Intégration

31/12/2001

Né étranger, voici comment je me suis intégré en France. Et voici quelques réflexions sur l'intégration des jeunes des banlieues.

 

Le 6 octobre 2001, lors du match amical de football France-Algérie, j'ai entendu des jeunes Français issus de l'immigration siffler la Marseillaise. J'en ai vu courir sur la pelouse avec des drapeaux algériens et bombarder les ministres présents dans la tribune officielle avec des objets divers. Une vérité s'est alors imposée à mon esprit, confirmant de nombreuses constatations faites depuis des mois et leur donnant enfin un sens : l'intégration de ces jeunes est un échec.

 

Voilà des jeunes nés en France, qui ont profité des allocations familiales, de la scolarité gratuite, des logements HLM subventionnés et de la Sécurité Sociale, et qui crient ainsi leur haine de la France. Ils n'ont aucune reconnaissance envers un pays qui leur a tant donné. Ils n'ont même pas l'intelligence de comparer leur situation actuelle avec celle qu'ils auraient en Algérie, pays où le chômage explose, où la protection sociale est inexistante et où la presse et la liberté sont muselées.

 

Alors j'ai décidé d'écrire ce texte, parce que dans mon cas l'intégration a été un succès et parce que j'aime la France. Je voudrais redonner espoir à ceux qui n'en ont plus. Je voudrais leur donner des recettes d'intégration, sans les croire universelles mais parce qu'elles ont marché dans mon cas. Je voudrais témoigner du bonheur d'être français, quand les hasards de la naissance et de l'origine auraient pu faire de moi un citoyen sans grande perspective d'un pays bien plus pauvre.

L'enfant espionnant ses parents

Je suis né à Bucarest, en Roumanie, en 1939. Au printemps 1948 le pays était une « démocratie populaire » à gouvernement communiste. Un jour, je suis rentré de l'école en prévenant mes parents que l'institutrice m'avait fait promettre de lui rapporter tout propos anticommuniste ou antisoviétique que je pourrais entendre à la maison. Mon père m'a assuré que je n'en entendrai jamais et, à partir de ce jour-là, il m'a souvent rappelé la promesse faite à mon institutrice, pour ne pas que je l'oublie.

 

Quelques mois après, le train Bucarest-Paris qui emmenait mes parents et moi en exil en France s'est arrêté à Vienne : nous avions franchi le Rideau de Fer. Mon père m'a rappelé une fois de plus ma promesse, mais je lui ai dit que je ne pourrai plus la tenir parce que nous n'étions plus en Roumanie où mon institutrice était restée.

- "Je sais" répondit-il, "mais te rappelles-tu ce qu'on fait, là-bas, aux anticommunistes?"

- "Oui" dis-je, "on les met en prison parce que ce sont de méchants capitalistes qui exploitent le peuple".

- "Et tu voudrais que tes parents soient mis en prison?"

 

Non, je ne voulais pas cela. Et je me suis aperçu, alors, que l'institutrice avait voulu que je les trahisse, que le communisme roumain voulait faire espionner et dénoncer les parents par leurs enfants. J'ai posé à mon père les questions qu'il fallait pour bien comprendre la situation. Et, pour la première fois de ma vie, j'ai pris conscience que des adultes pouvaient présenter des principes comme bons, le communisme comme juste, tout en faisant de moi un traître. Mon père m'a dit que cette manipulation par un gouvernement de ses citoyens porte le nom de "totalitarisme".

 

Voilà la première chose à laquelle j'ai échappé en venant en France, la tyrannie d'un gouvernement totalitaire.

Une politique d'accueil des réfugiés

La France de 1948 ne s'était pas remise de la guerre, il s'en fallait de beaucoup. Mais le peu de richesse qu'elle avait, elle était prête à la partager avec des étrangers qui n'avaient plus rien. Pour peu que l'on soit un vrai réfugié, un étranger dont la vie ou simplement la liberté étaient menacées dans son pays, on avait droit, en France, aux mêmes rations alimentaires que les Français, on pouvait manger comme eux. La générosité était évidente : on partageait avec des étrangers le peu de nourriture qu'on avait. Et en plus, on leur donnait la liberté, le droit de travailler, d'aller à l'école, de se reconstruire un avenir.

 

Bien sûr, mon père avait dû prouver notre qualité de réfugié politique, en décrivant le sort qui lui aurait été réservé en Roumanie : la prison pour divergence politique avérée. Mais les fonctionnaires de l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) qui étaient alors ses interlocuteurs, étaient d'une évidente bienveillance. Un jour, quelques semaines seulement après dépôt de la demande, mon père fut convoqué au commissariat pour y retirer nos cartes de séjour. Il demanda au policier qui était là comment il se faisait qu'on nous accorde si rapidement ces précieux documents. Le policier répondit :

- "Mais nous vous connaissons, Monsieur. Vous êtes un homme honnête. En 1925 vous êtes venu à Paris et vous avez trouvé un portefeuille dans la rue, un portefeuille bien garni. Vous l'avez apporté au commissariat du quartier, où ils ont noté votre nom. Vous êtes le bienvenu, vous et votre famille." Il y avait 23 ans de cela ; mon père avait alors 19 ans. La Roumanie étant à cette époque un pays arriéré, il était venu à Paris apprendre le français et la vie moderne.

 

La France a donné à ma famille la liberté. Bien qu'étrangers, nous avons pu y vivre comme des Français. Au début, la pénurie régnait. Mais dès 1949 le rationnement alimentaire était supprimé. Peu à peu, l'économie française a connu une expansion extraordinaire et nous avons pu vivre convenablement du travail de mes parents.

L'éducation anglaise

En Roumanie j'avais appris le français à l'école, comme beaucoup de jeunes Roumains de cette époque. Comme pour beaucoup d'enfants, l'apprentissage d'une langue étrangère était assez facile pour moi, et je découvris avec ravissement  à Paris que je comprenais ce que les enfants français de mon âge disaient et que je pouvais jouer avec eux. C'est pourquoi mes parents décidèrent de me faire apprendre l'anglais et me mirent en pension dans une école privée anglaise, à Sèvres.

 

Il y avait bien là quelques Français, mais la majorité des enfants ne parlaient que l'anglais. Je compris rapidement que si je voulais trouver des camarades de jeu, je devais apprendre cette langue. Dans l'ambiance d'immersion totale de ce pensionnat, cela me prit quelques semaines. Tous les cours étaient en anglais, les livres de la bibliothèque aussi. Je ne parlais français qu'en fin de semaine, lorsque je rentrais chez moi.

 

Je suis resté un an et demi dans cette école. Le seul bon souvenir que j'en garde est la lecture de la Bible, ancien et nouveau testament, en anglais ; j'y ai passé des centaines d'heures, les seuls moments où j'étais tranquille. Car le reste du temps la discipline de fer était tout sauf agréable. On se levait très tôt, on se lavait à l'eau glaciale, on faisait une demi-heure de sport à l'extérieur quel que soit le temps. En classe, j'étais un des plus jeunes et j'avais du mal à suivre les cours, faits pour mes camarades plus mûrs. Le soir, il fallait être propre pour dîner et porter veste et cravate. Il fallait finir son assiette, sous peine de rester à table jusqu'à ce qu'elle soit finie, même si son contenu était devenu froid. En cas de mensonge avéré ou de faute, le principal fessait le coupable en public, avec une canne.

 

Je me souviens du sentiment de vengeance que j'ai éprouvé lorsqu'un jeune américain, refusant de manger, a jeté son assiette à la figure du principal. Il a été exclu, bien sûr, mais j'ai compris ce jour-là le sens du mot révolte. Je n'ai pas osé me révolter, moi. Mais au deuxième trimestre de la seconde année j'ai fait le mur, je suis rentré chez moi et j'ai dit à mes parents que s'ils me renvoyaient là-bas je me suiciderais. Ils ont cédé et m'ont inscrit au lycée Voltaire, en classe de septième.

 

En faisant le bilan de mon passage dans ce pensionnat, je reconnais y avoir appris l'anglais, langue qui s'est avérée extrêmement utile par la suite. J'ai aussi appris qu'un garçon peut survivre au froid et aux contraintes de toutes sortes. J'ai découvert le plaisir de lire. J'ai acquis le sens du respect de l'autorité, nécessaire pour éviter les fessées. J'ai aussi appris à imposer mes décisions à ma famille, lorsqu'elles me paraissaient aussi importantes et justes que celle d'en finir avec ce pensionnat.

La culture française

A côté du pensionnat anglais, le lycée français était un paradis. Les professeurs me vouvoyaient et personne n'était battu. J'étais avec des enfants de mon âge, ce qui me permettait de suivre facilement les cours et d'avoir des camarades de jeu. Je suis resté au lycée Voltaire jusqu'à la fin de la première.

 

La plupart de mes professeurs étaient des agrégés, la plupart faisaient un cours passionnant à suivre. Je découvrais une foule de choses. Tout m'intéressait : l'histoire, la géographie, les sciences, les langues. Abonné à la bibliothèque municipale et à une bibliothèque américaine, je lisais beaucoup. C'est ainsi que j'ai découvert l'art, par la littérature. J'ai dévoré des centaines de livres : Jules Verne, Hugo, Balzac, Lamartine, Stendhal et aussi H-G Wells, Steinbeck, Hemingway… Peu à peu, j'ai appris à aimer le français, qui est une langue magnifique. J'ai appris à apprécier l'art des romanciers, des poètes, des auteurs dramatiques.

 

J'ai eu pour professeur de français, en seconde et première, M. Jean-Louis Bory, agrégé de lettres, critique de pièces et de films, prix Goncourt. Cet homme a passé des heures à nous lire des textes, pour que nous apprenions le français tel qu'il est, avec sa prononciation, son intonation, ses accords et son vocabulaire si vaste. Pour que les adolescents que nous étions comprennent les pièces classiques, il nous en a fait jouer, mise en scène comprise. Il nous a emmenés au TNP (Théâtre National Populaire) où j'ai vu jouer les géants immortels que sont Gérard Philippe, Jean Vilar et Maria Casarès. J'ai ainsi appris à apprécier le jeu d'un acteur, l'émotion qu'il sait faire passer avec une expression fugitive sur son visage ou un petit geste de la main.

 

Pour nous faire comprendre le cadre de vie du Grand Siècle, Jean-Louis Bory nous a emmenés à Versailles. En visitant avec nous quelques salles du château et une partie du parc, il nous a raconté comment vivait la cour, avec tant de talent que nous nous y croyions. Il nous a fait apprécier l'architecture du château, œuvre de Hardouin-Mansart, les peintures murales et la décoration de Le Brun, et les jardins de Le Nôtre. C'est ainsi que j'ai découvert la beauté de l'art de peindre et de bâtir.

 

A seize ans, les formes d'art que je connaissais me procuraient déjà un plaisir intense. J'ai commencé à aller au théâtre, au cinéma, au concert ou au musée. A dix-huit ans, j'ai découvert l'opéra…

 

La France est un pays d'art et d'histoire. On y trouve des dizaines de milliers de châteaux et d'églises visitables. Le Louvre est le musée le plus riche du monde. C'est tout cet art, toute cette histoire qui font venir chaque année 75 millions de touristes dans notre pays, plus que nulle part ailleurs. L'intégration à la société française c'est aussi l'appréciation de l'art dont la France regorge. Et cet art est disponible pour tous, même pour les pauvres et les étrangers. Je suis reconnaissant à la France de m'avoir enseigné sa langue et de m'avoir fait découvrir la beauté de l'art classique, source inépuisable de plaisir.

 

Connaître de belles œuvres forme le goût. Hélas, aimant Maria Callas et Edith Piaf, je n'apprécie pas les chanteurs qui gueulent, la musique dominée par les bruits de percussion et les sons stridents, la peinture "moderne" faite de barbouillages. J'aime la sculpture de Michel-Ange, de Coysevox, de Pigalle et de Rodin, mais pas les monstruosités difformes de certaines œuvres abstraites que d'autres apprécient. En un sens, je suis mal intégré à la partie jeune de la population française, qui aime le rap et la musique techno. Ces formes d'art musical me sont aussi étrangères que la fugue et la sonate le sont pour ces jeunes-là.

L'art de la table

En Roumanie, comme en Allemagne, en Autriche et dans les autres pays d'Europe centrale, on mange surtout pour se nourrir. Il n'y a pas de raffinement culinaire comparable à celui de la France ; il n'y a pas, non plus, des vins et des fromages comme chez nous. Chez mes parents, je mangeais ce que ma mère me donnait parce que j'avais faim.

 

J'ai découvert la cuisine française, nos vins et nos fromages très tard, lors de mes premiers repas d'affaires. En même temps, ayant épousé une Française, j'ai découvert qu'elle aimait cuisiner et qu'elle préparait des plats délicieux à partir d'un de ses innombrables livres de recettes. La cuisine, les vins et les fromages français sont des formes d'art à part entière. Ayant beaucoup voyagé, j'ai vu qu'il n'y a qu'en France qu'on trouve facilement d'excellents restaurants, des caves à vin et à fromage bien garnies. Le Maroc a une cuisine raffinée, les Italiens et les Belges ont de bons plats, les Chinois sont de fins gourmets. Mais aucun pays n'offre une variété aussi grande que la France, aucun n'invente autant de recettes et de fromages chaque année ; aucun, surtout, ne compte une telle proportion d'amateurs de bonne chère. J'ai goûté de bons vins locaux aux Etats-Unis, en Australie et en Espagne, mais aucun des crus de ces pays n'égale nos grands Bordeaux ou Bourgognes.

 

L'intégration d'un étranger n'est complète que s'il apprécie la cuisine française, nos vins et nos fromages. Cette appréciation n'a nul besoin d'être exclusive : aimer le couscous n'empêche pas d'aimer le coq au vin. L'intégration à la société française n'empêche pas d'apprécier la culture d'autres pays. La France n'est pas jalouse.

La générosité de la France envers les étudiants étrangers

Après mon premier baccalauréat (mention "bien") et le second (mention "très bien et félicitations"), j'ai fait "Math Sup" et "Math Spé". Mes parents avaient payé mes études jusque-là, mais ils ne pouvaient continuer. J'ai donc choisi de passer un concours de Grande école réputé facile, celui de l'IDN (aujourd'hui Ecole Centrale du Nord) où je suis entré deuxième sans avoir eu besoin de redoubler "Math Spé". Ce succès m'a permis de demander une bourse à un organisme qui en accordait aux étrangers, l'Entraide Universitaire Française. Cette bourse m'a permis de faire des études d'ingénieur, donc d'avoir un métier.

 

Après m'avoir accueilli, m'avoir donné la liberté et une formation secondaire, la France m'a donc offert une formation supérieure. Elle n'a rien exigé en retour. Tout au plus, lors de mon entretien d'obtention de bourse, m'a-t-on prévenu que si je travaillais mal la bourse serait supprimée. Aujourd'hui encore, on ne m'a jamais demandé de rembourser cette bourse. La France a donc investi en moi, un étranger, sans demander de contrepartie. Etranger, j'ai aussi échappé au service militaire que mes camarades ont dû faire pendant 27 mois et 27 jours, avec une période en Algérie où certains sont morts. A cette époque, ma situation était plus enviable que celle des Français de mon âge : j'avais eu la même opportunité qu'eux de m'instruire, j'avais les mêmes droits pour travailler, mais je n'avais pas le devoir de risquer ma vie.

 

Pourquoi certains des jeunes d'origine étrangère, à qui la France a offert la liberté et la formation, sont-ils devenus des ennemis de la société française au lieu de lui savoir gré de ses bienfaits ? Pourquoi ne se sont-ils pas intégrés comme moi ? Pourquoi se sentent-ils rejetés ?

Une formation de qualité

L'enseignement que j'ai reçu était excellent. Je m'en suis rendu compte en travaillant aux Etats-Unis de 1969 à 1971, chez General Electric. Ma culture générale était bien plus étendue que celle des spécialistes américains que je côtoyais. Que ce soit en sciences théoriques ou en sciences de l'ingénieur, en géographie, en histoire ou en littérature, j'en savais plus qu'eux. Je me souviens d'une universitaire américaine qui avait une maîtrise de maths à 21 ans et ne savait pas qui était Beethoven et où se trouvait l'Indonésie.

 

Mais le volume de connaissances est bien moins important que l'aptitude à travailler dur et la certitude que j'avais de pouvoir le faire. En ces domaines, la préparation du concours avait constitué pour moi un entraînement efficace, d'un type qui n'existe pas aux Etats-Unis. A plusieurs reprises, j'ai pu accomplir des tâches qui paraissaient impossibles à mes collègues américains. J'ai développé en quelques jours une théorie mathématique de la compression et du chiffrement de données informatiques, basée sur une arithmétique originale à bases multiples. J'ai écrit en une semaine un programme de 4000 lignes qui est devenu le plus utilisé de la bibliothèque de centaines de programmes de General Electric Computer Time-Sharing, et où on n'a jamais trouvé d'erreur. Lorsque je suis reparti des Etats-Unis, j'avais acquis une réputation enviable de programmeur scientifique d'exception.

 

C'est à la qualité de ma formation que je dois ce succès, non à la quantité de travail : je rentrais tous les soirs chez moi avant 18 heures. Je peux témoigner du fait qu'en France n'importe quel autre étudiant aurait eu les mêmes opportunités de succès : les classes de préparation aux Grandes écoles et les concours sont ouverts à tous, sans distinction d'origine sociale ou de fortune puisqu'il y a des bourses. Le succès au mérite est une preuve extraordinaire d'égalité des chances. Les jeunes qui travaillent mal à l'école sont sûrs de ne pas s'intégrer à la société française, donc d'être méprisés et rejetés.

Le rôle de la famille dans l'éducation des enfants

Je sais que, statistiquement, les gens qui font des études supérieures viennent plus souvent de familles aisées que de familles modestes, mais la richesse n'est pas une exigence de notre système : le pourcentage d'enfants d'enseignants qui réussissent des études supérieures dépasse celui des fils de bourgeois. Je connais beaucoup de gens d'origine modeste qui ont fait de brillantes études et ont aujourd'hui une situation enviable. Ce qui les distingue des autres n'est pas la situation de fortune de leur famille, mais le travail et l'attitude des parents.

 

Dans beaucoup de familles, les parents ne font pas travailler leurs enfants, ne les aident pas et n'exigent pas qu'ils aient de bons résultats scolaires. Ils ne les obligent même pas à se coucher de bonne heure et les laissent traîner dehors très tard. La première source d'échec scolaire, à mon avis, est l'abus de télévision et de réseaux sociaux. Les enfants passent en moyenne plus de quatre heures par jour à regarder des émissions abêtissantes ou pleines de violence et d'immoralité, ou à soigner leur présence sur Facebook et Twitter pour "exister".

    Au lieu d'apprendre à leurs enfants ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui est bien et ce qui est mal, trop de parents utilisent la télévision pour consacrer moins de temps à leurs enfants. Ils leur donnent aussi moins d'affection, ce qui a des conséquences graves. Au lieu de former leur esprit en apprenant, les enfants gavés de télévision deviennent ignorants, paresseux et violents. Et leur avenir est compromis.

 

Ce n'est donc pas la France qui est responsable de l'échec scolaire de trop nombreux jeunes, c'est leur famille. De mon temps, l'effectif des classes était souvent de plus de 30 élèves et même plus de 40 lorsque j'étais en première. Les enseignants ne descendaient pas dans la rue pour protester contre les sureffectifs. Les élèves travaillaient et respectaient leurs maîtres.

 

Ce n'est pas à l'Etat d'expliquer aux familles qu'il faut s'occuper de leurs enfants, démarche insultante qui revient à déclarer des parents inaptes à élever leur progéniture. L'Etat pourrait, en revanche, être plus sélectif dans ses investissements pour la jeunesse. Les allocations familiales coûtent cher. Après des années de versements, certains des jeunes dont on a ainsi subventionné les familles pour qu'elles les élèvent deviennent des illettrés, donc des chômeurs et parfois même des délinquants. On devrait lier les allocations familiales à l'assiduité scolaire et aux efforts des élèves, ainsi qu'à leur respect des lois. L'absentéisme, l'absence d'efforts et la délinquance devraient être sanctionnés par une suppression temporaire effective des allocations familiales pour les enfants fautifs. Au contraire, de bons résultats scolaires devraient donner lieu à une petite prime. En somme, les allocations familiales ne devraient plus être considérées comme une forme de charité inconditionnelle, mais comme une aide qui impose des devoirs aux bénéficiaires. Et cette démarche permettrait de changer peu à peu la croyance actuelle, trop répandue, que les pauvres ont des droits parce qu'ils sont pauvres, sans avoir de devoirs envers la société et envers eux-mêmes.

Pour s'intégrer, il faut le vouloir

J'ai toujours considéré comme un privilège d'avoir la possibilité de m'intégrer à la société française. Pourtant, je n'ai demandé ma naturalisation qu'à 36 ans, en 1975, quatre ans après mon retour des Etats-Unis. Voici pourquoi.

 

La France reçoit si bien les étrangers que ceux-ci n'ont pas besoin de devenir français. A part le droit de vote qu'il n'a pas, un étranger peut travailler, se déplacer, en un mot vivre en France comme il l'entend. Ayant épousé une Française en 1961, j'aurais pu demander et obtenir ma naturalisation bien avant 1975, mais je n'en ai tout simplement pas eu besoin.

 

Il y a une autre raison : je n'étais pas sûr du pays où je voulais vivre. J'ai découvert les Etats-Unis en 1968, à l'occasion d'un stage d'informatique Time-Sharing chez General Electric, effectué pour le compte de la filiale française de cette société, Bull General Electric. Parlant parfaitement anglais, je me suis tout de suite senti à l'aise dans ce pays, où j'ai beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur celui de l'art de vivre. Les Américains ont accueilli ma famille avec beaucoup de gentillesse. Quelques semaines de tourisme dans cet immense pays nous ont permis de découvrir des paysages fantastiques. J'ai apprécié la façon de travailler des Américains et ils m'ont bien payé.

 

Ma famille et moi avons fait tout ce qu'il fallait pour nous intégrer à la société locale. Nous avons habité une maison comme les leurs, mis nos enfants à l'école du quartier, sympathisé avec nos voisins. Nous avions des vêtements américains et des voitures américaines. Nos enfants ont appris l'anglais aussi bien que ceux de nos voisins. Mieux même, ils ont acquis une culture américaine, en plus de la culture française que nous avons pris soin de préserver en eux. Cette double culture leur a donné une adaptabilité et une ouverture d'esprit qui leur ont été très utiles par la suite.

 

Mais à cette époque, l'Amérique était malade du Vietnam et de la permissivité. Beaucoup d'enfants avaient accès à la drogue. Leurs parents leur consacraient trop peu de temps et ils traînaient dehors le soir jusqu'à minuit. Ils regardaient trop la télévision. Ils étaient trop paresseux pour marcher à pied. Ils mangeaient trop de sucreries, ce qui les rendait souvent obèses. Nous avons compris que nous ne pourrions pas élever nos enfants autrement que ceux de nos voisins. Et comme en France ces problèmes ne se posaient pas (pas encore !) nous sommes rentrés pour y élever nos enfants.

 

Nous gardons un excellent souvenir de notre séjour aux Etats-Unis, où nous avons des amis et sommes souvent retournés depuis, pour le travail comme pour le plaisir. Nos enfants y ont acquis une langue et une adaptabilité appréciable. Mais, en toute connaissance de cause, nous avons choisi de continuer notre vie en France et, au bout de quatre ans, j'ai su que c'était définitif.

 

Pour être heureux dans un pays et s'y sentir chez soi il faut s'intégrer, c'est-à-dire accepter au plus profond de soi-même d'être comme ses citoyens. Il faut cesser d'affirmer ses différences en public et éviter ce qui fâche. Par exemple, aux Etats-Unis, nous n'avons jamais fait sentir à nos voisins que notre culture française était supérieure, que notre art culinaire était le meilleur, que nos goûts vestimentaires évitaient le ridicule et que nos voitures tenaient mieux la route. Nous leur avons seulement fait sentir que nous appréciions leur gentillesse et la beauté de leur pays. Et ils ont été adorables, nous nous sommes fait beaucoup d'amis. Les Américains sont issus d'immigrés, ils tolèrent donc les différences culturelles et ethniques. Mais comme nous, ils détestent les étrangers qui arborent des airs supérieurs ou refusent de se comporter comme eux en société.

 

C'est pourquoi je regrette de voir des femmes d'origine maghrébine marcher dans la rue, en France, avec une robe longue, des babouches et un fichu. Cela traduit, chez elles ou chez leurs maris, un refus d'intégration. Ce n'est pas la culture maghrébine que je regrette (au contraire, elle a des formes d'art magnifiques), ce n'est évidemment pas la religion musulmane que je rejette, c'est l'attitude qui consiste à refuser de s'intégrer et à se considérer trop souvent comme victime. Je regrette aussi qu'on oblige des jeunes filles à porter un foulard, autre refus d'intégration qui les empêche aussi de faire du sport à l'école et d'être comme les autres Françaises. En France on peut avoir la religion qu'on veut, mais l'habitude n'est pas de l'affirmer avec force dans son costume, lorsqu'on n'est pas membre d'un ordre religieux. Une telle affirmation nous choque parce qu'elle constitue un refus d'intégration, c'est-à-dire un rejet de nos règles de comportement social, rejet que nous considérons comme inamical.

 

Je déplore, enfin, que l'on donne aux enfants un prénom usuel d'origine étrangère, car cela les classe parmi les non-intégrés aux yeux de trop de gens. En devenant Français, j'ai pris soin de changer mon prénom roumain en Daniel.

 

Pour être bien dans un pays d'accueil il faut s'y intégrer. Pour s'intégrer, il faut le vouloir vraiment, sans restriction ni arrière-pensée. Cela n'exige pas d'abandonner sa culture d'origine, mais seulement de ne pas l'imposer aux autres de manière ostensible.

Un pays d'opportunités

Un étranger trouve en France un pays d'opportunités. Que l'on veuille travailler comme salarié ou à son compte, il y a mille métiers à faire. Il suffit de vouloir se donner du mal et de s'adapter au marché. Le jardinier qui s'occupe de ma pelouse et de mes arbres depuis plus de vingt ans est un Portugais. Il s'est mis à son compte et emploie ses enfants, sa femme et des compatriotes. Il est aussi souriant qu'efficace, il ne dit jamais non et travaille à une vitesse impressionnante. Aux pires époques de chômage il a toujours eu plus de travail qu'il ne pouvait en faire. Il est propriétaire de son pavillon et de sa camionnette. Un jour, un jeune Portugais qu'il employait m'a demandé de lui prêter un livre de maths de niveau baccalauréat. Je lui en ai trouvé un et il a travaillé le soir, après ses journées de jardinage. Quelques mois après il est revenu me rapporter mon livre : il n'en avait plus besoin, il avait eu son bac.

 

Il ne suffit pas de vouloir travailler, il faut s'adapter au marché, c'est-à-dire accepter de faire un métier qui offre du travail, et de le faire là où il y en a. Le travail ne vient pas vous chercher, il faut aller vers lui. En fait, si un employeur ne sent pas en vous une personne prête à se donner du mal, à se dévouer à l'entreprise, il n'aura pas confiance, il cherchera un autre candidat. L'attitude consistant à attendre, là où on habite, que l'ANPE vous ait trouvé du travail, dans votre métier et à côté de chez vous, est un véritable refus de travailler. Il faut savoir déménager pour saisir une opportunité, se former pour avoir une qualification demandée. Il faut accepter de rechercher deux emplois au lieu d'un, lorsqu'on a un conjoint qui travaille et qu'il faut déménager. Pensez aux millions de gens qui ont émigré aux Etats-Unis en acceptant de repartir à zéro et qui ont réussi : le dynamisme paie.

 

Il ne faut pas attendre de l'Etat une assistance éternelle à des gens qui ne veulent pas s'adapter au marché. Le monde change vite, du fait de l'ouverture des frontières et des progrès techniques. Il y a, dans des pays d'Europe ou d'Asie où la main d'œuvre est 15 fois moins chère qu'en France, des millions de gens qui veulent travailler. La Chine, en train de passer d'une économie à 80 % de paysans à une économie moderne, crée plus de 8 millions d'emplois industriels par an, sans compter les emplois de services, et ils accélèrent cette cadence depuis qu'ils ont adhéré aux règles d'ouverture des frontières de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). La Chine est notre concurrent de demain, un concurrent redoutable, et l'Inde le sera d'autant plus que ses ingénieurs parlent anglais.

    Pour avoir du travail en France, pays à haut niveau de vie, il faut donc être qualifié et se donner du mal. Sans travail, pas d'intégration ; et sans volonté d'intégration, pas de travail.

Pour favoriser l'intégration

L'exclusion n'est pas, en général, délibérée. Elle se produit spontanément : on évacue de son esprit ce qu'on ne connaît pas. Les bourgeois ne connaissent pas les cités pauvres de banlieue et leurs habitants, qui sont pour eux comme un autre monde, un monde interdit. Certains jeunes des banlieues connaissent les autres Français surtout par la télévision, ou parce qu'ils fréquentent des écoles où ces derniers sont minoritaires. Ces deux mondes s'excluent d'abord parce qu'ils ne se parlent pas. J'ai entendu parler des jeunes de banlieue dont le vocabulaire était si réduit que leur pensée en était limitée et leur expression pleine de violence ; ils souffraient d'être dans un monde qu'ils ne comprenaient pas, où ils n'avaient donc pas de place, pas de valeur.

 

La méconnaissance des autres entraîne la crainte. On leur prête spontanément des défauts. Cette crainte est souvent exploitée par des extrémistes : l'extrême-droite raciste d'une part, les religieux intégristes qui recrutent de futurs terroristes de l'autre.

 

Pour que les populations séparées se connaissent, il faut d'abord des émissions de télévision et des films, qui les présentent dans le cadre d'un scénario qui donne envie de regarder. Ce spectacle doit parler des problèmes de chaque population, de ses aspirations et de sa culture. Il faudrait de tels spectacles régulièrement, pendant des années. Mais des images ne suffisent pas : il faut des projets communs, dans le cadre d'associations, de villes jumelées, de rencontres scolaires, d'échanges Internet, etc. On a organisé, par exemple, des équipes de jeunes des cités qui rendent visite à des personnes âgées hors de ces cités, pour les aider ou simplement leur parler. Il faut éviter d'organiser des compétitions sportives opposant un quartier à majorité immigrée à un quartier avec peu d'immigrés, car cela favorise la haine et la jalousie.

 

Dans le cadre des cours d'histoire et géographie, il faut présenter les principales religions, chrétienne, musulmane et juive, en montrant avec des textes et des exemples que chacune sait à la fois être tolérante et intolérante, et que c'est à chacun de choisir entre la compréhension des autres et la haine. C'est ainsi qu'en Espagne, pendant la domination arabe qui a duré de l'an 711 à l'an 1492 (sept siècles !), les rois musulmans ont laissé les chrétiens et les juifs vivre en paix et pratiquer leur foi comme ils l'entendaient. Cette tolérance a entraîné une prospérité et un développement artistique remarquables. On ne peut donc pas prétendre que pour la religion musulmane les infidèles sont tous des gens à assassiner. Elle a prouvé, au contraire, que c'est une religion de tolérance. Et il y a des exemples comparables pour les autres religions.

Assimilation ou multiculturalisme?

La France du dix-neuvième siècle a voulu imposer à chaque pays colonisé son modèle de société, ses lois et ses valeurs. C'est à ce titre qu'à Madagascar les petits malgaches apprenaient dans les livres d'histoire "Nos ancêtres les Gaulois". C'est ainsi que la demande de permis de construire un hôpital à Tananarive a été refusée plusieurs fois par l'administration, parce qu'elle ne respectait pas la norme d'orientation, pourtant très claire : "Les fenêtres d'un hôpital doivent être orientées au Sud" ; l'administration n'avait pas pensé que dans l'hémisphère Sud l'ensoleillement maximum est obtenu avec une orientation au Nord. En tentant d'imposer de force une assimilation complète, nous provoquions un rejet d'autant plus violent que la contrainte pesait sur une population ayant elle-même une culture évoluée : au Maghreb, par exemple, les langues, la religion, les traditions et l'art auraient dû être traités avec respect ; il aurait fallu une certaine dose de multiculturalisme.

 

Aujourd'hui, la France va trop loin dans le sens opposé à l'assimilation : elle admet trop, à mon avis, que des étrangers accueillis sur son sol refusent d'adopter nos coutumes, nos vêtements et nos lois. Elle leur permet trop de pratiques interdites aux Français de souche. Je désapprouve, par exemple, la tolérance de la polygamie résultant du regroupement familial. Je désapprouve la tolérance, dans des universités publiques (donc laïques), de manifestations de prosélytisme religieux comme le foulard islamique : la neutralité religieuse de l'école publique française ne devrait pas tolérer qu'une religion affiche ostensiblement ses coutumes, quelle que soit la religion dont il s'agit. Je désapprouve, enfin, qu'en France l'effroyable mutilation de plusieurs filles par excision ne soit punie que de prison avec sursis, comme cela s'est produit en mars 2002. A force d'avoir trop peur d'être tyranniques à l'égard d'étrangers, nous sommes devenus trop laxistes.

 

Les Etats-Unis ont bien plus l'expérience de l'immigration que nous : ils ont accueilli avec succès des dizaines de millions d'immigrants, aujourd'hui fiers d'être américains. Leur politique d'immigration était basée sur des règles dont voici les deux premières:

§   Les Etats-Unis d'Amérique ont l'intention d'être une société multiraciale ouverte à toutes les religions. Aucun immigrant ne peut être refoulé du fait de sa race ou sa religion. Il peut, par la suite, pratiquer cette religion. Cette règle s'applique aussi en France.

§   Lorsqu'un immigrant a un nom difficile à prononcer ou bizarre pour un anglophone, il doit se choisir un nom anglais, qu'il utilisera dans toutes ses relations avec l'administration et les autres personnes vivant aux Etats-Unis. Cela nous ne le faisons pas. C'est dommage, car à chaque fois qu'un nouveau venu prononcerait son nom français d'adoption, il affirmerait sa volonté de s'intégrer chez nous, en nous facilitant la tâche de parler avec lui.

 

Voici des extraits de l'article "Un examen de passage pour les immigrants" (Le Figaro du 08/02/2002).

§   Le ministre de l'Intérieur anglais, M. David Blunkett a déclaré : "Tous ceux qui viennent dans notre pays pour s'y établir doivent accepter les valeurs sur lesquelles est fondée la citoyenneté."

§   D'abord et avant tout les nouveaux venus devront maîtriser la langue nationale. (Ce n'était pas le cas jusqu'alors.) S'ils veulent obtenir un jour la nationalité britannique, les candidats à une vie meilleure dans la grande île seront donc tenus de pouvoir lire et écrire l'anglais. Les cours de langue seront obligatoires et sanctionnés par des examens.

§   Ils devront s'imprégner de la culture britannique, du civisme britannique et du fonctionnement des institutions britanniques. Ils seront soumis à un test de citoyenneté avant d'être intégrés dans la communauté nationale.

§   Pour sceller leur attachement au royaume qui les accueille, ils devront publiquement prêter serment d'obéissance et de loyauté à la reine Elizabeth, de même qu'ils devront jurer de respecter les lois et les valeurs démocratiques du pays, lors d'une cérémonie solennelle.

 

Nous devrions imiter les Anglais et les Américains sur les points ci-dessus : il y a des aspects de l'assimilation qui ne sont pas négociables, car ces aspects conditionnent le succès de l'intégration des nouveaux venus. A son tour, une intégration réussie permet à ceux-ci de conserver leur originalité culturelle, contribuant ainsi à une diversité qui est une richesse authentique pour tous. Le multiculturalisme est enrichissant à condition de commencer par un minimum d'assimilation.

Le besoin de repères

Les jeunes ont besoin de repères, de savoir ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Ils ont besoin de faire partie d'une communauté où ils se savent acceptés. En l'absence de tels repères basés sur nos coutumes et nos lois, ils trouvent d'autres solutions. Il y a, dans les cités de non-droit, une contre-culture qui prône des valeurs détestables : l'exclusion des bons élèves (les « bouffons »), le mépris des compétences professionnelles, remplacées par l'estime de l'habileté du voleur et du dealer, le rejet et l'agression de tout ce qui symbolise l'organisation de la société française : policiers, pompiers, médecins, commerçants, etc. Cette contre-culture prône l'incendie des voitures des voisins, les tags qui défigurent les murs, le pillage de magasins, la haine de la France.

 

Puisque leurs parents ne le font pas assez, c'est à l'école qu'il faut enseigner la vérité, remplacer la culture de haine par une culture de fraternité et de tolérance. Il faut dire à ces jeunes qu'ils sont les bienvenus en France, qu'ils sont l'avenir de ce pays, que les Etats-Unis qui ont tant de succès se sont construits sur une base multiraciale et multiculturelle, qui est une richesse et non un handicap. Et pour que les limites soient bien claires dans l'esprit de ces jeunes, il faut faire cesser l'impunité qui règne aujourd'hui, du fait des policiers et des juges submergés de travail, ainsi que des lois qui bloquent l'action de la justice (loi sur la présomption d'innocence, ordonnances de 1945 qui empêchent en pratique de punir les mineurs). Et il faut sanctionner les employeurs qui pratiquent la discrimination.

 

L'intégration n'est pas une option, elle est condamnée à réussir. Nous n'avons pas le choix. Nous ne pouvons pas nous passer de l'immigration parce que notre population vieillit. Nous ne pouvons continuer à en exclure une proportion aussi importante de la population, à laisser autant de jeunes sans métier, sans avenir et sans espoir. L'intégration dans l'Union européenne commence par un défi considérable, celui d'intégrer notre propre population. Comment espérer nous rapprocher d'autres peuples si nous ne parvenons pas à nous rapprocher entre nous ?

Une richesse pour la France

J'ai écrit le texte qui précède et l'ai publié sur l'Internet le 14/12/2001. Douze jours après, une jeune femme qui l'a trouvé m'a envoyé le message suivant:

 

"Je n'ai pas encore lu tous vous articles, mais j'ai bien aimé votre témoignage sur l'intégration en France.

Moi je suis d'origine Mauritanienne, arrivée en France à l'âge de 2 ans. Et j'ai été naturalisée française le mois dernier. Quelle fierté j'ai eu de feuilleter mon passeport bordeaux, puis quelques temps après ma carte bleutée !!! Par contre je n'ai pas fait franciser mon prénom, mais j'espère que la République ne m'en tiendra pas rigueur !!!

Mes parents ne comprenant pas le français, je me suis efforcée de rétablir la balance en travaillant bien à l'école et lisant beaucoup. Moi aussi j'aime la France, je ne me suis pratiquement jamais sentie rejetée par cette France. C'est vrai aussi que je n'ai pas grandi dans ce qu'on pourrait appeler une cité. Famille nombreuse, à la maison on était un peu serrés, mais au moins il y avait un environnement favorable à de "bonnes" études et l'absence de délinquance.

Ce qui me rend fière de moi, c'est que je n'ai jamais cherché à jouer les victimes de la société et je n'ai compté que sur moi pour atteindre mon but : un boulot, un appart (pas HLM, j'ai des revenus suffisants) et surtout devenir Française et pouvoir voter, sachant que dans mon pays d'origine le vote n'est pas tout à fait démocratique !!! Je m'en suis bien sortie quand même, même si je n'ai fait qu'un bac+2 alors que j'aurais aimé aller plus loin, mais pour des raisons familiales j'ai préféré abréger les études, travailler et m'en aller."

 

L'histoire de cette jeune femme confirme qu'on peut s'intégrer en France et être fier de sa nouvelle nationalité. Ses études, le fait qu'elle a du travail et gagne bien sa vie confirment qu'on peut devenir un membre utile de la société française, s'y sentir chez soi et en être heureux.

 

Beaucoup d'immigrés ont contribué à la gloire de la France. Une jeune polonaise, Marie Sklodowska, a immigré en France pour finir ses études. Elle y a épousé un universitaire du nom de Pierre Curie. Ensemble, ils ont reçu un prix Nobel de physique en 1903, la distinction scientifique la plus prestigieuse du monde. La valeur de leurs travaux sur la radioactivité est telle qu'on a donné leur nom à l'élément chimique numéro 96, le curium. Marie Curie obtint ensuite seule le prix Nobel de Chimie en 1911. Avec deux prix Nobel, Marie Curie est une des femmes les plus célèbres de tous les temps. Elle reçut une vingtaine de distinctions honorifiques du plus haut niveau et fut nommée membre de nombreuses académies étrangères, docteur honoris causa de grandes universités, citoyen d’honneur de plusieurs villes. Et elle a bien su élever sa fille Irène, qui a elle-même reçu le prix Nobel de Chimie en 1935, avec son mari Frédéric Joliot. Voilà ce qu'une immigrée a pu apporter à la France.

 

Autre exemple plus proche de nous, l'équipe de football championne du monde en 1998, avec Zidane, Thuram, Karembeu, Laurent Blanc et tant d'autres, est un exemple d'intégration réussie, sur le plan sportif comme sur le plan humain. Avec la Coupe du Monde 1998 puis le Championnat d'Europe des nations en 2000, ils ont apporté à la France un immense prestige.

 

Enfin un Sénégalais, Léopold Sédar Senghor, récemment décédé en France, a montré brillamment comment on peut être à la fois Africain et Français. Il fut le premier Africain reçu à l'agrégation de grammaire, concours dont les lauréats ont une connaissance parfaite de la langue française. Poète de la négritude, puis député socialiste et ministre du Général de Gaulle, premier africain membre de l'Académie française, président de la République du Sénégal, l'estime universelle dont a bénéficié cet homme de paix et de culture rejaillit sur la France.

 

 

Daniel MARTIN

 

 

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