Cours d'économie
pour citoyens qui votent
Ne
vous en laissez pas conter !
Tome 1 :
PIB et emploi
Mise à jour : 08/06/2007
Daniel
MARTIN
A Francis Mer,
en hommage à son action
au service de la France
Pourquoi ce
livre
Comme je
l'explique dans mon livre
« La démocratie malade des médias - Nous votons sans
savoir »
le gouvernement, l'enseignement et
les médias ne donnent pas aux Français assez d'informations pour juger la politique
de nos gouvernants face aux problèmes économiques du pays, dont le plus important
aujourd'hui est le chômage, auquel je consacre le livre
Je donne dans ce cours les
informations nécessaires aux citoyens pour comprendre les propositions des
politiciens et des syndicalistes, à la lumière des lois incontournables de
l'économie.
Ce texte est didactique et facile à
lire. Il ne demande pas de connaissances préalables, juste la patience de lire
attentivement.
Je profite de sa diffusion par
Internet pour le mettre à jour et le compléter aussi souvent que nécessaire. Je
prie donc les lecteurs qui ont trouvé des erreurs, des passages insuffisamment
clairs, ou des sujets absents qu'ils considèrent comme importants, de me les
signaler en m'envoyant un message à cette adresse.
Le Tome 1 traite du problème de
l'emploi et de sa relation avec le PIB (Produit Intérieur Brut [4]).
Le Tome 2 traite de la mondialisation, des délocalisations
et de la compétitivité.
Les compléments à ce cours sont listés ici.
Daniel MARTIN
Table des matières
1.1 Exemple
d'impact du taux d'intérêt de référence
1.2 Conclusions :
trois règles économiques
1.3 Pourquoi
cette erreur de taux d'intérêt de la Bundesbank ?
1.4 Banque
Centrale Européenne
1.4.1 Effets du taux d'intérêt de référence fixé par la BCE
1.4.1.1 Principe de la « neutralité
à long terme »
1.4.2 Les limites du pouvoir de la BCE
1.4.4 Entrée d'un pays dans la zone euro
1.4.4.1 Critères d'entrée à satisfaire
par un pays qui veut rejoindre la zone euro
1.4.4.3 Pays membres de la zone euro
1.4.5 L'opinion de la Cour des comptes sur la Banque de France
2. Chômage et politiques économiques20
2.1 Relation
entre les variations du PIB et de l'emploi total
2.1.1 Pourquoi y a-t-il un retard de l'emploi sur
l'activité ?
2.1.2 Croissance sans création d'emplois
2.1.2.1 La première cause de perte ou
de non-création d'emplois est la productivité
2.1.2.2 Productivité et emploi
2.1.3 Santé économique : taux de chômage ou taux
d'emploi ?
2.2 Il y a de
bonnes et de mauvaises politiques économiques
2.3 L'un trompe,
l'autre explique mal : qui croire ?
2.4 L'Etat ne
doit pas « faire des
affaires »
2.4.1 L'Etat actionnaire : Agence des Participations de
l'Etat (APE)
2.4.2 Le désastre de France Télécom
2.5.1 La lutte contre les méfaits des monopoles
2.5.2 Les investissements à très long terme
2.5.4 Les inégalités
en France
2.5.5 La gouvernance désastreuse de la France depuis un quart
de siècle et ses conséquences
2.6 Les Français
veulent une économie administrée
2.6.1 Le modèle social français
2.6.2 La plupart des Français veulent que l'Etat intervienne
partout
2.6.3 Exemples d'interventionnisme excessif et coûteux
2.6.4 Ce que l'Histoire nous apprend sur les économies
administrées
2.6.5 Comparaison des dépenses de l'Etat dans divers pays
européens
2.6.7 Le gouvernement prisonnier des médias
2.6.8 Un conflit de priorités et un manque de communication
2.7 Nature et
origines du chômage
2.7.1 Chômage dû à une mauvaise politique économique
2.7.2 Chômage dû à une adaptation naturelle du marché du
travail aux évolutions de l'économie
2.7.2.1.2 Chômage keynésien et difficulté d'une relance par la
consommation
2.7.2.2 Intérêt d'une économie
diversifiée et d'une taille suffisante
2.7.3 Chômage par refus des entreprises d'embaucher
2.7.4 Chômage saisonnier ou intermittent
2.7.6.1 Pourquoi le chômage
structurel ?
2.7.6.2 Comment faire baisser le
chômage structurel ?
2.7.6.2.1 Ce que les travailleurs peuvent faire
2.7.7 Ce que le gouvernement peut faire : les politiques
de l'emploi
2.7.7.1.1 Création d'emplois publics ou associatifs
2.7.7.1.2 Répartition de l'emploi
2.7.7.1.3 Législation du travail interdisant les licenciements
ou les rendant très longs et coûteux.
2.7.7.1.4 Assouplir la législation du travail
2.7.7.1.5 Aider les chômeurs à retrouver du travail
2.7.8 Un minimum de chômage permanent est inévitable
2.8 La loi
économique de l'offre et de la demande.
2.8.1 Adam Smith, libéralisme économique et autorégulation du
marché
2.8.2 Définition de la concurrence « pure et parfaite »
2.8.3 Détermination des prix dans une économie de marché
2.8.4 Notion d'équilibre du marché
2.8.5 La détermination des prix en fonction de l'offre et de
la demande
2.8.5.1 Concurrence entre vendeurs
2.8.5.2 Concurrence entre acheteurs ou
entre employeurs
2.8.5.3 Equilibre du marché -
Interdépendance entre marchés
2.8.5.4 Efficacité de l'équilibre du
marché global d'un pays
2.8.5.5 Importance des marchés
financiers
2.8.5.6 Concurrence pour accéder aux
financements - Importance des bénéfices
2.8.5.7 Conclusions sur l'effet de la
concurrence - Loi de l'offre et de la demande
2.8.5.8 La concurrence peut être
déloyale lorsqu'elle viole la propriété intellectuelle
2.8.5.9 Ceux qui veillent à faire
respecter la concurrence
2.8.6 Conclusions sur la loi de l'offre et de la demande
2.8.6.1 Le marché n'est jamais libre à
100%
2.8.6.2 Loi du marché et justice
sociale
2.8.6.3 Partage des profits entre
actionnaires et travailleurs
2.8.6.4 Entreprises « citoyennes » et consommateurs « charitables »
2.8.7 Intervention de l'Etat dans la grande distribution
2.8.8 Les taxes pour limiter la concurrence
2.8.11 Bénéfices, impôts et protection de l'emploi
2.8.11.1 « Dictature des actionnaires » ou « des
marchés », licenciements
« boursiers »
2.8.11.2 Justification des licenciements « boursiers »
2.8.11.3 Offres publiques d'achat (OPA),
amicales ou inamicales
2.8.12 Pour un libéralisme à visage humain
2.8.12.1 Principes du libéralisme
2.8.12.2 Libéralisme et intervention de
l'Etat dans l'économie
2.8.12.3 Libéralisme et enrichissement
personnel
2.8.12.4 Le libéralisme à visage humain
2.8.12.5 Comparaison entre libéralisme et
communisme
2.8.12.6 Comparaison entre libéralisme et
interventionnisme des « non
alignés »
2.8.13 Renouvellement naturel des produits : création et
destruction d'emplois.
2.8.14 Créations et disparitions d'entreprises
2.10 Les
Français ne travaillent pas assez
2.10.1 Taux d'emploi trop faible en France
2.10.2 Trop peu d'heures de travail par an
2.11 L'absurdité de la RTT
et des « 35 heures »
2.11.1 Viol des lois économiques par trois gouvernements
successifs
2.11.2 Evaluation des conséquences des 35 heures par l'Assemblée
nationale
2.11.3 RTT et augmentation du nombre d'années de travail
2.11.4 Réduction du temps de travail et solidarité dans une
entreprise
2.12 L'interventionnisme
de l'Etat français
2.12.1 Le coût de l'interventionnisme : fonctionnaires et
subventions
2.12.2 Exemple de subventions désastreuses : BULL
2.12.3 Exemple d'aide massive à fonds perdus : la Corse
2.12.4 Exemple de subventions scandaleuses
2.12.5 Exemple : pratique anticoncurrentielle au détriment
des contribuables
2.12.6 Les grands projets d'infrastructure et la recherche
2.12.6.1 Se méfier des annonces et
promesses non tenues
2.12.7 La politique de l'emploi
2.12.7.2 Définition d'une politique de
l'emploi
2.12.7.3 Classement comptable des mesures
par l'OCDE
2.12.7.4 Comparaison des dépenses pour
l'emploi en Europe
2.12.7.5 Coût relatif des emplois
subventionnés par rapport au chômage
2.12.7.6 Classement des mesures par objet
d'intervention
2.12.7.7 L'indispensable formation tout
au long de la vie
2.12.7.8 Les transferts sociaux
2.12.7.8.1 Transferts sociaux et revenus des ménages
2.12.7.8.2 Comparaison de la part des transferts sociaux dans le PIB
en Europe
2.12.7.8.3 Les transferts sociaux reposent entièrement sur les
salaires du secteur privé
2.12.7.9 Des allocations qui peuvent
durer très, très longtemps
2.12.7.10 Equilibre de l'emploi en théorie
économique
2.12.7.11 Ce que l'Etat peut faire pour
favoriser l'emploi marchand
2.12.7.12 Conclusion : impact des
politiques de l'emploi
2.12.7.13 Trop de protection de l'emploi
empêche d'embaucher
2.12.8 Le fonctionnement du marché du travail
2.12.8.1 Extraits du Traité
Constitutionnel sur le « droit
au travail »
2.12.8.2 Placement, contrôle et
indemnisation des chômeurs : l'usine à gaz
2.12.8.3 Faut-il privatiser une partie du
placement ?
2.12.8.4 Prévision des besoins de main
d'œuvre
2.12.8.5 Retarder l'arrivée des jeunes
sur le marché du travail et accélérer le départ des seniors
2.12.9 Une législation du travail trop contraignante
2.12.9.1 Point de vue d'un investisseur
2.12.9.2 Législation du travail
2.12.9.3 Conclusions générales de l'étude
sur les institutions et les lois
2.12.9.4 Conclusions sur l'attractivité
des lois des différents pays pour un investisseur
2.12.9.5 Comparaison de la France avec
les autres pays
2.12.10.1 Protectionnisme douanier
2.12.10.2 Interventions dans l'économie
3.1 Niveau de
vie et productivité - Comparaison avec les Etats-Unis
3.1.1 La vérité sur la productivité horaire
3.1.2 Effet de la rigidité de la législation du travail sur la
productivité
3.1.3 Effet des « 35
heures » (RTT) sur la productivité
française
3.1.4 Conclusion : la France a eu une politique erronée
depuis les années 1990
3.1.5 PIB par habitant et bien-être
3.2 La
croissance de la productivité tire celle du niveau de vie
3.2.1 Conditions de la croissance
3.2.2 Comparaison Etats-Unis - France
3.3 Capital
investi par salarié et productivité optimale
3.4 Conclusion :
perte de compétitivité de la France
3.5 Evolution de
la productivité dans les services
3.5.1 Cas particulier : productivité des fonctionnaires
3.6 Investissements
en capital aux Etats-Unis et en France.
4.2 Les diverses
sortes d'inflation
4.2.2 Inflation par la demande
4.2.2.1 Hausse des prix par la demande
4.2.2.2 Inflation par la demande
4.2.3.1 Hausse des prix par les coûts
4.2.3.2 Inflation par les coûts
4.2.4 Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de
Phillips
4.2.4.1 Implications sur la lutte
contre le chômage
4.2.4.2.1 Comment la stagflation peut-elle survenir ?
4.2.4.2.2 Politique monétaire de la BCE
4.2.4.2.3 Stagflation et déplacement de la courbe de Phillips
4.2.5.1 Transmission des variations du
taux de change aux prix à la consommation
4.2.6.1 Déficit budgétaire de l'Etat
4.2.6.2 Une dette astronomique, une
politique scandaleuse
4.2.6.3 Assainissement
budgétaire : la France très mal placée
4.2.6.4 Réduction du déficit par
tripotage des crédits des administrations
4.2.6.5 Impact du déficit permanent de
l'Etat sur l'économie
4.2.6.6 Attention aux promesses non
financées !
4.2.7 Inflation par anticipation inflationniste
4.3 Indicateurs
de l'inflation
4.3.1.1 Aucun indice des prix n'est un
bon indicateur de l'inflation
4.3.1.2 La constance de l'indice des
prix à la consommation masque une inflation !
4.3.2 Qu'est-ce qu'un bon indicateur de l'inflation ?
4.4 Les causes
de l'inflation (c'est-à-dire de la hausse des prix)
4.5.1 Effets
d'une inflation trop forte
4.5.2 Effets d'une inflation contenue
4.5.3 Inflation, concurrence et instabilité professionnelle
4.6 L'inflation
en France et à l'étranger
4.6.1 Que représente la monnaie ?
4.7 Récession,
dépression, crise et déflation
4.9 L'Etat ne
peut distribuer que l'argent reçu des contribuables
4.9.1 Gouverner, c'est choisir
4.9.2 L'exemple des soins remboursés par l'assurance maladie
5. L'économie française en bref190
5.1.1 Secteurs primaire, secondaire et tertiaire
5.1.2 Secteurs public et privé
5.2 Poids des
secteurs dans les effectifs au travail et dans le PIB
5.3 Agriculture,
sylviculture et pêche
5.3.1 Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne
5.4.1 Y a-t-il désindustrialisation ?
5.4.2 Pas de désindustrialisation, mais une
mutation
5.4.3 Industrie et services évoluent de manière indissociable
5.4.4 Un certain décrochage de l'industrie française
5.4.5 Les services dans l'économie
5.5 Importance
des investissements à l'étranger
6. Critique des études et prévisions économiques. 206
6.1 Exemples
d'études destinées aux investisseurs étrangers
6.2 Exemple de
prévisions boursières et économiques
6.3 Conclusion
sur les prévisions économiques
6.4 Comment reconnaître
un programme de gouvernement sérieux ?
Ce chapitre explique l'importance des taux d'intérêt de référence fixés par la banque centrale d'un pays (aujourd'hui la Banque Centrale Européenne).
Chaque personne, adulte ou même adolescent, qui possède un livret d'épargne, sait que l'argent qui y est déposé rapporte des intérêts. Le rendement net d'un livret d'épargne (taux d'intérêt net d'impôts), est d'environ 3% avant inflation : une somme de 100€ déposée pendant un an rapporte 3€.
Un placement sur livret a l'intérêt d'être sans risque : le déposant retrouvera toujours son argent, quand il le voudra, et avec la certitude de toucher les intérêts au taux promis. Mais un livret d'épargne a un inconvénient : on ne peut y déposer beaucoup d'argent, il y a un plafond (environ 15.300€ pour un « Livret A »).
D'après L'Humanité [2], il y a en France quelques 46 millions de « Livrets A », ce qui fait de leurs épargnants autant de « capitalistes » (le mot politiquement correct est « investisseurs »), car tous s'intéressent au rendement de leur livret. Bien que 5% seulement des dépôts sur un livret atteignent le plafond, ces 5% représentent tout de même 2,3 millions de livrets et à peu près autant d'épargnants.
Les livrets d'épargne sont des placements sans risque : on les appelle parfois « placements de rentiers ».
Que peut faire un investisseur qui voudrait placer un capital supérieur au plafond du livret A ? Il y a plusieurs types de livrets, avec des plafonds différents. Mais les placements importants peuvent aussi se faire en emprunts appelés obligations, qui garantissent eux aussi que l'investisseur ne peut perdre ni sa mise, ni les intérêts promis.
Par exemple, les obligations d'Etat britanniques, où on prête l'argent à l'Etat anglais pour une durée de 5 à 15 ans, rapportent en ce moment un peu moins de 6% net d'impôts avant inflation. Elles sont parfaitement accessibles à un épargnant français. Mais elles obligent l'investisseur à attendre 5 à 15 ans avant d'être remboursé, ou à revendre ses obligations en bourse avec le risque de perdre (ou de gagner) de l'argent si leur cours au moment de la revente est inférieur (ou supérieur) au cours d'achat.
Enfin, un investisseur peut placer son argent en capital d'une entreprise, en achetant des actions. Ce type de placement est risqué, l'entreprise pouvant faire de mauvaises affaires, comme ce fut le cas pour France Télécom, et l'actionnaire peut alors perdre la majeure partie ou même la totalité de son capital [137]. Par contre, si l'entreprise marche bien, non seulement elle peut payer des dividendes à ses actionnaires, mais son cours de bourse peut monter ; il est fréquent, alors, que des investissements en actions rapportent 20% ou plus en un an.
En somme, plus un investisseur accepte de risques de perdre, plus il peut gagner. Inversement, un investisseur ne choisira le risque d'investir en actions que s'il espère gagner plus qu'avec un investissement en obligations : il demandera une « prime de risque ».
C'est la Banque Centrale Européenne (BCE) qui fixe le taux d'intérêt de référence (appelé aussi taux directeur) à partir duquel on émet des obligations et on emprunte de l'argent à une banque. Ce taux est resté à 2% du début 2003 à décembre 2005. Il est passé à 3.25 % le 11/10/2006. En 2005, avec une hausse des prix de 2.4%, le taux directeur de la BCE était donc inférieur à la hausse des prix, ce qui favorise les actionnaires par rapport aux rentiers, comme on va le voir.
Importance des rendements comparés des obligations et des actions
§ Si le rendement des obligations est plus élevé que le rendement des actions, personne n'investira en actions, parce que l'investissement sans risque en obligations rapportera davantage. En outre, les entreprises hésiteront à emprunter un argent cher pour investir, elles se développeront donc moins vite et embaucheront moins.
Conclusion : un taux de référence élevé entraîne donc un taux élevé pour les obligations et les emprunts et freine l'économie et l'emploi.
§ Si ce rendement est plus bas, des investisseurs prendront le risque d'investir en actions et des entreprises emprunteront. Actions (donc capital) et emprunts financeront le développement d'entreprises, qui embaucheront.
Le risque est alors, si le taux de référence est trop bas, que les emprunts des entreprises et des particuliers s'emballent, et que tous ces acteurs économiques disposent de beaucoup d'argent et le dépensent trop vite. Cette accélération des dépenses peut entraîner une hausse des prix appelée « inflation », hausse qui est dangereuse pour l'économie.
En résumé l'Etat, par banque centrale interposée, doit veiller à fixer un taux d'intérêt de référence qui représente un compromis acceptable entre le risque de freiner l'économie et le risque qu'elle s'emballe. Cet équilibre est matérialisé par le choix de la différence entre le rendement moyen des actions et le rendement des obligations, différence appelée « rendement excédentaire » ou « prime de marché ».
§ Plus cette différence est négative, plus pour un investisseur les obligations sont intéressantes par rapport aux actions, et plus l'économie est freinée.
Exemple : en 1993, le rendement des bons du Trésor allemand (emprunts de type obligataire à moins d'un an) a été supérieur de 4,2% à la croissance du PIB, ce qui a freiné énormément les investissements, donc les embauches (voir ci-dessous "Estimation du rendement moyen futur des actions").
§ Plus cette différence est positive, plus l'économie est accélérée et le risque d'inflation est élevé.
Exemple : entre 1919 et aujourd'hui, la prime de marché moyenne au Royaume-Uni a été de +8% à 9% par an, de même qu'aux Etats-Unis.
Estimation du rendement moyen futur des actions
Le rendement des actions d'une entreprise n'est connu qu'après la fin d'une année, lorsqu'on connaît à la fois les dividendes qu'elle versera à ses actionnaires et la variation de son cours de bourse.
Au niveau d'un pays entier, on estime par exemple que le rendement moyen des actions de ses entreprises variera comme le PIB [4] du pays : si le PIB augmente de 3% une année particulière, le rendement des actions augmentera aussi de 3%. C'est arbitraire et ce n'est qu'une estimation, mais cela permet à une banque centrale, qui a des projections de variation du PIB, de fixer son taux d'intérêt de référence.
La fragilité de cette estimation est certaine, parce qu'un événement imprévisible comme une guerre ou une envolée des cours du pétrole peut influer fortement sur le cours des actions et le PIB.
Voici un exemple de l'impact du choix par une banque centrale de son taux d'intérêt de référence. Il s'est produit en Allemagne, de la réunification économique de l'Est avec l'Ouest le 01/07/1990, à nos jours.
Lorsqu'on a unifié économiquement l'Allemagne de l'Est avec celle de l'Ouest, du jour au lendemain les industries obsolètes de l'Est ex-communiste se sont trouvées en concurrence avec celles de l'Ouest. L'effet a été foudroyant : la fabrication des automobiles Trabant, par exemple, a cessé du jour au lendemain, les Allemands de l'Est comme de l'Ouest préférant les autres marques, toutes supérieures aux Trabant. De manière générale, les produits de l'Est ont brusquement cessé de trouver preneur, ou ont dû baisser leur prix de vente au-dessous du prix de revient.
Comme le démontre le prix Nobel d'économie Joseph STIGLITZ dans [102], il y a une règle économique que nul pays ne peut se permettre de transgresser : lorsqu'un pays s'ouvre brutalement à la concurrence, celles de ses entreprises qui ne peuvent supporter cette concurrence périclitent, parce qu'elles n'ont pas le temps de s'adapter. La réunification brutale a donc créé à l'Est des millions de chômeurs.
Pour que ces chômeurs retrouvent du travail, il fallait que des entreprises, allemandes ou non, investissent à l'Est. Mais pour cela, elles devaient trouver des conditions favorables, notamment une main d'œuvre pas chère et des taux d'intérêt réduits, pour financer les sommes empruntées pour investir.
§ Or le coût de la main d'œuvre à l'Est est devenu anormalement élevé par rapport à sa productivité [28], parce que lors de la réunification la parité entre les monnaies de l'Est et de l'Ouest a été fixée à 1 Mark de l'Est (OM, pour Ost Mark) pour 1 Mark de l'Ouest (DM, pour deutsche Mark), au lieu de 3 OM pour 1 DM, rapport qui correspondait à la différence de productivité du travail (les salaires étaient restés inchangés).
§ En outre, les emprunts nécessaires à l'Etat allemand pour financer à l'Est ses investissements en infrastructures et prestations sociales ont été très élevés, comme on va le voir ci-dessous. Redoutant l'inflation, et constatant que les taux des emprunts sur les marchés financiers montaient (à cause de l'énormité des montants empruntés) la Bundesbank (la banque centrale d'Allemagne) a augmenté fortement les taux d'intérêt de référence, ce qui a rendu l'investissement (risqué) en capital et équipement d'entreprises très cher, et même sans avantage sur l'investissement (sans risque) en emprunts d'Etat. La Bundesbank a fixé les taux d'intérêt si haut que les prêts sans risque à l'Etat étaient plus intéressants que l'investissement à risque dans des entreprises.
Il n'y a donc eu que peu d'investissements privés en Allemagne de l'Est depuis 1990 à ce jour, faute d'attractivité pour des investisseurs. Donc, pour résorber le chômage, des emplois devaient être créés par l'Etat, qui est incapable de créer des emplois productifs (il ne peut créer que des emplois de fonctionnaire, qui coûtent de l'argent aux travailleurs productifs). L'Etat a donc investi, non en entreprises de production ou de services, mais en infrastructures censées favoriser l'implantation d'entreprises : routes, télécommunications, etc.
Lors de la réunification, l'Allemagne de l'Est comptait 16.4 millions d'habitants. Elle a reçu de l'Ouest des transferts financiers nets moyens de 120 milliards de deutsche Mark par an, dont 60% étaient des prestations sociales et seulement 23% (environ 30 milliards de deutsche Mark, c'est-à-dire 15 milliards d'euros) étaient des investissements en infrastructures.
Conséquences des choix de parité 1 OM = 1 DM et de taux de référence
14 ans après la réunification, le bilan du chômage à l'Est est désastreux, faute de création d'emplois productifs par des investisseurs. Cette partie de l'Allemagne a aujourd'hui des infrastructures exemplaires, mais sa main d'œuvre est toujours trop chère et les investissements sont bien plus rentables dans les pays voisins, comme la Tchéquie ou la Slovaquie, membres de l'Union européenne.
En 14 ans, les dépenses nettes de l'Etat allemand à l'Est ont représenté environ 500 milliards d'euros en prestations sociales et 210 milliards d'euros d'investissements en infrastructures, sans réussir à résorber le chômage. Ces dépenses représentent plus de 44.000 euros par habitant en 14 ans, somme colossale.
1)
Une ouverture trop
brutale à la concurrence détruit des entreprises et crée des chômeurs. Une
ouverture suffisamment progressive laisse aux entreprises les plus souples le
temps d'adapter leurs méthodes et outils de travail, la compétence de leur
personnel et leur gamme de produits, donc une bonne chance de survivre.
Exemple : c'est pour permettre cette adaptation que l'Accord (international) Multifibres de 1974 a prévu 30 ans avant de supprimer les barrières freinant les importations textiles. L'explosion des importations de vêtements à bas prix fabriqués en Asie a été retardée jusqu'au 01/01/2005.
2)
Avec un mauvais choix de
taux de référence par la Banque Centrale, aucune intervention financière de
l'Etat ne peut compenser le handicap pour les investisseurs et les entreprises
qui veulent emprunter.
3)
Après 14 ans, l'échec de
l'Etat allemand à créer des emplois économiquement pérennes parce que rentables
illustre une règle générale : seules
des entreprises peuvent créer des emplois économiquement valables, l'Etat
ne peut le faire, même avec beaucoup argent. L'Etat ne peut embaucher que des
fonctionnaires, dont les salaires devront être financés par la production
vendable du secteur privé.
Jusqu'au début des années 1990, l'Allemagne a été très fière de sa croissance économique, assurée en maîtrisant l'inflation grâce à une politique de taux d'intérêt de référence ajustée à la croissance du PIB : le taux de référence était fixé par la Bundesbank pour ne pas laisser croître la masse monétaire [7] plus vite que le PIB [4].
Lors de la réunification, la masse monétaire a augmenté brusquement de la valeur des liquidités créées artificiellement lorsqu'on a ajouté aux DM en circulation l'ensemble des OM, évalués à 3 fois leur valeur économique réelle. Redoutant l'inflation, la Bundesbank a alors fixé un taux de référence très haut, pour freiner les emprunts et la possibilité d'inflation.
Indépendante du gouvernement allemand, elle a agi selon son habitude, en faisant confiance au seul jugement de ses fonctionnaires. Ce faisant, elle s'est comportée comme si seul comptait le risque d'inflation, comme s'il n'y aurait pas de problème de financement des investissements à l'Est. Mais ce taux d'intérêt trop élevé a freiné les investissements, d'où la catastrophe économique et le chômage, qui perdurent encore 14 ans après.
L'Allemagne ayant l'économie la plus importante de l'Union européenne, lorsqu'on a créé la Banque Centrale Européenne en 1998, on lui a imposé des statuts analogues à ceux de la Bundesbank : indépendance par rapport aux gouvernements européens et mission exclusivement anti-inflation. Voyons cela en détail.
Source : [6] "Banque Centrale Européenne", [8] "SEBC" et [122].
Pour accéder à un texte expliquant la lutte de la BCE contre l'inflation et l'absurdité des attaques dont elle fait l'objet de la part de politiciens français, cliquer ici.
La BCE est entrée en fonction le 01/07/1998, quelques mois avant l'ultime phase de l'union monétaire de l'Europe, qui a fait passer le 01/01/1999 les marchés financiers à l'euro et a unifié la politique monétaire. C'est une institution indépendante des gouvernements nationaux de l'Union européenne et des autres institutions européennes (Commission, Parlement, Conseil Européen, Conseil des Ministres Européen, Cour de Justice, Cour des Comptes, Comité Economique et Social), institution qui travaille en fonction de son cahier de mission et des opinions des banquiers qui la dirigent.
La BCE a pour mission essentielle d'assurer la stabilité à moyen terme des prix dans la zone euro, c'est-à-dire d'empêcher l'inflation (ou la déflation !) de dépasser 2% par an. Pour ce faire, elle définit une politique monétaire unique (la même pour tous les pays membres), qu'elle met en œuvre avec trois catégories d'instruments :
§ Les opérations d’open-market, qui consistent essentiellement dans des opérations de vente ou d’achat fermes de titres ou de prises en pension ;
§ Les facilités permanentes, qui permettent soit d’accroître la liquidité bancaire lorsqu’elle manque, soit de l’absorber lorsqu’elle est en excès ;
§ Les réserves obligatoires que les établissements de crédit doivent constituer auprès de leur banque centrale nationale.
Ces
instruments permettent de moduler les conditions de refinancement des banques
de second rang ou leur besoin structurel de liquidités, et ce faisant, d’agir
indirectement sur le crédit, en rendant son accès plus facile ou plus
difficile.
La BCE annonce un taux d'intérêt de référence, dont l'objectif est de contenir la croissance de l'argent disponible (la masse monétaire M3, voir [7] et [175]) en deçà d'une valeur de référence d'environ 4,5% par an hors inflation. Cette valeur de référence dépend de la croissance du PIB de la zone euro.
Mécanisme par lequel la BCE stabilise les
prix en jouant sur les taux d'intérêt de référence (taux directeurs) qu'elle
pratique, selon [122] page 45
Le graphique montre aussi, à droite, des influences extérieures échappant au
contrôle de la BCE
La BCE a donc pour rôle essentiel d'empêcher l'inflation à moyen terme grâce à une politique de taux d'intérêt à court terme et de contrôle de la quantité de crédits disponibles. Il y a donc un « délai de transmission » entre une modification du taux de référence par la BCE et des effets visibles sur l'économie, délai souvent supérieur à 6 mois.
Voir aussi l'étude plus complète et plus récente de la dette publique et de ses conséquences dans "Grâce au feu vert de l'Union européenne, notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite sur le dos des générations suivantes".
Comme expliqué au début de la section "Actionnaire ou rentier ?" un taux de référence élevé freine le crédit, donc l'économie, et un taux bas l'accélère au risque de favoriser l'inflation. Une modification du taux n'agit qu'au bout de 6 mois ou plus.
Mais ce taux a aussi un effet sur le cours de change (appelé taux de change) de l'euro par rapport aux devises étrangères : dollar, livre sterling, yen japonais, etc.
§ Un taux élevé rémunère beaucoup les prêts d'argent et attire donc en zone euro l'argent étranger : les étrangers achètent donc des euros en échange de leurs propres devises, ce qui les fait baisser et fait monter l'euro.
Un euro qui a une valeur élevée rend les importations de l'Union européenne bon marché, ce qui est favorable aux consommateurs européens, mais rend ses exportations chères, ce qui nuit à la compétitivité des entreprises européennes.
§ Un taux bas a l'effet inverse : il fait baisser l'euro, favorise les exportations et provoque une hausse du coût des importations, donc des prix payés par les consommateurs sur les biens et services importés.
A court terme, une baisse des taux de référence de la banque centrale peut, en facilitant les emprunts, relancer la consommation et l'investissement (qui représentent ensemble 90.8 % du PIB selon [139]), donc l'économie toute entière ; son effet se voit au bout de six mois à un an, et risque d'être accompagné d'une hausse des prix. Mais une telle relance par les taux n'est qu'une impulsion dont l'effet ne peut durer indéfiniment. Nous allons voir à présent l'effet à long terme d'une baisse des taux de référence et de la hausse de la masse monétaire en circulation.
Source : Document de la BCE [122] pages 41 et 42.
"…à long terme, c’est-à-dire après que tous les ajustements de l’économie ont été assimilés, une modification de la quantité de monnaie présente dans l’économie se traduit par un changement du niveau général des prix et n’induit pas de modifications permanentes de variables réelles telles que la production réelle ou le chômage."
"Une variation de la quantité de monnaie en circulation représente, en fin de compte, une modification de l’unité de compte (et donc du niveau général des prix) qui laisse toutes les autres variables inchangées, tout comme un changement de l’unité standard utilisée pour mesurer la distance (où l’on passerait par exemple du kilomètre à la lieue) ne modifierait nullement la distance réelle entre deux endroits."
"A long terme, la banque centrale ne peut pas influencer la croissance économique en modifiant l’offre de monnaie."
Elle peut, par contre, influencer durablement les prix.
Page 49, le texte [122] cite la conclusion de différents modèles économétriques de la zone euro concernant l'effet d'une hausse de 1 % du taux directeur de la BCE maintenu ensuite pendant deux ans :
"Une hausse du taux d’intérêt [de référence de
la BCE] à court terme débouche sur une baisse provisoire
de la production [PIB de la zone euro] qui culmine environ deux ans
après l’impulsion initiale de politique monétaire et revient au niveau de
départ par la suite. Dans le même temps, les prix
reviennent progressivement à un niveau durablement plus faible."
Les citoyens doivent donc comprendre qu'à long terme aucune politique monétaire de la BCE, aucune baisse des taux d'intérêt directeurs, ne peut créer de la croissance ou combattre le chômage.
La BCE maîtrise le taux
d'intérêt de référence de la zone euro, mais
pas la politique de change de l'euro [8] (c'est-à-dire
les cours de l'euro par rapport à d'autres devises), qui est du ressort du
conseil ECOFIN [8] (qui rassemble les ministres des Finances des États membres).
Plus généralement, la BCE n'a pas de pouvoir sur les politiques économiques
des états membres, dont la coordination relève du conseil ECOFIN. Elle n'a pas
non plus une fonction prudentielle
(surveillance de la solvabilité des banques centrales) ni une fonction de prêteur ultime d'argent à ces banques.
La BCE a donc les moyens de lutter contre l'inflation, mais pas de
soutenir la croissance, ni de maîtriser la politique de change de l'euro, ni
d'assurer la stabilité financière de la zone euro en jouant un rôle de prêteur
ultime, toutes prérogatives dont dispose son homologue américaine, la Réserve
Fédérale.
Le gros problème de la zone euro
résulte de l'indépendance des politiques économiques de ses pays membres. A un
instant donné, certains auraient besoin d'un taux de référence bas, pour
soutenir leur consommation, leurs investissements et leurs exportations ;
et d'autres auraient besoin d'un taux élevé pour ralentir la hausse des prix ou
l'emballement de l'économie.
Or on ne peut pas, dans la
zone euro, pratiquer des taux d'intérêt différents d'un pays membre à un autre,
car cela engendrerait des trafics : des gens emprunteraient à un taux bas
dans un pays A pour placer à un taux élevé dans le pays B, et rembourseraient
au bout d'un certain temps en empochant des bénéfices. Du fait de cette unicité
du taux d'intérêt dans la zone euro et des politiques économiques
indépendantes, les réglages monétaires de
la zone ne sont jamais optimaux. C'est là un problème majeur pour lequel il
n'existe qu'une seule solution : intégrer les politiques économiques européennes,
en renonçant à une grande partie de la souveraineté des divers pays, c'est-à-dire
faire l'Europe, ce à quoi une majorité de Français et de Néerlandais se sont
opposés en 2005.
Le Système Européen des Banques Centrales
(SEBC) [8] , appelé aussi Eurosystème, auquel appartient
la BCE est donc une institution à la mission trop limitée, qu'il faudrait
réformer dès que possible. Mais en donnant plus de pouvoir à la BCE on en
retirerait aux divers pays, ce qui éloignerait l'Union européenne de sa
structure confédérale actuelle pour aller vers une structure plus fédérale. Et
cela, les divers chefs d'Etat et de gouvernement actuels, jaloux de leurs
prérogatives et chacun méfiant vis-à-vis des autres, n'en veulent pas.
Voir [165] et "Critères de convergence" http://www.ecb.int/ecb/orga/escb/html/convergence-criteria.fr.html#exchange .
Voir [166].
Selon la BCE http://www.ecb.int/bc/intro/html/map.fr.html les 12 pays membres de la zone euro sont : la Belgique, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, la France, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Autriche, le Portugal, la Finlande.
"La République tchèque, le Danemark,
l’Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la
Slovénie, la Slovaquie, la Suède et le Royaume-Uni sont membres de l’UE, mais
ne font pas partie à l’heure actuelle de la zone euro. Le Danemark, l’Estonie,
Chypre, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Slovénie et la Slovaquie
participent au mécanisme de change européen II (MCE II), ce qui signifie que la
couronne danoise, la couronne estonienne, la livre chypriote, le lats letton,
le litas lituanien, la lire maltaise, le tolar slovène et la couronne slovaque
sont liés à l’euro. À l’avenir, d’autres pays devraient intégrer le MCE
II."
Voir [152], qui décrit les progrès récents de la BdF, mais aussi les contraintes auxquelles elle doit faire face et ses gaspillages.
Comme ce
fut le cas en Allemagne de l'Est, il est absurde, en France, d'espérer que des
entreprises qui licencient dans une région y financent avec succès des
créations artificielles d'emplois, avec ou sans aide de l'Etat, comme
la loi les y contraint ! Ces créations artificielles d'emplois ne
marchent pas car les conditions économiques suivantes ne sont pratiquement
jamais réunies :
§ Présence d'une main d'œuvre qualifiée à prix intéressant (il n'existe plus de main d'œuvre qualifiée bon marché en France si on compare son coût à celui de certains autres pays européens comme la Tchéquie, la Slovaquie, la Roumanie, La Lituanie, etc.) ;
§ Région où le marché local est intéressant par la clientèle qu'il apporte (population nombreuse à revenu confortable) ;
§ Région bien desservie en matière de transports ;
§ Impôts sur les sociétés et sur les investissements réduits, etc. Voir la section "L'attractivité géographique" du chapitre Compétitivité.
Pour du
travail industriel non qualifié, un investisseur aura toujours intérêt, ces
temps-ci, à investir dans des pays où ce travail coûte moins qu'en France et la
législation de l'emploi est moins contraignante. Inutile d'espérer rentabiliser
en France des emplois de type Moulinex, ou pour fabriquer des T-shirts.
La définition de la qualité de chômeur est donnée en [133]. Nous allons étudier d'abord la relation entre PIB [4] d'un pays et emploi total [12]. Une liste d'autres paramètres intervenant dans la création d'emplois est disponible au paragraphe qui décrit un modèle de création d'emplois. Voir aussi le paragraphe "Les Français ne travaillent pas assez".
Relation entre croissance du PIB et croissance de l'emploi total
Sources : [10] et [11] - Définitions : du PIB [4], de l'emploi total [12].
Le graphique ci-dessus montre que les courbes du PIB et de l'emploi total en France sont remarquablement parallèles. Noter en particulier la crise de 1993. Ce phénomène se produit dans tous les pays. Avec des données statistiques plus fines, montrant les variations trimestrielles au lieu des variations annuelles comme ci-dessus, on s'aperçoit que la courbe de l'emploi suit celle du PIB avec un décalage d'environ six mois : lorsque l'activité (mesurée par le PIB) croît, l'emploi suit quelques mois après, comme le montre le graphique suivant, issu de [43] page 56 :
La croissance de l'emploi suit celle du PIB français environ 6 mois après
La cause précédant toujours l'effet, c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi, pas l'emploi qui fait croître le PIB.
Il est important de souligner ce fait, car de nombreux politiciens et syndicalistes pensent, au contraire, qu'il suffit de créer des emplois artificiellement (c'est-à-dire, en pratique, avec de l'argent public) pour faire croître le PIB. Nous verrons plus bas qu'une telle politique de l'emploi ne marche pas.
Remarque sur le retournement de tendance depuis 2000
A partir de 2001, il y a eu éclatement de la « bulle Internet », (particulièrement aux Etats-Unis, qui
sont le principal moteur de l'économie mondiale). Par excès d'optimisme sur les
effets bénéfiques de l'adoption des technologies Internet dans les économies avancées, il y avait
eu un investissement excessif en technologies de réseaux (serveurs,
télécommunications). Lorsqu'on s'est aperçu que ces investissements ne
rapporteraient pas autant qu'espéré, et surtout pas aussi vite, il y a eu éclatement de la « bulle Internet », avec
retournement de conjoncture et baisse d'activité économique.
Ce retournement de conjoncture s'est propagé aux autres économies avancées, notamment à celle de l'Union européenne et donc à celle de la France. D'où, à partir de 2001, la croissance de moins en moins rapide du PIB, suivie même d'une décroissance (voir courbes ci-dessus). L'économie américaine a redémarré au bout de 2 ans, grâce aux taux d'intérêt très bas et à la baisse des impôts ; l'économie française a redémarré si peu, depuis, que la croissance du PIB est de l'ordre de celle de la productivité, malgré les injections massives d'argent de l'Etat dues à ses déficits. En outre, beaucoup de créations d'emplois actuelles en France sont dues aux incitations financières, payées par les impôts et les emprunts publics dus au déficit.
Pour avoir un exemple, prenons un métier industriel et supposons qu'un fabricant voit croître son activité : son carnet de commandes s'emplit. Avant d'embaucher pour fabriquer davantage, il va d'abord :
§ Livrer les articles qu'il a en stock, puis se mettre à en fabriquer d'autres.
§ Augmenter ses cadences de fabrication tant que c'est possible.
§ Lorsque sa capacité de production est saturée, il va essayer diverses possibilités avant d'embaucher : améliorer son organisation pour éliminer des goulots d'étranglement ; remplacer certaines machines par des machines plus rapides ; essayer de sous-traiter certaines opérations de la gamme de fabrication ou la production de certains articles, etc.
§ Enfin, ayant fait le maximum pour produire plus sans embaucher, il va se résoudre à chercher du personnel, qu'il va mettre un certain temps à trouver et à former. Et parfois il faudra trouver des locaux ou en agrandir…
On voit donc qu'il y a forcément un délai entre la croissance de l'activité d'un pays, donc de son PIB, et sa conséquence sur le nombre d'emplois. Ce délai est de l'ordre de six mois, parfois un peu plus. Et le raisonnement est le même pour des activités de services : lorsque l'activité croît, l'emploi suit quelques mois après.
Bien entendu, pour que l'emploi puisse croître, certaines conditions doivent être remplies : il faut pouvoir trouver du personnel dans les qualifications nécessaires ; il faut disposer de l'argent nécessaire pour recruter, former et équiper les nouveaux salariés ; il faut que les fournisseurs de produits et de services qui concourent à la fabrication puissent, eux aussi, augmenter leur activité, etc.
Lorsque l'emploi a crû de 1 % une année donnée, il peut avoir augmenté encore plus dans certains secteurs d'activité et bien moins, voire pas du tout dans certains autres ; dans d'autres, enfin, il peut avoir diminué. Ainsi donc, à un moment donné certains secteurs d'activité peuvent être euphoriques et d'autres déprimés.
Si au lieu de considérer la variation de l'emploi par secteur d'activité on la considère selon le revenu, il y aura aussi des inégalités, par exemple lorsque - comme on le fait très souvent en France - les bas salaires reçoivent chaque année un « coup de pouce » supplémentaire dont les revenus supérieurs ne bénéficient pas.
Toutes les études économiques récentes montrent que la première cause de la croissance du PIB avec peu ou pas de création d'emplois n'a aucun rapport avec la mondialisation, les sous-traitances et les délocalisations. Qu'il s'agisse de pays émergents comme la Chine (où les usines ultramodernes et super-automatisées produisent énormément avec peu de main d'œuvre), ou de pays avancés comme les Etats-Unis et la France, la croissance de la production (constatée par celle du PIB) provient surtout de la croissance de la productivité. C'est parce qu'on produit toujours plus intelligemment - avec une meilleure organisation, et plus facilement - avec du matériel plus performant, que cet accroissement de production satisfait la croissance de la demande en ne recourant que peu à l'embauche.
Les délocalisations jouent un rôle, en permettant de produire moins cher et même de faire de la R&D moins cher, mais en nombre d'emplois leur effet est modeste.
Le problème est qu'on ne peut empêcher la croissance de la productivité pour préserver l'emploi, du fait de la concurrence et parce qu'une meilleure productivité permet une baisse des prix favorable aux consommateurs.
En moyenne, la productivité croît de 1.6 % par an en France et dans l'Union européenne (elle a crû de 1.8 % en 2004 d'après [119] et même plus d'après [145]). Il faut donc, en moyenne, une croissance d'au moins 1.6 % du PIB pour que le nombre total d'emplois augmente. Mais cette augmentation totale éventuelle provient nécessairement de secteurs (ou de tranches de revenu) qui croissent plus vite et d'autres qui croissent moins vite, voire décroissent. Voici selon [164], qui cite l'INSEE, l'évolution comparée des effectifs salariés dans 3 grands secteurs d'activité :
Evolution comparée des effectifs de 3 grands secteurs d'activité selon L'INSEE
Le graphique ci-dessus illustre la croissance continue des effectifs des services (secteur d'activité dit « tertiaire ») au détriment de ceux de l'industrie (secteur « secondaire ») : on parle de tertiarisation de l'économie, phénomène qui touche toutes les économies avancées.
Il peut même arriver que le PIB total du pays croisse, du fait de certains secteurs très dynamiques dont la productivité fait un bond, sans que l'emploi total croisse : il y a alors croissance sans création d'emplois.
Selon [129], la croissance minimum nécessaire en France pour créer des emplois est traditionnellement de l'ordre de 2 %; et elle est de 1.7 % depuis 2005 selon [164]. C'est ainsi que, d'après [119] et [120], malgré une croissance de son PIB de 2.4 % en 2004, la France a créé cette année-là moins de 20 000 emplois, c'est-à-dire moins de 1 millième de la population active de 24.7 millions de personnes ! Le chômage a donc augmenté de 0.2 % par rapport à 2003.
On
voit à quel point les fréquents « coups de pouce au SMIC » ont empêché
l'embauche, trop de salariés étant trop chers pour les entreprises, malgré les
compensations par baisse des charges accordées à ces entreprises par le
gouvernement : avec des salaires trop élevés, les entreprises s'efforcent
de substituer de la productivité aux embauches, quitte à investir si nécessaire
(comme l'explique le texte "Travail ou Capital ? - La fonction de
production").
La stagnation de l'emploi depuis 2001 - et donc la persistance du chômage - est illustrée par le graphique suivant, issu de [164] qui cite l'INSEE ; il s'agit d'emplois marchands, parfois subventionnés, mais pas d'emplois dans la fonction publique :
Stagnation de l'emploi marchand non agricole en France depuis 2001 selon l'INSEE
Le graphique ci-dessous, issu de [181], illustre le poids croissant des salaires dans les entreprises françaises, et la dégradation progressive de leur taux de marge.
Evolution du coût de main d'œuvre et du
taux de marge
des entreprises françaises, base 100 en 1998
L'évolution de 1998 à 1999 montre le fort impact des lois anti-entreprises du gouvernement socialo-communiste de M. Jospin en 1997. Depuis, les entreprises françaises sont donc :
§ De plus en plus écrasées par les coûts de main d'œuvre, ce qui handicape leur compétitivité, décourage les embauches et encourage les délocalisations ;
§ De moins en moins bénéficiaires, ce qui handicape leur capacité d'investissement et diminue la rentabilité pour les actionnaires, qui sont donc encouragés à investir ailleurs.
Nous verrons plus bas que chaque jour ouvrable, 10 000 emplois sont détruits en France et remplacés par 10 000 autres. Il y a donc une évolution constante de la répartition des qualifications des travailleurs, donc de leurs salaires. Le nombre de travailleurs ayant un salaire donné change donc un peu (en euros constants) d'une année sur l'autre : l'année n + 1, il se peut par exemple que le rapport entre le nombre de salariés gagnant 3 000€ par mois et celui des salariés gagnant 1 200€ par mois soit différent de celui de l'année n. Avec le même nombre de travailleurs, le PIB peut ainsi varier un peu indépendamment de la productivité moyenne.
La conséquence pratique est que la croissance minimum nécessaire pour créer des emplois peut varier de part et d'autre de celle de la productivité. Si par exemple l'emploi s'enrichit en qualifications mal payées par rapport à celles qui sont bien payées, il suffit d'une moindre croissance du PIB pour que des emplois soient créés. C'est ce qui s'est produit en France en 2005 [141], du fait des nombreux emplois peu qualifiés créés avec l'aide financière de l'Etat : avec une croissance du PIB de l'ordre de 1.6 % seulement, il y a eu 60 000 emplois marchands créés ; le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois faiblement qualifiés et peu payés, ceux qui sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.
Voici un graphique issu de [145] page 2 qui permet de mieux comprendre l'évolution des gains de productivité en France, en séparant l'activité industrielle et l'activité de services (tertiaire) et en les regroupant dans l'ensemble de l'économie :
Evolution des gains de productivité en France par secteur
Il faut savoir que les gains de productivité dans les services sont toujours bien plus faibles que dans l'industrie. Or la part des services dans l'économie (environ 70 %) croît sans cesse, ce qui tend à rapprocher le gain national de productivité de celui des seuls services, et tend à diminuer le rythme de croissance du gain de productivité national.
Voici, selon [145] page 2 un graphique montrant (courbe verte) la variation du taux annuel minimum de croissance du PIB français nécessaire pour une création nulle d'emplois, c'est-à-dire le taux au-dessus duquel l'économie française crée des emplois :
Variation du taux annuel minimum de
croissance du PIB
nécessaire pour que l'emploi croisse en France
Les trois traits bleus horizontaux représentent des moyennes lissées sur 10 ans. On voit qu'il existe une tendance lourde à ce que la croissance s'enrichisse en emplois, parce que de plus en plus la croissance du PIB est celle des services, où la productivité croît moins vite.
Depuis 1996, la productivité croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [146] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau suivant :
|
|
1983-1990 |
1990-1995 |
1995-2000 |
1995-2001 |
|
France |
2.48 |
1.01 |
0.91 |
0.65 |
|
Etats-Unis |
1.24 |
1.58 |
2.16 |
1.99 |
Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité en % par tête
Pour combattre cette perte progressive de
compétitivité, les rapports Camdessus [17] et Beffa [88] préconisent
d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications
(TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi
"L'incomparable contribution des TIC à la croissance".
Pour bien comprendre les choix politiques, voir aussi la section du Tome
2 "Politiques
structurelles, productivité et emploi".
Nous avons l'habitude d'évaluer la situation économique d'après le taux de chômage : « s'il y a peu de chômeurs, l'économie va bien. » Cette déduction n'est pas nécessairement juste : le chômage peut aussi baisser si la population active diminue, libérant des emplois ; certains de ceux-ci sont alors pris par des chômeurs, dont le nombre diminue sans que l'économie ait créé d'emplois. Cela se produit en France ces temps-ci, avec le départ en retraite de nombreux travailleurs nés immédiatement après la deuxième guerre mondiale.
Il ne faut donc pas se féliciter de la baisse du taux de chômage, comme l'ont fait les gouvernements Raffarin et De Villepin, en oubliant de rappeler que cette baisse est due en partie à la croissance du nombre de départs en retraite, en partie aux très nombreux emplois subventionnés (entre 13.8 % et 21.8 % des offres d'emploi reçues par l'ANPE, selon [167]) et en toute petite partie seulement à la croissance de l'économie.
Du reste, les chiffres officiels [169] montrent que sur un an, du 2ème trimestre 2005 au 2ème trimestre 2006, l'emploi salarié marchand (sans administration, éducation, santé, action sociale et agriculture) n'a augmenté que de 105 700 personnes, soit 0.7 %, chiffre insignifiant compte tenu de la croissance mondiale qui tire nos exportations et des emplois subventionnés : il n'y a vraiment pas de quoi se vanter !
D'après ce qui précède, une économie qui va bien a de la croissance (son PIB augmente) et c'est cette croissance qui entraîne la croissance du nombre d'emplois. Une meilleure manière de juger de la santé de l'économie est donc de se baser sur le taux d'emploi, rapport de la population qui a un emploi à la population en âge de travailler. Si le taux d'emploi augmente, l'économie est saine car elle crée plus d'emplois que de personnes en âge de travailler.
Cette manière de raisonner est aussi très importante dans les pays où la population croît vite, comme les pays arabes ou l'Inde : chaque année, ils doivent créer au moins autant d'emplois que de personnes supplémentaires en âge de travailler.
Les variations de l'activité d'un pays ne sont pas dues au hasard. Elles résultent des lois économiques et des décisions politiques. Pour illustrer la différence des résultats en matière d'emploi des politiques de divers pays, considérons le graphique ci-dessous, qui commence en 1991, année qui suit la réunification de l'Allemagne.
§ Le nombre de personnes qui travaillent a commencé par décroître jusqu'en 1994 pour la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, par suite d'une récession économique, et le chômage a augmenté.
§ A partir de 1995, la France et la Grande-Bretagne ont recommencé à créer des emplois et le chômage a baissé.
Contrairement à ce que pensent les prophètes de malheur, en 2004 la France a continué à créer des emplois et l'emploi total y est stable depuis. Elle a créé 2.4 millions d'emplois depuis 1991, soit 11% de plus. Les médias ne nous parlent que du chômage, qui reste stable aux environs de 10 %; ce faisant, ils donnent une image inutilement inquiétante de notre économie. S'ils faisaient bien leur métier, ils rappelleraient aussi que la France, qui a perdu 90 000 emplois de 2002 à 2003 (nombre insignifiant) en crée de nouveau un peu depuis 2004 selon [16].
Comment se fait-il que le taux de chômage [13] reste à peu près stable, alors que le nombre de personnes qui travaillent (population active occupée [14]) augmente ? C'est que la population active totale (actifs occupés + chômeurs) de la France est passée de 24.4 millions en 1991 à 26.4 millions en 2004, soit 2 millions de personnes de plus. Selon [27] elle diminuera à partir de 2007 à 2010.
§ En 2003, 12 ans après la réunification de 1991, l'Allemagne n'a pas encore retrouvé son nombre de personnes au travail de 1991. Pire même, en 2003 ce nombre baisse : l'Allemagne est « l'homme malade de l'Europe ».
§ L'emploi n'a jamais cessé d'augmenter aux Etats-Unis, pays qui n'a pas de problème de natalité et qui accueille encore de nombreux immigrants de nos jours. Avec 17% d'emplois de plus en 2003 par rapport à 1991, les Etats-Unis ont créé 20 millions d'emplois en 12 ans. Leur population étant 4,7 fois plus nombreuse que celle de la France, leur rythme moyen de création d'emplois est 1,7 fois plus rapide que le nôtre ! Et ils ont créé plus de 2 millions d'emplois en 2004.
§ La mondialisation n'a rien à voir avec les résultats décevants de la France : dans les mêmes conditions économiques en Europe, le Royaume-Uni, de même population que nous, a deux fois moins de chômeurs, un PIB par habitant plus élevé et une croissance supérieure. C'est bien que leurs choix politiques sont meilleurs.
Du reste, à l'intérieur même de la France l'économie va bien mieux dans certaines régions que dans d'autres. L'égalité à laquelle tous les hommes aspirent ne résulte pas naturellement du fonctionnement de l'économie ; seules des interventions de l'Etat ou de l'Union européenne peuvent tenter de corriger un peu les inégalités entre régions.
Conclusion sur la gouvernance des pays ci-dessus au point de vue chômage
A l'évidence, les gouvernements de ces quatre pays n'ont pas eu la même efficacité (on dit : la même qualité de « gouvernance ») dans leur lutte contre le chômage.
§ Les Etats-Unis ont une aptitude extraordinaire à créer des emplois, tout en maintenant leur chômage de la période 1991-2003 entre 4% et 7.5%, c'est-à-dire plus bas que le nôtre ; à l'évidence, leur gouvernance est excellente.
§ La France et la Grande-Bretagne ont des aptitudes à créer des emplois comparables, mais la Grande-Bretagne a réussi à faire baisser son chômage sans discontinuer depuis 1993 ; il était, en 2003, de 4.8%, c'est-à-dire 2 fois inférieur au nôtre. La gouvernance de la Grande-Bretagne, pays de même population que la France, est donc bien meilleure que la nôtre au point de vue du chômage.
§ L'Allemagne est mal gouvernée depuis sa réunification : son PIB stagne ou baisse ; elle détruit donc des emplois et son taux de chômage stagne.
Nous allons donc essayer de comprendre les pratiques de bonne gouvernance en matière de PIB, puisque nous savons que c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi. Commençons par l'aptitude de certains pays, en période de croissance mondiale, à faire croître leur PIB un peu plus vite que les autres :
Croissance annuelle du PIB (1981-2003) d'après [10]
On a délimité par des traits verticaux les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001
En période de croissance mondiale, les cinq pays considérés en profitent tous pour croître, mais l'Irlande, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis croissent plutôt plus vite que la France et surtout l'Allemagne.
Voici à présent, selon [11], une comparaison des taux de chômage des cinq pays de 1981 à 2003.
Comparaison des taux de chômage (1981 - 2003) selon [11]
On a délimité par des traits verticaux les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001
On constate que :
§ Dans la première période de croissance mondiale, 1987-1989 :
· Le chômage décroît de 10% en France et de 8% en Allemagne ;
· Le chômage décroît de 31% en Grande-Bretagne (pays de même population que la France, où il était à peu près au même niveau en début de période), de 10% en Irlande et de 11% aux Etats-Unis (pays qui a créé 5 millions d'emplois ces deux années-là).
§ Dans la seconde période de croissance mondiale, 1995-2001 :
· Le chômage décroît de 23% en France et de 0,2% en Allemagne
· Le chômage décroît de 44% en Grande-Bretagne, de 70% en Irlande (!) et de 30% aux Etats-Unis (avec 10 millions d'emplois créés en 6 ans) avant de remonter légèrement.
§ Le taux de chômage se maintient en France à des niveaux élevés depuis le début des années 1980. Même lors des périodes de conjoncture favorable, il n’est guère descendu en dessous de 9%, ce qui est très supérieur à son niveau au Royaume-Uni et aux Etats-Unis par exemple (source : [51] page 1).
§
Le chômage et l’inactivité des
femmes, encore plus que ceux des hommes, sont en France nettement plus fréquents
que dans les autres pays du G7. Ainsi en 1998, le taux de chômage des femmes de
15 à 64 ans est de 13,9% en France, contre 4,6% aux Etats Unis et 5,5% au
Royaume Uni (source : [51] page 1).
A l'évidence, les économies de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et des Etats-Unis sont plus capables de profiter d'une période de croissance pour créer des emplois et réduire le chômage que les économies française et allemande.
Ce n'est pas le niveau du PIB [4] qui agit sur le chômage ou sa variation, c'est la variation du PIB qui agit sur la variation du chômage. Une forte croissance du PIB réduit le chômage environ six mois après.
Voici un autre tableau intéressant, issu de [1] :
|
Pays |
Croissance annuelle moyenne |
Ecart par rapport |
|
|
1975-2002 |
1990-2002 |
||
|
Japon |
2.6 |
1.0 |
-7.5% |
|
Allemagne |
2.0 |
1.3 |
-3.9% |
|
Italie |
2.0 |
1.5 |
-1.3% |
|
France |
1.7 |
1.6 |
0% par définition |
|
Pays à |
2.1 |
1.7 |
+1.3% |
|
Etats-Unis |
2.0 |
2.0 |
+5.3% |
|
Pays-Bas |
1.9 |
2.2 |
+8.1% |
|
Grande-Bretagne |
2.1 |
2.4 |
+10.9% |
|
Irlande |
4.4 |
6.8 |
+93.3% |
Croissances comparées du PIB et écart cumulé en 13 ans selon [1]
A part le Japon, l'Allemagne et l'Italie, tous les autres pays avancés ont une économie qui croît plus vite que celle de la France ; au bout de 13 ans, l'écart de croissance peut être considérable. En outre, la vitesse de croissance baisse en France et en Allemagne, alors qu'elle ne baisse pas aux Etats-Unis et augmente ailleurs. En 2004, année de la plus forte croissance mondiale du PIB depuis longtemps (5%), celui de la France n'a progressé que de 2,1%, après 0,2% en 2003 d'après [18] et [44].
En
considérant les PIB des pays, on constate que :
§ De 1975 à 2002, les croissances moyennes de l'Allemagne, de l'Italie, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis sont voisines : environ 2%
§ De 1990 à 2002, la croissance moyenne a ralenti en Allemagne, Italie et France, alors qu'elle est restée stable aux Etats-Unis et qu'elle a augmenté en Grande-Bretagne et surtout en Irlande. Pendant cette période, les économies de l'Allemagne, de l'Italie et de la France ont été moins bien conduites que celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, mais aussi que celle des Pays-Bas et de l'Irlande.
Depuis
1991, la France et l'Allemagne ont décroché :
elles n'arrivent plus à suivre le rythme de croissance des autres pays ;
plus le temps passe, plus la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Irlande et
beaucoup d'autres progressent en niveau de PIB, donc en niveau de vie, par
rapport à la France et l'Allemagne. Ce décrochage est constaté par le Rapport
Camdessus [17],
qui attribue le décrochage de la France à ce que :
· Les Français ne travaillent pas assez ;
· La France souffre d'un grave défaut de compétitivité ;
· La France n'investit pas assez pour son avenir (enseignement supérieur, recherche et développement - voir [135]) ;
·
La lutte contre la pauvreté est
mal organisée en France, qui dépense 30% de son PIB en transferts sociaux. Au
sujet de ces dépenses, l'OCDE écrit dans [50] page 1 :
"…pour
garantir la soutenabilité des finances publiques dans le moyen et le long
terme, des mesures complémentaires s’imposent afin de freiner la progression des dépenses de
santé et de retraite."
· etc.
Nous verrons tous ces points en détail plus bas.
§ En 13 ans, le niveau de vie français [20] (proportionnel au PIB par habitant [5]) a pris beaucoup de retard par rapport à ceux des Etats-Unis, des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande.
Pourtant, sur la période 1995 - 2001 le PIB par habitant a augmenté plus vite en France qu'aux Etats-Unis. Explication : aux Etats-Unis, la croissance du PIB a été absorbée par une formidable croissance de la population (+16 millions d'habitants, soit +6.2%) notamment par immigration, ce qui diminue automatiquement le PIB par habitant ; pendant ce temps-là, la population française ne croissait que de 2.2% selon [3].
Taux moyen annuel de croissance par tête (1994-2003)
Comme le montre le tableau ci-dessous, extrait de [17] page 43, les 5 pays cités ont tous connu depuis 10 ans, une croissance par tête nettement supérieure à celle de la France :
|
Finlande |
Royaume |
Suède |
Canada |
Danemark |
France |
|
3.2 % |
2.6 % |
2.6 % |
2.5 % |
2.1 % |
1.7 % |
Taux moyen annuel de croissance par tête (1994-2003)
Et ces pays ont progressé plus vite que la France pendant qu'ils mettaient en œuvre des réformes hardies et redressaient
leurs finances publiques.
Comparaison de la France et des autres pays de l'OCDE en matière de chômage en 2004
Source : [125]. On voit que la France fait partie des moins bien classés…
Taux de chômage 2004 (personnes de 15 à 64 ans) selon l'OCDE
L'OCDE recommande à la France :
§
"D’offrir aux chômeurs des services intensifs de conseil et d’aide
à la recherche d’emploi, et d’assurer leur participation à des dispositifs de
retour à l’emploi après un certain laps de temps passé au chômage ; De telles mesures
d’« activation » doivent être perçues comme étant la contrepartie des
prestations versées – c’est-à-dire dans une logique « d’obligations
réciproques » [Autrement dit : rendre obligatoire pour les
chômeurs une participation active à la recherche d'emploi et l'acceptation d'une
des propositions reçues]".
§
"De s’assurer que les chômeurs ont financièrement intérêt à
reprendre un emploi."
Le dimanche 29/04/2007, entre les deux tours de l'élection présidentielle, il y a eu un débat sur la chaîne LCI opposant M. Hollande, socialiste plaidant pour Mme Royal, et M. Juppé, UMP plaidant pour M. Sarkozy.
Pour combattre le chômage et relancer la croissance, M. Juppé a cité la proposition de la droite : « Travailler plus pour gagner plus », qu'il a argumentée en expliquant que celui qui gagne plus dépense plus, que cette dépense génère de l'activité supplémentaire, qui à son tour génère plus d'emploi.
M. Hollande lui a répondu qu'il ne croyait pas à cette approche, parce que « pour pouvoir travailler plus, il faut qu'il y ait plus de travail ». Il faut donc commencer par une relance de l'activité (sous-entendu : par des hausses autoritaires de salaires, des subventions des pouvoirs publics, des incitations fiscales à l'embauche et des créations d'emplois aux frais des contribuables), pour que l'économie reparte. Il a aussi rappelé que les socialistes préconisent le partage du travail, c'est-à-dire d'empêcher ceux qui pourraient travailler plus de le faire, pour laisser du travail à d'autres qui en manquent.
M. Hollande ne sait pas - ou ne veut pas savoir - qu'une loi économique simple et connue depuis des lustres montre que c'est la croissance de l'activité (mesurée par celle du PIB) qui génère celle de l'emploi, et non l'emploi (subventionné ou non) qui génère de l'activité.
Cette relation de cause à effet est décrite au paragraphe "Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total".
Pour lui et tous les gens de gauche qui ignorent cette loi voici son explication, celle que M. Juppé aurait dû donner, mais qu'il n'a pas donnée et que je n'ai jamais entendu un politicien donner.
A
un instant donné, l'économie d'un pays comprend des secteurs d'activité en
croissance et d'autres qui stagnent, voire régressent. Dans un secteur en
croissance, les entreprises veulent augmenter le nombre d'heures de travail,
pour produire plus. Elles offrent donc à leurs salariés de faire des heures
supplémentaires. Si, comme le préconise la droite, on encourage ces heures
supplémentaires en les défiscalisant et en annulant les lois socialistes qui
limitent la quantité de travail, certains salariés travailleront plus pour gagner
plus, donc dépenseront plus et créeront du travail pour d'autres secteurs
d'activité.
Peu à peu cette croissance de l'activité dans certains secteurs se propagera à d'autres, et toute l'économie croîtra et créera des emplois. Notre voisine l'Allemagne nous en fournit un excellent exemple : à force d'exporter plus que tout autre pays, y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine, ces exportations en forte croissance ont fini au bout de deux ans par entraîner toute l'économie, créant ainsi des emplois.
M. Juppé avait donc raison : on peut travailler plus pour gagner plus - à condition d'être dans un secteur en croissance. Mais il y a toujours de tels secteurs : le bâtiment, l'hôtellerie-restauration, l'informatique et la réparation automobile, par exemple, cherchent désespérément de la main d'œuvre, depuis des années. Et M. Hollande avait tort : le travail ne manque pas partout, comme il le laissait entendre.
Les socialistes et les communistes ont aussi tort de croire au partage du travail, supposé n'exister qu'en quantité finie, en tant que moyen de combattre le chômage. Le partage du travail sans croissance n'est qu'un partage de la pénurie, sans croissance de l'activité, seule à même de créer des emplois. Cette théorie de la quantité finie de travail est une erreur économique remontant au marxisme du XIXe siècle. Tous les pays sauf la France savent qu'elle est fausse et pourquoi elle l'est, et aucun, aucun, n'a pris des mesures de partage du travail comme les "35 heures" françaises, qui se sont avérées désastreuses pour les finances publiques, selon un rapport de l'Assemblée nationale.
En outre, les socialistes et les communistes français laissent croire depuis des décennies que l'Etat peut créer ou faire créer des emplois par une politique volontariste, comme c'était le cas dans les pays marxistes où l'Etat est propriétaire des moyens de production (usines, transports, terre agricole, etc.) et les citoyens sont ses employés, c'est-à-dire fonctionnaires. Or il est facile de démontrer que c'est faux dans les économies de marché comme celle de la France.
M. Hollande essaie donc de convaincre des
électeurs avec des propositions économiquement absurdes, basées sur des
arguments faux. Ou il ne connaît pas, lui l'énarque, la loi économique « le
travail crée la croissance, qui crée l'embauche », ou il la connaît mais veut profiter
de l'ignorance des électeurs à qui il s'adresse, attitude malhonnête s'il en
est. Même remarque sur la préconisation du partage du travail, dont on doit se
demander si elle est due à l'ignorance, à l'aveuglement idéologique, ou à la
volonté de tromper.
Et M.
Juppé, normalien, ancien ministre délégué au Budget du gouvernement Balladur
puis Premier ministre, n'a pas su expliquer pourquoi « Travailler
plus pour gagner plus »
est une recette qui marche, la seule conforme à la loi économique qui fait de
la croissance de l'activité un préalable à celle de l'emploi.
Entre les politiciens
qui le trompent - parce qu'ils se trompent eux-mêmes ou ignorent les lois économiques
- et ceux qui n'expliquent pas ces dernières, mais les énoncent en demandant
qu'on les croie comme une vérité révélée, qui le citoyen doit-il croire ?
Et comme aucun journaliste ne prend soin de rappeler ces vérités économiques
(ignorance, manque de professionnalisme ?...) les électeurs choisissent ou
rejettent un candidat en toute méconnaissance de cause, par exemple sur des
critères de sympathie ou antipathie.
Pauvre démocratie
française !
Il est important de comprendre pourquoi l'Etat ne doit pas intervenir dans le secteur marchand pour produire des biens ou des services autres que ceux du service public.
S'il le faisait, par exemple en produisant des articles vendables avec bénéfice ou des services bancaires payants, il se trouverait en concurrence avec des entreprises privées, et cette concurrence serait automatiquement déloyale [138].
§ L'Etat pourrait être tenté de faire des lois ou d'accorder des prêts ou des subventions qui favorisent ses entreprises au détriment de ses concurrentes privées (il l'a fait pour EDF et France Télécom, par exemple) ;
§ Une entreprise d'Etat ne peut pas faire faillite. De ce fait, lorsqu'elle veut emprunter de l'argent, les prêteurs lui consentent des taux d'intérêt particulièrement bas, ce qui rend ses investissements plus faciles et moins coûteux que ceux de ses concurrents ; EDF en a longtemps profité jusqu'à ce que l'Union européenne s'en émeuve et oblige la France à cesser cette pratique ;
§ L'impossibilité de faire faillite, contrairement à une entreprise privée, fait que le personnel d'une entreprise d'Etat ne craint pas de perdre son emploi ou son capital d'actionnaire. Il n'a donc pas de raison de se remettre en cause lorsque le marché ou les technologies de ses produits changent.
Il a d'autant moins de raisons de se donner du mal qu'il est protégé par des syndicats experts dans l'art de prendre le public en otage avec des grèves dures (exemple : transports publics), grèves qu'ils savent médiatiser. Les syndicats de la fonction publique (il n'y a pratiquement plus de travailleurs syndiqués dans le secteur privé) se battent contre toute privatisation, qui leur ferait perdre des adhérents et obligerait les salariés à travailler plus dur pour faire face à la concurrence.
L'absence de risque pour l'entreprise et ses salariés fait que ces derniers n'ont pas une culture de résultat, n'ont pas l'habitude de chercher la performance. Ils ne se dépassent qu'en cas de crise (exemple : réaction admirable des agents EDF pour réparer le réseau après la grande tempête de décembre 1999).
Les employés d'une entreprise publique ont tendance à ne pas réagir vite à une évolution du marché ou de la technologie, donc à laisser leurs concurrents plus productifs ou plus innovateurs leur prendre des parts de marché, parce que si leur entreprise perd, eux-mêmes ne perdent rien : l'entreprise d'Etat est moins agile. Or M. Mer écrit dans [80] pages 77 et 78 :
"Personne n'est capable de prédire l'avenir économique, en dehors d'un consensus de pronostiqueurs qui changent d'avis tous les mois. Dans ce monde incertain et changeant, les entreprises doivent donc être capables de réagir très rapidement, de réduire la voilure en cas de récession, et de la redéployer sans tarder quand la croissance repart. En France, une part non négligeable de l'activité est entre les mains de l'administration, dont la culture consiste au contraire à lisser son activité. Quant au secteur privé, il est englué dans un système de réglementations qui a pour objet et donc pour effet de l'empêcher de réagir avec rapidité."
"Un plan social met un an à être appliqué, là où il faudrait qu'il soit exécuté en trois mois. La perte de substance qui en résulte est irrattrapable. Car au bout d'un an, la conjoncture aura peut-être à nouveau changé. Cette imprévisibilité liée à la mondialisation fait que notre choix de lisser les conséquences sociales de l'adaptation à la conjoncture se retourne contre nous en termes de potentiel de croissance, donc de nouveaux emplois pour demain. Le rapport Camdessus, qui vient d'être remis à mon successeur, propose ainsi de simplifier les formalités encadrant les plans sociaux, à juste titre à mon avis."
§ Même si on ne parle pas de faillite, les salariés d'une entreprise d'Etat sont généralement moins productifs que ceux d'une entreprise privée, car ils ont la même tranquillité d'esprit face à l'avenir et à la concurrence que des fonctionnaires. Voici un exemple cité par M. Mer dans [80] page 98 :
"Le ministère de la Défense entretient un parc de 22 000 véhicules de gamme commerciale, activité qui occupe 1200 personnes, 800 militaires et 400 civils. Selon une étude réalisée par ce ministère, ce même parc géré par une entreprise privée sous-traitante nécessiterait 270 personnes, soit un gain net de 930 emplois.
D'une manière plus générale, les coûts de fonctionnement de l'administration peuvent être considérablement réduits. Au niveau des frais de fonctionnement, je serais très surpris qu'on ne puisse pas les baisser de 20% en sept ou huit ans, ce qui signifie augmenter la productivité d'un peu plus de 2% par an."
Quand M. Mer a écrit son livre, il ne savait pas que le gouvernement allait mettre un terme fin 2006 au gaspillage de la gestion de ce parc automobile par des fonctionnaires. L'article [177] nous apprend que la gestion de cette flotte de véhicules a été confiée à General Electric Fleet Services, qui la renouvellera et l'entretiendra. L'économie sera de 25 % du coût d'exploitation…
Dans l'exemple précédent, sans faire de procès d'intention, le fait que des gens compétents pour réparer des voitures disposent du matériel nécessaire et de temps libre facilite d'éventuelles utilisations de ce temps et de ce matériel pour réparer des voitures personnelles ou appartenant à des amis. C'est une situation qui n'est pas saine, surtout sachant que les fonctionnaires ne sont pas souvent sanctionnés.
M. Mer conclut donc dans [80] :
· Page 98 :
"C'est pourquoi une partie de ce que fait la fonction publique peut et doit être externalisée moyennant des contrats de service public."
· Page 162 :
"On ne pourra pas indéfiniment faire payer par le contribuable les deux tiers du coût de fonctionnement de la SNCF."
§ L'expérience a montré que lorsque des hauts fonctionnaires gèrent une activité marchande, ils sont parfois incompétents (l'ENA n'est pas une école de commerce) et irresponsables : ils ne risquent rien personnellement, ni leur capital ni même leur emploi, et n'ont pas à rendre des comptes à de vrais actionnaires. Ils font donc souvent de très mauvaises affaires, qui obligent par la suite les contribuables à payer les dégâts. Exemples :
· Le Crédit Lyonnais, dont les aventures à l'étranger ont coûté aux contribuables plus de 10 milliards d'euros ;
· EDF, qui a investi en Argentine, pays où elle n'avait rien à faire et où le risque pour les investisseurs est colossal (ce pays a proposé début 2005 à ses créanciers, banques et milliers de petits investisseurs, qui lui ont prêté plus de 100 milliards de dollars, de renoncer à tout remboursement ou d'accepter d'en perdre 75 % avec des remboursements qui commenceront dans 19 ans ! [77] et [79]).
Dans son document http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r1004.asp du 03/07/2003, l'Assemblée nationale met en évidence les sureffectifs manifestes d'EDF par rapport à ceux de ses principaux concurrents européens en 2001 en citant leurs rapports coût salarial total / chiffre d'affaires :
|
EDF |
Electrabel |
British Energy |
RWE |
E.On |
Enel |
Endesa |
|
22.2 % |
11.8 % |
17.5 % |
18.3 % |
11.2 % |
16.0 % |
9.4 % |
Rapports coût salarial total / chiffre d'affaires en %
On voit que chez EDF il faut entre 21 % et 136 % plus de salariés que chez ses concurrents pour un même chiffre d'affaires : les sureffectifs sont manifestes, les fonctionnaires français surprotégés travaillent moins et/ou moins bien que les salariés étrangers du privé.
Et l'Assemblée nationale souligne qu'en plus la dette nette d'EDF est passée de 17.6 milliards d'euros en 2000 à 25.8 milliards d'euros en 2002, couvrant 2,3 fois l'excédent brut d'exploitation (EBE) [159].
M. Mer exprime le même avis dans [80] :
· Pages 166-167 :
"Le monde
politique ne comprend pas l'exercice du pouvoir et des responsabilités dans une
entreprise. S'il doit se comporter en actionnaire, il ne fait que transposer
les comportements politiques au monde du management. Il ignore tout des règles
de gouvernance : pas de transparence, pas d'audit sur les résultats
obtenus par une équipe dirigeante, pas d'examen de la stratégie à long terme,
pas de procédure validée par les actionnaires (en l'espèce, les contribuables)
pour procéder aux nominations
aux postes clés...
Qu'il s'agisse d'ignorance ou d'incapacité à imaginer une autre manière
de se comporter, la conséquence est la même : il est nécessaire qu'une entreprise publique soit
gérée comme une entreprise privée, et les responsables politiques ne
parviennent pas à s'y résoudre. La seule solution consiste donc à ouvrir le
capital et à privatiser ce qui peut l'être tout en gérant le reste « comme
si » il s'agissait d'entreprises privées !"
· Page 172 :
"L'Etat, je le répète, ne sait pas se conduire en actionnaire et ses responsables finissent par nuire aux entreprises qu'il détient pour des questions d'opportunité politique, parfois même de petits calculs à court terme."
"L'intérêt collectif exige donc que le pouvoir politique ne se mêle plus de gestion d'entreprise car son manque de résolution et ses changements de cap sont incompatibles avec une bonne gouvernance."
En outre, il y a une différence fondamentale entre managers issus de la haute fonction publique et managers issus de la société civile : les premiers ont tendance à se contenter d'administrer l'existant et de réagir aux difficultés, tandis que les seconds essaient de développer l'entreprise, quitte à prendre des risques. Et dans les rares cas où un haut fonctionnaire prend des risques, comme ce fut le cas au Crédit Lyonnais, le désastre guette !
§ Une entreprise d'Etat a forcément une image de solidité, de pérennité, qui est un gros avantage dans certaines activités où les clients ont besoin de fournisseurs particulièrement solides avec lesquels ils nouent des relations qui durent de longues années.
§ Les membres d'un gouvernement ou des élus au pouvoir ont tendance à favoriser la création d'entreprises ou de services publics riches en emplois dans une région où cela peut leur rapporter des voix aux prochaines élections, même lorsque ces entreprises ou services ont un avenir économique douteux. Inversement, ils ont tendance à bloquer les subventions et même les autorisations de créer des entreprises dans les circonscriptions de leurs adversaires politiques.
L'ouverture à la concurrence des anciens monopoles de service public (que la France doit réaliser conformément aux traités de l'Union européenne qu'elle a signés) ne se fait que très lentement :
§ Les trains étrangers ne roulent pas encore vraiment sur le réseau français en concurrence avec ceux de la SNCF, bien qu'ils en aient le droit ; de ce fait, les cheminots peuvent impunément continuer à faire grève en prenant des personnes et des marchandises en otage sans risquer de perdre des parts de marché à la concurrence ferroviaire étrangère [78] ;
§ Les particuliers n'ont pas encore la possibilité réelle de changer de fournisseur d'électricité, et fin 2005 seuls 600 000 abonnés sur des dizaines de millions ont pu quitter France Télécom pour un concurrent pour leur téléphone fixe, parce que France Télécom continue à faire ce qu'elle veut en matière de dégroupage de lignes d'abonnés et de prix de gros [37].
Pour toutes ces raisons, les services de protection de la concurrence de l'Union européenne veillent scrupuleusement à empêcher l'Etat de se mêler d'activités marchandes [29], et à le forcer peu à peu à démanteler les monopoles de fait hérités du passé comme La Poste [138], EDF, la SNCF, etc., obligés de nos jours à s'ouvrir à la concurrence.
Voici quelques extraits du rapport officiel [136] de juillet 2005.
"S’agissant des entreprises publiques, le constat de carence le plus récent a été formulé par le rapport qu’un groupe d’experts, présidé par M Barbier de la Serre, a remis en mars 2003, à sa demande, au ministre de l’économie Francis Mer. Il pointait notamment la confusion des rôles remplis par l’État à l’égard des entreprises publiques, la personnalisation insuffisante de la fonction d’actionnaire, l’insuffisante clarté des orientations données aux dirigeants d’entreprises et paradoxalement une présence souvent excessive de l’État dans leur gestion quotidienne."
"...force est de constater que le poids dans l’économie française des plus grandes entreprises contrôlées majoritairement par l’État, demeure important et que plusieurs entreprises publiques sont devenues des acteurs majeurs et reconnus dans leur secteur d’activité.
C’est dans ce contexte que la création de l’Agence des participations de l’État traduit bien le changement de perception du rôle de l’État à l’égard des entreprises publiques : il est devenu un actionnaire ; il a par ailleurs pour objectif d’exercer de manière banalisée cette fonction d’actionnaire, même s’il conserve certaines spécificités."
"…les dérives de gestion des entreprises publiques ont été nombreuses, la Commission d’enquête parlementaire présidée par M Douste-Blazy sur la gestion des entreprises les a analysées en détail en 2003 en insistant plus particulièrement sur les diversifications non maîtrisées de France Télécom et d'EDF."
"En
tant qu’actionnaire, l’État doit veiller à ce que les entreprises dans
lesquelles il détient une participation soient créatrices de valeur"
"La
taille du bilan [de l'APE] (530
Md€) parle d’elle-même ; au 31 décembre 2003 seules sept sociétés
industrielles du CAC 40 avaient un bilan supérieur à 50 Md€ et le total du
bilan des 33 sociétés industrielles du CAC s’élevait pour le même exercice à
946 Md€"
"…[En 2004, la sous-capitalisation de l'APE] tout d’abord (pour des fonds propres de 49
M€, les dettes nettes s’établissaient à 159 Md€) et sa faible rentabilité (le
résultat net part du groupe de l’ensemble s’établissait à 4 Md€ pour un chiffre
d’affaires de 199 Md€…"
Les privatisations effectuées entre 1986 et 2004 ont rapporté 77 milliards d'euros. Sur ce montant, 57 milliards d'euros ont servi à recapitaliser des entreprises publiques et 4.7 milliards à financer des dépenses courantes du budget général de l'Etat ; 9 milliards d'euros sont allés au désendettement de l'Etat.
Le graphique ci-dessous, publié en juin 2006 par l'INSEE [171], montre l'évolution du nombre d'entreprises françaises contrôlées par l'Etat et de leur effectif total :
Fin 2004, l'Etat contrôlait encore 1288 entreprises représentant 914 000 salariés. Ces nombres baissent peu à peu, au fur et à mesure que l'Etat vend des participations dans ses entreprises pour boucher les trous de son budget.
France Télécom est un excellent exemple des désastres qui peuvent survenir lorsque l'Etat intervient dans le secteur marchand. Les fonctionnaires qui géraient cette entreprise, et ceux qui les supervisaient au Ministère de l'Economie et des Finances, ont voulu développer son marché en achetant d'autres entreprises, à l'étranger.
En principe, ce genre d'opération se fait en donnant des actions de la société qui achète en échange d'actions de celle qui vend, et en transférant ces actions en plusieurs fois, sur une durée de plusieurs années. Cette façon de faire a le mérite, si l'entreprise nouvelle regroupant les deux anciennes fait de mauvaises affaires, de payer l'acquisition avec des actions qui ont perdu de la valeur suite à ces déboires : le risque de mauvaises affaires après fusion est partagé entre acheteur et vendeur.
Mais la dilution du capital de France Télécom résultant des acquisitions avait un inconvénient inacceptable pour l'Etat français, qui devait rester largement majoritaire dans France Télécom du fait de lois qui l'y obligeaient. Pour ne pas contrevenir à ces lois en devenant minoritaire, l'Etat a décidé de payer ces acquisitions en espèces, prenant ainsi le risque, en cas de mauvaises affaires, de devoir payer avec de l'argent non dévalué.
A l'époque de ces achats, on pensait que les télécoms se développeraient si vite que chaque abonné au téléphone fixe ou mobile dépenserait une centaine d'euros par mois, espoir irréaliste qui ne pouvait naître que chez des fonctionnaires qui ne connaissaient rien au comportement et aux moyens de leurs concitoyens. Une fois cet enthousiasme délirant retombé, la vérité économique est revenue en force : les utilisateurs privés de téléphones n'acceptent presque jamais de payer autant chaque mois. On s'est alors aperçu que ce qu'on avait acheté cher ne rapporterait jamais assez pour rentabiliser l'investissement. La destruction de valeur des actions France Télécom fut colossale, et des centaines de milliers de petits porteurs d'actions y laissèrent leur chemise.
Après avoir surestimé le marché des télécoms, nos fonctionnaires, plutôt que de faire voter une autre loi, ont préféré faire courir à leurs actionnaires et leurs contribuables un risque qui se traduit par une dette de France Télécom de 57 milliards d'euros au 01/01/2004, selon les nouvelles normes comptables IFRS. Selon [101], le résultat net part du groupe étant de 3.2 milliards d'euros en 2003, il faudra de longues années avant que cette dette soit remboursée. Ainsi, la perte subie par les contribuables français et les divers actionnaires de France Télécom est d'environ 1000 euros par Français, homme, femme ou enfant. Voilà ce que nous coûte l'ambition de fonctionnaires irresponsables de faire des affaires ; voilà ce que les contribuables et les clients de France Télécom devront rembourser, intérêts en sus ! Et pas un de ces fonctionnaires n'a été sanctionné, bien entendu.
Le risque technologique
Du reste, les fonctionnaires qui ont fait l'erreur de payer en argent au lieu d'actions ont aussi fait une autre erreur, en plus de la mauvaise estimation de ce que les abonnés pouvaient payer : ils ont pris un risque technique qui s'avère de plus en plus insensé et lourd de conséquences.
Ce risque est celui de ne pas tenir compte de progrès techniques capables de mettre en cause la totalité du modèle économique de la téléphonie. Or un tel progrès est déjà là: c'est la téléphonie sur Internet, basée sur le protocole de communications « Voice on IP » (VoIP). Avec ce protocole (c'est-à-dire cet ensemble de conventions d'acheminement des informations) le coût de la transmission de la voix, quelle que soit la distance, est si insignifiant que la compagnie de télécommunications en fait cadeau, dans le cadre d'un abonnement à des services plus gourmands en capacité de communication, comme l'accès Internet à haut débit et la transmission de la télévision à la demande.
Non seulement la téléphonie fixe est touchée, mais la téléphonie mobile de 3ème génération, basée sur le protocole UMTS, est menacée par une technologie Internet à transmission radio, Wi-Fi / WiMax, déjà au point et opérationnelle dans certains lieux publics comme des aérogares. Les compagnies comme VODAFONE, qui ont investi de nombreux milliards dans UMTS risquent de ne jamais finir de déployer leur réseau, menacé d'obsolescence par Wi-Fi / WiMax.
L'existence de ce risque d'obsolescence technique accélérée, due à de nouvelles technologies capables d'apparaître et de s'imposer très vite, rend encore plus indispensable le paiement en actions des opérations de fusion-acquisition d'entreprises. Mais nos braves fonctionnaires ne l'ont pas vu venir…
Nous venons de voir pourquoi l'Etat ne doit pas intervenir dans le secteur économique marchand. Nous allons voir à présent des cas où l'intérêt public est qu'il intervienne.
Si un même groupe privé a le monopole de la fourniture de certains biens ou services nécessaires à beaucoup de citoyens, il peut profiter de l'absence de concurrents pour fixer des prix très élevés, pour gagner le plus possible. Ces prix seront alors trop élevés pour beaucoup de consommateurs, qui seront alors exclus de l'accès à ces produits ou services, ce qui est inéquitable.
Si, par exemple, un seul groupe privé avait le monopole de la fourniture d'électricité, celle-ci serait vendue très cher, trop cher pour les agriculteurs qui ont des machines à traire, trop cher pour les fabricants d'aluminium dont les fours Héroult consomment énormément de courant.
La France, comme l'Union européenne et de nombreux pays, s'est dotée de lois anti-monopoles, empêchant ceux-ci de se former, de subsister ou de fixer des prix trop élevés.
Mais un monopole d'Etat peut avoir les mêmes inconvénients qu'un monopole privé : l'Etat peut s'en servir pour prélever des impôts cachés dans les prix pratiqués. C'est ce qui s'est passé lorsque divers Etats européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, etc.) ont vendu des licences UMTS (droits d'utiliser des fréquences radio pour téléphoner) pour des dizaines de milliards d'euros. Ces prix ont été si élevés que les opérateurs mettront au moins dix ans à tirer de leurs clients de quoi amortir cet investissement ; et au total, ce sont les clients - c'est-à-dire des consommateurs - qui auront financé le budget des Etats. En France d'ailleurs, l'Etat est revenu sur ces prélèvements, dont l'ampleur aurait carrément bloqué le développement de la téléphonie UMTS, en restituant la quasi-totalité des licences perçues.
Il est clair que les investissements à très long terme, comme la construction des centrales nucléaires ou des ports maritimes, doivent être financés par l'Etat, car des investisseurs privés ne le feraient pas.
De même, la recherche fondamentale ou la recherche de médicaments pour les maladies rares doit être financée par l'Etat, ou même une coopération internationale, car ces recherches ne peuvent être rentables pour une entreprise privée.
L'Etat peut décider que l'intérêt des habitants d'un village reculé est de bénéficier d'une ligne d'autocars, sans laquelle ils l'abandonneraient. Il va alors subventionner cette ligne, faisant ainsi profiter les habitants de ce village d'argent pris aux autres Français.
L'Etat peut aussi décider de subventionner certains investissements initiaux permettant le démarrage d'entreprises. S'il s'agit d'un coup de pouce initial à des entreprises qui promettent ensuite d'être rentables, cet investissement public est une bonne chose. C'est ce qui s'est passé dans chacun des pays qui ont participé à la conception des AIRBUS, avions qui furent ensuite un succès commercial. Mais il y a aussi des exemples aberrants, comme celui des ZFU (Zones franches urbaines).
Voir en complément le texte "Les inégalités en France".
Ce sujet est traité de manière synthétique dans l'étude de 16 pages "France en panne, entreprises en fête".
Les remarques de M. Francis Mer
Dans [80] :
§ Page 31 M. Mer écrit :
"Les sondages montrent que tous les Français ou presque souhaitent devenir fonctionnaires, ce qui est évidemment inquiétant puisque cela veut dire recherche de garantie, recherche de protection, absence de confiance dans l'avenir."
Cette opinion est confortée par un sondage IFOP de mars 2005, cité par L'Express [157] :
"Selon un sondage réalisé en mars 2005 par l'Ifop, à l'occasion du Salon de l'emploi public, 70 % des jeunes âgés de 15 à 30 ans souhaitent intégrer l'une des trois fonctions publiques…"
§ Page 40, il ajoute :
"Beaucoup de Français voudraient arrêter la pendule de l'histoire parce qu'ils n'aiment pas ce monde qui change trop vite à leur goût et qu'ils n'ont pas assez confiance en eux pour affronter ces mutations avec sérénité."
[M. Mer pense sans doute à la panique qui s'empare de beaucoup de ses concitoyens quand on évoque la puissance des multinationales et de la mondialisation, ou le risque de voir des plombiers polonais arriver en France…]
§ Page 79, il décrit les préjugés des Français vis-à-vis de l'argent :
"…le patrimoine économique est diabolisé. Les Français dans leur ensemble ont toujours regardé la réussite comme quelque chose d'anormal. L'aventure de Bill Gates avec Microsoft est inenvisageable dans l'Hexagone. Une personne crée une entreprise qui devient leader dans un métier à très forte croissance. Il gagne énormément d'argent et décide d'en redistribuer l'essentiel par le biais de fondations : en France, c'est l'Etat qui aurait décidé à sa place de ce qu'il devait faire de l'argent qu'il avait gagné."
[M. Mer fait référence, ici, au fait que M. Gates est le plus généreux donateur de tous les temps. Il a donné 30 milliards de dollars à sa fondation, qui s'occupe d'œuvres charitables dans les domaines de la santé, de la formation, des bibliothèques, etc., notamment dans les pays pauvres. - De son côté, M. Warren Buffett en donnera 37 milliards de dollars. [82] ]
§ Pages 102 et 103, il déplore l'attitude des Français face au libéralisme :
"Le Français a plutôt envie d'être dirigé, à condition de se sentir protégé. Il n'est pas attiré spontanément par une organisation de la société où l'on cultive la liberté d'être et d'entreprendre tout en acceptant la responsabilité individuelle qui en découle."
"Regardez les sondages : ils montrent que trois Français sur quatre souhaiteraient que leurs enfants deviennent fonctionnaires ! A la liberté, ils préfèrent ce qu'ils croient être la sécurité de leur descendance, même si elle est accompagnée d'une certaine médiocrité."
Certains Français créent des entreprises…
Pour ne pas que les remarques qui précèdent et celles qui vont suivre donnent une image exclusivement négative de l'esprit d'entreprise des Français, il faut citer les statistiques [85], qui montrent que le nombre de créations d'entreprises croît en France depuis 2002.
Le « modèle social français » est constitué par cinq avantages que le pays procure à ses ressortissants :
§ Le salaire minimum garanti (SMIC), considéré comme une protection contre la misère ;
§ L'enseignement gratuit pour tous ;
§ L'assurance maladie, protection financière contre les conséquences d'une maladie et de l'arrêt de travail qui peut l'accompagner ;
§ Les pensions de retraite payées par des cotisations des travailleurs en activité (retraite par répartition) ;
§ Le droit au logement opposable, voté en 2007, qui garantit un logement à toutes les personnes résidant en situation régulière en France, même si elles n'ont pas les moyens de payer ce qu'il coûte.
Dans sa dimension économique (à laquelle les Français ne pensent pas) ce « modèle social » a pour corollaire l'intervention de l'Etat dans tous les secteurs d'activité, avec des subventions, des prix et salaires imposés, et des transferts sociaux importants. Le « modèle social français » est accompagné chez nous par un modèle économique qui ne diffère du communisme que sur deux points : la propriété collective des moyens de production n'est que partielle, et l'économie est relativement ouverte à la concurrence extérieure.
Les Français tiennent tellement à ce modèle social que la peur de le perdre en s'intégrant davantage dans l'Union européenne (libérale) leur a fait refuser le Traité constitutionnel. L'adhésion à ce traité n'aurait en rien mis en danger les acquis sociaux des Français, au contraire même puisqu'il contenait de fortes protections sous forme de droits explicites. Mais il a suffi aux adversaires du traité d'accuser faussement l'Union de le mettre en danger par excès de libéralisme pour que les Français votent « non ». Au passage, notons l'incapacité des politiciens favorables au traité, gauche et droite confondues, d'expliquer aux Français pourquoi le modèle auquel ils tenaient tant ne risquait rien…
La grande majorité des Français veulent une économie administrée par l'Etat.
Ils veulent que l'Etat résolve les problèmes de chômage, en créant des emplois là où des gens en attendent, en empêchant les entreprises de licencier ou de délocaliser et en indemnisant même les chômeurs qui refusent les emplois qu'on leur propose.
Ils veulent toutes ces choses impossibles parce qu'ils ne connaissent rien à l'économie. Leur ignorance commence par l'Education nationale, où on ne leur apprend rien qui soit utile en matière de compréhension des mécanismes économiques réels ; elle se poursuit avec les gouvernements successifs qui n'ont jamais communiqué sur ce sujet, comme si les citoyens étaient incapables de comprendre ou refusaient d'en entendre parler ; et elle s'approfondit avec le silence des médias, qui jamais ne prennent le temps d'expliquer un mécanisme économique. Comme l'écrit M. Mer dans [80] page 65 :
"… dans un pays où règne une inculture économique avérée."
Les Français veulent aussi que l'Etat oblige les entreprises privées à baisser leurs prix, lorsque celles-ci vendent leurs produits ou services trop cher à leur avis.
[C'est pour cela que, lorsqu'il était ministre de l'Economie, M. Sarkozy a fait pression sur la grande distribution et ses fournisseurs pour qu'ils baissent les prix payés par les consommateurs. (Oui, fait pression, car il n'avait aucun moyen légal de les y contraindre.) Il a obtenu une baisse dérisoire, de l'ordre de 1 %, qui a duré un trimestre et s'est volatilisée dès qu'il n'a plus été ministre, au profit d'une hausse des prix au 01/01/2005. Cette baisse de prix était donc une « mesure » purement démagogique et sans lendemain, mais beaucoup de Français y ont cru.
A titre d'exemple de la pression du ministre sur un des industriels, fournisseur d'une marque très connue à la grande distribution, on peut citer cette information publiée dans la presse : le ministre aurait menacé de dénoncer la marque de l'industriel à la télévision comme responsable de hausses des prix destinées à faire des profits sur le dos des consommateurs. Si l'information est exacte, quelle est la différence entre la France, qui se veut un état de droit, et une république bananière ?]
Il est clair que l'économie d'un grand pays moderne ne se gère pas à coups de menaces, mais avec des lois votées démocratiquement. Du reste, les traités de l'Union européenne signés par la France prévoient une concurrence maximum et libre d'interventions étatiques.
[Exemple d'intervention étatique interdite par l'Union européenne : les prêts à EDF, société en concurrence avec d'autres pour produire et distribuer de l'électricité. L'Etat français garantissait le remboursement de ces prêts, qui ne présentaient donc plus de risque pour les prêteurs ; cette absence de risques permettait à EDF de payer moins d'intérêts et de disposer d'autant d'argent qu'elle voulait pour se développer au détriment de ses concurrents. Cette concurrence d'EDF étant à l'évidence déloyale, l'Union européenne a obligé la France à y mettre un terme.
L'intervention de l'Etat dans l'économie introduit donc forcément des distorsions de concurrence, interdites dans l'Union européenne.]
Dans l'émission "C dans l'air" d'Yves Calvi du 06/03/2006 à 17h50, plusieurs intervenants qualifiés (M. Méhaignerie, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, un député spécialiste de ces problèmes, etc.) ont confirmé qu'il y a environ 2 500 mesures d'aide aux entreprises en vigueur destinées à favoriser l'emploi.
Ils ont tous déploré cette complexité ubuesque
et son inefficacité, malgré un coût élevé pour les contribuables. En rapprochant le nombre de
ces mesures et leur résultat - à peine moins de 10 % de chômeurs - on ne
peut manquer de conclure à l'incapacité de toutes les politiques économiques
jusqu'à présent de résoudre le problème, ainsi qu'à la volonté de tous les gouvernements
successifs de persuader les Français que l'emploi est leur priorité.
En fait,
malgré sa compétence, M. Méhaignerie ne connaissait pas
bien le sujet : le rapport [180] montre qu'il y a 6 000 mesures d'aide
aux entreprises et non 2 500, et que ces aides sont souvent
redondantes. Et elles coûtent 65 milliards d'euros par an, c'est-à-dire environ
4 % du PIB ! (Voir "L'incohérence des subventions
aux entreprises").
L'Etat commence donc par accabler les entreprises de taxes et charges sur le travail, pour leur restituer ensuite 24 milliards d'euros par an pour abaisser le coût de celui-ci, plus 8.3 milliards d'euros d'aides fiscales, 6.5 milliards d'euros d'aide à l'investissement, 6.3 milliards d'euros de sous-taxation de ventes et autant de subventions diverses, etc.
A voir notre taux de chômage et le faible nombre d'emplois créés, ces aides ne sont guère efficaces… Et elles accaparent des fonds qui pourraient être investis dans des actions qui préparent notre avenir ou améliorent notre compétitivité.
Autre exemple de gaspillage inouï : les
ZFU (Zones franches urbaines).
Il y a eu au XXe siècle deux types d'économie administrée : les économies communistes et les économies non-alignées. Les deux ont abouti au désastre économique (production insuffisante, d'où misère) et à des dettes extérieures insupportables (les gouvernements empruntant de l'argent à l'étranger sans pouvoir ensuite le rembourser).
§ Dans les économies communistes comme celles de l'URSS, de Cuba et de la Corée du Nord, l'Etat était propriétaire des moyens de production : usines, terres, industrie pétrolière, etc. Il planifiait les besoins (exemple : combien faut-il de paires de chaussures de chaque type et chaque taille l'année prochaine). D'après ses plans, il distribuait le travail et fixait les quantités à produire et les prix. Mais après 70 ans d'économie planifiée il a bien fallu constater que la planification n'était jamais assez précise, les quantités produites et les délais ne pouvant être estimés correctement.
Si on avait prévu trop peu de produits on aboutissait à des pénuries, d'interminables files d'attente et du marché noir. Si on avait prévu des besoins trop grands, on aboutissait à des gaspillages ; ce fut le cas pour l'acier et de nombreux biens divers. La réalisation des plans a toujours été mauvaise : en général on ne produisait pas assez ou pas dans les délais [104].
La corruption des fonctionnaires était la règle, ceux-ci profitant de leur pouvoir pour arrondir leurs fins de mois. Tout individu étant plus disposé à travailler dur pour lui-même que pour la collectivité (notamment lorsque sa rémunération dépend de son travail et non de son ancienneté), la démotivation des travailleurs était générale, d'où une mauvaise qualité, des gaspillages et un mauvais rendement.
Pour plus de détails sur l'échec du communisme, voir Comparaison entre libéralisme et communisme.
L'échec de ces expériences communistes a été total et il n'y a pas de raison pour qu'un tel modèle économique soit davantage viable en France.
§ Dans les économies des pays non alignés comme l'Inde, la Yougoslavie et l'Egypte, l'Etat n'était propriétaire que d'une partie des moyens de production, mais il intervenait dans tous les secteurs de l'économie : des bureaucrates autorisaient ou interdisaient à tout moment toute initiative.
Comme dans les économies communistes, les travailleurs étaient très peu productifs et la bureaucratie tatillonne, écrasante et coûteuse pour le pays.
L'échec économique des non alignés a été à peu près aussi total que celui des communistes : voir la comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés ».
Les gouvernements des pays communistes ou non alignés ont beaucoup emprunté aux pays avancés pour acheter les articles que leurs pays ne pouvaient produire. Voici pourquoi. Les économies de ces pays aux frontières fermées étaient isolées de la concurrence et des progrès technologiques des pays avancés. Elles devinrent incapables de produire des biens vendables à ces pays, leur qualité et leur productivité ne supportant pas la concurrence. Peu à peu, leurs importations dépassant les exportations, ces pays s'endettèrent jusqu'au point où les prêteurs occidentaux refusèrent de faire encore crédit et exigèrent le remboursement des dettes, remboursement impossible pour des économies devenues rétrogrades et exsangues.
La première erreur des Français
est donc de croire que leur économie doit être administrée par l'Etat.
Ils ont tort d'attendre que des sociétés
privées se comportent comme des services publics, dont les prix sont fixés par
l'Etat comme ceux des médecins, d'EDF, de La Poste ou de la SNCF. En faisant
cette erreur, beaucoup de nos concitoyens prouvent qu'ils n'ont pas compris, ou
même qu'ils rejettent, la notion d'économie libre, où le prix d'un produit ou
d'un service marchand résulte seulement de l'offre et
de la demande. Ils voudraient que tous les produits ou services soient vendus
avec des subventions d'Etat, sans tenir compte que l'Etat ne peut avoir les
moyens de tout subventionner que s'il commence par les prendre aux citoyens.
Il est donc
lamentable que notre pays compte encore autant de communistes et de
syndicalistes d'extrême gauche, qui plaident pour que l'Etat demeure
propriétaire des moyens de production, comme en URSS ; ils veulent que
l'on ne privatise pas les entreprises d'Etat, pour que leurs salariés ne soient
pas soumis à la concurrence, obligés de travailler dur et risquent de perdre
leur emploi s'ils travaillent mal ou si la conjoncture est mauvaise.
Pour plus de détails, voir :
§ Le rapport sur « l'indice de liberté économique » [41], excellent si on ignore la prétention de ses auteurs de se servir de leur indice pour prédire l'aptitude d'une économie à la croissance ;
§ Le paragraphe "Loi du marché et justice sociale" ;
§ Le paragraphe "Justification des licenciements « boursiers »".
§ La synthèse France en panne, entreprises en fête.
Le graphique ci-dessous est issu de [172] :
Dépenses des administrations publiques en euros/habitant
On voit que dans tous les pays européens cités l'Etat dépense de plus en plus, et qu'en France il dépensait en 2004 13 % de plus qu'au Royaume-Uni et 87 % de plus qu'en Espagne.
Entre une économique de marché, dominée par la libre entreprise et la loi de la concurrence, et une économie administrée, dominée par l'Etat et ses fonctionnaires inefficaces, il existe des secteurs d'activité où une troisième voie est nécessaire à l'utilisation optimale des ressources de la société et à la satisfaction de certains besoins, celle de l'économie sociale.
Il ne faut pas confondre l'expression « économie sociale » ci-dessus avec « l'économie sociale » prônée par le Premier ministre De Villepin, qui n'est qu'un slogan médiatique créé de toutes pièces pour s'opposer à « la rupture » prônée par M. Sarkozy et, avant lui, par M. Bayrou.
L'économie sociale de M. De Villepin est en fait un concept flou esquissant une économie administrée à très forts transferts sociaux et influences syndicales, utopique dans le cadre du Marché commun et de l'économie mondialisée du XXIe siècle, mais qui paraît désirable à la majorité des Français du fait de leur incompétence totale en matière d'économie et de leur peur du libéralisme ; c'est une évolution encore plus sociale - donc inefficace - du modèle économique en vigueur depuis l'arrivée au pouvoir de M. Jospin en 1997, modèle qui a fait reculer fortement la France parmi les pays comparables, en matière de PIB comme de chômage.
Nous venons de voir que tous les gouvernements français successifs sont intervenus, et interviennent encore constamment, dans de nombreux secteurs économiques. Notre pays étant démocratique, cette ingérence est voulue par une majorité de Français. Mais un gouvernement est-il constamment à l'écoute des citoyens de manière à agir pour le bien public ? Hélas, non : nous allons voir qu'il agit surtout en fonction de l'image que les médias donnent de son action et des événements qui surviennent, c'est-à-dire de l'émotion du public.
Exemple 1 : la « vache folle » et la fièvre aphteuse
Avez-vous remarqué l'énormité de la couverture donnée par la télévision, sous le gouvernement Jospin, aux problèmes de sécurité alimentaire, notamment la "vache folle" (ESB) et la "fièvre aphteuse" ? Bien sûr, nous ne voudrions pas tomber malades et nous demandons qu'on nous protège. Seulement, les médias ont très peu dit que :
§ dans l'hypothèse la plus pessimiste, le nombre de personnes en France qui risquent de mourir de la forme humaine de l'ESB est de quelques milliers dans les 30 prochaines années, soit tout au plus 100 par an ;
§ la fièvre aphteuse est désagréable, mais n'est mortelle ni pour l'homme ni pour les bêtes.
Hélas, le résultat de la surmédiatisation de l'ESB a été tel sur le public, que la consommation de viande bovine a baissé et que le gouvernement s'est cru obligé d'allouer des crédits de recherche sur cette maladie hors de proportion avec le risque qu'elle fait courir : 70 millions de francs en 2000, 210 millions de francs en 2001
(sources : www.recherche.gouv.fr/discours/2000/dprion.htm et http ://www.cjd.ed.ac.uk/figures.htm).
En revanche, on peut estimer à moins de 600 millions de francs par an les crédits alloués à la recherche sur le cancer, y compris ceux collectés par les associations "La Ligue" (150 millions de francs) et "ARC" (250 millions), dont les fonds ne proviennent pas de l'Etat. Voici ce qu'on trouve au sujet du cancer dans le rapport du Sénat http ://www.senat.fr/rap/l97-085-4/l97-085-4_mono.html#toc1572 :
"Le budget de la santé ne comporte pratiquement pas de moyens spécifiquement consacrés à la politique de lutte contre le cancer. Le cancer reste la seconde cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires, avec 28% des décès, et la première cause de mortalité prématurée, avec 37% des décès avant 65 ans."
Le cancer, qui représente des dizaines de milliers de décès par an, recevait donc moins d'argent du gouvernement Jospin que l'ESB qui en représente au maximum une centaine. En comptant les subventions des associations (La Ligue, ARC), la recherche sur le cancer ne disposait que de 2.5 à 3 fois plus de crédits que celle sur l'ESB, qui représente pourtant un risque des centaines de fois plus faible pour la population.
Du fait de la surmédiatisation de l'ESB, le gouvernement Jospin a donc gouverné en fonction de l'émotion générée par les médias. Et ce constat, valable en son temps pour un gouvernement de gauche, l'a aussi été, en d'autres occasions, pour d'autres gouvernements.
Exemple 2 : utiliser les médias pour faire bouger un ministre
En 1977, j'étais président d'une association de défense des riverains d'un petit aérodrome des Yvelines contre le bruit des avions. Depuis des années, nous demandions une réduction du bruit des quelques 140 000 décollages, atterrissages et survols annuels de petits avions, souvent démunis de silencieux. Malgré d'innombrables réunions en préfecture, à Versailles, avec le Préfet et Aéroports de Paris, gestionnaire de l'aérodrome, nous n'avions rien obtenu. Le bruit des petits avions, par ailleurs bien sympathiques et pilotés par des enthousiastes comme mon propre fils, restait vraiment très gênant.
Mon association avait le soutien des maires des communes environnantes, dont plusieurs étaient membres. Lors d'une réunion de l'association, un soir, j'ai obtenu la présence des 5 sénateurs des Yvelines et du député de la circonscription, qui ont tous adhéré à l'association. Dès la semaine suivante, le député posait une question à l'Assemblée nationale au ministre des transports, M. Joël Le Theule, sur ce qu'il comptait faire pour réduire les nuisances. Puis un des sénateurs en a fait autant au Sénat. Mais les réponses écrites à ces questions d'élus n'ont rien apporté : à l'évidence, l'administration faisait la sourde oreille.
Alors un samedi j'ai organisé une manifestation. Une centaine de voitures sont allées de l'aérodrome à Versailles en klaxonnant tout le long du chemin. Une fois arrivés, nous nous sommes arrêtés dans une des grandes avenues menant au château, qui s'est ainsi trouvé bloquée. Des CRS sont venus en cars bloquer notre progression. Nous avons discuté avec eux, et eux par radio avec la préfecture. Nous demandions à voir le préfet. Il ne nous a pas reçus. Nous sommes repartis à petite vitesse en klaxonnant de nouveau.
Il n'y avait eu aucune violence, pas même verbale, mais nous avions bloqué la circulation d'une partie de Versailles et des milliers de personnes étaient désormais au courant de nos revendications. Des journalistes nous accompagnaient, les CRS les ont vus et l'ont dit au Préfet. Le surlendemain, un collaborateur du ministre des transports me convoquait au ministère, où le ministre m'a serré la main et m'a décrit en dix minutes les mesures qu'il prenait. Celles-ci satisfaisaient 100% de nos revendications : nous avions gagné.
Moralité : ce qui importe avec l'administration, ce n'est pas d'avoir raison, ni même d'avoir l'appui de personnalités comme des maires, un député et des sénateurs, c'est qu'elle craigne des désordres sociaux visibles par les médias. Des manifestations de mécontentement relayées par les médias risquent d'être exploitées par des opposants au pouvoir en place et d'avoir des retombées électorales : un gouvernement digne de ce nom doit tout faire pour les éviter.
Un Etat systématiquement sourd, d'où des conflits
L'Etat français, qu'il soit de gauche ou de droite, n'écoute presque jamais aucune demande ou revendication. C'est là une habitude qu'il a depuis des décennies, particulièrement depuis que son budget est si serré qu'il n'a jamais les moyens de les satisfaire.
En même temps, il a horreur des troubles sociaux et craint de perdre des voix si la télévision donne l'impression que les gens sont mécontents. C'est pourquoi tous ceux qui n'ont pas réussi à se faire entendre déclenchent des conflits sociaux durs et tentent d'obtenir le maximum d'échos dans les médias. Obtenir par cette pression ce qu'on n'a pu obtenir par les élections et la concertation est antidémocratique, mais efficace. Exemples :
§ C'est la stratégie classique des syndicats des transports publics : SNCF, RATP, Air France, qui prennent des centaines de milliers de voyageurs en otage et font, en moyenne, plusieurs grèves par jour.
§ C'est la méthode des routiers, des marins-pêcheurs et des agriculteurs : barrages de routes, blocage de dépôts d'essence, destructions de marchandises...
§ C'est à quoi sont réduits les chercheurs, les médecins et les infirmières, pas assez nombreux, sous-payés et insuffisamment respectés.
Un exemple entre dix dans le secteur de la santé : le 24/01/2005, un représentant syndical des dentistes avouait dans le journal Europe midi que ses confrères faisaient systématiquement attendre les bénéficiaires d'une couverture médicale gratuite (chômeurs, etc.) en leur donnant des rendez-vous après ceux des patients qui payaient un tarif normal. Les honoraires qu'ils touchaient de l'assurance maladie pour ces chômeurs étant bloqués depuis 5 ans, s'ils prenaient une trop forte proportion de ces malades peu rentables dans leur mois ils ne gagnaient plus assez pour que leur cabinet survive. Le gouvernement était au courant, mais faute d'argent attendait qu'une crise médiatisée justifie qu'il en trouve quand même.
Nos politiciens redoutent beaucoup les manifestations de mécontentement montrées par les médias, télévision en tête. Ils en ont si peur qu'ils finissent souvent par céder. Les syndicats sont passés maîtres dans l'art de médiatiser leurs revendications. Le gouvernement, qui tient grand compte des manifestations, leur accorde une représentativité des salariés qu'ils n'ont pas et perdent de plus en plus. En France, la très grande majorité des syndiqués sont des fonctionnaires, alors que ceux-ci ne représentent que 20% du total des travailleurs. La baisse de la représentativité des syndicats est un phénomène mondial, illustré par le graphique suivant issu de [111].
Baisse historique du taux de syndicalisation
Les 9% de syndiqués, essentiellement des fonctionnaires de gauche et d'extrême gauche, sont répartis entre plusieurs centrales syndicales ; aucune de celles-ci ne représente donc plus un nombre significatif de travailleurs français.
Le graphique ci-dessous représente le taux de syndicalisation en Europe en l'an 2000, selon [149] :
On voit que c'est en France que les travailleurs sont le moins syndiqués, et de loin. Leur représentativité est donc très faible - particulièrement en dehors de la fonction publique - et les divers gouvernements ont tort de leur attribuer une grande importance et de les subventionner sans leur demander de publier leur comptabilité.
Le graphique ci-dessous, issu de [150], montre qu'en plus le syndicalisme concerne essentiellement les travailleurs (donc les fonctionnaires) les plus âgés, et les hommes bien plus que les femmes.
Taux de syndicalisation en France selon l'âge et le sexe en 2002
Voir en complément : "Pour des syndicats utiles".
Conclusion
Faute d'argent, le gouvernement français n'anticipe pas les problèmes (le seul contre-exemple concerne les retraites). Il ne fait que réagir aux crises, en distribuant alors assez d'argent pour faire disparaître les sujets des journaux télévisés, ou pour satisfaire sa clientèle électorale réelle ou espérée (buralistes, éleveurs subventionnés à hauteur de 1 à 2 euros par vache et par jour - plus que ce que 2 milliards d'hommes ont pour vivre, etc.)
Dans une économie à forte intervention de l'Etat comme l'économie française, la priorité était traditionnellement la satisfaction, dans l'ordre décroissant : des fonctionnaires (représentés par leurs syndicats), des salariés les plus pauvres, des autres salariés, et enfin des corporations qui savaient médiatiser leurs revendications (agriculteurs, routiers, etc.)
Cette priorité se manifestait par du « Y a qu'à » : on imposait la rémunération des salaires, ainsi que des prix, des subventions et des taxes, et l'économie n'avait qu'à s'adapter comme elle pouvait.
Tant que la concurrence a été assez faible, cette priorité a donné satisfaction ; et l'habitude a été prise de penser que cette politique était normale et juste.
Mais aujourd'hui notre économie est beaucoup plus ouverte, la concurrence est bien plus forte et la priorité a changé : c'est le consommateur qui est roi. Si on fait n'importe quoi avec les salaires et les subventions, on casse la croissance et on génère du chômage. Hélas les mentalités n'ont pas changé, parce que ni les médias ni le gouvernement n'informent les Français ; d'où des conflits incessants entre des mesures considérées comme « normales » et ce qui est économiquement possible.
Nous verrons dans la suite de ce cours des exemples de conflits de ce type. Mais nous pouvons illustrer ce qui précède par cet extrait de [80] page 149 :
"La transparence, par exemple, me paraît devenir une nécessité pour les responsables politiques, qui doivent
expliquer à une population de plus en
plus éduquée et avide de comprendre ce qu'ils ont fait, le pourquoi et le comment de ce qu'ils font et de ce qu'ils comptent
faire.
Il est désormais
nécessaire de rendre des comptes
aux électeurs autrement qu'à travers la simple sanction du
scrutin. De même que les entreprises publieront
un jour leurs comptes en continu, l'Etat doit expliquer son action de manière permanente. Les médias, s'ils s'en donnent la peine, sont là pour
jouer le rôle des analystes
financiers, d'une certaine manière.
De la même façon, le gouvernement devra rendre compte périodiquement de sa stratégie et des
changements de cap, à la manière dont
une équipe dirigeante le fait annuellement devant l'assemblée générale des actionnaires : « Nous vous avions promis ceci au moment de la campagne
électorale mais nous avons changé
d'objectifs. Voici pourquoi notre nouvelle orientation est
meilleure. » C'est ainsi que les politiques
devraient parler au pays.
La transparence des actions de l'Etat signifie aussi leur quantification. C'est-à-dire des chiffres et pas seulement du verbe. Roosevelt s'adressait à ses concitoyens toutes les semaines par l'intermédiaire de la radio. Pourquoi ne pas imaginer une conférence de presse du chef de l'Etat ou de gouvernement, à échéances régulières, pour rendre compte et répondre aux interrogations du public ?"
Ce sujet est traité de manière très complète dans l'étude qui lui est consacrée : "Chômage : savoir et agir". Le texte qui suit n'est qu'un résumé.
Nous venons de voir que les Français veulent une économie administrée par l'Etat. Pour voir si cette opinion politique est justifiée autrement que par la comparaison avec les échecs du communisme [104], examinons successivement les diverses origines du chômage.
§ Nous savons déjà, après avoir comparé ci-dessus la performance de plusieurs pays, que de mauvais choix politiques peuvent entraîner une croissance insuffisante du PIB, qui à son tour entraîne une croissance insuffisante - voire négative - des emplois.
§ Nous savons aussi (exemple allemand) qu'un choix de taux de référence trop élevé par la Banque Centrale peut freiner les investissements, ce qui freine la croissance du PIB, donc celle de l'emploi.
§ Nous savons également (exemple de l'Allemagne de l'Est lors de la réunification), qu'une ouverture trop rapide d'un marché à la concurrence peut y créer des faillites d'entreprises et du chômage.
§ Nous savons enfin que l'Etat ne peut pas, même avec des investissements massifs pendant de longues années (comme ceux de l'Allemagne de l'Ouest à l'Est), créer des emplois viables et en nombre suffisant pour lutter contre le chômage.
Tous ces exemples prouvent que certaines politiques économiques sont moins bonnes que d'autres, et nous verrons encore d'autres erreurs dans la suite de cet ouvrage.
L'économie allemande a une différence fondamentale avec l'économie française : les exportations y représentent une part importante du PIB, l'Allemagne étant le premier exportateur mondial, devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Ces exportations sont en grande partie des biens d'équipement : machines-outils, électronique, automobiles, etc.
L'Allemagne exporte beaucoup en Asie, où certains pays ont une croissance explosive. Les exportations allemandes croissent donc rapidement, en générant des embauches, et tirent le reste de l'économie, plutôt atone.
Imaginons à présent une récession dans les pays qui importent ces biens d'équipement allemands. Cette récession entraînera immédiatement une baisse des importations de ces marchandises allemandes, baisse dont l'Allemagne n'est pas responsable, mais dont son économie souffrira beaucoup, notamment en perdant des emplois.
Cet exemple montre que le chômage peut être dû à une évolution du contexte économique. Si cette évolution est due à une insuffisance de la demande globale, on parle de « chômage conjoncturel ».
Dans la mesure où cette évolution n'a pu être prévue (par exemple parce qu'elle résulte d'une crise pétrolière, elle-même conséquence d'événements au Moyen-Orient), le gouvernement allemand n'en est pas responsable. Si alors les Allemands l'en tiennent pour responsable en votant pour d'autres politiciens, ils font peut-être un mauvais choix, dicté par la colère et l'ignorance des lois économiques.
Si l'évolution, prévue ou non, s'est avérée tellement rapide que l'économie n'a pas eu le temps de s'adapter (comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est lors de la réunification brutale avec l'Ouest), le chômage croîtra également. Le gouvernement ne pourra, alors, que prendre des mesures d'adaptation de l'économie au nouveau contexte, mesures qui produiront peut-être leur effet au bout de deux ou trois ans seulement. Dans ce cas aussi, une sanction électorale est peut-être inadaptée et due à la méconnaissance par les citoyens des lois de l'économie, ainsi qu'à l'inaptitude de ses politiciens et de ses médias à les expliquer.
Le chômage conjoncturel est dit keynésien lorsque la production demandée est inférieure à la production offerte, c'est-à-dire lorsque les capacités de production de l'économie sont sous-utilisées. Le sous-emploi résulte alors de cette sous-utilisation, donc de l'insuffisance de la demande.
L'Etat peut alors être tenté de relancer la consommation en distribuant de l'argent ou en diminuant ses prélèvements, c'est-à-dire en faisant une politique keynésienne (ainsi nommée parce qu'elle a été recommandée par l'économiste John Maynard Keynes dans son célèbre ouvrage de 1936 "La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie".) Il se procurera de quoi financer le déficit budgétaire de cette politique en empruntant, ce qui reportera sur les générations suivantes la charge de remboursement de cet emprunt.
Il faut bien voir que cette politique ne peut réussir que si cette relance de la consommation est pratiquée simultanément par tous les pays d'une vaste zone économique, ou dans un pays à l'économie gigantesque comme les Etats-Unis (où le Plan Bush a relancé l'économie en 2003 à partir de baisses d'impôts).
En effet, lorsqu'ils reçoivent soudain de l'argent sur lequel ils ne comptaient pas, la plupart des gens le dépensent rapidement. Si l'économie du pays est en fort sous-emploi, elle redémarre vigoureusement. En même temps, sachant que les importations représentent en France environ 26 % du PIB, sur chaque euro supplémentaire dépensé, 26 centimes vont à des importations.
Par contre, si la capacité de production de l'économie française ne peut répondre à un accroissement soudain de la demande, ce sont les importations qui satisfont cette demande en explosant ; en même temps, il se produit en France une hausse des prix intérieurs par excès de la demande, hausse qui rend les produits importés moins chers. Et si les principaux partenaires commerciaux ne font pas eux-mêmes une relance keynésienne de la consommation en même temps que la France, non seulement c'est leur capacité de production qui satisfait la demande d'importations supplémentaires de la France (qui a fait la relance toute seule), mais leurs produits étant plus compétitifs parce qu'ils n'ont pas subi d'inflation, leurs exportations en France explosent.
En France, lorsque le gouvernement de gauche Mauroy a pratiqué cette politique de relance de la consommation en 1981 sans que le reste de l'Europe suive, le pouvoir d'achat distribué ne s'est guère traduit par un redémarrage de l'économie française. Il s'est traduit par de l'inflation, une explosion des importations et un déficit commercial insupportable dès 1982, puis par un plan de rigueur en 1983 accompagné de trois dévaluations du franc (dont deux en moins d'un an) : la gauche a alors été obligée d'admettre que son idéologie marxiste lui avait fait commettre une erreur en violant une loi économique connue.
Donc si un politicien français propose à ses concitoyens une politique de relance de la consommation qui ne s'étend pas - au minimum - à l'ensemble de l'Union européenne, c'est un démagogue et il ne faut pas voter pour lui. Il faut que la leçon des années 1982-1983 nous ait au moins appris cela. C'est pourquoi, lorsque le candidat président Chevènement a proposé aux élections d'avril 2002 de faire une relance keynésienne de l'économie française, tout seul et sans s'occuper du reste de l'Union européenne, il est heureux qu'il n'ait pas été élu, car il nous aurait fait subir le même désastre et la même honte que M. Mitterrand en 1983.
En outre, dans la France du XXIe siècle, une relance keynésienne aurait un handicap supplémentaire : beaucoup de Français mettraient l'argent supplémentaire reçu de l'Etat à la Caisse d'Epargne au lieu de le dépenser. La raison est très française : nous sommes un des peuples les plus inquiets du monde quand il s'agit de l'avenir, les ménages français épargnent 15 % de leur revenu disponible, 30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais. Cela vient de notre peur du chômage et cela freine notre économie.
Il faut bien voir, aussi, qu'une relance keynésienne produit un fort accroissement de la dette nationale, qu'il faudra un jour rembourser avec intérêts. Or pour rembourser cette dette, l'Etat devra avoir un budget en excédent, c'est-à-dire prélever sur les contribuables plus d'argent qu'il n'en dépense pour eux : il devra alors faire le contraire de la relance, en reprenant l'argent distribué augmenté des intérêts. Et comme cela risque de se produire plusieurs années ou même dizaines d'années après, une relance keynésienne se fait toujours aux frais des générations suivantes, ce qui est assez immoral. La seule manière pour que le remboursement de la dette soit peu douloureux est que le pays bénéficie d'une très forte croissance, qui produira alors l'excédent budgétaire sans baisse du niveau de vie des citoyens.
Mais compte tenu de la forte intégration de l'économie française dans celle de l'Union européenne, une très forte croissance de la France a peu de chances de se produire sans une croissance comparable des pays partenaires. Et une telle croissance est peu probable vu le nombre de pays comme la France, l'Allemagne, la Belgique, etc., qui dépensent l'argent public en transferts sociaux avant que l'économie ait produit les richesses correspondantes, d'où leur déficit et leur fort endettement qui durent depuis des décennies.
Chaque gouvernement de l'Union européenne dispose d'économistes, d'analystes financiers et d'analystes politiques qui essaient de prévoir les évolutions à court, moyen ou long terme de la conjoncture générale, et de celle particulière aux principaux secteurs d'activité.
Bien que leur compétence et leur volonté de bien faire soient incontestables, certaines évolutions sont imprévisibles. D'autres sont prévisibles parce qu'il s'agit d'évolutions à long terme, comme l'impact de la croissance de la Chine et l'Inde, qui vont de plus en plus accaparer les matières premières de la planète et monopoliser les fabrications en grande série. D'autres, enfin, sont liées à des cycles économiques, c'est-à-dire à des alternances plus ou moins régulières de périodes d'expansion et de stagnation ou récession.
Un gouvernement peut donc essayer de favoriser certaines évolutions économiques en prévision d'évolutions prévues de la conjoncture, par exemple en favorisant l'évolution de l'enseignement et de la recherche dans les domaines concernés, ou en créant les infrastructures nécessaires [135].
C'est ainsi par exemple que le port de Baltimore, aux Etats-Unis, en pleine dépression économique suite à l'évolution de la conjoncture, s'est doté des installations nécessaires pour recevoir les navires porte-conteneurs ; il est aujourd'hui le seul port de la côte Est des Etats-Unis qui offrent cette possibilité, et le nombre d'emplois qui en est résulté est tel que la ville est de nouveau prospère.
En outre, on peut et on doit renforcer la publication et l'utilisation d'études comme "Avenirs des métiers" [26] pour prévoir vers quelles qualifications il faut orienter les formations.
Il est clair qu'une économie résiste d'autant mieux aux aléas comme ceux que nous venons de voir qu'elle est plus diversifiée, diversification qui exige une certaine taille. Si, dans une grande économie diversifiée, un secteur subit le choc d'une crise, l'économie pourra s'appuyer sur les autres secteurs, encore sains, pour financer les mesures de reconversion et d'aide temporaire aux chômeurs du secteur en crise. C'est une des principales raisons d'être du marché commun à monnaie unifiée de l'Union européenne.
Depuis 1981, les gouvernements successifs de la France ont systématiquement privilégié les travailleurs modestes, en durcissant la législation du travail en leur faveur, en augmentant la coûteuse protection sociale et en donnant chaque année des « coups de pouce » au SMIC. Les entreprises ont réagi de plusieurs manières.
§ En substituant le plus possible du capital au travail. Chaque fois qu'un investissement en matériel permet de se passer de salariés, les patrons français lui accordent la priorité.
§ En réorganisant l'activité, de manière à augmenter la productivité sans embaucher. Cet effet a été particulièrement important en tant que réponse des entreprises aux "35 heures".
§ En n'embauchant pas de salariés supplémentaires, quitte à perdre un peu de chiffre d'affaires, tout simplement parce qu'au prix qu'ils coûtent, avec les charges sociales obligatoires, ils ne sont pas rentables.
§ En recourant au travail temporaire ou aux CDD. Ce recours provient aussi de la tendance des entreprises à privilégier les salariés qu'elles ont (appelés insiders en anglais) par rapport à ceux qu'elles emploient temporairement (outsiders). Cette attitude, compréhensible sur le plan humain, a cependant l'inconvénient de priver les entreprises de « sang neuf » : personnel plus jeune et plus dynamique, et personnel capable d'apporter du savoir-faire acquis ailleurs.
§ En délocalisant. Une production peut être transférée à l'étranger, ou sous-traitée, ou remplacée par des achats.
Voir aussi "Relation entre taux de chômage et salaires".
Dans certaines professions (bâtiment, agriculture, tourisme, spectacles, etc.) le chômage fait partie du métier. En période de chômage, les gens qui veulent travailler exercent alors un autre métier, ceux qui ne veulent pas vivent d'indemnités, parfois généreuses comme dans le cas des intermittents du spectacle.
On appelle « chômage
frictionnel » le chômage
des travailleurs qui viennent de quitter un emploi et vont en trouver un autre,
ou celui des personnes à la recherche de leur premier emploi. Voici comment il
se produit et s'entretient.
Nous verrons ci-dessous au paragraphe "Renouvellement naturel des produits" qu'il y a en France, chaque jour ouvrable, 27 000 travailleurs qui quittent leur emploi. Certains ne retrouvent un emploi qu'au bout de quelques semaines. La preuve qu'ils le retrouvent le plus souvent est que le chômage est à peu près stable, à 9.8% en septembre 2005 ; si, par exemple, le tiers seulement d'entre eux n'en retrouvait pas, le nombre de chômeurs augmenterait de 9000 par jour, c'est-à-dire de plus de 2 millions par an.
Nous verrons aussi au même paragraphe que la France détruit chaque jour ouvrable 10 000 emplois, parce que des produits ou services deviennent techniquement obsolètes ou démodés. Et, comme précédemment, nous verrons que le pays crée aussi chaque jour 10 000 emplois nouveaux, pour de nouveaux produits ou services. Mais ce phénomène-là génère, lui aussi, un certain nombre de chômeurs temporaires.
Le chômage frictionnel est donc un phénomène naturel, qui n'est pas inquiétant tant que les chômeurs frictionnels retrouvent du travail rapidement ; c'est là que la politique du gouvernement intervient.
Il faut savoir, d'ailleurs, que 2% seulement des 27 000 départs quotidiens de salariés sont dus à des licenciements économiques (540 emplois) ; c'est insignifiant, mais c'est pourtant pour empêcher ces 2 %-là que la France s'est dotée d'un ensemble de textes très contraignant. En essayant d'empêcher les licenciements, comme il le fait en France, le gouvernement lutte contre 2 % du phénomène naturel du chômage frictionnel.
Remarquons aussi que les médias, et particulièrement la télévision, parlent de chaque licenciement qui dépasse quelques dizaines de salariés en inquiétant le public, mais ne parlent pas des fins de contrat à durée déterminée, qui concernent pourtant 26 fois plus de salariés ! Et ils ne parlent jamais du fait que chaque jour 10 000 emplois sont créés pour remplacer les emplois détruits, parce qu'ils génèrent de l'audience seulement avec les mauvaises nouvelles, pas les bonnes.
Craignant de ne pouvoir licencier des
travailleurs dont ils n'ont plus besoin, lorsque les affaires de leur
entreprise vont moins bien suite à une évolution du marché, les patrons
n'embauchent plus que des travailleurs temporaires, ou presque plus ;
c'est pourquoi il y a chaque jour, en France, 14 300 travailleurs qui
quittent leur emploi parce que leur contrat à durée déterminée (CDD) a pris
fin ; 14 300 sur 27 000, cela fait 53%. Les lois anti-licenciements créent donc la précarité, il faut le
savoir !
C'est dans les pays où il n'y a presque pas de protection contre les licenciements qu'on trouve le moins de chômeurs : Royaume-Uni, Etats-Unis, Irlande, Suisse, etc.
En outre, quand les statistiques de l'emploi aux Etats-Unis citent un taux de chômage de 5 %, il faut savoir que ce taux tient compte d'un chômage frictionnel beaucoup plus important qu'en France, parce qu'aux Etats-Unis la mobilité bien plus grande des salariés augmente le nombre de ceux qui sont entre deux emplois. Le chômage grave, qui est le chômage structurel, est extrêmement faible dans ce pays.
C'est dans les pays où on protège trop ceux qui ont un emploi, que ces mesures empêchent ceux qui n'en ont pas d'en trouver un ou de sortir de la précarité, d'où un chômage élevé : France, Allemagne, etc.
Conclusion :
lorsqu'un politicien qui veut se faire élire propose de durcir encore plus les
contraintes des contrats de travail, d'indemniser encore plus le chômage, d'obliger
une entreprise d'investir pour créer artificiellement des emplois lors d'un
licenciement, etc., il ne faut pas l'élire, car il veut agir contre l'intérêt
des travailleurs.
Le chômage frictionnel est donc un phénomène inévitable parce que les changements d'emploi le sont. Le taux de chômage ne peut donc jamais être zéro.
Le gouvernement et les collectivités locales ne peuvent lutter contre le chômage frictionnel lui-même, mais seulement contre le temps nécessaire à un salarié pour retrouver un emploi. Il organise donc la communication aux entreprises des listes de demandeurs d'emploi et aux chômeurs la liste de postes disponibles : c'est l'affaire de l'ANPE. Il offre aussi diverses aides à la mobilité, c'est-à-dire au déménagement d'une région à une autre, et d'autres dispositifs de retour à l'emploi.
On appelle taux de « chômage
structurel » le taux minimum
de chômage des travailleurs d'un pays. A l'évidence, en situation de plein
emploi ce taux minimum est égal au taux de chômage frictionnel ; il lui
est supérieur en général, puisqu'il y a des gens qui ne retrouvent pas
d'emploi. Selon [128], ce taux en France est de l'ordre
de 9 %, valeur très élevée et incompressible en moins de quelques années,
quelles que soient les promesses des gouvernements successifs.
§ La première cause du chômage structurel est le manque total de qualification :
· dizaines de milliers de jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, sans même savoir correctement lire, écrire et compter ;
· travailleurs manuels dont l'atelier vient d'être délocalisé ou de faire faillite, etc.
§ La deuxième cause du chômage structurel est l'évolution des divers métiers vers plus de spécialisation et plus de technicité. On demande de plus en plus de savoir travailler sur ordinateur, de connaître l'anglais, de connaître des logiciels métier particuliers comme AUTOCAD (conception assistée par ordinateur, remplaçant le dessin à la planche d'antan), etc. Inversement, certains métiers sont devenus obsolètes.
§ La troisième cause du chômage structurel est le manque de mobilité des salariés, qui refusent de déménager ou de travailler à plus d'une heure de trajet de chez eux et/ou refusent de changer de métier.
§ L'étude [129] explique pourquoi il faut en France une croissance d'au moins 2 % par an et pourquoi la croissance est plus riche en emplois dans certains secteurs d'activité (services, bâtiment) que dans l'ensemble du pays.
§ L'étude [128], très complète, montre que faire baisser le chômage est difficile et long.
Les trois causes précédentes demandent plus d'efforts des salariés que du gouvernement. Chaque salarié a de nos jours le devoir de maintenir à jour ses compétences ; il ne doit pas attendre que son entreprise lui paye une formation et son salaire pendant qu'il la suit. Si son métier disparaît, il doit en apprendre un autre. Dommage que nos politiciens n'aient pas le courage de le dire et de le répéter.
Des études sur la mobilité des salariés ont montré que, par rapport aux Etats-Unis, les travailleurs européens préfèrent souvent le chômage à un déménagement, malgré les aides financières prévues pour les aider à aller vivre là où il y a du travail.
Non seulement ce manque relatif de mobilité par refus des salariés prolonge leur chômage, mais il empêche la transmission de connaissances qui se produit à l'arrivée d'un travailleur dans une entreprise à qui il apporte son expérience.
Voici les catégories de mesures qu'un gouvernement peut prendre pour combattre le chômage. Certaines sont sérieuses, en ce sens qu'elles s'attaquent vraiment aux causes du chômage, d'autres sont (hélas) purement électoralistes et ne s'attaquent qu'aux chiffres du chômage apparaissant dans les statistiques publiées.
Pour trouver un catalogue de mesures avant de lire la synthèse ci-dessous, voir :
§ Le texte "Création volontariste d'emplois".
§ Le site pour l'emploi du Premier ministre [134].
Un gouvernement peut toujours créer des postes de fonctionnaires (dans l'Education nationale, par exemple) ou obliger les entreprises comme la SNCF, la RATP, EDF, La Poste, etc. à embaucher, au besoin en participant au coût des salariés supplémentaires.
C'est ainsi que des ordonnances de juillet 2005 ont créé le Pacte junior, permettant chaque année à 20 000 jeunes sans diplôme - dont le niveau est trop bas pour réussir un concours de la fonction publique - de devenir quand même fonctionnaire ; cette discrimination positive est plus qu'une injustice à l'égard des fonctionnaires recrutés par concours, elle promet une dégradation de la qualité du recrutement du service public ; elle montre que le gouvernement est prêt à faire n'importe quoi pour faire baisser les chiffres du chômage et intégrer dans la société française une partie des 60 000 jeunes sans qualification que notre système éducatif déficient produit chaque année.
Le gouvernement peut aussi subventionner des emplois associatifs, qui coûteront alors moins cher au contribuable que des chômeurs.
Mais tous ces emplois devront être payés par les contribuables, c'est-à-dire en définitive par les travailleurs du secteur marchand de l'économie. Cette solution a donc forcément un caractère limité, à la fois dans le temps et pour le nombre d'emplois créés.
Voir aussi :
§ Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés ;
§ L'étude les ZFU (Zones franches urbaines).
Cette « solution » prend du travail à des gens qui en ont pour en donner à des gens qui n'en ont pas, politique d'origine idéologique qui ne crée aucune richesse supplémentaire.
§ Diminution autoritaire de la durée légale hebdomadaire du travail (les « 35 heures » ou RTT) ; cette solution a prouvé son inefficacité (350.000 emplois créés sur 25 millions, et à un coût exorbitant.).
§ Limitation autoritaire du nombre maximum d'heures supplémentaires, par semaine ou par an, qui empêche des gens qui le voudraient de travailler davantage, donc de gagner davantage ;
§ L'augmentation du nombre de jours de congés (congés annuels, jours fériés) ;
§ L'augmentation du nombre de départs en préretraite, permettant à des gens de cesser de travailler tout en étant payés par les contribuables ;
§ L'abaissement de l'âge légal de départ en retraite ou du nombre d'années de travail nécessaires pour partir en retraite sans pénalisation financière ;
§ Le maintien du nombre maximum de jeunes dans l'enseignement pour qu'ils ne figurent pas dans les statistiques de chômage, même s'ils n'y apprennent rien d'utile pour exercer ensuite une activité dont l'économie a besoin (nous avons trop de professeurs de gymnastique, d'histoire, etc.)
Toutes sortes de lois ou règlements empêchent les entreprises françaises de licencier. De telles lois protègent effectivement les salariés en CDI, mais avec des effets pervers si redoutables que leur effet total sur l'emploi est négatif :
§ Elles empêchent les entreprises d'embaucher en CDI, de crainte lorsque les affaires vont moins bien de ne pouvoir licencier. La grande majorité des embauches se fait donc en CDD ou en recourant à l'intérim : ces mesures génèrent donc la précarité.
§ Elles découragent la création ou l'extension d'entreprises en France, notamment par des étrangers, qui peuvent trouver ailleurs des législations du travail moins contraignantes.
Pour plus de détails voir "Des procédures de licenciement économique extrêmement contraignantes".
La complexité de la législation du travail et la surprotection qu'elle accorde aux salariés au détriment des employeurs sont deux des causes du refus de ceux-ci d'embaucher. Mais dès qu'on touche, en France, au Code du travail ou à l'un des nombreux textes qui réglementent l'activité salariée, les syndicats descendent dans la rue… bien qu'en réalité ils représentent surtout des fonctionnaires, qui ne sont pas concernés.
Si, comme au Danemark ou au Royaume-Uni, chaque chômeur était pris en main individuellement par un conseiller compétent et motivé qui l'aide à retrouver du travail, si ce conseiller pouvait contraindre le chômeur à accepter un poste offert sous peine de perdre son droit aux allocations, nous aurions bien moins de chômeurs.
Voir aussi "Création volontariste d'emplois"
Ces mesures pour l'emploi agissent :
§ Soit sur l'économie, en favorisant la consommation et en générant de l'inflation : c'est la solution keynésienne, dont nous avons vu les contraintes et les effets pervers.
· Augmentation des salaires, et particulièrement des bas salaires. C'est ainsi que, chaque année, il y a un « coup de pouce » au SMIC. Les inconvénients de cette politique autoritaire d'augmentation des bas salaires sont évidents : les salariés peu qualifiés finissent par devenir si chers que les entreprises ne peuvent justifier leur embauche, qui ne serait pas rentable ; et la compétitivité des entreprises est menacée, d'où la baisse des exportations, des délocalisations et des sous-traitances à l'étranger.
· Augmentation des pensions et des allocations familiales, ce qui prélève du pouvoir d'achat aux contribuables pour le donner aux retraités et aux familles ; souvent, l'Etat trouve l'argent nécessaire à ces mesures en s'endettant, c'est-à-dire aux frais des générations suivantes.
§ Soit sur le coût du travail, en abaissant les charges, en subventionnant certaines embauches et/ou en diminuant ou en supprimant la taxe professionnelle, qui pèse sur les investissements. Cette politique est favorable à la compétitivité des entreprises et combat (un peu) les délocalisations. Mais elle coûte cher aux contribuables…
L'idéal serait de diminuer fortement les charges sociales, la taxe professionnelle et l'impôt sur les sociétés, en reportant ces pertes de revenu fiscal de l'Etat sur la TVA et la CSG : le coût du travail baisserait alors fortement pour les entreprises, ce qui les inciterait à embaucher. C'est ce qu'ont fait de nombreux pays dont les performances économiques dépassent largement celles de la France, et où le chômage est très faible : Royaume-Uni, Irlande, etc. C'est ce qu'aucun gouvernement français n'a eu le courage de faire, de crainte que les syndicats et la gauche ne l'accusent de « travailler pour le MEDEF » et d'avoir une politique « ultralibérale » ; cette absence de courage vient de l'incapacité de tous les gouvernements français depuis 1981 d'expliquer leur politique aux citoyens.
Voir aussi Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés.
§ Soit en rendant le travail financièrement plus intéressant que le chômage pour les chômeurs : Prime pour l'emploi (PPE), Revenu minimum d'activité (RMA), PARE, CIVIS, etc. Ce sont de bonnes mesures malgré leur coût pour le contribuable, mais pour persuader vraiment certains chômeurs paresseux de retourner travailler il faudrait faire comme en Angleterre : baisser les allocations de chômage.
§ Soit avec une politique de formation, initiale et continue, ou par la construction d'infrastructures et d'autres approches que nous détaillons plus bas.
Ce qui précède montre qu'il est impossible de supprimer le chômage. Dans une économie dynamique, où les travailleurs changent plusieurs fois d'activité au cours de leur carrière, il est impossible de descendre en dessous de 3 à 4 % de chômeurs, taux qui représente le chômage frictionnel (travailleurs entre deux emplois).
Il y a, en outre, une relation entre chômage et inflation par les coûts, décrite par la courbe de Phillips. Selon cette courbe, si le chômage descend en dessous d'une certaine valeur appelée NAIRU, l'inflation augmente rapidement.
L'économie politique est une discipline fondée par Adam Smith (1723-1790), dont les idées ont bouleversé le monde et dominent encore de nos jours les théories économiques. Voici un résumé de ses idées, exposées dans l'ouvrage de 1776 "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations" [176].
Parce qu'il est individualiste, l'homme a des défauts :
§ Il veut posséder le plus possible, plus même que ce dont il a besoin ;
§ Il est envieux des possessions des autres ;
§ Il est égoïste, plaçant son bonheur au-dessus de celui des autres hommes ;
§ Il veut s'imposer face aux autres, leur être supérieur.
Ces défauts le poussent à se donner du mal, à se dépasser même pour gagner de l'argent. Il considère l'argent comme le bien fondamental, celui qui donne accès aux autres.
En même temps, chaque homme vit en société et ne peut satisfaire son envie de posséder que dans le cadre de cette société, où les autres hommes sont aussi désireux de posséder que lui. Chacun devra donc rendre service aux autres pour obtenir d'être payé pour ces services : c'est ce qui explique qu'on travaille pour de l'argent et qu'on fasse du commerce pour obtenir du profit.
Dans la vie en société, chacun est constamment en concurrence avec d'autres pour obtenir un même bien ou un même travail que tous deux désirent, ou pour vendre ses produits même si cela empêche d'autres de vendre les leurs : les hommes sont en concurrence. Adam Smith a montré que :
§ La concurrence résulte de la recherche, par chaque acteur économique (individu producteur ou consommateur, entreprise…), de son profit maximum.
§ L'Etat ne doit pas intervenir dans l'économie d'un pays, dont le marché s'autorégule sans lui sous l'effet de la concurrence. Il appelle cette autorégulation « la main invisible du marché ».
§ Cette concurrence conduit au maximum d'efficacité dans la production et la répartition des richesses (bien et services), efficacité bien plus grande que celle que peut atteindre un acteur du service public. Exemples :
· L'économiste américain Milton Friedman (prix Nobel 1976) disait : "Essayez donc de parler français avec une personne qui a étudié cette langue dans l'enseignement public, puis comparez avec une personne qui l'a apprise chez Berlitz".
· M. Francis Mer, ancien Ministre de l'économie, donne un exemple d'efficacité comparée d'un service public et d'une entreprise privée à propos de l'entretien d'un parc de véhicules.
§ Contrairement à ce que pensait Karl Marx, dont l'histoire a montré qu'il s'était trompé sur ce point, lorsque la concurrence est libre, la recherche du profit maximum ne conduit pas nécessairement à un durcissement de la société, ni à un appauvrissement des uns au profit des autres. On le voit au formidable progrès de niveau de vie constaté depuis son époque malgré une économie libérale et la mondialisation, et au recul de la misère.
Au contraire, l'intervention de l'Etat pour limiter la concurrence - demandée constamment par les syndicats comme la CGT et FO - diminue fortement l'efficience des mécanismes économiques de production et de répartition, donc le niveau de vie des gens. Chaque fois que l'Etat diminue la concurrence les consommateurs paient leurs produits ou services plus cher, subventionnant ainsi des activités insuffisamment productives.
Exemple : empêcher ou limiter l'importation de textiles chinois, pour permettre la survie d'industries textiles françaises aux produits plus chers, oblige les consommateurs français à payer plus cher leurs textiles, diminuant ainsi leur pouvoir d'achat. Nos consommateurs subventionnent alors des ouvriers français dont le travail n'est plus compétitif, ce qui les dispense de se reconvertir vers des activités où ils produiraient plus de valeur.
§ Un marché libre s'autorégule de lui-même, les prix s'ajustant automatiquement en fonction de l'offre et de la demande, dont nous étudierons les mécanismes ci-dessous, en commençant par la détermination des prix et l'équilibre du marché.
L'effet autorégulateur de la libre concurrence, affirmé il y a plus de 2 siècles, reste toujours d'actualité, comme le montrent les contreperformances des économies administrées :
· Comparaison entre libéralisme et communisme ;
· Comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés » ;
· La France est un pays à économie en grande partie administrée où l'Etat est propriétaire de plus de 1100 entreprises commerciales ;
· Voir enfin l'étude France en panne, entreprises en fête.
Les lois économiques découvertes par Adam Smith ont été confirmées, entre autres, par Milton Friedman. Le seul effet négatif d'une économie libre, à l'heure de la mondialisation, est la stagnation des revenus d'une grande partie de la population alors qu'une minorité de privilégiés voit ses revenus augmenter fortement. C'est pour réduire ces inégalités que l'intervention de l'Etat est nécessaire (redistribution des revenus par les transferts sociaux, etc.)
Voir "Définition de la concurrence pure et parfaite".
Les mécanismes de détermination des prix sont exposés dans le court texte "La valeur des choses".
Voir équilibre du marché, où on trouve aussi des exemples d'intervention de l'Etat pour perturber cet équilibre pour des raisons électoralistes.
Si ce n'est déjà fait, voir d'abord la section "Définition de la concurrence pure et parfaite".
Tout produit offert sur le marché a une valeur limite pour chaque acheteur potentiel. S'il est offert moins cher que cette valeur, l'acheteur l'achète ; s'il est plus cher, l'acheteur ne l'achète pas ou en achète moins.
Si l'offre est trop abondante par rapport à la demande, par exemple s'il y a surproduction ou trop de produits en stock qui attendent un acheteur, les vendeurs (en concurrence) se battent à coups de baisses des prix pour tenter les clients. D'où une loi économique :
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Si l'offre dépasse la demande, les prix baissent |
Il n'est pas nécessaire que l'Etat intervienne pour faire baisser ces prix, la concurrence suffit. Toute tentative de limiter ou supprimer la concurrence entre vendeurs lèse les consommateurs, qui paient alors plus cher les produits ou services correspondants. Tout politicien qui propose des mesures limitant la concurrence (quotas d'importation comme ceux du textile jusqu'au 01/01/2005, droits de douane, interdiction de publicité, etc.) travaille contre l'intérêt des consommateurs : il ne faut donc pas accepter ses propositions en votant pour lui.
Dans une économie de libre concurrence (appelée « économie de marché », comme celle des pays de l'Union européenne), les vendeurs sont en concurrence : chaque consommateur choisit son produit et son fournisseur librement, en fonction du prix et de la qualité. Cette concurrence a pour effet naturel de faire baisser les prix et accroître la qualité.
§ Exemple : le prix des lecteurs de DVD a été divisé par 12 environ entre 1999 et 2004, sans baisse de la qualité.
§ Exemple issu de [178] : le graphique ci-dessous montre l'évolution en France des prix de l'habillement entre 1999 et 2006, et des quantités vendues correspondantes. On voit que :
· Plus le prix baisse, plus les quantités vendues augmentent, parce qu'il y a davantage d'acheteurs prêts à payer ce prix-là et parce qu'un acheteur donné peut acheter une plus grande quantité.
· Du fait de la mondialisation, les prix des textiles ont baissé continuellement (20 % en 7 ans), ce qui a permis aux consommateurs d'acheter de plus en plus.
Relation entre prix des vêtements et quantités vendues
Il y a aussi concurrence entre les acheteurs. Exemple :
A part les ventes aux enchères, où la concurrence entre acheteurs est évidente, les consommateurs sont en concurrence chaque fois qu'il y a pénurie d'un produit ou d'un service. C'est ainsi que les prix de l'immobilier d'habitation ont énormément monté en région parisienne depuis quelques années : les acheteurs, disposant de beaucoup d'argent du fait de taux d'intérêt faibles permettant d'emprunter beaucoup et à faible coût, offraient de payer cher pour l'appartement de leurs rêves.
Exemple : Concurrence entre employeurs
Si l'offre est insuffisante par rapport à la
demande, par exemple s'il n'y a pas assez de femmes candidates à l'emploi de « femme de
ménage », les employeurs
sont en concurrence pour les rares femmes acceptant ce travail, et ils offrent
des rémunérations plus élevées. Du reste, sachant combien il est facile de
trouver du travail, les femmes de ménage demandent - et obtiennent - des
salaires de plus en plus élevés ; aujourd'hui, elles gagnent souvent plus
qu'une secrétaire ou une comptable, qui ont pourtant fait des études
professionnelles.
D'où une loi économique :
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Si la demande dépasse l'offre, les prix montent |
Si ce n'est pas encore fait, voir la notion d'équilibre du marché, où on trouve aussi des exemples d'intervention de l'Etat pour perturber cet équilibre pour des raisons électoralistes.
Il faut aussi savoir que divers marchés peuvent être interdépendants. C'est ainsi, par exemple, que le marché des pneumatiques dépend à la fois de celui des véhicules neufs et de celui des véhicules d'occasion, qui dépendent eux-mêmes du prix de l'essence et du coût des crédits qui financent les achats, etc.
L'économie globale d'un pays n'est en état d'équilibre que si tous les marchés de biens et de services le sont, ce qui n'est jamais réalisé.
Voir aussi "Mondialisation et interdépendance des économies".
Par définition, un marché national où règne la concurrence libre est dit efficace lorsque l'allocation des ressources qui en résulte est telle qu'on ne peut améliorer la satisfaction d'un agent économique [36] sans détériorer celle d'un autre.
Mais même dans un marché efficace il est toujours possible d'améliorer la satisfaction de certaines personnes (ou entreprises, ou…) au détriment de certaines autres. C'est ce que l'Etat français fait en permanence lorsqu'il modifie l'allocation des ressources au profit de certaines catégories sociales : bas revenus, chômeurs, fonctionnaires, agriculteurs, etc. Ces interventions corrigent parfois les situations inéquitables créées par l'économie de marché, qui ne tient pas compte de l'équité ; et parfois elles en créent…
Les conditions qu'une économie nationale doit satisfaire pour être efficace sont :
§ Produire une combinaison de biens et de services correspondant aux souhaits de leurs consommateurs. Et lorsque ces préférences changent, parvenir rapidement à un nouvel équilibre grâce au mécanisme d'offre et de demande.
§ Produire les biens et services de manière efficace, c'est-à-dire telle qu'il est impossible d'accroître la production d'un bien sans réduire celle d'un autre.
§ Permettre des échanges efficaces, c'est-à-dire tels qu'on ne puisse pas améliorer la satisfaction des consommateurs par avec des échanges supplémentaires.
Les marchés financiers sont accusés de tous les méfaits par les anticapitalistes, les antimondialistes et plus généralement les gens de gauche que l'idéologie empêche de connaître la vérité économique. Le fait qu'on y achète et qu'on y vende des valeurs mobilières (c'est-à-dire des actions et des obligations) « pour gagner de l'argent sans travailler » en fait pour ces gens-là des lieux de perdition.
La vérité est toute autre : ces marchés servent à collecter l'argent des épargnants (que ceux-ci destinent en général au financement de leur retraite par l'intermédiaire de fonds de placement) pour le mettre à disposition des entreprises, qui en ont besoin pour se créer et se développer (achat de matériel, financement du développement et du marketing des nouveaux produits, etc.)
Ce rôle d'intermédiaire est absolument indispensable à l'économie.
La religion musulmane interdisant le prêt avec intérêts, les pays musulmans ont été - et sont encore dans une grande mesure - handicapés par l'impossibilité de collecter l'épargne des particuliers pour la mettre à disposition des entreprises, qui manquent donc souvent de capital ou de fonds prêtés.
Le tableau ci-dessous donne une idée des volumes financiers qui transitent par les marchés financiers, donc de leur importance économique.
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France |
Royaume-Uni |
Etats-Unis |
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Valeur totale des actions cotées (capitalisation boursière) |
236 |
675 |
2327 |
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Total annuel des transactions |
95 |
444 |
1093 |
Bourses de Paris, Londres, New York
(ordres de grandeur en milliards d'euros)
La concurrence joue aussi entre entreprises pour l'accès au capital ou aux prêts bancaires dont elles ont besoin pour s'équiper, développer des produits ou financer des campagnes de publicité : ce sont les entreprises les plus rentables, c'est-à-dire celles qui rétribuent le mieux leurs actionnaires et offrent les meilleures garanties de remboursement de prêts à leurs banquiers, qui trouvent le plus facilement des actionnaires souscripteurs ou des banquiers prêteurs. Actionnaires ou banquiers ayant le choix de la société où ils vont investir, ou qu'ils vont financer, choisissent celle qui est la plus rentable et/ou la plus sûre. D'où le théorème :
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Sans bénéfice, pas d'investissement, donc pas de développement |
Et une entreprise qui ne se développe pas ne peut résister à des concurrents qui se développent en offrant des produits nouveaux, meilleurs, moins chers, sur plus de marchés.
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Pour une entreprise, la stagnation c'est la mort |
Voir d'abord la détermination des prix dans "La valeur des choses".
§ Chacun, acheteur ou vendeur agit au mieux de son intérêt.
§ Le « prix de marché » d'un produit ou d'un service est déterminé par un équilibre entre l'offre et la demande : un prix plus élevé diminuerait la vente, un prix plus bas diminuerait les bénéfices des vendeurs. Cet équilibre s'établit automatiquement : le prix de marché est un prix d'équilibre. L'existence et l'établissement de cet équilibre résultent de ce qu'on appelle « la loi de l'offre et de la demande ».
LOI de L'OFFRE ET DE LA
DEMANDE
« Pour
un produit ou service, le prix de marché est celui qui égalise l'offre et la
demande »
Lorsque l'offre augmente, le prix baisse,
lorsque l'offre diminue, le prix monte.
Lorsque la demande augmente, le prix monte,
lorsque la demande diminue, le prix baisse.
§ L'Etat, lorsqu'il intervient, le fait en principe « pour le bien supérieur du pays », en prenant une décision politique qui limite toujours la concurrence.
Il avantage alors certains (vendeurs ou acheteurs, un produit contre un autre, etc.) au détriment d'autres. Les politiciens qui gouvernent ont tendance à favoriser ceux qui les ont élus ou dont ils espèrent les voix, au détriment de leurs adversaires politiques, il faut le savoir ; il faut chercher, devant chaque décision politique limitant la concurrence, à qui elle profite.
§ La concurrence adapte automatiquement l'offre. Lorsqu'il y a un marché pour de nouveaux produits ou services, des entreprises se créent pour l'offrir. En agissant ainsi très vite, elles espèrent arriver sur le marché avant d'autres, donc s'y faire connaître avant elles et souffrir moins de leur concurrence.
Exemple : cours de change des devises
La loi de l'offre et de la demande joue même pour un « produit » comme de l'argent : il y a un cours de change des euros en dollars, qui reflète l'abondance ou la pénurie relative de dollars par rapport aux euros. Si un jour donné, les Européens qui veulent payer des produits, des services ou des actions d'entreprises en dollars, ont besoin pour ce faire de plus de dollars que les Américains qui veulent payer en euros, le cours du dollar exprimé en euros va monter, et il faudra plus d'euros pour acheter chaque dollar ou moins de dollars pour acheter chaque euro.
Exemple : lorsqu'une entreprise asiatique imite un article de luxe français (Chanel, Vuitton, etc.) en copiant son design (protégé) ou en violant un brevet, il faut l'empêcher. Si on laisse perdurer une telle concurrence, l'entreprise asiatique, qui n'a rien déboursé pour le design, les recherches et développements ou la notoriété de marque de l'article, se trouve indûment favorisée par rapport à l'entreprise française qui a créé l'article, ce qui décourage celle-ci de faire l'effort d'innover. En outre, cette concurrence déloyale détruit des emplois français au profit d'emplois asiatiques.
Autre exemple : la copie illégale de logiciels, de jeux, de films, de musique, etc., copie qui prive l'auteur de sa juste rétribution. Les logiciels de Microsoft piratés sont vendus 3 dollars dans des grandes surfaces qui ont pignon sur rue à Pékin et Shanghai. Les clients chinois ont tellement l'habitude d'acheter des produits contrefaits, qu'ils ne conçoivent même pas qu'on puisse être assez bête pour payer des produits de marque originaux à leur prix catalogue.
Le Département (ministère) américain du commerce estime les ventes perdues chaque année à cause de la seule contrefaçon chinoise à :
§ 20 à 24 milliards de dollars pour les Etats-Unis, sur un chiffre d'affaires total de 172 milliards de dollars et un investissement en recherche de 33 milliards de dollars ;
§ 34 milliards de dollars pour le Japon ;
§ 25 à 30 milliards de dollars pour l'Union européenne !
La Chine considère le viol de brevets, de licences ou de propriété intellectuelle comme une véritable arme commerciale. Malgré les promesses répétées de ses dirigeants, elle laisse faire ses centaines de milliers d'entreprises pirates, dont beaucoup appartiennent au gouvernement chinois ou à des amis de ses politiciens ; et pour un pirate saisi et condamné, cent autres continuent impunément. C'est une grave menace pour les pays qui respectent la propriété intellectuelle.
La Chine souffre elle aussi du piratage, parce que de nombreux médicaments sans valeur ou carrément nocifs y sont vendus tous les jours.
La concurrence étant très importante pour améliorer sans cesse la qualité et le prix des produits et services, il y a de nombreuses lois, au niveau national ou au niveau européen, pour la protéger.
Il y a aussi des organismes officiels pour le faire, comme le Conseil de la concurrence [9], et des associations de consommateurs, des associations de fournisseurs, etc.
La concurrence exige des entreprises assez petites pour qu'aucune d'elles ne puisse dominer le marché ou jouir d'un monopole pour imposer ses produits ou ses prix. La France souffre de graves lacunes dans ce domaine, et les citoyens doivent peser sur leurs élus pour mettre un terme aux situations de faible concurrence dont ils souffrent. Exemples :
§ Monopoles de fait dans les transports ferroviaires : la SNCF, souvent en grève (elle détient le record mondial des grèves !) ;
§ Monopole dans les Tabacs et Allumettes ;
§ Limitation du nombre de grandes surfaces et nombre trop restreint de centrales d'achat, trop puissantes par rapport aux fournisseurs, etc.
La loi de l'offre et de la demande établit automatiquement un prix d'équilibre pour chaque produit ou service vendu et acheté. Il suffit de laisser le marché libre, conformément au principe de l'économie de marché. Toute intervention de l'Etat limitant cette liberté coûte automatiquement cher, soit aux acheteurs, soit aux vendeurs.
Un exemple important d'intervention de l'Etat concerne le prix minimum du travail, fixé à l'aide du SMIC. A chaque fois que le SMIC monte, à l'initiative de l'Etat qui le fixe, le travail coûte plus cher et les consommateurs doivent payer davantage. Les salariés qui profitent de la hausse des salaires le font donc au détriment des consommateurs, il faut le savoir.
Donc,
lorsqu'un politicien promet, s'il est élu, d'augmenter les salaires, il faut
savoir (s'il tient parole) que cela se fera au détriment des consommateurs (pour les produits et services qui
vont coûter plus cher) ou des
contribuables, pour les fonctionnaires dont le traitement augmentera, ou des entreprises qui seront moins
compétitives par rapport à leurs concurrents étrangers ou des salariés eux-mêmes qui coûteront souvent trop cher pour
justifier leur embauche.
Il faut savoir aussi que le marché n'est jamais libre à 100% et qu'il y a toujours des interventions de l'Etat (si nécessaire voir la Définition de la concurrence pure et parfaite).
§ L'Etat a tellement besoin d'argent qu'il invente sans cesse de nouveaux impôts et taxes pour en trouver. Chaque impôt, chaque taxe, faisant des mécontents qui risquent de voter pour d'autres à la prochaine consultation, les politiciens au pouvoir font en sorte de répartir le mécontentement, ou de frapper en priorité les gens dont ils n'attendent pas les suffrages, ou de frapper les produits ou les activités où ils pensent qu'il existe des marges solvables. Or chaque prélèvement qui ne taxe pas tous les citoyens, ou tous les acteurs d'un marché donné, crée des distorsions de concurrence.
§ Indépendamment de son besoin d'argent, l'Etat (et tout particulièrement l'Etat français) intervient constamment dans l'économie, pour favoriser un certain secteur d'activité, ou une zone géographique particulière.
C'est ainsi, par exemple, qu'il crée des zones franches, c'est-à-dire des zones géographiques où il prélève moins d'impôts (et où souvent il fournit en plus des subventions) pour favoriser le développement d'activités. Dans une banlieue où les problèmes récurrents de délinquance attirent l'attention des médias, faisant ainsi de la contre-publicité au gouvernement en place, celui-ci crée parfois une zone franche, où il espère que le développement de l'activité dû aux impôts réduits et aux subventions va faire baisser le chômage, donc l'insécurité, donc l'impopularité de la classe au pouvoir.
Il y en a une près de chez moi, où un artisan
taxi s'est installé et fait, depuis, une concurrence redoutable aux autres
taxis habitant à cinq cents mètres, en dehors de la zone franche. Ceux-ci
perdent des clients et s'en plaignent amèrement, promettant à qui veut
l'entendre de voter pour d'autres que l'actuel gouvernement à la prochaine
élection. L'intervention de l'Etat, lors
de la création de la zone franche, a donc aussi des effets pervers : elle
fait perdre de l'activité à d'autres zones ou d'autres métiers, elle coûte de
l'argent aux contribuables, et elle produit aussi du mécontentement électoral.
§ Le marché ne tenant compte que du prix, ce qui n'a pas de prix n'est pas pris en compte. Voir à ce propos :
· le paragraphe sur l'environnement ;
· le paragraphe sur les entreprises citoyennes et la Responsabilité Sociale des Entreprises ;
· le paragraphe sur la justice sociale.
Le désir de justice sociale est très fort chez les Français. C'est même une de leurs attentes principales vis-à-vis de l'Etat. Cette attente est normale : plus une société est civilisée, plus elle apporte à ses citoyens de l'aide quand ils sont vieux ou malades, de la protection contre les délinquants ou les catastrophes naturelles.
La demande de justice sociale de chaque citoyen consiste à refuser d'être exploité par diverses entreprises ou par l'Etat. Lorsqu'un hypermarché pratique des prix élevés pour certains articles, il y a de nombreux clients qui trouvent injuste que ses actionnaires gagnent de l'argent sur leur dos. Lorsqu'une catégorie de salariés dans un hôpital bénéficie d'une augmentation, d'autres catégories se mettent en grève pour en avoir une aussi.
La grande majorité des Français ne comprennent pas que la loi du marché, qui est une loi strictement économique, se moque complètement de justice sociale. Les prix sont fixés par l'offre et la demande, et seulement par elle, alors que les citoyens voudraient que les prix et salaires soient fixés en fonction du mérite, notion éminemment subjective.
§ Chaque citoyen voudrait que les prix des produits de première nécessité (aliments, savon, etc.) soient fixés en fonction de ce qu'il gagne, ou qu'il estime devoir dépenser ;
§ Chaque automobiliste voudrait que le prix du carburant qu'il utilise soit assez réduit pour qu'il puisse rouler sans se ruiner ;
§ Chaque SMICard voudrait que les PDG gagnent moins, pour que lui-même gagne plus…
Mais les prix sont fixés par l'offre et la demande, et la seule façon de peser efficacement sur eux est d'accroître la concurrence (si on exclut la possibilité que l'Etat les taxe moins, car il a trop besoin d'argent). Voici ce qu'en pense M. Mer dans [80] page 157 :
"Toute entreprise a non seulement le droit mais le devoir de vendre aussi cher que possible dès lors qu'elle opère sur un marché concurrentiel fonctionnant normalement. Ce qui l'arrête dans cet objectif de maximiser ses profits, c'est justement la concurrence qui empêche un acteur de profiter longtemps d'une position dominante."
Toute « mesure » du gouvernement pour
faire artificiellement baisser les prix de certains produits s'avèrera
inefficace au plus tard quelques mois après : ceux qui les fabriquent trouveront
le moyen de cesser de les fabriquer pour les remplacer par des produits
soi-disant « nouveaux », qui échappent aux contraintes
imposées ; ou ceux qui les vendent trouveront un moyen d'offrir des
« offres groupées », où les prix de ces produits sont masqués à l'intérieur
d'un lot.
Un gouvernement qui prend des mesures inefficaces parce que anti-économiques (mais s'en glorifie, comme tous les gouvernements) doit être sanctionné par les électeurs qui voudraient des mesures efficaces.
Les rémunérations aussi sont fixées par l'offre et la demande.
§ Si elles étaient fixées au mérite, la France ne serait pas assez riche pour payer l'abbé Pierre ;
§ Un footballeur célèbre gagne beaucoup d'argent parce que le spectacle qu'il procure vaut des millions pour les chaînes de télévision qui le diffusent, les publicitaires qui en profitent pour vanter leurs produits, et les organisateurs de matchs. Dans son cas, la loi de l'offre et de la demande rétribue la rareté : des gens qui jouent aussi bien que lui sont rares, très rares ;
De même, un pilote automobile qui gagne de nombreuses courses parce que ses réflexes et sa forme physique sont exceptionnels, est rétribué plus qu'un PDG de grande entreprise.
§ Par sa vigilance et son sérieux, une infirmière sauve parfois des vies. Elle gagne pourtant moins qu'un ingénieur, parce qu'il est plus facile de trouver des infirmières que des ingénieurs, dans leurs marchés du travail respectifs.
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Prix et rémunérations
dépendent de l'offre et de la demande, pas du mérite |
Conclusions
Toute intervention de l'Etat qui va contre la loi du marché est automatiquement inefficace, parce que tôt ou tard ceux qu'elle lèse trouveront un moyen de faire jouer la concurrence à leur profit. Quand un électeur juge des propositions politiques, il devrait en tenir compte.
Nous verrons plus loin les mesures dont dispose l'Etat pour réguler efficacement l'économie et corriger les éventuels effets inhumains des lois économiques ; il y en a, mais leur effet n'étant ni rapide ni spectaculaire, elles ont peu d'écho médiatique, donc peu d'effet électoral…
Combien de fois a-t-on entendu un politicien ou un syndicaliste réclamer que l'Etat prélève le supplément d'argent dont il a besoin sur les profits des actionnaires ou du capital, au lieu de le prélever sur les travailleurs !
Pour comprendre ce qui est possible et ce qui est équitable, analysons le profit et voyons comment il est réparti en France entre actionnaires et travailleurs.
§ Les profits financiers rémunèrent un investissement où un particulier ou une entreprise place son argent en le prêtant sans risque à une banque, un émetteur d'obligations privées (emprunts) ou l'Etat. Pour les détails, cliquer ici.
§ Les profits des actionnaires d'une entreprise sont de deux types :
· Profits sur la prise de valeur des parts. Si l'entreprise fait de bonnes affaires, la valeur de ses parts (ou de ses actions si elle est cotée en bourse) augmente. L'actionnaire peut alors revendre ses parts plus cher que ce qu'elles lui ont coûté. Il fait alors un profit, sur lequel il devra payer des impôts.
Par contre si l'entreprise fait de mauvaises affaires, la valeur de ses parts diminue et l'actionnaire peut les revendre en perdant de l'argent, ou les conserver en attendant des jours meilleurs : en investissant en parts d'entreprise, il a pris un risque. Bien entendu, les pertes de valeur ne conduisent pas à une baisse d'impôts, l'Etat prenant sa part quand il y a eu profit et ne restituant rien quand il y a eu perte. Il admet seulement, sous certaines conditions, de déduire des pertes passées de bénéfices ultérieurs.
Il y a là une différence claire entre actionnaire et travailleur : le premier prend un risque, le second pas, il sera toujours payé pour son travail. L'équité veut que le risque pris par l'actionnaire soit récompensé et qu'il reçoive une part équitable des profits de l'entreprise, quand ils existent.
· Dividendes. L'entreprise qui fait des bénéfices peut en distribuer une partie à ses actionnaires, après avoir mis de côté des fonds correspondant aux impôts dus au fisc, à l'amortissement de ses investissements, etc.
En général, le pourcentage distribué chaque année de cette manière est de l'ordre de 0 à 5 % du capital investi pour une entreprise, et 6 à 7 % pour une SCPI (placement collectif en immobilier loué appelé parfois "pierre papier").
Compte tenu du risque, il faut que les actionnaires puissent espérer gagner plus en plaçant leurs fonds en parts d'entreprise que sous forme de placement financier. Si ce n'est pas le cas (par exemple parce que la conjoncture économique est morose, ou l'Etat offre des taux très élevés pour ses emprunts parce qu'il a désespérément besoin d'argent), les investisseurs préfèreront les placements sans risque aux placements en parts d'entreprise, et les entreprises manqueront de fonds pour se développer ou se moderniser, ce qui est grave ; nous l'avons déjà vu.
Les profits bruts d'une entreprise sont ce qui reste de son chiffre d'affaires une fois qu'elle a payé les produits et services achetés à l'extérieur. Ces profits sont répartis entre :
§ Les montants "S" versés aux salariés (salaires, charges sociales, cotisations diverses…) ;
§ Les montants "A" versés aux actionnaires et à la collectivité (financement des investissements et des intérêts d'emprunts, impôts…).
On constate qu'en France la proportion entre S et A a peu varié au cours des années, elle est toujours restée de l'ordre de 2/3 pour S et 1/3 pour A. En 2004, par exemple, S est voisin de 64.3 % et A est voisin de 35.7 %.
Si, comme le demandent les communistes, l'Etat « prend de l'argent aux capitalistes » pour subventionner ses transferts sociaux et baisser l'imposition des travailleurs, il décourage l'investissement, qui trouvera plus rentable de se placer à l'étranger. Les entreprises manqueront alors d'argent et souffriront, d'où perte de compétitivité, d'où perte de chiffre d'affaires, d'où licenciements. En outre, les « capitalistes » sont souvent de petits épargnants qui ont mis de côté de l'argent pour leur retraite : est-il équitable de diminuer le niveau de vie des retraités au profit des actifs ?
Bien entendu, si l'Etat s'arrange pour répartir plus de profits aux actionnaires et moins aux salariés, il commet une injustice vis-à-vis de ces derniers, dont le travail mérite juste récompense. L'idéal est donc de rétribuer les actionnaires juste assez pour qu'ils investissent en France (et non à l'étranger) et dans les entreprises (et non en emprunts ou obligations sans risque). L'expérience montre qu'il ne faut guère s'écarter de la proportion 2/3 - 1/3, d'ailleurs admise par l'économiste prix Nobel Keynes comme "idéale" et "véritable loi économique".
Tout cela est bien résumé par le président de Lafarge dans [147] :
"Il ne faut pas oublier que le chef d'entreprise est en fait en concurrence sur tous les plans. D'abord face à ses clients dans la compétition industrielle. Puis, face aux investisseurs, en termes de rentabilité des capitaux investis comparée à ses concurrents. Face, enfin, à ses salariés auxquels il doit proposer non seulement des avantages matériels suffisants, mais aussi un cadre de travail motivant où ils puissent se mobiliser. Il n'y a pas de recette : l'entreprise qui réussit est celle qui est bonne sur tous les fronts."
Le désir de justice sociale est si fort que
des entreprises en profitent pour leur image de marque, dont les ventes de
leurs produits dépendent au moins un peu. Leur comportement doit, évidemment,
être encouragé, par les consommateurs et les pouvoirs publics. A ce sujet, voir
l'analyse complète [21].
La loi du
marché ne tenant compte que de la concurrence entre vendeurs ou entre
acheteurs, l'écologie est négligée :
une usine polluante, qui a des coûts de fabrication plus bas parce qu'elle ne
dépense rien pour protéger l'air, le sol et l'eau, fait une concurrence déloyale
à d'autres usines qui produisent les mêmes articles en respectant l'environnement ;
et elle empoisonne la nature où les citoyens vivent. L'Etat doit alors
intervenir, en fixant des normes environnementales. Celles-ci étant les mêmes
pour toutes les entreprises, la concurrence n'est pas faussée.
Il est
clair que le devoir d'une entreprise n'est pas de faire la charité : elle
travaille pour ses actionnaires, pas pour les pauvres, les espèces en danger,
etc. Nous allons voir, du reste, qu'elle
doit absolument faire des bénéfices, sous peine de disparaître. Mais elle
est obligée de respecter les lois et règlements : c'est donc à l'Etat qu'il appartient de prendre les mesures nécessaires
pour sauvegarder l'environnement, et vérifier que les entreprises et les
citoyens les respectent.
Consommateurs « charitables » et commerce « équitable »
Certaines gens sont d'accord pour payer plus cher un produit ou un service lorsqu'une partie de leur argent servira à une œuvre socialement utile.
C'est ainsi qu'il y a de plus en plus de produits de "commerce équitable" comme ceux de la marque Max Havelaar (http://www.maxhavelaarfrance.org/), qui s'engage à payer les producteurs des pays pauvres un prix correct pour leurs produits (café, bananes, etc.)
C'est ainsi qu'une marque qui s'engage à verser un pourcentage du prix de chaque article à la recherche contre le cancer, trouve de ce fait des clients supplémentaires.
C'est ainsi, enfin, que des produits engagés sur le plan politique, communautariste ou folklorique, trouvent une clientèle. Exemples:
§ Produits qui reversent de l'argent aux enfants palestiniens (mais dont on sait qu'une partie est détournée par les dirigeants corrompus de ce peuple),
§ Boisson comme MECCA COLA qui propose à la communauté immigrée musulmane de subventionner une œuvre sociale musulmane au lieu d'une multinationale américaine - et dont un dirigeant a été mis en examen pour pratiques comptables contestées, etc.
Parce que beaucoup de gens veulent se donner bonne conscience lors d'un investissement, il y a depuis 1998 des "fonds socialement responsables" [81] ou de "développement durable". Beaucoup d'établissements financiers en proposent. Les investissements vont à des sociétés qui ont bonne réputation en matière de Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE, [21]).
Les statistiques montrent que ces fonds résistent bien aux variations erratiques des marchés financiers et que leur rendement est du même ordre que celui des fonds de placement traditionnels.
L'Etat peut aussi fixer des prix minimum pour favoriser certains petits distributeurs, comme il le fait avec la loi Galland, si décriée par les Centres Leclerc. Cette loi empêche la concurrence et force les grandes surfaces à vendre les produits de marque au même prix ou à peu près, prix plus élevé que ce que les consommateurs pourraient payer si la concurrence était libre. Les grandes surfaces tournent allègrement la loi, en vendant des produits sous leur propre marque et en offrant toutes sortes de tickets de remise et de bons d'achat, ce qui rétablit un peu de concurrence au profit des consommateurs.
Lorsqu'il ne fixe pas des modes de calcul des prix ou leur montant maximum (comme dans le cas du timbre poste ou des billets de train), l'Etat peut jouer sur les prix en imposant des taxes. Son imagination est alors sans limite :
§ il peut taxer certains produits qu'il veut favoriser et pas d'autres, pourtant équivalents ;
§ il peut taxer certains modes de commercialisation et pas d'autres, en concurrence avec eux ;
§ il peut subventionner (taxes négatives) certains produits ou services, comme les transports SNCF, et pas d'autres, comme les transports aériens, pourtant en concurrence avec la SNCF en métropole ;
§ il peut favoriser certains consommateurs (par exemple les particuliers) au détriment d'autres (les entreprises) ;
§ il taxe davantage l'essence que le gazole, ce qui produit des effets pervers en créant un ratio de consommation gazole/essence élevé qui nous coûte cher…
A part l'intervention sur les prix et les taxes, l'Etat peut aussi limiter arbitrairement les quantités offertes, comme il le fait pour certaines productions agricoles.
L'Etat peut interdire la publicité de certains produits, pour en freiner les ventes. Exemple : les cigarettes. Il peut aussi faire la publicité de certains produits au détriment d'autres. Exemple : les médicaments génériques, favorisés au détriment des médicaments d'origine, plus chers.
Voici l'effet du prix de marché (prix d'équilibre) d'un produit sur l'offre de ce produit.
Un prix élevé entraîne des bénéfices pour les vendeurs, qu'il encourage à produire davantage, dans l'espoir de vendre davantage pour gagner davantage. Les vendeurs vont donc se donner du mal pour produire et vendre plus ; ils vont si nécessaire investir en capacité de production, de transport, etc. et créer des emplois.
Cette réaction des vendeurs est très importante : lorsqu'ils gagnent de l'argent, ils investissent pour en gagner plus. Que cet investissement se traduise en achats de matériel, en prestations de services ou en embauches directes, l'effet sur l'emploi est le même : il augmente. Nous arrivons donc à un théorème fondamental :
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Les bénéfices d'aujourd'hui sont les emplois de demain |
Donc
lorsqu'un politicien ou un syndicaliste propose de prélever sur les bénéfices
des actionnaires ou autres investisseurs de quoi payer davantage les salariés,
il propose de diminuer l'investissement, donc les embauches futures.
Pire même, si il réussissait à prélever assez sur les bénéfices des actionnaires pour les rendre insignifiants ou les transformer en pertes, il empêcherait (pour cause de rentabilité insuffisante) tout nouvel investissement dans l'entreprise et tout prêt bancaire, ce qui condamnerait l'entreprise à ne pas progresser, donc à se faire rapidement mettre en faillite par ses concurrents ; cette situation entraînerait un licenciement massif, ou un rachat par un concurrent avec restructuration destinée à faire des économies, donc licenciements. D'où un théorème complémentaire :
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Bénéfices faibles
aujourd'hui, licenciements demain |
Les bénéfices peuvent aussi être réduits par des impôts et taxes excessifs, avec les mêmes effets que précédemment. Du point de vue de l'Etat, la réduction d'activité due à une fiscalité excessive entraîne une baisse des impôts : l'impôt sur les investissements appelé « taxe professionnelle » [22] baisse quand l'entreprise investit moins, puis l'impôt sur les bénéfices des sociétés et les diverses charges sociales baissent quand la baisse des investissements a entraîné à son tour une baisse d'activité. D'où un troisième théorème :
|
Trop d'impôt tue l'impôt |
Les actionnaires d'une entreprise sont souvent des gens inquiets. Ils veulent savoir si leur placement est en sécurité, si l'entreprise gagne de l'argent et va distribuer des dividendes. S'ils ont investi dans une entreprise en achetant des actions en bourse, ils veulent que celles-ci prennent de la valeur, c'est-à-dire que leur cours monte.
Lorsque les actionnaires sont inquiets ou mécontents, il leur arrive de renvoyer le PDG. Celui-ci est donc inquiet, lui aussi, et fait ce qu'il peut pour satisfaire les actionnaires qui lui ont fait confiance.
La bourse permettant de vendre et acheter des actions tous les jours ouvrables, les investisseurs demandent à avoir souvent des nouvelles fraîches de la marche des entreprises cotées. L'habitude est d'en donner chaque trimestre, en y ajoutant des projections pour le trimestre ou l'année suivante : évolution du chiffre d'affaires, des bénéfices, etc. Les entreprises ont aussi l'habitude d'annoncer les contrats commerciaux importants.
Ne pas sacrifier le long terme au court terme
La gourmandise et l'impatience des investisseurs sont parfois sources d'excès. Certains réclament une rentabilité du capital investi de 15 % par an, d'autres que l'entreprise se développe si vite que la valeur de leurs actions progresse de 20 % par an.
Lorsque ces exigences obligent la direction de
l'entreprise à pratiquer une gestion à très court terme, pour afficher à chaque
fin de trimestre les meilleurs résultats possibles, on parle de « dictature
des actionnaires ».
Dans beaucoup de secteurs d'activité, une entreprise ne peut être conduite sans politique à long terme, c'est-à-dire sans sacrifier une partie des bénéfices d'aujourd'hui au profit d'investissements qui rapporteront dans deux ou trois ans. Les dirigeants de l'entreprise doivent absolument expliquer cette stratégie à leurs actionnaires, pour ne pas que ceux-ci, obsédés par les résultats du trimestre prochain, les renvoient pour performance insuffisante.
C'est ainsi que le constructeur automobile Porsche, dont l'avance technologique repose sur des programmes de recherche de longue durée, refuse que ses actions soient échangées dans des bourses dont le règlement exige la publication de résultats trimestriels ; il préfère se passer des investisseurs de ces bourses-là, qui ne comprennent pas la nécessité d'investissements en recherche et développement à rentabilité tardive.
Il faut donc saluer le fait que les fonds de pension, français
comme étrangers, privilégient le long terme dans la gestion d'une
entreprise dans laquelle ils ont investi. Ils conseillent donc son management
en ce sens, et se gardent bien de faire pression sur lui pour des résultats « le
trimestre prochain ».
Les managers préfèrent donc les fonds de pension en tant qu'actionnaires chaque
fois qu'ils ont le choix.
Voir aussi ci-dessous le paragraphe sur les OPA.
Respecter les salariés
Lorsque les exigences de croissance et de bénéfices pour faire monter le cours des actions sur les marchés financiers (c'est-à-dire les bourses où elles sont vendues et achetées) sont telles que l'entreprise maltraite ou exploite ses salariés, on parle de « dictature des marchés ». L'exemple que l'on cite le plus souvent de cette dictature est le « licenciement boursier », un licenciement effectué par une entreprise qui gagne de l'argent mais dont les actionnaires voudraient qu'elle en gagne plus, sans se soucier du malheur des salariés qu'on licencie parce que leur activité n'est pas aussi rentable que les autres.
Il est clair qu'une entreprise qui « jette » ainsi ses salariés a un climat social détestable, qui n'incite pas ceux qui y travaillent à se donner du mal, à être fidèles ou à suggérer des améliorations. Elle a aussi, souvent, une image de requin auprès de ses clients, ce qui n'est pas idéal pour les encourager à acheter. Mais hélas, pour certains actionnaires toute politique qui respecte la loi est acceptable, même si elle n'est pas très morale.
Nous allons voir plus bas la justification économique, capitaliste, des licenciements motivés par le seul accroissement du profit. Mais avant, il faut signaler qu'une entreprise a le devoir moral (et l'intérêt économique bien compris) de prévoir les emplois dont elle aura besoin ou dont elle n'aura plus besoin assez longtemps d'avance. Et lorsque le contexte économique l'obligera à se séparer de certains collaborateurs, elle doit les en avertir assez tôt pour qu'ils aient le temps de chercher un autre emploi ou d'acquérir une formation ; elle doit même faciliter cette formation. Ces obligations morales sont, du reste, inscrites dans la loi française, qui oblige les « plans sociaux » à s'étaler sur un an ou plus.
Pour plus de détails, voir l'analyse "La
responsabilité sociale des entreprises" [81].
Nous avons vu en étudiant la concurrence pour l'accès aux financements et ci-dessus qu'une entreprise doit non seulement faire des bénéfices, mais en faire d'assez importants pour que les actionnaires et banquiers lui accordent les financements indispensables à son développement, donc à sa survie à moyen terme.
C'est pourquoi, lorsqu'une partie d'une entreprise est déficitaire, ou même simplement peu bénéficiaire, il est urgent de la réorganiser, d'en moderniser le matériel ou d'en remplacer les produits par de plus innovants. Si on ne le fait pas, son activité dégradera le bénéfice global de l'entreprise toute entière, ce qui la mettra toute entière en danger de non-financement, donc de disparition à moyen terme.
Mais lorsque la direction de l'entreprise estime qu'aucune de ces mesures de redressement ne peut réussir à restaurer le niveau de rentabilité de la partie malade, elle doit alors s'en séparer, car la conserver mettrait toute l'entreprise en danger. Voilà pourquoi il y a des cas où une entreprise bénéficiaire doit licencier. Donc :
Lorsqu'un politicien ou un syndicaliste condamne sans nuance et sans réserve tout licenciement dans une entreprise bénéficiaire, il a tort !
Lorsqu'un gouvernement comme celui de M. Raffarin prétend que la concurrence n'est pas un motif justifiant un licenciement pour raison économique, il met l'entreprise en danger et fait donc courir à tous ses salariés le risque de licenciement.
§
Une entreprise doit avoir une rentabilité égale ou
supérieure à celle de la moyenne de son secteur d'activité, sinon son avenir
est compromis ;
§
L'économie a ses propres lois, sans rapport avec nos
exigences morales : celles-ci ne peuvent nous permettre de les
transgresser, sous peine de faire des dégâts encore plus grands, en sacrifiant
la totalité d'une entreprise au lieu du seul département déficitaire.
§
La finalité d'une entreprise est le profit ; c'est
pour cela que ceux qui lui ont apporté des fonds l'ont créée. La charité, la
solidarité que notre société doit à ses citoyens, doit être assurée par des
dons privés et des lois qui redistribuent l'argent public, pas par une
entreprise soumise à la dure loi de la concurrence.
§
Une entreprise ne peut embaucher un salarié, ou le
garder, que si la valeur de son travail, c'est-à-dire ce qu'il rapporte à l'entreprise,
est supérieure à ce qu'il lui coûte.
Comme le remarque M. Mer dans [80] page 97 :
"Pour qu'un emploi soit créé, il faut qu'il rapporte plus qu'il ne coûte. C'est une règle universelle. En France, on prend le problème à l'envers puisque le ministre de l'Emploi décide de la rémunération de plusieurs millions de personnes par le biais du SMIC. Ensuite, il faut que le smicard puisse justifier son salaire par sa productivité…"
Pour la protection des salariés voir aussi
"Propositions pour améliorer l'employabilité".
Soit A une société cotée en bourse. Une autre société B (qui peut aussi être une banque, un fonds de placement ou même un particulier) peut offrir aux actionnaires de A d'acheter leurs actions en faisant une OPA. Les actionnaires de A ne peuvent être tentés de vendre leurs titres à B que si B leur en offre un prix bien supérieur au cours de bourse, par exemple 20 % plus élevé. De son côté, B peut se réserver de confirmer son achat seulement si un nombre suffisant d'actions de A lui est ainsi offert, par exemple 67 % pour devenir totalement maître de A.
Si l'opération a lieu, les actionnaires de A qui vendent sont gagnants car ils obtiennent plus pour leurs titres que ce qu'une vente en bourse pouvait leur offrir ; ils pourront ensuite, par exemple, placer le montant reçu en actions d'une autre société. Ils obtiennent même plus que ce qu'ils pouvaient espérer obtenir dans les mois à venir sous forme de montée du cours de A, car si les perspectives de A avaient été suffisamment bonnes, le cours les auraient automatiquement reflétées, il aurait été plus élevé ; l'OPA de B est donc inespérée.
De son côté, B offre un cours si élevé pour les actions de A parce qu'elle espère rentabiliser son achat. Cela signifie que le management de B pense gérer A mieux que le management actuel de A. Cela peut se produire si ce dernier n'est pas très efficace, ou s'il gère A sans se préoccuper suffisamment de l'intérêt de ses actionnaires - par exemple en payant trop ses salariés, ce qui diminue le bénéfice distribuable aux actionnaires. L'OPA de B sur A sanctionne alors l'inefficacité du management de A ; si elle réussit, A aura une chance de produire plus de valeur, ce qui est bon pour ses actionnaires et l'économie en général. Cela peut aussi se produire si la fusion de A et B produit un groupe plus efficace, en raison d'une synergie industrielle ou commerciale.
L'OPA est dite amicale si les directions de A et B sont d'accord pour la fusion, donc d'accord sur les noms et fonctions de la future équipe de direction du groupe résultant. Les deux directions recommandent alors ensemble aux actionnaires de A et B d'accepter l'OPA.
L'OPA est dite inamicale si les directions de A et B ne sont pas d'accord. Parfois, les dirigeants de B lancent une OPA surprise sur A, sans concertation avec la direction de cette dernière. Parfois, le management de A estime que B n'offre pas un prix suffisamment élevé pour ses actions. Parfois, une équipe de direction ou certains actionnaires contestent la viabilité de la fusion ou son aptitude à créer de la valeur… Mais de toute façon ce sont les actionnaires qui tranchent, en fonction de leur intérêt.
La fusion de deux grandes entreprises peut créer une situation de domination de marché, voire même de quasi-monopole. Elle sera alors interdite par l'Etat concerné ou par l'Union européenne, en fonction de lois anti-monopoles destinées à protéger la concurrence, toujours favorable aux consommateurs. Parfois, cette fusion peut faire passer le contrôle de A dans un autre pays ; si A est alors une entreprise vitale pour son pays d'origine (exemple : une entreprise liée à la défense nationale, comme THALES ou DASSAULT en France), ce pays peut vouloir s'y opposer.
Mais dans tous les cas où le pays d'origine de A ne peut prouver la menace d'un intérêt vital, il n'a aucun moyen de s'opposer à l'OPA sur A ; dans l'Union européenne une telle opposition serait contraire aux principes du Marché commun car antilibérale. Les diverses manœuvres de « patriotisme économique » de la France, lorsqu'il s'est agi d'empêcher la prise de contrôle par des étrangers de DANONE, de SANOFI-AVENTIS, de SUEZ, etc. sont donc une simple gesticulation démagogique. Par cette gesticulation, le gouvernement français exploite la peur irraisonnée de ses citoyens, qui craignent qu'un contrôle étranger d'une entreprise française se traduise automatiquement par des licenciements. Les Français, dans leur immense majorité, ne se rendent pas compte du bénéfice net et incontestable que l'OPA apporte aux actionnaires français, qui pourront réinvestir ce bénéfice dans l'économie française, contribuant ainsi à y créer des emplois. Ils ne se rendent pas compte, non plus, que B espère gérer A mieux que sa direction française, créant ainsi plus de valeur. Ils ne se rendent pas compte, enfin, que si A survit en étant moins compétitive que le groupe proposé A+B, c'est forcément en pratiquant des prix plus élevés au détriment (entre autres) des consommateurs français. Non, les Français préfèrent une entreprise peu productive mais française à une entreprise plus productive mais étrangère, c'est-à-dire une entreprise menacée à terme par la concurrence à une entreprise plus solide.
Tout se passe pour les Français (dont 60 % ont une vision négative du libéralisme), comme si B achetait A pour la détruire, c'est-à-dire jetait son argent par la fenêtre. Ils devraient pourtant comprendre que B espère, au contraire, développer A pour rentabiliser son investissement, et que ce développement est bon pour la France.
Le « patriotisme économique » est donc de la pure démagogie, une manière pour des politiciens de faire croire à tort à leurs électeurs qu'ils protègent leurs intérêts. Du reste, la France investit à l'étranger deux fois plus que les étrangers en France… et ces étrangers ne s'opposent pratiquement jamais aux investissements français.
Toutes les lois économiques que nous avons vues jusqu'à présent reposent sur une doctrine appelée « libéralisme ». Nous avons vu que le simple respect des lois économiques et des lois de la République ne garantit pas que l'on respecte les salariés et les droits qu'ils ont en tant qu'hommes. C'est pourquoi les adversaires du libéralisme le condamnent sans appel en le baptisant « ultralibéralisme ». Après avoir approfondi un peu la doctrine libérale, nous verrons comment on peut à la fois respecter ses principes (pour la bonne marche de l'économie) et respecter les travailleurs.
Pour la plupart des gens, le libéralisme est une doctrine économique qui prône l'absence d'intervention de l'Etat. Sa devise "Laissez faire, laissez passer" signifie "Pas d'intervention de l'Etat ou de corporations dans l'économie et pas de barrière tarifaire, douanière ou réglementaire au commerce entre pays".
Le libéralisme (le mot libéralisme vient de liberté) est plus que cela : c'est une philosophie de la liberté, du respect et de la responsabilité de l'Homme, qui a une dimension économique, mais aussi une dimension politique et une dimension sociale. Le libéralisme prône :
§ La liberté de l'homme de faire ce qu'il veut dans la mesure où il respecte les lois, notamment :
· d'entreprendre (créer une entreprise) ;
· de s'associer avec d'autres ;
· de croire ce qu'il veut en matière de religion, de philosophie ou de politique ;
· de s'exprimer, verbalement ou par écrit ;
· de se déplacer et de résider où il veut ;
· de posséder des biens, etc.
§ L'égalité entre les hommes, devant la loi et pour ces droits en général, ainsi que pour les devoirs envers les autres et la société. Cette égalité des droits suppose que la liberté de chacun est limitée par les droits des autres.
Elle suppose aussi que l'Etat ou une majorité, même élue démocratiquement, ne tyrannise pas une minorité et n'en profite pas pour lui extorquer de l'argent. Cela veut dire que les transferts sociaux français (30% du PIB) ne doivent pas aboutir à spolier des gens plus aisés, parce que plus productifs ou travaillant davantage, au profit de gens moins productifs ou plus paresseux. Or la politique française souffre du clientélisme, la classe au pouvoir s'efforçant de donner des avantages en argent ou en nature à certains de ceux qui l'ont élue ou voteront aux prochaines élections, ou à ceux qui savent le plus obtenir l'attention des médias lorsqu'ils clament leur colère.
Le libéralisme combat donc la tyrannie, qui est une forme de « loi du plus fort ».
§ La responsabilité de chacun, en tant que conséquence de sa liberté.
§ La démocratie, en tant que conséquence de l'égalité : tous les citoyens doivent pouvoir participer aux décisions de gouvernement, par l'intermédiaire de leurs élus, ou directement lors des référendums.
§ La limitation des interventions de l'Etat aux seuls domaines où la société doit penser à l'ensemble de ses citoyens avant de penser aux droits de chaque citoyen : solidarité avec les plus démunis, sécurité publique, défense nationale, services publics comme les impôts et l'environnement, etc.
Pour certaines actions où des hommes doivent
s'associer pour les mener à bien, le libéralisme prône le maximum de recours à
des associations et des
syndicats, avec leurs règles de fonctionnement décidées par leurs membres, et
le minimum de lois rigides imposées à une vaste catégorie de citoyens.
Le libéralisme est donc contre le centralisme étatique et pour la décentralisation.
§ Le libéralisme impose à chacun de respecter et de protéger l'Etat :
· La société ne peut fonctionner sans un certain nombre services publics, le libéralisme le reconnaît. Par exemple, pour protéger ma liberté de partir en vacances et de me promener où je veux, il faut garantir ma sécurité: il faut donc une police. Dans les lieux publics, celle-ci doit être un service public, pour que le respect de la loi soit garanti de manière égale pour tous les citoyens. Une police privée, au service de certains individus, sociétés ou associations, travaille dans l'intérêt de ceux qui la paient, pas celui du public. Elle ne peut donc être chargée de faire respecter la loi dans un lieu public.
· Le fonctionnement des services publics demande à chaque citoyen le respect des lois et de ceux qui les font appliquer (police, justice, administrations, gouvernement, armée…) Le libéralisme est donc partisan d'un Etat de droit, dont il demande le respect par chacun.
§ Le libéralisme refuse la « loi de la jungle », parce qu'il protège les droits de chaque homme face aux autres, à l'Etat, aux entreprises ou à toute organisation qui s'attaquerait à ces droits :
· Il préconise un Etat de droit, où en cas d'abus de puissance, les lois protègent les individus contre les autres individus, les entreprises et même les administrations ;
· Il préconise l'égal accès de tous aux services publics, comme la sécurité ou la justice ;
· Il favorise la concurrence, en empêchant les grandes entreprises de devenir des monopoles, ce qui protège le droit du consommateur à un choix et au meilleur rapport prestation/prix.
§ Le libéralisme est pour la diversité et contre la tyrannie uniformisatrice (exemple d'une telle tyrannie : les « 35 heures », imposées à toutes les entreprises, dans toutes les professions). Il considère la diversité des cultures, des systèmes et programmes éducatifs, des techniques de réalisation, des fournisseurs d'un produit ou un service, etc. comme une richesse.
Selon [6] "Libéralisme" :
"A l’origine, le libéralisme fut une réaction contre le colbertisme. L’État assumait alors l’essentiel de la responsabilité immédiate de l’économie, tantôt en réglementant de façon minutieuse toutes les activités industrieuses, tantôt en agissant sur la conjoncture au moyen de la détermination autoritaire du prix. Dans un premier temps, le colbertisme a favorisé l’essor économique de façon considérable. Mais au fil des années, les réglementations et les interventions conjoncturelles de l’État sont apparues de façon toujours plus évidente comme un obstacle au progrès économique: le libéralisme, à cet égard, est né de la volonté de lutter contre ces contraintes, désormais nuisibles."
[En somme, le dirigisme a fait, à l'usage, la preuve de son inefficacité à long terme : l'Etat français devrait s'en souvenir, car Colbert a agi en France. Le libéralisme économique est né en tant que remède à ce dirigisme.]
Le libéralisme croit que le libre jeu des forces économiques assurera l'équilibre entre intérêts particuliers et intérêt général, l'Etat se bornant à parfaire cet équilibre lorsque la concurrence ne suffit pas.
Un exemple édifiant d'attitude antilibérale du gouvernement est donné par "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre - L'ouverture du Marché commun aux services".
Voir aussi "L'interventionnisme de l'Etat français".
Pour les libéraux, chaque homme a le droit de chercher à s'enrichir, s'il le fait honnêtement et en toute légalité. Loin de diaboliser l'enrichissement personnel, le libéralisme encourage ce qui peut y contribuer : le travail (quantité et qualité), l'initiative et l'invention, ainsi que la prise de risque de celui qui crée une entreprise ou une activité.
Celui qui s'enrichit le fait en recevant l'argent des autres, parce qu'il leur a rendu service et/ou parce qu'il leur a procuré des biens. Pour un libéral, l'enrichissement de quelqu'un prouve qu'il a bien travaillé au service des autres. C'est pour cela que s'enrichir n'a rien de coupable.
Quelle meilleure conclusion pour cette section sur le libéralisme que celle de M. Mer, lorsqu'il écrit, dans [80] page 101 :
"Jamais un système économique n'a offert de telles conditions de liberté, de progrès et d'opportunités de réussite personnelle que le système libéral dans lequel vit actuellement le monde, à condition de ne pas oublier la contrepartie que certains n'apprécient pas : la responsabilité individuelle et collective."
"Mais cela ne doit pas nous éviter de nous demander, à chaque instant, ce qu'il faut faire pour que la minorité des plus faibles, des plus démunis face au système, ceux qui n'ont pas la possibilité d'assumer ce surcroît de responsabilité pour profiter de leur surcroît de liberté, soit raisonnablement protégée."
Dans une économie communiste :
§ L'Etat est propriétaire des moyens de production (usines, terres, etc.) ;
§ Il planifie la production selon ce que ses fonctionnaires estiment nécessaire au peuple et selon ce qu'ils pensent que le pays peut produire ;
§ Il n'y a pas d'initiative personnelle, pas de recherche de profit, pas de concurrence. Au contraire : comme un travailleur se donne toujours plus de mal quand il en tire un profit personnel que quand il est salarié de l'Etat, la productivité a toujours été le point faible des économies communistes et des entreprises publiques (voir l'exemple comparant les effectifs des producteurs d'électricité européens : EDF, RWE, etc.)
Exemple 1: après la guerre, l'Allemagne était dans le même état économique catastrophique à l'Est qu'à l'Ouest. En 45 ans de communisme, c'est-à-dire jusqu'à la chute du mur de Berlin, le niveau de vie à l'Est communiste est devenu 3 fois inférieur à celui de l'Ouest libéral.
Exemple 2 : d'après [116] page 116, en 1955 le PIB annuel par habitant était comparable en Espagne ($516) et en Pologne ($755). Les deux pays avaient été ravagés par la guerre : guerre civile en Espagne, guerre mondiale en Pologne, désormais sous la coupe de l'URSS. L'Espagne a opté pour une économie libérale à partir des années 1970, puis a intégré l'Union européenne en 1986. La Pologne a stagné et s'est endettée, comme tous les pays communistes. En 1989, le PIB par habitant en Espagne était 4 fois celui de la Pologne.
Ces exemples se généralisent : le communisme n'a marché nulle part :
§ Ni en URSS (où selon l'article "URSS - Histoire" de [6] Khrouchtchev avait promis le 22 mai 1957 de rattraper le niveau de vie des Etats-Unis pour 1980) ;
§ Ni à Cuba ;
§ Ni dans les démocraties populaires d'Europe ;
§ Ni en Corée du Nord (où sévit aujourd'hui la famine, alors qu'en Corée du Sud le niveau de vie a énormément progressé).
Les raisons de fond de l'échec du communisme sont :
§ L'impossibilité de planifier correctement les besoins et les capacités de production, car il y a trop de cas particuliers et d'aléas, d'où des pénuries et des gaspillages.
§ La corruption et le marché noir endémiques, chacun cherchant à voler l'Etat à son profit personnel.
§ La productivité misérable des gens, due à leur absence de motivation, elle-même due à l'absence d'intérêt personnel pour le progrès et l'absence de gaspillage.
§ La non-compétitivité des industries de l'Est, protégées de la concurrence avec celles de l'Ouest. Après le 1er choc pétrolier de fin 1973, l'URSS (2ème producteur mondial de pétrole après l'Arabie Saoudite) a commencé à gagner de plus en plus d'argent avec ses exportations de pétrole. Celles-ci, qui représentaient 10 à 15 % de ses exportations, en représentaient désormais 40 %.
Au lieu d'utiliser ces ressources financières inespérées pour moderniser son industrie et son infrastructure, pour en préserver la compétitivité dans un monde en progrès rapide, elle les a consacrées à subventionner le niveau de vie de son peuple, qui a donc augmenté ainsi artificiellement grâce aux prix bas des produits subventionnés. Et lorsque les prix du pétrole ont fortement baissé au début des années 1980, l'URSS a dû commencer à emprunter de l'argent à l'Ouest pour continuer à subventionner son train de vie. Comme on ne peut vivre longtemps au-dessus de ses moyens, surtout lorsque le concurrent américain vous oblige à le suivre dans une coûteuse course aux armements de haute technologie, Gorbatchev a été obligé de réformer en profondeur (perestroïka, glasnost). Mais c'était trop tard, le pays ne pouvait plus maintenir artificiellement le niveau de vie de ses habitants, le modèle économique soviétique était condamné et son communisme s'est effondré.
§ Le retard technologique et industriel croissant des pays communistes par rapport aux pays libres, retard dû :
· à l'isolement (frontières fermées et communications interdites entre chercheurs de l'Est et de l'Ouest) ;
· au manque d'investissements, dû au gaspillage de la manne pétrolière ;
· au manque de motivation des chercheurs de l'Est.
§ L'endettement extérieur colossal, dû à l'absence de compétitivité des produits exportés par l'Est par rapport aux produits des économies libérales ;
§ L'absence de démocratie : partout, les régimes communistes sont devenus totalitaires. Au lieu que les dirigeants écoutent le peuple, ils l'ont muselé et réduit en esclavage. Partout, les médias étaient au service du pouvoir, la justice et les députés aux ordres de la classe gouvernante, les opposants étaient déportés, mis en prison ou enfermés dans des asiles d'aliénés, etc.
Voir aussi [104].
Le socialisme interventionniste est une économie semi-libérale, rappelant par certains côtés l'économie française : l'Etat intervient pour fixer certains salaires et prix, produire et vendre, et fait de forts transferts sociaux. Ce modèle économique fut adopté après 1956 par les « pays non alignés » (Inde, Egypte, Yougoslavie…), dont les gouvernements voulaient se réserver la possibilité de choisir tantôt le modèle communiste à planification centralisée et propriété collective des moyens de production, tantôt le modèle libéral.
L'idéologie du non-alignement a eu pour effet concret d'isoler les pays concernés des progrès scientifiques, technologiques et industriels faits par les pays à économie libérale. Les économies protégées de ces pays ont produit des entreprises non compétitives, incapables de fabriquer des articles vendables dans les pays avancés. Les coûts très élevés de ces produits, associés aux subventions massives de l'Etat destinées à lutter contre la pauvreté, ont entraîné une explosion des dettes publiques et, pour finir, un effondrement économique.
Dans une certaine mesure, c'est ce qui se produit en France : propriétaire d'une partie importante de l'économie (SNCF, EDF, etc.), le gouvernement fixe beaucoup de prix en tenant plus compte de considérations politiques que de la réalité économique ; en outre, il fait des transferts sociaux considérables. Il en résulte un endettement croissant de l'Etat, qui devra être payé par les générations suivantes.
Exemple de résultat économique d'un socialisme interventionniste : lors de son indépendance en 1949, l'Inde avait un niveau de développement comparable à celui de la Corée du Sud ou de la Thaïlande. L'Inde de Nehru a adopté une économie socialiste à forte intervention de l'Etat. La Corée du Sud et la Thaïlande ont adopté une économie libérale. Leurs niveaux de vie sont respectivement, aujourd'hui, 7 fois et 4 fois supérieurs à celui de l'Inde.
Ayant compris son erreur, l'Inde a libéralisé son économie récemment et le résultat a été immédiat : la croissance a été de 8.5% en 2003 et 6.9% en 2004 d'après Le Figaro économie du 08/02/2005.
L'économie à forte intervention de l'Etat produit un développement beaucoup plus lent que l'économie libérale. Voici pourquoi: chaque fois que l'Etat intervient dans l'économie, il y a une distorsion de concurrence, une absence de sanctions pour les contre-performances et les erreurs, et la corruption de fonctionnaires qui profitent de leur pouvoir. En outre, la concurrence réduite ou inexistante empêche d'adopter les progrès techniques, démotive des gens et les rend moins productifs. Ils créent alors moins de biens et de services et/ou de moindre qualité. Un pays où cela se produit beaucoup crée moins de richesses pour ses habitants, dont le niveau de vie progresse moins vite.
En France, le pourcentage de fonctionnaires (environ 20% des salariés), protégés de la concurrence par définition et moins productifs, est le plus élevé du monde non communiste. L'Etat fixant beaucoup de prix (électricité, transports publics, soins médicaux, prix garantis aux agriculteurs, etc.), notre économie souffre de cette moindre concurrence. Comme en même temps, l'Etat prélève beaucoup de ressources pour ses transferts sociaux, l'économie est privée de moyens d'investir.
Voir aussi l'étude France en panne, entreprises en fête.
Pour un produit donné, un prix de marché en baisse entraîne une diminution des bénéfices des vendeurs, qui ont donc tendance à cesser de l'offrir parce qu'ils ne gagnent plus assez ou même perdent de l'argent.
Lorsqu'un produit devient obsolète, parce qu'un produit meilleur ou moins cher est apparu pour la même clientèle, celle-ci se détourne de lui. Alors ses prix baissent et finissent par devenir trop peu rentables pour les vendeurs, qui cessent de l'offrir : le produit disparaît du marché.
Pour certains produits, l'obsolescence peut venir d'un changement du goût des consommateurs. C'est le cas des produits d'habillement, par exemple : les hommes ne portent plus de chapeaux haut-de-forme. Les produits obsolètes cessent donc d'être fabriqués et vendus. Selon le Rapport Camdessus [17] :
Page 85 : "Chaque
jour c’est 10 000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10 000
qui sont créés. Ce phénomène d'obsolescence des produits
est si important, de nos jours, qu'il explique à lui seul la destruction de 10 000
emplois par jour en France. Ce sont autant d’anticipations ou de réponses face à l’évolution des
entreprises et de l’économie..."
En fait, l'économie évolue grâce à un mécanisme continu de destructions créatrices d'emplois. C'est parce qu'elle détruit constamment les emplois frappés d'obsolescence ou de baisse de rentabilité qu'elle trouve les ressources pour lancer de nouvelles activités : en conservant des emplois inutiles on se prive des moyens nécessaire à des activités d'avenir. Tous les efforts des syndicats et des politiciens français de gauche pour rigidifier l'emploi, pour empêcher les licenciements, empêchent en réalité l'économie de créer des emplois d'avenir ; ils sont donc générateurs de chômage. Mais personne ne le dit aux Français…
Il ne faut pas confondre ces destructions d'emplois, avec les autres causes de rupture de contrat de travail. Selon le même rapport [17] :
Page 93 : "Chaque jour en France, environ 27 000 personnes quittent leurs emplois. Sur ces 27 000 départs, seuls 540 correspondent à des licenciements économiques, tandis que près de 14 300 [53 %] sont liés à des fins de contrat à durée déterminée."
[Donc 27000 - 14300 - 540 = 12160 salariés quittent leur emploi de leur plein gré, si l'on admet
que les licenciements pour faute lourde sont extrêmement peu nombreux.]
L'étude INSEE [115] montre qu'entre 1995 et 2001, la France a détruit 8 millions d'emplois et en a créé 9.6 millions.
On trouve dans [80] page 21 la confirmation de ces chiffres considérables énoncée comme suit :
"Le Taux de rotation du personnel (c'est-à-dire le nombre de gens qui changent de poste - qui entrent ou sortent- rapporté au nombre de gens qui travaillent) est de 20% par an dans l'industrie et de 40% dans les services."
Il ne faut pas que l'énormité du chiffre « 10 000 emplois détruits » inquiète. Puisque le chômage reste stable, c'est que bon an mal an, chaque jour 10 000 emplois sont créés pour des produits ou services nouveaux. C'est même une loi de l'économie :
|
L'économie évolue
naturellement par destructions créatrices d'emplois |
La désinformation des citoyens sur ce phénomène
Il est intéressant de remarquer que les médias, chaînes de télévision en tête, font beaucoup de bruit à propos des « licenciements économiques », qu'un esprit soucieux de combattre l'inquiétude a baptisé « plans sociaux ».
Chaque fois qu'une entreprise licencie une centaine de salariés, le journal télévisé y fait un reportage, montre des salariés qui protestent, des syndicalistes qui menacent et parfois commettent des dégradations, tous demandant à l'Etat de rétablir leur emploi (ce qu'il est incapable de faire, nous le verrons plus loin). Le message passé alors aux téléspectateurs est celui d'un malheur irrémédiable, comme si un salarié licencié ne pourra plus jamais retrouver du travail, et comme si les patrons de l'entreprise étaient des criminels.
Remarquons tout d'abord que ce licenciement fait partie des 540 par jour ci-dessus, total qui ne représente que 2% des 27 000 salariés qui quittent leur emploi : tout ce bruit, toute cette fureur à propos de 2% des départs, alors qu'on ne dit rien des autres 98%, comme si leurs salariés ne méritaient pas qu'on s'intéresse à leur sort.
Remarquons ensuite que jamais - JAMAIS ! - la télévision ne nous a parlé de la destruction quotidienne de 10 000 emplois, remplacés par 10 000 autres, créés de toutes pièces. Ni elle ni le gouvernement ne nous ont jamais parlé de la borne inférieure du chômage due à l'existence du chômage structurel et du phénomène du NAIRU.
Nous sommes donc si mal informés par les médias que, comme le gouvernement non plus n'aborde jamais ces chiffres (comme s'ils étaient honteux), le manque d'information des citoyens est profond : ils ne pensent qu'aux 2% d'emplois perdus dont on leur parle, et pas aux 98% d'autres : ils sont donc littéralement désinformés !
Il faut donc se souvenir qu'en France :
|
Le renouvellement naturel
des produits |
La totalité des effets des faillites par mauvaise gestion, des délocalisations, de la désindustrialisation, et de tous les malheurs économiques redoutés par les pessimistes - ou par ceux dont la dénonciation de notre société est le fonds de commerce - ne représente que 2% des fins de contrat de travail, et c'est sur ces 2% qu'on légifère, pour les empêcher, les retarder ou les indemniser !
Le caractère modeste de la proportion de défaillances d'entreprises est confirmé par le rapport INSEE [117] de mai 2005, où on relève les faits suivants :
§ Il y a chaque année en France environ 40 000 défaillances d'entreprises constatées par les tribunaux (40 583 en 2004), c'est-à-dire environ 200 par jour ouvrable ; mais les médias et les politiciens qui veulent faire peur aux salariés poussent des cris à propos d'une proportion infime d'entre elles, quelques-unes par mois…
[117] précise : "Il ne faut pas confondre la notion de
défaillance avec la notion de cessation (arrêt total de l’activité économique
de l’entreprise). Les liquidations qui font suite à une défaillance ne
représentent qu’une partie (entre 10% et 20%), variable avec le temps et le
secteur d’activité, de l’ensemble des cessations d’entreprises. En effet, la
majorité des cessations fait suite à un arrêt d'activité avec ou sans reprise
par un tiers pour différentes raisons : départ à la retraite, problèmes
personnels, décès, difficultés économiques sans dépôt de bilan, etc."
Remarque : le nombre total de disparitions d'entreprises (cessations plus défaillances) est de l'ordre de 220 000 par an, voisin du nombre de créations (voir [85]) ; le nombre d'entreprises en France reste donc à peu près stable d'une année sur l'autre. Ces 220 000 entreprises représentent environ 1000 entreprises qui disparaissent et autant qui apparaissent chaque jour ouvrable, chacune représentant en moyenne une dizaine d'emplois.
La création et la destruction d'entreprises,
chaque année, fait partie du fonctionnement normal de l'économie, dans tous les
pays. La France n'est frappée par aucune malédiction en ce domaine, et ne se
distingue guère des autres pays avancés.
§ Les 40 000 défaillances et les 220 000 disparitions représentent respectivement 1.6 % et 8.7 % de nos 2.54 millions d'entreprises, proportions assez modestes et stables, qui ne justifient pas que les politiciens et les syndicalistes effraient les salariés par des menaces de pertes d'emplois dues aux entreprises « victimes de la mondialisation, du libéralisme ou de Bruxelles ».
§ L'essentiel des défaillances concerne des entreprises de moins de 10 ans ; la probabilité qu'une entreprise de plus de 10 ans fasse faillite pendant une année donnée est comprise entre 0.006 % et 0.01 %, c'est-à-dire qu'une entreprise qui a atteint 10 ans a, chaque année, environ 1 chance sur 12 500 de faire faillite !
Conclusion sur la politique de l'emploi
Il est clair à présent qu'une politique efficace pour l'emploi consisterait à créer plus d'emplois nouveaux, au-delà des 10 000 qui se créent déjà chaque jour, pas à se battre pour prolonger la vie d'activités qui ne sont plus économiquement viables, et qui licencient ou délocalisent en tout par jour 540 salariés sur 25 millions de travailleurs.
Voir définitions [105].
Le graphique ci-dessous, issu de [43] page 56, montre la relation entre variations du PIB (en anglais « Gross Domestic Product », GDP) et des investissements (notamment en équipement des entreprises) :
PIB et investissements en équipement des entreprises varient ensemble
On voit que la croissance de l'activité, c'est-à-dire du PIB, génère des profits qui incitent les entreprises à investir plus pour produire plus et gagner davantage. Inversement, la croissance des investissements, due à un optimisme des chefs d'entreprise et à un carnet de commandes qui s'emplit, génère instantanément du PIB. Et il est très fréquent que l'investissement en matériel s'accompagne d'une création d'emplois pour l'utiliser et contribuer à l'accroissement de la production.
Une politique efficace de l'emploi doit donc favoriser l'investissement des entreprises. Cela demande, notamment, que celles-ci puissent emprunter l'argent nécessaire à leurs investissements à un taux d'intérêt inférieur aux bénéfices qu'ils escomptent de leur activité. Voir le chapitre "Actionnaire ou rentier ?" et particulièrement la discussion du taux de référence bancaire.
Nous pouvons maintenant préciser le théorème « Les bénéfices d'aujourd'hui sont les emplois de
demain » en y
ajoutant :
|
Les bénéfices d'aujourd'hui
sont les investissements de demain |
Voir aussi le paragraphe "La croissance de la productivité tire celle du niveau de vie".
Voir aussi les conséquences de la dette publique sur l'investissement des entreprises et des particuliers dans "Grâce au feu vert de l'Union européenne, notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite sur le dos des générations suivantes".
Sources : rapport "Avenir des
métiers" [26] et rapport Camdessus [17].
Nous avons vu que c'est la croissance du PIB qui génère des bénéfices,
qui à leur tour génèrent des investissements et des emplois. Or le PIB ne peut
croître sans travailler davantage que si la productivité [28]
du travail croît. Nous reviendrons sur la
productivité, mais pour le moment nous allons voir que par rapport aux pays
comparables les Français ne travaillent pas assez :
§ Ni en taux d'emploi [14] en début et fin de vie active, c'est-à-dire que leur carrière est trop courte ;
§ Ni en nombre d'heures par année.
C'est surtout ce manque de volonté de travailler qui explique la faiblesse de la croissance de notre PIB (donc de nos emplois) par rapport aux autres pays.
Selon [107],
en 1999, le taux d'emploi [14] des
femmes de 15 à 64 ans était de 53% en France, pour 67.6% aux Etats-Unis et 64.9% au Royaume-Uni :
en France, les
femmes travaillent bien moins que chez nos voisins européens.
Voici selon
[107]
les taux d'emploi en France et au Royaume-Uni par tranche d'âge, en 2002 :
|
|
Taux d'emploi |
Taux d'emploi |
|
15 à 24 ans |
30.2% |
68.6% |
|
25 à 54 ans |
86.4% |
84.0% |
|
55 à 64 ans |
41.7% |
55.2% |
|
Ensemble 15 à 64 ans |
62.2% |
72.7% |
Taux d'emploi en France et au Royaume-Uni par tranche d'âge, en 2002
La comparaison France - Royaume-Uni montre
qu'en France les hommes et les femmes ont un taux d'emploi excellent seulement
entre 25 et 54 ans, trop faible avant et après, et trop faible globalement.
En somme, en France la vie active des gens commence
plus tard que dans les autres pays et se termine plus tôt. Et comme on le voit
ci-dessous, ils travaillent moins chaque année que dans presque tous les autres
pays.
Heures de
travail par an par personne en âge de travailler (15-64 ans)
(moyenne
2000-2003)
On voit que, parmi les 20 pays de l'OCDE considérés, la France est, après la seule Italie, le pays où on travaille le moins chaque année. Le nombre moyen annuel d'heures de travail par personne ayant un emploi était en 2003 de 1453 en France contre 1792 aux Etats-Unis et 1673 au Royaume-Uni d'après [107].
Les salariés français à temps plein travaillent 1650 heures dans l'année
Selon L'INSEE [158], les salariés français à temps plein travaillaient en moyenne 1650 heures dans l'année en 2003 et 2004. Cette statistique ne contredit pas les chiffres précédents, car elle ne porte que sur les salariés de plus de 15 ans à temps complet hors enseignants, alors que les précédentes prennent aussi en compte les personnes ayant travaillé à temps partiel.
On apprend dans [158] que :
§ La durée annuelle légale du travail est de 1607 heures ; les salariés à temps plein travaillent donc 43 heures de plus par an, c'est-à-dire environ 1 heure par semaine ;
§ En moyenne, les salariés du secteur privé travaillent 1670 heures alors que ceux du secteur public ne font que 1580 heures, c'est-à-dire environ 1heure et demie de moins par semaine ;
§ Les cadres font en moyenne 1870 heures (1700 heures pour les femmes et 1930 heures pour les hommes) ;
§ C'est dans l'hôtellerie-restauration qu'on travaille le plus : 2190 heures en moyenne ; et ce sont les agents de service des écoles primaires qui travaillent le moins, 1340 heures, suivis de certains employés de la Sécurité sociale (1380 et 1430 heures).
Effet sur le PIB de la croissance du nombre total d'heures de travail
Entre 1980 et 2003, l’écart de croissance cumulé entre le PIB de la France et celui des États-Unis ou du Royaume-Uni est expliqué en quasi-totalité par l’écart de croissance du nombre d’heures totales travaillées.
|
|
Croissance du total |
Croissance |
|
France |
-6 % |
59 % |
|
Etats-Unis |
39 % |
101 % |
|
Ecart Etats-Unis - France |
+45 % |
+42 % |
|
Royaume-Uni |
8 % |
75 % |
|
Écart Royaume-Uni - France |
+14 % |
+16 % |
Relation
entre croissance du total annuel des heures travaillées
et croissance du PIB entre 1980 et 2003
On voit que les Américains et les Anglais travaillaient plus en 2003 qu'en 1980, alors que les Français travaillaient moins. Les écarts de croissance du PIB s'expliquent presque exclusivement par l'écart de quantité de travail.
Le danger du vieillissement de la population
L'OCDE écrit dans [50] page 1 :
"…des efforts pour accroître les taux d’emploi [14] et la production potentielle sont nécessaires pour améliorer la capacité de l’économie de financer les dépenses futures [de la France] liées au vieillissement."
"Il faut aussi continuer à réformer les
programmes de préretraite et les systèmes de retraite afin de développer les
incitations à travailler chez les salariés âgés."
Les textes sur les 35 heures ont rendu très coûteuses, ou même illégales, les heures supplémentaires, pour empêcher les salariés de travailler plus de 35 heures. De ce fait, elles sont devenues trop chères pour certaines entreprises par rapport à la valeur du travail qu'elles produisaient : ces entreprises ont donc décidé de refuser du travail plutôt que de le faire à perte ; certains salariés qui gagnaient plus en faisant des heures supplémentaires ont donc vu leurs salaires diminuer.
Voici des conclusions qui découlent du paragraphe "Les Français ne travaillent pas assez" :
Contrairement à
l'idée de gauche que la quantité disponible de travail est finie
et qu'il faut donc le partager (d'où
les "35 heures") :
§
Plus les gens travaillent, plus ils gagnent d'argent, donc plus ils en
dépensent et plus le PIB croît ;
§ Plus ils dépensent et plus ces dépenses donnent de travail à d'autres gens, ce qui réduit le chômage : travailler plus crée donc un cercle vertueux.
Les Français travaillent moins que presque tous les autres pays, à la fois pendant une semaine (effet «35 heures», RTT) et pendant une vie (début d'activité plus tardif et retraite plus précoce). Comme nous avons déjà vu la relation entre PIB et emploi total, nous avons ici une confirmation :
|
Plus un pays travaille,
plus il crée d'emplois |
Et inversement :
|
Empêcher de travailler crée
des chômeurs |
Au sujet des 35 heures, M. Mer écrit, dans [80] pages 87-88 :
"La loi sur les 35 heures a entraîné derrière elle tout un cortège de conséquences négatives et perverses. Les grandes entreprises s'en sont sorties car elles ont pu minimiser l'impact des 35 heures, ou du moins le compenser par des formules de flexibilité comme l'annualisation du temps de travail.
[Voir aussi ci-dessous les compensations financières considérables accordées par l'Etat au titre des 35 heures pour en compenser le coût pour les entreprises.]
Ainsi, chez USINOR, nous avons obtenu l'accord des syndicats sur des sujets que nous aurions sans doute eu plus de mal à imposer sans cette réduction brutale du temps de travail que, soit dit en passant, ils ne réclamaient pas du tout. Donc, nous avons embauché très peu de monde, mais nous en avons profité pour réorganiser totalement la production, dans une activité où l'on travaille 365 jours par an.
Les petites entreprises, en revanche, ne bénéficiaient pas de cette possibilité. On se trouve donc dans des situations où certaines d'entre elles sont obligées de se mettre dans l'illégalité pour continuer d'exister, avec l'accord tacite de leurs salariés d'ailleurs…"
L'idée que le travail disponible dans un pays est limité est une vieille idée marxiste, dont nous connaissons le caractère erroné par l'exemple de toutes les économies en croissance, où la quantité de travail et l'emploi croissent constamment et depuis des décennies, sauf peut-être de très courtes périodes où l'emploi décroît : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Irlande, etc.
La vérité est que les besoins de l'homme en biens et services sont infinis, qu'ils se créent au fur et à mesure que le progrès des médias donne des idées aux consommateurs, que l'innovation leur propose de nouveaux produits et services, et que les progrès de la productivité permettent de produire davantage avec le même nombre d'heures de travail.
Mais l'idée fausse de la quantité de travail
finie a été reprise par trois gouvernements successifs du président Chirac, qui ont fait des lois :
§ incitant les entreprises à limiter les horaires de travail en échange de compensations financières payées par les contribuables ;
§ limitant autoritairement le nombre d'heures de travail d'un salarié pour laisser du travail à des chômeurs.
La liste de ces lois est en [163].
C'est le gouvernement Jospin (1997 - 2002), qui a imposé en France la version la plus contraignante, la plus dogmatique, de la RTT avec ses 35 heures. Il a agi ainsi à la suite de la loi Robien de 1996, sans concertation et par pure idéologie, parce qu'il n'a pas pris la peine de vérifier dans les autres pays avancés la relation entre PIB et emploi, que nous avons établie ci-dessus, ni la relation entre croissances des heures travaillées et du PIB. Du reste, les preuves que nous avons apportées là sont bien connues des économistes [35].
Idéologique aussi, la décision d'imposer le même nombre d'heures hebdomadaires à toutes les entreprises et tous les métiers. Pour toute personne non coupée de la réalité par son idéologie, il était évident que :
§ Chez les artisans, dans les hôpitaux, dans l'hôtellerie-restauration, dans les professions libérales, la loi était inapplicable ;
§ Dans les grandes entreprises le patronat en profiterait pour négocier des droits supplémentaires d'imposer des horaires et rythmes de travail qui l'arrangeaient, en fonction des commandes reçues, c'est-à-dire la « flexibilité », puis obtiendrait de l'Etat des compensations financières qui coûtent 23 milliards d'euros chaque année ([17] page 40), pour enfin réorganiser le travail de manière à augmenter la productivité [28] en embauchant le moins possible ;
§ Contrairement aux grandes entreprises, à qui la réorganisation, le surcroît de souplesse dans la gestion du temps de travail et les compensations financières apporteraient des bénéfices, les PME souffriraient des 35 heures et la France toute entière aussi, par manque de croissance et coût budgétaire des compensations financières aux entreprises.
En ignorant ces faits, l'exemple des autres pays, ainsi que les lois de l'économie, le gouvernement Jospin a fait preuve d'orgueil en même temps que de sottise. Et la France en a souffert et en souffre encore.
M. Mer écrit, dans [80] pages 90-91 :
"Décréter que la durée du travail, dans un pays ouvert sur le reste du monde, passe brusquement de 39 à 35 heures représente un péché d'orgueil ou une incompétence fantastique. Martine Aubry a juste oublié que la France n'évolue pas en vase clos : quel consommateur accepterait de payer un produit plus cher sous prétexte qu'il est fabriqué par des gens qui travaillent moins ? Les 35 heures ont été décidées sur un coin de table et une baisse brutale de 10 % du temps de travail, décidée unilatéralement par un gouvernement, est inédite dans l'histoire économique. Il suffit de regarder l'histoire pour s'en convaincre : les 40 heures ont été décidées en 1936 et appliquées concrètement en... 1970. Bien sûr que la durée du travail continuera à baisser puisque, depuis deux siècles, la [croissance de la] productivité est affectée pour deux tiers à l'élévation du niveau de vie et pour un tiers à la réduction du temps de travail. Mais cela n'a rien à voir avec une mesure autoritaire et brutale prise unilatéralement dans un pays appartenant à un ensemble économique [l'Union européenne] qui doit évoluer dans un cadre concerté."
Conclusion
Il faut
donc que les électeurs n'apportent plus jamais leurs voix à des politiciens qui
proposent des mesures révolutionnaires sans avoir vérifié leur impact dans les
pays comparables et sans avoir vérifié leur conformité aux lois économiques.
Pour la gauche, la mesure idéologique aberrante des 35 heures faisait suite à la relance calamiteuse du gouvernement Mauroy
en 1981, qui a appauvri la France et l'a obligée à faire 3 dévaluations
successives, dont deux en moins d'un an.
Source : rapport à l'Assemblée nationale [54] du
14/04/2004. Extraits :
Page 86
"La mise en place des 35 heures a eu un
impact sur les finances publiques à un double titre, d’une part du fait de
l’octroi d’allègements de charges pour compenser la RTT dans le secteur privé,
et d’autre part du fait de la mise en œuvre de la RTT dans le secteur public."
Page 91
Selon la direction du budget, le coût total des allègements de charges liés à la RTT de 1999 à 2003 est de 28.2 milliards d'euros pour le secteur privé.
Page 96
Selon la direction du budget, le coût total des allègements de charges liés à la RTT en 2002 et 2003 est de 2.016 milliards d'euros pour 25269 emplois créés [d'où un coût de près 40 000 euros par fonctionnaire et par an].
Il y a, en outre, des coûts dans les entreprises publiques : RATP, EDF-GDF, SNCF…
Page 98
"…les dépenses d’allègements de charges
devraient être, selon la direction du Budget, de l'ordre de 17,1 milliards
d'euros en 2004 et d’environ 23,4 milliards d'euros en 2007, année d'achèvement
de la montée en charge du dispositif…"
Page 99
"Au total, on aboutit à un coût pour les
finances publiques de la RTT de 10 milliards d’euros, hors fonction publique
territoriale et hors entreprises publiques, en 2003, et de 15 milliards d’euros
en 2005."
Le coût global des 35 heures de
2002 à 2005 est estimé par la direction du budget à 45.3 milliards d'euros,
c'est-à-dire 755 euros par Français, homme, femme ou enfant !
Comparaison de l'efficacité des 35 heures avec les principaux contrats aidés
Pages 99 et 100
"Selon la direction du Budget, on peut
estimer que le coût des allègements de charges des lois Aubry I et II
représente de l’ordre de 23 000 euros par emploi créé ou sauvegardé (si
l’on retient l’estimation [124] de la
DARES de 350 000 emplois créés entre 1999 et 2002, et
un montant d’allègements de charges de 8 milliards d’euros en 2002). Ce coût
est bien supérieur à celui des principaux contrats aidés, comme indiqué dans le
tableau suivant :
|
|
Coût moyen annuel 2004 |
|
Contrat initiative emploi |
4800 € |
|
Contrat jeune en entreprise |
2700 € |
|
Contrat emploi solidarité |
5918 € |
|
Contrat emploi consolidé |
7367 € |
|
Contrat emploi jeune |
15 925 € |
|
« Emploi 35 heures » |
23 000 € |
Comparaison du coût des principaux contrats aidés et de celui des 35 heures
Les 35 heures sont donc, et de très loin, la méthode la plus coûteuse qui soit pour créer des emplois. On voit à quel désastre l'idéologie peut conduire lorsqu'elle fait fi des lois économiques et de la comparaison avec ce qui se fait dans d'autres pays.
Voir aussi "Effet des « 35 heures » (RTT) sur la productivité française".
Le tableau ci-dessous, issu des statistiques officielles de dépenses pour l'emploi de l'INSEE [173], montre que la France dépense environ 4.5 % de son PIB pour l'emploi, dont 1 % au titre des allégements de charges liés aux "35 heures" :
|
Dépenses pour l'emploi |
|
|
|
|
millions d'euros |
|
|
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
|
Dépenses
"passives" |
|
|
|
|
|
|
Indemnisation du chômage |
20 660 |
21 838 |
26 094 |
29 243 |
30 224 |
|
Incitation au retrait d'activité |
3 860 |
3 511 |
2 703 |
2 121 |
1 867 |
|
Dépenses
"actives" |
|
|
|
|
|
|
Formation professionnelle |
12 698 |
13 083 |
12 741 |
13 012 |
13 064 |
|
Promotion de l'emploi et création d'emploi |
9 471 |
9 917 |
10 152 |
9 160 |
8 175 |
|
Exonérations non compensées |
1 708 |
1 553 |
1 401 |
1 111 |
928 |
|
Maintien de l'emploi |
498 |
553 |
609 |
598 |
662 |
|
Incitation à l'activité |
992 |
1 034 |
1 111 |
1 190 |
1 200 |
|
Fonctionnement du marché du travail |
1 161 |
1 222 |
1 721 |
1 741 |
1 869 |
|
Total de la dépense
pour l'emploi |
51 046 |
52 711 |
56 530 |
58 175 |
57 989 |
|
En % du PIB |
3.54 |
3.52 |
3.65 |
3.65 |
3.50 |
|
Réductions dégressives bas salaires
(entreprises à 39 h.) |
5 275 |
5 116 |
4 333 |
2 087 |
9 |
|
ARTT |
554 |
506 |
539 |
565 |
388 |
|
Loi Aubry 1 |
2 073 |
2 423 |
2 362 |
1 949 |
846 |
|
Loi Aubry 2 |
3 674 |
6 371 |
8 191 |
4 260 |
- |
|
Dispositif d'appui et conseil à la RTT |
78 |
62 |
32 |
2 |
0 |
|
Allègements Fillon |
/// |
/// |
/// |
7 230 |
15 033 |
|
Total des allégements
généraux* |
11 655 |
14 478 |
15 457 |
16 093 |
16 276 |
|
En % du PIB |
0.80 |
0.96 |
1.00 |
1.01 |
0.98 |
|
Total dépense pour
l'emploi + allègements généraux |
62 701 |
67 189 |
71 987 |
74 267 |
74 265 |
|
En % du PIB |
4.34 |
4.48 |
4.65 |
4.66 |
4.48 |
Dépenses pour l'emploi de 2000 à
2004 :
noter que les "35 heures" coûtent 1 % du PIB
Après le gouvernement de gauche qui a imposé la RTT, le gouvernement de droite qui lui a succédé a maintenu cette réduction, considérée comme un acquis social. Mais pour faire face au financement de la retraite, il a allongé la durée de la vie active, en obligeant les salariés à travailler plus d'années pour payer les retraites. C'est incohérent : nous avons déjà vu que les Français ne travaillent pas assez…
Si réduire la durée de la semaine de travail a été une décision désastreuse pour la France, c'est parfois une décision salutaire pour une entreprise. C'est ainsi que chez Volkswagen, en Allemagne, lors d'une période de mévente, la direction a proposé aux salariés de choisir entre quelques milliers de licenciements et une réduction générale du temps de travail accompagnée de la réduction de salaire correspondante. Les salariés ont choisi la réduction de travail et de salaire. Non seulement cette solidarité a fait du bien au moral, mais l'entreprise a ainsi gardé tout son potentiel humain. Et lorsque les ventes se sont rétablies, il a suffi d'augmenter la durée du travail pour y faire face.
La flexibilité des horaires et le salaire variable sont donc acceptables pour les salariés lorsqu'ils sont librement choisis
Parmi les pays avancés, la France est le champion mondial de l'interventionnisme : l'Etat intervient dans l'économie plus que partout ailleurs dans ces pays.
Voir d'abord "Les entreprises publiques, ou l'Etat qui fait des affaires".
Et cet interventionnisme nous coûte extrêmement cher : l'Etat français dépense 54.7 % du PIB, plus que tout le reste de l'économie. Cette proportion du PIB consacrée aux dépenses publiques est 7 % plus élevée que la moyenne de l'Union européenne : si nous réformions notre Etat pour qu'il ne dépense pas plus que la moyenne de ses partenaires européens, nous économiserions 115 milliards d'euros par an (7 % de 1648 milliards d'euros d'après [121]) Cette économie permettrait, par exemple, de prélever 1916 euros d'impôts de moins chaque année à chaque Français, homme, femme ou enfant !
Voir aussi l'aveu de deux ministres de droite [148] trouvé sur le site de l'UMP.
Les sureffectifs dans la fonction publique
Pour ceux qui se demandent où trouver ces économies, la réponse est simple : en France, l'emploi public représente 20 % des travailleurs, contre 16 % chez nos partenaires européens. Nous avons trop de fonctionnaires. En effet, dans [130] pages 68-69 on lit ceci :
"Dans une lettre au ministre, datée de septembre 1977, le regretté Jean Choussat écrivait : « Au risque de soulever un tollé, disons que les sureffectifs de la fonction publique sont au minimum de 10 %, soit 500 000 agents. » Les dépenses de personnel représentent les deux tiers des dépenses publiques qui s'élèvent à 50 % du PIB ; c'est donc 3 à 4 % du PIB que l'on pourrait ainsi économiser."
Et lorsqu'on songe qu'aux Etats-Unis les pouvoirs publics ne dépensent que 30 % du PIB (presque deux fois moins !), on réalise qu'il y a aussi, forcément, un problème de compétitivité : notre pays a des « frais généraux » plus élevés que la quasi-totalité de ses concurrents…
Plus près de chez nous, en Suède, [130] page 84 nous apprend que :
"… les ministères centraux n'emploient plus que quelques milliers de personnes, les compétences opérationnelles ayant été confiées à 250 agences où sont répartis les 200 000 employés de l'Etat. […] La responsabilité de ces agences est confiée à des managers recrutés sur concours ouverts aux cadres expérimentés de toutes origines. Leur contrat d'embauche et de rémunération comporte des obligations de résultats. L'objectif n'est pas le profit mais d'assurer le meilleur service public, aussi efficace que possible, soucieux de sa qualité et de son coût pour le citoyen-contribuable."
L'excès de subventions et de transferts sociaux
A part les sureffectifs et le manque d'efficacité de la fonction publique française, l'excès de dépenses de l'Etat provient de subventions à mauvais escient (sans retombée économique réelle et pérenne, comme dans le cas de Bull ou celui de la Corse) et de transferts sociaux trop généreux (qui encouragent la paresse et le gaspillage).
Dans [130] page 67 on lit :
"« Depuis quarante ans, les pouvoirs publics auraient ainsi soutenu Bull à hauteur de plus de 15 milliards d'euros » et cela en pure perte puisque la société a continué depuis 2002 à perdre de l'argent et que tous ses actionnaires privés sont vendeurs. J'ai eu l'occasion d'interroger d'anciens dirigeants de Bull et ils m'ont tous dit la même chose. Il y avait un énorme potentiel humain, mais il a été gaspillé en raison de la collusion entre le pouvoir politique et des équipes dirigeantes peu stimulées par les marchés captifs de l'administration alors que les modalités de promotion et de décision étaient définies dans les couloirs des cabinets ministériels !"
C'est ce que confirme l'ancien PDG de BULL, Jean-Pierre Brulé, dans son livre "L'informatique malade de l'Etat".
Dans [130] page 150 on lit :
"Les chiffres sur l'aide massive de la France à l'île de Beauté sont tout aussi impressionnants : près de 2 milliards d'euros pour 250 000 personnes, soit plus de 8 000 euros par Corse et par an. Le nombre de fonctionnaires par habitant y est d'un tiers plus élevé qu'en métropole. Avec la péréquation tarifaire, le déficit d'EDF représente la moitié de son chiffre d'affaires. C'est dire que tout kilowatt consommé en Corse est payé à moitié par le citoyen de la métropole. Ce dernier est aussi solidaire des risques d'attentat puisque les cotisations d'assurance ne couvrent que le quart des remboursements !
Je n'ai rien contre une telle forme de solidarité nationale, à condition que les bénéficiaires éprouvent un minimum de reconnaissance vis-à-vis de la République, si généreuse, et que l'argent dépensé ne se résume pas à une assistance à fonds perdus ! Il serait bon de méditer aussi l'exemple de la Sardaigne, si proche à vol d'oiseau, plus aride, et pourtant sept fois plus industrieuse et peuplée !"
Dans [130] page 277 on lit :
"Les cotisations des adhérents représentent moins du quart des ressources des syndicats et seuls 8 % des salariés sont syndiqués, principalement dans quelques grandes entreprises et dans la fonction publique"
Autrement dit, c'est le contribuable qui verse l'essentiel des fonds à ces syndicats. Il faut savoir que ceux-ci (sauf la CFDT) ne justifient pas ce qu'ils en font et ne publient aucune comptabilité. Donc non seulement la défense d'une infime minorité de salariés (des fonctionnaires pour la plupart) est payée par tous les Français, mais il y a fort à parier que l'emploi de ces fonds est injustifiable, puisqu'il n'est pas justifié.
En pratique, les syndicats français agissent surtout pour s'opposer à toute réforme de l'Etat, donc pour perpétuer les gaspillages et les privilèges des fonctionnaires, pour fomenter des grèves preneuses d'otages et pour démonter des compteurs… Voir notamment le point de vue exprimé par écrit par la CGT en réponse à une demande du Sénat [131] : on voit bien qu'en France ce sont souvent les syndicats les plus forts.
Mais revenons à l'interventionnisme de l'Etat dans l'économie.
Une loi d'avant la guerre de 1940 impose une demande d'autorisation à toute compagnie d'autocars qui voudrait lancer un service régulier de transport de voyageurs. Cette loi a pour but d'empêcher la concurrence aux chemins de fer par des moyens de transport moins chers ou plus souples. Aujourd'hui, la SNCF a plusieurs milliers de gares et plus de 20 000 km de voies qu'elle maintient en état et exploite pour un nombre de voyageurs insignifiant. Elle y perd donc beaucoup d'argent, que des subventions publiques doivent ensuite compenser.
Pour assurer le service public de transport à un nombre aussi réduit de voyageurs un remplacement s'impose, par des autocars ou même des taxis. Mais les syndicats de cheminots s'y opposent pour protéger l'emploi à vie des agents qui s'ennuient sur ces lignes. Et lorsqu'on parle de fermer une de ces lignes ou une gare, et de remplacer le service public à prix d'or qu'elles offrent par un service d'autocars ou de taxis, les maires, députés et sénateurs montent au créneau pour défendre le maintien du statu quo.
Il y a de nombreux exemples comme celui-là, qui montrent que l'Etat français intervient dans l'économie pour empêcher la concurrence, interventions qui coûtent cher aux consommateurs et aux contribuables, et qui sont contraires à la liberté économique prévue dans les traités de l'Union européenne que la France a signés.
Nous allons ci-dessous voir les aspects positifs et négatifs de ses interventions de l'Etat.
Un exemple édifiant d'attitude anticoncurrentielle du gouvernement et des antilibéraux est donné par le texte "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre - L'ouverture du Marché commun aux services".
N'en déplaise aux partisans du libéralisme sans frein, le secteur privé est mal placé pour mener à bien certains grands projets dont un pays a besoin. Exemples : la modernisation de la production d'électricité, qui s'est traduite en France par la construction de notre parc de centrales électronucléaires, ou la création de réseaux denses de routes et de voies ferrées.
De tels projets supposent des investissements très lourds, à amortir sur des dizaines d'années, conditions qui s'accommodent mal de financements privés et de retours sur investissement dans des délais raisonnables. Ils supposent fréquemment aussi des paris technologiques, comme ceux qu'ont faits les télécommunications avec le Minitel et la téléphonie mobile UMTS. Pour de tels projets, l'Etat dispose des fonds et de la patience nécessaires bien plus que des entreprises ou même des consortiums.
Du reste, s'agissant d'investissements à long terme, les plus importants sont l'enseignement et son complément naturel, la recherche. Ce sont des investissements immatériels, dont le rendement est difficile à mesurer et souvent longuement différé. Mais tous les spécialistes s'accordent sur leur importance capitale pour l'avenir du pays, notamment ceux qui ont travaillé au Rapport Camdessus [17].
Ils expliquent l'importance de la connaissance scientifique et des découvertes par l'impact économique de l'innovation : les produits nouveaux comme la téléphonie mobile et l'informatique multimédia créent des demandes de la part des consommateurs et du chiffre d'affaires pour les vendeurs ; ils sont un moteur de l'économie. Même dans des articles qui ont plus d'un siècle, comme l'automobile, ce sont les améliorations et les innovations qui font vendre.
En outre, c'est à l'Etat de financer la recherche fondamentale, dont les applications pratiques sont incertaines ou différées pendant des années, mais dont l'importance est capitale. C'est grâce à la recherche fondamentale que nous avons aujourd'hui les transistors, les lasers et les DVD, la localisation GPS, etc. Et la recherche fondamentale reste la meilleure école pour former les spécialistes et les enseignants de haut niveau dont nous avons besoin.
Voici ce qu'on trouve à ce propos pages 17-18 dans [114] :
"Le triangle gagnant : formation-éducation supérieure/recherche/entreprises industrielles ne fonctionne pas en France, contrairement aux États-Unis. Les jeunes élites ne se dirigent plus vers les filières universitaires (ou grandes écoles) scientifiques et industrielles ; même lorsqu’elles le font, elles ne sont plus attirées à la sortie du système éducatif par les métiers de recherche appliquée dans l’industrie. Le lien formation supérieure-recherche s’est brisé : les grandes structures de recherche type CEA et CNRS ne sont plus efficaces ; les grands corps de l’État (Mines, Ponts…) et les grandes directions DGA, DGEMP ont perdu de leur pouvoir et ne sont pas remplacées.
La recherche publique et technologique s’est enfin peu à peu déconnectée du monde de l’industrie, faute d’une vision stratégique de l’État. Bref, c’est tout le modèle français associant formation des élites – marchés publics – culture scientifique qui est en cause, certains soulignant même qu’il est d’abord mis à mal par le poids des marchés financiers dans les décisions quotidiennes des grands groupes."
"La politique française en faveur de
l’éducation et de la recherche est insuffisante ; la politique française
industrielle, dont l’appellation même a été fortement décriée, n’existe plus et
se résume à un interventionnisme à court terme au coup par coup, sans aucune
vision stratégique."
"… il est urgent « de réagir et
d’adopter un mode survie ». Au cœur de cette stratégie, la nécessité de
placer la recherche appliquée au premier rang des priorités. Sans capacité
technologique entretenue, la France sera rapidement ramenée au rang de pays
moyen, à la croissance molle, vivant de services à faible productivité."
D'autres investissements en infrastructures conviennent mieux aux collectivités locales, ou à la collectivité nationale, qu'au secteur privé : les parcs technologiques, où l'investissement public favorise l'installation d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche, et d'entreprises complémentaires dans un domaine commun, comme les biotechnologies, les télécommunications ou l'informatique industrielle. Nous en avons des exemples [25] près de Grenoble et à Sophia Antipolis. Voir aussi [135].
Je reviendrai ci-dessous sur ces investissements en infrastructure en tant qu'éléments favorables à la création et à la pérennisation d'emplois, mais d'ores et déjà je peux conseiller aux citoyens qui évaluent des propositions politiques de juger si elles ont un contenu en infrastructures suffisant pour que des entreprises puissent prospérer longtemps et créer des emplois.
Le Prix Nobel d'économie 1982 George Stigler a écrit :
"Pour prévoir ce que l'Etat va faire concrètement au lieu de ce qu'il devrait faire, il faut évaluer le poids politique respectif des perdants et des gagnants."
Il faut que les citoyens se méfient des annonces politiques très médiatisées qui ne débouchent sur rien, même des années après.
Exemple 1 : A la réunion extraordinaire du Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000 (c'est le Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement des membres de l'Union, où la France était représentée par MM. Chirac et Jospin), l’Union européenne s’est dotée d’un programme stratégique pour la décennie à venir, avec pour objectif de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».
Notons en passant qu'il s'agit là d'un engagement très important, pour lequel ni les Français ni leurs élus n'ont été consultés, ni avant ni depuis. Encore une décision arbitraire prise au sommet de l'Etat, qui a engagé les Français sans demander leur avis ni celui du Parlement, comme pour l'adhésion de 10 pays à l'Union européenne en 2004, de la Turquie, de la Roumanie et de la Bulgarie.
Il faut savoir que, de toute façon, cette décision dont l'effet médiatique a été spectaculaire, n'a - cinq ans après - été suivie d'aucune action concrète, dans aucun des pays européens. Cette inaction est dénoncée dans le très officiel Rapport Camdessus [17] "Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France".
Exemple 2 : le Premier ministre, M. Raffarin, s'est engagé le 09/12/2004 [87] à faire baisser le chômage de 10% en 2005, c'est-à-dire à le ramener de 9.9% fin 2004 à 9% fin 2005. Pour cela, la France devra créer 240 000 emplois nets en un an, c'est-à-dire environ 1000 par jour ouvrable, ou 10% de plus que ce qu'elle crée déjà. Pour que cet objectif soit atteint, le PIB doit croître nettement au premier semestre 2005. Nous verrons ce qu'il en sera, sachant qu'au premier trimestre de 2005 l'emploi salarié n'a progressé que de 0.1 %, ce qui augure mal du résultat final. Voire "Croissance sans création d'emplois".
Exemple 3 : le « droit au travail » promis par le président Chirac
Le président Chirac a parlé de ce « droit » :
§ Lors de ses vœux aux Français du 31/12/2003 à 20 heures :
"...d'instaurer de nouveaux droits au reclassement..."
"...de créer pour les jeunes de 16 à 24 ans un véritable droit à l'activité."
§ Lors de son discours [45] du 06/01/2004 sur la Loi de mobilisation pour l'emploi, où il a déclaré :
"... il est temps d'instituer, pour tous les salariés, de nouvelles garanties en matière de reclassement..."
"...Nous devons répondre aux difficultés d’entrée dans la vie active des jeunes de 16 à 24 ans en instaurant pour eux un véritable droit, droit à l’activité, à la formation ou à l’emploi..."
Quelques jours après le discours [45] du 06/01/2004 du président Chirac, le Premier ministre a publié un article [46] constituant un catalogue des mesures déjà prises et celles qu'il comptait prendre pour tenir compte des promesses du Chef de l'Etat.
Dans son article on ne trouve ni « droit au travail » ni « droit au reclassement ». La seule phrase de l'article qui s'en approche est :
"Créer une véritable assurance-emploi passe aujourd'hui par le développement de la formation."
Quels que soient les mérites d'une formation, elle ne constituera jamais à elle seule une assurance-emploi. Le qualificatif « véritable », qui demande que l'on croie à la réalité de cette assurance, ne change rien à cette réalité.
Moralité : lorsque MM. Chirac ou Raffarin s'expriment sur des sujets aussi importants que la lutte contre le chômage, il faut interpréter leurs déclarations à la lumière de ce qui est possible. On aurait aimé que les médias le précisent, pour que le public - notamment chaque chômeur qui souffre - ne nourrisse pas de faux espoirs.
Pour plus de détails sur l'illusoire « droit au travail » voir l'extrait du Traité constitutionnel.
Exemple 4 : d'après [47], dans ses vœux au pays du 31/12/1998, M. Jacques Chirac a dit :
"La création de l'euro ouvre une ère nouvelle… Pour nous, Français, c'est une chance. L'euro nous apportera plus de choix dans nos achats, des prix plus bas, de nouvelles parts de marché, de nouvelles possibilités d'investissements et donc d'emplois. Il nous apportera plus de stabilité dans un monde incertain. Plus de force face aux grands pôles économiques et politiques qui se développent sur la planète."
L'auteur de l'article, J-P Robin, poursuit :
"Six ans plus tard, le constat est cruel.
Les associations de consommateurs et l'INSEE s'accordent pour reconnaître que
les prix ont grimpé anormalement vite dans les grandes surfaces, de 11,5% à 12%
depuis 2000. La France s'est fait ravir sa place de quatrième exportateur
mondial au profit de la Chine. Phénomène infiniment plus grave, nos
exportations sont restées à leur niveau de l'année 2001, alors que le commerce
mondial augmente au rythme de 8% l'an" [c'est-à-dire que nous
perdons des parts de marché.]
Dernier exemple : dans les promesses électorales 2002 de M. Jacques Chirac (page http://www.2002pourlafrance.net/projet.html aujourd'hui supprimée...), il y avait un « Service minimum » dans les transports :
"Mettre en place par voie d'accord avec les syndicats un service garanti aux usagers dans tous les grands services publics et d’abord dans les transports, pour en assurer la continuité en cas de conflit social."
Début 2005 il n'y a encore rien de fait, et les grèves preneuses d'otages de la SNCF continuent [78], les grèves avec démontage de compteurs d'EDF n'ont produit aucune sanction de gréviste, etc.
Cette section définit la notion de politique de l'emploi, détaille les mesures à la disposition de l'Etat pour favoriser l'emploi, et offre des conseils d'évaluation des mesures proposées pour les citoyens qui vont voter.
La définition d'un chômeur comme étant « une personne qui ne travaille pas mais voudrait travailler », ne suffit pas à prendre en compte les situations intermédiaires décrites par le schéma ci-dessous, extrait de [6] "Chômage".
Emploi, chômage, inactivité et situations intermédiaires
On appelle « politique de l'emploi » un ensemble de mesures spécifiques de lutte contre le chômage et d'amélioration du fonctionnement du marché du travail.
Beaucoup de pays ont défini de telles politiques, mais nous avons vu que certains réussissent mieux que d'autres à lutter contre le chômage et nous savons déjà que c'est l'augmentation du PIB qui génère l'emploi quelques mois après. Cette section a donc pour but d'aider le lecteur à comprendre les différents éléments d'une politique de l'emploi, pour pouvoir évaluer les propositions des politiciens dans ce domaine.
Pour pouvoir comparer les politiques de divers pays en matière d'emploi, nous commencerons donc par décrire des points communs à diverses politiques nationales, sous forme de typologie des mesures.
L'ensemble des mesures prises dans le cadre d'une politique de l'emploi varie d'un pays à l'autre et d'une année à l'autre. On ne peut donc en donner qu'une idée, pour permettre aux citoyens de juger de la pertinence des propositions d'action des politiciens. On se basera sur l'article "Emploi (politiques de l')" de [6].
Les mesures d'une politique de l'emploi peuvent
être classées de manière comptable, comme le fait l'OCDE [23]. Elle exclut les
mesures d'ordre économique bénéficiant à l'ensemble des salariés, telle qu'une
baisse des charges sur les salaires de toutes les catégories d'emplois, pour ne
retenir que des mesures catégorielles telles que celles concernant les chômeurs
de longue durée ou les jeunes en apprentissage. Elle exclut donc l'existence
d'une organisation d'aide au retour à l'emploi comme l'ANPE (existence qui va
de soi dans un pays avancé).
Il y a deux types de mesures dans le catalogue international de l'OCDE.
Mesures actives
Ces mesures ont pour objectifs d’aider au retour à l’emploi des chômeurs et d’augmenter le niveau d’emploi dans l’économie :
§ Directement, par création d’emplois publics temporaires ou subventions à l’embauche, qui relèvent du traitement économique du chômage :
Il est clair que les emplois publics (fonctionnaires ou contractuels) ne produisant pas d'articles ou de services vendables, leur coût doit être supporté par les contribuables, c'est-à-dire en dernière analyse par les travailleurs qui créent une valeur économique marchande [29]. Si l'utilité de certains emplois dans les hôpitaux, la justice ou la police est facile à justifier, celle d'autres emplois est moins évidente.
Seules des
entreprises privées peuvent créer des emplois économiquement valables, l'Etat
ne peut le faire, même avec beaucoup argent.
Voir pour plus de détails la section "L'Etat ne doit pas « faire des affaires »".
L'électeur sur le point de choisir entre les propositions de plusieurs politiciens doit chercher la justification des éventuelles embauches de fonctionnaires proposées, par exemple en comparant les effectifs par million d'habitants en France et à l'étranger ; il s'apercevra ainsi, par exemple, que nous avons plus d'enseignants, de postiers et de fonctionnaires des impôts par million d'habitants que n'importe quel autre pays. (Voir l'intéressant site [24]).
Pour les subventions à l'embauche, voir ci-dessous le paragraphe "Coût relatif des emplois subventionnés par rapport au chômage".
§
Indirectement, par de la formation ou la
création d'infrastructures favorisant la création et le fonctionnement
d'entreprises : routes, voies ferrées, télécommunications, pôles
technologiques regroupant établissements d'enseignement supérieur, centres de
recherche et entreprises de haute technologie, services financiers (capital
risque...), etc. Il ne fait pas assez pour l'enseignement supérieur, ou le fait
mal, voir [135].
Il faut donc saluer l'annonce par le Président
de la République le 05/01/2005 de la création d'une « Agence pour la promotion de
l'innovation industrielle », suite au rapport de M. Jean-Louis Beffa sur la politique industrielle [88]. Cette agence favorisera financièrement des partenariats
entre de grandes entreprises privées et des établissements publics
d'enseignement et de recherche, avec 2 milliards d'euros de subventions d'ici
2007.
On peut
cependant regretter que, malgré les engagements du Conseil
européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000,
aucune coopération européenne en matière de recherche et développement n'ait
encore vu le jour, 5 ans après, et
qu'aucune n'ait été annoncée par le Chef de l'Etat en même temps que la
nouvelle Agence.
Les
mesures indirectes ont l'immense avantage de produire des effets réels et
bénéfiques sur l'emploi. Mais pour des politiciens elles ont l'immense
inconvénient de produire des effets longtemps après leur annonce, en général
après la fin de leur mandat électif, et trop progressivement pour obtenir une
bonne couverture médiatique.
Mesures passives
Ces mesures ont pour objectif d’atténuer les conséquences du chômage : indemnisation du chômage et dispositifs de cessation anticipée d’activité :
Elles relèvent du traitement social du chômage. Leurs effets pernicieux sont évidents :
§ L'indemnisation du chômage, mesure de solidarité normale dans une société avancée comme la nôtre, risque hélas de favoriser la paresse ou les caprices.
· Elle favorise la paresse si les allocations de chômage sont accordées trop facilement, pendant trop longtemps, sans s'assurer que le chômeur cherche activement du travail, ou trop généreusement pour qu'il soit rentable de travailler au lieu de rester à ne rien faire ;
· Elle favorise les caprices si le chômeur peut refuser trop facilement de s'adapter à la réalité du marché du travail, c'est-à-dire s'il exige un salaire trop élevé, une spécialité trop précise au lieu de celles qui offrent des emplois, un lieu de travail trop proche de chez lui parce qu'il ne veut pas aller loin ou déménager, etc.
Exemple d'abus scandaleux qui relève d'un trop grand laxisme dans la définition du chômage indemnisable : le statut (qui n'existe qu'en France) d'« intermittent du spectacle », qui permet d'être payé à plein temps même si on ne travaille en tout que 3 mois par an ; ce statut est admis même pour des métiers qui n'ont qu'un rapport lointain avec les spectacles : des coiffeurs, des secrétaires, etc. en bénéficient. Et il coûte chaque année plus d'un milliard d'euros aux contribuables, simplement parce que les politiciens en place, Chef de l'Etat en tête, n'ont pas eu le courage d'y mettre un terme.
Autre exemple : Des allocations qui peuvent durer très, très longtemps.
Face à
une proposition de mesure passive, chaque électeur doit donc vérifier si elle
ne risque pas de favoriser la paresse ou les caprices, et si elle n'est pas
motivée par l'absence de courage politique.
Coût des mesures actives ou passives
Actives ou passives, toutes ces mesures ont un coût pour l'Etat, dont on distingue deux catégories :
§ Les dépenses actives :
Ces dépenses concourent au retour à l'emploi. Il s'agit de :
· dépenses de fonctionnement pour l’administration et le service public de l’emploi ;
· dépenses en faveur de la formation professionnelle des adultes ;
· mesures en faveur des jeunes ;
· mesures d’aide à l’embauche (subventions à l’emploi dans le secteur privé, emplois temporaires dans le secteur public ou associatif, aides aux chômeurs créateurs d’entreprises) ;
Exemple 1 : selon [34] page 7, l'ASSEDIC a prévu une aide à l'employeur qui embauche un allocataire inscrit comme demandeur d’emploi depuis 12 mois (3 mois si l’intéressé a 50 ans et plus). Cette aide, qui est dégressive, peut être versée pendant une période maximale de 3 ans, dans la limite de la durée des droits de la personne embauchée.
Elle correspond à 40% du salaire brut versé par l’employeur pour le 1er tiers du contrat de travail (ou la 1re année de travail), 30% pour le 2ème tiers (ou la 2ème année de travail), 20% pour le dernier tiers (ou la 3ème année de travail). Si l’intéressé est embauché à temps partiel, l’aide est calculée au prorata de la durée de travail de l’intéressé.
Exemple 2 : le ministre de la Cohésion sociale, M. Borloo, a prévu de créer à partir de 2005 185 000 emplois baptisés « contrats d'avenir » dans le secteur non marchand, c'est-à-dire la fonction publique et les associations. Cette création, coûteuse pour les contribuables, est injustifiée si, comme le prétend le gouvernement, l'économie repart. Elle ne se comprend que par la volonté du gouvernement Raffarin de faire baisser coûte que coûte un taux de chômage qui a atteint 10% début 2005 ; le financement de ces emplois artificiels, sans retombée productive pour l'économie, repose entièrement sur ceux des citoyens dont le travail produit une richesse réelle, et sur le déficit de l'Etat financé par l'emprunt à rembourser par les générations suivantes.
§ Les dépenses passives :
· indemnisation du chômage ;
· retraites anticipées financées sur fonds publics.
Ces dépenses ne font pas revenir les chômeurs au travail, elles allègent leur souffrance et les aident à rester chômeurs. Elles sont particulièrement contre-productives en cas de chômage structurel.
Selon [107], en 2002 les mesures actives ont coûté en France 1.25% du PIB contre 0.14% aux Etats-Unis, et les mesures passives 1.81% du PIB contre 0.57% aux Etats-Unis. La différence est énorme : la France dépense 4.3 fois plus que les Etats-Unis alors qu'elle n'a que 1.6 fois plus de chômeurs, et pour un résultat en taux de chômage 2 fois moins bon ! A l'évidence, le chômage est trop bien indemnisé en France, ce qui encourage certains à ne pas reprendre un travail. Et nos transferts sociaux sont entachés de beaucoup de gaspillages comme celui-là.
Source : [3] pages 89 et 91.
Les deux graphiques ci-dessous montrent que les dépenses totales pour l'emploi sont bien plus fortes en France qu'au Royaume-Uni, qui a moitié moins de chômeurs : à l'évidence, avec d'autres politiques de l'économie et de l'emploi que les Britanniques, nous favorisons le chômage et gaspillons de l'argent. En Suède la dépense est la même qu'en France, mais eux aussi ont deux fois moins de chômeurs. Aux Pays-Bas, où la dépense est à peine supérieure, il y a trois fois moins de chômeurs.
Dépenses
publiques pour les mesures relevant de la politique de l’emploi
dans l’Europe des 15 en 2002, en % du PIB
Chômage total et chômage de longue durée en 2002 en % de la population active
Il y a de nombreux cas où certains emplois existent, mais la valeur économique qu'ils génèrent n'est pas suffisante pour payer ceux qui les occupent. C'est le cas, par exemple, de certains emplois associatifs, où l'association a les moyens de payer, grâce aux cotisations de ses adhérents, une partie du coût salaire + charges de certains salariés, mais pas la totalité. L'Etat calcule alors qu'il est moins coûteux pour lui de payer le complément (sous forme, par exemple, d'exonération de charges sociales) que de payer tout ce que coûtent des chômeurs en allocations, sécurité sociale, retraite, etc. C'est ainsi que, d'après [130] page 59 :
"…en 2000 il y avait près de 1 million d'emplois marchands aidés dont 423 000 sous forme d'abaissement des coûts salariaux."
Ces subventions permettent à des chômeurs de retrouver un emploi, et souvent d'acquérir ce faisant de la qualification ou de l'expérience professionnelle ; ils retrouvent aussi une dignité, celle des gens qui ont un rôle reconnu dans la société. Mais elles ont des effets pervers évidents, conduisant souvent à des gaspillages d'argent public :
§ L'effet d'aubaine
· Certaines associations (ou plus généralement certaines activités) qui auraient le moyen de payer des salariés en totalité se font ainsi subventionner aux frais des contribuables. Il y a alors gaspillage par substitution d'emplois aidés à des emplois non aidés ;
· Certains chômeurs qui auraient pu trouver du travail non subventionné (si on les avait aidés un peu plus, ou si on les avait incités davantage à se donner du mal pour en trouver) profitent de la possibilité de travailler dans une association, souvent moins stricte sur leur sérieux qu'un employeur normal.
Un excellent, triste et coûteux exemple de l'effet d'aubaine est donné par le texte sur les ZFU (Zones franches urbaines). Voir aussi Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés.
§ La concurrence déloyale : lorsque l'activité ainsi subventionnée se trouve en concurrence avec celle d'entreprises non subventionnées, il y a concurrence déloyale à l'égard de ces dernières.
§ Le risque de mauvais rendement : lorsque le coût pour les contribuables d'un emploi subventionné représente une grande partie (par exemple 50%) du coût total de cet emploi, le rendement de l'argent public ainsi dépensé est mauvais. Il existe d'autres manières de le dépenser qui pourraient, à terme sinon immédiatement, réduire davantage le chômage.
Mais certains politiciens qui se sont trop fermement engagés à un résultat chiffré de baisse du chômage à une date proche sont prêts à tout pour gagner leur pari. Ils risquent donc de prendre des mesures au rendement insuffisant sur le plan économique, mais intéressant sur le plan politique.
§ Le risque de durer trop longtemps : lorsque le pays traverse une crise économique temporaire, qu'on a de bonnes raisons de voir cesser au bout d'un an ou deux tout au plus, il vaut mieux que l'Etat subventionne des emplois pour garder le maximum de travailleurs en activité, prêts à reprendre un emploi non subventionné dès que l'économie repartira (c'est-à-dire que la croissance du PIB créera à nouveau des emplois). Un emploi subventionné est d'autant plus acceptable qu'il dure peu de temps, car pendant toute sa durée il est financé par les gens qui travaillent sans subvention.
Donc, chaque fois qu'un politicien propose une mesure de subvention à certains emplois ou certains salariés, il faut vérifier que l'Etat a les moyens d'empêcher les abus ci-dessus.
Principe : on classe les mesures d'après leur cible. Pour un exemple de classement des dépenses sociales par objet d'intervention, voir celui des transferts sociaux.
§ Réduction de la population qui cherche à travailler
Ces mesures tentent fortement les politiciens, car elles diminuent le nombre de chômeurs que publie les statistiques, donc les messages négatifs des médias.
· Préretraites et cessations anticipées d’activité, pour réduire le chômage des personnes les plus âgées ; voir "Découragement et incitations à l'inactivité des seniors".
· Formations :
Chaque travailleur qui commence une formation n'est plus compté comme chômeur. C'est pourquoi les divers gouvernements ont fait en sorte de proposer souvent à un chômeur une formation qui ne le mènera nulle part, soit parce qu'il n'y a pas beaucoup de postes dans l'activité concernée, soit parce qu'il n'y en a pas près du domicile de ce chômeur (qui refuse le plus souvent de déménager, parce qu'il n'est pas incité à le faire).
Comme le chômeur est payé pendant sa formation, il accepte de se former. Mais comme il n'est pas sanctionné s'il ne se donne pas le mal d'apprendre vraiment…
Le scandale des formations qui ne débouchent sur rien est une des plaies de notre catalogue de mesures anti-chômage, et une malédiction de notre enseignement supérieur, qui forme trop de professeurs d'éducation physique, de philosophes, etc.
Les
électeurs doivent veiller à ce que les politiciens mettent en place un suivi
personnalisé fréquent des chômeurs, avec les incitations et sanctions
nécessaires pour qu'ils prennent leur formation au sérieux.
Ils doivent aussi veiller à ce que les
pouvoirs publics disposent de statistiques fréquemment actualisées sur les
activités qui recrutent, comme l'intéressant rapport [26], mais avec les lieux de
travail correspondants, aujourd'hui omis. Ce rapport est utilisable par un
gouvernement, mais inutile pour aider concrètement des chômeurs à orienter
leurs recherches.
§ Incitations à la reprise d'emploi
Pendant très longtemps, notamment en France et Allemagne, le chômage a été si bien indemnisé que beaucoup de chômeurs ne gagnaient pas grand-chose à reprendre le travail, voire même dans certains cas gagnaient moins qu'en restant chômeurs.
L'Etat a lors imaginé plusieurs sortes de mesures pour inciter les chômeurs à reprendre le travail :
· Incitations financières (prime à ceux qui travaillent versée en plus de leur salaire, c'est-à-dire une sorte « d'impôt négatif » ; possibilité de cumul partiel des allocations de chômage ou des minima sociaux avec des revenus d'activité ; radiation en cas de refus répété d'un emploi par caprice) ;
· Aides diverses (aide à la recherche d’emploi, aide à la mobilité, aide à la garde d’enfant, etc.)
§
Augmentation du nombre de
postes offerts
· Création d'emplois
ü Emplois dans le secteur marchand [29]
Voir d'abord la discussion "L'Etat ne doit pas « faire des affaires »".
Voir ensuite "Ce que l'Etat peut faire pour favoriser l'emploi marchand".
ü Emplois publics et dans le secteur non marchand [29]
Il s'agit ici d'emplois de fonctionnaires et d'agents contractuels, ainsi que d'emplois dans le secteur associatif (emplois de proximité, aide aux personnes, projets environnementaux, etc. voir [29]). Il s'agit souvent d'emplois temporaires, comme les « emplois-jeunes ».
· Correction des inégalités d'accès à l'emploi et de la sélectivité du marché du travail. Il s'agit ici de textes législatifs et réglementaires, ainsi que de contrôles de leur application ; ces textes luttent contre les discriminations basées sur le sexe, l'adresse, le manque de formation ou d'expérience, etc.
Pour toutes ces mesures d'augmentation du nombre de postes offerts, les citoyens qui votent doivent veiller à ce que l'Etat propose des mesures pérennes, qui n'interviennent pas dans le secteur marchand et qui ne gaspillent pas l'argent public.
Partout dans le monde, l'évolution de l'économie est devenue aussi rapide qu'imprévisible : des révolutions technologiques et des crises politiques peuvent créer des opportunités économiques ou détruire des activités très rapidement.
Une première conséquence est l'anachronisme du statut des fonctionnaires français, à qui on promet un emploi à vie sans que pour autant ils soient obligés de s'adapter aux évolutions techniques et sociales, c'est-à-dire sans obligation d'efforts personnels de formation, de changement d'activité, de déménagement. Ce statut est une source croissante d'absurdités économiques et d'injustices sociales par rapport aux travailleurs du secteur privé.
Une autre conséquence est l'absolue nécessité d'une formation tout au long de la vie, pour tous les travailleurs, fonctionnaires compris. C'est leur responsabilité personnelle, en plus de l'intérêt bien compris de leurs employeurs. Il est consternant que nos gouvernants ne le répètent pas plus souvent, qu'il n'y ait pas d'émission de télévision d'une heure entière sur ce sujet. M. Mer justifie ce besoin de formation permanente dans [80] pages 95-96 en ces termes :
"…plus personne n'exercera une fonction de la même manière tout au long de sa vie. La plupart des ouvriers de la sidérurgie, aujourd'hui, ne sont plus aux manettes d'une machine mais devant un écran d'ordinateur. J'ai constaté d'expérience que la même personne, correctement formée et accompagnée, peut passer de la machine à l'écran.
Il faut que le salarié comprenne son intérêt d'être aussi qualifié que possible : il sera mieux rémunéré et saura bâtir son avenir professionnel, sachant qu'aucune entreprise ne peut plus lui garantir l'emploi à vie. Quant à l'employeur, il doit réaliser que la continuité, la longévité de son personnel dans l'entreprise est incontestablement un gage de réussite. L'emploi n'est pas une somme d'heures travaillées anonymes, mais une somme de personnes non anonymes qui développent les savoir-faire dont l'entreprise a besoin pour réussir une adaptation dorénavant permanente."
Selon [32], en 2005, les prestations sociales représentaient un total de 536.9 milliards d'euros, soit 29.6 % du PIB. Voici un graphique qui décrit ces prestations, avec pour chacune sont coût en milliards d'euros et le % du total.
La proportion de 29.6 % est considérable mais qui n'a rien de scandaleux : le but même de la vie en société est la fourniture à chaque ressortissant d'un certain nombre de services, tels que :
§ Un état de droit, où le respect de la loi garantit la sécurité de chacun et la protection de ses biens, la jouissance de ses droits personnels, l'égalité entre citoyens, les libertés d'expression et d'entreprendre, la protection des citoyens et des organisations par la justice, etc. Pour obtenir le respect de la loi il faut dépenser de l'argent en police et justice. Pour plus de détails, voir la section sur le libéralisme;
§ Des services publics (eau, électricité, enseignement, routes, hôpitaux, etc.) qui coûtent de l'argent à construire, exploiter et entretenir ;
§ Une entraide au moyen de transferts sociaux et d'actions particulières en cas de catastrophe.
Au sujet de ces dépenses, l'OCDE écrit dans [50] :
§
Page 1 :
"…pour garantir la soutenabilité des
finances publiques dans le moyen et le long terme, des mesures complémentaires
s’imposent afin de freiner la progression des dépenses de santé et
de retraite."
En effet, la protection sociale coûte de plus en plus cher, croissant plus vite que le PIB : d'après [160], son coût a augmenté en 2004 de 4.3 % par rapport à 2003, alors que le PIB n'a crû que de 4.0 %. En 2004, un déficit de 149 milliards d'euros a été à la charge des contribuables, en plus des cotisations reçues (83.3 milliards d'impôts et taxes affectés + 65.7 milliards de contributions publiques). La France ne peut pas continuer à subventionner sa protection sociale en s'endettant, c'est irresponsable. Et les Français sont de plus en plus des assistés.
§ Page 2 :
"Les propositions tendant à réformer le système de santé de manière à rendre plus responsables, vis-à-vis des coûts globaux, les administrateurs et les utilisateurs, constituent une importante initiative qui pourrait avoir à moyen terme des effets conséquents sur la croissance des dépenses."
Dans [80] page 63, M. Mer écrit :
"25% des Français bénéficient d'une manière ou d'une autre d'une aide en matière de logement. Un étranger mal renseigné pourrait en conclure hâtivement que nous sommes un pays de pauvres. En fait, cette situation résulte d'un empilement de mesures qui ressemblent moins à des choix politiques qu'à de l'arrosage."
[Et M. Mer en conclut que nos politiciens ne savent pas choisir entre les dépenses utiles et celles qui le sont moins. Il est gentil, il aurait pu dire qu'aucun d'entre eux n'a jamais eu le courage de revenir sur un avantage accordé à tort. Le meilleur exemple est les « 35 heures », que tous les politiciens de droite dénoncent, chiffres à l'appui, dont ils adoucissent une partie des dispositions, mais sans jamais oser annuler l'ensemble.]
Voir aussi la liste impressionnante de prestations des allocations familiales [143].
Le graphique ci-dessous, issu de [92], montre l'évolution de la part des transferts sociaux dans le revenu des ménages français. On voit qu'ils constituent depuis 15 ans plus de 30% de ces revenus : les Français sont très assistés.
Ce haut niveau d'assistance est une des raisons pour lesquelles nombreux sont ceux qui voudraient être fonctionnaires ; cela explique aussi leur habitude de se tourner vers l'Etat pour résoudre leurs problèmes au lieu de compter sur eux-mêmes.
Le coût élevé des transferts sociaux pèse sur les activités qui créent des richesses : les travailleurs doivent trimer dur et longtemps pour payer tout ce que le pays transfère gratis au titre de l'assistance : pour plus de détails, voir [160]. Et avec le vieillissement de la population, la part de la création de richesse consacrée aux transferts sociaux va encore croître, et ce d'autant plus que les personnes âgées consomment plus de soins médicaux. Enfin, aux transferts sociaux s'ajoute le remboursement des dettes de l'Etat et de leurs intérêts.
Cette charge financière paraîtra tellement considérable aux générations suivantes qu'on peut prévoir qu'un certain nombre de jeunes émigreront vers des pays où ils pourront conserver une part plus importante des revenus de leur travail.
Part des transferts sociaux dans le revenu des ménages français
Voici un graphique pour 2001 issu de [32] page 53, qui montre que les Français sont l'un des peuples les plus assistés de l'Union européenne :
Transferts sociaux dans l'Union européenne en % du PIB
La France est au 4ème rang par ordre décroissant de générosité de ses transferts sociaux, assez près des trois premiers : la Suède, l'Allemagne et le Danemark.
Le Royaume-Uni, bien plus performant économiquement (en matière de PIB et de chômage) que la France, leur consacre à peine moins : 26.3% au lieu de 30%.
Avec 13.9% du PIB consacré aux transferts sociaux, l'Irlande peut se permettre de prélever très peu d'impôts (ce qui favorise la délocalisation vers ce pays et une croissance championne d'Europe) parce qu'elle offre si peu de prestations sociales à ses citoyens qu'elle constitue un cas particulier de choix de société.
Pour juger de l'adéquation des transferts sociaux en France le problème n'est donc pas leur niveau, mais la qualité (c'est-à-dire le rendement) des prestations procurées et la répartition de la charge de 465 milliards d'euros entre les cotisations des employeurs, celles des personnes protégées et celles des contribuables. Voir aussi [160].
Source : [160], chiffres pour 2004.
L'économie française souffre d'une particularité aussi injuste qu'absurde : la protection sociale française repose pour 66 % sur le travail (employeurs et leurs salariés, indépendants), en plus des 29.8 % du financement par les contribuables (eux-mêmes déjà imposés pour cette protection lorsqu'ils travaillent). Un déficit de 149 milliards d'euros est à la charge des contribuables, en plus des cotisations reçues (83.3 milliards d'impôts et taxes affectés + 65.7 milliards de contributions publiques).
Au total, le « taux de pression sociale » [(cotisations sociales + impôts et taxes affectés) / PIB] est de 25.3 %. Et la protection sociale coûte de plus en plus cher, croissant plus vite que le PIB : d'après [160], son coût a augmenté de 4.3 % par rapport à 2003, alors que le PIB n'a crû que de 4.0 %.
En faisant payer ainsi une charge aussi colossale par la population employée, on rend le travail plus cher. De ce fait, les entreprises ont des coûts plus élevés et sont moins compétitives. Et elles font le maximum pour ne pas embaucher, les salariés coûtant trop cher, et pour substituer le capital au travail (le mécanisme économique de substitution du capital au travail est expliqué dans le texte "La fonction de production".)
Autre absurdité, et injustice encore plus grande, les charges sociales reposent sur les salaires du seul secteur privé de l'économie : celles que les fonctionnaires trouvent sur leur fiche de paie sont fictives, ce sont des montants provenant en fait des prélèvements fiscaux sur le secteur privé. Les fonctionnaires sont en fait payés en salaire net.
La France a donc choisi de pénaliser le
travail privé au profit de chômeurs ou de malades qui ne travaillent pas, de
retraités qui ne travaillent plus, d'allocations logement, familiales, etc. Au lieu des mesurettes baptisées
« réformes des impôts »
par les gouvernements successifs, et qui laissent perdurer cette injustice qui
en plus handicape la compétitivité et l'emploi, une vraie réforme fiscale
transférerait une partie significative des charges sociales sur la TVA ou la
CSG.
Une baisse des charges salariales et patronales sur les salaires qui reporterait leur poids fiscal sur la TVA aurait aussi un avantage de compétitivité : il augmenterait automatiquement le prix TTC des produits importés, alors que le prix TTC des produits français baisserait (du fait de la baisse des charges sociales, qui interviennent plus dans les prix que la TVA). Cela rendrait les produits français plus compétitifs en France et contribuerait à rééquilibrer notre balance commerciale, qui en a grand besoin.
Selon [34] page 11 :
§ Un chômeur de moins de 50 ans, qui a eu 14 mois d'activité au cours des 24 derniers mois, peut être indemnisé pendant 23 mois ;
§ Un chômeur de plus de 50 ans mais moins de 57 ans, qui a eu 27 mois d'activité au cours des 36 derniers mois, peut être indemnisé pendant 36 mois.
Critique
Ces durées sont beaucoup trop longues pour éviter que des chômeurs en profitent par caprice, paresse ou volonté de travailler au noir, c'est-à-dire pour attendre le plus longtemps possible avant d'accepter un travail trouvé par l'ANPE ou d'en chercher un lui-même. Il faudrait :
§ Qu'à partir de son inscription à l'ANPE, chaque chômeur soit suivi par un seul et même conseiller, qui a les pleins pouvoirs pour gérer son retour à l'emploi ;
§ Que l'ANPE s'engage à proposer le plus vite possible un maximum de 4 emplois à chaque chômeur, emplois dans ses compétences, payés le plus possible, et situés le plus près possible de chez lui ; le chômeur pourrait, si nécessaire, se former comme aujourd'hui à un emploi pour lequel son conseiller ANPE pense qu'il y a du travail et qui est à sa portée ;
§ Que le chômeur ait la garantie d'être indemnisé jusqu'à ce qu'il ait reçu et refusé 4 propositions d'emploi, mais seulement jusque là (un emploi qu'il aurait accepté serait considéré comme refusé s'il le quitte moins de six mois après) ;
§ Que le chômeur soit obligé de modérer ses exigences de plus en plus, au fur et à mesure que le temps passe, c'est-à-dire qu'il soit tenu de s'adapter à la réalité du marché du travail. Plus le temps passe avant qu'il ait retrouvé ou accepté un emploi, plus ses prétentions sur la nature du poste, son emplacement géographique, le salaire associé, etc. doivent baisser.
Le
principe de telles mesures est que le chômeur accepte le plus vite possible de
retravailler, quitte à chercher un autre travail qui lui convient mieux après
son embauche. Il y a trop de chômeurs aujourd'hui qui profitent de la
générosité du système d'indemnisation pour rester sans rien faire ou travailler
au noir.
Il faut savoir que [34] page 12 précise bien que si le chômeur refuse un emploi sans motif légitime, il peut être radié, mais cette radiation est beaucoup trop rare, faute de contrôles stricts.
Source : [6] "Emploi (politiques de l').
La théorie économique a un « modèle standard » du marché du travail, qui fonctionne comme le modèle de fixation du prix d'un article ou d'un service par équilibre entre l'offre et la demande. Selon ce modèle, le niveau d'emploi d'un pays (c'est-à-dire le nombre de travailleurs qui exercent une activité) se fixe par un équilibre entre l'offre d'emploi des entreprises et la demande d'emploi des salariés.
A niveau de salaire inchangé :
§ Toute mesure financière qui incite à l'activité accroît l'offre de travail des salariés : tentés par la possibilité de gagner plus, davantage de salariés se mettent à chercher du travail et certains salariés qui en ont cherchent à en avoir plus.
Exemples de telles mesures : hausse des salaires, baisse de la part « salarié » des charges sociales, remboursement de certaines dépenses des salariés, prime pour l'emploi, etc.
§ Toute mesure financière qui réduit le coût du travail pour les employeurs accroît leur demande de travail : une entreprise qui peut produire moins cher peut augmenter ses bénéfices ou vendre moins cher, donc davantage ; elle recrutera donc des salariés supplémentaires ou offrira à ceux qu'elle a déjà de travailler plus.
Exemples de telles mesures : baisse des charges sociales, subventions à l'activité, etc.
Que la mesure considérée augmente l'offre de travail des salariés, ou la demande de travail des employeurs, ou les deux, l'emploi d'équilibre dans l'économie augmente.
Ceci est vrai dans l'économie d'un pays pris dans son ensemble, lorsqu'une mesure donnée concerne tous les travailleurs, ou au niveau d'une profession qui fait l'objet de mesures ciblées.
Les subventions étant souvent contraires à une saine concurrence, surveillées de près par l'Union européenne et coûteuses pour les contribuables, ne sont pas des mesures pérennes ou permettant des progrès durables de l'emploi. A part les diverses mesures d'aide ponctuelle à la création d'entreprise, les seules mesures disponibles pour augmenter l'emploi sont donc la baisse des charges sur le travail, au niveau des employeurs comme à celui des employés.
|
Pour augmenter l'emploi, il
faut baisser les charges |
Bien entendu, comme la baisse des charges est une perte durable pour le budget de l'Etat, elle doit être compensée par une diminution des dépenses, c'est-à-dire des économies.
|
Pour pouvoir baisser les
charges, l'Etat doit faire des économies |
Cas de la concurrence imparfaite
La théorie précédente suppose une concurrence parfaite entre salariés qui postulent à un emploi donné, et entre employeurs qui recrutent un certain profil de salariés.
Si la concurrence est imparfaite parce que des négociations de branche ont fixé un salaire identique pour un profil de compétences et responsabilités donné, le modèle d'équilibre peut être plus ou moins faussé.
Si la concurrence est imparfaite parce que l'information sur les emplois ou les salariés disponibles est insuffisante, des opportunités d'embauche peuvent disparaître : il faut alors améliorer cette information, pour les salariés comme pour leurs employeurs.
|
Un employeur ne peut
embaucher un salarié que s'il estime que le bénéfice supplémentaire qu'il
fera grâce à lui est supérieur à ce qu'il lui coûtera, charges, encadrement
et outillage compris |
C'est pourquoi les mesures unilatérales de « coup de pouce » à certains salaires (au SMIC, par exemple, chaque année) sont dangereuses : elles peuvent rendre certains salariés impossibles à embaucher, elles peuvent encourager des entreprises à délocaliser ou sous-traiter à l'étranger, etc.
De manière générale, toute hausse de salaire se traduit par une hausse du prix de revient de la production correspondante de biens ou services ; si cette hausse de prix est compensée par une hausse de la productivité [28], elle est acceptable, sinon elle détruit des activités, donc des emplois.
Les
électeurs doivent donc veiller à n'approuver que les mesures de hausse des
rémunérations qui peuvent être compensées par la hausse prévue de productivité.
Voici une autre énumération des mesures pour l'emploi, basée sur la durée. Voir aussi les politiques de l'emploi.
Mesures à effet rapide
§ Baisser les impôts et charges sur les entreprises et le travail ;
§ Favoriser un crédit bon marché pour les investissements des entreprises grâce à un taux de référence modeste ;
§ Aider la création de petites entreprises par des mesures peu coûteuses telles que l'accès à des conseils ;
§ Distribuer de l'argent aux entreprises, consommateurs ou familles, au mépris du déficit…
Mesures à moyen et long terme
§ Construire des infrastructures favorisant la création et le développement d'entreprises ;
§ Développer l'enseignement supérieur et la recherche, la situation en ce domaine se dégradant très vite [135] ;
§ Simplifier la législation sur le travail, décourageante pour les investisseurs ;
A long terme, pour faire baisser le chômage structurel, il faut s'attaquer à ses causes : qualifications inadaptées au marché et manque de mobilité des travailleurs.
Voir aussi :
§ L'indispensable formation tout au long de la vie.
§ Les recommandations de l'OCDE.
Au sujet du SMIC, M. Mer écrit dans [80] page 85 :
"La France est le seul pays au monde où le secteur privé a une obligation de rémunération minimale à un niveau non symbolique fixé par le gouvernement pour plus de quatre millions de personnes. Et où de plus en plus de salariés ont une rémunération indirectement imposée par l'Etat. Le SMIC n'est pas une mauvaise chose en soi, mais la manière dont il évolue peut avoir des conséquences néfastes sur le coût du travail en France pour les emplois non qualifiés."
Source : [6] "Emploi (politiques de l'). Voir aussi les conséquences de la RTT.
§ Les mesures d’aide à la recherche d’emploi des chômeurs augmentent le taux de retour à l’emploi et sont peu coûteuses ;
§ Les mesures d’incitation au travail ont un impact faible sur l’offre de travail des salariés, qui dépend davantage de facteurs non monétaires, comme les caractéristiques de l’emploi, et de l’existence de structures de garde d’enfants et de transports adaptés.
Ces politiques peuvent avoir des effets de redistribution des revenus lorsqu'elles augmentent les revenus après impôt des travailleurs à faibles salaires, ce qui différencie ceux qui travaillent de ceux qui chôment (prime pour l'emploi), donc encourage la reprise du travail.
§ Les mesures de création artificielle d’emplois dans le secteur marchand engendrent de nombreux effets pervers. Elles doivent donc être rares, réservées à des catégories de salariés particulièrement défavorisés, donc prioritaires, et de courte durée.
§ Les mesures de baisse des charges sont toujours excellentes à condition d'être compensées dans le budget de l'Etat par des économies (les électeurs doivent y veiller).
§ Les mesures de créations d’emplois publics temporaires ou d’emplois dans le secteur non marchand semblent plus efficaces en termes d’emploi que la création artificielle de postes, en dépit d’un coût élevé. Les effets d’aubaine, de substitution et d’éviction sont réduits, pour ces emplois, puisqu’il s’agit en principe d’emplois nouveaux qui ne seraient pas créés spontanément dans l’économie (par le secteur concurrentiel).
Néanmoins, l’obtention de résultats positifs au niveau individuel (proportion de ceux qui retrouveront des emplois à la sortie du dispositif) est conditionnée par la nature des emplois occupés et l’existence de mesures complémentaires de formation.
§ Les mesures de réduction du temps de travail type « 35 heures » coûtent une fortune et ne rapportent à peu près rien (la Gauche elle-même a parlé de 350 000 emplois, soit 1.4% de la population active de 25 millions). M. Mer écrit dans [80] page 91 :
"Résultat [des 35 heures] : la France a toujours 10 % de chômeurs, alors que le passage aux 35 heures devait créer des centaines de milliers d'emplois ! Le chômage ne peut être traité par la réduction du temps de travail que dans une économie à l'albanaise, coupée du reste du monde."
§ Les mesures de protection des emplois existants (législation des licenciements rendant ceux-ci coûteux, les étalant sur de longs mois et exigeant des justifications aberrantes) :
· Ne concernent que 2% des gens qui quittent leur emploi ;
· Oublient ceux qui ne parviennent pas à décrocher un emploi ;
· Oublient ceux qui ont un emploi précaire (les fins de CDD représentent 53% des 27 000 départs quotidiens) ;
· Découragent les entreprises d'embaucher (voir l'analyse "Embauches, horaires et licenciements: rigidité de l'emploi - Comparaison de la France et de 84 autres pays) ;
· Préservent des emplois qui ne sont plus viables économiquement, évitant ainsi à ceux qui les occupent d'avoir à se former, donc sabotant à terme leur employabilité;
· Empêchent les entreprises de se moderniser en remplaçant des activités dépassées par de nouvelles activités concernant des produits et services innovants, ce qui les fragilise face à leurs concurrentes.
§ Les formations pures apparaissent dans l’ensemble peu efficaces, tandis que les mesures d’alternance ont des effets plus favorables. En effet, l’expérience du travail semble constituer un facteur déterminant dans le retour à l’emploi des chômeurs.
"…la protection de l’emploi, telle qu’elle est conçue dans les pays d’Europe continentale et telle qu’elle est mesurée par l’indicateur OCDE [de rigueur de la législation], ne serait pas une bonne protection contre le sentiment d’insécurité de l’emploi, rôle protecteur que semblerait bien jouer, en revanche, l’assurance-chômage."
Les lois protégeant l'emploi diminuent le risque de licenciement, les salariés en sont conscients. Mais en augmentant les coûts de licenciement supportés par les entreprises, elles découragent l'embauche. Non seulement les entreprises hésitent à embaucher quand leur charge de travail augmente, de peur de ne pouvoir licencier quand cette charge diminue, mais la « Contribution Delalande » de 1987, qui rend le licenciement des salariés embauchés avant 45 ans extrêmement onéreux après 50 ans, freine aussi les embauches des plus de 40 ans.
En somme, en protégeant trop ceux qui ont un emploi CDI, les lois françaises empêchent ceux qui n'en ont pas d'en décrocher un, particulièrement s'ils ont plus de 40 ans. Ces textes engendrent la précarité, en favorisant les embauches CDD au lieu de CDI.
"Dans toute l'Europe, c'est l'Irlande qui dispose des règles législatives [de protection de l'emploi] les plus souples. Or c'est là aussi que les salariés expriment le plus fort sentiment de sécurité face à l'emploi."
Voir aussi :
§ « Tuer l'emploi en le protégeant ».
§ « Propositions pour améliorer l'employabilité ».
§ L'exemple danois « Quand le licenciement n'est plus vécu comme un drame ».
Le marché du travail est régi par nos lois nationales, mais aussi par des textes de l'Union européenne. Mes commentaires sont entre crochets.
Source : Traité Constitutionnel [30].
"ARTICLE II-75
Liberté professionnelle
et droit de travailler
1. Toute personne a le droit de travailler et d'exercer une profession
librement choisie ou acceptée.
2. Tout citoyen de l'Union a la liberté de chercher un emploi, de
travailler, de s'établir ou de fournir des services dans tout État membre."
[On constate aussi que l'Union européenne prévoit un « droit de travailler », c'est-à-dire d'exercer une activité que l'on s'est donné la peine de trouver, pas un « droit au travail » (c'est-à-dire de recevoir un travail de l'Etat) comme le voudraient certains.]
"ARTICLE II-89
Droit d'accès aux
services de placement
Toute
personne a le droit d'accéder à un service gratuit de placement."
[Cet article prévoit une aide gratuite pour trouver du travail, mais toujours pas la fourniture automatique d'un emploi. Du reste, le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, citée dans la Constitution française de 1958 [33], contient notamment les précisions suivantes:
"Chacun
a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi."
Conclusion
En France, chacun a donc le droit d'obtenir un travail après l'avoir cherché et demandé. Obtenir, pas recevoir : nul ne peut attendre de la société qu'un travail lui soit attribué sans effort de recherche de sa part. Il est important de préciser ce point, car beaucoup de salariés croient, sous l'influence de certains politiciens, syndicats et journalistes irresponsables, que l'Etat ou leur employeur leur doivent du travail, dans leur qualification, avec leur salaire actuel, près de leur domicile actuel. Il n'en est rien.
Comme la constitution affirme que "chacun a le devoir de travailler", chacun a donc le devoir de se donner du mal pour trouver un travail. Parfois, pour avoir un travail, se donner du mal impliquera se former ou déménager.
Source : [34].
En France,
l'Etat fournit des services de placement par le canal de l'ANPE (Agence nationale
pour l'emploi), qui :
§ Rapproche les offres et demandes d’emploi à l'aide des listes de demandeurs d’emploi et de postes offerts qu'elle gère ;
§ Informe, conseille et oriente les chômeurs dans leurs recherches d’emploi et de formation ;
§
Assiste les employeurs pour
l’embauche et le reclassement de leurs salariés.
Mais ce sont des services du ministère de l'Emploi, qui :
§
Effectuent le contrôle du sérieux des
recherches d'emploi des chômeurs, en vue du maintien de leur revenu de
remplacement ;
§
Accordent certaines aides ou
allocations.
Cette répartition des tâches est une absurdité
manifeste, puisqu'il faudrait un interlocuteur unique pour chaque chômeur. Deux
espoirs : le ministre de l'Emploi, Jean-Louis Borloo, a déclaré dans Le Figaro entreprises du 03/01/2005 que ses services travaillaient à une nouvelle
organisation ; on créera dans les régions des « Maisons de
l'Emploi » regroupant les diverses activités et services.
En outre, l'indemnisation financière des chômeurs est gérée par l'ASSEDIC, autre interlocuteur obligé de chaque chômeur, alors qu'il faudrait n'en avoir qu'un seul, qui le connaît et le suit individuellement, et qui a un pouvoir de décision complet et immédiat.
Le risque, lorsque des fonctionnaires ont le monopole d'une mission, c'est qu'ils manquent de motivation et de responsabilité pour la mener à bien, d'où des résultats moins bons qu'avec des salariés d'une entreprise privée.
Exemple : les investissements désastreux du Crédit Lyonnais, et d'EDF en Argentine [77] et [79].
Le risque inverse, avec des entreprises privées chargées d'une mission d'intérêt public, c'est que leur motivation exclusivement orientée profit leur fasse remplir cette mission en privilégiant certaines actions rentables par rapport à d'autres qui le sont moins.
Exemple : depuis que les services de téléphonie mobile sont offerts, les opérateurs (tous privés) négligent d'équiper certaines zones du territoire, où le potentiel de clientèle est réduit.
L'objectivité veut qu'avant d'accepter et de généraliser l'une de ces deux approches pour un service public, on fasse des tests.
On sait, par exemple, qu'il existe une société de placement australienne qui fait le même travail que l'ANPE, mais en acceptant d'être payée au résultat : X euros par chômeur placé en CDI. Si ce coût X est inférieur au coût moyen de l'ANPE, si le délai moyen de placement est inférieur, cette solution privée peut remplacer l'ANPE au moins dans les cas où sa supériorité a été démontrée.
On sait aussi que des expériences de privatisation de certains services d'aide aux chômeurs ont eu lieu au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
Qu'attendent
les pouvoirs publics français pour conduire ces tests ? Ont-ils, comme
d'habitude, peur des syndicats de fonctionnaires, qui s'opposent
systématiquement à toute innovation, lorsque celle-ci favorise le public au
détriment des intérêts de leurs syndiqués ?
Il faut en France une prévision de besoins en ressources humaines de l'économie comme celles du rapport "Avenir des métiers" [26] :
§ Pour orienter les chômeurs lorsqu'ils cherchent un emploi ;
§ Pour les conseiller en matière de formation ;
§ Pour orienter la politique de recherche et développement ;
§ Pour orienter l'évolution des programmes d'enseignement ;
§ Pour les prévisions de besoins de remplacement de personnels qui partent en retraite, etc.
Voici,
selon le rapport [26]
page 36, les variables qui interviennent dans le modèle de création d'emplois :
|
Taux
de croissance |
Scénario
haut |
Scénario
bas |
|
Du
PIB [4] |
3,0% |
2,0% |
|
De la
productivité du travail [28] |
1,8% |
1,4% |
|
De
l’emploi total [12] |
1,2% |
0,5% |
|
De
l’investissement productif du pays [28] |
6,0% |
2,4% |
|
De la
productivité globale des facteurs [28] |
1,0% |
0,9% |
|
Du
capital [28] |
3,8% |
2,0% |
|
Des
importations |
7,5% |
4,0% |
|
De la
consommation finale des ménages |
2,9% |
1,9% |
|
Des
exportations |
6,7% |
4,0% |
|
Résultat en nombre d'emplois créés par an |
290 000 |
130 000 |
|
Résultat en taux de chômage en 2010 |
6% |
9% |
Nombre d'emplois créés par an entre 2000 et 2010 selon deux scénarios de croissance
Le rapport [26] a cherché, avec le modèle de création d'emplois ci-dessus, à déterminer les besoins de main d'œuvre de l'économie en matière de niveaux de formation.
Si le modèle est valable et raisonnablement
précis, ce qui est probable, on voit que les facteurs qui interviennent pour
faire croître le PIB, dont l'emploi dépend, sont
la productivité [28] du travail, l'investissement, le
capital, les importations et exportations, et la consommation. Bien entendu,
ces facteurs ne sont pas indépendants, et leur interdépendance est prise en
compte dans la « productivité globale des facteurs » [28].
On voit qu'une politique
efficace permettrait probablement de réduire le chômage à 6% en 2010 ! On voit aussi que,
malgré une croissance de la productivité du travail [28] de 1.8% par an, des
emplois seraient créés en nombre suffisant pour réduire sensiblement le chômage.
Des études comme celle-là sont nécessaires pour orienter les actions contre le chômage, l'enseignement et la recherche. Elles devraient être complétées, à plus courte échéance, de prévisions de création de postes région par région et métier par métier dans la région.
De toute manière, lorsque la population active [14] d'un pays croît, celui-ci doit créer chaque année au moins autant d'emplois qu'il y a de travailleurs supplémentaires.
Nous avons vu au paragraphe "Les Français ne travaillent pas assez" que, selon le
rapport Camdessus [17], nos gouvernements
successifs ont fait le maximum pour empêcher les jeunes d'arriver sur le marché
du travail et les seniors d'y rester.
Des lois à buts électoralistes
Le but des politiciens
au pouvoir était simple : une personne qui n'est pas sur le marché du
travail ne pouvant être comptée comme chômeur, les statistiques du chômage
étaient d'autant plus présentables qu'on en excluait le maximum de gens qui
risquaient de chômer. Ils ont donc fait
en sorte d'encourager les jeunes à étudier n'importe quoi (c'est-à-dire
sans tenir compte de statistiques de débouchés qu'ils n'avaient pas) pourvu qu'ils restent à l'université ou dans
des écoles, et les seniors à laisser tomber la recherche d'un emploi pour
être en préretraite.
Ces mesures ont ainsi caché, et cachent
encore, un nombre considérable de chômeurs, qui n'apparaissent pas dans les 2,5
millions de demandeurs d'emploi et n'inquiètent donc pas les électeurs. C'est
ce calcul électoraliste qui a fait préférer à nos politiciens leur intérêt
électoral à celui de la France.
Le budget de l'enseignement supérieur sacrifié à celui des 35 heures
La politique de l'emploi des gouvernements successifs aurait été justifiée si le fait de garder des centaines de milliers de jeunes dans l'enseignement supérieur avait été un investissement dans leur avenir, qui conditionne celui du pays. Mais en même temps qu'ils encourageaient les jeunes à faire des études supérieures, les gouvernements ont privé l'enseignement supérieur des crédits nécessaires : de tous les pays avancés, la France est avec la Grèce la seule qui dépense moins pour un étudiant dans l'enseignement supérieur que pour un élève dans l'enseignement secondaire ; on le voit dans le graphique ci-dessous. De ce fait, la qualité de la formation dispensée, particulièrement en sciences, n'est pas à la hauteur des enjeux de notre temps.
En fait, la France dépense beaucoup trop pour l'enseignement secondaire, où elle est au 2ème rang des pays de l'Europe des 15 après l'Autriche.
Dépenses annuelles par élève ou étudiant de
l'enseignement public en 2000
par niveau d'éducation, en standards de pouvoir d'achat (selon [3] page 77)
Il y a une relation directe et significative entre niveau d'éducation et taux de chômage de 25 à 29 ans. Voici un graphique extrait de [162] page 201 :
Taux de chômage selon le diplôme, de 1 à 4 ans après la fin des études
On voit que :
§ Sans diplôme le taux de chômage est supérieur à 40 % depuis 1990 et n'est jamais descendu en dessous de 30 % ;
§ Avec un diplôme de l'enseignement supérieur, le taux de chômage est en général de l'ordre de 10 % et n'a jamais dépassé 16 %.
Plus un jeune est instruit, moins il risque de chômer. On voit donc à quel point les économies sur l'investissement en enseignement supérieur créent des chômeurs. Et l'impact positif d'une formation sur le retour à l'emploi à tout âge est attesté par [74].
Enfin, selon
[17] page 40 : "d’ores et déjà nous allons consacrer, dans
le budget, près de 1,5 point de PIB à financer les allègements de charges liés
à la réduction de la durée hebdomadaire du travail, soit deux fois plus que
pour l’enseignement supérieur."
On voit aussi à quel point l'enseignement supérieur a été sacrifié à l'exigence idéologique d'imposer les 35 heures et la RTT. Bien entendu, la recherche a été tout aussi sacrifiée que l'enseignement supérieur, à qui elle est liée, avec une conséquence désastreuse : beaucoup de jeunes Français de haut niveau partent finir leurs études supérieures à l'étranger, où les crédits de recherche et les salaires des chercheurs sont très supérieurs aux nôtres. Et certains ne reviennent pas.
Pour plus de détails voir l'étude "Chômage : savoir et agir".
Source : Analyse "Embauches, horaires et licenciements: rigidité de l'emploi - Comparaison de la France et de 84 autres pays" reposant sur l'étude la Banque Mondiale de mai 2004 sur la rigidité de la législation du travail dans 85 pays [38].
Dans chaque pays, la législation du travail et les diverses institutions qui la mettent en œuvre ont pour buts de protéger les intérêts des travailleurs et le niveau de vie de la population. L'étude [38] a déterminé l'effet ces protections sur le niveau de chômage et l'attractivité pour des investisseurs.
Pour un investisseur, il est important de savoir si la législation du pays où il envisage de s'implanter, pour une délocalisation ou une création de filiale, offre la souplesse nécessaire lorsqu'il s'agit :
§ D'embaucher de nouveaux salariés: est-ce facile ou non, y a-t-il de nombreuses formalités ou contraintes, etc. ;
§ D'augmenter ou de diminuer le nombre de salariés ;
§ De licencier un salarié: est-ce difficile ou non, est-ce coûteux ;
§ De rapatrier au moins une partie des bénéfices futurs, ce qui exige la convertibilité de la monnaie du pays et une relative stabilité de son taux de change.
La législation du travail comprend, au-delà des droits de l'homme, trois types de textes, qui réglementent respectivement :
§ Le contrat de travail (enfants, femmes) ;
§ Les relations collectives : accords de branche, rôle des syndicats, etc. ;
§ L'exécution du travail : durée comme "les 35 heures", hygiène, accidents, etc. ;
§ Le salaire minimum ;
§ Les avantages sociaux : retraites, Sécurité sociale, assurance chômage, etc.
§ Les institutions et lois d'un pays sont adaptées par les politiciens au pouvoir à leur profit et à celui de leurs électeurs, souvent au détriment des autres citoyens. L'Etat organise la législation et la redistribution des richesses à cet effet.
[En France, les gouvernements de gauche au pouvoir ont créé une législation du travail favorisant nettement leur électorat, majoritairement constitué de salariés (dont 25% de fonctionnaires), au détriment des artisans, professions libérales et entrepreneurs. Et les gouvernements de droite n'ont pas osé abroger ces lois ou les modifier en profondeur.]
§
Une
législation du travail contraignante nuit au plein emploi, particulièrement à
celui des jeunes. C'est pourquoi le
chômage est deux fois plus faible en Angleterre, aux Etats-Unis et en Irlande
(pays à faible protection des salariés) qu'en France.
[Une législation contraignante, notamment en matière de licenciements, décourage les investisseurs et tous les dirigeants d'entreprise, qui hésitent à embaucher de peur de ne pas pouvoir licencier ou d'avoir à payer trop cher. C'est ainsi que la loi française obligeant une grande entreprise qui licencie à financer la création de nouveaux emplois dans la même région (au mépris des contraintes économiques comme le coût de la main d'œuvre et l'adéquation de sa qualification) est un véritable repoussoir de l'embauche.
En somme, plus les lois protègent les salariés qui ont un emploi, plus elles empêchent les entreprises d'embaucher ceux qui n'en ont pas.]
D'après la législation de chaque pays, l'étude [38] établit trois indices qui mesurent la rigidité des lois du travail:
§ L'indice de difficulté d'embauche, qui mesure la protection législative des salariés. Plus il est élevé, plus l'embauche doit surmonter d'obstacles réglementaires pour s'adapter au contexte particulier d'une entreprise.
§ L'indice de rigidité des horaires : plus il est élevé, plus il est difficile à un employeur d'exiger qu'un salarié travaille plus ou moins d'heures par jour ou par semaine, en fonction de la production à assurer.
Exemple: les lois françaises sur les 35 heures empêchent souvent de faire des heures supplémentaires, ou les rendent très coûteuses.
§ L'indice de la difficulté de licencier : plus il est élevé, plus le licenciement a d'obstacles réglementaires.
L'étude calcule ensuite un quatrième indice, l'indice de rigidité de l'emploi, moyenne des trois précédents : plus il est élevé, plus l'emploi manque de souplesse.
L'étude fournit enfin le coût moyen du licenciement d'un employé, exprimé en semaines de salaire : plus il est élevé, plus licencier quelqu'un coûte cher.
Les chiffres sont dans le tableau suivant, où les lignes sur fond jaune sont des indices par pays, triées par indice de rigidité de l'emploi croissant. Ce tableau, extrait de celui établi pour 85 pays, compare la France avec 21 autres pays de l'Union européenne à 25 (il manque Malte, Chypre et le Luxembourg).
|
Indice rigidité |
Indice difficulté |
Indice rigidité emploi |
Coût licenciement |
||
|
0 |
20 |
10 |
10 |
17 |
|
|
0 |
40 |
10 |
17 |
39 |
|
|
11 |
40 |
10 |
20 |
8 |
|
|
11 |
40 |
10 |
20 |
25 |
|
|
44 |
20 |
20 |
28 |
22 |
|
|
28 |
40 |
20 |
29 |
52 |
|
|
11 |
60 |
30 |
34 |
25 |
|
|
11 |
80 |
30 |
40 |
34 |
|
|
0 |
80 |
40 |
40 |
55 |
|
|
33 |
60 |
30 |
41 |
34 |
|
|
28 |
60 |
40 |
43 |
16 |
|
|
28 |
60 |
40 |
43 |
24 |
|
|
33 |
60 |
40 |
44 |
24 |
|
|
11 |
80 |
40 |
44 |
33 |
|
|
78 |
20 |
50 |
49 |
42 |
|
|
61 |
60 |
30 |
50 |
47 |
|
|
28 |
80 |
50 |
53 |
47 |
|
|
44 |
80 |
40 |
55 |
80 |
|
|
33 |
80 |
60 |
58 |
98 |
|
|
78 |
80 |
40 |
66 |
32 |
|
|
78 |
80 |
40 |
66 |
133 |
|
|
67 |
80 |
60 |
69 |
68 |
Indices de rigidité des lois du travail 2004 selon la Banque Mondiale
§ En France, un licenciement coûte en moyenne 32 semaines de travail, c'est-à-dire plus de 7 mois de salaire et charges. Voilà pourquoi il y a tellement de contrats à durée déterminée, c'est-à-dire de travail précaire.
§ Par rapport aux autres pays de l'Union européenne, la France n'est dépassée en rigidité de l'emploi que par l'Espagne, où en plus un licenciement coûte en moyenne 16 mois de salaire.
§ Une entreprise française qui envisage de délocaliser au Maroc devrait y regarder à deux fois: non seulement la législation y est plus rigide, mais un licenciement y coûte deux ans de salaire!
Au lieu d'une délocalisation, cette entreprise devrait envisager une sous-traitance à une entreprise marocaine; c'est cette entreprise-là qui aurait alors à surmonter la rigidité des lois locales et les coûts éventuels de licenciement.
L'entreprise pourrait aussi envisager une délocalisation en Tunisie, autre pays francophone, où la rigidité de l'emploi et le coût d'un licenciement sont plus intéressants qu'en France.
§ Les pays où la législation est la plus rigide sont des pays pauvres.
§ Le cas du Brésil est intéressant: non seulement la législation y est parmi les plus rigides, mais le coût d'un licenciement est colossal, plus de 3 ans de salaire! Avec une telle législation, le développement économique ne peut qu'être lent.
Source : [6] "Interventionnisme"
Les relations commerciales de la France sont
aujourd'hui régies pour l'essentiel dans le cadre d'accords de l'Union
européenne et de l'OMC [48]. Bien que la libre circulation des marchandises et des
capitaux soit la règle, le protectionnisme joue à l'égard de nombreux pays
extérieurs à l'Union européenne, dans tous les domaines allant de l'agriculture
à l'industrie, en passant par les services.
La tendance est néanmoins à la baisse des barrières tarifaires et réglementaires, ainsi qu'à la suppression des contingentements qui limitent les quantités importées. C'est ainsi que l'Accord Multifibres a permis aux pays industrialisés, jusqu'au 01/01/2005, par dérogation aux règles de l'OMC, de limiter leurs importations de produits textiles et d’habillement en provenance des pays à faible coût de fabrication. Désormais, les textiles Chinois vont pouvoir inonder notre marché et y faire baisser les prix.
Le protectionnisme réduit la concurrence entre fournisseurs. Il augmente donc les prix payés par les consommateurs.
L'Etat intervient dans l'économie notamment :
§ Par sociétés d'économie mixte (ainsi nommées parce qu’elles permettent à une collectivité publique d'aider la création de sociétés anonymes exploitant des ressources d’intérêt général : navigation fluviale, pétrole, etc.) ;
§ Par des participations financières à des sociétés privées, souvent assorties d'accords de productivité, de comportement social, etc. ;
Selon [174], fin 2005, le secteur public d'entreprises comprenait un peu plus de 1100 entreprises détenues majoritairement par l'Etat (contre 1623 fin 2002). Elles employaient 864 000 salariés, soit 3.9 % de l'emploi salarié total. Sur ce total, La Poste et France Télécom représentaient au total 412 000 agents. En 2005, le secteur public a perdu près de 200 entreprises, l'Etat privatisant au maximum pour boucher les trous de son budget.
§ Par des subventions à des sociétés, très souvent avec des sommes considérables, pendant des années et en pure perte, comme le « Plan Calcul » de 1967 en informatique et les diverses aides gaspillées par BULL ;
§ Par des nationalisations de sociétés privées, dont certaines ont abouti à des désastres, comme celui du Crédit Lyonnais, où la gestion par des fonctionnaires incompétents en matière d'entreprises et irresponsables a coûté une dizaine de milliards d'euros aux contribuables, sans que jamais un de ces fonctionnaires soit sanctionné ;
§ Par des prix imposés ;
§ Par son déficit budgétaire, qui distribue aux entreprises et aux citoyens un argent emprunté qui devra être remboursé par les générations suivantes ;
§ En avantageant systématiquement les fonctionnaires et assimilés (SNCF, RATP, Air France, EDF/GDF, La Poste, etc.). C'est ainsi que dans [130] on lit page 225 :
"… les retraités du secteur public recevaient en moyenne, en 1977, 24 % de plus que ceux du privé alors que les artisans et commerçants touchaient en moyenne 30 à 40 % de moins."
Et les fonctionnaires obtiennent cette meilleure retraite après avoir moins travaillé chaque semaine, et pendant moins d'années, que les salariés du privé et les artisans et commerçants.
Cette habitude française d'intervention de l'Etat dans l'économie marchande [4] est si ancienne et si ancrée dans les mentalités, que les Français la considèrent comme allant de soi, et en demandent toujours plus pour remédier aux problèmes économiques.
Elle revient à donner à des fonctionnaires un pouvoir économique qu'ils n'ont pas la compétence pour exercer, parce que leur formation n'est pas adaptée, et parce que l'absence de sanction des statuts de la fonction publique les met à l'abri des conséquences de leurs erreurs, notamment du devoir d'en répondre devant des actionnaires.
C'est donc un mal qu'il faut éliminer le plus vite possible, pour réserver l'intervention des fonctionnaires à ceux des services publics qu'il est impossible de privatiser (armée, etc.)
Il faut cependant reconnaître à l'Etat le mérite d'avoir créé certaines entreprises qui rendent un service public appréciable, et les avoir soutenues le temps qu'il faut.
C'est ainsi que la France a, avec la SNCF, un réseau ferré qui marche bien (même si nos cheminots sont champions du monde des grèves), alors que des pays comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou Israël ne peuvent en dire autant.
La France a aussi, avec EDF [49] et sa production d'électricité à 83.8% sans CO2, un des plus puissants électriciens du monde. EDF est un fournisseur qui pourrait produire de l'énergie encore moins chère si ses effectifs pléthoriques étaient réduits, si davantage de ses agents travaillaient plus de 32 heures par semaine, si on mettait un terme aux scandales de son Comité d'entreprise qui reçoit 400 millions d'euros par an, et si on sanctionnait ceux des agents qui débranchent des compteurs.
Aujourd'hui l'intérêt de la France est que ces entreprises de service public, désormais saines et pérennes, soient privatisées, conformément aux engagements libéraux du pays dans le cadre de l'Union européenne. La concurrence permettra ainsi, comme pour les télécommunications, une baisse des prix et une meilleure qualité de service au profit des consommateurs.
Définitions : voir la définition du tome 2, les notions de productivité moyenne et productivité marginale, ainsi que l'importante discussion des notions de productivité structurelle et productivité observée.
Pour bien comprendre les choix politiques :
voir la section du Tome 2 "Politiques structurelles,
productivité et emploi".
Dans le résumé de [55] on lit à la page 1 :
"En 2002 le niveau de vie, mesuré par le PIB par habitant en PPA [5], de la France, et plus largement de l’Union européenne, est inférieur de 25% à celui des États-Unis."
Cette différence implique à la fois une baisse du poids économique de l'Europe et de la France, et une paupérisation croissante vis-à-vis des Etats-Unis. Cette situation alarmante serait catastrophique si elle devait se prolonger.
"…sur les dernières décennies, les
États-Unis ne se sont jamais durablement éloignés d’une situation de plein
emploi tandis que de nombreux pays européens se sont installés dans le chômage
de masse depuis le premier choc pétrolier."
Le PIB par habitant se calcule d'après la productivité avec la formule :
PIBpH = PHT x DT x TE x Part
L'écart de PIB par habitant par rapport aux Etats-Unis s'explique :
§ D'abord, pour la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique par un faible taux d'emploi (en 2002, ce taux était de 61 % en France contre 72 % aux Etats-Unis) car la productivité horaire des quatre pays européens est proche de celle des Etats-Unis ;
§ Ensuite par un nombre d'heures de travail par travailleur très inférieur à celui des Etats-Unis, que ce soit par semaine, par an (compte tenu des vacances) et dans toute une carrière (compte tenu du nombre d'années d'activité).
La productivité horaire PHT est fonction décroissante :
§ De la durée du travail DT (plus on travaille, plus la fatigue joue) ;
§ Du taux d'emploi TE (plus la proportion de gens au travail est élevée, plus on fait travailler de gens peu productifs).
"Le niveau élevé de la productivité horaire dans un certain nombre de pays européens, notamment en France et en Allemagne, relativement aux États-Unis, est dû à la fois à l’exclusion du marché du travail d’une fraction importante des moins productifs – les moins qualifiés, les jeunes et les salariés âgés –, et aussi à une durée du travail plus courte.
Structurellement, c’est-à-dire après correction des effets des écarts de taux d’emploi et de durée du travail, les États-Unis demeurent le pays où la productivité est la plus élevée, d’environ 10 % par rapport à la France et 20 % par rapport à l’Union européenne, définissant bien la frontière technologique."
Après
correction de l'effet de l'exclusion des
jeunes et des seniors, et de celui de la
durée du travail, la productivité
inférieure des pays européens s'explique par un retard en matière
d'investissement productif, tout particulièrement d'informatisation.
Ce retard de productivité sur les Etats-Unis
a été pris pendant les années 1990, lorsque la croissance de la productivité a
accéléré aux Etats-Unis et ralenti en Europe. Depuis le milieu des années 1990,
les gains de productivité américains sont chaque année environ 1 %
supérieurs aux gains européens.
On admet aujourd'hui que sur une durée de 2 ans ou plus depuis 2002, la productivité française augmente d'environ 1.6 % par an. Donc il faut une croissance du PIB supérieure à 1.6 % par an pour que l'économie française crée des emplois (aux variations induites par l'enrichissement en emplois peu payés près).
Et nous avons vu que la croissance de l'emploi suit celle du PIB avec un retard de 6 à 9 mois. (Voir aussi "Croissance sans création d'emplois".)
Le retard
croissant de productivité de l'Union européenne sur les Etats-Unis se voit sur
le graphique suivant, issu de [56] page
160 :
Croissance comparée de la productivité horaire aux
Etats-Unis et en l'Europe à 15 (% / an)
L'effet de
ces gains de productivité américains s'ajoute à celui des gains de taux
d'emploi, eux aussi supérieurs aux Etats-Unis : il y a de plus en plus
d'Américains qui travaillent, alors que chez nous la proportion d'actifs
diminue. On comprend alors que le PIB par habitant progresse bien plus vite aux
Etats-Unis qu'en France, en Allemagne, etc.
Nous avons
déjà vu que les Français ne travaillent pas assez.
Etudions donc l'origine des gains de productivité supérieurs aux Etats-Unis
selon le résumé de [55] page 2, qui
attribue l'essentiel de ces gains à l'informatisation croissante de l'économie
américaine. L'impact
des TIC (Technologies de l'Information et des Communications [57])
sur les gains de productivité est le suivant :
§ Le progrès technique très rapide des ordinateurs, des logiciels et des matériels de communication permet à la fois une baisse rapide des prix du calcul, du stockage des données et de leur transmission, et une croissance des quantités vendues (matériel, logiciel, services), croissance qui entraîne celle du volume des données utilisées et transmises par les utilisateurs d'informatique.
Cette croissance des ventes d'ordinateurs et de
logiciels standard permet à son tour une amélioration de la productivité par
économies d'échelle dans l'industrie du matériel, celle du logiciel et celle
des télécommunications.
Volumes vendus et productivité en hausse
entraînent une forte croissance du chiffre d'affaires et des bénéfices de
l'industrie informatique. Non seulement cette industrie a une productivité
croissante, mais elle représente une partie croissante de l'activité totale de l'économie :
voilà donc une première cause de la
croissance de la productivité. Et le poids de l'industrie informatique dans
le PIB est important, puisque [80] page
75 l'estime à 10% aux Etats-Unis alors que la France n'a plus de constructeur
informatique.
§ L'utilisation croissante des TIC [57] accroît la productivité des entreprises (fabrication, services) et administrations qui les mettent en œuvre : voilà une deuxième cause de la croissance de la productivité.
L'accroissement vient à la fois des économies de main d'œuvre provenant de cette informatisation et d'une meilleure organisation, qui provoque l'accélération des processus de travail et de l'amélioration de leur qualité. Du point de vue économique, un investissement en capital (matériel et logiciel informatique, télécommunications) remplace des coûts humains récurrents, ce qui accroît la productivité humaine mesurée.
Voir aussi les définitions [105].
[55] estime page 51 :
"…que la contribution de la diffusion des
TIC à la croissance annuelle de l’output [58] et de la productivité serait, depuis 1974 et surtout depuis 1995, très
largement supérieure à celle de la machine à vapeur sur sa forte période de diffusion
1830-1860, et supérieure à celle de la diffusion de l’énergie électrique sur
les périodes 1899-1929 et même 1919-1929."
[55] constate :
"Les moindres gains de productivité du travail en Europe relativement aux États-Unis dans la seconde moitié des années quatre-vingt-dix tiennent principalement à deux facteurs :
·
une accumulation plus forte du capital TIC aux États-Unis ;
·
le déploiement en Europe de politiques d’emploi en faveur du travail
peu qualifié, notamment par des baisses de charges sociales sur les bas
salaires qui ont contribué à ralentir la substitution du capital non-TIC au
travail."
La productivité par salarié est aussi plus faible qu'aux Etats-Unis, notamment en France, à cause d'une législation du travail beaucoup trop rigide.
Dans plusieurs pays d'Europe (Allemagne, Belgique et surtout en France) la législation du travail rend les licenciements carrément impossibles, ou au minimum très longs et très coûteux. Lorsque la conjoncture est difficile, les entreprises de ces pays sont obligées de conserver leurs salariés, même si certains leur font perdre de l'argent. Et leur compétitivité étant alors affaiblie, elles perdent des parts de marché.
En plus, leurs finances sont affaiblies, et lorsque la reprise arrive elles n'ont pas les moyens d'investir pour moderniser leur production, créer de nouveaux produits ou faire du marketing. Leur activité ne reprend donc que lentement, ce qui retarde l'embauche de salariés supplémentaires et en diminue le nombre.
A force d'obliger les entreprises à conserver des salariés inutiles quand la conjoncture est difficile, la loi française handicape leur développement lorsque la conjoncture est favorable. Le pays lisse ainsi sa courbe du chômage au prix de la croissance du PIB national : la France stagne depuis des années.
Autre effet pervers, les entreprises craignant de ne pouvoir licencier évitent les embauches en CDI, ce qui crée de la précarité : à force de protéger les salariés qui ont un emploi CDI, on en enferme d'autres dans la précarité de CDD ou d'intérim.
Enfin, le traitement social du chômage, moyen privilégié par les gouvernements successifs de la France pour faire baisser les statistiques, coûte très cher aux entreprises en taxes sur les salaires et sur les investissements (taxe professionnelle). Cela les prive des moyens financiers nécessaires à la recherche de produits nouveaux et au développement de leurs marchés. Elles réagissent donc en évitant de produire en France, c'est-à-dire en sous-traitant à l'étranger ou en délocalisant.
Source : étude INSEE 2005 [124].
§ La productivité par tête (quotient de la valeur ajoutée du travail en France par le nombre de personnes physiques ayant travaillé dans le secteur marchand non agricole progressait d'un peu plus de 2 % au cours des années 1980. De 1990 à 2003, cette progression a ralenti à 1 % en moyenne. Ce ralentissement, très net à partir de 2000, est dû à la RTT. C'est ce qu'on voit sur le graphique suivant :
§ Par contre, la productivité horaire (quotient de la valeur ajoutée du travail en France par le nombre d'heures travaillées dans le secteur marchand non agricole) a fortement progressé, les entreprises ayant fait le maximum pour ne pas embaucher de salariés supplémentaires, en faisant travailler plus intensément ceux dont elles disposaient.
§ Le nombre d'emplois créé par les lois « 35 heures » est d'environ 350 000 : l'INSEE confirme donc les conclusions du rapport de l'Assemblée nationale.
§ Un effet pernicieux des lois RTT a été de favoriser l'embauche de travailleurs de faible qualification, dont le gouvernement a diminué le coût pour les entreprises en jouant sur les charges sociales aux frais des contribuables. On a donc souvent embauché des « SMICards » au lieu d'investir en matériel, en informatisation et en recherche et développement. Le Rapport CAMDESSUS [17] explique et dénonce les effets négatifs de cette politique de l'emploi pour la compétitivité de la France.
Les Etats-Unis ont donc pris de l'avance en matière de croissance du PIB - et en prennent de plus en plus :
§ Parce qu'ils ont une plus forte proportion de gens qui travaillent, particulièrement dans le secteur des services (hôtellerie-restauration, commerce, santé et services aux particuliers) ;
Si la France
avait le même taux d’emploi que les États-Unis dans le commerce et
l’hôtellerie-restauration, elle aurait 3.4
millions d’emplois supplémentaires ; si elle avait le même taux d'emploi
que l'Allemagne, ce serait 1.2 million de plus [72] page
7 ;
§ Parce que ce travail est de plus en plus productif grâce à l'informatique ;
§
La politique française
d’enrichissement de la croissance en emplois passe par un abaissement du coût
du travail. Elle conduit donc de fait à
subventionner l’essentiel des créations d’emplois. Ces subventions ne
peuvent durer indéfiniment ([72] page 7).
En outre, comme le souligne [80] page 75, la France a eu peur d'informatiser :
"Cette frilosité [de la France] provenait de l'idée parfaitement erronée que l'irruption de ces nouvelles technologies allait créer du chômage, et qu'il fallait donc les tenir à distance."
L'absurdité de cette crainte est évidente : l'histoire a montré combien le progrès technique a toujours triomphé de l'immobilisme et des résistances, combien il a apporté de croissance du niveau de vie et d'amélioration de la santé ; en outre, refuser cette croissance de la productivité pour sauvegarder des emplois revient à laisser d'autres pays augmenter leur productivité plus vite que nous, donc être plus forts quand nous serons en concurrence, donc nous battre, donc finalement détruire nos emplois au profit des leurs ! Et M. Mer enfonce le clou, page 76 :
"L'utilisation déterminée et systématique des technologies nouvelles en matière de traitement de l'information recèle un formidable potentiel d'amélioration de la productivité, bien supérieur à celui qui fut introduit par la machine à vapeur ou par l'électricité. On devrait donc voir l'avenir en rose à ceci près que la rapidité de cette révolution de l'information est très supérieure à celle de la machine à vapeur, et exige donc des efforts de reconversion et d'ajustement extrêmement rapides dans un monde de concurrence globale. Or, le corps social européen renacle devant cet impératif."
Notons que la productivité ne croît avec l'informatisation que s'il y a réorganisation des tâches pour profiter des ordinateurs et des télécommunications. Mettre des ordinateurs dans un service ne sert à rien si on garde l'organisation telle quelle : il faut revoir la circulation des documents pour la simplifier ; augmenter les responsabilités de chaque employé - ce qui permet de réduire le nombre de postes de travail et la durée des procédures ; automatiser certains contrôles de bon déroulement, etc.
Notons aussi que l'informatisation exige un niveau de formation supérieur, et qu'elle peut donc être freinée par un manque de personnel qualifié et par la peur des politiciens de réduire aux chômage les travailleurs victimes de la « fracture des connaissances » qu'elle introduit.
Il y a un reproche grave dans [55] : celui d'avoir favorisé le développement d'activités qui consomment de la main d'œuvre peu qualifiée au lieu d'investir les mêmes moyens financiers pour informatiser les tâches (voir les dépenses colossales et colossalement improductives de la RTT) ; cette mauvaise politique est due en partie à la peur des politiciens de la fracture des connaissances.
Cette erreur économique a consisté, en France, à générer artificiellement du travail de bas niveau, à coups de subventions et de règlements empêchant de trop travailler, au lieu de favoriser la croissance du PIB par celle de la productivité. Et comme nous avons vu que ce n'est pas la croissance artificielle du travail qui tire celle du PIB, mais bien celle du PIB qui génère l'emploi, nous constatons que la politique économique de la France est allée en sens contraire des lois économiques, d'où son échec et notre recul.
Lorsqu'on compare les économies de deux pays :
§ Le PIB permet de comparer la production totale de biens et de services ;
§ Le PIB par habitant permet de comparer les niveaux de vie, à condition de le calculer à parité de pouvoir d'achat (PPA) ;
§ Aucun indicateur économique ne permet de chiffrer le bien-être, notion trop subjective et variable avec les individus pour se prêter à une quantification. C'est ainsi que pour certains cadres bénéficiant d'un bon salaire, la RTT n'a apporté aucune amélioration du niveau de vie mais un accroissement du temps libre ; et comme ils ont les moyens financiers d'en profiter, leur mieux-être est certain.
Source : [72] page 23
La formule du PIB par habitant PIBpH = PH x TE x Part (établie en [5]) montre que le PIB par habitant est proportionnel à la productivité par habitant PH. Donc à taux d'emploi et part de la population en âge de travailler constants, une croissance de PH entraîne celle de PIBpH. Donc :
|
La croissance de la productivité entraîne celle du PIB par habitant |
Réciproquement, puisque sur une courte période le taux d'emploi TE et la part de la population en âge de travailler Part peuvent être considérés comme constants :
|
Pas de croissance sans croissance de la productivité |
On peut donc résumer les conditions de la croissance comme suit.
§ Croissance de la productivité par heure de travail ;
§ Croissance du nombre d'heures travaillées dans l'année et dans une vie, qui entraîne celle de la productivité par habitant, donc celle du PIB par habitant ;
§ Croissance du taux d'emploi TE, en faisant travailler davantage les jeunes, les seniors et les femmes ;
§ Croissance de la population, par une politique de natalité et d'immigration où les immigrants ont été choisis en fonction de leur aptitude à apporter quelque chose à l'économie (métier, âge, connaissance du français, etc.) ;
§ Renouvellement constant de l'offre de produits et de services (innovation), ce qui exige :
· des créations d'entreprises ;
· une croissance de la formation, de la recherche et du développement ;
Ce renouvellement est indispensable pour absorber :
· la main d'œuvre libérée par la croissance continue de la productivité ;
· l'argent disponible pour investir généré par la croissance des bénéfices.
§ Le développement du marché : il faut vendre à plus de gens, dans plus de pays.
On voit sur les deux graphiques ci-dessous que le PIB ("revenu") par habitant varie dans le même sens que la productivité par habitant. Et comme aux Etats-Unis le taux d'emploi TE est supérieur à celui de la France (exemple : 72% contre 61% en 2002), pour une productivité donnée on a un PIB par habitant supérieur.
Dans les deux graphiques ci-dessous on a porté en ordonnées non pas la productivité mais son logarithme, qui varie dans le même sens.
Productivité et revenu par habitant aux Etats-Unis
Productivité et revenu par habitant en France
Source : [72] page 23
La productivité maximum par salarié est celle qui utilise le taux optimal de capital par emploi
La politique de la France pour lutter contre le chômage consiste à subventionner les emplois à forte teneur en main d'œuvre non qualifiée, qui ne seraient pas rentables sans ces subventions.
Cette politique est erronée parce qu'en diminuant le capital investi par emploi au profit du salaire (notamment en diminuant les investissements en TIC par salarié), elle éloigne les conditions de travail des salariés des conditions optimales, qui ont besoin d'une certaine quantité de capital par emploi ; la productivité qui en résulte n'est pas optimale. Cet effet de sous-optimisation s'ajoute à celui du taux d'emploi insuffisant.
De nos jours, chaque année qui passe voit la France perdre de la productivité par habitant par rapport aux Etats-Unis, et à tous les pays qui ont un taux d'emploi supérieur et/ou une quantité de capital par salarié plus proche de l'optimum.
A terme, si la France ne change pas de politique, nous perdrons de plus en plus de marchés extérieurs au profit de nos concurrents.
En 2004, selon [75], les exportations françaises ont progressé de 6% seulement, alors que le commerce international a augmenté de 8%, d'où une perte de parts de marché ; en outre les importations ont progressé encore plus que les exportations, d'où un déficit commercial du commerce extérieur de 5.7 milliards d'euros sur les 11 premiers mois de l'année.
Cette dégradation de notre commerce extérieur fait suite à celle de 2003, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [76] page 1, document officiel qui parle d'ailleurs page 3 d'« Atonie des commandes des entreprises étrangères » et page 4 de « L'excédent touristique [qui] se replie ».
Soldes des échanges extérieurs de la France de 1995 à 2003
La perte de parts de marché de la France par manque de compétitivité entraîne une menace d'absorption de nos entreprises exportatrices par des entreprises étrangères, avec des licenciements à la clé lorsque celles-ci feront enfin travailler nos salariés de manière plus productive.
La dégradation de la balance des paiements [65] a également pour conséquences une fuite des capitaux : bien que la France reçoive de très forts investissements directs étrangers (47 milliards d'euros en 2003, plus que les Etats-Unis) [105], elle investit encore plus elle-même à l'étranger (57.3 milliards d'euros en 2003) selon [39] page 3.
Pour se faire pardonner, le gouvernement explique qu'une bonne part de la perte de compétitivité de l'économie française est due à la hausse de l'euro, c'est-à-dire « qu'il n'est pas coupable de cette dégradation ». Mais coupable ou non, les faits sont là : la France perd pied en matière d'échanges extérieurs. D'ailleurs, la hausse de l'euro par rapport au dollar a aussi des effets positifs : les importations françaises coûtent moins cher, notamment le pétrole.
Donc
lorsque nos politiciens continuent à favoriser les « coups de pouce » aux bas salaires et l'indemnisation du
chômage au lieu des investissements productifs, ils dégradent notre
compétitivité et travaillent contre l'emploi. Les électeurs doivent alors leur
refuser leurs voix pour obtenir une autre politique, plus conforme aux lois économiques.
Voir aussi "Compétitivité-prix et compétitivité-coûts" et "France en panne, entreprises en fête".
Source : [72] pages 25 et 26
Les deux graphiques ci-dessous montrent qu'aux Etats-Unis la productivité dans les services a fortement accéléré (du fait de l'informatisation) à partir du milieu des années 1990, alors qu'en France elle a pratiquement stagné du fait de notre priorité aux emplois peu qualifiés (donc n'utilisant pas d'informatique).
Evolution comparée des productivités de l'industrie et des services aux Etats-Unis
Evolution comparée des productivités de l'industrie et des services en France
Les trois fonctions publiques françaises (d'Etat, hospitalière, territoriale et entreprises dont les salariés ont un statut et des avantages de fonctionnaire, comme la SNCF, la RATP, EDF, etc.) représentent plus de 5 millions de salariés, c'est-à-dire 20 % du total des emplois, salariés et non salariés.
Nous avons vu un exemple de mauvaise productivité des fonctionnaires par rapport aux salariés d'entreprises privées. L'Etat ne pouvant revenir sur les avantages statutaires accordés aux fonctionnaires car ce serait revenir sur sa parole, parole à laquelle les fonctionnaires ont fait confiance en choisissant leur carrière, il n'y a qu'une seule solution pour diminuer l'incidence de la proportion de fonctionnaires record du monde dont souffre l'économie de la France, celle que cite [80] page 12 :
"La culture française n'est pas, ou pas encore, prête à accepter la privatisation d'une partie significative des services publics et c'est tout à fait son droit ! Donc, il ne reste qu'une solution : scruter les pyramides des âges, analyser les rythmes de départ à la retraite et utiliser ce levier pour réviser à la baisse les recrutements afin de réduire le poids des dépenses de fonctionnement de l'Etat, à condition d'améliorer simultanément la productivité du système par des investissements adaptés et les réorganisations nécessaires."
[Pour les investissements d'amélioration de la productivité de l'administration, il s'agit de matériel, logiciel et réseaux informatiques. Et M. Francis Mer estime, page 13, qu'on pourrait ainsi ne remplacer qu'un fonctionnaire partant en retraite sur deux. Il ajoute, page 15 :]
"Le fonctionnaire français travaille plutôt bien, mais il baigne dans une culture de la procédure, et non dans une culture de résultat".
[M. Mer veut dire que la culture des fonctionnaires ne les encourage pas à prendre des initiatives pour améliorer de manière mesurable les résultats de leur travail. Au contraire, ils se contentent de suivre des procédures sans s'occuper de leur coût pour la collectivité nationale. Il poursuit :]
"Sa productivité est donc bien inférieure à ce qu'elle pourrait être s'il utilisait les innovations qui sont à sa disposition tout en changeant de méthode pour continuer à atteindre le même objectif : la satisfaction du client/usager/contribuable au moindre coût pour la collectivité. En investissant intelligemment mais fortement dans l'informatique, tout en réorganisant les processus de production, beaucoup de missions pourraient être effectuées avec beaucoup moins de moyens humains. D'autres seraient simplifiées, voire abandonnées, dès lors que l'on constaterait qu'elles n'ont plus de justification."
Page 16 :
"Ce que j'ai proposé aux fonctionnaires est de libérer leur travail de ses parties les plus répétitives."
[Et M. Mer cite page 15 l'exemple de la sidérurgie pour fournir un ordre de grandeur de l'amélioration de productivité qu'on peut espérer d'une informatisation avec réorganisation :]
"Dans la sidérurgie, le temps humain nécessaire pour produire une tonne d'acier brut a été divisé par trois durant les quarante dernières années."
Pages 30 et 31, M. Mer précise :
"Je pense que le potentiel d'amélioration de la productivité dans l'administration se situe entre 20% et 25% du coût de fonctionnement. C'est considérable. Une partie de ce gain doit être redistribuée aux chefs et à l'ensemble des équipes. Pas seulement sous forme d'argent mais aussi de conditions de travail, d'autonomie et de liberté."
Source : [72] page 29. Voir aussi les définitions des investissements [105].
Les deux graphiques ci-dessous montrent que, par rapport aux Etats-Unis, la France investit à peine moins pour la productivité de son industrie, mais beaucoup moins pour celle de ses services.
Croissance comparée des investissements en capital par emploi aux Etats-Unis
Croissance comparée des investissements en capital par emploi en France
L'inflation traduit une dépréciation de la monnaie. Lorsqu'elle se produit :
§
La masse monétaire nationale [7] a augmenté plus vite que la production nationale ;
§
Un même revenu, fraction constante
de la masse monétaire nationale, peut acheter une moindre proportion de la
production totale du pays.
Attention : ne pas confondre proportion et quantité fixe !
La masse monétaire [7] d'un pays représente, à un instant donné, la production de ce pays. Il y a inflation si et seulement si le rapport entre la masse monétaire et la production augmente. Une somme d'argent donnée, qu'il s'agisse d'un prix d'article ou d'un revenu personnel, représente donc une certaine proportion de la production nationale, pas une quantité fixe de produit.
On confond à tort « inflation » et « hausse des prix »
On appelle le plus souvent « inflation » une hausse des prix à la fois généralisée et durable, qui peut s'amplifier et devenir incontrôlable. Cette confusion avec une croissance du rapport entre masse monétaire et production est source de bien de problèmes d'interprétation erronée.
Niveaux d'inflation
Le plus souvent l'inflation demeure modérée, inférieure à 2% par an : on parle alors d'inflation « contenue » ou « rampante ».
Exemple : d'après [63] page 21, l'augmentation des prix du pétrole importé en 2003-2004 a induit en France une inflation par les coûts de l'ordre de 0.5%; cette inflation est faible parce que le coût du pétrole n'entre que pour une très petite partie dans les coûts de production, et parce que la BCE prend rapidement des mesures pour ne pas laisser l'inflation se développer.
Lorsque l'inflation dépasse 2% par an, on parle souvent d'inflation « galopante » et lorsqu'elle dépasse 10%, d'« hyperinflation ». Exemple : d'après [6] "Hyperinflation allemande, 1923", en Allemagne cette année-là l'inflation a atteint 686% par mois : un dollar qui valait 18 000 marks en janvier en valait 4 200 milliards en novembre !
Exemple d'inflation galopante : d'après [63] page 21, lors du 1er choc pétrolier en 1973-74, la hausse des prix du pétrole avait induit en France une hausse des prix d'environ 4.6%.
§ Dans les deux exemples pétroliers ci-dessus, en toute rigueur ce n'est pas l'ensemble des prix qui a augmenté de 0.5% ou 4.6% respectivement, c'est le rapport appelé « termes de l'échange » [64] qui s'est dégradé de 0.5% ou 4.6%. Les prix réels à la consommation ont augmenté moins que le pétrole, car la plus grande partie d'un tel prix est représentée par des coûts et des taxes qui n'ont pas varié. Les valeurs exactes sont données par [63] page 24 : une hausse des prix du baril de $32 à $47 (c'est-à-dire 47%) en 2004 a induit dans la zone euro :
· une inflation (hausse des prix à la consommation) de 0.6% ;
· une baisse du PIB de 0.5% ;
· une baisse de la demande intérieure totale de 0.5% ;
· une dégradation de la balance des opérations courantes [65] de 0.45% du PIB.
§ Tous les consommateurs ne sont pas impactés de la même façon par une hausse donnée. Par exemple, une hausse des prix des carburants impacte plus les transporteurs routiers ou aériens et les taxis, que les employés de bureau qui vont travailler en transports en commun.
§ Tous les pays ne sont pas impactés de la même manière par une hausse des prix du pétrole. C'est ainsi que, d'après [63] page 21, la hausse des prix de 2003-2004 qui a provoqué en France une dégradation des termes de l'échange de 0.5%, a provoqué en Norvège (pays exportateur de pétrole) une amélioration de ce rapport de plus de 5%.
Attention !
L'inflation est aujourd'hui un phénomène permanent, généré automatiquement par le fonctionnement d'une économie moderne. Voir le paragraphe "L'inflation en France et à l'étranger". Voir aussi le paragraphe "Conséquence d'une baisse des prix de marché".
L'inflation monétaire est une croissance de la masse monétaire [7] supérieure à celle de la production réelle.
Dans les années 1914 à 1930, elle résultait du laxisme de la Banque Centrale, qui créait de la monnaie pour financer le déficit budgétaire, d'où un désajustement entre la masse monétaire en circulation et le volume des transactions qu'elle servait à assurer [66]. L'excès de liquidités entraînait, alors comme aujourd'hui, une hausse des prix, puis une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. A terme, le pays devait dévaluer sa monnaie pour retrouver sa compétitivité, mais au prix d'une inflation encore plus forte (inflation importée).
Pour combattre l'inflation monétaire, la création de monnaie doit rester faible et suivre strictement la croissance de la production :
En théorie, le niveau général des prix résulte de l’équilibre entre la masse du produit (offre globale) et la masse monétaire (demande globale). La relation entre ces deux masses est stable à condition que leur variation soit proportionnelle. Si la masse monétaire augmente sans être accompagnée d’un accroissement proportionnel de la production, la hausse du niveau général des prix est de nature inflationniste et entraîne une perte du pouvoir d’achat de chaque unité de monnaie.
Mais en pratique, la croissance de la masse monétaire [7], c'est-à-dire de la demande globale, n'est inflationniste que :
§ Si elle est si rapide ou si forte qu'elle dépasse celle de la production, qui ne peut pas suivre cet accroissement de la demande ;
§ Ou si les coûts de production s'élèvent trop lorsque la production croît (effet du coût des heures supplémentaires majoré de 25%, par exemple).
Voir aussi le paragraphe "L'inflation en France et à l'étranger".
Lorsqu'on parle d'« inflation par la demande » on parle en fait de hausse des prix due à un excédent de la demande sur l'offre. Or nous verrons plus bas que la hausse des prix, mesurée par un indice des prix, ne représente pas une inflation ! Nous examinons donc d'abord, dans ce paragraphe, la hausse des prix par la demande.
Cette hausse des prix est le résultat d'un excès de la demande sur l'offre qui peut se produire même en l'absence d'inflation monétaire. Elle peut survenir :
§ En cas de pénurie de production ou de pénurie mondiale. Exemple : dans le secteur immobilier parisien les prix peuvent flamber pendant des années, dans certains quartiers où le nombre de locaux commerciaux ou d'appartements n'augmente pas alors que le nombre de demandeurs augmente.
§ En cas d'augmentation excessive de la consommation, due par exemple à un déficit budgétaire excessif qui distribue de l'argent à une catégorie sociale qui le dépense (et non à une catégorie qui l'épargne) ;
§ En cas d'augmentation de l'argent disponible des ménages, lorsque par excès d'optimisme ceux-ci puisent trop dans leur épargne ou empruntent trop; cela se produit notamment lorsque la crainte du chômage diminue, incitant moins les gens à épargner par précaution ;
§ En cas de forte entrée de capitaux ou de revenus provenant de l'étranger ;
§ Lorsque la production croît moins vite que la demande, notamment parce que les investissements ont été insuffisants, ou n'ont pas encore produit leur effet de croissance de la production.
Remarque importante
Si la concurrence joue bien son rôle, il ne peut y avoir de hausse des prix par la demande que si celle-ci croît trop vite pour que la production puisse suivre. Si la production suit, il y a seulement croissance économique.
Pour qu'il y ait inflation, nous avons vu qu'il faut que la masse monétaire [7] augmente plus vite que la production. Pour que cette inflation soit due à une croissance de la demande des consommateurs ou des investisseurs, il faut que cette croissance entraîne une croissance de la masse monétaire supérieure à celle de la production.
Puisque de nos jours tous les flux d'argent passent par les banques, une demande croissante entraîne une baisse de l'épargne et/ou une hausse des crédits bancaires. Or l'épargne faisant partie de la masse monétaire, sa baisse n'a pas d'incidence sur cette dernière. Et comme les banques n'accordent pas de crédits qui ne soient compensés par des dépôts (parce qu'elles ne peuvent ni créer de l'argent, ni s'endetter), leurs crédits n'impactent pas la masse monétaire non plus.
Conclusion : en aucun cas une croissance de la demande ne peut entraîner une inflation ; sa seule conséquence peut être une hausse des prix.
Voir aussi le paragraphe "Conséquence d'une baisse des prix de marché".
Comme au paragraphe précédent, lorsqu'on parle d'« inflation par les coûts » on parle en fait de hausse des prix due à une hausse des coûts de production, ou d'importation, etc. Comme précédemment, nous commencerons d'abord par étudier l'effet d'une hausse des coûts sur les prix.
Si les salaires et charges d'une entreprise augmentent tellement que l'accroissement de la productivité [28] ne suffit pas à en compenser l'effet, le coût de la production augmente et l'entreprise doit augmenter ses prix pour compenser ses coûts en hausse. Si beaucoup d'entreprises en font autant, il peut en résulter une hausse des prix due aux coûts.
L'augmentation des coûts peut provenir de hausses des salaires et charges excessives par rapport à la croissance de la productivité, d'une hausse du coût des matières premières (comme le pétrole) ou des services achetés par une entreprise, ou d'une hausse du coût du crédit.
Un cas particulier important est la hausse des prix de vente aux consommateurs sans hausse des prix de revient, qui se produit lorsque la concurrence est insuffisante ou que le fournisseur d'un produit ou service très utilisé a une situation de monopole ou de quasi-monopole. Exemple : c'est ce que redoute l'Union européenne concernant la position de Microsoft dans le domaine des logiciels système ou de bureautique pour PC.
La concurrence entre fournisseurs est donc la meilleure protection possible pour les consommateurs, parce qu'elle les oblige à faire ce qu'il faut pour ne pas augmenter leurs prix, pour ne pas perdre des parts de marché. Lorsqu'au lieu de cela un gouvernement réglemente certains prix ou interdit certaines hausses, les fournisseurs trouvent toujours des moyens de contourner ces contraintes ; par exemple, ils cessent de fournir un certain produit et le remplacent par un autre, équivalent à 95%, mais vendu plus cher sous prétexte que c'est un nouveau produit.
Un raisonnement analogue à celui fait pour l'inflation par la demande montre qu'une hausse des coûts ne génère pas d'inflation, parce qu'elle n'impacte pas la masse monétaire [7]. Si les coûts de certains produits ou services montent, leur prix peut monter et leur consommation baisser, voilà tout ; mais cela ne veut pas dire que l'argent est dévalué.
Voir aussi le paragraphe "Conséquence d'une baisse des prix de marché".
Source [6] "Inflation"
Courbe de Phillips en théorie
En deçà de 2% ou 3% de hausse annuelle des salaires, celle-ci n’a pas de répercussion sur la hausse des prix, parce qu’elle se borne à enregistrer les augmentations de la productivité du travail. Au-delà de ce niveau, les hausses de salaires provoquent de l'inflation (hausse des prix) par les coûts. La courbe de Phillips rend compte de la relation théorique entre taux de chômage et taux de hausse des salaires.
Elle traduit le fait que, lorsque le taux de chômage augmente, la concurrence entre salariés pour accéder à l'emploi modère les salaires qu'ils demandent, d'où une progression plus faible de ceux-ci. Inversement, un chômage très réduit entraîne une forte hausse des salaires, les employeurs faisant de la surenchère auprès des salariés.
L’intersection de la courbe avec l’axe horizontal (salaires stables, progression nulle) correspond au NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment), le taux minimum de chômage au-dessus duquel il n'y a pas d’inflation (hausse des prix) par les coûts. Le NAIRU est aussi appelé « taux de chômage naturel », selon l’expression de l'économiste Milton Friedman.
D'après [86] page 5, le taux de chômage structurel NAIRU pour la France était de 9.5% en 1999, contre 5.8% en 1980 : c'est un taux élevé, qui demande une action vigoureuse pour lutter contre les causes structurelles du chômage.
C'est ainsi qu'aux Etats-Unis on admet que lorsque la Réserve Fédérale augmente ses taux d'intérêt de 1 % pour réduire l'inflation, elle doit s'attendre à une hausse du chômage d'environ 2 % pendant une année entière (temps de réponse de l'économie) ; et 2 % constitue une forte augmentation dans un pays où le taux habituel de chômage est de l'ordre de 5 %.
Le NAIRU est un taux de chômage compatible avec le rythme d'inflation. Lorsque, pour être plus précis on considère non pas l'inflation, hausse générale des prix, mais la hausse des seuls salaires, on parle de NAWRU (Non Accelerating Wage Rate of Unemployment).
A long terme, le chômage est structurel, tandis qu'à court terme si le chômage revient en deçà du NAIRU, l’inflation va s’accélérer jusqu’à ce que le chômage revienne au niveau du NAIRU, ce qui permet alors à l’inflation de se stabiliser à un niveau en permanence supérieur à son niveau de départ.
L’existence d’un
NAIRU a donc des implications pour la politique économique :
§ Une intervention volontariste de l'Etat, par déficit budgétaire, RTT ou autre, ne peut pas réduire de façon permanente le chômage structurel : nous l'avons déjà vu et c'est évident parce qu'une telle intervention ne peut changer l'inadéquation des qualifications disponibles aux demandes du marché du travail.
§ Les éventuelles améliorations à court terme du chômage par rapport au NAIRU qui résultent de stimulations des pouvoirs publics se traduisent par une augmentation progressive des taux d’inflation.
Le mot « stagflation » est une contraction de « stagnation du PIB avec inflation ». La stagflation se produit lorsque la croissance du PIB ralentit fortement, ce qui fait croître le chômage, pendant que la hausse des prix continue ou même s'accélère.
La stagflation est possible parce que certains secteurs d'activité de l'économie peuvent être en pleine croissance, avec des prix en hausse, alors que d'autres peuvent être en plein marasme et en train de licencier du personnel. Le PIB (qui représente l'activité totale) peut donc être en hausse tandis que le chômage total augmente et qu'en moyenne les prix sont aussi en hausse : on a alors un chômage qui augmente en même temps que l'inflation, contrairement aux prévisions de la courbe de Phillips, c'est-à-dire de la stagflation.
S'il y a un excès de liquidités (crédit abondant et facile, déficit budgétaire excessif, etc.) les gens achètent de plus en plus, ce qui fait monter les prix : il y a inflation par la demande. Si les coûts que subissent les entreprises (salaires, prix des carburants ou des matières premières, etc.) augmentent, elles augmentent leurs prix : il y a inflation par les coûts. Dans les deux cas, l'inflation peut se transformer en récession, c'est pourquoi les gouvernements la redoutent et la combattent.
La stagflation peut résulter d'une politique monétaire qui combat maladroitement le chômage : par exemple si le gouvernement (la BCE aujourd'hui), pour casser l'inflation qui augmente, rend l'argent plus rare et plus cher, l'investissement des entreprises et leurs embauches ralentissent, sans empêcher nécessairement les prix de monter ; on a alors à la fois croissance du chômage et de l'inflation.
C'est pour éviter à la fois l'inflation et le manque de liquidités que les diverses banques centrales (BCE, Réserve Fédérale des Etats-Unis, etc.) s'arrangent pour que la masse monétaire M3 croisse constamment sans fluctuer trop vite ; cette croissance - fixée en principe à 4.5 % par an par la BCE - favorise une inflation modérée et empêche le manque de liquidités qui pourrait freiner l'économie. En pratique, la BCE laisse M3 croître au-dessus de la valeur de référence de 4.5 % tant qu'elle anticipe une inflation modérée, comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [175] :
Croissance de M3 d'après la Banque Centrale Européenne
En cas de stagflation, la courbe de Phillips peut se déplacer vers la droite (chômage plus fort à inflation constante) ou même s'inverser. Les courbes ci-dessous, issues de [112], montrent l'évolution dans le temps du taux de chômage et de l'inflation entre 1980 et 2003 en Allemagne, France, Royaume-Uni et Etats-Unis :
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Courbes de Phillips en pratique
Ces courbes montrent que la « loi de Phillips » n'est pas respectée de nos jours (elle avait été établie en étudiant des statistiques entre 1861 et 1957). Les courbes mettent aussi en évidence l'efficacité de l'action des banques centrales pour la maîtrise de l'inflation : celle-ci ne peut plus désormais s'exagérer, alors que le chômage peut toujours varier.
Ici aussi, en parlant « d'inflation » on parle en fait de hausse des coûts.
L'inflation importée est le résultat de l'augmentation des prix de produits importés comme le pétrole. Plus généralement, lorsqu'un pays dont la France importe beaucoup de produits, comme l'Allemagne, subit une hausse des coûts et se met à faire payer ses produits exportés plus cher, la France importe de l'inflation allemande en achetant des produits allemands.
Cette inflation importée fait monter les prix intérieurs français, ce qui détériore la compétitivité des produits français à l'exportation, donc détériore la balance des paiements [65] de la France. Le déséquilibre de la balance des paiements fait qu'il y a plus de ventes de monnaie française pour acheter de la monnaie étrangère (pour payer des biens étrangers importés) que d'achats de monnaie française par des étrangers (pour payer les marchandises françaises qu'ils importent).
Cet excès des ventes de monnaie française sur les achats de cette monnaie est sans influence sur son cours lorsqu'il s'agit de la même monnaie, l'euro ; la France devra alors seulement trouver un moyen de financer ce déficit. Mais lorsque le déficit a lieu avec une autre monnaie, le dollar par exemple, et qu'il s'agit d'un déficit global de la balance de la zone euro (qui se comporte comme un pays unique) le cours de l'euro baisse par rapport au dollar, en vertu de la loi de l'offre et de la demande : l'euro se dévalue. Il y a alors détérioration des termes de l'échange [64], ce qui rend les importations plus chères et les exportations moins chères, donc plus compétitives.
Des importations plus chères ont tendance à aggraver encore plus l'inflation importée, créant ainsi un cercle vicieux de spirale inflationniste. La BCE prend alors de sévères mesures de désinflation, pour combattre le phénomène et aligner le taux d'inflation de la zone euro sur celui des pays les moins inflationnistes.
Elle est aidée dans sa démarche par la croissance des exportations, lorsque celles-ci sont devenues plus compétitives par suite de la dépréciation de l'euro : un surcroît d'exportations a tendance à rééquilibrer la balance des paiements. Mais si par malheur l'inflation a fait monter les prix plus que ce que la dévaluation de l'euro peut compenser, les exportations ont tendance à stagner ou même à régresser…
Voir aussi le paragraphe "Conséquence d'une baisse des prix de marché".
Effets d'une baisse du coût de produits importés
Lorsqu'une telle baisse affecte un produit importé très utilisé comme le pétrole, dont le coût intervient de manière non négligeable dans l'économie, elle a des effets bénéfiques symétriques de ceux décrits pour une hausse du pétrole.
Lorsque la baisse concerne des produits ne représentant qu'une part minime de l'économie, ses effets sur celle-ci sont insignifiants. C'est le cas, par exemple, pour la baisse depuis le 01/01/2005 (date de l'ouverture totale du marché) des vêtements et textiles divers importés d'Asie.
Dans tous les cas, lorsque les prix baissent les consommateurs en profitent : bien que les revenus de chacun n'aient pas varié, il peut acheter une plus grande quantité des produits qui ont baissé et/ou d'autres produits, avec l'argent économisé sur ceux qui ont baissé.
Un certain nombre de mécanismes font que lorsque le taux de change d'une monnaie varie, seule une partie de cette variation est répercutée sur les prix à la consommation [113]. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis :
§ une première étude a trouvé qu'une variation de 10 % de la valeur du dollar par rapport à d'autres monnaies comme l'euro n'entraîne qu'une variation de 2.5 % des prix dans le trimestre qui suit, et une variation de 4 % à long terme ;
§ une seconde étude (de la Réserve Fédérale) a trouvé :
· qu'une variation de quelques pour-cent du dollar n'avait pratiquement pas d'effet mesurable sur la hausse des prix ;
· qu'une baisse de 25 % du dollar par rapport au yen japonais n'a pratiquement pas été répercutée sur les prix à la consommation.
Faut-il rappeler que les prix à la consommation dépendent énormément de la concurrence ? Aux Etats-Unis, celle-ci est très forte, bien plus qu'en France où beaucoup d'entreprises sont dominées par l'Etat et beaucoup de prix sont fixés par lui.
Voir aussi l'exemple de la hausse du prix du pétrole .
L'inflation budgétaire était le résultat du déficit du budget de l'Etat (recettes supérieures aux dépenses), lorsque celui-ci était financé par de la création monétaire (« la planche à billets ») au lieu d'être financé par des emprunts. De nos jours, les pays avancés comme la France s'interdisent ce type d'inflation et financent leurs déficits budgétaires par des emprunts.
Une hausse excessive des dépenses publiques à un moment où l’économie tourne déjà pratiquement au maximum de ses capacités de production (et seulement dans ce cas !) stimule la demande globale (les particuliers et les entreprises, ayant plus d'argent, dépensent davantage), ce qui crée des goulets d’étranglement et engendre une hausse des prix, c'est-à-dire de l'inflation [156].
Retenons donc que le déficit budgétaire engendre l'inflation chaque fois qu'il y a des secteurs d'activité économique dont la production est déjà voisine de la capacité maximum - mais pas lorsque l'appareil productif a une charge soutenable, par exemple 80 %. [156]
En outre, puisque une partie des achats supplémentaires concerne des produits ou services importés, le déficit budgétaire fait croître les importations, donc déséquilibre la balance commerciale si par ailleurs une forte croissance des exportations ne compense pas celle des importations. C'est pourquoi en 2004 la France et les Etats-Unis, qui ont un fort déficit budgétaire, ont aussi un fort déficit du commerce extérieur.
La BCE permet à tous les pays de la zone euro un déficit budgétaire permanent, dans la mesure où il ne dépasse pas, chaque année, 3% du PIB. Un tel déficit est réputé sans danger [67]. Mais le déficit budgétaire doit être financé par des emprunts d'Etat ou des ventes de biens publics (privatisations, ventes d'immeubles occupés par des administrations, etc.) ; et la BCE surveille la dette totale de chaque Etat provenant de ces emprunts, dette qui ne doit pas dépasser 60% du PIB. En principe, les pays qui ne respectent pas ces deux contraintes s'exposent à des sanctions européennes.
Le déficit budgétaire étant financé par des ventes de biens (parts d'entreprises publiques, concessions d'autoroutes…) et des emprunts de l'Etat, il ne crée pas non plus de masse monétaire [7]. Il n'est donc pas, non plus, inflationniste. Mais il a d'autres effets redoutables, que nous allons maintenant étudier.
Remarque sur le déficit limite de 3%
Puisqu'une proportion de 3 % paraît intuitivement modeste, il faut préciser qu'elle correspond à des dépenses de l'Etat français 25 % supérieures à ses entrées d'argent. Chaque fois que notre Etat reçoit 1 milliard des contribuables, il en dépense 1.25. Si une entreprise se comportait ainsi, sa faillite serait rapide !
En 2003 et 2004 les déficits publics de la France et de l'Allemagne ont été bien supérieurs aux 3 % autorisés [121], et leurs dettes publiques supérieures au maximum de 60 % : ces deux pays vivaient alors au-dessus de leurs moyens et reportaient sur les générations suivantes les charges de remboursement des dettes qu'ils généraient et des intérêts correspondants. Leurs politiciens au pouvoir espéraient, par ces excès de largesse, obtenir les faveurs de leurs électeurs, qui votaient alors que les générations futures ne votaient pas encore.
C'est ainsi qu'en France, les dépenses de l'Etat représentent 53.5 % du PIB en 2004, 7 % de plus que la moyenne de l'Union européenne [161]. Si ces dépenses pouvaient revenir à la moyenne européenne, nous économiserions plus de 100 milliards d'euros par an, équivalents à plusieurs millions d'emplois.
Le déficit de l'Etat a pour avantage de soutenir la croissance. Mais il est si énorme, si supérieur à la croissance (3 % contre 1.4 % en 2005) qu'en fait sans ce déficit l'économie française aurait été en régression ! [154]
Le graphique ci-dessous, issu de données INSEE, montre l'évolution du déficit des administrations publiques françaises en % du PIB de 1970 à 2006 :
Evolution du déficit des administrations publiques françaises en % du PIB
La dette de l'Etat français a atteint 1067 milliards d'euros fin 2004. Elle a dépassé 1100 milliards en 2005 et 1150 milliards en 2006, c'est-à-dire 64.6 % du PIB ou 18 000 euros pour chaque Français, homme, femme ou enfant.
Le graphique ci-dessous, issu de données INSEE, montre l'évolution de la dette des administrations publiques françaises en % du PIB de 1977 à 2006 :
Evolution de la dette des administrations publiques françaises en % du PIB
Et la dette prise en compte dans ce graphique ne comprend pas les retraites des fonctionnaires et salariés des entreprises publiques, et les emprunts de ces dernières… Voir le court texte "Grâce au feu vert de l'Union européenne, notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite sur le dos des générations suivantes".
Les intérêts payés sur les emprunts qui financent cette dette atteignent, eux, 40 milliards d'euros par an. Ces intérêts absorbent 75 % des 53.4 milliards d'euros de l'impôt sur le revenu 2004, contre 20% seulement il y a vingt-cinq ans (selon [69] page 71 et Le Figaro économie du 26/01/2005).
Donc quand le gouvernement
diminue l'impôt sur le revenu, selon la promesse du président Chirac, il faut
savoir qu'ils le font en augmentant la dette d'autant, c'est-à-dire en
reportant ce que notre génération ne paie pas sur les générations suivantes.
C'est scandaleux !
Il faut aussi savoir que le déficit du budget de l'Etat est dû pour l'essentiel à ses dépenses courantes, c'est-à-dire aux salaires des fonctionnaires. La France a plus de fonctionnaires par rapport à sa population que tous les autres pays avancés ; et aujourd'hui elle n'a plus les moyens de les payer.
A cette dette de l'Etat de 1067 ou 1103 milliards d'euros s'ajoute le devoir de payer les retraites des fonctionnaires jusqu'à leur décès et celui de leurs conjoints survivants éventuels. Selon Le Figaro économie du 14/06/2005, la charge de ces retraites jusqu'en 2100 représente un supplément de près de 1000 milliards d'euros. Ce chiffre est confirmé par la Cour des Comptes ([140] page 31) qui chiffre la dette de l'Etat et des collectivités territoriales fin 2004 entre 870 et 910 milliards d'euros. Et à la dette totale de 2000 milliards d'euros ci-dessus, il faut encore ajouter les dettes de France Télécom, d'EDF, etc., c'est-à-dire des dizaines de milliards d'euros de plus. La dette réelle se monte donc à plus de 33 000 euros par citoyen.
L'impact du vieillissement de la population française sur le déficit, donc la dette, est donné par [132] page 8 :
"Au
cours des trente années à venir, la population âgée de plus de 65 ans devrait
s’accroître de près de 75 pour cent, tandis que la population d’âge actif
(15-64 ans) restera globalement stable ou diminuera. En conséquence, le ratio
actifs par personne âgée de 65 ans et plus va baisser, d’environ 2.4 il devrait
passer à 1.5 en 2030 et à 1.3 à l’horizon 2050. Étant donné le recours élevé
aux préretraites et le fait que l’âge officiel de la retraite est de 60 ans, le
ratio actifs/retraités devrait passer de 2 pour 1 à 1 pour 1 d’ici à 2030. En
l’absence de réformes du système de retraite, le vieillissement pourrait
accroître de 8 pour cent de PIB le déficit de financement du régime."
"Le
vieillissement présente un défi encore plus rude pour l’État-employeur. Au
cours des quinze prochaines années, environ 900 000 salariés devraient
partir à la retraite, ce qui représente 41 pour cent des employés du secteur de
l’État. Tandis que ces sorties offrent une importante occasion de restructurer
la fonction publique en ne remplaçant pas les partants dans les secteurs peu
prioritaires, il ne sera pas facile de surmonter l’opposition des
fonctionnaires à toute réduction de leurs effectifs."
Voici selon
[164], une comparaison de l'évolution de la dette publique
française avec celles d'autres pays avancés ; on voit que notre dette
croît plus vite que toutes les autres.
La dette publique française croît plus vite
que les autres,
essentiellement parce que l'Etat dépense trop en salaires de fonctionnaires
Il est donc urgent de prendre des mesures énergiques pour diminuer les déficits, commencer à rembourser la dette publique et accroître à la fois la durée du travail et le taux d'activité des Français. A ce propos, les mesures du gouvernement Raffarin pour résoudre le problème du financement des retraites sont loin de suffire.
Et [132] ajoute :
"…il
sera impossible de faire face à la poussée des dépenses dans les prochaines
décennies à moins de contenir les dépenses de sécurité sociale et celles des
collectivités locales."
L'Etat vend des entreprises où il détient une participation pour payer des dépenses courantes : la France mange son capital.
Bien entendu, le ministre des Finances, M. Thierry Breton, affirme que « c'est la faute de la gauche » en citant des chiffres impressionnants [142]. Même s'il n'a pas donné au public le détail de ses chiffres, il a raison sur le fond : la dette de la France provient bien, en partie, des erreurs de gouvernance de la gauche : "35 heures", embauches massives de fonctionnaires et retraite à 60 ans.
Voir le rapport PEBEREAU [144] "Rompre avec la facilité de la dette publique".
Voir aussi l'étude plus complète et plus récente de la dette publique et de ses conséquences dans "Grâce au feu vert de l'Union européenne, notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite sur le dos des générations suivantes".
Le risque de ne plus trouver de prêteurs
La croissance rapide de la dette publique de la France (qui s'ajoute à celle des dettes des collectivités locales et celle des dettes des entreprises comme EDF, la SNCF, etc.) entraîne un risque grave : celui que les marchés financiers où le pays emprunte se mettent à douter de son aptitude à rembourser autant d'argent. Ils peuvent alors refuser de continuer leurs prêts ou exiger des taux d'intérêt prohibitifs. Il est donc urgent que l'Etat et les collectivités locales cessent de vivre au-dessus de leurs moyens et commencent à rembourser chaque année plus qu'ils n'empruntent.
D'après [132] page 20, voici les résultats de l'assainissement budgétaire de tous les pays de l'OCDE sauf le Mexique et l'Islande :
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2002 |
1990 à |
1995 à |
||||
|
% PIB |
rang |
% PIB |
rang |
% PIB |
rang |
% PIB |
rang |
Variation annuelle |
||
|
Finlande |
48.8 |
11 |
59.4 |
3 |
48.9 |
7 |
49.2 |
7 |
0.4 |
-10.1 |
|
Suède |
59.4 |
1 |
67.6 |
1 |
57.4 |
1 |
58.3 |
1 |
-1.1 |
-9.4 |
|
Canada |
48.8 |
12 |
48.5 |
13 |
41.2 |
15 |
40.6 |
18 |
-8.2 |
-7.9 |
|
Irlande |
43.2 |
18 |
41.5 |
20 |
31.9 |
25 |
34.4 |
25 |
-8.8 |
-7.1 |
|
Italie |
54.3 |
4 |
53.4 |
7 |
46.9 |
9 |
47.7 |
9 |
-6.7 |
-5.7 |
|
Autriche |
53.1 |
7 |
57.3 |
4 |
52.3 |
4 |
51.9 |
5 |
-1.1 |
-5.4 |
|
Espagne |
43.4 |
16 |
45.0 |
17 |
40.2 |
17 |
39.8 |
19 |
-3.6 |
-5.2 |
|
Danemark |
57.0 |
2 |
60.3 |
2 |
54.8 |
2 |
55.3 |
2 |
-1.7 |
-5.0 |
|
Norvège |
54.1 |
5 |
51.6 |
9 |
43.5 |
13 |
46.7 |
11 |
-7.4 |
-4.9 |
|
Hongrie |
47.3 |
13 |
56.9 |
5 |
49.1 |
6 |
52.2 |
4 |
4.9 |
-4.7 |
|
Pays-Bas |
54.8 |
3 |
51.4 |
10 |
45.3 |
11 |
47.3 |
10 |
-7.5 |
-4.1 |
|
Pologne |
52.5 |
8 |
47.2 |
14 |
40.7 |
16 |
43.2 |
16 |
-9.3 |
-4.0 |
|
Royaume-Uni |
42.2 |
20 |
44.6 |
18 |
37.0 |
21 |
40.9 |
17 |
-1.3 |
-3.7 |
|
Grèce |
50.5 |
10 |
49.4 |
11 |
48.9 |
8 |
46.3 |
12 |
-4.2 |
-3.1 |
|
Australie |
36.0 |
23 |
38.8 |
21 |
36.0 |
22 |
36.0 |
22 |
0.0 |
-2.7 |
|
Belgique |
53.4 |
6 |
52.8 |
8 |
49.4 |
5 |
50.2 |
6 |
-3.2 |
-2.6 |
|
Nouvelle
Zélande |
45.5 |
14 |
38.4 |
22 |
37.2 |
20 |
36.5 |
21 |
-9.0 |
-1.9 |
|
France |
50.7 |
9 |
55.2 |
6 |
52.7 |
3 |
54.0 |
3 |
3.3 |
-1.1 |
|
Allemagne |
44.5 |
15 |
49.4 |
12 |
45.9 |
10 |
48.6 |
8 |
4.1 |
-0.8 |
|
États-Unis |
36.5 |
22 |
36.4 |
23 |
33.6 |
23 |
35.6 |
23 |
-0.9 |
-0.8 |
|
Luxembourg |
43.3 |
17 |
45.5 |
15 |
39.6 |
18 |
46.1 |
14 |
2.8 |
0.6 |
|
Suisse |
30.5 |
25 |
34.7 |
25 |
33.4 |
24 |
35.4 |
24 |
5.0 |
0.8 |
|
Portugal |
42.1 |
21 |
45.0 |
16 |
45.2 |
12 |
46.1 |
13 |
4.1 |
1.1 |
|
Japon |
32.1 |
24 |
36.1 |
24 |
38.6 |
19 |
38.6 |
20 |
6.4 |
2.5 |
|
Corée |
19.5 |
26 |
20.6 |
26 |
24.4 |
26 |
24.6 |
26 |
5.1 |
4.0 |
Assainissement budgétaire dans la zone OCDE
dépenses de l'Etat en pourcentage du PIB
(classement par mérite
décroissant pour la période 1995-2002)
On voit que la France fait partie des pays qui ont fait le moins d'efforts; sa situation par rapport à la plupart ses concurrents de l'OCDE s'est dégradée. En 2002, seules la Suède (58 %) et le Danemark (55 %) dépensent plus que nous (54 %).
Voir aussi le rapport PEBEREAU [144] "Rompre avec la facilité de la dette publique".
Chaque année les députés votent le budget de l'année suivante, au nom des citoyens qu'ils représentent. Des crédits sont alors alloués à des administrations en fonction de ces budgets, et celles-ci engagent des dépenses en promettant aux fournisseurs d'être payés. De son côté, le gouvernement promet aux Français, par médias interposés et budgets votés à l'appui, un certain nombre d'actions pour améliorer leur situation : travaux d'infrastructure, construction de logements sociaux, fonds pour la recherche, etc.
Mais l'exécution du budget n'est jamais conforme aux décisions des députés et aux promesses du gouvernement. En cours d'année et sans s'en vanter auprès des médias, les services du Ministère de l'Economie, des Finances et du Budget aux ordres du gouvernement annulent froidement certains crédits, ou en gèlent d'autres jusqu'à l'année suivante. C'est ainsi que des travaux engagés doivent s'arrêter, et que des fournisseurs de l'Etat doivent attendre de longs mois d'être réglés, malgré les promesses initiales. Des projets prennent alors du retard, ce qui en augmente automatiquement le coût direct, et aussi le coût indirect résultant de l'indisponibilité de leurs réalisations. Les députés n'ayant pas été consultés sur ces annulations ou reports de crédits, ces tripotages budgétaires sont une insulte à la démocratie !
Il arrive aussi que des dépenses faites une année soient comptabilisées sur l'année précédente ou l'année suivante, toujours sans l'aval des députés. Si un chef d'entreprise privée se livrait à de telles pratiques comptables il irait en prison, mais le gouvernement n'est critiqué que par la Cour des Comptes, qui n'a aucun pouvoir de sanction.
La dette
croissante de l'Etat français n'est pas, hélas, la seule conséquence néfaste de
son déficit. Pour financer ce déficit, l'Etat doit emprunter chaque année
(depuis 1975) des dizaines de milliards d'euros, sommes considérables qui pèsent
sur l'équilibre de l'offre et de la demande de capitaux en faisant monter les
taux d'intérêt du marché. Des taux d'intérêt élevés découragent les investisseurs,
qui préfèrent investir dans des pays où l'argent est moins cher (et où,
souvent, la croissance est supérieure et les impôts moins gourmands)
c'est-à-dire des pays où l'investissement est plus rentable. Et d'après le
rapport officiel [144] page 17 la charge des seuls intérêts de la dette
représente en 2005 près de 40 milliards d'euros, soit l’équivalent de la
somme des budgets de l’agriculture, des affaires étrangères, de l’audiovisuel,
de la culture et de la communication, de l’intérieur, de la justice et de
l’enseignement supérieur. Cette charge nous prive
de moyens d'investir dans la R&D, dans notre réseau Internet à haut débit,
dans tout ce qui est nécessaire à l'innovation, etc.
De leur côté, ceux qui investissent en France limitent le plus possible ces investissements. Avec de faibles investissements, la modernisation des outils de production et la mise au point de produits innovants sont freinés, donc la productivité ne croît pas assez vite et nous n'avons pas assez de produits innovants pour conquérir des marchés. Donc lorsque le gouvernement français accuse le taux de change de l'euro de la faiblesse des exportations françaises, il ne dit pas toute la vérité, il oublie que c'est aussi une conséquence de son déficit excessif.
Des taux d'intérêt élevés découragent aussi les emprunts des particuliers, donc diminuent leurs achats, c'est-à-dire le PIB. La croissance du PIB souffre donc à la fois de la faiblesse des investissements et de la faiblesse de la consommation : le PIB stagne, donc le chômage ne peut décroître. En fait, compte tenu des gains de productivité (en moyenne 1.6 % par an en France et dans l'Union européenne), toute croissance du PIB de moins de 1.6 % par an ne peut faire reculer le chômage. Et même, compte tenu du chômage structurel (qui traduit l'inadaptation des qualifications d'une partie des travailleurs au marché du travail), il faut une croissance bien supérieure à 1.6 % par an pour que le chômage ait des chances de baisser dans beaucoup de catégories de travailleurs. (Voir aussi "Croissance sans création d'emplois".)
Le déficit permanent de
l'Etat a donc pour conséquences :
§
Des investissements insuffisants, qui handicapent la compétitivité et
la consommation ;
§
Un PIB et un niveau de vie qui stagnent ;
§
Un chômage qui stagne ou augmente ;
§
Une dette et des intérêts financiers croissants à la charge des
générations suivantes.
En outre, nos déficits excessifs et récurrents
provoquent aussi une hausse des taux d'intérêt pour nos partenaires de la zone
euro, qui en souffrent et nous le reprochent. A terme, les prêteurs constatant
notre stagnation économique auront moins confiance dans notre solvabilité et
pourront exiger des taux d'intérêt plus élevés pour les fonds qu'ils nous
prêtent, pour tenir compte d'une « prime de risque ». Ces taux plus élevés aggraveront
encore davantage les effets néfastes ci-dessus.
Les politiciens qui accusent la BCE de freiner l'économie en ne baissant pas davantage ses taux, demandent en fait que les gouvernements incapables de maîtriser leurs déficits puissent emprunter plus facilement sur le dos des générations suivantes, au lieu de faire l'effort d'une politique vertueuse : ils sont irresponsables.
Lorsqu'un gouvernement français promet une baisse des impôts il ne tient pas toujours sa promesse, reprenant parfois d'une main ce qu'il a donné de l'autre : il baisse alors certains impôts ou taxes mais en augmente d'autres. C'est pourquoi on constate souvent, les années où une baisse d'impôts a été annoncée, que le taux de prélèvements fiscaux par rapport au PIB n'a pas baissé, c'est-à-dire que le gouvernement a trompé les Français.
Lorsqu'il tient sa promesse et baisse les impôts, le gouvernement le fait le plus souvent en créant du déficit, compensé par des emprunts d'Etat, et qui devra être payé par les générations suivantes. C'est le cas de toutes les baisses d'impôts des gouvernements successifs du président Chirac.
Enfin, il arrive qu'une partie du déficit budgétaire soit compensé par des ventes d'actions d'entreprises où l'Etat détient une participation (il y en a environ 1400 !). Dans ce cas-là, la France vit au-dessus de ses moyens en mangeant son capital.
Donc lorsqu'un politicien promet une baisse d'impôts il ne faut le croire que s'il explique par quelles économies il la financera. Seule une baisse des dépenses de l'Etat permet une baisse des impôts.
Ici encore, comme précédemment, on confond « inflation » et hausse des prix.
L'inflation est souvent instable, c'est-à-dire alternativement plus forte pendant quelques mois, puis plus faible… ou encore plus forte. Les prévisions économiques sont alors très difficiles, ce qui inquiète tous les agents économiques [36] dont les transactions durent assez longtemps.
Exemple : un prêteur qui attend un remboursement six mois plus tard ne sait pas quelle sera la valeur réelle de l'argent qu'il touchera, c'est-à-dire ce qu'il pourra alors acheter avec.
Les prêteurs, ou ceux qui calculent des coûts ou des prix futurs, sont alors amenés à faire des hypothèses sur l'inflation future et à rédiger les contrats en conséquence. C'est ainsi par exemple, qu'un prêt immobilier sur 15 ans dont le taux d'intérêt en l'absence d'inflation serait de 4% peut être conclu suivant deux options :
§ Une option à taux d'intérêt fixe, où le taux d'intérêt contractuel est de 7% parce qu'on a supposé qu'il y aura 3% d'inflation moyenne pendant les 15 ans du prêt ;
§ Une option à taux d'intérêt variable, révisé chaque année en fonction de l'inflation constatée l'année précédente, où le taux l'année N+1 est égal à 4% + le taux d'inflation de l'année N.
Dans le premier cas, on a fait une « anticipation
inflationniste ».
Si beaucoup de gens font de telles anticipations et qu'elles deviennent
habituelles, on peut arriver à une situation où ces anticipations génèrent l'inflation :
les anticipations inflationnistes sont alors devenues autoréalisatrices.
Conséquences des anticipations inflationnistes
Hélas, tous les prix et revenus d'un pays n'augmentant pas au même rythme, les anticipations inflationnistes introduisent des distorsions de coûts et une croissance inégale des revenus. C'est ainsi qu'en général les retraités pâtissent plus de l'inflation que les actifs, les emprunteurs à taux fixe peuvent se retrouver gagnants ou perdants par rapport à ceux à taux variable, etc.
Source : [6] "Inflation"
Les indicateurs de l'inflation sont des nombres qui mesurent la hausse des prix intervenue pendant une certaine période (année ou trimestre) pour certains prix (par exemple ceux payés par les consommateurs, ou ceux des produits importés, etc.) On les appelle indices des prix.
Voici selon [59] les variations de deux indices des prix à la consommation en France de 1994 à 2002, avec une prévision pour début 2003. Les termes « inflation » et « inflation sous-jacente » sont définis en [60]. On remarque l'absence d'année à inflation nulle ou négative.
Variations de deux indices des prix à la consommation en France de 1994 à 2002
Il n'existe pas de théorie économique permettant de définir de manière précise les prix à prendre en compte dans un indice qui doit rendre compte fidèlement de l'inflation. C'est pourquoi il existe plusieurs indices, et chaque catégorie sociale a tendance à se référer à celui qui représente le mieux ses achats. Le prix du gazole compte plus pour un taxi que pour un retraité qui roule peu ; le premier voudra l'inclure dans un « bon » indice des prix, le second non.
C'est ainsi qu'alors que l'indice des prix à
la consommation de l'INSEE indiquait que le passage à l'euro
n'avait pas entraîné de hausse des prix notable, un indice basé sur les prix
des produits vendus en grande surface (le « panier de la ménagère ») montrait une hausse de 11% de
2000 à 2004.
Un indice des prix considère comme stable le prix inchangé d'un article qui ne change pas non plus. Cela paraît logique, mais c'est incompatible avec le progrès technique et la concurrence, qui sans cesse augmentent la productivité (ce qui devrait faire baisser les prix) et améliorent la qualité.
A qualité constante d'un article, son prix devrait baisser chaque année, et un revenu de consommateur constant R devrait pouvoir en acheter davantage. Si ce prix n'a pas baissé, tout se passe comme s'il y avait eu de l'inflation, comme si ce revenu avait perdu de la valeur : c'est parce qu'une somme d'argent représente une proportion de la production nationale, pas une quantité fixe.
Le raisonnement ci-dessus suppose donc qu'un revenu donné R correspond à une certaine proportion de la masse monétaire M du pays. Du fait de la croissance de la productivité, une masse monétaire M constante doit pouvoir acheter de plus en plus de produit. Donc le revenu donné R, fraction fixe de M, doit aussi pouvoir acheter de plus en plus de produit dans la même proportion. Si R ne peut acheter que la même quantité, il s'est dévalué.
Montée en gamme
En réalité, les articles sont souvent remplacés par de nouveaux articles de meilleure qualité, au même prix ou à peu près, ce qui entraîne un changement des habitudes d'achat des consommateurs vers la montée en gamme.
Indice des prix et inflation
Un indice de prix n'arrive donc jamais à rendre compte des évolutions de productivité, ni à suivre les évolutions de qualité. D'où une conclusion importante :
La constance de l’indice des prix à la consommation
sur une période donnée masque donc un accroissement de nature inflationniste
qui entraîne une baisse équivalente du pouvoir d’achat des titulaires de
revenus. Même la baisse de l’indice des prix n’indique pas nécessairement
l’absence de tout écart inflationniste. La corrélation
entre inflation et hausse de l’indice des prix est donc démentie.
Voilà une vérité que ni les médias ni un gouvernement
n'expliquent jamais !
Comme de nos jours la productivité croît constamment, la tendance à la perte de pouvoir d'achat de l'argent est constante. Un bon indicateur de l'inflation doit donc rendre compte d'une véritable perte de ce pouvoir d'achat.
Si entre deux dates D1 et D2, la croissance de la productivité fait que pour un même coût de production on peut créer k fois plus d'un produit P donné de qualité constante, une inflation nulle devrait permettre, à la date D2, d'acheter k fois plus de P. S'il n'en est pas ainsi, si par exemple on peut acheter la même quantité de P, la perte de pouvoir d'achat est mesurée par le coefficient k. La masse monétaire [7] doit donc suivre le coefficient k, ni plus ni moins. Si sa variation entre les dates D1 et D2 est donc K au lieu de k, l'inflation est K/k.
Exemple : si en un an la productivité a augmenté d'un facteur k = 1.02 et que la masse monétaire a augmenté d'un facteur K = 1.05, l'inflation a été de K/k = 1.05/1.02 = 1.0294 (c'est-à-dire 2.94%).
La BCE utilise la masse monétaire M3 pour surveiller l'inflation. Si celle-ci se produit, elle ne peut donc être attribuée qu'à un dysfonctionnement du système bancaire. Voici, selon la Banque de France [84], un graphique montrant l'évolution monétaire (corrigée des variations saisonnières) de l'agrégat M3 de la zone euro de novembre 2002 à novembre 2004 :
§ La pression syndicale constante qui pousse à la hausse des salaires, donc à une inflation par les coûts ; le gouvernement a sa part de responsabilité, avec ses impressionnants « coups de pouce » au SMIC qui freinent les embauches ;
A ce propos, M. Mer écrit dans [80] page 63 :
"A effectifs inchangés, la masse salariale augmente mécaniquement plus rapidement que l'inflation."
[C'est le cas, par exemple, parce que beaucoup de salaires augmentent automatiquement avec l'ancienneté ou la croissance des responsabilités.]
Il y a aussi la résistance à la baisse des salaires lorsqu'une récession diminue l'activité, c'est-à-dire le PIB. La pression syndicale et la faiblesse des gouvernements font qu'on maintient alors le pouvoir d'achat au moins pour les bas salaires, quitte à financer ce maintien par des dettes génératrices d'inflation budgétaire.
Le problème est très général : aucune classe sociale en France n'acceptant de revenir sur l'habitude de progrès continu prise pendant les « Trente Glorieuses » [67], le gouvernement distribue de l'argent ou des cadeaux fiscaux aux agriculteurs, aux pêcheurs, aux transporteurs, etc. Par cette politique clientéliste, il sacrifie ainsi l'avenir au présent.
§ Les déficits budgétaires incessants depuis 1981, lorsque l'excès de liquidités se produit à un moment où l'appareil de production de l'ensemble du pays ou d'un secteur d'activité particulier tourne déjà près du maximum de sa capacité.
En France, les déficits budgétaires proviennent :
· des formidables transferts sociaux (30% du PIB) ;
· des subventions à des entreprises fréquemment en gros déficit (SNCF : 250 millions d'euros en 2003) ou faisant des pertes abyssales par mauvaise gestion des fonctionnaires placés à leur tête (Crédit Lyonnais : « ardoise » de plus de 10 milliards d'euros, dettes de France Télécom ayant atteint 70 milliards d'euros…) ;
· des politiques industrielles désastreuses (Plan Calcul, etc.) ;
· des dépenses de soutien à l'activité inefficaces, comme les milliards de la RTT (45.3 milliards d'euros de 2002 à 2005) ;
· des intérêts de la dette de l'Etat, 40 milliards d'euros par an hors remboursements ;
· d'un nombre excessif de fonctionnaires (plus nombreux en proportion que dans n'importe quelle démocratie) et de leur faible productivité, etc.
Voir aussi le paragraphe "Conséquence d'une baisse des prix de marché" et les deux livres du professeur Jacques Marseille [68].
Les deux effets les plus visibles de l'inflation sont la hausse des prix (puisqu'on n'utilise le terme « inflation » que par abus de langage au lieu de « hausse des prix »), et la perte de pouvoir d'achat. La BCE régule l'inflation en fixant les taux d'intérêt de référence et en maîtrisant la croissance de la masse monétaire M3. Comme le montre le graphique ci-dessous, issu de [127], la régulation économique due à cette politique monétaire :
§ a produit pour les salariés français une croissance continue du pouvoir d'achat (qui n'a diminué que très rarement d'une année sur l'autre) ;
§ a limité l'inflation a environ de 2 % par an depuis l'entrée en fonction de la BCE en 1998, alors qu'elle était supérieure à 2 % avant 1992 et a dépassé 3 % en 1987.
France : glissement annuel du salaire
nominal (SMB)
et de son pouvoir d'achat inflation déduite
§ L'inflation fausse les calculs économiques à long terme, provoquant des anticipations inflationnistes ou des décisions erronées (d'investissement, etc.) ;
L'inflation peut encourager des décisions irrationnelles d'investissement, ce qui sacrifie la croissance future ;
§ L'inflation décourage l'épargne, pourtant nécessaire aux investissements, à la constitution d'un capital de retraite et à l'assurance contre des aléas divers : décès, chômage, maladie, etc.;
§ L'inflation stimule la consommation au détriment de l'épargne, puisque avec une somme d'argent donnée c'est tout de suite qu'on peut obtenir le maximum, pas demain lorsqu'elle vaudra moins ;
Un bon exemple est donné par [106] : la hausse des prix de l'immobilier français représente 60% depuis 1991, soit 30% en termes réels. Cette flambée est due en grande partie aux taux d'intérêt très bas : comme ils peuvent emprunter en payant peu d'intérêt, environ 4% début 2005 malgré une inflation de 2.4%, les consommateurs se comportent comme s'ils avaient beaucoup d'argent et acceptent de payer très cher un bien qu'ils désirent fort. Des taux d'intérêt bas génèrent donc de l'inflation. Et les prix immobiliers qui montent entraînent à leur tour une hâte des acheteurs, car demain les prix seront plus élevés qu'aujourd'hui. Cette situation s'est déjà produite dans le passé : une telle « bulle immobilière » a déjà éclaté, entraînant des baisses brutales des prix de 50% ou plus.
§
L'inflation accroît l’injustice sociale, en
diminuant le pouvoir d’achat des titulaires de revenus fixes (les retraités, par
exemple) et en augmentant les profits des industriels et commerçants ; de
ce fait, elle avive les antagonismes sociaux.
§
L'inflation diminue la compétitivité d'un pays à
l'exportation. Lorsque les prix pratiqués par une entreprise augmentent, elle
perd des parts de marché à l'exportation. Il en résulte des délocalisations et
des suppressions d'emplois.
Une inflation contenue de 2% à 4% est permanente et normale dans une économie moderne.
Son effet le plus significatif concerne la
balance des paiements [65] : toute hausse du niveau général des prix dans
un pays, plus rapide que celle enregistrée dans les autres pays avec lesquels
il entretient des relations commerciales, se traduit par une augmentation des
importations et une diminution relative des exportations, donc un déséquilibre
des paiements courants qui est financé par une baisse des réserves de change.
Il s’ensuit une fuite des capitaux et une baisse du taux de change de la
monnaie nationale.
En période d'inflation importante, une entreprise peu concurrentielle peut s'en sortir avec des hausses de prix fréquentes ; habitués et résignés aux hausses de prix, ses clients les acceptent le plus souvent. Ils les acceptent d'autant mieux qu'elles sont accompagnées de modifications insignifiantes (mais annoncées comme améliorations significatives !) des produits. En somme, une inflation importante masque la concurrence et en diminue l'efficacité, au détriment des consommateurs.
En période de stabilité des prix (cas le plus fréquent de nos jours, car la BCE lutte efficacement contre l'inflation) la concurrence est très vive, d'autant plus vive que les consommateurs et les entreprises peuvent facilement s'informer sur les prix grâce à Internet. En outre, la monnaie unique de la zone euro permet de comparer facilement les prix dans un marché immense, bien plus grand que le seul marché français. L'intensité de la concurrence contribue à stabiliser les prix, une entreprise risquant de perdre des parts de marché si elle augmente trop les siens.
Une forte concurrence incite chaque entreprise à se dépasser sans cesse, en améliorant ses produits et services, en augmentant sa productivité, en s'adaptant très vite à une attaque de la concurrence ou une opportunité qui se présente, en se développant à l'étranger, etc. Les consommateurs en tirent profit, grâce à des améliorations de produits et de prix, et à un choix de produits plus étendu. Exemples : l'évolution des performances et des prix des PC depuis vingt ans, et le remplacement de technologies dépassées comme la photo argentique par des technologies plus modernes comme la photo numérique.
Si les consommateurs sont gagnants, c'est l'économie du pays dans son ensemble qui y gagne et le PIB progresse. Mais l'adaptation incessante des entreprises est forcément accompagnée de changements qui concernent son personnel, de plus en plus bousculé : adoption et apprentissage rapides de nouvelles activités, déménagements, instabilité d'emploi croissante, voire même insécurité d'emploi pour ceux qui n'arrivent pas à suivre… C'est pourquoi on constate une insatisfaction croissante des gens concernant leur emploi ou un sentiment d'impuissance, alors que leur situation matérielle s'améliore.
Source : [6] "Inflation" ; voir aussi les variations de l'information au paragraphe "Désinflation".
De nos jours, l'inflation est installée en permanence dans toutes les économies puisque la valeur de l’unité monétaire est amputée annuellement de 2% à 4% pour les pays les moins atteints (sur une période de dix ans) et de 7% à 10% pour des pays comme le Brésil et l’Indonésie. La déflation disparaît pratiquement du vocabulaire et des faits, absorbée dans le concept de récession, qui exprime une moindre tendance à l’expansion du produit national et à la hausse du niveau général des prix.
Sans cesser pour autant de combattre l'inflation, les gouvernements se préoccupent bien plus de modérer ce processus que sécrètent inévitablement les économies modernes que de l’enrayer définitivement, car il est, sous sa forme la plus atténuée, indissociable du progrès économique.
Malheureusement,
ces constatations ne sont pas généralement admises par les syndicats et certains
politiciens. Ces personnes s'en servent pour justifier les mesures qu'ils
préconisent et ne savent pas justifier en toute rigueur, comme la hausse
incessante des bas salaires en France ; ils présentent l'inflation comme
un « fléau », une « drogue », un « cancer ». Pourtant :
L’inflation est un simple processus de régulation économique par la dépréciation monétaire. La hausse des prix est le mécanisme par lequel, de nos jours, l'excès permanent de la demande sur l'offre réalise l'équilibre entre offre et demande à un niveau de prix toujours plus élevé.
Jusqu’en 1914 les billets de banque étaient librement convertibles en or.
C'est ainsi par exemple que les billets en livres sterling de la Banque d'Angleterre portent depuis 1694, et aujourd'hui encore, la mention "I promise to pay the bearer on demand the sum of …" ("Je promets de payer au porteur à sa demande la somme de …") suivie d'un montant : 1, 5, 10, etc. livres sterling. Par cette phrase, un fondé de pouvoir de la banque promet d'échanger le billet contre sa valeur en or ou pièces de monnaie, jusqu'à n'importe quelle date future. C'est parce que cette promesse était crédible que le public a accepté et accepte encore d'utiliser des billets au lieu de l'or qu'ils représentaient à l'origine. [71]
Comme aujourd'hui, la monnaie ne pouvait être créée qu’en contrepartie soit d’or et des devises gagnées dans les échanges internationaux, soit de créances au profit de la Banque centrale : il n'est pas question de créer artificiellement de l'argent en imprimant des billets !
Dans un tel système, l'inflation n'a pas de rapport avec la hausse des prix : c'est une simple enflure de la masse monétaire [7] en circulation, qui ne correspond plus à l'or (hier) ou à la production (aujourd'hui) qu'elle est censée représenter.
En résumé, aujourd'hui la monnaie ne représente plus rien en elle-même. C'est un simple moyen d'assurer le règlement des transactions économiques. La masse monétaire en circulation doit seulement suffire à ces transactions et la BCE en régule la croissance pour stimuler un peu celle du PIB sans laisser croître les prix de la zone euro au-dessus du taux limite qu'elle s'est fixé.
Source : [70]
Définitions traditionnelles
Ces quatre termes désignent des niveaux croissants de baisse du PIB.
Une récession est une phase de contraction de l'activité économique, manifestée par une diminution du PIB d'une valeur limitée à un ou deux points (c'est-à-dire 1 % ou 2 %, le point signifiant toujours 1 % en économie). Sa durée ne dépasse pas un à deux ans. Par convention, on dit que l'économie d'un pays entre en récession si son PIB baisse pendant 2 trimestres consécutifs.
Une dépression est une récession plus sévère et de plus longue durée. L'activité économique, l'emploi et les prix baissent. Lorsque la dépression est accompagnée d'un blocage des mécanismes de croissance, on parle de crise.
Une déflation est une baisse durable :
§ des prix des biens, des services et des actifs des entreprises ;
§ de la production ;
§ des revenus, donc du PIB.
La mévente oblige alors certains vendeurs à baisser leurs prix même en vendant à perte, pour se procurer de l'argent coûte que coûte. En même temps, les entreprises réduisent les investissements et l'emploi, ce qui réduit l'activité et les revenus, donc réduit encore plus la demande et entraîne une baisse des prix encore plus forte. De leur côté, les industriels clients et les consommateurs retardent leurs achats, espérant des prix plus bas, ce qui pousse encore plus les prix à la baisse.
L'économie est alors dans un cercle vicieux, pouvant mener à un effondrement de l'activité. Exemples de crises avec déflation :
§ la crise mondiale de 1929, démarrée à Wall Street le 24 octobre 1929 par l'effondrement des cours de bourse suite à une bulle spéculative, qui s'est ensuite propagée à l'Europe et a duré 5 ans ;
§ la crise de 1993 à 2003 au Japon.
En cas de déflation, tout emprunt voit son taux d'intérêt réel croître, le taux de baisse des prix s'ajoutant au taux d'intérêt contractuel. Il s'ensuit un grave problème de financement, les emprunteurs même solvables n'arrivant plus à emprunter à un taux supportable. La Banque Centrale baisse alors très fortement son taux de référence, pour faciliter les investissements et la reprise de l'économie ; cela s'est passé au Japon pendant plus de 10 ans à partir du début des années 1990.
Définition moderne de la déflation
De nos jours, on parle de déflation même si il
n'y a pas de baisse du niveau général des prix. On appelle déflation une conjoncture dans laquelle
l’activité économique se ralentit fortement, entraînant une moindre croissance
du produit national et de la hausse des prix, ainsi qu’un accroissement du
chômage.
Il n’est pas nécessaire que le produit
national diminue, ou que le niveau général des prix baisse. De même qu’un taux
d’inflation de 2 % à 3 % l’an est assimilé à la stabilité monétaire,
de même un ralentissement de l’expansion et de la hausse des prix est, de nos
jours, présenté comme de la déflation, tellement est forte la volonté de
croissance économique.
Aujourd'hui, la déflation s’apprécie en prenant pour critère le taux d’expansion et le taux de chômage, plutôt que le taux de variation des prix : aussi préfère-t-on souvent employer le terme de récession.
Il ne faut pas confondre la déflation, phénomène grave, et la désinflation, qui est une diminution progressive du taux d'inflation sans baisse des prix. C'est ainsi qu'en France le taux d'inflation, qui était d'environ 14% en 1980-81, est descendu progressivement à environ 0.3% en 1998. Le graphique ci-dessous, extrait de [70] citant Le Monde, rend compte du phénomène.
Variation du taux d'inflation en France de 1950 à 1998
La désinflation française s'explique par une politique de limitation de la croissance des coûts salariaux et de la masse monétaire, pour mieux résister à la concurrence internationale. Elle s'explique aussi par la baisse du coût du pétrole importé.
Beaucoup de gens pensent que l'Etat peut réparer les injustices (salaires trop bas, manque de logements sociaux, etc.) parce « qu'il a de l'argent ». Ils se trompent. L'Etat peut physiquement imprimer des billets et les donner aux nécessiteux ou s'en servir pour financer des projets sociaux. Mais on sait depuis les travaux du prix Nobel d'économie Friedrich von Hayek en 1929 qu'une telle création de monnaie supplémentaire diminuerait immédiatement le pouvoir d'achat de chaque euro, en accroissant le niveau général des prix, c'est-à-dire en provoquant de l'inflation.
Tous les économistes savent aujourd'hui que l'utilisation de la « planche à billets »
ne conduit ni à créer de la richesse supplémentaire, ni à résorber le chômage.
Le déficit budgétaire d'un Etat ne peut donc être financé que par des emprunts,
qu'il faudra un jour rembourser avec intérêts.
|
Pas plus qu'une entreprise
ou un particulier, |
Si l'Etat décide de subventionner une activité économique, une catégorie sociale ou une région, il décide aussi, automatiquement, de priver d'autres activités, catégories ou régions des fonds correspondants. Un gouvernement doit donc faire des choix, les faire approuver par les représentants élus du peuple, et savoir ensuite résister à tous ceux qui, s'estimant lésés, crieront au scandale, feront grève, prendront des usagers en otage, etc.
Sachant combien les décisions des gouvernants sont prises en fonction des prochaines échéances électorales, on peut mesurer l'influence d'une catégorie de citoyens aux avantages que le gouvernement lui accorde au détriment des autres.
Selon Le Figaro économie du 05/08/2004, en 2003 chaque Français a dépensé en moyenne 2732€ pour sa santé, l'équivalent de 2.4 SMIC; au total, les dépenses de santé représentent 10.8% du PIB de la France. Seuls les Américains, les Suisses, les Allemands et les Islandais dépensent davantage. Les personnes concernées ne s'en rendent pas vraiment compte, puisqu'elles paient de leur poche moins de 11% de leur consommation de soins et de médecine préventive.
Trop de Français ne savent pas que l'Etat a des moyens limités parce qu'ils ne veulent pas le savoir. Le problème est qu'ils ont tellement pris l'habitude de certaines prestations qu'ils en oublient le coût, et font comme si elles ne coûtaient rien. En voici un exemple, cité par [103] pages 66 et 67.
"Dans le système de santé français, la
rémunération unitaire des médecins conventionnés (soit le prix de l'acte) est
fixée de manière réglementaire: une consultation de généraliste est tarifée X euros, une
consultation de spécialiste Y euros, l'extraction d'une dent de sagesse Z euros...
La rémunération du médecin n'est d'ailleurs pas à la charge du patient, qui
contribue au financement du système de santé par l'intermédiaire de cotisations
sociales proportionnelles à son salaire. Ni la demande de soins ni l'offre de
soins ne sont donc régies par des prix. De même, le prix des médicaments comme
leur taux de remboursement sont fixés par règlement. On conçoit que, dans ces
conditions, aucun des acteurs du système ne prend véritablement son coût en
considération. Cette irresponsabilité généralisée conduit à une multiplication
des actes médicaux que nous payons tous in fine."
En somme, dans le système de santé français, nul
n'est obligé de tenir compte de ce que coûtent les prestations ou les
médicaments, ni les patients ni les médecins. Tout le monde a donc pris
l'habitude de dépenser sans compter, les patients parce qu'ils sont remboursés,
et les médecins parce qu'ils n'ont rien à gagner en économisant des prestations
ou des médicaments prescrits. Un tel système n'étant pas viable, on comprend les déficits abyssaux
qu'il génère, que le contribuable paye en impôts en plus des prélèvements sur
ses salaires ou autres revenus.
Le problème ne sera résolu que lorsque patients et
médecins penseront aux coûts parce que le
système les y contraindra. Et il les y contraindra parce que les Français
auront accepté de suivre la règle: « on
ne peut vivre au-dessus de ses moyens ».
La maîtrise comptable des dépenses de santé
Il y a des gens qui crient au scandale à l'idée d'une maîtrise comptable des dépenses de santé. « Comment », s'insurgent-ils, « penser à des économies lorsque la santé est en jeu ! » Voici comment, sur un exemple.
Les progrès de la médecine font qu'on crée tous les ans de nouveaux médicaments, toujours plus efficaces mais toujours plus coûteux. Certains arrivent à coûter 100 euros la boîte, voire plus. Si, aux frais de la Sécurité sociale et des mutuelles complémentaires, on prescrit à un malade une boîte par jour, on dépense de l'argent prélevé sur le budget général de la SS et d'une mutuelle. Ce budget n'est pas extensible à l'infini : ce qu'on aura dépensé pour un malade particulier, on n'en disposera pas pour les autres.
Des soins très coûteux accordés à un malade obligeront à priver d'autres malades de soins pourtant nécessaires, faute d'un budget infini permettant de payer sans compter. Par exemple, faute d'argent on n'embauchera pas une infirmière de plus, pourtant indispensable à un service de nuit, ou on n'achètera pas un équipement coûteux d'Imagerie par Résonance Magnétique (IRM), pourtant indispensable à certains diagnostics. En définitive, la maîtrise comptable des dépenses de santé est affaire de répartition équitable des ressources communes limitées entre des malades qui ont les mêmes droits. Respecter cette règle équivaut au respect de l'égalité des citoyens devant l'impôt ou devant le droit à l'enseignement : l'égalité de tous implique une limite à la solidarité envers chacun.
Un secteur est une partie de l'activité économique, elle-même subdivisée en branches ou filières, subdivisées à leur tour en sous-branches.
On découpe souvent l'activité d'une économie en 3 secteurs :
§ Le secteur primaire, ensemble des activités économiques fondées sur l'exploitation d'une ressource naturelle, avant toute transformation :
· Agriculture ;
· Sylviculture ;
· Pêche ;
· Exploitation minière, etc.
§ Le secteur secondaire, ensemble des activités économiques qui transforment des matières premières en produits élaborés, c'est-à-dire qui fabriquent quelque chose :
· Métallurgie ;
· Filière bois-papier, etc.
§ Le secteur tertiaire, ensemble des activités de services, qui ne produisent donc rien de matériel :
· Ecoles ;
· Hôpitaux ;
· Banques ;
· Commerce,
· Médias, etc.
Certaines de ces activités sont fournies par le secteur public, d'autres par le secteur privé.
L'ensemble des activités de ces secteurs, ainsi que les produits ou services qu'elles génèrent sont décrits dans les nomenclatures officielles [96].
Une autre manière de découper l'activité en secteurs est de distinguer celles qui sont d'intérêt général comme les services publics et celles relatives à des intérêts privés.
§ Le secteur public regroupe l'ensemble des administrations et des entreprises publiques et parapubliques exerçant des missions d'intérêt général. Dans ce secteur il y a les missions « régaliennes », c'est-à-dire assurées par l'Etat : enseignement, défense, justice, impôts, etc.
Les activités du secteur public sont non marchandes : elles sont en général tenues de respecter un budget, mais pas d'être rentables c'est-à-dire génératrices de bénéfices.
On subdivise en général la fonction publique en 3 parties : fonction publique d'Etat, fonction publique territoriale (administrations des régions, départements, communes) et fonction publique hospitalière.
§ Le secteur privé regroupe l'ensemble des activités marchandes ou non marchandes réalisées par des particuliers, des associations ou des entreprises où l'Etat ou les collectivités territoriales n'interviennent pas.
L'évolution de la part de l'emploi total par secteur d'activité en France de 1980 à 2001, est donnée par le graphique suivant, issu de [95] page 10 :
Evolution des parts de l'emploi total
Dans ce graphique on a regroupé dans « l'agriculture » la sylviculture et la pêche.
On voit que les services représentaient en 2001 près de ¾ des emplois, l'industrie un peu moins d'un quart et l'agriculture moins de 5%. On voit aussi que la part des services croît sans cesse et que celles de l'industrie et de l'agriculture décroissent.
Une autre idée de l'importance relative des divers secteurs d'activité est donnée par la comparaison des valeurs produites, en euros. Le graphique suivant, issu de [93], donne une comparaison en 2003, en pourcentages du PIB [4] :
Parts dans le PIB 2003 des secteurs d'activité
Remarque : dans ce graphique, le total des pourcentages est 42.46 + 21.37 + 2.34 + 16.85 = 83.02 %. La différence de 16.98% du PIB est expliquée en [94] : il s'agit de la FBCF (c'est-à-dire les investissements) de 299 milliards d'euros à laquelle on a soustrait le "Service d'intermédiation financière indirectement mesuré" de 35 milliards d'euros. Voir en complément "Effectifs de la fonction publique".
Une troisième façon d'apprécier l'importance relative des secteurs d'activité est donnée par la comparaison des valeurs ajoutées dans [155] page 3 :
"Au
final, les tendances lourdes se confirment : la part de l’industrie dans
la valeur ajoutée (y compris industries
agroalimentaires et énergie) baisse de 32 % en 2002 à 31 % en 2003,
au bénéfice des services principalement marchands (commerce, transports,
activités immobilières, services aux entreprises et aux particuliers) dont la
part dans la valeur ajoutée passe de 56 % à 57 %."
Constatant
le recul constant de l'industrie par rapport aux services, on parle de
"tertiarisation" de l'économie.
Voir aussi [93].
Remarque sur la tertiarisation de l'économie
Selon [153] page 12 :
"…si
l’industrie a vu sa part décroître dans le PIB, penser qu’une tertiairisation
sans fin forgerait l’avenir de l’économie, c’est franchir un pas trop
important. Si l’industrie emploie désormais moins du quart de la population
active, elle réalise près du tiers de la valeur
ajoutée nationale et ses investissements représentent encore un pourcentage
supérieur de l’investissement total, tandis que ses exportations représentent
les trois cinquièmes des échanges extérieurs. Aux Etats-Unis, où l’on a
beaucoup parlé désindustrialisation, l’industrie a conservé presque la même
part relative dans l’activité économique au niveau du quart du Produit National
Brut. Ce n’est pas tant l’économie américaine qui se désindustrialise que son
potentiel humain, tant la productivité du secteur continue à croître de façon
importante."
"S’il y
a une relative désindustrialisation, il y a surtout adossement des services à
l’industrie. Sans cols bleus, moins de cols blancs. Industrie et services, même
combat …"
On constate que l'ensemble agriculture + sylviculture + pêche a une valeur ajoutée très faible par rapport au PIB total. Ce phénomène est très général : dans tous les pays sauf les plus pauvres l'agriculture ne représente qu'une faible part du PIB.
Il en résulte que lorsqu'il y a une compétition pour l'accès à des ressources coûteuses comme l'eau, l'agriculture ne peut lutter contre l'industrie : pour un mètre cube d'eau consommée, l'industrie produit beaucoup plus de valeur ajoutée que l'agriculture ; elle a donc le moyen de payer son eau plus cher et d'en priver l'agriculture. En Chine, par exemple, ce phénomène est très important et limite la production agricole.
Bien que l'ensemble agriculture + sylviculture
+ pêche fasse travailler directement plus de 1 million de personnes, leur part
dans le PIB est minime, donc le PIB par habitant correspondant est inférieur à
la moyenne nationale. Les 9 millions d'agriculteurs de l'Union européenne seraient
donc plutôt « pauvres »
si leur Etat ou l'Union européenne ne les subventionnaient pas à hauteur
d'environ 48% de leurs revenus totaux (selon [6] "Agricole
(Révolution)").
On peut se
demander pourquoi tous les pays avancés subventionnent leurs agriculteurs aux
frais des contribuables, comme le font ceux de l'Union européenne. Il y a deux
raisons :
§ Le petit nombre d'agriculteurs fait que ces subventions ne coûtent pas très cher. D'après [97], en France en 2003 les subventions sur les produits de 7.27 milliards d'euros et les subventions d'exploitation de 2.45 milliards d'euros coûtent ensemble 7.27 + 2.45 = 9.72 milliards d'euros.
§ L'électorat agricole ne pardonnerait à aucun gouvernement un arrêt ou même une baisse réelle des subventions. Et comme il représente assez de voix pour avoir une influence significative dans toute élection…
Beaucoup de gens redoutaient la concurrence des agricultures espagnole et portugaise lorsque ces deux pays ont rejoint l'Union européenne. Les chiffres leur ont donné tort.
L'étude INSEE de juin 2005 [126] permet de rassurer complètement les Français. L'arrivée le 1er mai 2004 de 10 nouveaux membres dans l'Union européenne n'a pas de quoi nous inquiéter. Leur production agricole totale ne représente que 9 % de celle de l'Union ; on le voit sur le graphique suivant, qui est extrait de sa page 4 :
Production agricole des anciens et des nouveaux membres de l'Union européenne
Rappelons que la production agricole totale de la France en 2004 (hors subventions) a été de 57.5 milliards d'euros, et qu'à elle seule la France produit plus de céréales (10.3 milliards d'euros), de lait (8.5 milliards d'euros), de bovins et porcins (12.1 milliards d'euros), etc. que l'ensemble de ses 10 nouveaux partenaires. En fait, notre productivité agricole est telle que, malgré nos salaires agricoles plus élevés, nous sommes pour ces nouveaux membres de l'Union des concurrents redoutables.
Voir aussi "L'intérêt du commerce international libre".
Source : [91].
D'après le graphique précédent sur l'évolution de l'emploi l'industrie française semble décliner au profit des services. La réalité est bien plus subtile.
§ La production en volume augmente d'année en année (+2.5% par an depuis 1980) mais sa valeur diminue parce que la productivité augmente, comme nous l'avons vu. On vend donc de plus en plus de produits industriels, mais on les vend de moins en moins cher ; et les chiffres oublient la montée en gamme qui concerne autant la richesse fonctionnelle des produits que leur qualité.
Cette évolution est extrêmement favorable aux consommateurs.
§ Une des raisons de la croissance de la productivité des fabrications est la progression des investissements industriels : environ 5% par an en volume depuis 1978 (contre 2.3% pour l'ensemble de l'économie). La France investit donc dans son industrie, ce qui prouve que ses industriels croient en son avenir !
§
La part de
l’industrie dans le PIB français est restée stable au cours des vingt dernières
années (19.5% en 2002
contre 20.1% en 1978).
§
La France est le cinquième pays
industriel dans le monde et - sur longue période - la
part de marché de la France est restée à peu près stable (elle n'a
baissé que de 4% entre 1970 et 1999).
D'où une première conclusion :
|
L'industrie française n'est pas en déclin ! |
Le graphique ci-dessous, issu de [91] page 8 montre l'évolution de l'emploi total dans l'industrie et les services entre 1982 et 1999 :
On voit que, en 17 ans :
§ L'accroissement de la productivité a permis de fabriquer davantage de produits (et meilleurs) avec moins de travailleurs : la production « concrète » a perdu 1 310 000 emplois ;
§ Les activités de services liés à la production ont créé des emplois :
· 901 000 pour la production « immatérielle » (conception, gestion, marketing…) ;
· 736 000 pour les services à la production (distribution, nettoyage, etc.),
soit au total 1 638 000 emplois de services créés, qui compensent largement les 1 310 000 emplois perdus.
En fait il y a eu transfert de certaines activités des entreprises industrielles vers le secteur tertiaire : services généraux, entretien et maintenance, comptabilité, logistique, recouvrement de créances, etc.
De plus, le caractère dissuasif pour l'embauche de la législation française du travail, qui rend les licenciements très difficiles et coûteux, a fait que les industries se sont tournées de plus en plus vers l'intérim, dont les effectifs sont passés au cours des années 1990 de 150 000 à plus de 300 000. Or les emplois intérimaires sont comptabilisés dans le secteur tertiaire, même quand les salariés travaillent dans l'industrie (Source : [91] page 17).
Deuxième conclusion : l'évolution des techniques et de l'organisation de la production ont fait progresser l'emploi. Le pessimisme n'est pas de mise : malgré la mondialisation, les délocalisations, la dictature des marchés, l'ultralibéralisme et tous les autres sujets d'épouvante des nostalgiques du passé, la France progresse, crée des emplois et augmente le niveau de vie des Français !
D'après [91] page 9, l'activité
industrielle a un puissant effet d'entraînement sur l'ensemble des autres
activités économiques :
§ 1€ de production industrielle consomme près de 0.68€ de produits intermédiaires (voir consommations intermédiaires [94]) contre 0.38€ pour 1€ de production de services ;
§ L'industrie passe des commandes considérables à l'ensemble de l'économie française : 703 milliards d'euros en 2001, soit 47.6% du PIB de 1475.6 milliards d'euros.
Parmi les services les plus consommés par l’industrie on trouve, le conseil
et l’assistance, les services opérationnels, les transports et, à un moindre
degré, les services financiers et la recherche-développement
On peut en déduire que :
§ Une bonne santé de l'industrie retentit sur toute l'économie ;
§ Si des industries délocalisent ou sous-traitent à l'étranger, des services français disparaîtront, seront délocalisés ou sous-traités à l'étranger. Aucun service exportable ne peut remplacer un produit industriel qui n'a pas été exporté.
De son côté, les secteurs agricole et de
services passent aussi des commandes. L'ensemble des commandes passées par les
divers secteurs à des entreprises du même secteur ou des autres secteurs est
résumé dans le tableau des consommations intermédiaires suivant, issu de [91] page
9 :
|
|
Agriculture |
Industrie |
Services |
|
Agriculture |
11 |
34 |
3 |
|
Industrie |
23 |
506 |
163 |
|
Services |
4 |
163 |
403 |
|
Total des |
38 |
703 |
569 |
|
Production totale |
75 |
1040 |
1518 |
|
% des consommations |
50.7% |
67.6% |
37.5% |
Consommations intermédiaires totales en 2001 (milliards d'euros)
Lecture : l'Industrie (colonne « Industrie ») a passé en 2001 pour 34 milliards d'euros de
consommations intermédiaires à l'agriculture + 506 milliards d'euros à
l'industrie + 163 milliards d'euros aux services, soit au total 703 milliards
d'euros qui représentent 67.6% de la production industrielle totale de 1040
milliards d'euros.
On voit que l'activité des services retentit à son tour sur celle de l'industrie : les activités de ces deux secteurs sont donc indissociables.
Il s'ensuit qu'il n'est pas réaliste, comme le voudraient certains, que la France abandonne ses activités industrielles pour se consacrer à des activités de services, soi-disant plus modernes et porteuses d'avenir.
Source : [88] pages 9 et suivantes.
"Le diagnostic de l’affaiblissement de l’industrie en France est largement partagé…"
"Le recul global de l’industrie est perceptible dans la création d’emplois, dans la contribution à la valeur ajoutée, comme dans la contribution à la balance commerciale. Cette tendance ne tient pas seulement à l’évolution tendancielle vers les services car la France recule par rapport aux autres pays industrialisés. Elle est aussi le résultat du faible effort de recherche et de développement (R&D) français, qui semble lié, non à son insuffisance au sein de chaque secteur d’activité, mais à une trop forte spécialisation dans des industries de basse technologie. L’amélioration de la position technologique française impose donc une évolution de la spécialisation industrielle."
"Un recul global du poids de la France dans la valeur ajoutée des industries manufacturières
La contribution de l’industrie française à la création de la valeur ajoutée des industries manufacturières des pays de l’OCDE suit une tendance décroissante. Pour apprécier l’évolution de l’industrie française, il faut comparer la valeur ajoutée de l’industrie française à la valeur ajoutée des industries des autres pays développés."
Le graphique ci-dessous montre le recul du poids de la France dans le total de la valeur ajoutée des industries manufacturières des pays de l'OCDE à 15 [100] :
Poids de la France en % dans le total de la valeur ajoutée des industries manufacturières des pays de l'OCDE à 15
"A l’inverse de la tendance nette du graphique précédent, le poids des États-Unis dans le total de la valeur ajoutée des industries de fabrication a augmenté, il est passé de 33,5 % en 1991 à 37,2 % en 1999."
"Les performances inquiétantes de l’industrie française sont le résultat de la spécialisation industrielle qui est forte dans des secteurs « anciens » et faible dans les industries de nouvelles ou de hautes technologies."
Les 4 graphiques suivants montrent, pour 4 pays, le pourcentage de la valeur ajoutée industrielle réalisée par 4 grands types d'industries, classés suivant leur technologie.
|
Industrie de faible
technologie |
Industrie de
moyenne-faible technologie |
|
|
|
|
|
|
|
Industrie de
moyenne-haute technologie |
Industrie de haute
technologie |
|
|
|
Pourcentage de la valeur ajoutée industrielle en 1980, 1990 et 2000
"La balance commerciale de la France révèle les avantages compétitifs de l’industrie, dont on a vu plus haut les effets sur la valeur ajoutée et sur l’emploi."
"La spécialisation à l’exportation de la France est concentrée sur les industries de faible technologie. Certains secteurs de faible technologie, comme les industries agroalimentaires peuvent constituer un avantage comparatif de la France en Europe. Cependant, ces industries sont directement mises en concurrence au niveau international par les industries implantées dans les pays émergents, qui possèdent un coût de production inférieur."
"Les sources de l’inadéquation de la spécialisation industrielle et des difficultés de la haute technologie de la France se situent dans son faible effort de recherche et de développement. Le graphique suivant présente l’évolution de la dépense intérieure de recherche et développement des entreprises en pourcentage du PIB. Le décrochage de la France, perceptible depuis 1992, s’est confirmé depuis. Ce décrochage de l’effort de R&D privé n’est pas compensé par un effort public de R&D, qui est en France à un niveau équivalent à celui des autres pays."
Dépenses de R&D des entreprises en % du PIB
Le rapport BEFFA [88] recommande donc une intensification de la R&D avec une action de soutien et de coordination de l'Etat.
On trouve dans [89] l'intéressant graphique ci-dessous, qui montre :
§ Que la part des services dans l'économie croît, puisque les services croissent plus vite que l'économie (multiplication par 1.75 de 1985 à 2003 contre 1.55) ;
§ Que les services aux entreprises croissent le plus vite (multiplication par 2.12) et qu'ils représentent environ 3.18 millions d'emplois sur les 15.42 millions d'emplois marchands hors agriculture, administration, éducation, santé et action sociale, c'est-à-dire 20.6% de cet emploi.
La production de services depuis 1985
Parmi les services aux entreprises, ce sont les télécommunications qui progressent le plus vite : +7.8% en 2003 après +6.9% en 2002 ; cela traduit la modernisation progressive de notre industrie par recours à l'informatique et aux télécommunications.
On y trouve aussi le tableau suivant sur l'évolution de l'emploi salarié dans les services :
|
|
Variations |
||||||||
|
|
Emploi salarié (moyenne
annuelle, en milliers) |
en
milliers |
en % |
||||||
|
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2002 |
2003 |
2002 |
2003 |
|
|
Activités tertiaires (**) |
9 134.3 |
9 584.9 |
9 914.5 |
10 080.6 |
10 133.4 |
166.1 |
52.8 |
1.7 |
0.5 |
|
Services
marchands (***) |
4 213.6 |
4 522.0 |
4 711.3 |
4 781.1 |
4 784.5 |
69.8 |
3.4 |
1.5 |
0.1 |
|
Activités
immobilières |
262.3 |
265.5 |
261.0 |
267.2 |
267.4 |
6.2 |
0.2 |
2.4 |
0.1 |
|
Services aux entreprises |
2 764.6 |
3 018.3 |
3 174.4 |
3 207.6 |
3 188.3 |
33.2 |
-19.3 |
1.0 |
-0.6 |
|
dont intérim |
502.4 |
606.7 |
611.0 |
578.7 |
562.1 |
-32.3 |
-16.6 |
-5.3 |
-2.9 |
|
autres |
2 262.2 |
2 411.6 |
2 563.4 |
2 628.9 |
2 626.2 |
65.5 |
-2.7 |
2.6 |
-0.1 |
|
Serv. aux particuliers (hors serv. domestiques) |
1 186.7 |
1 238.2 |
1 275.9 |
1 306.3 |
1 328.8 |
30.4 |
22.5 |
2.4 |
1.7 |
|
Autres
activités tertiaires (**) |
4 920.7 |
5 062.9 |
5 203.2 |
5 299.5 |
5 348.9 |
96.3 |
49.4 |
1.9 |
0.9 |
|
Industrie et construction |
5 242.3 |
5 342.9 |
5 422.3 |
5 370.7 |
5 292.0 |
-51.6 |
-78.7 |
-1.0 |
-1.5 |
|
Ensemble de l'économie (*) |
14 376.6 |
14 927.8 |
15 336.8 |
15 451.3 |
15 425.4 |
114.5 |
-25.9 |
0.7 |
-0.2 |
Evolution de l'emploi salarié dans les
services
(INSEE première n° 972, juin
2004)
(*) Hors agriculture, administration,
éducation, santé et action sociale
(**) Hors administration, éducation, santé et
action sociale, y compris services domestiques
(***) Les services marchands correspondent au
secteur des activités tertiaires hors commerce, transport, assurances et
organismes financiers.
Voir définitions des investissements [105].
Ce sujet est
traité en détail dans le Tome 2. Pour le moment, on peut remarquer avec [91] page 11 que :
§ Les pays en développement constituent aussi de nouveaux clients pour l'industrie française. Les sous-traitances que nous leur confions, les délocalisations que nous y faisons en y créant des filiales, tout cela aide leur économie à croître. Cette croissance donne à leurs ressortissants plus de moyens pour acheter chez nous divers produits et services qu'ils ne nous auraient pas acheté sans cela.
§ 1€ investi à l'étranger dans un pays en développement améliore la balance commerciale de la France de 12 centimes d'euro par an, à la fois parce qu'il nous aide à développer les ventes de nos produits et parce qu'il nous permet des importations moins chères depuis ces pays. (Si un pays ne présente pas d'avantage, soit comme client de nos produits, soit comme producteur plus performant pour d'autres, nous n'y investissons pas !)
Selon [91] page 32 :
"Les investissements français à l'étranger créent aussi de l'activité en France. Les investissements français dans les pays en développement relèvent de secteurs qui ont enregistré, simultanément, une croissance de l'emploi. Selon la DREE, entre 1997 et 2000, les dix secteurs industriels qui ont le plus investi à l'étranger (environ 37 milliards d'euros, soit 60 % des flux cumulés) ont créé, à l'exception de la chimie et du raffinage, près de 100 000 emplois sur le territoire national."
"Selon le CEPII [99], 1€ d’investissement à l’étranger dans une branche industrielle [d'un pays développé] induit 0,59€ d’exportations supplémentaires et 0,24€ d’importations dans la même branche, d’où résulte un excédent sectoriel de 0,35€."
"A contrario, 1€ d’investissement étranger en France se traduit par 0,34€ d’importations supplémentaires et seulement 0,22€ d’exportations de la même branche, soit au total un déficit sectoriel de 0,12€."
[Oui, mais les investissements étrangers chez nous créent des emplois !]
Moralité :
|
Il ne faut pas redouter les délocalisations ! |
Selon [39], en 2003 la France a investi à l'étranger 57.3 milliards de dollars : nous y achetons donc des entreprises, pour bénéficier des avantages ci-dessus.
Réciproquement, lorsque des étrangers investissent en France, ils créent des emplois chez nous [40]. Il ne faut pas regretter, alors, que cela leur fasse gagner de l'argent, comme nous-mêmes en gagnons en investissant à l'étranger.
Le phénomène ci-dessus, appelé « Investissements directs étrangers » (IDE) est extrêmement important. Voici un extrait du tableau 2, page 5 de [39], où les lignes successives sont par montants totaux décroissants :
|
Entrées de capitaux |
Sorties de capitaux |
Sorties nettes |
|||
|
Etats-Unis |
1349.6 |
Etats-Unis |
1331.0 |
Royaume-Uni |
415.6 |
|
Belgique/ |
762.7 |
Royaume-Uni |
878.6 |
France |
301.0 |
|
Royaume-Uni |
463.1 |
Belgique/ |
767.0 |
Japon |
217.6 |
|
Allemagne |
387.0 |
France |
652.7 |
Suisse |
108.5 |
|
France |
351.6 |
Allemagne |
452.7 |
Pays-Bas |
96.3 |
Entrées
cumulées d'IDE de 1994 à 2003
(milliards
de dollars)
On voit qu'en 10 ans la France a reçu de
l'étranger 351.6 milliards de dollars d'IDE et
investi à l'étranger 652.7 milliards de dollars !
Emplois
créés en France par les investisseurs internationaux
selon [98]
cité par [91] page 24
Conclusion : les économies
s'intègrent de plus en plus, chaque entreprise et chaque pays se spécialisant
dans ce qu'elle (ou il) sait faire de mieux, ce qui développe les échanges,
donc les marchés - donc les économies d'échelle ; développe la
concurrence ; et améliore la productivité car les productions se
développent là où elles peuvent le faire de la manière la plus concurrentielle.
Non seulement tout cela est bon pour les consommateurs, qui
profitent de prix plus bas, de qualités améliorées et de plus de choix, mais
cela éloigne les possibilités de guerre car deux pays dont les économies sont
très intégrées ne peuvent se faire la guerre.
L'investissement étranger en France est important parce qu'il crée chez nous des emplois [40]. Le rapport [38] de la Banque Mondiale, cité ci-dessus, pourrait nous faire croire que la France est boudée par les investisseurs étrangers, du fait de notre classement déplorable en matière de rigidité des lois sociales. Heureusement il n'en est rien, comme le montre l'étude [39].
Exemple 1 : indice de rigidité de l'emploi
Pour vérifier si « l'indice de rigidité de l'emploi » publié dans le rapport [38] permet de prévoir la croissance économique des pays, comme le rapport le sous-entend du fait de son impact sur les investissements, j'ai établi le graphique suivant pour 5 pays. Si une plus grande rigidité était mauvaise pour l'économie :
§ Des pays d'indice de rigidité comparable (comme le couple France - Espagne ou le couple Grande-Bretagne - Suisse) devraient avoir des croissances comparables ;
§ Des pays d'indice de rigidité plus élevé (comme l'Espagne ou la France par rapport à la Suisse) devraient avoir une croissance plus faible.
Il s'avère que les prédictions de croissance impliquées par le rapport sont fausses dans tous les cas ci-dessus.
Le rapport [38] doit donc être interprété comme un ensemble de suggestions d'amélioration de notre législation, mais ne pas trop inquiéter.
Exemple 2 : indice de liberté économique
D'autres textes comparatifs sur des sujets économiques paraissent et pourraient nous inquiéter. Ainsi l'étude [41] publie chaque année un classement d'environ 160 pays par « Indice de liberté économique ». La France y est extrêmement mal classée, en 44ème position en 2005, juste après l'Arménie (Executive Summary, page 14). Cette étude est a priori bien faite, puisqu'elle prend en compte une cinquantaine de critères de liberté économique classés en dix catégories.
Elle affirme que son indice permet de juger l'aptitude à la croissance de l'économie des divers pays, ce qui intéresse les décideurs politiques et les investisseurs. A l'appui de cette affirmation, elle publie le graphique suivant, montrant que les pays à économie la plus libre (indice bas, à droite) ont un PIB par habitant plus élevé que les pays à économie moins libre (indice haut, à gauche).
Hélas, il est facile de voir que cette conclusion ne résiste pas à l'analyse. Mon graphique suivant, établi d'après les mêmes sources officielles que l'étude, montre deux droites de tendance (à droite) constituant des exemples de pays où le PIB croît plus vite quand les pays ont moins de liberté économique, et une droite de tendance (à gauche) où il croît plus vite quand les pays ont plus de liberté économique, comme l'affirme Heritage Foundation.
Comme la précédente, cette étude doit donc être interprétée comme une liste intéressante de critères de liberté économique, liste qui peut attirer l'attention de décideurs et susciter leurs réflexions. Mais en aucun cas il ne faut lui attribuer l'aptitude à prévoir l'évolution du PIB que ses auteurs revendiquent.
Index of Economic Freedom 2005 - Executive Summary
page 18
Comparaison des prédictions de croissance économique de Heritage Foundation avec la réalité
Les prévisions boursières et économiques à quelques mois s'avèrent souvent par la suite grossièrement infirmées par les faits. C'est ainsi que, dans l'article [42] page 2 :
§ les prévisions faites en juin 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2003 (qui a été de 3557.90 exactement) variaient selon les experts de 2300 (-35%) à 3735 (+5%) ;
§ les prévisions faites en décembre 2003 pour l'indice CAC 40 au 31/12/2004 variaient de 1750 à 4550, valeurs dans un rapport de 1 à 2.6.
Il suffit de constater, lorsqu'un journal publie côte à côte les prévisions à 6 mois d'analystes financiers sur une même variable, comme l'indice boursier CAC 40, que les valeurs données diffèrent largement. Dans ces conditions, quel crédit apporter aux opinions et prévisions de ces analystes ? Et sachant que de telles erreurs de prévision se répètent, année après année, comment se baser sur ces prévisions pour risquer ses économies en bourse ?
L'économie est une science difficile, souvent insuffisamment apte aux prévisions. Elle fait intervenir d'innombrables paramètres, dont certains sont psychologiques. Il convient donc d'être prudent lorsqu'on affirme quelque chose, de soumettre les affirmations à la critique et de les vérifier soi-même sur des exemples.
Un citoyen qui reçoit un message contenant des prédictions ou des promesses en matière d'économie doit donc être vigilant sur leur crédibilité. C'est pour lui fournir des critères d'appréciation que j'écris cet ouvrage.
Comme disait Pierre Dac :
"La prévision est un art difficile, surtout quand elle concerne l'avenir."
M. Mer l'explique dans [80] page 177 :
"Les programmes de gouvernement devraient être élaborés à l'avance, détaillés, quantifiés et soumis à l'analyse critique afin de voir s'ils passent le test de la cohérence financière. Si l'on souhaite ne pas mépriser l'électeur, il faut lui proposer une stratégie de manière argumentée et professionnelle, et non de façon émotionnelle."
Fin
du texte du tome 1
J'ai voulu que tous les faits, toutes les statistiques citées dans ce cours soient vérifiables par les lecteurs. Je donne donc ci-dessous mes sources. Presque toutes sont des textes Internet, qui pourront aussi être utilisés pour approfondir. Si, lors de la lecture, il s'avère qu'une page a disparu de l'adresse indiquée, le lecteur qui en a besoin peut me la demander : il y a de fortes chances que j'en aie gardé copie.
[1] Statistiques de PIB selon le "Rapport mondial sur le développement humain 2004" téléchargé le 14/08/2004 de http://hdr.undp.org/reports/global/2004/francais/pdf/hdr04_fr_complete.pdf
[2] Article "L’histoire du livret A mise en livre" publié
dans l'Humanité du 23/01/1999 à la page http://www.humanite.presse.fr/journal/1999-01-23/1999-01-23-442005
téléchargée le 27/12/2004
[3] Annuaire Eurostat 2004 "Le guide statistique de l'Europe - Données 1992 - 2002" téléchargé le 27/10/2004 de la page http://epp.eurostat.cec.eu.int/cache/ITY_OFFPUB/KS-CD-04-001/FR/KS-CD-04-001-FR.PDF
[4] PIB (Produit Intérieur Brut) d'un pays (Gross Domestic Product, GDP)
C'est la valeur de l'ensemble des biens et services produits dans le pays pendant une certaine année, à deux détails près :
§ Le travail chez elles des personnes comme les ménagères n'est pas pris en compte s'il n'est pas facturé ;
§ La production des fonctionnaires est évaluée au coût des salaires, pas à la valeur des services rendus.
En 2003, le PIB de la France était de 1557.2 milliards d'euros, selon [31] page 2.
Pour le PIB 2004 et sa structure, voir [121].
Selon l'INSEE http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/donnees/cpta.pdf on peut calculer le PIB de 3 manières :
§ L'approche production, utilisant la valeur ajoutée :
· Valeur HT des biens et services vendus dans le pays
· - valeur HT des biens et services consommés pour les produire
· + impôts sur les produits
· - subventions sur les produits.
§ La somme des utilisations des biens et services produits c'est l'approche demande) :
· consommation finale des ménages et administrations
· + investissements (Formation Brute de Capital Fixe FBCF)
· + solde du commerce extérieur (exportations moins importations).
§ La somme des revenus distribués lors de la production des biens et services :
· Rémunérations des salariés
· + bénéfices (Excédent brut d'exploitation EBE et revenu mixte brut)
· + Impôts sur la production et les importations
· - Subventions.
Ne pas confondre le PIB (Produit Intérieur Brut, en anglais Gross Domestic Product, GDP) avec le PNB (Produit National Brut, en anglais Gross National Product, GNP). Le PNB comprend le PIB + le revenu net provenant des activités à l'étranger d'acteurs économiques nationaux. On peut écrire :
§ PNB = PIB + solde extérieur, ou
§ PNB = PIB + revenus des acteurs nationaux en provenance de l'extérieur - revenus des acteurs étrangers versés à l'extérieur.
On distingue le PIB marchand, valeur des biens et services vendus avec bénéfice, et le PIB non marchand, valeur des biens et services assurés par les administrations ou associations et fournis gratis ou au-dessous du prix coûtant : enseignement, police, défense nationale, etc.
Le PIB marchand est produit par le secteur marchand de l'économie ; le PIB non marchand est produit par le secteur non marchand (où le financement de la production ne dépend pas exclusivement de la vente des produits sur le marché, mais est partiellement assurée par des contributions obligatoires (impôts, taxes) et volontaires (dons, cotisations).
PIB en volume, PIB nominal, PIB aux prix du marché selon [123] :
§ PIB en volume : Somme des valeurs ajoutées produites dans l'ensemble de l'économie, à prix constants, c'est-à-dire après élimination de l'effet de l'inflation.
§ PIB nominal ou PIB aux prix du marché : Somme des valeurs ajoutées produites dans l'ensemble de l'économie, à prix courants.
[5] PIB par habitant d'un pays
C'est le quotient du PIB du pays [4] par son nombre d'habitants. Il donne une idée du niveau de vie moyen des habitants du pays.
Dans la comparaison de PIB par habitant entre pays, on peut utiliser pour chaque pays soit sa valeur brute, en euros ou dollars par exemple, soit sa valeur à parité de pouvoir d'achat (PPA). Avec un dollar exprimé en parité de pouvoir d’achat dans un pays donné, il est possible de se procurer la même quantité de biens et de services que s’il s’agissait d’un dollar des États-Unis dans le cadre de l’économie américaine. Les deux valeurs sont parfois très différentes ; exemples de PIB par habitant en dollars US :
§ France 2002 : PIB Brut : 24061; PIB à PPA : 26920
§ Turquie 2002 : PIB Brut : 2638; PIB à PPA : 6390
On trouve parfois dans [3] un PIB par habitant en SPA (standards de pouvoir d'achat). Il est alors exprimé dans une monnaie commune (souvent artificielle) permettant les comparaisons de pouvoir d'achat en éliminant les différences de prix entre pays. Voir définition dans [3] page 263.
Attention ! Compte tenu des fortes incertitudes entachant les calculs de PPA/SPA, la comparaison entre niveaux de vie de pays au moyen de PIB par habitant en parité (ou standard) de pouvoir d'achat ne doit être effectuée qu'entre pays dont le niveau de vie diffère fortement, et jamais entre pays aux performances voisines.
Calcul du PIB par habitant d'un pays
Le plus souvent, le PIB par habitant se calcule en divisant le PIB du pays par le nombre de ses habitants. Mais ce calcul peut aussi utiliser la productivité horaire de ses travailleurs [28]. Soient les variables :
§ "PIBpH" le PIB par habitant en euros par an à calculer ;
§ "PHT" la productivité horaire du travail [28] en euros/heure de travail ;