtront aussi et il perdra des parts de marché. Il devra alors retrouver sa compétitivité :

§   Soit en jouant sur le taux de change (c'est-à-dire en dévaluant sa monnaie, ce qui n'est possible pour des pays de la zone euro qu'avec les monnaies hors de cette zone) ; les productions nationales coûtent alors moins cher aux étrangers qui les importent et les productions étrangères coûtent plus cher après importation dans le pays ; la compétitivité des entreprises du pays s'améliore, mais le pouvoir d'achat à l'étranger de ses ressortissants se dégrade ;

§   Soit en provoquant une déflation c'est-à-dire un fort ralentissement de l'économie, qui peut entraîner une hausse du chômage.

 

Conclusion pour la compétitivité-prix : seule une amélioration globale de la productivité dans l’économie permet d’améliorer durablement le PIB.

3.4.1           Compétitivité-prix et parts de marché

Le graphique ci-dessous, extrait de [296] page 4, montre qu'entre le 1er semestre 2002 et le 1er semestre 2005 :

§   La compétitivité-prix de la France s'est dégradée de 8 % environ ;

§   La France a perdu 9 % de parts de marché par rapport aux 24 pays de l'OCDE.

 

 

Compétitivité-prix et parts de marché en volume de la France
par rapport aux 24 pays de l'OCDE de 1990 à 2005

 

 

On voit donc à quel point un pays doit maîtriser ses coûts, pour pouvoir maîtriser ses prix d'exportation et rester compétitif. les « coups de pouce » au SMIC du gouvernement Raffarin, qui ont augmenté certains travailleurs jusqu'à 11 % ont fait beaucoup de mal aux exportations de la France.

 

Selon le même document [296] page 4, la part de marché mondiale de la France a baissé de 6.3 % à 4.9 % entre 1990 et 2004, soit 22 %: notre compétitivité se dégrade.

 

Les deux graphiques suivants sont issus de [308] page 7. Les indices de compétitivité ont pour base 100 le 1er trimestre 1999.

 

 

Compétitivité mesurée par les prix à la consommation

 

 

Compétitivité mesurée par les coûts salariaux unitaires
de l'ensemble de l'économie

 

 

Dans les deux graphiques ci-dessus, la compétitivité est d'autant plus grande que le point considéré de la courbe est bas, c'est-à-dire que les prix à la consommation ou les coûts salariaux de l'unité de richesse produite sont bas. On voit que la compétitivité de la France se dégrade depuis la fin de la période d'expansion économique mondiale, en 2001, du fait notamment de nos progrès insuffisants de productivité. Noter l'impressionnant progrès de compétitivité-prix des Etats-Unis.

3.4.2           Comparaisons de productivité

Selon [244] page 20, voici les résultats des calculs de productivité par habitant effectués pour l'année 2002 par l'OCDE [281], Eurostat et van Art/McGuckin (VA-MG) :

 

 

PIB par habitant

Productivité

horaire

par travailleur

OCDE

Eurostat

VA-MG

OCDE

Eurostat

VA-MG

OCDE

Eurostat

Etats-Unis

100

100

100

100

100

100

100

100

France

77.0

76.1

72.8

103

106.6

107.8

88.0

96.4

Allemagne

75.0

72.5

75.0

101

91.7

101.5

80.0

79.8

Belgique

78.0

77.5

76.2

111

106.3

112.0

95.0

99.8

Royaume-Uni

74.0

78.2

72.7

79.0

78.6

81.7

74.0

80.9

Union europ.

73.0

72.8

71.7

91.0

88.2

91.6

80.0

84.0

Irlande

89.0

91.3

89.5

103

103.6

105.5

94.0

104.2

Italie

75.0

71.5

73.4

105

91.8

97.2

94.0

89.6

Japon

74.0

73.4

73.7

72.0

67.5

73.1

72.0

73.6

PIB par habitant et productivité en 2002

 

Note : Eurostat a fait tous ses calculs en SPA (Standard de Pouvoir d'Achat).

 

Voir le tome 1 pour les définitions : PIB, PIB par habitant, productivité horaire, productivité par travailleur.

 

On voit que :

§   Selon la source, les résultats diffèrent parce que les données et les méthodes de calcul peuvent différer ;

§   La comparaison des productivités horaires ne donne pas le même résultat que celle des productivités par travailleur. En France par exemple, le taux d'emploi des jeunes et des seniors, moins élevé que dans les autres pays, fait que la productivité horaire est évaluée avec une forte proportion de gens très productifs, ce qui n'est pas le cas dans les autres pays.

Cette différence entre productivités horaire et par travailleur est mise à profit par des gens qui veulent prouver leur point de vue à des interlocuteurs qui ne connaissent pas assez d'économie pour s'apercevoir de la tromperie.

Les politiciens français qui veulent remonter le moral de leurs concitoyens ou faire approuver leur politique vantent la compétitivité de la France en s'appuyant sur la productivité horaire mesurée par Eurostat, alors que la mesure VA-MG classe la Belgique en tête. Au contraire, les gens qui veulent prouver que les Etats-Unis sont plus compétitifs que la France affirment que la productivité par travailleur est supérieure aux Etats-Unis, de 3.6 % selon Eurostat et 12 % selon l'OCDE [281].

§   La comparaison des PIB par habitant PIBpH, bien plus favorable aux Etats-Unis que celle des productivités horaires PHT, s'explique à partir de la formule
PIBpH = PHT x DT x TE x Part donnée dans le tome 1 en remarquant que les valeurs des trois autres coefficients DT, TE et Part sont plus grandes aux Etats-Unis qu'en France. Selon [251], en 2003 :

·          La durée annuelle du travail DT (1453 heures en France contre 1792 aux Etats-Unis) ;

·          Le Taux d'emploi de la population en âge de travailler TE (61.9 % en France contre 71.2 % aux Etats-Unis) ;

·          La part de la population en âge de travailler dans la population totale Part (65.1 % en France contre 66.9 % aux Etats-Unis).

L'effet global de ces trois coefficients est :
1453/1792 * 61.9/71.2 * 65.1/66.9 = 0.69 : à productivité horaire égale, le PIB par habitant français serait 69 % de celui des Etats-Unis. Et compte tenu d'une productivité horaire de 106.6 contre 100 aux Etats-Unis, le PIB par habitant français serait encore 73 % de celui des Etats-Unis. Mais le calcul ci-dessus n'a pas pris en compte la part de l'emploi à temps partiel dans l'emploi total, ni certains effets résultant de la non-indépendance entre les variables, d'où l'écart avec les estimations de rapport de PIB par habitant qui vont de 72.8 à 77 %. (Exemple d'effet de non-indépendance : la productivité d'un travail décroît lorsque le nombre d'heures hebdomadaires croît, du fait de la fatigue.)

Conclusion : dans la compétition avec d'autres pays avancés, dont les Etats-Unis sont un bon exemple, le handicap de compétitivité de la France vient d'abord de ce que les Français ne travaillent pas assez.

3.4.3           Productivité structurelle et productivité observée

Voir le tome 1 pour les définitions : PIB, PIB par habitant, productivité horaire, productivité par travailleur.

 

Les considérations ci-dessus amènent à définir la productivité structurelle du travail, qui est sa productivité horaire à durée de travail et taux d'emploi identiques dans les divers pays ; c'est cette productivité structurelle qui permet de comparer les facteurs de productivité comme la qualité de l'organisation du travail, le capital utilisé dans le matériel de production, etc.

 

Par opposition à la productivité structurelle, on définit la productivité observée du travail, qui est celle mesurée par la variable PHT ci-dessus avec l'hypothèse implicite (et inexacte) que sa valeur est indépendante des variables DT, TE et Part.

 

En utilisant les notions de productivité structurelle et productivité observée, [244] page 24 explique la productivité observée 106.6 de la France par une productivité structurelle de 93.9 et deux interactions supplémentaires : la durée du travail, qui diminue la productivité observée de 5.2 % et le taux d'emploi qui la diminue de 7.5 %. On vérifie alors que : 93.9 + 5.2 + 7.5 = 106.6. On constate alors que :

 

Pour tous les pays, la productivité structurelle est inférieure à celle des Etats-Unis, ce qui traduit un manque de compétitivité inquiétant.

 

D'après [244] page 265 :

"…les États- Unis demeurent le pays où la productivité [structurelle] est la plus élevée, d’environ 10 % par rapport à la France et 20 % par rapport à l’Union européenne, définissant bien la frontière technologique."

Et chaque année qui passe, la productivité progresse plus vite aux Etats-Unis que dans l'Union européenne à 15 et en France

 

Le seul pays dont la productivité structurelle est supérieure à celle des Etats-Unis est la Norvège, où les calculs de productivité sont complètement faussés par les revenus considérables du pétrole obtenus avec très peu de main d'œuvre.

 

D'après le rapport Camdessus [227] :

 

La productivité structurelle supérieure des Etats-Unis s'explique par leur meilleure utilisation des Technologies de l'Information et des Communications (TIC)

 

3.4.4           Politiques structurelles, productivité et emploi

Source : [312] pages 84 à 86. Voir le tome 1 pour les définitions : PIB, PIB par habitant, productivité horaire, productivité par travailleur.

 

Les facteurs structurels jouent apparemment un rôle important pour expliquer les évolutions de la productivité du travail et de l’emploi dans les pays de la zone euro. Certaines réformes récentes dans plusieurs pays de cette zone, qui visaient à stimuler la croissance de l’emploi, notamment pour les travailleurs peu qualifiés, en intégrant dans le processus de production les travailleurs ayant une productivité inférieure à la moyenne, ont accru la production mais ont réduit la croissance de la productivité, atténuant ainsi l’effet positif de la croissance de l’emploi sur la croissance du PIB en volume. Toutefois, cela ne devrait être qu’un phénomène temporaire. A plus long terme, il semble fondamental d’accroître la flexibilité du marché du travail et la diffusion de l’innovation et des progrès technologiques pour atteindre des niveaux relativement élevés de productivité et d’emploi.

3.4.4.1                    Politiques structurelles et productivité

Les différences en matière de progrès technologique et de diffusion de l’innovation, se traduisant par des divergences dans la croissance de la productivité globale des facteurs (PGF), semblent expliquer en grande partie les disparités de l’évolution de la productivité horaire du travail entre pays de la zone euro. Une question essentielle pour les autorités consiste à savoir comment élever le travail et la croissance de la PGF. Les politiques visant à accroître l’innovation et la diffusion du progrès technologique peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

(a) les politiques visant à assouplir les réglementations ;

(b) les politiques visant à améliorer le capital humain ;

(c) les politiques visant à promouvoir le capital-risque et l’adoption rapide et efficiente des innovations techniques et l’investissement en R&D.

 

En ce qui concerne la première catégorie, les réglementations qui limitent la concurrence sur les marchés des biens, des services, du travail et des capitaux, notamment en réduisant les activités des entreprises, en imposant des restrictions à l’accès au marché ou des règles affectant l’adaptabilité du marché du travail (règles en matière de recrutement et de licenciement, par exemple) entraînent des répercussions négatives sur l’innovation et le progrès technologique. De nombreux éléments empiriques montrent qu’il est possible d’obtenir des gains importants de PGF et une progression de l’investissement dans les technologies de l’information et de la communication grâce à la déréglementation des marchés de produits.

      En outre, il semble que l’effet positif de cette déréglementation sur la diffusion de l’innovation et des évolutions technologiques, et donc sur les niveaux de productivité et les taux de croissance du PIB en volume, s’amplifie au cours des périodes d’évolution technologique rapide ; des divergences importantes apparaissent ainsi dans les niveaux de la productivité et les taux de croissance tendanciels entre les pays de la zone euro dans lesquels le niveau de réglementation des marchés de produits diffère. L’extension et l’approfondissement du Marché unique constituent également une priorité, dans la mesure où l’environnement réglementaire existant dans la zone euro demeure excessivement complexe, notamment par rapport aux États-Unis, et constitue donc un obstacle à l’innovation et aux gains de productivité.

 

En deuxième lieu, s’agissant des politiques visant à améliorer le capital humain, les mesures favorisant l’amélioration des qualifications et la formation continue contribuent à accroître l’innovation, facilitent l’utilisation des technologies avancées et permettent l’application des évolutions technologiques à un nombre croissant de postes.

 

En troisième lieu, les politiques favorisant l’investissement en R&D et en capital-risque constituent également des facteurs importants d’innovation et d’évolution technologique. Tandis que les marchés privés du capital-risque peuvent permettre aux mécanismes de marché de jouer un rôle plus important dans le financement de l’innovation, comme alternative ou complément au soutien financier traditionnel de la R&D, améliorant ainsi l’efficience de l’allocation des financements, l’augmentation des dépenses de R&D devrait, toutes choses égales par ailleurs, donner de meilleurs résultats en termes d’innovation, et donc de productivité et de production.

3.4.4.2                    Politiques structurelles et emploi

Les facteurs structurels ayant éventuellement une incidence sur les tendances de l’emploi peuvent être regroupés en deux grandes catégories :

(a) les politiques visant à accroître les incitations à travailler et à créer des emplois, par exemple en réduisant l’imposition du travail ;

(b) les politiques visant à accroître la flexibilité des marchés et la capacité d’ajustement aux chocs en assouplissant, par exemple, la réglementation sur les marchés du travail et des produits.

 

En ce qui concerne la première catégorie, des taux élevés d’imposition moyenne et marginale, ainsi que des allocations de chômage généreuses, peuvent avoir une incidence négative sur les incitations à accepter un emploi rémunéré et/ou, à la suite de la décision de travailler, sur le nombre d’heures effectuées. En outre, des observations empiriques de plus en plus nombreuses montrent que le niveau élevé des coins fiscaux constitue un déterminant important des différences entre pays dans les domaines de l’emploi et de l’utilisation du facteur travail. Selon des travaux empiriques récents, le niveau élevé des allocations de chômage et des coins fiscaux est associé à des taux d’emploi généralement plus bas, notamment pour les femmes. Ces études montrent également que les régimes publics de retraite et les autres programmes de transferts sociaux, qui favorisent fortement les retraites anticipées, peuvent avoir une incidence très négative sur le taux d’emploi des travailleurs plus âgés.

 

S’agissant de la flexibilité et de la réglementation, la question essentielle est de savoir si une protection de l’emploi et une réglementation des marchés de produits excessivement strictes affectent de façon défavorable les performances du marché du travail. Les études semblent indiquer que les catégories ayant des difficultés pour entrer sur le marché du travail (les jeunes, les femmes et les chômeurs de longue durée) sont généralement pénalisées par une législation excessivement stricte en matière de protection de l’emploi. Par ailleurs, de nombreuses données empiriques montrent que la déréglementation des marchés de produits peut entraîner une progression importante de l’emploi.

3.4.5           L'incomparable contribution des TIC à la croissance

[244] page 51 cite des études récentes sur l'influence de la diffusion des TIC dans une économie :

"Dans une évaluation sur très longue période concernant l’économie américaine, Crafts estime que la contribution de la diffusion des TIC à la croissance annuelle de l’output et de la productivité serait, depuis 1974 et surtout depuis 1995, très largement supérieure à celle de la machine à vapeur sur sa forte période de diffusion 1830-1860, et supérieure à celle de la diffusion de l’énergie électrique sur les périodes 1899-1929 et même 1919-1929.

Par ailleurs, Fraumeni (2001) et Litan et Rivlin (2001) soulignent que de nombreuses formes d’améliorations dans la qualité de certains services (commerce, santé…) induites par la diffusion des TIC ne sont pas prises en compte dans les statistiques de comptabilité nationale."

3.5               Compétitivité par la qualité et l'innovation

Voir aussi le texte "La France obligée d'innover sans cesse"

 

Lors de la comparaison de deux produits, il est déjà arrivé à chacun de nous de choisir le plus cher parce qu'il était de meilleure qualité. Certains d'entre nous ayant tendance à s'enthousiasmer pour la perfection technologique arrivent à payer plus cher une chaîne haute fidélité dont les chiffres de performance sont meilleurs, même si leur oreille ne parvient pas à entendre la différence. D'autres enfin achètent de préférence un produit dernier cri parce que c'est le plus récent, donc le plus innovant. Il y a donc des critères de compétitivité de produits autres que leur prix.

 

D'après les rapports Camdessus [227] et Beffa [245], la France souffre d'un défaut de compétitivité globale dans les secteurs d'activité de haute technologie, où son industrie commence à décrocher. C'est là un problème grave et difficile à résoudre, car il demande une réorientation de nos efforts d'investissement, ainsi que de recherche et développement.

3.5.1           Innovation commerciale, organisationnelle, financière et délai

Il ne faut pas croire que l'innovation qui améliore la compétitivité provient seulement de la technologie ou du renouvellement des produits : elle provient souvent de nouvelles méthodes de vente, de changements d'organisation qui améliorent le fonctionnement de l'entreprise, ou de montages financiers innovants qui mettent le produit à la portée de nouveaux acheteurs. Exemples :

3.5.1.1                    Innovation commerciale

De nos jours il y a beaucoup de produits ou de services qui sont assez bien connus de leurs clients potentiels pour être vendus sans contact personnel entre un client et un vendeur. En vendant ces produits ou services sur Internet on obtient les avantages suivants :

§   Un serveur Internet est accessible immédiatement : la mise du produit sur le marché d'un pays n'a pas besoin que l'on crée un réseau commercial, avec filiales ou revendeurs et personnel de vente ; on économise ainsi du temps et de l'investissement, à la seule condition d'avoir au préalable étudié le marché du pays et préparé un catalogue commercial dans sa langue ;

§   Le serveur est accessible dans tous les pays ;

§   La vente par Internet entraîne des frais de vente et de promotion incomparablement plus réduits que la vente traditionnelle, etc.

 

En résumé, l'innovation commerciale consistant à vendre un produit ou un service d'une façon nouvelle peut améliorer considérablement la compétitivité. C'est ce qui explique la position de numéro un mondial des PC de DELL, qui ne vend que par Internet et par téléphone. C'est ce qui explique la proportion considérable de billets de train ou d'avion vendus par Internet, au lieu des traditionnels guichets ou agences de voyage.

3.5.1.2                    Innovation organisationnelle

Une société peut être tellement mieux organisée que ses concurrentes qu'elle est préférée par les clients. Cette organisation supérieure peut se traduire par des délais plus courts, indispensables dans certains cas, ou par une qualité constamment irréprochable, ou une souplesse extrême d'adaptation aux demandes de la clientèle, etc.

 

C'est ainsi que certains vêtements à la mode doivent être produits à la demande en deux jours, avec une qualité parfaite ; la cliente qui veut partir en vacances avec est alors prête à payer cher. Il y a des sociétés françaises qui se sont spécialisées dans ce type de vêtements, où le service rendu compte autant que le produit lui-même.

 

La délocalisation de ce type d'activité est impossible parce qu'il faut une communauté de langue et de culture pour comprendre les désirs des clientes, ainsi que des délais de transport et livraison minimes.

 

Le fonctionnement des multinationales modernes repose beaucoup sur des innovations organisationnelles. Alors que traditionnellement un fabricant informatisait seulement sa gestion de production pour en optimiser le coût, la quantité de stocks et le délai, aujourd'hui une multinationale éclate l'étude et la fabrication d'un article final entre autant de sites industriels qu'il faut pour optimiser aussi bien le coût d'étude, le coût de production et les impôts. Elle profite de ce que les coûts de transport se sont effondrés, et de ce que la communication entre sites par Internet est quasi gratuite et instantanée. Et au passage, la répartition d'une fabrication entre plusieurs sites met davantage l'entreprise à l'abri de mouvements sociaux ou d'événements politiques dans un pays donné.

      Le constructeur de PC DELL, encore lui, est un excellent exemple d'innovation organisationnelle. D'après [282] page 97, son modèle de distribution permet une rotation des stocks beaucoup plus rapide que celle de ses concurrents : DELL n'a que 5 jours de stock, 10 fois moins que ses concurrents.

3.5.1.3                    Innovation financière

Dans beaucoup de pays musulmans, les services financiers sont peu développés, parce que le Coran interdit le prêt d'argent avec intérêt. Les gens qui disposent d'argent épargné ne peuvent donc pas facilement le prêter à une banque, pour que celle-ci le prête à son tour à des entreprises. Celles-ci ont donc un énorme problème de financement qui handicape sérieusement leur développement.

 

L'innovation financière a consisté à trouver des montages qui contournent l'interdiction religieuse, pour mettre quand même l'argent des épargnants à la disposition des entreprises. Les banques se sont arrangées, par exemple, pour remplacer l'intérêt servi aux prêteurs par une participation à des bénéfices. L'hypocrisie du système est certaine, puisque l'astuce est de jouer sur les mots, mais il marche !

 

Autre exemple : en France, les prêts relais immobiliers permettent à un particulier d'acheter un autre logement avant d'avoir vendu celui qu'il possède.

3.5.1.4                    Délai de mise sur le marché

Très souvent, plusieurs fournisseurs travaillent à développer des produits semblables, qui se retrouveront en concurrence lors de leur arrivée sur le marché. Celui qui arrive le premier bénéficie alors d'un avantage concurrentiel important :

§   C'est lui que les médias annoncent comme nouveauté, lui faisant ainsi une publicité importante qui le fait connaître, lui seul, pour les fonctionnalités et les services qu'il rend ;

§   C'est donc lui et lui seul que les consommateurs apprennent à connaître pour ces fonctionnalités ;

§   Lorsqu'un second produit arrive sur le marché, il reçoit bien moins d'attention des médias, car ce qu'il offre n'est pas nouveau. Et certains consommateurs ont tendance à préférer le premier produit, parce qu'ils en ont davantage entendu parler ou qu'ils considèrent qu'il a plus d'expérience.

 

Une innovation a donc d'autant plus de valeur qu'elle arrive tôt sur le marché, avant ses concurrents.

 

Autre cas important : celui où le fournisseur ne fait que satisfaire la demande d'un client de développer un produit ou un service nouveau.

Exemple : la fourniture par un constructeur de modems d'un nouveau type de modem ADSL permettant un accès téléphonique au réseau Internet à une distance plus grande du central (technologie ReADSL - Reach Extended ADSL, ou ADSL 512K étendu). Cela permet à des clients dont la ligne téléphonique mesure 7 km d'avoir un accès Internet haut débit ADSL, alors que jusqu'à ce jour la distance limite au répartiteur était de 5 km. En vendant de tels modems, un fournisseur d'accès à Internet peut desservir en haut débit beaucoup plus de clients qu'auparavant, sans devoir investir en création de lignes courtes ou de lignes en fibre de verre. Le problème du fournisseur de modems est alors de développer les nouveaux produits très vite, le plus vite possible, pour que son client batte ses concurrents fournisseurs d'accès ; la valeur de l'innovation est d'autant plus grande qu'elle arrive vite sur le marché.

 

Un pays entier est d'autant plus compétitif qu'il dispose de davantage de spécialistes et d'entreprises capables d'innover, et d'innover vite. Il a besoin pour cela de former le maximum de techniciens de haut niveau, de disposer du maximum de pôles de compétitivité et de centres de recherche, et de la meilleure infrastructure de communications possible (Internet) pour que les chercheurs et les entreprises qui coopèrent à la mise au point des nouveautés puissent travailler ensemble efficacement. Enfin, il a besoin d'investissements de type capital risque prêts à financer des produits innovants.

Un exemple militaire illustre l'impact de la haute technologie. Avec des bombes classiques lancées d'avions, pour détruire un objectif industriel il fallait 10 tonnes de bombes à l'hectare et un bombardier. Avec des missiles air-sol à guidage laser ou GPS il en suffit d'un de 250 kg (deux pour plus de sûreté) et un même bombardier peut traiter une dizaine d'objectifs en une seule mission. L'économie de moyens et de temps est énorme et les dommages collatéraux sont réduits.

 

Par rapport à un pays qui se bat contre ses concurrents grâce à une main d'œuvre abondante et bon marché, un pays qui mise sur le nombre, la qualité et le délai de mise sur le marché de ses innovations a un gros avantage : celui de l'intelligence sur la force brute. C'est le plus gros atout des pays avancés contre la Chine, mais il exige une fuite en avant technologique permanente.

 

Autre problème : quand une entreprise sort une innovation, celle-ci est aussitôt imitée par ses concurrents, qui la rattrapent au bout de quelques mois. De nos jours, le temps pendant lequel l'innovation initiale reste en avance se réduit de plus, parce que les entreprises ont appris à surveiller leurs concurrentes et à réagir de plus en plus vite. La veille technologique et la veille produit sont devenues très importantes. Les universitaires (pour leur enseignement) et les chercheurs sont dans la même situation.

3.6               L'attractivité géographique

Puisque nous savons que l'investissement direct étranger en France y crée des emplois (ce qui est aussi vrai, bien sûr, des investissements par des sociétés françaises), nous devons étudier la compétitivité au sens géographique : qu'est-ce qui rend l'investissement dans un pays attrayant ? Il y a d'abord des caractéristiques évidentes : existence d'un régime politique stable, un état de droit, une infrastructure économique, etc.: voir l'analyse "La croissance peut se passer de démocratie… jusqu'à un certain point".

3.6.1           Taille du marché, transports et densité de population

Selon [240] page 26 :

"…une implantation en France donne accès à un grand marché ne se limitant pas au marché français, mais correspondant à la demande accessible plus facilement depuis une localisation en France, compte tenu des coûts de transport entre régions européennes et du niveau d’activité de ces régions.

Le potentiel marchand interne à un pays d’accueil se calcule en corrigeant le PIB du pays des distances internes au pays d’accueil : par exemple si l’Espagne dispose effectivement d’un PIB non négligeable, c’est en revanche un vaste territoire au sein duquel de longues distances doivent être parcourues pour desservir les consommateurs à partir d’une implantation donnée."

 

D'où une première conclusion rassurante : la France attire et continuera d'attirer les investissements par la seule taille du marché qu'elle représente ; son PIB assez élevé est d'autant plus attractif que les transports (routes, ports, chemins de fer, avions, La Poste…) y fonctionnent bien et pour un coût raisonnable.

 

Mais du fait de l'importance des coûts de transport pour certaines marchandises ou services, les pays ou régions à forte densité de population sont encore plus attractifs que la France, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [240] page 27 :

 

 

Potentiels marchands [246] internes relatifs en Europe en 1999

 

Et si on tient compte de la libre circulation à l'intérieur de l'Union européenne, des villes proches d'une frontière comme Lille-Roubaix-Tourcoing sont très bien placées pour desservir une grande partie du pays voisin, ici la Belgique.

 

Les subventions publiques ont un impact négligeable

Les Français voulant que leur gouvernement intervienne fortement dans l'économie, nos politiciens annoncent après chaque licenciement de quelques centaines de salariés un grand nombre de subventions pour leur région, en promettant qu'elles attireront des entreprises qui y créeront des emplois.

 

Nous avons déjà vu dans le tome 1 que les créations artificielles d'emplois à coups de subventions ne marchent pas : leur effet est essentiellement psychologique, donc de durée limitée, et accompagné d'un gaspillage de fonds publics. C'est ce que confirme [240] page 30 :

"…d’une part, les fonds structurels sont par définition concentrés dans les localisations les moins attractives (à coût salariaux bas, mais à infrastructures défaillantes et à accès au marché limité) ; d’autre part, les subventions publiques diverses se compensent, chaque localisation rivalisant en ce domaine."

3.7               L'attractivité fiscale

La concurrence fiscale entre pays existe à deux niveaux :

§   Pour attirer des entreprises étrangères qui ont déjà au préalable décidé d'investir et hésitent entre des pays voisins ;

§   Pour l'installation de sièges sociaux ou de filiales essentiellement fiscales, où une multinationale pourra faire apparaître les bénéfices pour échapper à des impôts plus élevés dans d'autres pays.

 

La concurrence fiscale entre pays de l'Union européenne est régulée par celle-ci, pour éviter que des subventions abusives ou des défiscalisations constituent une concurrence déloyale. Mais l'Union européenne n'a jamais réussi à harmoniser vraiment les impôts des pays membres.

 

La concurrence entre pays joue aussi pour les citoyens proches d'une frontière. C'est ainsi que bien des Savoyards travaillent en Suisse tout en vivant en France, où ils bénéficient de prix plus bas et de services publics plus développés.

 

Le tableau ci-dessous, issu de [293], compare la pression fiscale dans quelques pays concurrents :

 

 

Pays

Taux de prélèvements
obligatoires en 2003
(% du PIB)

France

44.2 %

Etats-Unis

25.4 %

Royaume-Uni

37.7 %

Allemagne

36.2 %

Japon

25.8 %

 

 

 

Le graphique ci-dessous, extrait de [257] page 12, compare des évolutions des taux de prélèvements obligatoires en France, dans les pays de l'OCDE [281] et dans l'Union européenne à 15. On voit que la pression fiscale a toujours été plus forte en France depuis 40 ans :

 

 

Taux de prélèvements obligatoires en France, dans les pays de l'OCDE et dans l’UE depuis 1965 (en % de PIB)

 

 

Le manque de compétitivité fiscale de la France traduit :

§   Un choix de société compassionnelle, où il y a de forts transferts sociaux ;

§   Des gaspillages importants : trop de fonctionnaires, trop de subventions inutiles…

 

Impôt sur les sociétés et taxe professionnelle

Un aspect de la fiscalité française qui décourage parfois des investisseurs américains est sa variabilité, la France modifiant constamment les impôts qui frappent une entreprise en ajoutant de nouveaux impôts ou en modifiant l'assiette ou le taux d'impôts existants. Cette variabilité donne à notre pays une réputation d'imprévisibilité fiscale que les investisseurs étrangers n'aiment guère, surtout lorsqu'elle s'ajoute à l'imprévisibilité de la législation du travail.

      Pour illustrer la variabilité fiscale, voici un tableau issu de [240] page 35 qui donne l'évolution de l'impôt auquel les investisseurs étrangers sont les plus sensibles, l'impôt sur les sociétés :

 

 

Exercice clos à partir du 1er janvier

Taux de l'impôt sur les sociétés

Contribution additionnelle (art. 235 ter ZA du CGI)

Contribution temporaire sur les bénéfices (art. 235 ter ZB du CGI)

Contribution sociale sur les bénéfices (art. 235 ter ZC du CGI)

Taux effectif d'imposition des bénéfices des grandes entreprises

1995

33 1/3

+10

-

 

36.67 %

1997

33 1/3

+10

+15

 

41.67 %

1999

33 1/3

+10

+10

 

40.00 %

2000

33 1/3

+10

-

+3.3

37.76 %

2001

33 1/3

+6

-

+3.3

36.43 %

2002

33 1/3

+3

-

+3.3

35.43 %

2003

33 1/3

+3

-

+3.3

35.43 %

 

Taux de l'impôt sur les sociétés en France de 1995 à 2003 en %

 

Le taux effectif de l'impôt sur les sociétés varie aussi énormément d'un pays à l'autre de l'Union européenne. C'est ainsi qu'en 2001, alors qu'il était de 36.43 % en France, il allait de 20 % en Irlande à 39 % en Belgique, seul pays de l'Union où son taux est supérieur au taux français. Et il était de 35 % aux Etats-Unis et 46.4 % au Japon.

 

Toutes les études de compétitivité fiscale estiment que la France est très mal placée en matière d'impôt sur les sociétés, ce qui nuit fortement à sa compétitivité fiscale.
Et l'effet anticoncurrentiel de l'impôt sur les sociétés s'ajoute à celui de notre taxe professionnelle, également très critiquée.

 

Impôts sur le revenu et les stock-options

Après l'impôt sur les sociétés et les impôts locaux comme la taxe professionnelle, les entreprises sont sensibles à la fiscalité sur les hauts revenus, ceux des dirigeants, et sur les stock-options. Sur ces deux points, la fiscalité française est moyenne, ni vraiment compétitive ni dissuasive.

 

Impôts et services publics

Lorsqu'un pays a une faible imposition il dispose de peu d'argent pour fournir à ses citoyens des services publics.

 

Impôts et respect des citoyens

Dans des pays où l'économie bénéficie d'une manne comme le pétrole, les gouvernements n'ont pas beaucoup besoin de lever des impôts. Leurs citoyens en profitent, mais comme le gouvernement n'a pas besoin de leurs impôts il peut être tenté de se passer de leur avis ; c'est pourquoi les monarchies arabes sont en fait des dictatures où le peuple n'a rien à dire sur la manière dont il est gouverné.

 

Il en résulte une frustration considérable et un désir de démocratie, confirmé par les élections de janvier 2005 en Palestine et en Irak. Il en résulte aussi, hélas, la révolte d'une minorité de musulmans qui deviennent terroristes, en prétextant le respect de l'islam pour assassiner indistinctement des chrétiens, des juifs et d'autres musulmans.

 

Pour plus de détails, notamment sur le « dumping social », le « dumping fiscal » et le « dumping réglementaire » voir "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre".

3.8               Compétitivité de la France et dépenses publiques

La compétitivité fiscale a ceci de commun avec la compétitivité-prix que toutes deux exigent que les impôts et charges soient les plus faibles possibles, tout en finançant les services publics attendus par les citoyens. Il en résulte que l'Etat et les collectivités locales doivent faire des économies.

 

La dépense publique représentant de nos jours 54.7 % du PIB selon [227] page 28, plus que tous les autres pays du monde sauf peut-être le Danemark et la Suède, la France vit au-dessus de ses moyens et s'endette toujours plus. Il n'y a pas de raison qu'elle soit tellement moins bien gouvernée que les autres pays avancés : nous devons reconnaître et accepter le besoin de faire des efforts. Il s'agit de notre compétitivité, donc de nos emplois et du niveau de vie des générations suivantes, à qui nous laisserons une dette colossale.

 

Le rapport PEBEREAU [297] confirme page 86 la diminution du nombre d'heures de travail par habitant plus forte en France que partout ailleurs, en se basant sur des données de l'OCDE :

 

 

 

 

Une telle évolution, à contre-courant de celle de nos principaux concurrents, ne peut qu'handicaper notre compétitivité, sans parler de notre niveau de vie.

3.8.1           Transferts sociaux

Le premier poste d'économies possibles est l'ensemble des transferts sociaux, que nous avons étudiés dans le tome 1. Diminuer ce poste de dépenses récurrentes, qui représente 30 % de notre PIB et pèse sur les activités qui créent de la richesse, est extrêmement difficile, car le gros des dépenses sert à des prestations auxquelles les Français tiennent, et à juste titre : les retraites, l'assurance maladie et les diverses prestations de solidarité.

      En outre, les transferts sociaux constituent depuis 15 ans plus de 30 % du revenu des ménages, et les Français ne sont pas prêts à renoncer à être des assistés.

      L'importance des transferts sociaux français est donc un choix de société, coûteux par sa nature même. Tout ce qu'on peut faire se résume donc à limiter les gaspillages des 30 % du PIB qu'ils représentent, en éliminant les dépenses qui ne concourent pas aux prestations auxquelles les Français tiennent. D'où les efforts actuels dans le domaine des remboursements de soins médicaux et de médicaments.

 

Quand des syndicalistes ou certains politiciens irresponsables se plaignent de la « casse sociale », en refusant la chasse aux gaspillages dans les transferts sociaux et les économies correspondantes, ils abusent de l'ignorance des citoyens, qui ne savent pas à quel point ce niveau exceptionnel d'assistance handicape leur niveau de vie et leurs emplois.


 

3.8.2           Effectifs de la fonction publique

Voici l'organisation du secteur public français :

 

 

Secteur Public

Administra-tions publiques

Adminis-
tration centrale

État

Directions d'administration centrale et Services à compétence nationale. Les principales tâches des directions sont l’analyse et la  prévision des besoins publics, la rédaction des réglementations et des lois, y compris la loi de finances ; la gestion, la coordination et la supervision des branches administratives locales de l’État ; l’évaluation des effets des politiques publiques. Les missions des services à compétence nationale sont le casier judiciaire, la gestion des musées nationaux, la lutte contre l’immigration illégale, la production d’études spécialisées. Ces administrations assurent aussi la fourniture de nombreux services opérationnels.

 

Services déconcentrés de l'État. Ils sont à la disposition des préfets, qui sont directement nommés par le gouvernement. Ces services sont chargés de la mise en œuvre de toutes les politiques civiles nationales (éducation, culture, agriculture, etc.) ainsi que de la police.

Autres entités de l’administration centrale

Établissements publics à caractère administratif (EPA), avec forte vocation de service et d’administrations (Commission des opérations de bourse-COB, École nationale d’administration‑ENA, etc.).

Établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST), à vocation scientifique et technologique (CNRS, etc.)

Établissements publics à caractère scientifique,      culturel et professionnel, (ECSCP) (universités, musées nationaux, etc.).

Adminis-
trations régionales et locales

Administrations territoriales

Elles comprennent les communes, les départements, les régions et diverses entités chargées des initiatives de coopération locale.

Autres entités locales

Entités non marchandes à financement local (exemple: écoles primaires et secondaires, Chambres de commerce, etc.).

Sécurité sociale

Régimes d’assurance sociale

On compte 37 régimes obligatoires, dont chacun gère au moins une des catégories de risques suivantes : soins de santé (traitements médicaux et remplacement du salaire par des indemnités journalières de maladie ; retraite et pension de réversion (à l’inclusion des régimes complémentaires) ; famille et maternité ; prestations de logement ; pauvreté et exclusion sociale. S’y ajoutent les fonds spéciaux (FSV, FFR, etc.).

 

Bien qu’elle soit administrativement et financièrement plus indépendante, l’UNEDIC (Union nationale interprofessionnelle pour l'emploi dans l'industrie et le commerce), chargée de couvrir le risque de chômage, fait également partie du système d’assurance sociale dans la classification des comptes nationaux.

Entités administrées par les régimes d’assurance sociale


Hôpitaux publics, par exemple.

Grandes entreprises publiques

Infrastructure ferroviaire RFF), services ferroviaires (SNCF), aéroports parisiens (ADP), transports parisiens (RATP), France Télécom, La Poste, EDF-GDF. Ces entreprises ont le statut d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).

Organisation du secteur public en France d'après [285]

 

Clemenceau disait : "La France est un pays extrêmement fertile: on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts." et aussi "Le gouvernement sème des fonctionnaires et le contribuable récolte des impôts."

      Qu'aurait-il dit si, de son temps, les dépenses de l'Etat avaient représenté 54.7 % du PIB, comme aujourd'hui !

 

La fonction publique française représente environ 5.2 millions de salariés, c'est-à-dire 20 % de l'ensemble des travailleurs, salariés ou non. Il y a la fonction publique d'Etat, avec environ 2.5 millions de salariés, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. Il y a en plus les employés de sociétés soi-disant privées mais qui bénéficient de statuts de type fonctionnaire : SNCF, RATP, Air France, La Poste, France Télécom, etc.

 

Voici selon [248] l'évolution des effectifs des trois fonctions publiques hors sociétés (SNCF, etc.) :

 

 

 

On constate que la décentralisation, commencée il y a plus de vingt ans, n'a pas fait baisser le nombre de fonctionnaires territoriaux, au contraire : il y en a aujourd'hui 50 % de plus.

 

Voici des extraits de [248] :

"De 1980 à 2002, les effectifs fonctionnaires et non-fonctionnaires des trois fonctions publiques ont beaucoup progressé. La hausse globale [+ 1 million d'emplois] s'établit à plus de 26 %, et, de 1990 à 2002, elle ressort à près de 15 %. Dans le même temps, la part de l'emploi public dans l'emploi total est passé de 17,8 % à 19,4 %."

Le tableau ci-dessous donne l'évolution des effectifs réels des trois fonctions publiques de 1980 à 2002 :

 

 

 

Effectifs
fonction
publique
d'Etat

Effectifs
fonction
publique
territoriale

Effectifs
fonction
publique
hospitalière

Effectif
total
Fonction
publique

Au 31/12/1980

2 173 169

1 021 000

670 791

3 864 960

Au 31/12/1990

2 307 816

1 166 364

783 473

4 257 653

Au 31/12/2002

2 537 366

1 460 158

884 557

4 882 081

Evolution
1980 à 2002

+16.8 %

+43.0 %

+31.9 %

+26.3 %

Evolution
1990 à 2002

+9.9 %

+25.2 %

+12.9 %

+14.7 %

Evolution des effectifs réels des trois fonctions publiques de 1980 à 2002

 

 

Selon [249], au 31/12/2002 la fonction publique de l'Etat comptait un peu plus de 2.62 millions d'agents au lieu des 2.54 millions cités par le Sénat. A part le fait que les populations dénombrées ne sont jamais définies avec précision quand l'Etat parle de ses effectifs (opacité oblige !), [249] précise que si l'on inclut les caisses de sécurité sociale (pourquoi les avoir omises dans le chiffre précédent ?), La Poste, certains établissements publics industriels et commerciaux (EPIC) et les enseignants de l’enseignement privé sous contrat, la Fonction publique d’État au sens large emploie 3,15 millions de personnes.

3.8.2.1                    Effectifs de l'Etat en 2006

Selon [292], le tableau ci-dessous donne les autorisations d'effectifs des divers ministères pour 2006 :

 

 

 

Ministères

Plafonds
d'autorisations
d'emplois en
équivalent
temps plein

Affaires étrangères

16 720

Agriculture et pêche

39 914

Culture et communication

13 966

Défense

440 329

Ecologie et développement durable

3 717

Economie, finances et industrie

173 959

Education nationale, enseignement supérieur
 et recherche

1 250 605

Emploi, cohésion sociale et logement

13 721

Intérieur et aménagement du territoire

185 984

Jeunesse, sports et vie associative

7 159

Justice

71 475

Outre-mer

4 900

Premier ministre

7 795

Santé et solidarités

15 125

Transports, équipement, tourisme et mer

93 215

Total ministères

2 338 584

 

 

 

[292] donne même (grâce à la nouvelle loi LOLF) un tableau très instructif des plafonds d'autorisation d'emplois par mission ; c'est ainsi qu'on apprend que le total des effectifs de la mission Sécurité est de 248 279 (non compris la Sécurité civile et la Sécurité sanitaire). On y apprend aussi que le solde des créations et suppressions d'emplois en 2006 sera de 5100 suppressions d'emploi, chiffre négligeable et parfaitement insuffisant si l'on veut arriver un jour à redresser le pays.

3.8.2.2                    Evolution de l'emploi public jusqu'à 7 millions de fonctionnaires

Selon [278], l'emploi public a augmenté de 24 % entre 1982 et 2003. L'article précise qu'aux effectifs de plus de 5 millions de personnes travaillant dans l'une des trois fonctions publiques il faut ajouter 232 600 bénéficiaires d'emplois aidés (contrats emploi-solidarité, emplois-jeunes…). Et il oublie de préciser que le statut, la protection d'emploi et les avantages sociaux des fonctionnaires sont aussi garantis aux centaines de milliers d'agents EDF-GDF, RATP, Air France, La Poste, etc.

 

Selon [248] :

§   "En 2003, la diminution annoncée des effectifs n'a pas eu lieu"

§   "…d'après le rapport de la Cour des comptes sur l'exécution des lois de finances pour l'année 2003, « malgré une baisse des emplois budgétaires (...), le nombre de titulaires civils a augmenté de près de 5.600, et le nombre de contractuels civils de plus de 13.000 »"

Pour plus de détails sur la manipulation comptable concernant les effectifs de l'Etat, voir "Comment l'Etat masque sa peur des syndicats en truquant sa comptabilité".

 

A part la fonction publique hospitalière, où les employés en surnombre sont des administratifs, mais où on manque d'infirmières, de médecins, etc., la Justice où on manque de quelques milliers de magistrats, greffiers et gardiens de prison, et la police-gendarmerie où la sécurité publique exige quelques milliers de fonctionnaires supplémentaires, les 4 millions d'autres fonctionnaires sont clairement en surnombre. Il suffit de comparer, administration par administration, le nombre de fonctionnaires et France à celui nécessaire dans des pays comparables : Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Italie, Espagne, etc.

 

Le document INSEE [310] de mai 2007 donne page 5 le tableau suivant des effectifs fin 2004 de l'emploi public non marchand au sens économique :

 

 

 

Effectifs
(milliers)

Fonction publique de l'Etat,
territoriale et hospitalière

5159

Autres administrations publiques

790

   - dont organismes publics (maisons de retraite,
      OPHLM, Caisse des dépôts…)

55

   - dont organismes privés (offices agricoles,
     CNES, Opéra de Paris…)

735

Effectif total comptabilité nationale

5949

Effectifs de l'emploi public non marchand au 31/12/2004

 

 

Ces 5.949 millions d'emplois publics en équivalent plein temps sont à comparer à l'emploi salarié total à la même date de 22.649 millions, dont ils représentent 26.3 %. Et il faut y ajouter les emplois des 1307 sociétés contrôlées par l'Etat dont les 917 000 salariés ont un contrat de travail de type fonctionnaire [311]. Fin 2004, le nombre total de salariés ayant un emploi à vie de type fonctionnaire était donc de 5949 + 917 = 6866, c'est-à-dire près de 7 millions de fonctionnaires et assimilés.

 

Voir aussi "Les sureffectifs dans la fonction publique".

 

Exemple d'opacité de l'administration : Le Point n° 1691 du 10/02/2005 se plaint page 67, dans son dossier sur les revenus "Etes-vous bien payé ?", du refus de l'INSEE et de la Direction générale de l'administration publique de répondre aux demandes d'information concernant les rémunérations des fonctionnaires. Celles-ci étant votées chaque année par le Parlement ne devraient nullement être secrètes, d'autant plus qu'il ne s'agissait pas de connaître le traitement personnel de M. X ou Mme Y, mais seulement ceux de diverses catégories d'agents. Le refus de répondre signifie donc que les fonctionnaires interrogés ne voulaient pas que le public sache la vérité, à l'évidence parce que celle-ci était différente du budget voté.

      Cette opacité est contraire à l'Article 15 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, qui stipule :

"La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration."

Elle viole également la nouvelle loi organique relative aux lois de finances (LOLF) dont un texte du 11/07/2001 contient la phrase suivante :

"Doté d’une enveloppe globale et en grande partie fongible, le gestionnaire public disposera de marges de manœuvre accrues. En contrepartie, il devra s’engager sur des objectifs précis et des résultats mesurables et rendre compte de la manière dont ceux-ci ont été atteints."

Elle viole enfin le rappel de la loi LOLF que constitue le texte [255].

 

Sans doute les fonctionnaires qui bafouent ainsi la loi sont-ils sûrs de leur impunité…

 

L'Education nationale

L'Education nationale est le premier employeur du monde ou un des premiers [249], avec 1.23 million de salariés (1.165 million en équivalent temps plein), toujours mécontents et défilant dans la rue pour réclamer davantage de moyens. Et ses effectifs pléthoriques s'ajoutent à ceux (adéquats) de l'enseignement privé sous contrat, lui aussi payé par les citoyens.

      Sachant que les résultats des élèves et étudiants français aux tests internationaux sont moyens, sachant que dans les autres pays il y a moins d'enseignants par million d'habitants pour des résultats scolaires souvent bien meilleurs (en Finlande, par exemple), rien ne justifie les perpétuelles demandes de « toujours plus » de ces fonctionnaires. L'Etat gaspille tellement d'argent au profit de l'enseignement secondaire qu'il n'a plus assez de moyens pour l'enseignement supérieur, où la France est le seul pays avec la Grèce à dépenser plus pour un élève du secondaire que pour un étudiant du supérieur [286]. La vérité est que nos gouvernants ont toujours peur des syndicats d'enseignants et qu'ils cèdent à toutes leurs exigences.

 

Selon [248] :

"… il apparaît que le ministère de l'éducation nationale, qui représentera en 2005 51 % des effectifs de l'Etat, fournit un effort de réduction de ses effectifs très minime en pourcentage. C'est pour l'essentiel ce ministère, qui, faute de réforme structurelle de son organisation et de ses missions, en remplaçant la quasi-intégralité de ses départs à la retraite, ne permet pas d'atteindre l'objectif d'un remplacement d'un départ à la retraite sur deux. C'est évidemment la réforme de ce ministère qui conditionne la réduction de la dépense de fonction publique."

 

Voir aussi le point de vue d'un enseignant.

 

Voir aussi "Poids des secteurs dans les effectifs au travail et dans le PIB".

 

Voir aussi le dossier [260], accablant par l'ampleur des gaspillages qu'il dénonce et ses implications sur le manque de courage des gouvernements successifs.

 

Un fonctionnaire embauché sera payé pendant 60 ans

Il faut savoir qu'en embauchant un fonctionnaire on s'engage à le payer pendant 37 ans ½ de carrière et environ 23 ans de retraite, c'est-à-dire environ 60 ans.

 

Première conclusion

Par manque de courage politique face aux syndicats, aucun gouvernement français n'a entamé la réduction des effectifs de la fonction publique. Le gouvernement Raffarin, tout en annonçant des réductions - très modestes - d'effectifs par non remplacement des départs en retraite, s'est contenté jusqu'à présent de masquer par des manipulations comptables dénoncées par la Cour des comptes la croissance des effectifs qui continue. Tant que cette politique ne changera pas, la France ne risque pas de retrouver sa compétitivité.

 

Effets d'une réduction des embauches de fonctionnaires selon [227]

Le rapport Camdessus [227] donne page 128 le tableau ci-dessous, où chaque ligne représente une hypothèse de nombre annuel d'embauches entre 0 et l'effectif moyen des départs en retraite de fonctionnaires d'ici à 2015, soit 77 300 par an. En regard de cette hypothèse d'embauches, le tableau donne le gain moyen annuel de productivité de la fonction publique et les effets sur les finances publiques exprimés en points de PIB en 2008 et 2015.

 

 

Rythme d’embauche
moyen de l’État
sur la période
2005-2015

Gain de productivité
moyen annuel
de la fonction
publique
de l'Etat

Effet positif
sur les finances
publiques en 2008
en point de PIB

Effet positif
sur les finances
publiques en 2015
en point de PIB

0

4.14 %

+0.61

+1.77

8 500

3.79 %

+0.54

+1.59

17 000

3.42 %

+0.49

+1.41

25 000

3.05 %

+0.43

+1.24

34 000

2.65 %

+0.36

+1.06

42 500

2.25 %

+0.28

+0.71

51 000

1.55 %

+0.19

+0.48

60 000

1.18 %

+0.14

+0.36

77 300

0.00 %

+0.00

+0.00

Effet sur les finances publiques en 2008 et 2015 de divers rythmes
de remplacement de fonctionnaires qui partent en retraite

 

 

On voit qu'un gain moyen de productivité de 2.65 % par an, correspondant à 34 000 embauches pour 77 300 départs, permettrait de dégager une marge budgétaire de 1.06 % du PIB, correspondant à une capacité considérable d'investissement dont le pays a terriblement besoin pour ne pas décrocher dans la compétition avec les autres pays avancés. Le rapport préconise, page 129 :

"Afin de doter l’État d’une souplesse suffisante pour renforcer quelques secteurs prioritaires encore insuffisamment dotés, la règle générale pour le remplacement des personnels partant à la retraite devrait donc être – pour en tout cas une durée de cinq ans – d’un sur trois."

 

Hélas, alors qu'il faudrait diminuer l'effectif des fonctionnaires d'au moins 77 000 - 34 000 = 43 000 personnes par an, le gouvernement Villepin a annoncé en juin 2005 qu'en 2005 ce nombre de fonctionnaires diminuerait de 5 000. La France court à l'abîme par pusillanimité de ses gouvernants face aux syndicats de fonctionnaires.

 

Voir aussi comment la Suède a réduit les effectifs de ses fonctionnaires dans "La cure de rajeunissement de l'Etat suédois". La France comptant 60 millions d'habitants, si elle était administrée et soignée comme la Suède, elle n'aurait que 1.3 millions de fonctionnaires…

3.9               Comparaison France - Allemagne : le décrochage

Sources : [247] et Le Figaro économie du 11/02/2005.

Au 1er trimestre 2004, les exportations allemandes ont augmenté de 6 % en glissement annuel, contre 1.2 % en France. En 2003, la balance commerciale allemande était excédentaire de 6 % du PIB, contre 0 % en France. La France a fini 2004 avec un déficit commercial supérieur à 7 milliards d'euros, le plus fort depuis 1991, alors que l'Allemagne affichait un excédent 2004 de 155.6 milliards d'euros !

 

Le graphique ci-dessous montre clairement le décrochage des exportations françaises par rapport à l'Allemagne.

 

Evolution des exportations de la France et de l'Allemagne

 

Le décrochage de la France est confirmé par le graphique ci-dessous, montrant l'évolution des parts relatives de marché en valeur de l'Allemagne et de la France dans l'Union européenne (Union Economique et Monétaire, UEM) :

 

 

Evolution des parts de marché à l'export
de la France (échelle de gauche) et de l'Allemagne (à droite)

 

 

Au total, la France perd des parts de marché dans la zone euro, au profit de l’Allemagne. L'explication de l'écart croissant des exportations françaises par rapport aux exportations allemandes tient à deux différences de positionnement :

§   L’Allemagne est spécialisée sur les biens d’équipement et intermédiaires, les premiers à réagir en cas de reprise cyclique, alors que la France vend plutôt des biens de consommation ; ces dernières années, la spécialisation dans l’aéronautique (en crise) a pesé sur les performances globales des exportateurs français ;

§   L'Allemagne vend beaucoup en Asie, en Europe de l'Est et en Europe Centrale, régions à forte croissance économique, alors que la France y est peu présente.

3.10           Compétitivité de l'agriculture française

Voir "Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne".

3.11           Comparaison des investissements directs étrangers (IDE) en France, Royaume-Uni et Irlande

Voir d'abord "Une tendance inquiétante".

 

[279] permet aussi de comparer l'évolution des investissements directs étrangers en France avec ceux dans d'autres pays de l'Union européenne. Le graphique ci-dessous compare la France au Royaume-Uni et à l'Irlande.

 

 

 

 

On voit que les IDE varient souvent beaucoup d'une année sur l'autre. De 2003 à 2004, ils ont baissé de près de moitié en Irlande comme en France, alors qu'ils ont été multipliés par près de 4 au Royaume-Uni !

 

Si, pour tenir compte de la population du pays, on considère l'IDE par habitant, alors l'Irlande est loin devant, car sa population de 4 millions d'habitants est 15 fois plus faible que celles (pratiquement identiques avec 60 millions d'habitants) de la France et du Royaume-Uni [280]. L'IDE 2004 en Irlande représente $7800 pour chacun de ses 1.8 millions de travailleurs, montant énorme qui illustre bien l'effet de la politique délibérément favorable aux investisseurs de ce pays (impôts très faibles, etc.) sur son attractivité. Ce pays n'a que 4.5 % de chômeurs !

3.12           Conclusions sur le commerce extérieur de la France

Pour apprécier l'importance du commerce extérieur de la France, voici les 10 premières lignes de deux tableaux publiés page 25 de [300] :

 

 

Rang exportateurs

Valeur
(milliards de dollars)

Part des
exportations
mondiales ( %)

Variation
annuelle
( %)

1 - Allemagne

914.8

10.0

22

2- Etats-Unis

819.0

9.0

13

3- Chine

593.4

6.5

35

4 - Japon

565.5

6.2

20

5 - France

451.0

4.9

15

6 - Pays-Bas

358.8

3.9

21

7 - Italie

346.1

3.8

16

8 - Royaume-Uni

345.6

3.8

13

9 - Canada

322.0

3.5

18

10 - Belgique

308.9

3.4

21

Commerce mondial de marchandises en 2004 - 10 premiers exportateurs

 

 

Rang importateurs

Valeur
(milliards de dollars)

Part des
importations
mondiales ( %)

Variation
annuelle
( %)

1 - Etats-Unis

1526.4

16.1

17

2 - Allemagne

717.5

7.6

19

3 - Chine

561.4

5.9

36

4 - France

464.1

4.9

16

5 - Royaume-Uni

462.0

4.9

18

6 - Japon

454.5

4.8

19

7 - Italie

349.0

3.7

17

8 - Pays-Bas

319.9

3.4

21

9 - Belgique

287.2

3.0

22

10 - Canada

275.8

2.9

13

Commerce mondial de marchandises en 2004 - 10 premiers importateurs

 

 

Ces tableaux portent sur le seul commerce de marchandises ; il exclut donc celui des services, pour lesquels la France est le 4ème exportateur mondial et le 5ème importateur. On voit que :

§   La place de la France est honorable par rapport à d'autres pays, surtout si l'on tient compte de sa population ; les exportations représentent 25.9 % du PIB et les importations 25.7 %. La France a donc un grand intérêt au développement du commerce mondial, donc à la mondialisation, contrairement à ce que certains politiciens voudraient nous faire croire.

Voir en complément la courte section sur les exportations de "France en panne, entreprises en fête".

§   La croissance du commerce extérieur de la Chine est impressionnante : en un an, ses exportations ont augmenté de 35 % et ses importations de 36 %. En fait, c'est toute l'économie chinoise qui est orientée vers le commerce extérieur, au détriment de la consommation intérieure.

§   L'Allemagne est le 1er exportateur mondial et le 2ème importateur, et ses parts dans le commerce mondial augmentent.

§   La performance de la Belgique est remarquable, compte tenu de sa population de 10.3 millions d'habitants (1/6 de la France).

 

La compétitivité de la France n'est pas désastreuse, mais elle se dégrade. Pour être plus compétitive, la France doit faire des efforts dans les domaines suivants :

§   Réorienter son industrie vers les hautes technologies et l'innovation, en commençant par stimuler la recherche et développement et la coopération avec d'autres pays européens ;

§   Orienter ses efforts de vente vers les pays en forte croissance (Asie, Etats-Unis), alors que la France vend surtout à ses partenaires européens ;

§   Réorganiser son industrie et ses services pour profiter des TIC (Technologies de l'Information et des Communications) autant que ses concurrents dans l'automatisation des tâches, leur accélération et la qualité de leur déroulement ;

§   Améliorer la formation de ses travailleurs ;

§   Améliorer sa législation du travail pour la rendre moins rigide et rendre toute son économie plus agile ;

§   Diminuer sa fiscalité pour retrouver les moyens d'investir, ce qui exige des économies qu'il faudra faire accepter aux Français et à leurs syndicats opposés à toute évolution. C'est un problème de communication économique, qui a toujours été le point faible des divers gouvernements et des médias.

§   Avec ses partenaires de l'Union européenne, la France devrait mettre en pratique l'Agenda de Lisbonne, programme conçu pour que l'Union européenne devienne « la zone la plus compétitive du monde »… et qui est resté lettre morte pour tous les Européens.

3.13           Le retard croissant de l'Europe sur les Etats-Unis

Source : [294]

Les Etats-Unis ont une croissance plus rapide que celle de l'Union européenne et le retard de celle-ci s'aggrave chaque année. Voici les thèses qui expliquent ce retard :

§   "La moindre performance de l’Europe résulte d’une préférence collective des Européens pour le loisir au détriment du travail, explication avancée par Olivier Blanchard, professeur au MIT ;"

[Comme nous l'avons montré dans le tome 1 du cours, nous ne travaillons pas assez.]

§   "L’Europe souffre d’une insuffisance de la demande qui s’explique par des politiques macroéconomiques durablement restrictives, analyse défendue par Jean-Paul Fitoussi de l’OFCE ;"

[M. Fitoussi met en cause le Pacte de stabilité de l'Union européenne, qui prône des règles identiques de contrôle des déficits et des taux d'intérêt pour des pays qui ont des économies différentes par la taille et l'ouverture à la demande externe ; ces règles profitent aux petits pays à l'économie ouverte et handicapent les grands pays dont le moteur principal de l'économie est la demande interne.]

§   "Selon la thèse dominante, le retard de croissance européenne tient à la combinaison de l’inachèvement de l’intégration européenne et de l’insuffisance, au niveau national, des réformes structurelles (celles notamment se rapportant au marché du travail et au marché des biens et services) ;"

"A l’intérieur des États-Unis, l’intensité des échanges reste deux à trois fois plus élevée que sur les marchés les plus intégrés d’Europe, et la dispersion des prix y est beaucoup plus faible."

"La libéralisation des télécommunications et de l’énergie a démarré hors d’Europe, s’est faite de manière non coordonnée et n’a pas donné naissance dans ces secteurs à un véritable marché européen. Le Plan d’action des services financiers n’a pas abouti à la création d’un marché intégré, profond et liquide, sur le modèle américain. Le brevet européen n’a toujours pas vu le jour, en raison d’un problème de langue. Il n’y a pas de droit des affaires européen : la société européenne laisse la part belle aux modes de fonctionnement nationaux, tandis qu’il n’existe pas de droit européen des faillites."

[Voir le texte "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre"].

§   Enfin, la dernière thèse avance que le problème n’est pas tant européen que celui combiné de l’Allemagne, la France et l’Italie. Ceux-ci, contrairement aux petits pays plus performants, sont incapables de mener les réformes nécessaires. C’est la thèse que Wyplosz et Tabellini défendent dans leur rapport du CAE [295].

[Les pays de la zone euro ont abandonné à la BCE la politique monétaire et n'ont donc plus grand contrôle sur la demande intérieure, qui dépend des taux d'intérêt et de la masse monétaire, contrôlés par la BCE. Ils ont bien plus de contrôle sur la politique de l'offre, mais la timidité de leurs gouvernements les empêche de faire les réformes nécessaires. Ce déséquilibre profite aux petits pays et handicape les grands pays : Allemagne, Italie et France. Ces trois pays ont des transferts sociaux trop importants et travaillent trop peu d'heures par an ; en outre, la France a trop de fonctionnaires.]

§   "…l’Europe cumule tous les handicaps par rapport aux États-Unis. En moyenne sur longue période, ses politiques macroéconomiques sont moins contra-cycliques, alors que son plus faible développement financier justifierait le contraire. Et lorsque des politiques contra-cycliques y sont menés, elles n’ont pas la même efficacité, car ses marchés sont moins libéralisés."

[Les citoyens de l'Union européenne croient bien plus aux vertus du socialisme qu'à celles du libéralisme, d'où les politiques des pays de l'Union, d'où la moindre efficacité de ces politiques.]

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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4.                 Sources et compléments

[201]     Taxe Tobin

La proposition d'instaurer une taxe (dite Taxe Tobin) a donné son nom à l'association altermondialiste ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et l'Aide aux Citoyens).

 

L'idée (taxer les transferts de fonds internationaux) a été lancée par James TOBIN, prix Nobel d'économie 1981, dans son texte de 1978 "A Proposal for International Monetary Reform". Le but était de décourager la spéculation, en taxant les transactions de change. Après une discussion mondiale longue et approfondie entre économistes, il est apparu que, pour être efficace, ce premier impôt international de tous les temps devrait avoir un taux assez élevé, qui aurait des effets désastreux sur les investissements et le commerce international. Il est aussi apparu que les acteurs impliqués dans une éventuelle décision y étaient opposés dans leur immense majorité.

 

Sensible aux arguments des gauchistes d'ATTAC, M. Lionel Jospin a suggéré, lors de son interview du 28/08/2001 sur TF1, que l'Europe l'adopte. Et aujourd'hui, seul parmi les dirigeants de grands pays, M. Chirac s'en déclare partisan. Mais comme il est seul et que tous les pays abritant des bourses qui comptent (USA, Angleterre, Japon, etc.) sont farouchement contre, la taxe Tobin ne sera jamais adoptée, jamais!

 

Du reste, si c'était le cas, il y aurait immédiatement des mouvements de capitaux vers des pays plus libéraux et des paradis fiscaux, et le développement là-bas de bourses défiscalisées. Les pays où l'on taxe les mouvements de capitaux subiraient une dramatique chute du volume d'argent disponible en bourse pour leurs entreprises, ce qui ferait monter les taux d'intérêt et handicaperait sérieusement les investissements [241], donc la croissance, donc la création d'emplois.

 

De manière générale, notre société mondialisée est si ouverte que toutes les mesures de restriction mondiale des mouvements de marchandises et de capitaux sont vouées à l'inefficacité : les gouvernements libéraux ne les acceptent jamais. Enfin, James TOBIN lui-même a reconnu que son idée n'était pas valable et que le monde ne l'adopterait jamais.

 

[202]     Statistiques de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce)

Exportations mondiales de marchandises, production et produit intérieur brut, 1950-03 (feuille de calcul Excel) textes téléchargés le 31/01/2005 http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2004_e/section2_e/ii01.xls

 

Graphiques de tendance à long terme http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2004_e/its04_longterm_e.pdf 31/01/2005

 

[203]     Nations Unies : Croissance de la population mondiale depuis 1950, texte téléchargé le 31/01/2005 de http://www.unfpa.org/swp/2004/francais/ch1/page7.htm et http://www.unfpa.org/swp/2004/images/f-fig1_lg.gif

 

 

 

Croissance de la population mondiale depuis 1950

 

[204]     Nombre d'emplois et pauvreté par pays depuis 1950, texte téléchargé du site de l'Université de Pennsylvanie le 31/01/2005 de http://www.csls.ca/reports/10-03-05_poverty_penn.pdf

 

[205]     CIA World Factbook (statistiques mises à jour en permanence) texte téléchargé le 31/01/2005 de http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/in.html#Econ

 

[206]     Définition de l'Aide Publique au Développement (APD) texte téléchargé le 31/01/2005 de http://www.hcci.gouv.fr/lecture/analyse/an009.html

 

[207]     L'obsession anti-américaine, par Jean-François REVEL, de l'Académie française.

 

[208]     Ouest contre Ouest, par André Glucksmann, éditions Plon

 

[209]     Dostoïevski à Manhattan, par André Glucksmann, éditions Robert Laffont

 

[210]     Article Free Trade Accord at 10: Growing Pains Are Clear, The New York Times du 27/12/2003

 

[211]     Médias et sociétés 10ème édition, par Francis Balle, éditions Montchrestien

 

[212]     Le Figaro du 02/02/2005, article "Zéro pointé en orthographe". En voici un extrait :

"Absolument nuls en orthographe. Tel est le constat dressé par le collectif Sauver les lettres [www.sauv.net] après avoir fait rédiger une dictée du brevet à quelque 2 300 élèves de classe de seconde. Le résultat s'est révélé «catastrophique. Plus d'un élève sur deux (56,4 %) a obtenu un zéro», note ce collectif de professeurs de lettres.

Compte tenu de la longueur du texte, «plus d'un quart des élèves ne peut écrire sans commettre au moins deux fautes par ligne», ajoutent-ils. Dans le détail de l'enquête, un peu plus de 9 % des élèves ont fait plus de trente fautes. A l'opposé, pas plus de 6 % des élèves ont obtenu une note supérieure à 15.

Plus inquiétant encore, ce résultat est bien plus mauvais que celui obtenu en 2000 avec le même texte d'Alphonse Daudet tiré des Contes du lundi, et auprès d'un échantillon équivalent d'élèves. A l'époque, «seuls» 28 % des élèves avaient obtenu un zéro.

Selon les membres de l'association, ce score désastreux n'a rien de bien étonnant même si «nous n'imaginions pas une telle chute entre 2000 et 2004», commente Michel Buttet, l'un des responsables. Et de dénoncer les «méthodes globales (ou apparentées) d'apprentissage de la lecture», les cours au collège qui se feraient dans la continuité de programmes «destructeurs» du primaire, y compris ceux mis en place en 2002 et, enfin, «des horaires de français en chute libre depuis 1969»."

 

[213]     Définition du taux d'épargne des ménages : c'est le rapport « Epargne brute » sur « Revenu disponible brut » (c'est-à-dire net d'impôts, de primes d'assurances et d'intérêts sur les emprunts). D'après Le Figaro économie du 20/06/2005, les taux d'épargne au 1er trimestre 2005 étaient de 0.9 % aux Etats-Unis, 5.8 % au Royaume-Uni, 4.6 % au Japon, 10.8 % en Allemagne et 15.4 % en France, pays le plus frileux.

 

[214]     Rapport du Commissariat au Plan "Mondialisation et recomposition du capital des entreprises européennes" texte téléchargé le 04/02/2005 de http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000028/0000.pdf

 

[215]     Rapport du Conseil des impôts "La Concurrence fiscale et l'entreprise" (septembre 2004) texte téléchargé le 04/02/2005 de http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000466/0000.pdf et http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000466/0001.pdf

 

Dans la présentation de ce texte à la page http://www.ladocfrancaise.gouv.fr/brp/notices/044000466.shtml on trouve ces conclusions:

"Entreprises, salariés ou détenteurs de capitaux, certains agents économiques cherchent, lorsqu'ils en ont la possibilité, à être taxés dans les zones où la fiscalité est la plus faible, créant ainsi une sorte de mise en concurrence des systèmes fiscaux des Etats.

Or, dans l'ensemble, le Conseil des impôts estime que la France apparaît plutôt vulnérable dans ce contexte de concurrence fiscale, du fait de la structure de sa fiscalité, construite autour d'assiettes étroites et de taux élevés, ce qui entraîne à la fois un handicap en termes d'image, et de plus larges possibilités d'optimisation et d'évasion fiscale.

Ceci étant, en matière de localisation des activités, ce constat d'ensemble n'a qu'une portée limitée, la localisation des activités et des emplois internationalement mobiles étant davantage déterminée par des facteurs d'environnement géographique, par la qualité des infrastructures et par le coût du travail.

S'agissant de l'imposition des particuliers, le Conseil juge que la taxation n'est véritablement plus lourde en France par rapport aux pays comparables que sur le patrimoine et les plus-values, non sur le revenu, ce qui rend une expatriation avantageuse pour les contribuables concernés que dans un très petit nombre de cas."

 

[216]     Livre de Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001 sur la mondialisation : "La grande désillusion" (Titre américain : "Globalization and Its Discontents" - Editions Fayard)

 

[217]     Article "L'Europe veut protéger son industrie textile" publié par Le Figaro économie du 13/102004.

 

[218]     Article "La « sinistrose » à la française inquiète les politiques" publié par Le Monde du 18/01/2005. En voici des extraits :

"C'est une note de quelques lignes, extraite d'un rapport de synthèse des préfets, en date de décembre 2004. On peut y lire: « Les Français ne croient plus en rien. C'est même pour cela que la situation est relativement calme, car ils estiment que ce n'est même plus la peine de faire part de son point de vue ou de tenter de se faire entendre. » Puis, un peu plus loin, « l'immigration, les délocalisations restent des thèmes ravageurs dans l'opinion. Le Front national continue à s'en nourrir et continuera à faire de très bons scores. »

"Atonie, résignation, sinistrose, angoisse. Jamais les expressions pour désigner le moral des Français n'ont été aussi empreintes de pessimisme."

"« Les angoisses sociales sont devenues prioritaires », estime Stéphane Rozès, directeur de l'institut CSA-Opinions. Tous les élus disent la montée d'un mécontentement sur la baisse du pouvoir d'achat. Les études d'opinion européenne traduisent un pessimisme collectif très fort doublé paradoxalement d'une relative confiance individuelle."

"Hervé Gaymard [le ministre de l'Economie] explique qu'il mènera en 2005 « une politique économique déterminée, loin de la sinistrose entretenue par certains quant aux marges de manœuvre des politiques économiques nationales »"

 

[219]     INSEE "Soldes des échanges extérieurs" texte téléchargé le 05/02/2005 de http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?ref_id=NATTEF08452&tab_id=231

 

Définitions concernant les échanges extérieurs :

§   Capacité de financement

La capacité de financement est le solde du compte de capital. Ce solde est égal à l'épargne brute augmentée des transferts nets en capital et diminuée des dépenses faites à des fins d'accumulation : FBCF, variations de stocks, acquisitions nettes d'objets de valeur et d'actifs non financiers non produits (terrains, actifs incorporels...). On parle de capacité de financement si le solde est positif, et de besoin de financement s'il est négatif.

§   Opérations de répartition

Opérations par lesquelles la valeur ajoutée générée par la production est distribuée entre la main-d'œuvre, le capital et les administrations publiques, et opérations de redistribution du revenu et de la richesse.

§   Exportations de biens et de services

Ensemble des biens et des services fournis par des résidents à des non-résidents, à titre onéreux ou gratuit

 

[220]     "La balance des paiements et la position extérieure de la France" texte téléchargé du site du ministère de l'Economie et des Finances le 05/02/2005 de http://www.finances.gouv.fr/indicateurs/economie_france/balance_des_paiements/an2003/bdp2003_partie1.pdf

 

[221]     "Délocalisations et investissements français à l'étranger" texte téléchargé le 05/02/2005 de http://www.commerce-exterieur.gouv.fr/ministre/communication/communiques/dossier_presse/dos_presse_040818/doc/delocalisations_invest.pdf   (Voir aussi [241]).

 

[222]     Etude prospective de la DATAR "La France, puissance industrielle. Une nouvelle politique industrielle par les territoires", texte téléchargé le 26/01/2004 de :

§   http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000090/0000.pdf

§   http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000090/0001.pdf

 

[223]     Le Figaro des 5 et 6/02/2005, article "Critique de la raison pédagogiste".

Cet article explique pourquoi les méthodes pédagogiques appliquées en France sont mauvaises et rappelle qu'elles ont donné de mauvais résultats aux Etats-Unis. Pour des raisons idéologiques, en France on refuse de faire apprendre quoi que ce soit aux élèves s'ils ne l'ont pas découvert eux-mêmes : c'est le « constructivisme », pédagogie désastreuse dont les ravages se constatent au collège, au lycée et en faculté. En voici un extrait :

"…aujourd'hui, en France, on ne donne plus de leçons de grammaire aux écoliers : ils se livrent à «l'observation réfléchie de la langue française», ils «examinent» les textes «comme des objets qu'on peut décrire», «comparent des éléments linguistiques divers (textes, phrases, mots, sons, graphies...) pour en dégager de façon précise les ressemblances et les différences». De même, en mathématiques, on soumet aux enfants des «situations-problèmes», et c'est «à partir des solutions personnelles élaborées par les élèves» que l'enseignant apporte «une nouvelle connaissance (notion ou procédure)». En toute matière, il est donc interdit au professeur d'école de partir de l'énoncé explicite d'un savoir pour descendre à ses exemples ou à sa mise en œuvre ; il est interdit à l'enfant de partir du simple pour aller au complexe, il faut qu'il parte du complexe pour «construire» le simple."

 

La volonté d'utiliser l'école pour rendre égaux tous les Français, quel que soit leur niveau intellectuel, fait aussi des ravages. Voici un autre extrait :

"…A quoi s'ajoutent, ici aussi, des effets pervers. Trois facteurs se sont conjugués : a) l'impératif statistique des 80 % ; b) le choix pédagogique du constructivisme ; c) la volonté idéologique de remplacer la culture (réputée «bourgeoise») par la culture «commune», l'école devant être le prototype d'une utopique société des égaux. La conjonction de ces trois facteurs a abouti à l'élaboration de programmes allégés de leur valeur culturelle. La colère de Robert Redeker défendant Stendhal et Platon est significative à cet égard (3), comme celle de tant de professeurs scientifiques qui ont vu la démonstration disparaître au profit de l'application de recettes (et c'est là une autre raison du «malaise enseignant»)."

 

[224]     CEPII - Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales

http://www.cepii.fr/ . C'est un centre français indépendant de recherche en économie internationale, créé en 1978 et placé auprès du Commissariat au Plan.

 

[225]     Etude "TENDANCES ET ÉVOLUTION RÉCENTE DE L’INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER" juin 2004 http://www.oecd.org/dataoecd/22/30/33725255.pdf

(Base de données de l’OCDE sur l’investissement direct international)

Selon cette étude, la France est un pays qui reçoit beaucoup d'investissements étrangers. C'est ainsi qu'en 2003, elle en a reçu 47 milliards de dollars, plus que les Etats-Unis (39.9 milliards de dollars). Donc, bien que nous ayons certains problèmes de compétitivité et une législation du travail trop contraignante, les étrangers investissent beaucoup en France, ce qui crée des emplois.

 

L'étude nous apprend aussi qu'en 2003 la France a investi à l'étranger 57.3 milliards de dollars : nous y achetons donc des entreprises, mais moins cette fois que les Etats-Unis, qui ont investi cette année-là 173.8 milliards de dollars.

 

Voir aussi [241].

 

[226]     Agence Française pour les Investissements Internationaux (AFII) http://www.afii.fr/France/?l=fr

 

Voir aussi [241].

 

[227]     Rapport Camdessus "Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France", téléchargé le 20/10/2004 des 202 pages des documents

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0000.pdf  et

http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/044000498/0001.pdf .

 

Etabli à la demande du ministre M. Sarkozy sous la direction de M. Michel Camdessus, gouverneur honoraire de la Banque de France [61] et ancien directeur du Fonds Monétaire International, ce rapport résulte des travaux d'un groupe comprenant 24 personnalités françaises et 7 personnalités européennes. Ces dernières ont vérifié d'un point de vue indépendant, non français, le diagnostic et les préconisations des experts français, et ajouté leurs propres recommandations.

 

Le rapport diagnostique les raisons de la très faible croissance de l'économie française et les perspectives économiques et financières à moyen terme. Il formule ensuite de très nombreuses recommandations. Celles-ci concernent un nombre si important de domaines et préconisent des réformes d'une telle ampleur qu'elles constituent un véritable programme de gouvernement.

 

Bien qu'il ait été établi à la demande du gouvernement français, qu'il soit excellent et d'une grande importance, et bien qu'il ait demandé des mois d'efforts à 24 personnalités françaises et 7 étrangères, ce rapport a été mis dans un tiroir dès sa remise et n'en est plus jamais ressorti.

 

Un résumé de ce rapport est disponible ici.

 

[228]     Annuaire Eurostat 2004, publié par l'Office de statistiques de l'Union européenne http://epp.eurostat.cec.eu.int/cache/ITY_OFFPUB/KS-CD-04-001/FR/KS-CD-04-001-FR.PDF

 

[229]     Le Figaro économie du 09/12/2004 page XI

 

[230]     Rapport FMI "World Economic Outlook 2004" téléchargé le 11/12/2004 de http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2004/02/pdf/statappx.pdf

 

[231]     La rigidité de l'emploi dans 85 pays "Hiring and Firing Workers - Compare All Economies" http://rru.worldbank.org/DoingBusiness/ExploreTopics/HiringFiringWorkers/CompareAll.aspx

 

[232]     Etude du FMI "Demystifying Outsourcing" téléchargée le 07/12/2004 de http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2004/12/pdf/amiti.pdf

 

[233]     Rapport Mondial sur le Développement Humain 2004 (en français), http://hdr.undp.org/reports/global/2004/francais/pdf/hdr04_fr_complete.pdf  téléchargé le 14/08/2004.

 

[234]     "Issues 2005", édition spéciale de Newsweek de décembre 2004

 

[235]     Le Figaro économie des 13, 14, 15 et 16/12/2004 : articles sur l'industrie textile

 

[236]     Le Figaro des 22 et 23/01/2005, article "Textile : le double défi de l'adaptation"

 

[237]     "La pauvreté mondiale a diminué de moitié depuis 1981, mais la croissance économique n'étant pas au rendez-vous dans de nombreux pays, les résultats sont inégaux" (23/04/2004) téléchargé le 27/11/2004 de

http://siteresources.worldbank.org/NEWS/PressRelease/20316300/pr2004-309-fr.pdf

 

[238]     Article de la Banque Mondiale du 16/11/2004 "The Global Economy: From Recovery to Expansion" téléchargé le 27/11/2004 de la page http://globaloutlook.worldbank.org/globaloutlook/outside/globalgrowth.aspx

 

[239]     Animation montrant l'accroissement des revenus par habitant et la réduction des inégalités de 1970 à 2000 pour le monde entier et pour divers pays, allant du Bangladesh aux Etats-Unis, disponible sur le site de l'économiste Xavier Sala-i-Martin http://www.columbia.edu/~xs23/home.html à l'adresse http://www.columbia.edu/~xs23/WDI/incomeDistrAnimation_DRAFT_030924_.exe

 

[240]     Rapport du Conseil d'Analyse Economique (CAE) (24/10/2002) "Compétitivité" texte téléchargé le 08/02/2005 de http://www.ladocfrancaise.gouv.fr/BRP/034000199/0000.pdf

 

[241]     Définitions : investissement et investissement direct étranger (IDE)

Source : INSEE http://www.insee.fr/fr/nom_def_met/definitions/html/accueil.htm

§   L'investissement est la part du revenu consacrée à l'achat de machines ou d'immeubles, ou à des placements financiers (actions, obligations…)

§   Investissements Directs Etrangers (IDE) : ce sont des investissements qu'une unité institutionnelle résidente d'une économie effectue dans le but d'acquérir un intérêt durable dans une unité institutionnelle résidente d'une autre économie et d'exercer, dans le cadre d'une relation à long terme, une influence significative sur sa gestion. Par convention, une relation d'investissement direct est établie dès lors qu'un investisseur acquiert au moins 10 % du capital social de l'entreprise investie. Les investissements directs comprennent non seulement l'opération initiale qui établit la relation entre les deux unités, mais également toutes les opérations en capital ultérieures entre elles et entre les unités institutionnelles apparentées, qu'elles soient ou non constituées en sociétés.

§   Unité institutionnelle : c'est un centre élémentaire de décision économique caractérisé par une unicité de comportement et une autonomie de décision dans l'exercice de sa fonction principale. Une unité résidente est dite institutionnelle dès lors qu'elle dispose d'une autonomie de décision dans l'exercice de sa fonction principale et qu'elle dispose d'une comptabilité complète, ou au moins qu'elle serait en mesure d'en établir une pertinente du point de vue économique ou juridique. Les unités institutionnelles sont regroupées en secteurs institutionnels. Elles constituent les unités de base de la comptabilité nationale.

§   Secteur institutionnel : Les différents acteurs de la vie économique sont regroupés dans des ensembles considérés comme pertinents. Les unités, dites institutionnelles, constituent les unités de base de la comptabilité nationale : ce sont des unités susceptibles de posséder elles-mêmes des actifs, de souscrire des engagements, de s'engager dans des activités économiques et de réaliser des opérations avec d'autres unités. Les secteurs institutionnels regroupent les unités institutionnelles ayant des comportements économiques similaires caractérisés par leur fonction principale et la nature de leur activité.
On distingue cinq secteurs institutionnels résidents : les sociétés non financières (SNF - S.11), les sociétés financières (SF - S.12), les administrations publiques (APU - S.13), les ménages (S.14), les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM - S.15). L'ensemble des unités non résidentes, dans la mesure où elles entretiennent des relations économiques avec des unités résidentes, sont regroupées dans le reste du monde (S.2).

 

[242]     Définition d'un facteur de production (en anglais input) : pour une entreprise, un bien constitue un facteur quand il est utilisé dans le processus de production. Exemples : matières premières, travail, capital, équipements de production, ordinateurs, etc. Voir "Travail ou Capital ? - La fonction de production".

 

Productivité : pour une définition simple de cette notion dans le tome 1 cliquer ici ; pour une définition plus complète, cliquer .

 

On appelle productivité d'un facteur de production la production réalisée par une unité de ce facteur. C'est en général une moyenne. Exemple : si en une heure de travail on produit en moyenne 20€ de marchandises, la productivité du facteur temps de travail est 20 euros par heure. Si on considère le coût global de la production C (en euros) et la valeur produite P (en euros aussi), la productivité du facteur coût de production est le rapport P/C (en euros par euro, c'est-à-dire sans dimension). Pour les définitions de la productivité moyenne et de la productivité marginale d'un facteur de production, cliquer ici.

 

L'inverse de la productivité du facteur coût de production, c'est-à-dire le rapport C/P est le coût unitaire de la production.

 

[243]     Le Figaro économie du 08/02/2005, article "La croissance indienne prévue à 6.9 % pour 2004".

 

[244]     Rapports de Patrick Artus et Gilbert Cette au Conseil d'Analyse Economique (CAE) "Productivité et croissance : diagnostic macroéconomique et lecture historique" présentés le 29/01/2004, texte téléchargé le 12/01/2004 de http://www.cae.gouv.fr/rapports/dl/48.pdf

 

Résumé : http://www.cae.gouv.fr/lettres/CAE-2004.04.pdf

 

[245]     Rapport Jean-Louis BEFFA du 15/01/2005 "Pour une nouvelle politique industrielle", texte téléchargé le 25/01/2005 de http://www.rapport-jeanlouisbeffa.com/pdf/RapportJean-LouisBeffa.pdf

 

[246]     Source : [240] page 27. Le calcul des « potentiels marchands » s’appuie sur une mesure de la distance interne des pays. Cette dernière se calcule en pondérant les distances interrégionales par les PIB régionaux au sein de chaque pays.

 

[247]     Crédit Agricole - Direction des Etudes Economiques "France-Allemagne : Le grand écart" (août 2004) texte téléchargé le 11/02/2005 de http://www.credit-agricole.fr/ca/kiosque-eco/flash-eco/-font-color---ffffff--25-08-04--font-/FLn20-04.pdf

 

[248]     Rapport du Sénat "La forte augmentation des effectifs des trois fonctions publiques depuis 1980" texte téléchargé le 12/02/2005 de http://www.senat.fr/rap/l04-074-321/l04-074-32110.html#toc137

 

[249]     INSEE Première 987 : "Les agents de l'Etat au 31/12/2002" texte téléchargé le 12/02/2005 de http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP987.pdf

 

[250]     Statistiques sur le commerce France - USA téléchargées le 12/02/2005

§   Exportations France vers USA 2002 à 2004 http://csfrance.amb-usa.fr/France2us2.pdf

§   Exportations USA vers France 2002 à 2004 http://csfrance.amb-usa.fr/france2us.pdf

§   Balance France USA 2002 et 2003 http://www.bea.doc.gov/bea/international/bp_web/simple.cfm?anon=84&table_id=11&area_id=19

 

[251]     OCDE - "Perspectives de l'emploi 2004" Annexe statistique téléchargée le 13/02/2005 de http://www.oecd.org/dataoecd/42/27/32496180.pdf

 

[252]     Crafts N. (2002) : "The Solow Productivity Paradox in Historical Perspective", CEPR Discussion Paper Series, n° 3142.

 

[253]     Fraumeni B.M. (2001) : "E-Commerce: Measurement and Measurement Issues", American Economic Review, vol. 91, n° 2.

 

[254]     Litan R.E. et A.M. Rivlin (2001) : "Projecting the Economic Impact of the Internet", American Economic Review, vol. 91, n° 2

 

[255]     "Rapport sur la préparation de la mise en œuvre de la loi organique n° 2001-692 du 1er août 2001 Relative aux lois de finances, en application de l’article 109 de la loi de finances pour 2003" (juin 2004) texte téléchargé le 14/02/2005 de http://www.minefi.gouv.fr/lolf/downloads/111_rapport_parlement.pdf

 

Page 14, au paragraphe "B. Le nouveau cadre de budgétisation des crédits et des emplois" on trouve la phrase :

"Le responsable de programme disposera d’un budget dont les souplesses de gestion lui permettront d’adapter au mieux l’action aux besoins et aux objectifs poursuivis. Il devra rendre compte de son administration."

 

[256]     Le Figaro économie du 15/02/2005

 

[257]     Projet de loi de finances pour 2005 texte téléchargé le 15/02/2005 de http://alize.finances.gouv.fr/budget/plf2005/bleus/pdf/RPO.pdf

 

[258]     "Balance des paiements de la France - Décembre 2004" texte téléchargé le 17/02/2005 de http://www.banque-france.fr/fr/telechar/2005/bdp.pdf

 

[259]     Le Figaro économie du 23/02/2005, article "Le fossé se creuse entre Chinois des villes et Chinois des champs"

 

[260]     Le Figaro du 11/03/2005 dossier "Une note confidentielle de la Cour des comptes juge sévèrement la gestion des professeurs du primaire et du secondaire".

 

Cette mauvaise gestion illustre parfaitement l'inadéquation totale entre le statut de fonctionnaire, avec son emploi à vie dans une qualification donnée et une région donnée, et le XXIème siècle. L'Education nationale engage pour environ 37 ans des enseignants d'une qualification donnée (exemple : la langue russe) dans une région donnée (exemple : Toulouse). Mais l'évolution de la population de la région et des demandes de formation ne garantit nullement que pendant près de quatre décennies ce besoin de russe à Toulouse persistera. Dans certaines qualifications on manquera d'enseignants, dans d'autres ils seront en surnombre. Mais comme on n'a pas le pouvoir de renvoyer des fonctionnaires ni de les obliger à déménager, on en paye des dizaines de milliers à ne rien faire ou à travailler très peu. Et dans d'autres administrations, le problème est le même.

      Tant qu'aucun gouvernement français n'aura le courage de dénoncer cette situation, les contribuables continueront à payer des dizaines de milliers de fonctionnaires à ne rien faire et notre économie à reculer par rapport à ses concurrentes.

 

L'étude de la Cour porte sur 803 000 personnes physiques, équivalentes à 665 000 ETP (équivalent temps plein). En voici quelques citations :

§   97 000 ETP sont occupés à d'autres tâches dont un tiers n'ont aucune activité pédagogique :

·          32 000 enseignants sans classe et sans activité pédagogique ;

·          18 000 enseignants non présents dans les classes mais exerçant des activités pédagogiques ;

·          26 500 enseignants hors secondaire ou hors ministère de l'Education nationale ;

·          21 000 enseignants temporairement hors du système éducatif.

§   Les 32 000 ETP non utilisés coûtent 1.5 milliard d'euros par an au contribuable. Une paille pour le budget de l'Education nationale - 70 milliards d'euros - mais qui représente tout de même l'équivalent de la moitié du budget de la Culture.

§   Près de 30 % des ETP ne sont jamais mobilisés ;

§   En Guyane, 94.4 % des remplaçants sont inoccupés, à Nice 40 %, à Poitiers 42.2 %, à Bordeaux 46 %, à Aix et à Marseille 37 %, tandis qu'à Versailles ils sont 18 % et à Rennes seulement 7.7 %.

 

[261]     Le Figaro du 18/03/2005 "Le bloc-notes d'Ivan Rioufol" - Extraits du « blog » d'un enseignant des Vosges :

« Je suis un fonctionnaire heureux. Je dispose de seize semaines de vacances et je ne travaille que quatre jours dans la semaine. Mon salaire augmente tous les ans, certes modestement, mais il ne stagne pas. Je viens de nouveau d'être papa (j'ai 300 euros de supplément familial à cause de mes cinq enfants) ; j'ai pu prendre mes quatorze jours de congé paternité sans soucis juste en indiquant à la hiérarchie à quel moment je les prenais. Un de mes enfants est malade : je peux prendre une « journée enfant-malade », à charge pour l'Inspection de me trouver un remplaçant. Je tombe gravement malade : pendant six mois, mon salaire est versé. En tant qu'adhérent à la MGEN, cela passe à trois ans. Parlons retraite : le plan Balladur a instauré pour le privé les 25 meilleures années de vos quarante ans de cotisations. Pour moi, cela sera, mes six derniers mois de mes 37,5 années de cotisations (…) Avant de plaindre les « pauvres fonctionnaires de l'Éducation nationale  » gardez ceci en tête. »

 

[262]     Newsweek du 28/03/2005 page 17

 

[263]     Textes sur l'enseignement :

§   Réflexions incorrectes d'un enseignant  (2 pages A4)

§   Le guide de l'enseignement du civisme de M. Luc Ferry  (1 page A4)

§   Une machine à détruire l'enseignant  (Les IUFM - 4 pages A4)

§   Non-assistance à langue en danger  (Article de Maurice Druon - 2 pages A4)

 

[264]     Nations Unies - FAOSTAT 2004 statistiques de la production agricole mondiale de 1961 à 2003 texte téléchargé le 03/04/2005 de http://faostat.fao.org/faostat/form?collection=Crops.Primary&Domain=PIN&servlet=1&hasbulk=&version=ext&language=EN

 

Noter en outre que :

§   la production agricole par habitant a été multipliée par 1,29 depuis 1961 ;

§   la production mondiale totale de céréales a été multipliée par 2,37.

 

[265]     "La fracture agricole mondiale" par Marcel Mazoyer, économiste et professeur à l'Institut national agronomique de Paris-Grignon, ../Economie/Fracture-Agricole.htm .

Ce texte de 4 pages énonce et explique clairement l'incroyable différence de productivité entre une agriculture évoluée et une agriculture primitive. Il en décrit les conséquences et propose des mesures au niveau mondial.

 

[266]     Le Figaro économie du 04/04/2005, articles sur l'Italie "La chaussure en pleine débâcle" et "Le « made in Italy » : quelques pépites qui surnagent".

 

[267]     Rapport du Fonds Monétaire International (FMI) d'avril 2005 Economic Prospects and Policy Issues http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2005/01/pdf/chapter1.pdf

 

[268]     "La « sinistrose » des Français : origines et conséquences", étude assez complète du phénomène Sinistrose.htm .

 

[269]     Perspectives économiques de l'OCDE n° 76 - ÉVOLUTION DES PRIX DU PÉTROLE : MOTEURS, CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES ET AJUSTEMENT DES POLITIQUES

 

[270]     United Nations Millennium Declaration (Déclaration du millénaire) (18/09/2000) http://www.un.org/millennium/declaration/ares552e.pdf et http://www.un.org/millennium/declaration/ares552e.pdf

Les 191 pays membres des Nations unies ont adopté à l'unanimité un programme d'éradication d'ici 2015 de la pauvreté en 8 points :

1)       Réduire l'extrême pauvreté et la faim ;

2)       Assurer l'éducation primaire pour tous ;

3)       Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes ;

4)       Réduire la mortalité infantile ;

5)       Améliorer la santé maternelle ;

6)       Combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies ;

7)       Assurer un environnement durable ;

8)       Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

 

[271]     Rapport "Désindustrialisation, délocalisations" de Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi au Conseil d'Analyse Economique (CAE) (février 2005) texte téléchargé le 02/05/2005 de http://www.cae.gouv.fr/rapports/dl/55.pdf .

 

Ce rapport fait référence pages 67-68 aux statistiques de l'organisme European Monitoring Centre on Change (EMCC) qui tient à jour une liste des délocalisations http://www.emcc.eurofound.eu.int/erm/index.php?template=help  dont chacune satisfait les conditions suivantes :

§   Elle concerne au moins 1 pays de l'Europe à vingt-cinq ;

§   Elle a effectué ou au moins annoncé la suppression d'au moins 100 emplois ;

§   Elle concerne une entreprise d'au moins 250 personnes et affecte au moins 10 % de son effectif ;

§   Elle crée à l'étranger au moins 100 emplois.

 

[272]     The New York Times du 05/04/2005 article "I.B.M. to Lay Off Over 10,000 in Struggle to Keep Up Profits" http://www.nytimes.com/2005/05/05/technology/05ibm.html?th=&emc=th&pagewanted=print&position=

 

[273]     "The End of Poverty - How we can make it happen in our lifetime" par Jeffrey Sachs, économiste, professeur à l'université Columbia, conseiller du Secrétaire Général des Nations unies Kofi Annan et de nombreux gouvernements. Editeur : Penguin Books.

 

[274]     "Intel International Science and Engineering Fair - The World's Future Scientists and Engineers" http://www.intel.com/education/isef/ . C'est une sorte de Concours général, organisé par le leader mondial des microprocesseurs, Intel, au niveau pré-universitaire pour des maths et des sciences physiques. Les sessions régionales ont attiré en 2004 plusieurs millions de candidats et la session aux Etats-Unis en a attiré 1200, venant de plus de 40 pays.

 

Le concours est doté chaque année de plus de $3 millions de prix et bourses d'études. Et chaque année, 10 à 15 % des finalistes déposent des demandes de brevets pour ce qu'ils ont découvert à l'occasion de leur projet. En 2004, il y a eu 65 000 candidats américains et 6 millions de candidats chinois ! A partir de 2010, la Chine formera chaque année plus de docteurs ès sciences que les Etats-Unis.

 

[275]     The New York Times du 01/05/2005 citant le livre de Thomas Friedman "The World is Flat - A brief history of the Twenty-First Century" http://www.nytimes.com/2005/05/01/books/review/01ZAKARIA.html?pagewanted=print&position=

"Friedman quotes a Morgan Stanley study estimating that since the mid-1990's cheap imports from China have saved American consumers over $600 billion and probably saved American companies even more than that since they use Chinese-sourced parts in their production. And this is not all about cheap labor. Between 1995 and 2002, China's private sector has increased productivity at 17 percent annually -- a truly breathtaking pace."

 

[276]     L'association Couleurs de Chine www.couleursdechine.org s'occupe de l'éducation d'enfants de minorités chinoises extrêmement pauvres, vivant dans les "Grandes montagnes Miao" au nord du Guangxi. Voici un extrait de leur bulletin de liaison n° 35, du printemps 2005 :

"Le village de Peidong, canton de Liangzhai, est situé dans une région reculée à la frontière des cantons de Antai, Dongtou et Hongshui. La distance jusqu'au chef-lieu du canton est de 20 km. C'est le village le plus reculé, il comporte 10 hameaux très distants entre eux.

La population totale du village est de 2369 habitants, la superficie par personne est de 0,2 mou (1 mou = 1/15e d'ha). [Chaque personne ne dispose donc que d'une surface de 1/75e d'hectare à cultiver pour vivre, c'est-à-dire 133m2.] Le revenu annuel par habitant est de 200 yuans environ [c'est-à-dire 20 €].

En raison des difficultés de communication, du manque de terres cultivables, la vie est difficile, l'économie se développe très lentement. La population est d'une grande pauvreté, le nombre d'élèves non scolarisés est élevé. Les conditions d'enseignement du village sont très rudimentaires, il n'y a qu'une école complète (avec 6 classes) et 3 points d'enseignement (avec seulement les petites classes) pour l'ensemble du village. 12 professeurs dont 5 titulaires et 7 assistants. Les élèves sont 232 dont 87 filles. L'école a été construite en 1953, les villageois ont alors fourni leur force de travail et les matériaux pour construire un bâtiment en bois de 6 classes. L'école ne comprend pas de chambres ni pour les professeurs ni pour les élèves. Les professeurs et les élèves qui habitent loin partent tôt le matin et rentrent tard le soir. En raison de sa vétusté des intempéries et de la pauvreté du canton, l'école est très délabrée, et branlante.

L'économie du village étant très précaire, les habitants très pauvres, le taux de scolarisation des enfants d'âge scolaire est très bas, en particulier chez les filles. Nous vous demandons de l'aide afin de pouvoir réparer l'école et parrainer les tilles."

 

[277]     The New York Times du 01/07/2005, article de Thomas Friedman « Follow the Leapin' Leprechaun ».

 

[278]     Le Figaro économie du 28/06/2005, article "Entre 1982 et 2003, l'emploi public a augmenté de 24 %"

 

[279]     OCDE : Investissements Directs Etrangers provenant des pays de l'OCDE

§   TRENDS AND RECENT DEVELOPMENTS IN FOREIGN DIRECT INVESTMENT - June 2005 http://www.oecd.org/dataoecd/13/62/35032229.pdf

§   Investissements directs étrangers 1990-2003 http://www.oecd.org/dataoecd/13/26/8265445.xls

 

Heureusement, l'IDE en France s'est nettement redressé en 2005 [303].

 

[280]     CIA World Factbook, statistiques de juillet 2005 http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/index.html

 

[281]     OCDE "Organisation de coopération et de développement économiques"

http://www.oecd.org/home/ . Voici comment cet organisme international se définit :

 

"L'OCDE regroupe 30 pays membres, tous attachés à la démocratie et l'économie de marché. Ses relations de travail avec plus de 70 autres pays, des ONG et la société civile lui confèrent une envergure mondiale. Renommée pour ses publications et ses statistiques, ses travaux couvrent tout le champ économique et social, de la macroéconomie aux échanges, à l'enseignement, au développement, et à la science et à l'innovation.

 

L'OCDE joue un rôle phare en favorisant la bonne gouvernance des secteurs public et privé. Grâce à sa surveillance structurelle, elle permet aux gouvernements de maintenir compétitifs les secteurs économiques clefs. Par son travail sur les questions émergentes et en identifiant les politiques qui marchent, elle permet aux décideurs d'adopter des orientations stratégiques. Elle est également renommée pour ses études par pays.

 

L'OCDE crée des instruments adoptés internationalement, des décisions et recommandations pour promouvoir de nouvelles règles du jeu là où des accords multilatéraux sont nécessaires pour garantir le progrès des nations dans une économie mondiale. Mais le partage des bénéfices de la croissance s'avère aussi crucial, comme le montrent ses travaux sur les économies émergentes, le développement durable, l'économie territoriale et l'aide."

 

Portail des statistiques de l'OCDE : http://www.oecd.org/topicstatsportal/0,2647,fr_2825_495684_1_1_1_1_1,00.html

 

[282]     Livre "Le choc de 2006 - Démographie, croissance, emploi - Pour une société de projets" par Michel Godet, éditions Odile Jacob.

 

[283]     "Appel de Heidelberg" http://www.inra.fr/dpenv/legrac17.htm#lap lancé par des centaines de scientifiques qui soutiennent les objectifs du Sommet de Rio :

"Nous, soussignés, membres de la communauté scientifique et intellectuelle internationale, partageons les objectifs du Sommet de la Terre qui se tiendra à Rio de Janeiro sous les auspices des Nations Unies et adhérons aux principes de la présente déclaration.

Nous exprimons la volonté de contribuer pleinement à la préservation de notre héritage commun, la Terre. Toutefois, nous nous inquiétons d'assister, à l'aube du XXIe siècle, à l'émergence d'une idéologie irrationnelle qui s'oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social.

Nous affirmons que l'état de nature, parfois idéalisé par des mouvements qui ont tendance à se référer au passé, n'existe pas et n'a probablement jamais existé depuis l'apparition de l'homme dans la biosphère, dans la mesure où l'humanité a toujours progressé en mettant la nature à son service et non l'inverse.

Nous adhérons totalement aux objectifs d'une écologie scientifique axée sur la prise en compte, le contrôle et la préservation des ressources naturelles. Toutefois, nous demandons formellement par le présent appel que cette prise en compte, ce contrôle et cette préservation soient fondés sur des critères scientifiques et non sur des préjugés irrationnels.

Nous soulignons que nombre d'activités humaines essentielles nécessitent la manipulation de substances dangereuses ou s'exercent à proximité de ces substances, et que le progrès et le développement reposent depuis toujours sur une maîtrise grandissante de ces éléments hostiles, pour le bien de l'humanité. Nous considérons par conséquent que l'écologie scientifique n'est rien d'autre que le prolongement de ce progrès constant vers des conditions de vie meilleures pour les générations futures.

Cependant, nous mettons en garde les autorités responsables du destin de notre planète contre toute décision qui s'appuierait sur des arguments pseudo-scientifiques ou sur des données fausses ou inappropriées.

Nous attirons l'attention de tous sur l'absolue nécessité d'aider les pays pauvres à atteindre un niveau de développement durable et en harmonie avec celui du reste de la planète, de les protéger contre des nuisances provenant des nations développées et d'éviter de les enfermer dans un réseau d'obligations irréalistes qui compromettrait à la fois leur indépendance et leur dignité.

Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l'ignorance et l'oppression et non pas la science, la technologie et l'industrie dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l'humanité de venir à bout, par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les pandémies."

 

Parmi les signataires français, on note la présence de MM. Pierre Aigrain (physicien), Jean-François Bach (immunologue), Raymond Barre (ancien premier ministre), Jacques Barret (ministre), Etienne Baulieu (endocrinologue), Alain Bombard (océanographe), Henri Caillavet (ancien ministre), Jean-Claude Chermann (virologue), Jean Dausset (Prix Nobel de médecine), Jean Dorst (ornithologue), Pierre Douzou (biologiste), Pierre-Gilles de Gennes (Prix Nobel de physique), Paul Germain (secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences), François Gros (biologiste), Eugène Ionesco (écrivain), Philippe Kourilsky (biologiste), Henri Laborit (pharmacologue), Raymond Latarget (radiobiologiste), Hervé Le Bras (démographe), Jean-Marie Lehn (Prix Nobel de chimie), André Lichnerowicz (mathématicien), Dominique Stehelin (biologiste), Lionel Stoleru (économiste), Haroun Tazieff (volcanologue), Maurice Tubiana (cancérologue)

 

[284]     Production de céréales de 1994 à 2004, page téléchargée le 13/08/2005 de http://www.agpb.fr/fr/chiffre/recolte_france.asp

 

[285]     OCDE "La gestion des dépenses publiques en France", document de travail téléchargé le 21/08/2005 de http://www.olis.oecd.org/olis/2004doc.nsf/43bb6130e5e86e5fc12569fa005d004c/30ebea03e27486c5c1256f4100807e55/$FILE/JT00172830.PDF

 

[286]     Le Figaro du 08/09/2005, article "La désaffection pour les matières scientifiques", extraits :

"Les études de santé mises à part, les nouveaux bacheliers s'inscrivant en licence scientifique sont passés de 40 % en 1995 à 26 % à la rentrée 2004. Autre chiffre alarmant : seules 2 bachelières S sur 10 choisissent de poursuivre leurs études en sciences."

 

[287]     Rapport mondial sur le développement humain 2005, téléchargé le 17/09/2005 de http://hdr.undp.org/reports/global/2005/francais/pdf/HDR05_fr_complete.pdf

 

[288]     Synthèses de l'OCDE (09/2005) :

§   "Etude économique de la Chine, 2005"

§   "La Chine pourrait devenir le premier exportateur mondial d'ici 2010"

téléchargées le 17/09/2005 de http://www.oecd.org/document/12/0,2340,fr_2649_34571_35332492_1_1_1_1,00.html et http://www.oecd.org/document/29/0,2340,fr_2649_201185_35363613_1_1_1_1,00.html

 

[289]     Résolution de l'Assemblée générale des Nations unies du 8/09/2000, dite "Déclaration du Millénium" http://www.un.org/millennium/declaration/ares552e.htm

 

[290]     Dans l'article "La production de gazole des raffineries françaises s'avère très insuffisante" publié dans Le Figaro économie des 17 et 18/09/2005 on trouve les données suivantes :

§   En 2004, la France a raffiné 3.6 millions de tonnes d'essence de plus que ce qu'elle a consommé, essence qu'elle a donc exporté. Mais elle a consommé 9 millions de tonnes de gazole de plus que sa production, gazole qu'elle a donc dû importer. La surconsommation de gazole par rapport à l'essence est due à la politique de taxation, favorable au gazole.

§   La marge brute de raffinage de 11€ par tonne en 2002 a grimpé à 30€ en 2004 et devrait tourner autour de 29€ en 2005.

§   Les investissements pour le raffinage en France sont passés de 200 millions d'euros en 2001 à 600 millions d'euros en 2004 et devraient tourner autour de 900 millions d'euros en 2005.

 

On voit que :

§   Avec des profits faibles ou nuls, il n'y a pas (ou très peu) d'investissements parce qu'ils ne sont pas rentables, d'où une incapacité à suivre la demande si celle-ci augmente et des pénuries pour les consommateurs.

§   Avec des profits corrects, les industriels investissent, pour produire plus et gagner encore plus. D'où les conclusions du Tome 1 :

 

Les bénéfices d'aujourd'hui sont les emplois de demain

 

Donc lorsqu'un politicien ou un syndicaliste propose de prélever sur les bénéfices des actionnaires ou autres investisseurs de quoi payer davantage les salariés, il propose de diminuer l'investissement, donc les embauches futures.

 

Pire même, si il réussissait à prélever assez sur les bénéfices des actionnaires pour les rendre insignifiants ou les transformer en pertes, il empêcherait (pour cause de rentabilité insuffisante) tout nouvel investissement dans l'entreprise et tout prêt bancaire, ce qui condamnerait l'entreprise à ne pas progresser, donc à se faire rapidement mettre en faillite par ses concurrents ; cette situation entraînerait un licenciement massif, ou un rachat par un concurrent avec restructuration destinée à faire des économies, donc licenciements. D'où un théorème complémentaire :

 

Bénéfices faibles aujourd'hui, licenciements demain

 

[291]     Le Figaro économie du 12/10/2005, article "Sans ses usines, Kindy va beaucoup mieux". Voici quelques-uns des faits qu'on y apprend :

§   De 800 salariés en 1999, l'entreprise est passée à 354 en 2005, en délocalisant sa production de chaussettes en Asie.

§   Conséquences : malgré un chiffre d'affaires en recul de 5 % (50 millions d'euros) dû à la baisse des prix, le résultat d'exploitation progresse de 35 % (4.6 millions d'euros) et l'action a pris 31 % depuis le 01/01/2005, après avoir décuplé en 3 ans.

§   Chine et Indonésie représentent 30 % des approvisionnements en 2005. Transports et droits compris, la fabrication en Asie revient 25 % moins cher qu'en Turquie. Kindy a ainsi pu baisser ses prix de 15 % pour résister à la concurrence.

§   Avec son personnel français, Kindy fait beaucoup d'innovations : 20 % de ses produits sont nouveaux : produits en coton équitable, coton bio, fibre de bambou…

§   Bien gérée et profitable, Kindy rachète ses concurrents français en difficulté : Mariner en 1996, Baby Love en 2005.

 

[292]     Ministère de l'économie et des finances : "Les effectifs de l'Etat" (en 2006)

http://www.minefi.gouv.fr/pole_ecofin/finances_Etat/LF/2006/plf/orientations/7_orientations.pdf

 

[293]     Vie-publique.fr - Prélèvements obligatoires ou pression fiscale en 2003 http://www.vie-publique.fr/decouverte_instit/approfondissements/approf_202.htm

 

[294]     CAE (Conseil d'analyse économique) - "Politique économique et croissance en Europe" (janvier 2006) http://www.cae.gouv.fr/

 

[295]     CAE - "Réformes structurelles et coordination en Europe" (27/10/2004)

http://www.cae.gouv.fr/rapports/dl/51.pdf

 

[296]     "Compétitivité et parts de marché de la France 2005" téléchargé le 31/12/2005 de http://www.missioneco.org/ministre/communication/communiques/dossier_presse/dos_presse_050817/doc/competitivite.pdf

 

[297]     Rapport PEBEREAU "Des finances publiques au service de notre avenir - Rompre avec la facilité de la dette publique pour renforcer notre croissance économique et notre cohésion sociale" (14/12/2005) http://www.minefi.gouv.fr/pole_ecofin/finances_Etat/dettes/pebereau.pdf

 

[298]     Rapport "Internet et Entreprise : mirages et opportunités ?" - Pour un plan d'action - Contribution à l'analyse de l'économie de l'Internet (9ème édition, mise à jour 1er novembre 2005) http://www.telecom.gouv.fr/documents/yolin/mirage2005-f.pdf

 

[299]     Institut de l'entreprise - "Transversal 2005 - Indicateurs internationaux et mise en perspective de l'économie française" http://www.institut-entreprise.fr/fileadmin/Docs_PDF/travaux_reflexions/Transversal/Tranversal_2005.pdf

 

[300]     OMC - Rapport sur le commerce mondial 2005 http://www.wto.org/french/res_f/booksp_f/anrep_f/world_trade_report05_f.pdf

 

[301]     Article "Aid and Growth: the Policy Challenge - We need more than aid to break the cycle of poverty" (décembre 2005) http://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/2005/12/straight.htm

 

[302]     INSEE - Les groupes étrangers en France - En dix ans, 1,8 fois plus de salariés (IP 1069 - mars 2006) http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/IP1069.pdf

 

[303]     OCDE - Recent trends in Foreign Direct Investment (11 April 2006)

http://www.oecd.org/dataoecd/13/30/35439819.pdf

 

[304]     MEDEF 2006 Rapport Cartes sur table

http://www.medef.fr/staging/medias/upload/95438_FICHIER.pdf

 

[305]     Banque de France - La détention du capital des sociétés françaises du CAC 40 par les non-résidents à fi n 2005

http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etu149_3.pdf

 

[306]     INSEE Délocalisations et réductions d'effectifs dans l'industrie française (2005-2006) - http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ECOFRA05b.PDF

 

[307]     Banque mondiale - World Development Indicators

 

[308]     Bulletin Banque de France octobre 2006

http://www.banque-france.fr/fr/publications/telnomot/bulletin/bmbdf154.pdf

 

[309]     Le Figaro économie du 18/12/2006, citant des chiffres de l'Institut français de la mode

 

[310]     INSEE Actualités Magazine n°46 - mai 2007

 

[311]     INSEE - Entreprises contrôlées majoritairement par l'Etat, mise à jour en février 2007.

 

[312]     Banque Centrale Européenne - Bulletin mensuel avril 2007

http://www.banque-france.fr/fr/eurosys/telnomot/bce/bm042007.pdf

 

 

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