Cours d'économie
pour citoyens qui votent

 

 

Ne vous en laissez pas conter !

 

 

 

Tome 1 : PIB et emploi

 

 

 

Mise à jour : 08/06/2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel MARTIN

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Francis Mer,

en hommage à son action

au service de la France

 


Pourquoi ce livre

 

 

Comme je l'explique dans mon livre

 

« La démocratie malade des médias - Nous votons sans savoir »

 

le gouvernement, l'enseignement et les médias ne donnent pas aux Français assez d'informations pour juger la politique de nos gouvernants face aux problèmes économiques du pays, dont le plus important aujourd'hui est le chômage, auquel je consacre le livre

 

« Chômage : savoir et agir »

 

Je donne dans ce cours les informations nécessaires aux citoyens pour comprendre les propositions des politiciens et des syndicalistes, à la lumière des lois incontournables de l'économie.

 

Ce texte est didactique et facile à lire. Il ne demande pas de connaissances préalables, juste la patience de lire attentivement.

 

Je profite de sa diffusion par Internet pour le mettre à jour et le compléter aussi souvent que nécessaire. Je prie donc les lecteurs qui ont trouvé des erreurs, des passages insuffisamment clairs, ou des sujets absents qu'ils considèrent comme importants, de me les signaler en m'envoyant un message à cette adresse.

 

Le Tome 1 traite du problème de l'emploi et de sa relation avec le PIB (Produit Intérieur Brut [4]).

 

Le Tome 2 traite de la mondialisation, des délocalisations et de la compétitivité.

 

Les compléments à ce cours sont listés ici.

 

 

Daniel MARTIN


 

Table des matières

 

1.    Actionnaire ou rentier ?. 10

1.1  Exemple d'impact du taux d'intérêt de référence. 12

1.2  Conclusions : trois règles économiques. 13

1.3  Pourquoi cette erreur de taux d'intérêt de la Bundesbank ?.. 14

1.4  Banque Centrale Européenne. 14

1.4.1      Effets du taux d'intérêt de référence fixé par la BCE.. 16

1.4.1.1           Principe de la « neutralité à long terme ». 16

1.4.2      Les limites du pouvoir de la BCE.. 17

1.4.3      Conclusion.. 18

1.4.4      Entrée d'un pays dans la zone euro.. 18

1.4.4.1           Critères d'entrée à satisfaire par un pays qui veut rejoindre la zone euro. 18

1.4.4.2           Avantages que la zone euro apporte à ses membres en plus du contrôle de l'inflation par la BCE.. 18

1.4.4.3           Pays membres de la zone euro. 18

1.4.5      L'opinion de la Cour des comptes sur la Banque de France. 18

1.5  Conclusion pour la France. 18

2.    Chômage et politiques économiques. 20

2.1  Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total 20

2.1.1      Pourquoi y a-t-il un retard de l'emploi sur l'activité ?.. 22

2.1.2      Croissance sans création d'emplois. 22

2.1.2.1           La première cause de perte ou de non-création d'emplois est la productivité  23

2.1.2.2           Productivité et emploi 23

2.1.3      Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?.. 29

2.2  Il y a de bonnes et de mauvaises politiques économiques. 29

2.3  L'un trompe, l'autre explique mal : qui croire ?.. 38

2.4  L'Etat ne doit pas « faire des affaires ». 40

2.4.1      L'Etat actionnaire : Agence des Participations de l'Etat (APE) 44

2.4.2      Le désastre de France Télécom... 46

2.5  Etat et intérêt public. 47

2.5.1      La lutte contre les méfaits des monopoles. 47

2.5.2      Les investissements à très long terme. 48

2.5.3      Les subventions. 48

2.5.4      Les inégalités en France. 48

2.5.5      La gouvernance désastreuse de la France depuis un quart de siècle et ses conséquences  48

2.6  Les Français veulent une économie administrée. 48

2.6.1      Le modèle social français. 49

2.6.2      La plupart des Français veulent que l'Etat intervienne partout 50

2.6.3      Exemples d'interventionnisme excessif et coûteux. 51

2.6.4      Ce que l'Histoire nous apprend sur les économies administrées. 52

2.6.5      Comparaison des dépenses de l'Etat dans divers pays européens. 53

2.6.6      L'économie sociale. 54

2.6.7      Le gouvernement prisonnier des médias. 55

2.6.8      Un conflit de priorités et un manque de communication.. 60

2.7  Nature et origines du chômage. 61

2.7.1      Chômage dû à une mauvaise politique économique. 61

2.7.2      Chômage dû à une adaptation naturelle du marché du travail aux évolutions de l'économie  62

2.7.2.1           Chômage conjoncturel 62

2.7.2.1.1        L'exemple allemand  62

2.7.2.1.2        Chômage keynésien et difficulté d'une relance par la consommation  62

2.7.2.1.3        Lutte contre le chômage conjoncturel en améliorant la prévision des évolutions de l'économie  64

2.7.2.2           Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante. 65

2.7.3      Chômage par refus des entreprises d'embaucher. 65

2.7.4      Chômage saisonnier ou intermittent 65

2.7.5      Chômage frictionnel 65

2.7.6      Chômage structurel 67

2.7.6.1           Pourquoi le chômage structurel ?. 67

2.7.6.2           Comment faire baisser le chômage structurel ?. 68

2.7.6.2.1        Ce que les travailleurs peuvent faire  68

2.7.7      Ce que le gouvernement peut faire : les politiques de l'emploi 68

2.7.7.1           Mesures directes. 68

2.7.7.1.1        Création d'emplois publics ou associatifs  68

2.7.7.1.2        Répartition de l'emploi 69

2.7.7.1.3        Législation du travail interdisant les licenciements ou les rendant très longs et coûteux. 69

2.7.7.1.4        Assouplir la législation du travail 70

2.7.7.1.5        Aider les chômeurs à retrouver du travail 70

2.7.7.2           Mesures indirectes. 70

2.7.8      Un minimum de chômage permanent est inévitable. 71

2.8  La loi économique de l'offre et de la demande. 71

2.8.1      Adam Smith, libéralisme économique et autorégulation du marché. 71

2.8.2      Définition de la concurrence « pure et parfaite ». 73

2.8.3      Détermination des prix dans une économie de marché. 73

2.8.4      Notion d'équilibre du marché. 73

2.8.5      La détermination des prix en fonction de l'offre et de la demande. 73

2.8.5.1           Concurrence entre vendeurs. 73

2.8.5.2           Concurrence entre acheteurs ou entre employeurs. 74

2.8.5.3           Equilibre du marché - Interdépendance entre marchés. 75

2.8.5.4           Efficacité de l'équilibre du marché global d'un pays. 75

2.8.5.5           Importance des marchés financiers. 76

2.8.5.6           Concurrence pour accéder aux financements - Importance des bénéfices  76

2.8.5.7           Conclusions sur l'effet de la concurrence - Loi de l'offre et de la demande  77

2.8.5.8           La concurrence peut être déloyale lorsqu'elle viole la propriété intellectuelle  78

2.8.5.9           Ceux qui veillent à faire respecter la concurrence. 79

2.8.6      Conclusions sur la loi de l'offre et de la demande. 79

2.8.6.1           Le marché n'est jamais libre à 100%... 79

2.8.6.2           Loi du marché et justice sociale. 80

2.8.6.3           Partage des profits entre actionnaires et travailleurs. 82

2.8.6.4           Entreprises « citoyennes » et consommateurs « charitables ». 84

2.8.7      Intervention de l'Etat dans la grande distribution.. 85

2.8.8      Les taxes pour limiter la concurrence. 85

2.8.9      Les quotas. 85

2.8.10    La publicité. 85

2.8.11    Bénéfices, impôts et protection de l'emploi 85

2.8.11.1         « Dictature des actionnaires » ou « des marchés », licenciements « boursiers »  86

2.8.11.2         Justification des licenciements « boursiers ». 88

2.8.11.3         Offres publiques d'achat (OPA), amicales ou inamicales. 89

2.8.12    Pour un libéralisme à visage humain.. 91

2.8.12.1         Principes du libéralisme. 91

2.8.12.2         Libéralisme et intervention de l'Etat dans l'économie. 92

2.8.12.3         Libéralisme et enrichissement personnel 93

2.8.12.4         Le libéralisme à visage humain.. 93

2.8.12.5         Comparaison entre libéralisme et communisme. 93

2.8.12.6         Comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés ». 95

2.8.13    Renouvellement naturel des produits : création et destruction d'emplois. 96

2.8.14    Créations et disparitions d'entreprises. 98

2.9  PIB et investissement 99

2.10       Les Français ne travaillent pas assez. 101

2.10.1    Taux d'emploi trop faible en France. 101

2.10.2    Trop peu d'heures de travail par an.. 101

2.11       L'absurdité de la RTT et des « 35 heures ». 103

2.11.1    Viol des lois économiques par trois gouvernements successifs. 104

2.11.2    Evaluation des conséquences des 35 heures par l'Assemblée nationale. 106

2.11.3    RTT et augmentation du nombre d'années de travail 108

2.11.4    Réduction du temps de travail et solidarité dans une entreprise. 108

2.12       L'interventionnisme de l'Etat français. 109

2.12.1    Le coût de l'interventionnisme : fonctionnaires et subventions. 109

2.12.2    Exemple de subventions désastreuses : BULL.. 110

2.12.3    Exemple d'aide massive à fonds perdus : la Corse. 110

2.12.4    Exemple de subventions scandaleuses. 110

2.12.5    Exemple : pratique anticoncurrentielle au détriment des contribuables. 111

2.12.6    Les grands projets d'infrastructure et la recherche. 111

2.12.6.1         Se méfier des annonces et promesses non tenues. 113

2.12.7    La politique de l'emploi 115

2.12.7.1         Chômage. 115

2.12.7.2         Définition d'une politique de l'emploi 116

2.12.7.3         Classement comptable des mesures par l'OCDE.. 116

2.12.7.4         Comparaison des dépenses pour l'emploi en Europe. 119

2.12.7.5         Coût relatif des emplois subventionnés par rapport au chômage. 120

2.12.7.6         Classement des mesures par objet d'intervention.. 122

2.12.7.7         L'indispensable formation tout au long de la vie. 123

2.12.7.8         Les transferts sociaux. 124

2.12.7.8.1     Transferts sociaux et revenus des ménages  125

2.12.7.8.2     Comparaison de la part des transferts sociaux dans le PIB en Europe  126

2.12.7.8.3     Les transferts sociaux reposent entièrement sur les salaires du secteur privé  127

2.12.7.9         Des allocations qui peuvent durer très, très longtemps. 128

2.12.7.10      Equilibre de l'emploi en théorie économique. 129

2.12.7.11      Ce que l'Etat peut faire pour favoriser l'emploi marchand. 131

2.12.7.12      Conclusion : impact des politiques de l'emploi 131

2.12.7.13      Trop de protection de l'emploi empêche d'embaucher 133

2.12.8    Le fonctionnement du marché du travail 134

2.12.8.1         Extraits du Traité Constitutionnel sur le « droit au travail ». 134

2.12.8.2         Placement, contrôle et indemnisation des chômeurs : l'usine à gaz. 134

2.12.8.3         Faut-il privatiser une partie du placement ?. 135

2.12.8.4         Prévision des besoins de main d'œuvre. 136

2.12.8.5         Retarder l'arrivée des jeunes sur le marché du travail et accélérer le départ des seniors  137

2.12.9    Une législation du travail trop contraignante. 139

2.12.9.1         Point de vue d'un investisseur 139

2.12.9.2         Législation du travail 139

2.12.9.3         Conclusions générales de l'étude sur les institutions et les lois. 140

2.12.9.4         Conclusions sur l'attractivité des lois des différents pays pour un investisseur 140

2.12.9.5         Comparaison de la France avec les autres pays. 141

2.12.10  L'Etat protecteur. 142

2.12.10.1      Protectionnisme douanier 142

2.12.10.2      Interventions dans l'économie. 142

3.    La productivité. 145

3.1  Niveau de vie et productivité - Comparaison avec les Etats-Unis. 145

3.1.1      La vérité sur la productivité horaire. 145

3.1.2      Effet de la rigidité de la législation du travail sur la productivité. 148

3.1.3      Effet des « 35 heures » (RTT) sur la productivité française. 148

3.1.4      Conclusion : la France a eu une politique erronée depuis les années 1990  149

3.1.5      PIB par habitant et bien-être. 151

3.2  La croissance de la productivité tire celle du niveau de vie. 151

3.2.1      Conditions de la croissance. 151

3.2.2      Comparaison Etats-Unis - France. 152

3.3  Capital investi par salarié et productivité optimale. 153

3.4  Conclusion : perte de compétitivité de la France. 153

3.5  Evolution de la productivité dans les services. 155

3.5.1      Cas particulier : productivité des fonctionnaires. 156

3.6  Investissements en capital aux Etats-Unis et en France. 157

4.    L'inflation. 159

4.1  Définitions. 159

4.2  Les diverses sortes d'inflation.. 160

4.2.1      Inflation monétaire. 160

4.2.2      Inflation par la demande. 161

4.2.2.1           Hausse des prix par la demande. 161

4.2.2.2           Inflation par la demande. 161

4.2.3      Inflation par les coûts. 162

4.2.3.1           Hausse des prix par les coûts. 162

4.2.3.2           Inflation par les coûts. 162

4.2.4      Relation entre taux de chômage et salaires. Courbe de Phillips. 163

4.2.4.1           Implications sur la lutte contre le chômage. 164

4.2.4.2           Stagflation.. 164

4.2.4.2.1        Comment la stagflation peut-elle survenir ?  164

4.2.4.2.2        Politique monétaire de la BCE   165

4.2.4.2.3        Stagflation et déplacement de la courbe de Phillips  166

4.2.5      Inflation importée. 168

4.2.5.1           Transmission des variations du taux de change aux prix à la consommation   169

4.2.6      Inflation budgétaire. 169

4.2.6.1           Déficit budgétaire de l'Etat 169

4.2.6.2           Une dette astronomique, une politique scandaleuse. 171

4.2.6.3           Assainissement budgétaire : la France très mal placée. 174

4.2.6.4           Réduction du déficit par tripotage des crédits des administrations. 175

4.2.6.5           Impact du déficit permanent de l'Etat sur l'économie. 176

4.2.6.6           Attention aux promesses non financées ! 177

4.2.7      Inflation par anticipation inflationniste. 177

4.3  Indicateurs de l'inflation.. 178

4.3.1      Indices des prix. 178

4.3.1.1           Aucun indice des prix n'est un bon indicateur de l'inflation.. 179

4.3.1.2           La constance de l'indice des prix à la consommation masque une inflation ! 180

4.3.2      Qu'est-ce qu'un bon indicateur de l'inflation ?.. 180

4.4  Les causes de l'inflation (c'est-à-dire de la hausse des prix) 181

4.5  Les effets de l'inflation.. 182

4.5.1      Effets d'une inflation trop forte. 183

4.5.2      Effets d'une inflation contenue. 184

4.5.3      Inflation, concurrence et instabilité professionnelle. 184

4.6  L'inflation en France et à l'étranger. 185

4.6.1      Que représente la monnaie ?.. 185

4.7  Récession, dépression, crise et déflation.. 186

4.8  Désinflation.. 187

4.9  L'Etat ne peut distribuer que l'argent reçu des contribuables. 188

4.9.1      Gouverner, c'est choisir. 188

4.9.2      L'exemple des soins remboursés par l'assurance maladie. 188

5.    L'économie française en bref 190

5.1  Secteurs d'activité. 190

5.1.1      Secteurs primaire, secondaire et tertiaire. 190

5.1.2      Secteurs public et privé. 190

5.2  Poids des secteurs dans les effectifs au travail et dans le PIB.. 191

5.3  Agriculture, sylviculture et pêche. 193

5.3.1      Concurrence des nouveaux membres de l'Union européenne. 193

5.4  Industrie et services. 194

5.4.1      Y a-t-il désindustrialisation ?.. 194

5.4.2      Pas de désindustrialisation, mais une mutation.. 195

5.4.3      Industrie et services évoluent de manière indissociable. 196

5.4.4      Un certain décrochage de l'industrie française. 197

5.4.5      Les services dans l'économie. 200

5.5  Importance des investissements à l'étranger. 203

6.    Critique des études et prévisions économiques. 206

6.1  Exemples d'études destinées aux investisseurs étrangers. 206

6.2  Exemple de prévisions boursières et économiques. 211

6.3  Conclusion sur les prévisions économiques. 211

6.4  Comment reconnaître un programme de gouvernement sérieux ?.. 211

7.    Sources  212

 

1.                    Actionnaire ou rentier ?

Ce chapitre explique l'importance des taux d'intérêt de référence fixés par la banque centrale d'un pays (aujourd'hui la Banque Centrale Européenne).

 

Chaque personne, adulte ou même adolescent, qui possède un livret d'épargne, sait que l'argent qui y est déposé rapporte des intérêts. Le rendement net d'un livret d'épargne (taux d'intérêt net d'impôts), est d'environ 3% avant inflation : une somme de 100€ déposée pendant un an rapporte 3€.

 

Un placement sur livret a l'intérêt d'être sans risque : le déposant retrouvera toujours son argent, quand il le voudra, et avec la certitude de toucher les intérêts au taux promis. Mais un livret d'épargne a un inconvénient : on ne peut y déposer beaucoup d'argent, il y a un plafond (environ 15.300€ pour un « Livret A »).

 

D'après L'Humanité [2], il y a en France quelques 46 millions de « Livrets A », ce qui fait de leurs épargnants autant de « capitalistes » (le mot politiquement correct est « investisseurs »), car tous s'intéressent au rendement de leur livret. Bien que 5% seulement des dépôts sur un livret atteignent le plafond, ces 5% représentent tout de même 2,3 millions de livrets et à peu près autant d'épargnants.

 

Les livrets d'épargne sont des placements sans risque : on les appelle parfois « placements de rentiers ».

 

Que peut faire un investisseur qui voudrait placer un capital supérieur au plafond du livret A ? Il y a plusieurs types de livrets, avec des plafonds différents. Mais les placements importants peuvent aussi se faire en emprunts appelés obligations, qui garantissent eux aussi que l'investisseur ne peut perdre ni sa mise, ni les intérêts promis.

 

Par exemple, les obligations d'Etat britanniques, où on prête l'argent à l'Etat anglais pour une durée de 5 à 15 ans, rapportent en ce moment un peu moins de 6% net d'impôts avant inflation. Elles sont parfaitement accessibles à un épargnant français. Mais elles obligent l'investisseur à attendre 5 à 15 ans avant d'être remboursé, ou à revendre ses obligations en bourse avec le risque de perdre (ou de gagner) de l'argent si leur cours au moment de la revente est inférieur (ou supérieur) au cours d'achat.

 

Enfin, un investisseur peut placer son argent en capital d'une entreprise, en achetant des actions. Ce type de placement est risqué, l'entreprise pouvant faire de mauvaises affaires, comme ce fut le cas pour France Télécom, et l'actionnaire peut alors perdre la majeure partie ou même la totalité de son capital [137]. Par contre, si l'entreprise marche bien, non seulement elle peut payer des dividendes à ses actionnaires, mais son cours de bourse peut monter ; il est fréquent, alors, que des investissements en actions rapportent 20% ou plus en un an.

 

En somme, plus un investisseur accepte de risques de perdre, plus il peut gagner. Inversement, un investisseur ne choisira le risque d'investir en actions que s'il espère gagner plus qu'avec un investissement en obligations : il demandera une « prime de risque ».

 

C'est la Banque Centrale Européenne (BCE) qui fixe le taux d'intérêt de référence (appelé aussi taux directeur) à partir duquel on émet des obligations et on emprunte de l'argent à une banque. Ce taux est resté à 2% du début 2003 à décembre 2005. Il est passé à 3.25 % le 11/10/2006. En 2005, avec une hausse des prix de 2.4%, le taux directeur de la BCE était donc inférieur à la hausse des prix, ce qui favorise les actionnaires par rapport aux rentiers, comme on va le voir.

Importance des rendements comparés des obligations et des actions

§           Si le rendement des obligations est plus élevé que le rendement des actions, personne n'investira en actions, parce que l'investissement sans risque en obligations rapportera davantage. En outre, les entreprises hésiteront à emprunter un argent cher pour investir, elles se développeront donc moins vite et embaucheront moins.

Conclusion : un taux de référence élevé entraîne donc un taux élevé pour les obligations et les emprunts et freine l'économie et l'emploi.

§           Si ce rendement est plus bas, des investisseurs prendront le risque d'investir en actions et des entreprises emprunteront. Actions (donc capital) et emprunts financeront le développement d'entreprises, qui embaucheront.

Le risque est alors, si le taux de référence est trop bas, que les emprunts des entreprises et des particuliers s'emballent, et que tous ces acteurs économiques disposent de beaucoup d'argent et le dépensent trop vite. Cette accélération des dépenses peut entraîner une hausse des prix appelée « inflation », hausse qui est dangereuse pour l'économie.

 

En résumé l'Etat, par banque centrale interposée, doit veiller à fixer un taux d'intérêt de référence qui représente un compromis acceptable entre le risque de freiner l'économie et le risque qu'elle s'emballe. Cet équilibre est matérialisé par le choix de la différence entre le rendement moyen des actions et le rendement des obligations, différence appelée « rendement excédentaire » ou « prime de marché ».

§           Plus cette différence est négative, plus pour un investisseur les obligations sont intéressantes par rapport aux actions, et plus l'économie est freinée.

Exemple : en 1993, le rendement des bons du Trésor allemand (emprunts de type obligataire à moins d'un an) a été supérieur de 4,2% à la croissance du PIB, ce qui a freiné énormément les investissements, donc les embauches (voir ci-dessous "Estimation du rendement moyen futur des actions").

§           Plus cette différence est positive, plus l'économie est accélérée et le risque d'inflation est élevé.

Exemple : entre 1919 et aujourd'hui, la prime de marché moyenne au Royaume-Uni a été de +8% à 9% par an, de même qu'aux Etats-Unis.

 

Estimation du rendement moyen futur des actions

Le rendement des actions d'une entreprise n'est connu qu'après la fin d'une année, lorsqu'on connaît à la fois les dividendes qu'elle versera à ses actionnaires et la variation de son cours de bourse.

 

Au niveau d'un pays entier, on estime par exemple que le rendement moyen des actions de ses entreprises variera comme le PIB [4] du pays : si le PIB augmente de 3% une année particulière, le rendement des actions augmentera aussi de 3%. C'est arbitraire et ce n'est qu'une estimation, mais cela permet à une banque centrale, qui a des projections de variation du PIB, de fixer son taux d'intérêt de référence.

 

La fragilité de cette estimation est certaine, parce qu'un événement imprévisible comme une guerre ou une envolée des cours du pétrole peut influer fortement sur le cours des actions et le PIB.

1.1                 Exemple d'impact du taux d'intérêt de référence

Voici un exemple de l'impact du choix par une banque centrale de son taux d'intérêt de référence. Il s'est produit en Allemagne, de la réunification économique de l'Est avec l'Ouest le 01/07/1990, à nos jours.

 

Lorsqu'on a unifié économiquement l'Allemagne de l'Est avec celle de l'Ouest, du jour au lendemain les industries obsolètes de l'Est ex-communiste se sont trouvées en concurrence avec celles de l'Ouest. L'effet a été foudroyant : la fabrication des automobiles Trabant, par exemple, a cessé du jour au lendemain, les Allemands de l'Est comme de l'Ouest préférant les autres marques, toutes supérieures aux Trabant. De manière générale, les produits de l'Est ont brusquement cessé de trouver preneur, ou ont dû baisser leur prix de vente au-dessous du prix de revient.

 

Comme le démontre le prix Nobel d'économie Joseph STIGLITZ dans [102], il y a une règle économique que nul pays ne peut se permettre de transgresser : lorsqu'un pays s'ouvre brutalement à la concurrence, celles de ses entreprises qui ne peuvent supporter cette concurrence périclitent, parce qu'elles n'ont pas le temps de s'adapter. La réunification brutale a donc créé à l'Est des millions de chômeurs.

 

Pour que ces chômeurs retrouvent du travail, il fallait que des entreprises, allemandes ou non, investissent à l'Est. Mais pour cela, elles devaient trouver des conditions favorables, notamment une main d'œuvre pas chère et des taux d'intérêt réduits, pour financer les sommes empruntées pour investir.

§           Or le coût de la main d'œuvre à l'Est est devenu anormalement élevé par rapport à sa productivité [28], parce que lors de la réunification la parité entre les monnaies de l'Est et de l'Ouest a été fixée à 1 Mark de l'Est (OM, pour Ost Mark) pour 1 Mark de l'Ouest (DM, pour deutsche Mark), au lieu de 3 OM pour 1 DM, rapport qui correspondait à la différence de productivité du travail (les salaires étaient restés inchangés).

§           En outre, les emprunts nécessaires à l'Etat allemand pour financer à l'Est ses investissements en infrastructures et prestations sociales ont été très élevés, comme on va le voir ci-dessous. Redoutant l'inflation, et constatant que les taux des emprunts sur les marchés financiers montaient (à cause de l'énormité des montants empruntés) la Bundesbank (la banque centrale d'Allemagne) a augmenté fortement les taux d'intérêt de référence, ce qui a rendu l'investissement (risqué) en capital et équipement d'entreprises très cher, et même sans avantage sur l'investissement (sans risque) en emprunts d'Etat. La Bundesbank a fixé les taux d'intérêt si haut que les prêts sans risque à l'Etat étaient plus intéressants que l'investissement à risque dans des entreprises.

 

Il n'y a donc eu que peu d'investissements privés en Allemagne de l'Est depuis 1990 à ce jour, faute d'attractivité pour des investisseurs. Donc, pour résorber le chômage, des emplois devaient être créés par l'Etat, qui est incapable de créer des emplois productifs (il ne peut créer que des emplois de fonctionnaire, qui coûtent de l'argent aux travailleurs productifs). L'Etat a donc investi, non en entreprises de production ou de services, mais en infrastructures censées favoriser l'implantation d'entreprises : routes, télécommunications, etc.

 

Lors de la réunification, l'Allemagne de l'Est comptait 16.4 millions d'habitants. Elle a reçu de l'Ouest des transferts financiers nets moyens de 120 milliards de deutsche Mark par an, dont 60% étaient des prestations sociales et seulement 23% (environ 30 milliards de deutsche Mark, c'est-à-dire 15 milliards d'euros) étaient des investissements en infrastructures.

 

Conséquences des choix de parité 1 OM = 1 DM et de taux de référence

14 ans après la réunification, le bilan du chômage à l'Est est désastreux, faute de création d'emplois productifs par des investisseurs. Cette partie de l'Allemagne a aujourd'hui des infrastructures exemplaires, mais sa main d'œuvre est toujours trop chère et les investissements sont bien plus rentables dans les pays voisins, comme la Tchéquie ou la Slovaquie, membres de l'Union européenne.

        En 14 ans, les dépenses nettes de l'Etat allemand à l'Est ont représenté environ 500 milliards d'euros en prestations sociales et 210 milliards d'euros d'investissements en infrastructures, sans réussir à résorber le chômage. Ces dépenses représentent plus de 44.000 euros par habitant en 14 ans, somme colossale.

1.2                 Conclusions : trois règles économiques

1)       Une ouverture trop brutale à la concurrence détruit des entreprises et crée des chômeurs. Une ouverture suffisamment progressive laisse aux entreprises les plus souples le temps d'adapter leurs méthodes et outils de travail, la compétence de leur personnel et leur gamme de produits, donc une bonne chance de survivre.

Exemple : c'est pour permettre cette adaptation que l'Accord (international) Multifibres de 1974 a prévu 30 ans avant de supprimer les barrières freinant les importations textiles. L'explosion des importations de vêtements à bas prix fabriqués en Asie a été retardée jusqu'au 01/01/2005.

2)       Avec un mauvais choix de taux de référence par la Banque Centrale, aucune intervention financière de l'Etat ne peut compenser le handicap pour les investisseurs et les entreprises qui veulent emprunter.

3)       Après 14 ans, l'échec de l'Etat allemand à créer des emplois économiquement pérennes parce que rentables illustre une règle générale : seules des entreprises peuvent créer des emplois économiquement valables, l'Etat ne peut le faire, même avec beaucoup argent. L'Etat ne peut embaucher que des fonctionnaires, dont les salaires devront être financés par la production vendable du secteur privé.

1.3                 Pourquoi cette erreur de taux d'intérêt de la Bundesbank ?

Jusqu'au début des années 1990, l'Allemagne a été très fière de sa croissance économique, assurée en maîtrisant l'inflation grâce à une politique de taux d'intérêt de référence ajustée à la croissance du PIB : le taux de référence était fixé par la Bundesbank pour ne pas laisser croître la masse monétaire [7] plus vite que le PIB [4].

 

Lors de la réunification, la masse monétaire a augmenté brusquement de la valeur des liquidités créées artificiellement lorsqu'on a ajouté aux DM en circulation l'ensemble des OM, évalués à 3 fois leur valeur économique réelle. Redoutant l'inflation, la Bundesbank a alors fixé un taux de référence très haut, pour freiner les emprunts et la possibilité d'inflation.

        Indépendante du gouvernement allemand, elle a agi selon son habitude, en faisant confiance au seul jugement de ses fonctionnaires. Ce faisant, elle s'est comportée comme si seul comptait le risque d'inflation, comme s'il n'y aurait pas de problème de financement des investissements à l'Est. Mais ce taux d'intérêt trop élevé a freiné les investissements, d'où la catastrophe économique et le chômage, qui perdurent encore 14 ans après.

 

L'Allemagne ayant l'économie la plus importante de l'Union européenne, lorsqu'on a créé la Banque Centrale Européenne en 1998, on lui a imposé des statuts analogues à ceux de la Bundesbank : indépendance par rapport aux gouvernements européens et mission exclusivement anti-inflation. Voyons cela en détail.

1.4                 Banque Centrale Européenne

Source : [6] "Banque Centrale Européenne", [8] "SEBC" et [122].

 

Pour accéder à un texte expliquant la lutte de la BCE contre l'inflation et l'absurdité des attaques dont elle fait l'objet de la part de politiciens français, cliquer ici.

 

La BCE est entrée en fonction le 01/07/1998, quelques mois avant l'ultime phase de l'union monétaire de l'Europe, qui a fait passer le 01/01/1999 les marchés financiers à l'euro et a unifié la politique monétaire. C'est une institution indépendante des gouvernements nationaux de l'Union européenne et des autres institutions européennes (Commission, Parlement, Conseil Européen, Conseil des Ministres Européen, Cour de Justice, Cour des Comptes, Comité Economique et Social), institution qui travaille en fonction de son cahier de mission et des opinions des banquiers qui la dirigent.

 

La BCE a pour mission essentielle d'assurer la stabilité à moyen terme des prix dans la zone euro, c'est-à-dire d'empêcher l'inflation (ou la déflation !) de dépasser 2% par an. Pour ce faire, elle définit une politique monétaire unique (la même pour tous les pays membres), qu'elle met en œuvre avec trois catégories d'instruments :

§           Les opérations d’open-market, qui consistent essentiellement dans des opérations de vente ou d’achat fermes de titres ou de prises en pension ;

§           Les facilités permanentes, qui permettent soit d’accroître la liquidité bancaire lorsqu’elle manque, soit de l’absorber lorsqu’elle est en excès ;

§           Les réserves obligatoires que les établissements de crédit doivent constituer auprès de leur banque centrale nationale.

 

Ces instruments permettent de moduler les conditions de refinancement des banques de second rang ou leur besoin structurel de liquidités, et ce faisant, d’agir indirectement sur le crédit, en rendant son accès plus facile ou plus difficile.

 

La BCE annonce un taux d'intérêt de référence, dont l'objectif est de contenir la croissance de l'argent disponible (la masse monétaire M3, voir [7] et [175]) en deçà d'une valeur de référence d'environ 4,5% par an hors inflation. Cette valeur de référence dépend de la croissance du PIB de la zone euro.

 

 

Mécanisme par lequel la BCE stabilise les prix en jouant sur les taux d'intérêt de référence (taux directeurs) qu'elle pratique, selon [122] page 45
Le graphique montre aussi, à droite, des influences extérieures échappant au contrôle de la BCE

 

 

La BCE a donc pour rôle essentiel d'empêcher l'inflation à moyen terme grâce à une politique de taux d'intérêt à court terme et de contrôle de la quantité de crédits disponibles. Il y a donc un « délai de transmission » entre une modification du taux de référence par la BCE et des effets visibles sur l'économie, délai souvent supérieur à 6 mois.

 

Voir aussi l'étude plus complète et plus récente de la dette publique et de ses conséquences dans "Grâce au feu vert de l'Union européenne, notre déficit budgétaire croîtra encore plus vite sur le dos des générations suivantes".

1.4.1             Effets du taux d'intérêt de référence fixé par la BCE

Comme expliqué au début de la section "Actionnaire ou rentier ?" un taux de référence élevé freine le crédit, donc l'économie, et un taux bas l'accélère au risque de favoriser l'inflation. Une modification du taux n'agit qu'au bout de 6 mois ou plus.

 

Mais ce taux a aussi un effet sur le cours de change (appelé taux de change) de l'euro par rapport aux devises étrangères : dollar, livre sterling, yen japonais, etc.

§           Un taux élevé rémunère beaucoup les prêts d'argent et attire donc en zone euro l'argent étranger : les étrangers achètent donc des euros en échange de leurs propres devises, ce qui les fait baisser et fait monter l'euro.

Un euro qui a une valeur élevée rend les importations de l'Union européenne bon marché, ce qui est favorable aux consommateurs européens, mais rend ses exportations chères, ce qui nuit à la compétitivité des entreprises européennes.

§           Un taux bas a l'effet inverse : il fait baisser l'euro, favorise les exportations et provoque une hausse du coût des importations, donc des prix payés par les consommateurs sur les biens et services importés.

1.4.1.1                        Principe de la « neutralité à long terme »

A court terme, une baisse des taux de référence de la banque centrale peut, en facilitant les emprunts, relancer la consommation et l'investissement (qui représentent ensemble 90.8 % du PIB selon [139]), donc l'économie toute entière ; son effet se voit au bout de six mois à un an, et risque d'être accompagné d'une hausse des prix. Mais une telle relance par les taux n'est qu'une impulsion dont l'effet ne peut durer indéfiniment. Nous allons voir à présent l'effet à long terme d'une baisse des taux de référence et de la hausse de la masse monétaire en circulation.

 

Source : Document de la BCE [122] pages 41 et 42.

"…à long terme, c’est-à-dire après que tous les ajustements de l’économie ont été assimilés, une modification de la quantité de monnaie présente dans l’économie se traduit par un changement du niveau général des prix et n’induit pas de modifications permanentes de variables réelles telles que la production réelle ou le chômage."

"Une variation de la quantité de monnaie en circulation représente, en fin de compte, une modification de l’unité de compte (et donc du niveau général des prix) qui laisse toutes les autres variables inchangées, tout comme un changement de l’unité standard utilisée pour mesurer la distance (où l’on passerait par exemple du kilomètre à la lieue) ne modifierait nullement la distance réelle entre deux endroits."

"A long terme, la banque centrale ne peut pas influencer la croissance économique en modifiant l’offre de monnaie."

Elle peut, par contre, influencer durablement les prix.

 

Page 49, le texte [122] cite la conclusion de différents modèles économétriques de la zone euro concernant l'effet d'une hausse de 1 % du taux directeur de la BCE maintenu ensuite pendant deux ans :

"Une hausse du taux d’intérêt [de référence de la BCE] à court terme débouche sur une baisse provisoire de la production [PIB de la zone euro] qui culmine environ deux ans après l’impulsion initiale de politique monétaire et revient au niveau de départ par la suite. Dans le même temps, les prix reviennent progressivement à un niveau durablement plus faible."

 

Les citoyens doivent donc comprendre qu'à long terme aucune politique monétaire de la BCE, aucune baisse des taux d'intérêt directeurs, ne peut créer de la croissance ou combattre le chômage.

 

1.4.2             Les limites du pouvoir de la BCE

La BCE maîtrise le taux d'intérêt de référence de la zone euro, mais pas la politique de change de l'euro [8] (c'est-à-dire les cours de l'euro par rapport à d'autres devises), qui est du ressort du conseil ECOFIN [8] (qui rassemble les ministres des Finances des États membres).

 

Plus généralement, la BCE n'a pas de pouvoir sur les politiques économiques des états membres, dont la coordination relève du conseil ECOFIN. Elle n'a pas non plus une fonction prudentielle (surveillance de la solvabilité des banques centrales) ni une fonction de prêteur ultime d'argent à ces banques.

 

La BCE a donc les moyens de lutter contre l'inflation, mais pas de soutenir la croissance, ni de maîtriser la politique de change de l'euro, ni d'assurer la stabilité financière de la zone euro en jouant un rôle de prêteur ultime, toutes prérogatives dont dispose son homologue américaine, la Réserve Fédérale.

 

Le gros problème de la zone euro résulte de l'indépendance des politiques économiques de ses pays membres. A un instant donné, certains auraient besoin d'un taux de référence bas, pour soutenir leur consommation, leurs investissements et leurs exportations ; et d'autres auraient besoin d'un taux élevé pour ralentir la hausse des prix ou l'emballement de l'économie.

        Or on ne peut pas, dans la zone euro, pratiquer des taux d'intérêt différents d'un pays membre à un autre, car cela engendrerait des trafics : des gens emprunteraient à un taux bas dans un pays A pour placer à un taux élevé dans le pays B, et rembourseraient au bout d'un certain temps en empochant des bénéfices. Du fait de cette unicité du taux d'intérêt dans la zone euro et des politiques économiques indépendantes, les réglages monétaires de la zone ne sont jamais optimaux. C'est là un problème majeur pour lequel il n'existe qu'une seule solution : intégrer les politiques économiques européennes, en renonçant à une grande partie de la souveraineté des divers pays, c'est-à-dire faire l'Europe, ce à quoi une majorité de Français et de Néerlandais se sont opposés en 2005.

1.4.3             Conclusion

Le Système Européen des Banques Centrales (SEBC) [8] , appelé aussi Eurosystème, auquel appartient la BCE est donc une institution à la mission trop limitée, qu'il faudrait réformer dès que possible. Mais en donnant plus de pouvoir à la BCE on en retirerait aux divers pays, ce qui éloignerait l'Union européenne de sa structure confédérale actuelle pour aller vers une structure plus fédérale. Et cela, les divers chefs d'Etat et de gouvernement actuels, jaloux de leurs prérogatives et chacun méfiant vis-à-vis des autres, n'en veulent pas.

1.4.4             Entrée d'un pays dans la zone euro

1.4.4.1                        Critères d'entrée à satisfaire par un pays qui veut rejoindre la zone euro

Voir [165] et "Critères de convergence" http://www.ecb.int/ecb/orga/escb/html/convergence-criteria.fr.html#exchange .

1.4.4.2                        Avantages que la zone euro apporte à ses membres en plus du contrôle de l'inflation par la BCE

Voir [166].

1.4.4.3                        Pays membres de la zone euro

Selon la BCE http://www.ecb.int/bc/intro/html/map.fr.html les 12 pays membres de la zone euro sont : la Belgique, l’Allemagne, la Grèce, l’Espagne, la France, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Autriche, le Portugal, la Finlande.

"La République tchèque, le Danemark, l’Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Slovénie, la Slovaquie, la Suède et le Royaume-Uni sont membres de l’UE, mais ne font pas partie à l’heure actuelle de la zone euro. Le Danemark, l’Estonie, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Slovénie et la Slovaquie participent au mécanisme de change européen II (MCE II), ce qui signifie que la couronne danoise, la couronne estonienne, la livre chypriote, le lats letton, le litas lituanien, la lire maltaise, le tolar slovène et la couronne slovaque sont liés à l’euro. À l’avenir, d’autres pays devraient intégrer le MCE II."

1.4.5             L'opinion de la Cour des comptes sur la Banque de France

Voir [152], qui décrit les progrès récents de la BdF, mais aussi les contraintes auxquelles elle doit faire face et ses gaspillages.

1.5                 Conclusion pour la France

Comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est, il est absurde, en France, d'espérer que des entreprises qui licencient dans une région y financent avec succès des créations artificielles d'emplois, avec ou sans aide de l'Etat, comme la loi les y contraint ! Ces créations artificielles d'emplois ne marchent pas car les conditions économiques suivantes ne sont pratiquement jamais réunies :

§           Présence d'une main d'œuvre qualifiée à prix intéressant (il n'existe plus de main d'œuvre qualifiée bon marché en France si on compare son coût à celui de certains autres pays européens comme la Tchéquie, la Slovaquie, la Roumanie, La Lituanie, etc.) ;

§           Région où le marché local est intéressant par la clientèle qu'il apporte (population nombreuse à revenu confortable) ;

§           Région bien desservie en matière de transports ;

§           Impôts sur les sociétés et sur les investissements réduits, etc. Voir la section "L'attractivité géographique" du chapitre Compétitivité.

 

Pour du travail industriel non qualifié, un investisseur aura toujours intérêt, ces temps-ci, à investir dans des pays où ce travail coûte moins qu'en France et la législation de l'emploi est moins contraignante. Inutile d'espérer rentabiliser en France des emplois de type Moulinex, ou pour fabriquer des T-shirts.


2.                    Chômage et politiques économiques

La définition de la qualité de chômeur est donnée en [133]. Nous allons étudier d'abord la relation entre PIB [4] d'un pays et emploi total [12]. Une liste d'autres paramètres intervenant dans la création d'emplois est disponible au paragraphe qui décrit un modèle de création d'emplois. Voir aussi le paragraphe "Les Français ne travaillent pas assez".

2.1                 Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total

 

Relation entre croissance du PIB et croissance de l'emploi total


 

Sources : [10] et [11] - Définitions : du PIB [4], de l'emploi total [12].

 

Le graphique ci-dessus montre que les courbes du PIB et de l'emploi total en France sont remarquablement parallèles. Noter en particulier la crise de 1993. Ce phénomène se produit dans tous les pays. Avec des données statistiques plus fines, montrant les variations trimestrielles au lieu des variations annuelles comme ci-dessus, on s'aperçoit que la courbe de l'emploi suit celle du PIB avec un décalage d'environ six mois : lorsque l'activité (mesurée par le PIB) croît, l'emploi suit quelques mois après, comme le montre le graphique suivant, issu de [43] page 56 :

 

 

La croissance de l'emploi suit celle du PIB français environ 6 mois après

 

Conclusion

La cause précédant toujours l'effet, c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi, pas l'emploi qui fait croître le PIB.

        Il est important de souligner ce fait, car de nombreux politiciens et syndicalistes pensent, au contraire, qu'il suffit de créer des emplois artificiellement (c'est-à-dire, en pratique, avec de l'argent public) pour faire croître le PIB. Nous verrons plus bas qu'une telle politique de l'emploi ne marche pas.

Remarque sur le retournement de tendance depuis 2000

A partir de 2001, il y a eu éclatement de la « bulle Internet », (particulièrement aux Etats-Unis, qui sont le principal moteur de l'économie mondiale). Par excès d'optimisme sur les effets bénéfiques de l'adoption des technologies Internet dans les économies avancées, il y avait eu un investissement excessif en technologies de réseaux (serveurs, télécommunications). Lorsqu'on s'est aperçu que ces investissements ne rapporteraient pas autant qu'espéré, et surtout pas aussi vite, il y a eu éclatement de la « bulle Internet », avec retournement de conjoncture et baisse d'activité économique.

 

Ce retournement de conjoncture s'est propagé aux autres économies avancées, notamment à celle de l'Union européenne et donc à celle de la France. D'où, à partir de 2001, la croissance de moins en moins rapide du PIB, suivie même d'une décroissance (voir courbes ci-dessus). L'économie américaine a redémarré au bout de 2 ans, grâce aux taux d'intérêt très bas et à la baisse des impôts ; l'économie française a redémarré si peu, depuis, que la croissance du PIB est de l'ordre de celle de la productivité, malgré les injections massives d'argent de l'Etat dues à ses déficits. En outre, beaucoup de créations d'emplois actuelles en France sont dues aux incitations financières, payées par les impôts et les emprunts publics dus au déficit.

2.1.1             Pourquoi y a-t-il un retard de l'emploi sur l'activité ?

Pour avoir un exemple, prenons un métier industriel et supposons qu'un fabricant voit croître son activité : son carnet de commandes s'emplit. Avant d'embaucher pour fabriquer davantage, il va d'abord :

§           Livrer les articles qu'il a en stock, puis se mettre à en fabriquer d'autres.

§           Augmenter ses cadences de fabrication tant que c'est possible.

§           Lorsque sa capacité de production est saturée, il va essayer diverses possibilités avant d'embaucher : améliorer son organisation pour éliminer des goulots d'étranglement ; remplacer certaines machines par des machines plus rapides ; essayer de sous-traiter certaines opérations de la gamme de fabrication ou la production de certains articles, etc.

§           Enfin, ayant fait le maximum pour produire plus sans embaucher, il va se résoudre à chercher du personnel, qu'il va mettre un certain temps à trouver et à former. Et parfois il faudra trouver des locaux ou en agrandir…

 

On voit donc qu'il y a forcément un délai entre la croissance de l'activité d'un pays, donc de son PIB, et sa conséquence sur le nombre d'emplois. Ce délai est de l'ordre de six mois, parfois un peu plus. Et le raisonnement est le même pour des activités de services : lorsque l'activité croît, l'emploi suit quelques mois après.

        Bien entendu, pour que l'emploi puisse croître, certaines conditions doivent être remplies : il faut pouvoir trouver du personnel dans les qualifications nécessaires ; il faut disposer de l'argent nécessaire pour recruter, former et équiper les nouveaux salariés ; il faut que les fournisseurs de produits et de services qui concourent à la fabrication puissent, eux aussi, augmenter leur activité, etc.

2.1.2             Croissance sans création d'emplois

Lorsque l'emploi a crû de 1 % une année donnée, il peut avoir augmenté encore plus dans certains secteurs d'activité et bien moins, voire pas du tout dans certains autres ; dans d'autres, enfin, il peut avoir diminué. Ainsi donc, à un moment donné certains secteurs d'activité peuvent être euphoriques et d'autres déprimés.

        Si au lieu de considérer la variation de l'emploi par secteur d'activité on la considère selon le revenu, il y aura aussi des inégalités, par exemple lorsque - comme on le fait très souvent en France - les bas salaires reçoivent chaque année un « coup de pouce » supplémentaire dont les revenus supérieurs ne bénéficient pas.

2.1.2.1                        La première cause de perte ou de non-création d'emplois est la productivité

Toutes les études économiques récentes montrent que la première cause de la croissance du PIB avec peu ou pas de création d'emplois n'a aucun rapport avec la mondialisation, les sous-traitances et les délocalisations. Qu'il s'agisse de pays émergents comme la Chine (où les usines ultramodernes et super-automatisées produisent énormément avec peu de main d'œuvre), ou de pays avancés comme les Etats-Unis et la France, la croissance de la production (constatée par celle du PIB) provient surtout de la croissance de la productivité. C'est parce qu'on produit toujours plus intelligemment - avec une meilleure organisation, et plus facilement - avec du matériel plus performant, que cet accroissement de production satisfait la croissance de la demande en ne recourant que peu à l'embauche.

Les délocalisations jouent un rôle, en permettant de produire moins cher et même de faire de la R&D moins cher, mais en nombre d'emplois leur effet est modeste.

 

Le problème est qu'on ne peut empêcher la croissance de la productivité pour préserver l'emploi, du fait de la concurrence et parce qu'une meilleure productivité permet une baisse des prix favorable aux consommateurs.

2.1.2.2                        Productivité et emploi

En moyenne, la productivité croît de 1.6 % par an en France et dans l'Union européenne (elle a crû de 1.8 % en 2004 d'après [119] et même plus d'après [145]). Il faut donc, en moyenne, une croissance d'au moins 1.6 % du PIB pour que le nombre total d'emplois augmente. Mais cette augmentation totale éventuelle provient nécessairement de secteurs (ou de tranches de revenu) qui croissent plus vite et d'autres qui croissent moins vite, voire décroissent. Voici selon [164], qui cite l'INSEE, l'évolution comparée des effectifs salariés dans 3 grands secteurs d'activité :

 

 

Evolution comparée des effectifs de 3 grands secteurs d'activité selon L'INSEE

 

 

Le graphique ci-dessus illustre la croissance continue des effectifs des services (secteur d'activité dit « tertiaire ») au détriment de ceux de l'industrie (secteur « secondaire ») : on parle de tertiarisation de l'économie, phénomène qui touche toutes les économies avancées.

 

Il peut même arriver que le PIB total du pays croisse, du fait de certains secteurs très dynamiques dont la productivité fait un bond, sans que l'emploi total croisse : il y a alors croissance sans création d'emplois.

 

Selon [129], la croissance minimum nécessaire en France pour créer des emplois est traditionnellement de l'ordre de 2 %; et elle est de 1.7 % depuis 2005 selon [164]. C'est ainsi que, d'après [119] et [120], malgré une croissance de son PIB de 2.4 % en 2004, la France a créé cette année-là moins de 20 000 emplois, c'est-à-dire moins de 1 millième de la population active de 24.7 millions de personnes ! Le chômage a donc augmenté de 0.2 % par rapport à 2003.

        On voit à quel point les fréquents « coups de pouce au SMIC » ont empêché l'embauche, trop de salariés étant trop chers pour les entreprises, malgré les compensations par baisse des charges accordées à ces entreprises par le gouvernement : avec des salaires trop élevés, les entreprises s'efforcent de substituer de la productivité aux embauches, quitte à investir si nécessaire (comme l'explique le texte "Travail ou Capital ? - La fonction de production").

 

La stagnation de l'emploi depuis 2001 - et donc la persistance du chômage - est illustrée par le graphique suivant, issu de [164] qui cite l'INSEE ; il s'agit d'emplois marchands, parfois subventionnés, mais pas d'emplois dans la fonction publique :

 

 

Stagnation de l'emploi marchand non agricole en France depuis 2001 selon l'INSEE

 

 

Le graphique ci-dessous, issu de [181], illustre le poids croissant des salaires dans les entreprises françaises, et la dégradation progressive de leur taux de marge.

 

 

Evolution du coût de main d'œuvre et du taux de marge
des entreprises françaises, base 100 en 1998

 

 

L'évolution de 1998 à 1999 montre le fort impact des lois anti-entreprises du gouvernement socialo-communiste de M. Jospin en 1997. Depuis, les entreprises françaises sont donc :

§           De plus en plus écrasées par les coûts de main d'œuvre, ce qui handicape leur compétitivité, décourage les embauches et encourage les délocalisations ;

§           De moins en moins bénéficiaires, ce qui handicape leur capacité d'investissement et diminue la rentabilité pour les actionnaires, qui sont donc encouragés à investir ailleurs.

 

Nous verrons plus bas que chaque jour ouvrable, 10 000 emplois sont détruits en France et remplacés par 10 000 autres. Il y a donc une évolution constante de la répartition des qualifications des travailleurs, donc de leurs salaires. Le nombre de travailleurs ayant un salaire donné change donc un peu (en euros constants) d'une année sur l'autre : l'année n + 1, il se peut par exemple que le rapport entre le nombre de salariés gagnant 3 000€ par mois et celui des salariés gagnant 1 200€ par mois soit différent de celui de l'année n. Avec le même nombre de travailleurs, le PIB peut ainsi varier un peu indépendamment de la productivité moyenne.

 

La conséquence pratique est que la croissance minimum nécessaire pour créer des emplois peut varier de part et d'autre de celle de la productivité. Si par exemple l'emploi s'enrichit en qualifications mal payées par rapport à celles qui sont bien payées, il suffit d'une moindre croissance du PIB pour que des emplois soient créés. C'est ce qui s'est produit en France en 2005 [141], du fait des nombreux emplois peu qualifiés créés avec l'aide financière de l'Etat : avec une croissance du PIB de l'ordre de 1.6 % seulement, il y a eu 60 000 emplois marchands créés ; le PIB et les emplois se sont enrichis en emplois faiblement qualifiés et peu payés, ceux qui sont le plus facilement détruits par la concurrence des pays à bas salaires et les délocalisations.

 

Voici un graphique issu de [145] page 2 qui permet de mieux comprendre l'évolution des gains de productivité en France, en séparant l'activité industrielle et l'activité de services (tertiaire) et en les regroupant dans l'ensemble de l'économie :

 

 

Evolution des gains de productivité en France par secteur

 

 

Il faut savoir que les gains de productivité dans les services sont toujours bien plus faibles que dans l'industrie. Or la part des services dans l'économie (environ 70 %) croît sans cesse, ce qui tend à rapprocher le gain national de productivité de celui des seuls services, et tend à diminuer le rythme de croissance du gain de productivité national.

 

Voici, selon [145] page 2 un graphique montrant (courbe verte) la variation du taux annuel minimum de croissance du PIB français nécessaire pour une création nulle d'emplois, c'est-à-dire le taux au-dessus duquel l'économie française crée des emplois :

 

 

Variation du taux annuel minimum de croissance du PIB
nécessaire pour que l'emploi croisse en France

 

 

Les trois traits bleus horizontaux représentent des moyennes lissées sur 10 ans. On voit qu'il existe une tendance lourde à ce que la croissance s'enrichisse en emplois, parce que de plus en plus la croissance du PIB est celle des services, où la productivité croît moins vite.

 

Depuis 1996, la productivité croissant plus vite aux Etats-Unis qu'en Europe et notamment en France, le retard de niveau de vie de notre pays s'accroît. Le rapport du Sénat [146] parle même de « décrochage » de la France par rapport aux Etats-Unis, en donnant le tableau suivant :

 

 

 

1983-1990

1990-1995

1995-2000

1995-2001

France

2.48

1.01

0.91

0.65

Etats-Unis

1.24

1.58

2.16

1.99

Evolution comparée des croissances annuelles de la productivité en % par tête

 

Pour combattre cette perte progressive de compétitivité, les rapports Camdessus [17] et Beffa [88] préconisent d'investir en R&D et en Technologies de l'Information et des Communications (TIC) ; voir "La France obligée d'innover sans cesse". Voir aussi "L'incomparable contribution des TIC à la croissance".

 

Pour bien comprendre les choix politiques, voir aussi la section du Tome 2 "Politiques structurelles, productivité et emploi".

2.1.3             Santé économique : taux de chômage ou taux d'emploi ?

Nous avons l'habitude d'évaluer la situation économique d'après le taux de chômage : « s'il y a peu de chômeurs, l'économie va bien. » Cette déduction n'est pas nécessairement juste : le chômage peut aussi baisser si la population active diminue, libérant des emplois ; certains de ceux-ci sont alors pris par des chômeurs, dont le nombre diminue sans que l'économie ait créé d'emplois. Cela se produit en France ces temps-ci, avec le départ en retraite de nombreux travailleurs nés immédiatement après la deuxième guerre mondiale.

 

Il ne faut donc pas se féliciter de la baisse du taux de chômage, comme l'ont fait les gouvernements Raffarin et De Villepin, en oubliant de rappeler que cette baisse est due en partie à la croissance du nombre de départs en retraite, en partie aux très nombreux emplois subventionnés (entre 13.8 % et 21.8 % des offres d'emploi reçues par l'ANPE, selon [167]) et en toute petite partie seulement à la croissance de l'économie.

        Du reste, les chiffres officiels [169] montrent que sur un an, du 2ème trimestre 2005 au 2ème trimestre 2006, l'emploi salarié marchand (sans administration, éducation, santé, action sociale et agriculture) n'a augmenté que de 105 700 personnes, soit 0.7 %, chiffre insignifiant compte tenu de la croissance mondiale qui tire nos exportations et des emplois subventionnés : il n'y a vraiment pas de quoi se vanter !

 

D'après ce qui précède, une économie qui va bien a de la croissance (son PIB augmente) et c'est cette croissance qui entraîne la croissance du nombre d'emplois. Une meilleure manière de juger de la santé de l'économie est donc de se baser sur le taux d'emploi, rapport de la population qui a un emploi à la population en âge de travailler. Si le taux d'emploi augmente, l'économie est saine car elle crée plus d'emplois que de personnes en âge de travailler.

 

Cette manière de raisonner est aussi très importante dans les pays où la population croît vite, comme les pays arabes ou l'Inde : chaque année, ils doivent créer au moins autant d'emplois que de personnes supplémentaires en âge de travailler.

2.2                 Il y a de bonnes et de mauvaises politiques économiques

Les variations de l'activité d'un pays ne sont pas dues au hasard. Elles résultent des lois économiques et des décisions politiques. Pour illustrer la différence des résultats en matière d'emploi des politiques de divers pays, considérons le graphique ci-dessous, qui commence en 1991, année qui suit la réunification de l'Allemagne.

 

 


Croissance comparée de l'emploi total [12] par rapport à 1991 de 4 pays selon [11]


§           Le nombre de personnes qui travaillent a commencé par décroître jusqu'en 1994 pour la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, par suite d'une récession économique, et le chômage a augmenté.

§           A partir de 1995, la France et la Grande-Bretagne ont recommencé à créer des emplois et le chômage a baissé.

Contrairement à ce que pensent les prophètes de malheur, en 2004 la France a continué à créer des emplois et l'emploi total y est stable depuis. Elle a créé 2.4 millions d'emplois depuis 1991, soit 11% de plus. Les médias ne nous parlent que du chômage, qui reste stable aux environs de 10 %; ce faisant, ils donnent une image inutilement inquiétante de notre économie. S'ils faisaient bien leur métier, ils rappelleraient aussi que la France, qui a perdu 90 000 emplois de 2002 à 2003 (nombre insignifiant) en crée de nouveau un peu depuis 2004 selon [16].

Comment se fait-il que le taux de chômage [13] reste à peu près stable, alors que le nombre de personnes qui travaillent (population active occupée [14]) augmente ? C'est que la population active totale (actifs occupés + chômeurs) de la France est passée de 24.4 millions en 1991 à 26.4 millions en 2004, soit 2 millions de personnes de plus. Selon [27] elle diminuera à partir de 2007 à 2010.

§           En 2003, 12 ans après la réunification de 1991, l'Allemagne n'a pas encore retrouvé son nombre de personnes au travail de 1991. Pire même, en 2003 ce nombre baisse : l'Allemagne est « l'homme malade de l'Europe ».

§           L'emploi n'a jamais cessé d'augmenter aux Etats-Unis, pays qui n'a pas de problème de natalité et qui accueille encore de nombreux immigrants de nos jours. Avec 17% d'emplois de plus en 2003 par rapport à 1991, les Etats-Unis ont créé 20 millions d'emplois en 12 ans. Leur population étant 4,7 fois plus nombreuse que celle de la France, leur rythme moyen de création d'emplois est 1,7 fois plus rapide que le nôtre ! Et ils ont créé plus de 2 millions d'emplois en 2004.

§           La mondialisation n'a rien à voir avec les résultats décevants de la France : dans les mêmes conditions économiques en Europe, le Royaume-Uni, de même population que nous, a deux fois moins de chômeurs, un PIB par habitant plus élevé et une croissance supérieure. C'est bien que leurs choix politiques sont meilleurs.

Du reste, à l'intérieur même de la France l'économie va bien mieux dans certaines régions que dans d'autres. L'égalité à laquelle tous les hommes aspirent ne résulte pas naturellement du fonctionnement de l'économie ; seules des interventions de l'Etat ou de l'Union européenne peuvent tenter de corriger un peu les inégalités entre régions.

 

Conclusion sur la gouvernance des pays ci-dessus au point de vue chômage

A l'évidence, les gouvernements de ces quatre pays n'ont pas eu la même efficacité (on dit : la même qualité de « gouvernance ») dans leur lutte contre le chômage.

§           Les Etats-Unis ont une aptitude extraordinaire à créer des emplois, tout en maintenant leur chômage de la période 1991-2003 entre 4% et 7.5%, c'est-à-dire plus bas que le nôtre ; à l'évidence, leur gouvernance est excellente.

§           La France et la Grande-Bretagne ont des aptitudes à créer des emplois comparables, mais la Grande-Bretagne a réussi à faire baisser son chômage sans discontinuer depuis 1993 ; il était, en 2003, de 4.8%, c'est-à-dire 2 fois inférieur au nôtre. La gouvernance de la Grande-Bretagne, pays de même population que la France, est donc bien meilleure que la nôtre au point de vue du chômage.

§           L'Allemagne est mal gouvernée depuis sa réunification : son PIB stagne ou baisse ; elle détruit donc des emplois et son taux de chômage stagne.

 

Nous allons donc essayer de comprendre les pratiques de bonne gouvernance en matière de PIB, puisque nous savons que c'est la croissance du PIB qui crée l'emploi. Commençons par l'aptitude de certains pays, en période de croissance mondiale, à faire croître leur PIB un peu plus vite que les autres :


Croissance annuelle du PIB (1981-2003) d'après [10]

On a délimité par des traits verticaux les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001

 

En période de croissance mondiale, les cinq pays considérés en profitent tous pour croître, mais l'Irlande, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis croissent plutôt plus vite que la France et surtout l'Allemagne.

 


Voici à présent, selon [11], une comparaison des taux de chômage des cinq pays de 1981 à 2003.

 

Comparaison des taux de chômage (1981 - 2003) selon [11]

On a délimité par des traits verticaux les deux périodes de croissance mondiale : 1987-88 et 1995-2001

 

 


On constate que :

§           Dans la première période de croissance mondiale, 1987-1989 :

·            Le chômage décroît de 10% en France et de 8% en Allemagne ;

·            Le chômage décroît de 31% en Grande-Bretagne (pays de même population que la France, où il était à peu près au même niveau en début de période), de 10% en Irlande et de 11% aux Etats-Unis (pays qui a créé 5 millions d'emplois ces deux années-là).

§           Dans la seconde période de croissance mondiale, 1995-2001 :

·            Le chômage décroît de 23% en France et de 0,2% en Allemagne

·            Le chômage décroît de 44% en Grande-Bretagne, de 70% en Irlande (!) et de 30% aux Etats-Unis (avec 10 millions d'emplois créés en 6 ans) avant de remonter légèrement.

§           Le taux de chômage se maintient en France à des niveaux élevés depuis le début des années 1980. Même lors des périodes de conjoncture favorable, il n’est guère descendu en dessous de 9%, ce qui est très supérieur à son niveau au Royaume-Uni et aux Etats-Unis par exemple (source : [51] page 1).

§           Le chômage et l’inactivité des femmes, encore plus que ceux des hommes, sont en France nettement plus fréquents que dans les autres pays du G7. Ainsi en 1998, le taux de chômage des femmes de 15 à 64 ans est de 13,9% en France, contre 4,6% aux Etats Unis et 5,5% au Royaume Uni (source : [51] page 1).

 

A l'évidence, les économies de la Grande-Bretagne, de l'Irlande et des Etats-Unis sont plus capables de profiter d'une période de croissance pour créer des emplois et réduire le chômage que les économies française et allemande.

 

Ce n'est pas le niveau du PIB [4] qui agit sur le chômage ou sa variation, c'est la variation du PIB qui agit sur la variation du chômage. Une forte croissance du PIB réduit le chômage environ six mois après.

 

Voici un autre tableau intéressant, issu de [1] :

 

Pays

Croissance annuelle moyenne
du PIB par habitant (%) [5]

Ecart par rapport
à la France (%)
de 1990 à 2002
(13 ans)

1975-2002

1990-2002

Japon

2.6

1.0

-7.5%

Allemagne

2.0

1.3

-3.9%

Italie

2.0

1.5

-1.3%

France

1.7

1.6

0% par définition

Pays à
revenus élevés
(ensemble)

2.1

1.7

+1.3%

Etats-Unis

2.0

2.0

+5.3%

Pays-Bas

1.9

2.2

+8.1%

Grande-Bretagne

2.1

2.4

+10.9%

Irlande

4.4

6.8

+93.3%

Croissances comparées du PIB et écart cumulé en 13 ans selon [1]

 

A part le Japon, l'Allemagne et l'Italie, tous les autres pays avancés ont une économie qui croît plus vite que celle de la France ; au bout de 13 ans, l'écart de croissance peut être considérable. En outre, la vitesse de croissance baisse en France et en Allemagne, alors qu'elle ne baisse pas aux Etats-Unis et augmente ailleurs. En 2004, année de la plus forte croissance mondiale du PIB depuis longtemps (5%), celui de la France n'a progressé que de 2,1%, après 0,2% en 2003 d'après [18] et [44].

 

En considérant les PIB des pays, on constate que :

§           De 1975 à 2002, les croissances moyennes de l'Allemagne, de l'Italie, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis sont voisines : environ 2%

§           De 1990 à 2002, la croissance moyenne a ralenti en Allemagne, Italie et France, alors qu'elle est restée stable aux Etats-Unis et qu'elle a augmenté en Grande-Bretagne et surtout en Irlande. Pendant cette période, les économies de l'Allemagne, de l'Italie et de la France ont été moins bien conduites que celles de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, mais aussi que celle des Pays-Bas et de l'Irlande.

Depuis 1991, la France et l'Allemagne ont décroché : elles n'arrivent plus à suivre le rythme de croissance des autres pays ; plus le temps passe, plus la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l'Irlande et beaucoup d'autres progressent en niveau de PIB, donc en niveau de vie, par rapport à la France et l'Allemagne. Ce décrochage est constaté par le Rapport Camdessus [17], qui attribue le décrochage de la France à ce que :

·            Les Français ne travaillent pas assez ;

·            La France souffre d'un grave défaut de compétitivité ;

·            La France n'investit pas assez pour son avenir (enseignement supérieur, recherche et développement - voir [135]) ;

·            La lutte contre la pauvreté est mal organisée en France, qui dépense 30% de son PIB en transferts sociaux. Au sujet de ces dépenses, l'OCDE écrit dans [50] page 1 :

"…pour garantir la soutenabilité des finances publiques dans le moyen et le long terme, des mesures complémentaires s’imposent afin de freiner la progression des dépenses de santé et de retraite."

·            etc.

Nous verrons tous ces points en détail plus bas.

§           En 13 ans, le niveau de vie français [20] (proportionnel au PIB par habitant [5]) a pris beaucoup de retard par rapport à ceux des Etats-Unis, des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne et de l'Irlande.

Pourtant, sur la période 1995 - 2001 le PIB par habitant a augmenté plus vite en France qu'aux Etats-Unis. Explication : aux Etats-Unis, la croissance du PIB a été absorbée par une formidable croissance de la population (+16 millions d'habitants, soit +6.2%) notamment par immigration, ce qui diminue automatiquement le PIB par habitant ; pendant ce temps-là, la population française ne croissait que de 2.2% selon [3].

 

Taux moyen annuel de croissance par tête (1994-2003)

Comme le montre le tableau ci-dessous, extrait de [17] page 43, les 5 pays cités ont tous connu depuis 10 ans, une croissance par tête nettement supérieure à celle de la France :

 

Finlande

Royaume
Uni

Suède

Canada

Danemark

France

3.2 %

2.6 %

2.6 %

2.5 %

2.1 %

1.7 %

Taux moyen annuel de croissance par tête (1994-2003)

 

Et ces pays ont progressé plus vite que la France pendant qu'ils mettaient en œuvre des réformes hardies et redressaient leurs finances publiques.

Comparaison de la France et des autres pays de l'OCDE en matière de chômage en 2004

Source : [125]. On voit que la France fait partie des moins bien classés…

 

Taux de chômage 2004 (personnes de 15 à 64 ans) selon l'OCDE

 

L'OCDE recommande à la France :

§           "D’offrir aux chômeurs des services intensifs de conseil et d’aide à la recherche d’emploi, et d’assurer leur participation à des dispositifs de retour à l’emploi après un certain laps de temps passé au chômage ; De telles mesures d’« activation » doivent être perçues comme étant la contrepartie des prestations versées – c’est-à-dire dans une logique « d’obligations réciproques » [Autrement dit : rendre obligatoire pour les chômeurs une participation active à la recherche d'emploi et l'acceptation d'une des propositions reçues]".

§           "De s’assurer que les chômeurs ont financièrement intérêt à reprendre un emploi."

2.3                 L'un trompe, l'autre explique mal : qui croire ?

Le dimanche 29/04/2007, entre les deux tours de l'élection présidentielle, il y a eu un débat sur la chaîne LCI opposant M. Hollande, socialiste plaidant pour Mme Royal, et M. Juppé, UMP plaidant pour M. Sarkozy.

 

Pour combattre le chômage et relancer la croissance, M. Juppé a cité la proposition de la droite : « Travailler plus pour gagner plus », qu'il a argumentée en expliquant que celui qui gagne plus dépense plus, que cette dépense génère de l'activité supplémentaire, qui à son tour génère plus d'emploi.

 

M. Hollande lui a répondu qu'il ne croyait pas à cette approche, parce que « pour pouvoir travailler plus, il faut qu'il y ait plus de travail ». Il faut donc commencer par une relance de l'activité (sous-entendu : par des hausses autoritaires de salaires, des subventions des pouvoirs publics, des incitations fiscales à l'embauche et des créations d'emplois aux frais des contribuables), pour que l'économie reparte. Il a aussi rappelé que les socialistes préconisent le partage du travail, c'est-à-dire d'empêcher ceux qui pourraient travailler plus de le faire, pour laisser du travail à d'autres qui en manquent.

 

M. Hollande ne sait pas - ou ne veut pas savoir - qu'une loi économique simple et connue depuis des lustres montre que c'est la croissance de l'activité (mesurée par celle du PIB) qui génère celle de l'emploi, et non l'emploi (subventionné ou non) qui génère de l'activité.

Cette relation de cause à effet est décrite au paragraphe "Relation entre les variations du PIB et de l'emploi total".

 

Pour lui et tous les gens de gauche qui ignorent cette loi voici son explication, celle que M. Juppé aurait dû donner, mais qu'il n'a pas donnée et que je n'ai jamais entendu un politicien donner.

 

A un instant donné, l'économie d'un pays comprend des secteurs d'activité en croissance et d'autres qui stagnent, voire régressent. Dans un secteur en croissance, les entreprises veulent augmenter le nombre d'heures de travail, pour produire plus. Elles offrent donc à leurs salariés de faire des heures supplémentaires. Si, comme le préconise la droite, on encourage ces heures supplémentaires en les défiscalisant et en annulant les lois socialistes qui limitent la quantité de travail, certains salariés travailleront plus pour gagner plus, donc dépenseront plus et créeront du travail pour d'autres secteurs d'activité.

        Peu à peu cette croissance de l'activité dans certains secteurs se propagera à d'autres, et toute l'économie croîtra et créera des emplois. Notre voisine l'Allemagne nous en fournit un excellent exemple : à force d'exporter plus que tout autre pays, y compris les Etats-Unis, le Japon et la Chine, ces exportations en forte croissance ont fini au bout de deux ans par entraîner toute l'économie, créant ainsi des emplois.

 

M. Juppé avait donc raison : on peut travailler plus pour gagner plus - à condition d'être dans un secteur en croissance. Mais il y a toujours de tels secteurs : le bâtiment, l'hôtellerie-restauration, l'informatique et la réparation automobile, par exemple, cherchent désespérément de la main d'œuvre, depuis des années. Et M. Hollande avait tort : le travail ne manque pas partout, comme il le laissait entendre.

 

Les socialistes et les communistes ont aussi tort de croire au partage du travail, supposé n'exister qu'en quantité finie, en tant que moyen de combattre le chômage. Le partage du travail sans croissance n'est qu'un partage de la pénurie, sans croissance de l'activité, seule à même de créer des emplois. Cette théorie de la quantité finie de travail est une erreur économique remontant au marxisme du XIXe siècle. Tous les pays sauf la France savent qu'elle est fausse et pourquoi elle l'est, et aucun, aucun, n'a pris des mesures de partage du travail comme les "35 heures" françaises, qui se sont avérées désastreuses pour les finances publiques, selon un rapport de l'Assemblée nationale.

 

En outre, les socialistes et les communistes français laissent croire depuis des décennies que l'Etat peut créer ou faire créer des emplois par une politique volontariste, comme c'était le cas dans les pays marxistes où l'Etat est propriétaire des moyens de production (usines, transports, terre agricole, etc.) et les citoyens sont ses employés, c'est-à-dire fonctionnaires. Or il est facile de démontrer que c'est faux dans les économies de marché comme celle de la France.

 

M. Hollande essaie donc de convaincre des électeurs avec des propositions économiquement absurdes, basées sur des arguments faux. Ou il ne connaît pas, lui l'énarque, la loi économique « le travail crée la croissance, qui crée l'embauche », ou il la connaît mais veut profiter de l'ignorance des électeurs à qui il s'adresse, attitude malhonnête s'il en est. Même remarque sur la préconisation du partage du travail, dont on doit se demander si elle est due à l'ignorance, à l'aveuglement idéologique, ou à la volonté de tromper.

 

Et M. Juppé, normalien, ancien ministre délégué au Budget du gouvernement Balladur puis Premier ministre, n'a pas su expliquer pourquoi « Travailler plus pour gagner plus » est une recette qui marche, la seule conforme à la loi économique qui fait de la croissance de l'activité un préalable à celle de l'emploi.

 

Entre les politiciens qui le trompent - parce qu'ils se trompent eux-mêmes ou ignorent les lois économiques - et ceux qui n'expliquent pas ces dernières, mais les énoncent en demandant qu'on les croie comme une vérité révélée, qui le citoyen doit-il croire ? Et comme aucun journaliste ne prend soin de rappeler ces vérités économiques (ignorance, manque de professionnalisme ?...) les électeurs choisissent ou rejettent un candidat en toute méconnaissance de cause, par exemple sur des critères de sympathie ou antipathie.

 

Pauvre démocratie française !

2.4                 L'Etat ne doit pas « faire des affaires »

Il est important de comprendre pourquoi l'Etat ne doit pas intervenir dans le secteur marchand pour produire des biens ou des services autres que ceux du service public.

 

S'il le faisait, par exemple en produisant des articles vendables avec bénéfice ou des services bancaires payants, il se trouverait en concurrence avec des entreprises privées, et cette concurrence serait automatiquement déloyale [138].

§           L'Etat pourrait être tenté de faire des lois ou d'accorder des prêts ou des subventions qui favorisent ses entreprises au détriment de ses concurrentes privées (il l'a fait pour EDF et France Télécom, par exemple) ;

§           Une entreprise d'Etat ne peut pas faire faillite. De ce fait, lorsqu'elle veut emprunter de l'argent, les prêteurs lui consentent des taux d'intérêt particulièrement bas, ce qui rend ses investissements plus faciles et moins coûteux que ceux de ses concurrents ; EDF en a longtemps profité jusqu'à ce que l'Union européenne s'en émeuve et oblige la France à cesser cette pratique ;

§           L'impossibilité de faire faillite, contrairement à une entreprise privée, fait que le personnel d'une entreprise d'Etat ne craint pas de perdre son emploi ou son capital d'actionnaire. Il n'a donc pas de raison de se remettre en cause lorsque le marché ou les technologies de ses produits changent.

Il a d'autant moins de raisons de se donner du mal qu'il est protégé par des syndicats experts dans l'art de prendre le public en otage avec des grèves dures (exemple : transports publics), grèves qu'ils savent médiatiser. Les syndicats de la fonction publique (il n'y a pratiquement plus de travailleurs syndiqués dans le secteur privé) se battent contre toute privatisation, qui leur ferait perdre des adhérents et obligerait les salariés à travailler plus dur pour faire face à la concurrence.

L'absence de risque pour l'entreprise et ses salariés fait que ces derniers n'ont pas une culture de résultat, n'ont pas l'habitude de chercher la performance. Ils ne se dépassent qu'en cas de crise (exemple : réaction admirable des agents EDF pour réparer le réseau après la grande tempête de décembre 1999).

Les employés d'une entreprise publique ont tendance à ne pas réagir vite à une évolution du marché ou de la technologie, donc à laisser leurs concurrents plus productifs ou plus innovateurs leur prendre des parts de marché, parce que si leur entreprise perd, eux-mêmes ne perdent rien : l'entreprise d'Etat est moins agile. Or M. Mer écrit dans [80] pages 77 et 78 :

"Personne n'est capable de prédire l'avenir économique, en dehors d'un consensus de pronostiqueurs qui changent d'avis tous les mois. Dans ce monde incertain et changeant, les entreprises doivent donc être capables de réagir très rapidement, de réduire la voilure en cas de récession, et de la redéployer sans tarder quand la croissance repart. En France, une part non négligeable de l'activité est entre les mains de l'administration, dont la culture consiste au contraire à lisser son activité. Quant au secteur privé, il est englué dans un système de réglementations qui a pour objet et donc pour effet de l'empêcher de réagir avec rapidité."

"Un plan social met un an à être appliqué, là où il faudrait qu'il soit exécuté en trois mois. La perte de substance qui en résulte est irrattrapable. Car au bout d'un an, la conjoncture aura peut-être à nouveau changé. Cette imprévisibilité liée à la mondialisation fait que notre choix de lisser les conséquences sociales de l'adaptation à la conjoncture se retourne contre nous en termes de potentiel de croissance, donc de nouveaux emplois pour demain. Le rapport Camdessus, qui vient d'être remis à mon successeur, propose ainsi de simplifier les formalités encadrant les plans sociaux, à juste titre à mon avis."

§           Même si on ne parle pas de faillite, les salariés d'une entreprise d'Etat sont généralement moins productifs que ceux d'une entreprise privée, car ils ont la même tranquillité d'esprit face à l'avenir et à la concurrence que des fonctionnaires. Voici un exemple cité par M. Mer dans [80] page 98 :

"Le ministère de la Défense entretient un parc de 22 000 véhicules de gamme commerciale, activité qui occupe 1200 personnes, 800 militaires et 400 civils. Selon une étude réalisée par ce ministère, ce même parc géré par une entreprise privée sous-traitante nécessiterait 270 personnes, soit un gain net de 930 emplois.

D'une manière plus générale, les coûts de fonctionnement de l'administration peuvent être considérablement réduits. Au niveau des frais de fonctionnement, je serais très surpris qu'on ne puisse pas les baisser de 20% en sept ou huit ans, ce qui signifie augmenter la productivité d'un peu plus de 2% par an."

Quand M. Mer a écrit son livre, il ne savait pas que le gouvernement allait mettre un terme fin 2006 au gaspillage de la gestion de ce parc automobile par des fonctionnaires. L'article [177] nous apprend que la gestion de cette flotte de véhicules a été confiée à General Electric Fleet Services, qui la renouvellera et l'entretiendra. L'économie sera de 25 % du coût d'exploitation…

Dans l'exemple précédent, sans faire de procès d'intention, le fait que des gens compétents pour réparer des voitures disposent du matériel nécessaire et de temps libre facilite d'éventuelles utilisations de ce temps et de ce matériel pour réparer des voitures personnelles ou appartenant à des amis. C'est une situation qui n'est pas saine, surtout sachant que les fonctionnaires ne sont pas souvent sanctionnés.

M. Mer conclut donc dans [80] :

·            Page 98 :

"C'est pourquoi une partie de ce que fait la fonction publique peut et doit être externalisée moyennant des contrats de service public."

·            Page 162 :

"On ne pourra pas indéfiniment faire payer par le contribuable les deux tiers du coût de fonctionnement de la SNCF."

§           L'expérience a montré que lorsque des hauts fonctionnaires gèrent une activité marchande, ils sont parfois incompétents (l'ENA n'est pas une école de commerce) et irresponsables : ils ne risquent rien personnellement, ni leur capital ni même leur emploi, et n'ont pas à rendre des comptes à de vrais actionnaires. Ils font donc souvent de très mauvaises affaires, qui obligent par la suite les contribuables à payer les dégâts. Exemples :

·            Le Crédit Lyonnais, dont les aventures à l'étranger ont coûté aux contribuables plus de 10 milliards d'euros ;

·            EDF, qui a investi en Argentine, pays où elle n'avait rien à faire et où le risque pour les investisseurs est colossal (ce pays a proposé début 2005 à ses créanciers, banques et milliers de petits investisseurs, qui lui ont prêté plus de 100 milliards de dollars, de renoncer à tout remboursement ou d'accepter d'en perdre 75 % avec des remboursements qui commenceront dans 19 ans ! [77] et [79]).

 

Dans son document http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r1004.asp du 03/07/2003, l'Assemblée nationale met en évidence les sureffectifs manifestes d'EDF par rapport à ceux de ses principaux concurrents européens en 2001 en citant leurs rapports coût salarial total / chiffre d'affaires :

 

 

EDF

Electrabel

British Energy

RWE

E.On

Enel

Endesa

22.2 %

11.8 %

17.5 %

18.3 %

11.2 %

16.0 %

9.4 %

Rapports coût salarial total / chiffre d'affaires en  %

 

 

On voit que chez EDF il faut entre 21 % et 136 % plus de salariés que chez ses concurrents pour un même chiffre d'affaires : les sureffectifs sont manifestes, les fonctionnaires français surprotégés travaillent moins et/ou moins bien que les salariés étrangers du privé.

        Et l'Assemblée nationale souligne qu'en plus la dette nette d'EDF est passée de 17.6 milliards d'euros en 2000 à 25.8 milliards d'euros en 2002, couvrant 2,3 fois l'excédent brut d'exploitation (EBE) [159].

M. Mer exprime le même avis dans [80] :

·            Pages 166-167 :

"Le monde politique ne comprend pas l'exercice du pouvoir et des responsabilités dans une entreprise. S'il doit se comporter en actionnaire, il ne fait que transposer les comportements politiques au monde du management. Il ignore tout des règles de gouvernance : pas de transparence, pas d'audit sur les résultats obtenus par une équipe dirigeante, pas d'examen de la stratégie à long terme, pas de procédure validée par les actionnaires (en l'espèce, les contribuables) pour procéder aux nominations aux postes clés...

Qu'il s'agisse d'ignorance ou d'incapacité à imaginer une autre manière de se comporter, la conséquence est la même : il est nécessaire qu'une entreprise publique soit gérée comme une entreprise privée, et les responsables politiques ne parviennent pas à s'y résoudre. La seule solution consiste donc à ouvrir le capital et à privatiser ce qui peut l'être tout en gérant le reste « comme si » il s'agissait d'entreprises privées !"

·            Page 172 :

"L'Etat, je le répète, ne sait pas se conduire en actionnaire et ses responsables finissent par nuire aux entreprises qu'il détient pour des questions d'opportunité politique, parfois même de petits calculs à court terme."

"L'intérêt collectif exige donc que le pouvoir politique ne se mêle plus de gestion d'entreprise car son manque de résolution et ses changements de cap sont incompatibles avec une bonne gouvernance."

En outre, il y a une différence fondamentale entre managers issus de la haute fonction publique et managers issus de la société civile : les premiers ont tendance à se contenter d'administrer l'existant et de réagir aux difficultés, tandis que les seconds essaient de développer l'entreprise, quitte à prendre des risques. Et dans les rares cas où un haut fonctionnaire prend des risques, comme ce fut le cas au Crédit Lyonnais, le désastre guette !

§           Une entreprise d'Etat a forcément une image de solidité, de pérennité, qui est un gros avantage dans certaines activités où les clients ont besoin de fournisseurs particulièrement solides avec lesquels ils nouent des relations qui durent de longues années.

§           Les membres d'un gouvernement ou des élus au pouvoir ont tendance à favoriser la création d'entreprises ou de services publics riches en emplois dans une région où cela peut leur rapporter des voix aux prochaines élections, même lorsque ces entreprises ou services ont un avenir économique douteux. Inversement, ils ont tendance à bloquer les subventions et même les autorisations de créer des entreprises dans les circonscriptions de leurs adversaires politiques.

 

L'ouverture à la concurrence des anciens monopoles de service public (que la France doit réaliser conformément aux traités de l'Union européenne qu'elle a signés) ne se fait que très lentement :

§           Les trains étrangers ne roulent pas encore vraiment sur le réseau français en concurrence avec ceux de la SNCF, bien qu'ils en aient le droit ; de ce fait, les cheminots peuvent impunément continuer à faire grève en prenant des personnes et des marchandises en otage sans risquer de perdre des parts de marché à la concurrence ferroviaire étrangère [78] ;

§           Les particuliers n'ont pas encore la possibilité réelle de changer de fournisseur d'électricité, et fin 2005 seuls 600 000 abonnés sur des dizaines de millions ont pu quitter France Télécom pour un concurrent pour leur téléphone fixe, parce que France Télécom continue à faire ce qu'elle veut en matière de dégroupage de lignes d'abonnés et de prix de gros [37].

 

Pour toutes ces raisons, les services de protection de la concurrence de l'Union européenne veillent scrupuleusement à empêcher l'Etat de se mêler d'activités marchandes [29], et à le forcer peu à peu à démanteler les monopoles de fait hérités du passé comme La Poste [138], EDF, la SNCF, etc., obligés de nos jours à s'ouvrir à la concurrence.

2.4.1             L'Etat actionnaire : Agence des Participations de l'Etat (APE)

Voici quelques extraits du rapport officiel [136] de juillet 2005.

"S’agissant des entreprises publiques, le constat de carence le plus récent a été formulé par le rapport qu’un groupe d’experts, présidé par M Barbier de la Serre, a remis en mars 2003, à sa demande, au ministre de l’économie Francis Mer. Il pointait notamment la confusion des rôles remplis par l’État à l’égard des entreprises publiques, la personnalisation insuffisante de la fonction d’actionnaire, l’insuffisante clarté des orientations données aux dirigeants d’entreprises et paradoxalement une présence souvent excessive de l’État dans leur gestion quotidienne."

"...force est de constater que le poids dans l’économie française des plus grandes entreprises contrôlées majoritairement par l’État, demeure important et que plusieurs entreprises publiques sont devenues des acteurs majeurs et reconnus dans leur secteur d’activité.

        C’est dans ce contexte que la création de l’Agence des participations de l’État traduit bien le changement de perception du rôle de l’État à l’égard des entreprises publiques : il est devenu un actionnaire ; il a par ailleurs pour objectif d’exercer de manière banalisée cette fonction d’actionnaire, même s’il conserve certaines spécificités."

"…les dérives de gestion des entreprises publiques ont été nombreuses, la Commission d’enquête parlementaire présidée par M Douste-Blazy sur la gestion des entreprises les a analysées en détail en 2003 en insistant plus particulièrement sur les diversifications non maîtrisées de France Télécom et d'EDF."

"En tant qu’actionnaire, l’État doit veiller à ce que les entreprises dans lesquelles il détient une participation soient créatrices de valeur"

"La taille du bilan [de l'APE] (530 Md€) parle d’elle-même ; au 31 décembre 2003 seules sept sociétés industrielles du CAC 40 avaient un bilan supérieur à 50 Md€ et le total du bilan des 33 sociétés industrielles du CAC s’élevait pour le même exercice à 946 Md€"

"…[En 2004, la sous-capitalisation de l'APE] tout d’abord (pour des fonds propres de 49 M€, les dettes nettes s’établissaient à 159 Md€) et sa faible rentabilité (le résultat net part du groupe de l’ensemble s’établissait à 4 Md€ pour un chiffre d’affaires de 199 Md€…"

 

 

 

 

Les privatisations effectuées entre 1986 et 2004 ont rapporté 77 milliards d'euros. Sur ce montant, 57 milliards d'euros ont servi à recapitaliser des entreprises publiques et 4.7 milliards à financer des dépenses courantes du budget général de l'Etat ; 9 milliards d'euros sont allés au désendettement de l'Etat.

 

Le graphique ci-dessous, publié en juin 2006 par l'INSEE [171], montre l'évolution du nombre d'entreprises françaises contrôlées par l'Etat et de leur effectif total :

 

 

 

 

Fin 2004, l'Etat contrôlait encore 1288 entreprises représentant 914 000 salariés. Ces nombres baissent peu à peu, au fur et à mesure que l'Etat vend des participations dans ses entreprises pour boucher les trous de son budget.

2.4.2             Le désastre de France Télécom

France Télécom est un excellent exemple des désastres qui peuvent survenir lorsque l'Etat intervient dans le secteur marchand. Les fonctionnaires qui géraient cette entreprise, et ceux qui les supervisaient au Ministère de l'Economie et des Finances, ont voulu développer son marché en achetant d'autres entreprises, à l'étranger.

 

En principe, ce genre d'opération se fait en donnant des actions de la société qui achète en échange d'actions de celle qui vend, et en transférant ces actions en plusieurs fois, sur une durée de plusieurs années. Cette façon de faire a le mérite, si l'entreprise nouvelle regroupant les deux anciennes fait de mauvaises affaires, de payer l'acquisition avec des actions qui ont perdu de la valeur suite à ces déboires : le risque de mauvaises affaires après fusion est partagé entre acheteur et vendeur.

 

Mais la dilution du capital de France Télécom résultant des acquisitions avait un inconvénient inacceptable pour l'Etat français, qui devait rester largement majoritaire dans France Télécom du fait de lois qui l'y obligeaient. Pour ne pas contrevenir à ces lois en devenant minoritaire, l'Etat a décidé de payer ces acquisitions en espèces, prenant ainsi le risque, en cas de mauvaises affaires, de devoir payer avec de l'argent non dévalué.

        A l'époque de ces achats, on pensait que les télécoms se développeraient si vite que chaque abonné au téléphone fixe ou mobile dépenserait une centaine d'euros par mois, espoir irréaliste qui ne pouvait naître que chez des fonctionnaires qui ne connaissaient rien au comportement et aux moyens de leurs concitoyens. Une fois cet enthousiasme délirant retombé, la vérité économique est revenue en force : les utilisateurs privés de téléphones n'acceptent presque jamais de payer autant chaque mois. On s'est alors aperçu que ce qu'on avait acheté cher ne rapporterait jamais assez pour rentabiliser l'investissement. La destruction de valeur des actions France Télécom fut colossale, et des centaines de milliers de petits porteurs d'actions y laissèrent leur chemise.

 

Après avoir surestimé le marché des télécoms, nos fonctionnaires, plutôt que de faire voter une autre loi, ont préféré faire courir à leurs actionnaires et leurs contribuables un risque qui se traduit par une dette de France Télécom de 57 milliards d'euros au 01/01/2004, selon les nouvelles normes comptables IFRS. Selon [101], le résultat net part du groupe étant de 3.2 milliards d'euros en 2003, il faudra de longues années avant que cette dette soit remboursée. Ainsi, la perte subie par les contribuables français et les divers actionnaires de France Télécom est d'environ 1000 euros par Français, homme, femme ou enfant. Voilà ce que nous coûte l'ambition de fonctionnaires irresponsables de faire des affaires ; voilà ce que les contribuables et les clients de France Télécom devront rembourser, intérêts en sus ! Et pas un de ces fonctionnaires n'a été sanctionné, bien entendu.

Le risque technologique

Du reste, les fonctionnaires qui ont fait l'erreur de payer en argent au lieu d'actions ont aussi fait une autre erreur, en plus de la mauvaise estimation de ce que les abonnés pouvaient payer : ils ont pris un risque technique qui s'avère de plus en plus insensé et lourd de conséquences.

        Ce risque est celui de ne pas tenir compte de progrès techniques capables de mettre en cause la totalité du modèle économique de la téléphonie. Or un tel progrès est déjà là: c'est la téléphonie sur Internet, basée sur le protocole de communications « Voice on IP » (VoIP). Avec ce protocole (c'est-à-dire cet ensemble de conventions d'acheminement des informations) le coût de la transmission de la voix, quelle que soit la distance, est si insignifiant que la compagnie de télécommunications en fait cadeau, dans le cadre d'un abonnement à des services plus gourmands en capacité de communication, comme l'accès Internet à haut débit et la transmission de la télévision à la demande.

        Non seulement la téléphonie fixe est touchée, mais la téléphonie mobile de 3ème génération, basée sur le protocole UMTS, est menacée par une technologie Internet à transmission radio, Wi-Fi / WiMax, déjà au point et opérationnelle dans certains lieux publics comme des aérogares. Les compagnies comme VODAFONE, qui ont investi de nombreux milliards dans UMTS risquent de ne jamais finir de déployer leur réseau, menacé d'obsolescence par Wi-Fi / WiMax.

 

L'existence de ce risque d'obsolescence technique accélérée, due à de nouvelles technologies capables d'apparaître et de s'imposer très vite, rend encore plus indispensable le paiement en actions des opérations de fusion-acquisition d'entreprises. Mais nos braves fonctionnaires ne l'ont pas vu venir…

2.5                 Etat et intérêt public

Nous venons de voir pourquoi l'Etat ne doit pas intervenir dans le secteur économique marchand. Nous allons voir à présent des cas où l'intérêt public est qu'il intervienne.

2.5.1             La lutte contre les méfaits des monopoles

Si un même groupe privé a le monopole de la fourniture de certains biens ou services nécessaires à beaucoup de citoyens, il peut profiter de l'absence de concurrents pour fixer des prix très élevés, pour gagner le plus possible. Ces prix seront alors trop élevés pour beaucoup de consommateurs, qui seront alors exclus de l'accès à ces produits ou services, ce qui est inéquitable.

Si, par exemple, un seul groupe privé avait le monopole de la fourniture d'électricité, celle-ci serait vendue très cher, trop cher pour les agriculteurs qui ont des machines à traire, trop cher pour les fabricants d'aluminium dont les fours Héroult consomment énormément de courant.

 

La France, comme l'Union européenne et de nombreux pays, s'est dotée de lois anti-monopoles, empêchant ceux-ci de se former, de subsister ou de fixer des prix trop élevés.

 

Mais un monopole d'Etat peut avoir les mêmes inconvénients qu'un monopole privé : l'Etat peut s'en servir pour prélever des impôts cachés dans les prix pratiqués. C'est ce qui s'est passé lorsque divers Etats européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, etc.) ont vendu des licences UMTS (droits d'utiliser des fréquences radio pour téléphoner) pour des dizaines de milliards d'euros. Ces prix ont été si élevés que les opérateurs mettront au moins dix ans à tirer de leurs clients de quoi amortir cet investissement ; et au total, ce sont les clients - c'est-à-dire des consommateurs - qui auront financé le budget des Etats. En France d'ailleurs, l'Etat est revenu sur ces prélèvements, dont l'ampleur aurait carrément bloqué le développement de la téléphonie UMTS, en restituant la quasi-totalité des licences perçues.

2.5.2             Les investissements à très long terme

Il est clair que les investissements à très long terme, comme la construction des centrales nucléaires ou des ports maritimes, doivent être financés par l'Etat, car des investisseurs privés ne le feraient pas.

 

De même, la recherche fondamentale ou la recherche de médicaments pour les maladies rares doit être financée par l'Etat, ou même une coopération internationale, car ces recherches ne peuvent être rentables pour une entreprise privée.

2.5.3             Les subventions

L'Etat peut décider que l'intérêt des habitants d'un village reculé est de bénéficier d'une ligne d'autocars, sans laquelle ils l'abandonneraient. Il va alors subventionner cette ligne, faisant ainsi profiter les habitants de ce village d'argent pris aux autres Français.

 

L'Etat peut aussi décider de subventionner certains investissements initiaux permettant le démarrage d'entreprises. S'il s'agit d'un coup de pouce initial à des entreprises qui promettent ensuite d'être rentables, cet investissement public est une bonne chose. C'est ce qui s'est passé dans chacun des pays qui ont participé à la conception des AIRBUS, avions qui furent ensuite un succès commercial. Mais il y a aussi des exemples aberrants, comme celui des ZFU (Zones franches urbaines).

2.5.4             Les inégalités en France

Voir en complément le texte "Les inégalités en France".

2.5.5             La gouvernance désastreuse de la France depuis un quart de siècle et ses conséquences

Ce sujet est traité de manière synthétique dans l'étude de 16 pages "France en panne, entreprises en fête".

2.6                 Les Français veulent une économie administrée

Les remarques de M. Francis Mer

Dans [80] :

§           Page 31 M. Mer écrit :

"Les sondages montrent que tous les Français ou presque souhaitent devenir fonctionnaires, ce qui est évidemment inquiétant puisque cela veut dire recherche de garantie, recherche de protection, absence de confiance dans l'avenir."

Cette opinion est confortée par un sondage IFOP de mars 2005, cité par L'Express [157] :

"Selon un sondage réalisé en mars 2005 par l'Ifop, à l'occasion du Salon de l'emploi public, 70 % des jeunes âgés de 15 à 30 ans souhaitent intégrer l'une des trois fonctions publiques…"

§           Page 40, il ajoute :

"Beaucoup de Français voudraient arrêter la pendule de l'histoire parce qu'ils n'aiment pas ce monde qui change trop vite à leur goût et qu'ils n'ont pas assez confiance en eux pour affronter ces mutations avec sérénité."

[M. Mer pense sans doute à la panique qui s'empare de beaucoup de ses concitoyens quand on évoque la puissance des multinationales et de la mondialisation, ou le risque de voir des plombiers polonais arriver en France…]

§           Page 79, il décrit les préjugés des Français vis-à-vis de l'argent :

"…le patrimoine économique est diabolisé. Les Français dans leur ensemble ont toujours regardé la réussite comme quelque chose d'anormal. L'aventure de Bill Gates avec Microsoft est inenvisageable dans l'Hexagone. Une personne crée une entreprise qui devient leader dans un métier à très forte croissance. Il gagne énormément d'argent et décide d'en redistribuer l'essentiel par le biais de fondations : en France, c'est l'Etat qui aurait décidé à sa place de ce qu'il devait faire de l'argent qu'il avait gagné."

[M. Mer fait référence, ici, au fait que M. Gates est le plus généreux donateur de tous les temps. Il a donné 30 milliards de dollars à sa fondation, qui s'occupe d'œuvres charitables dans les domaines de la santé, de la formation, des bibliothèques, etc., notamment dans les pays pauvres. - De son côté, M. Warren Buffett en donnera 37 milliards de dollars. [82] ]

§           Pages 102 et 103, il déplore l'attitude des Français face au libéralisme :

"Le Français a plutôt envie d'être dirigé, à condition de se sentir protégé. Il n'est pas attiré spontanément par une organisation de la société où l'on cultive la liberté d'être et d'entreprendre tout en acceptant la responsabilité individuelle qui en découle."

"Regardez les sondages : ils montrent que trois Français sur quatre souhaiteraient que leurs enfants deviennent fonctionnaires ! A la liberté, ils préfèrent ce qu'ils croient être la sécurité de leur descendance, même si elle est accompagnée d'une certaine médiocrité."

Certains Français créent des entreprises…

Pour ne pas que les remarques qui précèdent et celles qui vont suivre donnent une image exclusivement négative de l'esprit d'entreprise des Français, il faut citer les statistiques [85], qui montrent que le nombre de créations d'entreprises croît en France depuis 2002.

2.6.1             Le modèle social français

Le « modèle social français » est constitué par cinq avantages que le pays procure à ses ressortissants :

§           Le salaire minimum garanti (SMIC), considéré comme une protection contre la misère ;

§           L'enseignement gratuit pour tous ;

§           L'assurance maladie, protection financière contre les conséquences d'une maladie et de l'arrêt de travail qui peut l'accompagner ;

§           Les pensions de retraite payées par des cotisations des travailleurs en activité (retraite par répartition) ;

§           Le droit au logement opposable, voté en 2007, qui garantit un logement à toutes les personnes résidant en situation régulière en France, même si elles n'ont pas les moyens de payer ce qu'il coûte.

 

Dans sa dimension économique (à laquelle les Français ne pensent pas) ce « modèle social » a pour corollaire l'intervention de l'Etat dans tous les secteurs d'activité, avec des subventions, des prix et salaires imposés, et des transferts sociaux importants. Le « modèle social français » est accompagné chez nous par un modèle économique qui ne diffère du communisme que sur deux points : la propriété collective des moyens de production n'est que partielle, et l'économie est relativement ouverte à la concurrence extérieure.

 

Les Français tiennent tellement à ce modèle social que la peur de le perdre en s'intégrant davantage dans l'Union européenne (libérale) leur a fait refuser le Traité constitutionnel. L'adhésion à ce traité n'aurait en rien mis en danger les acquis sociaux des Français, au contraire même puisqu'il contenait de fortes protections sous forme de droits explicites. Mais il a suffi aux adversaires du traité d'accuser faussement l'Union de le mettre en danger par excès de libéralisme pour que les Français votent « non ». Au passage, notons l'incapacité des politiciens favorables au traité, gauche et droite confondues, d'expliquer aux Français pourquoi le modèle auquel ils tenaient tant ne risquait rien…

2.6.2             La plupart des Français veulent que l'Etat intervienne partout

La grande majorité des Français veulent une économie administrée par l'Etat.

 

Ils veulent que l'Etat résolve les problèmes de chômage, en créant des emplois là où des gens en attendent, en empêchant les entreprises de licencier ou de délocaliser et en indemnisant même les chômeurs qui refusent les emplois qu'on leur propose.

 

Ils veulent toutes ces choses impossibles parce qu'ils ne connaissent rien à l'économie. Leur ignorance commence par l'Education nationale, où on ne leur apprend rien qui soit utile en matière de compréhension des mécanismes économiques réels ; elle se poursuit avec les gouvernements successifs qui n'ont jamais communiqué sur ce sujet, comme si les citoyens étaient incapables de comprendre ou refusaient d'en entendre parler ; et elle s'approfondit avec le silence des médias, qui jamais ne prennent le temps d'expliquer un mécanisme économique. Comme l'écrit M. Mer dans [80] page 65 :

"… dans un pays où règne une inculture économique avérée."

 

Les Français veulent aussi que l'Etat oblige les entreprises privées à baisser leurs prix, lorsque celles-ci vendent leurs produits ou services trop cher à leur avis.

[C'est pour cela que, lorsqu'il était ministre de l'Economie, M. Sarkozy a fait pression sur la grande distribution et ses fournisseurs pour qu'ils baissent les prix payés par les consommateurs. (Oui, fait pression, car il n'avait aucun moyen légal de les y contraindre.) Il a obtenu une baisse dérisoire, de l'ordre de 1 %, qui a duré un trimestre et s'est volatilisée dès qu'il n'a plus été ministre, au profit d'une hausse des prix au 01/01/2005. Cette baisse de prix était donc une « mesure » purement démagogique et sans lendemain, mais beaucoup de Français y ont cru.

A titre d'exemple de la pression du ministre sur un des industriels, fournisseur d'une marque très connue à la grande distribution, on peut citer cette information publiée dans la presse : le ministre aurait menacé de dénoncer la marque de l'industriel à la télévision comme responsable de hausses des prix destinées à faire des profits sur le dos des consommateurs. Si l'information est exacte, quelle est la différence entre la France, qui se veut un état de droit, et une république bananière ?]

 

Il est clair que l'économie d'un grand pays moderne ne se gère pas à coups de menaces, mais avec des lois votées démocratiquement. Du reste, les traités de l'Union européenne signés par la France prévoient une concurrence maximum et libre d'interventions étatiques.

[Exemple d'intervention étatique interdite par l'Union européenne : les prêts à EDF, société en concurrence avec d'autres pour produire et distribuer de l'électricité. L'Etat français garantissait le remboursement de ces prêts, qui ne présentaient donc plus de risque pour les prêteurs ; cette absence de risques permettait à EDF de payer moins d'intérêts et de disposer d'autant d'argent qu'elle voulait pour se développer au détriment de ses concurrents. Cette concurrence d'EDF étant à l'évidence déloyale, l'Union européenne a obligé la France à y mettre un terme.

L'intervention de l'Etat dans l'économie introduit donc forcément des distorsions de concurrence, interdites dans l'Union européenne.]

2.6.3             Exemples d'interventionnisme excessif et coûteux

Dans l'émission "C dans l'air" d'Yves Calvi du 06/03/2006 à 17h50, plusieurs intervenants qualifiés (M. Méhaignerie, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, un député spécialiste de ces problèmes, etc.) ont confirmé qu'il y a environ 2 500 mesures d'aide aux entreprises en vigueur destinées à favoriser l'emploi.

 

Ils ont tous déploré cette complexité ubuesque et son inefficacité, malgré un coût élevé pour les contribuables. En rapprochant le nombre de ces mesures et leur résultat - à peine moins de 10 % de chômeurs - on ne peut manquer de conclure à l'incapacité de toutes les politiques économiques jusqu'à présent de résoudre le problème, ainsi qu'à la volonté de tous les gouvernements successifs de persuader les Français que l'emploi est leur priorité.

 

En fait, malgré sa compétence, M. Méhaignerie ne connaissait pas bien le sujet : le rapport [180] montre qu'il y a 6 000 mesures d'aide aux entreprises et non 2 500, et que ces aides sont souvent redondantes. Et elles coûtent 65 milliards d'euros par an, c'est-à-dire environ 4 % du PIB ! (Voir "L'incohérence des subventions aux entreprises").

 

L'Etat commence donc par accabler les entreprises de taxes et charges sur le travail, pour leur restituer ensuite 24 milliards d'euros par an pour abaisser le coût de celui-ci, plus 8.3 milliards d'euros d'aides fiscales, 6.5 milliards d'euros d'aide à l'investissement, 6.3 milliards d'euros de sous-taxation de ventes et autant de subventions diverses, etc.

 

A voir notre taux de chômage et le faible nombre d'emplois créés, ces aides ne sont guère efficaces… Et elles accaparent des fonds qui pourraient être investis dans des actions qui préparent notre avenir ou améliorent notre compétitivité.

 

Autre exemple de gaspillage inouï : les ZFU (Zones franches urbaines).

2.6.4             Ce que l'Histoire nous apprend sur les économies administrées

Il y a eu au XXe siècle deux types d'économie administrée : les économies communistes et les économies non-alignées. Les deux ont abouti au désastre économique (production insuffisante, d'où misère) et à des dettes extérieures insupportables (les gouvernements empruntant de l'argent à l'étranger sans pouvoir ensuite le rembourser).

§           Dans les économies communistes comme celles de l'URSS, de Cuba et de la Corée du Nord, l'Etat était propriétaire des moyens de production : usines, terres, industrie pétrolière, etc. Il planifiait les besoins (exemple : combien faut-il de paires de chaussures de chaque type et chaque taille l'année prochaine). D'après ses plans, il distribuait le travail et fixait les quantités à produire et les prix. Mais après 70 ans d'économie planifiée il a bien fallu constater que la planification n'était jamais assez précise, les quantités produites et les délais ne pouvant être estimés correctement.

Si on avait prévu trop peu de produits on aboutissait à des pénuries, d'interminables files d'attente et du marché noir. Si on avait prévu des besoins trop grands, on aboutissait à des gaspillages ; ce fut le cas pour l'acier et de nombreux biens divers. La réalisation des plans a toujours été mauvaise : en général on ne produisait pas assez ou pas dans les délais [104].

La corruption des fonctionnaires était la règle, ceux-ci profitant de leur pouvoir pour arrondir leurs fins de mois. Tout individu étant plus disposé à travailler dur pour lui-même que pour la collectivité (notamment lorsque sa rémunération dépend de son travail et non de son ancienneté), la démotivation des travailleurs était générale, d'où une mauvaise qualité, des gaspillages et un mauvais rendement.

Pour plus de détails sur l'échec du communisme, voir Comparaison entre libéralisme et communisme.

L'échec de ces expériences communistes a été total et il n'y a pas de raison pour qu'un tel modèle économique soit davantage viable en France.

§           Dans les économies des pays non alignés comme l'Inde, la Yougoslavie et l'Egypte, l'Etat n'était propriétaire que d'une partie des moyens de production, mais il intervenait dans tous les secteurs de l'économie : des bureaucrates autorisaient ou interdisaient à tout moment toute initiative.

Comme dans les économies communistes, les travailleurs étaient très peu productifs et la bureaucratie tatillonne, écrasante et coûteuse pour le pays.

L'échec économique des non alignés a été à peu près aussi total que celui des communistes : voir la comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés ».

 

Les gouvernements des pays communistes ou non alignés ont beaucoup emprunté aux pays avancés pour acheter les articles que leurs pays ne pouvaient produire. Voici pourquoi. Les économies de ces pays aux frontières fermées étaient isolées de la concurrence et des progrès technologiques des pays avancés. Elles devinrent incapables de produire des biens vendables à ces pays, leur qualité et leur productivité ne supportant pas la concurrence. Peu à peu, leurs importations dépassant les exportations, ces pays s'endettèrent jusqu'au point où les prêteurs occidentaux refusèrent de faire encore crédit et exigèrent le remboursement des dettes, remboursement impossible pour des économies devenues rétrogrades et exsangues.

 

La première erreur des Français est donc de croire que leur économie doit être administrée par l'Etat.

        Ils ont tort d'attendre que des sociétés privées se comportent comme des services publics, dont les prix sont fixés par l'Etat comme ceux des médecins, d'EDF, de La Poste ou de la SNCF. En faisant cette erreur, beaucoup de nos concitoyens prouvent qu'ils n'ont pas compris, ou même qu'ils rejettent, la notion d'économie libre, où le prix d'un produit ou d'un service marchand résulte seulement de l'offre et de la demande. Ils voudraient que tous les produits ou services soient vendus avec des subventions d'Etat, sans tenir compte que l'Etat ne peut avoir les moyens de tout subventionner que s'il commence par les prendre aux citoyens.

 

Il est donc lamentable que notre pays compte encore autant de communistes et de syndicalistes d'extrême gauche, qui plaident pour que l'Etat demeure propriétaire des moyens de production, comme en URSS ; ils veulent que l'on ne privatise pas les entreprises d'Etat, pour que leurs salariés ne soient pas soumis à la concurrence, obligés de travailler dur et risquent de perdre leur emploi s'ils travaillent mal ou si la conjoncture est mauvaise.

 

Pour plus de détails, voir :

§           Le rapport sur « l'indice de liberté économique » [41], excellent si on ignore la prétention de ses auteurs de se servir de leur indice pour prédire l'aptitude d'une économie à la croissance ;

§           Le paragraphe "Loi du marché et justice sociale" ;

§           Le paragraphe "Justification des licenciements « boursiers »".

§           La synthèse France en panne, entreprises en fête.

2.6.5             Comparaison des dépenses de l'Etat dans divers pays européens

Le graphique ci-dessous est issu de [172] :

 

 

Dépenses des administrations publiques en euros/habitant

 

 

On voit que dans tous les pays européens cités l'Etat dépense de plus en plus, et qu'en France il dépensait en 2004 13 % de plus qu'au Royaume-Uni et 87 % de plus qu'en Espagne.

2.6.6             L'économie sociale

Entre une économique de marché, dominée par la libre entreprise et la loi de la concurrence, et une économie administrée, dominée par l'Etat et ses fonctionnaires inefficaces, il existe des secteurs d'activité où une troisième voie est nécessaire à l'utilisation optimale des ressources de la société et à la satisfaction de certains besoins, celle de l'économie sociale.

 

Il ne faut pas confondre l'expression « économie sociale » ci-dessus avec « l'économie sociale » prônée par le Premier ministre De Villepin, qui n'est qu'un slogan médiatique créé de toutes pièces pour s'opposer à « la rupture » prônée par M. Sarkozy et, avant lui, par M. Bayrou.

        L'économie sociale de M. De Villepin est en fait un concept flou esquissant une économie administrée à très forts transferts sociaux et influences syndicales, utopique dans le cadre du Marché commun et de l'économie mondialisée du XXIe siècle, mais qui paraît désirable à la majorité des Français du fait de leur incompétence totale en matière d'économie et de leur peur du libéralisme ; c'est une évolution encore plus sociale - donc inefficace - du modèle économique en vigueur depuis l'arrivée au pouvoir de M. Jospin en 1997, modèle qui a fait reculer fortement la France parmi les pays comparables, en matière de PIB comme de chômage.

2.6.7             Le gouvernement prisonnier des médias

Nous venons de voir que tous les gouvernements français successifs sont intervenus, et interviennent encore constamment, dans de nombreux secteurs économiques. Notre pays étant démocratique, cette ingérence est voulue par une majorité de Français. Mais un gouvernement est-il constamment à l'écoute des citoyens de manière à agir pour le bien public ? Hélas, non : nous allons voir qu'il agit surtout en fonction de l'image que les médias donnent de son action et des événements qui surviennent, c'est-à-dire de l'émotion du public.

Exemple 1 : la « vache folle » et la fièvre aphteuse

Avez-vous remarqué l'énormité de la couverture donnée par la télévision, sous le gouvernement Jospin, aux problèmes de sécurité alimentaire, notamment la "vache folle" (ESB) et la "fièvre aphteuse" ? Bien sûr, nous ne voudrions pas tomber malades et nous demandons qu'on nous protège. Seulement, les médias ont très peu dit que :

§           dans l'hypothèse la plus pessimiste, le nombre de personnes en France qui risquent de mourir de la forme humaine de l'ESB est de quelques milliers dans les 30 prochaines années, soit tout au plus 100 par an ;

§           la fièvre aphteuse est désagréable, mais n'est mortelle ni pour l'homme ni pour les bêtes.

 

Hélas, le résultat de la surmédiatisation de l'ESB a été tel sur le public, que la consommation de viande bovine a baissé et que le gouvernement s'est cru obligé d'allouer des crédits de recherche sur cette maladie hors de proportion avec le risque qu'elle fait courir : 70 millions de francs en 2000, 210 millions de francs en 2001

(sources : www.recherche.gouv.fr/discours/2000/dprion.htm et http ://www.cjd.ed.ac.uk/figures.htm).

 

En revanche, on peut estimer à moins de 600 millions de francs par an les crédits alloués à la recherche sur le cancer, y compris ceux collectés par les associations "La Ligue" (150 millions de francs) et "ARC" (250 millions), dont les fonds ne proviennent pas de l'Etat. Voici ce qu'on trouve au sujet du cancer dans le rapport du Sénat http ://www.senat.fr/rap/l97-085-4/l97-085-4_mono.html#toc1572 :

"Le budget de la santé ne comporte pratiquement pas de moyens spécifiquement consacrés à la politique de lutte contre le cancer. Le cancer reste la seconde cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires, avec 28% des décès, et la première cause de mortalité prématurée, avec 37% des décès avant 65 ans."

Le cancer, qui représente des dizaines de milliers de décès par an, recevait donc moins d'argent du gouvernement Jospin que l'ESB qui en représente au maximum une centaine. En comptant les subventions des associations (La Ligue, ARC), la recherche sur le cancer ne disposait que de 2.5 à 3 fois plus de crédits que celle sur l'ESB, qui représente pourtant un risque des centaines de fois plus faible pour la population.

 

Du fait de la surmédiatisation de l'ESB, le gouvernement Jospin a donc gouverné en fonction de l'émotion générée par les médias. Et ce constat, valable en son temps pour un gouvernement de gauche, l'a aussi été, en d'autres occasions, pour d'autres gouvernements.

Exemple 2 : utiliser les médias pour faire bouger un ministre

En 1977, j'étais président d'une association de défense des riverains d'un petit aérodrome des Yvelines contre le bruit des avions. Depuis des années, nous demandions une réduction du bruit des quelques 140 000 décollages, atterrissages et survols annuels de petits avions, souvent démunis de silencieux. Malgré d'innombrables réunions en préfecture, à Versailles, avec le Préfet et Aéroports de Paris, gestionnaire de l'aérodrome, nous n'avions rien obtenu. Le bruit des petits avions, par ailleurs bien sympathiques et pilotés par des enthousiastes comme mon propre fils, restait vraiment très gênant.

 

Mon association avait le soutien des maires des communes environnantes, dont plusieurs étaient membres. Lors d'une réunion de l'association, un soir, j'ai obtenu la présence des 5 sénateurs des Yvelines et du député de la circonscription, qui ont tous adhéré à l'association. Dès la semaine suivante, le député posait une question à l'Assemblée nationale au ministre des transports, M. Joël Le Theule, sur ce qu'il comptait faire pour réduire les nuisances. Puis un des sénateurs en a fait autant au Sénat. Mais les réponses écrites à ces questions d'élus n'ont rien apporté : à l'évidence, l'administration faisait la sourde oreille.

 

Alors un samedi j'ai organisé une manifestation. Une centaine de voitures sont allées de l'aérodrome à Versailles en klaxonnant tout le long du chemin. Une fois arrivés, nous nous sommes arrêtés dans une des grandes avenues menant au château, qui s'est ainsi trouvé bloquée. Des CRS sont venus en cars bloquer notre progression. Nous avons discuté avec eux, et eux par radio avec la préfecture. Nous demandions à voir le préfet. Il ne nous a pas reçus. Nous sommes repartis à petite vitesse en klaxonnant de nouveau.

 

Il n'y avait eu aucune violence, pas même verbale, mais nous avions bloqué la circulation d'une partie de Versailles et des milliers de personnes étaient désormais au courant de nos revendications. Des journalistes nous accompagnaient, les CRS les ont vus et l'ont dit au Préfet. Le surlendemain, un collaborateur du ministre des transports me convoquait au ministère, où le ministre m'a serré la main et m'a décrit en dix minutes les mesures qu'il prenait. Celles-ci satisfaisaient 100% de nos revendications : nous avions gagné.

 

Moralité : ce qui importe avec l'administration, ce n'est pas d'avoir raison, ni même d'avoir l'appui de personnalités comme des maires, un député et des sénateurs, c'est qu'elle craigne des désordres sociaux visibles par les médias. Des manifestations de mécontentement relayées par les médias risquent d'être exploitées par des opposants au pouvoir en place et d'avoir des retombées électorales : un gouvernement digne de ce nom doit tout faire pour les éviter.

Un Etat systématiquement sourd, d'où des conflits

L'Etat français, qu'il soit de gauche ou de droite, n'écoute presque jamais aucune demande ou revendication. C'est là une habitude qu'il a depuis des décennies, particulièrement depuis que son budget est si serré qu'il n'a jamais les moyens de les satisfaire.

        En même temps, il a horreur des troubles sociaux et craint de perdre des voix si la télévision donne l'impression que les gens sont mécontents. C'est pourquoi tous ceux qui n'ont pas réussi à se faire entendre déclenchent des conflits sociaux durs et tentent d'obtenir le maximum d'échos dans les médias. Obtenir par cette pression ce qu'on n'a pu obtenir par les élections et la concertation est antidémocratique, mais efficace. Exemples :

§           C'est la stratégie classique des syndicats des transports publics : SNCF, RATP, Air France, qui prennent des centaines de milliers de voyageurs en otage et font, en moyenne, plusieurs grèves par jour.

§           C'est la méthode des routiers, des marins-pêcheurs et des agriculteurs : barrages de routes, blocage de dépôts d'essence, destructions de marchandises...

§           C'est à quoi sont réduits les chercheurs, les médecins et les infirmières, pas assez nombreux, sous-payés et insuffisamment respectés.

Un exemple entre dix dans le secteur de la santé : le 24/01/2005, un représentant syndical des dentistes avouait dans le journal Europe midi que ses confrères faisaient systématiquement attendre les bénéficiaires d'une couverture médicale gratuite (chômeurs, etc.) en leur donnant des rendez-vous après ceux des patients qui payaient un tarif normal. Les honoraires qu'ils touchaient de l'assurance maladie pour ces chômeurs étant bloqués depuis 5 ans, s'ils prenaient une trop forte proportion de ces malades peu rentables dans leur mois ils ne gagnaient plus assez pour que leur cabinet survive. Le gouvernement était au courant, mais faute d'argent attendait qu'une crise médiatisée justifie qu'il en trouve quand même.

 

Nos politiciens redoutent beaucoup les manifestations de mécontentement montrées par les médias, télévision en tête. Ils en ont si peur qu'ils finissent souvent par céder. Les syndicats sont passés maîtres dans l'art de médiatiser leurs revendications. Le gouvernement, qui tient grand compte des manifestations, leur accorde une représentativité des salariés qu'ils n'ont pas et perdent de plus en plus. En France, la très grande majorité des syndiqués sont des fonctionnaires, alors que ceux-ci ne représentent que 20% du total des travailleurs. La baisse de la représentativité des syndicats est un phénomène mondial, illustré par le graphique suivant issu de [111].

 

 

Baisse historique du taux de syndicalisation

 

Les 9% de syndiqués, essentiellement des fonctionnaires de gauche et d'extrême gauche, sont répartis entre plusieurs centrales syndicales ; aucune de celles-ci ne représente donc plus un nombre significatif de travailleurs français.

 

Le graphique ci-dessous représente le taux de syndicalisation en Europe en l'an 2000, selon [149] :

 

 

 

 

On voit que c'est en France que les travailleurs sont le moins syndiqués, et de loin. Leur représentativité est donc très faible - particulièrement en dehors de la fonction publique - et les divers gouvernements ont tort de leur attribuer une grande importance et de les subventionner sans leur demander de publier leur comptabilité.

 

Le graphique ci-dessous, issu de [150], montre qu'en plus le syndicalisme concerne essentiellement les travailleurs (donc les fonctionnaires) les plus âgés, et les hommes bien plus que les femmes.

 

 

Taux de syndicalisation en France selon l'âge et le sexe en 2002

 

Voir en complément : "Pour des syndicats utiles".

Conclusion

Faute d'argent, le gouvernement français n'anticipe pas les problèmes (le seul contre-exemple concerne les retraites). Il ne fait que réagir aux crises, en distribuant alors assez d'argent pour faire disparaître les sujets des journaux télévisés, ou pour satisfaire sa clientèle électorale réelle ou espérée (buralistes, éleveurs subventionnés à hauteur de 1 à 2 euros par vache et par jour - plus que ce que 2 milliards d'hommes ont pour vivre, etc.)

2.6.8             Un conflit de priorités et un manque de communication

Dans une économie à forte intervention de l'Etat comme l'économie française, la priorité était traditionnellement la satisfaction, dans l'ordre décroissant : des fonctionnaires (représentés par leurs syndicats), des salariés les plus pauvres, des autres salariés, et enfin des corporations qui savaient médiatiser leurs revendications (agriculteurs, routiers, etc.)

        Cette priorité se manifestait par du « Y a qu'à » : on imposait la rémunération des salaires, ainsi que des prix, des subventions et des taxes, et l'économie n'avait qu'à s'adapter comme elle pouvait.

 

Tant que la concurrence a été assez faible, cette priorité a donné satisfaction ; et l'habitude a été prise de penser que cette politique était normale et juste.

 

Mais aujourd'hui notre économie est beaucoup plus ouverte, la concurrence est bien plus forte et la priorité a changé : c'est le consommateur qui est roi. Si on fait n'importe quoi avec les salaires et les subventions, on casse la croissance et on génère du chômage. Hélas les mentalités n'ont pas changé, parce que ni les médias ni le gouvernement n'informent les Français ; d'où des conflits incessants entre des mesures considérées comme « normales » et ce qui est économiquement possible.

 

Nous verrons dans la suite de ce cours des exemples de conflits de ce type. Mais nous pouvons illustrer ce qui précède par cet extrait de [80] page 149 :

"La transparence, par exemple, me paraît devenir une nécessité pour les responsables politiques, qui doivent expliquer à une population de plus en plus éduquée et avide de comprendre ce qu'ils ont fait, le pourquoi et le comment de ce qu'ils font et de ce qu'ils comptent faire.

Il est désormais nécessaire de rendre des comptes aux électeurs autrement qu'à travers la simple sanction du scrutin. De même que les entreprises publieront un jour leurs comptes en continu, l'Etat doit expliquer son action de manière permanente. Les médias, s'ils s'en donnent la peine, sont là pour jouer le rôle des analystes financiers, d'une certaine manière.

De la même façon, le gouvernement devra rendre compte périodiquement de sa stratégie et des changements de cap, à la manière dont une équipe dirigeante le fait annuellement devant l'assemblée générale des actionnaires : « Nous vous avions promis ceci au moment de la campagne électorale mais nous avons changé d'objectifs. Voici pourquoi notre nouvelle orientation est meilleure. » C'est ainsi que les politiques devraient parler au pays.

La transparence des actions de l'Etat signifie aussi leur quantification. C'est-à-dire des chiffres et pas seulement du verbe. Roosevelt s'adressait à ses concitoyens toutes les semaines par l'intermédiaire de la radio. Pourquoi ne pas imaginer une conférence de presse du chef de l'Etat ou de gouvernement, à échéances régulières, pour rendre compte et répondre aux interrogations du public ?"

2.7                 Nature et origines du chômage

Ce sujet est traité de manière très complète dans l'étude qui lui est consacrée : "Chômage : savoir et agir". Le texte qui suit n'est qu'un résumé.

 

Nous venons de voir que les Français veulent une économie administrée par l'Etat. Pour voir si cette opinion politique est justifiée autrement que par la comparaison avec les échecs du communisme [104], examinons successivement les diverses origines du chômage.

2.7.1             Chômage dû à une mauvaise politique économique

§           Nous savons déjà, après avoir comparé ci-dessus la performance de plusieurs pays, que de mauvais choix politiques peuvent entraîner une croissance insuffisante du PIB, qui à son tour entraîne une croissance insuffisante - voire négative - des emplois.

§           Nous savons aussi (exemple allemand) qu'un choix de taux de référence trop élevé par la Banque Centrale peut freiner les investissements, ce qui freine la croissance du PIB, donc celle de l'emploi.

§           Nous savons également (exemple de l'Allemagne de l'Est lors de la réunification), qu'une ouverture trop rapide d'un marché à la concurrence peut y créer des faillites d'entreprises et du chômage.

§           Nous savons enfin que l'Etat ne peut pas, même avec des investissements massifs pendant de longues années (comme ceux de l'Allemagne de l'Ouest à l'Est), créer des emplois viables et en nombre suffisant pour lutter contre le chômage.

 

Tous ces exemples prouvent que certaines politiques économiques sont moins bonnes que d'autres, et nous verrons encore d'autres erreurs dans la suite de cet ouvrage.

2.7.2             Chômage dû à une adaptation naturelle du marché du travail aux évolutions de l'économie

2.7.2.1                        Chômage conjoncturel

2.7.2.1.1               L'exemple allemand

L'économie allemande a une différence fondamentale avec l'économie française : les exportations y représentent une part importante du PIB, l'Allemagne étant le premier exportateur mondial, devant les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Ces exportations sont en grande partie des biens d'équipement : machines-outils, électronique, automobiles, etc.

 

L'Allemagne exporte beaucoup en Asie, où certains pays ont une croissance explosive. Les exportations allemandes croissent donc rapidement, en générant des embauches, et tirent le reste de l'économie, plutôt atone.

 

Imaginons à présent une récession dans les pays qui importent ces biens d'équipement allemands. Cette récession entraînera immédiatement une baisse des importations de ces marchandises allemandes, baisse dont l'Allemagne n'est pas responsable, mais dont son économie souffrira beaucoup, notamment en perdant des emplois.

 

Cet exemple montre que le chômage peut être dû à une évolution du contexte économique. Si cette évolution est due à une insuffisance de la demande globale, on parle de « chômage conjoncturel ».

        Dans la mesure où cette évolution n'a pu être prévue (par exemple parce qu'elle résulte d'une crise pétrolière, elle-même conséquence d'événements au Moyen-Orient), le gouvernement allemand n'en est pas responsable. Si alors les Allemands l'en tiennent pour responsable en votant pour d'autres politiciens, ils font peut-être un mauvais choix, dicté par la colère et l'ignorance des lois économiques.

        Si l'évolution, prévue ou non, s'est avérée tellement rapide que l'économie n'a pas eu le temps de s'adapter (comme ce fut le cas en Allemagne de l'Est lors de la réunification brutale avec l'Ouest), le chômage croîtra également. Le gouvernement ne pourra, alors, que prendre des mesures d'adaptation de l'économie au nouveau contexte, mesures qui produiront peut-être leur effet au bout de deux ou trois ans seulement. Dans ce cas aussi, une sanction électorale est peut-être inadaptée et due à la méconnaissance par les citoyens des lois de l'économie, ainsi qu'à l'inaptitude de ses politiciens et de ses médias à les expliquer.

2.7.2.1.2               Chômage keynésien et difficulté d'une relance par la consommation

Le chômage conjoncturel est dit keynésien lorsque la production demandée est inférieure à la production offerte, c'est-à-dire lorsque les capacités de production de l'économie sont sous-utilisées. Le sous-emploi résulte alors de cette sous-utilisation, donc de l'insuffisance de la demande.

 

L'Etat peut alors être tenté de relancer la consommation en distribuant de l'argent ou en diminuant ses prélèvements, c'est-à-dire en faisant une politique keynésienne (ainsi nommée parce qu'elle a été recommandée par l'économiste John Maynard Keynes dans son célèbre ouvrage de 1936 "La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie".) Il se procurera de quoi financer le déficit budgétaire de cette politique en empruntant, ce qui reportera sur les générations suivantes la charge de remboursement de cet emprunt.

 

Il faut bien voir que cette politique ne peut réussir que si cette relance de la consommation est pratiquée simultanément par tous les pays d'une vaste zone économique, ou dans un pays à l'économie gigantesque comme les Etats-Unis (où le Plan Bush a relancé l'économie en 2003 à partir de baisses d'impôts).

En effet, lorsqu'ils reçoivent soudain de l'argent sur lequel ils ne comptaient pas, la plupart des gens le dépensent rapidement. Si l'économie du pays est en fort sous-emploi, elle redémarre vigoureusement. En même temps, sachant que les importations représentent en France environ 26 % du PIB, sur chaque euro supplémentaire dépensé, 26 centimes vont à des importations.

Par contre, si la capacité de production de l'économie française ne peut répondre à un accroissement soudain de la demande, ce sont les importations qui satisfont cette demande en explosant ; en même temps, il se produit en France une hausse des prix intérieurs par excès de la demande, hausse qui rend les produits importés moins chers. Et si les principaux partenaires commerciaux ne font pas eux-mêmes une relance keynésienne de la consommation en même temps que la France, non seulement c'est leur capacité de production qui satisfait la demande d'importations supplémentaires de la France (qui a fait la relance toute seule), mais leurs produits étant plus compétitifs parce qu'ils n'ont pas subi d'inflation, leurs exportations en France explosent.

 

En France, lorsque le gouvernement de gauche Mauroy a pratiqué cette politique de relance de la consommation en 1981 sans que le reste de l'Europe suive, le pouvoir d'achat distribué ne s'est guère traduit par un redémarrage de l'économie française. Il s'est traduit par de l'inflation, une explosion des importations et un déficit commercial insupportable dès 1982, puis par un plan de rigueur en 1983 accompagné de trois dévaluations du franc (dont deux en moins d'un an) : la gauche a alors été obligée d'admettre que son idéologie marxiste lui avait fait commettre une erreur en violant une loi économique connue.

 

Donc si un politicien français propose à ses concitoyens une politique de relance de la consommation qui ne s'étend pas - au minimum - à l'ensemble de l'Union européenne, c'est un démagogue et il ne faut pas voter pour lui. Il faut que la leçon des années 1982-1983 nous ait au moins appris cela. C'est pourquoi, lorsque le candidat président Chevènement a proposé aux élections d'avril 2002 de faire une relance keynésienne de l'économie française, tout seul et sans s'occuper du reste de l'Union européenne, il est heureux qu'il n'ait pas été élu, car il nous aurait fait subir le même désastre et la même honte que M. Mitterrand en 1983.

 

En outre, dans la France du XXIe siècle, une relance keynésienne aurait un handicap supplémentaire : beaucoup de Français mettraient l'argent supplémentaire reçu de l'Etat à la Caisse d'Epargne au lieu de le dépenser. La raison est très française : nous sommes un des peuples les plus inquiets du monde quand il s'agit de l'avenir, les ménages français épargnent 15 % de leur revenu disponible, 30 fois plus que des Américains, 3 fois plus que des Anglais. Cela vient de notre peur du chômage et cela freine notre économie.

 

Il faut bien voir, aussi, qu'une relance keynésienne produit un fort accroissement de la dette nationale, qu'il faudra un jour rembourser avec intérêts. Or pour rembourser cette dette, l'Etat devra avoir un budget en excédent, c'est-à-dire prélever sur les contribuables plus d'argent qu'il n'en dépense pour eux : il devra alors faire le contraire de la relance, en reprenant l'argent distribué augmenté des intérêts. Et comme cela risque de se produire plusieurs années ou même dizaines d'années après, une relance keynésienne se fait toujours aux frais des générations suivantes, ce qui est assez immoral. La seule manière pour que le remboursement de la dette soit peu douloureux est que le pays bénéficie d'une très forte croissance, qui produira alors l'excédent budgétaire sans baisse du niveau de vie des citoyens.

        Mais compte tenu de la forte intégration de l'économie française dans celle de l'Union européenne, une très forte croissance de la France a peu de chances de se produire sans une croissance comparable des pays partenaires. Et une telle croissance est peu probable vu le nombre de pays comme la France, l'Allemagne, la Belgique, etc., qui dépensent l'argent public en transferts sociaux avant que l'économie ait produit les richesses correspondantes, d'où leur déficit et leur fort endettement qui durent depuis des décennies.

2.7.2.1.3               Lutte contre le chômage conjoncturel en améliorant la prévision des évolutions de l'économie

Chaque gouvernement de l'Union européenne dispose d'économistes, d'analystes financiers et d'analystes politiques qui essaient de prévoir les évolutions à court, moyen ou long terme de la conjoncture générale, et de celle particulière aux principaux secteurs d'activité.

        Bien que leur compétence et leur volonté de bien faire soient incontestables, certaines évolutions sont imprévisibles. D'autres sont prévisibles parce qu'il s'agit d'évolutions à long terme, comme l'impact de la croissance de la Chine et l'Inde, qui vont de plus en plus accaparer les matières premières de la planète et monopoliser les fabrications en grande série. D'autres, enfin, sont liées à des cycles économiques, c'est-à-dire à des alternances plus ou moins régulières de périodes d'expansion et de stagnation ou récession.

 

Un gouvernement peut donc essayer de favoriser certaines évolutions économiques en prévision d'évolutions prévues de la conjoncture, par exemple en favorisant l'évolution de l'enseignement et de la recherche dans les domaines concernés, ou en créant les infrastructures nécessaires [135].

        C'est ainsi par exemple que le port de Baltimore, aux Etats-Unis, en pleine dépression économique suite à l'évolution de la conjoncture, s'est doté des installations nécessaires pour recevoir les navires porte-conteneurs ; il est aujourd'hui le seul port de la côte Est des Etats-Unis qui offrent cette possibilité, et le nombre d'emplois qui en est résulté est tel que la ville est de nouveau prospère.

 

En outre, on peut et on doit renforcer la publication et l'utilisation d'études comme "Avenirs des métiers" [26] pour prévoir vers quelles qualifications il faut orienter les formations.

2.7.2.2                        Intérêt d'une économie diversifiée et d'une taille suffisante

Il est clair qu'une économie résiste d'autant mieux aux aléas comme ceux que nous venons de voir qu'elle est plus diversifiée, diversification qui exige une certaine taille. Si, dans une grande économie diversifiée, un secteur subit le choc d'une crise, l'économie pourra s'appuyer sur les autres secteurs, encore sains, pour financer les mesures de reconversion et d'aide temporaire aux chômeurs du secteur en crise. C'est une des principales raisons d'être du marché commun à monnaie unifiée de l'Union européenne.

2.7.3             Chômage par refus des entreprises d'embaucher

Depuis 1981, les gouvernements successifs de la France ont systématiquement privilégié les travailleurs modestes, en durcissant la législation du travail en leur faveur, en augmentant la coûteuse protection sociale et en donnant chaque année des « coups de pouce » au SMIC. Les entreprises ont réagi de plusieurs manières.

§           En substituant le plus possible du capital au travail. Chaque fois qu'un investissement en matériel permet de se passer de salariés, les patrons français lui accordent la priorité.

§           En réorganisant l'activité, de manière à augmenter la productivité sans embaucher. Cet effet a été particulièrement important en tant que réponse des entreprises aux "35 heures".

§           En n'embauchant pas de salariés supplémentaires, quitte à perdre un peu de chiffre d'affaires, tout simplement parce qu'au prix qu'ils coûtent, avec les charges sociales obligatoires, ils ne sont pas rentables.

§           En recourant au travail temporaire ou aux CDD. Ce recours provient aussi de la tendance des entreprises à privilégier les salariés qu'elles ont (appelés insiders en anglais) par rapport à ceux qu'elles emploient temporairement (outsiders). Cette attitude, compréhensible sur le plan humain, a cependant l'inconvénient de priver les entreprises de « sang neuf » : personnel plus jeune et plus dynamique, et personnel capable d'apporter du savoir-faire acquis ailleurs.

§           En délocalisant. Une production peut être transférée à l'étranger, ou sous-traitée, ou remplacée par des achats.

 

Voir aussi "Relation entre taux de chômage et salaires".

2.7.4             Chômage saisonnier ou intermittent

Dans certaines professions (bâtiment, agriculture, tourisme, spectacles, etc.) le chômage fait partie du métier. En période de chômage, les gens qui veulent travailler exercent alors un autre métier, ceux qui ne veulent pas vivent d'indemnités, parfois généreuses comme dans le cas des intermittents du spectacle.

2.7.5             Chômage frictionnel

On appelle « chômage frictionnel » le chômage des travailleurs qui viennent de quitter un emploi et vont en trouver un autre, ou celui des personnes à la recherche de leur premier emploi. Voici comment il se produit et s'entretient.

 

Nous verrons ci-dessous au paragraphe "Renouvellement naturel des produits" qu'il y a en France, chaque jour ouvrable, 27 000 travailleurs qui quittent leur emploi. Certains ne retrouvent un emploi qu'au bout de quelques semaines. La preuve qu'ils le retrouvent le plus souvent est que le chômage est à peu près stable, à 9.8% en septembre 2005 ; si, par exemple, le tiers seulement d'entre eux n'en retrouvait pas, le nombre de chômeurs augmenterait de 9000 par jour, c'est-à-dire de plus de 2 millions par an.

 

Nous verrons aussi au même paragraphe que la France détruit chaque jour ouvrable 10 000 emplois, parce que des produits ou services deviennent techniquement obsolètes ou démodés. Et, comme précédemment, nous verrons que le pays crée aussi chaque jour 10 000 emplois nouveaux, pour de nouveaux produits ou services. Mais ce phénomène-là génère, lui aussi, un certain nombre de chômeurs temporaires.

 

Le chômage frictionnel est donc un phénomène naturel, qui n'est pas inquiétant tant que les chômeurs frictionnels retrouvent du travail rapidement ; c'est là que la politique du gouvernement intervient.

 

Il faut savoir, d'ailleurs, que 2% seulement des 27 000 départs quotidiens de salariés sont dus à des licenciements économiques (540 emplois) ; c'est insignifiant, mais c'est pourtant pour empêcher ces 2 %-là que la France s'est dotée d'un ensemble de textes très contraignant. En essayant d'empêcher les licenciements, comme il le fait en France, le gouvernement lutte contre 2 % du phénomène naturel du chômage frictionnel.

 

Remarquons aussi que les médias, et particulièrement la télévision, parlent de chaque licenciement qui dépasse quelques dizaines de salariés en inquiétant le public, mais ne parlent pas des fins de contrat à durée déterminée, qui concernent pourtant 26 fois plus de salariés ! Et ils ne parlent jamais du fait que chaque jour 10 000 emplois sont créés pour remplacer les emplois détruits, parce qu'ils génèrent de l'audience seulement avec les mauvaises nouvelles, pas les bonnes.

 

Craignant de ne pouvoir licencier des travailleurs dont ils n'ont plus besoin, lorsque les affaires de leur entreprise vont moins bien suite à une évolution du marché, les patrons n'embauchent plus que des travailleurs temporaires, ou presque plus ; c'est pourquoi il y a chaque jour, en France, 14 300 travailleurs qui quittent leur emploi parce que leur contrat à durée déterminée (CDD) a pris fin ; 14 300 sur 27 000, cela fait 53%. Les lois anti-licenciements créent donc la précarité, il faut le savoir !

 

C'est dans les pays où il n'y a presque pas de protection contre les licenciements qu'on trouve le moins de chômeurs : Royaume-Uni, Etats-Unis, Irlande, Suisse, etc.

En outre, quand les statistiques de l'emploi aux Etats-Unis citent un taux de chômage de 5 %, il faut savoir que ce taux tient compte d'un chômage frictionnel beaucoup plus important qu'en France, parce qu'aux Etats-Unis la mobilité bien plus grande des salariés augmente le nombre de ceux qui sont entre deux emplois. Le chômage grave, qui est le chômage structurel, est extrêmement faible dans ce pays.

 

C'est dans les pays où on protège trop ceux qui ont un emploi, que ces mesures empêchent ceux qui n'en ont pas d'en trouver un ou de sortir de la précarité, d'où un chômage élevé : France, Allemagne, etc.

 

Conclusion : lorsqu'un politicien qui veut se faire élire propose de durcir encore plus les contraintes des contrats de travail, d'indemniser encore plus le chômage, d'obliger une entreprise d'investir pour créer artificiellement des emplois lors d'un licenciement, etc., il ne faut pas l'élire, car il veut agir contre l'intérêt des travailleurs.

 

Le chômage frictionnel est donc un phénomène inévitable parce que les changements d'emploi le sont. Le taux de chômage ne peut donc jamais être zéro.

 

Le gouvernement et les collectivités locales ne peuvent lutter contre le chômage frictionnel lui-même, mais seulement contre le temps nécessaire à un salarié pour retrouver un emploi. Il organise donc la communication aux entreprises des listes de demandeurs d'emploi et aux chômeurs la liste de postes disponibles : c'est l'affaire de l'ANPE. Il offre aussi diverses aides à la mobilité, c'est-à-dire au déménagement d'une région à une autre, et d'autres dispositifs de retour à l'emploi.

2.7.6             Chômage structurel

On appelle taux de « chômage structurel » le taux minimum de chômage des travailleurs d'un pays. A l'évidence, en situation de plein emploi ce taux minimum est égal au taux de chômage frictionnel ; il lui est supérieur en général, puisqu'il y a des gens qui ne retrouvent pas d'emploi. Selon [128], ce taux en France est de l'ordre de 9 %, valeur très élevée et incompressible en moins de quelques années, quelles que soient les promesses des gouvernements successifs.

2.7.6.1                        Pourquoi le chômage structurel ?

§           La première cause du chômage structurel est le manque total de qualification :

·            dizaines de milliers de jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, sans même savoir correctement lire, écrire et compter ;

·            travailleurs manuels dont l'atelier vient d'être délocalisé ou de faire faillite, etc.

Il y a une relation directe et significative entre niveau d'éducation et taux de chômage des 25 à 29 ans.

§           La deuxième cause du chômage structurel est l'évolution des divers métiers vers plus de spécialisation et plus de technicité. On demande de plus en plus de savoir travailler sur ordinateur, de connaître l'anglais, de connaître des logiciels métier particuliers comme AUTOCAD (conception assistée par ordinateur, remplaçant le dessin à la planche d'antan), etc. Inversement, certains métiers sont devenus obsolètes.

§           La troisième cause du chômage structurel est le manque de mobilité des salariés, qui refusent de déménager ou de travailler à plus d'une heure de trajet de chez eux et/ou refusent de changer de métier.

2.7.6.2                        Comment faire baisser le chômage structurel ?

§           L'étude [129] explique pourquoi il faut en France une croissance d'au moins 2 % par an et pourquoi la croissance est plus riche en emplois dans certains secteurs d'activité (services, bâtiment) que dans l'ensemble du pays.

§           L'étude [128], très complète, montre que faire baisser le chômage est difficile et long.

2.7.6.2.1               Ce que les travailleurs peuvent faire

Les trois causes précédentes demandent plus d'efforts des salariés que du gouvernement. Chaque salarié a de nos jours le devoir de maintenir à jour ses compétences ; il ne doit pas attendre que son entreprise lui paye une formation et son salaire pendant qu'il la suit. Si son métier disparaît, il doit en apprendre un autre. Dommage que nos politiciens n'aient pas le courage de le dire et de le répéter.

 

Des études sur la mobilité des salariés ont montré que, par rapport aux Etats-Unis, les travailleurs européens préfèrent souvent le chômage à un déménagement, malgré les aides financières prévues pour les aider à aller vivre là où il y a du travail.

 

Non seulement ce manque relatif de mobilité par refus des salariés prolonge leur chômage, mais il empêche la transmission de connaissances qui se produit à l'arrivée d'un travailleur dans une entreprise à qui il apporte son expérience.

2.7.7             Ce que le gouvernement peut faire : les politiques de l'emploi

Voici les catégories de mesures qu'un gouvernement peut prendre pour combattre le chômage. Certaines sont sérieuses, en ce sens qu'elles s'attaquent vraiment aux causes du chômage, d'autres sont (hélas) purement électoralistes et ne s'attaquent qu'aux chiffres du chômage apparaissant dans les statistiques publiées.

 

Pour trouver un catalogue de mesures avant de lire la synthèse ci-dessous, voir :

§           Le texte "Création volontariste d'emplois".

§           Le site pour l'emploi du Premier ministre [134].

2.7.7.1                        Mesures directes

2.7.7.1.1               Création d'emplois publics ou associatifs

Un gouvernement peut toujours créer des postes de fonctionnaires (dans l'Education nationale, par exemple) ou obliger les entreprises comme la SNCF, la RATP, EDF, La Poste, etc. à embaucher, au besoin en participant au coût des salariés supplémentaires.

        C'est ainsi que des ordonnances de juillet 2005 ont créé le Pacte junior, permettant chaque année à 20 000 jeunes sans diplôme - dont le niveau est trop bas pour réussir un concours de la fonction publique - de devenir quand même fonctionnaire ; cette discrimination positive est plus qu'une injustice à l'égard des fonctionnaires recrutés par concours, elle promet une dégradation de la qualité du recrutement du service public ; elle montre que le gouvernement est prêt à faire n'importe quoi pour faire baisser les chiffres du chômage et intégrer dans la société française une partie des 60 000 jeunes sans qualification que notre système éducatif déficient produit chaque année.

 

Le gouvernement peut aussi subventionner des emplois associatifs, qui coûteront alors moins cher au contribuable que des chômeurs.

 

Mais tous ces emplois devront être payés par les contribuables, c'est-à-dire en définitive par les travailleurs du secteur marchand de l'économie. Cette solution a donc forcément un caractère limité, à la fois dans le temps et pour le nombre d'emplois créés.

 

Voir aussi :

§           Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés ;

§           L'étude les ZFU (Zones franches urbaines).

2.7.7.1.2               Répartition de l'emploi

Cette « solution » prend du travail à des gens qui en ont pour en donner à des gens qui n'en ont pas, politique d'origine idéologique qui ne crée aucune richesse supplémentaire.

§           Diminution autoritaire de la durée légale hebdomadaire du travail (les « 35 heures » ou RTT) ; cette solution a prouvé son inefficacité (350.000 emplois créés sur 25 millions, et à un coût exorbitant.).

§           Limitation autoritaire du nombre maximum d'heures supplémentaires, par semaine ou par an, qui empêche des gens qui le voudraient de travailler davantage, donc de gagner davantage ;

§           L'augmentation du nombre de jours de congés (congés annuels, jours fériés) ;

§           L'augmentation du nombre de départs en préretraite, permettant à des gens de cesser de travailler tout en étant payés par les contribuables ;

§           L'abaissement de l'âge légal de départ en retraite ou du nombre d'années de travail nécessaires pour partir en retraite sans pénalisation financière ;

§           Le maintien du nombre maximum de jeunes dans l'enseignement pour qu'ils ne figurent pas dans les statistiques de chômage, même s'ils n'y apprennent rien d'utile pour exercer ensuite une activité dont l'économie a besoin (nous avons trop de professeurs de gymnastique, d'histoire, etc.)

2.7.7.1.3               Législation du travail interdisant les licenciements ou les rendant très longs et coûteux.

Toutes sortes de lois ou règlements empêchent les entreprises françaises de licencier. De telles lois protègent effectivement les salariés en CDI, mais avec des effets pervers si redoutables que leur effet total sur l'emploi est négatif :

§           Elles empêchent les entreprises d'embaucher en CDI, de crainte lorsque les affaires vont moins bien de ne pouvoir licencier. La grande majorité des embauches se fait donc en CDD ou en recourant à l'intérim : ces mesures génèrent donc la précarité.

§           Elles découragent la création ou l'extension d'entreprises en France, notamment par des étrangers, qui peuvent trouver ailleurs des législations du travail moins contraignantes.

 

Pour plus de détails voir "Des procédures de licenciement économique extrêmement contraignantes".

2.7.7.1.4               Assouplir la législation du travail

La complexité de la législation du travail et la surprotection qu'elle accorde aux salariés au détriment des employeurs sont deux des causes du refus de ceux-ci d'embaucher. Mais dès qu'on touche, en France, au Code du travail ou à l'un des nombreux textes qui réglementent l'activité salariée, les syndicats descendent dans la rue… bien qu'en réalité ils représentent surtout des fonctionnaires, qui ne sont pas concernés.

2.7.7.1.5               Aider les chômeurs à retrouver du travail

Si, comme au Danemark ou au Royaume-Uni, chaque chômeur était pris en main individuellement par un conseiller compétent et motivé qui l'aide à retrouver du travail, si ce conseiller pouvait contraindre le chômeur à accepter un poste offert sous peine de perdre son droit aux allocations, nous aurions bien moins de chômeurs.

 

Voir aussi "Création volontariste d'emplois"

2.7.7.2                        Mesures indirectes

Ces mesures pour l'emploi agissent :

§           Soit sur l'économie, en favorisant la consommation et en générant de l'inflation : c'est la solution keynésienne, dont nous avons vu les contraintes et les effets pervers.

·            Augmentation des salaires, et particulièrement des bas salaires. C'est ainsi que, chaque année, il y a un « coup de pouce » au SMIC. Les inconvénients de cette politique autoritaire d'augmentation des bas salaires sont évidents : les salariés peu qualifiés finissent par devenir si chers que les entreprises ne peuvent justifier leur embauche, qui ne serait pas rentable ; et la compétitivité des entreprises est menacée, d'où la baisse des exportations, des délocalisations et des sous-traitances à l'étranger.

·            Augmentation des pensions et des allocations familiales, ce qui prélève du pouvoir d'achat aux contribuables pour le donner aux retraités et aux familles ; souvent, l'Etat trouve l'argent nécessaire à ces mesures en s'endettant, c'est-à-dire aux frais des générations suivantes.

§           Soit sur le coût du travail, en abaissant les charges, en subventionnant certaines embauches et/ou en diminuant ou en supprimant la taxe professionnelle, qui pèse sur les investissements. Cette politique est favorable à la compétitivité des entreprises et combat (un peu) les délocalisations. Mais elle coûte cher aux contribuables…

L'idéal serait de diminuer fortement les charges sociales, la taxe professionnelle et l'impôt sur les sociétés, en reportant ces pertes de revenu fiscal de l'Etat sur la TVA et la CSG : le coût du travail baisserait alors fortement pour les entreprises, ce qui les inciterait à embaucher. C'est ce qu'ont fait de nombreux pays dont les performances économiques dépassent largement celles de la France, et où le chômage est très faible : Royaume-Uni, Irlande, etc. C'est ce qu'aucun gouvernement français n'a eu le courage de faire, de crainte que les syndicats et la gauche ne l'accusent de « travailler pour le MEDEF » et d'avoir une politique « ultralibérale » ; cette absence de courage vient de l'incapacité de tous les gouvernements français depuis 1981 d'expliquer leur politique aux citoyens.

Voir aussi Effet d'aubaine : la forte proportion d'offres d'emplois aidés.

§           Soit en rendant le travail financièrement plus intéressant que le chômage pour les chômeurs : Prime pour l'emploi (PPE), Revenu minimum d'activité (RMA), PARE, CIVIS, etc. Ce sont de bonnes mesures malgré leur coût pour le contribuable, mais pour persuader vraiment certains chômeurs paresseux de retourner travailler il faudrait faire comme en Angleterre : baisser les allocations de chômage.

§           Soit avec une politique de formation, initiale et continue, ou par la construction d'infrastructures et d'autres approches que nous détaillons plus bas.

2.7.8             Un minimum de chômage permanent est inévitable

Ce qui précède montre qu'il est impossible de supprimer le chômage. Dans une économie dynamique, où les travailleurs changent plusieurs fois d'activité au cours de leur carrière, il est impossible de descendre en dessous de 3 à 4 % de chômeurs, taux qui représente le chômage frictionnel (travailleurs entre deux emplois).

 

Il y a, en outre, une relation entre chômage et inflation par les coûts, décrite par la courbe de Phillips. Selon cette courbe, si le chômage descend en dessous d'une certaine valeur appelée NAIRU, l'inflation augmente rapidement.

2.8                 La loi économique de l'offre et de la demande

2.8.1             Adam Smith, libéralisme économique et autorégulation du marché

L'économie politique est une discipline fondée par Adam Smith (1723-1790), dont les idées ont bouleversé le monde et dominent encore de nos jours les théories économiques. Voici un résumé de ses idées, exposées dans l'ouvrage de 1776 "Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations" [176].

 

Parce qu'il est individualiste, l'homme a des défauts :

§           Il veut posséder le plus possible, plus même que ce dont il a besoin ;

§           Il est envieux des possessions des autres ;

§           Il est égoïste, plaçant son bonheur au-dessus de celui des autres hommes ;

§           Il veut s'imposer face aux autres, leur être supérieur.

 

Ces défauts le poussent à se donner du mal, à se dépasser même pour gagner de l'argent. Il considère l'argent comme le bien fondamental, celui qui donne accès aux autres.

 

En même temps, chaque homme vit en société et ne peut satisfaire son envie de posséder que dans le cadre de cette société, où les autres hommes sont aussi désireux de posséder que lui. Chacun devra donc rendre service aux autres pour obtenir d'être payé pour ces services : c'est ce qui explique qu'on travaille pour de l'argent et qu'on fasse du commerce pour obtenir du profit.

 

Dans la vie en société, chacun est constamment en concurrence avec d'autres pour obtenir un même bien ou un même travail que tous deux désirent, ou pour vendre ses produits même si cela empêche d'autres de vendre les leurs : les hommes sont en concurrence. Adam Smith a montré que :

§           La concurrence résulte de la recherche, par chaque acteur économique (individu producteur ou consommateur, entreprise…), de son profit maximum.

§           L'Etat ne doit pas intervenir dans l'économie d'un pays, dont le marché s'autorégule sans lui sous l'effet de la concurrence. Il appelle cette autorégulation « la main invisible du marché ».

§           Cette concurrence conduit au maximum d'efficacité dans la production et la répartition des richesses (bien et services), efficacité bien plus grande que celle que peut atteindre un acteur du service public. Exemples :

·            L'économiste américain Milton Friedman (prix Nobel 1976) disait : "Essayez donc de parler français avec une personne qui a étudié cette langue dans l'enseignement public, puis comparez avec une personne qui l'a apprise chez Berlitz".

·            M. Francis Mer, ancien Ministre de l'économie, donne un exemple d'efficacité comparée d'un service public et d'une entreprise privée à propos de l'entretien d'un parc de véhicules.

§           Contrairement à ce que pensait Karl Marx, dont l'histoire a montré qu'il s'était trompé sur ce point, lorsque la concurrence est libre, la recherche du profit maximum ne conduit pas nécessairement à un durcissement de la société, ni à un appauvrissement des uns au profit des autres. On le voit au formidable progrès de niveau de vie constaté depuis son époque malgré une économie libérale et la mondialisation, et au recul de la misère.

Au contraire, l'intervention de l'Etat pour limiter la concurrence - demandée constamment par les syndicats comme la CGT et FO - diminue fortement l'efficience des mécanismes économiques de production et de répartition, donc le niveau de vie des gens. Chaque fois que l'Etat diminue la concurrence les consommateurs paient leurs produits ou services plus cher, subventionnant ainsi des activités insuffisamment productives.

Exemple : empêcher ou limiter l'importation de textiles chinois, pour permettre la survie d'industries textiles françaises aux produits plus chers, oblige les consommateurs français à payer plus cher leurs textiles, diminuant ainsi leur pouvoir d'achat. Nos consommateurs subventionnent alors des ouvriers français dont le travail n'est plus compétitif, ce qui les dispense de se reconvertir vers des activités où ils produiraient plus de valeur.

§           Un marché libre s'autorégule de lui-même, les prix s'ajustant automatiquement en fonction de l'offre et de la demande, dont nous étudierons les mécanismes ci-dessous, en commençant par la détermination des prix et l'équilibre du marché.

L'effet autorégulateur de la libre concurrence, affirmé il y a plus de 2 siècles, reste toujours d'actualité, comme le montrent les contreperformances des économies administrées :

·            Comparaison entre libéralisme et communisme ;

·            Comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés » ;

·            La France est un pays à économie en grande partie administrée où l'Etat est propriétaire de plus de 1100 entreprises commerciales ;

·            Voir enfin l'étude France en panne, entreprises en fête.

 

Les lois économiques découvertes par Adam Smith ont été confirmées, entre autres, par Milton Friedman. Le seul effet négatif d'une économie libre, à l'heure de la mondialisation, est la stagnation des revenus d'une grande partie de la population alors qu'une minorité de privilégiés voit ses revenus augmenter fortement. C'est pour réduire ces inégalités que l'intervention de l'Etat est nécessaire (redistribution des revenus par les transferts sociaux, etc.)

2.8.2             Définition de la concurrence « pure et parfaite »

Voir "Définition de la concurrence pure et parfaite".

2.8.3             Détermination des prix dans une économie de marché

Les mécanismes de détermination des prix sont exposés dans le court texte "La valeur des choses".

2.8.4             Notion d'équilibre du marché

Voir équilibre du marché, où on trouve aussi des exemples d'intervention de l'Etat pour perturber cet équilibre pour des raisons électoralistes.

2.8.5             La détermination des prix en fonction de l'offre et de la demande

Si ce n'est déjà fait, voir d'abord la section "Définition de la concurrence pure et parfaite".

2.8.5.1                        Concurrence entre vendeurs

Tout produit offert sur le marché a une valeur limite pour chaque acheteur potentiel. S'il est offert moins cher que cette valeur, l'acheteur l'achète ; s'il est plus cher, l'acheteur ne l'achète pas ou en achète moins.

 

Si l'offre est trop abondante par rapport à la demande, par exemple s'il y a surproduction ou trop de produits en stock qui attendent un acheteur, les vendeurs (en concurrence) se battent à coups de baisses des prix pour tenter les clients. D'où une loi économique :

 

Si l'offre dépasse la demande, les prix baissent

 

Il n'est pas nécessaire que l'Etat intervienne pour faire baisser ces prix, la concurrence suffit. Toute tentative de limiter ou supprimer la concurrence entre vendeurs lèse les consommateurs, qui paient alors plus cher les produits ou services correspondants. Tout politicien qui propose des mesures limitant la concurrence (quotas d'importation comme ceux du textile jusqu'au 01/01/2005, droits de douane, interdiction de publicité, etc.) travaille contre l'intérêt des consommateurs : il ne faut donc pas accepter ses propositions en votant pour lui.

 

Dans une économie de libre concurrence (appelée « économie de marché », comme celle des pays de l'Union européenne), les vendeurs sont en concurrence : chaque consommateur choisit son produit et son fournisseur librement, en fonction du prix et de la qualité. Cette concurrence a pour effet naturel de faire baisser les prix et accroître la qualité.

§           Exemple : le prix des lecteurs de DVD a été divisé par 12 environ entre 1999 et 2004, sans baisse de la qualité.

§           Exemple issu de [178] : le graphique ci-dessous montre l'évolution en France des prix de l'habillement entre 1999 et 2006, et des quantités vendues correspondantes. On voit que :

·            Plus le prix baisse, plus les quantités vendues augmentent, parce qu'il y a davantage d'acheteurs prêts à payer ce prix-là et parce qu'un acheteur donné peut acheter une plus grande quantité.

·            Du fait de la mondialisation, les prix des textiles ont baissé continuellement (20 % en 7 ans), ce qui a permis aux consommateurs d'acheter de plus en plus.

 

 

Relation entre prix des vêtements et quantités vendues

 

2.8.5.2                        Concurrence entre acheteurs ou entre employeurs

Il y a aussi concurrence entre les acheteurs. Exemple :

        A part les ventes aux enchères, où la concurrence entre acheteurs est évidente, les consommateurs sont en concurrence chaque fois qu'il y a pénurie d'un produit ou d'un service. C'est ainsi que les prix de l'immobilier d'habitation ont énormément monté en région parisienne depuis quelques années : les acheteurs, disposant de beaucoup d'argent du fait de taux d'intérêt faibles permettant d'emprunter beaucoup et à faible coût, offraient de payer cher pour l'appartement de leurs rêves.

 

Exemple : Concurrence entre employeurs

Si l'offre est insuffisante par rapport à la demande, par exemple s'il n'y a pas assez de femmes candidates à l'emploi de « femme de ménage », les employeurs sont en concurrence pour les rares femmes acceptant ce travail, et ils offrent des rémunérations plus élevées. Du reste, sachant combien il est facile de trouver du travail, les femmes de ménage demandent - et obtiennent - des salaires de plus en plus élevés ; aujourd'hui, elles gagnent souvent plus qu'une secrétaire ou une comptable, qui ont pourtant fait des études professionnelles.

 

D'où une loi économique :

 

Si la demande dépasse l'offre, les prix montent

 

2.8.5.3                        Equilibre du marché - Interdépendance entre marchés

Si ce n'est pas encore fait, voir la notion d'équilibre du marché, où on trouve aussi des exemples d'intervention de l'Etat pour perturber cet équilibre pour des raisons électoralistes.

 

Il faut aussi savoir que divers marchés peuvent être interdépendants. C'est ainsi, par exemple, que le marché des pneumatiques dépend à la fois de celui des véhicules neufs et de celui des véhicules d'occasion, qui dépendent eux-mêmes du prix de l'essence et du coût des crédits qui financent les achats, etc.

 

L'économie globale d'un pays n'est en état d'équilibre que si tous les marchés de biens et de services le sont, ce qui n'est jamais réalisé.

 

Voir aussi "Mondialisation et interdépendance des économies".

2.8.5.4                        Efficacité de l'équilibre du marché global d'un pays

Par définition, un marché national où règne la concurrence libre est dit efficace lorsque l'allocation des ressources qui en résulte est telle qu'on ne peut améliorer la satisfaction d'un agent économique [36] sans détériorer celle d'un autre.

Mais même dans un marché efficace il est toujours possible d'améliorer la satisfaction de certaines personnes (ou entreprises, ou…) au détriment de certaines autres. C'est ce que l'Etat français fait en permanence lorsqu'il modifie l'allocation des ressources au profit de certaines catégories sociales : bas revenus, chômeurs, fonctionnaires, agriculteurs, etc. Ces interventions corrigent parfois les situations inéquitables créées par l'économie de marché, qui ne tient pas compte de l'équité ; et parfois elles en créent…

 

Les conditions qu'une économie nationale doit satisfaire pour être efficace sont :

§           Produire une combinaison de biens et de services correspondant aux souhaits de leurs consommateurs. Et lorsque ces préférences changent, parvenir rapidement à un nouvel équilibre grâce au mécanisme d'offre et de demande.

§           Produire les biens et services de manière efficace, c'est-à-dire telle qu'il est impossible d'accroître la production d'un bien sans réduire celle d'un autre.

§           Permettre des échanges efficaces, c'est-à-dire tels qu'on ne puisse pas améliorer la satisfaction des consommateurs par avec des échanges supplémentaires.

2.8.5.5                        Importance des marchés financiers

Les marchés financiers sont accusés de tous les méfaits par les anticapitalistes, les antimondialistes et plus généralement les gens de gauche que l'idéologie empêche de connaître la vérité économique. Le fait qu'on y achète et qu'on y vende des valeurs mobilières (c'est-à-dire des actions et des obligations) « pour gagner de l'argent sans travailler » en fait pour ces gens-là des lieux de perdition.

 

La vérité est toute autre : ces marchés servent à collecter l'argent des épargnants (que ceux-ci destinent en général au financement de leur retraite par l'intermédiaire de fonds de placement) pour le mettre à disposition des entreprises, qui en ont besoin pour se créer et se développer (achat de matériel, financement du développement et du marketing des nouveaux produits, etc.)

 

Ce rôle d'intermédiaire est absolument indispensable à l'économie.

La religion musulmane interdisant le prêt avec intérêts, les pays musulmans ont été - et sont encore dans une grande mesure - handicapés par l'impossibilité de collecter l'épargne des particuliers pour la mettre à disposition des entreprises, qui manquent donc souvent de capital ou de fonds prêtés.

 

Le tableau ci-dessous donne une idée des volumes financiers qui transitent par les marchés financiers, donc de leur importance économique.

 

 

 

France

Royaume-Uni

Etats-Unis

Valeur totale des actions cotées (capitalisation boursière)

236

675

2327

Total annuel des transactions

95

444

1093

Bourses de Paris, Londres, New York
(ordres de grandeur en milliards d'euros)

 

2.8.5.6                        Concurrence pour accéder aux financements - Importance des bénéfices

La concurrence joue aussi entre entreprises pour l'accès au capital ou aux prêts bancaires dont elles ont besoin pour s'équiper, développer des produits ou financer des campagnes de publicité : ce sont les entreprises les plus rentables, c'est-à-dire celles qui rétribuent le mieux leurs actionnaires et offrent les meilleures garanties de remboursement de prêts à leurs banquiers, qui trouvent le plus facilement des actionnaires souscripteurs ou des banquiers prêteurs. Actionnaires ou banquiers ayant le choix de la société où ils vont investir, ou qu'ils vont financer, choisissent celle qui est la plus rentable et/ou la plus sûre. D'où le théorème :

 

Sans bénéfice, pas d'investissement, donc pas de développement

 

Et une entreprise qui ne se développe pas ne peut résister à des concurrents qui se développent en offrant des produits nouveaux, meilleurs, moins chers, sur plus de marchés.

 

Pour une entreprise, la stagnation c'est la mort

 

2.8.5.7                        Conclusions sur l'effet de la concurrence - Loi de l'offre et de la demande

Voir d'abord la détermination des prix dans "La valeur des choses".

§           Chacun, acheteur ou vendeur agit au mieux de son intérêt.

§           Le « prix de marché » d'un produit ou d'un service est déterminé par un équilibre entre l'offre et la demande : un prix plus élevé diminuerait la vente, un prix plus bas diminuerait les bénéfices des vendeurs. Cet équilibre s'établit automatiquement : le prix de marché est un prix d'équilibre. L'existence et l'établissement de cet équilibre résultent de ce qu'on appelle « la loi de l'offre et de la demande ».

 

LOI de L'OFFRE ET DE LA DEMANDE

« Pour un produit ou service, le prix de marché est celui qui égalise l'offre et la demande »

Lorsque l'offre augmente, le prix baisse,
lorsque l'offre diminue, le prix monte.

Lorsque la demande augmente, le prix monte,
lorsque la demande diminue, le prix baisse.

 

§           L'Etat, lorsqu'il intervient, le fait en principe « pour le bien supérieur du pays », en prenant une décision politique qui limite toujours la concurrence.

Il avantage alors certains (vendeurs ou acheteurs, un produit contre un autre, etc.) au détriment d'autres. Les politiciens qui gouvernent ont tendance à favoriser ceux qui les ont élus ou dont ils espèrent les voix, au détriment de leurs adversaires politiques, il faut le savoir ; il faut chercher, devant chaque décision politique limitant la concurrence, à qui elle profite.

§           La concurrence adapte automatiquement l'offre. Lorsqu'il y a un marché pour de nouveaux produits ou services, des entreprises se créent pour l'offrir. En agissant ainsi très vite, elles espèrent arriver sur le marché avant d'autres, donc s'y faire connaître avant elles et souffrir moins de leur concurrence.

 

Exemple : cours de change des devises

La loi de l'offre et de la demande joue même pour un « produit » comme de l'argent : il y a un cours de change des euros en dollars, qui reflète l'abondance ou la pénurie relative de dollars par rapport aux euros. Si un jour donné, les Européens qui veulent payer des produits, des services ou des actions d'entreprises en dollars, ont besoin pour ce faire de plus de dollars que les Américains qui veulent payer en euros, le cours du dollar exprimé en euros va monter, et il faudra plus d'euros pour acheter chaque dollar ou moins de dollars pour acheter chaque euro.

2.8.5.8                        La concurrence peut être déloyale lorsqu'elle viole la propriété intellectuelle

Exemple : lorsqu'une entreprise asiatique imite un article de luxe français (Chanel, Vuitton, etc.) en copiant son design (protégé) ou en violant un brevet, il faut l'empêcher. Si on laisse perdurer une telle concurrence, l'entreprise asiatique, qui n'a rien déboursé pour le design, les recherches et développements ou la notoriété de marque de l'article, se trouve indûment favorisée par rapport à l'entreprise française qui a créé l'article, ce qui décourage celle-ci de faire l'effort d'innover. En outre, cette concurrence déloyale détruit des emplois français au profit d'emplois asiatiques.

 

Autre exemple : la copie illégale de logiciels, de jeux, de films, de musique, etc., copie qui prive l'auteur de sa juste rétribution. Les logiciels de Microsoft piratés sont vendus 3 dollars dans des grandes surfaces qui ont pignon sur rue à Pékin et Shanghai. Les clients chinois ont tellement l'habitude d'acheter des produits contrefaits, qu'ils ne conçoivent même pas qu'on puisse être assez bête pour payer des produits de marque originaux à leur prix catalogue.

 

Le Département (ministère) américain du commerce estime les ventes perdues chaque année à cause de la seule contrefaçon chinoise à :

§           20 à 24 milliards de dollars pour les Etats-Unis, sur un chiffre d'affaires total de 172 milliards de dollars et un investissement en recherche de 33 milliards de dollars ;

§           34 milliards de dollars pour le Japon ;

§           25 à 30 milliards de dollars pour l'Union européenne !

 

La Chine considère le viol de brevets, de licences ou de propriété intellectuelle comme une véritable arme commerciale. Malgré les promesses répétées de ses dirigeants, elle laisse faire ses centaines de milliers d'entreprises pirates, dont beaucoup appartiennent au gouvernement chinois ou à des amis de ses politiciens ; et pour un pirate saisi et condamné, cent autres continuent impunément. C'est une grave menace pour les pays qui respectent la propriété intellectuelle.

        La Chine souffre elle aussi du piratage, parce que de nombreux médicaments sans valeur ou carrément nocifs y sont vendus tous les jours.

2.8.5.9                        Ceux qui veillent à faire respecter la concurrence

La concurrence étant très importante pour améliorer sans cesse la qualité et le prix des produits et services, il y a de nombreuses lois, au niveau national ou au niveau européen, pour la protéger.

 

Il y a aussi des organismes officiels pour le faire, comme le Conseil de la concurrence [9], et des associations de consommateurs, des associations de fournisseurs, etc.

 

La concurrence exige des entreprises assez petites pour qu'aucune d'elles ne puisse dominer le marché ou jouir d'un monopole pour imposer ses produits ou ses prix. La France souffre de graves lacunes dans ce domaine, et les citoyens doivent peser sur leurs élus pour mettre un terme aux situations de faible concurrence dont ils souffrent. Exemples :

§           Monopoles de fait dans les transports ferroviaires : la SNCF, souvent en grève (elle détient le record mondial des grèves !) ;

§           Monopole dans les Tabacs et Allumettes ;

§           Limitation du nombre de grandes surfaces et nombre trop restreint de centrales d'achat, trop puissantes par rapport aux fournisseurs, etc.

2.8.6             Conclusions sur la loi de l'offre et de la demande

La loi de l'offre et de la demande établit automatiquement un prix d'équilibre pour chaque produit ou service vendu et acheté. Il suffit de laisser le marché libre, conformément au principe de l'économie de marché. Toute intervention de l'Etat limitant cette liberté coûte automatiquement cher, soit aux acheteurs, soit aux vendeurs.

 

Un exemple important d'intervention de l'Etat concerne le prix minimum du travail, fixé à l'aide du SMIC. A chaque fois que le SMIC monte, à l'initiative de l'Etat qui le fixe, le travail coûte plus cher et les consommateurs doivent payer davantage. Les salariés qui profitent de la hausse des salaires le font donc au détriment des consommateurs, il faut le savoir.

 

Donc, lorsqu'un politicien promet, s'il est élu, d'augmenter les salaires, il faut savoir (s'il tient parole) que cela se fera au détriment des consommateurs (pour les produits et services qui vont coûter plus cher) ou des contribuables, pour les fonctionnaires dont le traitement augmentera, ou des entreprises qui seront moins compétitives par rapport à leurs concurrents étrangers ou des salariés eux-mêmes qui coûteront souvent trop cher pour justifier leur embauche.

2.8.6.1                        Le marché n'est jamais libre à 100%

Il faut savoir aussi que le marché n'est jamais libre à 100% et qu'il y a toujours des interventions de l'Etat (si nécessaire voir la Définition de la concurrence pure et parfaite).

§           L'Etat a tellement besoin d'argent qu'il invente sans cesse de nouveaux impôts et taxes pour en trouver. Chaque impôt, chaque taxe, faisant des mécontents qui risquent de voter pour d'autres à la prochaine consultation, les politiciens au pouvoir font en sorte de répartir le mécontentement, ou de frapper en priorité les gens dont ils n'attendent pas les suffrages, ou de frapper les produits ou les activités où ils pensent qu'il existe des marges solvables. Or chaque prélèvement qui ne taxe pas tous les citoyens, ou tous les acteurs d'un marché donné, crée des distorsions de concurrence.

§           Indépendamment de son besoin d'argent, l'Etat (et tout particulièrement l'Etat français) intervient constamment dans l'économie, pour favoriser un certain secteur d'activité, ou une zone géographique particulière.

C'est ainsi, par exemple, qu'il crée des zones franches, c'est-à-dire des zones géographiques où il prélève moins d'impôts (et où souvent il fournit en plus des subventions) pour favoriser le développement d'activités. Dans une banlieue où les problèmes récurrents de délinquance attirent l'attention des médias, faisant ainsi de la contre-publicité au gouvernement en place, celui-ci crée parfois une zone franche, où il espère que le développement de l'activité dû aux impôts réduits et aux subventions va faire baisser le chômage, donc l'insécurité, donc l'impopularité de la classe au pouvoir.

Il y en a une près de chez moi, où un artisan taxi s'est installé et fait, depuis, une concurrence redoutable aux autres taxis habitant à cinq cents mètres, en dehors de la zone franche. Ceux-ci perdent des clients et s'en plaignent amèrement, promettant à qui veut l'entendre de voter pour d'autres que l'actuel gouvernement à la prochaine élection. L'intervention de l'Etat, lors de la création de la zone franche, a donc aussi des effets pervers : elle fait perdre de l'activité à d'autres zones ou d'autres métiers, elle coûte de l'argent aux contribuables, et elle produit aussi du mécontentement électoral.

§           Le marché ne tenant compte que du prix, ce qui n'a pas de prix n'est pas pris en compte. Voir à ce propos :

·            le paragraphe sur l'environnement ;

·            le paragraphe sur les entreprises citoyennes et la Responsabilité Sociale des Entreprises ;

·            le paragraphe sur la justice sociale.

2.8.6.2                        Loi du marché et justice sociale

Le désir de justice sociale est très fort chez les Français. C'est même une de leurs attentes principales vis-à-vis de l'Etat. Cette attente est normale : plus une société est civilisée, plus elle apporte à ses citoyens de l'aide quand ils sont vieux ou malades, de la protection contre les délinquants ou les catastrophes naturelles.

 

La demande de justice sociale de chaque citoyen consiste à refuser d'être exploité par diverses entreprises ou par l'Etat. Lorsqu'un hypermarché pratique des prix élevés pour certains articles, il y a de nombreux clients qui trouvent injuste que ses actionnaires gagnent de l'argent sur leur dos. Lorsqu'une catégorie de salariés dans un hôpital bénéficie d'une augmentation, d'autres catégories se mettent en grève pour en avoir une aussi.

 

La grande majorité des Français ne comprennent pas que la loi du marché, qui est une loi strictement économique, se moque complètement de justice sociale. Les prix sont fixés par l'offre et la demande, et seulement par elle, alors que les citoyens voudraient que les prix et salaires soient fixés en fonction du mérite, notion éminemment subjective.

§           Chaque citoyen voudrait que les prix des produits de première nécessité (aliments, savon, etc.) soient fixés en fonction de ce qu'il gagne, ou qu'il estime devoir dépenser ;

§           Chaque automobiliste voudrait que le prix du carburant qu'il utilise soit assez réduit pour qu'il puisse rouler sans se ruiner ;

§           Chaque SMICard voudrait que les PDG gagnent moins, pour que lui-même gagne plus…

 

Mais les prix sont fixés par l'offre et la demande, et la seule façon de peser efficacement sur eux est d'accroître la concurrence (si on exclut la possibilité que l'Etat les taxe moins, car il a trop besoin d'argent). Voici ce qu'en pense M. Mer dans [80] page 157 :

"Toute entreprise a non seulement le droit mais le devoir de vendre aussi cher que possible dès lors qu'elle opère sur un marché concurrentiel fonctionnant normalement. Ce qui l'arrête dans cet objectif de maximiser ses profits, c'est justement la concurrence qui empêche un acteur de profiter longtemps d'une position dominante."

 

Toute  « mesure » du gouvernement pour faire artificiellement baisser les prix de certains produits s'avèrera inefficace au plus tard quelques mois après : ceux qui les fabriquent trouveront le moyen de cesser de les fabriquer pour les remplacer par des produits soi-disant « nouveaux », qui échappent aux contraintes imposées ; ou ceux qui les vendent trouveront un moyen d'offrir des « offres groupées », où les prix de ces produits sont masqués à l'intérieur d'un lot.

        Un gouvernement qui prend des mesures inefficaces parce que anti-économiques (mais s'en glorifie, comme tous les gouvernements) doit être sanctionné par les électeurs qui voudraient des mesures efficaces.

 

Les rémunérations aussi sont fixées par l'offre et la demande.

§           Si elles étaient fixées au mérite, la France ne serait pas assez riche pour payer l'abbé Pierre ;

§           Un footballeur célèbre gagne beaucoup d'argent parce que le spectacle qu'il procure vaut des millions pour les chaînes de télévision qui le diffusent, les publicitaires qui en profitent pour vanter leurs produits, et les organisateurs de matchs. Dans son cas, la loi de l'offre et de la demande rétribue la rareté : des gens qui jouent aussi bien que lui sont rares, très rares ;

De même, un pilote automobile qui gagne de nombreuses courses parce que ses réflexes et sa forme physique sont exceptionnels, est rétribué plus qu'un PDG de grande entreprise.

§           Par sa vigilance et son sérieux, une infirmière sauve parfois des vies. Elle gagne pourtant moins qu'un ingénieur, parce qu'il est plus facile de trouver des infirmières que des ingénieurs, dans leurs marchés du travail respectifs.

 

Prix et rémunérations dépendent de l'offre et de la demande, pas du mérite

Conclusions

Toute intervention de l'Etat qui va contre la loi du marché est automatiquement inefficace, parce que tôt ou tard ceux qu'elle lèse trouveront un moyen de faire jouer la concurrence à leur profit. Quand un électeur juge des propositions politiques, il devrait en tenir compte.

 

Nous verrons plus loin les mesures dont dispose l'Etat pour réguler efficacement l'économie et corriger les éventuels effets inhumains des lois économiques ; il y en a, mais leur effet n'étant ni rapide ni spectaculaire, elles ont peu d'écho médiatique, donc peu d'effet électoral…

2.8.6.3                        Partage des profits entre actionnaires et travailleurs

Combien de fois a-t-on entendu un politicien ou un syndicaliste réclamer que l'Etat prélève le supplément d'argent dont il a besoin sur les profits des actionnaires ou du capital, au lieu de le prélever sur les travailleurs !

 

Pour comprendre ce qui est possible et ce qui est équitable, analysons le profit et voyons comment il est réparti en France entre actionnaires et travailleurs.

§           Les profits financiers rémunèrent un investissement où un particulier ou une entreprise place son argent en le prêtant sans risque à une banque, un émetteur d'obligations privées (emprunts) ou l'Etat. Pour les détails, cliquer ici.

§           Les profits des actionnaires d'une entreprise sont de deux types :

·            Profits sur la prise de valeur des parts. Si l'entreprise fait de bonnes affaires, la valeur de ses parts (ou de ses actions si elle est cotée en bourse) augmente. L'actionnaire peut alors revendre ses parts plus cher que ce qu'elles lui ont coûté. Il fait alors un profit, sur lequel il devra payer des impôts.

 

Par contre si l'entreprise fait de mauvaises affaires, la valeur de ses parts diminue et l'actionnaire peut les revendre en perdant de l'argent, ou les conserver en attendant des jours meilleurs : en investissant en parts d'entreprise, il a pris un risque. Bien entendu, les pertes de valeur ne conduisent pas à une baisse d'impôts, l'Etat prenant sa part quand il y a eu profit et ne restituant rien quand il y a eu perte. Il admet seulement, sous certaines conditions, de déduire des pertes passées de bénéfices ultérieurs.

 

Il y a là une différence claire entre actionnaire et travailleur : le premier prend un risque, le second pas, il sera toujours payé pour son travail. L'équité veut que le risque pris par l'actionnaire soit récompensé et qu'il reçoive une part équitable des profits de l'entreprise, quand ils existent.

·            Dividendes. L'entreprise qui fait des bénéfices peut en distribuer une partie à ses actionnaires, après avoir mis de côté des fonds correspondant aux impôts dus au fisc, à l'amortissement de ses investissements, etc.

En général, le pourcentage distribué chaque année de cette manière est de l'ordre de 0 à 5 % du capital investi pour une entreprise, et 6 à 7 % pour une SCPI (placement collectif en immobilier loué appelé parfois "pierre papier").

Compte tenu du risque, il faut que les actionnaires puissent espérer gagner plus en plaçant leurs fonds en parts d'entreprise que sous forme de placement financier. Si ce n'est pas le cas (par exemple parce que la conjoncture économique est morose, ou l'Etat offre des taux très élevés pour ses emprunts parce qu'il a désespérément besoin d'argent), les investisseurs préfèreront les placements sans risque aux placements en parts d'entreprise, et les entreprises manqueront de fonds pour se développer ou se moderniser, ce qui est grave ; nous l'avons déjà vu.

 

Les profits bruts d'une entreprise sont ce qui reste de son chiffre d'affaires une fois qu'elle a payé les produits et services achetés à l'extérieur. Ces profits sont répartis entre :

§           Les montants "S" versés aux salariés (salaires, charges sociales, cotisations diverses…) ;

§           Les montants "A" versés aux actionnaires et à la collectivité (financement des investissements et des intérêts d'emprunts, impôts…).

 

On constate qu'en France la proportion entre S et A a peu varié au cours des années, elle est toujours restée de l'ordre de 2/3 pour S et 1/3 pour A. En 2004, par exemple, S est voisin de 64.3 % et A est voisin de 35.7 %.

 

Si, comme le demandent les communistes, l'Etat « prend de l'argent aux capitalistes » pour subventionner ses transferts sociaux et baisser l'imposition des travailleurs, il décourage l'investissement, qui trouvera plus rentable de se placer à l'étranger. Les entreprises manqueront alors d'argent et souffriront, d'où perte de compétitivité, d'où perte de chiffre d'affaires, d'où licenciements. En outre, les « capitalistes » sont souvent de petits épargnants qui ont mis de côté de l'argent pour leur retraite : est-il équitable de diminuer le niveau de vie des retraités au profit des actifs ?

 

Bien entendu, si l'Etat s'arrange pour répartir plus de profits aux actionnaires et moins aux salariés, il commet une injustice vis-à-vis de ces derniers, dont le travail mérite juste récompense. L'idéal est donc de rétribuer les actionnaires juste assez pour qu'ils investissent en France (et non à l'étranger) et dans les entreprises (et non en emprunts ou obligations sans risque). L'expérience montre qu'il ne faut guère s'écarter de la proportion 2/3 - 1/3, d'ailleurs admise par l'économiste prix Nobel Keynes comme "idéale" et "véritable loi économique".

 

Tout cela est bien résumé par le président de Lafarge dans [147] :

"Il ne faut pas oublier que le chef d'entreprise est en fait en concurrence sur tous les plans. D'abord face à ses clients dans la compétition industrielle. Puis, face aux investisseurs, en termes de rentabilité des capitaux investis comparée à ses concurrents. Face, enfin, à ses salariés auxquels il doit proposer non seulement des avantages matériels suffisants, mais aussi un cadre de travail motivant où ils puissent se mobiliser. Il n'y a pas de recette : l'entreprise qui réussit est celle qui est bonne sur tous les fronts."

2.8.6.4                        Entreprises « citoyennes » et consommateurs « charitables »

Entreprises « citoyennes »

Le désir de justice sociale est si fort que des entreprises en profitent pour leur image de marque, dont les ventes de leurs produits dépendent au moins un peu. Leur comportement doit, évidemment, être encouragé, par les consommateurs et les pouvoirs publics. A ce sujet, voir l'analyse complète [21].

 

Environnement

La loi du marché ne tenant compte que de la concurrence entre vendeurs ou entre acheteurs, l'écologie est négligée : une usine polluante, qui a des coûts de fabrication plus bas parce qu'elle ne dépense rien pour protéger l'air, le sol et l'eau, fait une concurrence déloyale à d'autres usines qui produisent les mêmes articles en respectant l'environnement ; et elle empoisonne la nature où les citoyens vivent. L'Etat doit alors intervenir, en fixant des normes environnementales. Celles-ci étant les mêmes pour toutes les entreprises, la concurrence n'est pas faussée.

 

Il est clair que le devoir d'une entreprise n'est pas de faire la charité : elle travaille pour ses actionnaires, pas pour les pauvres, les espèces en danger, etc. Nous allons voir, du reste, qu'elle doit absolument faire des bénéfices, sous peine de disparaître. Mais elle est obligée de respecter les lois et règlements : c'est donc à l'Etat qu'il appartient de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder l'environnement, et vérifier que les entreprises et les citoyens les respectent.

 

Consommateurs « charitables » et commerce « équitable »

Certaines gens sont d'accord pour payer plus cher un produit ou un service lorsqu'une partie de leur argent servira à une œuvre socialement utile.

 

C'est ainsi qu'il y a de plus en plus de produits de "commerce équitable" comme ceux de la marque Max Havelaar (http://www.maxhavelaarfrance.org/), qui s'engage à payer les producteurs des pays pauvres un prix correct pour leurs produits (café, bananes, etc.)

 

C'est ainsi qu'une marque qui s'engage à verser un pourcentage du prix de chaque article à la recherche contre le cancer, trouve de ce fait des clients supplémentaires.

 

C'est ainsi, enfin, que des produits engagés sur le plan politique, communautariste ou folklorique, trouvent une clientèle. Exemples:

§           Produits qui reversent de l'argent aux enfants palestiniens (mais dont on sait qu'une partie est détournée par les dirigeants corrompus de ce peuple),

§           Boisson comme MECCA COLA qui propose à la communauté immigrée musulmane de subventionner une œuvre sociale musulmane au lieu d'une multinationale américaine - et dont un dirigeant a été mis en examen pour pratiques comptables contestées, etc.

 

Parce que beaucoup de gens veulent se donner bonne conscience lors d'un investissement, il y a depuis 1998 des "fonds socialement responsables" [81] ou de "développement durable". Beaucoup d'établissements financiers en proposent. Les investissements vont à des sociétés qui ont bonne réputation en matière de Responsabilité Sociale des Entreprises  (RSE, [21]).

        Les statistiques montrent que ces fonds résistent bien aux variations erratiques des marchés financiers et que leur rendement est du même ordre que celui des fonds de placement traditionnels.

2.8.7             Intervention de l'Etat dans la grande distribution

L'Etat peut aussi fixer des prix minimum pour favoriser certains petits distributeurs, comme il le fait avec la loi Galland, si décriée par les Centres Leclerc. Cette loi empêche la concurrence et force les grandes surfaces à vendre les produits de marque au même prix ou à peu près, prix plus élevé que ce que les consommateurs pourraient payer si la concurrence était libre. Les grandes surfaces tournent allègrement la loi, en vendant des produits sous leur propre marque et en offrant toutes sortes de tickets de remise et de bons d'achat, ce qui rétablit un peu de concurrence au profit des consommateurs.

2.8.8             Les taxes pour limiter la concurrence

Lorsqu'il ne fixe pas des modes de calcul des prix ou leur montant maximum (comme dans le cas du timbre poste ou des billets de train), l'Etat peut jouer sur les prix en imposant des taxes. Son imagination est alors sans limite :

§           il peut taxer certains produits qu'il veut favoriser et pas d'autres, pourtant équivalents ;

§           il peut taxer certains modes de commercialisation et pas d'autres, en concurrence avec eux ;

§           il peut subventionner (taxes négatives) certains produits ou services, comme les transports SNCF, et pas d'autres, comme les transports aériens, pourtant en concurrence avec la SNCF en métropole ;

§           il peut favoriser certains consommateurs (par exemple les particuliers) au détriment d'autres (les entreprises) ;

§           il taxe davantage l'essence que le gazole, ce qui produit des effets pervers en créant un ratio de consommation gazole/essence élevé qui nous coûte cher

2.8.9             Les quotas

A part l'intervention sur les prix et les taxes, l'Etat peut aussi limiter arbitrairement les quantités offertes, comme il le fait pour certaines productions agricoles.

2.8.10        La publicité

L'Etat peut interdire la publicité de certains produits, pour en freiner les ventes. Exemple : les cigarettes. Il peut aussi faire la publicité de certains produits au détriment d'autres. Exemple : les médicaments génériques, favorisés au détriment des médicaments d'origine, plus chers.

2.8.11        Bénéfices, impôts et protection de l'emploi

Voici l'effet du prix de marché (prix d'équilibre) d'un produit sur l'offre de ce produit.

Un prix élevé entraîne des bénéfices pour les vendeurs, qu'il encourage à produire davantage, dans l'espoir de vendre davantage pour gagner davantage. Les vendeurs vont donc se donner du mal pour produire et vendre plus ; ils vont si nécessaire investir en capacité de production, de transport, etc. et créer des emplois.

 

Cette réaction des vendeurs est très importante : lorsqu'ils gagnent de l'argent, ils investissent pour en gagner plus. Que cet investissement se traduise en achats de matériel, en prestations de services ou en embauches directes, l'effet sur l'emploi est le même : il augmente. Nous arrivons donc à un théorème fondamental :

 

 

Les bénéfices d'aujourd'hui sont les emplois de demain

 

 

Donc lorsqu'un politicien ou un syndicaliste propose de prélever sur les bénéfices des actionnaires ou autres investisseurs de quoi payer davantage les salariés, il propose de diminuer l'investissement, donc les embauches futures.

 

Pire même, si il réussissait à prélever assez sur les bénéfices des actionnaires pour les rendre insignifiants ou les transformer en pertes, il empêcherait (pour cause de rentabilité insuffisante) tout nouvel investissement dans l'entreprise et tout prêt bancaire, ce qui condamnerait l'entreprise à ne pas progresser, donc à se faire rapidement mettre en faillite par ses concurrents ; cette situation entraînerait un licenciement massif, ou un rachat par un concurrent avec restructuration destinée à faire des économies, donc licenciements. D'où un théorème complémentaire :

 

 

Bénéfices faibles aujourd'hui, licenciements demain

 

 

Les bénéfices peuvent aussi être réduits par des impôts et taxes excessifs, avec les mêmes effets que précédemment. Du point de vue de l'Etat, la réduction d'activité due à une fiscalité excessive entraîne une baisse des impôts : l'impôt sur les investissements appelé « taxe professionnelle » [22] baisse quand l'entreprise investit moins, puis l'impôt sur les bénéfices des sociétés et les diverses charges sociales baissent quand la baisse des investissements a entraîné à son tour une baisse d'activité. D'où un troisième théorème :

 

 

Trop d'impôt tue l'impôt

 

2.8.11.1                    « Dictature des actionnaires » ou « des marchés », licenciements « boursiers »

Les actionnaires d'une entreprise sont souvent des gens inquiets. Ils veulent savoir si leur placement est en sécurité, si l'entreprise gagne de l'argent et va distribuer des dividendes. S'ils ont investi dans une entreprise en achetant des actions en bourse, ils veulent que celles-ci prennent de la valeur, c'est-à-dire que leur cours monte.

 

Lorsque les actionnaires sont inquiets ou mécontents, il leur arrive de renvoyer le PDG. Celui-ci est donc inquiet, lui aussi, et fait ce qu'il peut pour satisfaire les actionnaires qui lui ont fait confiance.

 

La bourse permettant de vendre et acheter des actions tous les jours ouvrables, les investisseurs demandent à avoir souvent des nouvelles fraîches de la marche des entreprises cotées. L'habitude est d'en donner chaque trimestre, en y ajoutant des projections pour le trimestre ou l'année suivante : évolution du chiffre d'affaires, des bénéfices, etc. Les entreprises ont aussi l'habitude d'annoncer les contrats commerciaux importants.

 

Ne pas sacrifier le long terme au court terme

La gourmandise et l'impatience des investisseurs sont parfois sources d'excès. Certains réclament une rentabilité du capital investi de 15 % par an, d'autres que l'entreprise se développe si vite que la valeur de leurs actions progresse de 20 % par an.

 

Lorsque ces exigences obligent la direction de l'entreprise à pratiquer une gestion à très court terme, pour afficher à chaque fin de trimestre les meilleurs résultats possibles, on parle de « dictature des actionnaires ».

 

Dans beaucoup de secteurs d'activité, une entreprise ne peut être conduite sans politique à long terme, c'est-à-dire sans sacrifier une partie des bénéfices d'aujourd'hui au profit d'investissements qui rapporteront dans deux ou trois ans. Les dirigeants de l'entreprise doivent absolument expliquer cette stratégie à leurs actionnaires, pour ne pas que ceux-ci, obsédés par les résultats du trimestre prochain, les renvoient pour performance insuffisante.

C'est ainsi que le constructeur automobile Porsche, dont l'avance technologique repose sur des programmes de recherche de longue durée, refuse que ses actions soient échangées dans des bourses dont le règlement exige la publication de résultats trimestriels ; il préfère se passer des investisseurs de ces bourses-là, qui ne comprennent pas la nécessité d'investissements en recherche et développement à rentabilité tardive.

 

Il faut donc saluer le fait que les fonds de pension, français comme étrangers, privilégient le long terme dans la gestion d'une entreprise dans laquelle ils ont investi. Ils conseillent donc son management en ce sens, et se gardent bien de faire pression sur lui pour des résultats « le trimestre prochain ». Les managers préfèrent donc les fonds de pension en tant qu'actionnaires chaque fois qu'ils ont le choix.

 

Voir aussi ci-dessous le paragraphe sur les OPA.

 

Respecter les salariés

Lorsque les exigences de croissance et de bénéfices pour faire monter le cours des actions sur les marchés financiers (c'est-à-dire les bourses où elles sont vendues et achetées) sont telles que l'entreprise maltraite ou exploite ses salariés, on parle de « dictature des marchés ». L'exemple que l'on cite le plus souvent de cette dictature est le « licenciement boursier », un licenciement effectué par une entreprise qui gagne de l'argent mais dont les actionnaires voudraient qu'elle en gagne plus, sans se soucier du malheur des salariés qu'on licencie parce que leur activité n'est pas aussi rentable que les autres.

 

Il est clair qu'une entreprise qui « jette » ainsi ses salariés a un climat social détestable, qui n'incite pas ceux qui y travaillent à se donner du mal, à être fidèles ou à suggérer des améliorations. Elle a aussi, souvent, une image de requin auprès de ses clients, ce qui n'est pas idéal pour les encourager à acheter. Mais hélas, pour certains actionnaires toute politique qui respecte la loi est acceptable, même si elle n'est pas très morale.

 

Nous allons voir plus bas la justification économique, capitaliste, des licenciements motivés par le seul accroissement du profit. Mais avant, il faut signaler qu'une entreprise a le devoir moral (et l'intérêt économique bien compris) de prévoir les emplois dont elle aura besoin ou dont elle n'aura plus besoin assez longtemps d'avance. Et lorsque le contexte économique l'obligera à se séparer de certains collaborateurs, elle doit les en avertir assez tôt pour qu'ils aient le temps de chercher un autre emploi ou d'acquérir une formation ; elle doit même faciliter cette formation. Ces obligations morales sont, du reste, inscrites dans la loi française, qui oblige les « plans sociaux » à s'étaler sur un an ou plus.

 

Pour plus de détails, voir l'analyse "La responsabilité sociale des entreprises" [81].

2.8.11.2                    Justification des licenciements « boursiers »

Nous avons vu en étudiant la concurrence pour l'accès aux financements et ci-dessus qu'une entreprise doit non seulement faire des bénéfices, mais en faire d'assez importants pour que les actionnaires et banquiers lui accordent les financements indispensables à son développement, donc à sa survie à moyen terme.

 

C'est pourquoi, lorsqu'une partie d'une entreprise est déficitaire, ou même simplement peu bénéficiaire, il est urgent de la réorganiser, d'en moderniser le matériel ou d'en remplacer les produits par de plus innovants. Si on ne le fait pas, son activité dégradera le bénéfice global de l'entreprise toute entière, ce qui la mettra toute entière en danger de non-financement, donc de disparition à moyen terme.

 

Mais lorsque la direction de l'entreprise estime qu'aucune de ces mesures de redressement ne peut réussir à restaurer le niveau de rentabilité de la partie malade, elle doit alors s'en séparer, car la conserver mettrait toute l'entreprise en danger. Voilà pourquoi il y a des cas où une entreprise bénéficiaire doit licencier. Donc :

 

Lorsqu'un politicien ou un syndicaliste condamne sans nuance et sans réserve tout licenciement dans une entreprise bénéficiaire, il a tort !

 

Lorsqu'un gouvernement comme celui de M. Raffarin prétend que la concurrence n'est pas un motif justifiant un licenciement pour raison économique, il met l'entreprise en danger et fait donc courir à tous ses salariés le risque de licenciement.

 

De manière générale :

§           Une entreprise doit avoir une rentabilité égale ou supérieure à celle de la moyenne de son secteur d'activité, sinon son avenir est compromis ;

§           L'économie a ses propres lois, sans rapport avec nos exigences morales : celles-ci ne peuvent nous permettre de les transgresser, sous peine de faire des dégâts encore plus grands, en sacrifiant la totalité d'une entreprise au lieu du seul département déficitaire.

§           La finalité d'une entreprise est le profit ; c'est pour cela que ceux qui lui ont apporté des fonds l'ont créée. La charité, la solidarité que notre société doit à ses citoyens, doit être assurée par des dons privés et des lois qui redistribuent l'argent public, pas par une entreprise soumise à la dure loi de la concurrence.

§           Une entreprise ne peut embaucher un salarié, ou le garder, que si la valeur de son travail, c'est-à-dire ce qu'il rapporte à l'entreprise, est supérieure à ce qu'il lui coûte.

Comme le remarque M. Mer dans [80] page 97 :

"Pour qu'un emploi soit créé, il faut qu'il rapporte plus qu'il ne coûte. C'est une règle universelle. En France, on prend le problème à l'envers puisque le ministre de l'Emploi décide de la rémunération de plusieurs millions de personnes par le biais du SMIC. Ensuite, il faut que le smicard puisse justifier son salaire par sa productivité…"

 

Pour la protection des salariés voir aussi "Propositions pour améliorer l'employabilité".

2.8.11.3                    Offres publiques d'achat (OPA), amicales ou inamicales

Soit A une société cotée en bourse. Une autre société B (qui peut aussi être une banque, un fonds de placement ou même un particulier) peut offrir aux actionnaires de A d'acheter leurs actions en faisant une OPA. Les actionnaires de A ne peuvent être tentés de vendre leurs titres à B que si B leur en offre un prix bien supérieur au cours de bourse, par exemple 20 % plus élevé. De son côté, B peut se réserver de confirmer son achat seulement si un nombre suffisant d'actions de A lui est ainsi offert, par exemple 67 % pour devenir totalement maître de A.

 

Si l'opération a lieu, les actionnaires de A qui vendent sont gagnants car ils obtiennent plus pour leurs titres que ce qu'une vente en bourse pouvait leur offrir ; ils pourront ensuite, par exemple, placer le montant reçu en actions d'une autre société. Ils obtiennent même plus que ce qu'ils pouvaient espérer obtenir dans les mois à venir sous forme de montée du cours de A, car si les perspectives de A avaient été suffisamment bonnes, le cours les auraient automatiquement reflétées, il aurait été plus élevé ; l'OPA de B est donc inespérée.

 

De son côté, B offre un cours si élevé pour les actions de A parce qu'elle espère rentabiliser son achat. Cela signifie que le management de B pense gérer A mieux que le management actuel de A. Cela peut se produire si ce dernier n'est pas très efficace, ou s'il gère A sans se préoccuper suffisamment de l'intérêt de ses actionnaires - par exemple en payant trop ses salariés, ce qui diminue le bénéfice distribuable aux actionnaires. L'OPA de B sur A sanctionne alors l'inefficacité du management de A ; si elle réussit, A aura une chance de produire plus de valeur, ce qui est bon pour ses actionnaires et l'économie en général. Cela peut aussi se produire si la fusion de A et B produit un groupe plus efficace, en raison d'une synergie industrielle ou commerciale.

 

L'OPA est dite amicale si les directions de A et B sont d'accord pour la fusion, donc d'accord sur les noms et fonctions de la future équipe de direction du groupe résultant. Les deux directions recommandent alors ensemble aux actionnaires de A et B d'accepter l'OPA.

 

L'OPA est dite inamicale si les directions de A et B ne sont pas d'accord. Parfois, les dirigeants de B lancent une OPA surprise sur A, sans concertation avec la direction de cette dernière. Parfois, le management de A estime que B n'offre pas un prix suffisamment élevé pour ses actions. Parfois, une équipe de direction ou certains actionnaires contestent la viabilité de la fusion ou son aptitude à créer de la valeur… Mais de toute façon ce sont les actionnaires qui tranchent, en fonction de leur intérêt.

 

La fusion de deux grandes entreprises peut créer une situation de domination de marché, voire même de quasi-monopole. Elle sera alors interdite par l'Etat concerné ou par l'Union européenne, en fonction de lois anti-monopoles destinées à protéger la concurrence, toujours favorable aux consommateurs. Parfois, cette fusion peut faire passer le contrôle de A dans un autre pays ; si A est alors une entreprise vitale pour son pays d'origine (exemple : une entreprise liée à la défense nationale, comme THALES ou DASSAULT en France), ce pays peut vouloir s'y opposer.

 

Mais dans tous les cas où le pays d'origine de A ne peut prouver la menace d'un intérêt vital, il n'a aucun moyen de s'opposer à l'OPA sur A ; dans l'Union européenne une telle opposition serait contraire aux principes du Marché commun car antilibérale. Les diverses manœuvres de « patriotisme économique » de la France, lorsqu'il s'est agi d'empêcher la prise de contrôle par des étrangers de DANONE, de SANOFI-AVENTIS, de SUEZ, etc. sont donc une simple gesticulation démagogique. Par cette gesticulation, le gouvernement français exploite la peur irraisonnée de ses citoyens, qui craignent qu'un contrôle étranger d'une entreprise française se traduise automatiquement par des licenciements. Les Français, dans leur immense majorité, ne se rendent pas compte du bénéfice net et incontestable que l'OPA apporte aux actionnaires français, qui pourront réinvestir ce bénéfice dans l'économie française, contribuant ainsi à y créer des emplois. Ils ne se rendent pas compte, non plus, que B espère gérer A mieux que sa direction française, créant ainsi plus de valeur. Ils ne se rendent pas compte, enfin, que si A survit en étant moins compétitive que le groupe proposé A+B, c'est forcément en pratiquant des prix plus élevés au détriment (entre autres) des consommateurs français. Non, les Français préfèrent une entreprise peu productive mais française à une entreprise plus productive mais étrangère, c'est-à-dire une entreprise menacée à terme par la concurrence à une entreprise plus solide.

 

Tout se passe pour les Français (dont 60 % ont une vision négative du libéralisme), comme si B achetait A pour la détruire, c'est-à-dire jetait son argent par la fenêtre. Ils devraient pourtant comprendre que B espère, au contraire, développer A pour rentabiliser son investissement, et que ce développement est bon pour la France.

 

Le « patriotisme économique » est donc de la pure démagogie, une manière pour des politiciens de faire croire à tort à leurs électeurs qu'ils protègent leurs intérêts. Du reste, la France investit à l'étranger deux fois plus que les étrangers en France… et ces étrangers ne s'opposent pratiquement jamais aux investissements français.

2.8.12        Pour un libéralisme à visage humain

Toutes les lois économiques que nous avons vues jusqu'à présent reposent sur une doctrine appelée « libéralisme ». Nous avons vu que le simple respect des lois économiques et des lois de la République ne garantit pas que l'on respecte les salariés et les droits qu'ils ont en tant qu'hommes. C'est pourquoi les adversaires du libéralisme le condamnent sans appel en le baptisant « ultralibéralisme ». Après avoir approfondi un peu la doctrine libérale, nous verrons comment on peut à la fois respecter ses principes (pour la bonne marche de l'économie) et respecter les travailleurs.

2.8.12.1                    Principes du libéralisme

Pour la plupart des gens, le libéralisme est une doctrine économique qui prône l'absence d'intervention de l'Etat. Sa devise "Laissez faire, laissez passer" signifie "Pas d'intervention de l'Etat ou de corporations dans l'économie et pas de barrière tarifaire, douanière ou réglementaire au commerce entre pays".

 

Le libéralisme (le mot libéralisme vient de liberté) est plus que cela : c'est une philosophie de la liberté, du respect et de la responsabilité de l'Homme, qui a une dimension économique, mais aussi une dimension politique et une dimension sociale. Le libéralisme prône :

§           La liberté de l'homme de faire ce qu'il veut dans la mesure où il respecte les lois, notamment :

·            d'entreprendre (créer une entreprise) ;

·            de s'associer avec d'autres ;

·            de croire ce qu'il veut en matière de religion, de philosophie ou de politique ;

·            de s'exprimer, verbalement ou par écrit ;

·            de se déplacer et de résider où il veut ;

·            de posséder des biens, etc.

§           L'égalité entre les hommes, devant la loi et pour ces droits en général, ainsi que pour les devoirs envers les autres et la société. Cette égalité des droits suppose que la liberté de chacun est limitée par les droits des autres.

Elle suppose aussi que l'Etat ou une majorité, même élue démocratiquement, ne tyrannise pas une minorité et n'en profite pas pour lui extorquer de l'argent. Cela veut dire que les transferts sociaux français (30% du PIB) ne doivent pas aboutir à spolier des gens plus aisés, parce que plus productifs ou travaillant davantage, au profit de gens moins productifs ou plus paresseux. Or la politique française souffre du clientélisme, la classe au pouvoir s'efforçant de donner des avantages en argent ou en nature à certains de ceux qui l'ont élue ou voteront aux prochaines élections, ou à ceux qui savent le plus obtenir l'attention des médias lorsqu'ils clament leur colère.

Le libéralisme combat donc la tyrannie, qui est une forme de « loi du plus fort ».

§           La responsabilité de chacun, en tant que conséquence de sa liberté.

§           La démocratie, en tant que conséquence de l'égalité : tous les citoyens doivent pouvoir participer aux décisions de gouvernement, par l'intermédiaire de leurs élus, ou directement lors des référendums.

§           La limitation des interventions de l'Etat aux seuls domaines où la société doit penser à l'ensemble de ses citoyens avant de penser aux droits de chaque citoyen : solidarité avec les plus démunis, sécurité publique, défense nationale, services publics comme les impôts et l'environnement, etc.

Pour certaines actions où des hommes doivent s'associer pour les mener à bien, le libéralisme prône le maximum de recours à des associations et des syndicats, avec leurs règles de fonctionnement décidées par leurs membres, et le minimum de lois rigides imposées à une vaste catégorie de citoyens.

Le libéralisme est donc contre le centralisme étatique et pour la décentralisation.

§           Le libéralisme impose à chacun de respecter et de protéger l'Etat :

·            La société ne peut fonctionner sans un certain nombre services publics, le libéralisme le reconnaît. Par exemple, pour protéger ma liberté de partir en vacances et de me promener où je veux, il faut garantir ma sécurité: il faut donc une police. Dans les lieux publics, celle-ci doit être un service public, pour que le respect de la loi soit garanti de manière égale pour tous les citoyens. Une police privée, au service de certains individus, sociétés ou associations, travaille dans l'intérêt de ceux qui la paient, pas celui du public. Elle ne peut donc être chargée de faire respecter la loi dans un lieu public.

·            Le fonctionnement des services publics demande à chaque citoyen le respect des lois et de ceux qui les font appliquer (police, justice, administrations, gouvernement, armée…) Le libéralisme est donc partisan d'un Etat de droit, dont il demande le respect par chacun.

§           Le libéralisme refuse la « loi de la jungle », parce qu'il protège les droits de chaque homme face aux autres, à l'Etat, aux entreprises ou à toute organisation qui s'attaquerait à ces droits :

·            Il préconise un Etat de droit, où en cas d'abus de puissance, les lois protègent les individus contre les autres individus, les entreprises et même les administrations ;

·            Il préconise l'égal accès de tous aux services publics, comme la sécurité ou la justice ;

·            Il favorise la concurrence, en empêchant les grandes entreprises de devenir des monopoles, ce qui protège le droit du consommateur à un choix et au meilleur rapport prestation/prix.

§           Le libéralisme est pour la diversité et contre la tyrannie uniformisatrice (exemple d'une telle tyrannie : les « 35 heures », imposées à toutes les entreprises, dans toutes les professions). Il considère la diversité des cultures, des systèmes et programmes éducatifs, des techniques de réalisation, des fournisseurs d'un produit ou un service, etc. comme une richesse.

2.8.12.2                    Libéralisme et intervention de l'Etat dans l'économie

Selon [6] "Libéralisme" :

"A l’origine, le libéralisme fut une réaction contre le colbertisme. L’État assumait alors l’essentiel de la responsabilité immédiate de l’économie, tantôt en réglementant de façon minutieuse toutes les activités industrieuses, tantôt en agissant sur la conjoncture au moyen de la détermination autoritaire du prix. Dans un premier temps, le colbertisme a favorisé l’essor économique de façon considérable. Mais au fil des années, les réglementations et les interventions conjoncturelles de l’État sont apparues de façon toujours plus évidente comme un obstacle au progrès économique: le libéralisme, à cet égard, est né de la volonté de lutter contre ces contraintes, désormais nuisibles."

[En somme, le dirigisme a fait, à l'usage, la preuve de son inefficacité à long terme : l'Etat français devrait s'en souvenir, car Colbert a agi en France. Le libéralisme économique est né en tant que remède à ce dirigisme.]

 

Le libéralisme croit que le libre jeu des forces économiques assurera l'équilibre entre intérêts particuliers et intérêt général, l'Etat se bornant à parfaire cet équilibre lorsque la concurrence ne suffit pas.

 

Un exemple édifiant d'attitude antilibérale du gouvernement est donné par "Directive Bolkestein : les arguments pour et contre - L'ouverture du Marché commun aux services".

 

Voir aussi "L'interventionnisme de l'Etat français".

2.8.12.3                    Libéralisme et enrichissement personnel

Pour les libéraux, chaque homme a le droit de chercher à s'enrichir, s'il le fait honnêtement et en toute légalité. Loin de diaboliser l'enrichissement personnel, le libéralisme encourage ce qui peut y contribuer : le travail (quantité et qualité), l'initiative et l'invention, ainsi que la prise de risque de celui qui crée une entreprise ou une activité.

 

Celui qui s'enrichit le fait en recevant l'argent des autres, parce qu'il leur a rendu service et/ou parce qu'il leur a procuré des biens. Pour un libéral, l'enrichissement de quelqu'un prouve qu'il a bien travaillé au service des autres. C'est pour cela que s'enrichir n'a rien de coupable.

2.8.12.4                    Le libéralisme à visage humain

Quelle meilleure conclusion pour cette section sur le libéralisme que celle de M. Mer, lorsqu'il écrit, dans [80] page 101 :

"Jamais un système économique n'a offert de telles conditions de liberté, de progrès et d'opportunités de réussite personnelle que le système libéral dans lequel vit actuellement le monde, à condition de ne pas oublier la contrepartie que certains n'apprécient pas : la responsabilité individuelle et collective."

"Mais cela ne doit pas nous éviter de nous demander, à chaque instant, ce qu'il faut faire pour que la minorité des plus faibles, des plus démunis face au système, ceux qui n'ont pas la possibilité d'assumer ce surcroît de responsabilité pour profiter de leur surcroît de liberté, soit raisonnablement protégée."

2.8.12.5                    Comparaison entre libéralisme et communisme

Dans une économie communiste :

§           L'Etat est propriétaire des moyens de production (usines, terres, etc.) ;

§           Il planifie la production selon ce que ses fonctionnaires estiment nécessaire au peuple et selon ce qu'ils pensent que le pays peut produire ;

§           Il n'y a pas d'initiative personnelle, pas de recherche de profit, pas de concurrence. Au contraire : comme un travailleur se donne toujours plus de mal quand il en tire un profit personnel que quand il est salarié de l'Etat, la productivité a toujours été le point faible des économies communistes et des entreprises publiques (voir l'exemple comparant les effectifs des producteurs d'électricité européens : EDF, RWE, etc.)

 

Exemple 1: après la guerre, l'Allemagne était dans le même état économique catastrophique à l'Est qu'à l'Ouest. En 45 ans de communisme, c'est-à-dire jusqu'à la chute du mur de Berlin, le niveau de vie à l'Est communiste est devenu 3 fois inférieur à celui de l'Ouest libéral.

 

Exemple 2 : d'après [116] page 116, en 1955 le PIB annuel par habitant était comparable en Espagne ($516) et en Pologne ($755). Les deux pays avaient été ravagés par la guerre : guerre civile en Espagne, guerre mondiale en Pologne, désormais sous la coupe de l'URSS. L'Espagne a opté pour une économie libérale à partir des années 1970, puis a intégré l'Union européenne en 1986. La Pologne a stagné et s'est endettée, comme tous les pays communistes. En 1989, le PIB par habitant en Espagne était 4 fois celui de la Pologne.

 

Ces exemples se généralisent : le communisme n'a marché nulle part :

§           Ni en URSS (où selon l'article "URSS - Histoire" de [6] Khrouchtchev avait promis le 22 mai 1957 de rattraper le niveau de vie des Etats-Unis pour 1980) ;

§           Ni à Cuba ;

§           Ni dans les démocraties populaires d'Europe ;

§           Ni en Corée du Nord (où sévit aujourd'hui la famine, alors qu'en Corée du Sud le niveau de vie a énormément progressé).

 

Les raisons de fond de l'échec du communisme sont :

§           L'impossibilité de planifier correctement les besoins et les capacités de production, car il y a trop de cas particuliers et d'aléas, d'où des pénuries et des gaspillages.

§           La corruption et le marché noir endémiques, chacun cherchant à voler l'Etat à son profit personnel.

§           La productivité misérable des gens, due à leur absence de motivation, elle-même due à l'absence d'intérêt personnel pour le progrès et l'absence de gaspillage.

§           La non-compétitivité des industries de l'Est, protégées de la concurrence avec celles de l'Ouest. Après le 1er choc pétrolier de fin 1973, l'URSS (2ème producteur mondial de pétrole après l'Arabie Saoudite) a commencé à gagner de plus en plus d'argent avec ses exportations de pétrole. Celles-ci, qui représentaient 10 à 15 % de ses exportations, en représentaient désormais 40 %.

Au lieu d'utiliser ces ressources financières inespérées pour moderniser son industrie et son infrastructure, pour en préserver la compétitivité dans un monde en progrès rapide, elle les a consacrées à subventionner le niveau de vie de son peuple, qui a donc augmenté ainsi artificiellement grâce aux prix bas des produits subventionnés. Et lorsque les prix du pétrole ont fortement baissé au début des années 1980, l'URSS a dû commencer à emprunter de l'argent à l'Ouest pour continuer à subventionner son train de vie. Comme on ne peut vivre longtemps au-dessus de ses moyens, surtout lorsque le concurrent américain vous oblige à le suivre dans une coûteuse course aux armements de haute technologie, Gorbatchev a été obligé de réformer en profondeur (perestroïka, glasnost). Mais c'était trop tard, le pays ne pouvait plus maintenir artificiellement le niveau de vie de ses habitants, le modèle économique soviétique était condamné et son communisme s'est effondré.

§           Le retard technologique et industriel croissant des pays communistes par rapport aux pays libres, retard dû :

·            à l'isolement (frontières fermées et communications interdites entre chercheurs de l'Est et de l'Ouest) ;

·            au manque d'investissements, dû au gaspillage de la manne pétrolière ;

·            au manque de motivation des chercheurs de l'Est.

§           L'endettement extérieur colossal, dû à l'absence de compétitivité des produits exportés par l'Est par rapport aux produits des économies libérales ;

§           L'absence de démocratie : partout, les régimes communistes sont devenus totalitaires. Au lieu que les dirigeants écoutent le peuple, ils l'ont muselé et réduit en esclavage. Partout, les médias étaient au service du pouvoir, la justice et les députés aux ordres de la classe gouvernante, les opposants étaient déportés, mis en prison ou enfermés dans des asiles d'aliénés, etc.

 

Voir aussi [104].

2.8.12.6                    Comparaison entre libéralisme et interventionnisme des « non alignés »

Le socialisme interventionniste est une économie semi-libérale, rappelant par certains côtés l'économie française : l'Etat intervient pour fixer certains salaires et prix, produire et vendre, et fait de forts transferts sociaux. Ce modèle économique fut adopté après 1956 par les « pays non alignés » (Inde, Egypte, Yougoslavie…), dont les gouvernements voulaient se réserver la possibilité de choisir tantôt le modèle communiste à planification centralisée et propriété collective des moyens de production, tantôt le modèle libéral.

 

L'idéologie du non-alignement a eu pour effet concret d'isoler les pays concernés des progrès scientifiques, technologiques et industriels faits par les pays à économie libérale. Les économies protégées de ces pays ont produit des entreprises non compétitives, incapables de fabriquer des articles vendables dans les pays avancés. Les coûts très élevés de ces produits, associés aux subventions massives de l'Etat destinées à lutter contre la pauvreté, ont entraîné une explosion des dettes publiques et, pour finir, un effondrement économique.

Dans une certaine mesure, c'est ce qui se produit en France : propriétaire d'une partie importante de l'économie (SNCF, EDF, etc.), le gouvernement fixe beaucoup de prix en tenant plus compte de considérations politiques que de la réalité économique ; en outre, il fait des transferts sociaux considérables. Il en résulte un endettement croissant de l'Etat, qui devra être payé par les générations suivantes.

 

Exemple de résultat économique d'un socialisme interventionniste : lors de son indépendance en 1949, l'Inde avait un niveau de développement comparable à celui de la Corée du Sud ou de la Thaïlande. L'Inde de Nehru a adopté une économie socialiste à forte intervention de l'Etat. La Corée du Sud et la Thaïlande ont adopté une économie libérale. Leurs niveaux de vie sont respectivement, aujourd'hui, 7 fois et 4 fois supérieurs à celui de l'Inde.

        Ayant compris son erreur, l'Inde a libéralisé son économie récemment et le résultat a été immédiat : la croissance a été de 8.5% en 2003 et 6.9% en 2004 d'après Le Figaro économie du 08/02/2005.

 

L'économie à forte intervention de l'Etat produit un développement beaucoup plus lent que l'économie libérale. Voici pourquoi: chaque fois que l'Etat intervient dans l'économie, il y a une distorsion de concurrence, une absence de sanctions pour les contre-performances et les erreurs, et la corruption de fonctionnaires qui profitent de leur pouvoir. En outre, la concurrence réduite ou inexistante empêche d'adopter les progrès techniques, démotive des gens et les rend moins productifs. Ils créent alors moins de biens et de services et/ou de moindre qualité. Un pays où cela se produit beaucoup crée moins de richesses pour ses habitants, dont le niveau de vie progresse moins vite.

En France, le pourcentage de fonctionnaires (environ 20% des salariés), protégés de la concurrence par définition et moins productifs, est le plus élevé du monde non communiste. L'Etat fixant beaucoup de prix (électricité, transports publics, soins médicaux, prix garantis aux agriculteurs, etc.), notre économie souffre de cette moindre concurrence. Comme en même temps, l'Etat prélève beaucoup de ressources pour ses transferts sociaux, l'économie est privée de moyens d'investir.

 

Voir aussi l'étude France en panne, entreprises en fête.

2.8.13        Renouvellement naturel des produits : création et destruction d'emplois

Pour un produit donné, un prix de marché en baisse entraîne une diminution des bénéfices des vendeurs, qui ont donc tendance à cesser de l'offrir parce qu'ils ne gagnent plus assez ou même perdent de l'argent.

 

Lorsqu'un produit devient obsolète, parce qu'un produit meilleur ou moins cher est apparu pour la même clientèle, celle-ci se détourne de lui. Alors ses prix baissent et finissent par devenir trop peu rentables pour les vendeurs, qui cessent de l'offrir : le produit disparaît du marché.

 

Pour certains produits, l'obsolescence peut venir d'un changement du goût des consommateurs. C'est le cas des produits d'habillement, par exemple : les hommes ne portent plus de chapeaux haut-de-forme. Les produits obsolètes cessent donc d'être fabriqués et vendus. Selon le Rapport Camdessus [17] :

Page 85 : "Chaque jour c’est 10 000 emplois environ qui sont détruits en France, et 10 000 qui sont créés. Ce phénomène d'obsolescence des produits est si important, de nos jours, qu'il explique à lui seul la destruction de 10 000 emplois par jour en France. Ce sont autant d’anticipations ou de réponses face à l’évolution des entreprises et de l’économie..."

 

 

En fait, l'économie évolue grâce à un mécanisme continu de destructions créatrices d'emplois. C'est parce qu'elle détruit constamment les emplois frappés d'obsolescence ou de baisse de rentabilité qu'elle trouve les ressources pour lancer de nouvelles activités : en conservant des emplois inutiles on se prive des moyens nécessaire à des activités d'avenir. Tous les efforts des syndicats et des politiciens français de gauche pour rigidifier l'emploi, pour empêcher les licenciements, empêchent en réalité l'économie de créer des emplois d'avenir ; ils sont donc générateurs de chômage. Mais personne ne le dit aux Français…

 

 

Il ne faut pas confondre ces destructions d'emplois, avec les autres causes de rupture de contrat de travail. Selon le même rapport [17] :

Page 93 : "Chaque jour en France, environ 27 000 personnes quittent leurs emplois. Sur ces 27 000 départs, seuls 540 correspondent à des licenciements économiques, tandis que près de 14 300 [53 %] sont liés à des fins de contrat à durée déterminée."

[Donc 27000 - 14300 - 540 = 12160 salariés quittent leur emploi de leur plein gré, si l'on admet que les licenciements pour faute lourde sont extrêmement peu nombreux.]

 

L'étude INSEE [115] montre qu'entre 1995 et 2001, la France a détruit 8 millions d'emplois et en a créé 9.6 millions.

 

On trouve dans [80] page 21 la confirmation de ces chiffres considérables énoncée comme suit :

"Le Taux de rotation du personnel (c'est-à-dire le nombre de gens qui changent de poste - qui entrent ou sortent- rapporté au nombre de gens qui travaillent) est de 20% par an dans l'industrie et de 40% dans les services."

 

Il ne faut pas que l'énormité du chiffre « 10 000 emplois détruits » inquiète. Puisque le chômage reste stable, c'est que bon an mal an, chaque jour 10 000 emplois sont créés pour des produits ou services nouveaux. C'est même une loi de l'économie :

 

 

L'économie évolue naturellement par destructions créatrices d'emplois

La désinformation des citoyens sur ce phénomène

Il est intéressant de remarquer que les médias, chaînes de télévision en tête, font beaucoup de bruit à propos des « licenciements économiques », qu'un esprit soucieux de combattre l'inquiétude a baptisé « plans sociaux ».

        Chaque fois qu'une entreprise licencie une centaine de salariés, le journal télévisé y fait un reportage, montre des salariés qui protestent, des syndicalistes qui menacent et parfois commettent des dégradations, tous demandant à l'Etat de rétablir leur emploi (ce qu'il est incapable de faire, nous le verrons plus loin). Le message passé alors aux téléspectateurs est celui d'un malheur irrémédiable, comme si un salarié licencié ne pourra plus jamais retrouver du travail, et comme si les patrons de l'entreprise étaient des criminels.

 

Remarquons tout d'abord que ce licenciement fait partie des 540 par jour ci-dessus, total qui ne représente que 2% des 27 000 salariés qui quittent leur emploi : tout ce bruit, toute cette fureur à propos de 2% des départs, alors qu'on ne dit rien des autres 98%, comme si leurs salariés ne méritaient pas qu'on s'intéresse à leur sort.

 

Remarquons ensuite que jamais - JAMAIS ! - la télévision ne nous a parlé de la destruction quotidienne de 10 000 emplois, remplacés par 10 000 autres, créés de toutes pièces. Ni elle ni le gouvernement ne nous ont jamais parlé de la borne inférieure du chômage due à l'existence du chômage structurel et du phénomène du NAIRU.

 

Nous sommes donc si mal informés par les médias que, comme le gouvernement non plus n'aborde jamais ces chiffres (comme s'ils étaient honteux), le manque d'information des citoyens est profond : ils ne pensent qu'aux 2% d'emplois perdus dont on leur parle, et pas aux 98% d'autres : ils sont donc littéralement désinformés !

 

Il faut donc se souvenir qu'en France :

 

Le renouvellement naturel des produits
détruit et recrée 10 000 emplois par jour

 

La totalité des effets des faillites par mauvaise gestion, des délocalisations, de la désindustrialisation, et de tous les malheurs économiques redoutés par les pessimistes - ou par ceux dont la dénonciation de notre société est le fonds de commerce - ne représente que 2% des fins de contrat de travail, et c'est sur ces 2% qu'on légifère, pour les empêcher, les retarder ou les indemniser !

2.8.14        Créations et disparitions d'entreprises

Le caractère modeste de la proportion de défaillances d'entreprises est confirmé par le rapport INSEE [117] de mai 2005, où on relève les faits suivants :

§           Il y a chaque année en France environ 40 000 défaillances d'entreprises constatées par les tribunaux (40 583 en 2004), c'est-à-dire environ 200 par jour ouvrable ; mais les médias et les politiciens qui veulent faire peur aux salariés poussent des cris à propos d'une proportion infime d'entre elles, quelques-unes par mois…

[117] précise : "Il ne faut pas confondre la notion de défaillance avec la notion de cessation (arrêt total de l’activité économique de l’entreprise). Les liquidations qui font suite à une défaillance ne représentent qu’une partie (entre 10% et 20%), variable avec le temps et le secteur d’activité, de l’ensemble des cessations d’entreprises. En effet, la majorité des cessations fait suite à un arrêt d'activité avec ou sans reprise par un tiers pour différentes raisons : départ à la retraite, problèmes personnels, décès, difficultés économiques sans dépôt de bilan, etc."

Remarque : le nombre total de disparitions d'entreprises (cessations plus défaillances) est de l'ordre de 220 000 par an, voisin du nombre de créations (voir [85]) ; le nombre d'entreprises en France reste donc à peu près stable d'une année sur l'autre. Ces 220 000 entreprises représentent environ 1000 entreprises qui disparaissent et autant qui apparaissent chaque jour ouvrable, chacune représentant en moyenne une dizaine d'emplois.

La création et la destruction d'entreprises, chaque année, fait partie du fonctionnement normal de l'économie, dans tous les pays. La France n'est frappée par aucune malédiction en ce domaine, et ne se distingue guère des autres pays avancés.

§           Les 40 000 défaillances et les 220 000 disparitions représentent respectivement 1.6 % et 8.7 % de nos 2.54 millions d'entreprises, proportions assez modestes et stables, qui ne justifient pas que les politiciens et les syndicalistes effraient les salariés par des menaces de pertes d'emplois dues aux entreprises « victimes de la mondialisation, du libéralisme ou de Bruxelles ».

§           L'essentiel des défaillances concerne des entreprises de moins de 10 ans ; la probabilité qu'une entreprise de plus de 10 ans fasse faillite pendant une année donnée est comprise entre 0.006 % et 0.01 %, c'est-à-dire qu'une entreprise qui a atteint 10 ans a, chaque année, environ 1 chance sur 12 500 de faire faillite !

Conclusion sur la politique de l'emploi

Il est clair à présent qu'une politique efficace pour l'emploi consisterait à créer plus d'emplois nouveaux, au-delà des 10 000 qui se créent déjà chaque jour, pas à se battre pour prolonger la vie d'activités qui ne sont plus économiquement viables, et qui licencient ou délocalisent en tout par jour 540 salariés sur 25 millions de travailleurs.

2.9                 PIB et investissement

Voir définitions [105].

Le graphique ci-dessous, issu de [43] page 56, montre la relation entre variations du PIB (en angl